Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

Publié le 9 Février 2021

(bon, vous aurez noté la référence à Toy Story, un des films de coeur de JLM)...hein? non, il n'y en a pas d'autres...).

Après cette petite ballade introductive, passant par Pessade, Courbanges, Clermont....Revenons autrement sur ce projet de tribute "Au-RA aime MURAT"... 

 

1) HUMOUR

AUvergne-Rhône-Alpes existe depuis 2015 et  cette année 2021 sera l'occasion de renouveler les édiles d'AURA, nos oracles d'un avenir prospère et toujours plein de neige en hiver... En causons-nous pour ça? Non, pas vraiment, même si j'ai pour la démocratie un vieux reste d'attachement coupable.

En six ans,  alors, bien-sûr, nous eûmes des orages... Ça avait mal débuté: Un chanteur auvergnat, en été 2014 à Villeurbanne (Rhône) devant 1500 personnes,  cherchait des noises : "nous sommes les auvergnats de Clermont, votre prochaine capital! Vous irez chercher votre carte grise à Clermont!!".  Et ensuite, épisode: "quand il y a un Auvergnat, ça va, mais quand il y en a plusieurs", vous connaissez le truc, adieu; veaux (qui?), vaches, cochons (hors du feu),  et je  ne vous dis pas les Drômois (private joke à la famille, qui ne la lira pas, c'est vous dire comme c'est private)... 

Mais, bon,  nous avions l'expérience acquise avec les Stéphanois, nous avons donc réussi à gérer, et j'avoue que...  je me sens chez moi dans cette région!   Bon, c'est fou que l'allier soit si loin mais ne lui ôtons pas que le département s'élève jusqu'à 1287 mètres, alors: il est des nôtres!, il a sa montagne comme les autres!, avec même un bout de Combrailles, et même le St-Pourçain qui peut faire la fête avec le vin de Ripaille du 7-4, un Viognier du 0-7, une Clairette du 2-6, et un Gamay du 6-9 ou un côte roannaise du 4-2 entre autres.  Alors, évidemment,  certains persistent à répandre l'idée que c'est les auvergnats qui ont appris à faire le fromage aux savoyards, ou à prendre les Hauts-Savoyards pour des suisses (et en tant que dauphinois d'adoption, j'avoue que les savoyards... mais passons), mais le temps fait son effet. We are family! I I got all my salers with me; W.A.F, Get up Auralpines and sing!

Personnellement, j'ai même parfois l'impression de vivre dans le 6/3... en observant la vie musicale passée et présente de la cité jaune et bleue... et noire,   et parce que je m'ennuie beaucoup (running gag éculé du blog: ici ou là). Et forcement à cause de ce que j'écoute un peu le Jean-Louis Murat.

2)LES LIEUX

Dès ses premiers disques, "rue montlozier",  les légendes personnelles "Ameyrigot"-"Murat", "la montagne est pleine de biches et de gibiers peureux", de la faune et de la flore... et Manille... Toute une géographie, tout est là, et de la carte, on glisse le doigt au détour d'une courbe sur  le corps de la femme, souvent aqueux (si j'ose m'exprimer ainsi), comme un ruisseau, une source, une fontaine... "Quand on me demande des explications sur les textes, la clef est souvent sexuel".

j'envie tes yeux brillants
comme du cassis mouillé
je souffre dans les trous d'air
de ta tanière profonde
ton os souffle une haleine chaude

Cette femme -attention cliché-  qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, l'ancrage revendiqué de la fidélité, dans l'ancrage du territoire. 

Allez, continuons le fil discographique à travers ce biais (réducteur) des lieux de la téci auvergno-rhône-alpine:

On a beau partir à Cabourg, souvenir vécu, et à Durango, souvenir rêvé, ensuite,  on se  retrouve  au col de la croix morand, et Rio est invité à Ceyrat...

pour ce monde oublié
ce royaume enneigé
j'éprouve un sentiment profond
un sentiment si lourd
qu'il m'enterre mon amour
et je te garderai


quand montent des vallées
les animaux brisés
par le désir transhumant
je te prie de sauver
mon âme de berger
je suis innocent

Sentiment lourd qui ne le quitte pas :

je pense à l'inconvénient d'être né quelque part
entre Tuilière et Sanadoire

Et Pessade sonne comme une Saudade.

