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Publié le 30 Juin 2017

        Autrans (38), au pays du font -celui de la foulée blanche-  a trouvé une autre activité pour faire se défouler les jeunes, et les moins jeunes aux premières heures de l'été: le festival "Vercors music festival",  avant que "le grand Som" (ex-festival Jacques Brel)  ne fasse résonner le massif en face (Chartreuse).  Festivals en montagne, avec une vocation d'accueillir plusieurs milliers de personnes par soir, on joue la sécurité:  avec le chapiteau, pour se protéger des rigueurs nocturnes... mais Autrans se distingue par des spectacles gratuits en après midi sur les pelouses, même si cette offre se réduit il me semble cette année: en effet, les titulaires de billets resteront seuls à partir de 19 heures mais auront accès à deux scène distinctes (le foyer et le club).   L'année dernière, je vous avais fais part de mes impressions des concerts de    Thiefaine , Alex Beaupain  ou Dionysos. Cette année, le programme est tout aussi bien fourni: CAMILLE, François and the atlas mountain, Radio Elvis pour parler de la pop qui nous plait, et du divers : Morcheeba, Tryo, Ringer, la Femme ou Matmatah

La programmation complète du 7 au 11/07 juillet

         L'année dernière, je faisais donc connaissance de Séverin qui jouait sur la scène gratuite au milieu de l'après-midi, malgré une presse spécialisée et grand public qui avait beaucoup parlé de lui et de son disque "ça ira tu verras" :

« Le disque le plus rayonnant de ce début d’année » Le Figaro 
« Séverin déroule une pop voyageuse aux accents sincères » Libération
"ÇA IRA TU VERRAS n'est pas qu'un très bel album, d'une évidence qui impose à chaque seconde une beauté indiscutable, c'est aussi, et surtout, un disque important, des très rares qui, mieux qu'aérer la chanson française, la renouvellent, tout en douceur, mais de façon nette et irrésistible. Séverin est probablement, désormais, le meilleur mélodiste du pays"  Vignol.
 
          Il a sorti depuis un nouvel EP 5 titres "Albumzinho" comme une  "suite de l'album" dit-il (avec le duo avec Katerine).

        J'étais donc  curieux de le rencontrer notamment pour parler de musique brésilienne dont Murat s'est souvent inspiré au début. Je fais l'interview sur la terrasse dans l'espace VIP alors que Séverin vient de terminer sa prestation, il y a environs une heure.

Bonjour Séverin,

- Alors, vous sortez de scène, comment ça s'est passé?

 

Et bien, ça s’est bien passé je crois, c’était notre premier concert à deux, avec G à la batterie, c’était une toute première, j’ai l’impression que ça a plu aux gens et qu’on n’a pas été trop mauvais, mais c’est à toi de nous dire.

 

- Et bien, j’ai bcp aimé c’est vrai qu’on pouvait s’interroger ce que les chansons allaient donner dans une formule aussi simple par rapport aux belles orchestrations du disque, et ça passe bien, ça veut dire que les chansons sont bonnes.

 

Je te remercie. On va faire des premières parties aussi, pour Miossec je crois, notamment, et où on va jouer à deux, et c’était un moyen de tester cette formule là. D’habitude, sur scène, il y a un violoncelle, un peu plus de musique, là, c’est un peu rêche, mais ça met mes chansons en avant.

 

- En plus , c’est 15h30…C'est un peu étonnant de te retrouver aussi tôt dans la journée avec la presse que tu as eue.

 

Oui.. ça s’est signé il y a peu de temps, et c’est le coté soleil, ils ont dû se dire il faut le faire jouer quand le soleil est le plus haut, non ?

 

- L'environnement Montagne, ça te plait ?

 

C’est magnifique, mais je viens généralement l’hiver… c’est que je n’aime pas trop marcher. Ici, je pense que c’est essentiellement la rando et le vtt les sports nationaux, et ça je ne suis pas un grand adepte. Enfin, je suis surtout flemmard. Mais jouer devant une montagne comme ça, c’est magnifique. Y’a un ou deux moments dans le concert, même si t’es un peu focalisé, tu regardes un peu dans le vide, tu regardes la Montagne et où tu te me dis : ouah, quand même.

 

- Justement sur la prestation scénique, tu as fait les chantiers des francos [qui est une formation à la scène]

 

Oui

-Comme Alex Delano pour parler de la filière canadienne… Il y avait aussi Pain Noir cette année avec toi...

 

Non, ou c'était une autre session. Avec moi, il n’y avait qu’une artiste qui s’appelle Cléa Vincent [dont on a parlé dans l'interview de  Saligault]

 

- Ah, ok, et demain, ici, les Sages comme des animals, qui y sont allés également, Felzine aussi que tu connais bien. Qu'est-ce que ça t'a apporté?

 

C’est la première fois que je travaillais avec le groupe sur un autre axe, c’est-à-dire pas comme quand on répète en studio avec le groupe, on n'est que sur un truc « musique, musique »… alors que là, ils sont sur un registre plus émotion, placement du corps, des choses que je n’avais jamais travaillées, et je crois que j’ai pas mal appris., il y a vraiment un avant et un après. Prendre conscience de chanter vraiment, d’essayer de retrouver la sensation de chaque morceau, séparer émotionnellement chaque morceau plutôt que juste essayer de bien faire.

                                                 Severin à l'aise sur scène (Vercors Music Festival 2016)

- C’était le gars de Tryo qui vous coachait ?

 

Non, C’était Prohom.

 

- Ah, oui, il le fait depuis quelques années, un lyonnais.[ex-membre du Voyage de Noz, et auteur de plusieurs albums].  

J’ai regardé ton choix des « 10 chansons que l’on devrait tous connaitre par cœur » (dans le livre de Baptiste Vignol - le choix de JL Murat et les artistes qui ont choisi du Murat), il n’y a pas beaucoup de Murat… Donc, tu ne le connais pas ?

 

Ecoute, j’ai honte mais j’ai lu beaucoup d’interviews de lui, je me suis plus intéressé au personnage et je n’ai pas beaucoup écouté sa musique.

 

- Bon, pas de problème… Je vais quand même partir sur quelques points communs, ce qui te permettra peut-être de t’intéresser à lui… et il y a notamment la bossa, vous avez été cité ensemble récemment dans quelques articles qui traitaient de ce petit mouvement brésilien récent (notamment avec la sortie du disque de Paulien Croze). Murat a repris Jobim. C’est aussi une tradition française depuis les années 60… [on peut citer Françoise Hardy]

Alors, Murat il disait à l’époque qu’inconsciemment une chansons sur deux qu’il écrivait était une bossa. Toi dans quelle posture es-tu par rapport à ce style ? instinctif ? une influence ? un axe de production ?

 

C’est une influence, une inspiration. C’est plus dans le côté Brésil que j’ai découvert par ma femme, cette façon de faire passer certaines émotions, parfois légères, parfois moins, avec une musique qui est un peu teintée de soleil. Et aussi s’autoriser à chanter tout doucement, très calmement, de pouvoir dire des choses tristes avec une forme de bien-être. Et ça, je l’ai découvert dans la chanson brésilienne, alors que chez les français, tout semble plus… pas revendicatif mais plus frontal. Mais ça donne envie d’écouter des disques de Murat… tu me diras lesquels.

 

 - Et bien, c’est les premiers… enfin, le manteau de pluie notamment. Sur la bossa on va te coller cette étiquette-là. Est-ce que c’est vraiment une identité ? une orientation artistique durable ?

 

Oui, je pense. Ce qui est amusant, c’est qu’avant même de connaitre ma femme, j’avais déjà une chanson en portugais. J’ai toujours eu cette attirance pour ce truc exotique. Le fait d’être enfermé dans une cave finalement toute ta vie quand tu fais de la musique, tu as besoin de soleil, tu essayes de le trouver autrement qu’en allant dehors, et ramener des sonorités un peu ensoleillées dans ta cave, ça te permet d’être un peu moins dans l’ombre.

 

- J’ai trouvé quelques citations de Murat sur la bossa : je pense que tu vas confirmer, les propos mais voyons toujours :

C'est pour moi la musique du chagrin

La chanson d'amour brésilienne est toujours noble

La tristesse est un cheval fou que la langue portugaise sait très bien dompter.

Un autre extrait d'interview:

En ce qui concerne la bossa, c'est pour moi la musique du chagrin. Un souvenir très précis. Tout gamin, je n'avais pas le droit de regarder les films à 20 h 30. Il y avait Orpheo negro qui passait un soir. Je devais être tout triste, pauvre garçon dans mon lit. J'ai passé tout le film l'oreille collée à la cloison et ce fut un émerveillement. Ce que j'étais se trouvait en phase avec ces harmonies et ce tempo. Ça, je l'ai toujours gardé. Je pense que Le Mendiant à Rio est le truc définitif, que je ne ferai plus de bossa. Car il y a une connotation mièvre dans la bossa, c'est pour ça que je dis à la fin "Tu peux te moquer de moi" . beaucoup de gens n'arrêtent pas de se foutrent de moi parce que je fais de la bossa. On croit qu'il y a là une faiblesse élémentaire. Mais Joao Gilberto, c'est la voix que je préfère. Et les mélodies, les harmonies, c'est Antonio Carlos Jobim. Instinctivement, une chanson sur deux que je fais est une bossa, et je sais que ça vient de l'enfance. Michael Franks déteste l'adaptation de sa chanson sur Le Mendiant à Rio. Je lui ai pourtant envoyé une lettre en lui expliquant qu'il avait fait une chanson sur Jobim en tant que Californien et que moi, en tant que Français, j'avais une façon de voir les choses un peu plus cruelle, avec un sentiment de culpabilité.

Je pense par exemple à Carlos Jobim qui explique qu'il a inventé la bossa en jouant du Debussy. Il jouait du Debussy au piano, les fenêtres ouvertes, et c'est en entendant les rythmes provenant de la rue mélangés à Debussy qu'il a inventé la bossa.

 

Je suis complétement d’accord. C’est la saudade. Après évidemment, je pense qu’il est comme moi : la musique brésilienne dont il parle, c’est bien sûr une certaine musique des années 60, 70. Aujourd’hui quand tu vas au Brésil, la musique qu’écoutent les jeunes, ce n’est pas tellement celle-ci. C’est une musique hyper américanisée que je trouve assez dégueulasse.

 

        Hommage

On ne peut pas parler du Brésil, sans parler de Pierre Barouh. J'ai regretté de ne pas en avoir parlé avec Severin ce juillet 2016,  et dans le blog  à la mort du créateur de Saravah qui a suivi peu de temps après (28/12/2016).  

         Severin le connaissait depuis deux ans. Il parle de lui au FIGARO.

         Et il avait invité Pierre à chanter avec lui au Franco: 

Severin a repris ce titre dans son dernier EP.  On peut retrouver la dernière grande interview de Barouh dans le livre de Baptiste Vignol "les tubes, ça s'écrivait comme ça" (La Tengo, nov 2016).  Reprenons l'interview...

- Je voulais aussi te parler de Jean Felzine, ex-Clermontois, de Mustang. C’est un ami, il est sur ton disque. Parle nous de lui.

 

C’est un pote. On s’est rencontré… je crois d’abord par des scènes communes… en jouant les mêmes trucs. On s'est bien entendu. Et on a commencé à faire de la musique ensemble. Je bossais aussi avec Jo Wedin, qui est maintenant sa compagne. J’ai voulu pour ce disque me mettre en chanteur et faire venir des musiciens, qui se connaissaient pas forcement entre eux, mais qui pour moi étaient les meilleurs dans leur domaine et Jean, pour ceux que je connais à Paris, c’est le meilleur guitariste que je pouvais espérer avoir. Il est hyper identifiable. Il a son son, son truc.

 

- Quand j’écoutais le disque, je me disais : ça sonne effectivement comme Mustang, un peu rétro, mais aussi très brésilien, ça colle bien.

 

C’est ça que j’aime bien chez lui, on n'est pas des spécialistes de la musique brésilienne, tu vas dans n’importe quel bar au brésil, les gens jouent mieux que nous. Mais il a une approche un peu comme ça, tu vois, j’aime bien, j’ai vu l’expo du douanier Rousseau qui n’est jamais sorti de Paris, qui a fait toutes ses peintures sur la jungle alors qu’il allait au zoo de Vincennes. Et moi, j’aime bien qu’on ait une approche un peu comme ça, un peu puéril du truc, et lui c’est pareil. Quand il enregistrait pour le disque, pour lui, c’était de la rumba un peu congolaise qu’il devait jouer à la guitare. C’est un sorte de gros mélange.

 

- Et lui disait à propos de l'enregistrement, qu’'en autodidacte, il avait avec un petit complexe par rapport aux autres musiciens.

 

Oui, mais c’est son imagerie… Mais comme Chez Mustang, lui est fan de musique américaine mais il ne connait pas les Etats-Unis.

 

- Je m'interroge souvent sur la distinction entre la pop, le rock,  la variété…. Autant Murat a fait parfois de la variété, il a toujours été rock je pense… Je pose la question… mais j’ai l’impression que c’est pas quelque chose qui ne t’intéresse pas vraiment, tu confirmes ? L’impression, c’est la chanson ?

 

Oui, franchement… C’est un truc de commercial pour savoir dans quelle rayon, il faut te ranger à la fnac. Ce qu’il faut c’est que ce soit vrai. Je pense qu’il y a des gens qui pensent que je fais de la grosse variété, d’autres qui pensent que je fais de la musique hyper brésilienne Je ne sais pas trop. En tout cas, je ne fais pas de métal ça s’est sûr.

 

- Alors, aussi par rapport aux clips, on ressent que vous pouvez être un "Personnage"… J'ai vu que comme moi, certains avaient pensé à un côté "Pierre Richard", avec bien sûr, un gros capital sympathie immédiat.. On peut aussi évoquer Souchon qui est une référence. Alors est-ce que développer cet aspect, au delà des clips, vous intéressent via la comédie ou des albums concepts?

 

Franchement, ça me ferait marrer oui. Je doute que quelqu’un me le propose là, mais si quelqu’un cherche un Pierre Richard là… je le ferai avec plaisir.

 

- Et côté album concept ? raconter une histoire ?

 

Bon, c’est ce que je fais je pense, mais un album vraiment concept-concept … (hésitation), je ne sais pas… Mais je ne veux pas me mettre de barrières, même si là, je ne me sens pas d’écrire Starmania…. Bien que j’aimerais faire un disque qui a autant de succès… rires… pour ma ferrari qui..

 

- J’ai aussi pensé par certains aspects à Arnaud Fleurent-Didier…. le milieu parisien et sociale, C'est quelqu'un que tu connais?

 

On s’est déjà croisé et c’est vrai que j’aime beaucoup son disque la reproduction.

 

- J’y ai pensé en écoutant  la chanson "ton adn" sur ton papa    [Henri, ancien patron d'HEC et de RFI décédé à 51 ans en 94] … et Arnaud est aussi patron de son label…

 

Oui… tiens, mais ça fait longtemps qu’il n’a rien sorti depuis la reproduction…

 

- Il a sorti un clip…

 

Ah, oui, j’ai entendu…

- Sur les points communs avec Murat, j'ai trouvé ceci: Murat porte le nom d'un aïeul décédée en 1917, et il a indiqué que cela l'avait beaucoup troublé, j'ai lu que tu avais des souvenirs d'avoir porté la croix de guerre de ton grand-père. Est-ce qu'il y a un élément fondateur de ton histoire-là? Je fais le lien aussi avec la chanson "France"....

 

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un héros familial, mon grand père, compagnon de la libération, un des trois premiers à suivre De Gaulle, donc un truc un peu héroïque. Qui marque forcement ta famille. C’est un genre d’exemple. Et France, oui, il y a un peu de ça, dans la mesure où je me rendais compte, c’est une chanson d’amour sur mon pays, mais c’est aussi une autocritique, sur moi qui reste sous la couette. Et bien sûr, j’ai un sorte de sentiment de culpabilité par rapport à ça. Je ne me sens pas du tout héroïque.

 

- Par rapport à l'écriture en français,  comment est-ce que tu écris? C'est très spontanée ? est ce que tu te poses beaucoup de question ?

 

Je me prends la tête oui, mais comme n’importe quel mec qui fait des chansons si t’es un peu exigeant. Après souvent je trouve que quand l’impulsion vient vite, enfin : l’idée principale est bonne, C’est souvent qu’elle est bien… et je passe souvent beaucoup de temps sur des chansons, qui finissent par aller à la poubelle…. Parce que ça a été trop de… Il ne faut pas que le travail, ça se sente je trouve. Il faut donner l’impression qu’il n’ y a pas eu de travail. Sinon, ça devient un peu une dissertation d’école. Donc Spontané mais travaillé.

 

- A priori,  tu fais plus partie des gens qui veulent raconter une histoire? et moins de l'école des "le son fait sens".

 

Oui, mais ce que j'aime bien dans l'art d'écrire des textes, c'est d'arriver avec le moins de mots possible à dire le plus de choses possibles. Et c'est ça sur quoi je passe le plus de temps à essayer de faire des logos un peu, des slogans et trouver la simplicité: un sujet, un verbe, un complément, mais qui évoque le plus d'images. Faut pas que ce soit didactique non plus. C'est ce que je travaille pour le prochain disque.

 

- Alors en petit clin d'oeil à "l'ancrage" territorial cher à Murat,  la journaliste de libération a écrit dans son article sur toi [Séverin Tézenas du Montcel] , sans que ce soit une critique de sa part: "tout se passe chez les bobos, les hipsters". Qu'est-ce que tu en penses?      

 

C'est sûr, je crois que j'assume complétement le milieu duquel je viens, ça fait partie de moi. J'n'essaye pas de lutter contre, de faire semblant. Après bobo, même si j'habite à Paris, à Pigalle, on est au coeur du monde des bobos mais je ne mange pas de graines. Après j'ose espérer que mes chansons puissent parler à d'autres gens que ceux-là. Les gens qui sont tombés amoureux, se sont quittés...

 

- Oui, effectivement, je trouve cette remarque un peu exagérée puisque on a des chansons d'amour...

 

Oui, mais voilà, je ne vais pas tricher... Je ne vais pas m'habiller en pantacourt...

 

- Alors, je m'intéresse au couple mixte... Est-ce que tu t'es mis au portugais?

 

non... pas du tout

 

- Est-ce que c'est macho?

 

Non je crois pas, mais c'est elle qui est en France, si je m'étais installé avec elle au Brésil, c'était différent.

 

AVEC MADAME, dans le clip "FRANCE-BRASIL":

- Est-ce que tu as beaucoup voyagé? Est-ce que c'est important pour toi?

 

Je m'y suis mis ces dernières années, le fait d'être avec une femme qui est brésilienne forcement, et qui a une famille un peu éparpillée à travers le monde. J'ai la chance de pouvoir voyager, mais c'est pour les vacances, et pour moi, les vacances, c'est important. Je suis pour les vacances pour tous.

 

- Donc pas forcement une source d'inspiration?

 

Ah si si... Je ne travaille pas beaucoup quand je suis en vacances, je n'écris pas beaucoup de chansons, mais je suis très productif quand je reviens.

 

- Tu viens de passer à On n'est pas couché, alors est-ce qu'une pincée d'ONPC vaut un baril d'articles dans la presse spécialisée?

 

Oui, il y a un effet notoriété qui dépasse un peu la musique, un côté populaire. Le côté "vu à la télé", ça a une influence, c'est fou. Après, à titre personnel, ça a été très frustrant, je ne sais pas si tu as vu l'émission, mais il y a eu une coupure d'électricité, et j'ai trouvé que je n'ai pas eu le temps de m'exprimer. Dans une interview écrite, on peut mieux le faire. A la télé, c'est un peu le physique qui prime!

 

- Après, c'est le côté de "la prescription" culturelle qui est un peu en crise. Est-ce que tu as vu un effet?

 

Oui, oui, bien sûr. Ca a une influence de ouf.

 

- Je voulais parler aussi de ton label et il y a beaucoup d'artistes qui le font, mais peut-être pas de manière aussi professionnelle que toi, j'ai l'impression. Ca veut dire que tu mets les moyens?

 

J'ai investi tout ce que j'avais là dedans... et je vais réussir à me rembourser, donc c'est bien.C'est un risque, mais quand t'es un chanteur, tu as besoin d'exister par le disque, même si c'est un CV, une carte de visite.

 

-  Tu n'as pas d'accord du tout avec une maison de disque pour la distribution?

 

Non, c'est via deux distributeurs indépendants.

 

MERCI SEVERIN! (et désolé pour le retard)   

- Interview réalisée sous le  soleil du Vercors en juillet 2016, après une bière artisanale ou deux  (Bière du Vercors, + le 9 juillet à 14h30 visite de la brasserie organisée dans le cadre du festival)-

SITE OFFICIEL de SEVERIN

En concert à BLOIS le 22 juillet 2017

On écoute un peu de Severin:

 

Un des titres du dernier LP "albumzinho":

LE RESTE DE MES PHOTOS de SEVERIN au VERCORS MUSIC FESTIVAL:

Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 25 Avril 2017

Bien que blogueur de niche, j'ai la chance d'être dans  deux/trois listings d'attaché de presse...   Je n'écoute pas tout, mais j'essaye de vous "attraper" ce qui me parait intéressant dans l'univers de "la française pop" ou de la sphère muratienne. Et ce qui déclenche automatiquement l'écoute, c'est bien sûr l'utilisation du français... que je trouve trop rare.  C'est pourquoi j'ai sauté sur  MANUEL ETIENNE et son disque "ni pluies, ni rien", qui a très longtemps tourné ensuite dans mon autoradio.  Les titres les plus énergiques "arcane 99", "la masse du vide", "la nuit remue" ou encore "ni pluies ni riens" et "hors piste"  sont très convaincants dès la première écoute dans leur pop/rock soigné, et  les autres titres, en respiration,  proposent des univers peut-être plus singuliers. J'adore le dernier titre "la masse du vide" avec l'utilisation de cordes sur un rythme endiablé. J'ai eu envie d'en savoir plus...même si c'est Bashung, Christophe ou Daniel Darc qui sont plus souvent convoqués pour parler de Manuel Etienne (le site électrophone écrit néanmoins: "un romantisme qui me ferait presque penser au Mustango de Jean-Louis Murat" à propos de "la nuit remue", d'ailleurs, l'album de Murat qu'il préfère, c'est comme par hasard Tristan). Malgré  un planning très chargé (une série de concerts dont un "aux 3 baudets"), il a trouvé le temps de répondre à quelques questions.

 

Alors, Bonjour Manuel,  ça baigne?! -j'ai honte-             (Manuel tout à droite, avec son groupe)

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Quel est votre parcours musical ?

Manuel Etienne:   Gamin, je chante sur Wham!, Michael Jackson en sautant sur mon lit vosgien, avec une banane comme micro, il était temps que le CD arrive, tous mes 45T avaient presque rendu l’âme dans mon mange-disque (ça portait vraiment bien son nom ce truc) orange, le fameux Lansay – Buggy. D’ailleurs c’était mon nom d’artiste imaginaire : Buggy Lansay. J’ai commencé la guitare classique à 11 ans puis la guitare électrique à 15 ans, et monté mon premier groupe de rock avec des copains du lycée dans la foulée. Ça s’appelait Korky, on avait gagné un tremplin et le prix c’était : l’enregistrement en studio d’un CD 4 titres. A l’époque c’était quelque chose, surtout pour des gamins de 17 ans – enregistrer un CD on disait.

Entre ce temps-là et Ni Pluies Ni Riens, il y a eu No Pingouin (rock prog) à Nancy, Devenir Gris (un spectacle musical entre Philip Glass et Terry Gilliam) dans les Vosges, The Spangles (rock indé) made in Nancy, Lova Mi Amor (pop folk) sur Strasbourg, Toxic Kiss (pop garage) sur Strasbourg également, Charly Sun (folk) à Paris, la création d’un collectif à Strasbourg : Növalis Impulse (2004-2009) avec plein d’amis. On organisait des concerts, on sortait des albums et des compiles avec collaborations entre les artistes du collectif, il y avait un sacré vivier de gens passionnés (graphistes, musiciens, techniciens, vidéastes, chroniqueurs) qui s’étaient rencontrés au bon endroit – au bon moment.

Entre 1997 et 2007 je suis donc basé à Strasbourg mais la moitié des musiciens avec qui je joue est à Nancy, alors je fais sans cesse des allers-retours entre l’Alsace et La Lorraine, avec mes baskets, les sabots n’existant plus. Entre 2007 et 2009 Je fais une halte de deux ans dans les Vosges, j’y enregistre mon premier titre en français « Vague à l’âme » sous mon nom, je le poste sur MySpace, je deviens riche et célèbre. Ah non mince… ça c’est Buggy Lansay pas Manuel Etienne. Ce sont les proches qui m’encouragent à écrire plus en français. Jusqu’à présent, tout ou presque était en anglais. Puis entre 2009 et 2012 je suis à Paris où je monte avec mon meilleur ami Charly Sun tout en continuant Toxic Kiss qui entre temps est devenu Nancéien (pas facile à suivre hein…).

Et plus discrètement, j’écris d’autres chansons plus personnelles, introspectives, sans aucune barrière artistique ; je les enregistre avec des amis à divers endroits et DETAILS sort en 2012, totalement autoproduit. Je fais quelques concerts en solo mais je m’ennuie un peu. Je me souviens que petit, timide et farouche, lorsque je me sens seul, je parle avec des écureuils. Pas évident de monter un groupe de rock avec des écureuils, alors je demande à David L’huillier (batteur de Toxic Kiss) de jouer avec moi ces chansons. Il me présente peu de temps après Fabien Pilard (basse) qui me présente à son tour Tom Rocton (guitare, claviers, mpc). Le groupe tel qu’il existe aujourd’hui est lancé en 2013. Ensemble, on décide de vite refaire un disque, qui sonnera comme ce que l’on est. Fixer l’instant. On enregistre VAUDEMONT qui sort en 2014. On tourne puis on enregistre NI PLUIES NI RIENS en 2015 qui sortira en 2016, produit par Christian Quermalet que j’avais rencontré à Lyon en 2010 lors d’un concert de Charly Sun.
 

Christian Quermalet, derrière Silvain Vanot (il a arrangé le dernier album de celui-ci : Ithaque)

Juillet 2017 à Lyon.

 

 

 

 

 

 


- Est-ce que la présence de l'école de musique MAI a une influence sur la vitalité de la scène locale à Nancy? (même si je ne vois que Grand Blanc qui ait émergé du côté de Metz). Plus largement, peux-tu nous parler de la scène locale, des évolutions (pour la création mais surtout dans les processus de "diffusion"  de sa musique)  ?   (pour faire écho par exemple aux propos  des musiciens lyonnais  Sly Apollinaire, Voyage de Noz http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/sly-apollinaire-voyage-de-noz-et-mathis-rencontre-lyonnaise.html : ) 

Manuel Etienne:  C'est marrant que tu me parles de la M.A.I, j'y ai mis les pieds pour la première fois de ma vie il y a deux semaines. Un ami y est prof, il m'a invité une demi-journée pour discuter avec ses élèves, leur parler de mon parcours musical de 96 à 2016. Il voulait que je mette l'accent sur l'importance de dévorer toutes sortes de musiques, de livres, que je les motive à persévérer tout en restant droits dans leurs pompes, et surtout que je leur parle de la dure réalité des choses, de toutes les concessions qu'il faut faire car on est souvent bercés d'illusions à cet âge. C'est légitime, je l'étais aussi. A 18 ans je pensais que j'étais le meilleur, qu'au-dessus de moi c'était le bon dieu. Et encore, lui n'existait pas, j'avais un avantage.

En bref, j'avais quelques appréhensions et ça s'est très bien passé. Ils avaient des choses à dire, des questions également, c'était vraiment intéressant. Pour en revenir à ta question, je ne sais pas si la MAI a une influence sur la vitalité artistique de la scène locale, mais elle existe et j'ai plein d'amis musiciens avec qui je joue qui ont effectivement fait cette école. Mon oncle Pascal Parisot était prof au CMCN - l'ancien nom. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a énormément de musiciens, de profs de musique sur Nancy, ça a peut-être un rapport.

A titre personnel, je n'ai - jusqu'il y a deux semaines - jamais rien eu à y faire. Donc je ne connais que très peu.

Ce que j'aime plus généralement dans cette ville, c'est qu'il y a une vraie solidarité entre les groupes (Hoboken Division, The Wise Dude's Revolver, Eddy la Gooyatsh, King Automatic, Mon Désert, Edouard Edouard, Dirty Work of Soul Brothers, Rich Deluxe, Toxic Kiss...), quel que soit le style. Il n'y a pas trop de sectes musicales. Tout le monde se connait, tout le monde joue avec tout le monde, je ne vois pas ici de rivalité comme j'ai pu le sentir sur Strasbourg, Lyon ou Paris lorsque j'y habitais. En même temps c'est plus petit. Mais les histoires de village ça existe aussi hein... ! On le sait tous. Sur Metz, je ressens la même chose. D'ailleurs notre groupe est moitié nancéien - moitié messin. Il y a plein de bons groupes ou de personnalités en Lorraine qui envisagent la musique de manière alternative. Tu parles d'émergence, mais pour moi l'émergence - celle qui m'intéresse - doit être artistique avant tout et ne va pas toujours de pair avec commercial.


Pour Ni Pluies Ni Riens, j'en suis heureux et reconnaissant, on a eu le soutien régional d'assos comme Muzik Live, l'émission Electrophone (Radio Fajet), RCN, Le disquaire La Face Cachée (Metz), L'Autre Canal (Smac de Nancy), Les Trinitaires à Metz, Bloody Mary Music & Records (booking, diffusion, Strasbourg)… sans eux ça aurait été plus compliqué. Ils nous ont vraiment fait confiance, presque aveuglement, rien que ça c'est déjà beau.

