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Publié le 16 Octobre 2017

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

NESLES avec son album PERMAFROST qui est sorti le 29 septembre (chez Microcultures) vient de recevoir un accueil enthousiaste de la presse et FIP l'a mis à l'honneur. Didier Varrod (et merci Didier, bien-sûr) s'est dit « Ébloui par l’univers de NESLES, son charisme, son écriture». Francofans ou Mandor parlent de grand disque de l'année... Et vous savez quoi? Nesles était de mes contacts facebook depuis un long moment... et j'avais oublié... et splendidement ignoré ce qui pouvait me passer sous les yeux (ou pas, faute à ce satané algorithme de fb).  Pourtant, il m'a fallu d'une écoute d'une chanson pour me convaincre qu'il fallait que je vous en parle... Et devinez quoi:  Murat est bien sûr convoqué (les amis de ADA parlent d'une filiation avec Miossec, Dominique A, Jean-Louis Murat et Bashung... et Manset est cité dans le dossier de presse). Son album a été réalisé par Alain Cluzeau, croisé chez Belin, Les Dyonisos, Ruiz,  Bénebar ou encore Bastien Lallemant et Nery. A l'occasion de son passage aux 3 baudets le 17/10, voici une petite interview!

- Quel est votre parcours musical?
 
Nesles: La musique a toujours existé très fortement chez nous. Mais on écoutait du classique exclusivement. Même si j’y suis revenu plus tard avec un bonheur infini, ça a posé quelques problèmes. Surtout à l’adolescence.
Mes études de musique ont été assez chaotiques, et j’ai fini par me faire virer du conservatoire pour avoir refusé d’apprendre la clé de Fa.
Ce qui m’intéressait c’était de jouer, de monter des groupes, de composer, d’écrire. J’avais peu de patience. Et un appétit féroce - ce qui est toujours le cas.
La musique à papa ou les pièces contemporaines pour guitare me faisaient copieusement chier.
L’effervescence, la créativité, je les trouvais au collège, au lycée, à la fac, dans la rue, les salles de concerts, les clubs, les cafés, les bars, les réunions clandestines et nocturnes entre copains pour écouter les trouvailles des uns ou des autres…
Deux frangins de mon quartier étaient assez fortiches pour ça. J’ai dû squatter leur chambre à peu près aussi souvent que leur petite soeur pour écouter leurs dernières acquisitions ! On pouvait écouter un album en boucle pendant des mois jusqu’à en user la cassette ou le vinyle. Aujourd’hui encore quand j’écoute certaines chansons de cette époque, j’entends le saphir qui saute !
Et puis j’ai eu quelques chocs en Angleterre. À Leeds notamment.
D’ailleurs au départ je n’écoutais que ce qui venait d’Angleterre. C’était une obsession. Je passais mon temps à décortiquer les albums des groupes que j’aimais, à scruter les pochettes, à essayer de comprendre comment étaient construites leurs chansons - qu’elles aient 12 ou 2 accords. Le look des anglais me fascinait. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à m’intéresser à l’Amérique et la France - principalement par le biais de la littérature.

 
 
- Qu'est-ce qui s'est passé exactement à Leeds?
 
Nesles: Alors qu’en France nous passions pour des marginaux, des asociaux ou des snobs avec nos groupes pop et punk anglais (bien souvent totalement inconnus ici) là-bas c’était normal de les écouter. Ils faisaient partie du quotidien. Du matin jusqu’au soir, du soir au matin, à la maison, à la radio ou au pub du bout de la rue, ces groupes que vous chérissiez vous accompagnaient sans discontinuer !
Quand vous évoquiez les Undertones, les Clash, les Lotus Eaters ou Joy Division, personne ne vous regardait comme un martien. 
Et les magasins de disques débordaient de perles introuvables même à Paris.
Pour moi c’était miraculeux !
 

 
 
- Jean-Louis Murat pour vous? (découverte...)  

 
Nesles: Je me souviens parfaitement du clip de « l’ange déchu » vu une nuit d’insomnie. Ça m’a tout de suite parlé. Ça sortait de nulle part. 
Je me souviens m’être aussitôt demandé qui était ce type. Ça me faisait penser à Daho mais en vénéneux. Ça sentait le bad boy lettré et torturé.
Et le texte me parlait terriblement.
Sa voix aussi.

 
 
- Est-ce qu'il y a une chanson dans votre répertoire qui vous évoque Murat, ou qui a été directement inspiré par lui?   
 
Nesles:Non, je ne crois pas.
Je suis assez mal placé pour parler de ça en fait; je n’ai pas le recul nécessaire.
Après, nous avons certaines références communes, certains auteurs ou songwriters ou écrivains que nous partageons, c’est indéniable.
Mais ça s’arrête là. Nos sensibilités me semblent assez différentes.
Après, Murat est bien sûr pour moi un pilier, un élément fondamental du paysage. Et j’adore ses coups de gueule que j’ai toujours trouvés extrêmement sains.