Du  Roc de Cuzeau, il attend sa dame... mais elle ne viendra pas:

ça fait des mois que je souffre
tu rejettes la montagne
comprends-moi
je suis montagne
.... oh ! vois j'ai dans les yeux
le bleu de l'eau des montagnes
dans ma voix
l'accent des gens de montagne
....  malheureux ça c'est montagne
tu préfères ta limagne   

Murat s'identifie à son paysage - jusqu'à dans ses yeux où coule la source, célébrée  par une de ses inspirations Elisée Reclus-,  et ne peut y renoncer... (30 ans après, pour  "la princess of the cool", idem?)

 

Alors de la Godivelle à Compains,

On me jure que c'est sortilège.

... Rien n'est important, j'écris des chansons

Comme  on purgerait des vipères.

Au diable mes rêves de paysan,

Je ne veux plus que cesse la neige.

Cette phrase iconique  "j'écris des chansons comme on purgerait des vipères" ressassée par les journalistes est généralement amputé de son ancrage géographique,  haut plateau, neige et rêve de paysan. 

Une excursion ferroviaire, entre Lyon et Genève, n'apaise pas sa peine du moment et quand il se souvient des moments d'amour, leurs décors sont les champs de son enfance Vendeix (évoqué ailleurs avec Chamablanc).

 

Nous voilà de passage aux Etats-Unis (Mustango, vous suivez?):  Malgré New-York,  le titre Phare de l'album  éclaire sa région : dans ce texte à trous, à crevasses,  "J'habite aux longes", dent de la rancune de Chaudefour,  et séjour à Tignes-Val d'Isère (Daille, Funival, piste Oreiller killy), et Chamonix ... et pour la première fois, la Haute-Savoie apparaît comme une terre bien menaçante... 

Les autres directions sont interdites: Mezenc, Mustang et il y a un embouteillage au Cannet,  et à l'ouest, il y a un stop à Aygurande (quelques minutes après avoir franchi la frontière de la région).  Dans ce cas, et face aux horreurs de Belgrade, autant se replonger encore dans les doux souvenirs, cette fois, dans le parc à la Bourboule, le Mont sans Souci justement.

"maintenant que je suis un grand garçon, et je me rends compte de ça, cette ombre, cette température,  cette couleur, tout, c'est comme si j'étais à l'intérieur de moi. Je pourrais mourir ici, par exemple, je serais entouré ce qui est essentiel  (Radio nova, 2018) il raconte son souvenir du "mont sans souci, avec une monitrice, sous un séquoia,  magnifique promenade au pays. Il y raconte également comme il a eu un coup de foudre pour le lieu à Douharesse.

 

Quelques temps plus tard, l'amour est au présent (non, il ne se conjugue pas) même si le doute s'immisce.

direction Vendeix
quand la petite chose
m'a murmuré
mon amour est-il dans son quartier de lune...
La vie en plein air
il n'y a que ça
j'allais au Servière
me rafraîchir le moi

tiens, v'là Vaison la Romaine! Peut-être était-ce en rentrant de Rome?

Si le présent est heureux, alors cette fois, c'est l'enfance qui semble triste (divorce parentale?):  il y a de la neige dans le pré  nommé Veillis, à Vendeix, et l'enfant construit un tremplin pour la  luge :

...en bas claquent Les Portes du Pénitencier
mais bon dieu bon dieu elle va pas tout gâcher...

comment faire entre eux et eux, eux et nous
se faire un tremplin pour partir n'importe où


Dans LILITH se délite les références... à part:

Alors mon esprit prend par Lusclade... La Compissade
entre Rocher de l'aigle et Eau salée     (au dessus de la Bourboule)
Va reste sage n'attise pas
Cendres du passé,      
mais quel est donc ce voleur de rhubarbe?   (lui-même? son ami le Gaulois? le braconneur/pêcheur du Vendeix?)
 
