Publié le 29 Mars 2016

Après un premier volet à lire ici, qui a eu l'honneur d'être salué par Fred Hidaldo et Marc Legras notamment, voici la suite plus centrée sur Jean-Louis Murat (pour faire un anachronisme!) avec des informations inédites, fruit d'un travail de recherche de longue haleine de M. (au delà des ressources médiatiques disponibles). Un immense merci à lui.

Murat, de la critique à la chanson
Avant d'écrire des chansons, Jean-Louis Murat a écrit dans Chanson. Archives.


Bergheaud journaliste(s)

Sur la "carrière" journalistique de Jean-Louis Bergheaud, en ces années où il n'avait pas encore choisi le nom de Murat, nous disposons de peu d'éléments. Michel Drucker, qui considère qu'une anecdote n'est pas rentabilisée avant d'avoir été racontée vingt-cinq fois (Michel, si tu nous lis…), aime rappeler, à l'occasion des visites que lui rend JLM lors de ses tournées promotionnelles, que ce dernier fut autrefois journaliste à La Montagne, où il aurait écrit sur le sport, les faits divers et même… sur Michel Drucker. À ce jour, la chose n'est pas attestée, mais qu'un Bourboulien plutôt cultivé et sachant manier la langue française ait honoré de quelques piges son quotidien régional n'a rien d'invraisemblable. Par ailleurs, Murat a lui-même confié qu'il lui était arrivé d'écrire "des papiers dans des revues de cinéma amateur", au temps où il s'adonnait à une cinéphilie studieuse et tous terrains (de Tarkovski à Zidi). Pour le reste, c'est surtout en tant que reporter de ses états d'âme et envoyé spécial dans son monde intérieur qu'il s'est fait connaître.
Si l'on tient à dénicher un vrai journaliste dans la famille Bergheaud, il faudra donc plutôt regarder du côté d'un oncle, Edmond, Riomois d'origine et philosophe de formation. Celui-ci exerça en effet ce noble métier, d'abord à La Montagne (pendant sept ans), puis comme grand reporter au service étranger de France Soir, où il couvrit l'actualité de nombreux pays. Pressenti pour le Prix Albert-Londres, il se fit en particulier remarquer par son travail autour des années décisives du basculement de l'Algérie vers l'Indépendance (cf. son livre Le premier quart d'heure ou L'Algérie des Algériens, de 1962 à aujourd'hui, sorti en 1964 avec une préface de Joseph Kessel, ainsi que le triptyque documentaire L'Algérie dix ans après, diffusé en 1972 et dont il est le coauteur). Ce féru d'histoire participa aussi à des ouvrages grand public sur ce thème et semble avoir achevé sa carrière au Figaro, en signant des articles conformes à la ligne idéologique du journal.
Jean-Louis, lui, n'a pas poussé si loin son engagement dans la presse. À ce titre, sa participation – si éphémère fût-elle – à la revue Chanson peut nous apporter un éclairage intéressant sur cette partie de sa vie.

"Tu sais que je t'aime bien"

Comme nous l'avons vu dans le premier volet de ce dossier, vingt-huit numéros de Chanson sont sortis entre juin 1973 et février 1978. Le nom de Jean-Louis Bergheaud fait son apparition parmi ceux des membres de l'équipe rédactionnelle de la revue à partir du numéro 16 (daté de janvier 76) et y reste jusqu'au numéro 20 (juin-juillet 76), soit le temps de cinq numéros. On a toutefois suffisamment souligné le caractère virtuel de ce comité de rédaction – qui ne se réunissait pas et dont certains membres n'ont même jamais rencontré le directeur – pour n'accorder à ces indications qu'une valeur symbolique. Elles permettent du moins de supposer que le jeune homme fut en contact avec Lucien Nicolas au tournant des années 75-76.
Plus concrètement, Chanson a publié au cours de son existence deux articles portant la signature de Jean-Louis Bergheaud. Puisque les circonstances nous ont d'abord fait découvrir la seconde (dans l'ordre chronologique) de ces deux contributions, revenons quelques instants dessus.

On trouve donc dans le numéro 18 d'avril 76, à la page 17, un papier écrit par JLB sur Véronique Sanson. Le journaliste amateur y évoque, d'une part, les deux derniers albums en date de la chanteuse – Le Maudit (74) et Vancouver (sorti à la fin du mois de février) – qu'il dépeint comme "une suite sur la séparation, l'itinéraire de la rupture" et, d'autre part, la série de concerts qu'elle vient de donner à l'Olympia, entre fin février et début mars, dont il retient une forme de simplicité efficace : "Son récital est organisé comme un long dialogue impossible avec l'autre, fait d'une poésie simple et précise, tricotée avec la musique. L'émotion vient de la simplicité." Dans le numéro suivant de Chanson, une toute nouvelle abonnée enverra à la revue une longue liste de suggestions, parmi lesquelles l'idée de réaliser un entretien avec Bernard Ilous (choriste de Sanson lors des concerts à l'Olympia et chanteur à part entière), ainsi qu'"une interview intelligente" de la chanteuse, où on lui parlerait d'autre chose que de ses "petits copains". Mme Neveu estimera en passant que "l'article paru sur elle ce mois-ci est bien fait", au point qu'il lui a donné envie, écrit-elle, de se procurer ses tout premiers enregistrements avec les Roche Martin. Lucien Nicolas lui répondra, non sans une pointe de malice, qu'ils "sont malheureusement introuvables aujourd'hui… sauf chez moi, à côté de ma collection d'estampes japonaises !"
Au moment où Bergheaud rédige cet article, Sanson est l'épouse de Stephen Stills et vit à ses côtés dans le Colorado. Cette situation l'amène à fréquenter une partie de la scène rock américaine de l'époque, notamment Neil Young, avec qui Stills enregistre l'album Long May You Run en cette année 76.
On connaît la place primordiale qu'occupe celui qu'elle décrit comme "un merveilleux ami" dans la culture musicale du futur Murat, lequel affirmera bien plus tard qu'"On the beach" (sorti en 74) est "peut-être le titre qui [lui] a donné envie d'écrire des chansons". Les deux jeunes Français ont donc en commun un rapport intime avec la musique populaire américaine de ces années 70. Pour autant, leurs démarches esthétiques suivront des chemins sensiblement différents et Murat n'aura guère l'occasion durant sa carrière de s'exprimer sur sa consœur.
Le milieu des années 2000 verra néanmoins se réactiver, discrètement et sous diverses formes, le lien qui s'était noué en ce début d'année 76 entre Bergheaud (alors simple auditeur-spectateur) et Sanson (déjà une artiste reconnue). Ainsi, dans sa chanson "Démariés" (publiée en 2006), JLM reprendra quasiment à l'identique la ligne mélodique du thème principal de "Bahia", instaurant par là même (intentionnellement ?) un troublant dialogue entre une chanson des matins pleins de promesses et un morceau crépusculaire. Un an plus tard, il saluera l'interprète au célèbre vibrato par le biais d'une de ces punchlines qui ont fait une partie de sa réputation, destinée en la circonstance aux "chanteuses à prénom" : "Il y a plus de vie dans un refrain de Véronique Sanson que dans toute la production annuelle de ces pauvres filles aux petites histoires à la con et à la voix de Sœur Sourire". Enfin, c'est dans ces mêmes années qu'il écrira deux textes pour Christopher Stills, le fils de Véronique et Stephen, qui avait à peine deux ans au moment de la parution de l'article de Chanson. Comme si, à quatre décennies de distance, le lien n'était décidément pas défait.

Bergheaud écrit sur Sanson...

... Sanson chante "Christopher" (en 1976, à l'Olympia)...

... et Christopher chante Bergheaud. La boucle est bouclée.

"On ira tous au paradis" (même Jean-Louis !)

Quelque temps avant d'écrire cet article sur Sanson, Jean-Louis Bergheaud avait cosigné en compagnie d'Hervé Bréal un premier texte pour la revue de Lucien Nicolas. Dans ce papier intitulé "Chanson française ?" et publié en page 17 du numéro 16, les deux auteurs partaient de l'exemple de Michel Polnareff pour dénoncer certaines faiblesses de la chanson nationale, comparée à son homologue américaine. L'intention était ouvertement polémique, le ton incisif et certains jugements sévères, mais le tandem avait au moins le mérite de mettre les pieds dans le plat.


Avant de nous arrêter plus longuement sur certains aspects de cette tribune, évoquons en quelques mots son coauteur, dont le parcours est digne d'intérêt. Au début des années 70, Hervé Bréal écrit plusieurs recueils de poésie (À toi, Le pétale cramoisi, 999…) et devient éditeur dans une maison dédiée à ce genre, L'Athanor, fondée par l’opiniâtre Jean-Luc Maxence. Amateur de musique, il s’intéresse de plus près – sur les conseils de son copain Bergheaud – au groupe de rock progressif Ange et se lie d'amitié avec son fondateur, Christian Décamps, au point de publier chez L'Athanor son premier recueil de poèmes Rien qu'une poignée d'images et de se muer en manager du groupe. Dans la décennie suivante, il mène une activité de journaliste musical, notamment pour Le Magazine de la Discothèque et des disc-jockeys et Antenne FM Magazine, où ses opinions parfois tranchées lui valent quelques inimitiés. Puis, au début des années 90, il occupe le poste de rédacteur en chef du jeu Questions pour un Champion, sans pour autant se prendre trop au sérieux ("Je n'ai pas l'impression que Questions pour un champion véhicule une quelconque culture. Nos questions reflètent juste les petites connaissances de M. Tout-le-monde.", confie-t-il alors à Télérama), ni rompre avec la musique, puisque paraît en 2001 son Georges Brassens de A à Z, chez Albin Michel. Quelques années plus tard, il choisit de prendre sa retraite, ce qui lui laisse du temps pour lire, écouter de la musique (le jazz l'emportant au fil des ans sur le rock) et regarder des films, tout en restant disponible pour jouer les consultants spéciaux (et avisés) au service de son ami Patrick Amine, lorsque celui-ci réactualise sa biographie de Jean-Jacques Goldman.
C'est aux alentours de 1975 que Bréal rencontre Bergheaud, lors d'un séjour à La Bourboule. Il deviennent "très potes", principalement pour "une question de feeling". Lorsque l'Auvergnat monte à Paris, les deux jeunes gens se fréquentent souvent, notamment pendant l'édition 76 du Tour de France, que ces deux passionnés de cyclisme suivent avec assiduité (victoire finale cette année-là du Belge Lucien Van Impe). Une fois Bergheaud retourné dans sa région natale, ils continuent à se téléphoner, puis se perdent peu à peu de vue au début des années 80. Bréal se rappelle le côté grande gueule de son cadet (né quelques semaines après lui), sa capacité à critiquer avec férocité et son intelligence au-dessus de la moyenne des autres chanteurs, donc propre à séduire les journalistes (il le voit comme "l'artiste type pour Libération"). Quoique lui-même paraisse avoir un caractère bien trempé, il juge avec le recul qu'"on était un peu cons". Il ne garde en revanche aucun souvenir de l'article pour Chanson et ce ne sont que d'incertaines réminiscences qui émergent de sa mémoire quand on lui cite le titre de la revue. On peut donc raisonnablement penser que Bergheaud est le principal auteur de ce texte.

Hervé Bréal (à gauche) aux côtés de Christian et Francis Décamps.

Examinons à présent de plus près l'article en question, ne serait-ce que pour le contextualiser.
Le cachet de "50 millions" (d'anciens francs) cité en ouverture est un chiffre paru dans Rock and Folk en décembre 75. Il correspondrait à la somme reçue par Polnareff pour son concert donné à Bruxelles le 26 octobre 75, diffusé début janvier sur RTL. Ce concert en territoire belge (et non en France, à cause des ennuis de l'artiste avec le Fisc) est l'un des derniers de l'amiral avant son come-back de la fin des années 2000. Quant à l'album dont il est question ici, il s'agit de Fame à la mode, publié en septembre 75. Ce disque enregistré aux États-Unis, entièrement chanté en anglais et diffusé dans de nombreux pays (de l'Angleterre au Japon en passant par l'Afrique du Sud) jouit d'une image contrastée.
Sur le plan commercial, il n'a pas obtenu le succès espéré (malgré celui du single "Jesus For Tonite", classé 48ème par le Billboard), tandis qu'au niveau artistique, certains (à l’instar de nos deux auteurs, qui le jugent "très décevant") le considèrent comme une pièce mineure dans la discographie du chanteur. A contrario, de nombreux autres auditeurs lui accordent une place de choix : Jean-Marc Parisis le trouve "prodigieux", Christian Eudeline y voit "une grande réussite" et Alexis Bernier le décrivait très récemment dans Libération comme un "éclatant manifeste de pop baroque et loufoque". Enfin, pour ce qui est de l'appréciation globale portée sur le créateur Polnareff ("artiste de variété ordinaire […] dont la musique est finalement aussi dérisoire que le personnage"), on peut la trouver expéditive et réductrice au vu de ce que celui-ci avait déjà apporté à cette époque à la Française pop – pour reprendre l'expression de Christophe Conte, qui décrit pour sa part le musicien comme un "compositeur impérissable et interprète magnifique trop souvent réduit à la caricature d’une batavia à lunettes montrant son cul à tous les passants, ennemi déclaré des percepteurs et des rombières pompidoliennes." Retenons, pour le clin d’œil, que l'auteur de "Y'a qu'un ch'veu" (sur la tête à qui l'on sait) est sans doute l'un des tout premiers d'une longue liste de chanteurs égratignés publiquement par Bergheaud/Murat.

Jean-Louis Bergheaud et la chanson française

Mais cet article, comme son titre l'indique, se veut avant tout une réflexion sur l'état de la chanson française. Et à ce sujet, on peut remarquer qu'il rejoint d'autres analyses déjà formulées dans Chanson. C'est le cas notamment de la comparaison esquissée ici entre la France et les États-Unis, laquelle recoupe en partie ce qu'écrivait en novembre 73 Nino Ferrer dans le numéro 3 de la revue. Par exemple, sur l'influence de la taille du marché : "Pourquoi il y a cette incompréhension et cette inertie, en France ? Parce que c'est un petit marché, sans doute. Je ne crois pas qu'un disque coûte beaucoup plus à faire aux USA qu'en France, et même s'il coûte le double, il se vend ensuite cent fois plus. […] en France, l'investissement coûte cher. Dans de telles conditions, on essaie de jouer plus serré, de prendre un minimum de risques, de laisser le moins de place possible à la fantaisie." Ou encore sur un certain manque de professionnalisme des Français (ce que Bréal et Bergheaud appellent "La néfaste et lugubre habitude de l'artisanat"), thème que reprendra d'ailleurs Murat après son séjour à Nashville, en 2009. Ferrer toujours : "Dans un pays hautement civilisé et industrialisé comme les USA, il est indispensable d'être un professionnel vraiment qualifié pour survivre. Dans un pays comme la France, on peut très bien se débrouiller sans l'être. On rencontre encore beaucoup de musiciens français qui arrivent en retard aux séances, qui jouent comme des cochons, qui refusent ce qu'on leur demande de faire, et qui se prennent pour des solistes." En outre, le regard d'ensemble porté sur le paysage de la chanson francophone par les deux auteurs fait écho à la prise de conscience par Lucien Nicolas des récents changements survenus dans cet espace, qu'ils soient de nature musicale (l'influence de la pop anglo-américaine) ou socioculturelle (l'évolution des sensibilités dans le sillage de 68). Et, bien qu'il soit caricatural, le verdict prononcé par Bergheaud et Bréal ne fait au fond que radicaliser certaines réflexions de Nicolas, en cernant une partie des problèmes qui se posent à la chanson française d'alors : "entre les rengaines rive gauche ultra-vieillottes, misérablement arrangées, à peine chantées, et nos plagiaires tout juste honnêtes de la musique anglo-saxonne, la plus belle place est quand même prise par la guimauve."