 

Est-ce que ça bouge ? C'est toujours pareil, dans tous les domaines, si une voile ne bronche pas par manque de vent, rien ne nous empêche de souffler dessus.

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Pourquoi le passage au français? Qu'est-ce que cela implique? Et du coup, je vais te demander si tu avais quand même des références musicales françaises?

Manuel Etienne: Je suis passé au français parce que j’avais des choses précises et précieuses à dire et que mon niveau d’anglais ne me le permettait pas. Le français m’offrait une nouvelle liberté et ça me faisait marrer, c’était en 2009, la pop (en France) se chantait en anglais. Je sais qu’il y a des gens qui m’ont laissé sur place (vu que je viens du rock et du garage et qu’il n’y a pas pire « coincés du bas » dans le milieu) lorsque j’ai fait cette démarche, c’était d’autant plus excitant… j’aime bien enlever les cailloux blancs derrière le petit poucet de la brigade du bon goût. A la base je m’imaginais bien faire une sorte de variété lo-fi. Comme si les Moldy Peaches chantaient du Manset. On ne veut pas de ce que je fais, pas grave, je fais ce que je veux. Aujourd’hui que le français est à nouveau « fashion », je vais pouvoir repasser à l’anglais (ah ah ah !).

Ça implique que c’est beaucoup de travail me concernant. Il faut que ça ait du sens, que ce soit musical, et que ça résonne / raisonne pour l’auditeur, que ça fasse écho. Je suis un peu un psychopathe de la justesse dans l’écriture alors je reviens je ne sais combien de fois sur chaque texte jusqu’à ce que ça me plaise complètement. Moi, je ne me lève pas un matin avec des paroles toutes prêtes, un album inventé en rêve, avec l’arrangement pour tuba et cornemuse qui va avec, je n’ai pas ce talent. Il faut que je travaille, que je cherche (parfois ailleurs), il faut que ça m’amuse, et aussi il me faut l’aide d’autres gens si je veux aller plus loin.

Concernant mes références françaises, il s’agit + de chansons en français précises ou un album en particulier que d’un artiste dans toute sa globalité. Yves Simon, Christophe, William Sheller, Alain Bashung, Françoise Hardy, Katerine, Michel Delpech, Alain Souchon, Jean-Louis Murat (vous connaissez ?), Daniel Darc, Elli et Jacno, Etienne Daho, Georges Brassens, Pierre Vassiliu, Dominique A, Noir Désir, Albin de la Simone, il y a plein de choses que j’aime bien chez eux.

Même certaines chansons de Michel Berger (Seras-tu là ?), Véronique Sanson (Amoureuse) ou Daniel Balavoine (Lipstick Polychrome) je peux aimer. Ah merde ça y est je viens encore de perdre 10 points de popularité chez les punks, zut ! A moins que ce ne soit ça – être punk.

Mais pour être honnête, ça doit représenter 5% de ce que j’écoute, il est vrai. Je l’avoue. Alors j’essaye de développer une écriture un peu personnelle. J’essaye.

Pour Ni Pluies Ni Riens, au moment de composer, j’ai baragouiné un peu n’importe quoi en anglais, ça m’a aidé à me rapprocher de mes références, à trouver des mélodies « décomplexées », puis seulement après j’ai écrit en français. Comme ça j’ai pu garder ce côté anglo-saxon qui m’était tellement cher.


 

- Tu as vécu longtemps sur Lyon? Est-ce que tu as gardé une autre impression de la ville que la rivalité entre groupes?

Manuel Etienne: Je n’y ai vécu qu’un peu plus d’un an et encore je n’y étais pas tout le temps. Je ne connais pas assez bien pour affirmer qu’il y a une réelle concurrence entre les groupes, j’imagine bien qu’il y a des collectifs, des associations qui se bougent, des labels et des réseaux de groupes qui travaillent main dans la main, du moins je l’espère pour une ville aussi grande. En si peu de temps, il est difficile de faire des connexions et dans la musique je n’en ai pas fait, ça c’est sûr. C’est un ressenti personnel, j’y ai joué 5 ou 6 fois (Le Bistroy, Le Citron, un théâtre et d’autres bars dont j’ai oublié le nom…), à chaque fois j’y ai trouvé un public un peu « froid », « snob ». Peut-être que je n’ai pas eu de chance. A l’époque on m’avait proposé une date au Ninkasi avec Toxic Kiss, un de nos musiciens n’était pas disponible, j’étais dégoûté, j’aurais tellement aimé y jouer dans ce lieu. Ce qui est sûr c’est que la ville est très belle. Les pentes de la Croix-Rousse, le parc de la Tête d’Or, son jardin botanique, c’est magique. Et autour de la métropole, un détail qui a son importance pour moi, c’est illico presto - la nature. J’aime les deux. Le béton et la forêt. En 2010, j’y suis retourné avec Charly Sun, un duo qu’on avait monté à Paris avec mon meilleur ami, au Kraspek Myzic. Il y avait dix personnes ce soir-là et parmi elles, Christian Quermalet (The Married Monk) qui est venu me parler à la fin, il avait beaucoup aimé. On est resté en contact et l’an dernier il a mixé, produit Ni Pluies Ni Riens. Il n’est plus sur Lyon mais à Paris à présent.

- Je signale une jolie reprise live en compagnie de Christian Quermalet à visionner sur ta chaine youtube. Ton expression "variété low fi" confirme l'impression que j'avais à l'écoute du disque, de ne pas se trouver devant un disque qui se veut forcement rock, même si on retrouve aussi ce côté là (notamment sur le dernier titre où tu lâches un peu plus la voix). Est ce que l'idée était aussi d'être accessible ?

 

Manuel Etienne: En fait je ne cherche pas à correspondre à un public, une époque, à plaire ou déplaire. J’écris simplement les chansons qui me viennent selon l’humeur, l’instant, avec cette obstination à chasser le détail, la fantaisie, la sincérité. Je pense que Tom, David et Fabien ont le même raisonnement. Variété Lo-Fi je l’employais lorsque nous produisons des disques avec trois bouts de ficelles et puis je trouvais ça marrant d’être à la fois influencé par Daniel Johnston et Christophe pour donner un exemple. Le dernier album n’est vraiment pas Lo-Fi. Le prochain le sera peut-être, qui sait… Nous aimons tellement de choses, pourquoi se restreindre à une étiquette, un son, une mode.


- Plaisir personnel: tu cites Manset... je suis obligé d'y revenir puisque j'essaye de le citer à chaque interview. Est-ce que tu l'apprécies? plus certaines périodes?

Manuel Etienne: Ahahah ! Je dois être moins connaisseur que vous, ma femme ou encore mon beau-père, il ne faut pas que je raconte des conneries. Oui je l’apprécie beaucoup mais je ne connais pas encore toute son œuvre. Un jour je me le promets. « Sur Manitoba ne répond plus (2008) », j’adore « Dans un Jardin que je sais », « Comme un Lego » que Bashung reprendra sur « Bleu Pétrole ». Un disque que je n’aime pas d’ailleurs. Pour moi « Comme un Lego » sublimé par la voix de Bashung sauve l’album. En fait, il s’agit - encore une fois - plus de titres en particulier que d’albums entiers ou de périodes. « Attends… que le temps te vide », « La neige est blanche », « Entrez dans le rêve » (que je reprendrai un jour), « Je suis Dieu » et tant d’autres. On me parle souvent de La Mort d’Orion (1970), il faut que je prenne le temps de l’écouter.

 

 

- Obligations du blog: tu cites aussi Murat... j'espère que tu ne t'es pas senti obligé. Tu écoutes ses disques? Est-ce que tu peux nous citer un album préféré ? 3 chansons préférés (c'est mes questions rituelles...)

 

Manuel Etienne: Non j’ai toujours adoré sa voix, depuis gamin. Je ne connais pas tous ses disques (pareil, je vais y remédier un jour) mais de tous ceux que je connais, je pense que mon préféré c’est « Tristan » de 2008. A l’époque en 2004 j’avais beaucoup aimé « A Bird On A Poire » aussi, en collaboration avec Fred Jimenez et Jennifer Charles. Trois titres : « Les Anges Déchus », «L’Amour en Fuite », « Mustang ». J’ai droit à un quatrième ? J’aime bien « Le Cafard » sur son dernier. « C’est quoi le cafard ? Difficile à dire. C’est comme un buvard qui te boit la joie, te prépare au pire. »

 

- Peux-tu nous parler de 3/4 chansons de l'album, et nous raconter ce qui te tient le plus à coeur dans celles-ci, cela peut être l'inspiration, le texte, la musique, la production ou leur vécu depuis la création, le live.... ou tout ça....?

Manuel Etienne: La première serait Arcane 99. J’adore comme Christian a produit ce titre. Et pour des raisons sentimentales également puisqu’il parle de mon meilleur ami disparu dans un accident il y a un an et demi. J’imagine que je le retrouve sur une ligne de métro nommée 99. Il y a beaucoup de secrets que l’on aimerait connaître, de choses que l’on ne maitrise pas dans la vie. La chanson est un peu construite comme ça. Le clip d’Oliver Ramberti et Karina Perepadya, je l’aime énormément, ils se sont appropriés la chanson, les mots, en ont fait autre chose tout en respectant le sous-texte. C’est génial.

La Masse de Vide est mon titre favori en Live. Tom a écrit des arrangements terribles. Fabien pareil pour la ligne de basse, ça grince, c’est brut et sensible. David et son charley à la « Shaft » dans le break au milieu. Effectivement c’est le seul morceau de l’album où je me lâche au chant. Ce qui est assez rare, j’ai tendance à hurler et balancer les mots comme pour m’en débarrasser d’habitude. Je ne suis pas vraiment un « calme ». En société j’essaye de l’être mais à l’intérieur je bouillonne. Le texte, c’est le temps qui nous dévore.

Mon titre préféré aussi, la preuve:

- et une dernière?

 

Manuel Etienne: Kelly Capwell, parce que je crois que c’est le seul texte un peu drôle. Je fantasme que c’est Kelly qui à travers l’écran était folle amoureuse de moi et non l’inverse. Il y a un peu le second degré de « Succès fou » de Christophe. On aimerait être beau, alors on l’invente. Et musicalement je crois que l’on a réussi la combinaison cold wave 80’s et pop 60’s ce n’est pas fait exprès mais le résultat est marrant. Je pense que c’est un titre original. Et puis Robin Wright, quelle actrice !

J’aime toutes les chansons de l’album et je pourrais écrire un pavé sur chacune d’entre elles. En fait je n’aurais jamais osé mettre un titre sur cet album que je n’aime pas ou moins que les autres. Nous n’avons fait de compromis qu’avec nos vies privées pour le réaliser ce disque.

 

- ah, Kelly Capwell!! Mince, je n'avais pas fait le lien avec cette série qui avait captivé ma famille toute entière quelques semaines!!  Mais Parle nous un peu du titre "Béziers" qui pourrait être dans une réédition du livre  "Cette chanson qui emmerde  le Front National" du camarade Vignol (au côté du LE FLEGMATIC qui a aussi une chanson du même nom). J'ai vu que tu avais peut-être des connexions à Béziers (depuis que facebook nous permet d'espionner tout le monde). C'est l'origine du titre?    Mais peut-être faut-il préciser que c'est... un instrumental... qui est pourtant assez explicite... même si la douceur du sud est pourtant présente.

 

Manuel Etienne: J’y vais deux fois par an. Mes beaux-parents ont emménagé à Béziers pour se rapprocher de leur boulot (ils sont travailleurs sociaux), et aussi parce qu’ils aimaient la ville, quelques mois avant l’arrivée à l’autorité municipale de l’autre tête de nœud. Ils étaient un peu dégoutés. Il ne faut pas fuir devant la connerie, bien au contraire, et ils ont eu raison de rester. Je trouve ça courageux de leur part, ça va de pair avec leur boulot. Alors les cyniques me disent souvent que la plupart des biterrois l’aiment bien dans le fond ce maire et revoteraient sans problèmes pour lui. Je n’en suis pas sûr du tout, il y a plein de gens sur place qui se battent, résistent ; hors de question de se ranger du côté d’une majorité chauvine comme c’est la mode actuellement.

J’ai imaginé pour ce titre un documentaire sonore en me promenant dans la ville. Du haut des allées Paul Riquet (Roby il aime bien le théâtre, c’est classe. On l’y croise souvent. Le théâtre l’aime-t-il en retour ? Sûr que non.) Jusqu’au Plateau des poètes, j’ai compté à peu près 800 pas. D’où la marche rythmiquement parlant. Puis tout est dans votre question Pierre. C’est assez explicite effectivement. Que se passe –t-il dans ma tête durant ces 800 pas ? Il y a dans cette musique des paradoxes : agressivité - douceur, colère – apaisement, franchouillardise – ouverture. Sur chacun de mes albums il y a (jusqu’à aujourd’hui du moins) un morceau instrumental qui porte le nom d’un village, d’une ville. J’aime bien, la musique est assez forte pour se passer des mots, illustrer, évoquer une situation, une émotion. C’est magique.

 

- Si tu veux nous parler de tes autres projets, groupes etc... puisque tu sembles représentatif du jeune musicien actuel: être sur des multiples "projets"...


Manuel Etienne: Je joue dans Toxic Kiss. Un groupe créé à Strasbourg en 2002. Le line-up a un peu changé depuis les débuts. Nous avons fait 3 albums, un EP et un 45T. Nous sommes tous à Nancy à présent. On y retrouve le même batteur David que dans « Manuel Etienne » (bizarre de se citer, ça fait un peu Alain Delon). Influences punk, brit pop, soul, garage, indie. Le groupe était un peu en stand-by dernièrement, nous étions beaucoup pris avec David sur « Vaudémont » et « Ni Pluies Ni Riens » mais nous retournons en studio cet été pour un 4ème album. J’en suis super heureux.

Il y a également un spectacle musical à Strasbourg qui s’appelle « Billie(s) » avec le pianiste Sébastien Troendlé dans lequel je joue, écrit. Nous sommes 4 sur scène, c’est entre jazz, pop et opéra rock. On raconte une histoire, un secret (Billie) à travers un concert (et inversement). Il y a une scénographie, une mise en scène, j’ai co-écrit le texte avec Nicolas Turon. J’adore ce projet, c’est très fantaisiste comme j’aime.

Après quelques années de stand-by, il y a également le groupe Lova Mi Amor. De l’indie pop mais avec des instruments traditionnels et acoustiques, et un côté très folk donc. Ainsi que des influences qui débordent un peu des traditions européennes – africaines et cubaines notamment. Pareil que pour Toxic Kiss, nous allons en studio cet été pour un second album qui devait à la base sortir en 2009 je crois. Mais à l’époque, géographiquement, c’était mission impossible pour se voir. On refait tout.

Dans ces groupes je suis principalement chanteur guitariste et auteur-compositeur mais je suis également guitariste chez Rich Deluxe (Nancy – Pop Soul Garage) et Malaquet (Chanson Rock – Nantes) en renfort, pour filer un coup de main. Et c’est tout.

 
Merci Manuel!
 
Interview réalisée par mail du 17/01 au 11/04/2017
 
Retrouvez MANUEL ETIENNE sur :
sa Page Facebook
 
Manuel Etienne // Sortie d'album (3rd) Ni Pluies Ni Riens le 18 Nov 2016
Les Disques de la Face Cachée / Lafolie Records (distrib. Differ-Ant, Idol)
Booking : BLOODY MARY - Marie Vialle
contact@bloodymarymusicandrecords.com

 

- Premier album VAUDEMONT en écoute sur bandcamp (“Entre français et anglais, entre punk britannique et pop française, entre passé et futur, spleen rêveur et mur du son urbain, Manuel Etienne se taille un territoire bien à lui.” MAGIC – Mai 2014 –). On peut aussi y écouter "ni pluies, ni rien)

- Retrouvez Manuel avec les BILLIES:-
06.05.17 - Le RiveRhin de Village-Neuf

07.11.17 - L'Illiade (Illkich-Graffenstaden)

 

- Une autre interview (pour aller plus loin): site Skriber   (Dans la chanson, il s’agit d’évoquer des conditions en rapport avec ces riens. « Si la mort c’est du courage, je veux bien laisser ma place ». Dans ce cas, de quel courage te sens-tu capable ? ou As-tu déjà été confronté à ce vide ? )

 

- Quelques chroniques du disque: 

Indiepoprock (noté 9),

nosenchanteurs  Ni pluies ni riens fait partie de ces albums qui vous séduisent à la première écoute et que chaque nouveau passage révèlera un peu plus, cependant, tant on y découvrira de subtilités musicales, de sens caché.

addict culture  Sur ce disque,  Manuel et les trois autres musiciens qui composent son groupe parviennent à transcender la trame voix-guitare-basse-batterie en variant les atmosphères et les climats, et en instaurant des ruptures de rythme et de ton à l’intérieur d’un même morceau

LA MUSIQUE EN PLUS:

J'avais envie de refaire un peu de pub pour le bel album de BRIAN S CASSIDY dont j'avais déjà parlé  ici  (L'album "alpine seas" est sorti chez Microculture en novembre, et ça fait du bien par où ça passe. Les amateurs du "cours ordinaire des choses" et des Delano orchestra peuvent aimer...  Un américain d'Austin qui chante les lacs alpins, ça peut faire peur (ah, du folk indie barbant!!)... mais  c'est un petit bijou, avec une très jolie voix, et des orchestrations et des ambiances assez variées. Excellent pour le moment.)

A écouter ci-dessous le très beau: "the south" (et son banjo et son final avec choeur d'enfants, cordes)  et   "make believen" et ses cuivres... et sa rupture de ton en milieu de chanson. Magnifique.

Facebook de Brian   et l'album sur bandcamp

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 21 Février 2017

J'ai découvert Erik Arnaud aux côtés de Florent Marchet (du temps de Rio Baril), partageant la scène avec Murat le 7/7/2007 du côté de Cluses (c'est la seule date de concert dont je me souviens)... Ensuite, son disque "L'armure" est sorti et n'a pas  quitté mon mp3.  Il avait accepté de répondre à mes questions en 2010 (à lire ici). Depuis... peu de nouvelles. Régulièrement, sur facebook,  des messages lui étaient adressés pour lui dire qu'il nous manquait... mais il se faisait discret: un titre présent sur une compil ou une prestation live pour l'expo du photographe Stéphane Merveille... Pratiquement rien. C'est donc avec une joie réelle que nous avons apprenions la sortie d'un EP dans le cadre d'un projet de la maison MONOPSONE, regroupant Erik, mais aussi Matthieu Malon et Orso Jesenska.  L'idée du "TRYPTIQUE 2017- 3 EP": sortir 3 disques regroupant 6 chansons, dont deux reprises, illustrés par des photos de S.Merveille prises à la Dune du Pilat. Et les titres d'Erik ne m'ont pas déçu... J'ai écouté des centaines de fois  ses "Golden femme" et "Golden homme".  Et si ses premiers disques sont souvent jugés comme marquants, voire cultes, j'avoue préféré le quadra qui assume ses références, et surtout sa voix, au jeune adulte qui joue au sale gosse, même s'il cite Manset... (démo "ma chanson française" présente également sur le disque). On attend donc la suite avec impatience!

Je vous propose donc de prendre des nouvelles d'Erik Arnaud... et j'ai posé ensuite mes questions rituelles à Orso Jesenska et Matthieu Malon... car eux aussi apprécient particulièrement Murat.                                                                   

Inter-ViOUS ET MURAT- n°23: Erik Arnaud, Matthieu Malon et Orso Jesenska

Erik ARNAUD:

- Vrai come back?

Erik Arnaud: Oui j'espère. L'idée avec cet EP est de relancer la machine (à écrire). Album à composer/enregistrer/sortir cette année

 

 

- Monopsome?

Erik Arnaud: Monopsone m'a aidé à sortir l'Armure en 2010. Denis est un grand fan de mes albums précédents. Ils sont très branchés indé US/UK mais ils aiment aussi certains chanteurs français. La preuve avec ce tryptique 3EP.

- Stéphane Merveille ?

Erik Arnaud: Je connais Stéphane depuis presque 10 ans. C'est lui qui me relance régulièrement pour sortir des disques. L'idée du 3EP, c'est lui. Il a toujours plein d'idées. Il est arrivé chez Monopsone en même temps que moi (il est responsable de l'Armure sorti en 2010). Depuis il s'est fait une belle place en réalisant beaucoup de pochettes et portant beaucoup de projets avec les autres gars de Monopsone

- Malon et Jesenska?

Erik Arnaud: Je connais Matthieu Malon depuis quelques années déjà mais on ne se voit pas souvent malheureusement. Je crois pouvoir dire qu'on s'apprécie. Orso Jesenska, je l'ai rencontré une fois (lors d'un vernissage d'une expo de Stéphane Merveille). On s'est bien entendu et je suis content de le revoir prochainement lors des 2 concerts que l'on va faire tous les 3. J'espère qu'il y en aura d'autres.

- Balavoine que tu as choisi de reprendre (après ta reprise de Manset sur le dernier album)?

 Erik Arnaud: Une madeleine de ma jeunesse (ce titre et l'album Sauver l'amour). Pas vraiment fan de sa discographie en général mais j'adore ce morceau qui n'est pas vraiment loin de Manset sans que je sache vraiment pourquoi.

- Mon Facebook m'a rappelé hier qu'on avait eu des nouvelles de toi il y a tout juste deux ans à l'occasion de la parution du titre "mécaniques" sur une compil Monopsome. On nous annonçait à l'époque un EP Dans les prochains mois. Qu'Est-ce qui s'est passé?


Erik Arnaud: Le temps passe trop vite. Mon activité professionnelle me prend du temps. J'accumule beaucoup de musique mais malheureusement je suis beaucoup moins prolifique au niveau des textes. Il me faut du temps, du recul, certes, mais j'avoue ne pas suffisamment me mettre en 'situation d'écriture', si tant est que que concept existe. il faut vraiment que je crée ces conditions pour que les 'choses' avancent.

- Parle nous un peu plus de ses deux sublimes titres GOLDEN HOMME/FEMME qui quittent très peu mon autoradio.


Erik Arnaud: Golden homme est venu il y a un an environ, j'ai commencé à l'enregistrer version guitare puis j'ai peu à peu introduit des éléments plus synthétiques jusqu'à presque gommer la guitare. Golden femme est très guitare par contraste. Aucun de ces 2 morceaux n'est particulièrement annonciateurs des chansons à venir. J'aime les claviers, les sons synthétiques et les guitares. L'évolution est peut-être à chercher du côté non pas de la variété de l'instrumentation mais plutôt du nombre d'instruments utilisés dans un morceau. S'en tenir aux mélodies fortes en les mettant en valeur avec le chant et un ou 2 instruments seulement est une option possible pour le futur.

- Tu nous avais dis envisagé de te tourner un peu vers la langue anglaise il me semble pour l'avenir après l'armure.  Est-ce que ça n'a pas été concluant?

Erik Arnaud: J'avoue ne pas avoir essayé finalement. Je ne dis pas que je ne le ferai pas: j'irais plus vite car j'évacuerais en grande partie la question du sens mais je perdrais inévitablement ce rapport à la chanson et l'importance du texte. Comme une impression de tricher et de céder à la facilité, impression très personnelle car je respecte les français qui chantent en anglais. Il n'y a pas à mes yeux/oreilles de mérite/honneur ou valeur ajoutée à chanter dans sa langue maternelle. Seules comptent l'émotion de celui qui donne et celle de celui qui reçoit. Les outils, les sujets abordés, la langue, la forme, le fond, peu importe.

 

 

Merci Erik, et on espère à très vite !

 

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LES QUESTIONS RITUELLES de l'INTER-ViOUS ET MURAT- 
à  Orso Jesenska et Matthieu Malon
 
 
Orso JESENSKA:
 

© Julien Bourgeois   

 
- Murat- et vous? 
 
La première fois que je l'ai entendu c'est vraisemblablement quand j'étais gamin et que passait beaucoup son duo avec Mylène Farmer et les "tubes" du début des années 90 qui me marquait beaucoup étant enfant, cette mélancolie de résistance au cynisme, la sensualité de la voix. Après, la véritable découverte c'est avec Dolorès. J'avais 16 ans et j'ai entendu Dieu n'a pas trouvé mieux à la radio. Puis tout l'album, puis toute sa discographie. Je crois que j'ai tous ses albums mais ceux que j'aime moins. Il reste celui  qui a écrit parmi les plus belles chansons que je connaisse même si j'ai parfois eu du mal à tout suivre, à tout aimer dans sa prolifique production.
 
- Votre album préféré?
 
J'hésiterais entre cheyenne automne parce qu'il me bouleverse absolument, le live à Dolorès et Mustango... .Mais je crois que ce j'écoute le plus chez lui c'est ce qu'il ne met pas forcément sur les albums
et 3 chansons? et pourquoi? D'où mes 3 chansons préférées: la chanson de Dolorès, Le coup de Jarnac, Royal Cadet. Bon en vrai je pourrais en citer plein d'autres qui sont sur ses albums mais le fait qu'elles soient sur des lives, des compils ou des faces B me les rendent plus précieuses encore. On sent que Murat sur ces morceaux "secondaires"est au sommet de ce qu'il sait faire, poétiquement et mélodiquement, comme si l'enjeu n'était pas aussi plombant que sur les albums.
 
- Un souvenir de concerts?
 
J'ai dû voir Murat 3 ou 4 fois en concert. Ca condense pas mal de choses, sublime comme personne par moments et agaçant dans certaines de ses interventions (me souviens d'une chanson un peu nulle sur José Bové). La tournée du Moujik est peut être celle que j'ai préférée.
 
 
- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration? 
 
Quand j'ai commencé à faire des concerts je reprenais Le troupeau. Je crois que Murat a compté dans beaucoup de mes chansons, peut être "les vrilles de la vigne" est celle où j'ai le plus pensé à lui.
 
 
 

 

- Matthieu MALON:

-  Murat- et vous?
 

C'est un ami qui m'a fait découvrir Murat en 1991. C'était un samedi après midi pluvieux dans sa chambre. On s'échangeait plein d'albums et il avait entendu quelques titres à la radio et venait de s'acheter les 2 derniers disques. Il m'avait fait une cassette, que j'ai toujours d'ailleurs.
Depuis je ne rate pas une sortie.


 

-  Votre album préféré?
 

Cheyenne Autumn et Babel

 - Et 3 chansons?

1- L'ange déchu
2- Le lien défait
3- Tout est dit
Pourquoi celles là : parce qu'il faut faire un choix et en même temps il y en a tellement...


- Un souvenir de concerts? une anecdote d'un live?


J'ai vu JL Murat plusieurs fois mais je retiendrai les extrêmes : un concert touché par la grâce, très calme et très "aérien" à Orléans il y a une dizaine d'années. Et le concert avec Trash Palace à la Route du rock en 2002 ! JL haranguait la foule et était très bavard ce soir là, il m'a fait beaucoup rire !

- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration?


Mon style d'écriture est finalement assez éloigné de JLM mais j'ai repris Le Lien Défait il y a quelques temps pour un concert, j'aurais beaucoup aimé avoir écrit cette chanson, comme un bon paquet d'autres d'ailleurs. Et j'écoute régulièrement sa reprise de Cohen traduit en français. C'est une beauté. Il est d'ailleurs très bon pour cet exercice car c'est sa reprise d'Arab Strap traduite qui m'a donné envie de faire un album de reprises anglais traduites, projet que je mènerai à bien un jour ou l'autre.
 

 

 

 

Les 3 EP disponibles à l'unité en CD ou en vinyl sur MONOPSONE et dans les bonnes crémeries.

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 28 Novembre 2016

Allez, soyons fou, soyons fou, ne résistons à aucune incongruité pour alimenter ce blog: invitons un journaliste sportif du PARISIEN à parler de Murat! ... Quoi "quoi?"? Non, je ne suis pas devenu dingue!    DOMINIQUE SEVERAC a beau être  membre de la joyeuse bande des chroniqueurs de "l'équipe du Soir" (sur l'équipe 21) qui, sans se lasser, discutent de Lass, Benzema, de Knysna ou autre Bielsa durant des heures, il n'en ait pas moins un grand admirateur de Murat et fan de bonne musique en particulier... Non! même pas de Sardou! Il a même interviewé Murat pour le journal "l'Humanité"! Oui, l'Huma!  Et on pourra même en profiter pour  revenir une fois de plus sur quelques propos de Murat autour du football, un sujet sur lequel il était régulièrement sondé (allant jusqu'à se faire chroniqueur pour Libération). Certains de ses mots sont même repris encore actuellement dans le monde entier (à propos de Zidane).

Dominique a sorti un livre avant l'euro "la face cachée des bleus", édition Mazarine-Fayard, avec quelques anecdotes croustillantes sur les coulisses de l'EDF... mais avec toujours un regard bienveillant et humaniste (de gauche?), qui est souvent sa marque de commentateur. 

(Dans les inter-ViOUS et MURAT, la catégorie "journalistes" était déjà bien représentée (avec Olivier NUC, Philippe BARBOT), pas sûr par contre qu'on recroise un jour un spécialiste du PSG).

 

- Pour commencer, j’aimerais en savoir un peu plus sur votre parcours personnel (contexte familiale, étude) si cela ne vous ennuie pas. En effet, on ne trouve pas d’éléments biographiques sur le net vous concernant, je ne sais pas si c’est quelque chose sur laquelle vous veillez. J’ai vu que vous aviez fait des études à Lyon 3, on s’est peut-être croisé sur les quais 

D. Sévérac: Je ne sais pas si c’est très intéressant en fait. Et si on ne trouve rien, c’est parce que je ne suis pas connu et que ça n’intéresse personne. J’ai fait une licence d’histoire à Lyon III de 91 à 94. Une école de journalisme (ESJ Paris) de 94 à 97.