 
A Bird, l'oiseau de Californie se pose sur la poire, mais aussi au Sancy:
 
Si je t'attends,   ... Tour Eiffel,...  A Babylone,...  Pont de Sèvres
si  je t'attends, A Brooklyn,  Sur un fil…
Si je t'attends, Au Sancy, Sur le fil…
 
Elle finit par  arriver:
 
Bonjour moi, c'est Jean-Louis, Sont-ce vos parents ? Où est le Mont-Dore ?...
Aussitôt de toutes mes fontaines A coulé de l'or
Un bal à Champeix Un bal à Herment Puis bal à Giat
 

Du "Jardin", l'auteur Bergheaud contemple son territoire, rêvant de fille d'or, ou ressassant une idée noire:

Hier aux Essarts, m'ont dit les Vallebeleix...
Hier aux Essarts, la belle s'est levée
Dans le brouillard qui noyait la vallée
Fille d'or sur le chemin...
Chaque saison, chaque jour au lever
Près du ruisseau, au fond de la vallée

Sancy...Place Gaillard... Allant Pessade Courbanges à pied, je marchais pourtant sans répit
La p'tite idée derrière la tête m'aura suivi
Murmurant "saut de la pucelle"   
   
(alias la dent du Marais surplombant le lac du chambon, propice à une envolée définitive).

 

Décollage vers Moscou, les États-Unis, et c'est dans les mots de Béranger que Murat replonge dans la description du monde de peu, de la ruralité, complétés d'un  calendrier amoureux au bon sens paysan.

Malgré un voyage à Taormina,  caillou, le chemin des poneys, embrasse moi paysage nous évoquent la vue de sa fenêtre  sans données gps (à part Dernier nuage Aperçu sur l 'Aiguiller Derniers feux, "Dernière étoile,  S'enfuyant vers le Fohet"),   mais Gengis, c'est lui, et il avoue, il n'est pas d'ici: il est "né à Valparaiso".

             Le puy de l'aiguillier

 

En suivant le Cours, malgré un voyage à Nashville,  les dames auvergnates s'invitent: toujours Margot, Madame D (Ginette Ramade), la Lady of Orcival et même la compagne dont il a envie de faire son quatre heures... Il erre bien pourtant, mais en chantant. 

Grand Lièvre: Murat nous donne rendez-vous avec des fantômes: son papa malade, des soldats de la grande guerre passant par Le Puy, La Loire, et l'ami Alexandra... De quoi  vouloir se perdre un peu de vue... mais sa géographie le rattrape:

Voilà monde moderne
Et son cul plein de boue
Accusant la montagne
D’être obstacle à la joie.. il faut vendre les près

et Haut-Arverne  est" un hommage mélancolique au terroir de l’auteur" nous dit le dossier de presse.

Toboggan:     Il neige     Déjà nos roches recouvertes     [Tuilière et Sanadoire]

Fin et aboutissement de la période marquée par la "transmission": Babel, et avalanches de lieux:

La beauté,  Derrière la Banne au Fohet,  dans la direction du Crest,  Rivière d'or Saint-Léger,  Le brouillard s'est levé déjà il noie les Grands Moulins,   Quand nous partions l'hiver pour notre sabbat aux Veillis,  Le Sioulot le Vendeix les vergnes quelques ennemis allemands,  Dans le Mont-Dore la fille court, court dans la rue Ramond,    Toute mouillée l'aube est levée il gronde au Chavanon,  Mujade ribe vers la Védrine,  Le jour se lève sur Chamablanc,  C'matin Bozat est encore blanc, Le foin coupé vers le Vendeix,  Il a pris par la Dordogne-Il pleuvait sur le Guéry-Neige et pluie au Sancy,  On a retrouvé les corps, Laure Sur la route du Mont Dore, col de Diane,  Une fille et un garçon s'embrassaient au bal au Chambon-Je n'ai jamais, jamais jamais su leur nom-Les deux s'embrassaient au Chambon,   Le maquis tenait Bozat-Tenait le château des Croizats,  Quand tant de rancune fait La dent, dent, dent- Enfants mis au chagrin des grands,  Chagrin de violette Au parquet salon Creusé dedans ma chair Jusqu'à Clermont...