Notons, pour terminer, que les deux artistes cités ici comme étant des "exceptions parmi d'autres" resteront toujours des références pour Bergheaud. Concernant Gérard Manset, on sait que JLM lui fut souvent comparé et qu'il manifesta plus d'une fois de l'admiration pour son travail, que ce soit en reprenant l'un de ses titres ("Entrez dans le rêve") ou en louant son rôle de pionnier : "C'est notre père à tous. Comme disent les politiques, Manset est incontournable. […] c'était le premier à être, si on considère que la variété est rationnelle dans le traitement de la chanson, le premier à être irrationnel." Quant à Léo Ferré, Murat dira de lui qu'il "a toujours été un compagnon, un ami de la famille, un grand frère..." et interpétera au cours de sa carrière pas moins de seize de ses chansons, sur scène ou sur disque (cf. Charles et Léo). Il est ainsi intéressant de constater que si Murat est célèbre pour sa capacité à dire tout et son contraire (quand ce n'est pas tout et n'importe quoi), lui qui reconnaît volontiers aimer avancer "en allant de paradoxe en paradoxe, de contradiction en contradiction", il peut aussi cultiver, au-delà des provocations de toutes sortes, des inclinations sur la longue durée. Sanson, Manset et Ferré en sont de jolies illustrations, à travers ces deux articles rédigés par un Bergheaud âgé de vingt-quatre ans.

"Richard" de Ferré, interprétée ici par Murat et Clavaizolle pour Jean-Louis Foulquier...

Pour la petite histoire, notons enfin que "Chanson française ?" fut salué dans le courrier du numéro 18 de la revue par un lecteur pas tout à fait inconnu, puisqu'il s'agissait du célèbre éditeur Gérard Davoust. Ce quadragénaire, alors à la tête des éditions Chappell, avait déjà accompagné avec plus ou moins de proximité les parcours d'artistes aussi différents que Serge Gainsbourg et Serge Lama, Alan Stivell et Manu Dibango, Catherine Ribeiro et Pierre Henry, Yves Simon et Magma… Dans sa brève intervention, il écrit au sujet de la tribune signée Bergheaud et Bréal : "Souvent en désaccord avec l'analyse de journalistes professionnels ou non concernant la chanson et les artistes français, mais ne jugeant pas utile en général de le manifester, je tiens tout particulièrement à vous complimenter pour la pertinence et la justesse de vos observations contenues dans les 2e et 3e colonnes de votre article « Chanson française » du numéro 16. Continuez !"

Chanson, comme une façon d'errer…

En dépit de cet encouragement venu d'un haut dignitaire de la profession, malgré le souhait énoncé en fin d'article ("C'est là-dessus que nous voudrions apporter nos petites idées, dans les prochains numéros de Chanson") et à l'exception du papier sur Sanson, on ne trouvera plus de textes signés Bergheaud dans Chanson. L'Auvergnat aura donc été un collaborateur ponctuel du journal. Pourquoi n'a-t-il pas prolongé cette expérience ? Dans quelles circonstances celle-ci avait-elle débuté ? À ces deux questions cruciales, nous n'avons pas de réponse sûre. Il faut se souvenir que les rédacteurs de la revue n'étaient pas rémunérés et que Bergheaud, dans ces années de galère parisiennes, avait besoin d'argent (il était déjà père). On peut aussi remarquer qu'avril 76, en plus d'être le mois de parution du numéro 18 de Chanson, est celui de la sortie à Paris du film de John Cassavetes, Une femme sous influence. Lequel, à en croire Murat, aurait provoqué "un déclic" en lui et déterminé sa décision de ne plus travailler et de ne jamais avoir de patron. Il serait d'ailleurs redescendu en Auvergne pour tenter d'y vivre de la musique, peu de temps après avoir vu le film avec Gena Rowlands.
À l'autre bout de la chaîne chronologique, il n'est pas exclu que le mystère de la rencontre entre Bergheaud et Nicolas trouve une partie de sa résolution à travers la personne de Jean-François Morange. Poète, comédien, musicien et chanteur, ce Bourboulien d'origine s'était déjà fait un nom au début des années 70, dans sa région et au-delà. Or, on peut se demander si ce n'est pas lui qui servit de connexion entre Jean-Louis Bergheaud et Lucien Nicolas, via Hervé Bréal. En effet, ce dernier dédia à Morange la "Suite pour orchestre de rock et quatuor à cordes" intitulée Roll qu'il publia en 1975 et édita chez L'Athanor son livre Les Bruits de la tête. On sait aussi que Nicolas et Morange se connaissaient, comme l'atteste entre autres l'archive de l'INA diffusée dans notre article précédent. Bréal aurait-il rencontré Bergheaud au cours d'une visite à Morange, chez lui, à La Bourboule, et est-ce ce dernier qui les aurait mis en relation avec un Nicolas en quête de jeunes rédacteurs ? L'hypothèse est séduisante (un peu trop, sans doute), mais les faiblesses de mémoire des uns et le silence des autres nous ont empêché de la valider. Inclinons-nous devant cette zone d'ombre, que l'avenir éclairera – ou pas.

 

Appendice Jean-Louis Murat dans la chanson française

On a déjà indiqué que l'héritière directe de Chanson fut la revue Paroles et Musique, créée par Mauricette et Fred Hidalgo en 1980 (cf. à ce sujet les détails fournis par ce dernier en commentaire du texte de notre article précédent). Pourtant, ce n'est pas elle qui mettra la première à l'honneur l'ancien rédacteur de Chanson nommé Bergheaud, métamorphosé en chanteur sous le nom de Murat. Il faudra en effet attendre 1988 pour voir son nom mentionné dans les colonnes de P&M, au moment du 45 tours "Si je devais manquer de toi". C'est d'abord Thierry Delcourt qui se demande dans le numéro 5 (nouvelle série) de mars 1988 si Jean-Louis Murat ne serait pas la réincarnation de Bernard de Ventadour : "À trop parler du vert insondable de ses yeux, on risquerait de donner de lui l'image d'un chanteur-météore pour Top 50. Pourtant, Jean-Louis Murat n'en est pas à son coup d'essai. Avec 'Si je devais manquer de toi', son nouveau 45 tours chez Virgin, il devrait enfin révéler totalement son talent d'auteur-compositeur délicatement nonchalant. Chanson subtile en forme de message personnel et voix charmeuse pimentée d'une pointe d'accent d'Auvergne, amour de loin et bords de Loire au point du jour : troubadour des années 80, Jean-Louis Murat serait-il la réincarnation de Bernard de Ventadour ? L'idée ne devrait pas lui déplaire…" Puis, à la fin du même numéro, c'est François Bensignor qui écrit quelques mots encourageants sur le single de Murat (juste après avoir évoqué celui de la chanteuse Yaël) et compare cette fois l'interprète à un autre genre de troubadour… Étienne Daho : "On ne peut pas tout avoir, et la voix de Jean-Louis Murat n'a rien de celle de Yaël, ni la justesse, ni le timbre. Pourtant, 'Si je devais manquer de toi' (Virgin 90370) possède une fraîcheur, une naïveté, une tendresse qui manquent à bien des professionnels de la chanson. Avec ce nouveau disque, Jean-Louis Murat s'affirme en interprète de charme, une sorte d'Étienne Daho à l'usage de ceux qui n'ont que faire de paraître branchés." Un an après, la revue réservera un accueil favorable à l'album Cheyenne autumn par l'intermédiaire de Thierry Séchan. Et beaucoup plus tard, P&M ayant cédé la place à Chorus, le trimestriel de référence consacrera un épais dossier à JLM, grâce au travail de Jean Théfaine (ci-dessus, avec son sujet). Murat se liera d'ailleurs d'amitié avec le Breton, au point de lui accorder sa confiance pour un projet d'ouvrage biographique conçu à deux, dont la date de parution, à en croire l'éditeur, était quasiment calée. La mort de Théfaine modifiera hélas le cours de l'histoire.

Mais bien avant ce compagnonnage régulier et fraternel entre Murat et "Les Cahiers de la Chanson", une autre revue spécialisée avait repéré le chanteur et soutenu avec insistance ses débuts. Créée par un certain Jean-Louis Foulquier, Chanson 83 (qui se nommera ensuite Chanson 84, puis plus simplement Chanson magazine) publie en janvier 1983 un premier numéro, avec en couverture l'un des artistes chéris de son fondateur, Jacques Higelin. Le bimensuel aura une vie très courte, conclue par un dépôt de bilan à l'été 85, après dix-huit numéros seulement – son directeur réorientant alors son énergie et son argent en direction des Francofolies de La Rochelle. Mais cette brève existence lui suffit pour remarquer et saluer les premiers enregistrements de Murat. Ainsi, dans le numéro 2 (mars-avril 83), Jean-Paul Lambert chronique le premier mini-album du chanteur, qu'il rapproche de Manset, Bashung, Higelin, Couture et Capdevielle, tout en notant "une pointe tout à fait personnelle", qu'il souhaiterait même plus prononcée : "On aimerait peut-être qu'il éclate, qu'il soit encore plus Murat." Puis, en fin d'année, Thierry Hexylaine prend le temps de revenir plus en longueur sur le disque et déclare sa flamme à son auteur : "Jean-Louis Murat a appris à évoluer vers les éclaircies et il le chante. Ça fait du bien pour lui, en y pensant, quand on aime ce mec comme je l'aime… […] Cette musique, cet artiste sont importants. Débloquez vos oreilles !" (Retrouvez l'intégralité de ces deux articles ici). Le même journaliste ne manque pas de saluer la sortie de l'album suivant, Passions privées, et plutôt deux fois qu'une. D'abord, dans le cadre d'un vaste abécédaire sur les chanteurs du moment, où il se montre original en plaçant Murat au sein d'une constellation musicale différente de celle où on le range habituellement. Puis, dans sa chronique du disque (jugé "Rudement épatant"), il le rapproche cette fois de dignes représentants de la chanson-rock (Bashung, Couture, Thiéfaine), chez qui il croit discerner un trait commun, que ne renierait certainement pas aujourd'hui l'auteur de Taormina : "quelle que soit l'esthétique choisie, la proximité du blues est évidente (bien plus que celle du rock!)."

Il est d'usage parmi les amateurs de Murat de citer le nom d'Anne-Marie Paquotte comme celui de la journaliste clairvoyante ayant remarqué l'artiste avant (presque) tous les autres. Sans vouloir minimiser le moins du monde ici l'importance du soutien initial que la chroniqueuse de Télérama apporta à JLM au moment de Passions Privées, ni mésestimer sa fidélité ultérieure au chanteur (qui lui dédia un morceau après sa disparition, en 2009), il conviendra désormais de rappeler qu'en ces années 81-82-83 où Murat tentait de faire connaître ses premières compositions, un obscur pigiste fut suffisamment séduit par l'artiste pour se donner la peine d'écrire à trois reprises à son sujet, en annonçant à qui voudrait l'entendre que l'œuvre naissante était loin d'être négligeable. Il semblerait que derrière le nom de plume de Thierry Hexylaine se soit caché le dénommé Thierry Mindar, passionné de musiques plutôt à la marge de la chanson française et proche d'un certain underground des années 70-80. Dans les quelques papiers de lui dont nous disposons, il réussit généralement à associer érudition, précision et enthousiasme, tout en affichant un attachement tenace et touchant pour une poignées d'artistes dont les noms émaillent régulièrement ses textes (cf. son article sur Emmanuel Booz). Qu'il soit dit, au terme de cette petite rétrospective, qu'en souvenir des quelques fleurs qu'il déposa sur le seuil de la carrière d'un Murat alors largement ignoré, nous adressons à "ce mec", où qu'il soit aujourd'hui, toute notre affection.

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1976-2016, on prend les mêmes et on continue... Véronique Sanson vient d'achever la tournée retraçant ses belles Années américaines. Sont maintenant attendus pour cette année-ci un enregistrement live, ainsi que, inch'Allah, un véritable nouvel album studio annoncé depuis déjà quelque temps. Pour patienter, vous pouvez aller réviser vos classiques sur son site officiel (remarquable d'exhaustivité et semble-t-il tenu par des gens bien sympathiques)... Michel Polnareff vient de publier son autobiographie intitulée Spèrme, dont il nous précise qu'elle "s'avale d'un seul trait". Il est par ailleurs longuement interviewé (par Philippe Manœuvre) dans le numéro d'avril de Rock & Folk. Son nouvel album est également prévu pour 2016 (plus d'infos sur le Polnaweb)... Moins extraverti, mais plus rapide, Gérard Manset a lancé vendredi dernier son Opération Aphrodite. Il en a déjà été et il en sera encore question sur ce site… Léo Ferré ne semble pas avoir d'actualité brûlante ces jours-ci, mais on annonce un site officiel tout nouveau, tout beau, pour très bientôt… Ange, loin d'être déchu, continue encore à tourner : retrouvez les dates de concerts du groupe et celles des récitals du duo Christian/Tristan Décamps sur leur site officiel... Enfin, si vous voulez tout connaître de l'actualité de Jean-Louis Murat (qui, selon certaines rumeurs persistantes, sortirait son nouvel album très prochainement...), vous pouvez vous rendre ici, , voire là-bas ou tout simplement rester chez nous.
Merci à toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à la réalisation de cet article. Plusieurs d'entre elles sont citées à la fin de la première partie de ce dossier, les autres sauront se reconnaître toutes seules...

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Rédigé par M

Publié dans #divers- liens-autres

Publié le 25 Mars 2016

A découvrir... mais pas entièrement... Juste une minute. C'est "nuit sur l'Himalaya".

Allez, l'album sort le 15/04... (Moi, je le découvre doucement depuis quelques jours via un camarade journaliste...).

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Morituri

Publié le 24 Mars 2016

 

 

"Suite à des contraintes d’ordre logistique, le concert de Jean-Louis Murat à La Maroquinerie, prévu initialement le 26 mai, est décalé au MARDI 3 MAI
Les places achetées pour le 26 mai restent valables pour le concert du 3 mai ; et sont remboursables en cas d’impossibilité"
.

 

IL RESTE DES PLACES!!

http://www.fnacspectacles.com/place-spectacle/manifestation/Pop-rock-Folk--PIAS--NITES---JEAN-LOUIS-MURAT-97454.htm#/calendrier/

 

Le problème de logistique est lié à un manque d'ubiquité de certain. C'est pourtant si facile de se dédoubler, n'est-ce pas Raoul? (Raoul, c'est moi).      Signé : Pierrot, alias Pierre.