- Comment êtes-vous rentré en « journalisme » ?

D. Sévérac: Bernard Lenief, journaliste au courrier de Saône et Loire, animait un après-midi un atelier journalisme au collège. J’avais 11 ans (c’était en 1984) et il m’a donné envie de faire ce métier. Je ne l’ai jamais revu en dehors de ce jour-là.

- Et la musique ? Votre facebook déborde de photos du Velvet, et d’un peu de Murat, parfois du Cohen, du Manset, du Bashung et très peu de football… Comment la musique est venue à vous ? (vos parents ? la radio ?....). Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ?

D. Sévérac: Une curiosité personnelle. Beaucoup d’écoute de radio et un jour Bernard Lenoir. En 86 sur Europe 1 puis sur France Inter jusqu’à la fin. 25 ans à l’écouter tous les jours ou presque.

- Quels sont vos grands souvenirs musicaux (album, concert…) ?

Tout Murat, tout Manset, Tout le Velvet, tout Lou Reed, les Beatles, Neil Young, Iggy Pop, Bowie, Cash, Kills, Strokes, Ferré, Brassens, Bashung, Gainsbourg et tant d’autres. J’ai 2000 disques je pense, peut-être plus, peut-être moins, je ne compte pas. Leonard Cohen plus grand concert en 2008 à l’Olympia. Les Pixies à Belfort dans les 80’s. Le Velvet en 93 à l’Olympia. Lou Reed en 92 à Lyon. Dylan à Belfort. J’ai vu tous ceux que je voulais voir sauf Iggy Pop.

- Alors, je me rappelais vous avoir vu en photo avec un fan de Murat à la suite d’un concert parisien de celui-ci et je suis tombé sur une vieille interview parue dans l’humanité en septembre 99. Est-ce le début de votre histoire avec Murat ? Comment le journaliste sportif se retrouve à interviewer Murat ? (il y a effectivement quelques questions sur le sport).

D. Sévérac: Murat, je le découvre à la sortie de Cheyenne Autumn, sur Inter et dans Lunettes noires pour nuits blanches chez Ardisson. Coup de foudre immédiat. Un ami rencontré à l’école de journalisme m’a permis de réaliser cette interview. Il travaillait alors à France Soir et il a demandé à JLM si je pouvais venir. Il a accepté. On a passé deux ou trois heures ensemble rue des Tourelles chez son label de l’époque. C’était génial. Ses réponses sont fantastiques. Ma seule itw de lui. Je ne l’ai jamais rencontré depuis.

- Entretenez-vous des relations avec lui ?

D. Sévérac: Aucune

Questions rituelles :

-Votre album préféré de Murat ? et pourquoi

D. Sévérac: Peut-être Mustango. Peut-être parce qu’il synthétise tout ce que j’aime de lui, dans les textes, les mélodies, les recherches, les expérimentations, les duos. Un album symbole de ce qu’il incarne : le génie musical, la poésie chantée

- 3 chansons de lui ?

D. Severac:

1) New Yorker. Le train bleu. Ma demeure c’est le feu.

2) Noyade au Chambon. Entre Tuilière et Sanadoire. Tomber sous le charme.

3) La liberté. Au pays de Giscard. Le corridor humide.

- Un souvenir particulier d’un concert ? des impressions de Murat en live ?

D. Sévérac:   Les concerts à la Cigale entre 2000 et 2010. Tous bons, tous drôles.

Concert de Murat à l’opéra Bastille, organisé par la FNAC Bastille qui n’existe plus. Je ne me suis jamais ennuyé à un concert de JLM. Ils ont tous une saveur particulière, leur originalité. C’est chaque fois un moment fantastique.

Dominique à la sortie d'un concert de Murat (au trianon) avec Martial - t'es le plus fort Jean-Louis- de Destination Murat (fb)

Dominique à la sortie d'un concert de Murat (au trianon) avec Martial - t'es le plus fort Jean-Louis- de Destination Murat (fb)

- Est-ce que dans le milieu du sport, vous avez trouvé des gens qui partageaient votre goût pour la musique de qualité ? chez les journalistes ou des sportifs ?

D. Sévérac:  Il y en a, oui. Christophe Larcher à L’equipe vient quasiment à tous les concerts de Murat, invité par Marie Audigier dont il était le voisin ! Il n’a pas de passion pour Murat mais il aime bien. Olivier Joly, qui vient de quitter le JDD, aime beaucoup aussi sans être fan. Jocelyn Gourvennec, l’entraîneur de Bordeaux, est connu pour ses goûts musicaux originaux (par rapport au milieu dans lequel il évolue où c’est Sardou et rap pour schématiser)

- La grande passion pour l’évènementiel sportif de la part de Murat qui disait « « A part le foot et lire l’équipe, les plaisirs y en n’a pas à la pelle » en 91, semble s’éteindre à partir des années 2000 (le 2e album des rancheros ne voit pas le jour en 2002, «Ça a été un tel fiasco que ça nous a coupé la chique ! On n'est pas des professionnels les Français n'assurent pas, on n'enregistre pas Impossible de faire semblant alors qu 'on était accablés... 2006, il déclare avoir regardé la finale avec le maillot italien, puis en 2008, qu’il n’aime plus le football.

En 2013au figaro, « Le foot, ça va, j’ai lâché l’affaire… Bon d’accord, il y a MESSI, le nouveau Bonaparte, un génie. Sinon, les autres, ils sont complètement idiots, vraiment trop bêtes. C’est impossible de s’investir sur des gros nazes pareils qui ne pensent qu’à s’acheter des grosses voitures et à tirer des gonzesses. Ils sont encore plus cons que les rappeurs ! Ils n’inculquent aucune valeur. La Coupe du Monde au Qatar, ça aussi, c’est une bonne fumisterie. Ils ont acheté tout le monde, Zidane a pris une fortune, et maintenant, ils veulent la faire jouer en Janvier. Qui regarde la coupe du Monde ? Les mômes. Qu’est-ce qu’on va leur dire à ces gamins qui ont école en janvier et qui ne pourront pas se lever à 4 h du mat pour suivre les matchs ? Mais c’est quoi ce travail ! » ou encore

« « L’équipe de France c’est onze adolescents qui cherchent leur maman. Ils vont peut-être devenir des hommes à 35 ans, mais en attendant, il faut se taper une espèce de petite tribu de nigauds »

Ces dernières citations, est-ce un résumé de « la face cachée des bleues » ?

D. Sévérac: Pas du tout. C’est très drôle de la part de JLM mais moi, j’ai juste exposé des faits, raconté 20 ans de off des Bleus, sans porter de jugement. C’est au lecteur de décider.

- Dans votre interview de 99, il était assez prophétique concernant Anelka :

- " Les footballeurs, ce n’est pas possible. Je pense qu’ils ont essentiellement un rôle éducatif. La ségrégation, par exemple, diminue beaucoup grâce au sport. Il faut avoir un peu de tenue. La façon de se charger de Virenque, c’est de la gnognotte en comparaison des déclarations d’Anelka. Le joueur donne cette idée que c’est un élu, que le don lui est tombé dessus et envoyez la monnaie, tout pour ma pomme et je vous emmerde. C’est un modèle tragique. Je n’aimerais pas avoir douze ans et porter un tee-shirt Anelka. S’il prend la monnaie, c’est bien parce qu’il y a des crétins comme nous qui ont été pendant quinze ans abonnés à l’Équipe, qui se sont pelés en février à Saint-Étienne, qui ont pris les abonnements Canal pour suivre les matchs, etc. Anelka ne va pas nous dire fuck quand même. Il nous dit : " Fuck ", on lui dit : " On t’emmerde ". On t’emmerde. Quand on suivait l’équipe de Georges Boulogne, il était où lui ? Moi, j’étais à fond derrière. Avec les petits résultats de Georges Boulogne, on a peut-être construit un petit bout de parpaing à Clairefontaine où lui a été logé, nourri pour apprendre le job. Il ne va pas venir me dire fuck à moi maintenant. Je ne peux plus supporter cette mentalité ". Est-ce qu’Anelka mérite au bout du compte cette image ?

D. Sévérac:  Evidemment, c’est du Jean-Louis, c’est drôle, provocateur, subtil, génial, poétique. Il ne faut pas se focaliser sur Anelka en particulier. Il dit vrai sur beaucoup de joueurs. Après, il faut les connaître, leur parler pour bien analyser leur vie. C’est plus complexe que ce que dit JLM même s’il y a une part de vrai.

- Dans toutes ses déclarations, transpire l’enfant, ses rêves devant les exploits, et les déceptions de l’adulte… Entendre PLATINI dire : « Pardon où sont les toilettes », ça me dégoûterait (rires) … C’est la déception permanente .Ce sont des rêves d’enfance. J’ai tellement fantasmé sur tous les trucs de sport sans voir ce que c’était vraiment. C’est une façon d’aller au plus près de sa passion. Mais j’en retire comme à chaque fois de la déception.

On peut retrouver le même de genre de citations quand il parle de ses héros musicaux (rolling stones). Est-ce que pour être journaliste sportif, il faut être un grand enfant ?

D. Sévérac: Ce n’est que ça. Le foot, c’est l’enfance. La part de rêve et d’éternité. Le reste, ce sont des foutaises.

- Vous avez écrit : « Le problème des footballeurs, c’est qu’ils sont seuls, toujours dans le doute, avec une soif de reconnaissance qui ne peut pas être comblée par leurs millions ou leur vie de famille ». Le footballeur est-il un artiste comme un autre ?

D. Sévérac:Il y a des similitudes. Mais tous ne sont pas artistes dans leur expression. Il y a des Calogero ou des Garou aussi chez les footballeurs. Mais leur vie se compare même si l’un crée de l’art et l’autre ne donne que des émotions, ce qui est déjà pas mal.

- Vous êtes très élogieux sur DESCHAMPS dans le premier chapitre du livre : Deschamps, c’est un héros français. Ce n’est pas une légende comme Platini, Zidane ou Noah, mais c’est le capitaine de l’équipe de France championne du monde et championne d’Europe, le type qui a réussi partout où il est passé ». Même si Murat le tacle gentiment dans So foot, dans la chanson « la loi du sport », il dit : Elle m'a r'pris de l'aspirine Puis un ouvrage pour cinéphile Quelqu'longueurs en toile de jute Mon effigie d'Didier Deschamps ». Je vois son indulgence pour Deschamps pour le côté extrêmement populaire que l’entraineur a gardé (populaire pour Murat, donc un « fan de Michel Sardou »). Qu’en pensez-vous?

D. Sévérac:  Deschamps est très populaire en effet. Je suis élogieux sur l’entraîneur, l’homme je ne le connais pas et ses goûts musicaux m’importent peu. Deschamps ne connaît sans doute pas JLM et ça ne me dérange pas. Ce n’est pas ce qu’on lui demande.

- Sur le cyclisme.. Les déclarations de Jean-Louis ont souvent portés sur le dopage… et défendre Lance ou Virenque. « Je suis complètement étanche à ça. Pour moi le dopage n’existe pas. C’est comme la drogue, cela tue les cons ! Les gens qui n’aiment pas le sport n’arrêtent pas de parler du dopage. C’est le cas notamment du journal L’Equipe. ZIDANE ou NOAH chargés comme des mules, ça ne les a jamais dérangés ». Une petite réaction ?

D. Sévérac: Jean-Louis Murat  en rajoute, comme souvent. JLM, fait du Zlatan et j’adore ça. Tant que c’est drôle… Avec Jean-Louis, c’est toujours drôle. Le fond mériterait des heures de débat. Avec JLM, je ne sais jamais s’il pense à 100% ce qu’il dit ou s’il veut créer le débat. 

- Quand Murat critique, ça passe souvent par la critique des médias et des journalistes : en 99 , il vous disait : « Les sportifs peuvent toujours compter sur les médias pour abrutir le peuple et passer leurs petites combines ». En tant que journaliste sportif qui revendiquez une vraie position de journaliste, avec une déontologie, et pas refuser d’être considéré comme « un supporter », est-ce que les attaques de Murat contre les journalistes vous chagrinent ? (A la maroquinerie en mai dernier, il sabordait la fin de son concert dans un coup de gueule contre les journalistes) ?

D. Sévérac:  Je déteste plus que je n’aime les journalistes donc ça ne me dérange pas du tout. C’est un métier génial, que j’adore. Je m’éclate comme un fou mais force est de reconnaître qu’il est pratiqué par une ribambelle de connards et d’abrutis, qui ne savent pas écrier, cherchent le buzz et répètent ce qu’ils ont lu ou entendu sans esprit critique. Ils ne pensent quasiment jamais par eux-mêmes. En sport, c’est flagrant. Des moutons et des cons.

- Dernière question foot: quel est votre principale source d'excitation à propos de "l'année football" à venir?

D. Sévérac: Le PSG d’Unai Emery évidemment. Ben Arfa, un génie . Les Bleus et les qualifs pour le Mondial. Dembélé à Dortmund. Carlo au Bayern, le meilleur entraîneur du monde. Benzema, éternellement.

 

 

Interview réalisée par mails en septembre 2016

 

LE LIEN EN PLUS : MURAT ET LE FOOT (repères non exhaustifs)

 

1990   Chroniques dans Libé pour le  mondial 90

1991 (Les Inrocks)   « A part le foot et lire l’équipe, les plaisirs y en n’a pas à la pelle ».  

1994  Dans l'équipe,  « Toutes ces affaires dans le foot … C’est la vieille bourgeoisie contre les bougnoules »

1998  Achille à Mexico (Chanson sur Platini)

2000   Les Rancheros (foot, bières et autres, et musique) pendant l'euro 2000

2002  Coupe de monde en Corée.  disque avorté des Rancheros. Commentaire de Murat. «Ça a été un tel fiasco que ça nous a coupé la chique ! On n'est pas des professionnels les Français n'assurent pas, on n'enregistre pas Impossible de faire semblant alors qu 'on était accablés...

2004  Ode à Thierry Henry

2005 Interview dans So Foot (photo avec le maillot du barca)

2006 "Je me sens de moins en moins français, j'ai regardé la finale de la Coupe du monde de foot avec le maillot italien

2008  "je n’aime plus le football" (interviews vidéos de Magic)  "l'engouement pour le foot est un truc de vieux de con"

2009  Chanson "la loi du sport" (Elle m'a r'pris de l'aspirine Puis un ouvrage pour cinéphile Quelqu'longueurs en toile de jute    Mon effigie d'Didier Deschamps

2010 Dans La Montagne : Le décès de Fignon, ça m'a beaucoup touché ; que l'ASM soit enfin championne de France, c'est bien. Quand au football, je ne sais même plus ce que ça veut dire. Aucun intérêt.

2011  Le champion espagnol

2013  Dans le Figaro,  "Le foot, ça va, j’ai lâché l’affaire… Bon d’accord, il y a MESSI, le nouveau Bonaparte, un génie.  Sinon, les autres, ils sont complètement idiots, vraiment trop bêtes. C’est impossible de s’investir sur des gros nazes pareils qui ne pensent qu’à s’acheter des grosses voitures et à tirer des gonzesses. Ils sont encore plus cons que les rappeurs ! Ils n’inculquent aucune valeur. La Coupe du Monde au Qatar, ça aussi, c’est une bonne fumisterie. Ils ont acheté tout le monde, Zidane a pris une fortune, et maintenant, ils veulent la faire jouer en Janvier. Qui regarde la coupe du Monde ? Les mômes. Qu’est-ce qu’on va leur dire à ces gamins qui ont école en janvier et qui ne pourront pas se lever à 4 h du mat pour suivre les matchs ? Mais c’est quoi ce travail !"

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 24 Octobre 2016

Dans un récent article, je reproduisais un article du journal "LA REPUBLIQUE" sur un livre "cantique de l'infinistère" dans lequel Murat était cité...

Le journaliste y indique que : Près du Mont-d'Or [sic!], la ferme de l'Angle est un point d'ancrage «mythique et mystique » pour François Cassingena-Trévedy. C'est là, entre les cols de la Croix-Morand et de la Croix-Saint-Robert, sous le puy de l'Angle, qu'il situe son centre de gravité intime. Son mont Palatin à lui, qui, né à Rome en 1959, a établi sa Trinité-des-Monts entre le puy de l'Angle, le puy de Mareilh et le puy du Barbier (source La rép).  Il dit aussi:  «Les yeux fermés je connais par cœur le chemin des crêtes, l'arc glaciaire du Sancy… la rude beauté de ces infinis me bouleverse toujours autant».

Aucun lecteur de ce blog et auditeur de Murat ne sera surpris par l'effet que peut produire le Sancy sur celui qui le traverse. On en parlait notamment avec Magali Brénon, auteur du livre "jamais par une telle nuit" dans lequel les corps et l'esprit sont remués et éveillés par les forces diffusées par la terre auvergnate. L'éveil raconté dans "Cantique dans l'infinistère" n'est pas par celui du ventre.. mais de l'esprit, autant par l'érudition littéraire que de l'exercice du "pèlerinage", de la marche... sans ambition sportive. L'auteur François Cassingena-Trévedy est moine... et ancien de l'école normal sup... et aussi très connecté:

Le lendemain de l'article, je recevais de l'abbaye où il vit, près de Poitiers, un mail de sa part  pour me remercier... et me demander le moyen de contacter Jean-Louis. S'en est suivie un petit échange.

Quelques éléments biographiques:

Né à Rome en 1959 de père italien et de mère bretonne, il rejoint ensuite les Hauts de Seine... et suit un parcours brillant:  Hypokhâgne et Khâgne au Lycée Louis le Grand (Paris). Entrée à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, promotion 1978, option Lettres Classiques.  1980 : Maîtrise de Lettres Classiques (Philologie) avec un mémoire sur Ténèbres et lumière dans le théâtre d’Eschyle, en fréquentant également les cours sur les Pères de l'église.

Il entre en 1980  dans la vie monastique bénédictine et est ordonné en août 1988 alors qu'il continue ses études de théologie.  Latiniste depuis l’âge de onze ans, helléniste depuis l’âge de douze, hébraïsant depuis l’âge de dix-huit, syriacisant depuis l’âge de vingt-six,  il devient spécialiste de la patristique syriaque (la discipline qui traite de la vie, de l'œuvre et de la doctrine des Pères de l'Église, en l'occurrence dans la tradition des chrétiens d'orient  -Je ne manque alors pas de l'informer de l'inédit de Jean-Louis, "le martyre des chrétiens d'orient"-). 

Moine bénédictin,  et très séculier:  Maître de chœur (Schola grégorienne) depuis 2008, écrivain, maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris depuis 2001, enseignant invité au Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris). Il intervient ponctuellement à Paris IV-Sorbonne dans les domaines de l’Antiquité tardive, de la musicologie du haut Moyen-âge et de la littérature du XVIIe siècle et collabore au Laboratoire d’études sur les Monothéismes (CNRS).

... Tout cela  tout en travaillant aussi pour son monastère qui a comme source de revenu la création d'émail sur cuivre (créations).  D'ailleurs, il livrera prochainement une de ses créations à... La Basilique d'Orcival (C'est dans le 6.3. pour ceux qui ne connaissent pas). Je ne manque pas (2e fois) de lui faire écouter "Lady of Orcival"... qu'il a l'amabilité de trouver "de fait, magnifique...".

De Jean-Louis Murat, il ne connait que peu de chose:      

" au moins pas de l’actuel.

Mais ce que je connais et sens de lui me fait penser qu’il a un vrai don poétique".

Je me permets alors de lui donner du grain à moudre:  le goût de Murat pour Proust, Léon Bloy et Bernanos (alors que François cite dans son livre d'autres auteurs chrétiens: Claudel, Teilhard de Chardin )... et quelques propos sur le sacré: En 92, dans une émission enregistrée au sein de la basilique d'Orcival, Murat compare les chansons à la prière, en leur capacité de susciter le recueillement. C'est finalement très chrétien?  Est-ce que le chant a toujours fait partie de la liturgie?

 "Tout cela me touche de près et me rapproche encore de Jean-Louis.

J’aime profondément les trois auteurs cités…

C’est vrai que la chanson est prière !

Ma pratique du grégorien est quotidienne et elle est centrale, vitale, dans ma vie.

Le chant a toujours fait partie de la liturgie…".

- Que représente l'Auvergne pour vous?

 

 

" Je la fréquente depuis 1970 (vacances familiales au Mont-Dore) Découverte du pays et du monde paysan en profondeur.  L’Auvergne représente pour moi ce que Julien Gracq disait du Finistère : « une province de l’âme ».  Un pôle d’attraction d’une puissance inouïe. Un « infinistère ».  Lieu de souvenir et de désir, lieu de délicieuse perdition. Nostalgie de ses longues neiges, fascination de ses feux intimes".

 

 François Cassingena-Trévedy sera en Auvergne ces jours-ci:

- le 25:

Dédicace - Librairie Maison de la Presse LE MONT-DORE

le matin - 17, Place du Panthéon 63240 LE MONT-DORE INFOS : 04 73 65 00 87

- le 26:

Dédicace - La Procure de Clermont-Ferrand

de 15h à 18h

- le 29:

Lancement du livre Cantique de l'Infinistère - Bistrot L’écir et l’angélique Brion Haut

à 16h. Bistrot « L’écir et l’angélique » Brion Haut 63610 COMPAINS

 Toutes les infos: sur le site de l'éditeur

le 28/10, dans le cantal, également: Dédicace / Rencontre - Librairie Maison de la Presse à ALLANCHE, 37, Garderie de l’Abbé de Pradt -15160 ALLANCHE à 10h.

 

Et en exclusivité mondiale, voici la petite évocation de Murat dans le livre via un passage à Compains:


 

 

"Le hameau perdu de la Godivelle – quelques maisons autour d’une vaste fontaine circulaire – emprunte son nom à celui d’une très ancienne famille de Besse-en-Chandesse. C’est Antoine Godivel qui compila, en 1575, le terrier de Catherine de Médicis, fille de Madeleine de la Tour d’Auvergne et comtesse de la province à la mort de sa tante Anne. Plus tard, le sieur Godivel, subdélégué de Besse (dont Jean-Baptiste Le Grand d’Aussy rapporte, dans son Voyage d’Auvergne, qu’il échoua, en 1726, à sonder la profondeur du lac Pavin[1]), fait un portrait peu flatteur de la paysannerie du Cézallier : Le païsan naturellement méfiant et qui n’aime pas à faire plaisir craint toujours d’être embarrassé et obligé au-delà de ce qu’on lui propose… Pensant probablement à ces contrées balayées par l’écir, où avait bien dû le conduire quelque visite épiscopale, Massillon – pour le citer encore une fois – n’en donnait pas moins à ses prêtres ce conseil inspiré par la finesse psychologique autant que par l’observation circonstanciée du climat : Ainsi, mes Frères, plus nos peuples sont grossiers et féroces, plus la patience et la douceur sont nécessaires à un pasteur pour les adoucir. Malgré toute leur rudesse, il en est d’eux comme des vents impétueux ; un peu d’eau, une seule parole douce les calme…[2] Les modillons de l’église romane de la Godivelle, figurant les sept péchés capitaux, invitaient-il à résipiscence ces trempes revêches qui ne reculaient ni devant les beuveries aux foires de Brion, ni devant le meurtre lors des partages de terre et des successions d’héritage ? L’édifice est placé sous le patronage de saint Blaise que l’on invoque pour les maux de gorge, les maladies des animaux, et qui a donné son nom de baptême à « l’effrayant génie » auvergnat dont ces quelques mots fameux entre tous ne cessent de me hanter, tant ils pourraient servir d’exergue à la terre que j’entreprends de traverser :

 

Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie[3].

 

Le hameau pourrait se réveiller – se rêver – isthme ou presqu’île entre les deux lacs qui l’environnent, l’un (le lac d’En-Haut) d’origine volcanique, l’autre (le lac d’En-Bas) d’origine glaciaire, et dont l’étrange gémellité, au milieu des sagnes aux allures de toundra, compose l’un des paysages les plus puissamment oniriques qui soient au Cézallier, à moins que ce ne soit tout simplement au monde.

 

Alors de la Godivelle à Compains

On me jure que c’est sortilège…

 

chante un chansonnier contemporain, natif de la région clermontoise[4]. Mais quoique la fascination exercée par les deux miroirs et l’imaginaire qu’ils alimentent compte certainement parmi les ressorts capitaux de mon attrait pour cette contrée, la visibilité est décidément trop réduite aujourd’hui pour que je n’estime pas plus raisonnable de remettre à plus tard l’inventaire de pareils joyaux.

 

            Au lieu de prendre le GR 30 qui file au sud-ouest vers la Godivelle, je contourne donc la Motte par le midi et m’engage sur le GR 41 qui s’en va droit au sud, vers Jassy. J’ai devant moi, au loin, les bois qui couvrent, d’ouest en est, une vaste superficie, depuis la montagne de Las Tiolas et le Teston du Joran jusqu'à la Garde. Il faut un certain temps pour que je retrouve, après la longue pause, mon alacrité du matin, d’autant que je suis alourdi par de nouvelles victuailles. Je salue au passage, dans l’herbe grise, quelques œillets sylvatiques dont la note estivale semble s’être égarée. L’étreinte du froid s’est un peu relâchée en ce début d’après-midi, la terre se fait plus grasse et plus adhésive aux semelles, le dais nuageux s’essaie à s’élever, mais je ne conçois nul regret de n’avoir point poursuivi de côté de la Godivelle, tant ce que j’arpente de ce côté-ci inspire pareillement le sentiment de l’insolite. Tandis que je descends en pente très douce vers des tourbières étendues, je commence de mesurer l’ampleur et la puissance de la houle qui me reçoit dans ses plis, j’entends des filets d’eau qui causent comme des passereaux : les trois syllabes du Cézallier qui roucoulent sur des galets de lave dépolie… Un petit pont me fait traverser l’Eau-Derrière, à peine débarbouillée des narses où les bêtes à l’estive enfoncent leurs sabots, et qui a sans doute inspiré le nom du lieu-dit voisin : la Ribeyrette. Mer des roseaux préludant à la Terre promise, minuscule Rubicon au-delà duquel mon périple va entrer dans sa phase illuminative et dont le franchissement s’entoure pour moi seul d’une émouvante et secrète solennité. Car le rien qui déploie tout alentour son empire fait au fond de mon être une éclaircie toujours croissante d’allégresse, et je le bois tout pur, jusqu’à l’ébriété. Une pause pour m’enraciner dans ma condition d’errant, pour savourer  mon rêve de reitre, pour saturer, jusqu’à son point le plus intense, jusqu’à sa teinte la plus vive, la joie terrestre. Je consens à la jouissance de l’obscur, comme à l’humeur des tourbières le narcisse et la tige creuse du sureau : de cette éruption de sève qui me traverse et m’inonde tout à coup, épaisse, irrépressible, la pipe que je bourre est-elle le cratère ?

 


[1] J.-B. Legrand d’Aussy, Voyage d’Auvergne, p. 325-326.

[2] Massillon, Discours synodaux, 1737 (De la douceur nécessaire aux ministres).

[3] Blaise Pascal, Pensées, 91.

[4] Jean-Louis Murat, Perce-neige (1996).  

Cantique de l'infinistère

À travers l'Auvergne  François Cassingena-Trévedy

L'infinistère d'Auvergne,  le moine du Poitou l'écrit,  le mécréant Murat la chante.
article du FIGARO du 06/10 "un moine errant en Auvergne"

article du FIGARO du 06/10 "un moine errant en Auvergne"

LE LIEN EN PLUS

Un autre hermite? Julien Doré?   De la théorie de la  relativité...

" Perfectionniste, impliqué dans les moindres détails de ses disques, du mixage à la pochette, l’autodidacte progresse. "Tant que j’estime que je n’ai pas quelque chose de fort, je ne présente pas." On le voyait comme un fils du dandy Yves Simon. Il semble se vivre comme un descendant des hermites Gérard Manset ou Jean-Louis Murat... "

http://aliceadsl.gqmagazine.fr/pop-culture/musique/articles/rencontre-avec-julien-dore-pour-son-nouvel-album-/46934

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 7 Juin 2016

Franck Courtès photographe (suite)

Les meilleurs sont les plus courtes... mais j'ai envie, pour être exhaustif, de prolonger un peu la dernière Inter-ViOUS ET MURAT avec le romancier Franck Courtès. Dans la vie d'avant, il était photographe.

1) Sa première session avec Murat:

Franck nous a raconté ainsi sa première rencontre avec Jean-Louis à New-York:

"J'ai photographié J.L. Murat à New-York la première fois, dans un grand loft d'artiste intimidant qu'on lui prêtait. On a regardé ensemble mon travail le soir, et il m'a avoué préférer de loin mon travail personnel qui est une sorte de journal intime en photo, plutôt que mon travail de commande où apparaissait de nombreuses personnalités connues en train de faire leur promo. On était bien d'accord sur le côté vain et parfois pathétique de ces gens qui ne cherchaient qu'à paraitre le plus beau, le plus séduisant possible. Il est impossible d'y résister, même les personnes les plus dignes s'y vautrent. C'est bien pour cette raison que je pense qu'il faudrait en finir avec ces beaux portraits d'écrivains, de musiciens, de politiques. En tout cas, moi, j'ai arrêté (en même temps que le sucre d'ailleurs, c'est drôle, non ?). Bref, J.L. Murat et moi, on partait en silence sur de bonnes bases, parce qu'on était sans s'embêter à le dire, bien d'accord. On a bu et il a fini à poil dans le lit avec sa guitare ! Habituellement c'est le genre d'idée qui vient aux filles, ça m'a plu ce pied de nez à la promo, car évidemment les photos n'étaient pas publiables...".

