Interview par IDEM MAG(

Publié le 18 Janvier 2012

 

Voilà une interview à lire en suivant le lien ci-dessous, dans  IDEM MAG;   Le magazine d'actualités culturelles en Languedoc-Roussillon

 

http://www.idem-mag.com/jean-louis-murat/

Une interview un rien bateau au niveau des questions... mais la journaliste devait être charmante... et Jean-Louis détendu et heureux après un bon concert (rockstore,20 octobre)..... des réponses donc  joviales et assez intéressantes de Jean-Louis Murat...

 

 

"DES RACINES ET DES AIRS:
Suite au fabuleux concert volcanique donné au ROCKSTORE  le 20 octobre dernier, à l’occasion de la sortie du somptueux  LE GRAND LIÈVRE,  IDEM a rencontré l’artiste et a découvert un musicien, humble entier, généreux.  Certes en colère contre la bêtise humaine, mais écoutant les battements de cœur du monde.  A contrario de l’image véhiculée par les médias, c’est un vrai sensible enraciné, mystique, sensitif, passeur de maux à travers chants…
« J’aime beaucoup le sacré. Devant les forces du destin, je reste humble et je met un genou à terre »

 

 

IDEM : «Le grand lièvre » est le nom de l’esprit farceur des Amérindiens. Mystique ?

Jean-Louis Murat : C’est une belle coïncidence. J’aime beaucoup le sacré. Depuis que je suis tout petit je pense être ainsi. J’adhère à l’idée que l’on accepte qu’il y a des choses plus fortes que soi, des forces du destin qui sont plus fortes que nous-mêmes et dans ce sens je reste humble. Je garde un genou à terre devant cela. C’est une certaine façon, une envie païenne dans mon comportement on me l’a toujours dit. Avec l’âge, je m’en rends compte, en voyant ma bibliothèque, j’ai toujours la même philosophie de vie. Je continue à admirer la mentalité des paysans, j’aime la constance des écrivains, celle du travail. C’est une façon d’être qui moi, me tient un peu à part, mais aussi à part entière.

IDEM : Est-ce que cette philosophie là qui vous vous amène à vous renouveler sans cesse, à perdurer ?

J.L.M : Peut-être bien. Il y a une sorte d’éternel retour. Je ne suis pas matérialiste. Pour moi le matérialisme est synonyme de l’horreur, la catastrophe sur terre. On nous « bassine » avec la crise, je pense  que pour beaucoup c’est  la façon de se comporter (certains comme des cochons), le style de vie. Le matérialisme est l’essence même du « cochon ». Les mecs sont comme dans une «  porcherie ». Alors on se réveille et on se sent un peu à part.

Il émane de cet album une sensation de deuil pas triste dans le sens littéral mais apaisé, un recueillement, menant à une renaissance ? On sent une certaine force …

J.L M : Oui vous êtes dans le vrai, c’est dans ces conditions là que je l’ai écrit. Aussi je suis content que les gens le ressentent de cette manière là, si ça pouvait être vrai ce serait formidable ! L’écriture de ces chansons correspond à une période très sombre, je me sentais au fond du trou, du coup j’en ai fait 44 stations dirai-je pour cet album en juillet-août de l’année dernière et je me suis dit : «  je vais sortir du trou, enfin ! » je voulais tester un peu l’efficacité presque thérapeutique de l’activité artistique sur chaque chanson. Il y a un petit témoignage de ce parcours là, une sorte d’arrachement à soi-même, de vouloir une auto-guérison uniquement par le chant et l’écriture. Souvent on me demande pourquoi j’écris autant de chansons eh bien comme vous le dites, je suis dans la catharsis, j’expulse, j’exhorte beaucoup de mal être. Ca marche comme ça, c’est ainsi. La chanson Alexandrie  est un hommage au dernier voyage d’une amie qui est décédée, cela m’a donné beaucoup de force de la créer. J’ai de la force quand je pense à elle. Cette chanson je l’ai écrite d’une traite tant j’étais dans l’émotion.
Et … ça peut coûter moins cher qu’un film…Et puis autant écrire des chansons..Tant de choses à dire …mais ne pas parler ou chanter pour rien dire ni me répéter, avancer …

J.L Murat. Crédits photos Carole Epinette©

 

IDEM : Pourquoi abordez-vous le thème de la guerre dans Rémi est mort ainsi  et « Sans pitié pour un cheval  avec ironie, un beau riff accompagné de chœurs, et d’effets sonores?

