Daniel DARC/JL MURAT... si loin, si proche

Publié le 1 Mars 2013

 http://userserve-ak.last.fm/serve/_/125281/Daniel+Darc.jpg
La nouvelle de la mort de Daniel Darc ne quitte pas mon esprit depuis hier... J'aurai donc éternellement le regret de ne me pas m'être secoué pour aller le voir sur scène...
Daniel Darc, c'était d'abord ce maxi orangé "cherchez le garçon"... le must (avec Plastic Bertrand et One step behond)  pour les boums des frères et soeurs dans lequel je m'incrustais à 8/9 ans.  J'ai suivi via les clips l'histoire de TAXI GIRL (PARIS, Aussi belle qu'une balle)... puis une fois devenu grand, j'ai commencé ma première collection avec eux... sans que je m'investisse plus que ça dans la carrière solo de Darc, même si j'ai beaucoup aimé son dernier album.  J'aimais beaucoup lire ses interviews, où il se montrait sincère et ne cachait rien de ses difficultés. C'était un personnage passionnant : son parcours  de miraculé (de la drogue,  d'une chute chez lui, de divers maladies, de la prison... ), sa conversion au protestantisme qui pourtant ne lui avait pas offert la paix, son goût pour la littérature, sa timidité maladive dont il se rassurait en la qualifiant de "phobie sociale".     
 
 
Au delà de Lescop, c'était une véritable influence pour les chanteurs et chanteuses que nous aimons ici.  "cherchez le garçon" est ainsi classé 87e  dans "le top 100 des chansons que l'on devrait tous connaitre par coeur" (Vignol, Ed. Carpentier, cité par Bazbaz, V. Leuillot, Loanne, A. Varlet), Marie MOOR cite elle dans son top ten "la seule fille sur terre", Bruno Maman "la taille de mon âme", Lescop et A. Baupain "Rouge rose", Doriand et Joseph d'Anvers "aussi belle qu'une balle", Louis-Ronan Choisy "le feu follet", et  Buzy "crève coeur".
Dominique A a dit:
"Ce qui reste dans la chanson, ce sont les bons interprètes ; les bons chanteurs, on s'en fout ! Daniel Darc, par exemple, est un interprète sublime alors qu'il est un chanteur exécrable. Mais il est dans une telle justesse de ton qu'il en devient bouleversant".
Cali lui rend hommage sur FB: "Ce soir bel ange, tu t'es envolé. Tu reposes désormais aux côtés d'Elvis, de Johnny Cash et de James Dean. Je te serre fort bel ange. Tu me manques.
Sois sanctifié".
 
 
Difficile de faire la transition pour évoquer Murat... car leur parcours ne se croise guère.  
 
Seul un site ose une comparaison:
"Ses deux premiers albums : « Murat » (1982) et « Passion Privée » (1984) sont pourtant des échecs commerciaux. Très marquée par la New Wave de groupes comme Taxi Girl, il y mise sur un rock synthétique un poil stéréotypé et de toute façon gâché par une production avare. Des chansons comme « Johnny Frenchman », variation sur le mépris du paysan pour l'artiste, démontrent malgré tout l'originalité de son talent". http://musique.ados.fr/Jean-Louis-Murat.html

Murat n'était pas un "jeune gens moderne", lui aime les Rolling Stones... même si sa pique contre Jimmy Page chez Guillaume Durand montre des vieux restes punk... 
 
Je n'ai trouvé qu'un propos de  Murat sur Darc suite à une question de Pierre DERENSY (2004 dans Rock'n France):

"Daniel Darc serait plus enclin à endosser le costume ?
-  Mais non ! ou alors le maire de paris est subversif. Je pense que c'est une sorte de nostalgie de la défonce. Ce ne sont que des types qui ont mal lu Burrough. On n'a jamais vu la lumière au bout d'un shoot d'héroïne. Je ne suis pas plus fasciné par la dope que par le ricard. C'est un peu de la pose ces trucs là. La posture n'a qu'une syllabe pour basculer dans l'imposture".
Réduire Darc à la dope, c'est bien réducteur... Mais Matthieu qui dialoguait avec Murat sur la "posture et l'imposture" un soir à Lyon appréciera la citation.  On n'en tirera pas plus que cela des conclusions...  Voici une citation de Darc sur ses influences littéraires:
 