 

Je rappelle que la seule autre date programmée pour l'instant  est le concert pour Clermauvergne à la coopé le 18 juin. On espère que d'autres dates vont tomber rapidement... sinon, ça va commencer à devenir inquiétant, nous qui aimons respecter  nos petits rituels, nos petites habitudes de petits fans pépéres: une sortie d'album avec  les concerts qui suivent dans la foulée...    Allez, à plus: faut que j'écoute le dernier MANSET qui est arrivé ce jour.... Putain, il slamme...  non... si... ou bien... voyons... non... bein si...

PIAS NITES : Changement de date!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #actu babel

Publié le 21 Mars 2016

Une nouvelle fois aujourd'hui, on oublie l'écume de la promo médiocratique pour aller au "fond" (on retournera se vautrer dans la fange très vite, ne vous inquiétez pas). En effet, M. nous propose un travail historique et rend un magnifique hommage à un grand journaliste musical, "un passeur" [avant une 2e partie plus axée sur J.L. Bergheaud, avec un contenu tout-à-fait inédit]. Comme je le disais à Laurent Saligault quand on évoquait Mickey Finn, c'est une grande joie et fierté de donner un coup de projecteur sur des personnalités que le web était en passe d'oublier.

 

Chanson
Toi qui ne veux rien dire, Toi qui me dis tout

Voici environ un an, nous mettions en lumière, grâce à la vigilance d'Olivier Nuc, un pan de l'activité journalistique de Jean-Louis Bergheaud, à une époque où celui-ci ne se faisait pas encore appeler Murat. La découverte de son éloge de Véronique Sanson – republié à la page 85 du livre de Laurent Calut et Yann Morvan, Véronique Sanson, les années américaines (Grasset, janvier 2015) – apprit à beaucoup l'existence de la revue dans laquelle était paru le texte initialement, la bien nommée Chanson. Avant de nous pencher davantage dans un prochain article sur la brève collaboration de Murat à Chanson, nous nous proposons ici de raviver le souvenir de ce journal méconnu, qui joua pourtant un rôle non négligeable dans le paysage musical francophone des années 70.

"Laissez parler vos imaginations
Ne me laissez pas seul à gueuler des chansons
Ça ne veut rien dire si vous ne faites jamais rien
Si vous projetez sur moi votre destin"

Môrice Benin

Une équipe de "fous de la chanson"

Le premier numéro de Chanson paraît le 25 juin 1973. Il fait une petite trentaine de pages, "ne pèse que 100 grammes" et affiche en couverture Jean-Michel Caradec. Éditée par OGI publication, la revue a son siège au 185 bis rue Ordener, dans le 18ème arrondissement de Paris. Son ours nous apprend qu'elle compte un Directeur-Rédacteur en chef en la personne de Lucien Nicolas, un Secrétaire général et un Comité de rédaction, composé de sept autres membres. Mais derrière cet habillage officiel, la réalité est plus amateur et précaire. Chanson est en fait pour sa plus grande part l’œuvre de Lucien Nicolas, alors journaliste à Télérama, qui l'a créée avec ses moyens personnels (limités, comme on le verra) et s'est entouré pour la réaliser d'une poignée de passionnés qui l'assistent bénévolement. Marc Legras, entré dans l'équipe à partir du numéro 10, se souvient qu'à défaut de pouvoir payer ses collaborateurs, Nicolas les invitait parfois à partager un couscous à la sortie des concerts.
Si la liste des membres de ce comité de rédaction virtuel, "professionnels ou non, alternatifs ou continus, mais toujours au courant de la chanson", évolue considérablement au fil des numéros, ces fluctuations ne signifient pas que Nicolas ait choisi ses compagnons au hasard. À ses côtés figurent ainsi, au démarrage de l'aventure, d'autres spécialistes reconnus de la chanson, tels Robert Mallat, du Point, fondateur en 1963 de l'Académie de la Chanson, Lucien Rioux, du Nouvel Observateur, déjà auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet et Guy Silva, le Monsieur Chanson de L'Humanité. Christophe Izard, lui, a longtemps été en charge de la rubrique Music-hall à France Soir, avant de devenir producteur d'émissions de variétés pour la télévision, tandis que Jacques Vassal, qui écrit à Rock and Folk, est passionné de chanson française depuis son enfance. En plus de ces journalistes de profession, le premier comité de rédaction comprend aussi le parolier Jean-Pierre Kernoa, qui a notamment œuvré pour Le Forestier, Gréco ou Guichard, ainsi que Françoise Ulricht et Pierre Gossin, sur qui nous n'avons malheureusement pas pu glaner d'informations.
Parmi ceux qui viendront prêter main forte à Lucien Nicolas dans les années suivantes, on peut mentionner Marc Legras, animateur sur France Musique d'une émission quotidienne sur la chanson (en alternance avec Jacques Erwan), François Possot, poète qui vient de faire paraître un livre d'entretiens avec son ami, l'acteur Pierre Fresnay, Régine Mellac, universitaire et traductrice, grande spécialiste de la chanson latino-américaine, Jean-Marc Cherix, photographe amateur et organisateur de concerts du côté de Lausanne, qui sera le correspondant suisse de la revue, Jean-Marie Verhelst et Bernard Hennebert, deux défenseurs de la chanson alternative en Belgique, qui rendront compte de l'actualité de ce pays (avec à la clef un numéro spécial en 1977), Christian Hermelin, critique de variétés à Témoignage Chrétien, qui développe une approche sociologique du genre, plus quelques autres personnalités, dont Rémy Le Tallec, André-Georges Hamon, Michel Duvigneau, Robert Ballet ou Jean-Louis Bergheaud...

Structure et Tonalité

Dans son éditorial, Lucien Nicolas annonce vouloir parler de la chanson depuis "l'information courante, pratique, technique, jusqu'à l'information essentielle, c'est-à-dire l'information qu'on ne peut trouver qu'au cœur de la création, au cœur des créateurs." En ce sens, il désire se situer "à un niveau de l'information où peu de journalistes, à moins qu'ils ne soient vraiment fous de la chanson, s'aventurent généralement." Cette ambition élevée va se décliner au fil des numéros, à travers un certain nombre de rubriques qui structurent la revue. Tentons-en un rapide survol :

La couverture : D'abord centrée sur un seul chanteur, elle se compose par la suite de plusieurs petites photos associées à un aperçu du sommaire. L’honnêteté oblige à dire que ce n'est pas le point fort de la revue et que le choix de la couleur peut parfois laisser sceptique. Nougaro, Tisserand, Berger, Zacha ou Béranger y seront à l'honneur, la "une" la plus originale restant sans doute celle du numéro 12, qui présente un enfant de cinq ans dont l'identité n'est révélée qu'à l’intérieur.

L'éditorial : Il permet à Lucien Nicolas de défendre sa vision de la chanson (cf. infra) et de mobiliser les lecteurs.

Les articles de présentation d'artistes : Sous la forme de portraits plus ou moins fouillés et/ou d'entretiens, ils concernent des chanteurs dont la plupart ont entre vingt-cinq et quarante-cinq ans. Annegarn, F. François ou Claire figurent parmi les plus jeunes, Béart, Dimey ou Julien parmi les quadras. Des auteurs plus confirmés tels que Lemarque ou Caussimon ne sont pas pour autant snobés.

Les articles écrits par les artistes : C'est une des originalités de Chanson, conforme au souhait de son directeur : "Les auteurs, les compositeurs, les interprètes pourront s'y exprimer librement, quelle que soit leur opinion (et pourvu qu'ils en aient une)". Ainsi peut-on lire dans la revue des témoignages de créateurs tels que Ferrer, Berger, Brassens, Gainsbourg, Dumont, Nicoletta, Sylvestre, Rodrigues, Magny ou Duteil, pour n'en citer que quelques uns. Ils livrent dans ces textes des réflexions sur l'exercice concret de leur métier, évoquent leurs projets et leurs déconvenues, leurs espoirs comme leurs frustrations.

Les articles de fond sur la chanson : Qu'ils développent des réflexions politiques (la censure en Espagne), économiques (le montant de la TVA sur le disque, la distribution, le piratage), organisationnelles (le développement des Centres Régionaux pour la Chanson, la création de Prospective Chanson), médiatiques (la politique de programmation en radio, l'engagement de la Sacem dans le concours de l'Eurovision), pédagogiques (les moyens pour bien débuter, l'éducation culturelle dans l'enseignement agricole), théoriques (la distinction entre chanson et variétés, le choix entre amateurisme et professionnalisme) ou pratiques (l'analyse de chansons, à travers les rubriques "Le tiroir à chansons" ou "Chansons à la douzaine"), Lucien Nicolas et ses camarades de jeu ne cessent d'interroger et de s’interroger sur cette catégorie de "chanson", afin d'en déployer toutes les potentialités.

Les témoignages d'acteurs auxiliaires : De temps à autre, la revue donne la parole à des professionnels qui, sans être eux-même des créateurs de chansons, gravitent autour de ces derniers. Il peut s'agir d'animateurs de radio, d'organisateurs de concerts, de professeurs de chant, mais aussi, moins attendus, du patron d'une célèbre épicerie-buvette-cabaret ou des animateurs d'un CE en hôpital psychiatrique…

"15 questions à..." : Le nombre de questions varie, mais le concept de cette rubrique reste le même : interroger trois protagonistes du monde de la chanson en leur posant une quinzaine de questions identiques sur leur métier – l'intérêt étant alors de pouvoir comparer les réponses des uns et des autres. La rubrique peut s'intéresser à des vedettes (Ferré et Leclerc par exemple) comme à des acteurs moins exposés : paroliers, arrangeurs, directeurs artistiques, chanteurs d'Afrique noire (avec Manu Dibango) ou même à… "Trois filles libres", dans le numéro 24.

Les fiches de présentation de nouveaux talents : Baptisée dès le numéro 2 "Scène-Service", cette rubrique est destinée à faire connaître à la profession des artistes qui débutent. Dans cette optique, elle fournit un certain nombre de renseignements pratiques, à la façon d'un bref CV. Parmi les heureux fichés, Duteil, Annegarn, Booz, Viglietti, Tristan, Voulzy, Buhler ou Magdane, plus beaucoup d'autres qui n'ont jamais explosé. De Souchon, mis en avant dès le numéro 1, il est écrit : "Auteur-compositeur-interprète un peu nostalgique, qui exprime, sur des structures mélodiques bien en place, le regret de voir disparaître les choses de la nature, et un certain romantisme." Quant à Thiéfaine, il se voit affublé d'un prénom inédit. Quelle idée, aussi, de s'appeler Hubert-Félix…

Les comptes rendus de concerts ou festivals : Ce n'est pas un rendez-vous fixe, mais il arrive que Chanson revienne sur telle ou telle manifestation : le Festival pop'celtic de Kertalg 74, le festival de Spa, les éditions 74 et 75 de Sigma Chanson, Fellap Grenoble, le Festival des Arts traditionnels de Rennes, le premier Festival de la chanson populaire d'Auxerrre, le Midem 74 ou divers spectacles donnés dans la capitale.

Les chroniques de disques : Relativement courtes et descriptives, elles sont surtout remarquables par leur éclectisme. Petit aperçu subjectif et alphabétique : Aubret, Bowie, Chelon, Dylan, Elbaz, Fugain, Gréco, Higelin, Ionatos, Jonasz, Kerval, Lama, Manset, Nicoletta, Ogeret, Piaf, Quilapayun, Ricet-Barrier, Schuman, Tisserand, Utgé-Royo, Voulzy, White (Tony Joe), X, Young, Zacha. Chanson proposera aussi sur la fin quelques chroniques de livres.

Les brèves : Annonces de futures parutions, dates de concerts, informations institutionnelles, remises de prix, coups de main aux collaborateurs de la revue, etc.

Le courrier des lecteurs : Il est composé d'éloges, d'encouragements, de questions, de conseils, mais aussi de critiques plus ou moins appuyées, auxquelles Nicolas se fait généralement un plaisir de répondre avec une pointe d'humour. À un lecteur qui s'étonne qu'il signe la plupart des articles, il fournit cette explication mi-sérieuse, mi-taquine : "L'équipe de Chanson a (heureusement pour elle) d'autres activités plus lucratives qui ne lui permettent pas d'être aussi disponible que vous et elle le voudriez. Nicolas, lui, gagne beaucoup d'argent avec Chanson, il est donc plus disponible pour aller au charbon." L'un des plus fidèles lecteurs-épistoliers se trouve être un lycéen de Clermont-Ferrand du nom de Christian Queuille. Dans le numéro 8, il complimente la revue pour ses choix et recommande une demi-douzaine d'artistes, arguments et citations de presse à l'appui (notamment Patrick Abrial, "que je considère comme un très grand"). Dans le numéro 21, il partage sa découverte de Môrice Benin et dit avoir écouté Morange. Dans le suivant, il s'énerve contre François Possot qui a vigoureusement égratigné ce même Benin. Dans le 24, il s'inquiète pour l'avenir de la revue... et il a malheureusement raison de le faire.

Éclectisme et débats

Parmi les qualités manifestées par Chanson tout au long de ces rubriques, deux méritent notamment d'être saluées. La première, rapidement abordée ci-dessus, est son éclectisme. Même si la revue traite avant tout de chanson francophone, la conception qu'elle s'en fait n'a rien d'étriquée. Non seulement elle n'est pas parisianiste, accordant une place de choix aux chansons régionales – de Bretagne, d'Occitanie, d'Alsace, du Pays basque ou du Nord –, mais elle n'a rien non plus de cocardière. Ainsi, que ce soit au travers d'entretiens, de dossiers spéciaux, de panoramas ou de sélections de disques, la revue fait découvrir à ses lecteurs les chansons de Roumanie, d'Allemagne, du Japon, d'Amérique du Sud, de Mongolie, d'Irak, du Portugal, du Vietnam, d'Espagne, de Cuba, d'Haïti (sans oublier, bien sûr, la Belgique et la Suisse). Cette ouverture à des langues, des accents et des rythmes différents est d'autant plus méritoire qu'elle ne se double pas d'un mépris à l'encontre de la puissante chanson anglophone nord-américaine, mise en avant à plusieurs reprises, notamment par Jacques Vassal, qui réussit la prouesse de mettre un zeste de Chanson dans Rock and Folk et une pincée de Rock and Folk dans Chanson.