J.L.M : En effet,  j’ai éprouvé l’envie d’en parler notamment  la guerre de 14-18, en hommage à mon grand oncle mais aussi parce que le thème du futur, à mon avis, c’est la guerre, ce  qui me fait frémir pour nos enfants. Suite à cette intuition, j’ai eu et ai toujours besoin de m’intéresser aux guerres d’avant. Comment dire…J’ai peur …D’ailleurs, moi qui aime m’informer en permanence, j’ai lu récemment un sondage sur la jeunesse française qui trouve que les valeurs, l’honneur de l’armée, c’est formidable…On a l’impression d’un sondage datant de 1914…Je craint qu’avec l’oubli ou l’effacement de mémoire que l’on arrive à se dire que la guerre c’est joli et pourquoi pas en faire de nouvelles…ou alors de déplacer le thème de la guerre dans d’autres activités c’est-à-dire que ce soit plus larvé à l’intérieur des sociétés. Instinctif je suis et je fonctionne comme cela depuis toujours. Mais mon instinct me dit que le futur est de guerre, et que plus vite on envisage ce problème et mieux ça vaut.

IDEM : Donc dans vos prochains albums vous en reparlerez ?

J.L.M : oui, Je pense que ça devrait revenir. Maintenant c’est difficile de penser à ça : une impression instinctive comme s’il y avait une aspiration à la guerre, je précise et insiste, pas une fatalité de guerre mais une aspiration. Comme si les gens avaient des vies tellement ennuyeuses qu’ils voulaient une sorte d’électrochocs. D’ailleurs on peut le constater par les jeux vidéos qui rencontrent le plus de succès sont les  sont souvent des « jeux de guerre ». C’est très étonnant et dangereux en même temps.

IDEM : Vous êtes en perpétuelle évolution, comme boulimique d’apprendre, d’agir, de créer,  brouillez les pistes tout en restant vous-même…
J.L M : Oui, on ne se surprend jamais dans l’immobilité (ndlr : les moments d’enregistrement). Le reste ne doit être que mouvement.

IDEM : A ce propos quel est le moment que vous préférez ?
J.L.M : Je préfère la scène de très loin, endroit où l’on éprouve l’alchimie des possibilités du chant et de la musique. Là le moment scénique est vraiment fort, révélateur. Le studio c’est autre chose, plus fonctionnel. Ce n’est jamais très amusant d’enregistrer, car j’ai déjà en tête ce que j’ai à faire. C’est une mise au propre, donc moins excitant que le processus créatif. D’ailleurs, j’adore le moment d’écriture des chansons. Par exemple, hier soir j’en ai écrite une et je ne m’en souviens pas très bien ce matin. Là, bientôt je vais y retourner voir ce que j’ai pu écrire et enregistré. Je suis très intrigué de découvrir quelle étrangeté j’ai pu concevoir…L’acte créatif est un des plus beaux moments.

IDEM : Vous avez été influencé par Neil Young, Grateful Dead, Bob Dylan pour ne citer que ceux là …sont-ils à l’origine de votre univers musical ?

J.LM : Oui j’ai été influencé par ses artistes  là entre autres mais je ne voudrai pas tomber dans le piège d’être référencé. Lorsque les gens perçoivent  des similitudes de styles automatiquement ils pensent que vous avez été influencé par ceux-ci. Or je me demande si l’influence ne viendrait pas d’autres comportements ou d’autres moyens d’expression par exemple la littérature, la peinture, la vie  pas forcément la musique. Par exemple j’aime les comportements des paysans – donc ça m’intéresse plus, tout comme je suis admiratif de la constance des écrivains, la constance dans le travail.

IDEM : Et comme nous avions discuté tout à l’heure lors de l’évocation des gens de la terre, cela a donné énormément de force et de créativité ?

J.L.M : Exactement et je trouve triste la société moderne d’avoir bradé la paysannerie, ce n’est pas uniquement l’activité des paysans mais surtout une mentalité  un comportement, une façon d’être, qui moi, de filiation paysanne auvergnate me tient un peu à part mais à part entière. C’est ma philosophie de vie.

IDEM : D’où votre chanson ironique  vendre les prés si vraie sur l’exil rural … au fait  en aparté, pouvez-vous me dire  ce que vous pensez des « bobos ?

J.L.M : Ah….c’est épouvantable !  Chez nous, en Auvergne, dans notre petit village, c’est une catastrophe ! Ils arrivent, tout va bien. Puis plus rien ne va ! Ils ne veulent plus entendre les cloches de l’église, ni les poules, ni les coqs, se plaignent des vaches et  des moutons qui traversent la route, bref retour à la nature sans la nature…C’est effrayant !

