Interview sympathoche in "The Télégramme"

Publié le 17 Mars 2010

C'est là, dans le Télégramme de Brest avant le concert à la Carène qui sera le véritable départ de la tournée.
http://www.letelegramme.com/ig/loisirs/jean-louis-murat-souvent-en-etat-d-errance-17-03-2010-827890.php

Jean-Louis Murat indique qu'il chante plusieurs chansons nouvelles.

Comme je le dis régulièrement, même si je le copie pour archivage ici, lisez l'article en priorité sur le site du Télégramme pour ne pas priver ce journal de lecteurs et le remercier de consacrer une belle interview à Jean-Louis!  


"Jean-Louis Murat. «Souvent en état d'errance»

17 mars 2010 - Réduire le texte Propos recueillis par Frédéric Jambon

Électron libre de la chanson française, Jean-Louis Murat cultive sa différence depuis plus de trente ans. L'homme à la voix chaude, intime, sort à un rythme soutenu des albums très différents les uns des autres, souvent envoûtants. Enregistré à Nashville, son dernier opus est taillé dans la meilleure veine muratienne. Il s'appelle «Le cours ordinaire des choses» et servira de support à ses concerts de vendredi à Brest et samedi à Saint-Malo. Entretien avec un artiste sans concessions.



Vous aviez effectué votre dernière tournée en solo. Pourquoi revenir à la formule groupe ?
La tournée solo, c'était une bonne expérience à vivre, mais quand même, quel ennui ! Tout seul, ce n'est pas marrant, je préfère en groupe. Cette fois, je joue avec Stéphane Reynaud à la batterie, Fred Jimenez à la basse et Denis Clavaizole aux claviers. J'ai déjà beaucoup tourné et enregistré avec eux. On se connaît parfaitement, on est content de se retrouver.

Quel est votre programme vendredi à Brest et samedi à Saint-Malo ?
En grande partie le dernier album, «Le cours ordinaire des choses», de nouvelles chansons et une sorte de best-of.

Ce dernier album, pourquoi êtes-vous allé l'enregistrer aux États-Unis, à Nashville ?
Par curiosité. Et avec la volonté de me frotter à de grands professionnels. Si j'étais footballeur, ce serait comme aller jouer à Manchester United.

Qu'est-ce que les musiciens locaux vous ont apporté ?
Leurs qualités de musiciens, d'ingénieurs du son, de matériel. Ils sont vraiment au top. J'ai bossé plusieurs fois aux États-Unis, à Londres. Nashville, ça n'a franchement rien à voir avec le reste. Depuis le 11-Septembre, beaucoup d'excellents musiciens new-yorkais sont venus s'y installer. Et à Los Angeles, c'est tellement cher, la scène est tellement rap et r'n b, que les vrais musiciens sont, eux aussi, tous venus à Nashville. Pendant quelques années encore, à mon avis, ça va rester un pôle d'excellence. Pourtant, c'est une ville grande comme Clermont-Ferrand ! Seulement, là où il y a deux studios dans la ville auvergnate, il y en a cent dans celle du Tennessee !

Vous avez enregistré au studio Ocean Way de Nashville avec Rob Clark, qui a longtemps collaboré avec Neil Young, l'artiste qui vous a donné envie de faire de la guitare et chanter. Avez-vous eu l'impression de remonter aux sources ?
Oui, ça a été une expérience forte. Et avec Rob, on est devenu très potes. Il doit venir en France à la maison, je l'attends.

En quoi Neil Young demeure-t-il une référence pour vous ?
Comme Bob Dylan, comme John Lee Hooker, mes autres grands modèles, il fait partie de ces gens qui tricotent leur vie en musique. Il y a maille entre les deux. Ce sont des références aussi dans la créativité et dans leur façon de creuser leur sillon contre vents et marées. Leurs chansons sont indissociables de leur vie. Ça m'a toujours plu, parce que c'est aussi comme ça que j'envisage les choses. Ils me servent d'exemples de constance et de ténacité.

Vous dites vouloir progresser à chaque album. En quoi est-ce le cas avec «Le cours ordinaire des choses» ?
Je crois que j'ai fait des progrès dans le chant. J'ai chanté différemment, à l'américaine.