"Comme quand Flaubert disait : « Mon rêve, c'est d'écrire un livre sur rien. »A la formation de Taxi Girl, j'étais inspiré par Guy Debord, mais plus encore par William Burroughs et le cut-up, toute cette façon d'écrire. Le beat, quoi ! D'ailleurs je me considère avant tout comme un beat. Kerouac, Burroughs, Ginsberg, cette liberté que l'on n'a jamais retrouvée ailleurs... Moi, je n'ai jamais voulu travailler. Je me dois d'être un parasite de la société, c'est le devoir de tout artiste, je crois. Je n'ai pas à mendier, j'ai jamais été intermittent. Je fais ce que je veux, quand je veux. Si je n'avais pas été chanteur, j'aurais été braqueur".
http://www.telerama.fr/musique/la-vie-en-musique-de-daniel-darc,80733.php?xtatc=INT-41


Murat lui se veut un travailleur, un artisan... C'est le paysan contre l'habitant de M.E.R.D.E.... même si Murat a évoqué des épisodes SDF... où ils se sont peut-être croisés. D'ailleurs, Murat aussi est un survivant:
 
"Tu as toujours vécu avec la mort en ligne de mire ?
Pour moi, la course contre la mort a commencé quand j'avais 26 ans. Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste. J'ai acheté une guitare, passé une petite annonce et monté un groupe".    Darc cite Tim Buckley comme une référence au départ de Taxi Girl...    
 
 
Du côté de DARC, ce que j'ai trouvé comme citations ne nous aidera guère:
"Sur cette tournée, chaque fois que tu présentes Denis Clavaizolle, tu envoies une petite pique à Jean-Louis Murat "Il l’a supporté pendant 14 ans, applaudissez-le"…
Je dit ça de la même façon que si Denis Clavaizolle arrive à sortir de notre collaboration vivant, il sera très méritant aussi ! Je pense qu’on est des casse couilles, je ne me fous pas de la gueule de Murat quand je dis ça. Murat, je ne le connais pas, je connais un peu son travail. A mon avis, il doit être pénible, comme moi je dois être pénible, incroyablement pénible. Donc, c’est pas un truc méchant que je fais contre Murat, pas du tout…
Je crois que tu n’avais pas aimé ses propos peu amènes et provoc à l’encontre d’Etienne Daho…
Ouais, bien sûr que je n’ai pas aimé… C’est pitoyable ce genre de choses, c’est pour ça que je n’ai pas envie de m’enfermer là-dedans. Je te le dis, franchement, j’aime bien ce qu’il fait et je pense que c’est un mec bien, cela dit quand il critique d’autres mecs comme Daho, je ne vois pas l’intérêt… Même si je n’écoute pas tout ce que fait Etienne, c’est un mec incroyablement honnête par rapport à son travail, par rapport à d’où il vient ; il a toujours renvoyé l’ascenseur, il a toujours été honnête, il a toujours été bien avec les gens (avec moi le premier)… et incroyablement gentil avec Dani. Etienne, c’est un mec très bien, après, est-ce qu’on écoute ses disques ou pas, ça nous regarde, nous. Moi, un mec qui se fout de la gueule d’Etienne, c’est comme s’il se foutait de ma gueule… Est-ce que c’est très intéressant de faire de la provoc aujourd’hui, vu ce qu’on fait comme musique ? On n’a pas inventé Search & destroy en 1973 ! De notre côté, on fait ce qu’on peut, encore une fois, moi je préfère te dire du bien des gens que j’aime en France et m’arrêter là plutôt que de dire du mal d’autres dont je ne te dirai pas de mal puisque je n’en ai rien à foutre, ça les regarde…
Je ne te demande pas ça…
Oui mais tu comprends, on est peu en France à faire un truc de qualité (je m’inclus dedans, peut-être à tort) et c’est ça qui m’intéresse. Si peux faire découvrir le dernier Bashung par exemple à des gens qui ne connaissent pas , je suis vachement content et je préfère ça que dégommer d’autres mecs qui font de la merde, je m’en fous de ça !
 
 C’est vraiment méchant, ça, Daniel ! (rires)
Que Jean-Louis Murat est… (il cherche – Ndlr) Le jour où il aura arrêté de croire que c’est rock’n’roll de dire du mal de tout, il sera « gentil » aussi… Tout le monde est gentil, en France ! Franchement ! J’aime bien Berry, qui fait notre première partie ! J’aime bien Keren Ann, j’aime bien cette meuf… J’aime bien Miossec… J’aime bien Azyl, aussi !"
http://www.myspace.com/leshommesdupresident/blog/446566026 2008
 
 
Daho qui a aidé et produit Darc quand il était au fond du trou... Mais Murat s'est expliqué depuis sur ses petites attaques sur Daho... 
 