IDEM : Pour changer de sujet, vous dites que dans le business, ce sont tellement des loosers qu’ils sont prêts à écouter n’importe quel charlatan  dans une interview accordée à M M D P du site du magazine  Marianne , vous persistez dans cette affirmation ?

J.L.M : Oui certainement. Je suis à peu près d’accord avec rien donc en ce qui concerne le comportement des gens, la mentalité négative dans ce métier qui ne dit pas son nom épouvantable, raison de plus si l’on sort du monde paysan comme moi, les valeurs sont tellement chamboulées qu’on ne comprend absolument plus rien. Ils ne brassent que du malheur. Ils ne sont pas dans le vrai d’autant qu’ils sont dans une position de résistance et ça met en état d’opposition quasi systématique. Ce n’est pas très bon pou l’image mais on ne me fera pas changer d’avis.

IDEM : Bon poursuivons avec  du plus léger…De l’humour avec « le cycliste espagnol

J.L.M : (rires) Heureusement ! C’est difficile d’écrire sur les cyclistes !  J’adore depuis toujours le cyclisme. Petit je voulais être coureur cycliste ou charpentier. Mais j’ai une affection particulière pour ces sportifs. Ils font mon admiration et sont pour moi des héros. Sinon dans la « mythologie »Je déteste ces histoires de dopage. Si je pouvais faire une chanson sur un cycliste dans chaque album ce serait pas mal ! (rires). De plus j’ai intégré des onomatopées en clin d’œil à ma petite fille qui est à la maternelle, ça me faisait plaisir de mélanger tout ça.

IDEM : Justement, votre petite fille écoute-elle vos chansons ?

J.L.M : Non, je me débrouille pour qu’elle ne les écoute pas pour l’instant. Peut être parce que je suis son papa et puis elle est petite.

IDEM : Elle y viendra plus tard

J.L.M : Euh… (Soupir) Je crains un peu …Souvent les parents envisagent les enfants comme une copie d’eux-mêmes. Je préfère qu’elle choisisse plus tard.

IDEM : Le rouge est une couleur récurrente dans vos chansons : les rouges souliers…
J.L.M : Ah oui ! (rires)  Une grande prédilection pour cette couleur. D’ailleurs quand j’achète de la peinture je prends du rouge. C’est très parlant pour moi.

http://www.musicme.com/#/Jean-Louis-Murat/videos/?res=vidweb&v=5 

 

IDEM : Une autre belle  chanson émouvante Je voudrais me perdre de vue

J.L.M : C’est un sentiment que souvent chacun a pour soi je pense. Cette façon de prendre de la distance d’avec soi est très difficile à exprimer mais salutaire et comment on est toujours ramené au cœur de soi-même. C’est décentré. Là sûrement ça allait très mal je pense, j’avais vraiment envie de me perdre de vue pour mieux comprendre. Cela se termine sur du positif : l’amour. Aimer c’est aimer le meilleur de l’autre. On a envie d’être le meilleur de soi pour le meilleur de l’autre.

IDEM : Pour revenir à la musique, envisagez-vous d’autres collaborations comme ce fût le cas il ya quelques années, avec Elysian Field, Camille, ou encore Isabelle Huppert sur l’oeuvre de Madame Deshoullières ?

J.L.M : Non, ça c’était ma maison de disque  qui me l’avait imposé, moi j’ai proposé tellement de choses en parallèle. D’ailleurs là c’est la crise et celle-ci amène tant de frilosité ça va être la merde. Tout est bétonné. Là normalement je voulais partir en Inde à Bombay pour enregistrer (évidemment d’autres chansons que celles là) mais pour une maison de disque aujourd’hui il est impossible d’envisager ça. On a laissé tomber. Bref on n’a plus l’esprit d’aventure. La crise a supprimé tout esprit d’aventure, d’expérience. Les budgets sont serrés.

IDEM : Que pensez-vous du vinyle ? Nous avons  eu l’agréable surprise de voir que parallèlement au cd vous en proposiez ?

J.L.M : Ca fait quelques années que je le fais. Je suis moi-même un fervent collectionneur de vinyles. C’est un vrai plaisir. C’est une autre façon d’envisager la musique, un autre rapport. L’objet amène une autre concentration. Celle plus musicale, plus brute que les cd écoutés.

IDEM : Vous êtes fidèle à votre groupe de musiciens (Stéphane Reynaud  à batterie, Fred Jimenez à la basse et choeurs, Slim Batteux aux claviers) qui vous accompagnent depuis toutes ces années ? Sur scène on sent une réelle complicité…

J.L.M : Oui même s’ils ont d’autres activités ailleurs, ils comptent beaucoup pour moi et eux aussi ont l’air de se plaire avec moi. On travaille à long terme et ce que j’aime beaucoup c’est ce que nous fonctionnons comme un groupe. Nous sommes en osmose à l’écoute les uns des autres.