Une autre qualité notable de la revue est sa capacité à faire vivre le débat, que ce soit en interne ou avec l'extérieur. En ces années 70 qui voient la chanson traversée par de nombreux questionnements autour de son organisation, de sa représentation dans les grands médias, de sa reconnaissance comme fait culturel, de sa professionnalisation, de la place qu'y occupent les femmes, etc., le journal joue le rôle d'une caisse de résonance pour ces différentes problématiques. Mais l'engagement de ses rédacteurs peut aussi porter sur des questions plus circonscrites : c'est Lucien Nicolas qui reproche au Printemps de Bourges son gigantisme, lequel occulterait le foisonnement d'associations militantes régionales et ferait, au final, le jeu du système ; Jacques Bertin qui dénonce le mépris bourgeois de France Culture envers la chanson ; François Béranger qui se défend contre des militants d'extrême gauche lui reprochant de se faire payer pour chanter ; ou Marc Legras (ci-contre) qui répond à François Mitterrand, après que le premier secrétaire du Parti Socialiste eut exprimé son goût pour les chansons de Sheila, en se lançant dans une défense lyrique de la chanson populaire, la vraie.Marc Legras, en 1976

Pourtant, si ces réactions passionnées en restaient au stade de brillants soliloques contre l'air du temps, Chanson ne serait qu'un sympathique repaire de rouspéteurs. Or, le débat a lieu tout autant en interne, dans les colonnes même de la revue. Et à une époque où les notions de buzz et de clash ne régissent pas encore l'espace médiatique, ce débat se révèle à la fois vif, honnête et souvent éclairant. Quand Yves Simon déplore l'état et le fonctionnement de certaines MJC, le directeur de l'une d'entre elles lui répond dans le numéro suivant, en pointant du doigt le comportement de ces chanteurs bien contents de s'y produire quand ils débutent, mais nettement moins respectueux quand le succès se profile ; une chanteuse d'Occitanie réagit aux propos d'un de ses confrères issu du même mouvement, en proposant une autre vision de son métier ; François Possot et Lucien Nicolas s'écharpent au sujet de la démagogie éventuelle (quoique de gauche) de Morice Benin – une discussion animée qui se poursuivra jusque dans le courrier des lecteurs ; ce même Nicolas se voit reprocher par un ACI amateur ("et désirant le rester") d'avoir une conception étroite et culpabilisante de l'amateurisme ; Nicolas, toujours lui, ferraille vigoureusement avec le directeur de la SACEM et plus poliment avec le directeur du festival de Spa ; Jacques Bertin, de son côté, juge que la plupart des chanteurs sont nombrilistes, irresponsables et politiquement immatures… avant de recevoir une réponse musclée de son confrère lyonnais Alain Bert ("il a une légère tendance à prendre les gens pour des cons du haut de sa 'poésie' syndiquée"). On pourrait encore citer d'autres exemples…

Nicolas dans le texte

Comme cela a été expliqué au commencement de cet article, Chanson est principalement la création de Lucien Nicolas. Il est donc à présent grand temps d'évoquer un peu plus ce journaliste et de donner à lire sa prose. Né dans les années 30, il s'est probablement spécialisé dans la chronique de chansons au début des années 60. On trouve son nom dans Diapason, dont il fut directeur-adjoint, et dans Télérama, où il accomplit une grande partie de sa carrière, ainsi que dans plusieurs revues professionnelles (La Discographie française, Le Métier du disque et de l'audiovisuel, Show-magazine… jusqu'au Billboard américain). Il fait aussi partie d'associations spécialisées, telles que l'Académie Internationale de la Chanson et l'Association des Critiques de Variétés. Jacques Vassal se souvient avoir apprécié les chroniques qu'il signait dans Télérama, car Nicolas s'y intéressait à des gens atypiques, à une époque où la culture de la chanson et la culture politique se faisaient ensemble. Il le décrit comme quelqu'un d'intègre, avec des idées personnelles. De son côté, Marc Legras garde en mémoire un homme d'un abord extrêmement facile, fin connaisseur de son domaine et très exigeant.


Ce même Marc Legras rappelle, dans sa biographie d'Allain Leprest, ce qu'était la place de la chanson dans ces années-là : "Au bout de la table officielle de la culture – lorsqu'elle y est conviée –, la chanson est le parent pauvre à l'assiette vide quand les autres se repassent les plats. Et le chanteur, un pauvre hère à qui on glisse quelque menue monnaie en le prenant par l'épaule pour le pousser gentiment vers la sortie". Un contexte qui permet de comprendre pourquoi Nicolas, non content d'être un journaliste réputé dans le domaine de la chanson, se mue peu à peu en une sorte d'activiste de ce secteur, comme d'autres peuvent l'être à la même époque dans le rock, le théâtre ou le cinéma par exemple.
Pour tenter de résumer en quelques mots son combat, on peut dire qu'il se fonde sur l'analyse suivante : "le paysage de la chanson offert au public n'est pas objectif par rapport à la réalité de la création, mais fabriqué par un petit nombre de décisionnaires partiaux (radio, télé, firmes discographiques, distributeurs, tourneurs, etc.)". Partant de ce constat, il mène une lutte qui se développe autour de quatre grands axes, complémentaires les uns des autres :
1. dans le domaine de la critique des médias : déconstruire l'image médiatique de la chanson, en menant "la critique objective des mécanismes qui conduisent à sa fabrication".
2. dans le domaine de la critique de chanson : donner à voir la chanson dans toute sa diversité, y compris dans ses aspects les moins éclairés.
3. dans le domaine du journalisme culturel : offrir à la chanson toute sa place à côté des autres styles musicaux d'une part et parmi l'ensemble des disciplines artistiques d'autre part.
4. dans le domaine philosophique : rappeler constamment le lien entre la chanson et la vie, montrer l'interaction quasi biologique que l'une entretient avec l'autre.

Mais pour faire comprendre plus concrètement au lecteur l'engagement de Lucien Nicolas, le mieux est peut-être encore de faire entendre sa voix à travers quelques unes de ses prises de position, dans différents registres.
On l'a déjà souligné, Nicolas ne cherche pas à substituer une forme de chanson à une autre, mais à faire connaître les différentes facettes de cet art. En ce sens, la création en 1976 par CBS d'une collection "Marginal", destinée à mettre en valeur des œuvres a priori peu commerciales, aurait pu le ravir. Pourtant, il ne se satisfait pas de cette catégorisation qui, en définitive, laisse le système intact et il s'emporte :

"ainsi, le marginal deviendrait à la mode ? Sans doute, puisqu'il se transforme déjà en étiquette... On va pouvoir faire de l'argent avec le marginal ! On va pouvoir sortir au grand jour nos culs-de-jattes et nos hydrocéphales ! Il est en train de s'organiser un marginalisme officiel qui offrira aux gentils marginaux l'occasion de démontrer une qualité marginale... […]
Et bien non, il y a des drapeaux qu'on ne brandit pas comme ça, et il y a des mots qu'on ne devrait pas vendre. Marginal. La marginalité est une maladie honteuse du système, on ne devrait pas s'en servir comme d'un attrape-mouches. La marginalité est une défaite provisoire de l'expression personnelle et de la création originale : à défaut de la respecter, on ne devrait pas la mettre en vitrine comme une petite tour eiffel peinte en jaune pour touriste japonais.
Du reste, elle n'est pas un drapeau, la marginalité, personne n'en veut comme drapeau – sinon drapeau noir – personne n'est prêt à mourir pour rester marginal si la société cesse d'être marginalisante. il n'y a pas de marginaux par vocation, il n'y a pas de parallèles, il n'y a que les parallèlisés d'un système paralysé et parasité. […]
Car enfin, a-t-on honte à ce point d'une chanson qui se cherche en dehors des sentiers battus et des normes aseptisées de la radio qu'on n'ose pas la diffuser dans une série d''expression traditionnelle' ? Jusqu'à quand acceptera-t-on que la grande farce jouée au public et à la chanson par les radios et la télévision soit réputée traditionnelle et irréversible ?
Dès fois, je rêve d'une grande marge blanche qui bouffe toute la page..."

L'une des rares archives audiovisuelles où apparaît Lucien Nicolas...

Il faut dire que par son implantation dans le métier, Nicolas commence à bien en connaître les dessous. Raison pour laquelle son jugement sur l'un des animateurs vedettes de cette décennie est assez virulent (libre au lecteur d'adapter ces mots à notre époque et à d'autres présentateurs...) :

"Alors reprenons depuis le début. Pour moi aussi, le monde de Guy Lux, avec ses paillettes, ses savonnettes et ses vachettes, est un monde magique qui me délasse de mes fraiseuses et de mes sabots. C'est de la télé populaire. Je n'en veux à personne d'aimer ça.
Mais il se trouve que, quand on connaît l'envers du décor, on ne peut plus supporter les choses de la même façon. Quand on connaît le monde de la chanson, les problèmes de la chanson, ce qu'est la chanson, ce qu'elle peut apporter aux gens, et quel tort lui font de telles mascarades commerciales, on ne peut plus voir en Guy Lux un innocent Monsieur Loyal, un simple montreur de marionnettes en smoking et de Sheila/chiens savants. Non. On voit revivre l'éternelle histoire des marchands du temple, des médailles de Lourdes, des Jésus de St-Sulpice, des peintres de Montmartre, des voix d'enfants dans la publicité, de l'amélioration de la race chevaline et des poupées gonflables. On voit se profiler, en kodachrome et en chromo-sourires, les grandes forces souterraines de l'exploitation, du bourrage de crâne et du proxénétisme.
Alors, vous comprenez, voir Béart dans ce cirque, ça choque. Non pas tant pour la caution que sa présence pourrait éventuellement apporter, que pour l'alibi qu'il donne. Quand Lux (qui est à la lumière ce que le watt est à l électricité : une mesure, un calcul) pourra programmer aussi Le Forestier, Brassens, Simon, Vasca, Ferré, Nougaro et quelques autres, il aura gagné la partie de pouvoir placer sous de hauts patronages les conceptions-vaseline qu'il se fait de la chanson et du public.
Glisseront mieux ces tiercés, palmarès, coups de chapeau, hit et ring parades qui maintiennent artificiellement la température du malade.
À moins que Béart n'ait élevé d'un demi degré la capacité de curiosité, d'exigence et de résistance du public de Guy Lux ? Mais qui m'en convaincra ?"

Toutefois, avant d'être un journaliste en colère, Nicolas est d'abord un passionné, épris de certains artistes qui le bouleversent. Si ses chroniques sont souvent descriptives et sobres et si lui-même revendique une forme d'objectivité, il peut à l'occasion se faire lyrique et plus personnel. Par exemple à propos de L'espoir de Ferré, sorti en 1974 :

"Quand la chanson n'est pas une commodité de l'oreille, mais une ruche viscérale où se tourmente le miel de la vie, entre 'L'espoir' et 'La damnation', on trouve Ferré. Quand il faut se brûler pour vivre plus loin que la vie, ou donner sa chair en pâture aux 'Oiseaux du malheur', on trouve Ferré. Quand la chanson est un sperme indestructible, le jaillissement d'une source ardente où se mélangent le soufre et l'hydromel, on trouve Ferré. Quand il faut un prêtre marron pour marier l'amour et le diable, ou la voix d'un dieu marin pour chanter 'Les étrangers' on trouve Ferré. Ferré partout. Dans la cendre, le feu et la tempête, dans la luxure, la mort et le sang."

Son ton est tout aussi admiratif quand il décrit le passage sur scène de celui qui reste l'un de ses chanteurs favoris, Môrice Benin :

"Une puissance et une présence énormes. Une montagne d'humour et de férocité qui chante. Des cordes de guitare qui craquent. Un calme inouï pour en changer. Derrière les lunettes, un regard de mage un peu trouble et un peu fascinant. Mots-cisailles qui coupent dans le vif, mots-bourgeons qui réveillent. Le pouvoir de faire passer en nous des choses qui n'ont pas de nom mais qui ressemblent à une sorte de force heureuse. Ouais, un étonnement. Quelque chose comme autre chose que de la chanson, de plus loin que la chanson, quelque chose comme une arrivée lumineuse, pour des vacances imprévues, dans la dernière petite gare de campagne. Bon, lyrisme, emballement, etc. vous exagérez, cher rédacteur. Pas sûr. Pour le public, c'était ça aussi. Et c'était la joie de ne pas être un public."

Cet amour pour Benin survit à l'épreuve du disque, puisque dans le même numéro, Nicolas s'embrase de nouveau pour l'un des albums du chanteur, concluant sa chronique par ces mots :

"Peut-on écouter Je vis, Plus tu es heureux, Peut-être, ou tant d'autres, sans se sentir partir comme une montgolfière ? Moi pas. Les chansons de Benin me mettent à la voile. Me donnent envie de chanter. De changer. J'aime ça. J'aime la solide chanson qui nous provoque en nous aimant."

"Plus tu es heureux" par Môrice Benin (1975). Attention, la montgolfière va décoller...

Ni la colère, ni le lyrisme n'interdisent l'humour, que cet homme à l'apparence austère pratique volontiers. Concluons donc ce petit florilège de citations avec ce commentaire sur Michel Zacha, l'un des chouchous de la revue (avec qui nous avions eu le plaisir de nous entretenir en 2012) :

"Ceci explique le disque, mais n'explique pas comment un garçon du sérieux et de la qualité de Zacha, peut, dans l'ombre de tous les systèmes existants, penser à une œuvre comme celle-là, la concevoir et l'enregistrer en compagnie de quelques-uns des meilleurs musiciens français (Alarcen, Rodi, Rabol, Bloch-Laîné, Chanterau, Guthrie), y mettre tant de musique 'planante' (terme à la mode qui convient particulièrement bien dans le cas présent), tant de lumière heureuse, donner à l'idée de disque une telle plénitude et une telle noblesse, sans que personne ne s'en aperçoive... Dans quel monde vivons-nous ? Qui en parle ? Qui n'a pas dans les oreilles les 'petits pois' chers à Fonfrède ? Où sont les gens ? À quoi s'occupent-ils ? De quoi sont-ils morts ? Où est la presse ? Où sont les informateurs ? La radio passera-t-elle une seule fois 'L'enfant et la mer' ? Ou se dira-t-elle : oh, ce n'est pas grave, ce n'est que Zacha, il n'y a derrière lui personne à craindre... (personne, c'est peut-être Claude Dejacques, responsable de la réalisation artistique et du contrat de Zacha chez Pathé Marconi, Dejacques qui, effectivement, ne se promène pas tous les jours avec son 22 long rifle à la main...).
Quand le monde aura fini de brûler ses feux de paille, il se traitera de con. Et il aura raison."

On pose le 22 long rifle et on écoute paisiblement "L'enfant et la mer". Zacha, 1976.

