Jean-Louis "en altitude" dans LE MONDE... en attendant l'olympe

Publié le 18 Septembre 2014

Gros article signé DAVET... et non Mortaigne, pour une fois.... et premier signe d'une promo MURAT/ROCHON....

à lire dans son jus ici

"La qualité constante de Jean-Louis Murat n'en finit pas d'étonner. Fruit d'une discipline, d'un mode de vie, autant que d'une inspiration, elle ne le met pas pour autant à l'abri de la lassitude qu'implique parfois la surabondance. Certains des treize albums que le dandy paysan a publiés ces treize dernières années (une vingtaine depuis ses débuts en 1982) ont ainsi pu souffrir d'une instrumentation trop repliée sur son autarcie.

A contrario, les meilleurs disques du chanteur puydômois ont souvent été oxygénés par l'apport de musiciens – le pianiste John Medeski, John Zorn – ou de groupes – les Américains de Calexico ou d'Elysean Fields – extérieurs. A inclure parmi les sommets de sa discographie, son nouvel album, Babelparaître le 13 octobre), cosigné avec le Delano Orchestra, conjugue la vitalité du sang frais et l'air plus que jamais respiré au cœur des volcans d'Auvergne.

QUINTETTE DE JEUNES TRENTENAIRES

Car si le ténébreux aux yeux clairs, né Jean-Louis Bergheaud il y a soixante ans à La Bourboule, s'est entouré de ce quintette de jeunes trentenaires, il n'a pas eu à chercher plus loin que Clermont-Ferrand pour les recruter.

Produit de l'effervescente scène locale, encouragée par l'activisme de la salle de spectacles de la Coopérative de Mai, le Delano Orchestra se fait remarquer, depuis la seconde moitié des années 2000, par l'intensité mélancolique de chansons rock anglophones, traversées de raffinements de cuivre et de violoncelle.

La formation est aussi le groupe phare de la maison de disques Kütu Folk, étonnant label – cofondé par le chanteur-guitariste, Alexandre « Delano » Rochon –, dont l'exigence esthétique (les groupes Eyes & No Eyes, St Augustine, Evening Hymns, etc.) est doublée d'un parti pris artisanal poussant à coudre à la main chacune des pochettes.

Bienveillant observateur de la jeune génération clermontoise, complice régulier des initiatives de la Coopérative de Mai, Murat a suivi depuis le début le parcours des Delano. « J'aime bien la tension qui se crée chez eux entre la vigueur assez rock'n'roll de la rythmique et la finesse des arrangements », explique le chanteur, qui a déjà fait travailler le batteur du groupe, Christophe Pie, sur plusieurs de ses disques.

« IMMENSE RESPECT POUR SON ENGAGEMENT ARTISTIQUE »

L'idée du rapprochement lui a été suggérée par Didier Varrod, directeur de la programmation musicale de France Inter, dans la perspective d'un concert célébrant, à Clermont-Ferrand, en décembre 2013, les 50 ans de la radio. « Varrod a aussi proposé de nous trouver trois ou quatre festivals pour l'été suivant. Je me suis dit que j'allais composer quelques titres pour avoir suffisamment de matériel pour ces concerts », se souvient l'Auvergnat, fidèle à sa conviction de ne pas se reposer sur un répertoire passé.

Bien que fréquentant déjà un peu le bonhomme, les membres de l'orchestre sont d'abord dans leurs petits souliers. « C'est impressionnant de travailler avec quelqu'un dont je jouais des chansons à la guitare, quand j'avais 14 ans », admet Alexandre Rochon. « On a depuis toujours un immense respect pour son engagement artistique et la densité de son œuvre. »

Les rapports se détendent dans l'ambiance familiale et campagnarde de la maison du chanteur, isolée en altitude du côté du col de la Croix-Morand, puis dans la chaleur d'un petit studio d'enregistrement des environs clermontois. « J'avais écrit une vingtaine de chansons, composées simplement sur 3 ou 4 accords pour ne pas trop leur mettre de pression », explique Murat.

CHARMANTE INSTABILITÉ

« Il nous a très vite mis à l'aise », confirme Rochon. « Il est exigeant, déteste la routine, mais nous a aussi laissé une totale liberté et a accepté la plupart de nos propositions. » Une implication allant jusqu'à la conception de la pochette du disque, des photos qui l'illustrent et du clip du premier single, J'ai fréquenté la beauté, réalisé par le chanteur de Delano, vidéaste à ses heures.

En moins de dix jours, les vingt chansons de ce double album sont enregistrées, sans accroc. « C'était humainement très agréable », insiste Jean-Louis Murat. « Ce sont des garçons bien élevés, cultivés. Quand j'étais jeune, les préoccupations des groupes de rock s'arrêtaient à la bière et à la dope. Là, Julien , le trompettiste, est prof d'anglais et parle russe. Dans le bus, je peux lancer une conversation sur Heidegger sans qu'ils soient paumés. »

Musicalement, la force identitaire du Delano Orchestra se teinte d'une charmante instabilité, entre gravité tendue, légèreté cuivrée et élégance de musique de chambre. Que le chanteur œuvre dans le registre de l'incantation, des mélodies pastorales ou des refrains primesautiers.