Edit 12/12/13:  Darc parle de Murat dans Pollen : http://chansonfrancaise.hautetfort.com/archive/2013/12/10/daniel-darc-sur-le-rock-francais-1989-5241070.html   En indiquant qu'il serait heureux si on parlait de Murat, Bashung et Manset en angleterre, plutôt que des Negresses vertes...
Pour l'anecdote, on indiquera que Murat et Darc ont fait disques communs par deux fois:
 
- Le disque "comme un seul homme",   pour le don d'organes
 
-  et une autre compilation "la bande à jojo"  où Darc reprend les champs Elysées  http://www.deezer.com/fr/album/6068365
  
On remarquera aussi un duo avec Morgane Imbeaud également chez DARC, mais c'est une autre collaboration qu'il faut mettre en avant, une collaboration avec une personne dont Murat revendique l'amitié:
 
"Parle-nous de la présence de Robert Wyatt sur Amours suprêmes
 Il fait des respirations sur Ça ne sert à rien et pose sa voix superaiguë comme à la fin de Sea Song dans Rock Bottom. Il a un souffle circulaire comme les joueurs de didgeridoo (instrument à vent utilisé par les aborigènes – ndlr), il voulait me l’apprendre. Il peut tenir en apnée pendant vingt minutes. Pour moi, c’est impossible. Je l’ai rencontré grâce à Steve Nieve. Comme il était en promo à Paris, il a accepté de venir. C’est quelqu’un d’incroyablement gentil et timide. Il venait d’arrêter de boire, ce qui m’a bien fait marrer, à son âge… Maintenant il ne boit que de la tisane et de nous deux, franchement, c’était lui le môme".

Murat et Wyatt se sont recontrés pour une interview croisée avec TELERAMA en 1997:
"JEAN-LOUIS MURAT : Vous savez, je n'ai pas l'habitude de faire des interviews. Mais pour moi, vous êtes quelqu'un de très important. C'est vous qui m'avez donné l'envie de devenir chanteur, d'écrire des chansons...ROBERT WYATT : Je suis très touché. J'ai lu des interviews de vous et j'y ai retrouvé des émotions que je partage. Par exemple, quand vous parlez des animaux, vous dites qu'il faut les observer longtemps, essayer de se mettre à leur place pour les connaître et les respecter. Justement, il y a une chanson, Alien, dans mon disque, qui tente d'exprimer cela...  "
 
Bayon évoque Wyatt dans l'interview paru dans Libé le 25/03 et Murat le cite comme une inspiration pour son album Toboggan.
       
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VOICI UNE petite Sélection d'articles à lire à propos de DANIEL DARC: 
 
 
Une version live hallucinante... avec Olive, autre cramé...  mort à 50 ans.
 PS : Je l'ai déjà indiqué plusieurs fois, mais c'est Mirwais qui doit produire le prochain film de L.MASSON. De là, à ce que Madonna produise le prochain murat, il n'y a qu'un pas.
 
Les jours sont bien trop longs:

 
   
  ET pour finir une chanson d'adieu... en l'occurrence de Darc à Mirwais...  Et oui, Darc est déjà parti plusieurs fois...
 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres

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KIngArthur 04/03/2013 23:38


Cher Matthieu,


Personne ne souhaite qu'un artiste reste éternellement malheureux et éventuellement si on le souhaitait, nous écouterait-il ?


Certains disent que « Les artistes ont besoin de leur public, leur public les tient en vie ». C'est ce qu'ils croient, ce qu'ils imaginent, ce qui leur tient lieu de certitude, ce n'est
pas forcément la réalité. Nino Ferrer souffrait, d'après ce que tu dis, d'un hiatus avec son public qui ne lui "rendait" pas ce qu'il attendait de lui …. Alors ! cela prouve bien qu'il y a
une différence entre ce que l'on souhaite et ce que l'on obtient.


Tu évoques également le fait que les artistes nous tirent vers le haut en exorcisant notre mal-être par leur entremise, je n'en suis pas sûr,... il est certain que cela retentit en nous, nous
émeut, je ne sais pas si vraiment ça nous « tire » vers le haut. Quant à les tirer vers le bas, là, je suis sûr que non ! Pardonne moi cette véhémence mais je pense vraiment que
nous n'avons pas cette influence sur eux.Nous influençons seulement l'image que nous leur renvoyons. Mais c'est encore leur création personnelle. (Je ne sais pas si je suis très clair).


Ce que je voudrais dire, c'est que notre pouvoir sur les gens n'a que la limite de ce que les autres veulent bien nous prêter ou la limite de leur imagination. Nous ne sommes que des projections,
leurs projections.Et vice versa.


Et oui, le rapport à l'art a toujours fonctionné comme ça.


On ne crée pas si on ne souffre pas.


Je ne doute pas un instant que tu n'aies pas voulu donner de leçons de bonne et saine manière d'aimer les artistes, cher Matthieu, tu as donné ton opinion, éminemment respectable et fait part de
tes doutes. Je te donne la mienne, en toute amitié et j'espère qu'elle ne choquera personne.