Pas publiables?

Sur le net, on trouve la photo ci-contre avec mention de Franck COURTES/Labels, sur un article de RFI. Elle est présente dans quelques articles de l'époque, comme dans Cosmopolitan:

Franck Courtès photographe (suite)

Mais est-ce la seule photo exploitée?

Murat nu dans un lit? J'ai bien sûr pensé à cette photo:

en bas à droite: Franck Courtès.

en bas à droite: Franck Courtès.

Un autre cadrage pour BEST d'octobre 99 et Platine :

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Elle illustrait la couverture du supplément des Inrocks "Murat en Amérique"... L'auteur est crédité à gauche.

- Et voilà que je découvre au cours de cette deuxième recherche dans les archives, ce qui m'avait échappé... une dernière photo... de Murat dénudé... Le nom de Franck Courtès est indiqué en haut. C'est dans TETU de Janvier 2000:

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Ceci nous permet donc d'identifier sans doute l'auteur de cette photographie-ci également (dans TéléMoustique mars 2000)

Franck Courtès photographe (suite)

J'ai cru un moment que les photos présentées sous forme de montage (ci-dessous) dans quelques articles et dans cette couverture de Longueur d'ondes, pouvaient être issues de cette même session... mais il s'agit d'autoportraits.

Jean-Louis ira plus loin cette même année là, en se dévoilant entièrement nu dans le numéro d'octobre 2010 de Magic (autoportrait en pied... si j'ose dire).

 

 

2) La session à DOUHARESSE

"En Auvergne, c'était autre chose, il m'a fait écouter des démos magnifiques, il est une source inépuisable ! Et puis il a plongé ses mains dans une mare pour me montrer des oeufs de grenouille, on buvait de la tisane à la reine des prés, et il me répétait que c'était pas rien pour une plante, de s'appeler "reine des prés", qu'on devait y prêter attention. Et puis ma voiture n'a jamais voulu redémarrer, et on a fini les mains dans le moteur avec les pinces crocodiles. Sans lui, je ne repartais pas. C'était tout un symbole pour moi que Murat, avant de partir me refile de l'énergie, m'aide à redémarrer, mais je ne lui ai pas dit. Mon petit moteur intime tourne encore en partie grâce à lui..."

Dans les 6 photos inédites qui illustraient l'interview de Franck Courtès, 2 sont parues dans Magic en 1999, avec un ton jaune orangé (d'où ma question sur les filtres), mais j'ai trouvé également celle-ci, dans PLATINE de la même année, avec le même blouson de cuir. La photo est également dans le Murat en Amérique des inrocks (25/08/99).

et dans Nice Matin.
et dans Nice Matin.

et dans Nice Matin.

Dans le magic, une autre photo (plan large de celle-ci). Je regrette de ne pas l'avoir reçue de l'agence Vu'. Avec les montagnes derrière, un faux air de James Dean du Sancy :

http://www.magicrpm.com/souvenirs-magic-interview-avec-jean-louis-murat-en-1999/

http://www.magicrpm.com/souvenirs-magic-interview-avec-jean-louis-murat-en-1999/

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Voilà ainsi reconstitué l'ensemble des portraits de JLM signés  Franck Courtès... du moins ceux qui ont été publiés  (des photos inédites de Jean-Louis, il y en a sans doute autant, si ce n'est  plus à découvrir, que d'inédits dans la malle du grenier:  il effectue un contrôle strict... au grand dam de Frank Loriou par exemple... qui se voit obligé de conserver quelques "trésors"). 

 

On peut juste remarquer qu'au moment où il fait deux rencontres avec des photographes qui vont l'aimer au plus haut point (Franck Courtès et Frank Loriou, ce dernier pour l'instant certes cantonné à l'artwork du disque mustango),  Murat commence à  préférer  délivrer  ses autoportraits et ses peintures pour illustrer des articles. Faut dire qu'on lui a aussi infligé  au cours de cette promotion de Mustango ça:

Rock and folk... qui justement ne parlera plus de Murat sous prétexte qu'il refuse les photos...

Je me suis demandé à un moment si cette dernière photo n'avait pas été prise photo avant l'effeuillage new-yorkais, mais Franck m'a précisé qu'elle n'était pas de lui!

Autre rencontre importante: Les photos crédités dans "murat en amérique" sont signées "L.D." qui deviendra ensuite LB... mais c'est une autre histoire, et une longue, celle-ci.

3) Quelques mots et photos sur la très belle carrière de photographe de Franck.

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Dans l'interview, j'évoquais deux prix nobel dont Modiano.  L'autre était Nadine Gordimer. Ci-dessous l'article de libé de 2002  :

Franck Courtès photographe (suite)
John Le Carré
John Le Carré

"Oui, il y avait une véritable empathie pour les gens dans mes photos, parce que j'en ai beaucoup dans la vie en général. Je suis assez admiratif des gens, j'ai toujours l'impression qu'ils ont des qualités que je n'ai pas. Il m'arrive d'aimer quelqu'un alors même qu'on est pas d'accord, juste parce que son raisonnement est sincère. J'aime beaucoup la sincérité, même si l'idée exprimée ne me plait pas entièrement. Maintenant, est-ce qu'il y a un art de l'empathie, je ne pense pas. Il n'y a pas d'art de tout. Etre dans l'empathie n'a pas grand chose à voir avec l'art. J'ai connu de très bons portraitistes qui méprisaient leurs sujets. Leurs photos étaient vraiment belles quand même. Disons qu'avec moi, il y avait de l'amour pour mon modèle, et s'il n'y en avait pas de prime abord, j'avais tendance à en rechercher".

D'autres portraits d'écrivains ici... disponible dans un livre (25 euros, pas cher pour 250 clichés).

 

Le site de l'agence Vu' laisse découvrir beaucoup d'autres oeuvres... des portraits (on trouve Benjamin Biolay, Keren ann, Tom Hanks -couverture Optimum en 98-, Nick Cave, Brian Molko, Massive Attack, ou l'ami de JL, Eric Reinhardt.. et encore une très belle photo d'un Michel Serrault patibulaire).

On trouvera enfin, notamment  pour les lecteurs de son dernier livre "Sur une majeure partie de la France", de touchantes séries ("son "journal intime") : "Chroniques de vacances, Verdon", un Verdon dans la Marne, nettement moins touristique que les gorges du sud de la France et un "secrets de famille" de 2008 qui renvoit aussi à "Toute ressemblance avec mon père".  Elles convaincront tout le monde que Franck Courtès photographe n'est pas seulement un portraitiste. 

 

"Moi ça m’a pris vingt ans à faire le tour de mon travail photographique, il fallait que je passe à autre chose sous peine de tout perdre. J’y reviendrai peut-être un jour, mais je n’en suis pas du tout là".

 

Les livres de FRANCK COURTES.

 

Enfin, pour toutes celles qui trouvent Franck canon... une très belle photo de lui, grand comme la tour eiffel.

L'anglais John Berger                            c. Franck Courtès/agence Vu'

L'anglais John Berger c. Franck Courtès/agence Vu'

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 1 Juin 2016

 

Tout a commencé par une épigraphe : "J'ai fréquenté la beauté chaque jour abreuvé à l'illusion des toujours". Qui tenait donc à citer Jean-Louis Murat en exergue de son roman ? Le nom de l’auteur me disait vaguement quelque chose, mais ce n’est qu’après une rapide recherche que j’ai pu lancer mon habituel « Bon sang, mais c’est bien sûr!» : Franck COURTES!  Magic 1999, ses magnifiques photos de Jean-Louis en Auvergne, les premières à Douharesse... Une série parmi tant d'autres pour un photographe qui a travaillé pour Les Inrockuptibles”, “Liberation”, ”Telerama”, “Le monde”, ”L’Optimum". Ni une, ni deux, contact pris via Facebook et demande d’interview, semble-t-il acceptée de bon cœur. Ni trois, ni quatre, lecture de ses deux derniers livres « Sur une majeure partie de la France » et «Toute ressemblance avec mon père» (édition JC Lattès). Un travail réalisé avec un grand plaisir : la plume de Franck est sobre, même si elle ne se refuse pas des pauses en pleine nature, le tout avec un découpage percutant au service du récit et de personnages attachants. Le fait que les deux livres soient « autobiographiques » ou inspirés de faits réels renforce leur attrait, même pour ceux qui n'auraient pas à préparer une interview de l'auteur.

Celle-ci sera une inter-ViOUS ET MURAT pure et dure : anecdotes remarquables (belle évocation de Daniel Darc...) et infos inédites (où comment un photographe a réussi à coucher Murat un soir à New-York), petit jeu des points communs, discussion sur la littérature… et un magnifique cadeau en prime : notre invité a accepté de nous offrir quelques photos inédites  de Jean-Louis !   J’espère que cette interview donnera envie à beaucoup d'entre vous d'aller plus loin, en découvrant les livres de Franck... 

     Devant des fenêtres,

                                                                                                Franck prend la pause et la photo:

©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone)    verso:  ©Jérôme Bonnet
©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone)    verso:  ©Jérôme Bonnet

©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone) verso: ©Jérôme Bonnet

 

Bonjour Franck,

 - Je voudrais d'abord revenir à la photographie... et en premier lieu, votre travail avec Jean-Louis Murat. Il me semble que vous l'avez photographié à deux reprises, avec un travail très différent, l'un  peut-être représentant un Murat des champs et l'autre,  un Murat des villes. Pouvez-vous nous en parler?

F. Courtès: J'ai photographié J.L. Murat à New-York la première fois, dans un grand loft d'artiste intimidant qu'on lui prêtait. On a regardé ensemble mon travail le soir, et il m'a avoué préférer de loin mon travail personnel qui est une sorte de journal intime en photo, plutôt que mon travail de commande où apparaissait de nombreuses personnalités connues en train de faire leur promo. On était bien d'accord sur le côté vain et parfois pathétique de ces gens qui ne cherchaient qu'à paraitre le plus beau, le plus séduisant possible. Il est impossible d'y résister, même les personnes les plus dignes s'y vautrent. C'est bien pour cette raison que je pense qu'il faudrait en finir avec ces beaux portraits d'écrivains, de musiciens, de politiques. En tout cas, moi, j'ai arrêté (en même temps que le sucre d'ailleurs, c'est drôle, non ?). Bref, J.L. Murat et moi, on partait en silence sur de bonnes bases, parce qu'on était sans s'embêter à le dire, bien d'accord. On a bu et il a fini à poil dans le lit avec sa guitare ! Habituellement c'est le genre d'idée qui vient aux filles, ça m'a plu ce pied de nez à la promo, car évidemment les photos n'étaient pas publiables...Une de la série new-yorkaise.

En Auvergne, c'était autre chose, il m'a fait écouter des démos magnifiques, il est une source inépuisable ! Et puis il a plongé ses mains dans une mare pour me montrer des oeufs de grenouille, on buvait de la tisane à la reine des prés, et il me répétait que c'était pas rien pour une plante, de s'appeler "reine des prés", qu'on devait y prêter attention. Et puis ma voiture n'a jamais voulu redémarrer, et on a fini les mains dans le moteur avec les pinces crocodiles. Sans lui, je ne repartais pas. C'était tout un symbole pour moi que Murat, avant de partir me refile de l'énergie, m'aide à redémarrer, mais je ne lui ai pas dit. Mon petit moteur intime tourne encore en partie grâce à lui...

 

                                                                                                                             ©Franck Courtes/VU’

 

- Ah, c'était à New-York... Vous aviez l'habitude de travailler pour Labels ou d'autres maisons de disque?

F. Courtès: Oui, il me semble qu’ils me donnaient pas mal de commandes photos. Je travaillais pour tous ceux qui me le demandaient en fait, je ne faisais pas attention aux en-têtes sur les bons de commandes. Je travaillais vraiment beaucoup et pour le plaisir, il m’arrivait d’oublier d’envoyer mes factures. 

- Concernant l'autre session, comment elle s'organise? A la demande de Magic ou via la maison de disque?

F. Courtès:  C’est venu de la maison de disque je crois. J’ai du mal à me souvenir, mais je ne serais pas étonné si on me disait que c’était pour rattraper la séance de nu de New York…!

- Ces photos sont très belles (à ce moment où on n'avait pas encore l'habitude des photos dans son environnement naturel), avec Murat cinglé dans un blouson d'aviateur et cette couleur sepia (utilisée par la future Mme Bergheaud sur Live in Dolores). Il me semble que vous êtes pourtant peu utilisateur de ce genre de filtre? 

F. Courtès: Je n’ai jamais utilisé de filtre. Le sépia, c’est un bain de conservation dans lequel on trempe son tirage papier pour en augmenter le pouvoir de conservation. C’est pour ça que les vieilles photos sont sépias, parce qu’à l’époque on fabriquait les choses avec une idée d’éternité, la pérennité était dans la tête des artisans, regardez les églises ou les maisons en pierre… Photoshop aujourd’hui imite ces rendus à la perfection, sauf que l’esprit n’y est pas. Comme le plaqué chêne imite le chêne. Dans un mur, aujourd’hui, même bien crépi, on sent le parpaing… La beauté, c’est avant tout l’esprit qui se cache derrière les choses et les actes, pas la surface.

- A la lecture de vos premières réponses, j'ai pensé à ce que vous disiez  sur votre travail de portraitiste:  "Réflexion, le mot n’est pas approprié, c’est plutôt une complicité d’un moment. Il y a même une part incroyable de hasards dans toutes mes images. Il faut juste être concentré sur ses sentiments envers ce qui nous entoure. Moi, j’imagine très peu, c’est déjà tellement riche de sens et même de poésie ce que font les gens". L'art d'être en empathie?

F. Courtès: Oui, il y avait une véritable empathie pour les gens dans mes photos, parce que j'en ai beaucoup dans la vie en général. Je suis assez admiratif des gens, j'ai toujours l'impression qu'ils ont des qualités que je n'ai pas. Il m'arrive d'aimer quelqu'un alors même qu'on est pas d'accord, juste parce que son raisonnement est sincère. J'aime beaucoup la sincérité, même si l'idée exprimée ne me plait pas entièrement. Maintenant, est-ce qu'il y a un art de l'empathie, je ne pense pas. Il n'y a pas d'art de tout. Etre dans l'empathie n'a pas grand chose à voir avec l'art. J'ai connu de très bons portraitistes qui méprisaient leurs sujets. Leurs photos étaient vraiment belles quand même. Disons qu'avec moi, il y avait de l'amour pour mon modèle, et s'il n'y en avait pas de prime abord, j'avais tendance à en rechercher.  

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

-  Vous faites parti des fondateurs des Inrockuptibles, je vous ai vu faire photo commune avec JD Beauvalet – j’aime citer Marie Audigier qui racontait que la consécration pour elle était d’avoir une critique de JD pour son disque-.  Vu l’histoire entre ce journal et Murat, je dois forcement poser une question (avec mon étonnement que vous n’ayez pas shooté Murat pour ce journal justement) :  est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur cette période de collaboration avec ce magazine ?

F. Courtès:  Je n’étais que le troisième photographe des Inrocks, après Renaud Monfourny et Eric Mulet. J’étais plus jeune et arrivé après eux, donc on me confiait les reportages que les deux autres ne voulaient ou ne pouvaient pas faire. J’étais très fier de travailler pour ce magazine, on faisait à peu près ce qu’on voulait en photo. Et puis ça s’est mal terminé à cause de l’argent. Ils ne payaient pas ou avec des mois et des mois de retard et des dizaines de relances humiliantes où j’ai perdu ma confiance en eux. Ils disaient qu’ils ne pouvaient pas, qu’ils n’avaient plus d’argent. Le jour où ils ont revendu une photo de moi à un magazine sans me le dire alors qu’ils ne m’avaient même pas payé le reportage commandé (à New York, les Fun Loving Criminals), j’ai arrêté, écoeuré. Les journalistes n’étaient probablement pas au courant de la manière dont ça se passait avec le règlement des factures des indépendants. Sinon, jamais ils n’auraient pu continuer à écrire certains articles emprunts de valeurs morales… J’en ai pleuré un moment. J’étais déçu, mais je n’ai rien dit, je n’ai pas fait de procès, j’aimais ce journal. Le mieux, c’était de prendre mes distances et d’en tirer les leçons, pas d’en donner. C’est la première fois que j’en parle publiquement. J’avais l’enthousiasme et la naïveté de la jeunesse, c’est cocasse de la perdre avec un journal qui a pour beaucoup été le journal de l’intégrité, et de l’élégance.

-  Quelles sont vos rencontres les plus marquantes?  (vous avez je le signale photographié au moins deux prix nobel  et un double ballon d'or... Feu Cruyff...) . Est-ce que vous avez quelques anecdotes?

F. Courtès: Ma rencontre avec Arthur H et Eric Holder ont débouché sur deux amitiés, mais je pourrais citer des dizaines de rencontres intéressantes. Je pense à Arletty qui m'a reçu chez elle quelques temps avant sa disparition. J'étais très jeune et ne faisais de photo que pour moi, je demandais aux comédiens un rendez-vous, au culot. Je l'avais contactée et elle m'avait reçu. Main dans la main, assis dans le canapé, elle m'a dit de cette voix extraordinaire: " Je suis heureuse qu'on s'intéresse encore à moi, mais ne faisons pas de photo, s'il vous plait, je suis aveugle, je ne les verrai jamais. Voulez vous encore un peu de thé ? Si vous avez du temps, j'aimerais qu'on discute plutôt." J'avais l'après-midi... Elle n'a pas une seconde quitté ma main qu'elle serrait de temps à autre quand elle éclatait de rire.

- Un des prix nobel, c’était Modiano, dont la séance est évoquée dans « toute ressemblance avec le père » : « il était en chaussette ce jour-là, mais je n’avais pas osé le cadrer de pied. Avec un homme politique, j’avais eu moins de scrupules en remarquant sa braguette ouverte, un jour, et m’étais arrangé pour que, dans le cadre, on ne voit que ça  » .  Il y a prescription :  c’était qui ?

F. Courtès: Il m’est arrivé des choses semblables, mais en réalité ce n’est pas arrivé à moi, c’est une photo que j’ai vue sur la planche contact d’un photographe de Libération, je crois que c’était Hugues de Wurstemberger. J’avais trouvé ça génial.

- Vous avez beaucoup photographié des auteurs et romanciers pour Lire et dans les coulisses de la Grande Librairie (France 5). Est-ce que cela a pu jouer un rôle dans votre vocation d’auteur ? Ou est-ce que c’est votre vocation d’auteur qui vous a permis de réaliser ces représentations photographiques ?

F. Courtès: Ça m’a donné en tout cas l’occasion de lire quelques pages ou le livre entier des auteurs contemporains que je ne connaissais pas. J’avis un réel plaisir à photographier les écrivains, parce que la plupart du temps, ils ne sont pas très conscients de leur image, ce ne sont pas des cabotins. Et puis leur univers est toujours vaste et intéressant.

- Vous parlez de cette vocation dans « toute ressemblance…. « je me suis mis à la photographie pour m’inventer un nouveau décor, une histoire à moi, pour remplir le vide. Circonscrire le monde, l’apprivoiser, l’épingler au mur. Par goût de la promenade aussi. Mes portraits  comme autant de têtes réduites, avec l’âme à  l’intérieur si possible, des prises de guerre[…] ».   A la lecture de ce livre, on se dit  que  ce vide n’a pas été rempli par la photographie… et qu’il a fallu l’écriture, et notamment de ce premier roman, pour se construire.     (je ne trouve pas de question… mais cela vous inspirera-t-il une réaction ?). 

F. Courtès: Je trouve aujourd’hui plus d’écho dans la littérature que dans la photographie. Ce matin j’ai discuté avec le peintre Emmanuel Fandre qui m’a avoué qu’il ne pouvait plus poursuivre sa série sur le corps humain, qu’il en avait fait le tour, qu’il devait passer à autre chose, un travail sur la couleur. Moi ça m’a pris vingt ans à faire le tour de mon travail photographique, il fallait que je passe à autre chose sous peine de tout perdre. J’y reviendrai peut-être un jour, mais je n’en suis pas du tout là.

 

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

- Est-ce que vous avez encore eu des contacts avec Jean-Louis Murat?

 F. Courtès: Je n'ai pas vraiment de contact avec lui. Mais je pense à lui très souvent. Je vais le voir en concert bientôt [Pias nites de mai] et il m'a écrit qu'il avait aimé mon dernier roman. Enfin un peu plus qu'aimé...

- Le nom de Murat était déjà dans votre précédent livre :  « il se moquait de la musique qui passait dans le bar, de Morrissey qui ne valait rien, selon lui, sans Johnny Marr. English tarlouze, il ricanait, mais toujours mieux que les french fiotes ! Une chanson de Murat commençait ».

F. Courtès: Oui, c’est une histoire vraie, un de mes amis très cynique, qui vivait indirectement de la musique justement.

 - On va passer aux questions rituelles.  Quand avez-vous découvert Murat? et écouté?  Vous le connaissiez avant New-York?

F. Courtès: Oui, je connaissais Murat bien avant de le rencontrer, une fille m’avait mis ses disques en bande son durant une nuit d’amour, ça m’avait troublé. 

- Votre album préféré de Murat? et pourquoi?

F. Courtès:  Le manteau de pluie, parce qu’il y a dedans ma chanson préférée Le lien défait.

- 3 chansons? et ce qu'elles vous inspirent?

F. Courtès: J’ai fréquenté la beauté, Le lien défait, Dordogne. Elle m’inspirent la campagne, l’amour, la mélancolie. Il chante si bien la campagne ce lieu où le mariage entre l’homme et la nature est possible et apaisé.

- Vous irez à la maroquinerie, mais l'avez-vous déjà vu en concert ? Si oui, quels souvenirs? impressions?

F. Courtès: Un concert de Murat est toujours unique, c’est à chaque fois une prise de risque, une expérience. On sent son humeur, qu’elle soit bonne ou mauvaise, il ne triche pas.

- La dernière question rituelle est normalement : Est-ce qu'il y a dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat ou dont il aurait été l'aspiration?  On va la modifier ainsi:

Pourquoi avoir mis cette citation de Murat dans votre dernier roman?  Est-ce qu'il a une influence dans l'écriture ou la genèse du livre?

F. Courtès: Murat me conforte dans ma colère face à la destruction de la campagne et des valeurs au nom du dogme borgne du modernisme, alors pour mon dernier roman, « Sur une majeure partie de la France », son esprit a plané sur mes pages. 

 

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

- Olivier Adam (que vous avez photographié) aime citer la musique qui l'a accompagné dans l'écriture d'un livre à la fois dans le livre lui-même (Murat, St-augustine...) et aussi en interview. Est-ce que la musique joue un rôle dans l'écriture? 

F. Courtès: J’ai toujours vécu entouré de musique, elle influe sur toute ma vie, la littérature y compris. La prose doit être musicale, sinon, elle sonne mal. Tandis que la musique n’a pas besoin d’être littéraire. La musique peut commencer avec le doux battement du coeur de votre fiancée. 

 - Pour poursuivre le petit jeu des rapprochements avec  Murat, il y a  le sport, vous concernant,  le judo et la course (sur laquelle vous avez écrit), Murat  a également beaucoup pratiqué la course, le vélo, le ski.  Vous avez dit :  « On peut l’appliquer à tout le reste. C’est grâce à la course que je me suis mis à écrire. Du jour au lendemain, cinq heures par jour ».  Murat lui : «  « Se surpasser physiquement complète l’effort de la création artistique ».  Est-ce lié au sport, mais vous vous retrouvez aussi dans une certaine discipline du travail artistique comme écrire le matin… ?

F. Courtès: Oui, j’ai infiniment plus de ressort intellectuel le matin. Je dois toujours faire un choix le matin : aller courir ou travailler. Je sais que si je ne cours pas, je travaille moins bien. C’est si pénible de rester assis des heures pour un garçon qui a tant détesté l’école… Même au bar, je prends rarement le tabouret. J’ai vu un auteur allemand à Berlin qui s’était fait construire un bureau haut pour rester debout pendant son travail. Un jour j’essaierai.

-  Dans toute ressemblance… :  « j’étais contrarié à l’idée de rencontrer un directeur artistique.  Le titre m’effrayait, ça sonnait comme chef des nuages,  ou préfet de l’eau vive ».  Là, encore, j’ai pensé à  Murat, qui travaille certes avec une Directrice artistique, mais dans une relation très particulière, et jamais avec un « producteur ».  Vous –même,  vous avez toujours refusé d’avoir un patron…  On peut imaginer le travail d’auteur très solitaire,  mais il peut y avoir des relectures,  un travail avec un éditeur.  Est-ce que vous avez appris à gérer cette peur ?

F. Courtès: Mais mon éditrice est tout sauf un patron, c’est quelqu’un dont je bois les paroles, que j’aime profondément. Elle fait partie de mon travail au même titre que ma compagne ou la bougie que j’aime allumer au dessus de ma feuille.

- Ma question est sans doute liée au fait que vous êtes les seuls auteurs contemporains français que j'ai lu récemment (avec Arnaud Cathrine),  mais Est-ce que vous vous sentez proche d'Olivier Adam justement?  "Sur une majeur partie de la France" et cette description de cette "3e" ou "4e couronne" m'a évoqué la façon dont il traitait cette "lisière" ou ce bord de mer dans "peine perdue"  ?

F. Courtès: Je me sens proche d'Olivier Adam parce que nous aimons tous deux raconter les gens dont on ne fait pas habituellement grand cas. Nous avons dû éprouver un jour une même tendresse pour des gens croisés ça et là. Je ne connais pas ses motivations, mais les miennes sont assez simples : les gens sans pouvoir m'ont toujours moins intimidé et davantage attiré que les gens à la recherche de pouvoir. C'est peut-être finalement par peur des puissants que je me suis réfugié auprès des plus faibles. Et c'est à leur contact que j'ai découvert leurs forces et leurs beautés discrètes.


- Pour en venir au livre, vous disiez que «son esprit avait plané sur les pages ».  C’était ainsi l’évidence de  mettre un vers de « Babel » en exergue  du livre ? Avez-vous hésité avec une autre citation ?     J’ai envie de citer une phrase du livre qui fera tilt bien sûr auprès des lecteurs réguliers du site : « ma passion pour cette terre, cette liberté, cette beauté, attachait pour toujours mon être au paysage ».

F. Courtès: J’ai failli mettre une citation d’Ernst Junger mais ça aurait fait un peu trop.

- Ce qui m’a paru intéressant dans la campagne que vous évoquez, et cela n’a pas été indiqué ainsi sur France 5 (voir ci-dessous), c’est que votre décor est loin d’être « le paradis pastoral » qui est l’univers de Murat, un environnement à potentiel touristique :  c’est un coin de région parisienne presque sans charme – beau que quelques  semaines  par an écrivez-vous –   alors que Murat lui chante aussi les louanges d’une environnement protégée, une terre avec une  identité, une personnalité….   Et cela renforce d’ailleurs votre discours…   (là encore pas de question qui me vienne, mais j’espère que vous en trouverez  à me répondre…]

F. Courtès: J’ai discuté avec un auvergnat il n’ y'a pas longtemps pour une radio. Il me disait qu’en Auvergne, l’identité et la beauté n’avaient pas autant subi les affres de la banlieue totale. Il reste des lieux magiques Sur une minorité de la France

- En lisant le livre, je n’avais pas forcement connaissance que vous vous inspiriez de faits réels et vécus. C’est sur l’évocation par le narrateur d’une rencontre avec Daniel Darc que je me suis dit que c’était bien vous qui parliez.  L’anecdote est bien réelle (c’était vraiment du cannabis ?) ?  Avez-vous encore fréquenté Daniel  par la suite?

F. Courtès: Oui, du cannabis trop fort pour moi ! Je n’ai pas revu Daniel à part dans un concert où il était tout seul à tituber dans un coin. Je me suis approché et très vite lui ai dit à l’oreille : « Je t’aime Daniel ». Mais je me suis vite éloigné avant qu’il pense que j’en attendait quelque chose. Je l’ai vu me sourire. Et puis une dernière fois dans la rue. J’étais avec ma file Daphné et quand j’ai aperçu Daniel arrivé en face au bras d’une jeune punk, l’air si clochard, je n’ai eu que quelques secondes pour avertir ma fille de dix ans qu’on allait croiser un des plus grands musiciens français, un poète, je ne trouvais plus les mots, mais ma fille a compris que c’était quelqu’un d’important en tout cas. Et il l’a embrassée, en lui parlant d’une voix extraordinaire, douce et rocailleuse. C’était un peu avant sa mort.

- L’autre chanteur juste évoqué dans le livre, c’est Bruce Sprinsteen (« un chanteur d’une voix éraillée qu’elle ne connaissait pas chantait qu’il était né aux Etats-unis. Né dans une ville paumée »). Murat aime à le citer quand il faut se justifier sur son « ancrage » territorial.  Pourquoi en parlez-vous ? Un marqueur (comme on dit maintenant)?

F. Courtès: Oui, c’était juste pour voir si des gens prendraient la peine de traduire et de le reconnaitre. Ce morceau nous faisait conduire vite, boire plus, faire des bêtises. Pourtant on ne comprenait pas les paroles !

- Le livre a certes un contexte,  avec un discours sur la campagne, mais ce n’est pas non plus ce qui fait le livre. C’est un vrai roman,  avec des personnages  dont on veut suivre la destinée, une tension dramatique (accentuée chez moi fortement par le contexte « drogue » ). Vous annoncez le drame, mais il y a un vrai suspens autour du dénouement.  J’ai l’impression que, comme dans le précédent livre,  on a l’impression de lire des nouvelles à chaque chapitre ?

