Interview MURAT dans "LE TEMPS" (SUISSE)

Publié le 12 Mars 2012

 

 

 

 

Une tournée redébute... et pourtant, ce n'est pas la joie... Interview déprimée... faute, c'est confirmé, à la difficulté de booking...

 

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http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1e75c00c-6c7d-11e1-893c-8acb804e819f|0

 

 

 

Musique mardi13 mars 2012

Jean-Louis Murat, patrimoine en péril

Jean-Louis Murat: «Je crois que je ne comprends plus l’époque, les gens. Tout me semble illisible.»

 
Jean-Louis Murat: «Je crois que je ne comprends plus l’époque, les gens. Tout me semble illisible.»


"La petite entreprise du chanteur, en escale jeudi au Festival Voix de Fête à Genève, est en crise. Ventes de disques et concerts se raréfient pour ce roc de la chanson-rock depuis 30 ans. Entretien désabusé

La petite entreprise Murat est en crise. Un patrimoine en péril. A peine 20 000 albums vendus à chacun de ses enregistrements, qu’il publie à son rythme biennal effréné, bien forcé d’exister coûte que coûte sur un marché pourtant saturé. Il date son dernier «record» à Taormina (2006), 50 000 exemplaires. Certes, la crise de l’industrie phonographique est passée par là, divisant les ventes de chaque publication par deux au moins, tout comme les changements de labels déstabilisants. Certes, il y a abondances de biens et une concurrence féroce au sein de la scène francophile chantée. Reste que ses passages radio sont quasi limités aux chaînes publiques, France Inter en tête, et ne suffisent point à remonter le moral depuis longtemps en berne de Murat.

Difficile en tout cas d’expliquer que le barde aguerri, dans le sillage de son impérial dernier album paru en septembre, Grand Lièvre, n’ait engrangé que 12 dates de concerts! Alors que n’importe quel disciple appliqué du couplet-refrain dénué d’idées sonores se produit davantage. Dans ce noir tableau, la Suisse ferait presque figure d’exil musical, plutôt que fiscal pour une fois, en lui réservant deux escales, dont celle agendée au Festival Voix de Fête de Genève le 15 mars.

Malgré ses précis de poésie hautement stylisés et musicalement subtilement accidentés, Murat ne fait plus recette. La faute, dit-on dans le biotope des professionnels de la chanson, à une réputation écornée d’homme «bourru, taiseux et désagréable». Il n’en faut ainsi pas davantage pour voir les portes des scènes se verrouiller. D’autant plus que le genre chanson n’a jamais été lucratif en soi, malgré quelques pics ponctuels, et trop souvent taxé de ringard même quand certains de ses tenants rivalisent musicalement avec la pop-rock anglo-américaine. Tel un Murat élevé à John Lee Hooker, Neil Young, Bob Dylan, Leonard Cohen ou Swell plutôt qu’à Brel, Brassens et Ferré.

 

Dans le cas d’un Murat aujour­d’hui réduit à asséner un «Je voudrais me perdre de vue» au cœur de Grand Lièvre pour se faire entendre, le destin semble avoir été excessivement cruel. Les lauriers récol­tés auprès du fameux magazine musical anglais Mojo ou d’un pan de la presse francophone pour Grand Lièvre suffisent juste à mettre du baume au cœur au «zombie» qu’il se sent être à 60 ans. «Je crois que je ne comprends plus l’époque, les gens. Tout me semble illisible. La démocratie a privilégié la médiocrité, en politique comme en musique. Cela devient même difficile d’écrire des chansons, de peindre, de créer tout simplement dans un tel contexte de morosité mondialisée.»

La vision de Murat a peu changé. Il y a sept ans, ce Républicain qui n’a jamais voté mais a fait chanter Carla Bruni, confiait alors son désenchantement tout en craignant déjà de disparaître du paysage musical. Fin de contrat avec son label Virgin, aides aux tournées supprimées, indésirable aux Victoires de la musique, censuré par certains médias, il se disait même condamné à garder dans ses tiroirs ses chansons plus outrancières, grivoises et sexuelles pour éviter de devenir un «paria». Il est vrai qu’il publiait alors trois albums revêches, dont un poème de 1000 vers et un hommage à Pierre Jean de Béranger (1780-1857), chansonnier et poète libertaire phare du XIXe dont les rimes corrosives lui valaient des admirateurs de renom tels Victor Hugo, Lamartine, Flaubert, Stendhal ou Chateaubriand.

A sa manière divinement désinvolte et romantique, Murat est aussi un franc-tireur touché en plein cœur. Et quelques altercations cathodiques parisiennes notoires, de Laurent Ruquier à Eric Zemmour via un chroniqueur du Grand Journal de Canal +, auront favorisé le point de non-retour actuel de l’Auvergnat sans façons. Du coup, l’érudit et autodidacte préfère consacrer sa vie à sa famille, à la poésie, à retaper sa ferme, au bêchage ou aux balades en forêt. Le reste tient de la méthodologie de travail aux vertus aussi nourrissantes que dépolluantes et meublantes: lecture de poésie, d’auteurs classiques et contemporains trash («Chuck Palahniuk et Bret Easton Ellis ces jours pour me distraire»). Bref, le patrimoine Murat se réfugie dans les belles choses et l’essentiel. La chanson semble appartenir au souvenir, à l’image du monde mural en voie d’extinction qu’il aime à versifier. Triste."

Murat en concert à Voix de Fête, Genève, je 15 mars à 20h.

Rédigé par Pierrot

Publié dans #actu-promo-sept 2011-août 2012

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Didier Le Bras 16/03/2012 10:05


Tu as raison Armelle ...

Armelle R.G. 13/03/2012 00:14


qu'en penser? Est-ce un bien ou un mal? la scène est sa passion mais le cocon familial est primordial et si la retraite a sonné médiatiquement, cela n'empêchera pas Jean-Louis de continuer à
écrire, à composer et à chanter seulement pour ceux qui ont su le comprendre et l'aimer depuis au moins 30 ans et qui continuent de le soutenir, d'acheter ses disques... mais NON, il va se battre
encore, j'en suis sûr!


Allez Jean-Louis, la guitare est votre plus belle arme contre la morosité (et la bêche et le crayon sont les meilleurs outils pour oublier la crise).