MURAT dans libé du 25 mars.

Publié le 24 Mars 2013


Pas le temps de souffler... Murat dans Libé, c'est demain et c'est déjà maintenant dimanche... Il est même en une! 

 

Article de LEFORT sur l'album... très positif.

http://next.liberation.fr/musique/2013/03/24/murat-blanche-neige-et-le-chat-noir_890930

 

Et une conversation à distance avec l'ami ami ami Bayon, intitulée  "un disque supportable pour les enfants" (déjà évoqué pour GRAND LIEVRE)

http://www.liberation.fr/culture/2013/03/24/un-disque-supportable-pour-des-enfants_890921   mais c'est réservé aux abonnés! Il faudra donc vous acheter la revue demain! 

 

 

La chronique:

Critique

 

Murat, Blanche-Neige et le chat noir

24 mars 2013 à 19:07

Par Gérard Lefort

 

 

 

Le nouvel album de Jean-Louis Murat est un bon compagnon pour qui déménage, sous son crâne et sous son toit. D’autant que, coïncidence merveilleuse qui fait écho : «Il neige depuis des jours.»

Transhumer sur place et voyager autour de sa chambre. Ranger, déranger, réveiller les fantômes. Tous les courriers d’amour que l’on tremble de relire ou que l’on craint d’avoir écrit, tous ces livres qu’on ne lira jamais ou qu’on rougit d’avoir lus.

Toutes ces photographies qui nous montrent jeunes, bientôt vieux et las, un jour morts. Bibelots vaudous et talismans, nimbés par les moutons de poussière, congelés par la crasse. Alors, débarras, bon débarras, à la casse sans se retourner. Ou bien, plus joli cœur, en dépôt clando sur le banc public des amoureux de l’avenue, où le passant anonyme et sans soucis fera son tri et son choix, sa pelote, distinguera autrement, donnera une nouvelle vie, à ce fatras…

Tobbogan fait cet effet : une extrême familiarité, Murat en éternel retour, fatigué et fatiguant, las et lassant (nu dans la neige les nerfs à vif, ce genre), suggérant lui même, «over and over», qu’il est temps d’en finir, de s’en débarrasser. Or, halte là, pas si simple, pas si vite, pas de ça Lisette (ou Jeannette, Suzette, Catherinette, comme il vous plaira, filles dans un pré pour fils de roi).

Lavande. En boucle, matin et soir, pendant quinze jours, comme pour suivre la prescription d’une ordonnance de valétudinaire. Piano et sano, une médecine douce et naturelle pour une santé retrouvée. Par imprégnation, Toboggan nous soulage par son mal et fait du bien, guérisseur. Primo, primordiale et donc à forte dose, sa voix de traîne-savates, plutôt de chaussons fatigués, qui se traîne en effet comme chez les Vieux de Brel, «du lit à la fenêtre, puis du lit au fauteuil et puis du lit au lit». Mais aussi comme «chez eux», une voix qui sent le thym, le propre, la lavande et le verbe d’antan, une voix qui entend des voix. Voix de traîne comme ciel de traîne, temps changeant et instable qui fait suite au passage d’une perturbation.

Voix intérieure d’abord, la sienne. Murat chante en duo avec Jean-Louis, comme on se parle à soi-même. Effet canon garanti. Mais pas que. La bande à part de la bande-son est un inframonde où percent la griffe et la dent. Tel Jeanne de France, Murat du Qaire, prince mendiant, chevalier errant, troubadour en guenilles, se tient sur les froids plateaux d’Auvergne au pied des volcans brûlants faussement éteints, au col venté de la Croix-Morand, tandis qu’autour de lui, chef de ballet d’une ronde de nuit dont il organise le sabbat, bruissent et crissent l’aboiement du chien, le bêlement des moutons, le miaulement du petit chat, bruits de bêtes provisoirement domestiques, à portée de hurlements, entre chien et loup… du Gévaudan. Ce qui fait frissonner.

Et la musique, et les paroles. Là aussi Murat a une langueur d’avance. Toboggan peut être entendu comme une seule chanson dont la durée infinie subjugue le temps compté qu’on y passe (perd ?), bande de Moebius infiniment réversible, à l’image de l’Ange baudelairien.

Roulette russe. «Le chat noir pris dans le vent/ Passe son âme passe son âme/ Le chat noir pris dans le vent/Passe sa vie en cabriolant.» Pirouette cacahuète, Murat, tout autant aux marches du palais qu’à la claire fontaine, retrouve la geste des comptines légendaires. Qui pourrait être entonnées dans une abbaye médiévale quand leur religiosité infuse affleure (Dieu, Agnus Dei), mais à vrai dire et heureusement, mysticisme à deux balles dans le barillet d’une roulette russe : «Dégage, laisse-moi mourir», dit-il peu après. On y croit à moitié, on craint la pose. N’était Robinson. Moins lourd de référence à Crusoe (ou alors façon Coetzee) que léger comme la plume au vent. «Ami qui vas perdre le Nord/N’oublie jamais ton azimut/Nord-Ouest dit la boussole/Ne va pas nous faire la culbute.»