F. Courtès: J’adore découper le livre en morceaux dramatiques. Ça me permet de jouer avec les ressorts, les suspens, comme dans les feuilletons. Je dis feuilleton, pas série…

- Il me semble que vous vous pliez de bonne guerre à la tournée de « promo » :  visite en bibliothèque,  rencontre scolaire, librairies et salons.  Murat à propos de la séance dédicace post concert,  faisant parler sa mère, disait : « ah mais à quoi t’en es rendu, mon fils ! ».   Est-ce que l’exercice vous plait ? Est-ce que le retour des lecteurs vous surprend, peut aussi vous influencer par la suite ?

F. Courtès:  Ce qui me surprend, ce sont les messages que les lecteurs m’envoient. C’est déjà tellement gentil de prendre le temps de m’écrire. De m’expliquer ce qui leur a plu, ce qui les a touché. Ça ne m’influence pas, mais ça me met de bonne humeur, et c’est déjà énorme, non ? Parce que c’est assez long l’écriture d’un livre, et si solitaire. Ces messages me font penser aux cris sur le bord d’une course cycliste : « Vas-y ! t’es le meilleur ! Fonce ! » Bon, je plaisante un peu, certains sont plus troublants, quand je découvre la résonance intime, la vibration que mes livres ont provoqué sur les cordes d’inconnus… 

Et toi!!                ©Franck Courtes/VU’
Et toi!!                ©Franck Courtes/VU’

Et toi!! ©Franck Courtes/VU’

Interview réalisée par mail du 30/03/2016 au 18/04/2016. Un grand merci à Franck Courtès, et à l'agence VU. (Si vous souhaitez partager des photos, merci de ne le faire qu'en utilisant le lien vers l'image ou de mentionner: ©Franck Courtes/VU’).

 

L'ensemble des portraits de Murat  de Franck publiés dans la presse (et d'autres infos) à découvrir ICI

Inter-ViOUS et MURAT- n°21:      Franck Courtès

LE LIEN EN PLUS

- Sur le Site internet de Jean-Claude Lattès.

- Des chroniques  de "Sur une majeur partie de la France"à lire: motsenmarge.com,  aussi là sur hql, et sur La Vie.fr qui aime passionnément.

- Une interview de 2013 dans l'Obs.

- Dans "la grande librairie" (le 7/04/16):

- Le photographe : site de l'agence vu'   et son livre "portraits d'auteurs"  encore disponible

On avait déjà vu les photos de Franck sur ce site dans notre chronique du dernier disque de Dominique Dalcan.

- http://www.surjeanlouismurat.com/2016/06/franck-courtes-photographe-suite.html

 

Maintenant, il faut s'en aller...    (salutations à Fred Plainelle).

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 18 Mars 2016

Voici une petite interview du chanteur clermontois Sébastien Polloni, auteur d'un bel album de chansons "Ravines", produit avec Guillaume Cantillon (ex-Kaolin) et sorti sur le label de Bertrand Betsch il y a presque un an (le 20 avril 2015). Elle est terminée depuis quelques temps mais j'attendais une actualité de sa part pour la publier... et elle arrive ce week-end... Et c'était assez important de vous l'annoncer, si comme moi, vous n'aimez pas les surprises, les gars qui s'inscrutent... En effet, Sébastien Polloni viendra CHEZ VOUS DIMANCHE! Oui chez vous! Et rien que pour vous, en concert privé... Via le site 1peet.tv, qui diffusera un set de 45 minutes (paf de 4 euros minimum). Le concept est intéressant...

Je continue mon introduction dans la première question... on se retrouve ci-dessous.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

 

Bonjour Sébastien,

 

- J'avais partagé votre clip sur le blog à l'occasion d'un article sur Bertrand Betsch qui vous a signé sur son label, mais je ne crois pas que votre nom ait figuré dans mon fil d'actualité muratienne et clermontoise. Vous m’avez contacté ensuite pour que je puisse transmettre à J.L. Murat votre disque, ce que j'ai fait cet automne. Est-ce que c’était important pour vous de lui faire écouter votre musique ou est-ce que dans le "désert foisonnant" du marché, vous frappez à toutes les portes?

Alors, reprenons les choses dans l'ordre où je pense les avoir vécues !
J'ai effectivement vu passer sur fb un article sur Bertrand Betsch, je suis donc allé voir le blog. Curieux à la fois de voir l'interview de Bertrand et ce que cachait ce blog sur Murat.

J'ai trouvé un contenu qui m'a plus, sans concession et j'ai effectivement découvert que vous aviez lié mon clip à l'interview de Bertrand (qui m'a signé sur son label).

Evidemment je me suis dis que si vous aviez partagé mon clip c'est que vous n'étiez pas insensible à ma musique et j'ai donc sollicité votre avis sur mon album.

Il y a longtemps que j'essaie de faire entendre ma musique à Jean-Louis Murat, je suis auvergnat comme lui, et j'aime sa musique, j'aime son côté brut en promo qui contraste avec sa voix feutrée et carressante. Pourquoi est-ce que je voudrais qu'il écoute ? Pour avoir son avis, ses critiques même, c'est à cela que servent les figures tutélaires...
Cela fait longtemps que j'essaie, mais je crois qu'à chaque fois c'est un échec. Lors de nos discussions, quand j'ai compris que vous pouviez avoir l'opportunité de lui passer un disque, j'ai effectivement sauté sur l'occasion. Je crois que depuis, il n'a toujours pas écouté une note de ce que je fais, mais comment lui en vouloir, il doit être sans cesse sollicité et je comprends que rien ne l'incite à découvrir mon disque plus qu'un autre...

En tout cas, même si j'essaie de saisir toutes les opportunités qui se présentent à moi, je ne frappe pas à toutes les portes. Je pense être intègre et ne sollicite que les personnes pour qui j'ai un vrai intérêt musical et artistique.

 

- Je ne voyais pas de manque d'intégrité dans la démarche de "frappez aux portes", simplement une nécessité si on a l'ambition de faire entendre sa musique. Vous parliez de figure tutélaire concernant Murat. Diriez-vous qu'il reste incontournable sur Clermont? Est-ce qu'à un moment, point godwin d'une discussion, on en arrive toujours à Murat? Je pense à Pain noir qui lui a tenu à s'écarter de lui en disant qu'il ne l'avait jamais écouté. Que représente-il à Clermont?

J'avais bien compris qu'il ne s'agissait pas de remettre en doute mon intégrité, mais je préfère préciser !
En fait je ne sais pas ce que représente Murat en Auvergne, pas plus qu'à Clermont même, ce que je sais, c'est qu'il a un public fidèle.
Personnellement j'ai beaucoup écouté Murat, pas tout, car sa production foisonnante ne m'en laisse que peu le loisir. J'ai adoré des albums comme Mockba, des morceaux comme Jim, j'aime sa poésie éthérée et cependant terrienne. Il y a quelques années, alors que j'en étais à mes premières productions musicales, un programmateur local m'a dit que je devrais m'adresser à 2 personnes pour demander leur avis ou de l'aide. Il s'agissait de Guillaume Cantillon (Kaolin) et Jean-Louis Murat. A cette époque j'ai essayé brièvement d'entrer en contact avec les deux, sans succés. Les hasards de la vie m'ont fait rencontrer Guillaume, j'ai pu travailler avec lui et avoir ses talents de réalisateur sur mon album. J'espère que le prochain sera Murat et que la boucle sera bouclée...

En parlant du point Godwin, il y a une certitude... Quasiment tous les projets chansons d'envergure de la région qui me touchent ont un lien avec Jean-Louis Murat, récemment on peut citer Matt Low ou Morgane Imbeaud... Je me désespère donc de ne pas avoir eu ce privilège...

 

- Vous n'êtes donc pas un "Muratien invétéré", mais pouvez-vous nous en dire plus sur votre histoire avec Lui? Est-ce que vous vous souvenez quand vous l'avez écouté pour la première fois?

Je ne suis certes pas un Muratien invétéré s'il s'agit de tout connaitre par coeur. Je ne suis d'ailleurs pas un fan invétéré de qui que ce soit, il y a des artistes que j'aime énormément mais je n'en idolâtre aucun... Je ne me souviens pas de la première fois où je l'ai entendu, ce qui signifie que je devais être très jeune... en général ma mémoire est bonne !

 

- les questions rituelles:  Votre album préféré de Murat?

Mockba

- 3 chansons préférées de lui? Et bien sûr pourquoi?

La fille du capitaine parce que je la chantais sans cesse à ma plus grande fille sur sa table à langer...

Jim: parce que j'ai souvenir d'un live remarquable sur NPA... la musique et le texte me transportent et son côté cinématographique me plait.

Maria Dolores: pour ce côté si intime...


- Est-ce que vous l'avez déjà vu en concert?

Je l'ai vu en concert à Animatis en version trio: un très beau souvenir de concert *Issoire, tournée Mockba

- Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui vous évoque Murat ou dont il serait une partie de l'inspiration?

Dans mon répertoire, je pense que "les hommes au revolver" est la chanson qui se rapproche le plus de son univers: le chant lexical est assez commun avec celui de Jim par exemple !

 

- Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours de musicien? (de l'éducation musicale jusqu'à votre album)

Alors, à l'école primaire j'ai fait beaucoup de solfège ainsi que du piano. J'ai dû arrêter cela vers 12 ans. Je ne sais pas comment cela est possible, mais je ne me souviens quasiment de rien... J'ai laissé complètement dans un coin de mon cerveau tout cela et je n'arrive pas à y accéder ! Quoi qu'il en soit j'ai décidé de m'acheter une guitare lors de ma 18ème année (en 1995) et j'ai bossé cet instrument en autodidacte complet. Dès les premiers accords appris, je me suis tourné vers la composition. J'ai fait mes premiers concerts, aussi maladroits qu'amateurs, quand j'avais 21 ans.
Parallèlement à cela j'ai fait une licence de maths, puis passé le capes, puis 5 ans après passé l'agrégation de maths, je ne pouvais donc consacrer qu'un temps limité à la musique. A cette époque, je jouais en version groupe assez rock. En 2008 la coopé m'a proposé la première partie de la Grande Sophie en solo: j'ai accepté. Ce fut mon premier concert solo, et le premier avec une guitare acoustique: j'adore me mettre en danger. J'ai décidé ensuite de tourner seul, de faire mes armes devant un public, en me présentant avec juste une guitare et un texte...
Vinrent quelques autres formules... Puis j'ai rencontré Papillon en 2012, nous avons immédiatement adhéré à nos univers respectifs et commencé à travailler ensemble.
En 2013 j'ai eu la proposition de Guillaume Cantillon de me réaliser des titres, j'ai peu après signé sur le label "Les Imprudences" et Bertrand et Audrey Betsch m'ont convaincu de faire un album complet. Cet album est sorti en avril 2015.
Ce parcours est chaotique et jalonné par des rencontres inattendues... Le hasard est mon guide...


- Est-ce que vous étiez déjà sous votre nom ou sous un nom de groupe? (question pour les archivistes du rock clermontois)
Je préfère qu'on  ne retienne rien de cette période là !

- Que pouvez-vous nous dire de plus sur cette rencontre avec Bertrand Betsch? et ce nouveau label?
Bertrand Betsch m'a signé dès qu'il a entendu mes titres. C'est un immense honneur qu'il ait aimé mon univers. Sa qualité artistique est énorme, sa production foisonante et toujours de très bon goût. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur Toulouse et Clermont, c'est qualqu'un de charmant. Ses conseils et son avis me permettent de me setir légitime et me donne toujours plus confiance, c'est un plaisir d'être sur le même label !

 

- J’avais contacté Audrey et Bertrand Betsch pour une autre question, et Audrey m’a exprimé comme elle s’était en quelque sorte prise en pleine face la difficulté de faire exister un label et sa production.

Je crois effectivement qu'elle ne savait pas au moment de ma signature à quel point la qualité ne suffit pas. Elle a toujours été claire, son but ainsi que celui de Bertrand est sûrement que je trouve une autre structure capable de porter mon travail en termes de communication et de contacts..

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J'ai demandé  à Bertrand Betsch de nous parler de Sébastien :

"Sébastien est un garçon charmant et extrêmement talentueux. Je me souviens que lors de l'élaboration de son album, à chaque fois que l'on recevait un nouveau morceau, Audrey et moi étions interloqués. A chaque fois, sourire aux lèvres, on se faisait la même réflexion : "ça y est, encore un tube". "Mais comment ce garçon fait-il pour ne faire que des tubes !". Sa plume, sa voix et son sens mélodique à chaque fois font mouche. Ils sont rares ces artistes qui dès leur premier essai se réalisent sans détour et enquillent les moments de grâce. La qualité des arrangements et de la production aussi est très importante. C'est à cela que l'on reconnaît également les futurs grands. Certes Sébastien est très talentueux mais il sait aussi très bien s'entourer. Papillon et Guillaume Cantillon ont su se mettre généreusement au service de ses chansons pour les emmener vers le meilleur. Je lui souhaite longue route, en toute amitié. B/B/"
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- Vous avez aussi été dans un collectif Novembre, notamment avec Julien Estival, pouvez-vous nous en parler? Est-ce encore d'actualité?


Le collectif s'appelalit "Septembre" ;) ... Il n'existe plus. L'idée était de se fédérer, mais nos univers artistiques prenaient des chemins trop différents et nos priorités n'étaient plus les mêmes pour que perdure cette belle aventure.

- J'aimerais bien parler de votre album maintenant... et j'ai pensé que j'allais peut-être vous demander de nous parler de 3 titres de votre choix (musicalement, textes, histoire)...

Hum... Que c'est difficile... L'album porte le titre de "Ravines". C'est un titre qui me tient à coeur, je pense que le texte est assez abouti et que la mise en musique colle bien au côté "poisseux" du texte. C'est ma part sombre qui s'y exprime, j'y ai mis beaucoup de moi et beaucoup de références... Certains auront sûrement remarqué les clins d'yeux à Bashung...


Un titre aux antipodes: "Le Pont des Arts": rythmé et en apparence très léger... en apparences seulement, ce titre parle aussi bien de la difficulté de vivre une histoire à deux que de la peur de la page blanche... Pour moi il n'y a que des Ponts puisqu'il faut sans cesse franchir des obstacles.


Enfin, je choisis "les hommes au revolver", parce que de tous mes titres c'est sûrement celui qui se rapproche le plus de l'univers de Jean-Louis Murat, et parce que ce morceau est le fruit d'une collaboration très étroite avec Papillon. Là encore c'est une histoire complète en elle-même et une métaphore dans son ensemble, aussi. Ce titre résonne très différemment depuis le 13 novembre, il est terriblement d'actualité... La version scénique est très différente de la version album, plus "Eastwoodienne" !

- J'ai été très interpelé par Rose-Croix  du fait de cette référence en titre (à cause d'un visiteur solitaire d'un château en Normandie- ultraprivate clin d'oeil)  et aussi de cette très jolie guitare sur ce titre (et ce grand beau final intrumental).             

Ce titre est très intime, je suis ravi de voir qu'il touche aussi un tiers !

Ce morceau est une ode à la métaphore... celle des alchimistes.
Transformer le plomb en or est le but des alchimistes. On sait depuis des siècles que cela est impossible... Mais il ne faut pas se borner au premier degré, cette quête est une métaphore de ce que doit viser l'humaniste: opérer un changement sur lui-même, faire de son quotidien quelque chose de sans cesse meilleur. Nous sommes tous de "l'hypothétique or pur", dans le sens où il ne tient qu'à nous de nous transformer, de nous transcender, de viser le meilleur.
Ce morceau est bourré de références plus ou moins ésotériques, libre à chacun de les chercher et de les décortiquer...

- Le prochain album de Fred Jimenez devrait donc vous plaire...  Comment envisagez vous la suite? Vous multipliez les concerts depuis novembre en tout cas, dont prochainement dans la boutique de la Kütü Folk?

J'ai envie de jouer, encore et toujours et le plus loin possible. J'ai déjà de quoi faire un nouvel album... peut être un moment de studio va-t-il arriver...

- Question subsidiaire: vous avez joué avec Matt Low, eu une date dans la boutique d'Alexandre Rochon...  Savez-vous si la famille Bergheaud vous a écouté?

Je suis ravi de rencontrer toutes ces personnes, mais je ne crois pas que la famille Bergheaud ait écouté... en tout cas aucun retour pour l'instant !

 

Interview réalisée par mails du 5/12/15 au 31/01/16. Merci Sébastien.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°20 : Sébastien Polloni

On termine par un long texte de Bertrand Betsch:

  • « Ravines » de Sébastien Polloni

Par

Né un 1er juillet, Sébastien Polloni, avec son premier album « Ravines », incarne l’été de cette nouvelle chanson française décomplexée qu’a vu naître le XXIème siècle…

Artiste rôdant aux alentours de Clermont-Ferrand, Sébastien Polloni s’est adjoint les services de Dany Rodriguez alias Papillon et de Guillaume Cantillon (ex chanteur du groupe Kaolin). A eux trois, tantôt co-auteurs, co-compositeurs, co-arrangeurs et co-producteurs ils forment une sorte de triumvirat qui règne en maître sur ces 11 chansons au parfum inédit.

Déboulant de nulle part, Sébastien Polloni s’impose dès son premier essai comme un artiste déjà parfaitement accompli. Ils sont si rares ces premiers albums qui vous plantent d’emblée un décor comme on franchit un col de montagne pour déboucher sur une vallée harmonieuse qui vous en met plein les mirettes. C’est la principale force de ce disque. Tout est en place. Pas une chanson en dessous de l’autre. Une arrivée plus qu’un départ. Un véritable accomplissement. Une marque de fabrique qui tient dans ce pari fou de proposer des morceaux qui vous enrobent dès la première écoute. Des textes écrits au cordeau, des mélodies entêtantes, des arrangements composés de guitares acoustiques très présentes, relevées ici ou là par des guitares électriques tendance ligne claire, quelques notes de claviers, des batteries simples et efficaces et des chœurs comme des tapis volants.

Mi-dandy, mi-cow-boy, Sébastien Polloni impose son style original, mêlant la tourbe au miel. Ni vraiment pop, rock, folk ou chanson française pur jus, ou tout cela à la fois, Polloni impose d’emblée son propre idiome. Tantôt sophistiqué, tantôt rugueux, Polloni n’est jamais là où on l’attend. Son album « Ravines », plein de ravissements et de ravins, est de ces disques tellement rares que l’on écoute en boucle comme une envoûtante ritournelle. « Ravines » est un carrousel où l’on se plaît à tourner indéfiniment. Parfaitement maîtrisé, il participe d’une certaine idée de la grâce. De celle qui nous révèle toute la beauté du monde, dans ses évidences comme dans ses escarpements…

En bon enchanteur, Polloni distille à travers ses chansons une sorte de poésie de contrebande.

Dans cet album il y a des « secondes hors d’haleine » et « des étreintes qui traînent ».

Il y a des sortes d’incantations qui nous permettent de dompter la pénombre, de faire en sorte que nous soyons « maîtres de nos parts d’ombre » et que « la nuit apprenne à nous connaître ».

Il y a cette tendresse dans la voix, dans les mélodies finement ourlées, dans les chœurs irisés.

Il y a la valse des amoureux « le long du pont des arts », ce « pont des hasards » où chacun espère sceller une histoire d’amour au long cours.

Il y a des « ravines dont on ressort KO » et où « l’on titube le vertige à la main » mais dont on finit par se relever prêt à affronter « d’improbables matins à pisser contre un mur ».

Il y a des « hommes au revolver » et « aux manières brutales » qui n’en finissent pas de rêver de bousculer un monde trop policé pour être honnête.

Il y a des coups de sang, la menace d’un fusil, des malédictions, des coups du sort.

Il y a des effluves corporelles qui nous viennent de nos amours de jeunesse, ces « idylles surannées ou simples histoires de cul » qui ne sont « qu’un peu de chair froissée ».

Il y a la réminiscence des rondes enfantines où l’on se promet de se marier, l’un en cow-boy et l’autre en fée.

Il y a l’expression de ce sentiment de finitude qui gouverne nos existences car « même les lignes droites, même les courbes de reins, tout comme le début ont aussi une fin ».

Il y a également le désir de jouir de l’instant présent, de ne penser à rien d’autre qu’à la volupté délivrée par la chaleur d’un corps endormi dans les draps d’un matin délicat.

Il y a ce pari fou de vouloir transformer les cailloux que l’on a dans nos chaussures en diamants, d’aller puiser « dans le creuset de nos fêlures » pour en extraire « l’hypothétique or pur ».

Il y a ce mouvement de balancier sous un vieux chêne, « les poches vides, les artères pleines » avec juste cette envie de se sentir exister, pleinement, passionnément, follement.

Il y a tout cela et beaucoup d’autres choses.

L’album est sorti le 20 avril sur le label Les imprudences. Pas de risque, il vous plaira. Je vous le promets.

Bien-sûr: retrouvez nos autres interviews exclusives dans la catégorie "inter-ViOUS ET MURAT" (Françoise Hardy, Jeanne Cherhal....) dont les récents:

Eryk e

Laurent Saligault

Deux autres interviews sont programmés... on ne s'arrête plus!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 10 Mars 2016

Après la chronique de son disque publiée en octobre dernier, je suis très fier de vous proposer une interview de LAURENT SALIGAULT, tout-à-fait inédite et exclusive: Il s'agit en effet de sa  première! C'est pourquoi, avant de parler de son album, et du fait du peu d'informations disponibles sur lui, j'ai voulu le faire parler de son parcours, son travail avec Mickey Finn, Sébastien Hoog, Merlin, Jeanne Cherhal et Barbara Carlotti notamment et c'est passionnant. Au delà de l'anecdote savoureuse qui aura sa place dans la grande histoire du rock, c'est aussi l'occasion - dans la lignée de l'interview précédente des 3 lyonnais- de parler de la vie de musicien, de la difficulté de faire vivre un disque,(même pour un vrai parisien). Un grand merci à Laurent Saligault de s'être investi dans cet exercice.

Merci de vous pencher attentivement sur ce dialogue puis d'aller découvrir la pop de Laurent sur bandcamp (CD physique disponible pour 10 euros ou en téléchargement).

 

Edit: Laurent Saligault aux 3 Baudets le 25 avril 2016, à 20h.

Laurent Saligault, the first interview.

Bonjour Laurent!

- En sachant que je vous ai découvert sur scène avec Carlotti et Cherhal qui sont deux artistes qui apprécient Murat, je souhaitais savoir si c'est aussi un artiste qui vous plait ou vous intéresse?

 Je ne connais pas ses disques.  Je crois qu’il est très prolifique mais je peux écouter. Quel album me conseillez-vous ?

- Ok !  On ne part donc pas sur l'inter-ViOUS et MURAT classique - Comme quoi, on peut faire de la « française pop »  en ignorant totalement Murat!  Je vous conseille Lilith et Parfum d'acacias au jardin -un dvd-, le Moujik et sa femme,  mais l'album Mustango est souvent celui qui est cité). Parlons-donc de vous…    Je crois que vous êtes autodidacte. Comment en êtes-vous venu à la musique?

- Je suis en effet autodidacte, j’ai commencé assez tard (17 ans). Avant je voulais être footballeur.  J’avais des amis de lycée qui avaient un groupe mais sans bassiste, ni chanteur.  Je ne savais pas jouer de basse et mon expérience du chant se limitait à des imitations sur les vinyles des Beatles dans ma salle à manger.   J’ai trouvé un job dans une poissonnerie pour l’été dans le but de m’acheter une basse et en attendant, un ami m’a prêté une guitare classique pour que j’apprenne des lignes de basse.

J’ai bossé sur le double rouge des Beatles (la compilation des singles) et sur The Cure, mais du coup j’ai appris à jouer de la guitare et tout de suite l’envie m’est venue d’écrire des chansons… En juillet, j’ai acheté ma première basse (une Fender Precision). Dès ce jour, j’ai stoppé le foot et décidé d’être musicien. Premiers concerts de rock (chanté en anglais) à la fête du lycée puis dans les bars, premières maquettes. Ensuite,  j’ai rencontré Seb Hoog (1994) on a fait nos classes ensemble dans les clubs de blues rock, on jouait les Stones, les Beatles, les Who, Bowie, Hendrix….

 

- Avec Sébastien Hoog, une amitié de plus de 30 ans donc, je l'apprends... mais on y reviendra... 

 On se connait avec Seb depuis le 1 octobre 1994, on cherchait un guitariste pour notre Groupe (the Sticky Beets), il travaillait dans un magasin de musique à Pigalle, on s’est tout de suite entendu ! Lui Hendrix, moi les Beatles.

Sébastien derrière Izia (copyright Julien Mignot-Babel)

- Footballeur, vous étiez vraiment sur la voie du professionnalisme ? A quel poste ? (j’ai vu une DRH qui m’a dit que c’était important de donner son poste dans un CV!).

J’étais gardien de but, pas mauvais mais trop petit (1m72) le football changeait à l’aube des années 90 : plus physique. J’étais un gringalet, suite à des blessures j’ai fait 2 matches en Division d’Honneur qui à l’époque était le 5eme niveau en partant d’en haut.  Gardien de but et bassiste c’est pareil ;-))

- A partir de ce moment-là, vous devenez ainsi rapidement musicien professionnel?  Vous jouez avec le fameux Micky Finn (à ne pas confondre avec le batteur de Marc Bolan .comme certains journaux à la mort de ce dernier).   Pouvez-vous nous parler de cette expérience avec ce musicien de Nino Ferrer et d'Higelin et qui disait ne pas aimer les musiciens français? 

Avant de parler de Micky,   il faut passer par la case Alain Gouillard (dit Merlin). Avec Seb nous faisions les bars de rock blues. Un jour,  notre batteur n’était pas dispo pour une date et  il nous a envoyé  Merlin, batteur virtuose, de quinze ans notre ainé, qui avait joué, entre autre, avec Edition spéciale, Océan, HF Thiefaine et Bertignac. Nous l’avons gardé et ça a été le début d’une époque : le groupe Ego (qui existe encore). Ça a été pour nous le premier contact avec un musicien confirmé, reconnu et professionnel. Je dois reconnaitre, qu’en tant que bassiste, je lui dois beaucoup et Seb dirait la même chose…

Micky,  je le connaissais depuis longtemps sur les vinyles de Nino. Un jour, Merlin m’a appelé pour me dire que Micky remontait les Bluemen, son groupe des années soixante, et qu’il l’avait recruté à la batterie en lui laissant le choix du bassiste ! Etant également chanteur, je me suis retrouvé Bassiste/chanteur de Micky Finn and the Bluemen. 

Micky était un grand, on apprenait juste en l’écoutant jouer…  je veux bien en parler mais il faut un chapitre juste pour ça !

   pochette Higelin à Mogador3 pages sur Mickey dans un livre sur Nino Ferrer

- Mais vous avez donc fait partie du même groupe que Jimmy Page!...  C'est impératif de s'attarder d'autant que j'aime beaucoup l'histoire du rock à travers des personnages, et  mettre en lumière sur le blog certains "oubliés"!   Comme à chaque fois que j'ai une question sur les années 70, j'ai interrogé MICHEL ZACHA... Voici ce qu'il m'a dit: "Micky, Je l'ai connu en 68 à St-Trop  [il était effectivement animateur d'une boite là-bas]. Très cool… très discret et extrêmement doux, disponible et gentil".    Dans une interview accordée en 1991 aux «Inrockuptibles » (n° 30), Nino Ferrer évoque son Micky avec une fin magnifique: « Il avait joué avec tout le monde, les Pretty Things, les Stones, les Small Faces, Electric Banana... Avec lui ça a été une grande aventure, il m'a beaucoup marqué. Nous sommes restés amis, je l'aime très très fort. Il m'a beaucoup apporté, c'est un frère (…) C'est le genre de type qui me téléphone bourré d'un bar d' Hambourg à six heures du matin pour me dire qu'il pense à nous et qu'il nous aime. Un vrai bohémien, un gitan... Il pourrait être aujourd'hui le guitariste des Stones, mais il est trop destroy. Il n'a pas de maison, pas de fric, pas de vêtements. Si tu travailles avec lui tu dois lui prêter ta guitare, ton ampli... Il explose ton ampli, fout ta voiture dans le fossé, vide ton frigidaire, met le feu à ta maison. Quel mec génial ! ».    Est-ce qu'il s'était un peu assagi à l'époque?

Pas vraiment assagi non !   Tout ce que dit Nino est vrai, je l’ai vérifié de 1999 à 2006, nous avons fait un paquet de concerts la plupart dans des bars, mais aussi chez les bikers…

C’est la personne la plus attachante que je n’ai jamais rencontrée, très doux, guitariste mais aussi auteur-compositeur extraordinaire,  vraiment très drôle et hyper R’n’R. Bien sûr, il buvait une quantité d’alcool impressionnante, vivait chez des potes ou des maitresses, taxait des guitares… Il lui arrivait toujours des trucs incroyables. Sans exagérer, j’ai au moins une vingtaine d’anecdotes incroyables et drôles…  Mais il faut surtout retenir de lui son « son », cette main droite incisive très British et ses chansons… 

 

- Sans en faire un chapitre, ah, svp, contez nous au moins une de ces anecdotes  à ranger dans la grande histoire du rock and roll  (on l'y rangera à côté de l'histoire de la  bouteille de J.Daniels que sa fille a fait circuler durant la cérémonie d'enterrement).

Nous jouions à Orbec, au Bar de la Mairie je crois et Micky avait mal aux dents,  du coup il était d’une sobriété rare, même boire était pour lui peu agréable. Après la balance, je suis allé à la pharmacie lui acheter du Synthol puis j’ai vaqué à mes occupations.