Les enfants dorment c'est l'été

Dans le pays où je suis né

Là-haut surveille un Jean-le-Blanc

Le vieux ruisseau part en chantant

A la recherche de rien vraiment

Symbole de cette transmission, une chanson avec ses enfants pour conclure : 

Gare de Clermont retard compris nous attendons le bus qui doit nous conduire au Sancy   Vers La Bourboule, enfin les environs c'est là-haut que nous d'vons passer not'première nuit, Camping à la ferme.

 

Le disque de deuil?    A Paris...  Morituri n'épargne pas le Sancy:  

ils sont tous mourus:  Dans le purin qu'il devrait épandre aux Veillis,  le gars de Bagnols,   Le garde chasse qui s'est pendu   Vers Chambourguet

Et  même si Bergheaud fait le tour du monde, c'est à partir de la cuisine:

Corée du Nord,  Bengladesh,  Açores, Danemark, Tahiti, Epsom, concert Mayol, Dantzig, Aux Dardanelles, à Mayerling, Sarajevo, Bengale, yvetot, Arkhangelsk... et tout de même, le plateau de :

 Charlanne, déjà la grippe bleue

Sont-ce bien là   Raisons ma mie     Pour chialer dans la cuisine

C'est déjà une bonne raison d'avoir le cafard, et pour Murat, d'autant plus si l'esprit vagabonde jusqu'en Haute-Savoie:

Mon regard d'un noir
Regard meurtrier
En Haute-Savoie
Face caméra
Coupez
  
           

(d'autres lieux sont évoqués: Roissy, Angers, l'Etna, Bréhat...ne fâchons pas nos suisses)

Heureusement, il reste encore la nature:

vers Fontsalade...    

Et moi nature    Je reste fidèle     À ton amour

Murat se réinvente et se met en travaux sur la N89...    Dans son Puzzle, il  convoque tout de même Montluçon, Veyre-Monton et sa vierge à la con, le château de Cordes à Orcival, deux stations de métro parisiens... et  Besse: 

Il a quitté tôt Besse à l'heure de la messe il s'en va dans le hasard pourtant la neige est là.

 

Il francese le transporte dans d'autres jean-Louis,  mais le Ciné Vox de la Bourboule est là, et Margot aussi.

Ce qu'il voit par la fenêtre ou lors de ses courses ou sorties vélo, il l'avoue ensuite:

Entomologiste banal  Je vois l'un dévorer l'autre- Accordéoniste brutal Je leur lance une galoche- Autant en faire quelque chose Plutôt que rien... Le nom du papillon noir Autant en faire quelque chose- Du champ de neige tout ruisselle J'y plonge mon regard -La chose est sottise nostalgique Ressemble à un entonnoir S'élance la couleuvre chimérique Elle traverse mon regard Autant en faire quelque chose Plutôt que rien.

 

Rupture sentimentale. Cela peut pousser vers l'imaginaire: Xanadu, Balbec, mais rien à faire "on est encore à La Bourboule"... et"Montboudif" est convoqué pour la sonorité,  et la source de la loue, la barre des Ecrins orangée au matin,  comme décors d'un amour naissant.

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3)BLABLA sans plan:  DU LOCAL A L'INTIME

Le travail a été laborieux et l'est s'est doute à la lecture, mais j'ai aimé me replonger pour une fois dans les textes nus. Bien sûr, je voulais mettre en évidence l'ancrage territorial. Ce n'est pas nouveau certes : les sites de fans reprennent ses lieux depuis Dolores et Murat en a parfois exprimé sa fierté : sanadoire.com (des 6 ou 7 sites qui existaient à l'époque de Mustango, le seul site encore visible de nos jours, avec Le Lien Défait qui a également sa carte). (cela nécessitait une mise à jour que je publie ci-dessous).

Murat se glisse dans le paysage, et en retour, nous le projette dans le monde:

"Murat est un juste,
ses chansons ont
la beauté minérale,
la splendeur éteinte
des volcans endormis de son pays."