 


 


 

Pierrot 05/03/2013 15:22



C'est une question passionnante... le fait est qu'on est beaucoup plus interpellée par la musique et le texte quand l'artiste livre des choses personnelles... Combien de grands disques concus
dans la joie et l'allégresse, ou le train train du quotidien, contre ceux concus dans la tristesse?^ (même si c'est moins vrai dans les groupes)


 



Matthieu 04/03/2013 17:16


     Chère KingArthur,


     Tu écris : "S'ils n'étaient pas 'souffrants', nous ne les aimerions pas tant." Je suis d'accord, sauf que ce qui te paraît "normal" et "humain" me pose un problème et il
me semblait que la mort d'un type comme Daniel Darc pouvait être l'occasion de s'interroger là-dessus. Quand on en arrive à souhaiter qu'un artiste reste éternellement mélancolique et dépressif
pour le plaisir de nos oreilles, j'ai l'impression qu'on devrait y songer. Mais peut-être que ma réflexion est idiote et que le rapport à l'art a toujours fonctionné sur cette ambiguïté.


     Tu écris également : "Mais je ne crois pas que nous transformons les gens en martyrs souffrant à notre place, nous ne sommes pour rien dans leur destin." Je n'en suis pas
aussi sûr que toi. Mais là encore, il est possible que je commette un grossier contresens. Après tout, les artistes qui vont mal (voire très mal) disent souvent que c'est la scène et le public
qui les tiennent en vie. Et un gars comme Nino Ferrer aurait voulu qu'on le reconnaisse pour la part sombre de son travail quand le grand public retenait surtout de lui le (talentueux)
fantaisiste. Dans son cas, on ne peut pas dire qu'il ait été victime d'une fascination morbide de la part des gens. Alors...


     Qu'en exprimant et en explorant leur mal-être certains artistes nous aident à vivre avec le nôtre et ainsi nous tirent vers le haut, c'est une certitude. Je me demande
simplement si nous qui sommes de l'autre côté, par notre façon de les aimer et par ce que nous admirons chez eux, nous ne les tirons pas quelquefois vers le
bas. C'est tout.


     Mon objectif était juste, tout en évoquant quelques souvenirs de ce concert de novembre, de partager ces embryons d'interrogations. Je n'avais pas l'intention de donner
de leçons sur la bonne ou la saine manière d'admirer les chanteurs à qui que ce soit. Merci pour ta réaction, KingA.

Pierrot 05/03/2013 17:04



C'est pas de la faute du public, mais des producteurs!


http://www.chartsinfrance.net/Michael-Jackson/news-84653.html


 



KIngArthur 03/03/2013 17:17


Cher Matthieu,


Je voudrais répondre à ta critique sur les admirateurs (imposteurs?) de DD ou d'autres figures christiques ...tu sembles choqué le voyeurisme, le regard indécent, obscène « pour tout dire
dégueulasse » que nous portons sur ce genre d'artiste(s), l'afflux de propos « complaisants »depuis l'annonce de sa mort, la fascination malsaine que nous avons pour lui (eux). Il
ne faut pas s'appesantir sur la récupération journalistique de sa mort qui ne veut rien dire, les journalistes d'actualité sont opportunistes.


En revanche,  pourquoi s'offusquer de la fascination "malsaine", des « chansons dépressives » que souhaitait Bernard Lenoir à l'endroit de JLM ? Oui, bien sûr, nous sommes
fascinés, mais ça n'est pas malsain, c'est humain, cela s'appelle de la projection. Cela nous intéresse car nous retrouvons en ces artistes nos peurs, nos souffrances et notre fascination de la
mort (pour certains) tout simplement. C'est normal, c'est humain. S'ils n'étaient pas « souffrants », nous ne les aimerions pas tant. Mais ne crois pas que nous transformons les gens en
martyrs souffrant à notre place, nous ne sommes pour rien dans leur destin.


Bien amicalement,


KingArthur

Matthieu 02/03/2013 16:46


     Dans son article sur le concert de Noël organisé en décembre dernier par La Coopérative de Mai, notre camarade Fred Plainelle signalait que Magic avait consacré
sa une à Mustang et que cette couverture (datant de janvier 2010) était exposée en grand format derrière la console de la petite Coopé. Mais il n'avait pas précisé que sur cette belle affiche, on
voyait Jean Felzine, leader du groupe, avec à ses côtés, le serrant fraternellement dans ses bras, la tête posée sur son épaule droite, un certain Daniel Darc.