IDEM : à l’instar du processus créatif en solo comment se déroule l’acte créatif groupal ?

J.L.M : En général, comme en solo, je ne prévois rien. Je surprends et aime être surpris. Le temps de l’écriture des chansons. Je ne crois pas du tout à l’inspiration mais je crois à certains états d’esprit qui permettent de faire venir les choses, les idées. Vivre l’instant présent, et je crée. Je ne calcule pas. Or tout est calculé aujourd’hui, nous sommes envahis par les chiffres et les nombres …On arrive à un stade où les gens calculent l’autre aussi…On  ne s’en sort plus de la paranoïa.. On raisonne par les autres et pour les autres…C’est épouvantable.

IDEM : Pour le  précédent bon  opus très country  Le cours ordinaire des choses vous étiez allé enregistrer à Nashville Comment avez-vous vécu ce moment ?

J.L.M : Je voulais faire une expérience. C’était une sorte d’intérêt professionnel, un vieux rêve d’aller dans la « Mecque » de la musique que j’aime, travailler là-bas, d’évaluer mes compétences et partager avec des grands. Ca m’a permis de voir ce que je vaux et en quoi je veux faire des progrès. C’est jubilatoire de jouer avec des très bons. C’était un honneur pour moi.

IDEM : A la fin du concert du Rockstore, j’ai constaté  une belle complicité avec  vos nombreux fans. Quel genre de rapport avez-vous avec eux ?

J.L.M : Nous avons un rapport amical sain. Je ne leur passe rien et eux non plus. Ce sont des fans néanmoins très objectifs et ça j’apprécie. J’aime bien être entouré de gens qui gardent entièrement leur esprit dans une sorte de liberté de penser. C’est pour ça aussi que je me permets à chaque album d’explorer des univers différents. Il y a des personnes qui décrochent, d’autres qui reviennent, ou des nouveaux. Les rapports sont de franche camaraderie, respectueuses. Tout cela me permet de ne pas m’enfermer dans une cage préfabriquée conforme à la pensée des gens. J’aime le changement. Tous mes proches le savent. On n’est jamais sûr de rien avec moi (rires)

IDEM : C’est bien au moins votre vie n’est pas monotone ! Encore un signe de créativité !

J.L.M : OUI, j’assume (rires)

 

IDEM : Pour conclure, on pourrait dire que Ce « Grand Lièvre » regorgeant  de sonorités folk, blues, rock, jazz, progressif est doté d’une meilleure confiance en soi, entre noirceur et lumière un sentiment de recul ?

J.L.M : Oui, c’est difficile à expliquer mais j’écoute, j’en prends note. La notion de recul me plait bien. C’est toujours très dur d’avoir du recul d’autant que j’aime être dans l’instant mais je suis content d’y parvenir.

IDEM : Alors à bientôt pour un prochain concert abrasif et vibrant  dans le sud puisque la Tournée 2012 reprend ?

J.L.M : Oui Volontiers, pleins de dates se préparent encore, donc à très bientôt sur scène là où je suis le plus heureux !

Propos recueillis par Fabienne Durand.
Un chaleureux  Merci à Jean-Louis Murat  pour sa gentillesse et  sa disponibilité
Merci à Julie Aouira Attachée de Presse. 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #actu-promo-sept 2011-août 2012

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Armelle R.G. 22/01/2012 22:35


merci encore Pierrot!


j'ai bien sûr répondu à la charmante Fabienne qui a constaté la "belle complicité avec les nombreux fans" au concert de Montpellier...


décidément il était très cool ce soir là et l'interview s'en ressent!

pierre K 22/01/2012 16:06


Belle interview ! 

lew 19/01/2012 15:57


une belle expression : "Je suis à part mais à part entière." j'aime beaucoup.


une chouette idée à creuser pour les jeunes Terminales (en vue de la philo du Bac) qui lisent ton blog : "Ceux qui sont 'en résistance', sont systématiquement en opposition".


(__vous développerez l'argument et direz en quoi le poète-philosophe Arverne n'est pas loin d'être au carrefour des écoles philosophiques phénoménologiques d'occident et celles, plus
auto-réalisatrices, de la tradition orientale du zen non-conflictuel.


oncle Pierrot ramasse les copies dans une semaine.


à vos stylos..)

Pierrot 20/01/2012 13:33



oulà z'y va, la prise de tête...