Serge Kagansky

Alors, bien-sûr, l'étiquette de l'auvergnat, du chanteur régional va lui être accolé. Le projet "AuRA aime Murat" contribuerait-il à le cantonner à ce cadre ? Ce n’est pas notre intention.


 

En 1996, Lolo Boyer part dans l'hiver auvergnat rencontrer Murat du haut du Sancy au cave de St-Nectaire, sans oublier  la Lady of Orcival. Avant de descendre les pistes, il répond:

"j'ai la crainte de passer pour un chanteur régional, et strictement français. Je trouve qu'un véritable artiste se doit de trouver des points d'appuis dans d'autres cultures... Les références locales? oui, c'est la volonté d'être universel, de parler du monde entièrement, bien parler de chez soi, des quelques hectares qui t'entourent, c'est parler de la terre entière" .

En 2002, aux inrocks, après avoir indiqué que le retour en Auvergne était un choix économique:

 

La référence à Springsteen a souvent été donnée : 

 

« Mais on ne fait pas chier Springsteen avec le New Jersey ou Calexico avec l’Arizona ! C’est ahurissant quand même ! C’est comme si Springsteen était de la Nièvre et qu’il faisait des chansons sur la Nièvre. On dirait quoi. Ce que j’aime dans la culture américaine, c’est l’utilisation des lieux et des origines. En Amérique, parler de ton pays n’est pas du tout un problème. Si tu fais une chanson sur Toronto, personne n’y fera attention. En France, si tu écris une chanson sur Vénissieux, t’es mal. Tu parles de Vénissieux en interview pendant dix ans. Et moi, c’est un peu mon cas. Je suis Auvergnat, je n’y peux rien. Il y en a qui sont du Nord Michigan. Et alors ? J’en profite pour le dire franchement, une bonne fois pour toutes : “L’Auvergne, je m’en fous complètement”. (magic 99)


 

On est comme toujours avec Murat dans la complexité (« à chaque moment, on pense toujours des choses différentes, on en choisit une, mais on est toujours agité par des sentiments, des réflexions contradictoires », sentiments associés à une volonté farouche de conserver sa liberté, en opposition à une «sincérité» de façade). Au moment de Babel, il a pu rejeter le caractère et le terme "ethnocentré", tout en disant ailleurs qu'il chantait l''Auvergne" ou se réclamer "chanteur AOC".

En 2018, encore au micro de Mme Sfez, êtes-vous à la dérive, Jean-Louis Murat?

"Non, j'ai un gouvernail". "J'ai un nomadisme organisé".... et "je voyage entre les identités du vrai Murat et quelques autres, les époques". Pourtant, on vous présente toujours comme le chanteur du terroir, reclus dans son Auvergne... "c'est des conneries tout ça, ce n'est parce que je chante ce qui est autour de moi que... je suis là euheuh... (il reprend:) L'enfer d'être de quelque part, dans mon fort intérieur,  je ne me sens pas du tout d'ici".


 

Ce n’est donc pas forcement un choix, mais voilà, au dedans de lui, et devant, il y a ce cadre… qu’il peint... et cet ancrage donne une force considérable à son discours, si bien que Jean-Louis pourrait chanter les misères causés à Emile par les rats taupiers que ça serait encore plus émouvant qu'un village englouti par un lac chanté par un ménestrel de Versailles. Il a conduit tant de monde à faire le voyage, doit-on dire le pèlerinage sur les terres muratiennes, inspiré des livres, des émissions, que bien sûr, on touche bien à l'universel.... [je crois même que Matthieu avait choisi Clermont attiré par les filets poétiques de JL Bergheaud],

Il est quand même bien aidé par les caractéristiques de sa région, et les forces qui s'y exercent. Le discours poétique de Murat tient donc du naturel, du naturaliste et du SURNATUREL (approché via sa grand-mère. A Laure Adler, il parle d'ancrage "non pas seulement dans une réalité strictement auvergnate, c'est un sorte de monde disparu où l'on pouvait croire à un monde qui nous dépasse", "je me sens surinvesti de la responsabilité par rapport  à tous les ancêtres", de la transmission de ce monde-là. Sa région est donc aussi fantasmée, rêvée, ou hantée des souvenirs d'enfance... Et habitée de ses représentations sur un monde qui change. Ainsi, chanter les ronds-points des gilets jaunes était aussi pour lui chanter les lieux de mémoire de ce monde qui disparaît.