Vie, Mort et Survivance de Chanson

Le numéro 1 de Chanson paraît donc au début de l'été 1973. D'emblée, son directeur annonce que l'entreprise est périlleuse. "Ce n'est pas facile à faire, tout ça, et, disons-le, c'est cher." Dans le numéro 3, Kernoa rédige un éditorial poétique pour solliciter de nouveaux abonnements et rêve déjà d'une revue "deux ou trois fois plus épaisse, deux ou trois fois plus près de vous" pour mener avec les lecteurs "des conversations interminables". Le nouveau journal connaît alors une parution régulière (quatorze numéros entre juin 73 et janvier 75) et reçoit un accueil favorable. Un lecteur de la banlieue parisienne le trouve "sobre et courageux". Un autre se montre enthousiaste, malgré son jeune âge : "Si vous publiez ma lettre, précisez bien que j'ai 15 ans, et qu'il importe peu d'être vieux ou jeune pour aimer la vraie chanson française." Les soutiens viennent aussi de beaucoup plus loin, comme de cette sociologue californienne et francophile : "J'aime beaucoup la façon que vous replacez la chanson dans le contexte humain, professionnel et économique. C'est très intéressant, et je vous souhaite beaucoup de lecteurs." Ou de cet animateur de radio qui écrit d'Australie : "Enfin une revue qui parle des autres, dont on ne sait rien, et qu'on aime pourtant bien. Croyez-moi, faire la promotion d'un, d'une artiste inconnu (e) n'est pas aussi facile qu'on le pense. Continuez dans cette voie, d'autant que vous semblez vous montrer à la hauteur de la tâche que vous vous êtes fixée..." La revue devient par ailleurs l'organisatrice de spectacles qui ont lieu chaque mardi dans la salle Papin du Nouveau Carré Silvia Monfort. En l'espace d'un an, plus d'une centaine d'artistes s'y produisent lors de soirées animées par Marc Legras, avant que Lucien Nicolas ne renonce pour des raisons budgétaires et politiques. Mais l'année 75 est aussi paradoxalement celle où l'état financier du journal se dégrade. Dès le numéro 14 de janvier, Nicolas souligne les pressions contradictoires qu'il doit subir, certains lui reprochant de se préoccuper d'artistes marginaux, d'autres jugeant au contraire que la revue accorde trop de place à ceux du show-bizz. Dans le livre de Vassal, Français si vous chantiez, il confie aussi ses difficultés : "il y a, dans la chanson comme dans les autres domaines, une presse de consommation et, à côté, une presse d'information. Quand tu veux faire une presse d'information, tu tombes sur les problèmes commerciaux au départ, parce que la simple information, ce n'est pas très excitant ; si tu te refuses à éveiller des curiosités malsaines sur ce qui se passe entre les jambes de Sheila, ça pose des problèmes financiers difficiles." La dure réalité éclate avec le numéro 15 qui paraît… huit mois après le précédent ! Nicolas y annonce un déficit de 70000 francs (environ 50000 euros aujourd'hui). Ses causes : une baisse brutale du budget publicitaire, un nombre d'abonnements encore insuffisant pour être autonome et une tentative risquée de distribution en kiosques qui s'est avérée coûteuse et décevante. Diverses mesures sont donc prises : augmentation du prix de la revue, qui ne sera plus disponible que par abonnement, diminution de la pagination et création de l'Association des Amis de la Revue Chanson, chargée de trouver les moyens permettant à celle-ci d'être autonome et de mettre en place des circuits de distribution alternatifs. Dans la tempête, le capitaine Nicolas maintient pourtant le cap :
"Nous pourrions être productif, concurrentiel et créateur d'emplois, faire Podium ou Salut les Copains, et cette hypothèse rentre parfaitement dans le cadre de notre liberté. D'ailleurs, signalons-le, c'est dans cette direction qu'on voulait progressivement nous attirer, et les propositions d'aide que nous avons pu rencontrer se sont soldées, au bout du temps raisonnable, par des suggestions de ce type.
Devenir loup pour qu'un loup nous aide.
Mais nous ne voulons pas être productif, concurrentiel et créateur d'emplois en passant par les dénaturations que cela implique. Nous voulons être novateurs, vrais et utiles, avancer des idées, former des consciences, proposer des choix. […]
Comment vivre quand la santé économico-nationale passe par les autoroutes, et la santé culturo-personnelle pas les sentiers ?"

Il en appelle alors aux lecteurs, en des termes politiques qui évoquent les années 70… mais ne paraissent guère démodés en 2016 :
"À ces derniers de bien comprendre que, dans un système économique qui confond liberté et droit, c'est-à-dire qui ne donne pas au faible les vrais moyens d'exprimer son droit à la liberté, c'est à eux de défendre leur intérêt – leur information – en nous aidant à établir un circuit court, déparasité, mais qui les sollicite davantage sur le plan financier et sur le plan du prosélytisme.
C'est une œuvre d'union, mais c'est aussi un pari d'espoir."

La publication reprend au rythme d'un ou deux numéros par trimestre, des campagnes de publicité dans la presse permettent de recueillir de nouveaux abonnements, des concerts de soutien sont organisés (Maxime Le Forestier, parmi d'autres, promeut la revue lors de ses tournées). Mais dans le numéro 20, Nicolas est explicite : "si chacun de nos abonnés ne nous en trouve pas un autre dans les semaines qui viennent, ben… il y a de bonnes chances pour qu'on reparle du vide." Jusqu'à la mi-77, la revue conserve ce rythme de parution à peu près régulier. Mais ses difficultés d'existence finissent par affecter son contenu. Un lecteur s'en émeut d'ailleurs, avec bienveillance : "pourquoi vous marginalisez-vous à ce point ? […] vous avez choisi de ne pas parler, ou peu, des artistes qui ont à la fois popularité et talent […] Mais il existe quelques vrais chanteurs populaires, qui ont leur place dans Chanson, et ce n'est pas en les ignorant que vous mettrez la chanson, la vraie, celle que nous défendons avec vous, à la portée de tous..." Nicolas ne peut que donner raison à son correspondant : "je dirai que c'est principalement une question de place, donc d'argent. Une revue de 48 pages serait beaucoup plus ouverte… […] Chaque fois que nous interviewons des gens connus (bien que ce soit utile à tout le monde, à commencer par nous) nous avons l'impression de gaspiller la lumière des pauvres." Le second semestre de l'année se fait sans Chanson, qui ne réapparaît qu'en février 78. À en croire Nicolas, ce n'est pourtant pas faute de compter des lecteurs. "Le nombre d'abonnés augmente (car la revue n'est pas du tout en recul !), mais il n'augmente pas aussi vite que les coûts d'exploitation. C'est une course sur une piste savonnée, comme les aime Guy Lux." Se voulant à la fois lucide et incitatif, il précise : "Il faut se rendre à l'évidence : sauf miracle – ou mécène – 78 sera moins une année de parution pour Chanson qu'une année de promotion. Le n°28 n'est donc pas encore le premier d'une longue série infaillible, mais un numéro comme ça, pour ne pas vous oublier. Une matière fraîche pour les innombrables prosélytes qui s'en vont aller tirer les sonnettes de l'attention et de la curiosité des autres. Prosélytes… LE SEREZ-VOUS." Ce vingt-huitième numéro, qui contient entre autres une lettre ouverte, à la fois critique et affectueuse, adressée à Brel, ainsi que la charte de l'association Prospective Chanson, est pourtant le dernier de la revue. Il n'y aura jamais de numéro 29.

Chanson est morte, mais pas complètement enterrée. En effet, au cours du second semestre 79, Mauricette et Fred Hidalgo, jeune couple d'entrepreneurs de presse passionnés de chanson francophone, décident de créer un journal entièrement dédié à ce domaine. Son premier numéro voit le jour dès juin 1980 sous le titre de Paroles et Musique. Et dans le noyau dur de l'équipe rédactionnelle initiale, on retrouve notamment Marc Legras, Rémy Le Tallec, Régine Mellac, François Possot, Jacques Vassal, Bernard Hennebert, Jean-Marie Verhelst, tous passés par Chanson. Fred Hidalgo ne cherche d'ailleurs aucunement à dissimuler cette filiation, puisqu'il se fend en page 36 d'un chaleureux "Merci, Lucien..." et accorde à son confrère de Télérama une chronique. Laquelle devient vite régulière, Lucien Nicolas profitant de cet espace pour développer ses réflexions théoriques dans des papiers d'une ou deux pages… voire cinq ou six, quand il se sent inspiré ! Parfois amené par des lecteurs à se justifier des différences entre Paroles et Musique et son ancêtre, Hidalgo ne manque pas de rappeler "les qualités de précurseur" de Lucien Nicolas. Il décide même de lancer en 1983 une souscription, afin de pouvoir sortir un livre écrit par son chroniqueur. Celle-ci ne rencontre pas le succès escompté, mais Chanson vivante n'en paraît pas moins au printemps 1984, aux Éditions de l'Araucaria (fondées par le couple Hidalgo). Dans cet ouvrage ardu, original et ambitieux, Nicolas pousse encore plus loin ses analyses, en adoptant "une sorte d'approche biologique de la chanson, d'aspect plutôt organique", avec la volonté d'intégrer et de réunir toutes ses composantes. Son vieux confrère Lucien Rioux le décrira en ces termes : "Déconcertant, son livre est en même temps attachant. Il n'offre pas de clé, pas d'explication mais met le lecteur dans cet état qui le rend perméable aux émotions. Peut-être est-ce mieux."

Rétrospectivement, on peut considérer la publication de Chanson vivante comme l'aboutissement de la carrière de Nicolas. À la même époque, en effet, son nom disparaît de l'ours de Télérama, où il est remplacé à la tête de la rubrique "Chansons" par celui d'Anne-Marie Paquotte, qui s'était déjà fait remarquer par quelques longs papiers sur le sujet. Puis en fin d'année, c'est des colonnes de Paroles et Musique que Nicolas disparaît, alors qu'il avait encore signé une chronique en septembre. La revue de Fred Hidalgo connaît une légère inflexion, mettant davantage l'accent sur la chanson-rock, sous l'impulsion du tandem Jacques Vassal-Frank Tenaille. En 1987, elle comptera plus d'une centaine de pages et ses ventes culmineront à 130000 exemplaires (!), un chiffre dont n'auraient sans doute pas osé rêver Nicolas ou Kernoa. Une autre histoire a débuté...

En forme d'épilogue... forcément provisoire

Nous sommes en 1983, le 12 juin. Sur France Inter, Le masque et la Plume est consacré ce dimanche soir aux Variétés. Il y sera notamment question du récent concert-événement donné par David Bowie sur l'hippodrome d'Auteuil. Mais en préambule, Pierre Bouteiller lit à ses chroniqueurs un court extrait d'une lettre de cinq pages envoyée par "l'un de vos anciens confrères", un certain Lucien Nicolas, de Toulouse. Dans le passage choisi, ce dernier reproche à ses collègues de n'avoir jamais cherché à développer la curiosité de leurs lecteurs et d'avoir épousé l'air (commercial) du temps : "Satisfaire les curiosités passives. Vedettariat, vedettariat, vedettariat, cueillir les fruits mûrs. Aucune révolte contre les injustices pour les mêmes raisons commerciales de la production, de la diffusion, de la distribution, contre les silences de la presse, contre leur propre silence." Comme on pouvait le prévoir, le retour du boomerang ne tarde pas et il prend la forme d'un procès en ringardisation. Claude Fléouter, du Monde, décrit Nicolas comme "très représentatif d'une culture passéiste qui est la culture de la chanson rive gauche". Il oppose à celle-ci les noms de Couture, Novembre et Thiéfaine. Henri Quiqueré, journaliste au Matin de Paris, dit recevoir régulièrement des lettres de Nicolas, sans jamais lui répondre. S'il avoue une "certaine estime" pour son travail d'autrefois, il le juge également "très passéiste" : "il est resté à ce qui s'est passé sur la rive gauche en 1960, y a pas d'autres explications." Patrice Delbourg, des Nouvelles littéraires, intervient ensuite et, avec le brio qu'on lui connaît, porte l'estocade : "La variété, c'est un peu la garde-robe de l'oreille, lui il semble que ses habits sentent un peu la naphtaline. Qu'il préfère défendre Jacques Vassal, Môrice Benin ou Jacques Bertin, c'est son droit ; pour ma part, j'préfère Novembre, Souchon ou Jonasz… Bon, c'est une question d'épiderme et ça va pas plus loin que ça." Ça ne va pas plus loin que ça… et pourtant.

Pourtant, dans cet échange à distance – caricature de dialogue de sourds – entre un Nicolas effectivement attaché aux artistes qui l'ont ému dans sa jeunesse (mais qui de nous ne l'est pas ?) et ses respectables confrères qui se piquent ici de modernité, ces derniers oublient quelques détails. Ils oublient, par exemple, que Souchon, Jonasz et Thiéfaine furent chroniqués dans Chanson, et que Souchon, pour ne citer que lui, fut mis en avant dès l'époque de "L'amour 1830". Ils oublient que Nicolas pouvait saluer dans sa revue "le rythme bâtard, gras, captivant, que nous connaissons, ce son lourd comme le dévidement d'un rêve" du Zuma de Neil Young, lequel ne correspond pas tout à fait au portrait-robot du chanteur rive gauche. Ils oublient encore que Nicolas considérait en 1974 comme une "révolution" "l'apparition de la musique moderne dans la chanson 'à texte'" et qu'il redoutait, à propos d'artistes tels que Bertin ou Tachan, "qu'une prise en considération trop réservée [de leur part] de l'oreille musicale contemporaine puisse avoir pour conséquence une injuste limitation de leur audience." Dès lors, il y a quelque ironie à lire, trente ans précisément après le coup de la "naphtaline", les lignes suivantes, écrites dans le cadre d'un portrait de Jacques Bertin, par Patrice Delbourg :
"Le vide dans lequel les 'chanteurs à textes' sont confinés sous nos latitudes continentales est proprement sidérant. Visiblement, ces artistes exerçant le même métier que d'autres n'ont pas tous les mêmes droits de se faire entendre sur nos antennes périphériques.
La liste est longue des tombés au champ d'honneur de la chanson de qualité […] tous ces artistes désemparés, ces sans-grade, oubliés dans les bas-côtés des routes nationales, tous ces poèmes et ces textes piétinés par le passage du troupeau de la rentabilité à tout crin, cornaqué par un système maffieux. Cette manière de chanter avec une parole libre pour changer le monde aurait-elle cessé d'être convenable ? Le jour venu, on se rendra compte du gâchis." [extrait des
Funambules de la ritournelle, Écriture, 2013].

"Paroisse" de Bertin, enregistrée sur scène fin 78. Chef d’œuvre...

Or, c'est notamment pour tenter d'éviter ce "gâchis" dont il pressentait le risque, en même temps que le possible avènement d'un autre rapport du public à la chanson, que Lucien Nicolas avait fondé, quarante ans plus tôt, la modeste revue Chanson. Et tandis que cet art est désormais devenu notre fond sonore permanent et ses vedettes, les emblèmes de l'époque (cf. le nom de la personnalité préférée des Français selon le sondage du JDD), il faut bien constater que la plupart des travers que dénonçait Nicolas – au niveau des médias, des salles de concerts, des maison de disques, etc. – existent toujours. On peut donc estimer que son combat a, en grande partie, échoué. Néanmoins, si l'homme n'a sans doute pas toujours su mettre en œuvre les armes et outils les plus efficaces pour le conduire et s'il fut probablement plus rétif que d'autres au basculement politico-culturel survenu au tournant des années 70-80, on peut difficilement lui reprocher d'avoir essayé de proposer une alternative. D'autant qu'il ne se révéla, dans cette entreprise, ni le moins valeureux, ni le moins perspicace.