Au repas du soir, avant le concert,  Micky me dit : « yeah Lolo c’est super ton truc ! Ca marche drôlement bien ».   On commence le concert. Il avait posé sur son ampli une pinte de blonde, un petit verre de whisky et la bouteille de Synthol à moitié vide. C’était un de ces début de concert où il jouait super (pour trois concerts, il y en avait un énorme, un moyen où ça restait encore très bien et un vraiment catastrophique). Je me souviens qu’après la 2eme chanson,  je le vois se diriger vers son ampli, prendre la bouteille de Synthol et la finir cul sec ! Ensuite,  il attrape le verre de whisky, le vide dans sa pinte et en boit une bonne moitié !

Merlin heureusement avait tout vu ! Lui et moi avons passé le 3eme morceau en larmes, mort de rire, à ne pouvoir plus respirer et encore moins chanter. Micky m’a confirmé ensuite qu’il avait  bien tout bu (la première moitié dans l’après-midi). Le concert, ce soir-là, fut excellent car Micky du coup avait commencé à boire tard ou alors le Synthol en boisson a des vertus inconnues… Reste à savoir s’il savait qu’il s’agissait juste de bains de bouche ? Je pense que oui (malgré son air ingénu quand je lui ai dit… après) mais qu’il a eu envie d’essayer quelque chose, que ça marcherait mieux comme ça…

(en fin d'article, une vidéo avec Micky, Merlin et Laurent).

1999 : Enregistrement de l'album "Black hole" de Mickey Finn and the blue men avec Micky Finn (Guitares et chant), Merlin à la batterie et Laurent Saligault à la basse + 4 titres "go clean" en 2002.

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- Et  c'est un peu une surprise (on vous connait plus dans l'environnement pop de Cherhal et Carlotti) que de vous découvrir bluesman à bikers!!  C'était une musique dans laquelle vous vous épanouissiez?  Dans la vidéo, vous parlez aussi d'un concert avec Luther Allison (le genre de souvenir peut-être assez unique, et qui a tendance à devenir "légendaire" - petit clin d'œil au  pote de Murat Christophe Pie, batteur des Delano Orchestra, qui a joué avec Chuck Berry...)?

En fait, j’ai fait mes armes dans ce milieu (Seb également) et même dans le milieu chanson/pop,  je pense avoir une image plutôt R’n’R, Barbara l’est aussi dans son genre, la basse/batterie/guitare d’"histoire(s) de J" aussi…

J’ai fait une quantité énorme de clubs et bars  avec Sticky beets, Ego et Micky, peut-être 500…. J’ai chanté la voix reprise dans un ampli de guitare dans toutes sortes de lieux (y compris chez un vendeur de pneus) et notamment aux Puces de St-Ouen (où j’ai rencontré Luther Alison, Merlin, Micky et tant d’autres)… D’ailleurs, nous y avons joué avec Seb et Merlin le 14 février (Brasserie Biron).

 

- Ego est le groupe que vous avez avec Merlin et Sébastien, aviez? (répertoire Who, Led Zeppelin, Beatles ai-je lu).     Quant au Stinky Beets, pouvez-vous nous en dire plus?  (le nom a été repris par d'autres)

Ego existe toujours mais il tourne au ralenti. Par contre, quand on joue, c’est du lourd : Power trio!

Pour les Sticky Beets (betteraves collantes), il s’agit de  mon premier groupe formé avec mon pote de collège Jean Serge Karsky (batterie), ensuite nous avons intégré 2 voisins (et amis d’enfance)  de l’immeuble ou j’ai grandi dans le marais : Paolo Lauri (basse) et Eric Kipnis (guitare). Moi, je tenais la guitare rythmique plus pratique pour la composition. Enfin, il y avait  un chanteur new-yorkais Tadzio Koelb. Nous faisions du pop rock en anglais.  Au bout de deux ans,  les autres ont jeté l’éponge.  Nous nous sommes retrouvé Jean Serge et moi, je suis parti à l’armée (et oui) et puis nous avons décidé que je repasserai à la basse et au chant et que nous recruterions un guitariste (Seb Hoog), un pianiste (Ed Schmitt) complètera le line up (1994/95). Aucun disque ne sortira de ces 2 périodes mais j’ai un sac de sport rempli de cassettes 4 pistes. On avait des super chansons…

Ego

Sébastien HOOG, compositeur d'Izia, arrangeur d'"histoire(s) de J." pour Cherhal:  "Un petit mot sur Laurent? Tu peux lui dire que je suis fier d'avoir appris la musique avec lui..."

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- Durant toute cette période-là,  avez-vous travaillé en "studio" avec ces artistes ou d'autres? (repère: Sébastien commence à travailler avec Barbara en 2006, puis pour Daphné et Izia)


Quand j’ai dissous le groupe (Sticky Beets) en 95,  Seb et moi avons commencé à apprendre notre métier  dans les bars parisiens (rencontre avec Merlin),  nous jouions un peu partout : le chat noir, who’s bar, Baryton et tant d’autres…
Moi,  je continuais à vouloir défendre mes chansons (en français maintenant). Quand nous avons monté Ego, l’objectif était d’enregistrer des originaux. Nous avons enregistré un disque de 10 titres (4 Saligault, 4 Merlin, 2 Hoog) qui est sorti en 50 exemplaires (c’est vrai !).  Mais le groupe battait déjà de l’aile : Seb jouait dans un groupe en Angleterre, il commençait à être dans le  bizz (ah ah) : Big Mama puis Barbara alors quand Merlin m’a proposé Micky, j’ai dit "Tant pis ».

Au final,  cette période a duré de 1996 à 2004 environ. Dans mon coin, je continuais à enregistrer chez moi un bon paquet de chansons que je jetais pour en écrire des meilleurs (j’en ai 150).  J’avais fait un quatre titres mais que je n’assumais pas complètement. Je jouais dans pleins de projets annexes  à Micky [Catholic Boys], mais toujours dans les bars et vivait de cachets en cash et du RMI. 

Ego (collection personnelle de Sébastien)

- Comment cela s'est-il enchainé ensuite pour vous?

Seb jouais de la basse avec Barbara Carlotti  (tournée les lys brisées) que je ne connaissais pas et puis,  il a eu Daphné et je l’ai remplacé sur les 6 dernières dates de la tournée. Puis, Barbara a fait « L’idéal »  et je suis reparti deux ans en tournée (2008/2009). Après,  j’ai réalisé un EP pour Vanessa Chassaigne,  puis j’ai rencontré Antoine Leonpaul qui venait de sortir son premier disque et partait en tournée : je l’ai accompagné à la basse et à la guitare avec Stéphane Bellity (Ricky Hollywood) à la Batterie (2010/2011). 

Parallèlement, avec toutes  ces fréquentations,   j’affinais mon style et continuais à « remplacer » mes chansons par des meilleures!  Ensuite,  Barbara sort L’amour l’argent le vent et on repart en tournée en 2012/2013. Là,  ça s’accélère un peu : Jeanne Cherhal me demande de faire la basse pour son projet Amoureuse au 104 (2012) puis d’enregistrer son prochain disque (août 2013) puis de faire la tournée (2014/15). 

Parallèlement, je réalise une signature sonore pour Marionnaud qui va s’avérer lucrative : je m’achète un Magnéto à bandes, des micros, des préamplis,  bref du bon matos, et j’entame en avril 2013 la production de mon premier disque.  En juin de cette même année,  je fais la basse pour le 2eme Disque de Nicolas Comment avec Raphaël Leger à la batterie que j’ai rencontré sur Barbara C.   et qui est le batteur du groupe Tahiti 80.  En ce moment, il produit le disque de Cléa Vincent [vous les accompagnez parfois sur scène] et a  tenu les baguettes sur mon disque.

 

- J'avais un peu imaginé que votre disque était celui d'un  (bébé)requin de studio, ou d'un musicien  qui voulait s'affirmer, et je constate que c'est en fait un projet muri depuis de très nombreuses années par un auteur-compositeur interprète.   Encore quelques questions sur ces collaborations:  je suis forcé de vous faire parler de Barbara et Jeanne, dont j'ai tant parlé sur le blog... et des soirées merveilleuses que vous m'avez fait vivre avec elle (au moins 5 je pense). Que pourriez-nous vous dire sur Barbara?  Un souvenir de concerts ? (vous terminiez à la guitare, avec elle au milieu du public).

Barbara est quelqu’un de super qui se met toujours en danger artistiquement. En plus de son immense talent,  elle est travailleuse, drôle et fidèle. J’ai fait 2 grosses tournées avec elle et d’innombrables projets annexes. Entre ses tournées, elle écrit toujours de nouvelles choses (conférences chantées, spectacles littéraire).  Du coup quand on bosse avec elle, on doit toujours apprendre des nouveaux morceaux !

Le groupe est l’un des plus drôles jamais rencontrés (JP Petit : guitare / Benjamin Esdraffo : claviers / Raphaël Leger : Batterie et choeurs / Jérémie Régner : claviers, percussions et choeurs / Laurent saligault : basse, guitare et choeurs). On a vraiment beaucoup rigolé durant toutes  ces années.

Pour l’anecdote et puisque vous parlez de « bête farouche » (guitare au milieu du public),  voici une histoire qui résume l’esprit qu’il règne dans cette équipe : Barbara se perd entre les sièges du public et capte toute la lumière, j’arrive en 2eme position avec une partie de guitare pas simple à jouer en me faufilant parmi les gens dans les rangées étroites de fauteuils ou dans les allées en escalier, souvent dans la pénombre, ensuite, arrive le reste du groupe, faisant choeurs et percussion. Pendant les 3 minutes que dure la chanson, c’est l’occasion, pour les 4 cancres qui suivent derrière moi, de blagues diverses et loufoques (toujours drôles bien sûr) ! Barbara à ce moment est connectée au public et même aux gens puisqu’elle les touche et qu’ils peuvent la toucher, moi je suis connecté à Barbara pour que la chanson se passe bien et eux, il profite que la maitresse ait le dos tourné pour embêter le 1er de la classe (que je suis à ce moment-là)…

 

Barbara, la grande prêtesse.

Comment je n'ai pas assuré avec Barbara Carlotti  et un 2e compte-rendu de concert

Vidéo en fin d'article d'un set de janvier 2016 (Barbara et Laurent au petit bain, à Paris)

- Ah, ils ont été discrets dans les concerts auxquels j’ai assistés… L’anecdote est amusante en tout cas, car  les musiciens faisaient très sérieux, voire patibulaires… 

Même question pour Jeanne (vous aviez sévèrement remué le théâtre de Fourvière cet été notamment).

Pour Jeanne,  c’est une ambiance finalement assez similaire. Si Jeanne est peut-être un plus sage, l’équipe  n’est pas en reste en matière de  rigolades. Sur scène,  je suis particulièrement connecté avec Jeanne par le fait que nous jouons tous les 2 des lignes de Basse (elle au piano). Nous avons quelques passages duo (l’oreille coupée, j’ai faim, noxolo, femme debout) où nous jouons juste tous les deux et où la connexion est indispensable. Jeanne entend tout ce qui se passe, c’est une excellente musicienne doublée d’une talentueuse compositrice. Les deux barbus qui avec moi forment le trio « hacking band » sont des sérieux également, Seb qui est mon frère musical, et Eric Piffeteau (Little Rabbit) qui est un de mes batteurs préférés (super son et laid back). Les bons soirs,  quand la machine est huilée, il y a les chansons délicates et charismatiques de Jeanne avec derrière elle une fantastique locomotive électrique.

- Est-ce que ces participations marquantes  (je rappelle que Seb Hoog a réalisé Histoire(s) de J,) ont fait évoluer votre propre travail? 

En termes de méthode certainement (j’entends l’organisation, les réseaux, etc…).  Il est également certain que l’écriture de Barbara et des autres (je pense aussi à Antoine Leonpaul) m’a influencé à force de fréquentation. Avec Seb les influences sont miroirs. Je n’ai jamais été complaisant avec mes chansons, j’ai toujours voulu progresser et j’ai énormément écrit, enregistré, composé. Je suis un laborieux et j’aime ça.

- Ces concerts avaient certains éléments de mise en scène, de scénographie (qui ne vous impliquait pas énormément certes), comment vous sentez-vous avec cela?  Le côté "comédie" de la scène? Et le côté "très cadré" d'un set? (Murat revendique de ne jamais jouer un morceau de la même façon).

Je viens de la pop musique, donc a priori c’n’est pas trop mon truc, tout au moins pour mon projet. En tant qu’accompagnateur,  je n’ai rien contre au contraire (Barbara le fait beaucoup). Ca peut être drôle même quand je vais voir un concert d’un artiste que j’aime, j’aime bien qu’il enchaine les chansons et qu'il les joue bien. Parler 2 heures entre les titres, une fois par concert pour le lien avec le public je comprends mais parfois la tchatche masque le talent, Mick jagger laisse rarement passer une minute entre deux chansons et j’aime ça … Après,  je ne suis pas un extrémiste et quand c’est bien fait, je le reconnais. 

En résumé en tant que musicien,  le côté comédie c’est souvent cool (ça fait des pauses, ça donne du rythme au show…),  en tant qu’auditeur ou interprète je préfère un truc plus rock.

- Petite précision pour mieux connaitre la vie de musicien:   toutes ces rencontres se sont faites petit à petit, de contact en contact? Ou bien avez-vous tout de même un agent, avez-fait des essais pour décrocher des engagements?   Est-ce que c'est d'avoir pu assurer votre intermittence dans les années récentes qui vous permet de concrétiser ce projet solo?  
 

Petit à petit, de contact en contact sans chercher à "faire du réseau" (ce que font beaucoup d’entre nous) et je n’ai jamais eu d’agent. Il faut sortir, trainer, s’intéresser aux autres projets, ne pas hésiter à dire : «  j’aimerais jouer avec toi », et s’activer sur les réseaux sociaux. Après, si on a  une bonne gueule/look, qu’on travaille vite (mon cas), qu’on a de l’humour, qu’on est sérieux et surtout qu’on est bon, alors c’est plus facile…

 

- J'ai découvert avant hier Antoine Léonpaul. Vous êtes arrivé dans son parcours après son premier album, mais vous travaillez maintenant plus étroitement avec lui. Pouvez-vous nous en parler? Ce nouvel album est-il encore signé chez Because?

J’ai rencontré Antoine en 2010, il venait de sortir son premier album, il cherchait un musicien polyvalent pour l’accompagner (basse, guitare et choeurs). On s’est tout de suite bien entendu et on a finalement intégré un batteur (Stephane  Bellity) que je connaissais. On a fait une vingtaine de concerts.   On est devenu amis : même génération, même quartier d’enfance, même goût pour le matos vintage et la production à domicile et puis Nino Ferrer, William Sheller…

A la fin de la tournée,  on a commencé à enregistrer chez lui ses nouvelles chansons, j’ai fait quasiment toutes les guitares et basses, c’est un bon songwriter. Le nouvel album n’est pas encore sorti et je ne sais pas dans quel cadre il sortira. Il travaille aussi sur des tournages, il a réalisé mon clip (Ma Vieille Honda), il est également auteur (pour Michel Muller).

au Printemps de Bourges. Bertrand VACARISAS / PURECHARTS.FR


- Encore un dernier mot sur une autre collaboration passée ou future, Vanessa Chassaigne peut-être?

Avec Vanessa, on a écrit une petite dizaine de chansons, je l’ai rencontrée alors qu’elle cherchait un bassiste, j’ai emmené avec moi Raphael Leger et on a joué en trio. Vanessa organise depuis 2009 un petit festival  dans une ferme marine près de Sète (Août). Depuis 2010, je les ai tous fait ! C’est un lieu paradisiaque et au fil des années la programmation s’étoffe. J’y ai rencontré et accompagné Antoine (trois fois), joué avec mes chansons (4 fois), accompagné Mehdi Zannad (2 fois), Nicolas Comment,  Vanessa bien sûr (chaque année), Barbara Carlotti en duo (2015). Pour compléter la liste de ceux qui y ont joué : Rover, JP Nataf, Mathieu Bogaert, Laetitia Shérif, Ricky Hollywood, Luce, Batist (qui joue la guitare dans mon Trio), The Rodéo, O, Wilfried etc.

En 2011, j’ai produit un cinq titres chez moi, des chansons qu’elle avait écrites avec Jay Alenski (compositeur de Lio). Je ne travaille avec elle que très rarement aujourd’hui (faute de temps).


* Medhi Zannad (Fugu, qui a droit à son article dans « la française pop » de Conte. La Féline, récemment interviewée, en a été aussi.

la photo de couverture sur fb de la page de Vanessa

Festival "sur le sable" à Vic La Gardiole.

 

- Passons enfin  à votre disque...  Vous nous avez dit que vous aviez un gros stock de titres, est-ce que vous avez  eu un fil directeur pour en choisir  8?

Non. J’ai pris les 8 qui me paraissaient les plus aboutis. En fait, je compose en maquettant (pour l’écriture des textes,  c’est toujours quelque chose de chaotique et sans méthode de travail). Depuis une dizaine d’année,  j’ai trois dossiers sur mon mac : « bloc note »  qui sont les idées jetées en vrac ou des musiques sans texte ou une phrase de départ,  « honneur » qui sont les chansons terminées mais que je ne considère pas assez fortes, des chansons de travail ou des exercices de style. Et enfin « premium » qui sont les chansons les plus excitantes souvent les récentes pas encore désenchantées par le temps. Les chansons vont de l’un à l’autre selon mon humeur, mes goûts ou l’avis d’un ami.

Pour illustrer mon propos, je prépare en ce moment la production de mon prochain disque, j’ai écrit une nouvelle chanson, les 8 autres viennent  du bloc note et la dernière est une rescapée de « honneur » ayant retrouvé grâce à mes yeux.

Pour répondre à votre question, plus qu’au fil conducteur, je pense à la variété des titres sur un même disque (up tempo, ballade, morceau bizarre, morceau long ou court et si possible tube ;-).   J’ai grandi à l’école Beatles qui pouvait mettre sur un même disque Eleonor Rigby, Yellow Submarine et Tomorrow Never Knows (Revolver).

 

- Mon idée en  posant cette question du fil directeur était d'aborder cette dictature du "storytelling" pour exister médiatiquement et dans les labels (Burgalat expliquait qu'il ne sortait pas un disque prêt parce qu'il n'avait rien de particulier à en dire). Qu'en pensez-vous?

C’est sûr que d’un point de vue bizness c’est toujours mieux d’avoir une histoire à mettre en avant, même si c’est souvent indigeste d’entendre toujours la même histoire dans toute les émissions où un chanteur passe faire sa promo.

J’aime assez l’idée de faire un disque parce qu’on a des chansons, point. Après,  il y a le conceptuel (par exemple faire un disque tout seul, ou sur un vieux magnéto, ou ceux qui partent écrire et enregistrer dans un pays lointain, ou ceux qui font un disque après une rupture ou une naissance ou encore sur un seul thème, etc.),  je pense y venir un jour mais un premier disque c’est souvent une présentation donc pas besoin d’en dire plus.  Je peux parler de chaque chanson (comment, quand et où m’est venue l’idée, ou comment, où et avec qui je l’ai produit) mais je n’ai pas grand-chose à dire en général sur ce disque, si ce n’est que je suis content de l’avoir accouché (et produit) moi-même, que j’en suis content car je pense qu’il vieillira bien et que j’ai hâte de faire le suivant.

 

- Du coup,  est-ce que vous avez eu des contacts avec des labels? Ou avez-vous eu une stratégie un peu différente (Pain Noir était sorti en digital avec microcultures, ce qui lui a ensuite permis de signer)?  la question m'intéresse parce que je suis quand même étonné que ça ne trouve pas preneur... 

Là vous touchez le point sensible ! Car si j’accompagne sur scène et en studio des artistes confirmés et surtout signés, que je fréquente leurs labels, tourneurs éditeurs et autres managers, il n’est pas évident pour moi (et pour tant de mes collègues chanteurs) de se mettre en avant vis à vis d’eux, c’est à dire, se mettre dans la lumière et dire : je chante, j’écris, je compose etc. Je n’ai pas encore assez confiance en moi pour « y aller » complètement. Evidemment, j’ai démarché à gauche à droite (j’ai quand même donné plus de 200 disques),  avec quelques résultats (surtout des concerts) mais si on n’est pas un bulldog (ce qui est mon cas), c’est plus difficile.  Je ne suis pas du genre à harceler un directeur artistique tous les jours pour qu’il me signe. J’ai été quelque peu refroidi quand j’ai distribué mon disque autour de moi (j’entends les gens du bizz qui me connaissent en tant que bassiste) par le nombre  « super Lolo,  je te fais un retour honnête, je te dis ce que j’en pense" et qui ne m’ont jamais répondu.

Du coup, ma stratégie  c’est : avoir de la visibilité sur internet et surtout faire des concerts (clubs, petites salles,  pour rencontrer d’autres personnes susceptibles d’aimer ma musique). Pour le prochain, je vais travailler différemment, c’est à dire démarcher les pros avec mes maquettes, et si rien ne se passe je le produirais moi-même comme pour le premier.

- ... Je vous prends au mot...  Pourriez-vous nous parler de 3 de vos chansons?  Libre à vous d'en dire ce que vous souhaitez...   

Ma Vieille Honda a été écrite en Grèce, sur l’ile d’Amorgos, dans les Cyclades, elle fait partie de ces rares chansons que j’ai composées sans instrument à portée de main.

Ça peut faire cliché ou exagéré mais c’est la stricte vérité,  nous étions avec mon amie sur un ponton près des rochers, un site de baignade idéal, elle son livre, moi mon cahier acheté sur l’ile et je me suis mis en une après-midi à écrire tout un tas de chansons,  quelques mots que je me chantais dans la tête puis j’écrivais sans difficulté l’intégralité du texte. Quand j’ai eu fini la première,  je suis descendu dans l’eau 5 minutes  puis remonté écrire la suivante, et ainsi de suite jusqu’à l’heure de partir boire une Mythos, quand le soleil passe au-dessus des collines. Le lendemain, nous sommes revenus nous baigner dans ce lieu et j’ai repris mon travail presque comme un rituel, c’était devenu un jeu¸ je m’interdisais de me baigner tant que je n’avais pas fini la chanson en cours (il faisait 30°). Ce deuxième jour, je me souviens avoir écrit une chanson appelée « sur les rochers » m’être baigné et être ressorti de l’eau avec cette phrase « j’aimerais tant être un autre que tu n’connaitrais pas pour retenter ma chance avec toi, comme si tu n’m’avais jamais vu »,  le tout avec la mélodie ! Je me suis assis et j’ai tout écrit d’un trait, l’idée de la honda était provisoire,  presque pour boucher un trou, puis le soir en relisant, je me suis dit :  « ben non c’est cool la honda, ça fait route, romantique, un peu loser » (dans l’histoire il s’agit d’une voiture et non d’une moto).  Le problème était de me souvenir de la mélodie (je n’écris pas la musique), je l’ai évidemment perdu le soir en allant manger etc.  Mais le lendemain matin elle est revenue définitivement dans ma tête.

En rentrant à Paris,  j’ai commencé à enregistrer des maquettes de la chanson dans tous les sens  (j’en ai 5 versions). Elle fut le déclencheur de mon projet de disque, chronologiquement c’est la 3eme plus ancienne, mais j’avais enfin ma chanson référence résumant mon identité musicale et ce que je suis. Durant ces mêmes vacances,  j’ai écrit le texte de Blue Star ferry.

Carton est une autre chanson importante pour ma construction. Elle est la deuxième plus ancienne (la plus vieille étant Fatigué). Elle date de l’époque où j’avais vraiment du mal à finir une chanson, je faisais écouter mes démos à mes amis et je sentais bien que ce n’était pas encore ça ! Je me souviens, j’étais à Lyon après un concert avec je ne sais plus qui, et j’ai fait écouter cette minute de démo que j’avais enregistré peu de temps auparavant, il y avait un petit orgue, une basse, un tambourin et ma voix suraigu qui chantait la mélodie avec des « tadadas », il y avait un couplet et un refrain pas plus. Une personne que je ne connaissais pas a dit  «  c’est joli ça ! ».

Rentré chez moi, j’ai ouvert le Bloc note¸ extirpé le dossier appelé « aigu bizarre »,  j’ai copié collé 3 fois le couplet/refrain,  ouvert une piste voix, chanté la première phrase :  « j’ai tous les bonbons, tous les moutons, tous les garçons »,  c’était une voix inédite pour moi, je me suis pris au jeu,  j’écrivais un phrase sur un bout de papier et je l’enregistrais. Au final, j’ai eu ce texte bizarre avec cette voix bizarre. C’était provisoire, en attendant… Je n’ai jamais ni rechanté ni réécrit quoi que ce soit car ces voix/textes sont ceux qui figurent sur le disque ! J’ai tout enregistré autour. Tous les gens à qui je faisais écouter me disait : « elle est super cette voix, tu pourras jamais refaire mieux ».  De plus, sans faire exprès,  j’avais écrit une chanson sur la douleur mentale des gens qui dorment dans la rue sans que ce soit tire larme, moraliste ou je ne sais quoi.

Il n’y a que le final (voix plus grave sur les grosses guitares de Seb Hoog) que j’ai chanté au plus tard 

Civic est la petite dernière de l’album (même si elle joue en premier). En terme de réalisation,  c’est ma préférée. Quand j’ai décidé de me lancer dans la production de mon disque, j’étais en pleine tournée L’amour l’argent le vent avec Barbara et je découvrais le musicien qu’elle avait ajouté à l’équipe pour cette tournée : Jérémie Régner : un grand, auteur compositeur interprète, clavier, percussionniste choriste etc. On s’est toute suite entendu musicalement, la même passion pour McCartney et le matériel vintage.

J’avais bien avancé dans ma sélection de chanson,  j’en avais 7 qui tenait la route et je cherchais ma huitième (je m’étais dit que 8 c’était bien pour un premier). Un jour dans le tour bus,  je lui fais écouter une chanson un peu bizarre car en 7 temps (nous faisions beaucoup ce genre de truc avec Ego)  pour la tester, sauf que j’avais muté (coupé) la voix.

Il écoute au casque et moi je ne sais pas qu’il n’y pas la voix. A la fin, il me dit « super ! c’est bien d’avoir un instru sur un disque ».  Ca a fait tilt, je l’ai enregistré avec Raphael Léger (batterie) sur mon magnéto à bandes la semaine d’après. La basse est le seul instru qui date de la démo.  A partir d’elle, j’ai fait les acoustiques (même session que batterie),  puis un jour que Seb passait à la maison, il m’a fait quelques solos que j’ai montés ensuite, et puis enfin Jérémie est venu enregistrer toute une clique de claviers. Après j’ai rajouté des chœurs et bidouillé avec des bandes de classique qui trainaient dans ma boite de bandes.

- En matière de textes, vous vous disiez besogneux mais vous racontez là une écriture rapide sur un bout de serviettes… Est-ce que vous vous sentez auteur ? est-ce important pour vous de chanter vos propres mots ?  Que pouvez-vous nous dire de votre écriture ?

En fait je dois avoir un complexe social qui me fait dire ça (fils d’ouvrier, petit fils de paysans) mais en vrai je me rends compte que c’est les autres auteurs qui ne parlent pas de leurs difficultés à finir un texte, ou à trouver un thème. Finalement, je ne me sens pas auteur mais j’en suis un ! Je pourrais chanter les mots des autres s’ils sont issus d’une collaboration de travail, par exemple un texte dont j’aurais fait la musique et qu’on aurait peaufiné avec l’auteur dans le cadre d’une séance de travail.

Hormis les 4, 5 titres écrits d’un seul jet, j’aurais plutôt tendance à écrire en chantant sur mes maquettes, en tout cas pour l’idée de départ, après c’est le brainstorming qui commence, je travaille sans jamais être content vraiment, et puis ça vient d’un coup sans prévenir. Dans les textes, je pense être un romantique qui a un peu peur de se prendre au sérieux et qui du coup met toujours une note légère, ou psychédélique, ou drôle soit au sein d’une même chanson, soit d’un groupe de chansons (un disque par exemple  avec une ballade romantique un up tempo avec un texte léger, puis un texte avec un thème plus grave, une drôlerie etc.). Quoiqu’il en soit j’écris pour la chanson, les textes sortis de la musique, ce n’est pas mon truc. En résumé je suis un rockeur qui aime la variété c’est toujours mieux qu’un chanteur de variété qui s’essaye au rock !

- Dans ma chronique,  J'ai parlé des Who à l'écoute de  "blue star ferry"... Est-ce que c'est effectivement une référence que vous aviez en tête pour ce titre?

Vous avez vu juste ! Les Who sont inscrits définitivement dans ma carte d’identité musicale. Avec Seb et Merlin,  on joue une partie de Tommy sur scène (enfin sur les estrades des bars),  plus quelques standards  (substitute, my génération…).

Avec Seb,  on a déchiffré tout ça pendant notre saison comme g.o. musiciens au club med d’Otranto dans les Pouilles(1998). Quand j’aborde un nouveau morceau,  il y a toujours le truc récent entendu qui me donne envie, mais à peine commencé le travail, il y a une lutte entre ma construction musicale et le désir de me surprendre ! Pour Blue star ferry (qui est le nom de la compagnie grecque),  le basse/batterie est très Who je le concède mais c’est sans m’en rendre compte tellement j’ai écouté, joué et chanté ce groupe.

Il en est de même pour les Beatles ("pendant les zones de turbulences » archi LennonMcCartney). Dans la liste de groupes que j’ai en moi, on peut rajouter les Stones,  les Floyd, Dylan, Neil Young, The Cure, ACDC,  Bowie et pour le français, Nino Ferrer, Polnareff, Sheller et tellement d’autres (Mlle Carlotti…).