Cette congrégation de Clermontois et la localisation auvergnate de l'enregistrement ont sans doute accentué les teintes régionales – Le jour se lève sur Chamablanc, Neige et pluie au Sancy, Chacun vendrait des grives, Col de Diane, Noyade au Chambon, etc. – chères à celui qui a grandi dans la ferme de ses grands-parents, à Murat-le-Quaire.

FRILOSITÉ D'UNE GÉNÉRATION DE MUSICIENS FRANÇAIS

« La simplicité musicale des morceaux m'a poussé à moins utiliser la langue poétique pour des textes plus prosaïques », analyse le chanteur, qui dit s'être éloigné des tentations rousseauistes pour des récits plus réalistes et critiques du monde paysan.

Egalement petit-fils d'agriculteurs, Alexandre Rochon partage cet ancrage terrien. Mais si cet attachement environnemental imprègne la mélancolie des chansons du Delano Orchestra, le longiligne jeune homme a jusque-là préféré l'exprimer en anglais. Au grand dam d'un aîné ayant du mal à comprendre la frilosité d'une génération de musiciens français envers leur langue maternelle.

« Est-ce du snobisme, de la pudeur, de l'inhibition ? », s'étonne celui qui, avec Alain Bashung et Gérard Manset, a été l'un des premiers à savoir concilier une passion pour le rock anglo-saxon et une exigence d'écriture héritée des meilleures plumes francophones. « La pop française cède à la tentation d'un anglais international qui appauvrit l'expression en même temps qu'il réduit le nombre de syllabes. »

PRÊCHER « LES BONNES PAROLES »

Il s'interroge, moqueur : « Peut-être est-ce un autre signe d'une société malade ? On n'a plus confiance dans la démocratie, dans la République, dans les élus. Et plus confiance dans la langue de maman. » L'auteur se demande d'ailleurs si, à la suite de cette collaboration, il ne tenterait pas d'approcher des groupes d'autres régions de France, pour confronter ses textes à leur musique et prêcher « les bonnes paroles ».

Coauteur, avec Emilie Fernandez, d'un livre singulier, Cahier bleu, instant (anés) de baignades en Auvergne (A + E éditions, 2013), écrit en français, Alexandre Rochon suggère que l'expérience Murat pourrait le pousser à passer le pas francophone en chansons. En attendant, il espère prolonger cette aventure pour plusieurs concerts. Après celui prévu le 23 septembre à l'Olympia, dans le cadre du Monde Festival, le climax pourrait en être, cet été, une performance au sommet du puy de Dôme.

Babel, de Jean-Louis Murat & the Delano Orchestra, 2 CD Scarlett/PIAS. www.jlmurat.com

  • Stéphane Davet
    Journaliste au Monde

De Murat à Maissiat, une soirée à l'Olympia

Pour clore en musique les festivités liées aux 70 ans du journal, Le Monde organise, mardi 23 septembre, un concert à l'Olympia. La salle parisienne accueillera, dès 19 h 30, quatre générations de chanteuses et de chanteurs français : outre Jean-Louis Murat, qui présentera ses nouvelles chansons, la soirée marquera le retour sur scène d'Arnaud Fleurent-Didier, dont le quatrième album, La Reproduction, avait ravi critiques et public en 2010. Deux révélations de 2014 compléteront l'affiche : Christine and the Queens, qui se joue avec grâce des genres sexuels et musicaux, et l'intrépide et tropicale Maissiat.

Prix : de 42,80 euros à 47,20 euros. Réservations sur Lemonde.fr/festival

Jean-Louis "en altitude" dans LE MONDE... en attendant l'olympe

Rédigé par Pierrot

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Commenter cet article

Armelle 18/09/2014 20:15

merci Stéphane Davet (Le Monde), merci Pierrot, merci Yseult, merci Alexandre et merci Jean-Louis!!!

Jikan 18/09/2014 14:23

Jean Louis et John Zorn ? Qu'est ce que j'ai loupé ?

Rhiannon 18/09/2014 13:31

Un clip d'Alexandre Rochon sur "J'ai fréquenté la beauté" ? quand allons nous visionner cette merveille ? ..à moins que ce ne soit une erreur...;)...moins poétique au niveau des textes...pas d'acc'..."Col de Diane","évocation d'un château imaginaire...d'un Murat l'arabe....de passage de fées au pays des volcans....de filtre d'oubli du diable...encore un univers poétique et fantastique à souhait...;) ..et "J'ai fréquenté la beauté" aux allures "troubadouriennes" ...non...il se trompe...:)

rhiannon 18/09/2014 18:48

Merci Yseult...c'est fait...;)

Yseult 18/09/2014 18:26

Suffit de demander !
Par ici le clip !
http://www.lesinrocks.com/inrocks.tv/premiere-clip-jai-frequente-beaute-jean-louis-murat-the-delano-orchestra/