Interview dans les INROCKS... et le CLIP

Publié le 15 Décembre 2017

... Ah, mon Dieu, qu'on perd vite le fil...  Déjà 10 jours que je n'ai rien publié... J'avais pourtant quelques actus sous le coude.

Enfin, soit...  Voilà donc une interview passionnante... certes, où l'on s'amusera  du retournement de veste de cow-boy au profit d'un sweet à paillettes... en terme de référence musicale mais ce n'est pas la première fois... Je préfère en tout cas ça au discours "je n'écoute rien, que des vieux disques, et dans ma voiture"...   La réponse sur Denis est intéressante car elle élargit nos connaissances sur leur relation, la remarque sur Marie Audigier est plutôt rigolote (et fera une phrase supplémentaire sur un article : "murat est-il meilleur quand il est malheureux?")...  et enfin, Murat nous ouvre une nouvelle perspective de lecture en parlant de 1789 pour parler de "travaux sur la n89". Je note aussi que j'avais bien vu la référence à CORDES... qui est le château de Cordes où a été enregistré en partie Cheyenne autumn.  Là, encore, Murat indique qu'il a semé des petits cailloux nombreux dans le disque... Ne le décevez pas: essayez de les retrouver... (cf la voix de Freud... pour penser à Matthieu) 

http://www.lesinrocks.com/2017/12/14/musique/video-en-exclu-et-entretien-rare-avec-jean-louis-murat-artistiquement-le-flou-de-lidentite-sexuelle-fait-tout-111021440/

À la sortie de Morituri (2016), ton précédent album, tu avais laissé planer le doute sur ton avenir discographique et te revoilà déjà avec Travaux sur la N89, seulement dix-huit mois après…

Ça m’a pourtant paru infiniment long. Dix-huit mois, c’est le temps de faire deux bébés… Je ne suis pas non plus un esclave. Ce n’est pas parce que l’on qualifie mon album de “merde” que je vais m’arrêter pour autant. Ma discothèque est d’ailleurs remplie d’albums qualifiés ainsi à leur sortie ! Dans la musique, les gens sont quand même un peu tordus. Quand on descend l’un de mes disques, j’ai de grandes chances qu’il soit réévalué avec le temps. Ce n’est donc pas une appréciation critique négative qui me fait quoi que ce soit.

Comme le titre de l’album le suggère, tu es parti sur un nouveau chantier, en remisant les guitares au placard…

Je n’ai effectivement pas apporté une seule guitare en studio. Depuis Robert Fripp et Sonic Youth, la guitare a craché tout ce qu’elle pouvait cracher. Alors, à quoi bon ?

Pourtant, la plupart de ta discographie est nourrie par la guitare.

C’était ma période d’esclavage. Sur Babel (2014), j’avais essayé de sortir du Middle West pour m’ancrer à La Bourboule. Fini le folkeux hors sol, place au chanteur AOC. Comme je le disais récemment à mes amis de Clara, mon premier groupe, nous avons commencé la musique à la fin des années 70 avec des machines : Minimoog et boîtes à rythmes lambda. Je me souviens que sur nos affiches de concert, nous avions écrit “rock européen”. Avec Travaux sur la N89, je suis content qu’il n’y ait plus rien de Californie, des Rocheuses, de l’Iowa ou du Tennessee. J’ai liquidé mon rapport de vassalité trop élevé à la musique américaine.

Pour ce disque, tu as retrouvé Denis Clavaizolle dans son studio de Cournon-d'Auvergne.

Je suis arrivé chez lui les mains dans les poches – ça l’a rendu dingue. Je n’avais rien de rien, même pas le début d’une maquette. Nous n’avons donc fait que des expériences sonores. J’essayais, par exemple, des boîtes à rythmes d’après leur couleur… C’était très très fun. Au bout de cinquante-et-un jours de studio, Denis m’a foutu à la porte. Il en avait marre, et je suis parti en courant.

Comment se sont passées vos retrouvailles ?

Avec Denis, nous sommes arrivés à la conclusion que nous étions parfaitement complémentaires et redoutablement efficaces au travail. Pourtant, on ne s’entend pas du tout. Nous ne sommes d’accord sur rien et nous ne serons jamais amis. Alors, on a fait un deal à la Jagger/Richards, en évitant tous les sujets qui fâchent et en restant uniquement concentrés sur le travail. Comme j’exagère tout le temps, Denis me supporte jusqu’à ce qu’il finisse par exploser. En studio, il y a une tension permanente entre nous.

Encore une fois, tu cartographies ta région natale en chansons.