Contacté pendant la préparation de cet article, Lucien Nicolas nous a fort aimablement prié d'accepter son "désengagement", nous avouant que "tout cela est assez loin de moi à présent" et nous confiant : "La vie me pose d'autres questions auxquelles je dois essayer de répondre." Pour mieux comprendre l'état d'esprit de celui qui tenta, avec d'autres, de faire s'épanouir en ces années 70 une chanson vivace, qui échappe à la gadgétisation médiatique, on peut citer ce qui est sans doute l'une de ses dernières apparitions publiques, discrète, sous la forme d'un simple commentaire laissé sur le blog de Fred Hidalgo, quelques jours après la mort du chanteur Luc Romann. C'était le 15 janvier 2014 : "La tristesse de vieillir, c'est de voir mourir tous ceux qu'on aimait, et de réentendre dans la mémoire, mais plus en vrai,leurs chansons qui nous aidaient tant à vivre. Je connaissais et ai vu partir Brel, Ferré, Brassens, Barbara, tant d'autres, et aujourd'hui Foulquier, Romann... Le tissu de la vie s'effrite, et les couleurs d'à présent, me semble-t-il, n'ont ni l'éclat, ni la profondeur de celles d'hier. Luc, toi qui nous faisais de si bonnes paellas, prépare où tu es la grande table où nous viendrons tous en déguster une géante à tes côtés..."
Alors, en attendant le moment de ces éventuelles retrouvailles autour d'une paella géante et puisque Nicolas avait précisément choisi de placer, en ouverture de Chanson vivante, le texte de "La Berceuse" de Romann, réunissons une fois encore paroles et musique, en écoutant ce morceau et en souhaitant à Lucien Nicolas, si l'occasion lui est donnée de lire ces lignes, de toujours conserver, au fond de sa "garde-robe", "Un habit de lumière dans l'ombre du chagrin". Et à vous tous, que la nuit vous soit douce.

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Cet article n'aurait pu être rédigé sans l'aide de nombreux intervenants. Nous remercions donc très chaleureusement Marc Legras, Jacques Vassal, Hervé Bréal, Jean-Marc Cherix et Lucien Nicolas qui nous ont chacun à leur manière, avec leur ton, leurs mots et leurs souvenirs personnels  accordé quelques précieuses minutes. Un grand merci également aux diverses personnes, trop nombreuses pour être toutes citées, qui ont joué au cours de cette recherche un rôle d'intermédiaire, notamment à Patrick Amine, Nicolas Brulebois et Môrice Benin. Merci aussi aux personnels des bibliothèques municipales de Limoges, Colmar et Lyon qui ont grandement facilité notre accès à la documentation. Et bien entendu, merci à Marguerite et à Pierrot.

Quelques suggestions en guise de conclusion... On pourra lire l'histoire de Paroles et Musique racontée avec plus de détails par son fondateur, Fred Hidalgo, dans cet article de son blog ; l'histoire de la revue qui lui succéda, Chorus (la petite-fille de Chanson, en quelque sorte), est évoquée par le même auteur dans cet autre article. Tous deux cités ci-dessus, Claude Dejacques et Michel Zacha ceux qui suivent le parcours de Jean-Louis Murat le savent déjà  ont joué un rôle important dans le début de carrière du chanteur. Retrouvez ICI notre évocation du premier et notre longue et riche rencontre avec le second. Et afin de faire le lien entre les années 70 et l'époque actuelle, on mentionnera, dans la vaste galaxie des médias qui tentent d'informer sur la chanson francophone contemporaine (et sans aucun effort d'exhaustivité), côté presse écrite, le magazine Francofans, côté net, les blogs d'anciens de P&M ou Chorus, celui de Fred Hidalgo déjà cité, celui de Michel Kemper qui se veut "Le quotidien de la chanson" ou celui de Daniel Pantchenko. À la radio, Philippe Meyer et, plus encore, Hélène Hazera continuent à défendre une conception de la chanson qui nous semble entretenir un lien avec celle évoquée plus haut. Longtemps à la radio, désormais sur le net, Isabelle Dhordain est toujours sur le pont... celui des Artistes. La première de la nouvelle version de son émission a eu lieu en janvier, elle peut être visionnées ICI. Enfin, un tout nouveau magazine culturel sort ce mois-ci et comme il inclut dans son équipe le gai muratien Nicolas Brulebois (qui s'y entretient avec Dominique A), nous lui faisons volontiers un petit coup de pub. Il n'est d'ailleurs pas impossible que l'article "Qu'est la rive gauche devenue ?", annoncé au sommaire du premier numéro, ait un lointain rapport avec le sujet du jour... Plus de renseignements sur L'Impératif ICI.

Enfin, si certains lecteurs-oiseaux de passage ont des souvenirs de la revue de Lucien Nicolas ou des réflexions autour des thématiques que nous avons abordées, ils sont cordialement invités à les partager dans la zone "Commentaires" juste en-dessous.

 

la 2e partie : http://www.surjeanlouismurat.com/2016/03/chanson-volet-2-jean-louis-murat-journaliste.html

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Publié dans #divers- liens-autres

Publié le 20 Mars 2016

Allez, c'est dimanche, rions un peu... d'autant plus que demain, ici même, croyez-moi, ça va être du sérieux! du lourd! Des mois de travail dévoilés... (alors que là, j'ai bien dû y passer 3 minutes à ma blague...).

Alors, voilà, on a beaucoup parlé du noir de la pochette de MORITURI, pas d'une extrême gaité il faut bien se l'avouer... Le fait est que Frank Loriou a testé plusieurs versions, mais les cygnes sur fond blanc, ce n'était pas concluant il faut bien le dire.

Le petit rien du dimanche

Autre petite rigolade pour les retardataires:http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/cliches-n-28-recreation.html

PS: N'oubliez pas le concert privé de Sébastien Polloni ce soir. Les infos dans son inter-ViOUS ET MURAT

2 PS: 3 titres de Murat à découvrir dans l'album d'Eryk E. http://www.surjeanlouismurat.com/2016/03/eryk-e-l-album-est-sorti.html

A demain! Sans faute! Avec vos lunettes, un bon thé, voire un peu d'aspirine.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Morituri

Publié le 18 Mars 2016

Voici une petite interview du chanteur clermontois Sébastien Polloni, auteur d'un bel album de chansons "Ravines", produit avec Guillaume Cantillon (ex-Kaolin) et sorti sur le label de Bertrand Betsch il y a presque un an (le 20 avril 2015). Elle est terminée depuis quelques temps mais j'attendais une actualité de sa part pour la publier... et elle arrive ce week-end... Et c'était assez important de vous l'annoncer, si comme moi, vous n'aimez pas les surprises, les gars qui s'inscrutent... En effet, Sébastien Polloni viendra CHEZ VOUS DIMANCHE! Oui chez vous! Et rien que pour vous, en concert privé... Via le site 1peet.tv, qui diffusera un set de 45 minutes (paf de 4 euros minimum). Le concept est intéressant...

Je continue mon introduction dans la première question... on se retrouve ci-dessous.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

 

Bonjour Sébastien,

 

- J'avais partagé votre clip sur le blog à l'occasion d'un article sur Bertrand Betsch qui vous a signé sur son label, mais je ne crois pas que votre nom ait figuré dans mon fil d'actualité muratienne et clermontoise. Vous m’avez contacté ensuite pour que je puisse transmettre à J.L. Murat votre disque, ce que j'ai fait cet automne. Est-ce que c’était important pour vous de lui faire écouter votre musique ou est-ce que dans le "désert foisonnant" du marché, vous frappez à toutes les portes?

Alors, reprenons les choses dans l'ordre où je pense les avoir vécues !
J'ai effectivement vu passer sur fb un article sur Bertrand Betsch, je suis donc allé voir le blog. Curieux à la fois de voir l'interview de Bertrand et ce que cachait ce blog sur Murat.

J'ai trouvé un contenu qui m'a plus, sans concession et j'ai effectivement découvert que vous aviez lié mon clip à l'interview de Bertrand (qui m'a signé sur son label).

Evidemment je me suis dis que si vous aviez partagé mon clip c'est que vous n'étiez pas insensible à ma musique et j'ai donc sollicité votre avis sur mon album.

Il y a longtemps que j'essaie de faire entendre ma musique à Jean-Louis Murat, je suis auvergnat comme lui, et j'aime sa musique, j'aime son côté brut en promo qui contraste avec sa voix feutrée et carressante. Pourquoi est-ce que je voudrais qu'il écoute ? Pour avoir son avis, ses critiques même, c'est à cela que servent les figures tutélaires...
Cela fait longtemps que j'essaie, mais je crois qu'à chaque fois c'est un échec. Lors de nos discussions, quand j'ai compris que vous pouviez avoir l'opportunité de lui passer un disque, j'ai effectivement sauté sur l'occasion. Je crois que depuis, il n'a toujours pas écouté une note de ce que je fais, mais comment lui en vouloir, il doit être sans cesse sollicité et je comprends que rien ne l'incite à découvrir mon disque plus qu'un autre...

En tout cas, même si j'essaie de saisir toutes les opportunités qui se présentent à moi, je ne frappe pas à toutes les portes. Je pense être intègre et ne sollicite que les personnes pour qui j'ai un vrai intérêt musical et artistique.

 

- Je ne voyais pas de manque d'intégrité dans la démarche de "frappez aux portes", simplement une nécessité si on a l'ambition de faire entendre sa musique. Vous parliez de figure tutélaire concernant Murat. Diriez-vous qu'il reste incontournable sur Clermont? Est-ce qu'à un moment, point godwin d'une discussion, on en arrive toujours à Murat? Je pense à Pain noir qui lui a tenu à s'écarter de lui en disant qu'il ne l'avait jamais écouté. Que représente-il à Clermont?

J'avais bien compris qu'il ne s'agissait pas de remettre en doute mon intégrité, mais je préfère préciser !
En fait je ne sais pas ce que représente Murat en Auvergne, pas plus qu'à Clermont même, ce que je sais, c'est qu'il a un public fidèle.
Personnellement j'ai beaucoup écouté Murat, pas tout, car sa production foisonnante ne m'en laisse que peu le loisir. J'ai adoré des albums comme Mockba, des morceaux comme Jim, j'aime sa poésie éthérée et cependant terrienne. Il y a quelques années, alors que j'en étais à mes premières productions musicales, un programmateur local m'a dit que je devrais m'adresser à 2 personnes pour demander leur avis ou de l'aide. Il s'agissait de Guillaume Cantillon (Kaolin) et Jean-Louis Murat. A cette époque j'ai essayé brièvement d'entrer en contact avec les deux, sans succés. Les hasards de la vie m'ont fait rencontrer Guillaume, j'ai pu travailler avec lui et avoir ses talents de réalisateur sur mon album. J'espère que le prochain sera Murat et que la boucle sera bouclée...

En parlant du point Godwin, il y a une certitude... Quasiment tous les projets chansons d'envergure de la région qui me touchent ont un lien avec Jean-Louis Murat, récemment on peut citer Matt Low ou Morgane Imbeaud... Je me désespère donc de ne pas avoir eu ce privilège...

 

- Vous n'êtes donc pas un "Muratien invétéré", mais pouvez-vous nous en dire plus sur votre histoire avec Lui? Est-ce que vous vous souvenez quand vous l'avez écouté pour la première fois?

Je ne suis certes pas un Muratien invétéré s'il s'agit de tout connaitre par coeur. Je ne suis d'ailleurs pas un fan invétéré de qui que ce soit, il y a des artistes que j'aime énormément mais je n'en idolâtre aucun... Je ne me souviens pas de la première fois où je l'ai entendu, ce qui signifie que je devais être très jeune... en général ma mémoire est bonne !

 

- les questions rituelles:  Votre album préféré de Murat?

Mockba

- 3 chansons préférées de lui? Et bien sûr pourquoi?

La fille du capitaine parce que je la chantais sans cesse à ma plus grande fille sur sa table à langer...

Jim: parce que j'ai souvenir d'un live remarquable sur NPA... la musique et le texte me transportent et son côté cinématographique me plait.

Maria Dolores: pour ce côté si intime...


- Est-ce que vous l'avez déjà vu en concert?

Je l'ai vu en concert à Animatis en version trio: un très beau souvenir de concert *Issoire, tournée Mockba

- Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui vous évoque Murat ou dont il serait une partie de l'inspiration?

Dans mon répertoire, je pense que "les hommes au revolver" est la chanson qui se rapproche le plus de son univers: le chant lexical est assez commun avec celui de Jim par exemple !

 

- Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours de musicien? (de l'éducation musicale jusqu'à votre album)

Alors, à l'école primaire j'ai fait beaucoup de solfège ainsi que du piano. J'ai dû arrêter cela vers 12 ans. Je ne sais pas comment cela est possible, mais je ne me souviens quasiment de rien... J'ai laissé complètement dans un coin de mon cerveau tout cela et je n'arrive pas à y accéder ! Quoi qu'il en soit j'ai décidé de m'acheter une guitare lors de ma 18ème année (en 1995) et j'ai bossé cet instrument en autodidacte complet. Dès les premiers accords appris, je me suis tourné vers la composition. J'ai fait mes premiers concerts, aussi maladroits qu'amateurs, quand j'avais 21 ans.
Parallèlement à cela j'ai fait une licence de maths, puis passé le capes, puis 5 ans après passé l'agrégation de maths, je ne pouvais donc consacrer qu'un temps limité à la musique. A cette époque, je jouais en version groupe assez rock. En 2008 la coopé m'a proposé la première partie de la Grande Sophie en solo: j'ai accepté. Ce fut mon premier concert solo, et le premier avec une guitare acoustique: j'adore me mettre en danger. J'ai décidé ensuite de tourner seul, de faire mes armes devant un public, en me présentant avec juste une guitare et un texte...
Vinrent quelques autres formules... Puis j'ai rencontré Papillon en 2012, nous avons immédiatement adhéré à nos univers respectifs et commencé à travailler ensemble.
En 2013 j'ai eu la proposition de Guillaume Cantillon de me réaliser des titres, j'ai peu après signé sur le label "Les Imprudences" et Bertrand et Audrey Betsch m'ont convaincu de faire un album complet. Cet album est sorti en avril 2015.
Ce parcours est chaotique et jalonné par des rencontres inattendues... Le hasard est mon guide...


- Est-ce que vous étiez déjà sous votre nom ou sous un nom de groupe? (question pour les archivistes du rock clermontois)
Je préfère qu'on  ne retienne rien de cette période là !

- Que pouvez-vous nous dire de plus sur cette rencontre avec Bertrand Betsch? et ce nouveau label?
Bertrand Betsch m'a signé dès qu'il a entendu mes titres. C'est un immense honneur qu'il ait aimé mon univers. Sa qualité artistique est énorme, sa production foisonante et toujours de très bon goût. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur Toulouse et Clermont, c'est qualqu'un de charmant. Ses conseils et son avis me permettent de me setir légitime et me donne toujours plus confiance, c'est un plaisir d'être sur le même label !

 

- J’avais contacté Audrey et Bertrand Betsch pour une autre question, et Audrey m’a exprimé comme elle s’était en quelque sorte prise en pleine face la difficulté de faire exister un label et sa production.

Je crois effectivement qu'elle ne savait pas au moment de ma signature à quel point la qualité ne suffit pas. Elle a toujours été claire, son but ainsi que celui de Bertrand est sûrement que je trouve une autre structure capable de porter mon travail en termes de communication et de contacts..