Vous cherchez toujours la greffe réussie entre chanson française et musique anglo-saxonne ?
Oui, c'est le but de la manoeuvre de chaque album: concilier bibliothèque et discothèque. Comme beaucoup de gens de ma génération, j'ai été sous perfusion des deux cultures, française et anglo-saxonne. On a eu les oreilles formées par les Stones, Dylan et Young. Beaucoup plus que par Michel Sardou et Michèle Torr (rires) !

Vos textes touchent par leur dimension sombre et poétique. Pourtant, vous affirmez que la musique prime largement sur les mots...
Je ne changerai jamais la musique pour un mot, alors que l'inverse est vrai. Je prends les mots pour leur musicalité plutôt que pour leur sens. J'estime que la chanson n'est pas faite pour dire ce que je pense. Comme disait Brassens : «Si j'ai un message à faire passer, je vais à la Poste». C'est la musicalité des choses qui m'importe, la dimension poétique.

Adorez-vous toujours écrire des chansons ?
Quand je suis très en forme, mon rythme préféré est de faire une chanson par jour. Cela représente pour moi une forme de perfection. Si j'y parviens, je me sens comme un poisson dans l'eau, la vie m'apparaît alors comme quelque chose de doux !

Que deviennent les chansons qui ne figurent pas sur vos albums ?
Je les stocke sur des bouts de cassettes. Des fois j'en efface. Je n'en fais pas non plus une affaire. Ce que j'aime, c'est écrire. Depuis que le dernier album est sorti, en septembre, j'ai déjà enregistré deux fois une heure et demie de musique de film avec chansons à l'intérieur, plus la valeur d'un album. Seulement je ne tape pas dans les réserves. À chaque nouveau projet, j'en compose de nouvelles.

Dans votre dernier disque, vous avez un titre : «Chanter c'est ma façon d'errer». Vous le pensez vraiment ?
Oui, je suis souvent en état d'errance. Rien ne m'accroche vraiment, je me sens électron libre. J'ai toujours envie d'être ailleurs dès que j'arrive à un endroit, l'errance me va tout à fait.

Sauf dans votre village d'Orcival en Auver


gne, auquel vous restez fidèle. Qu'y faites-vous de vos journées ?
En gros, j'élève mes enfants de deux et cinq ans. Je leur donne douze heures par jour et quand ils dorment, je travaille : j'écris, je dessine, je fais des chansons.

Vous préférez toujours la vie auvergnate au show-biz parisien ?
Je ne cherche pas à m'intégrer à cet univers où tout le monde déteste tout le monde en faisant semblant de s'aimer. On est dans le comble de l'hypocrisie !

Revenons à la tournée. Comment l'abordez-vous ? Parce que vous ne semblez pas toujours épanoui sur scène...
Alors là, il y a une sorte d'incompréhension fondamentale qui m'attriste profondément. Parce que ce que je préfère, c'est être sur scène, chanter et jouer. J'ai conscience aussi que, dès que j'arrive sur scène, je bascule dans une sorte de quatrième dimension, un état de petite transe. Souvent, on me reproche d'être mal à l'aise, ou de ne pas communiquer, alors que pour moi, ma responsabilité vis-à-vis du public, c'est d'être dedans à fond pour donner le meilleur de moi-même. Arranguer les gens, dire aux spectateurs «Vous êtes formidables !», je ne peux pas, par respect du public. Parce que quand je vais au concert et qu'on me fait ce coup-là, je déteste ! En concert, je débranche complètement le disque dur. C'est parfois pris pour du mépris alors que c'est tout le contraire. Mais, depuis l'école maternelle, j'ai l'habitude d'être confronté à ça : être accusé d'indifférence alors que je suis hyper concerné. Je pourrais faire un livre entier sur le sujet.

Vous avez aussi un problème d'incompréhension avec les journalistes, lorsque vous refusez d'être photographié en concert alors que vous acceptez la promo...

Je déteste être pris en photo ! Ça remonte à la prime enfance. Quand, pendant les concerts, les gens sont là avec leur portable à prendre dix mille photos, ça me dégoûte. J'ai le sens de la propriété privée de mon corps et de mes expressions. Je me sens violé à chaque image. Ça a toujours été comme ça, enfant, adolescent. Ma mère n'a pas de photos de moi à la maison. Même pour les photos de classe, je regardais par terre ou tournais la tête. J'ai un problème avec la photo, ça c'est sûr...
 

  • Propos recueillis par Frédéric Jambon " 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #actu-promo- 2010-aout 2011

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