     Ce même Daniel Darc qui, quelques jours plus tôt, donnait l'un de ses derniers concerts dans cette même salle, succédant sur scène à son principal héritier du moment,
Lescop. De ce concert, on gardera notamment en mémoire la confession embarrassée du chanteur, avouant au bout de deux ou trois titres qu'il était mort de trouille et que cela empirait avec l'âge
(lui, qui, sur scène, avait pourtant eu à affronter des publics beaucoup plus hostiles que les Clermontois de ce soir-là). Ou encore cette belle chanson interprétée en piano-voix, avec en prime
quelques plaintes tirées d'un harmonica, à l'issue de laquelle l'un de ses musiciens, revenant sur la scène, lui murmura deux ou trois mots à l'oreille, auxquels Darc répondit par un sourire de
contentement, tel qu'aurait pu en avoir une rosière à qui l'on aurait fait un compliment, au bal du village. On comprit à cet instant que le groupe qui entourait le chanteur était là pour
l'accompagner, au sens le plus fort du terme. On pourrait aussi évoquer "La vie est mortelle" et ce passage poignant que Darc répéta à plusieurs reprises, comme pour mieux en faire
sentir toute la portée :


"Nous avons tous à notre manière
Payé de nos plus belles années
La connaissance désolée
De la vie"





     Tu as raison, Pierrot, j'apprécie cette citation que je connaissais déjà. Et je pense en effet qu'il y avait beaucoup plus de points communs entre Darc et JLM que de
différences, y compris, chère Armelle, sur la question du travail (l'alternative entre la condition d'artiste et celle de brigand ayant été souvent décrite par JLM, notamment dans Serge,
si je ne m'abuse). Mais pour en revenir à cette histoire de posture/imposture, mon irritation irait plutôt cette fois non vers Darc, dont je ne doute pas de la sincérité, mais vers ses
admirateurs. Je ne peux en effet m'empecher de rapprocher Darc d'un Mano Solo et, à un moindre degré, d'un Murat et de voir dans le regard que nous portons sur eux (je m'inclus évidemment dans la
critique) quelque chose d'indécent, d'obscène et, pour tout dire, d'assez dégueulasse. Notamment dans notre tendance à en faire des figures christiques par procuration. Il suffisait d'entendre,
hier matin, les journalistes parler complaisamment d'"écorché vif"ou de "survivant" pour se rendre compte de la fascination malsaine que nous avons pour ces artistes. Mano Solo s'en plaignait
d'ailleurs. Je me souviens (je me rappelle) de Lenoir interrogeant il y a une dizaine d'années son pote JLM durant une Black session et regrettant presque que celui-ci soit tombé
amoureux et soit de nouveaux heureux. Il lui disait en substance : "Maintenant, tu ne vas plus nous écrire ces chansons dépressives qui nous font tellement de bien." Moi-même, en apprenant la
naissance de Justine, je m'étais inquiété que JLM puisse être un peu trop heureux et se mette à faire des chansons optimistes. Pour en revenir à Darc, si lui-même nexploitait pas à l'excès la
posture du mec qui souffre, j'ai l'impression que nous qui le regardions et l'admirions avions quand même tendance à le figer dans ce rôle de martyr, en attendant non sans avidité le moment où sa
mort (si possible violente) serait annoncée par les médias. Tout ceci pour dire que transformer les gens qu'on aime en Christs souffrant à notre place n'est peut-être pas un service à leur
rendre.


 


     Daniel Darc, qui n'était pas que ce type qui avait survécu à vingt-cinq O.D. pouvait ainsi expliquer l'origine du titre de son dernier album de la façon suivante :
Comme tous les ex-junkies, je suis insomniaque. Je voulais boire une bière, je vais au marché d’Aligre et il y avait des bouchers à la fin de leur journée. Ils étaient un peu bourrés,
ambiance café calva. Il y en a un qui lance à la cantonade : “Putain ! Si tu savais la taille de ma bite !” La Taille de mon âme, j’ai trouvé ça bien. »


     Pour passer de la taille de sa bite à celle de son âme en un éclair, il faut en effet avoir un certain sens de l'humour, dont n'était pas dépourvu Darc (et l'on aurait pu
dire la même chose d'un Ian Curtis).


 


     Du concert évoqué précédemment, on se souviendra aussi de "Cherchez le garçon" et de cette petite fille, dont les parents ne s'étaient peut-être même pas encore
rencontrés à l'époque où ce titre est devenu un tube, qui dansait et chantait passionnément devant la scène cette chanson dont elle semblait connaître les paroles par coeur. Car dans cette vie
qui nous désole souvent, c'est peut-être encore ce bon vieux principe, répondant au nom affreux de sérendipité, qui nous aide à tenir.


     On part pour l'Amérique et on découvre l'Inde.