De quoi s’agit-il ? C’est grave. De qui parle t-on ? De lui, on en a peur, de nous, puisqu’il tutoie, on en tremble. Qu’au finale, une voix censément d’enfant évoque plutôt le grognement d’un succube n’est pas fait pour rassurer. T’en va pas comme ça. «Apprends à trouver le chemin…»

Toute cette neige, toute cette peine, tant de mélancolie. Toboggan est un conte rond. Celui de la treizième fée qui, folle de colère de n’avoir pas été invitée au banquet des douze plus belles, plonge la ville et le royaume dans un sommeil de mille ans. Encerclant de surcroît le territoire endormi d’un entrelacs d’épineux congelés. Mais on sait d’expérience que ce n’est pas si difficile, bien équipé, de pénétrer la forêt de broussaille, d’écarter les branches givrées, de secouer la glace, pour aller déposer un baiser sur les lèvres bleuies de la sleeping beauty, et de la réveiller : «Belle, reviens sur la gaze légère/Jus de cerise aux lèvres/ Ma reine hostile/Veni, veni.» Toboggan conjure le mauvais sort.

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #Actu-promo sept 2012 à...

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lew 25/03/2013 10:38


sans pitié pour le cheval de fer de la promotion lancée à pleine vapeur sur les rails de l'album de Murat, Gérard Lefort s'est fait ongulé avant de monter sur les
grands chevaux de la critique musicale rock hyperbolique

c'est sa singularité à Gérard, il aime faire le cheval de rocking-chair, rire de tout son mors, aller à l'amble dans le gué léger, pateauger à l'aise dans l'aigue longue et franchir d'un bond
l'onde courte onglée sous le blond de la lune.

il n'aime pas se faire engueuler par ses interviewés.

car se faire engueuler, quand t'es un véritable ongulé, crois-moi, alors que tu essayes de tenir ta cavalière dans son assiète, qu'elle tu as déjà le fessier en gelée, alors que dans le casque tu
as "Toboggan" qui tourne en boucle sur le manège de tes idées blanches et noires, c'est pas de la tarte de copié-collé.


quand en plus tu sais que ta chronique est suceptible de se faire acculée par celle de l'inévitable Bayon, t'as envie de chanter Wild Horses à tue-tête en tibétain,
de te mettre aux anges hurlant, sous les quarantième rougissant des songes hurlés (dans ton sommeil mérité, allongé dans ton box d'ongulé.)



c'est-là que Jean-Louis Murat te secoue et te réveille, ton heure est passée, tu dois céder la place à la jument verte Pascale Klark, elle aussi, elle sent le vent frais de l'été qui vient,
l'appel de la forêt, toi, tu sens l'écurie, c'est le moment d'aller pioncer, il est n'est plus temps de reculer, demain c'est le nouvel album de Rachid Taha que tu emmèneras galoper en bon ongulé
que tu es.

Pierrot 25/03/2013 20:22



signé cheval sauvage!



Muse 25/03/2013 10:29


Joli papier de Libé.

KingA 25/03/2013 09:42


Merci Matthieu pour cette info réjouissante et pour dénoncer ainsi ton petit camarade !

Matthieu 25/03/2013 09:14


     Murat a été évoqué en des termes à la fois élogieux et emplis de compassion par Sylvain Bourmeau, supérieur de Gérard Lefort à Libé, et par Patricia Martin, ce
dimanche matin, sur France Inter, vers 8h50. Je le signale aux lecteurs, parce qu'on ne peut pas compter sur Pierrot pour avoir des infos. Je ne sais pas ce qu'il fait ce garçon, une vraie
feignasse... (Et je le réécris, car je crois que mon premier commentaire n'a pas été enregistré.)

Pierrot 25/03/2013 21:59



... me suis couché tard... et j'ai mis le réveil pour aller à la fête du bois me glacer le popotin dans le vent... en regardant des bucherons  s'exciter sur des pauv'buches...



Matthieu 25/03/2013 09:10


     Murat a été évoqué en des termes élogieux et emplis de compassion par Sylvain Bourmeau, supérieur de Gérard Lefort à Libé, et par Patricia Martin sur France
inter, dans la matinale de dimanche, vers 8h50.Je le signale aux lecteurs, parce qu'on ne peut vraiment pas compter sur Pierrot pour avoir des infos. Je ne sais pas ce qu'il fout ce garçon, une
vraie feignasse...