 

 
- J'avais un peu imaginé que vous alliez me parler de la chanson qui parle des forêts…
 
Nesles: Je n’aime pas trop me livrer aux explications de textes.
Je préfère que chacun s’approprie les chansons et en fasse ce qu’il veut.
À partir de maintenant ça ne m’appartient plus.

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

- Pouvez-vous nous parler de ces "références communes"  avec Murat? Quelle importance  ont-elles  pour vous? Et au-delà, quelle relation avez-vous avec vos "références" ?Je veux dire par là : Est-ce juste des références, ou des modèles, des objets de "culte" et de vénération?) 
 
Nesles:   Je ne verse pas trop dans le culte ou la vénération. Je n’ai jamais été un « fan » - c’est un concept qui m’échappe.
Par contre j’aime passionnément certains artistes. Parce que certains d’entre eux m’ont aidé à me réconcilier avec cette vie, à canaliser mes colères. Il y a un moment où certains d’entre eux deviennent des amis parce qu’ils vous accompagnent. En ce moment Henry Miller, Duras, Annie Ernaux, Thoreau, Springsteen, Manset, Mozart, Art Pepper, Kurt Wagner, John Grant, Patti Smith… 
Une journée sans lire ou sans écouter de musique est une journée perdue.
J’en ai besoin pour me nourrir, avancer, essayer de comprendre ce que je fous là.
Donc je ne suis pas fan de Murat au sens propre. Par contre je pense qu’il est incontournable, indispensable, majeur même; et chaque album qu’il sort m’intéresse. Il est hors norme, comme la plupart des artistes que j’apprécie, et il se fout totalement des modes. J’aime cette liberté, cette insolence.

 
 
 
- Meilleur album de Murat pour vous?   Vos 3 chansons préférées de Murat et pourquoi bien sûr?  
 
Nesles: Ce serait bien présomptueux de prétendre que tel album est meilleur que tel autre. Mais ‘Cheyenne Autumn’, ’Mustango’ et ‘le Moujik et sa Femme’ sont des albums que j’ai énormément écoutés.
 
- Les 3 chansons auxquelles je pense là tout de suite :

  • « Foule Romaine ». Murat y est immensément joueur et sensuel. C’est l’alliage parfait de la simplicité et de la sophistication. C’est aussi très élégant, tout en restant un poil âpre. En général l’ambivalence me plait. Ici on est servi.
  • « les Hérons ».  Adéquation totale entre le texte et l’ambiance musicale, montée en puissance du titre, thèmes et chorus du Fender Rhodes sublimes. Un bon aller-retour dans la gueule, mais ‘l’air de rien’. Magnifique !
  • « L'Anéantissement d'un Coeur ». Ne serait-ce que pour cette  splendide et féroce phrase : « nos gémissements manquaient trop de franchise ».
  • Quel artiste ne rêverait pas d’écrire un truc pareil ?

 
- L'avez-vous vu en concert? Des impressions, des souvenirs?   


Nesles: Une seule fois; dans une salle culturelle de l’ouest parisien où j’étais invité. Étrangement je n’en ai aucun souvenir - mais ça tient plus à moi qu’à lui !
Cette question qui permet de laisser le chanteur dire ce qui lui tient à coeur:   Est-ce que vous pouvez nous parler de 3 chansons du disque, que ce soit sur le texte, la musique, l'inspiration, la conception, la production, l'enregistrement... ou l'ensemble à la fois?   

C’est un album qui a longuement mûri. La plupart des titres de ‘Permafrost’ ont été joués sur scène, ce qui leur confère une sorte de patine. Je n’aime pas quand ça sent trop le neuf. Je préfère le vécu, le grain, les rides, la poussière. J’ai une affection particulière pour tout ce qui a été affecté par le temps. C’est ce qui m’inspire le plus. Et c’est aussi ce qui m’attire le plus chez les artistes que je ‘fréquente’ assidûment.



- Vous avez parlé de l'album et pas de chansons en particulier... Est-ce que c'est parce que vous ne voulez pas faire sortir du lot quelques chansons  et que vous tenez à "l'unité de l’album"?
 

Nesles: Tout à fait.
 

- L'originalité du disque tient selon moi à votre voix ( vous parliez de patine!, ça peut en faire partir) et à l'orchestration de cordes. Est-ce que ça a été un travail particulier? (euh... bon, la bonne question ne me vient pas...donc, je vous laisse me dire ce que ma remarque vous inspire!!)
 
Nesles:  Merci d’y être sensible.
Je crois que la voix est le reflet exact de ce que l’on est. Difficile de tricher avec elle.
Ou alors, je ne saisis pas bien l’intérêt, je ne vois pas où ça mène.



 
- Vous  avez fait du théâtre, couru les castings (c'est bien sûr un point commun avec Murat qui a un peu fait l'acteur). Est-ce que l'acteur a un peu façonné le chanteur actuel (même si vous étiez d'abord musicien)?  Et quel est le milieu que vous jugez le plus difficile?

Nesles:  Je n’ai pas à proprement parler ‘couru les castings’. Quand on me propose un rôle qui m’intéresse, je le prends, c'est tout.
J’ai eu la chance de côtoyer des personnalités riches et complexes comme Patrice Chéreau, Diane Kurys, Martin Prévost, et bien d’autres.
Tout en poursuivant mon travail de songwriter.
Tout ça s’est donc construit en même temps. Depuis l’enfance.
En passant me voir en studio, Yvan Attal avec qui j’avais tourné m’a un jour confié qu’il m’enviait parce que, contrairement à lui qui galérait pour monter ses films, je pouvais composer, jouer et produire ma musique beaucoup plus facilement et surtout plus librement. C’est en partie vraie. Mais le problème de la diffusion demeure - qu’on soit écrivain, peintre, cinéaste ou compositeur. S’il n’y a personne pour écouter vos chansons, à quoi cela sert-il ? - hormis peut-être à évacuer un bouillonnement intérieur qui doit bien s’exprimer et qu’il faut impérativement évacuer?

 

Après il s’agit de 2 milieux très différents, et je n’en juge pas un plus difficile que l’autre
Tout est question de tempérament, de savoir où on veut être. Et de rencontres…

 

 
- Est-ce que vous continuez à faire le comédien ?
 
Nesles: Bien sûr oui ça m’arrive.  (NDLR:  filmographie et aussi ici)
 
 
- Du côté de Mandor, vous dites que la musique vous a empêché de crever des dizaines de fois. Chez Murat, la dépression et le spleen ont bien sûr été un élément important dans la création, mais aussi en partie parce qu'il était mal à l'aise avec le statut d'artiste, d'où son idée de revenir paysan ou de se définir comme un artisan quotidiennement à l'effort.  L'artiste est-il forcement un "albatros"?

 

Nesles:   Votre question sous-entend qu’il faudrait souffrir pour être un artiste.
Je ne crois pas à ce mythe romantique - comme à d’autres poncifs d’ailleurs (l’inspiration mystique, mourir jeune, se défoncer, etc). Je ne crois qu’au travail. C’est peut-être ce que Murat appelle être artisan…
Je ne suis pas quelqu’un de dépressif, mais plutôt d’angoissé. C’est très différent.  Or le doute et l’angoisse sont de très puissants moteurs chez moi.

 
- Dernier point commun avec Murat, le rapport  érotique à la création. Est-ce que certains vers ou textes sont des "implicit" lyrics dont vous seul avez les clefs?  Est-ce qu'il est difficile de concilier cela avec votre souci de vérité et la pudeur (le refus d'être dans le dégueuli de sentiments impudiques"?  Vous êtes un anti-Brel comme Murat?
 
Nesles:   Je ne suis pas un anti-Brel
Mais comme l’a formulé Bashung, Brel m’a terrifié - surtout enfant.
Ça peut être dérangeant, éprouvant de l’écouter, de le regarder. J’en conviens.
Parce que c’est entier, d’un bloc. Comme Ferré ou Barbara. 
Brel vit ce qu’il chante, sans aucune retenue, sans distance. Mais ça ne me choque pas. Ce n’est pas vulgaire pour moi. Ça a juste dû être une terrible souffrance pour lui, plus qu’une catharsis, et je ne l’envie pas.
 
En ce qui concerne ce que j’écris, je ne prétends pas être seul détenteur de prétendues clefs. Il n’y pas de clefs. Juste des sensations, des impressions, des pistes. Ensuite, mes chansons appartiennent à qui veut. Ça n’est même plus de mon ressort.
 
Quant au rapport érotique à la création, je le revendique totalement, oui. Je ne cherche plus à lutter contre, à le nier, ce serait mensonge et peine perdue.
C’est un acte de désir et de plaisir. Total.

Inter-ViOUS ET MURAT n°27 :    NESLES

Interview réalisée par mails du 24/09 au 8/10/2017. Merci Nesles!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 12 Septembre 2017

Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

Je vous avais déjà  fait  écouter DA CAPO aux détours de quelques détours photographiques, et je vous invite à en apprendre un peu plus  sur ce groupe et son désormais seul maitre à bord Alexandre PAUGAM...  du Puy-En-Velay... Un auvergnat donc!  C'était ainsi impératif que je vous en cause, d'autant que son album à l'ambiance très originale a été salué par les critiques (dont les Inrocks). Qui plus est, l'ombre de Robert Wyatt, référence pour Jean-Louis Murat, plane un peu sur ce disque, par les ambiances pianistiques sombres et jazzy.

