inter-vious et murat

Publié le 21 Janvier 2021

 

      A l'occasion de la ressortie en vinyle en décembre dernier d'A BIRD ON A POIRE (disponible au shop) après Fred Jimenez dans l'article précédent, voici donc l'interview exclusive et inédite de Marie-Jeanne Serero.

      Un peu à l'ombre (dans  "la chronique muratienne"),  d'un certain Dickon Hinchliffe, plus connu des critiques rock (par son travail avec les Tindersticks et crédité  dans Lilith et Mockba), on ne l'avait guère mentionnée pour l'instant. Et pourtant, elle figure  comme arrangeuse cordes de plusieurs titres d'A bird on a poire et de Mockba (7 titres) et son travail y illumine la production muratienne. Même si elle se consacre surtout maintenant à la musique de films et théâtre ("Guillaume et les garçons, à table"...), elle a un CV long comme le bras dans la pop... De Noir Désir (one trip/one noise), Aubert,   à Stomy Bugsy, Diams ou Passi, en passant par Pagny et Zazi, ou Era, elle s'est mise au service de toutes les musiques et de leurs messages, ou quand il s'agit de théâtre ou de films, avec l'intime conviction que sa musique était vecteur du message. A un moment où il est question d'activité non-essentielle, ce discours m'a touché.  C'est  une belle rencontre, émouvante, sensible, avec une personne humble, qui n'est pas tournée vers le passé: elle ne réécoute jamais ce qu'elle a a fait  - l'arrangeuse ne m'a donc pas donc arrangé pour l'interview mais on a  composé avec!-. Au bout du compte,  j'ai peut-être réussi à lui donner envie de le faire... Je lui réserve une petite surprise de deux témoignages en fin d'article (l'un d'entre eux est porteur d'une belle annonce pour les clermontois, pour Didier Varrod et les amateurs de chansons tout simplement...).

Mais pour vous rafraîchir la mémoire, presto commençons par écouter du Bergheaud/Serero/oiseaux (alla fine), avec ce contraste entre une guitare très résonnante et métallique et les cordes douces du violon… 

- Encore une fois merci de m’accorder un peu de temps.

M.J. SERERO : Ça me fait très plaisir de revenir là dessus, mais je ne savais pas que c’était en 2004. Cela fait si longtemps … 2004 vous m’avez dit, c’est fou. [2004; sortie du disque, peut-être même 2003 pour l'enregistrement]

 

-Alors je ne demande pas de vous présenter, et je débute donc directement sur votre intervention dans « a bird on a poire ». C’est a priori Marie Audigier qui vous propose. Est-ce que vous la connaissiez bien ? Vous aviez déjà travaillé avec elle ?

M.J. SERERO : Oui, je pense. J’avais déjà fait des albums avec elle avant même qu’elle aille chez Naïve peut-être. Je faisais beaucoup d’arrangements à l’époque. On s’entendait bien.

[NDLR: Nous avions eu un premier échange la veille par téléphone, et je lui ai donné des nouvelles de Marie au Congo, de Jean-Louis Murat. Elle me demande s'il lira ses propos, elle l'espère. J'en profite pour signaler que Marie Audigier était très fière cette semaine d'annoncer qu'elle était nommée Chevalier dans l'ordre national du mérite. Félicitations à elle. Jean-Louis est lui chevalier des arts et lettres]

- J’ai vu que vous aviez notamment travaillé pour elle avec Marie-Jo Therio qui était une de ses protégés… C’était sans doute à ce moment-là, l’album sort en 2005.

M.J. SERERO : Oui, Marie-Jo… mais c’est loin.

- Comment s’est fait la rencontre avec Murat ?

M.J. SERERO : Je pense que Marie a dû donner mon numéro de téléphone à Murat, il m’appelle et me demande de passer au studio dans lequel il travaillait. J’étais bien sûr très contente et je réponds favorablement. Je travaillais beaucoup et comme il me disait qu’il était en studio toute la journée, j’ai dû passer deux ou trois heures après. Je n’y suis pas allé dans le quart d’heure qui suivait. Et je crois que je l’appelle, je m’en souviens maintenant, et l’accueil a été un peu...glacial. Il me dit comment ça se fait d’être aussi en retard. Bon, on avait dû mal se comprendre, mais ça a commencé comme ça et j’y suis allée mais en étant un peu raidie, un peu embêtée… alors que je m’en faisais une joie. Et bon, quand j’ai pu écouter les titres, on a parlé, la communication a été tellement formidable, douce et fluide, sans heurts, on s’est détendu et on a compris qu’on était tous les deux des êtres fragiles, tout débordant d’envie de faire de la musique. Donc, je pense qu’on était un peu gêné de tout ça… Enfin, voilà, c’était pas banal comme rencontre. Ça a démarré un peu comme ça de façon un peu intense, comme ça pour rien.

 

- Est-ce que vous avez travaillé sur des bandes démos ou à partir du matériel enregistré ? Murat a l’habitude de dire qu’il travaille beaucoup avant le studio. Est-ce qu’on vous donne des consignes particulières ?

M.J. SERERO : Oui, je pense, pas forcement, pas les voix encore, ou juste les textes sur les guitares… mais non, je ne me souviens pas très bien. Mais il avait à cœur de me montrer l’univers. Et puis, j’entendais, ressentais la fragilité de son univers et ça me parlait énormément. Et Frederic était là, je parlais avec lui de façon plus technique, plus concrète, et avec Jean-Louis c’était complètement dans la poésie de ce que véhiculait ses textes et son univers. Ça se passait de mots et c’est ça qui me plaisait. Et après, ils sont venus dans mon appartement tous les deux, Jean-Louis est arrivé avec un immense bouquet de fleurs, c’était tellement gentil, tellement incroyable. Et puis, j’étais au piano, j’avais un tout petit bureau à l’époque avec mon synthé, un ordinateur. Je leur ai joué ce que j’avais imaginé, les arrangements au synthé, les cordes. J’ai senti qu’ils étaient heureux. Et moi aussi forcement. Ça s’est passé très vite. C’était une évidence.

 

- Vous vous rappelez combien de temps vous y avez travaillé ?

M.J. SERERO : Je mets très peu de temps, je vais très vite… Enfin, je vais très vite ou… c’est que ça ne fonctionne pas. Mais quand je dis oui, c’est que je sais que ça peut faire. D’un autre côté, je dis que je travaille vite, mais il y a tellement d’années de «travail», d’écoutes et d’univers dans la tête avant. Et avoir fait le conservatoire, on analyse vite. Après, c’est simplement se câbler sur l’essentiel: ce qui ne se comprend pas théoriquement, mais sur le plan du sensible et c’est ça qui me fait le plus plaisir, et qui m’a fait plaisir chez Jean-Louis et Frederic, c’est que cette chose-là a marché. Techniquement, je savais que je pouvais faire les choses, mais ce n’est pas là où on m’attend.

 

                  Pause musicale:  A bird on a poire,  les cordes arrivent tout en douceur à partir du trentaine de secondes, pour accompagner la guitare (on a du mal à imaginer que ce n'est pas celle de Jean-Louis, bravo Fred) et finissent par entourer les amoureux de toute leur douceur. L'amour du matin m'évoque forcement cette grande chanson d'un autre suisse: Prière du matin avec des cordes elles aussi magnifiques.

- Et est-ce qu’on vous donne un budget qui vous permet de dire :  j’écris pour trois, quatre, huit… violons, un orchestre… ?

M.J. SERERO : Je pense que pour cet album, on avait 10 cordes, ce qui était quand même beaucoup déjà. [8 violons et alto], mais je n’ai jamais eu besoin de beaucoup de monde. J’ai toujours pensé qu’un petit bateau va plus vite. Ce qui compte, c’est d’écrire, et même si j’écris pour 45 musiciens, ou qu’on est peu, ça n’a pas d’importance. Je n’ai pas la folie du grandeur par rapport à tous ça.

 

- Mais là, donc, si vous avez 8 musiciens, c’est qu’avant, on vous a dit : vous avez tel budget ?

M.J. SERERO :   Oui, à l’époque, il y avait du budget*, mais si on m’avait dit qu’il n’y a que 4 musiciens, j’aurais écrit exactement la même chose…

                                                                 *""un demi-budget" disait Fred, financé par JL en partie, mais avec la volonté donc d'en faire un maximum. Ça fait donc de ce disque le premier que Murat autofinance (même si juridiquement ce n'était pas une "licence", comme c'est le cas désormais.

- Est-ce qu’il y a quand même une question de puissance, de force qui nécessite un certain nombre de cordes? Vous avez arrangé plutôt des morceaux lents, est-ce que des chansons avec plus de tempo, nécessiteraient plus de musiciens peut être ?

M.J. SERERO : Non, peut-être que ça aurait nécessité d’avoir moins de monde pour plus de précisions. Plus on est nombreux, plus on peut écrire des choses romantiques, plus on a besoin de rondeurs dans le son, mais si c’est des choses plus pop, plus rythmiques ou plus sèches, moins on est, mieux on se porte. Avec des bons rythmiciens, des petites sessions, plus serré, c’est mieux.

 

- Sur mockba, vous avez juste un quatuor alors que l’autre arrangeur a 14 musiciens…

M.J. SERERO : Oui, ça dépend des titres.

 

- Mais lui a des chansons plus rythmées.

M.J. SERERO : Ça dépend. On peut aussi avoir beaucoup de musiciens et n’en faire jouer que la moitié. C’est un luxe qui est parfois nécessaire, mais qui parfois ne sert pas la musique. Donc c’est titre par titre qu’il faut imaginer. Parfois, il y a une écriture avec des cordes divisées où il faut 8 notes par accord et d’autres où il faut juste une note avec des unissons auquel cas il vaut mieux que quelques instruments. Vraiment, ça dépend. Quand il s’agit de ne faire qu’un raie de lumière très aigu on peut faire jouer à plusieurs V1 ou plusieurs V2...V1, V2, même s’il y avait une dizaine, une douzaine ou 14 musiciens pour faire une ligne, ça peut être intéressant. Parfois, c’est juste un solo, parfois un duo, parfois c’est un quatuor. Ça c’est vraiment l’étude de l’orchestration qui permet d’affiner le discours en fonction des titres, de ce qu’on a écrire. On m’a souvent demandé : c’est quoi ton effectif ? Et bien, ça dépend de ce qu’on a à écrire. Mais je n’ai pas d’effectif type. C’est juste ce qu’on apprend à l’orchestration. Ce n’est pas les musiciens qui font la musique, c’est la musique qui implique un nombre de musiciens. Que ce soit pour Jean-louis, ou pour toutes les musiques qu’on peut faire. Et moins il y a de musiciens, plus c’est dure. Parce que quand il y a beaucoup de musiciens, c’est plus facile de faire sonner qu’un petit ensemble où tout voix compte, doit être à nue.

 

- Excusez en tout cas mes questions très candides, je ne suis pas du tout musicien.

M.J. SERERO Non, non, au contraire, c’est moi, peut-être que je suis trop technique, mais je suis professeur vous savez, et j’adore ce métier, et j’adore expliquer, et m’expliquer à moi-même comment les choses se font, parce que je les étudie et j’enseigne l’orchestration, donc tout ça me passionne.

 

- Oui, très bien, d’ailleurs, n’ayez pas peur d’aller les choses techniques pour les passionnés comme vous, même si ça sera du chinois pour moi !

M.J. SERERO : Oui, mais après ce qu’il faut retenir de ça, c’est qu’il n’y a pas de règles. C’est la musique qui implique un effectif et pas l’inverse.

 

- Donc pour poursuivre sur mes questions candides, je me demande parfois en écoutant certains titres si les cordes sont faits par ordinateur et synthés ou s’il y a des vrais instruments, est-ce qu’on peut s’y tromper ?

M.J. SERERO Oui, oui, on peut s’y tromper, d’autant qu’à notre époque, en fait, on fusionne les deux. Il n’est pas rare d’avoir la maquette mélangée à des vrais cordes. On met les cordes un peu plus au dessus de façon à humaniser le son qui pourrait être un petit peu droit, et puis certains maquettent tellement bien que parfois, c’est même mieux… mais très souvent, notamment dans les musiques de film, on fusionne les deux. Et puis, il y a des musiques où le fait d’avoir un vrai son n’est pas intéressant parce que ça apporte quelque chose d’humain qui n’est pas nécessaire, c’est au contraire une musique qui nécessite une distance et un son très droit, un peu sans vie, un son blanc, un son plat et donc des cordes en skaï sont presque mieux que des cordes vivantes. Ça dépend des propos.

 

- C’est bien que ce ne soit pas qu’une question de budget...et on aura toujours besoin de vrais musiciens.

M.J. SERERO : Oh, oui, j’espère, j’espère et évidemment, mais je pense qu’on peut arriver aujourd’hui à mêler les deux. L’un n’empêche pas l’autre. L’un peut arranger l’autre. Avoir des fausses cordes permet d’apporter de la rondeur, comme un fond synthétique un peu large et le fait de rajouter devant des cordes avec des gens qui jouent, avec leur sensibilité, le timbre, le vibrato, le fait de mélanger les deux, ça peut être très intéressant. D’ailleurs, ce n’est pas que ça peut être intéressant, c’est ce qui se passe.

 

-Vous écrivez vous même avec un synthé et un ordinateur ?

M.J. SERERO : Oui, oui… enfin, j’écris avec le crayon, mais je maquette beaucoup aussi. Je fais les deux. En fait, je maquette avant de faire écouter au réalisateur, au producteur, et une fois qu’il valide, je peux faire jouer puisque tout est écrit, et je peux aussi me servir de la maquette en complément. Ça dépend des projets.

 

- Les sessions étaient au studio davout aujourd’hui disparu. Est-ce que c’était un studio particulier ?

M.J. SERERO : Oh oui ! Oh oui ! C’était absolument extraordinaire, d’abord, parce qu’il y avait DES studios, y avait du bois, il y avait du marbre, ça dépendait des endroits, il y avait celui du haut qui était un peu marbré et brillant, où tout était, oui, très brillant et une acoustique très vive, qui réagissait comme ça, très vite, et celui du bas qui était en bois, très grand, très spacieux,donc pour des musiques plus larges où on pouvait écarter les musiciens ou au contraire les resserrer. C’était passionnant. Il y régnait une atmosphère…

 

- Je crois que Michel Legrand l’aimait beaucoup..

M.J. SERERO Oh oui… On était toujours là-bas. IL y avait Olivier Kowalski qui administrait et Marc Prada qui était là, et on sentait beaucoup d’amour. Ils nous entouraient du plus vif intérêt, comme s’ils se faisaient un point d’honneur que tout marche bien pour nous, que les projets soient bien amenés à bon port. C’est rare de sentir ça. Ce n’était pas simplement un studio où on passe et on s’en va, il y avait toute une vie, on y mangeait, on prenait du thé, on s’installait, on discutait, on vibrait, on avait le trac, oui, je me souviens, il se passait beaucoup de choses. C’était tellement intense. C’était une époque. Je pense qu’on était conscient de l’importance de créer, de faire, d’être heureux dans ces moments-là et on l’était vraiment. Je dis ça au passé, ça ne veut pas dire que c’est fini mais aujourd’hui il y a le covid, ça ralentit les choses… Et puis après il y a eu beaucoup de choses, avec graines de star, Star academy où tout d’un coup, on crée un produit, on fait sortir des gens qui vont durer un an, deux ans… et Jean-Louis c’était quelqu’un qui « était là » pour toujours et qui avait encore pleins de choses à dire. Il y a les grands et l’éphémère, et tout le travail des grands qui donnaient leur vie, voilà c’était ça qui se jouait dans ces endroits-là. J’ai vu ce carrefour, j’étais là… J’ai vu aussi l’arrivée du rap, j’étais là, en 91/92, où les gens disaient : ça va passer… Mais non, ça n’est pas passé, c’était un vrai combat, un vrai sujet d’actualité. D’un côté il y avait Jean-Louis, avec les textes, la poésie, le beau français… Tout ça s’est côtoyé.

 

- Oui, vous figurez dans des disques de rap français célèbres…

M.J. SERERO : Oui, j’étais au début des rappeurs, avec DJ Medhi , et il y avait une vraie passion, on n’avait pas peur d’aimer fort et de le dire et de le partager.

 

- Est-ce qu’il y a d’autres studios que vous avez aimé ? J’ai vu le Guillaume Tell ?

M.J. SERERO : Pas celui-là en particulier, plutôt Ferber et surtout le davout, c’était les deux grands, mais Davout j’ai dû faire 20 ans là bas, et Ferber, j’y suis allé un petit peu moins. Je suis une fidèle vous avez, maintenant, je vais à Ferber. G. Tell, je n’ai pas eu d’attachement particulier. Et sinon, il y avait pleins de petits studios.  

 

- Vous n’êtes pas à proprement parlé une spécialiste des «cordes», violoniste...

M.J. SERERO : Oui, je suis pianiste mais formé à l'orchestration. j'ai fait le conservatoire, les classes d'écriture, l'harmonie, le contrepoint.

 

- Est-ce que le travail spécifique sur les arrangements corde est particulier pour vous ? Dickon Hinchliffe est formée au violon  par exemple. Vous partagez avec lui les arrangements corde du disque suivant « mockba ».

M.J. SERERO : Non… Disons que dans la pop, à moins de faire du big band comme j’ai fait parfois, il n’y a pas beaucoup d’arrangement de bois, très peu. Quand on veut arranger, ça peut être ou des chœurs, et dans la pop, c’est souvent 3 nanas qui vont chanter et harmoniser, j’ai pu le faire comme pour Diams ou pour des rappeurs, mais dans le symphonique, on va plus souvent me demander des cordes que des bois. Et les cuivres, bon, c’est souvent sur les big band ou des sessions de 3 musiciens qui en général harmonisent très bien ensemble, sax, cors, trombone ou trompette, en voicing, un petit peu en impro. Ça m’est arrivé d’écrire, par exemple, pour les Lilicub, on est allé à Pragues, ils avaient besoin d’un symphonique, ils avaient quand même besoin de sax, on avait un quintet [en écoute ci-dessous]. Moi, dès qu’il y avait un symphonique, j’étais présente, mais dans la pop, on demande surtout des cordes.

Inter-ViOUS ET MURAT-ET FRED-ET JENNIFER n°2:  MARIE-JEANNE SERERO

- Est-ce que ça vous a amené quelque chose dans votre travail de prédilection ces emplois dans la pop, la variété? Et c’est vrai que vous avez fait beaucoup d’extras dans la variété, avec des produits dont vous parliez : L5,   Eve Angeli ? Vous pouvez me dire que c’était alimentaire…

M.J. SERERO : Oui, j’aurais droit de le dire, mais je pense que j’ai eu une formation très classique, je suis rentré au CNSM à 12 ans, et avant à 6 ans dans un conservatoire, j’ai tellement bossé dans le milieu classique, je n’avais qu’un rêve, celui de s’émanciper et de découvrir d’autres musiques, les musiques du monde, que ce soit de la variété, rap, word music, toutes sortes de musique . J’avais l’impression d’avoir été frustrée de ne pas pouvoir « voyager ». Je me disais : le conservatoire de Paris, c’est génial mais si ce qu’on y apprend me sépare de toute un monde culturel et social, alors j’ai l’impression que quelque chose me manque. J’ai eu envie de prendre un bain, de partager des sensations et de ne pas être séparée dans une cage dorée, comme la musique savante, classique peut le faire. J’étais formée de cette manière là mais mon cœur est plus libre et plus ouvert que ma formation. Et c’était un cadeau pour moi que de gens venant d’un autre univers que ma formation vienne vers moi pour arranger leur musique et même un honneur, et je pense que eux de leur côté ils se disaient, oui c’est quelqu’un qui a fait le conservatoire mais qu’ ils n’ont pas vu chez moi la raideur. J’espère leur avoir fourni quelque chose qui pouvait magnifier un petit peu par endroits modestement leur musique et j’étais heureuse que mon savoir puisse aller aussi dans ces endroits-là. C’était comme si j’enlevais les frontières sociales de la culture populaire et de la culture dite savante et connotée bourgeoise. Il y a un peu de ça. J’essaye d’analyser. Et finalement, je n’ai jamais senti qu’il y avait de fossé quand j’arrange pour Jean-Louis ou pour d’autres, je sentais que ça fonctionnait bien. Si un rappeur me demandait d’écrire pour un orchestre symphonique, ou AARON d’aller à Bruxelles pour enregistrer un grand symphonique, quel bonheur [en écoute ci-dessous]… et je n’ai pas l’impression d’avoir écrit du Beethoven ou du faux Schubert derrière leur musique mais vraiment avoir essayer de se lover, c’est vraiment le mot, dans leurs harmonies, leur énergie qui me parlaient vraiment. Et j’ai eu l’impression que j’ai eu plus de problèmes au conservatoire en ayant cette capacité de passer dans d’autres mondes que l’inverse. Ça a gêné beaucoup plus le conservatoire que je m’ouvre à d’autres, ils trouvaient ça suspect et moi, c’était tellement normal, tellement un cadeau.

 

- J’ai vu que vous aviez travaillé sur un disque de DUTRONC, Jeanne Balibar et Rodolphe burger

M.J. SERERO Oh oui, formidable rencontre, oohh!

-  Avec derrière la vitre le célébre Ian Capple qui a enregistré un des plus grands albums de pop française : fantaisie militaire de Bashung.

M.J. SERERO Extraordinaire !… Je pense que c’est Marie Audigier qui m’avait fait rencontrer Rodolphe… Extraordinaire rencontre. Bouleversante pour moi. Et avec Ian Capple. Il était venu à la maison, avait mixé extraordinairement, on avait enregistré dans une église* un quatuor à cordes, c’était toujours l’orchestre de Radio France et c’était génial. On travaillait dans la ferme de Rodolphe, dans les Vosges, ça a été extraordinaire.  [*NDLR : peut-être l'Eglise où Jean-Louis a  chanté invité par Rodolphe Un live de kat Onoma y a été aussi enregistré]

- Est-ce qu’il y a eu d’autres rencontres marquantes ?

M.J. SERERO : Non, là avec Rodolphe, vous pointez du doigt une rencontre qui m’a bouleversée. Et après les autres rencontres fortes, ça a été dans le monde du théâtre. C’est autre chose. Et pourquoi le théâtre, parce qu’il y a des textes. Et moi, je vois là le fil conducteur.

Pause musicale : écoutons du coup le fruit de cette belle rencontre, ici, les cordes sont plus discrètes. Cet album avait été un beau succès avec 30 000 exemplaires vendus et selon certains, avait suscité une vague de disques d'actrices (ah, bein, bravo!)

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On a cité le nom de Dutronc? De Dutronc, passons à Françoise Hardy: dans ses 3 chansons favorites de Murat en 2010 (interview ici), elle citait : "Elle était venue de Californie"!  Signée Murat/Jimenez et Serero! Et on peut dire qu'elle connait la chanson, isn't it? '

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Reprenons!

 

- Et dans l’univers du classique, dans votre CV, il y a un très grand nom: celui de Rostropovitch? Vous l’accompagniez au piano durant combien de temps ? Que pouvez vous nous dire de cette rencontre ?

- J’avais 22 ans, à l’abbaye de Fontenay, il m’avait demandé de l’accompagner pour un concert pour Marc Meneau, le cuisinier, un gastronome extraordinaire. Il y avait 800 personnes et moi, j’accompagnais Rostropovitch. C’était une rencontre déterminante. Après il m’avait demandé d’être chef de chant au festival d’Evian, je faisais travailler les chanteurs d’Opéra sous sa baguette, car j’étais aussi chef de chant pour l’opéra. Je l’avais rencontré lors d’une audition où j’avais accompagné une cinquantaine de chanteurs et à l’issue de l’audition, il m’avait demandé d’abord d’être chef de chant dans ce festival, et j’étais renversée, enfin, vous imaginez, à 22 ans, c’est fou. Mais je me rendais pas du tout compte. Et après, j’avais aussi pu rencontrer son luthier, Vatelot, je crois qu’il est mort maintenant… Ça remue, des moment de vie. Vangelis, aussi, avoir enregistré, mixé là-bas [NDLR:  Orchestration pour le concert donné par la cantatrice Montserrat Caballé et l’Orchestre Symphonique d’Athènes (composition Vangelis)]. Franchement, c’est sur qu’il y a des listes que je revendique pas, qui sont alimentaires, je ne veux pas citer de noms. Par contre l’exercice d’arranger, j’ai toujours mis toute mon implication pour le faire, même si le support, je le trouvais limite. Bon, disons pour Eve Angeli, je ne me rappelle pas de la chanson, mais je suis sûr que j’ai pris du plaisir et j’ai dû m’appliquer à faire quelque chose de joli, même si c’était alimentaire, mais sans mépris. Arranger, c’est comme une invitation à faire une jolie décoration dans une maison qui a été pensée avant. Ce n’est pas un sous-métier et ça m’a permis de découvrir pleins de milieux.

- Entre le monde de la pop, de la variété et celui du classique, du cinéma ou du théâtre, est-ce que vous voyez des différences fondamentales chez les « créateurs »  que vous rencontrez? Je me disais qu’il y a peut-être plus d’humilité dans le classique par le travail quotidien qui est nécessaire… ou bien quelque que soit le milieu, il faut un ego tout à fait particulier pour émerger ?

M.J. SERERO : Non, L’égo, il est omniprésent et peut-être qu’il est nécessaire, parce que c’est extrêmement dure, et que l’égo, l’orgueil ou la vanité sont des moteurs. Pour moi, il me semble que c’est la passion, et je revendique tellement toutes ces années de travail par rapport à mon crayon, il est mis dans cette passion que j’ai mis et que je continue à mettre, et quand il est entendu ou un petit peu reconnu, rien ne peut me faire plus plaisir.

 

- Mais vous, vous vous mettez au service de quelqu’un…

-M.J. SERERO : Oui, et même la composition, ou au service d’un film… et cette humilité, je pense que dans le classique, on l’a parce qu’ on travaille sur un texte, et même si c’est un film, ou une pièce de théâtre, on travaille sur un texte, et la musique doit le magnifier. Et en tout cas, on n’est pas seul sur une île déserte, à exprimer quelque chose avec un ego qui pointe, on est toujours en relation. Si je peux définir ce que j’ai fait tout le temps, c’est d’être en relation avec, et il n’y a que ça qui m’intéresse, c’est de me dire que la musique elle est là pour tirer un trait de jonction, un lien avec autrui, un lien vers une autre œuvre d’art. C’est un art appliqué, en ce qui concerne le théâtre ou le cinéma. Je n’ai pas eu envie d’écrire pour être jouée salle pleyel et que les gens viennent pour écouter la musique de Marie-Jeanne Séréro. Je n’ai pas cet égo là. Par contre, faire une musique d’auteur à auteur humblement, en relation avec un sujet et d’être portée par le sujet, voilà la continuité avec l’arrangement. Pour moi, c’est exactement la même dynamique. Alors que peut-être qu’un compositeur a 100 % des droits, et quand on est arrangeur 10 ou rien du tout, mais mentalement, on part d’un texte, d’une composition, idem pour un film, on part d’une époque, on est soumis à une direction, que ce soit la direction des images, ou d’un ressenti du réalisateur, ça ça m’intéresse. Vous voyez bien le lien qu’il peut y avoir entre les deux.

 

- Pour en revenir à Murat, quelques mois plus tard, Murat fait de nouveau appel à vous pour Mockba ?… en partageant les orchestrations avec Dickon Hinchliffe…Vous le connaissez? 

M.J. SERERO : Oui, de nom.

- Vous arrangez toujours sur les morceaux les plus doux.  Et sur cet album-ci,  c'est sans doute l'album où les cordes sont le plus présente. Votre travail est remarquable..  Après le grand cinéma de Dickon sur la fille du capitaine et son grand orchestre, Votre quatuor accompagnent la guitare et la voix de Murat notamment sur la fille du fossoyeur, sans basse, ni batterie, et Murat leur laisse aussi une grande place : avec des intro d’une vingtaine de chansons. Est-ce que vous vous rappelez de ce travail ?

M.J. SERERO : Non, je ne l’ai pas réécouté. Je ne réécoute pas le passé (silence). C’est comme ça. Je le réécouterai peut-être…

 

- En tout cas,  dans l’œuvre de Murat, / et on voit aussi toute l’importance de ces cordes dans les titres orchestrées de Beranger par rapport aux chansons très nues figurant dans l’album suivant.

M.J. SERERO : En tout cas, je le remercie de les avoir mis à l’honneur et de m’avoir fait cette petite place.

 

- Murat disait que les compositions de Fred étaient complexes (je cite avec des diminués et des septième) par rapport au sienne qui n’utilise que 2/3 accords… on sent du coup que peut-être cela vous laisse plus d’options ?

M.J. SERERO : Ça m’est égal. Je dirais que moins il y a d’accords, plus il y a du challenge pour développer, trouver des idées. C’est aussi peut-être ce qui m’a plu dans le rap. Il n’y a souvent que deux accords pendant 7 minutes. C’est long pour faire du développement. Et je crois qu’on a trouvé un système de juxtaposition, en kit, avec des éléments, pour créer des développements.  Mais non, ça me dérange pas que la grille soit simple, ça me challenge davantage.

 

- On voit sur l’almanach amoureux, une rengaine très répétitive que tout le sel musical est apporté par les cordes…C’est vraiment très beau.

M.J. SERERO : Ah, super, je vais réécouter. Ça me donne envie de réécouter.

 

- Votre actualité ?  [on pourra se reporter à son site personnel pour plus de détails]

M.J. SERERO Je suis à la fois chanceuse parce que j’enseigne au CNSM pour l’orchestration, aux métiers du son, et j’enseigne la composition à l’image et j’enseigne au Conservatoire international. Je suis des jeunes qui ont une vingtaine d’années. J’ai une quarante, cinquante étudiants dont je m’occupe en visio quasiment tous les jours de ma vie. C’est une grande chance, j’espère pour eux et en tout cas pour moi. J’ai toujours enseigné… Et à côté de ça, les pièces de théâtre que j’ai pu faire, les 3 ont été interrompus, mais pourront peut-être reprendre en avril et en septembre, et sur ce point, ça va. Et je termine une musique pour un film qui s’appelle « composer les mondes » avec un anthropologue Philippe Descola, et c’est sur «Notre-Dame des landes », ce combat pour essayer de vivre autrement, donc c’était intéressant. J’ai aussi d’autres projets de films, même si tout est au ralenti. Et puis, j’ai pu travailler sur 2 albums, quelques titres pendant cette période.

Donc ça va, ça va mais maintenant, c’est triste ce qui se passe. Je suis inquiète, et je vois l’insécurité pour beaucoup. Ça me fait de la peine.

Et pour mon fils aussi qui veut faire ce métier également. Il a 20 ans et il se forme actuellement. Surtout, je sais ce que j’ai vécu, je sais le plaisir que j’ai eu, je pense que ça ne se fait plus exactement de cette façon à cause d’un problème économique, et ça m’inquiète beaucoup, la facture de la musique, aujourd’hui, qui si elle n’est faite qu’avec de l’électronique, si on ne mêle pas les musiciens ou trop peu, ça peut avoir des incidences. Enfin c’est comme ça, le monde change mais on ne pourra pas enlever ce que l’humain a à dire, on ne peut pas faire l’impasse , et j’espère que tous les artistes vont tenir bon, et avoir pleins de choses à se raconter après ça.. J’espère qu’on va se retrouver, j’ai hâte…

 

 

Avant dire dire au revoir à Marie-Jeanne, voici quelques mots qui lui sont adressés d'Auvergne...

LA CONNEXION AUVERGNATE EN PLUS:

Marie-Jeanne Serero a collaboré avec d'autres auvergnats...

1) Dois-je représenter Christophe Adam? vraiment? Alors vite fait alors (vous retrouverez d'autres éléments ici) :  CHRISTOPHE ADAM, pas le pâtissier, grand chef de French Kiss, producteur notamment du dernier Garciaphone, ex-Sales Gosses, Fafafa,  et grand frère et oreille avisée de la toute la branche Kütü,   nous dit quelques mots (j'évoquais Varrod en introduction car ce dernier parlait de l'album "la grande muette" de C.ADAM  comme le plus beau disque de 2001). Après avoir évoqué la mémoire de  Matthieu tous les deux...

"C'est bien Marie Audigier qui m'avait donné son contact. Cela a été une expérience fantastique pour moi, elle a su instantanément se coller à mes morceaux. Nous sommes allés, avec Daniel Larbaud, chez elle, pendant deux jours lui faire entendre les chansons et tout a semblé couler de source. J'ai l'espoir secret de croire que mes chansons lui parlaient. C'est étrange que vous me parliez de cela, car pas plus tard que la semaine dernière j'ai demandé à Pascal Mondaz de bien vouloir mixer quelques titres de ce concert avec quatuor à cordes que nous avions faits grâce à Jacques Madebène Directeur du Sémaphore à Cébazat. Je suis retombé sur cet enregistrement en revenant du Luxembourg dans la voiture d'un ami ingénieur du son (Emmanuel Perrot) qui avait cela dans son disque dur. Je ne me sens pas capable de mixer cela moi même, c'est trop difficile d'entendre la voix de Christophe Pie durant les sessions mais ce que j'ai entendu ce jour là m'a paru formidable. Je veux donc essayer d'en faire un 6 titres en vinyle si mes moyens me le permettent. Pour en revenir à Marie Jeanne, c'est une des personnes les plus exquises avec qui j'ai eu l'occasion de travailler et qui jusqu'au bout de ce projet n'a rien lâché jusqu’à ré-écrire des partitions le jour même du concert. Une grande dame que j'aurai plaisir à revoir et avec qui je rêve de refaire de la musique. I'm a lucky guy".

                                                            Marie-Jeanne en Auvergne au Sémaphore. 2006

                                                              Critique 4 étoiles du concert par P.Andrieu

 

Voilà Marie-Jeanne: tu as laissé des beaux souvenirs à Clermont, et tu fais partie des rêves de certain... On peut rappeler que la production solo de Christophe Adam n'est pas très riche, et un groupe facebook avait même été créé 10 ans après "la grande muette" : "Le groupe de pression pour que Christophe Adam ressorte enfin un album". C'est donc une grande nouvelle que ce projet de vinyle.  Un disque est disponible chez SOPHIANE PRODUCTIONS et Annick Clavaizolle; "live in Coopécabana".  (on peut aussi acheter du Rogojine, du Denis c., le premier cocoon... il faut passer par Contact pour commander).

 

2)  J'avais remarqué dans le CV de Marie-Jeanne un disque d'YVAN MARC. Je le croise souvent dans mes recherches car le nom de Jean-Louis Murat lui est souvent accolé dans les articles (il se revendique "cousin" dans sa bio, et pas seulement parce qu'il est de la Haute-Loire, ex-auvergne). Il avait assuré une première partie de Jean-Louis en 2013 (compte-rendu d'un mauvais soir : festival Les oreilles en pointe en Ondaine-42). J'ai interrogé Martial Semonsut, qui a produit le disque en question. Martial joue avec Yvan depuis longtemps et fait partie des HIVER POOL, un groupe dont on va reparler rapidement ici, je ne vous dis que ça, mais c'est énorme -enfin, j'espère-normalement-restez connecté-teaser...

Martial Semonsut:  Oui, c'est suite au travail entendu avec JLM et aussi les bons conseils de Christophe Adam qui avait fait appel à Marie Jeanne.  Marie Jeanne est une personne avec une grande sensibilité pour la musique, c'était très facile de travailler avec elle car c'est quelqu'un de très investie dans ce qu'elle fait et vraiment à l'écoute du projet. Pour la petite anecdote, je ne lis pas l'harmonie, je fais tout d'oreille, donc je lui chantais des phrases musicales ou des contre- chants que j'avais en tête et elle écrivait aussi tôt sur papier les arrangements pour toutes les cordes, c'était chouette de vivre çà!

Je laisse le dernier mot à Marie-Jeanne. Avez-vous un rapport particulier avec l'Auvergne?

M.J. SERERO Non, pas vraiment... Je me souviens de ces maisons, ces jolis maisons d'artistes comme ça, ces ateliers qui vibrent de musique, ces musiques qui sont sur le sol, sur les murs, partout, qui sont poésie. Voilà ce que j'ai aimé, ce que j'ai ressenti, des gens tellement sincères, n'ayant pas peur de leur fragilité mais ayant beaucoup de foi dans leur expression. C'est le point commun que j'ai pu trouvé.  Pour Christophe Adam, je me souviens que c'était une écriture pas facile, comme toujours pour ces titres-là, parce qu'il y a peu d'éléments, on peut aller partout. Il faut vraiment créer des branches à cet arbre. Et je me souviens d'une grande gentillesse, une énorme gentillesse.

 

Avec Yvan Marc, on peut entendre le travail de Marie-jeanne sur des chansons rythmées :

Interview réalisée par téléphone (janvier 2021). www.surjeanlouismurat.com   J'ai choisi une retranscription le plus proche possible de l'oralité afin de rester fidèle à la rencontre.    

Je vous laisse d'ailleurs avec la voix et l'image de Marie-Jeanne Serero au travail dans son bureau, telle que je l'ai entendu moi aussi il y a quelques jours; dans la vidéo, peut-être plus confiante et sûr d'elle-même car  plongé dans "le présent d'un travail".  Et Désolé pour le Voyage de Noz! Je ne vous ai pas placés : punition! J'attends toujours de pouvoir écouter votre nouvel album! na!  Quant au storytelling,le nom n'y est  pas mais  Marie-Jeanne Séréro m'a rappelé que la musique avait "un message" et que ce n''était pas que du marketing.

SITE PERSONNEL de Marie-Jeanne Séréro:

https://www.mariejeanneserero.fr

merci, Marie-Jeanne! Merci Christophe et Martial!

LA MUSIQUE EN PLUS

Voici un petit panel d'arrangements réalisés par Marie-Jeanne Séréro (un peu au hasard -mais bizarrement il n'y a pas Eve Angeli-  et également ceux dont elle nous a parlés: le rap, Aaron, Lilicub... et Murat...)

Jean Théfaine (CHORUS): 


A peine a t-on eu le temps de se familiariser avec le contenu de ses précédentes malles au trésor – Le Moujik et sa femme, en 2002 ; Lilith, en 2003 ; A bird on a poire et le DVD Parfum d’acacia au fond du jardin, en 2004 – que revoilà Jean-Louis Murat, caracolant en grand équipage, les poches pleines de nouveaux louis d’or.

Dans la première bourse, Moscou, il y a quatorze titres. Dans la seconde, 1829, en téléchargement payant dès le 14 mars sur internet et dans les bacs le 3 mai, il y a onze textes du grand chansonnier (du XIXe siècle) Pierre Jean de Béranger. Dans la troisième, on découvrira (en commande exclusive sur son site www.jlmurat.com) 1451 : un poème inédit de mille vers décliné en un CD de 26 minutes et un DVD de 38 minutes – le tout glissé dans un livre illustré par Murat lui-même ! Vous suivez ?
Moscou, donc, est le premier lot proposé. Une suite au Moujik et sa femme, penserez-vous. Pas si simple. On y parle bien de foulard rouge, de troïka, d’isba, de retraite de Russie, mais de façon tellement impressionniste et allusive qu’on est fort loin de la fresque enneigée.

Côté écrin, ce qui frappe d’abord, c’est que Murat renoue avec des climats où cela respire large, aérien, à fleur de peau. Fred Jimenez (basse et chœurs) et Stéphane Reynaud (batterie et percus) sont, bien sûr, de la fête, mais le « power trio » a enrichi sa palette. C’est ainsi que des cordes en majesté illustrent sept titres ; amples et crépusculaires (Le Désert, La Fille du capitaine, Colin-maillard) sous la direction de l’Anglais Dickon Hinchliffe, des Tindersticks ; romantiques et délicatement ornées sous celle de la Française Marie-Jeanne Séréro (Foulard rouge, La Bacchante, La Fille du fossoyeur, L’Almanach amoureux).

Spontanément, c’est le qualificatif somptueux qui vient sous la plume, pour désigner ce énième ovni de l’irréductible auvergnat, dont la course folle est de plus en plus fascinante ! Car aucun autre artiste n’a cette capacité à produire encore et encore, à brouiller les pistes, à inventer, à se remettre en question, à bousculer toutes les normes du métier. Ce pourrait n’être que de l’agitation, c’est le plus souvent magique. Comme si le fleuve de mots qui ruisselle de Murat trouvait naturellement son chemin dans une mangrove de mélodies et peintures sonores, balançant entre minimalisme acoustique et griffures électriques, draperies contemporaines et vêtures quasi médiévales.
On allait presque oublier de vous le dire : Camille (L’Amour et les Etats-Unis) et Carla Bruni (Ce que tu désires) posent en duos au côté du monsieur, dont la diction sensuelle a rarement été aussi précise. Et puis, il y a des cadeaux cachés en fin de piste... Mais chut, le prince de la Croix-Morand va entrer.

Jean Théfaine

Chez Béranger et à Moscou, deux voyages de Murat 

Véronique Mortaigne      ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 17.03.05

Prolifique Jean-Louis Murat, qui ne trie pas. N'en a ni l'envie ni le temps, tout occupé qu'il est à bâtir son œuvre poétique, photographique, musicale. 1451, mille vers écrits à la main livrés avec les encres afférentes, lus par leur auteur (2CD), a des allures de manuscrit, ratures, work in progress, création en train.

.. Moscou est un album de forme plus classique, où Murat case trois chansons de Pierre-Jean Béranger, qui est la matière de 1829, album disponible en téléchargement payant (www.jlmurat), consacré au grand chansonnier du XIXe siècle.

Précieux, politique, populaire, grivois, Pierre-Jean Béranger s'accommode mal du traitement doux qui lui est réservé par le docteur Murat, amant indubitable, mais sans doute moins doué pour la satire politique ou la comédie de mœurs. Chantées en nuances douces-amères, alors qu'elles peuvent être criées, les histoires de La Fille du fossoyeur ou de Jeanne la rousse perdent en pertinence. Mais elles ancrent ainsi l'urbain Murat dans la France paysanne ("Un enfant dort à sa mamelle ; elle en porte un autre à son dos").

Ponctué de jolis chants d'oiseaux sortis des synthétiseurs, Moscou se réfère à Pouchkine (La Fille du capitaine en ouverture, ballade à la mélancolie hivernale, pur Murat, à l'instar de Foulard rouge, murmures proférés à la face de la jalousie). Il intègre les cordes à un univers musical défini depuis le Moujik et sa femme - Murat (guitares), Fred Jimenez (basse), Stéphane Reynaud (batterie).

Ensemble, ils avaient su produire un son clair et direct, un rock appareillé, que l'on retrouvera sur Nixon, une broderie rock sur une seule phrase ("Nixon, réponds-moi, je ne peux plus vivre comme ça !"), ou sur Winter, en clôture. Les deux arrangeurs de passage, Dickson Hinchliffe (des Tundersticks) et Marie-Jeanne Séréro, ont choisi de créer des climats. Et puis il y a le duo de charme : Ce que tu désires, avec Carla Bruni, qui a la tête de l'emploi, moins drôle que le sautillant morceau folk L'Amour des Etats-Unis, chanté avec Camille.

avec l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie:

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 19 Janvier 2021

                                                                       Illustration: Eliane Genet- magic n°84

 

 

Et bien, cela faisait du temps que je ne vous avais pas proposé un contenu inédit! J'écrivais dans l'article précédent que la réédition vinyle d'A BIRD ON A POIRE n'avait pas suscité grande presse, et voilà que je me dis pas : je vais devoir m'y coller...  Sans réfléchir: 4 petites questions balancées à Fred Jimenez sur messenger, qui m'écrit qu'il répondra volontiers... Volontiers? Je relance de 9! et encore de 3 (j'ai mis le pied dans la porte).  Et me voilà avec une petite interview de la branche Basse de notre trio préféré pourtant le plus grand,  les "90% de A BIRD ON A POIRE" selon Jean-Louis Murat.  90%, c'est à la louche  pour cette musique limpide et claire...   qui a si vite inspiré Murat (50% pour la story, la voix et... les pépettes) et qui a aspiré dans le projet Jennifer Charles (20% pour le charme)... si bien produite par Stéphane Prin (5%)... et saupoudrée par le talent d'une arrangeuse pour les cordes: Marie-Jeanne Séréro (5%)... et c'est sans parler des productrices exécutives:  Marie (qui suggère Marie-Jeanne) et de Laure (qui boucle le budget avec Scarlett, le disque étant hors-contrat).

Calcul mental:   ça nous fait  un album à  170%, bien au dessus de la moyenne. Dans Crossroads, dans une discographie commentée, Yann Giraud, parlait "tout simplement d'une des plus belles collections de pop songs écrites en français".    De cordes en aiguilles, je contacte Marie-Jeanne Serero... Mince, elle aussi  me dit avec plaisir... mais me demande une interview par téléphone. Euh, vraiment? moi pas savoir bien parlé... Les trois derniers qui m'ont dit de les appeler, ils attendent toujours... mais cette fois, je ne peux pas reculer:  je n'ai pas eu le temps d'oublier  les résolutions de la nouvelle année. C'est pour vous, lecteurs! Et aussi pour moi:  j'étais curieux de découvrir qui se cachait derrière ses arrangements magnifiques de A bird on a poire mais aussi Mockba:  "La bacchante", "le calendrier amoureux",... 

Commençons sans gagner l'aéroport, prenons plutôt le Train bleu entre Lyon et Genève... Et saluons FRED!

 
- Que pensez-vous de la remasterisation? Avez- vous travaillé sur la réédition?
 
F. Jimenez:  Malheureusement j'attends toujours l'album.  PIAS est censé me l'envoyer la semaine prochaine...
 
  Pouvez vous nous parler de Marie-Jeanne Serero que je n'avais pour l'instant jamais citée sur le blog? [un fidèle lecteur m'avait rappelé son nom il y a quelques temps]
 
F. Jimenez:  Je me souviens d'une personne douce et très gentille. Dans mon souvenir Marie Audigier nous avait parlé d'elle. Nous étions allés, Jean-Louis Murat et moi, chez elle. Elle nous avait joué ses arrangements au clavier avec un son de violons. Nous avions beaucoup aimé et nous nous étions retrouvé en studio pour une journée d'enregistrement avec huit violonistes.
 
- Et les démos inédites? Ce sont les musiques que vous avez présentés à JL en premier? ou un premier travail de studio?
 
F. Jimenez:  Un jour en tournée, j'avais fait écouter la démo de French Kissing à JL dans la voiture. Il avait adoré à tel point qu'il m'a dit qu'il pourrait arrêter la voiture et écrire un texte sur le champ.
Sur cette démo, initialement prévue pour April March avec qui nous avions enregistré un album avec Burgalat et AS dragon et qui ne fut pas retenue, je chantais en faisant lalala. Une fois que JL m'a proposé de faire cet album avec lui et Jennifer, il m'a demandé de jouer les mélodies avec un clavier ou une guitare, le son des lalala le perturbait un peu. Notre méthode de travail pour l'écriture des chansons fut la suivante. Je lui envoyais des démos enregistrées en 4 pistes et il écrivait un texte sur les titres qui l'inspiraient.
J'ai dû envoyer 23 titres par paquet de 4 ou 5 et nous en avons enregistré 15.
Les démos inédites sont donc ce qu'entendait Jean-Louis et qui lui inspirait le texte. Tous les titres furent conçus ainsi. D'abord la musique puis les textes. Nous avons conçu cet album sur le temps que nous avions initialement prévu pour une tournée qui fut annulée à la dernière minute en 2003 me semble-t-il, avec Jean Marc Butty à la batterie à l'époque du Moujic.
 
- Oui, c'est cela: automne 2002... période où Murat se met à travailler sur Lilith ("J’ai commencé à bosser le 19 novembre. Et à enregistrer, le 1er février"... C'est fou... Quelle période intense pour Jean-Louis: 4 disques dont un double en 2/3 ans!
 Un petit mot sur Stéphane Prin?
 
F. Jimenez:  J'avais déjà fait pas mal d'albums avec Stéphane Prin pour JLM:  Moujic, Lilith, Parfum d'Acacia.  Bird on a Poire étant un album "hors contrat" avec EMI, nous avions donc un demi budget et très peu de temps pour l'enregistrer. 3 jours pour tous les instruments, 1 jour pour les violons et 6 jours pour les voix.  Son principal boulot fut de faire passer les démos "super huit"  à du "cinémascope"(c'est ce qu' avait dit Jean-Louis).
Nous avions beaucoup aimé travailler ensemble avec S.Prin que nous avions remis le couvert pour mon album "Il est temps maintenant " en prenant plus de temps.
 
"Le jimenez style" en live, avec Stéphane il y a 10 ans:
- C'est quand même remarquable qu'il soit crédité de "producteur", à tes côtés [on est passé au TU, on se connaît depuis 2003 à Vienne! Enfin surtout moi],  car Murat n'en a pas eu beaucoup dans ses disques: Zacha, toi, Denis...
 
F. Jimenez:  C'était une manière de le remercier.  Le budget était petit et en réalité on a bossé super vite car j'avais décidé en amont des tempos et des orchestrations comme l'attestent les démos. Nous avons cherché les bonnes tonalités avec J.L. On a pas eu le temps de se poser des questions en studio et d'essayer des trucs. Effectivement le disque est produit à trois. Ma part est visible sur les démos. J.L a choisi les titres, validé ou pas certaines orchestrations et fait quelques suggestions soit dans les arrangements soit quelques fois dans des modifications de mélodie. Stéphane Prin a principalement fait passer mes démos "super 8" à du "cinémascope". Bien évidemment il avait son mot à dire sur le choix des prises et d'insister sur la qualité de l'interprétation mais on a tout fait en trois jours de prises pour 15 titres!! Quand même! Batterie; basse, guitares sèches et électriques, piano; orgues, wurlitzer et trompettes...
 
- Oui, c'est assez dingue quand on voit le rendu et la qualité de la production... mais Murat dirait "mais c'est comme ça qu'on faisait avant etc...!!"
 
F. Jimenez:   Effectivement on ne va pas se plaindre sur le peu de temps, on faisait comme ça dans les sixties. On avait même le luxe de rôder les titres sur scène avant de le enregistrer en ce temps là...
 

                                                   Écartez les suisses    photo @surjeanlouismurat.com  koloko 2011

- L’orientation très pop, sixties, était définie dès le départ ?
 
F. Jimenez:  Il y avait les démos...
 
-euh... J'ai l'impression que ça t'agace  qu'on résume parfois l'album à ça (l'illustration a peut-être joué aussi)? Tu disais a l'époque que c était moderne à part le Fender Rhodes.?
 
F. Jimenez:  Ça ne me dérange pas qu'on trouve le son sixties, pour moi c'est l'Âge d'Or de la musique pop donc c'est un vrai compliment; cela dit à bien y regarder, il n'y a pas de gimmicks sixties, c'est plutôt l'esprit des sixties qui y est insufflé. Les chœurs y sont certainement pour beaucoup car on les envisageait comme ça dans la pop des sixties, je pense aux Turtles (happy together). Mais en réalité "l'esprit sixties" est dans l'ADN de la composition, pas dans la forme. 
 
- L album fait un peu débat chez les fans, mais il fait aussi souvent parmi des préférés de certains (notamment je pense au chanteur des voyage de noz que j'ai interviewé plusieurs fois, dont ici).
C'est peut-être sans importance pour toi, mais Est-ce que tu penses que dans la discographie de jlm faut  mettre ce disque à part, le ranger dans la catégorie "collaboration" ou au contraire  tu  peux revendiquer, avec fierté ?,  qu' il occupe une place d honneur dans l'oeuvre muratienne? (Je ne sais pas si c'est clair). Je suis pour l option deux car   l'écrin est particulier mais il a totalement inspiré  l auteur dans ses thèmes chers!
 
F. Jimenez:  Je suis très fier de A BIRD et éternellement reconnaissant à Jean-Louis Murat  de m'avoir donné cette opportunité. Je crois que JL lui même pense que ce disque est un peu à part dans sa discographie. Il a effectivement une couleur plus pop anglaise que les autres mais il y a aussi des titres comme "Petite luge", "Gagner l'aéroport", "A bird on a poire" et quelques autres qui auraient pu être sur MOSCOU ou LILITH sans trop détonner.
 
- oui, et sur Mockba, inversement, on dirait que Murat s'est laissé inspirer sur certains titres.... Qu est ce que ça t as fait d entendre ta musique chez un gros annonceur français La Poste pendant quelques semaines ?  J ai un peu peur de la réponse : ça t a rapporté plus que le disque?
 
F. Jimenez:  Avec A BIRD nous avions voulu faire un "produit frais" de longue conservation; étrangement cette teinte sixties lui a conféré une sorte d'intemporalité qui lui a permis de pouvoir illustrer une pub près de quinze ans plus tard. Si nous avions eu le son et les gimmicks 2004 pas sûr  que la Poste ait choisi notre titre.
Effectivement ça m'a plus rapporté que l'album lui même et m'a aussi permis de constater que les grands gagnants de cette opération financière furent la maison de disque et la Sacem, haut la main.
 

                                                            @surjeanlouismurat   Les 3 dédicaces,, la dernière obtenue lors d'un concert des Elysian Fields

              Frais mais costaud: l'avis de JLM:
"tout à fait, je me suis rendu compte que l'impression de légèreté et de fraicheur vient essentiellement des mélodies. Je n'ai pas fait d'effort pour alléger mes textes, mais ce sont les mélodies qui ont donné des ailes aux mots. C'est un peu une découverte d'ailleurs... Je pense même  qu'il y a des textes dans l'album qui sont les plus plombés que j'ai jamais écrits. C'est le propre de la chanson pop je crois. On n'y trouve pas de textes légers, à part les texte de corniauds comme ceux de Daho, où tu n'as pas besoin d'alléger puisqu'il n'y a pas de pesanteur dans les mots". (crossroads 11/2004-
 
ah, bein, voilà: il suffit de faire intervenir Jean-Louis pour que ça dérape.. revenons-en à Fred:
 
 - Un souvenir de la tournée ? A Lyon, c’était dans un théâtre en bas de la croix rousse, JL était très détendue dans mon souvenir (et les bootlegs de concerts). Est-ce que se retrouver comme un groupe, peut-être avec des chansons moins personnels, ne lui rendait pas l'exercice plus facile ?
 
F. Jimenez:  Dans mon souvenir, ce fut compliqué de rendre ça à trois sur scène, le show était conçu en deux parties; les titres de Bird et des chansons de JL. Ce fut un peu une galère pour moi de passer du piano à la basse puis à la guitare. J'avais toujours la trouille de jouer "Petite luge" tant l'arpège était compliqué.
J'étais content qu'Albin de la Simone vienne nous prêter main forte pour les dates parisiennes du Café de la Danse.
 
- Mashpopotétisé et Johnny Vacances, vous avez eu l'occasion d'en parler avec Hallyday?
 
F. Jimenez:  Non
 
- Tu as démarché encore les maisons de disque après cela pour ton disque solo? (3 ans plus tard, tu autoproduis le disque "il est temps")... et depuis, tu as peu produit en solo. En m'inspirant de propos de Burgalat (et aussi de Murat en promo) , je me demande si les "musiciens" (en opposition à ce qu'on pourrait appeler "des personnages") sont victimes de la dictature du "storytelling" dans le marché du disque? (présenter de la bonne musique ne suffit pas, il faut vendre autre chose). Qu'est-ce que tu en penses? (j'ai en tête aussi Laurent Saligault autre bassiste qui n'a eu que moi ou presque pour parler de son premier disque que j'ai beaucoup aimé).
 
F. Jimenez:  Honnêtement je ne sais pas. Avant de débarquer en France en 1997, j'avais fait partie d'un groupe suisse "The Needles" nous avions enregistré 3 albums et des singles, nous étions très populaires là-bas. Nous avons joué beaucoup en Allemagne et aussi en France. je composais quelques titres  que je chantais et jouais de la basse. Une fois arrivé en France je me suis rendu compte qu'on te mettait dans une case, "accompagnateur" me concernant, et qu'il était très difficile d'en sortir. Cela dit ça ne me dérange pas trop, je me suis rendu compte que je n'aimais pas trop être sur le devant de la scène, mon égo n'est pas assez gros pour ça. Mais depuis le temps j'ai de quoi faire au moins dix albums dans les tiroirs...
 
- Jean-Louis a dit une fois que Stéphane et toi  étiez dans le même groupe, et qu'en Suisse, la moitié de la salle venait pour vous!
 
F. Jimenez:  Non, Stéphane était l'attraction du groupe concurrent  Maniacs...  [et c'est Fred qui le conseille donc à Jean-Louis: "Sur On Ne Peut Rien En Dire, le tout premier morceau enregistré, je ne connaissais pas le batteur. Il souhaitait qu’on se parle au téléphone, mais je lui avais dit qu’on se verrait en studio. Et une seule prise a suffi" raconte Jean-Louis dans Magic n°74. ]
 
The Needles vs The Maniacs...  Non, on ne peut pas parler de légendaire opposition  façon Beatles/Rolling Stones, Oasis/Blur, G Scad/2be3...  On sait juste que l'un des 2 groupes a critiqué l'autre pour avoir traversé une rue en dehors des passages piétons, entraînant une forte indignation des autres: "oui, mais eux, ont vidé leur camion alors qu'il dépassait largement de l'emplacement de stationnement"... Enfin, c'était la Suisse...  Euh, c'est une blague. Ils étaient amis (the Needles remercie  Maniacs sur un de leur disque). On en reparlera peut-être car je ne suis peut-être pas le seul que ça intéresse tant on les apprécie! The NEEDLES ont une page wikipédia en allemand. . comme Maniacs.    Quelques titres en écoute sur cette chaine youtube.

                                                                                                Stéphane pour une fois devant

- J'ai mes questions rituelles: 3 chansons préférées de Murat? ton album préféré?  meilleur souvenir de concert (généralement, c'est en tant que "spectateur" que je demande).
 
F. Jimenez:  Les jours du jaguar, Je me souviens,  Si je m'attendais ( si tant est qu'on puisse répondre à une question pareille )
Meilleur album: Baby Love, parce que selon moi c'est son album le plus personnel et abouti et celui qui lui ressemble le plus.   [en effet, dès 2003, il disait:"il y a beaucoup de disco. Par exemple, je suis un fan absolu d’Eddie Kendricks, l’ancien chanteur des Temptations. D’ailleurs, Laure (ndlr. Bergheaud, sa femme), ça l’a toujours fait rigoler. Elle n’a toujours pas compris mon côté disco]
 
F. Jimenez:   Avec JL, je me souviens d'énormes moments de rigolade, bizarrement aux antipodes de l'image publique qu'il a. C'est quelqu'un de très attachant et humainement me retrouver avec lui, Stéphane Reynaud et toute sa fidèle équipe; c'est toujours un grand plaisir. Vivement que ça reprenne!
Ps: J'aurais pu aussi bien cité "Le mou du chat"; "Foule Romaine" , "la petite idée derrière la tête"....

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un grand merci Fred! ( Interview fabriquée (mixage et arrangements) par mails du 31/12/20 au 17/01/21. Sans me forcer, comme d'habitude, on a évoqué les Voyage de Noz et le storytelling).

(bien-sûr, j'aurais aimé  l'interroger plus en détails sur l'ensemble de son parcours, c'est partie remise)

En bonus, une rareté dont je n'avais pas souvenir:  la propre chanson de Fred Jimenez sur l'air de "Mirabelle Mirabeau" (un inédit live).


 

- hé Fred! J'ai encore une petite dernière pour la route : cette version existait avant a bird?

 F. Jimenez:  Oui elle était antérieure. Il y a quelques titres sur Bird qui étaient des inédits que j'avais dans les tiroirs, les musiques qui ont servis pour: french kissing, monsieur craindrait les demoiselles (composée dès 1996), mirabelle mirabeau et peu me chaut...  Il y avait des textes dessus mais je ne les ai pas montré à Jean-Louis pour ne pas l'influencer.

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J'ai tenté d'avoir un mot de Marie Audigier sans succès.   Stéphane Prin, je l'avais déjà inter-ViOUwé-ET MURAT en 2010. Une interview complète à redécouvrir ici. Voici l'extrait qui concernait A BIRD:

On reprend le fil... avec ce qui reste une parenthèse... enchantée presque... car l'album a beaucoup de fervents: a bird on a poire. Cette fois ci, vous avez un titre de producteur (même si c'est pas si clair : sur le livret de l'album, vous êtes crédité pour les prises de son et mixage, mais comme co-producteur sur le maxi...).

S. PRIN : Ah? Sur le cd, il me semble être crédité comme co- real aussi pourtant, non??

En tout cas, c'était vraiment le cas. En gros, le projet s'est initié lors des mix de lilith. Pendant que je mixais, Jean-Louis et Fred étaient dans la pièce d'à côté en train de réfléchir déjà sur les morceaux de Fred que Jean-Louis aimait, et sur lesquels il voulait écrire un texte. Jean-Louis a ensuite eu l'idée de faire un album concept autour d'une rencontre entre une américaine et un français, à Paris et a parlé de Jennifer, en parlant d'un album duo.

Pour cela il a voulu se concentrer sur les textes uniquement et laisser carte blanche à Fred pour la musique. Fred m'a donc demandé de l'aider pour la réalisation et on a géré toutes les musiques seuls en studio, pendant que Jean-Louis écrivait chez lui. Il n'est revenu en studio que pour faire les voix avec Jennifer lorsque les musiques étaient totalement réalisées.
Voilà pourquoi, cet album est un peu un ovni dans la discographie de Jean-Louis. Fred a définitivement des influences bien plus pop de JL :.)

 

LE  BONUS EN  PLUS : LE DOSSIER MAGIC n°84

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Et ma galanterie légendaire devrait en souffrir, passons la main... euh, plutôt la parole à Marie-Jeanne Séréro, que l'on retrouve donc dans  deux disques de Jean-Louis Murat (A BIRD ON A POIRE et MOCKBA) aux arrangements de cordes. Si la presse a souvent parlé de ceux de Dickon Hinc... (se mettre aux anges, la fille du capitaine), Marie-Jeanne a moins souvent été à l'honneur, et pourtant, sur des chansons peut-être moins faciles, elle a fait merveille... Allo, Marie-Jeanne, vous m'entendez?

- oui, bonsoir

"Inter-ViOUS ET MURAT-ET JIMENEZ-CHARLES n°1":  Du côté de chez Fred JIMENEZ!
"Inter-ViOUS ET MURAT-ET JIMENEZ-CHARLES n°1":  Du côté de chez Fred JIMENEZ!
"Inter-ViOUS ET MURAT-ET JIMENEZ-CHARLES n°1":  Du côté de chez Fred JIMENEZ!
"Inter-ViOUS ET MURAT-ET JIMENEZ-CHARLES n°1":  Du côté de chez Fred JIMENEZ!

Et ma galanterie légendaire devrait en souffrir, passons la main... euh, plutôt la parole à Marie-Jeanne Serero, que l'on retrouve donc dans  deux disques de Jean-Louis Murat (A BIRD ON A POIRE et MOCKBA) aux arrangements de cordes. Si la presse a souvent parlé de ceux de Dickon Hinc... (se mettre aux anges, la fille du capitaine), Marie-Jeanne a moins souvent été à l'honneur, et pourtant, sur des chansons peut-être moins faciles, elle a fait merveille... Allo, Marie-Jeanne, vous m'entendez?

- oui, bonsoir....    (à suivre ici: http://www.surjeanlouismurat.com/2021/01/inter-vious-et-murat-et-fred-et-jennifer-n-2-marie-jeanne-serero.html)

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 7 Janvier 2019

Allez (mince! Je crois que j'avais pris une résolution de nouvelle année de ne plus commencer mes articles par "allez", mais c'était en 2014...), une interview pour commencer 2019 sur un bon pied, et sous de bons auspices, avant que le temps nous y emmène, à l'hospice:  pas d'os, mais du peace... and du love ! C'est ce que je nous souhaite: De la sérénité, de l'humanité, de la zénitude, et ce jour, avec l'aguerri en la matière (sans casus belli), le yogi MAHADEV OK, alias Travis Bürki.  

Ce marseillais né en 1970 a eu plusieurs vies : l'enfant Patrice Bürki est vite devenu artiste, avec une solide formation musicale. Il se dirige néanmoins dans un premier temps vers l'architecture, avant de suivre les cours du C.I.M. comme Matthieu Chédid ou Albin de la Simone.  Il mène une première partie de carrière sous le nom de ü, puis Travis Bürki (il épouse une certaine Daphné qui aura un carrière télévisuelle). On le voit au côté d'Edouard Baer et F. Rollin (à la radio et dans "le grands mezze" - à 1h24). Et depuis 2016, se fait appeler Mahadev OK... en s'établissant le plus souvent en Angleterre.

Je vous en parlais en 2002 déjà lors d'une mini-interview.  J'ai utilisé ensuite son service quand il proposait, entre autres petits boulots, d'écrire des chansons à la demande, un cadeau  qui faisait son petit effet,  moyennant une somme très raisonnable. A cette occasion, c'est un peu comme s'il était  rentré  dans la famille (Ma mère me cause à toute occasion de Daphné du coup).

Enfin soit... L'espoir de la chanson signé chez Polydor, a désormais choisi de vivre "en Poulidor. Jouir du seul bien qu'on honore dès matin"... et nous livre un album assez différent des précédents... Le dernier de Travis également en anglais "Serendipity" était très "dance" et électro, le road trip de Mahadev Ok est très flower power et seventies, mais aussi blues ("spiritlessness")  et country, et parfois très pop actuelle ("past life" -prochain single- et le rap "no place in the word"), le tout avec une orchestration dès plus soignée. Fumeux? enfumé? Non, on y retrouve beaucoup de  la fantaisie, de la diversité des styles, en tout cas qu'on aimait chez ce chanteur, même si je n'y perçois plus l'humour (avec l'anglais, c'est compliqué). J'aime beaucoup notamment le titre "Triangles" qui clôt le disque (en français), "yogi nandara" et "namaskara" dans lesquels un effet "mantra" est très réussi. 

Voici le texte de présentation de ce nouveau disque:

Voici TRIANGLES, un livret de chansons, de rencontres et de voyages de l’auteur-compositeur-interprète Mahadev OK. Avec ce nouvel avatar pour ceux qui s'appelaient autrefois U ou Travis Burki sont des chansons pop dévoilées, nourries de vastes espaces et de mélanges de musiques. Origine? Voyages Au Royaume-Uni, en Inde et éventuellement dans l'ouest des États-Unis, précisément à Provo, le long de Salt Lake, dans l'Utah, où l'album a été enregistré et mixé. Voyageur et yogi, Mahadev s'arrête à chaque pas, garde le pied sur terre et les rencontres viennent donner corps et couleur aux morceaux écrits et composés à l'origine en Inde. Plus de 30 musiciens du monde entier ont été impliqués. Les batteurs Barak Kram (Israël), Anders Bergstroem (Suède), Stacie Fleischer (États-Unis), Emiliano Turi (Italie) partagent les morceaux, Sarod (guitare indienne) avec Dara Okat Godzuki (Bangalore) et les guitares de Vincent O'Brien (Manchester)… L'ensemble du matériel patiemment organisé par le producteur Brian Zieske (Interstellar, The Addies ...) Original et classique, éclatant et paisible, d’où viennent ces morceaux? Nous pensons à Donovan et George Harrison dans "Spiritlessness" ou à Robert Wyatt dans "No Place In The World" avec raga flow et rap orchestral, ou un espace infini de pop aérienne de Mercury Rev dans "Diamond Man". Enfin nous avons eu UFO La chanson d'amour «The Dentist» soulignée par des rythmes de bossa chez le crooner franco-suisse yogi. Financé par son propre label (SPC) et un financement participatif rassemblant des fans d’Europe, des États-Unis, d’Inde et d’Australie, Mahadev sort un album original des années 70 original et classique, qui dégage une incroyable liberté et sérénité.

                                   Mahadev in Rosewood Studio with Sarah Little Drums (vocals) and Stacie Flescher (drums, vocals)

bonjour ,

- Beau voyage dans les années 60/70, avec de chouettes guitares. Mais j'aimerais savoir ce qui a suscité cette nouvelle identité (la 3e), vous êtes devenu un vrai yogi?

Mahadev :   En janvier 2015, j'enregistre "Serendipity" et le publie sous Travis Burki avec le label 75 music  puis pars m'installer en UK à Manchester pendant un an.  Je joue et compose en anglais car le EP Serendipity passe inaperçu et ne provoque aucun concert à Paris et dans le monde francophone.

Après quelques dates en Angleterre, j’améliore le concept et rode mes tours de chants anglais avec une guitare acoustique. En décembre, je me retrouve invité dans un ashram de yoga dans la forêt près d’Orléans.

Pratiquant le yoga quotidiennement depuis 2012, j’accepte l'invitation et reste dans cette organisation qui m'envoie a Londres. C'est à ce moment-là que je reçois le nom spirituel Mahadev. J'ajoute OK et passe un an plus tard mon diplôme de prof de yoga TTC hatha Yoga.

L'été 2016, je passe 1 mois et demi en Australie (concert, itw radio, contact musiciens, Sydney, Perth Byron, Bay).  Je fais un film "Katoomba".

L'année suivante, je pars aux USA faire une tournée, je monte un groupe et enregistre dans un studio à Provo, Utah.  C'est la que je suis revenu cette année faire ce disque.

Mahadev OK est devenu le nom du yogi chanteur mais c'est également mon nom de  prof de yoga.

OM OM OM

 

- Vu mon niveau d'anglais, je ne peux pas comprendre les textes, apparemment, le yoga et les mantras ont été ta source d'inspiration principale?

 

Mahadev: Pour cet album "Triangles" (et pour le précédent "Katoomba"), le yoga, la philosophie non dualiste (la Vedanta... philosophie hindouiste de l'inde lorsque l'inde était principalement bouddhiste) ont été une source d'influence et d'inspiration. Ce sont des textes assez simples, poétiques mais intransigeant dans leur message relatif à la non réalité du monde matériel dans lequel nous vivons mais dans lequel nous n'existons pas en tant que tel. Nous, c'est à dire notre être véritable, est infini, sans début ni fin mais parce que nous nous identifions à notre corps, notre nom, notre métier, nous ajoutons beaucoup de limitations a notre être.

Les chansons restent cependant des chansons. Totale liberté d'écrire en anglais, parfois retranscrivant un rêve marquant, parfois simplement chanter bonjour, comment ça va, tout va bien en Karnada (langue du sud de l'Inde): "NAMASKARA",  des histoires inventées, "YOGI NANDINI" mais comme à chaque fois, transformer des émotions en créations...


 

Yogi nandini, premier single:

- Est-ce que le travail de relaxation, de respiration, t'as fait évoluer dans le chant?

Mahadev: La relaxation, les exercices de yoga sont très bénéfiques pour le corps, le mental et bien-sûr la voix. En plus, nous chantons beaucoup dans le Bhakti yoga (le yoga dévotionnel) dans les ashrams, et les mélodies des mantras, et kirtans (chants dévotionnels du yoga) sont très inspirants et donne à la voix de l'ampleur et de la détente.

Une chose importante par rapport à la voix ici est que les chant du yoga ne sont pas faits pour développer l'EGO.

Par exemple, on apprend à chanter avec le cœur, sans faire une prestation vocale ni essayer de se faire remarquer. Il y aura toujours quelqu'un pour vous dire que vous chantez bien ou autre mais l'idée est d'offrir les fruits de votre action (et donc votre chant) à quelque chose qui est plus haut et plus absolu que soi (l'absolu, Dieu, le SOI, une déité etc...).

 

 

- Est-ce que tu es devenu un chanteur à message? (bon, on peut déjà dire qu'avant, tu professais déjà l'amour, le recul sur le monde)? 

 

Mahadev:  Si on considère que ce que j'ai répondu à la question précédente est un message alors oui. Mais le plus important dans ces découvertes c'est que l'intellect, qui est en train de répondre à cette question, qui réfléchit, qui manipule idées et mots est INCAPABLE d accéder à la vérité qui est le but du yogi. On y accède par le silence intérieur, par la pratique de la méditation, par la répétition des mantras et par le dépassement de l'ego. (tout ce que je viens d'énoncer est encore rédigé par l'intellect et peut être relativisé...). Pour faire simple, la respiration consciente contient tous les messages essentiels, toutes les réponses majeures aux questions majeures. OM

 

- Il y a beaucoup de guitares, alors que tu composais peut-être au piano:  c'est le "voyage" qui t'a conduit à privilégier cet instrument?

 

Mahadev: En 2015, quand je suis parti en UK, on m'a offert une guitare. C'était la seule solution pour me produire là-bas. Il fallait que je m'adapte et que je fasse avec mon niveau. Même si les premiers titres étaient composés au piano/claviers, je les ai adaptés pour la guitare. ce n'est que par la suite que j'ai commencé à exclusivement composer à la guitare.

Ce n'était pas la première fois de ma vie que je composais à la guitare mais c'est un instrument qui donne beaucoup d'espace à ma voix. N'ayant pas une voix supérieurement esthétique, je dirais une bonne voix mais qui gagne à être accompagnée par des instruments moins étalés que le piano qui apporte beaucoup mais prend aussi beaucoup dans le prisme sonore. A part si il est joué comme un instrument additionnel ( c'est comme cela que je l'ai utilisé dans TRIANGLES").

Évidemment tu as raison de demander si c est le voyage car lorsque que l'on possède un instrument, on le transporte et on en joue chaque jour. C'est ce que j'ai fait pendant ces 3 dernières années, jouer et chanter chaque jour, tous les jours, plusieurs heures.. surtout en amont des recordings aux USA, je voulais être à l'aise avant d'enregistrer y compris au niveau de l'accent, je ne voulais pas que l'accent français me gêne pour chanter. 

Après l'enregistrement, j'ai fait une pause...  J'ai joué peu pendant quelques semaines. Je viens de m'y remettre régulièrement et c'est toujours très bon de faire de la musque et chanter, kirtans, mantras ou pop song, c'est une vocation extraordinaire !

 

PS:  Dire OM OM, est-ce que c'est plus facile quand on est marseillais?

Mahadev:  AH AH AH :))).  Oui, je chante OM sans trop pensé à l'O.M mais quand je vois OM écrit, je fais souvent le parallèle. J'ai récemment découvert une façon de chanter OM en l’orthographiant AUM. Beaucoup de yogi écrivent AUM avec le ! le U (qui se prononce OU et le M suivi de silence). Ce son contient tout l'univers. Pour un yogi, c'est le mantra le plus important.

- petite question (un peu people) qui m'est venue cette après-midi, tu vois si tu veux y répondre (pas du tout ou partiellement), mais en googlisant "Travis Burki", on tombe maintenant beaucoup sur Daphné, et ta fille. Est-ce que ça a pu jouer dans ton changement de nom? Est-ce que tu crains cette "people-isation" pour ta fille (limitée pour l'instant, elle n'est apparu que de dos!)?
 
 
Mahadev: J'ai changé de nom plusieurs fois et évidemment l'entourage a joué dans ces changements. Il n'y a pas de raison majeure à ces changements de nom mais le nom est la partie visible de la personnalité et les changements sont plus profonds, plus au niveau du mental. Quand l'entourage que l'on se choisit change, c'est aussi une conséquence des changements du mental, de ce que l'on veut être dans la vie. Peut-être la majorité des gens s'habitue à garder le même nom et prénom tout en changeant plusieurs fois au cours de leur vie. J'aime bien la notoriété, la reconnaissance que l'art peut apporter mais j'apprécie aussi de débarquer dans des contrées inconnues avec un nom inconnu et bâtir une œuvre artistique la dessus. Maintenant Mahadev OK a quelques clips, albums, des reviews et fans et je trouve ça cool que ce ne soit pas attaché a l’œuvre de Travis Burki ou U.. En même temps si les gens qui s'intéressent veulent faire le lien, très bien.. Ma fille changera peut-être de nom et si elle garde ce nom là c'est très bien aussi, elle est apparue dans quelques clips et c'est ok si les gens la reconnaissent. Sa mère est sans doute plus préoccupée par ce genre de soucis.. Je ne crois pas que Hedda soit très tentée par devenir people.. mais chacun son karma non? Là, on s'intéresse a des phénomènes très superficiels de l'existence, ils ne sont pas sans importance mais disons que leur importance est relative. Mon nom de naissance est Patrice Burki. Peu de gens m'appelle comme ça aujourd’hui. Mais je sens que ce prénom Patrice est beaucoup plus attaché a mon âme que Travis. Tout ces noms sont des personnages, pas plus ni moins vivants que dessinés dans une BD. Ils peuvent devenir vivants dans l'esprit de celui ou celle qui y attachent une importance. En numérologie on attribue une importance aux noms car ils apportent des infos sur les vies passées.
Un dernier mot à propos du changement de nom. Le yoga est un travail sur l'égo. Nos souffrances viennent principalement de notre identification avec notre corps, notre nom, notre profession etc. Quand on renonce à son nom et que l'on prend un nouveau nom que l'on nous donne, tout un pan de l'identification de l'ego tombe. C'est alors le moment de reconnaître que notre être véritable est au delà des formes et des noms et que réaliser cela est possible. Autrement le risque est de limiter notre expérience à ce monde matériel et d'en retirer uniquement de la souffrance à la fin. Ce monde est un mystère qui pourrait bien n’être qu'une projection du mental. Ces changements de noms constituent des expériences pour aller au delà de la conscience. Au delà de l'ego. Au delà de l’âme individuelle. Tout en célébrant la vie dans sa diversité et dans son unité !
 
- merci! Très intéressant, notamment quand je lis tout ça par mon biais "jean-Louis Murat/jean-Louis Bergheaud"... ce chanteur qui cherche à se perdre de vue... mais sans doute avec un gros ego.
Enfin, je dois quand même te poser cette dernière question: Tu as parlé de "hatha-yoga" (le yoga "sport"), mais d'autres éléments liés à la religion hindouiste (Bhakti yoga, vedanta...) et aux croyances (numérologie). Je suis assez réfractaire à tout ça à vrai dire, mais ça ne m'empêche pas d'aimer "il est né le divine enfant" ou la chanson de G.Harrison.  Mais est-ce que tu fais encore de la musique pour elle-même? ou si tu te sens avant tout yogi ou hindouiste?

 

Mahadev: Il n'y a pas de réponse définitive. Tout est un chemin dont la destination n'est pas définitive.

La musique est un moyen plus qu'une fin en soi. Je n'ai jamais fait de la musique pour elle-même. Je fais de la musique et j'en écoute car c'est un moyen d'expression sans frontière, universel. Et pour terminer, l'hindouisme et toute religion populaire ne me concerne pas directement. Chacun devrait avoir sa propre religion, son propre rapport avec le divin enfant en soi, pour se connecter avec la part invisible de l'existence. Le yoga est aussi un moyen mais pas une fin en soi. La liberté de l’âme peut-être réalisée et la musique est un des moyens pour y parvenir. 

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Merci Mahadev Ok! Interview par mails du 30/09,  01/10/2018 et 6 et 7/01/2019.

- Album TRIANGLES disponible sur les plateformes dont: https://www.deezer.com/fr/album/72980192 et en physique, le CD est en vente par correspondance (https://mahadevok.bandcamp.com/) et dans quelques boutiques en France, aux UK et aux USA,  principalement on peut l'acheter chez Happy Nine 32 rue Traversière 75012 Paris.

- CONCERTS:

*Spirit Pop Satsang (Pop songs, mantras et méditations) tous les jeudis soirs 20H15 chez Mao Yoga, 121 rue Legendre 75017 Paris
*Concert Mahadev OK,     Samedi 2 février chez Happy Nine 32 rue Traversiere Paris12e 19H00
(Kids friendly)
 
*Concert Mahadev OK Paris Le Connétable 55 rue des Archives  Paris 3e  20H30
LES  mercredi 13 mars,   mercredi 27 mars,  mercredi 17 avril
 
*Concert Mahadev OK London Samedi 27 Avril Luna Lounge 7 Church Ln, London E11 1HG, 19H30
 

- Des photos sur le projet et les musiciens:

https://www.kickstarter.com/projects/mahadevok/mahadev-ok-triangles?lang=fr

- Pour ceux qui souhaitent prendre des cours de yoga (adaptés aux musiciens, réduction aux bénéficiaires du RSA - c'est les mêmes), et même par webcam : ici

- Un titre du disque précédent:

Reportage de son trip aux Etats-Unis:

et des images en INDE. Ci-dessous l'Australie:

On se quitte avec mes vidéos de concert à Lyon datant de 2011 du chanteur anciennement connu sous le nom de Travis Bürki : avec le magnifique "Eblouis", et le beau "grandis", et quelques autres dont l’entraînant "les grands espaces"

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 17 Août 2018

- J'avais commencé très hardiment  la rédaction de cet article (le livre est sorti en début d'année!!)... mais je l'ai petit à petit mis de côté, même si je conservais  le livre  dans mon sac à dos pour avoir mauvaise conscience. Ça n'a pas marché. Enfin soit, je profite de la fin de mes congés pour le terminer-

 

 

 Après le livre de Franck Courtès et ses pages sur Murat, me voilà obligé de jouer une nouvelle fois au critique littéraire, avec  Olivier ADAM. Il a eu la gentillesse de m'envoyer lui même un exemplaire du livre "CHANSON DE LA VILLE SILENCIEUSE"...    Mais pourquoi?  C'est bien-sûr que Murat est à nouveau « convoqué » par  l'inspiration de l'écrivain  (après « Les Lisières » notamment) mais cette fois de manière encore plus évidente: les articles autour de la promo nomment assez systématiquement Murat... bien que le personnage du musicien du livre évoque tour à tour un bien grand nombre de chanteurs connus : Ferrer, Dutronc, Johnny, Goldman... même si Adam a cherché un nom qui n'orientait vers personne : Antoine Schaeffer. Il a pourtant choisi Murat pour l'exergue.

 

 

Était-ce  une façon d'orienter le public vers l'image de notre auvergnat? Il est également nommé dans le livre (p 211), mais à côté de nombreux autres: Dominique A, Daho, Bashung. Dans la page précédente, la référence à Goldman est évidente: il va même jusqu'à reproduire une citation fameuse du compositeur à succès: "les chansons sont souvent plus intéressantes que ceux qui les chantent" (JJG a dit en fait "belles").  Auparavant, c'était Gainsbourg qui intervenait (Adam fait donc évoluer son personnage de roman aux côtés de personnalités réelles, ce qui renforce le côté réaliste et séculier du livre, même si ce chanteur finalement ne correspond avec toutes ses dimensions a aucun chanteur existant: rock, populaire, élitiste, culte, une légende,  personnalité médiatique (poursuivie par la presse), pouvant côtoyer John Parrish, Daniel Darc, Patty Smith ou Eno. Un mouton à 5 cordes. 
 

Voici la petite phrase que Adam m'a transmise et qui indique que Murat, même s'il était présent à l'écriture (Olivier a dit au cours de la promo que Jean-Louis faisait partie de la « BO » de sa vie et de son couple), son inspiration  a surtout raisonné dans la réalité juste avant la promotion du livre ... (j'ai renvoyé à Adam  deux questions... mais sans succès. -j'avais déjà essayé par le passé).

Olivier Adam: « Pour le reste effectivement, pas mal de références cachées ou non à Murat (mais aussi, outre Ferrer et les grands anciens à Bashung, Dominique A et même au frère ennemi Daho...). A commencer par l'exergue, tiré de « chanter est ma façon d'errer ». Le plus étrange pour moi a été de préparer la sortie de ce livre tandis que paraissait travaux sur la n89. Le chanteur du livre, taraudé depuis longtemps par l'envie de quitter le cirque signe, volontairement, un album déroutant, fait d'éclats, de lambeaux, de phrases énigmatiques... Après quoi il disparaît définitivement du circuit. Une petite anticipation donc.  Pas totale j'espère. J'aimerais autant que Jean-Louis Murat ne nous laisse pas au silence quant à lui. Bien à vous.O »

Effectivement, c'est troublant ("En composant ces chansons énigmatiques, d'une noirceur absolue, sans souci de plaire, ni d'être compris,sans s’inquiéter même de leur réception, en en faisant qu'à sa tête, en se défiant des contraintes, des conventions, des formats, des modes, des attentes" écrit-il dans son livre). A part la noirceur, tout colle... Mais... Mais... on a eu écho depuis que Murat avait déjà un nouvel album en préparation [il francese]. Rn 89 était un travail de démolition/construction, alors que dans le livre, le disque est "un point final. Une série de lettres d'adieu" (p40). Ouf, pas de prémonition.

 

                                                                        dédicace (que je n'ai pas déchiffré entièrement)

Pour autant, difficile à la lecture de " Chanson de la ville silencieuse" pour un murarchéologue comme moi, de se détacher de cette recherche: "ça, c'est Murat; ça ne n'est pas Murat",  un petit jeu qui n'est pas préjudiciable au plaisir du lecteur et qu'Adam a d'ailleurs un peu cherché à proposer.  Voici selon moi quelques solutions (les amateurs de Delerm, de Ferrer... en trouveraient d'autres).  Au fil des pages:

 

"Plus rien ne s'oppose.

Tout consent à la noyade  (à la 2e page du livre)"

C'est le roman le plus poétique de., celui où Adam joue avec le style propre (?) à la chanson, notamment avec des longues énumérations. On est au Portugal, comme à Taormina.

La première description du chanteur disparu m'évoque peu Murat. On pense plus à Ferrer. Personne ne l'a vu depuis 15 ans, à part une photo le présentant comme un reclus illuminé. Là, on peut penser à quelques images de Jean-Louis (sa vidéo dans un arbre pour une promo), mais il serait difficile de dire qu'il a marqué toute une génération, comme le musicien du livre, même s'il est aussi dit qu'il est une référence pour des jeunes artistes "vouant un culte à ses compositions les plus sombres, les plus opaques, les plus tortueuses [...] On les exhume, on se les repasse comme des secrets bien gardés".  Ça pourrait coller en pensant à quelques inédits ou titres rares. Et puis cette interrogation, ce "soupçon": ces jeunes le reconnaissent-ils pour son art? ou pour le personnage qu'il s'est construit, "le parcours, l'attitude"?

page 22: Gagner "les Abbesses"... (Murat, "le polnareff des abbesses" selon Guillaume Depardieu, Murat parle du quartier dans sa chanson pour Eryk e. La narratrice finira par adouber Paris en fin de parcours ce qui nous vaut encore l'évocation de quelques rues.

Page 34, après une description d'une vie "en retraite", Adam évoque les fans : "Des femmes surtout. Qui se mettent en tête de le remettre en selle. De lui redonner le goût d'écrire [...]. Elles hantent le village voisin, traînent. aux abords de la maison. Elles ont toutes cette silhouette osseuse, ces grands yeux assoiffés un peu dingues [...]."  Euh, non, mais je ne reconnais personne là.

page 41: Adam parle d'interviews "funèbres sur la mort du disque, l'industrialisation de la musique, le règne des gestionnaires. Dans ces interviews qu'on trouvait encore sur youtube,  il paraissait usé, amer. Son agressivité cachait mal sa blessure". Pas besoin de commentaire.

page 43, "il ne possède ni télévision, ni ordinateur"...  Quelques propos de Murat pouvaient nous le faire croire.. mais il s'agit pour lui d'entretenir son personnage.

page 50,  "la grange dont il ferait un studio, le calme et l'isolement propice à l'écriture"... mais en opposition "aux nuits d'alcool et de défonce"... Déroule une description d'une vie de rock star, avec multiples invités permanents menant une vie pas très saine, avec des paparazzis qui guettent, parfois chassés à coup de fourche. Même les aventures des Rancheros font alors penser à un aimable rassemblement de boy-scouts. Même si Murat donne l'impression d'en dire beaucoup, il a préservé lui son intimité. Si bien que son discours sur le chanteur paysan, le chanteur artisan, est largement intégré. Plus récemment, il parlait de son attachement à son rôle de papa, et à la transmission. Dans le livre,sa fille, la narratrice, dit "je crois que je l'encombre", même s'il lui montrera de l'attention, et veillera à son avenir (pour la guider vers des études supérieures).

Adam nous décrit en effet un artiste rock avec tous ses excès (cela revient régulièrement dans  le livre), une petite fille débarque,  et on pense plus à Lulu Gainsbourg qui ne peut pas réveiller sa mère pour qu'elle l’emmène à l'école, ou aux fils de Keith Richards (j'ai lu sa bio l'été dernier). "C'était juste ma vie. Et j'ignorais qu'il y en avait d'autres", même si l'amour et des moments complices existent. De plus, pas de maman pour "tenir la baraque", comme à Douharesse... un couple de gardiens joue un peu ce rôle de repère "de la vie normale"( "si j'ai jamais eu un foyer, ce fut chez eux").  Leur description est touchante et on retrouve là la patte Adam (on a plus l'habitude qu'il nous parle de ces gens de peu que des rock-stars).

Mentions de passage aux JT; à Nulle part ailleurs et chez Ardisson... Des instants télé quasi-culte pour les muratiens (Fort alamo avec Subway, les rats-taupiers, le clash avec la rédac-chef de closer...).

page 72,  ses livres de poésie ont disparu: "William Blake, Dylan thomas, Hölderlin, Rilke,Marina Tsvetaïeva, Carver... Pas de francophone, à part Jaccottet. J'aurais aimé y découvrir un lien évident à Murat, mais Adam s'amuse peut-être plus à citer ses favoris (même si Marina Tsvetaïeva renvoit à Dominique A).                                

"Je n'ai jamais pu saisir mon père". Alors, moi, en seulement 8 ans de blog, c'est normal que Murat soit encore une énigme. S'en suit une longue énumération de ses contradictions et changements d'humeur (pages 70 et 71, et également 107/108, et p.168-169-170...  La narratrice avoue même qu'il est pour elle "un puzzle impossible à reconstituer" (p.109). Il est dit ensuite que se sont distillées quelques mensonges dans sa bio (des origines italiennes) alors qu'il vient d'une famille pauvre de Belleville. Murat, même s'il y a construction d'un discours, lui a revendiqué ses origines paysannes, plus qu'ouvrières. Pour le musicien du livre, il est question de "se forger une carapace, un abri de fiction et de garder pour lui la vérité de sa vie". Murat semble peut-être à bien des égards plus impudique... Néanmoins, Adam évoque les réticences de la maman ouvrière de Belleville devant le fait de se donner en spectacle, "l'impudeur, l'indécence"   (p.112)... Murat a parlé de ce même sentiment chez la maman couturière de La Bourboule. "A quoi t'en es rendu mon fils" lui aurait-elle dit encore il y a quelques années... (c'est sans doute une vanne de Murat qu'une citation réelle). D'ailleurs, dans  le livre "les lisières", Adam, à propos de son héro romancier,  convoquait déjà  Murat pour parler du sentiment d'impudeur ressenti par les proches.

Adam fait ensuite référence à Daho en contant la réapparition du père de Schaeffer lors d'un concert (ce qui a donné la chanson "boulevard des capucines").

Il livre ensuite quelques phrases sur "l'oeuvre scénique" et plus que jamais, on y perçoit son amour pour l'art de la chanson: 

               "Les chanteurs, en concerts, c'est leur peau même, leur corps entier, leurs mots, l'intérieur de leur cerveau [...] dans aucune autre forme d'art on avance à ce point nu, vulnérable,. Le chanteur sur scène, c'est un don brut. Primitif. un truc de cannibale"(p.115).

Murat et la scène, c'est un rapport peut-être compliqué, complexe, et en tout cas pas basique comme la voie du succès l'imposerait ("faire la pute" dit le personnage du livre). On lui reproche parfois sa distance, sa froideur, mais c'est bien parce qu'il est en proie avec ces  difficultés de "la mise à nu" énoncées par Adam... comme quand il part en digressions et circonvolutions avant d'affronter un titre difficile... et parfois d'y renoncer. 

 
Page 123: Mention d'un "clash" comme on dit dans la presse people entre le chanteur et Gainsbourg qui en fait s'entendent très bien. Insultes, menaces, "tous ces trucs qu'ils faisaient pour la galerie, alimenter les gazettes"... Murat à ce jeu-là s'amuse souvent  tout seul, très régulièrement.  

Le passage qui parle de la relation orageuse que le chanteur a eu avec "la femme de sa vie"  décrit un artiste très tourmenté, mettant à mal son travail (des sessions d'enregistrement n'aboutissant à rien...). Murat a une vie domestique plus calme... mais cela m'évoque un peu la fin de la tournée VENUS avortée où l'on voit Murat s'habiller en christ... mais ses tourments sont un fort moteur artistique, et DOLORES et ses nombreux inédits, verra le jour.

p. 138:  "Mon père est rentré et a tout réenregistré à Paris, à la maison, avec ses musiciens habituels, et sous sa seule direction. En définitive, aucune de ses collaborations n'a jamais abouti". Pour Murat, c'est vrai  surtout en début de carrière, quand on essaye de lui adjoindre un producteur... Après, il "prend" ses collaborations, avec Denis Clavaizolle, Les Delano Orchestra, Calexico (il est question deux fois d'une session à Tucson dans le livre!)... 

 

Le livre contient beaucoup d'autres choses que  la description d'un chanteur :  d'abord, la difficulté pour se construire de sa fille, la narratrice sans prénom, dans cet univers, le rapport au deuil et/ou à la disparition,  ses relations avec ses amis, un journaliste, une amie qui s'appelle (par hasard) CLARA, la rencontre avec un groupe d'alternatifs, qui fait penser au groupe de Tarnac (à ce jour innocenté, le livre parle lui d'armes, d'explosifs trouvés sur le campement). A ce sujet, Vivian dans le "masque et la plume" a taxé le livre de "réactionnaire"!  Adam ne les décrit pas comme "une utopie communautaire", parle des drogues, et je trouve ces pages très réalistes autour de ce qui n'est qu'un repli sur soi comme un autre et de la posture.

Schaeffer a un ami JEFF, son guitariste attitré, qui partage sa maison, et meurt d'une overdose, lui faisant perdre un "repère", un dernier, après la perte  des femmes de sa vie. Peut-être que Christophe Pie "intimement, viscéralement lié à la carrière et à la vie de JLM" disait la Montagne, a pu jouer un peu ce rôle auprès de ce dernier, en étant capable de lui dire les choses (comme quand Murat lui  demande de l'aider sur "le moujik et sa femme"), sans parler qu'il était sans doute un invité permanent de la maison.

Chez Schaeffer, ces pertes "humaines", son inconstance dans la vie quotidienne, l'arrêt de sa production artistique (peur de faire le disque de trop, perte du fil, de l'inspiration?), un repli sur soi et/ou l'envie de "finir pêcheur", une dépression, autant de pistes esquissées,  l'amèneront d'abord à se mettre en retraite, puis à disparaitre : "peut-être qu'à force de s'abstraire de lui même, de se réduire à l'absence [...], il ne restait plus rien de lui. Peut-être n'était-il qu'une écorce. Et qu'ainsi, jeté à l'eau il a flotté jusqu'à la mer [...] Privé de substance on n'est plus rien. On n'a plus qu'à se vider dans le vide". L'amour portée à sa fille ne suffit pas.  "On a si vite fait de se perdre de vue" (p.209), même si Murat lui en rêverait plutôt.

Le roman se tourne alors complétement vers sa narratrice, et nous avons droit à de très jolies pages, notamment  sur une longue énumération sur 3 pages "je suis la fille qui... celle qui".

Les dernières pages évoquant l'art de la chanson parlent de la coexistence entre l’homme et son oeuvre. Un des doutes de Schaeffer est abordé: "mon père était persuadé d'être décevant en dehors de sa musique [...]Persuadé qu'il ne faisait qu'héberger le type qui écrivait des chansons , qui jouait sur scène. Et qu'il était un hôte misérable du créateur qu'il portait en lui". C'est ici qu'Adam reproduit la phrase de Goldman: "les chansons sont plus intéressantes que ceux qui les chantent".  Je n'imagine pas Murat victime de ce sentiment, d'ailleurs, Adam continue:

"De la génération qui l'avait suivi, parmi laquelle nombre de chanteurs se présentaient comme son héritier, il admirait la droiture autant que la musique. Ils ne sont jamais tombés dans les pièges, disait-il. Daho. Murat. Dominique A". Le piège de se compromettre. C'est peut-être à discuter... si on évoque la participation médiatique ou quelques singles faciles, à moins qu'on considère que cela fait partie du job...

 

Dans ce livre, Adam nous parle très bien des "songwritters" qu'il aiment tant, mais développe bien sûr avant tout un thème qui lui est cher : la disparition,  les gens qui restent, les gens ordinaires (aussi bien qu'on peut l'être quand on renonce à la fortune d'un héritage pour les donner à des bonnes oeuvres, ce qui est le cas de la narratrice)...  Sa structure en flashback, la fille qui revient sur la vie de son père, en un processus de deuil, est intéressante, marquant également  l'écart entre la vie qu'elle se choisit, dans l'anonymat, et  celle de son père. Cette disparition n'est pas forcement une mort, le roman laisse un fort doute (de plus, aucune lettre ou explications  ne sont laissées): son père est-il devenu ermite à Lisbonne, puis à Valparaiso? Est-ce tout simplement une nouvelle légende dur rock qui est en train de se construire?   La fille  choisit elle d'accepter ce départ. Le lecteur se posera forcement la question de savoir comment il réagirait.

"Chansons de la ville silencieuse" Olivier Adam, chez Flammarion, Jv 18.

 

PS: Sur ce thème de la disparition, je pense  beaucoup à l'histoire de M.  Ce dernier continue de m'accompagner. PSDV.  PSDT Matthieu GUillaumond

 

Autres mentions de MURAT dans le livre:

Un roman avec des crédits musicaux:

 

 

 

Bibliographie 4: Olivier ADAM, à la poursuite du chanteur... Lecture muratienne.

Pour aller plus loin:

 - Interview chez Taddéi : http://www.europe1.fr/emissions/europe-1-social-club/europe-1-social-club-la-suite-frederic-taddei-08012018-3540767

Adam cite "le mendiant à Rio".

- La Grande librairie:

- Sur France 24:

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #bibliographie, #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 12 Mars 2018


Et oui,  encore Le VOYAGE DE NOZ ici, et son chanteur-auteur Stéphane Pétrier!  Pourquoi donc? 

ET bien quand on a sous le coude (et les occasions de le lever ne sont pas si nombreuses... enfin... bon... soit)  le groupe lyonnais  le plus fameux, en activité depuis 1986,  qu'il nous signe un bel album rock et pop qu'on attendait depuis 2011, toujours en toute indépendance et totale liberté,  et qu'il est toujours aussi ignoré par la presse,  ON EN PROFITE... et on essaye de jouer son rôle de "passeur" (certains nous ont déjà rejoints sur la route : coucou April, coucou le Québec). 

Petit rappel: Vous découvriez sur ce blog Stéphane Pétrier dans une inter-ViOUS ET MURAT croisé aux côtés de Yann Giraud et KA-Steffen en 2010.  La sortie du remarquable "Bonne espérance" nous a ensuite permis un long échange en 2011. Une autre interview en 2014 avait été débuté mais finalement abandonné, le Voyage prenant si ce n'est des impasses, du moins des chemins de traverse:  Il aura fallu 4 autres années pour que le nouveau disque sorte finalement...    Entre-temps, on avait retrouvé Stéphane lors d'une rencontre lyonnaise en 2016, ainsi que dans  des comptes rendus de concerts, qui ont malgré tout ponctué les années: une à deux fois l'an peut-être.

Mais oublions-tout, mais souvenons-nous du reste, nous voilà, en 2018, et voilà "LE DEBUT-LA FIN-LE DEBUT", disponible sur toutes les plateformes et sur commande ici, et je vous propose de le découvrir en détail, avec Stéphane. On en a profité également pour faire une actualisation de son "Inter-ViOUS ET MURAT".

 

LE 30 MARS  Retrouvez le VOYAGE DE NOZ en concert sur la péniche LOUPIKA à LYON . réservation ici

                                                                                        La pochette de ce cru 2018

 

- Alors Stéphane,  qu'est-ce que tu peux nous dire sur toute cette période?

 

S. Pétrier:  Le mot qui vient c’est « compliqué ».

En 2011, après « Bonne-Espérance ! » on était fatigués. Au lieu de passer un an voire deux à défendre cet album, j’ai senti une envie dans le groupe de passer très vite à autre chose. Ça m’a un peu déçu mais bon… Il y avait le désir de composer à nouveau des titres efficaces, rock’n roll… Une sorte d’anti « Bonne-Espérance ! » pour contraster... avec cette idée de faire quelque chose de « simple et rapide » qui sortirait vite… ah ah ah la bonne blague…

On s’est donc mis au travail, avec quelques premières chansons qui me semblaient plutôt intéressantes, avec Carol Le Blanc qui venait d’arriver à la basse. Il y a même eu quelques chouettes concerts (la première partie de Cali à Roanne). Peu après, Manu [le guitariste historique]  nous a annoncé qu’il voulait arrêter, ou du moins prendre du recul. Besoin de se recentrer sur lui et sa famille et peut-être de faire des choses plus personnelles. Ça a été forcément un choc pour tout le monde. On a donc continué à 4.

Le départ de Manu a sans doute exacerbé l’idée de tout changer et de faire un « nouveau groupe ». On a même envisagé à cette période de changer de nom… Et puis, toujours dans cette idée de tout changer, Eric, Caro et Alex m’ont proposé de chanter en anglais. Je le faisais déjà depuis peu avec bonheur pour Nellie Olson, mais j’avoue qu’avec Noz, ça ne m’était pas venu à l’esprit… Je crois que j’ai assez mal vécu tout ça. Peut-être en effet que mes textes de cette période n’étaient pas très convaincants… Je ne sais pas… Bref, j’ai dit ok, je me suis mis au travail et j’ai commencé à bosser en anglais. On avait plein de titres. Il y avait des choses très très bien. Mais moi, j’étais au fond du trou. J’avais l’impression de faire de la merde, de me trahir… L’impression que la seule chose pour laquelle j’avais un peu de talent avait disparu. En anglais, on redevenait un groupe totalement banal. C’était en tout cas mon impression. J’ai tenu peut-être un an et puis j’ai annoncé aux autres que ça ne m’allait pas et que je voulais reprendre en français… Retour à la case départ… Gros coup au moral pour tout le monde je pense. Là-dessus, même si ce n’est pas directement lié, Carol a quitté le groupe. 

Bref, à l’automne 2015, on n'était vraiment pas bien. Heureusement, il y a eu le retour de Pierre (Grandjean)[Pedro] à la basse. J’ai alors proposé qu’on fasse une jolie date à Lyon, histoire de revisiter le répertoire et en espérant que ça nous redonne l’envie.  On a donc fait le Transbo en mars 2016, avec Ella Beccaria qui nous accompagnait au violon. Ça a été un chouette moment, on a pris plein d’amour du public et ça a eu l’effet escompté.

On est sorti de là regonflés à bloc et on s’est remis à composer, en reprenant aussi certaines compos de la période post « Bonne-Espérance !» que nous avions abandonnés. En quelques mois, nous avions enfin quelque chose qui nous semblait cohérent, presque un album… Je retrouvais le goût d’écrire. Et puis surtout on s’éclatait à nouveau en répétition.



- Petite précision: Quand tu parlais du changement de nom, c'était le "NOZ.2 »?

S. Pétrier: Non, Noz.2,   c’était plus un effet « teasing" à un certain moment pour annoncer notre retour. Il y a eu recherche de noms, de logos, mais bon, j’avoue que je n’étais vraiment pas chaud et le truc n’est pas allé bien loin.

- Ella, combien de temps est-elle restée dans le groupe au bout du compte? Est-elle partie parce que  ça n'a pas avancé suffisamment vite ?

S. Pétrier:  Ella n’est restée que quelques mois. On s’entendait très bien mais il y avait plusieurs problèmes. De son côté la priorité qu’elle donnait bien naturellement à son groupe, les Toxic Frogs et qui lui laissait peu de temps pour nous et aussi le fait qu’elle ne jouait pas du tout de claviers. Et nous ne voulions pas d’une formule avec du violon sur tous les titres comme nous l’avions eu à l’époque de Liz Cottam pour «L’homme le plus heureux du monde » [2001] et « Tout doit disparaître »[2005]. On cherchait vraiment quelqu’un de multi-instrumentiste qui puisse s’adapter aux besoins des compos.

                                               photo:Joel Kuby                                                                                                        


-  Tu disais au concert de Feurs qu'elle avait apporté à "l'histoire", et notamment dans le processus de ce nouvel album,  tu peux nous en dire plus sur son apport?  

S. Pétrier: Disons qu’Ella, c’est une sorte de bulldozer. Avec elle en répétition, les choses devaient aller vite, se faire à l’instinct, elle n’a pas ce côté cérébral « enculeur de mouches » que nous pouvons avoir (enfin quand je dis « nous », c’est surtout moi, ok…). Bref, je crois qu’elle nous a apporté, à certains moments, une spontanéité et une liberté qu’on ne se permettait peut-être pas avant. C’était assez libérateur. Mais bon, toutes les personnes qui sont à un moment passées dans ce groupe, par leur talent, leur personnalité, ont apporté leur pierre, plus ou moins grosse à l'édifice. Idem pour Carol. Idem pour Nath aujourd’hui. Nous nous sommes toujours enrichi de ça je crois.

- Durant cette période de plusieurs années,  le groupe a-t-il toujours répéter, créer ou il y a eu des phases de prise de recul? 

S. Pétrier: Je crois qu’il y a eu une période de 6 mois où nous n’avons vraiment rien fait. C’était la première fois en trente ans. Et ça faisait du bien.

- Je me demandais  si le "booking" de concerts (Feurs peut-être plus que les autres,  prévu depuis plus de 6 mois, ou les grosses dates du Radiant, du transbo) n'était pas ce qui avait permis de maintenir une étincelle? Tu parles toi-même de l'effet transbo en 2016…

S. Pétrier: Sans doute oui. Le fait qu’il y ait eu des dates bookées à certains moments nous obligeait à rester actifs. Sans ça, le groupe ne se serait sûrement pas arrêté mais on aurait peut-être été… plus lents (rires dans la salle).


- Du coup, quand est-ce que vous avez décidé d’enregistrer, et est-ce que vous avez dû faire un gros travail de tri dans ce que vous aviez travaillé, ou que l’élimination se faisait petit à petit?

S. Pétrier: Franchement, il n’y a pas eu de grosse réflexion autour de ça. C’était un peu le merdier. On attaquait un titre. Il y avait de nouvelles idées qui arrivaient… On piochait dans ce qu’on avait… ou pas… On était d’abord dans le plaisir de jouer. Certains titres sont passés à la trappe sans qu’on sache trop pourquoi. D’autres parce que je n’avais pas de texte satisfaisant. Je crois surtout que dès qu’on a eu une dizaine de morceaux qui tenaient la route, on a dit go go go… to the studio. Il fallait que ça avance...

LE VOYAGE DE NOZ, L'INTERVIEW 2018 pour le nouvel album LE DEBUT-LA FIN-LE DEBUT

- Avais-tu imaginé au départ un album plus concept autour de cette bande d'ados terroristes (un titre 17 joué live dès 2011/2012 ne figure pas au disque)?

S. Pétrier:  Oui, l’idée de l’album concept était là même bien avant. Le premier titre, c’était « Ok ». Un futur proche où les choses auraient mal tourné… et puis un jour Thierry Tollon m’a filé un de ses textes. Une histoire de bobos pas très doués qui essayent de faire la révolution. C’était génial… et ça collait parfaitement à ce que je voulais faire. Je lui ai demandé s’il m’autorisait à foutre un peu le merdier dans son texte, le mettre à ma sauce pour en faire une chanson. Au même moment, Manu avait une base de morceau un peu disco et étrange… ça a donné Bagdad Disco Club.

Le problème, c’est que d’autres sujets qui me tenaient à cœur sont venus se greffer à ce moment-là… mon rapport à l’écriture en particulier, mes périodes de doutes (et l’expérience en anglais avortée que nous avons déjà évoquée)… qui ont donné les titres « The French boy... » et « Les fleurs », ou encore l’envie de parler du cancer qui a touché un de mes amis  (« Gilles »). C’était des vrais bons titres. On ne se voyait pas s’en passer. Dans l’idéal, il aurait fallu faire deux albums... Sortie prévue en 2028...

A l’arrivée, il reste quand même une ossature du projet « concept » (« End of the story », « Juste avant la fin du monde », « Bagdad », « Ok »...) mais il en manque bien sûr un bout. « 17 » et surtout « Non » étaient des bonnes chansons qui collaient à l’histoire et que j’aurais bien inclues dans l’album. Mais les circonstances (et l’envie d’en finir vite qui nous habitait) ne l’ont pas permis. C’est mon seul petit regret sur cet album.



- Voilà ce que c'est d'aller trop vite... On aurait pu attendre. Je voulais savoir quand avait eu lieu les séances d’enregistrement exactement si tu veux bien... ou est-ce que vous avez enregistré petit a petit.

S. Pétrier:   Pour la première fois, nous avons enregistré toutes les bases en live. Basse, batterie et guitare en même temps. On voulait essayer d’avoir quelque chose de plus naturel et moins « studio ». J’ai l’impression qu’au final ça se ressent, au niveau de l’énergie… enfin j’espère... On a fait tout ça en deux séances de 3 jours (une en novembre 2016, l’autre en février 2017) à la merveilleuse Casa Musicale d’Eric Martin (Saint-Didier au Mont d’Or). Ensuite, les prises de voix et les arrangements claviers et autres se sont faits soit dans le studio d’Eric (Clapot), soit dans le studio de Xavier (Desprat) qui a ensuite mixé la chose. On a aussi complété par quelques prises de voix et les guitares de Manu au studio Kasa Nostra à Saint-Jean (super studio et super accueil là aussi…). Tout ça + le mixage s’est étalé jusqu’à décembre dernier.


- Parlons plus concrètement du disque si tu veux bien: du pur noz pour commencer avec la petite introduction... qui est peut être un petit clin d oeil à Bonne Espérance, qui lui-même débutait par un fameux jeu de mots sur esther appertine [le héro  de  L'homme le plus heureux du monde et anagramme de "Stéphane Pétrier"]?

S. Pétrier:  Il y a surtout un clin d’œil à l’album « Tout doit disparaître » qui se terminait par un petit titre caché qui s’appelait « Austerlitz ». Depuis cette époque, j’ai toujours eu en tête de faire un autre titre qui s’appellerait « Waterloo ». C’est mon côté « premier empire » :). J’aime l’idée de ces deux gares qui portent des noms de victoires ou de défaites, selon l’endroit où l’on se trouve… La victoire des uns étant la défaite des autres. Toujours cette idée de point de vue sur les choses… le début ? La fin ?… C’était aussi  l’intro idéale pour mon "garçon français dans un train anglais » qui est le premier véritable titre de l’album.


- Oups... suis-je bête? Je n'y avais même pas pensé... Je voyais  ces deux titres comme un petit retour vers la France après ce voyage en terres brumeuses qu'était Bonne Espérance....  Le "continental freaks", ce n'est pas une illusion à un "each uisge » [chanson  de cet album]?

 

S. Pétrier:  C’est vrai aussi. Il y a le retour vers la France bien sûr… Et l’idée que nous avons aussi nos monstres…

 

- Plus haut   tu dis que  "mon rapport à l’écriture en particulier, mes périodes de doutes (et l’expérience en anglais avortée que nous avons déjà évoquée)…  ont donné les titres « The French boy...»... Je n'avais pas pensé à cette dimension du texte, qui peut paraitre un peu étonnante et schizophrénique:   tu t'éclates en anglais avec Nellie Olson...et tu t'y perds pour les NOZ?  

 

S. Pétrier:  Oui, « The French boy » ne parle même que de ça : cette impression d’avoir été embarqué dans un train qui n’était pas le mien. Et puis aussi ce petit complexe que l’on peut avoir par rapport aux Anglais quand on fait du rock’n roll. Avec Nellie Olson, c’est complètement différent. Je pense que c’était obligatoire de chanter en anglais pour ne pas que je refasse du « Noz ». Et c’est vrai que j’adore ça. C’est une autre façon d’écrire plus spontanée, plus légère, dans laquelle je me retrouve aussi et qui permet de dire des choses que je crois également intéressantes, même si ça ne saute pas forcément aux yeux :)  C’est parfait pour Nellie. Avec Noz, ce n’est pas possible. Tu ne peux pas entraîner les gens pendant 30 ans sur une route et leur dire du jour au lendemain que les règles ont changé. Il y a depuis le début une idée de continuité dans notre production. Je ressens les personnages de nos histoires comme des amis que l’on quitte et qui reviennent dans l’album suivant.  Si un jour Hergé avait dit : à partir de maintenant, Tintin, il est Anglais, il a une femme et cinq enfant, il s’habille en costard et le capitaine Haddock travaille MI5 » ça m’aurait fait chier. A notre petit niveau, j’ai l’impression que ceux qui aiment notre musique sont attachés à ça aussi…

 

- A noter : J’aime aussi beaucoup la guitare assez typique d' Erik il me semble sur ce titre.
Avec Gilles (titre3), on est plus dans la chanson... et quels violons (arrangé par DAVID GRUMEL)! C'est du grand spectacle,

S. Pétrier: "Gilles" ça fait partie de ces chansons légères (au moins musicalement) comme on arrive à en faire de temps en temps et que j’adore (« L’ami américain » était un peu du même acabit je trouve).

Le côté kitsch, fleur bleue, des violons de la fin, tout ça, je crois que c’est aussi nous. Ça correspond à une partie de notre culture musicale (« Les Smiths » ou « Prefab Sprout » auquel je pense souvent pour cette chanson). Ça hérisse peut-être les poils des fans les plus torturés mais nous, ça nous fait du bien… :)

Allez, je fais moi-même la question suivante

-  Et puis il y a « End of the story ». Ressens-tu ce titre - comme je le ressens moi - comme la « pierre angulaire » de l’album ?

S. Pétrier: Sûrement un peu, oui. C’est une compo amenée par Eric. Il avait commencé à faire une démo du truc et c’était déjà très touffu… je ne voyais pas trop quelle mélodie de voix je pouvais apporter là-dessus et l’idée du « talk over » s’est imposée assez naturellement. J’aime beaucoup le résultat. Déjà parce que c’est quelque chose de nouveau chez nous. Et l’idée de réussir à se renouveler au bout de trente ans c’est plutôt agréable. Au même titre que « Bagdad », ce titre a donné le ton de l’album. Je crois que quand on a terminé la maquette, on s’est dit « oui, là on tient un truc intéressant ».

 

                                                                            Eric                       

 

- Alors si je peux me permettre d'en placer une... Je trouve effectivement que c'est très réussi (le refrain, le crescendo...).  Je trouve vraiment que la voix, la diction, sonnent vraiment comme celles d'un "ado" (on fait une belle bascule dans le temps après "gilles"), mais on trouve, c'est  nouveau aussi, une vision un peu ou largement satirique ou ironique ("théo s'est jeté sur le sol en criant "maman je t'aime"...), tout comme dans "bagdad" qui va encore au-delà.   Si tu nous parles encore d'adolescents ou de jeunesse, on n'est plus dans le romantisme d'Aurélia, ou des rencontres dans les cimetières. 

 

S. Pétrier: Les adolescents… en tout cas ceux que je vois autour de moi, ne m’ont pas l’air vraiment prêts à faire la révolution. Les adultes non plus d’ailleurs… Il y a parfois l’envie mais pas les actes. « End of the story », « Bagdad… »  parlent de ça. De cette impression que même si nous sommes pour la plupart conscients d’être au cœur d’un système malsain qui nous mène à notre perte, nous ne faisons rien de vraiment concret pour le dégager. Justement parce que nous sommes trop enfoncés dans notre petit confort, dans notre consumérisme dont on a bien du mal à se passer. Parce que ce système nous fournit chaque jour assez de bien-être matériel pour nous maintenir bien dociles. Les adolescents du Signe étaient des héros romantiques… ceux-là sont comme moi plutôt désabusés...

 

- Pour être complet, j'adore le clavier, comme aux grandes heures du Signe,  et la voix féminine additionnelle... très présente sur tout l'album. C'est pratique d'en disposer à domicile….

S. Pétrier:  Oui, la voix de Nathalie fonctionne vraiment bien je trouve. On avait déjà testé ça il y a pas mal de temps, sur la "Valse aux idiots ». Là, elle prend une place vraiment importante. Je voulais des interventions de voix qui soient autre que la mienne pour faire passer cette idée de « collectif » qu’il y a dans l’album. Et puis Nath a la capacité de tout de suite trouver le contre-chant qui va bien. En concert, c’est un bonheur pour moi d’avoir ce soutien vocal. Ça donne une force incroyable. Tout devient plus facile. Et en plus, c’est vrai qu’on s’entend bien :)


- Ensuite, Rien vu venir, la meilleure composition de l'album  ;.) [signée par Stéphane]. Un rythme  presque funk... avant l'envolée nozéen... 

S. Pétrier:  C’est vrai ? Ça te plait ? Ça me fait plaisir. C’est un titre que j’ai amené et dont j’ai longtemps douté. J’avais peur qu’il soit un peu trop baroque, ça partait dans tous les sens entre le couplet, le pont, le refrain… C’est au contraire Eric qui m’a dit « mais non, il est bien, il faut le faire ». Et à l’arrivée c’est à moi aussi un de mes titres préférés. Je le trouve vraiment réussi. Très Noz et avec une fraîcheur que l’on n’avait pas eu depuis longtemps.

 

- Euh, non, en fait, je rigolais...  c'était pour t'encourager pour pas qu'on attende encore 7 ans….  

 

S. Pétrier:  Salaud !

 

- Mais  "baroque, ça partait dans tous les sens, couplet, refrain": c'est donc du Pur NOZ (y compris le texte plus premier degré) pour moi.  Gros refrain et j'apprécie la séquence là encore en talk over, avec un final un peu à la "une nuit sans étoile".

La suivante, c'est  Memento Mori dans mes préférés (pas à cause de l'utilisation de locution latine façon  "morituri", même si ça  sonne vraiment bien dans le refrain). J'ai envie de parler de la batterie sur ce titre, même ce petit rythme sur les couplets... Peut-être l'occasion de parler d'Alex…. 

 

S. Pétrier:  « Memento mori » c’’est en effet une compo apportée par Alex. Elle était déjà là au moment de la conception de "Bonne-Espérance" mais je ne l’avais pas gardée à l’époque. Pas parce que je ne l’aimais pas mais parce que je ne savais pas quoi en faire dans l’histoire.  Alex m’en a un peu voulu je crois :) . C’est un problème dont nous avions déjà parlé dans une autre interview. Par ma capacité - ou non - à pondre un texte, je peux bloquer la genèse d’une chanson. C’est chiant mais je n’y peux pas grand-chose… Sur ce projet, le morceau s’inscrivait beaucoup plus naturellement et le texte en venu d’emblée. C’est marrant que tu parles du jeu de batterie car dès le début, Alex avait une idée très précise de ce qu’il voulait faire sur ce titre… et de la façon dont ça devait sonner. Il nous a bien fait chier pour ça avec Xavier lors du mixage :) Et il a eu raison ! Ça crée une ambiance très particulière, tout en retenue...  Alex, c’est quelqu'un qui prend au fil des années de plus en plus de poids dans le groupe. Quand on a traversé des périodes difficiles, ces derniers temps, c’est lui qui a maintenu le bateau à flot, c’est lui qui essayé de faire avancer les choses quand on se prenait la tête. Cet album lui doit beaucoup.

 

                                                                                 Alex


- Je repensais justement en écoutant les couplets à ce que disait le batteur Christophe Pie sur la chanson Summer des DELANO ORCHESTRA, et la "bouteille" qu'il faut avoir pour imposer son idée, même très basique,  idée qui va donner toute sa couleur au titre... 
 A LA SUIVANTE:  Juste avant la fin du monde ne m'accroche pas forcement  dans le début  (comme d'autres titres), mais on a encore ce refrain "hymne"... et surtout cette séquence finale à deux voix que j'adore....  Et là encore, ça marche aussi très bien en concert.

S. Pétrier:  C’est plus du Noz « pur jus »… Nous avons pris le temps de développer un final qui s’installe, qui dure, qui monte doucement. Je suis très content de ça. Souvent, avant, on avait tellement peur de s’ennuyer qu’on se sentait obligés de changer d’accord au bout de huit mesures. C’est la maturité, tu crois ?

-  Euh... Au jeu de la petite formule réductrice : on pourrait dire : "En 89, vous étiez les puérils qui jouaient les matures, et en 2018, les matures qui jouent les puérils"...  Je parle de "puérilité" pour parler de cette musique expressionniste et romantique, pas assez hype pour être apprécié par la critique. On pourrait remplacer ce  terme  par celui de "folie", et ça on espère que vous allez la garder longtemps.

Et Nous voilà au très très gros morceau de ce disque le plus particulier sans doute même si vous vous étiez déjà essayé au tempo "house" avec "une Histoire de cul" ou cette version de J'empire,  Quelle intro sur une tonalité orientale (près deux minutes)...   A quand le remix special club pour enflammer le dancefloor?      

S. Pétrier:   Oui, sur « Bagdad" on flirte avec le disco, et le disco, on adore ça… On était tous ado ou pré-ado ans quand le truc a déboulé, forcément, ça marque. Mes premiers 45 tours, c’était Saturday Night Fever, Patrick Hernandez, Earth Wind & Fire...

Même si au départ, ce n’est pas vraiment notre spécialité, c’est très agréable quand on réussit à faire un titre qui groove. Voir les têtes des gens bouger en concert, tout ça… Cet album a un côté « punchy » qui nous fait du bien, surtout après Bonne-Espérance. Je pense que le jeu de basse de Pedro est pour beaucoup dans ce groove que nous n’avions pas avant. Sur Bonne-Espérance, Pedro était le "petit nouveau", il était resté assez discret et minimaliste dans son jeu. Là, il s'est vraiment investi dans tous les titres. Il a apporté des trucs super intéressants… et puis le fait qu’il n’y avait plus qu’une guitare après le départ de Manu lui laissait forcément plus de place pour s'exprimer. Franchement, avec Alex, ils forment une basse-batterie comme j’en connais peu.

 

Et puisqu’on parle de remix, je voulais en profiter pour saluer une nouvelle fois le travail de Xav (Desprat) pour la prod de cet album. C’était pas évident, le contexte était assez particulier et je trouve qu’il nous a fait sonner comme jamais. C’est quelqu’un de très à l’écoute. On l’a bien fait chier, surtout dans la dernière (longue) ligne droite… Il a toujours été là. Toujours de bonne humeur. Au même titre que David et Eric (management) c’est quelqu’un de précieux pour nous.

 

- Alors, sérieux, faut prévoir un maxi 45T....   Et puis bien-sûr il y a ce texte où tu lâches la bride complétement, avec l'aide de l'ancien M. Tollon, notamment ce vers:   "souvenir gore ;...  Disney store..."  marquant bien l'époque que tu nous décris, un futur déjà bien présent.  Un petit regret par rapport à l'album: il n'y a pas d'avancée dramatique par rapport au titre The End Of the Story: c'est le même échec de la "révolte" que tu nous racontes? Faut dire que "ceux qui veulent tout faire péter" sont tellement nés de l'époque que leurs agissements semblent plus le résultat d'une oisiveté que d'une véritable conscientisation d'une lutte à mener ? (bon, sans se lancer dans un discours structuralo-trotkiste...)      Est-ce que tu comprends cette question?

 

S. Pétrier:  Je voulais vraiment qu’il y ait cette continuité dans l’échec des ados (dans « End of the Story ») et des mêmes devenus adultes (dans « Bagdad »). Ils se sont juste un peu plus embourgeoisés mais le résultat final est le même. Ils ne se rendent pas compte qu’ils font totalement partie du système qu’ils veulent abattre. Et puis il y a ce personnage dans le dernier couplet qui trahit le héros. J’aime bien cette idée. J’ai l’impression que tous les jours nous nous trahissons : le matin je signe une pétition contre Mosanto et l’après-midi je m’achète un I-phone… Le «selfie avec le Che dans un Disney Store» c’est un truc que j’ai rajouté à la fin et qui résume bien tout ça je trouve. 

Le texte de départ de Thierry (Tollon) avait ce côté déjà très anxiogène. Il nous mettait face à nos contradictions, avec un ton à la fois amusant et en même temps profondément déprimant. La vérité c’est que nous ne sommes pas prêts à lâcher notre petit confort pour essayer d’améliorer ce monde. On fait des petits gestes, mais rien qui ne mettent véritablement en danger notre bien-être et l’opulence dans laquelle nous sommes. Bref, comme les personnages de « Bagdad Disco Club », je crois qu’on s’est bien fait niquer.

 

- Morceau de transition ensuite (pour moi)...   Après le chaos, K.O., Un exercice de bravoure d'utiliser "tout est ok" dans une chanson, non?

 

S. Pétrier:  Transition ? Tu trouves ? C’est drôle, pour moi c’est un des grands morceaux du disque. Peut-être même du groupe.

L’ambiance, le groove créé par la guitare, le violon et la basse-batterie, l’histoire racontée… Il y a une sobriété, une pudeur que j’aime beaucoup.

Quant au titre, « Ok » c’était aussi une façon d’être sobre. Ça sous-entend pas mal de chose : on fait, non, tout n’est pas OK… mais on est encore vivant… on s’accroche...

 

-  Encore ton goût pour les chansons plus simples, les ballades... la variété des années 70...  Ça me rappelle que j'avais pensé à une question sur la pudeur et ton inspiration. J'avais un peu l'idée que tu évoquais plus ceux qui t'entourent, peut-être aussi de ce que vivent les autres membres du groupe, que de toi... Cette "technique" d'utiliser autant de prénoms n'est peut-être pas anodine.... Enfin, si j'avais oublié la question, c'est qu'au final, je ne suis pas très certain...‌

 

S. Pétrier:  Non je ne crois pas. Quand je dis « pudeur »,  je parle de la façon d’évoquer les choses. Le terme exact serait plutôt « retenue »… Quand par exemple je dis « Tous les matins à Saint-Jean, les gens forment un grand cercle devant la cathédrale », c’est une façon d’évoquer ce retour à la religiosité ambiant, sans en dire trop. Pour ce qui est de ma pudeur à moi, je crois que j’essaye au contraire dès que c’est possible de me mettre un maximum tout nu, même si je dissimule ça parfois sous les déguisements de mes personnages. Je pars du principe que nous avons tous des failles, et qu’une fois qu’on les a montrées, avouées, tout devient plus facile. Parce que tout le monde se retrouve quelque part dans les faiblesses des autres.

Récemment, au concert de Feurs, j’ai eu un gros trou de mémoire sur un titre ("Thelma ») qui le supporte difficilement. Plutôt que d’essayer de biaiser quand on le fait parfois, j’ai préféré tout arrêter, avouer mon péché… et recommencer la chanson à zéro. Il y a quelques années, j’aurais été incapable de ça. Maintenant, je sais que non seulement c’est en général plutôt bien pris par le public, ça fait rigoler tout le monde, ça détend l’atmosphère, mais je sais aussi qu’en plus, pour moi, c’est libérateur : après ça, tu ne crains plus rien. Tu t’es cassé la gueule, tu as montré aux gens que tu avais beau être sur scène, tu n'étais ni pire ni mieux qu’eux... il ne peut plus rien t’arriver de grave. En général après ça, il n’y a bizarrement plus aucun stress. On se sent libéré délivréééééé… 

 

-  Pour en revenir à "tout est ok",  c'est juste que ce n'est pas préférée:  le texte me plait moins que d'autres (j'avais déjà eu un peu de mal avec le dernier album de Marchet auquel ça me fait penser un peu), le violon du départ...  Et puis, entre Bagdad... et les Fleurs, c'est chaud pour exister. Les fleurs : sa petite intro très pêchue, presque électro, que je trouve aussi originale chez vous, puis la guitare excellente... Encore un hymne... et puis bien sûr ce texte encore une fois sur le thème de "la fin"... Là, encore, ça te permet de t'en donner à cœur joie en concert (attention à protéger ses verres). Vous y pensez quand vous concevez la chanson?

 

S. Pétrier:   Les Fleurs ça part d’un riff typique du jeu d’Eric. Ca envoie vraiment et je ne pense pas qu’on ait déjà sonné autant rock’n roll. C’est assez jouissif à jouer sur scène. Le texte, je crois qu’il illustre bien les périodes de doutes que nous avons pu traverser ces dernières années.  

Quant aux idées scéniques, elles viennent plutôt ensuite, en répétition. Si on avait un peu les moyens et une vraie tournée, ça fait partie des titres où j’imagine qu’il pourrait se passer des choses. Je ne sais pas pourquoi, depuis le début, je vois des enfants maquillés et un peu endimanchés venir déposer des bouquets sur scène pour le final du morceau. Un truc un peu glauque, entre "Chucky" et "L’Ecole des Fans"… Il faut que je prenne des vacances moi...

 

- Ah, tu continues  toujours d'imaginer  des mises en  scène, qui font partie de l'adn  du groupe depuis  le début. On peut s'attendre à des surprises pour le loupika?

 

S. Pétrier:  Non, le Loupika ce n’est pas une salle qui se prête vraiment à la mise en scène, par contre, pour y avoir joué une fois avec Nellie Olson, je sais que ça peut être vraiment très chaud. C’est un lieu où il y a des bonnes ondes… Si tout va bien, on va être un peu serrés (enfin j’espère)…  Il y aura une ou deux petites vieilleries ressorties des placards dans la set-list… Bref, il y a tous les ingrédients pour que ça tangue.


- Et la suite du "début la fin le début"?  Tu en sais quelque chose?

Si tu veux le pitch du prochain album, c’est un peu prématuré :)  Par contre, ce qui semble évident c’est qu’il y a une vraie envie de ne pas s’arrêter là. Après une période très compliquée, j’ai l’impression de ressortir personnellement gonflé à bloc. J’ai très envie de jouer. Si je dis souvent « je », c'est pas par mégalomanie (enfin pas trop) mais surtout parce que ça m’emmerde de m’engager au nom de autres. Cela dit, je crois que je ne suis pas le seul à être dans cet état d’esprit. Imagine, on est peut-être reparti pour trente ans ?

                                                    Pochette du DVD live pour les 20 ans                                                                                                           (une captation de deux concerts de folie sold out)

MISE A JOUR Inter-ViOUS ET MURAT- Stéphane PETRIER
Depuis l'inter-ViOUS ET MURAT de 2010, il y a eu Grand lièvre, Toboggan, babel, Morituri et ce TRAVAUX....  Est-ce qu'il y a des choses marquantes selon toi? Je ne crois pas t'avoir recroisé aux concerts. 

S. Pétrier:  Concernant Murat, j’avais vraiment décroché avec Grand Lièvre, Toboggan, même Babel... qui pour moi n’apportaient rien et où les bonnes chansons se faisaient plus que rares. 

J’ai repris  un peu goût avec Morituri, parce que même si ça restait du Murat très classique, il y avait des titres vraiment accrocheurs dans le lot (French Lynx, Franckie, La pharmacienne d’Yvetot en particulier…).
Et puis déboulent ces «Travaux sur la N89 » et là, je reprends une claque. Franchement, pour moi c’est le meilleur Murat depuis « A bird on a poire », avec lequel je trouve d’ailleurs pas mal de similitudes, dans le côté un peu décalé, ludique, frais… avec la voix de Morgane Imbaud qui apporte ce petit coté sexy qu’il y avait avec Jennifer Charles… Et puis il y a ce parti pris électro que j’adore (beaucoup de similitudes aussi avec l’album de Bertrand Cantat sorti à peu près au même moment), surtout pour moi qui ne suis pas un fan de la face « blues-terroir » de l’ami Jean-Louis… Je trouve ça super intéressant. A la maison, « le chat » passe en boucle… ma fille adore…
 
- Et tu citais Gengis en 2010, comme un titre qui te plaisait.... C'est un nom qui t'accompagne au quotidien maintenant, un hasard?
S. Pétrier:   Oui, même si j’ai changé depuis, la première boite de communication que j’ai créée, il y a quelques années, s’appelait «Gengis». Et la chanson de Murat n’y est pas pour rien. C’est un titre magnifique… même si je n’ai pas compris ce que Gengis foutait à Valparaiso :)) Et puis, il y a la mer, le voyage… encore et toujours...

 

 

- Extrait de l'inter-ViOUS ET MURAT de 2010 de Stéphane :

  Puisque j'ai déjà parlé de "Petite luge" et de "Gagner l'aéroport",  je citerais 2 vieux titres de Dolores, "Fort Alamo" et "Perce-neige" et un titre qui était sur un maxi à l'époque du Moujik, ma  préférée entre toutes : "Royal Cadet".  Royal Cadet, j'ai eu la chance de pouvoir l'entendre en concert au Palais du Facteur Cheval l'année dernière (Pierre était là bien-sûr...)... Je crois que ce morceau pourrait durer une heure, je ne m'en lasserais jamais... Et pourtant, il est construit comme un bon vieil alexandrin, en 2 hémistiches de 6 syllabes, chose qui en général m'ennuie profondément... mais là, ça marche... J'ai l'impression que chaque mot posé est touché par la grâce, que la voix de Murat est en apesanteur, avec une proximité exceptionnelle... Je ne cherche même pas exactement à savoir de quoi il me parle dans cette chanson, je prends tout.    

  Concernant la deuxième question,  il y a dans notre dernier album une chanson qui s'appelle "Le cap" qui doit certainement quelque chose à Murat. Dans la façon de poser les mots, de jouer avec les silences à  certains moments, dans la simplicité et la répétitivité de la ligne mélodique...

Interview réalisée par mails du 25/02 au 11/03/18

Encore un grand merci à Stéphane, aux autres membres du groupe pour leur talent, et spécial dédicaces aux couillons (ah, qu'est-ce qu'on se marrait sur le forum).

 

LES LIENS EN PLUS

 - Une interview récente (en 3 volets) de Stéphane, "le Gône de la semaine"

- La chronique du dernier album par Laurent Cachard, « stéphane Pétrier est le meilleur showman que j’ai vu » disait-il dans un article plus ancien.

- En 2013, Le Voyage de Noz conquiert les 3000 personnes venues pour  Cali :

Et au hasard, un de leurs tubes :

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 16 Octobre 2017

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

NESLES avec son album PERMAFROST qui est sorti le 29 septembre (chez Microcultures) vient de recevoir un accueil enthousiaste de la presse et FIP l'a mis à l'honneur. Didier Varrod (et merci Didier, bien-sûr) s'est dit « Ébloui par l’univers de NESLES, son charisme, son écriture». Francofans ou Mandor parlent de grand disque de l'année... Et vous savez quoi? Nesles était de mes contacts facebook depuis un long moment... et j'avais oublié... et splendidement ignoré ce qui pouvait me passer sous les yeux (ou pas, faute à ce satané algorithme de fb).  Pourtant, il m'a fallu d'une écoute d'une chanson pour me convaincre qu'il fallait que je vous en parle... Et devinez quoi:  Murat est bien sûr convoqué (les amis de ADA parlent d'une filiation avec Miossec, Dominique A, Jean-Louis Murat et Bashung... et Manset est cité dans le dossier de presse). Son album a été réalisé par Alain Cluzeau, croisé chez Belin, Les Dyonisos, Ruiz,  Bénebar ou encore Bastien Lallemant et Nery. A l'occasion de son passage aux 3 baudets le 17/10, voici une petite interview!

- Quel est votre parcours musical?
 
Nesles: La musique a toujours existé très fortement chez nous. Mais on écoutait du classique exclusivement. Même si j’y suis revenu plus tard avec un bonheur infini, ça a posé quelques problèmes. Surtout à l’adolescence.
Mes études de musique ont été assez chaotiques, et j’ai fini par me faire virer du conservatoire pour avoir refusé d’apprendre la clé de Fa.
Ce qui m’intéressait c’était de jouer, de monter des groupes, de composer, d’écrire. J’avais peu de patience. Et un appétit féroce - ce qui est toujours le cas.
La musique à papa ou les pièces contemporaines pour guitare me faisaient copieusement chier.
L’effervescence, la créativité, je les trouvais au collège, au lycée, à la fac, dans la rue, les salles de concerts, les clubs, les cafés, les bars, les réunions clandestines et nocturnes entre copains pour écouter les trouvailles des uns ou des autres…
Deux frangins de mon quartier étaient assez fortiches pour ça. J’ai dû squatter leur chambre à peu près aussi souvent que leur petite soeur pour écouter leurs dernières acquisitions ! On pouvait écouter un album en boucle pendant des mois jusqu’à en user la cassette ou le vinyle. Aujourd’hui encore quand j’écoute certaines chansons de cette époque, j’entends le saphir qui saute !
Et puis j’ai eu quelques chocs en Angleterre. À Leeds notamment.
D’ailleurs au départ je n’écoutais que ce qui venait d’Angleterre. C’était une obsession. Je passais mon temps à décortiquer les albums des groupes que j’aimais, à scruter les pochettes, à essayer de comprendre comment étaient construites leurs chansons - qu’elles aient 12 ou 2 accords. Le look des anglais me fascinait. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à m’intéresser à l’Amérique et la France - principalement par le biais de la littérature.

 
 
- Qu'est-ce qui s'est passé exactement à Leeds?
 
Nesles: Alors qu’en France nous passions pour des marginaux, des asociaux ou des snobs avec nos groupes pop et punk anglais (bien souvent totalement inconnus ici) là-bas c’était normal de les écouter. Ils faisaient partie du quotidien. Du matin jusqu’au soir, du soir au matin, à la maison, à la radio ou au pub du bout de la rue, ces groupes que vous chérissiez vous accompagnaient sans discontinuer !
Quand vous évoquiez les Undertones, les Clash, les Lotus Eaters ou Joy Division, personne ne vous regardait comme un martien. 
Et les magasins de disques débordaient de perles introuvables même à Paris.
Pour moi c’était miraculeux !
 

 
 
- Jean-Louis Murat pour vous? (découverte...)  

 
Nesles: Je me souviens parfaitement du clip de « l’ange déchu » vu une nuit d’insomnie. Ça m’a tout de suite parlé. Ça sortait de nulle part. 
Je me souviens m’être aussitôt demandé qui était ce type. Ça me faisait penser à Daho mais en vénéneux. Ça sentait le bad boy lettré et torturé.
Et le texte me parlait terriblement.
Sa voix aussi.

 
 
- Est-ce qu'il y a une chanson dans votre répertoire qui vous évoque Murat, ou qui a été directement inspiré par lui?   
 
Nesles:Non, je ne crois pas.
Je suis assez mal placé pour parler de ça en fait; je n’ai pas le recul nécessaire.
Après, nous avons certaines références communes, certains auteurs ou songwriters ou écrivains que nous partageons, c’est indéniable.
Mais ça s’arrête là. Nos sensibilités me semblent assez différentes.
Après, Murat est bien sûr pour moi un pilier, un élément fondamental du paysage. Et j’adore ses coups de gueule que j’ai toujours trouvés extrêmement sains.

 

 
- J'avais un peu imaginé que vous alliez me parler de la chanson qui parle des forêts…
 
Nesles: Je n’aime pas trop me livrer aux explications de textes.
Je préfère que chacun s’approprie les chansons et en fasse ce qu’il veut.
À partir de maintenant ça ne m’appartient plus.

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

- Pouvez-vous nous parler de ces "références communes"  avec Murat? Quelle importance  ont-elles  pour vous? Et au-delà, quelle relation avez-vous avec vos "références" ?Je veux dire par là : Est-ce juste des références, ou des modèles, des objets de "culte" et de vénération?) 
 
Nesles:   Je ne verse pas trop dans le culte ou la vénération. Je n’ai jamais été un « fan » - c’est un concept qui m’échappe.
Par contre j’aime passionnément certains artistes. Parce que certains d’entre eux m’ont aidé à me réconcilier avec cette vie, à canaliser mes colères. Il y a un moment où certains d’entre eux deviennent des amis parce qu’ils vous accompagnent. En ce moment Henry Miller, Duras, Annie Ernaux, Thoreau, Springsteen, Manset, Mozart, Art Pepper, Kurt Wagner, John Grant, Patti Smith… 
Une journée sans lire ou sans écouter de musique est une journée perdue.
J’en ai besoin pour me nourrir, avancer, essayer de comprendre ce que je fous là.
Donc je ne suis pas fan de Murat au sens propre. Par contre je pense qu’il est incontournable, indispensable, majeur même; et chaque album qu’il sort m’intéresse. Il est hors norme, comme la plupart des artistes que j’apprécie, et il se fout totalement des modes. J’aime cette liberté, cette insolence.

 
 
 
- Meilleur album de Murat pour vous?   Vos 3 chansons préférées de Murat et pourquoi bien sûr?  
 
Nesles: Ce serait bien présomptueux de prétendre que tel album est meilleur que tel autre. Mais ‘Cheyenne Autumn’, ’Mustango’ et ‘le Moujik et sa Femme’ sont des albums que j’ai énormément écoutés.
 
- Les 3 chansons auxquelles je pense là tout de suite :

  • « Foule Romaine ». Murat y est immensément joueur et sensuel. C’est l’alliage parfait de la simplicité et de la sophistication. C’est aussi très élégant, tout en restant un poil âpre. En général l’ambivalence me plait. Ici on est servi.
  • « les Hérons ».  Adéquation totale entre le texte et l’ambiance musicale, montée en puissance du titre, thèmes et chorus du Fender Rhodes sublimes. Un bon aller-retour dans la gueule, mais ‘l’air de rien’. Magnifique !
  • « L'Anéantissement d'un Coeur ». Ne serait-ce que pour cette  splendide et féroce phrase : « nos gémissements manquaient trop de franchise ».
  • Quel artiste ne rêverait pas d’écrire un truc pareil ?

 
- L'avez-vous vu en concert? Des impressions, des souvenirs?   


Nesles: Une seule fois; dans une salle culturelle de l’ouest parisien où j’étais invité. Étrangement je n’en ai aucun souvenir - mais ça tient plus à moi qu’à lui !
 

 

- Cette question qui permet de laisser le chanteur dire ce qui lui tient à coeur:   Est-ce que vous pouvez nous parler de 3 chansons du disque, que ce soit sur le texte, la musique, l'inspiration, la conception, la production, l'enregistrement... ou l'ensemble à la fois?   


Nesles: C’est un album qui a longuement mûri. La plupart des titres de ‘Permafrost’ ont été joués sur scène, ce qui leur confère une sorte de patine. Je n’aime pas quand ça sent trop le neuf. Je préfère le vécu, le grain, les rides, la poussière. J’ai une affection particulière pour tout ce qui a été affecté par le temps. C’est ce qui m’inspire le plus. Et c’est aussi ce qui m’attire le plus chez les artistes que je ‘fréquente’ assidûment.


- Vous avez parlé de l'album et pas de chansons en particulier... Est-ce que c'est parce que vous ne voulez pas faire sortir du lot quelques chansons  et que vous tenez à "l'unité de l’album"?
 

Nesles: Tout à fait.
 

- L'originalité du disque tient selon moi à votre voix ( vous parliez de patine!, ça peut en faire partir) et à l'orchestration de cordes. Est-ce que ça a été un travail particulier? (euh... bon, la bonne question ne me vient pas...donc, je vous laisse me dire ce que ma remarque vous inspire!!)
 
Nesles:  Merci d’y être sensible.
Je crois que la voix est le reflet exact de ce que l’on est. Difficile de tricher avec elle.
Ou alors, je ne saisis pas bien l’intérêt, je ne vois pas où ça mène.



 
- Vous  avez fait du théâtre, couru les castings (c'est bien sûr un point commun avec Murat qui a un peu fait l'acteur). Est-ce que l'acteur a un peu façonné le chanteur actuel (même si vous étiez d'abord musicien)?  Et quel est le milieu que vous jugez le plus difficile?

Nesles:  Je n’ai pas à proprement parler ‘couru les castings’. Quand on me propose un rôle qui m’intéresse, je le prends, c'est tout.
J’ai eu la chance de côtoyer des personnalités riches et complexes comme Patrice Chéreau, Diane Kurys, Martin Prévost, et bien d’autres.
Tout en poursuivant mon travail de songwriter.
Tout ça s’est donc construit en même temps. Depuis l’enfance.
En passant me voir en studio, Yvan Attal avec qui j’avais tourné m’a un jour confié qu’il m’enviait parce que, contrairement à lui qui galérait pour monter ses films, je pouvais composer, jouer et produire ma musique beaucoup plus facilement et surtout plus librement. C’est en partie vraie. Mais le problème de la diffusion demeure - qu’on soit écrivain, peintre, cinéaste ou compositeur. S’il n’y a personne pour écouter vos chansons, à quoi cela sert-il ? - hormis peut-être à évacuer un bouillonnement intérieur qui doit bien s’exprimer et qu’il faut impérativement évacuer?

 

Après il s’agit de 2 milieux très différents, et je n’en juge pas un plus difficile que l’autre
Tout est question de tempérament, de savoir où on veut être. Et de rencontres…

 

 
- Est-ce que vous continuez à faire le comédien ?
 
Nesles: Bien sûr oui ça m’arrive.  (NDLR:  filmographie et aussi ici)
 
 
- Du côté de Mandor, vous dites que la musique vous a empêché de crever des dizaines de fois. Chez Murat, la dépression et le spleen ont bien sûr été un élément important dans la création, mais aussi en partie parce qu'il était mal à l'aise avec le statut d'artiste, d'où son idée de revenir paysan ou de se définir comme un artisan quotidiennement à l'effort.  L'artiste est-il forcement un "albatros"?

 

Nesles:   Votre question sous-entend qu’il faudrait souffrir pour être un artiste.
Je ne crois pas à ce mythe romantique - comme à d’autres poncifs d’ailleurs (l’inspiration mystique, mourir jeune, se défoncer, etc). Je ne crois qu’au travail. C’est peut-être ce que Murat appelle être artisan…
Je ne suis pas quelqu’un de dépressif, mais plutôt d’angoissé. C’est très différent.  Or le doute et l’angoisse sont de très puissants moteurs chez moi.

 
- Dernier point commun avec Murat, le rapport  érotique à la création. Est-ce que certains vers ou textes sont des "implicit" lyrics dont vous seul avez les clefs?  Est-ce qu'il est difficile de concilier cela avec votre souci de vérité et la pudeur (le refus d'être dans le dégueuli de sentiments impudiques"?  Vous êtes un anti-Brel comme Murat?
 
Nesles:   Je ne suis pas un anti-Brel
Mais comme l’a formulé Bashung, Brel m’a terrifié - surtout enfant.
Ça peut être dérangeant, éprouvant de l’écouter, de le regarder. J’en conviens.
Parce que c’est entier, d’un bloc. Comme Ferré ou Barbara. 
Brel vit ce qu’il chante, sans aucune retenue, sans distance. Mais ça ne me choque pas. Ce n’est pas vulgaire pour moi. Ça a juste dû être une terrible souffrance pour lui, plus qu’une catharsis, et je ne l’envie pas.
 
En ce qui concerne ce que j’écris, je ne prétends pas être seul détenteur de prétendues clefs. Il n’y pas de clefs. Juste des sensations, des impressions, des pistes. Ensuite, mes chansons appartiennent à qui veut. Ça n’est même plus de mon ressort.
 
Quant au rapport érotique à la création, je le revendique totalement, oui. Je ne cherche plus à lutter contre, à le nier, ce serait mensonge et peine perdue.
C’est un acte de désir et de plaisir. Total.

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

Interview réalisée par mails du 24/09 au 8/10/2017. Merci Nesles!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 12 Septembre 2017

Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

Je vous avais déjà  fait  écouter DA CAPO aux détours de quelques détours photographiques, et je vous invite à en apprendre un peu plus  sur ce groupe et son désormais seul maitre à bord Alexandre PAUGAM...  du Puy-En-Velay... Un auvergnat donc!  C'était ainsi impératif que je vous en cause, d'autant que son album à l'ambiance très originale a été salué par les critiques (dont les Inrocks). Qui plus est, l'ombre de Robert Wyatt, référence pour Jean-Louis Murat, plane un peu sur ce disque, par les ambiances pianistiques sombres et jazzy.

L'interview était prête depuis un moment, mais j'attendais le bon moment, et il est arrivé:    DA CAPO sera en show-case du côté de la COOPERATIVE DE MAI ce samedi à 20h30, et en concert au FIL de St-Etienne le 1er octobre 2017.

 

Bonjour Alexandre!

- Quel est votre parcours musical?

Etudes de piano classique de 10 à 17 ans en cours particuliers puis découverte de la guitare (rythmique, je ne suis pas soliste...) en même temps que le monde de la pop anglosaxonne vers 19 ans. Dans la foulée, premières compositions : une révélation !

Et formation du groupe Da Capo à 22 ans puis Lithium et tout le reste... 

[NDLR: En 1997, Da Capo sort son premier album, Minor Swing, chez Lithium/Virgin. Il connaît un réel succès critique (Libération, les Inrockuptibles) et se voit distribué en Europe et au Japon. En 2001 sort The fruit, deuxième album du groupe, chez Autruche Records/Pop Lane. Là encore, l'album est plébiscité par la presse mais connaît des ventes difficiles de par son caractère intimiste et sa musicalité recherchée.   Parallèlement à ses activités au sein du groupe Da Capo, Alexandre Paugam compose des musiques instrumentales pour la scène (théâtre et danse) et pour le cinéma.  En 1997, il entame une collaboration fructueuse avec le Théâtre du Mayapo (Le Puy-en-Velay) et devient le compositeur attitré des créations de la compagnie]

 

- Vos parents sont arrivés en haute-Loire pour élever des chèvres dans les années 70.  Le petit jeu de l'inter-ViOUS ET MURAT étant de trouver des petits dénominateurs communs avec Murat, je dois donc vous poser la question si cette enfance rurale et paysanne vous a construit de manière particulère? est-ce que c'est un élément d'identité? Ou bien est-ce plus la difficulté de vivre votre passion, l'internat que vous retenez?

C'est une question compliquée : d'abord, la période "chèvres" a été courte puisque mes parents se sont séparés et que nous avons vécu
assez vite avec ma mère au Puy. Donc pas vraiment de vie paysanne....

Mon père a ensuite fondé une agence de voyages à Genève. De fait, nous avons pas mal voyagé (notamment au fin fond de l'Afrique) donc notre éducation a été assez ouverte sur le monde.

L'influence artistique a été du coté de ma mère ; elle est comédienne et peintre. Je retiens cependant de la Haute-loire ses magnifiques paysages (surtout le plateau du Mézenc) qui m'ont donné le goût des grands espaces sauvages et de la randonnée.

Alexandre est aussi photographe, voici la photo qu'il nous adresse pour représenter son pays:

Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

- Et vous avez été toujours fidèle malgré tout à La Haute-Loire, ou  La Loire? (bien qu'à la différence de Murat, on ne peut pas dire je pense que votre musique  soit "ancré" dans ce territoire.. à moins qu'on trouve des pubs enfumés au Puy-En-Velay). Est-ce que vous vous sentez une fraternité ou disons une proximité avec d'autres chanteurs du "massif central", de l'auvergne (clermont?)?  
 

  Bien qu'ayant vécu 5 ans à Paris (à l'époque de The Fruit en 2001), je suis revenu vivre dans la région donc on peut parler de fidélité..mais je voyage encore beaucoup.

Mes textes ne sont pas du tout "régionalistes", et la musique non plus...

Quant à la proximité avec des chanteurs locaux, franchement je n'en vois pas.

Contrairement à Clermont, il n'y a aucune scène pop en Haute-Loire d'où la difficulté pour nous de trouver des concerts dans notre département... Situation très paradoxale : on a un dossier de presse formidable mais des opportunités de live quasi-nulles en Haute-Loire !! D'où la nécessité pour nous de nous éloigner pour pouvoir jouer..

 

- Vous ressentiez également la même chose sur St-Etienne?

J'ai été étudiant à Saint-etienne et y ai vécu un peu par la suite. Contrairement auxidées reçues, je trouve beaucoup de charme à cette ville. Par contre, musicalement, c'est pas très pop non plus (contrairement à Clermont).....Il me semble que Le Fil s'ouvre plus actuellement à cette musique. J'espère que nous allons pouvoir y jouer.  [NDLR: ça sera bien le cas le 1/10!]

 

- Da Capo a été fondé avec votre frère Nicolas... qui lui est sur la région parisienne- j'imagine qu'il y est resté alors que vous faisiez vous le choix du retour-, et c'est le premier album sur lequel vous travaillez sans lui. Qu'est-ce que cela a représenté?

Sur le dernier album, Nicolas ne joue pas.. C'était très compliqué de continuer à jouer ensemble géographiquement parlant et il a des projets solo. Néanmoins, depuis Third en 2006, c'est moi qui composait tout et tenait la baraque... donc c'était assez logique d'en arriver là. Je pense que nous n'avions plus exactement les mêmes envies musicales. Mais, il n'y a pas eu de clash entre nous.

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L'autre PAUGAM: Nicolas vient de sortir son 3e album Boustrophédon  le 25 Août chez microcultures distribué par differ-ant. Il vient d'obtenir 3 fff dans Télérama.

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‌- Vous avez cité  Breakfast in america comme premier choc musical... et ayant un grand frère, j'ai également succombé aux charmes de Supertramp avant mes 10 ans. Content de retrouver un amateur de ce groupe après Laurent Saligault (interviewé ici http://www.surjeanlouismurat.com/2016/03/laurent-saligault-the-first-interview.html) .   Est-ce que c'est une référence ou une émotion de l'enfance, alors qu'effectivement Supertramp n'a pas forcement bonne presse (trop mainstream?)... et que justement, on vous rattache maintenant à des choses plus pointues : wyatt, nick cave...?
 

Non ce n'est pas une référence mais je me souviens d'un moment très important pour moi.

C'était en 86 ou 87 à Kigali au Rwanda; On était au resto et j' y entends "School" de Supertramp...une sorte de révélation; Je reviens en France et là, je suis mordu et je mets à découvrir avec avidité toute l'histoire du rock.

Après, j'ai toujours du respect pour ce groupe qui a écrit quelques très belles chansons mais je trouve aujourd'hui que c'est un peu trop produit....

 


Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

- Sur cette époque, je me demandais si vous aviez pu apprécier Joe Jackson?

Oui, j'ai écouté pas mal Joe Jackson (surtout Look sharp) mais pas fan non plus. Ceci dit et pour corroborer le paragraphe précédent, j'ai toujours préféré la bonne variété (type Supertramp ou Bee Gees) à la musique dite indépendante parfois surestimée car pauvre musicalement.

En tous cas, je ne classe pas Da Capo dans la musique "indé".
 

‌- Même si je crois comprendre,  pouvez-vous nous préciser  cette dernière phrase (surtout quand on repense à votre signature chez Lithium)?  et qu'est-ce que vous pensez de la définition que nous a donné   La Féline  : L’indépendance, ça a d'abord un sens économique aujourd’hui en France. C’est le fait que l’industrie a pris un coup dans l’aile, et qu’il y a moins de confiance, en général donc beaucoup de gens voués à se développer tous seuls et qui pourtant sont intéressants ; mais parce qu'ils font des choses qui ne peuvent pas séduire immédiatement un très large public, soit parce qu'elles sont plus exigeantes, soit parce qu'elles sont un peu bizarres ou imparfaites aussi... Moi c'est ce que je préfère, l'exigence, la bizarrerie, l'imperfection, mais ce n'est pas ce qui fait du like massif sur Facebook ou sur YouTube. Du coup, l'indépendance, c'est une position de faiblesse, de faiblesse économique parce qu’on n’est pas invités sur tous les festivals ni sur Europe 1, parce qu'on revient moins dans les suggestions de vidéos YouTube. Mais la force de l'indépendance, à un certain moment, c'est de revendiquer cette position de faiblesse, comme une position, non pas subie mais conquérante. Ce moment où tu regardes le top des charts sans envie et où tu es fier de faire autre chose. Même si ce n’est pas ce qui se vend le plus, c’est un certain idéal, l'idéal d’une musique qui est à la recherche d’une certaine beauté plus ou moins fragile. Moi, c’est comme ça que je le vois en tout cas, le moment où on retourne la nécessité en vertu.
 

Cette définition de la musique indé me paraît assez juste ; surtout comme idée de résistance au système dominant : là, je suis tout à fait d'accord.

En revanche, c'est au niveau musical que c'est plus compliqué. Le terme "indé" est devenu dans certains cas une posture. Et la pauvreté et l'indigence musicales sont parfois érigées en totems. Donc, à l'arrivée, ce terme englobe tout et n'importe quoi....donc finalement ne signifie pas grand-chose (à part la dimension politique que je défends..). Si j'avais à classer Da Capo, ce serait tout simplement dans une certaine tradition de songwritting anglo-saxonne.

 

- Vous utilisez le mot "fan"... Est-ce que vous vous définiriez ainsi pour certains artistes? lesquels? Et est-ce qu'il y a des signes manifestes (collectionnite? )
 

D'où la dernière question : oui, bien sûr, je suis fan de quelques noms dans l'histoire de la musique.

En pop/folk/rock, Neil Young, Bowie, Alex Chilton, Ray Davies et Robert Wyatt (plus des individus que des groupes...) + Nick Cave

En jazz, John Coltrane, Thélonious Monk et Bud Powell.

En classique, Ravel, Bach et Mahler (que je vénère !)

J'oublie quelques noms car je suis un gros consommateur de disques mais l'essentiel pour moi est là !  Ah, oui : Léo Ferré et Alain Bashung !

 

- Une belle "variété"  de références... qu'on peut ressentir  à l'écoute du disque.  Le texte de promo évoque plus particulièrement Wyatt (que m'avait fait découvrir Stéphane Pétrier le chanteur des Voyage de Noz). Je voulais du coup vous faire réagir à l'interview de Wyatt par Murat (dans Télérama) à l'initiative de P. BARBOT (interviewé ici).  Est-ce que ça  vous suscite quelques commentaires? 

C'est une belle interview et je partage totalement l'avis de Murat quant à la
splendeur-candeur de la voix de Wyatt. Pour moi, c'est la chanson Shibuilding où sa voix est la plus extraordinaire. Je me retrouve aussi dans la vaste culture musicale de cet homme d'où découle la richesse de sa musique. Et il est d'une grande humilité, ce qui ne gâche rien à l'affaire...

 

12) Une question tout aussi spontanée que les précédentes:   Murat a rencontré Wyatt, échangé un peu avec Cohen... mais s'est retourné au moment de frapper à la porte de Tony Joe White.  Rencontrer vos idoles, ça vous fait rêver?

Non, ça ne me fait pas rêver de rencontrer mes idoles. Je fais partie de ceux qui pensent que cela ne sert pas à grand-chose. Mieux vaut cultiver le mystère. Et puis, ils peuplent parfois mes rêves : j'ai déjà rencontré Nick Cave à 2 reprises, Django Reinhardt ou encore la chorégraphe Pina Bausch dans un rêve inoubliable....

- Ah oui...  Est-ce que vous vous intéressez à l'univers des rêves? ... et est-ce que c'est trop intime pour nous raconter?

Comme tout le monde, je suis assez fasciné par les rêves mais je n'ai pas grand chose à en dire.  Mis à part, qu'il m'est arrivé 2-3 fois de me réveiller avec une nouvelle chanson en tête....pas plus mauvaise que les autres...

 

- Passons un peu au disque...  Ce qui peut un peu désarçonné au départ, c'est votre voix. Il y a parfois un côté cabaret, pub enfumé, "déclamatoire" ai-je lu dans une chronique. Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire?  (je crois qu'elle participe beaucoup - pour moi-  à me faire rentrer les chansons dans la tête, même plusieurs jours après l'écoute)

 

Je sais qu'elle divise mais j'assume et je crois qu'elle a le mérite d'être très singulière...d'ailleurs, on a été signé chez Lithium en 1995 principalement grâce à la voix !!

Et puis, je crois qu'elle demande un peu de temps pour s'y habituer.....elle est à séduction lente. En ce qui concerne ma voix, les avis sont partagés : c'est un peu ou on l'adore, ou on la déteste..

 

- J'aime bien cette question qui permet de laisser le chanteur dire ce qui lui tient à coeur:   Est-ce que vous pouvez nous parler de 3 chansons du disque, que ce soit sur le texte, la musique, l'inspiration, la conception, la production, l'enregistrement...

 

Far cry :

Ce morceau quasi-instrumental a été dans la balance pour faire partie ou non de l'album...J'ai hésité en me demandant s'il était bien dans l'esprit du disque. Et puis,finalement, je l'ai gardé car je l'aime bien et cela enrichit la palette de Da Capo.

 

Heal me :

Un de mes morceaux préférés. Je trouve la fin intéressante car sortant de la pop pour une ambiance bigband jazz.... Pas une mince affaire pour mixer ce morceau.

 

Oh, my lady :

J'ai mis sur ce morceau une boucle rythmique samplée. Cela donne un coté hypnotique qui me convient. C'est pour moi un des morceaux les plus intéressants du disque mais dont les gens parlent assez peu. Peut être plus difficile d'accès à la première écoute..

 

- Je n'aimais pas parler de la "crise du disque" dans mes interviews au départ, mais je pense qu'on doit quand même parler du système "indépendant", de l'energie que mettent les artistes à exister, avec ou sans partenaire.  Alors, comment la petite entreprise DA CAPO fonctionne?

 Nous étions en standby depuis quelques années malgré le 4éme album (Out of Spain) qui n'a pas eu de sortie officielle (et que je veux ressortir sérieusement...).

Oh, my lady a reboosté le groupe. J'ai pu enfin m'entourer de bons musiciens locaux.. la priorité désormais est la recherche de dates. Nous travaillons pour le booking avec Bloody Mary records (Strasbourg).

On a un très bon dossier de presse donc je suis assez confiant...même si je sais que c'est très compliqué.

Et puis, je travaille déjà sur le 6èm album qui devrait voir le jour en 2018 !

 

- Vous parliez de la difficulté de trouver des dates de concert. Sur le blog, on parlait récemment à propos des groupes Clermontois du manque de trouver des tourneurs pour émerger justement, surtout quand on a une identité assez complexe (pour les festivals notamment qui vont chercher à programmer une "étiquette" : rock, reggaie, celtique, ska etc)

 

Effectivement, c'est très difficile de trouver des dates en Auvergne pour Da Capo.

Je pense que l'on fait une musique (même si c'est de la pop !) relativement inclassable à cause des multiples influences que l'on peut avoir. Mais, c'est pour moi ce qui fait notre richesse !

Da Capo est difficile à catégoriser pour les programmateurs. De plus, la langue anglaise n'arrange rien à l'affaire...

Malheureusement, on est pas dans le pays du  rock !

 

Merci, Alexandre PAUGAM!

Interview réalisée par mails du 23/05/17 au 26/06/27

DA CAPO :  show case gratuit à Clermont-Ferrand Samedi 16 septembre 20h30

                   le 1 octobre, à St-Etienne, au Fil.

 le musicien: http://www.alexandrepaugam.com/

le photographe: http://alexpaugam.com/

L'album en numérique à 7 euros sur bandcamp,  /  et en solide: FNAC   / AMAZON

 

Et voici quelques vidéos, dont le presque quasiment tubesque "I fell love" :

"You really don't know"... un titre absolument magnifique, à ranger à côté des chansons les plus tristes de Rock Bottom, avec cette orchestration m'évoquant des choeurs féminins...

Voici "oh, my lady": "J'ai mis sur ce morceau une boucle rythmique samplée. Cela donne un coté hypnotique qui me convient. C'est pour moi un des morceaux les plus intéressants du disque mais dont les gens parlent assez peu. Peut être plus difficile d'accès à la première écoute.. "  C'est vrai que c'est un des morceaux qui m'a trotté dans la tête, même plusieurs semaines après écoute...

 

La chaine Youtube de DA CAPO

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 30 Juin 2017

        Autrans (38), au pays du font -celui de la foulée blanche-  a trouvé une autre activité pour faire se défouler les jeunes, et les moins jeunes aux premières heures de l'été: le festival "Vercors music festival",  avant que "le grand Som" (ex-festival Jacques Brel)  ne fasse résonner le massif en face (Chartreuse).  Festivals en montagne, avec une vocation d'accueillir plusieurs milliers de personnes par soir, on joue la sécurité:  avec le chapiteau, pour se protéger des rigueurs nocturnes... mais Autrans se distingue par des spectacles gratuits en après midi sur les pelouses, même si cette offre se réduit il me semble cette année: en effet, les titulaires de billets resteront seuls à partir de 19 heures mais auront accès à deux scène distinctes (le foyer et le club).   L'année dernière, je vous avais fais part de mes impressions des concerts de    Thiefaine , Alex Beaupain  ou Dionysos. Cette année, le programme est tout aussi bien fourni: CAMILLE, François and the atlas mountain, Radio Elvis pour parler de la pop qui nous plait, et du divers : Morcheeba, Tryo, Ringer, la Femme ou Matmatah

La programmation complète du 7 au 11/07 juillet

         L'année dernière, je faisais donc connaissance de Séverin qui jouait sur la scène gratuite au milieu de l'après-midi, malgré une presse spécialisée et grand public qui avait beaucoup parlé de lui et de son disque "ça ira tu verras" :

« Le disque le plus rayonnant de ce début d’année » Le Figaro 
« Séverin déroule une pop voyageuse aux accents sincères » Libération
"ÇA IRA TU VERRAS n'est pas qu'un très bel album, d'une évidence qui impose à chaque seconde une beauté indiscutable, c'est aussi, et surtout, un disque important, des très rares qui, mieux qu'aérer la chanson française, la renouvellent, tout en douceur, mais de façon nette et irrésistible. Séverin est probablement, désormais, le meilleur mélodiste du pays"  Vignol.
 
          Il a sorti depuis un nouvel EP 5 titres "Albumzinho" comme une  "suite de l'album" dit-il (avec le duo avec Katerine).

        J'étais donc  curieux de le rencontrer notamment pour parler de musique brésilienne dont Murat s'est souvent inspiré au début. Je fais l'interview sur la terrasse dans l'espace VIP alors que Séverin vient de terminer sa prestation, il y a environs une heure.

Bonjour Séverin,

- Alors, vous sortez de scène, comment ça s'est passé?

 

Et bien, ça s’est bien passé je crois, c’était notre premier concert à deux, avec G à la batterie, c’était une toute première, j’ai l’impression que ça a plu aux gens et qu’on n’a pas été trop mauvais, mais c’est à toi de nous dire.

 

- Et bien, j’ai bcp aimé c’est vrai qu’on pouvait s’interroger ce que les chansons allaient donner dans une formule aussi simple par rapport aux belles orchestrations du disque, et ça passe bien, ça veut dire que les chansons sont bonnes.

 

Je te remercie. On va faire des premières parties aussi, pour Miossec je crois, notamment, et où on va jouer à deux, et c’était un moyen de tester cette formule là. D’habitude, sur scène, il y a un violoncelle, un peu plus de musique, là, c’est un peu rêche, mais ça met mes chansons en avant.

 

- En plus , c’est 15h30…C'est un peu étonnant de te retrouver aussi tôt dans la journée avec la presse que tu as eue.

 

Oui.. ça s’est signé il y a peu de temps, et c’est le coté soleil, ils ont dû se dire il faut le faire jouer quand le soleil est le plus haut, non ?

 

- L'environnement Montagne, ça te plait ?

 

C’est magnifique, mais je viens généralement l’hiver… c’est que je n’aime pas trop marcher. Ici, je pense que c’est essentiellement la rando et le vtt les sports nationaux, et ça je ne suis pas un grand adepte. Enfin, je suis surtout flemmard. Mais jouer devant une montagne comme ça, c’est magnifique. Y’a un ou deux moments dans le concert, même si t’es un peu focalisé, tu regardes un peu dans le vide, tu regardes la Montagne et où tu te me dis : ouah, quand même.

 

- Justement sur la prestation scénique, tu as fait les chantiers des francos [qui est une formation à la scène]

 

Oui

-Comme Alex Delano pour parler de la filière canadienne… Il y avait aussi Pain Noir cette année avec toi...

 

Non, ou c'était une autre session. Avec moi, il n’y avait qu’une artiste qui s’appelle Cléa Vincent [dont on a parlé dans l'interview de  Saligault]

 

- Ah, ok, et demain, ici, les Sages comme des animals, qui y sont allés également, Felzine aussi que tu connais bien. Qu'est-ce que ça t'a apporté?

 

C’est la première fois que je travaillais avec le groupe sur un autre axe, c’est-à-dire pas comme quand on répète en studio avec le groupe, on n'est que sur un truc « musique, musique »… alors que là, ils sont sur un registre plus émotion, placement du corps, des choses que je n’avais jamais travaillées, et je crois que j’ai pas mal appris., il y a vraiment un avant et un après. Prendre conscience de chanter vraiment, d’essayer de retrouver la sensation de chaque morceau, séparer émotionnellement chaque morceau plutôt que juste essayer de bien faire.

                                                 Severin à l'aise sur scène (Vercors Music Festival 2016)

- C’était le gars de Tryo qui vous coachait ?

 

Non, C’était Prohom.

 

- Ah, oui, il le fait depuis quelques années, un lyonnais.[ex-membre du Voyage de Noz, et auteur de plusieurs albums].  

J’ai regardé ton choix des « 10 chansons que l’on devrait tous connaitre par cœur » (dans le livre de Baptiste Vignol - le choix de JL Murat et les artistes qui ont choisi du Murat), il n’y a pas beaucoup de Murat… Donc, tu ne le connais pas ?

 

Ecoute, j’ai honte mais j’ai lu beaucoup d’interviews de lui, je me suis plus intéressé au personnage et je n’ai pas beaucoup écouté sa musique.

 

- Bon, pas de problème… Je vais quand même partir sur quelques points communs, ce qui te permettra peut-être de t’intéresser à lui… et il y a notamment la bossa, vous avez été cité ensemble récemment dans quelques articles qui traitaient de ce petit mouvement brésilien récent (notamment avec la sortie du disque de Paulien Croze). Murat a repris Jobim. C’est aussi une tradition française depuis les années 60… [on peut citer Françoise Hardy]

Alors, Murat il disait à l’époque qu’inconsciemment une chansons sur deux qu’il écrivait était une bossa. Toi dans quelle posture es-tu par rapport à ce style ? instinctif ? une influence ? un axe de production ?

 

C’est une influence, une inspiration. C’est plus dans le côté Brésil que j’ai découvert par ma femme, cette façon de faire passer certaines émotions, parfois légères, parfois moins, avec une musique qui est un peu teintée de soleil. Et aussi s’autoriser à chanter tout doucement, très calmement, de pouvoir dire des choses tristes avec une forme de bien-être. Et ça, je l’ai découvert dans la chanson brésilienne, alors que chez les français, tout semble plus… pas revendicatif mais plus frontal. Mais ça donne envie d’écouter des disques de Murat… tu me diras lesquels.

 

 - Et bien, c’est les premiers… enfin, le manteau de pluie notamment. Sur la bossa on va te coller cette étiquette-là. Est-ce que c’est vraiment une identité ? une orientation artistique durable ?

 

Oui, je pense. Ce qui est amusant, c’est qu’avant même de connaitre ma femme, j’avais déjà une chanson en portugais. J’ai toujours eu cette attirance pour ce truc exotique. Le fait d’être enfermé dans une cave finalement toute ta vie quand tu fais de la musique, tu as besoin de soleil, tu essayes de le trouver autrement qu’en allant dehors, et ramener des sonorités un peu ensoleillées dans ta cave, ça te permet d’être un peu moins dans l’ombre.

 

- J’ai trouvé quelques citations de Murat sur la bossa : je pense que tu vas confirmer, les propos mais voyons toujours :

C'est pour moi la musique du chagrin

La chanson d'amour brésilienne est toujours noble

La tristesse est un cheval fou que la langue portugaise sait très bien dompter.

Un autre extrait d'interview:

En ce qui concerne la bossa, c'est pour moi la musique du chagrin. Un souvenir très précis. Tout gamin, je n'avais pas le droit de regarder les films à 20 h 30. Il y avait Orpheo negro qui passait un soir. Je devais être tout triste, pauvre garçon dans mon lit. J'ai passé tout le film l'oreille collée à la cloison et ce fut un émerveillement. Ce que j'étais se trouvait en phase avec ces harmonies et ce tempo. Ça, je l'ai toujours gardé. Je pense que Le Mendiant à Rio est le truc définitif, que je ne ferai plus de bossa. Car il y a une connotation mièvre dans la bossa, c'est pour ça que je dis à la fin "Tu peux te moquer de moi" . beaucoup de gens n'arrêtent pas de se foutrent de moi parce que je fais de la bossa. On croit qu'il y a là une faiblesse élémentaire. Mais Joao Gilberto, c'est la voix que je préfère. Et les mélodies, les harmonies, c'est Antonio Carlos Jobim. Instinctivement, une chanson sur deux que je fais est une bossa, et je sais que ça vient de l'enfance. Michael Franks déteste l'adaptation de sa chanson sur Le Mendiant à Rio. Je lui ai pourtant envoyé une lettre en lui expliquant qu'il avait fait une chanson sur Jobim en tant que Californien et que moi, en tant que Français, j'avais une façon de voir les choses un peu plus cruelle, avec un sentiment de culpabilité.

Je pense par exemple à Carlos Jobim qui explique qu'il a inventé la bossa en jouant du Debussy. Il jouait du Debussy au piano, les fenêtres ouvertes, et c'est en entendant les rythmes provenant de la rue mélangés à Debussy qu'il a inventé la bossa.

 

Je suis complétement d’accord. C’est la saudade. Après évidemment, je pense qu’il est comme moi : la musique brésilienne dont il parle, c’est bien sûr une certaine musique des années 60, 70. Aujourd’hui quand tu vas au Brésil, la musique qu’écoutent les jeunes, ce n’est pas tellement celle-ci. C’est une musique hyper américanisée que je trouve assez dégueulasse.

 

        Hommage

On ne peut pas parler du Brésil, sans parler de Pierre Barouh. J'ai regretté de ne pas en avoir parlé avec Severin ce juillet 2016,  et dans le blog  à la mort du créateur de Saravah qui a suivi peu de temps après (28/12/2016).  

         Severin le connaissait depuis deux ans. Il parle de lui au FIGARO.

         Et il avait invité Pierre à chanter avec lui au Franco: 

Severin a repris ce titre dans son dernier EP.  On peut retrouver la dernière grande interview de Barouh dans le livre de Baptiste Vignol "les tubes, ça s'écrivait comme ça" (La Tengo, nov 2016).  Reprenons l'interview...

- Je voulais aussi te parler de Jean Felzine, ex-Clermontois, de Mustang. C’est un ami, il est sur ton disque. Parle nous de lui.

 

C’est un pote. On s’est rencontré… je crois d’abord par des scènes communes… en jouant les mêmes trucs. On s'est bien entendu. Et on a commencé à faire de la musique ensemble. Je bossais aussi avec Jo Wedin, qui est maintenant sa compagne. J’ai voulu pour ce disque me mettre en chanteur et faire venir des musiciens, qui se connaissaient pas forcement entre eux, mais qui pour moi étaient les meilleurs dans leur domaine et Jean, pour ceux que je connais à Paris, c’est le meilleur guitariste que je pouvais espérer avoir. Il est hyper identifiable. Il a son son, son truc.

 

- Quand j’écoutais le disque, je me disais : ça sonne effectivement comme Mustang, un peu rétro, mais aussi très brésilien, ça colle bien.

 

C’est ça que j’aime bien chez lui, on n'est pas des spécialistes de la musique brésilienne, tu vas dans n’importe quel bar au brésil, les gens jouent mieux que nous. Mais il a une approche un peu comme ça, tu vois, j’aime bien, j’ai vu l’expo du douanier Rousseau qui n’est jamais sorti de Paris, qui a fait toutes ses peintures sur la jungle alors qu’il allait au zoo de Vincennes. Et moi, j’aime bien qu’on ait une approche un peu comme ça, un peu puéril du truc, et lui c’est pareil. Quand il enregistrait pour le disque, pour lui, c’était de la rumba un peu congolaise qu’il devait jouer à la guitare. C’est un sorte de gros mélange.

 

- Et lui disait à propos de l'enregistrement, qu’'en autodidacte, il avait avec un petit complexe par rapport aux autres musiciens.

 

Oui, mais c’est son imagerie… Mais comme Chez Mustang, lui est fan de musique américaine mais il ne connait pas les Etats-Unis.

 

- Je m'interroge souvent sur la distinction entre la pop, le rock,  la variété…. Autant Murat a fait parfois de la variété, il a toujours été rock je pense… Je pose la question… mais j’ai l’impression que c’est pas quelque chose qui ne t’intéresse pas vraiment, tu confirmes ? L’impression, c’est la chanson ?

 

Oui, franchement… C’est un truc de commercial pour savoir dans quelle rayon, il faut te ranger à la fnac. Ce qu’il faut c’est que ce soit vrai. Je pense qu’il y a des gens qui pensent que je fais de la grosse variété, d’autres qui pensent que je fais de la musique hyper brésilienne Je ne sais pas trop. En tout cas, je ne fais pas de métal ça s’est sûr.

 

- Alors, aussi par rapport aux clips, on ressent que vous pouvez être un "Personnage"… J'ai vu que comme moi, certains avaient pensé à un côté "Pierre Richard", avec bien sûr, un gros capital sympathie immédiat.. On peut aussi évoquer Souchon qui est une référence. Alors est-ce que développer cet aspect, au delà des clips, vous intéressent via la comédie ou des albums concepts?

 

Franchement, ça me ferait marrer oui. Je doute que quelqu’un me le propose là, mais si quelqu’un cherche un Pierre Richard là… je le ferai avec plaisir.

 

- Et côté album concept ? raconter une histoire ?

 

Bon, c’est ce que je fais je pense, mais un album vraiment concept-concept … (hésitation), je ne sais pas… Mais je ne veux pas me mettre de barrières, même si là, je ne me sens pas d’écrire Starmania…. Bien que j’aimerais faire un disque qui a autant de succès… rires… pour ma ferrari qui..

 

- J’ai aussi pensé par certains aspects à Arnaud Fleurent-Didier…. le milieu parisien et sociale, C'est quelqu'un que tu connais?

 

On s’est déjà croisé et c’est vrai que j’aime beaucoup son disque la reproduction.

 

- J’y ai pensé en écoutant  la chanson "ton adn" sur ton papa    [Henri, ancien patron d'HEC et de RFI décédé à 51 ans en 94] … et Arnaud est aussi patron de son label…

 

Oui… tiens, mais ça fait longtemps qu’il n’a rien sorti depuis la reproduction…

 

- Il a sorti un clip…

 

Ah, oui, j’ai entendu…

- Sur les points communs avec Murat, j'ai trouvé ceci: Murat porte le nom d'un aïeul décédée en 1917, et il a indiqué que cela l'avait beaucoup troublé, j'ai lu que tu avais des souvenirs d'avoir porté la croix de guerre de ton grand-père. Est-ce qu'il y a un élément fondateur de ton histoire-là? Je fais le lien aussi avec la chanson "France"....

 

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un héros familial, mon grand père, compagnon de la libération, un des trois premiers à suivre De Gaulle, donc un truc un peu héroïque. Qui marque forcement ta famille. C’est un genre d’exemple. Et France, oui, il y a un peu de ça, dans la mesure où je me rendais compte, c’est une chanson d’amour sur mon pays, mais c’est aussi une autocritique, sur moi qui reste sous la couette. Et bien sûr, j’ai un sorte de sentiment de culpabilité par rapport à ça. Je ne me sens pas du tout héroïque.

 

- Par rapport à l'écriture en français,  comment est-ce que tu écris? C'est très spontanée ? est ce que tu te poses beaucoup de question ?

 

Je me prends la tête oui, mais comme n’importe quel mec qui fait des chansons si t’es un peu exigeant. Après souvent je trouve que quand l’impulsion vient vite, enfin : l’idée principale est bonne, C’est souvent qu’elle est bien… et je passe souvent beaucoup de temps sur des chansons, qui finissent par aller à la poubelle…. Parce que ça a été trop de… Il ne faut pas que le travail, ça se sente je trouve. Il faut donner l’impression qu’il n’ y a pas eu de travail. Sinon, ça devient un peu une dissertation d’école. Donc Spontané mais travaillé.

 

- A priori,  tu fais plus partie des gens qui veulent raconter une histoire? et moins de l'école des "le son fait sens".

 

Oui, mais ce que j'aime bien dans l'art d'écrire des textes, c'est d'arriver avec le moins de mots possible à dire le plus de choses possibles. Et c'est ça sur quoi je passe le plus de temps à essayer de faire des logos un peu, des slogans et trouver la simplicité: un sujet, un verbe, un complément, mais qui évoque le plus d'images. Faut pas que ce soit didactique non plus. C'est ce que je travaille pour le prochain disque.

 

- Alors en petit clin d'oeil à "l'ancrage" territorial cher à Murat,  la journaliste de libération a écrit dans son article sur toi [Séverin Tézenas du Montcel] , sans que ce soit une critique de sa part: "tout se passe chez les bobos, les hipsters". Qu'est-ce que tu en penses?      

 

C'est sûr, je crois que j'assume complétement le milieu duquel je viens, ça fait partie de moi. J'n'essaye pas de lutter contre, de faire semblant. Après bobo, même si j'habite à Paris, à Pigalle, on est au coeur du monde des bobos mais je ne mange pas de graines. Après j'ose espérer que mes chansons puissent parler à d'autres gens que ceux-là. Les gens qui sont tombés amoureux, se sont quittés...

 

- Oui, effectivement, je trouve cette remarque un peu exagérée puisque on a des chansons d'amour...

 

Oui, mais voilà, je ne vais pas tricher... Je ne vais pas m'habiller en pantacourt...

 

- Alors, je m'intéresse au couple mixte... Est-ce que tu t'es mis au portugais?

 

non... pas du tout

 

- Est-ce que c'est macho?

 

Non je crois pas, mais c'est elle qui est en France, si je m'étais installé avec elle au Brésil, c'était différent.

 

AVEC MADAME, dans le clip "FRANCE-BRASIL":

- Est-ce que tu as beaucoup voyagé? Est-ce que c'est important pour toi?

 

Je m'y suis mis ces dernières années, le fait d'être avec une femme qui est brésilienne forcement, et qui a une famille un peu éparpillée à travers le monde. J'ai la chance de pouvoir voyager, mais c'est pour les vacances, et pour moi, les vacances, c'est important. Je suis pour les vacances pour tous.

 

- Donc pas forcement une source d'inspiration?

 

Ah si si... Je ne travaille pas beaucoup quand je suis en vacances, je n'écris pas beaucoup de chansons, mais je suis très productif quand je reviens.

 

- Tu viens de passer à On n'est pas couché, alors est-ce qu'une pincée d'ONPC vaut un baril d'articles dans la presse spécialisée?

 

Oui, il y a un effet notoriété qui dépasse un peu la musique, un côté populaire. Le côté "vu à la télé", ça a une influence, c'est fou. Après, à titre personnel, ça a été très frustrant, je ne sais pas si tu as vu l'émission, mais il y a eu une coupure d'électricité, et j'ai trouvé que je n'ai pas eu le temps de m'exprimer. Dans une interview écrite, on peut mieux le faire. A la télé, c'est un peu le physique qui prime!

 

- Après, c'est le côté de "la prescription" culturelle qui est un peu en crise. Est-ce que tu as vu un effet?

 

Oui, oui, bien sûr. Ca a une influence de ouf.

 

- Je voulais parler aussi de ton label et il y a beaucoup d'artistes qui le font, mais peut-être pas de manière aussi professionnelle que toi, j'ai l'impression. Ca veut dire que tu mets les moyens?

 

J'ai investi tout ce que j'avais là dedans... et je vais réussir à me rembourser, donc c'est bien.C'est un risque, mais quand t'es un chanteur, tu as besoin d'exister par le disque, même si c'est un CV, une carte de visite.

 

-  Tu n'as pas d'accord du tout avec une maison de disque pour la distribution?

 

Non, c'est via deux distributeurs indépendants.

 

MERCI SEVERIN! (et désolé pour le retard)   

- Interview réalisée sous le  soleil du Vercors en juillet 2016, après une bière artisanale ou deux  (Bière du Vercors, + le 9 juillet à 14h30 visite de la brasserie organisée dans le cadre du festival)-

SITE OFFICIEL de SEVERIN

En concert à BLOIS le 22 juillet 2017

On écoute un peu de Severin:

 

Un des titres du dernier LP "albumzinho":

LE RESTE DE MES PHOTOS de SEVERIN au VERCORS MUSIC FESTIVAL:

Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 25 Avril 2017

Bien que blogueur de niche, j'ai la chance d'être dans  deux/trois listings d'attaché de presse...   Je n'écoute pas tout, mais j'essaye de vous "attraper" ce qui me parait intéressant dans l'univers de "la française pop" ou de la sphère muratienne. Et ce qui déclenche automatiquement l'écoute, c'est bien sûr l'utilisation du français... que je trouve trop rare.  C'est pourquoi j'ai sauté sur  MANUEL ETIENNE et son disque "ni pluies, ni rien", qui a très longtemps tourné ensuite dans mon autoradio.  Les titres les plus énergiques "arcane 99", "la masse du vide", "la nuit remue" ou encore "ni pluies ni riens" et "hors piste"  sont très convaincants dès la première écoute dans leur pop/rock soigné, et  les autres titres, en respiration,  proposent des univers peut-être plus singuliers. J'adore le dernier titre "la masse du vide" avec l'utilisation de cordes sur un rythme endiablé. J'ai eu envie d'en savoir plus...même si c'est Bashung, Christophe ou Daniel Darc qui sont plus souvent convoqués pour parler de Manuel Etienne (le site électrophone écrit néanmoins: "un romantisme qui me ferait presque penser au Mustango de Jean-Louis Murat" à propos de "la nuit remue", d'ailleurs, l'album de Murat qu'il préfère, c'est comme par hasard Tristan). Malgré  un planning très chargé (une série de concerts dont un "aux 3 baudets"), il a trouvé le temps de répondre à quelques questions.

 

Alors, Bonjour Manuel,  ça baigne?! -j'ai honte-             (Manuel tout à droite, avec son groupe)

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Quel est votre parcours musical ?

Manuel Etienne:   Gamin, je chante sur Wham!, Michael Jackson en sautant sur mon lit vosgien, avec une banane comme micro, il était temps que le CD arrive, tous mes 45T avaient presque rendu l’âme dans mon mange-disque (ça portait vraiment bien son nom ce truc) orange, le fameux Lansay – Buggy. D’ailleurs c’était mon nom d’artiste imaginaire : Buggy Lansay. J’ai commencé la guitare classique à 11 ans puis la guitare électrique à 15 ans, et monté mon premier groupe de rock avec des copains du lycée dans la foulée. Ça s’appelait Korky, on avait gagné un tremplin et le prix c’était : l’enregistrement en studio d’un CD 4 titres. A l’époque c’était quelque chose, surtout pour des gamins de 17 ans – enregistrer un CD on disait.

Entre ce temps-là et Ni Pluies Ni Riens, il y a eu No Pingouin (rock prog) à Nancy, Devenir Gris (un spectacle musical entre Philip Glass et Terry Gilliam) dans les Vosges, The Spangles (rock indé) made in Nancy, Lova Mi Amor (pop folk) sur Strasbourg, Toxic Kiss (pop garage) sur Strasbourg également, Charly Sun (folk) à Paris, la création d’un collectif à Strasbourg : Növalis Impulse (2004-2009) avec plein d’amis. On organisait des concerts, on sortait des albums et des compiles avec collaborations entre les artistes du collectif, il y avait un sacré vivier de gens passionnés (graphistes, musiciens, techniciens, vidéastes, chroniqueurs) qui s’étaient rencontrés au bon endroit – au bon moment.

Entre 1997 et 2007 je suis donc basé à Strasbourg mais la moitié des musiciens avec qui je joue est à Nancy, alors je fais sans cesse des allers-retours entre l’Alsace et La Lorraine, avec mes baskets, les sabots n’existant plus. Entre 2007 et 2009 Je fais une halte de deux ans dans les Vosges, j’y enregistre mon premier titre en français « Vague à l’âme » sous mon nom, je le poste sur MySpace, je deviens riche et célèbre. Ah non mince… ça c’est Buggy Lansay pas Manuel Etienne. Ce sont les proches qui m’encouragent à écrire plus en français. Jusqu’à présent, tout ou presque était en anglais. Puis entre 2009 et 2012 je suis à Paris où je monte avec mon meilleur ami Charly Sun tout en continuant Toxic Kiss qui entre temps est devenu Nancéien (pas facile à suivre hein…).

Et plus discrètement, j’écris d’autres chansons plus personnelles, introspectives, sans aucune barrière artistique ; je les enregistre avec des amis à divers endroits et DETAILS sort en 2012, totalement autoproduit. Je fais quelques concerts en solo mais je m’ennuie un peu. Je me souviens que petit, timide et farouche, lorsque je me sens seul, je parle avec des écureuils. Pas évident de monter un groupe de rock avec des écureuils, alors je demande à David L’huillier (batteur de Toxic Kiss) de jouer avec moi ces chansons. Il me présente peu de temps après Fabien Pilard (basse) qui me présente à son tour Tom Rocton (guitare, claviers, mpc). Le groupe tel qu’il existe aujourd’hui est lancé en 2013. Ensemble, on décide de vite refaire un disque, qui sonnera comme ce que l’on est. Fixer l’instant. On enregistre VAUDEMONT qui sort en 2014. On tourne puis on enregistre NI PLUIES NI RIENS en 2015 qui sortira en 2016, produit par Christian Quermalet que j’avais rencontré à Lyon en 2010 lors d’un concert de Charly Sun.
 

Christian Quermalet, derrière Silvain Vanot (il a arrangé le dernier album de celui-ci : Ithaque)

Juillet 2017 à Lyon.

 

 

 

 

 

 


- Est-ce que la présence de l'école de musique MAI a une influence sur la vitalité de la scène locale à Nancy? (même si je ne vois que Grand Blanc qui ait émergé du côté de Metz). Plus largement, peux-tu nous parler de la scène locale, des évolutions (pour la création mais surtout dans les processus de "diffusion"  de sa musique)  ?   (pour faire écho par exemple aux propos  des musiciens lyonnais  Sly Apollinaire, Voyage de Noz http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/sly-apollinaire-voyage-de-noz-et-mathis-rencontre-lyonnaise.html : ) 

Manuel Etienne:  C'est marrant que tu me parles de la M.A.I, j'y ai mis les pieds pour la première fois de ma vie il y a deux semaines. Un ami y est prof, il m'a invité une demi-journée pour discuter avec ses élèves, leur parler de mon parcours musical de 96 à 2016. Il voulait que je mette l'accent sur l'importance de dévorer toutes sortes de musiques, de livres, que je les motive à persévérer tout en restant droits dans leurs pompes, et surtout que je leur parle de la dure réalité des choses, de toutes les concessions qu'il faut faire car on est souvent bercés d'illusions à cet âge. C'est légitime, je l'étais aussi. A 18 ans je pensais que j'étais le meilleur, qu'au-dessus de moi c'était le bon dieu. Et encore, lui n'existait pas, j'avais un avantage.

En bref, j'avais quelques appréhensions et ça s'est très bien passé. Ils avaient des choses à dire, des questions également, c'était vraiment intéressant. Pour en revenir à ta question, je ne sais pas si la MAI a une influence sur la vitalité artistique de la scène locale, mais elle existe et j'ai plein d'amis musiciens avec qui je joue qui ont effectivement fait cette école. Mon oncle Pascal Parisot était prof au CMCN - l'ancien nom. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a énormément de musiciens, de profs de musique sur Nancy, ça a peut-être un rapport.

A titre personnel, je n'ai - jusqu'il y a deux semaines - jamais rien eu à y faire. Donc je ne connais que très peu.

Ce que j'aime plus généralement dans cette ville, c'est qu'il y a une vraie solidarité entre les groupes (Hoboken Division, The Wise Dude's Revolver, Eddy la Gooyatsh, King Automatic, Mon Désert, Edouard Edouard, Dirty Work of Soul Brothers, Rich Deluxe, Toxic Kiss...), quel que soit le style. Il n'y a pas trop de sectes musicales. Tout le monde se connait, tout le monde joue avec tout le monde, je ne vois pas ici de rivalité comme j'ai pu le sentir sur Strasbourg, Lyon ou Paris lorsque j'y habitais. En même temps c'est plus petit. Mais les histoires de village ça existe aussi hein... ! On le sait tous. Sur Metz, je ressens la même chose. D'ailleurs notre groupe est moitié nancéien - moitié messin. Il y a plein de bons groupes ou de personnalités en Lorraine qui envisagent la musique de manière alternative. Tu parles d'émergence, mais pour moi l'émergence - celle qui m'intéresse - doit être artistique avant tout et ne va pas toujours de pair avec commercial.


Pour Ni Pluies Ni Riens, j'en suis heureux et reconnaissant, on a eu le soutien régional d'assos comme Muzik Live, l'émission Electrophone (Radio Fajet), RCN, Le disquaire La Face Cachée (Metz), L'Autre Canal (Smac de Nancy), Les Trinitaires à Metz, Bloody Mary Music & Records (booking, diffusion, Strasbourg)… sans eux ça aurait été plus compliqué. Ils nous ont vraiment fait confiance, presque aveuglement, rien que ça c'est déjà beau.

 

Est-ce que ça bouge ? C'est toujours pareil, dans tous les domaines, si une voile ne bronche pas par manque de vent, rien ne nous empêche de souffler dessus.

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Pourquoi le passage au français? Qu'est-ce que cela implique? Et du coup, je vais te demander si tu avais quand même des références musicales françaises?

Manuel Etienne: Je suis passé au français parce que j’avais des choses précises et précieuses à dire et que mon niveau d’anglais ne me le permettait pas. Le français m’offrait une nouvelle liberté et ça me faisait marrer, c’était en 2009, la pop (en France) se chantait en anglais. Je sais qu’il y a des gens qui m’ont laissé sur place (vu que je viens du rock et du garage et qu’il n’y a pas pire « coincés du bas » dans le milieu) lorsque j’ai fait cette démarche, c’était d’autant plus excitant… j’aime bien enlever les cailloux blancs derrière le petit poucet de la brigade du bon goût. A la base je m’imaginais bien faire une sorte de variété lo-fi. Comme si les Moldy Peaches chantaient du Manset. On ne veut pas de ce que je fais, pas grave, je fais ce que je veux. Aujourd’hui que le français est à nouveau « fashion », je vais pouvoir repasser à l’anglais (ah ah ah !).

Ça implique que c’est beaucoup de travail me concernant. Il faut que ça ait du sens, que ce soit musical, et que ça résonne / raisonne pour l’auditeur, que ça fasse écho. Je suis un peu un psychopathe de la justesse dans l’écriture alors je reviens je ne sais combien de fois sur chaque texte jusqu’à ce que ça me plaise complètement. Moi, je ne me lève pas un matin avec des paroles toutes prêtes, un album inventé en rêve, avec l’arrangement pour tuba et cornemuse qui va avec, je n’ai pas ce talent. Il faut que je travaille, que je cherche (parfois ailleurs), il faut que ça m’amuse, et aussi il me faut l’aide d’autres gens si je veux aller plus loin.

Concernant mes références françaises, il s’agit + de chansons en français précises ou un album en particulier que d’un artiste dans toute sa globalité. Yves Simon, Christophe, William Sheller, Alain Bashung, Françoise Hardy, Katerine, Michel Delpech, Alain Souchon, Jean-Louis Murat (vous connaissez ?), Daniel Darc, Elli et Jacno, Etienne Daho, Georges Brassens, Pierre Vassiliu, Dominique A, Noir Désir, Albin de la Simone, il y a plein de choses que j’aime bien chez eux.

Même certaines chansons de Michel Berger (Seras-tu là ?), Véronique Sanson (Amoureuse) ou Daniel Balavoine (Lipstick Polychrome) je peux aimer. Ah merde ça y est je viens encore de perdre 10 points de popularité chez les punks, zut ! A moins que ce ne soit ça – être punk.

Mais pour être honnête, ça doit représenter 5% de ce que j’écoute, il est vrai. Je l’avoue. Alors j’essaye de développer une écriture un peu personnelle. J’essaye.

Pour Ni Pluies Ni Riens, au moment de composer, j’ai baragouiné un peu n’importe quoi en anglais, ça m’a aidé à me rapprocher de mes références, à trouver des mélodies « décomplexées », puis seulement après j’ai écrit en français. Comme ça j’ai pu garder ce côté anglo-saxon qui m’était tellement cher.


 

- Tu as vécu longtemps sur Lyon? Est-ce que tu as gardé une autre impression de la ville que la rivalité entre groupes?

Manuel Etienne: Je n’y ai vécu qu’un peu plus d’un an et encore je n’y étais pas tout le temps. Je ne connais pas assez bien pour affirmer qu’il y a une réelle concurrence entre les groupes, j’imagine bien qu’il y a des collectifs, des associations qui se bougent, des labels et des réseaux de groupes qui travaillent main dans la main, du moins je l’espère pour une ville aussi grande. En si peu de temps, il est difficile de faire des connexions et dans la musique je n’en ai pas fait, ça c’est sûr. C’est un ressenti personnel, j’y ai joué 5 ou 6 fois (Le Bistroy, Le Citron, un théâtre et d’autres bars dont j’ai oublié le nom…), à chaque fois j’y ai trouvé un public un peu « froid », « snob ». Peut-être que je n’ai pas eu de chance. A l’époque on m’avait proposé une date au Ninkasi avec Toxic Kiss, un de nos musiciens n’était pas disponible, j’étais dégoûté, j’aurais tellement aimé y jouer dans ce lieu. Ce qui est sûr c’est que la ville est très belle. Les pentes de la Croix-Rousse, le parc de la Tête d’Or, son jardin botanique, c’est magique. Et autour de la métropole, un détail qui a son importance pour moi, c’est illico presto - la nature. J’aime les deux. Le béton et la forêt. En 2010, j’y suis retourné avec Charly Sun, un duo qu’on avait monté à Paris avec mon meilleur ami, au Kraspek Myzic. Il y avait dix personnes ce soir-là et parmi elles, Christian Quermalet (The Married Monk) qui est venu me parler à la fin, il avait beaucoup aimé. On est resté en contact et l’an dernier il a mixé, produit Ni Pluies Ni Riens. Il n’est plus sur Lyon mais à Paris à présent.

- Je signale une jolie reprise live en compagnie de Christian Quermalet à visionner sur ta chaine youtube. Ton expression "variété low fi" confirme l'impression que j'avais à l'écoute du disque, de ne pas se trouver devant un disque qui se veut forcement rock, même si on retrouve aussi ce côté là (notamment sur le dernier titre où tu lâches un peu plus la voix). Est ce que l'idée était aussi d'être accessible ?

 

Manuel Etienne: En fait je ne cherche pas à correspondre à un public, une époque, à plaire ou déplaire. J’écris simplement les chansons qui me viennent selon l’humeur, l’instant, avec cette obstination à chasser le détail, la fantaisie, la sincérité. Je pense que Tom, David et Fabien ont le même raisonnement. Variété Lo-Fi je l’employais lorsque nous produisons des disques avec trois bouts de ficelles et puis je trouvais ça marrant d’être à la fois influencé par Daniel Johnston et Christophe pour donner un exemple. Le dernier album n’est vraiment pas Lo-Fi. Le prochain le sera peut-être, qui sait… Nous aimons tellement de choses, pourquoi se restreindre à une étiquette, un son, une mode.


- Plaisir personnel: tu cites Manset... je suis obligé d'y revenir puisque j'essaye de le citer à chaque interview. Est-ce que tu l'apprécies? plus certaines périodes?

Manuel Etienne: Ahahah ! Je dois être moins connaisseur que vous, ma femme ou encore mon beau-père, il ne faut pas que je raconte des conneries. Oui je l’apprécie beaucoup mais je ne connais pas encore toute son œuvre. Un jour je me le promets. « Sur Manitoba ne répond plus (2008) », j’adore « Dans un Jardin que je sais », « Comme un Lego » que Bashung reprendra sur « Bleu Pétrole ». Un disque que je n’aime pas d’ailleurs. Pour moi « Comme un Lego » sublimé par la voix de Bashung sauve l’album. En fait, il s’agit - encore une fois - plus de titres en particulier que d’albums entiers ou de périodes. « Attends… que le temps te vide », « La neige est blanche », « Entrez dans le rêve » (que je reprendrai un jour), « Je suis Dieu » et tant d’autres. On me parle souvent de La Mort d’Orion (1970), il faut que je prenne le temps de l’écouter.

 

 

- Obligations du blog: tu cites aussi Murat... j'espère que tu ne t'es pas senti obligé. Tu écoutes ses disques? Est-ce que tu peux nous citer un album préféré ? 3 chansons préférés (c'est mes questions rituelles...)

 

Manuel Etienne: Non j’ai toujours adoré sa voix, depuis gamin. Je ne connais pas tous ses disques (pareil, je vais y remédier un jour) mais de tous ceux que je connais, je pense que mon préféré c’est « Tristan » de 2008. A l’époque en 2004 j’avais beaucoup aimé « A Bird On A Poire » aussi, en collaboration avec Fred Jimenez et Jennifer Charles. Trois titres : « Les Anges Déchus », «L’Amour en Fuite », « Mustang ». J’ai droit à un quatrième ? J’aime bien « Le Cafard » sur son dernier. « C’est quoi le cafard ? Difficile à dire. C’est comme un buvard qui te boit la joie, te prépare au pire. »

 

- Peux-tu nous parler de 3/4 chansons de l'album, et nous raconter ce qui te tient le plus à coeur dans celles-ci, cela peut être l'inspiration, le texte, la musique, la production ou leur vécu depuis la création, le live.... ou tout ça....?

Manuel Etienne: La première serait Arcane 99. J’adore comme Christian a produit ce titre. Et pour des raisons sentimentales également puisqu’il parle de mon meilleur ami disparu dans un accident il y a un an et demi. J’imagine que je le retrouve sur une ligne de métro nommée 99. Il y a beaucoup de secrets que l’on aimerait connaître, de choses que l’on ne maitrise pas dans la vie. La chanson est un peu construite comme ça. Le clip d’Oliver Ramberti et Karina Perepadya, je l’aime énormément, ils se sont appropriés la chanson, les mots, en ont fait autre chose tout en respectant le sous-texte. C’est génial.

La Masse de Vide est mon titre favori en Live. Tom a écrit des arrangements terribles. Fabien pareil pour la ligne de basse, ça grince, c’est brut et sensible. David et son charley à la « Shaft » dans le break au milieu. Effectivement c’est le seul morceau de l’album où je me lâche au chant. Ce qui est assez rare, j’ai tendance à hurler et balancer les mots comme pour m’en débarrasser d’habitude. Je ne suis pas vraiment un « calme ». En société j’essaye de l’être mais à l’intérieur je bouillonne. Le texte, c’est le temps qui nous dévore.

Mon titre préféré aussi, la preuve:

- et une dernière?

 

Manuel Etienne: Kelly Capwell, parce que je crois que c’est le seul texte un peu drôle. Je fantasme que c’est Kelly qui à travers l’écran était folle amoureuse de moi et non l’inverse. Il y a un peu le second degré de « Succès fou » de Christophe. On aimerait être beau, alors on l’invente. Et musicalement je crois que l’on a réussi la combinaison cold wave 80’s et pop 60’s ce n’est pas fait exprès mais le résultat est marrant. Je pense que c’est un titre original. Et puis Robin Wright, quelle actrice !

J’aime toutes les chansons de l’album et je pourrais écrire un pavé sur chacune d’entre elles. En fait je n’aurais jamais osé mettre un titre sur cet album que je n’aime pas ou moins que les autres. Nous n’avons fait de compromis qu’avec nos vies privées pour le réaliser ce disque.

 

- ah, Kelly Capwell!! Mince, je n'avais pas fait le lien avec cette série qui avait captivé ma famille toute entière quelques semaines!!  Mais Parle nous un peu du titre "Béziers" qui pourrait être dans une réédition du livre  "Cette chanson qui emmerde  le Front National" du camarade Vignol (au côté du LE FLEGMATIC qui a aussi une chanson du même nom). J'ai vu que tu avais peut-être des connexions à Béziers (depuis que facebook nous permet d'espionner tout le monde). C'est l'origine du titre?    Mais peut-être faut-il préciser que c'est... un instrumental... qui est pourtant assez explicite... même si la douceur du sud est pourtant présente.

 

Manuel Etienne: J’y vais deux fois par an. Mes beaux-parents ont emménagé à Béziers pour se rapprocher de leur boulot (ils sont travailleurs sociaux), et aussi parce qu’ils aimaient la ville, quelques mois avant l’arrivée à l’autorité municipale de l’autre tête de nœud. Ils étaient un peu dégoutés. Il ne faut pas fuir devant la connerie, bien au contraire, et ils ont eu raison de rester. Je trouve ça courageux de leur part, ça va de pair avec leur boulot. Alors les cyniques me disent souvent que la plupart des biterrois l’aiment bien dans le fond ce maire et revoteraient sans problèmes pour lui. Je n’en suis pas sûr du tout, il y a plein de gens sur place qui se battent, résistent ; hors de question de se ranger du côté d’une majorité chauvine comme c’est la mode actuellement.

J’ai imaginé pour ce titre un documentaire sonore en me promenant dans la ville. Du haut des allées Paul Riquet (Roby il aime bien le théâtre, c’est classe. On l’y croise souvent. Le théâtre l’aime-t-il en retour ? Sûr que non.) Jusqu’au Plateau des poètes, j’ai compté à peu près 800 pas. D’où la marche rythmiquement parlant. Puis tout est dans votre question Pierre. C’est assez explicite effectivement. Que se passe –t-il dans ma tête durant ces 800 pas ? Il y a dans cette musique des paradoxes : agressivité - douceur, colère – apaisement, franchouillardise – ouverture. Sur chacun de mes albums il y a (jusqu’à aujourd’hui du moins) un morceau instrumental qui porte le nom d’un village, d’une ville. J’aime bien, la musique est assez forte pour se passer des mots, illustrer, évoquer une situation, une émotion. C’est magique.

 

- Si tu veux nous parler de tes autres projets, groupes etc... puisque tu sembles représentatif du jeune musicien actuel: être sur des multiples "projets"...


Manuel Etienne: Je joue dans Toxic Kiss. Un groupe créé à Strasbourg en 2002. Le line-up a un peu changé depuis les débuts. Nous avons fait 3 albums, un EP et un 45T. Nous sommes tous à Nancy à présent. On y retrouve le même batteur David que dans « Manuel Etienne » (bizarre de se citer, ça fait un peu Alain Delon). Influences punk, brit pop, soul, garage, indie. Le groupe était un peu en stand-by dernièrement, nous étions beaucoup pris avec David sur « Vaudémont » et « Ni Pluies Ni Riens » mais nous retournons en studio cet été pour un 4ème album. J’en suis super heureux.

Il y a également un spectacle musical à Strasbourg qui s’appelle « Billie(s) » avec le pianiste Sébastien Troendlé dans lequel je joue, écrit. Nous sommes 4 sur scène, c’est entre jazz, pop et opéra rock. On raconte une histoire, un secret (Billie) à travers un concert (et inversement). Il y a une scénographie, une mise en scène, j’ai co-écrit le texte avec Nicolas Turon. J’adore ce projet, c’est très fantaisiste comme j’aime.

Après quelques années de stand-by, il y a également le groupe Lova Mi Amor. De l’indie pop mais avec des instruments traditionnels et acoustiques, et un côté très folk donc. Ainsi que des influences qui débordent un peu des traditions européennes – africaines et cubaines notamment. Pareil que pour Toxic Kiss, nous allons en studio cet été pour un second album qui devait à la base sortir en 2009 je crois. Mais à l’époque, géographiquement, c’était mission impossible pour se voir. On refait tout.

Dans ces groupes je suis principalement chanteur guitariste et auteur-compositeur mais je suis également guitariste chez Rich Deluxe (Nancy – Pop Soul Garage) et Malaquet (Chanson Rock – Nantes) en renfort, pour filer un coup de main. Et c’est tout.

 
Merci Manuel!
 
Interview réalisée par mail du 17/01 au 11/04/2017
 
Retrouvez MANUEL ETIENNE sur :
sa Page Facebook
 
Manuel Etienne // Sortie d'album (3rd) Ni Pluies Ni Riens le 18 Nov 2016
Les Disques de la Face Cachée / Lafolie Records (distrib. Differ-Ant, Idol)
Booking : BLOODY MARY - Marie Vialle
contact@bloodymarymusicandrecords.com

 

- Premier album VAUDEMONT en écoute sur bandcamp (“Entre français et anglais, entre punk britannique et pop française, entre passé et futur, spleen rêveur et mur du son urbain, Manuel Etienne se taille un territoire bien à lui.” MAGIC – Mai 2014 –). On peut aussi y écouter "ni pluies, ni rien)

- Retrouvez Manuel avec les BILLIES:-
06.05.17 - Le RiveRhin de Village-Neuf

07.11.17 - L'Illiade (Illkich-Graffenstaden)

 

- Une autre interview (pour aller plus loin): site Skriber   (Dans la chanson, il s’agit d’évoquer des conditions en rapport avec ces riens. « Si la mort c’est du courage, je veux bien laisser ma place ». Dans ce cas, de quel courage te sens-tu capable ? ou As-tu déjà été confronté à ce vide ? )

 

- Quelques chroniques du disque: 

Indiepoprock (noté 9),

nosenchanteurs  Ni pluies ni riens fait partie de ces albums qui vous séduisent à la première écoute et que chaque nouveau passage révèlera un peu plus, cependant, tant on y découvrira de subtilités musicales, de sens caché.

addict culture  Sur ce disque,  Manuel et les trois autres musiciens qui composent son groupe parviennent à transcender la trame voix-guitare-basse-batterie en variant les atmosphères et les climats, et en instaurant des ruptures de rythme et de ton à l’intérieur d’un même morceau

LA MUSIQUE EN PLUS:

J'avais envie de refaire un peu de pub pour le bel album de BRIAN S CASSIDY dont j'avais déjà parlé  ici  (L'album "alpine seas" est sorti chez Microculture en novembre, et ça fait du bien par où ça passe. Les amateurs du "cours ordinaire des choses" et des Delano orchestra peuvent aimer...  Un américain d'Austin qui chante les lacs alpins, ça peut faire peur (ah, du folk indie barbant!!)... mais  c'est un petit bijou, avec une très jolie voix, et des orchestrations et des ambiances assez variées. Excellent pour le moment.)

A écouter ci-dessous le très beau: "the south" (et son banjo et son final avec choeur d'enfants, cordes)  et   "make believen" et ses cuivres... et sa rupture de ton en milieu de chanson. Magnifique.

Facebook de Brian   et l'album sur bandcamp

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 21 Février 2017

J'ai découvert Erik Arnaud aux côtés de Florent Marchet (du temps de Rio Baril), partageant la scène avec Murat le 7/7/2007 du côté de Cluses (c'est la seule date de concert dont je me souviens)... Ensuite, son disque "L'armure" est sorti et n'a pas  quitté mon mp3.  Il avait accepté de répondre à mes questions en 2010 (à lire ici). Depuis... peu de nouvelles. Régulièrement, sur facebook,  des messages lui étaient adressés pour lui dire qu'il nous manquait... mais il se faisait discret: un titre présent sur une compil ou une prestation live pour l'expo du photographe Stéphane Merveille... Pratiquement rien. C'est donc avec une joie réelle que nous avons apprenions la sortie d'un EP dans le cadre d'un projet de la maison MONOPSONE, regroupant Erik, mais aussi Matthieu Malon et Orso Jesenska.  L'idée du "TRYPTIQUE 2017- 3 EP": sortir 3 disques regroupant 6 chansons, dont deux reprises, illustrés par des photos de S.Merveille prises à la Dune du Pilat. Et les titres d'Erik ne m'ont pas déçu... J'ai écouté des centaines de fois  ses "Golden femme" et "Golden homme".  Et si ses premiers disques sont souvent jugés comme marquants, voire cultes, j'avoue préféré le quadra qui assume ses références, et surtout sa voix, au jeune adulte qui joue au sale gosse, même s'il cite Manset... (démo "ma chanson française" présente également sur le disque). On attend donc la suite avec impatience!

Je vous propose donc de prendre des nouvelles d'Erik Arnaud... et j'ai posé ensuite mes questions rituelles à Orso Jesenska et Matthieu Malon... car eux aussi apprécient particulièrement Murat.                                                                   

Inter-ViOUS ET MURAT- n°23: Erik Arnaud, Matthieu Malon et Orso Jesenska

Erik ARNAUD:

- Vrai come back?

Erik Arnaud: Oui j'espère. L'idée avec cet EP est de relancer la machine (à écrire). Album à composer/enregistrer/sortir cette année

 

 

- Monopsome?

Erik Arnaud: Monopsone m'a aidé à sortir l'Armure en 2010. Denis est un grand fan de mes albums précédents. Ils sont très branchés indé US/UK mais ils aiment aussi certains chanteurs français. La preuve avec ce tryptique 3EP.

- Stéphane Merveille ?

Erik Arnaud: Je connais Stéphane depuis presque 10 ans. C'est lui qui me relance régulièrement pour sortir des disques. L'idée du 3EP, c'est lui. Il a toujours plein d'idées. Il est arrivé chez Monopsone en même temps que moi (il est responsable de l'Armure sorti en 2010). Depuis il s'est fait une belle place en réalisant beaucoup de pochettes et portant beaucoup de projets avec les autres gars de Monopsone

- Malon et Jesenska?

Erik Arnaud: Je connais Matthieu Malon depuis quelques années déjà mais on ne se voit pas souvent malheureusement. Je crois pouvoir dire qu'on s'apprécie. Orso Jesenska, je l'ai rencontré une fois (lors d'un vernissage d'une expo de Stéphane Merveille). On s'est bien entendu et je suis content de le revoir prochainement lors des 2 concerts que l'on va faire tous les 3. J'espère qu'il y en aura d'autres.

- Balavoine que tu as choisi de reprendre (après ta reprise de Manset sur le dernier album)?

 Erik Arnaud: Une madeleine de ma jeunesse (ce titre et l'album Sauver l'amour). Pas vraiment fan de sa discographie en général mais j'adore ce morceau qui n'est pas vraiment loin de Manset sans que je sache vraiment pourquoi.

- Mon Facebook m'a rappelé hier qu'on avait eu des nouvelles de toi il y a tout juste deux ans à l'occasion de la parution du titre "mécaniques" sur une compil Monopsome. On nous annonçait à l'époque un EP Dans les prochains mois. Qu'Est-ce qui s'est passé?


Erik Arnaud: Le temps passe trop vite. Mon activité professionnelle me prend du temps. J'accumule beaucoup de musique mais malheureusement je suis beaucoup moins prolifique au niveau des textes. Il me faut du temps, du recul, certes, mais j'avoue ne pas suffisamment me mettre en 'situation d'écriture', si tant est que que concept existe. il faut vraiment que je crée ces conditions pour que les 'choses' avancent.

- Parle nous un peu plus de ses deux sublimes titres GOLDEN HOMME/FEMME qui quittent très peu mon autoradio.


Erik Arnaud: Golden homme est venu il y a un an environ, j'ai commencé à l'enregistrer version guitare puis j'ai peu à peu introduit des éléments plus synthétiques jusqu'à presque gommer la guitare. Golden femme est très guitare par contraste. Aucun de ces 2 morceaux n'est particulièrement annonciateurs des chansons à venir. J'aime les claviers, les sons synthétiques et les guitares. L'évolution est peut-être à chercher du côté non pas de la variété de l'instrumentation mais plutôt du nombre d'instruments utilisés dans un morceau. S'en tenir aux mélodies fortes en les mettant en valeur avec le chant et un ou 2 instruments seulement est une option possible pour le futur.

- Tu nous avais dis envisagé de te tourner un peu vers la langue anglaise il me semble pour l'avenir après l'armure.  Est-ce que ça n'a pas été concluant?

Erik Arnaud: J'avoue ne pas avoir essayé finalement. Je ne dis pas que je ne le ferai pas: j'irais plus vite car j'évacuerais en grande partie la question du sens mais je perdrais inévitablement ce rapport à la chanson et l'importance du texte. Comme une impression de tricher et de céder à la facilité, impression très personnelle car je respecte les français qui chantent en anglais. Il n'y a pas à mes yeux/oreilles de mérite/honneur ou valeur ajoutée à chanter dans sa langue maternelle. Seules comptent l'émotion de celui qui donne et celle de celui qui reçoit. Les outils, les sujets abordés, la langue, la forme, le fond, peu importe.

 

 

Merci Erik, et on espère à très vite !

 

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LES QUESTIONS RITUELLES de l'INTER-ViOUS ET MURAT- 
à  Orso Jesenska et Matthieu Malon
 
 
Orso JESENSKA:
 

© Julien Bourgeois   

 
- Murat- et vous? 
 
La première fois que je l'ai entendu c'est vraisemblablement quand j'étais gamin et que passait beaucoup son duo avec Mylène Farmer et les "tubes" du début des années 90 qui me marquait beaucoup étant enfant, cette mélancolie de résistance au cynisme, la sensualité de la voix. Après, la véritable découverte c'est avec Dolorès. J'avais 16 ans et j'ai entendu Dieu n'a pas trouvé mieux à la radio. Puis tout l'album, puis toute sa discographie. Je crois que j'ai tous ses albums mais ceux que j'aime moins. Il reste celui  qui a écrit parmi les plus belles chansons que je connaisse même si j'ai parfois eu du mal à tout suivre, à tout aimer dans sa prolifique production.
 
- Votre album préféré?
 
J'hésiterais entre cheyenne automne parce qu'il me bouleverse absolument, le live à Dolorès et Mustango... .Mais je crois que ce j'écoute le plus chez lui c'est ce qu'il ne met pas forcément sur les albums
et 3 chansons? et pourquoi? D'où mes 3 chansons préférées: la chanson de Dolorès, Le coup de Jarnac, Royal Cadet. Bon en vrai je pourrais en citer plein d'autres qui sont sur ses albums mais le fait qu'elles soient sur des lives, des compils ou des faces B me les rendent plus précieuses encore. On sent que Murat sur ces morceaux "secondaires"est au sommet de ce qu'il sait faire, poétiquement et mélodiquement, comme si l'enjeu n'était pas aussi plombant que sur les albums.
 
- Un souvenir de concerts?
 
J'ai dû voir Murat 3 ou 4 fois en concert. Ca condense pas mal de choses, sublime comme personne par moments et agaçant dans certaines de ses interventions (me souviens d'une chanson un peu nulle sur José Bové). La tournée du Moujik est peut être celle que j'ai préférée.
 
 
- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration? 
 
Quand j'ai commencé à faire des concerts je reprenais Le troupeau. Je crois que Murat a compté dans beaucoup de mes chansons, peut être "les vrilles de la vigne" est celle où j'ai le plus pensé à lui.
 
 
 

 

- Matthieu MALON:

-  Murat- et vous?
 

C'est un ami qui m'a fait découvrir Murat en 1991. C'était un samedi après midi pluvieux dans sa chambre. On s'échangeait plein d'albums et il avait entendu quelques titres à la radio et venait de s'acheter les 2 derniers disques. Il m'avait fait une cassette, que j'ai toujours d'ailleurs.
Depuis je ne rate pas une sortie.


 

-  Votre album préféré?
 

Cheyenne Autumn et Babel

 - Et 3 chansons?

1- L'ange déchu
2- Le lien défait
3- Tout est dit
Pourquoi celles là : parce qu'il faut faire un choix et en même temps il y en a tellement...


- Un souvenir de concerts? une anecdote d'un live?


J'ai vu JL Murat plusieurs fois mais je retiendrai les extrêmes : un concert touché par la grâce, très calme et très "aérien" à Orléans il y a une dizaine d'années. Et le concert avec Trash Palace à la Route du rock en 2002 ! JL haranguait la foule et était très bavard ce soir là, il m'a fait beaucoup rire !

- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration?


Mon style d'écriture est finalement assez éloigné de JLM mais j'ai repris Le Lien Défait il y a quelques temps pour un concert, j'aurais beaucoup aimé avoir écrit cette chanson, comme un bon paquet d'autres d'ailleurs. Et j'écoute régulièrement sa reprise de Cohen traduit en français. C'est une beauté. Il est d'ailleurs très bon pour cet exercice car c'est sa reprise d'Arab Strap traduite qui m'a donné envie de faire un album de reprises anglais traduites, projet que je mènerai à bien un jour ou l'autre.
 

 

 

 

Les 3 EP disponibles à l'unité en CD ou en vinyl sur MONOPSONE et dans les bonnes crémeries.

 

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Rédigé par Pierrot

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