Ce qui me plaisait dans le titre de l’album, c’est que je suis un républicain façon 1789. Autrement dit, l’idée de nation définie en 1789 reste en travaux – Travaux sur la N89 est d’ailleurs le premier titre qu’on ait terminé. Je ne peux pas m’empêcher de faire l’intello à trois balles, en revenant aux sources de la chanson. Car ça fait près de quarante ans que les chanteurs de 1981 nous font chier. Jean-Jacques Goldman et Francis Cabrel sont encore et toujours les plus diffusés sur les ondes françaises. 1981 est l’envers absolu de 1789. J’aime bien remettre un élément de la société française dans la chanson. Tout est en chantier, ce qui tombe bien puisqu’il y a encore des travaux sur la nationale 89. L’État laisse tomber l’ancienne RN89, qui est totalement démantibulée, désarticulée, donnée à Pierre, Paul ou Jacques. Selon moi, ce démembrement est symptomatique des agitations de la société française et de la perte du fait national esquissé en 1789. Je ne porte aucun jugement, je constate simplement. Depuis toujours, je me sens un enfant de 1789. Il suffit de réécouter certains morceaux de Cheyenne Autumn (1989) : Deux siècles d'or/N'ont pu tuer/Ce chant heureux/De la jeunesse”.

La constance, c’est bien l’un des traits de ta personnalité.

Il y a effectivement des constantes en moi, qui rythment ma discographie (Sourire.) Ma fascination américaine, c’est Cheyenne Autumn, en référence au film le plus antiaméricain qui soit et où l’on voit l’obstination du petit homme blanc dégénéré à tuer les Indiens, en l’occurrence les Cheyennes.

 

C’est aussi l’automne de Tarkovski. Pour moi, John Ford et Andreï Tarkovski, c’est pareil. Il y a d’un côté le Far West extérieur, et de l’autre, le Far West intérieur. En faisant découvrir Le Miroir (1975) de Tarkovski à mes enfants, je me suis rendu compte que toute l’imagerie des clips relayés sur MTV depuis quinze ans singeait Tarkovski. J’avais déjà surpris Midlake, avec un culot insensé, s’approprier les images d’Andreï Roublev (1966) pendant leurs concerts. Autant dire que c’est terminé avec Midlake, un groupe que je vénérais pourtant. Pour finir de répondre à ta question, si Cheyenne Autumn était mon disque anniversaire de 1789, Travaux sur la N89 célèbre l’anniversaire de 1917.

Entre ces deux albums, il y a notamment eu Dolorès (1996), où l’on n’entendait plus la guitare.

J’ai enregistré beaucoup de disques et de chansons sur les souffrances insensées que m’ont fait supporter les filles. Avec mon cœur d’artichaut, j’ai souffert de l’amour des femmes. Aujourd’hui, je m’en fous : je suis entouré de filles entre 6 et 17 ans. Je suis un père et un grand-père à plein temps. Ça me paraît insensé d’avoir fait un disque comme Dolorès. Il n’y a pas de quoi se fouetter autant pour quelques paires de fesses. J’ai extraordinairement souffert à cause de ma manageuse, Marie Audigier. Je me demande si elle ne le faisait pas exprès pour me faire cracher des chansons. (Sourire.)

 

En écho à ta chanson Fort Alamo qui ouvrait Dolorès, il y a d’ailleurs un morceau qui s’intitule Alamo.
Ma chanson préférée du nouvel album. Avec ce disque, j’étais tenté de composer des musiques de dessins animés à la Tex Avery, croisées avec l’univers du Beta Band. J’ai toujours été dingue de leur premier LP (ndlr. The Beta Band, 1999). Voilà un disque absolument indispensable. Dans l’esprit, je n’ai jamais varié de la démarche du Beta Band. En concert, c’était le rêve – ils se refilaient les instruments et on ne savait jamais à quoi s’attendre. De toute façon, Travaux sur la N89 est bourré de références – le morceau Cordes fait écho au lieu d’enregistrement de Cheyenne Autumn, et ainsi de suite.

Pour ce nouvel album, tu cites parmi les inspirations Mykki Blanco, Frank Ocean ou encore Kendrick Lamar… 

Kendrick Lamar chante aussi bien qu’il rappe et inversement. C’est le Usain Bolt du hip hop. (Rires.) Mais à Clermont-Ferrand, ils ne sont pas très détendus du gilet. Même les musiciens les plus jeunes sont déjà vieux dans leurs têtes, ils ne jurent que par le folk. Alors, quand je leur fais écouter Mykki Blanco, ils partent en courant… J’adore les disques des mecs qui ont des problèmes d’identification sexuelle, comme Mykki Blanco ou Frank Ocean. Musicalement, ça apporte quelque chose de supérieur. Par rapport au penchant extrêmement machiste du rock, j’ai toujours eu un faible pour les chanteurs ambivalents. Je pense, par exemple, à Howard Devoto du groupe Magazine. Dans une soirée privée, je l’avais vu interpréter des chansons d’amour pour des mecs, c’était sensationnel.

Sans parler d’Antony Hegarty…

Je le vénère ! Mon Panthéon serait finalement constitué de types qui ne sont ni à poil ni à plume. Dans la musique, quand il y a cette souffrance-là comme chez Mykki Blanco, ça atteint des grands moments et ça disqualifie tous les groupes sévèrement burnés. Artistiquement, le flou de l’identité sexuelle fait tout. Ça a d’ailleurs fait arrêter Rimbaud. On peut d’ailleurs ainsi dévider toute l’histoire de l’art.

À l’écoute de Travaux sur la N89, on songe aussi à David Sylvian par moments…

Je n’ai pourtant jamais été friand de ses sonorités, ni même de sa collaboration avec Ryuichi Sakamoto. David Sylvian ne m’a jamais vraiment touché. Sans parler de son côté “Je suis tellement bon que je n’écrirais jamais de tube”.

Pour finir, on n’a aucune chance de te voir remonter sur scène.

Je ne tourne plus, non. Ça fait partie de ce nouveau monde – Macron a coupé les crédits, on ne peut plus chauffer les salles, les instruments sonnent faux. Le fiasco financier de mes tournées devant 100, 150 personnes, c’est terminé. Ce qui me manque, en revanche, c’est la vie en communauté. J’adorais quand nous partions sur la route comme dans un cirque. On dort dans le même hôtel, on discute, on débriefe jusqu’à 4 heures du matin – une vraie équipe de foot. À défaut de faire des concerts, j’aimerais beaucoup reprendre la vie itinérante. Je connais tellement de petits villages et des gens formidables. J’ai quand même tourné pendant trente ans. C’est la dimension du job que je préfère.

 
ET voici le clip, réalisé par Yannick Demaison & Alexis Magand (qui viennent de faire le clip de Louane...) : http://www.lamontagne.fr/chamalieres/loisirs/scene-musique/2016/11/30/agence-creative-film-et-musique-elle-propose-video-lumiere-et-art-numerique_12188801.html
les deux ont travaillé avec Morgane Imbeaud: Magand sur son "songes de Léo"... et Demaison est l'autre membre de "Peaks".

Rédigé par Pierrot

Publié dans #Travaux sur la N89

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jlr 16/12/2017 18:51

"Nous nous amusions beaucoup en pensant à ceux qui ne comprennent rien à ce qui ne demande pas à être compris." JLM

ArmElle 15/12/2017 19:08

Pour les p'tits cailloux, j'avais déjà évoqué la "Chanson de Sade" avant la sortie du disque concernant la référence à la chanteuse à la voix sensuelle des années 80 et au Marquis de Sade (tu évoquais la Chanson du Marquis) inspirateur pour JLM mais sans savoir que le groupe "Marquis de Sade" s'était reformé pour un concert unique (c'était en septembre cette année mais comme c'est un groupe né dans la même période que Jean-Louis, on peut imaginer qu'il était fan, ou au courant du projet alors est-ce un clin d’œil à ceci ou à cela?). https://culturebox.francetvinfo.fr/musique/rock/le-groupe-culte-marquis-de-sade-se-reforme-pour-un-concert-unique-et-une-expo-262357
Dans "La vie me va", on comprend vite que Jean-Louis a permis à Laure de s'exprimer, par la voix de Morgane, sur sa vie de femme attendant le retour de son chanteur de mari pas toujours de bonne humeur, qu'elle répond à une amie sur sa vie en Auvergne... j'aime beaucoup!
Quand au titre "Le chat", j'en ai parlé lors d'échanges humoristiques autour d'une certaine photo commentée à satiété dernièrement sur le groupe 'Destination Murat' et je suis certaine qu'il n'est pas question ici d'un minou miaulant attendant l'ouverture de la porte mais bien du "minou" celui qui se fait tout doux, tout chaud, tout humide dans cette chanson abordant la sexualité du matin; il suffit pour cela de tendre l'oreille et d'avoir l'esprit tourné vers ce qui a toujours été LE sujet principal de notre éternel amoureux!
"Alco", quesaco ? : j'ai trouvé un auteur, compositeur, guitariste et interprète de chanson française folk-rock-blues lyonnais mais aussi... une entreprise au service du monde rural fabricant des roues pour engins agricoles, forestiers ... ce nom revient plusieurs fois, serait-ce tout simplement le diminutif d'un pote?

Bon j'arrête là, ça chauffe! trop de travaux en cours ;-)

Muse 20/12/2017 09:53

Hello Armelle

J'aime bien aussi la vie me va.
Je me suis dit intérieurement, bon sang c'est du vécu conjugal ;-))
Concernant la chanson du chat, Maïa aime beaucoup mais demande toujours pourquoi la dame demande au chat de ne pas ouvrir...Elle me demande si c'est comme dans le conte du loup et des sept chevreaux quand la maman chèvre met en garde ses petits.
Le défouloir sexiste sur un des titres est à éviter de faire écouter à de jeunes oreilles.
Il n'apporte rien. Il disqualifie JLM.