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J'ai demandé  à Bertrand Betsch de nous parler de Sébastien :

"Sébastien est un garçon charmant et extrêmement talentueux. Je me souviens que lors de l'élaboration de son album, à chaque fois que l'on recevait un nouveau morceau, Audrey et moi étions interloqués. A chaque fois, sourire aux lèvres, on se faisait la même réflexion : "ça y est, encore un tube". "Mais comment ce garçon fait-il pour ne faire que des tubes !". Sa plume, sa voix et son sens mélodique à chaque fois font mouche. Ils sont rares ces artistes qui dès leur premier essai se réalisent sans détour et enquillent les moments de grâce. La qualité des arrangements et de la production aussi est très importante. C'est à cela que l'on reconnaît également les futurs grands. Certes Sébastien est très talentueux mais il sait aussi très bien s'entourer. Papillon et Guillaume Cantillon ont su se mettre généreusement au service de ses chansons pour les emmener vers le meilleur. Je lui souhaite longue route, en toute amitié. B/B/"
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- Vous avez aussi été dans un collectif Novembre, notamment avec Julien Estival, pouvez-vous nous en parler? Est-ce encore d'actualité?


Le collectif s'appelalit "Septembre" ;) ... Il n'existe plus. L'idée était de se fédérer, mais nos univers artistiques prenaient des chemins trop différents et nos priorités n'étaient plus les mêmes pour que perdure cette belle aventure.

- J'aimerais bien parler de votre album maintenant... et j'ai pensé que j'allais peut-être vous demander de nous parler de 3 titres de votre choix (musicalement, textes, histoire)...

Hum... Que c'est difficile... L'album porte le titre de "Ravines". C'est un titre qui me tient à coeur, je pense que le texte est assez abouti et que la mise en musique colle bien au côté "poisseux" du texte. C'est ma part sombre qui s'y exprime, j'y ai mis beaucoup de moi et beaucoup de références... Certains auront sûrement remarqué les clins d'yeux à Bashung...


Un titre aux antipodes: "Le Pont des Arts": rythmé et en apparence très léger... en apparences seulement, ce titre parle aussi bien de la difficulté de vivre une histoire à deux que de la peur de la page blanche... Pour moi il n'y a que des Ponts puisqu'il faut sans cesse franchir des obstacles.


Enfin, je choisis "les hommes au revolver", parce que de tous mes titres c'est sûrement celui qui se rapproche le plus de l'univers de Jean-Louis Murat, et parce que ce morceau est le fruit d'une collaboration très étroite avec Papillon. Là encore c'est une histoire complète en elle-même et une métaphore dans son ensemble, aussi. Ce titre résonne très différemment depuis le 13 novembre, il est terriblement d'actualité... La version scénique est très différente de la version album, plus "Eastwoodienne" !

- J'ai été très interpelé par Rose-Croix  du fait de cette référence en titre (à cause d'un visiteur solitaire d'un château en Normandie- ultraprivate clin d'oeil)  et aussi de cette très jolie guitare sur ce titre (et ce grand beau final intrumental).             

Ce titre est très intime, je suis ravi de voir qu'il touche aussi un tiers !

Ce morceau est une ode à la métaphore... celle des alchimistes.
Transformer le plomb en or est le but des alchimistes. On sait depuis des siècles que cela est impossible... Mais il ne faut pas se borner au premier degré, cette quête est une métaphore de ce que doit viser l'humaniste: opérer un changement sur lui-même, faire de son quotidien quelque chose de sans cesse meilleur. Nous sommes tous de "l'hypothétique or pur", dans le sens où il ne tient qu'à nous de nous transformer, de nous transcender, de viser le meilleur.
Ce morceau est bourré de références plus ou moins ésotériques, libre à chacun de les chercher et de les décortiquer...

- Le prochain album de Fred Jimenez devrait donc vous plaire...  Comment envisagez vous la suite? Vous multipliez les concerts depuis novembre en tout cas, dont prochainement dans la boutique de la Kütü Folk?

J'ai envie de jouer, encore et toujours et le plus loin possible. J'ai déjà de quoi faire un nouvel album... peut être un moment de studio va-t-il arriver...

- Question subsidiaire: vous avez joué avec Matt Low, eu une date dans la boutique d'Alexandre Rochon...  Savez-vous si la famille Bergheaud vous a écouté?

Je suis ravi de rencontrer toutes ces personnes, mais je ne crois pas que la famille Bergheaud ait écouté... en tout cas aucun retour pour l'instant !

 

Interview réalisée par mails du 5/12/15 au 31/01/16. Merci Sébastien.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°20 : Sébastien Polloni

On termine par un long texte de Bertrand Betsch:

  • « Ravines » de Sébastien Polloni

Par

Né un 1er juillet, Sébastien Polloni, avec son premier album « Ravines », incarne l’été de cette nouvelle chanson française décomplexée qu’a vu naître le XXIème siècle…

Artiste rôdant aux alentours de Clermont-Ferrand, Sébastien Polloni s’est adjoint les services de Dany Rodriguez alias Papillon et de Guillaume Cantillon (ex chanteur du groupe Kaolin). A eux trois, tantôt co-auteurs, co-compositeurs, co-arrangeurs et co-producteurs ils forment une sorte de triumvirat qui règne en maître sur ces 11 chansons au parfum inédit.

Déboulant de nulle part, Sébastien Polloni s’impose dès son premier essai comme un artiste déjà parfaitement accompli. Ils sont si rares ces premiers albums qui vous plantent d’emblée un décor comme on franchit un col de montagne pour déboucher sur une vallée harmonieuse qui vous en met plein les mirettes. C’est la principale force de ce disque. Tout est en place. Pas une chanson en dessous de l’autre. Une arrivée plus qu’un départ. Un véritable accomplissement. Une marque de fabrique qui tient dans ce pari fou de proposer des morceaux qui vous enrobent dès la première écoute. Des textes écrits au cordeau, des mélodies entêtantes, des arrangements composés de guitares acoustiques très présentes, relevées ici ou là par des guitares électriques tendance ligne claire, quelques notes de claviers, des batteries simples et efficaces et des chœurs comme des tapis volants.

Mi-dandy, mi-cow-boy, Sébastien Polloni impose son style original, mêlant la tourbe au miel. Ni vraiment pop, rock, folk ou chanson française pur jus, ou tout cela à la fois, Polloni impose d’emblée son propre idiome. Tantôt sophistiqué, tantôt rugueux, Polloni n’est jamais là où on l’attend. Son album « Ravines », plein de ravissements et de ravins, est de ces disques tellement rares que l’on écoute en boucle comme une envoûtante ritournelle. « Ravines » est un carrousel où l’on se plaît à tourner indéfiniment. Parfaitement maîtrisé, il participe d’une certaine idée de la grâce. De celle qui nous révèle toute la beauté du monde, dans ses évidences comme dans ses escarpements…

En bon enchanteur, Polloni distille à travers ses chansons une sorte de poésie de contrebande.

Dans cet album il y a des « secondes hors d’haleine » et « des étreintes qui traînent ».

Il y a des sortes d’incantations qui nous permettent de dompter la pénombre, de faire en sorte que nous soyons « maîtres de nos parts d’ombre » et que « la nuit apprenne à nous connaître ».

Il y a cette tendresse dans la voix, dans les mélodies finement ourlées, dans les chœurs irisés.

Il y a la valse des amoureux « le long du pont des arts », ce « pont des hasards » où chacun espère sceller une histoire d’amour au long cours.

Il y a des « ravines dont on ressort KO » et où « l’on titube le vertige à la main » mais dont on finit par se relever prêt à affronter « d’improbables matins à pisser contre un mur ».

Il y a des « hommes au revolver » et « aux manières brutales » qui n’en finissent pas de rêver de bousculer un monde trop policé pour être honnête.

Il y a des coups de sang, la menace d’un fusil, des malédictions, des coups du sort.

Il y a des effluves corporelles qui nous viennent de nos amours de jeunesse, ces « idylles surannées ou simples histoires de cul » qui ne sont « qu’un peu de chair froissée ».

Il y a la réminiscence des rondes enfantines où l’on se promet de se marier, l’un en cow-boy et l’autre en fée.

Il y a l’expression de ce sentiment de finitude qui gouverne nos existences car « même les lignes droites, même les courbes de reins, tout comme le début ont aussi une fin ».

Il y a également le désir de jouir de l’instant présent, de ne penser à rien d’autre qu’à la volupté délivrée par la chaleur d’un corps endormi dans les draps d’un matin délicat.

Il y a ce pari fou de vouloir transformer les cailloux que l’on a dans nos chaussures en diamants, d’aller puiser « dans le creuset de nos fêlures » pour en extraire « l’hypothétique or pur ».

Il y a ce mouvement de balancier sous un vieux chêne, « les poches vides, les artères pleines » avec juste cette envie de se sentir exister, pleinement, passionnément, follement.

Il y a tout cela et beaucoup d’autres choses.

L’album est sorti le 20 avril sur le label Les imprudences. Pas de risque, il vous plaira. Je vous le promets.

Bien-sûr: retrouvez nos autres interviews exclusives dans la catégorie "inter-ViOUS ET MURAT" (Françoise Hardy, Jeanne Cherhal....) dont les récents:

Eryk e

Laurent Saligault

Deux autres interviews sont programmés... on ne s'arrête plus!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 16 Mars 2016

Voilà le clip est disponible ailleurs que sur France inter,  le voici ci-dessous. (Je commence à l'aimer cette chanson...).

Sur Pils, le blog music de France 3 auvergne:

"Pour son dernier single « French Lynx », le chanteur a choisi de confier la mise en images au photographe Jean-François Spricigo. Pour mettre en images son nouveau titre « French Lynx« , Jean-Louis Murat a choisi le photographe, auteur et cinéaste Jean-François Spricigo, dont l’univers est peuplé d’animaux sauvages, ou pas, ou de personnes dont il semble capter les regards juste avant qu’ils ne se détournent". 

Rhiannon nous  parlait en commentaire de ce réalisateur:

"Je viens de visionner le clip ...et de lire la biographie de Jean -François Spricigo....on peut dire que leur univers sont assez proches ....je comprends le choix ....ces courts métrages sont assez particuliers...."En silence ,je l'ai aimé "un dialogue entre soi et l'inconnu me rappelle quelque chose...et "la part de l'ombre " court métrage sur Benedek , .un photographe hongrois ou la mort est omniprésente...,on y voit des cygnes....coïncidence . le texte de l'exposition du "loup et l'enfant " une merveille ,très émouvant......je comprends mieux la pochette de "Morituri'" une sorte de continuité ou un clin d'oeil à l'oeuvre de ce photographe qui est très proche de la psychologie animale. Ces animaux auxquels il voue un énorme respect".

http://phom.fr/jean-francois-spricigo/

Sur Pils, également une nouvelle photo:

Frank Loriou

Frank Loriou

LE LIEN JAMAIS DEFAIT EN PLUS

 

Christophe PIE a créé sa page facebook. Allez, likez! (on peut écouter les titres de l'album Sky Lumina désormais introuvable).

Et découvrez une nouvelle chanson inédite...  un petit air pop, et cette voix qui me touche toujours...

 

A part ça, Matt Low sera en perm à Nantes.http://www.lesonunique.com/content/matt-low-labordage-du-public-nantais-59660

Et les DELANO sont toujours sur tous les ponts... On parle ici (sur tv5 monde) de leur projet avec Jean-Philippe Toussaint (M. nous a déjà parlé de la relation qui lie Alexandre Rochon à cet auteur).

NB: Voilà la première critique du prochain Manset dans le télérama de cette semaine. Valérie a aimé: 4 ffff. L'album est inspiré par Pierre Louÿs.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Morituri

Publié le 16 Mars 2016

Le Voyage de NOZ, fabriquant de rock, Since 1986.

Ils l'ont montré:

- qu'ils ne sont "pas encore morts" pour reprendre un de mes titres préférés (que j'ai choisi de faire figurer un bon matin, parce que c'était ce matin-là, dans mon top Ten dans le livre "le top 100 des chansons que l'on devrait tous connaitre par coeur" de Baptiste Vignol.

- qu'ils pouvaient remplir le club Transbo après plus de deux ans de silence, après une belle campagne d'affichage dans Lyon, pour rappeler aux habitants que la ville avait encore son "groupe".

- que dans la quarantaine bien installée, il était toujours plus que nécessaire de montrer son cul sur Cheval punk et de faire huer une certaine modernité ("j'empire").

- que leur public connait encore par coeur un grand nombre de titres, et qu'en piochant dans l'ensemble de leur répertoire (7 albums), "rien ne doit disparaitre"... (bon, ok, "sunny".. peut-être...titre pondu à l'arrache dans le premier album).

- que tout en n'oubliant pas les titres les plus marquants (des débuts "chaque nuit", "opéra", "pierrot le fou" à "une nuit sans étoile", "le secret" de Bonne espérance), ils pouvaient faire des choix plus personnels... et peut-être discutables... mais chacun aura ses propres regrets en la matière (ah, j'ai tellement aimé "Bonne espérance"...).

- que, même avec une voix défaillante (que la cortisone n'a pu soigner), ce qui l'a obligé à adapter ses interprétations, à solliciter le public, ou encore se faire soutenir par les chœurs de la nouvelle violoniste punchy, Stéphane Pétrier reste... reste... et le moment où l'on dira "il a encore des beaux restes" n'est pas encore venu. On verra ça pour les 60 ans du groupe. Ah, mais que ça a été dure pour lui de ne pas être à 100% de ses capacités... J'ai pensé au cours de la soirée à un concert sur une péniche (la Marquise?), où il était arrivé en costume du travail, fiévreux... et il avait livré ce soir-là un show énorme...

- que...

- que...

Alors, oui, voilà, les NOZ sont de retour... Ils nous avaient manqués. Beaucoup. Je suis parti en serrant Stéphane Pétrier : "promis, vous n'attendez plus deux ans pour revenir...".

Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
On a rarement vu autant Stéphane aux instruments : guitare (Esther appertine, le secret...) et au piano (près du vide, happy ending...).

On a rarement vu autant Stéphane aux instruments : guitare (Esther appertine, le secret...) et au piano (près du vide, happy ending...).

Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!

Pétrier (extrait de la dernière interview): "Ou en concerts : on a toujours aimé les plans mise en scène, il y a une époque on faisait des trucs de dingos, mais on ne fait plus parce que le moindre truc, ça coûte des ronds. Quand tu fais 1000 personnes, ça va, quand tu fais 500, ça devient compliqué, et tu ne peux pas prendre ce risque- là". Voici donc en photos le petit plan de mise en scène auquel on a eu droit hier... sur "j'empire".

Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!
Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!

Quand à l'affiche du soir, qui m'évoque forcement celle de Morituri... c'est un pure hasard (elle a été faite avant). L'idée des Noz était d'évoquer le précédent concert au transbo (exit part one) où des poissons rouges étaient offerts au public durant le concert.

Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!

Que dire de plus? J'ai frissonné au premier titre "attache-moi", puis sur les titres de "Bonne espérance"... eu parfois un peu du mal avec certaines titres revisités (mais j'apprécie toujours l'effort), regretté forcement un peu l'absence de la guitare de Manu Perrin... mais apprécié la présence de la nouvelle violoniste qui, malgré son cv, était parfaitement enthousiaste, la maitrise d'Aldo à la batterie (... la longue intro d'"une nuit sans étoile")... et voilà, hier soir, j'avais juste 20 ans.

une première vidéo dispo sur fb (avec le public qui chante...)

Merci beaucoup.

Le Voyage de Noz: ils l'ont montré!

Le Voyage de Noz sur le blog:

 

Interview Stéphane Pétrier de2011

Chronique de bonne espérance

Chronique de concert en 2011 (kao) et un autre (avec vidéos, St-Just)

Dernière interview en Février dernier avec Mathis et Sly Apollinaire (qui vient de donner de ses nouvelles : ci-dessous)

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres

Publié le 15 Mars 2016

Le clip de FRENCH LYNX

Exclusivité mondiale décrochée de haute lutte par... France inter: le clip du premier single de MORITURI, uniquement visible via le Facebook de la radio :

http://www.franceinter.fr/depeche-exclu-le-nouveau-clip-de-jean-murat

Je ne peux le visionner pour l'instant... mais ça a l'air très beau!

Ps: n'oubliez pas de lire les deux articles précédents sur Eryk e. et l'interview de Laurent Saligault!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Morituri

Publié le 15 Mars 2016

Eryk e., l'album est sorti.
  • Voilà l'album d'Eryk e. est sorti hier! Il est donc possible de découvrir l'intégralité de l'album sur les différentes plateformes et acheter l'album "seize" en numérique, dont les 3 chansons écrites par Jean-Louis Murat.

Nous vous donnions l'information de cette nouvelle collaboration de Jean-Louis Murat en exclusivité en février dernier, puis M. nous avait permis d'en savoir plus sur Eryk e. dans une très bel entretien. On ne va pas tout récapituler... alors allez lire les articles, bande de retardataires... d'autant plus que pour ce 3e article, nous vous avons gardé de l'inédit! En effet, nous ne voulions pas éventer le contenu du disque avant que vous ne puissiez l'écouter! Oui, le spoiler, comme on dit maintenant...

Résumé des épisodes précédents:

- "Il y a 3 ans environ que Jean-Louis lui-même, après que je lui ai fait écouter 2 ou 3 trucs à la maison, m'a un jour dit "il faut que tu enregistres un album, et moi je peux t'aider si tu en as envie". [...] Une fois mon livre sorti en septembre 2014, Jean-Louis m'a dit "maintenant tu n'as plus de prétexte!", et alors je me suis pleinement investi dans l'écriture ». En août/septembre 2015, ils se sont retrouvés dans le studio de… Denis Clavaizolle, qui a pris les manettes, fait quelques claviers. Guillaume Bongiraud, Julien Quinet des Delano Orchestra sont venus… A la section rythmique : Stéphane Mikaelian, ranchero, et Clément Peyronnet, multi-instrumentiste et musicien pro, a pris la contrebasse. Une choriste à la voix surprenante intervient également sur quelques titres : Gaëlle Cotte.

- Dans un univers essentiellement piano, qui évoquera Barbara et Sheller, "Un bouquet de mélodies qui ne demandent qu'à être fredonnées, des approches originales dans le traitement de certains sujets, une tessiture vocale feutrée en harmonie avec la production, une seconde voix étonnante qui déterritorialise les morceaux, des contrastes subtils (entre texte et mélodie ou à l'intérieur d'un même texte), l'ombre d'un Murat qui plane avec ses tourments essentiels" (M.)

 

Voici un petit tour dans l'album:

- Le premier titre écrit par Murat est "Morte saison".

"Que fais-tu mon corps en morte saison ? Que fais tu ma vie en morte saison ?". Bergheaud est adepte du procédé, mais la concision du titre le rend efficace: 1 minute 45.

- "mes nuits" offrent un peu de guitare (signé Murat) mais toujours en second plan, un titre un rien enlevé, où apparait pour la première fois les improvisations de Gaëlle Cotte.

- "Jeune face" est le 2e titre signé Murat qui m'évoque Ferré de "20 ans" et "avec le temps", avec le violoncelle de Guillaume toujours superbe (très belle partie orchestrale pour terminer).

« puis jeune face un jour s’en va »

- "Bleu" est assez symbolique de la "tension" que souhaitait donner Eryk e. En effet, Gaëlle improvise des chants douloureux, assez slaves, au dessus de celle très rapide d'Eryk e.,   un sentiment d'urgence.

- Et voici "les lieux"... le plus beau texte de Murat... et le plus personnel. Cette ballade parisienne pourrait apparaitre surprenante –pour Murat- (rue des blanc-manteaux, place des abesses) : «Sans toi, tous ces lieux sont à désespérer »... mais il s'agit bien du quartier que Jean-Louis a fréquenté. La preuve (avec cette fameuse rencontre avec Guillaume Depardieu qui appelle Murat "le Polnareff des Abesses"):

 

Murat évoque beaucoup de choses assez sordides.

Les parties de violoncelle de Guillaume sont superbes. Eryk e. dit en avoir encore "la chair de poule".

 

- "Ma terre" est d'une grande limpidité, simplicité (qui se termine avec un joli sifflement).. avec l'appui d'une belle trompette. On pense à Le Forestier et une petite fugue...

 

- Voilà "Seize":

"Les chansons, ça a été avant la médecine. Après, pendant la médecine, il n'y a pas eu grand-chose, j'ai écrit 2-3 trucs et le dernier texte que j'ai écrit et qui m'a vraiment plu, je l'ai mis dans l'album. Donc ce texte, il date de 87-88, c'est sur une chanson qui s'appelle "16", qui est le titre de l'album et c'est une chanson sur la guerre de 14. Je me souviens, j'étais en train de bosser et puis à un moment donné, je fais un petit break… […] Et j'ai écrit ça, en fait, parce que mon père m'a beaucoup parlé de la guerre de 14, guerre qu'évidemment il n'a pas connu, mais qui l'a beaucoup marqué historiquement et j'aime beaucoup une chanson de Le Forestier qui s'appelle "Les lettres" qui est un échange de lettres entre un homme et une femme, un homme qui est parti à la guerre de 14 et la femme qui est restée à la ferme. C'est une chanson que j'adore et donc entre tout ça, ça m'avait beaucoup marqué, et j'ai eu envie d'écrire quelque chose - enfin c'est venu, d'ailleurs, c'est pas que j'ai eu envie, c'est que c'est venu… Et puis j'ai écrit deux petits couplets de quatre vers et j'ai essayé un peu à ce moment-là et puis dans les années qui ont suivi de les mettre en musique et ce n'est jamais venu. Et je l'ai ressorti dans l'hiver dernier, 2015, quand j'ai écrit les sept chansons, j'ai repris ce texte-là que j'ai désarticulé et que j'ai agencé d'une manière différente, avec la musique qui est dans l'album."

La musique est très réussie, avec un air, bien que martial (tambour, pipeau sur la fin), qui n'en rajoute pas dans la tragédie; au contraire, qui annonce des lendemains meilleurs. Très réussi.


- "Le bouquet" sonne plus dramatique, avec un piano dépouillé... "il en a fallu de peu que je tranche tes jolis mains"... Petit bruitage électro léger qui ne me semblait pas indispensable.

 

- "Les maisons closes" "qui est un texte que j'ai écrit dans un contexte complètement iconoclaste, puisque ce texte, contrairement au titre et à ce qu'il peut faire penser, ça ne parle pas des bocsons, mais… je l'ai écrit en pensant aux tombes, aux tombes des cimetières, en particulier celles qu'on trouve en Auvergne, qui ressemblent à des petites maisons et les maisons closes pour moi, c'était ça. Et au fur et à mesure de l'écriture de ce texte est venu spontanément le lien qu'il y a entre la vie et la mort, qui est quelque chose qui est assez obsédant en médecine, ce parallèle simultané et permanent entre la vie et la mort, maintenir la vie, l'améliorer et puis la mort qui est là, qui de toute façon nous rattrape. Et "Les maisons closes", c'était tous ces gens qui ont vécu, qui sont dans leurs petites maisons, toutes fermées et qui ont leur histoire, et qui sont là et qui veillent les uns sur les autres, et qui sont tout nus et qui se sont aimés, et qui ne vivent plus…. Ils n'ont de contact avec l'extérieur que peut-être la racine qui peut s'insinuer dans la petite maison, avec la fleur… Pour moi c'était ça et en fait, durant l'écriture, le parallèle immédiat évidemment entre la vie et la mort, le plaisir et la douleur, et les maisons closes vraiment, ce parallèle qui est une simultanéité de la vie de tous les jours, de tout vivant entre la douleur et le plaisir, la vie et la mort et en fait, on est vraiment dans cette dichotomie entre la vie et la mort et cette simultanéité de l'existence vivante et de l'existence à venir… Je l'ai écrit dans un contexte très particulier, puisque j'étais en vacances en Indonésie chez des amis et avec le décalage horaire, j'avais du mal à dormir et j'étais dans cette maison ouverte sur tout, c'était pas très loin de l'océan Indien, donc on entendait le bruit des vagues et je passais une partie de la nuit réveillé, dans cette partie ouverte de la maison, à penser, à bouquiner et puis le texte est venu et il est venu là-bas avec les images des tombes du cimetière d'Egliseneuve d'Entraigues où sont enterrés une partie des gens de ma famille… Et je voyais cette tombe-là et c'était une petite maison close."

- Le dernier titre est "épanadiplose", terme que les spectateurs du film "PROFS" connaissent... mais cela n'a aucun rapport avec l'inspiration d'Eryk e.
"J'ai peint un petit peu à un moment donné, mais de façon tout à fait modeste. Par contre j'ai un ami, dont j'adore littéralement la peinture, qui est clermontois, qui bosse beaucoup, il s'appelle Claude Legrand, qui fait des belles expos, dont j'ai peut-être une trentaine de toiles ou dessins chez moi, j'aime beaucoup ce qu'il fait… […] En fait, à côté de mon piano, y a 3-4 tableaux de lui, y en a un qui montre une maison dans la forêt, que j'avais directement en vision quand je suis venu au piano, et j'ai écrit en regardant ce tableau… avec l'idée de rentrer dans le tableau… […] Un violoncelliste qui s'appelle Yo-Yo Ma a publié des DVD où il joue les suites de Bach. J'en ai 3 sur les 6 et notamment celui où ils ont intégré son image dans des reconstructions 3D d'eaux-fortes du Moyen-Age, où on le voit dans une espèce de prison absolument fantasmagorique. Il est au bord d'une sorte de précipice, avec des colonnes effondrées, ça date du Moyen-Age, à la fois c'est très romantique, c'est très bizarre, et ils ont réussi par des technologies numériques à l’intégrer là-dedans, mais surtout à transformer l'eau-forte en vision 3D, donc la caméra se balade au milieu de ça et il est vraiment au sein du tableau, au sein du dessin et c'est fantastique".  http://www.claudelegrand.fr/    Le fameux tableau d'Eryk e. figurait sur le site, mais a été retiré depuis.

 

Eryk e. est un "job à côté", selon l'expression de Murat, et quel job... si prenant, ce qui rend les aventures artistiques encore plus compliquées... mais c'est ancré en lui, et maintenant qu'il est lancé, il ne s'arrêtera pas, toujours avec le soutien de Murat. Et on ne peut que l'encourager à notre tour car pour un premier album, malgré les influences évidentes, il y a un vrai parti pris, un univers, peut-être un peu suranné... mais qui justement fait du bien, au milieu des univers électro toc et bling bling. 

Eryk e. sera en concert au caveau de la Michodière à Clermont le 19/04.  après une première prestation en première partie de  Babx et Cascadeur en février.

 

Rappel: L'interview d'Eryk e.

http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/eryk-e-nouveau-coup-de-coeur-coup-de-pouce-de-murat.html

site officiel : https://www.facebook.com/Eryke-661722910636414/

LE LIEN EN PLUS

 

Et voilà qu'on a des nouvelles de FRED JIMENEZ! Le bassiste et compositeur d'"a bird on a poire" n'était plus apparu aux côtés de Johnny Vacances pour le dernier album. On sait peut-être pourquoi:  il lance une campagne de crowfounding pour sortir un disque... avec un petit mot très gentil de son camarade Bertrand Burgalat sur le site de tricatel.

"Il y a près de 20 ans, Fred Jimenez envoyait une démo au 52 rue Richer, siège de Tricatel à l’époque. Une pop parfaite dans la ligne du Love is All de Roger Glover. Lorsqu’il fallut trouver des accompagnateurs à Michel « pop idol » Houellebecq, Thomas Jamois s’en souvint et suggéra de faire appel à lui. Il débarqua avec sa Squier Japon et ce fut un enchantement : un son parfait, (au médiator il étouffe les cordes avec la paume de sa main, sans recourir à une éponge comme moi…), une attaque impeccable, l’énergie, l’intelligence, la bonne humeur, bref un parfait Dragon.

Après le premier album de ceux-ci Fred, qui avait déjà passé pas mal d’années en Suisse à écumer les clubs avec Les Needles, n’avait plus envie de repartir à l’arrière d’un camion : comme les croupiers à Nice ou à Luchon il nous présenta son digne successeur, David Forgione, et continua sa vie de musicien avec ses hauts et ses bas, n’hésitant jamais à prêter main-forte aux uns ou aux autres, ou à jouer avec Jean-Louis Murat, pour qui il composera un album. Sa générosité sera récompensée quand Yarol Poupaud, qu’il accompagnait dans des jams désintéressées, l’entraina dans son sillage auprès de Johnny Hallyday. La Squier noire à plaque blanche de Fred a ainsi joué devant son idole Paul McCartney, croisé Brian Wilson, joué avec Brian Setzer, écumé les stades et accumulé assez d’anecdotes et de souvenirs hilarants pour égayer plusieurs tournées en camion.
 
Mais celui que Johnny appelle affectueusement « le Beatles » est également un héritier de Jimmy Page et du Comte de Saint Germain. Féru d’alchimie, il a écrit un album sur ce thème avec un spécialiste de la question, Patrick Burensteinas. Le projet est ici: http://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/alchy-me

 Il s’agit de textes alchimiques, écrits en alexandrins, mis en musique et interprétés par Fred.

L’argent ainsi collecté sera transmuté en 12 super chansons (elles sont déjà enregistrées), un bel accomplissement à mettre au crédit de cette discipline".

 

Je me rends du coup sur le site  http://www.kisskissbankbank.com/alchy-me  et je m'interloque, c'est une blague?  il s'agit de mettre en musique des textes d'un certain Patrick Burensteinas, alchimiste, qui parle de reptilien sur radio "ici et maintenant",  le créateur de «La Trame» : une technique thérapeutique vibratoire qui transpose les trois phases du Grand Œuvre sur l’homme, pour déloger la souffrance à tous les niveaux"... entre autres choses (l'explication de la comptine "la souris verte" vaut son pesant de cacaouettes)... Alors, là, je dis bravo la Suisse...  mais rapatriez votre argent en France, ce n'est plus sûr.   (je dis ça même si mon chanteur préféré Manset a peut-être des penchants pour les rose-croix)

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Rédigé par Pierrot

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