Son œuvre incite au dépassement de soi et des petites idées d’apparence du monde pour nous aider à comprendre ce qui est structurel, ce qui relie les espaces et les temps des sociétés. C’est en Auvergne, c’est en Poitou, c’est partout et tout le temps à la fois. Personne n’avait jamais écrit une telle géographie musicale…Il y a du plaisir pour longtemps.               (Samuel, maître de conférence en géographie, correspondance privée.. avec moi)

Ce caractère universel fait que les chansons de Murat peuvent aussi vivre leur vie à côté de leur interprète. On veut le démontrer !   Murat ne serait pas une influence de tant d'artistes si ce n'était pas le cas,  mais pour des artistes vivant aussi "en région", c'est forcement aussi un modèle, et forcement, ses textes peuvent aussi les toucher de manière plus intime... Jean-Louis ne chante pas les embruns, et les bateaux échoués, que l'on croise rarement en AuRA, ni les plaines céréalières du Berry mais les montagnes, les petites exploitations, un pays de lieux-dits...    Enfin, il montre qu'on peut mener sa carrière en affirmant son identité, certes multiple, changeante, en ne pliant pas le genou devant Paris.

 

. #Aimonslesartistesdeleurvivant!

@auraaimeMurat

soutenez-le projet :   https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat

 

4)LES CARTES

Bon, à part ça (qu’est-ce qui m’a pris de partir sur un truc aussi ambitieux), au départ, très terre à terre, je voulais juste vous dire que Jean-Louis a chanté tout notre territoire AuRA, d'un bout à l'autre... et curieusement, ses zones frontières: à l’ouest, puisque c’est là où son regard se porte plus facilement de chez lui, là où sonne l'orage… ou à l’est, là où le cafard rode mais aussi l’amour (la barre des écrins)... Il n'aura pas expressément chanté Lyon (malgré des Monts d'or?, et "Comme Rhône à la Saône Tu te mêles à moi) mais c'est aussi la ville de la famille, de Jocelyne. Alors, voyons ça en carte (cliquez dessus pour agrandir)… Du plus grand au plus petit :

 

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

Quel est ton rapport à la géographie, aux lieux où tu vis, d'où tu viens ? (Chronic'art 2002)

Les paysages sur lesquels on ouvre les yeux, quels qu'ils soient, laissent une marque indélébile. Quand je vois les paysages d'Auvergne, je retourne en enfance, je retrouve mes racines. Mais les paysages sont aussi importants quand ils te manquent. J'aime bien voyager, bouger, jusqu'à ce que ces paysages me manquent, jusqu'à ce que j'en rêve. Ensuite, lorsque je retourne chez moi, la première heure, je regarde tout, et puis je me réhabitue. Après, je suis à nouveau obligé de me désintoxiquer de ce qui me paraît naturel, et je repars... Mais on n'échappe pas aux paysages de son enfance. J'habite dans la montagne, en Auvergne, et j'ai été élevé dans une ferme au milieu des animaux, des fleurs, etc. Les animaux, les fleurs, les arbres, les nuages, l'eau, la neige, c'est mon quotidien. Et mes voisins sont des paysans, avec qui on ne parle que de ça : si l'orage est passé, s'il a neigé, si les frênes poussent, s'il y a des perces neiges cette année…

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

1-Roches Tuilière et Sanadoire

2- puy de l'aiguillier (accueille-moi paysage)

3-L'ouire est blanc (peu me chaut)

4-Ruisseau de Fontsalade (le chant du coucou)

5-Guery (Neige et pluie au Sancy)

6-La Compissade (moulin de) (le voleur de rhubarbe)

7-Lusclade (le voleur de rhubarbe)

8- Les vergnes (les ronces)

9- Eau salée (le voleur de rhubarbe)