- Concernant l'instru, j'ai pensé à Florent Marchet, qui en place un  dans tous ses albums, et en profite pour faire des références à des grands compositeurs :Colombier, De Roubaix, Morricone... et c'est amusant d'apprendre que c'était un peu le hasard vous qui vous a orienté là-dessus.  Florent Marchet lui par contre, fait le choix presque d'une "pastille", 1min30, générant une frustration certaine.... mais évitant l'épineuse question "comment mettre une fin à un morceau instrumentale?" Est-ce que c'est une question que vous vous êtes posée?

En fait,  ma principale inspiration pour les instrumentaux, c’est les albums McCartney I (1970) et McCartney II (1980),  disques truffés d’instrumentaux. Mais aussi avec Ego nous en avions 3 ou 4. Mon prochain disque commencera également avec un instru, je trouve ça élégant de ne pas imposer sa voix et ses textes dès le premier titre.

Pour la fin,  j’ai voulu mettre ce petit montage car j’ai toujours aimé bidouiller avec les magnétos à bandes,  il s’agit d’une création à partir d’un truc classique (je ne sais pas quoi),  découpé aux ciseaux et recollé presque aléatoirement (truc piqué au Beatles, qui avaient dû le piquer à je ne sais quel avant-gardiste). Au départ,  ça durait 1mn de plus (ouf). Je pense l’avoir mis là pour dire « ok c’est mon premier disque, je prends des voix sérieuses, chante des trucs mélancoliques, me la pète sur la photo,  mais tout ça n’est pas sérieux, c’est juste pour mon plaisir ».

- La dernière question que m'évoque ce point:  Est-ce que composer une musique de films vous intéresserait?

J’ai fait, en 1991,  une chanson (aucun intérêt) pour le court-métrage d’une amie et après,  quelques tentatives non retenues, mais j’adorerais ça !  Sinon j’ai fait en 2013 cette signature musicale pour Marionnaud qui a financé mon disque.

- Jeanne a dit de son trio de "histoire(s) de J": "ils sont restés bloqués dans les années 70"...   Qu'est-ce que vous en pensez?   Et si vous "rejetez cette affirmation",  est-ce que vous avez d'autres références plus immédiates (en matière de pop, on s'attend à ce que nous cite Daho, Dominique A, Murat, JP Nataf ou les innocents...)?  Vous citiez Sheller, qu’a-t-il de particulier à vos yeux?

C’est vrai que quand on joue ensemble Seb et moi,  on a des réflexes de jeu seventies et Eric n’arrange rien car il joue pareil.

Moi, j’ai commencé la musique dans les années 80 et j’ai aimé pleins de trucs de l’époque : Cure, Depeche mode, Tears for fears etc.  Et puis en français, il y a eu Taxi girls, Ntm, Daho, l’album no comprendo des Rita Mitsouko, et surtout Michael Jackson qui a une influence énorme sur moi,  même si ça ne s’entend pas.

Pour William Sheller, j’aime le citer car il est sous-estimé dans la variété française, grand mélodiste, arrangeur interprète et auteur (tout comme Nino Ferrer mon préféré). 

 - Le côté 70, on peut peut-être le retrouver dans l'utilisation du saxo dans l'album. Etant fan de Supertramp, j'accroche... mais le saxo a une sacré mauvaise image chez certains.  Je n'ai jamais compris pourquoi... Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire (l'utilisation de cet instrument dans la pop et dans votre album)?

Ah oui, j’ai oublié Supertramp, j’adore ! Sur Fatigué, j’ai utilisé le procédé utilisé sur Hide in your shell (crime of the century), c’est-à-dire le saxo qui reprend à la fin la mélodie de voix.

Mais bizarrement, c’est plutôt les eighties qui m’ont donné envie d’en mettre, le côté kitch, careless whisper de G Michael ou les Bowie années 80 ou encore, je ne sais plus quelle chanson de Dire Straight sur Brother In Arms.   Pour le son, j’aime bien le saxo qui joue sur 2/3 titres de l’album « Band on the run » et aussi sur « Pendullum » des Creedence. 

Pour revenir à mon disque, au départ ça ne devait être que sur « Reste » et puis j’ai trouvé qu'il manquait une envolée finale sur « Fatigué »…  Il y a beaucoup de snobisme chez les auditeurs de musique surtout s’ils sont musiciens !!  Moi non plus je ne comprends pas pourquoi ! C’est la même chose pour l’harmonica ou le djembé. Dans les années 1990/2000, il y avait plein de groupe qui mettait du ukulélé partout, c’était hyper branché, maintenant c’est total ringard, c’est comme ça. Par contre, si vous mettez Ram On de McCartney (joué au ukulélé) dans une soirée, vous êtes « super in ».

- Vous parliez  de Taxi girl, est-ce que vous y avez pensé sur "vie de chien" ?

Pas directement. J’avais déjà 3 chansons (fatigué, Carton et la Honda) et j’étais décidé à faire un disque. Nous étions fin 2011, et je me souviens que Vanessa m’avait dit « tu devrais essayer de faire quelque chose de "plus moderne, plus électro" ce qui m’avait un peu vexé et surtout, j’avais trouvé ça bête car c’était du suivisme. Il y avait un gros revival  80 à l’époque, avec des groupes qui pompaient Taxi Girl, Ellie et Jacno.

Moi, j’connaissais bien Taxi girl (j’ai 4 grandes soeurs) et j’écoutais ça (indirectement), quand c’est sorti, j’aimais bien ! Une nuit d’insomnie, je quitte mon lit, vais dans mon studio, et tout doucement sans faire de bruit je chante le 1er couplet de Vie de chien  sur un beat électro (le tout au casque). J’y ai passé la nuit, j’avais tout fait en midi avec des instrus virtuels (donc pas de bruit car mon amie dormait 2 pièces à coté) et chuchoté la voix et c’est vrai qu’à ce moment-là, je me suis dit «  tiens,  je peux faire ça aussi ? Mais d’où ça vient ça ? ». Probablement un peu de mes soeurs et de leur taxi girls…

Interview réalisée par mails entre deux couches, trois concerts, un enregistrement d'un 2e album, entre autres choses,  tout cela entre le 10 Janvier et 25 février 2016.

Chronique : http://www.surjeanlouismurat.com/2015/09/grand-saligault.html

Sites officiels:

https://laurentsaligault.bandcamp.com/releases

https://www.facebook.com/laurent.saligault

25 avril 2016, concert aux 3 Baudets!

Retrouvez l'intégralité des interviews du blog (F. Hardy, Erik Arnaud, Bertrand Louis, La Féline... et la toute récente collaboration de JL Murat: Eryk e.) là: http://www.surjeanlouismurat.com/tag/inter-vious%20et%20murat/

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 21 Février 2016

J'avais proposé à Stéphane Pétrier (multi-interrogé ici et ) du groupe Voyage de Noz (créé en 1984)  de rencontrer Sly Apollinaire il y a quelques mois. Une discussion entre un "ancien" (qui se fout d'être moderne?)  et un "nouveau" (dont le futur album fera l'actualité on l'espère) me paraissait intéressant. Ils partagent de plus quelques goûts communs (Murat, le rock progressif...).  Quelques semaines avant le grand retour des NOZ sur  scène (15 mars),  l'occasion s'est présentée lors du concert d'un 3e musicien, déjà interviewé ici: MATHIS. Celui-ci jouait au transbordeur, pour la sortie de son dernier album "ombres et visages"; réalisé avec des musiciens réputés : Almosnino, Yan Péchin, Christophe Deschamps, Jean-Max Méry... 

Le hasard a fait que la rédaction d'articles avait amené sur Lyon ce jour-là, Matthieu, notre correspondant clermontois, et il s'est donc joint à nous. Et ce n'est donc pas, Mesdames, Messieurs, deux... ni même trois, et encore moins quatre.. mais 5 personnes qui se rencontraient pour vous  dans l'angle du bar  du Transbordeur, de 19 à 20h30, le  21 janvier 2016,   pour évoquer les projets de chacun, et  le monde de la musique  à Lyon et ailleurs.  On évoque bien-sûr un peu Murat... et on découvrira un amusant rapprochement entre le Voyage de Noz et l'Auvergnat... avant de terminer sur les réponses de Sly aux questions rituelles de l'inter-ViOUS ET MURAT-. 

Je fais court car...  je vous propose la rencontre quasi in extenso... 

 

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

 

Pierrot : Alors, Mathis, vous ne vous connaissez pas avec Sly…

Mathis : Et bien si, si… On se connait bien ! En fait, on répétait dans le même local… Sly est parti et d’autres groupes sont venus, dont le Voyage de Noz justement !

Sly : Et comment c’est maintenant ? Il ne pleut plus dans le sas d’entrée ?

Mathis : Très bien, tout a été rénové… et les voisins sont charmants, ils te regrettent…

Sly : Ils me manquent aussi… parfois (rires).

Pierrot : Sly, tu as toujours comme manager Pierre Carron qui s’est occupé de Daho ?

Sly : Oui, toujours. Depuis que je t'ai rencontré en septembre aux Belles Journées, on essaie de sortir mon disque. Le processus de création de l’album a été long. Et cela fait 5 ans que j’y pense. J’avais fait de quoi sortir un album autoproduit, et finalement j’ai refait des prises, et pour la bonne cause, dans des bonnes conditions… mais maintenant il faut accoucher… Je n’en peux plus… Et je suis passé au français."

Stéphane : Et tu as des concerts de prévu ?

Sly : Je pense qu’on reprendra au printemps, mais il n’y a rien de calé. Et puis, il y a eu un changement d’équipe, de musiciens. J’ai joué la semaine dernière, mais en solo, tout seul avec la guitare… La priorité c’est l’album.

Stéphane : Donc il y a des négociations avec des labels ?

Sly : Oui, c’est ça. L’album est prêt, mixé, et c’est en attente de signature.

Stéphane : Et tu prépares aussi un clip ?

Sly : Oui, aussi, on va tourner, mais je ne sais pas quand ça sortira.

Stéphane : Et le clip que j’ai vu, Trampoline ça date de quand ?

Sly : Deux ans environ, déjà.

Sly fait son cachottier :

La semaine suivante, il était à l’EPICERIE MODERNE pour une résidence de 3 jours. Sur le site officiel de la salle de Feyzin : «La pop folk sombre de l'auteur-compositeur a pris un tournant résolument électrique dans son nouvel album prévu pour le printemps, et réalisé avec des musiciens d’Étienne Daho. L'objectif de la résidence est de mettre en place ce set en conditions live, avec un travail affiné sur le son et la scénographie ». Les musiciens de Sly : Louis Fort (claviers, ex She Demons), Philoons (basse, ex-Ravenhill mon ancien groupe), et depuis peu avec Raoul Vignal (guitariste ayant un projet solo sous son propre nom) et Jessy Ensenat (batteur de Sunder).

 

 

Pierrot : Et donc, toi Mathis, toujours en autonomie complète : manager, producteur…

Mathis : Oui, alors moi, j’ai aussi essayé de présenter mon projet mais non mixé. On a enregistré l’album , on fait des séances entre février et novembre, et là, à partir d’octobre 2015, j’ai cherché à présenter le projet pour voir si des labels ou des studios étaient intéressés pour finaliser le projet artistique. Il n’y a pas eu de retour concret, et j’ai pris le parti de le mixer, de le sortir et de créer un peu un événement artistique et médiatique pour faire valoir l’accomplissement de cette expérience et de ces chansons. Maintenant, la démarche est la même : chercher un label ou un manager. Il faut que je passe par cette voie là pour passer un cap. En toute sincérité, j’étais un peu réticent parce que j’ai jusqu’à présent réussi à gravir les échelons de l’autoprod comme je le souhaitais, mais je sens bien que je touche mes limites.

Pierrot : Alors Stéphane, tu n’as pas d’actualité brulante…

Stéphane : Oui, y’a pas de label… (rires). On joue ici le 15 mars avec le Voyage de NOZ. Sans raison particulière, parce que l’album est loin d’être fini. Je pense que ça va faire du bien…

Le groupe n’a pas joué depuis plusieurs années (septembre 2013 !)

 

Pierrot: Mais tout cela me fait penser un peu à ce que tu as vécu, notamment au moment du signe, quand il y avait un manager qui investissait sur le groupe, une distribution…

Stéphane : Oui, ça me parle assez tout ce que vous dites, parce que j’ai vécu tout ça, à une autre époque. Pour le premier album, j’avais signé en édition avec Pathé Marconi. Tout le premier album avait été signé en édition. Je ne savais pas trop à l’époque ce que ça voulait dire. Pathé nous a payé des journées de studio. A Paris, dans les fameux studios de Boulogne-Billancourt*. On a eu la chance d’enregistrer pendant une semaine là- bas. Et puis derrière, il ne s’est rien passé, le calme plat. Et ensuite, les grosses accroches, on les a eues au 2e album. On avait des maisons de disque qui nous tannaient, les gars descendaient de Paris, ça trainait, ça trainait, et nous, on n’était pas très patient, et un beau jour, on fait notre truc. On n’en pouvait plus d’attendre.

*Et voilà que l’on apprend que LE VOYAGE DE NOZ a eu le même éditeur que… Jean-Louis Murat (bien malgré lui pour ce dernier, et pour rien pour Stéphane), et qu’ils ont été enregistrés par Claude Wagner (Murat et Passions privées). Celui qui les a signés à l’époque était OLIVIER HURET, qui a travaillé avec Christophe, Polnareff, grand patron des Editions EMI… et donc le responsable de la compil Murat 82/84. Ce que Stéphane ne savait pas, c’est que Huret avait été musicien dans un groupe s’appelant EXTRABALLE, dont le leader était Robert Jovenet . Et c’est ce groupe qui  a inspiré à Stéphane un titre : «l’extraballe » bien des années plus tard!! On reparlera prochainement d’Olivier Huret (parce que décidemment, les détails amusants ne manquent pas !).

 

Stéphane : Après, au 3e album, on a refait des démarches maison de disque, mais je pense que c’était trop tard. On avait laissé passer le coche. Voilà mais… oui, au moment du Signe, on avait eu un producteur, mais complétement indépendant, qui n’avait pas de structure maison de disque, mais qui a mis du pognon sur nous, qui a produit un clip avec pas mal de moyens, qui a été tourné ici d’ailleurs, et qui est un peu passé sur les télés nationales, mais comme tu disais tout à l’heure Mathis, il y a un moment où, malgré ces moyens, on s’est retrouvé bloqué, au niveau passage radio, distribution aussi et on a vu les limites de l’indépendance. Déjà, donc, en 93, ce n’était pas simple. Je pense qu’aujourd’hui c’est la même chose… mais avec des budgets divisés par… 10.

Mathis : Et je pense avec plus de demandes, il y a beaucoup plus d’artistes qui proposent des projets.

Sly : Oui, ça fourmille de projets, des choses biens.

Mathis : Oui et donc, plus de projets et moins d’acceptation… donc c’est beaucoup plus difficile.

Pierrot:  C’est tellement plus facile désormais de s’enregistrer, de diffuser sa musique qu’il semble qu’il y a beaucoup plus d’offre de musique. Mais, après avoir lu notamment, le livre de Claude Dejacques qui parle de son rôle de directeur artistique, l’indépendance, c’est aussi souvent des artistes qui travaillent seul sans accompagnement, sans management. On entend parfois que la musique actuelle manque d’un travail de production. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Mathis : Là, j’ai un peu senti sur le projet que je viens de mener, puisque j’ai travaillé avec des musiciens professionnels, les avantages et les inconvénients. On est très libre quand on s’autoproduit puisque justement on peut laisser s’exprimer la créativité comme on le souhaite, et présenter un projet qu’on a maitrisé. Et en même temps, quelqu’un qui fait de la production, de la réalisation, connait les us et coutumes et les codes qui permettent à la fois de se distinguer des autres et de se conformer à certains codes attendus par les « consommateurs »… bon, le terme est un peu violent, on est dans le domaine artistique, mais oui… J’ai le souvenir d’une séance avec Philippe Almosnino avec lequel j’ai travaillé sur l’album, et tout de suite il avait des idées de direction artistique super évidentes mais qui étaient aussi des vrais partis pris artistiques, ce n’était pas un truc de conformisme non plus, donc ça m’a bien faire réfléchir sur le fait qu’on pouvait rester libre artistiquement et quand même essayer de trouver des accroches qui parlaient plus spontanément aux auditeurs potentiels. C’est quand même compliqué parce qu’il ne faut pas non vendre son âme, c’est délicat cette frontière.

Pierrot : Stéphane, peut-être qu’avec un directeur artistique, les Noz sortiraient un album un peu plus vite… puisque vous semblez parfois avancer en tâtonnant…

Stéphane : ou pas…

Matthieu : Dans un groupe, il y a déjà une forme de direction artistique puisque les musiciens vont apporter leur avis.

Mathis : Oui, et c’est pour ça que c’est dangereux de rajouter quelqu’un mais je trouve que c’est parfois nécessaire !

Stéphane : C’est un vrai pari parce que quelques fois tu peux te retrouver avec un DA qui peut apporter une vraie valeur ajoutée, d’autres fois il peut te bousiller le truc. Oui, il y a l’avis des autres musiciens, mais le son en studio, c’est encore autre chose. On peut vraiment changer une chanson avec un son, une production. Nous, on a eu toutes les expériences, des fois, on était content, d’autres, on était hyper déçus. Le dernier on l’a vraiment fait tout seul, jusqu’ au mastering parce qu’on avait des idées hyper précises. On est super content du résultat… Après techniquement, est-ce que c’est parfait ? Je n’en suis pas sûr mais on est content. Le prochain, je ne sais pas, mais cela fait quand même envie de trouver quelqu’un qui puisse emmener ta musique ailleurs un peu plus loin.

Il faut être aussi ouvert : toi, à un moment, t’as la tête dans le guidon, t’as une idée très précise de ta chanson, et t’as un type qui te dit… non, pas comme ça, comme si, et toi, tu ne lâches pas.

Notre tout premier album, bon, il vaut ce qu’il vaut, on avait 18 ans tout ça, mais Yves Rottacher qui l’avait produit avait pris le parti de mettre de la réverb à donf de partout, et nous on a écouté ça, on a dit non, on s’est vraiment pris la tête avec lui, on trouvait les mises à plat nettement mieux que le mix, plus rock. Et lui, il n’a pas lâché. On avait vraiment les boules. 25 ans après… je pense qu’il avait raison... Bon, c’est un disque que je ne peux plus écouter, à cause de ma voix par exemple, mais je trouve que cet album a un son unique.

Parole du "plus grand chieur du monde" en studio comme il me le disait en 2011 (on avait beaucoup parlé de ses différentes expériences de studio. A lire ici).

Mathis à Sly Et toi alors ?

Sly : Moi, c’est compliqué. Pour la première fois, les dernières sessions de studio que j’ai faites, j’ai bossé avec un vraiment producteur, un mec qui a une démarche. Je l’ai beaucoup regardé faire, fasciné. J’avais tendance à être hyper tatillon, je débarquais avec mon idée, bien fermé sur ce que je voulais, et je me suis rendu compte qu’il y avait pleins de choses à faire pour améliorer. C’est vrai que le studio, ce n’est pas toujours évident pour moi parce que je n’arrive pas à prendre beaucoup de recul. Je suis rentré, il m’a bien fallu au moins deux semaines, pour pouvoir réécouter ensuite le travail.

Mathis : Surtout qu’à notre niveau, on n’a pas beaucoup de temps, il nous faut prendre tout de suite les bonnes décisions.

Stéphane : Et en même temps, le travail de studio c’est un puit sans fond.

Sly : Tu peux te perdre complétement.

Stéphane : Faut savoir s’arrêter à un moment, savoir dire : là, c’est bon, je tiens le truc.

Sly : Oui, c’est ça.

Pierrot : Mais et le choix de passer au français ?

Sly : C’était l’idée de rendre le truc accessible sans se trahir. Oui, une sorte de concession, mais je n’ai pas eu l’impression de me trahir en le faisant, même si cela n’allait pas du tout de soi. Y a une époque où je refusais complétement de chanter en français parce que je fais une musique plutôt de culture anglo-saxonne, simplement je me suis fait violence… ce n’était pas de la tarte. Je commence enfin à être en paix avec ça.

Stéphane : Tu avais déjà des titres en français il y a 2/3 ans pourtant ?

Sly : Non, ça fait un an et demi à peu près…

Pierrot : Au niveau écriture, comment tu as fait du coup ?

Sly : Ça n’a pas changé grand-chose mais la plus grosse difficulté a été de réadapter des chansons que j’avais, auxquelles je tenais.

Stéphane : Et alors ?

Sly : Bein, c’était dur… Au final, je suis content mais je m’y suis repris plusieurs fois, avec plusieurs paramètres : ne pas trop modifier la mélodie, tu as envie de garder le thème, et en faisant en sorte que ça sonne en français. J’espère avoir réussi… Il faut du recul pour le savoir mais je suis plus zen par rapport à ça.

Mathis : J’ai eu le problème inverse moi. Je parle trop mal anglais pour pouvoir écrire dans cette langue. Donc spontanément, j’ai commencé à écrire en français. Bon, mes textes valent ce qu’ils valent mais en tant qu’auteur, j’aime écrire sur des sujets qui m’intéressent, j’aime pouvoir exprimer quelque chose mais paradoxalement, ma culture musicale est vraiment rock, et ça m’a semblé très longtemps incompatible, parce qu’on tombait vite dans du Noir désir, que j’adore mais après il faut pouvoir l’assumer, l’incarner, faut avoir des textes qui sont durs, faut avoir une image, sinon ça fait tout de suite mièvre, bébé rebelle. Donc moi, il a fallu que je tourne un peu la musique pour pas que ça devienne du rock à la noix. Moi, mon problème, il est là. Il y a des situations où j’estime que j’y arrive suffisamment, d’autres où je me dis que j’aurais pu faire mieux. Ca m‘oblige effectivement à faire quelques concessions, comme tu dis, je comprends très bien.

Matthieu : Stéphane lui doit avoir un avis plus tranché…

Stéphane : oui et non…

Pierrot : Et oui, parce qu’à 40 ans passés, il a décidé de revenir à l’anglais récemment avec son autre groupe Nellie Olson

Stéphane : Oui, je me suis retrouvé à chanter en anglais, pour se différencier des Noz… et moi qui suis un pur et dur de l’écriture en français parce que tu penses en français…

Mathis : Ah, on se réfère tous à lui pour écrire en français et lui il passe à l’anglais !! (rires)

Stéphane : … j’ai découvert le plaisir d’écrire un texte en anglais. Et moi qui suis quand même en besogneux normalement, là, j’écris pendant la répét; à la fin de celle-ci, le texte est fini, et je suis super content, j’ai l’impression d’avoir 15 ans, des textes un peu con mais que je trouve frais.

Mathis : Et toi qui a une certaine exigence en français, ça ne te perturbe pas par habitude et par culture aussi ?

Stéphane : Non… parce que je suis content… On ne recherche pas la même chose.

Sly : Ce n’est pas le même exercice vraiment.

Stéphane : Et puis tu as les images qui viennent, tu les traduis en mots, et 9 fois sur 10, ça passe tout de suite…. Alors qu’en français, avant de trouver les bons mots qui sonnent, tu passes du temps.

Matthieu : C’est dû à quoi ?

Tous : C’est plus musical, l’anglais.

Stéphane : L’anglais tous les mots sonnent. J’ai donc un vrai plaisir à faire ça, mais en même temps, arriver à faire un bon texte en français, c’est merveilleux. C’est drôle mais je suis allé voir un vieux concert à toi, Sly, en vidéo… et je me disais : ah, oui, c’est classe, mais tiens, j’aimerais bien savoir ce qu’il me raconte.

Sly : Et oui ! Et du coup, il y a une nouvelle exigence sur scène, c’est que la voix soit audible.

Mathis : Ah, oui, clairement… avec le français, ce n’est plus la même façon d’appréhender la scène.

Pierrot : Mais du coup, tu as fait des traductions ? Tu as gardé les thèmes ?

Sly : On se rend vite compte que la traduction ça ne marche pas, quand on essaye d’adapter un morceau de l’anglais, ça sonne forcement mal, rythmiquement ça ne marche plus. Donc l’idée, c’est de garder l’esprit ou la thématique mais en changeant le texte. Mais je découvre aussi tout ce qui est peut être bien dans l’écriture en français : le fait d’être plus précis, d’avoir une plus large possibilité de mots, et d’être beaucoup plus pointu dans ce qu’on veut dire.

Stéphane : On parlait de Noir Désir tout à l’heure, c’est typiquement un groupe que je trouve merveilleux quand Cantat chante en français et que je trouve assez banal quand il chante en anglais.

(approbation de tous)

Sly : C’est assez vrai pour pas mal de groupes qui mélangent les deux j’ai l’impression.

Après il y a un truc culturel dans l’appréciation des gens : ceux qui connaissent la pop anglaise ont une réticence quand ça passe aux français, s’ils ne connaissent pas grand-chose en pop française tout de suite, ils vont penser à des trucs... genre euh indochine…

Mathis : Parce que longtemps l’expression n’existait pas : la pop française. On appelait ça de la variété, dès que c’était en français, même s’il y avait des trucs plus raffinés, avec plus de recherche que Claude François par exemple. L’expression Pop française j’entends ça depuis 5, 10 ans.

Matthieu : D’ailleurs, Christophe Conte intitule son livre récent « La française pop », comme s’il fallait créer un décalage.

Mathis : Comme si on disait : si ce n ‘est pas en anglais, ce n’est donc pas de la pop … mais maintenant, ça change un peu quand même, heureusement.

Sly : Oui, et quand on pense aussi aux mots variété, ça ne veut pas dire grand-chose.

Mathis : Moi, pendant très longtemps, j’ai eu l’impression du coup que si tu faisais du rock ou de la pop, dès que c’était en français, on mettait l’étiquette variété, parce que français était égal à pas rock et pas pop.

En fait, le terme variété on l’associe au côté Maritie et Gilbert Carpentier, Claude François et paillettes… qui n’est pas forcément très artistique musicalement.

Sly : Oui, il y a une connotation péjorative bien sûr au terme.

Matthieu : Mais là, avec la mort de Delpech, c’est étonnant ce qu’on a entendu…

Pierrot : Oui, c’est un peu dingue, cette sacralisation qu’on a vécue là… et il semble qu’il a bousculé du côté pop.

Mathis : Paix à son âme, il y a de belles chansons certes mais faut pas exagérer… et je pense que lui aurait assumé le fait de dire qu’il faisait de la variété et pas de la pop, parce qu’il était quand même dans ce créneau là en terme de recherche musicale.

Matthieu : C'est sûr. Dans ces cas-là, on entend souvent l’expression « la variété au sens noble du terme »...

 

  • Et de la chanson tout simplement ?

Et pour donner des nouvelles de Yann Giraud, qui a partagé une interview ici avec Stéphane, voici ce qu’il dit pour parler de son disque sous le nom d’ALOHA ALOHA : "En 2016, on s’en fout bien d’être variété, pop ou “indie”. Ne restent que des morceaux et la volonté de les partager avec le plus grand nombre".

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

Pierrot : Stéphane, alors, tu es arrivé alors que Lyon perdait son statut de capital du rock (75/85 avec Starshooter, Electric callas, Factory -dont le batteur était Yves Rotacher dont on a parlé plus haut-) au profit de Rennes sans doute…

Sly : Enfin, je trouve qu’il y avait une période qui était vachement bien, à la fin des années 2000, avec une mouvance pop anglaise, avec pas mal de groupes…

Pierrot : Déjà vu, Laisy daisy, Fake Oditty

Sly : Oui, c’est ça, et tout ce qui est le festival  Lyon in rock, Dent de Lyon. Je pense qu’il y avait une scène intéressante. Depuis quelques années, il y a moins de ligne claire, j’ai l’impression que c’est très fragmenté.

Pierrot : Mathis, tu me disais dans l’interview de 2013 qu’à partir de 2005, beaucoup de lieux avaient fermés, notamment sur les pentes…

Mathis : J’ai beaucoup joué entre 2000 et 2010, avec des groupes de reprises, mais j’ai aussi joué en acoustique solo avec mes propres textes, et malgré tout, j’ai quand même traversé des périodes où j’ai eu l’impression qu’on ne programmait que du rock indé, du rock dark, toujours le même style. Dès qu’on jouait de la pop, dès qu’on chantait en français, c’était fermé. C’est peut-être une appréciation subjective… Mais en tout cas, depuis quelques années, j’ai l’impression que ça s’ouvre, aussi par le biais des festivals. J’ai l’impression d’un renouveau, qu’il y a plus de diversité, alors qu’avant, si tu n’étais pas dans le rock brutal, tu n’étais pas considéré comme un vrai musicien. En musicien de reprise, ça allait et dès que tu voulais proposer un truc… j’allais dire raffiné ou en tout cas… alternatif à cette mouvance-là, c’était impossible.

Pierrot : Alors et toi Stéphane, Lyon ? C’est en tout plus difficile de remplir des salles…

Stéphane : Et oui, mon pauvre monsieur, ah, j’ai connu une époque… (rires). On était plusieurs groupes à pouvoir remplir la bourse du travail, ou des salles comme ça, 5/6 groupes à pouvoir faire des salles de 1000/1500 places. [Les NOZ ont fait trois transbos… le seul groupe lyonnais à l’avoir fait en réalité]

Mathis : C’est sûr qu’il n’y en a plus un capable de le faire.

Stéphane : Oui et cela fait bien longtemps. Mais on voit toujours ça de notre petit prisme pop...