     On part chercher le garçon et on trouve une fillette de 8 ans.


     Fillette qui, n'en doutons pas, continuera encore longtemps à se trémousser sur "Cherchez le garçon" ou sur "C'est moi le printemps".


     La preuve, s'il en fallait une, que Daniel Darc est déjà, comme il l'avait chanté, au paradis. 





N.B. : On conseillera à tous ceux qui veulent entendre D.D. en live, de réécouter sur le site de France inter Le Pont des Artistes où il venait présenter son dernier album avec son pote
Christophe (qui jouait notamment deux titres en piano-voix) et la jeune Loane. Dans les archives, à la date du 25/02/2012.


 

Pierrot 03/03/2013 17:51



MERCI MATTHIEU.... pour ce commentaire de haute tenue...  Une discussion un peu du même tenant se tenait sur FB via Pierre Schott... qui ralait contre ses spectateurs qui ont besoin de
ça....et qui en fait n'aime pas la musique... ET j'ai pensé à la même chose que toi:  sur le fait qu'on pouvait en être amené à souhaiter le malheur des chanteurs... J'ai cité aussi Mano
Solo...


 


  j'ai copié (même si c'est globalement nettement moins intéressant que le commentaire de M):



·  P. Schott; Il aurait fait un bon écrivain. Qu'une certaine société ait voulu voir en lui un musicien ne lui aura guère rendu service.


 



· 



Il aura tenu son rôle
jusqu'au bout et fait sa sortie sous les applaudissements des nécrophages.

Au-delà de ses provocations, il aimait le monde des humains, avait besoin de lui. Sinon, il lui aurait fait un pied de nez, rompu son contrat mortifère en coulant contre toute attente, des jours
tranquilles sous un arbre à la campagne.

Car le cynisme et l'humour sont les 2 seules portes de sorties de la rock'n roll attitude intelligente.



· 


Sissi Impératrice Désolée d'être un peu raide mais vous n'avez rien compris je crois. Ce n'était pas de la posture.
Vous mettez de la rock'n roll attitude là où il n'y avait que de la détresse qu'il n'appartient à personne de juger. C'est humainement bien triste. Musicalement il a apporté sa petite pierre. Une
époque , un style. D'autres ne ont bâti des murs. Ce n'est peut-être pas le meilleur soir pour en faire



· 


Sissi Impératrice Non, un être humain qui vient de mourir dans une souffrance morale difficile à appréhender.


Luka's Corner Surtout si on ne le connaissait pas personnellement... je me garderai donc de tout jugement
péremptoire sur le personnage... tout au plus puis-je affirmer que c'était un piètre chanteur (ce qui n'est parfois pas rédhibitoire en soi, mais dans son cas, oui...) et sans doute un auteur pas
inintéressant...


 



· 


Pierre Schott Il ne nous appartient pas de discuter sur FB de la très lointaine vie privée d'untel. Mais en tant que
clients, on peut discuter de son image publique, celle qui nous était proposée à la vente, par les médias et les maisons de disques.


Sissi Impératrice Quelle image ? Il ne cherchait pas l'image. Bref.


Sissi Impératrice J'ai de la peine. J'avais apprécié l'homme. Pas vraiment envie d'en parler mais pas vraiment envie
de laisser dire n'importe quoi.



· 


Pierre Schott Sissi : je n'envisageais pas la "rock'n roll attitude" comme une posture empruntée ou une mode vestimentaire, ni n'ai remis en cause -bien au contraire- la sincérité du
personnage.

Je suis juste gêné par les regards sur une détresse proposée sur scène: planches, micros, lumières, techniciens, public, billets d'entrée ... et toute sa glorification, son entretien par certains
médias.




Sissi Impératrice Pas grave. Sa fragilité était peut-être mise en scène. Je ne me rends pas compte. Il était comme
ça.
J'ai un peu de chagrin ce soir. On ne pouvait être proche de lui. Trop loin. Trop dans son délire. On pouvait pourtant être amis pourtant. Point. Final.



· 


Pierre Schott Suis vraiment désolé. En souhaitant qu'un jour, quelque enseignement soit tiré de l'histoire.


Sissi Impératrice Bel optimisme.
Il a eu aussi des mains tendues qu'il 'a pas toujours saisies...la question reste pleine et entière faut-il faire partie du système ou pas ?
@Pierre : Les trains bleus de minuit c'est vous n'est-ce pas ? J'aime énormément.


Pierre Schott
Soyons sincères: très généralement, n'y a-t-il pas quelque chose d'étrange à trouver bon le spectacle, quand on a la certitude que la souffrance mise en scène par l'artiste est réelle?