10- Fohet (j'ai fréquenté la beauté et "accueille moi paysage"

11-Charlannes(plateau) (la pharmacienne d'Yvetot)

12- Rocher de l'aigle (le voleur de rhubarbe)

13-Les grands moulins (les ronces)

14-Chambourguet (tous mourus)

15-Vendeix (multiples citations)

16-Roche Vendeix... (le ruisseau Vendeix 17 coule au dessus puis en direction de la Bourboule)

18- Veillis (le tremplin) pré sous la Roche Vendeix et depuis gagné par la végétation

19-Bozat (montagne de) (noyage au Chambon)

20-Chamablanc

21-Village des LONGES (Nu sous la crevasse)

22-Roc de Cuzeau (le matelot)

23- Dent de la rancune (nu dans la crevasse,  "chagrin violette")

24-Courbanges (la petite idée derrière la tête

25-Chambon (lac) noyade au Chambon

26- Saut de la pucelle (dent du marais) (la petite idée derrière la tête)

27- Les essarts (cascade)  (filles d'or sur le chemin)

28-Bagnols (tous mourus)

29-Besse (les pensées de Pascal)

 

Merci à https://alainfecourt.wixsite.com/muratextes/

 photos de @surjeanlouismurat.com

 

Commentaires: (Voici ce que Florence m'a adressé en mail après la lecture, je vous le transmets également car j'ai trouvé que c'était nettement mieux écrit que moi,  il est souligné la beauté des NOMS que je n'ai pas abordé, ou juste avec Montboudif, et elle évoque  le moine  François Cassingena-Trévedy  dont on avait parlé ici):

 

Bonsoir Pierrot,

 
Comment ça, "laborieux" ?? Il y a tout ce que j"aime dans ton dernier article ! Des cartes, des pistes et des parcours, des noms de lieu, et puis les mots de Murat... Merci !
C'est beau les textes ancrés. Qui se déploient dans un espace et le rendent sensible au lecteur / auditeur. Imprégnés  de lumières et de couleurs, de climats, de gestes, d'un rapport au monde, hommes, bêtes et paysages, d'un rapport au temps et aux saisons.
C'est beau aussi les noms propres quand ils lestent de tout leur poids ces paysages qu'on nous donne à imaginer, quand ils résonnent de toute leur charge poétique et leur mystère (ou leur comique : Montboudif lui dit plus trop, quelle trouvaille !)
Et puis chez Murat le trait net du paysage s'estompe régulièrement pour nous conduire vers des régions tout intérieures, entre souvenirs et identités rêvées, où le Bartleby de Melville sort de la rue Ramond, Joachim Murat côtoie le ruisseau où l'on se désaltère à deux, la guerre s'invite au Chambon, et Rimbaud dans la chanson du cavalier... Et les cavaliers eux-mêmes un peu partout, mais comment ne pas rêver de grandes chevauchées quand on descend vers Courbanges depuis le puy de l'Angle ou qu'on musarde dans les prés devant le puy de Chambourguet ?
 
(C'est pour cela que les pèlerinages et les visites guidées ne m'ont jamais tentée. Murat comme tous les auteurs que j'adore m'incite davantage à la déambulation rêveuse - humer l'air, partager des sensations plutôt que suivre une piste... Et lorsqu'au hasard de la route je me retrouve aux Grands Moulins ou que je passe devant le puy de la Védrine, c'est comme une heureuse rencontre.  Et quand tout se rejoint, et que soudain la balade résonne de tous ces échos, quelle joie ! Comme quand Angélique dans son restaurant à Brion nous dit qu'il faut qu'on lise François Cassingena-Trévedy parce sans le connaître nous mettons nos pas dans les siens, que plongée dans le livre j'y retrouve Murat avec ses propres itinéraires, et passant du livre au blog toi derrière eux deux !
 
Ouh la, un peu longuette cette parenthèse autobiographique... Je la referme derechef).
 