Pierrot : Oui, effectivement, là, je crois qu’un groupe de rap vient de remplir la grande salle à côté, et c’était la première fois depuis les NOZ que des lyonnais remplissaient…

Stéphane : Et il y a aussi l’électro. Voilà, il y a des choses qui se passent, mais ce n’est plus la même musique.

Pierrot : Alors qu’est-ce qui manque ? Pour faire la comparaison avec Clermont, dernière capital proclamé il y a quelques temps, un cadre comme la coopé ?

Mathis : Un lieu culte…

Pierrot : Un lieu qui sert aussi de pépinière, avec des accompagnements.

Mathis : Oui, c’est vrai qu’à Lyon, on n’a peu de lieux qui promeuvent un peu la culture, toujours pas de scène smac… même si ce n’est pas la panacée.

Matthieu : Le Transbo, ça ressemble quand même beaucoup à la Coopé, non ? Notamment avec le club…

Sly : Oui, c’est quand même important pour la scène locale, des soirées sorties d’album…

Matthieu : Mais est-ce qu’il y a de la formation, de l’accompagnement?

Stéphane : Je ne sais pas comment ça marche.

Mathis : Il y a des obligations de faire quelques soirées, deux par an, de mise en avant, avec des entrées gratuites, ce qui permet de bénéficier de beaucoup de promos, Si tu ne fais pas partie des deux artistes choisis…voilà. Ils ne vont pas trop au-delà de ça.

Stéphane : Le problème de Lyon, je crois, c’est qu’il y a quand même beaucoup de petites chapelles un peu intégristes. (accord des autres). Il y a des lieux où tu ne passes pas, si tu n’as pas la carte.

Mathis : Oui, c’est ça.

Stéphane : Ça manque un peu de gens ouverts, enfin, du côté de ceux qui ont les manettes.

Sly : Ce qui est regrettable, c’est que les styles ne se rencontrent pas. Il pourrait y avoir des soirées géniales, mêlant des groupes de pop avec des groupes électro, des trucs mortels à faire, tu commences par des concerts et tu termines par un mix électro… mais c’est très cloisonné. Est-ce propre à Lyon ?

Matthieu : C’est quand même étonnant qu’à Lyon, on ne puisse pas remplir une salle comme ça. Vu le nombre d’habitants…

Mathis : Oui… mais… c’est sûr…

Stéphane : Il n’y a personne… Le Peuple de l’herbe à une époque. Déjà quand tu remplis le club, tu es content.

Mathis : Oui, sur des événements gratuits, le gens viennent, mais même une salle comme celle-ci de 500 places, je me demande quel groupe peut la remplir en entrée payante… alors peut-être les noz le 15 mars…

Matthieu : Est-ce que le public lyonnais se désintéresse, se détourne de cette musique- là ?

Sly : Oui, je pense, c’est ma conviction personnelle… mais là, encore, est-ce propre à Lyon ?

Pierrot : Matthieu me disait qu’à Clermont, les Delano avaient joué devant une trentaine de personnes, avec la Féline…

Matthieu : Oui, mais d’autres concerts font de l’affluence je pense…

Sly : Je pense aussi qu’il y a énormément de propositions, pleins de choses, que tout est hyper fragmenté, et avec l’air du net…

Matthieu : Est-ce que du coup, pour le live, le vrai débouché, ça ne serait pas les festivals?

Stéphane : Oui, c’est un peu le supermarché où tu peux voir tout d’un coup…

Sly : Oui, pour nous, c’est important….

Pierrot : Autre élément, sur Clermont, on a eu un tourneur Denizot qui a donné un vrai coup de main au milieu local, est-ce que Eldorado ne joue plus tout à fait le même rôle qu’avant ? Un manque d’organisateurs de concert militant ?

Stéphane : Non, je ne crois pas.

…arrivée du directeur du Transbo… qui nous salut…

Pierrot : Et l’arrivée du radiant ?

Sly : En comparaison, pour la scène locale, ils ne font rien…

Signe du morcellement de la scène locale, Sly ne sait pas ce qui s’y passe :

Pierrot : En fait, le groupe de Stéphane Nellie Olson y a joué il y a quelques semaines (club radiant) et Mathis y a fait la première partie de Laurent Lamarca.

C’était produit par le Radiant ?

Stéphane : Oui…

Sly :Ah merde ! Allons bon…

Mathis : Sauf qu’effectivement, ils sont en train de se poser la question, car promouvoir au club couterait trop cher, ce qui est dommage parce que le lieu est fait pour ça.

Stéphane : Et c’est pour ça que je ne pense pas que ce soit un problème de tourneur…mais c’est vrai que les nuits de Fourvière faisaient tous les ans la soirée de clôture « Lyon rugit la nuit » avec des groupes locaux et cette soirée ne se fait plus, alors j’imagine que c’est la seule soirée qui ne se remplissait pas ou mal, donc le problème vient du public.

Sly : Et du côté budget culturel, ça ne va aller en s’arrangeant….malheureusement…

Stéphane : Et si on allait se pendre les gars…(Rires...)

Mathis : Je joue dans une heure, vous me mettez dans un état… je n’y crois plus… ah, je n’y crois plus… (rires)

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

Pierrot : Alors, justement, j’avais une question pour se pendre… vos pires souvenirs de concerts, de mauvais plans…

 

Mathis : Moi, c’est mon premier concert,j’avais 18 ans, je jouais dans ma chambre et je pensais que j’étais le meilleur chanteur du monde, personne n’avait jamais entendu ce que je faisais, et je me suis produit sur un plateau municipal dans le 5e.J’ai commencé la soirée, et au bout de 2 chansons, le gars m’a dit de descendre, « bois une bière, dans 10 minutes, je te fais remonter »…et j’ai attendu toute la soirée, il ne m’a jamais fait remonter ! (rires)
Bon,je croise les doigts parce que je monte sur scène tout à l’heure, ce n’est pas le moment de dire ça, mais ensuite, je n’ai jamais eu de grosses déconvenues. IL y ades soirs où ça se passe plus ou moins bien, c’est le lot des musiciens, mais la première fois a été la pire fois, et douloureuse, parce que j’avais beaucoup d’ambition, j’ai été coupé dans mon élan, et à juste titre, parce que c’était une catastrophe. J’ai mis 3 ans à refaire de la scène.

 

Pierrot : Et toi Stéphane, un petit souvenir ? Saint-Chamond un soir de fête de la musique? Moi et mon pote, on n’avait jamais trouvé le lieu en tout cas.

Stéphane : Saint Chamond, non, je ne me rappelle pas. J’ai souvenir d’un truc sans doute plus vieux, on avait joué dans une boite qui était sur les quais de Saône, et c’était le moment où on commençait à marcher un peu, il devait y avoir un gars d’une maison de disques. Jouer dans une boite de nuit, c’était un peu bizarre, mais bon, c’était un plan comme ça. Et on se retrouve là, avec une ambiance qui ne collait pas vraiment avec ce qu’on faisait et… 10 personnes dans la salle, 10, dont le gars de la maison de disques qui était assis au fond. L’horreur. Il y avait d’autres gens, mais qui attendaient dehors, qui attendait la soirée disco, qui n’en avaient rien à faire de notre truc. Et on termine, dans un calme absolu…je dis «bonsoir», et là le DJ qui était aux platines pousse Samantha Fox à fond (boys boys boys) et il dit «et maintenant retour à la musique !! »   (Rires…) - ah, celle-ci elle est bonne…

Stéphane (pensif) : Retour au fondamental : Boys boys boys… C’est une chanson qui est importante pour moi... On n’a pris nos petites affaires, on est rentré…

Sly : Du coup, vous en avez fait une reprise pour conjurer le sort….

Stéphane : Non, mais ça fait partie des grands moments de solitude

Sur le coup, personne ne s'est rendu compte du formidable im-pair mal-sain commis: Boys Boys Boys est bien sûr chanté par Sabrina. Blanc bonnet E et bonnet blanc E certes... 

 

Pierrot: Et toi Sly ?

Sly : Je me souviens d’une scène de fête de la musique, et c’était un riverain qui nous fournissait l’électricité, un fan hardcore de Johnny Halliday. A la fin du set, il devait avoir un coup dans le nez, il arrive, il commence à parler à mon guitariste qui était en plein solo d’ailleurs : « tu ne veux pas jouer les portes du pénitencier ? » « Non plus tard »… Il a pris la mouche et il a tout débranché… Mais heureusement, on n’était plutôt sur la fin du set.

 

Pierrot : Maintenant, vos grands souvenirs du transbo ?

Mathis : Pour moi, ça sera ce soir à 23 heures, enfin j’espère… En tant que spectateur… j’en ai vu des tonnes.

Stéphane : Il y en a pleins…

Sly : Je me rappelle de Supergrass, ensuite ils étaient au bar, tranquilou, on avait un peu discuté. Le concert était mortel, de la pure énergie, avec un côté un peu juvénile. Un groupe qui n’existe plus hélas.

Stéphane : Moi, ça devait être les Strokes mon meilleur concert ici, super, pas de rappel, 1h10 mais top.

Mathis : Ah, ben, un peu pareil, Sonic Youth. 1h20, bam pas de rappel, tout à blinde du début à la fin. Impressionné. Mis contre le mur, l’impression d’être projeté. Sur le coup, tu te dis «pas de rappel, mince »…et puis, tu réalises... oui, ça va.

Le « concert Surprise » du Transbo dans ce même lieu en 1991 qui a été mon premier concert des Noz avait été organisé pour le patron de Polydor. « Une fille de là-bas nous adorait, mais le patron avec lequel on a mangé, nous dit : «j’ai signé Ange»… et voilà, pour nous dire, voilà, j’ai Ange… et donc, ça suffit ». Le deuxième concert dans la grande salle fut pour la sortie de l’album «Le signe ». Un autre concert (au club) a fait l’objet d’un live filmé par Bernard Schmitt, le réalisateur de JJ. Goldman et de Jojo Vacances pour la chaine TLM. « On a aussi refait la grande salle du Transbo en 2002 (avec Romain Lateltin en musicien additionnel au claviers) et l'américaine Jennifer Bruce en première partie mais en concert gratuit organisé par Mac Ben Music. Il y avait bien 1500 personnes ».

 

Sly : Et Murat, il a joué ici ?

Pierrot : Et bien Murat 93, l’enregistrement de son premier live…

Sly : Ah, oui, il y a un album live d’ici ?

Pierrot : Oui, et une date je pense sur la première partie de tournée de Mustango. Je pense que le chanteur des Dory Fore m’a raconté que les gens partaient…

Mathis : Et plus récemment, c’était plus au Ninkasi kao ou Radiant que je l’ai vu.

Sly : Je l’ai vu à Villefranche récemment, et j’ai trouvé ça mortel. Le nouveau groupe, là, le bassiste notamment p… Et la salle est vraiment bien, au niveau du son… Enfin, c’était top.

Pierrot : Et ils ont quand même une belle programmation à Villefranche. A part ça, voilà, j’ai fait le tour de mes questions…

Mathis : Oui, de toute façon, je vais devoir vous laisser.

Sly : Je ne peux pas rester, désolé. Tu as d’autres dates de prévu ?

Mathis : Non, on attendait la sortie du disque et cet événement-là, avant d’autre programmation…

Nous continuons à discuter sans Mathis. Quelques photos de son set:

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.
Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.
Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.
Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

Pierrot : Alors dis-moi, Stéphane, vous aviez présenté quelques nouvelles chansons il y a bien longtemps, mais vous êtes un peu reparti à zéro. Vous n’avez jamais pensé mettre quand même cette production en téléchargement, même s’il n’y a pas d’album?

Stéphane : Non, mais il y a quand même des trucs qu’on va garder. Il y a des choses bien, voire très bien.

Sly : Vous avez fait combien d’albums ?

Stéphane : 7 albums studio, et 2 live.

Matthieu : Ce que vous disiez au départ sur les choix, c’est quand même très conditionné par l’économie, parce que si vous aviez la possibilité, régulièrement, de rentrer en studio, de faire de la scène, d’écrire, d'enregistrer de nouveau, etc. – un truc continu, sans trop de difficultés – tous les enjeux (Est-ce que je chante en anglais ? Est-ce que je prends un directeur artistique ou est-ce que je fais tout seul ?) se décanteraient… Alors que là, il y a tellement d'enjeux au moment de faire un album… Donc ; il faut faire les bons choix, ne pas se louper…

Sly approuve

Stéphane : Oui et non, enfin je ne sais pas.

Pierrot: Enfin, maintenant, il y a quand même une facilité de sortir des choses avec les téléchargements, d’enregistrer à la maison.

Stéphane : De toute façon, nous, on sait qu’on ne va pas gagner notre vie avec ça, depuis le début, on ne l’a jamais gagné, enfin ça m’a payé des vacances…mais je n’ai jamais pu vivre avec ça. On ne sait jamais poser la question de se dire : stratégiquement on va faire ça comme çi ou comme ça… On essaye juste de faire le truc comme on en a envie…

Pierrot: Et puis, le concept d’ « album » reste encore un peu « sacralisé ». On a envie de sortir un truc qui nous ressemble et pas de  multiplier les sorties, publier sur le net dès qu’on a pondu un titre.

Oui, la différence est sur les moyens…

Matthieu : Oui, mais il y a plus de pression dans la mesure où on en sort un tous les 3-4 ans, on n'a pas envie de se louper. Alors que si on pouvait se dire « celui-ci, on prend ce parti pris, on l’assume complètement et peut-être qu’on fera autrement la prochaine fois… »

Stéphane : Tout bêtement, surtout c’est une question de moyens financiers, parce que… on peut se dire celui-là, j’aimerais bien le faire mixer ou mastériser à Londres parce qu’il y a des types qui t’intéressent, et puis tu renonces parce que tu vas en vendre douze.

Ou en concerts : on a toujours aimé les plans mise en scène [un exemple récent: à 5 minutes 40, un soir où le vidéo projecteur humide a refusé de projeter] , il y a une époque on faisait des trucs de dingos, mais on ne fait plus parce que le moindre truc, ça coûte des ronds. Quand tu fais 1000 personnes, ça va, quand tu fais 500, ça devient compliqué, et tu ne peux pas prendre ce risque- là. La créativité quand je vois tout ce qui sort, les groupes qui sortent pour quedal, parce que les gens qui vivent de la musique en France, ils sont peu nombreux. La créativité n’est pas liée à des questions économiques, il n’y a jamais eu autant de trucs biens.

Sly : Carrément. Et limite, le fait d’être un peu limité en terme de matos, handicapé en terme de moyens, ça peut apporter des choses intéressantes.

 

Comme me l’a dit LA FELINE : l’indépendance, "le moment où on retourne la nécessité en vertu"!

 

Matthieu : Là, on parle de créativité presque immédiate. Mais construire une carrière sur plusieurs disques (en laissant de côté l’aspect commercial), c’est déjà une autre forme de créativité que de lancer quelques titres sur internet. Et c’est là que les contraintes économiques font qu’on se met plus de pression…

Sly : Oui sûrement…

Stéphane: Oui, je vois aussi qu’il y a beaucoup de gens qui s’épuisent, des gens qui y croient à donf, qui envahissent internet, qui diffusent, qui communiquent beaucoup… et puis, il ne se passe beaucoup de choses derrière. Tu fais ça un, deux ans, trois ans.

Pierrot : Et qui sont minés par l’intermittence aussi. Toi, tu as cet objectif ?

Sly : Non, je ne cours pas après. J’ai l’impression qu’il faudrait que je fasse des choses dont je n’ai pas envie, la peur de m’égarer en étant à fond dans la recherche de l’intermittence. Mes créations perso m’occupent assez. Et je donne des cours à côté.

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

Nous évoquons François ex-des Déjà vu maintenant avec Strange Milk et Lauren Stuart, du magasin « La Bourse » où Sly a travaillé avec un moment…

Sly : Ca a scellé d’ailleurs le truc, c’est ma dernière expérience en entreprise… depuis je me consacre à la musique et ça me va très bien.

Pierrot : Stéphane, parle-nous de l’expérience de Nellie Olson.

Stéphane : L’album, on l’a fait histoire de marque le coup, mais on en prépare un deuxième, qui va être bien, je trouve les chansons vraiment biens. C’est vraiment une expérience que j’adore.

Pierrot : Toujours majorité en anglais ?

Stéphane : Même exclusivement.

Matthieu : C’est quoi comme formation ? Un trio ?

Stéphane : Basse batterie, guitare et chant. Vraiment…

Pierrot :Noisy ? (le nom de leur album)

Stéphane : … Dans l’esprit rocks anglais, très 80’s, Joy division, un peu dark. Super expérience.

Pierrot : Groupe constitué avec d’autres musiciens cultes de Lyon…

Stéphane : Oui, des vieux musiciens lyonnais, du groupe Aurélia Kreit, qui faisait une musique très CURE, que j’ai découvert un jour, c’était la classe absolue.

Matthieu : C’était la grande époque, ça ?

Stéphane : Un peu après. La grande époque, 1980, Starshooter, Factory, Electric callas, L’affaire louis trio. Aurélia Kreit, l’Enfance Eternelle, et nous, on est arrivé après, une musique très new wave, et là, ça brassait vraiment, jusqu’en 92/93… Après, on s’est retrouvé un peu tout seul.

Matthieu : C’est bizarre, qu’est-ce qui se casse la gueule à ce moment-là? Il n'y avait pas  encore internet…

Stéphane : Il y a pleins de groupes qui arrêtent à Lyon en tout cas… et puis, je ne sais pas… L’arrivée du rap ? Le côté alternatif qui arrive en force, le côté revendicatif.

Matthieu : Après, c’est vrai qu’en France, des groupes un peu new wave, ou post new wave, il n’y en a pas eu qui se soient fait connaitre ont sur la durée... A part Indochine.

Pierrot : Ceci dit, Le voyage de noz n’est pas vraiment resté sur ce créneau-là exclusivement.

Stéphane : Tu vois nous quand on commence en 86/87, on n’a pas de disque, même quand onfait le transbo. On fait une émission de radio, radio canut machin, et on fait 1500 personnes à côté.

La moitié des gens de la salle ne connaissait pas, mais était entrainé par d’autres : viens, tu vas voir c’est super bien.

Sly Il y avait un certain activisme de certains…

Pierrot : Et une cassette qui se repiquait dans les lycées. Dans ma classe, il y avait 4/5 personnes qui connaissaient le groupe, qui m’ont fait écouter.

Sly : Il y a une approche un peu « sacré » à l’époque, uncôté rituel, tu les sacralises… avec internet, c’est un peu parti.

Pierrot : Et puis, on parlait de sectorisation tout à l’heure,les Noz ont bénéficié d’un écho dans un certain milieu lyonnais,je me rappelle d’un grand bal, bien comme il faut, où il devait avoir plus de 500 personnes, et le Dj diffusait les Noz (91 sans doute).

Matthieu : En dehors de Lyon, ça a voyagé ?

Stéphane : Un peu, en fonction des opportunités… Il y avait un type qui nous faisait jouer en Suisse chaque année, alors, ça bougeait un peu là-bas. Dans les pays de Loire

Y’a d’autres régions où on n’est jamais allé… Marseille.

Je sais que à chaque fois qu’on est allé à Paris, bizarrement peut-être, on arrive avec le petit complexe de provincial,et chaque fois, un super accueil, et là tu te dis, qu’ à Lyon, putain, les gens y sont durs.

Pierrot : Et toi, Sly, tu as déjà à Paris, je crois, au Pop in, non ?

Sly : Euh, … attend, oui, en groupe la dernière fois. Bon, c’était un peu la galère, la sono était en vrac… et c’est vrai que c’est pour ça que j’arrête un peu… on parlait d’épuisement tout à l’heure… Je suis plus sélectif maintenant. Mais à Paris, surtout des bons souvenirs,ça se passe plutôt bien. Et la Belgique, c’estmagnifique, l’envie des gens, le côté bien rock and roll… et au niveau des groupes, c’est un super vivier.J’ai des potes qui ont un duo punk quis’appelle Pétula Clarck, et je vous les recommande chaudement. Ils tournent beaucoup partout en Europe. Je ne sais pas comment ils se débrouillent, c’est autogéré complétement.

Matthieu : A Clermont, on a le Raymond Bar, qui fait partie d’un réseau de salles "alternatives" en Europe. Ils arrivent à avoir des gens qui viennent d'un peu partout, avec 150 à 200 concerts par an.  L’entré est à 5 euros, la bière à un euro…

Il y a encore des gens qui arrivent à tourner, et à avoir des dates.

Stéphane : Aujourd’hui, à ce que je vois, pour tourner, il faut un produit très typé. Notre nouvelle violoniste, elle a un groupe, que des filles. Elles font du punk celtique, elles sont 5 filles, toutes en kilt…. Le programmateur dit : vous faites quoi ? On est 5 filles, on fait du punk celtique, - ok, je prends pour mon festival. C’est clair, Quand tu es le Voyage de Noz, et bien…

Sly : Le cul entre pleins de chaises

Matthieu : Même en matière de critique musicale, il faut coller des tonnes d'adjectifs….ranger dans des catégories.

 

Stéphane : Toutes les musiques hard core, ça tourne hyper bien. J’ai un pote quitourne dans toute l’Europe.

Pierrot :Et puis les groupes un peu java, word tzigane...

Sly : Voilà, il y a pleins de créneaux, mais il faut savoir rentrer dans la bonne case…

Matthieu : Il n’y aurait pas moyen de trouver une étiquette ?

Stéphane : Je n’ai pas l’impression… et puis, on peut faire un morceau tout doux au piano, derrière un truc qui envoie…

Du coup, certains forcés de s’étiqueter, choisissent des appellations sui generis : Sly était présenté aux belles journées comme du « folk pastoral et de la power pop »,

Pierrot : Avec Bonne Espérance, peut-être que… Il y avait un truc qui n’a pas été vendu suffisamment. En tant que fan, j’ai un gros regret là-dessus…

Stéphane : Cet album-là, j’ai l’impression qu’on l’avait un peu typé volontairement avec tout ce qu’on aime, et puis il ne s’est rien passé derrière. C’est un autre métier de communiquer.

Pierrot : Il n’y a pas eu de clip ou de vidéo non plus.

Matthieu : Et sur internet, vous êtes présents ?

Stéphane : Pas tellement. Et puis sur cet album, l’idée c’était justement de faire de l’anti-communication. A cet époque, où tout le monde, tu vois tout ce que le chanteur a mangé à midi, et quand il va aux chiottes et machin, tout est filmé, l’idée, c’était justement on montre rien, avec l’idée de créer le désir par l’absence.

Pierrot : Bon, il y avait eu un gros travail de teasers, très chouettes,  avec des vrais petits films publiés chaque jour… mais derrière…

Sly : Les gens qui publient des trucs toutes les 30 minutes sur Facebook, je n’y crois pas trop. On parlait du côté sacré de la musique, et là ça démystifie le truc..

Stéphane : Bon, il y a des gens qui le font bien, mais François et les Déjà Vu, par exemple, ils se sont épuisés… pour peu de résultats. Que d’efforts…

Matthieu : Dans une émission de Taddéi,  à la question "qu’est-ce qui marque l’époque?", un invité a répondu « le making of ». C'est vrai que dans tous les domaines, il faut présenter le « making of » de ce qu’on fait.

Sly : C’est dommage parce que la distance a du bon.

Stéphane : Oui, on perd de la magie. Si tu vois l’envers du décor…

Matthieu : Le storytelling, c’est la même chose : raconter comment on a fait le truc… une fausse sincérité.

Stéphane :Après, il y a des gens, comme Mylène Farmer, qu’on ne voit pas à la téloche…

Matthieu : Mais faut pouvoir se permettre de le faire... Dans ce cas-là,  la discrétion devient carrément un outil marketing.

Stéphane: Ou même Murat...

Pierrot : Oui, sauf qu’il trouve un concept à raconter pour chaque album, un truc à raconter pour les médias.

Sly : Il s’en tape, je pense de tout ça.

Pierrot : Je pense qu’il y réfléchit quand même, à ce qu’il va dire, même si c’est des conneries, il n’y croit pas une seconde.

Sly : Bon, il n’envoie pas des photos sur instagram non plus…

Pierrot : Les noz, vous avez été quand même bien organisé, avec des sites internet, des newsletters papier puis emails, un forum qui était très actifet où on s’est bien amusé.

Matthieu: Christophe Pie, le copain de Murat, a raconté ça : il a fait un album solo pour se prouver à lui-même qu’il pouvait le faire, mais une fois terminé, il s’est rendu compte qu’il n’avait pas du tout envie de faire la promo, que ce travail-là ne l'intéressait pas.

Stéphane : Et puis, ça prend énormément de temps de faire des choses dans le domaine-là. Nous, on n’a pas le temps. On essaye déjà d’avoir le temps pour bien faire des chansons.

Sly : Et puis, on ne sait pas faire forcement. Par contre, la question du clip… c’est important, les gens regardent plus qu’ils n’écoutent, et le clip, je trouve ça stimulant, intéressant. Je vais en refaire un, avec la même personne qui avait réalisé celui de Trampoline.

Stéphane : Et du coup, tu participes ?

Sly : Oui, j’ai des idées de départ, on en discute. Jusqu’à présent, c’est à la débrouille, mais c’est fun à faire.

Matthieu : Et on parlait de direction artistique tout-à-l'heure, là, au fond, c’est quelqu’un d’un domaine artistique proche du tien qui apporte un autre regard sur ce que tu fais.

Sly : Et j’n’envisage pas ça du tout dans une logique putassière. C’est un support différent, un support créatif différent, et comme un autre, les gens achètent la musique sur YouTube.

 

Pierrot : Et toi, les clips, Stéphane ?

Stéphane : Je n’ai aucune idée visuelle en général. Et je ne suis pas du tout patient et les clips, c’est des trucs qui prennent des plombes.

Matthieu : Tu n’as jamais eu envie de confier le travail à quelqu’un ?

Stéphane : On en a fait quelques-uns.

Pierrot : Notamment j’empire qui avait pour décors la demeure du chaos.

Stéphane: C’est un truc que je ne maitrise pas bien…. Je n’ai pas cette exigence-là. Je suis rarement content. J’empire, je trouve que c’est moyennement réussi. Moi, j’aurais fait un truc complétement différent. On est aussi trop gentils parfois, on aurait dû dire ce n’est pas ça qu’on veut… mais il n’est pas nul hein. Et puis, c’est toujours pareil : on fait ça sans moyen, avec des gens qu’on paye comme on peut. Le clip du signe pour l’époque c’était un beau clip.

Pierrot : Il était dans la sélection des Victoires de la musique… grâce à mon pied, qu’on voyait très bien. Ici même il y avait une structure métallique, avec150 figurants, pendant deux jours. Et c’est vrai que la force des Noz à l’époque c’était de pouvoir réunir une telle tribu comme ça.

Toi Sly, tu as un petit noyau de fans ?

Sly : Oui, un petit peu, mais justement, ma difficulté, ceux qui me suivent se lassent un peu : quand est-ce que tu sors cet album ? Ça fait 5 fois que tu le dis…

Pierrot : (rires) Ah, ça me fait penser à quelqu’un ça (Les NOZ)

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Merci à tous!

Interview réalisée le 21/01 (retranscription corrigée par chacun des intervenants).  Photos: Surjeanlouismurat.com

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- On attend l’actualité de Sly Apollinaire (sa Page facebook).

- Mathis: Jeudi 17 mars, soirée Buzzique Live (Bron)   Le 17 février, il était invité à la soirée spéciale Virage Radio au Ninkasi Kao avec Brigitte et Jain. Il y aura une date parisienne au printemps normalement. 

Mathis  et l'aventure de son album réalisé avec de belles pointures, comme Yan PECHIN! A LIRE ICI

- Le VOYAGE DE NOZ  le Mardi 15 mars,  au Transbo, pour avoir la chance de voir l'un des plus grands "frontman" du rock (selon Laurent Cachard)

Page facebook de NELLIE OLSON   et du Voyage de  NOZ

Dernière indiscrétion : Stéphane avait l’idée au départ de rejouer l’album « L’homme le plus heureux du monde », et a sollicité le retour de LIZ COTAM, la violoniste anglaise qui faisait partie du groupe. Elle a hésité… mais a finalement renoncé, cela joue trop fort pour elle désormais! Ella Beccaria, sa remplaçante, n’a pas ce genre de problème .

Ci-dessous medley vidéo:

Sly Apollinaire, Voyage de Noz et Mathis: rencontre lyonnaise.

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Les questions rituelles de l’inter-ViOUS ET MURAT- à SLY APOLLINAIRE :

Mon album préféré de Murat : Ce n'est pas très original, mais je dirais Mustango, pour son climat, Jennifer Charles & Calexico, le premier écouté et celui qui a le plus de valeur sentimentale pour moi. J'aime aussi beaucoup Lilith, découvert juste après, pour son contraste entre extrême douceur et énergie rock.

Mes 3 chansons préférées : Jim (là encore, pas très original) pour les raisons citées plus haut. Le Train Bleu, pour le texte et la mélancolie familière. La Bacchante, pour l'arrangement de cordes à tomber.

Une chanson de mon répertoire évoquant Murat : Un morceau intitulé "Dans le Lit Du Doux", qui sera présent sur mon futur album. Musicalement, c'est une sorte de grand écart entre Murat et Led Zep. Et le texte a ce côté "régionaliste" qu'on trouve chez Murat, puisqu'il fait référence à la rivière d'Ardèche où je me baigne depuis mon enfance.

Souvenir de concert : J'ai vu Murat pour la 1ère fois au Ninkasi, période Mokba, un set très contrasté avec de grands pics d'intensité clairement rock'n'roll. Puis je l'ai revu au théâtre de Villefranche il y a quelques mois (10 ans plus tard!) et j'ai adoré son nouveau groupe plein de feeling, notamment le bassiste.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT