Christophe Pie au miroir de Servières (cahier bleu -suite)

Publié le 13 Avril 2014

 Notre M.  continue sa chronique de "LE CAHIER BLEU, instant(ané)s de baignade"... en évoquant la petite participation de Christophe Pie à celui-ci.  Je rappelle que M.   nous avait déjà fait part il y a quelques temps de son désir d'ériger une statut à Christophe Pie sur la place de jaude...  Le fait que le batteur est encore en train d'enregistrer avec Murat en ce moment-même dans un studio réputé de Clermont va peut-être inciter  M.  à lancer une souscription pour lancer son projet.... à moins que l'after Koloko qu'il organise ne lui laisse que peu de temps (private joke)

 

 

Servieres beau temps

 

 

Christophe Pie   

au miroir de Servières, 

 

(Rebond sur un chapitre

du Cahier bleu)

 

 

  

 

 

Qui est vraiment Christophe Pie ? À cette question, que trop peu de gens se posent, cet article n'apportera aucune réponse définitive. La formuler ainsi et ici frise déjà le ridicule.

 

Et pourtant...

     Oui, pourtant, qui est vraiment Christophe Pie, cet ami de (plus de) trente ans de Jean-Louis Murat ?

     Le guitariste effacé qu'on aperçoit à gauche de Camille sur quelques plans du film de Don Kent, Parfum d'acacia au jardin ? [1]

     Le batteur solide et énergique qui veille sur ses jeunes amis du Delano Orchestra ?

     Une figure importante du rock clermontois, récemment évoquée dans le livre de Patrick Foulhoux [2], qui a joué dans une ribambelle de groupes, participé à plusieurs dizaines de disques et dont la légende affirme qu'il aurait accompagné Chuck Berry ?

     Un ACI -auteur compositeur interprète- à peu près inconnu, qui écrit de temps en temps des chansons comme il pratique la poterie, avec passion et sans prétention, ces deux caractéristiques expliquant sans doute que certaines soient empreintes d'une sobre beauté, propre à vous tirer les larmes ? [3]. Son magnifique album "sky lumina" (avec un texte de Murat) est, hélas, désormais introuvable.

     Un petit gars que l'on croise parfois dans les concerts, avec son blouson de cuir épais, sa repartie bien acérée, sa modestie tenace et qui, à bonne école muratienne, brille dans l'art de la rouspétance ?

     Ou bien ce quinqua qui regarde grandir des canetons au bord du lac Servières ?

     Quoi ??? Christophe Pie s'intéresse aux canards ?

     Il paraît. C'est en tous cas ce que l'on découvre à la lecture du premier volume du Cahier bleu (chroniqué dans l'article précédent). Émilie Fernandez et Alexandre Rochon, les auteurs du livre, ont en effet eu la bonne idée de demander au batteur du Delano Orchestra de poser un instant ses baguettes pour se laisser aller à une évocation toute personnelle du lac situé sur la commune d'Orcival. Une occasion fortuite, mais précieuse, de mieux faire connaissance avec cet ancien Ranchero.

 Pie Percus

*****

 

     Une fin de concert, au printemps 2013, sur le parvis de la Coopérative de Mai. Conversations enfumées, débriefing de la soirée, compliments aux artistes, retrouvailles entre vieux copains, souvenirs... Christophe Pie fait partie des quelques personnes présentes. On se met à parler d'un festival qui doit se tenir sur les bords du lac Servières et pour lequel des prospectus ont été distribués à l'entrée de la salle. L'idée ne semble pas le séduire. Le signe d'une touristophobie de base ? Pas seulement. Avec un soupçon de malice, on lui présente les bons côtés d'une telle manifestation : permettre à de jeunes artistes de s'exprimer, contribuer au développement du territoire, etc. Il s'emporte : il ne veut pas qu'un festival se tienne là où il a appris à nager ! Inutile d'insister...

     Il nous faudra regarder l'émission  Chroniques d'en haut, diffusée sur France 3 début janvier [4], pour mieux saisir le sens de la réaction de Pie. Dans ce reportage, il confie en effet son attachement profond au lac Servières, parle des visites régulières (quasi-quotidiennes, à la belle saison) qu'il lui rend, décrit le calme trompeur, alors qu'en réalité, « ça grouille de vie, de partout, on est observé ». À l'écoute de ce Pie se dépeignant comme « très ancré à l'Auvergne », à ses paysages comme à ceux qui y vivent, et plus encore à ce lieu, attentif au chant des oiseaux, nageur à l'occasion, on comprend mieux ses réticences à voir débarquer sur le site l'imposante machinerie d'un festival d'été. Une version lacustre du NIMBY ? Non, ce serait décidément trop simple.

     C'est donc le petit texte écrit par Pie l'été dernier pour ces Instant(ané)s de baignades en Auvergne qui nous permettra d'approcher de plus près son lien avec le Servières. Son récit, en apparence, est semblable aux autres chapitres de ce recueil de baignades : il y est question d'eau, de la nature, de souvenirs... Pourtant, le ton est différent : un peu de gravité en plus, un poids supplémentaire dans les mots et les images employés. Pie décrit le lac, depuis le matin tranquille jusqu'à « ses nuits d'été fantastiques », il dit la modestie du hameau voisin et l'immensité des pins, connaît le nom des arbres, mais ignore celui des fleurs. Qu'importe, cela n'empêche pas le musicien de les chérir, ni le lecteur de ressentir dans chacune de ses évocations la trace du temps passé en cet endroit à observer, écouter, sentir... S'imprégner. On l'a déjà écrit, le temps est un élément crucial dans Le Cahier bleu et une bonne partie de ce temps qui passe est passé à s'aimer. Pie, lui, est amoureux d'un lac.

 

 


     Cela pourrait faire sourire, mais ce n'est pas le but. Il se révèle épris, d'une passion jalouse, quoique partagée avec une poignée d'amis choisis : ce lac, il l'apprécie donc « loin des regards », « quand il est désert », se plaçant lui-même « à l'ombre des genêts, loin des touristes mal élevés ». On pressent que cet amour-là exige une initiation, un apprentissage, que l'endroit se mérite. Et dans la quasi-tendresse qu'il met dans ses mots, on devine que Pie sait se montrer à la hauteur de cette relation, en fier amant de Servières : « Comme je l'aime, loin des regards dans son écrin ». Le musicien apparaît amoureux, mais pas uniquement. Dans le dernier paragraphe, simple et émouvant, son attachement devient celui d'un père qui voudrait vivre assez longtemps pour voir grandir ses enfants. Son lac, il aimerait « le voir gagner sur les terres et constater combien il change avec les années ». On songe, sans savoir pourquoi, à cette belle chanson de Bertrand Belin, « Ta peau » : « je voudrais vivre plus longtemps / pour être encore avec toi ». Pie aime donc ce lac à la manière d'un père, mais aussi, et peut-être surtout, comme un fils, puisque c'est dans ces eaux, écrit-il, que son père lui apprit enfant à nager. Et au terme de ce qui s'avère être au fond une belle histoire de transmission, évoquée en quelques lignes pudiques, on se surprend, parvenu à la dernière phrase – « J'y ai baigné mon corps plus que partout ailleurs. » – à avoir soi-même, lecteur pourtant bien au sec, le visage baigné de larmes – comme cela a déjà pu se produire naguère, hier encore peut-être, à l'écoute de certaines des chansons de Pie, « Main dans la main » par exemple, chanson pour cœurs gercés, avec ses lacs gelés et ses regrets glacés...

 Servieres au froid

*****

 

     La question posée en ouverture de ce billet était évidemment provocatrice et il n'a jamais été question de percer un prétendu « mystère » Christophe Pie. Simplement, profitant de l'heureuse initiative prise par le tandem Fernandez/Rochon, de tenter une esquisse de ce personnage important dans la galaxie muratienne [5]. Au miroir de Servières, donc, puisqu'il semble évident que si « L'eau anonyme sait tous mes secrets », comme l'écrivait Bachelard (cité dans l'avant-propos du livre), les eaux du lac Servières en savent sans doute un peu plus que d'autres sur les secrets de Christophe Pie. Puissent-elles les garder précieusement...

 

 

Le texte de Christophe Pie, extrait des "Cahier bleu"

 Texte Pie Pour commander le livre : suivre ce lien

  

   M.

 

 

1. Récemment évoqué ici-même :  http://www.surjeanlouismurat.com/article-actu-en-fevrier-2004-bon-anniversaire-au-dvd-parfum-122749973.html 

2. Une histoire du rock à Clermont-Ferrand. 50 ans de bruits défendus à Bib City – Patrick FOULHOUX – Un, deux... quatre – 2013. Chroniqué sur le blog ici : http://www.surjeanlouismurat.com/article-une-histoire-du-rock-a-clermont-le-livre-et-le-concert-121327492.html 

3. On peut écouter les chansons de Christophe Pie notamment ici : https://myspace.com/christophepie et là : https://soundcloud.com/christophe-pie (à cette dernière adresse, on pourra entendre quelques vieilleries réjouissantes et ouïr la voix trop rare d'un certain J.C. – non, il ne s'agit pas du barbu...).

4. Visible ici :http://www.surjeanlouismurat.com/article-chroniques-d-en-haut-122018059.html 

5. Rappelons que Pie fut le premier à se prêter à l'exercice de l'Inter-vious et Murat. Il y a déjà longtemps : http://www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-numero-1-christophe-pie-41170983.html

 

 

 

LE LIEN EN PLUS :

 

Quelques photos persos du servières datant du koloko 2011accompagnées de la musique de Christophe

 

 

SAM 3562-copie-1

SAM 3563

SAM 3564

SAM 3565

vieille carte postale:

http://images-02.delcampe-static.net/img_large/auction/000/244/285/261_001.jpg

Rédigé par Pierrot

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Flo Réal 25/04/2014 10:22


Merci d'avance, Matthieu, voici l'adresse:


"sur-les-traces-de-jean-louis-murat.over-blog.com"


toute ressemblance avec... serait fortuite et involontaire.

Matthieu 25/04/2014 08:34


     Pas "Les mots bleus", peut-être alors "les mots roses" d'"Alcaline" (ceux de Bergman, de Bashung, de Murat et de Christophe encore... Beau destin pour une chanson...) ?
Oui, Christophe écrit bien, dommage que ses chansons ne soient pas plus connues (il faut dire que son disque a été publié à... cent exemplaires !).


     Merci de ton passage, FloRéal. Il se murmure que tu aurais un site internet toi aussi, je note dans mon agenda d'aller y faire un tour un jour prochain...

Flo Réal 24/04/2014 11:17


Bravo à toi Matthieu pour ce très bel article et pour nous faire découvrir les jolis mots de Christophe ( non pas les "mots bleus" !!)


Merci.

pierrot 19/04/2014 09:49


http://images-02.delcampe-static.net/img_large/auction/000/244/285/261_001.jpg

Armelle G.R. 15/04/2014 23:04


Ah Matthieu! tu as une bonne mémoire à ce que je vois... mais bizarrement, je ne sais pas mettre de photos ici et ça vaut peut-être mieux! 


pour la bd je vais demander à Amparo car je ne retrouve pas l'image qu'elle avait postée mais il me semble que c'était quelque chose comme "Les sirènes du Servières"... justement!

Matthieu 15/04/2014 08:22


     Heu, justement, à propos de tes baignades dans le Servières, Armelle... Il n'avait pas été question, il y a quelques mois, de photographies de toi façon Vénus sortant des
ondes ? Allez Armelle, il n'y a personne dans la zone "Commentaires", profites-en pour glisser tes photos, ce sera un parfait complément à l'article...


     Concernant cette histoire de bande dessinée, ce serait à creuser. Pour ma part, je n'en ai jamais entendu parler. Mais si Amparo a des tuyaux...

Armelle G.R. 13/04/2014 21:07


je comprends l'amour de Christophe Pie pour ce lac qui a je ne sais quoi d'envoütant; c'est le seul lieu où j'ose et où j'aime me baigner depuis que je l'ai découvert... 


Il semblerait que Christophe ait écrit une ou des BD sur fond de Servières; je me souviens avoir vu une image postée par Amparo...