Bref, pour en revenir à Murat, son oeuvre n'a pas grand-chose à voir avec le régionalisme : c'est large, ça respire, ça ouvre, ça parle à tous. Ton blog, et tous les témoignages d'artistes que tu as recueillis le montrent tellement bien. Ce qu'il touche en chacun, et les chemins divers qu'il inspire, depuis son univers si singulier.
Et si ton beau projet peut permettre de discuter de l'étiquette tellement paresseuse de chanteur du terroir, ce sera une de ses vertus supplémentaires ! Ton article lance toutes les pistes.
 
Merci encore de m'avoir fait voyager ce soir, et pardon pour ce mail un peu long et sans doute bien redondant par rapport à ce que tu as écrit. Mais j'ai la reconnaissance bavarde...
 
Merci Florence!

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat, #vieilleries -archives-disques

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Patrice 12/02/2021 15:59

19 chansons évoquées( convoquées par B.B.)...qui dit mieux?

Patrice 12/02/2021 15:23

Salut.
"Les Disques de Murat" ,clip de Bora Boris ( mis sur Y.T. ce 12 février!).
Très intéressant... AMPARO l'avait déjà repéré...

florence (par Pierrot) 10/02/2021 10:34

Bonsoir Pierrot,

Comment ça, "laborieux" ?? Il y a tout ce que j"aime dans ton dernier article ! Des cartes, des pistes et des parcours, des noms de lieu, et puis les mots de Murat... Merci !
C'est beau les textes ancrés. Qui se déploient dans un espace et le rendent sensible au lecteur / auditeur. Imprégnés de lumières et de couleurs, de climats, de gestes, d'un rapport au monde, hommes, bêtes et paysages, d'un rapport au temps et aux saisons.
C'est beau aussi les noms propres quand ils lestent de tout leur poids ces paysages qu'on nous donne à imaginer, quand ils résonnent de toute leur charge poétique et leur mystère (ou leur comique : Montboudif lui dit plus trop, quelle trouvaille !)
Et puis chez Murat le trait net du paysage s'estompe régulièrement pour nous conduire vers des régions tout intérieures, entre souvenirs et identités rêvées, où le Bartleby de Melville sort de la rue Ramond, Joachim Murat côtoie le ruisseau où l'on se désaltère à deux, la guerre s'invite au Chambon, et Rimbaud dans la chanson du cavalier... Et les cavaliers eux-mêmes un peu partout, mais comment ne pas rêver de grandes chevauchées quand on descend vers Courbanges depuis le puy de l'Angle ou qu'on musarde dans les prés devant le puy de Chambourguet ?

(C'est pour cela que les pèlerinages et les visites guidées ne m'ont jamais tentée. Murat comme tous les auteurs que j'adore m'incite davantage à la déambulation rêveuse - humer l'air, partager des sensations plutôt que suivre une piste... Et lorsqu'au hasard de la route je me retrouve aux Grands Moulins ou que je passe devant le puy de la Védrine, c'est comme une heureuse rencontre. Et quand tout se rejoint, et que soudain la balade résonne de tous ces échos, quelle joie ! Comme quand Angélique dans son restaurant à Brion nous dit qu'il faut qu'on lise François Cassingena-Trévedy parce sans le connaître nous mettons nos pas dans les siens, que plongée dans le livre j'y retrouve Murat avec ses propres itinéraires, et passant du livre au blog toi derrière eux deux !

Ouh la, un peu longuette cette parenthèse autobiographique... Je la referme derechef).

Bref, pour en revenir à Murat, son oeuvre n'a pas grand-chose à voir avec le régionalisme : c'est large, ça respire, ça ouvre, ça parle à tous. Ton blog, et tous les témoignages d'artistes que tu as recueillis le montrent tellement bien. Ce qu'il touche en chacun, et les chemins divers qu'il inspire, depuis son univers si singulier.
Et si ton beau projet peut permettre de discuter de l'étiquette tellement paresseuse de chanteur du terroir, ce sera une de ses vertus supplémentaires ! Ton article lance toutes les pistes.

Merci encore de m'avoir fait voyager ce soir, et pardon pour ce mail un peu long et sans doute bien redondant par rapport à ce que tu as écrit. Mais j'ai la reconnaissance bavarde...