· 


Sissi Impératrice C'est compliqué. L'artiste a besoin d'un public et la frontière entre la mise en scène et
l'exhibitionnisme est bien ténue parfois. D'où les questions suivantes : les artistes qui se produisent sur une scène ne sont-ils pas tous un peu exhibitionnistes ? A partir de quand cela
devient-il malsain ?



· 


Pierre Schott En tout cas le verbe officiellement collé à musique est "jouer"! Dans la plupart des langues du monde
d'ailleurs (sauf en arabe entr'autre, il me semble, ou il y a un verbe dédié)

Alors que cela reste un jeu et que nous restions un peu enfant avec juste un peu de mélancolie pour le plaisir du dégradé.


 



· 


Sissi Impératrice On ne sait rien sur les gens qui sont médiatisés que ce que les personnes qui veulent en tirer de
l'argent veulent nous faire croire. Les réputations peuvent être sulfureuses et ne cacher que de la détresse, elle peuvent être glorieuses et ne couvrir que de la médiocrité intellectuelle.
Bonne nuit messieurs. Je renouvelle mes excuses pour mon petit coup de sang mais mon chemin avait croisé celui de Daniel il y a bien longtemps maintenant et quand j'aime une fois j'aime pour
toujours...



· 


Silvenn Du Plessis Personnellement je pense qu'il est allé au bout de son processus d'auto-destruction, et qu'il
aura meme mis du temps...quand certains font tout ce qu'ils peuvent pour s'accrocher à la vie sans succes...sa voix, son univers musical et sa façon de provoquer sans génie m'ont toujours laissée
de marbre. RIP...


vendredi, à 09:20
· J’aime



· 


Pierre Schott Côté public & médias, le phénomène est intéressant à observer, symptomatique d'un certain
fonctionnement.





Luka's Corner Hier soir, à un moment j'ai eu envie de virer carrément ce post, tellement le débat virait au
dialogue de sourds entre les fans légitimement touchés par sa disparition et les autres qui essaient de faire une "analyse" un peu "froide" et détachée du phénomène...
Si l'on ajoute que la part de "posture" (réelle ou supposée) du personnage me parait très difficile à détecter si on n'est pas du métier ou qu'on ne l'a pas cotoyé... Bref ce débat a fini par me
sembler assez incongru... Je pense comme Pat qu'on est en présence d'un artiste tout à fait mineur, mais bien entendu chacun est libre de penser le contraire... C'est vrai que 35 commentaires sur
la disparition de Daniel Darc, le lendemain de la mort de Stéphane Hessel qui n'a guère suscité de tels débats sur nos murs... c'est un peu incongru je trouve...
Mais on a tous dans nos "panthéons" personnels des artistes qui apparaissent comme mineurs pour d'autres...


Lulu Hullar Moi j'aime bien ce qu'il faisait et je trouve très prétentieux les commentaires qui le qualifient
d'artiste mineur. Déjà, comme disait Gainsbar, la musique est un art mineur ! En tous cas, sa musique me touche et donc le but est atteint, non ? Perso, j'en ai rien à foutre des virtuoses et de
leurs accords 12è, pied gauche levé, si aucune émotion n'est véhiculée. Und tschüss !



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Pierre Schott Précision quand même, concernant Gainsbourg: il ne disait pas que la musique est un art mineur, mais
que la chanson est un art mineur, par rapport à la musique classique. Parce que -rajoutait-il- son appréciation ne réclame aucune initiation préalable.


Luka's Corner @Lulu : il n' y a rien de prétentieux me semble-t-il à juger qu'un artiste est "mineur"... On a
tous nos hiérarchies...il y a d'ailleurs des chanteurs que j'aime bien (pour des raisons diverses et variées) mais que je ne rangerais pas dans les artistes "majeurs"...
Après tout dépend de la définition que chacun veut bien donner à ces termes... en tout cas, pour moi la notion de "majeur" n'est sûrement pas liée à des notions de virtuosité technique qui pour
le coup me semblent des considérations assez secondaires quand on parle de chanson ou de rock...
Si on parle d'impact sur le public et d'influence artistique sur les gens du métier, Daniel Darc ne me semble pas un artiste majeur mais mes critères ne sont pas forcément ceux d'autrui...



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Luka's Corner J'ai de nouveau l'impression qu'on est en train de discuter du sexe des anges...


Pierre Schott Nos émotions dirigent. Notre raison est au service et rafistole une cohérence intellectuelle.


Pat Quietmind Darc ne mérite pas toute cette attention. Lulu tu es bien prétentieux en me traitant de
prétentieux...


 


Pat Quietmind Rectification Lulu Hullar.Je ne te trouve pss prétentieux. Je te trouve trés con.


Surjeanlouismurat Pierrot je comprends Pierre S. dans ses propos... J'ai un peu pensé à ça quand je suis
allé voir Brigitte Fontaine... Les abonnés du théâtre qui n'étaient pas là pour elle avaient effectivement un côté voyeur, mais perso, on oublie la fragilité, les imperfections... et ces artistes
ne sont pas dans la posture, même s'ils sont bien sûr des personnages... Je pense aussi à Reggiani qui remonte sur scène... et renait complètement...



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Pierre Schott Permettez moi une analyse un tantinet acerbe: le public qui attend de l'artiste une diarrhée permanente
et théâtralisée d'émotions est justement celui qui ne connait rien à la musique et qui a besoin de se trouver une autre raison.


il y a 5 heures ·
J’aime



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Surjeanlouismurat Pierrot C'est peut-être vrai... J'aime avoir un personnage en face de moi, quelqu'un
qui s'incarne... et je crois aussi que les musiciens doivent être un "artiste", "des gens qui sont pas comme nous", des albatros en somme... et cela n'exclut aucunement la pudeur... loin des
diarrhées dont tu parles. Je pense tiens à Mano Solo que j'ai vu au moment de son premier album... et qui exprimait des choses essentielles.



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Sissi Impératrice Daniel avait peur de la scène. Il savait qu'il en faisait trop ou plutôt qu'il ne pourrait pas en
faire moins que dans sa vie privée. C'est bien de maîtriser bien sûr mais certains artistes ne le peuvent pas. Ce sont des êtres de chair. Il était rongé et les palliatifs à sa douleur étaient souvent pire que son mal. Qui peut juger ?
Ce que j'essaie de dire depuis le début de cette
longue conversation c'est qu'on peut juger son travail comme on veut, tous les goûts sont dans la nature, il n'en demeure pas moins que l'homme était à la fois sincère, comédien, délicieux et
terrifiant, qu'il est mort tout seul et que c'est bien triste.  ...



pierrot 02/03/2013 11:07


On pourrait écrire un livre sur les deux... et j'en suis bien incapable, et je me suis contenté de quelques bribes de points communs... et je suis surpris d'avoir autant d'échos positifs sur
FB.  


Au niveau des théories fumeuses, on aurait pu parler de Murat/Bergheaud et Darc/Rozoum... Je pense que Murat a un côté Darc -Gainsbarre (mourir avant d'être vieux, éloge de l'alcool et de la
drogue -sortie de Grand Lièvre) mais que le côté Bergheaud le ramène à la vie... alors que DARC/K a totalement phagocité Rozoum...qui n'avait pas peut-être pas grand chose pour le retenir faut
dire:  shoah... même si sa mère a toujours été à ses côtés. Il raconte qu'il ne voulait pas qu'elle vienne le voir en concert et disait au videur : s'il y 'a une vieille qui se pointe,
interdisez l'entrée!... Murat aussi n'aime pas trop cela 

Armelle R.G. 02/03/2013 10:49


De la génération des débuts de Taxi Girl, j'ai conservé le 33t contenant "Chercher le garçonl", "Dans un jardin chinois"... mais je n'ai pas suivi le parcours du groupe ni de Daniel Darc par la
suite, le retrouvant avec ces derniers titres depuis l'an passé grâce à Nathalie F. qui publie régulièrement sur lui.
Il a choisit d'en finir; qu'il trouve enfin la paix après "l'enfer" que fut sa vie comme il chante dans "J'irai au Paradis".


En écoutant pour la première fois à l'instant "Les jours sont bien trop longs", j'ai cru y entendre quelque chose de "Par mégarde". C'est assez troublant de penser que l'un aurait pu s'inspirer
de l'autre... d'autant que des années plus tard, Denis Clavaizolle quittera l'un pour l'autre, que les deux sont sensibles à la littérature, au mouvement initié par Jack Kérouac (sic ma petite
découverte de ce que suggère vraiment le titre "Sur mes lèvres") et ont eu un rapport difficile avec leur propre personnalité, leur grande timidité... oui, il y a une certaine ressemblance hormis
la notion de travail et le choix de vie bien différents.

rhiannon 02/03/2013 09:37


Je connaissais peu Daniel Darc...j'ai acheté son dernier album...parce j'en avais envie...je me retrouvais un peu la dedans..cette sensibilité excacerbée...à vif...cette poésie noire...depuis sa
mort ...je lis çà et là tout ce qui le concerne et j'ai un regret de ne m'etre pas plus penchée sur son oeuvre...c'était un mec bien et j'éprouverais toujours le remord de ne pas l'avoir vu au
moins une fois en tournée...je suis d'acc' avec ses propos...c'était un "vrai" gentil...