L'interview était prête depuis un moment, mais j'attendais le bon moment, et il est arrivé:    DA CAPO sera en show-case du côté de la COOPERATIVE DE MAI ce samedi à 20h30, et en concert au FIL de St-Etienne le 1er octobre 2017.

 

Bonjour Alexandre!

- Quel est votre parcours musical?

Etudes de piano classique de 10 à 17 ans en cours particuliers puis découverte de la guitare (rythmique, je ne suis pas soliste...) en même temps que le monde de la pop anglosaxonne vers 19 ans. Dans la foulée, premières compositions : une révélation !

Et formation du groupe Da Capo à 22 ans puis Lithium et tout le reste... 

[NDLR: En 1997, Da Capo sort son premier album, Minor Swing, chez Lithium/Virgin. Il connaît un réel succès critique (Libération, les Inrockuptibles) et se voit distribué en Europe et au Japon. En 2001 sort The fruit, deuxième album du groupe, chez Autruche Records/Pop Lane. Là encore, l'album est plébiscité par la presse mais connaît des ventes difficiles de par son caractère intimiste et sa musicalité recherchée.   Parallèlement à ses activités au sein du groupe Da Capo, Alexandre Paugam compose des musiques instrumentales pour la scène (théâtre et danse) et pour le cinéma.  En 1997, il entame une collaboration fructueuse avec le Théâtre du Mayapo (Le Puy-en-Velay) et devient le compositeur attitré des créations de la compagnie]

 

- Vos parents sont arrivés en haute-Loire pour élever des chèvres dans les années 70.  Le petit jeu de l'inter-ViOUS ET MURAT étant de trouver des petits dénominateurs communs avec Murat, je dois donc vous poser la question si cette enfance rurale et paysanne vous a construit de manière particulère? est-ce que c'est un élément d'identité? Ou bien est-ce plus la difficulté de vivre votre passion, l'internat que vous retenez?

C'est une question compliquée : d'abord, la période "chèvres" a été courte puisque mes parents se sont séparés et que nous avons vécu
assez vite avec ma mère au Puy. Donc pas vraiment de vie paysanne....

Mon père a ensuite fondé une agence de voyages à Genève. De fait, nous avons pas mal voyagé (notamment au fin fond de l'Afrique) donc notre éducation a été assez ouverte sur le monde.

L'influence artistique a été du coté de ma mère ; elle est comédienne et peintre. Je retiens cependant de la Haute-loire ses magnifiques paysages (surtout le plateau du Mézenc) qui m'ont donné le goût des grands espaces sauvages et de la randonnée.

Alexandre est aussi photographe, voici la photo qu'il nous adresse pour représenter son pays:

Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

- Et vous avez été toujours fidèle malgré tout à La Haute-Loire, ou  La Loire? (bien qu'à la différence de Murat, on ne peut pas dire je pense que votre musique  soit "ancré" dans ce territoire.. à moins qu'on trouve des pubs enfumés au Puy-En-Velay). Est-ce que vous vous sentez une fraternité ou disons une proximité avec d'autres chanteurs du "massif central", de l'auvergne (clermont?)?  
 

  Bien qu'ayant vécu 5 ans à Paris (à l'époque de The Fruit en 2001), je suis revenu vivre dans la région donc on peut parler de fidélité..mais je voyage encore beaucoup.

Mes textes ne sont pas du tout "régionalistes", et la musique non plus...

Quant à la proximité avec des chanteurs locaux, franchement je n'en vois pas.

Contrairement à Clermont, il n'y a aucune scène pop en Haute-Loire d'où la difficulté pour nous de trouver des concerts dans notre département... Situation très paradoxale : on a un dossier de presse formidable mais des opportunités de live quasi-nulles en Haute-Loire !! D'où la nécessité pour nous de nous éloigner pour pouvoir jouer..

 

- Vous ressentiez également la même chose sur St-Etienne?

J'ai été étudiant à Saint-etienne et y ai vécu un peu par la suite. Contrairement auxidées reçues, je trouve beaucoup de charme à cette ville. Par contre, musicalement, c'est pas très pop non plus (contrairement à Clermont).....Il me semble que Le Fil s'ouvre plus actuellement à cette musique. J'espère que nous allons pouvoir y jouer.  [NDLR: ça sera bien le cas le 1/10!]

 

- Da Capo a été fondé avec votre frère Nicolas... qui lui est sur la région parisienne- j'imagine qu'il y est resté alors que vous faisiez vous le choix du retour-, et c'est le premier album sur lequel vous travaillez sans lui. Qu'est-ce que cela a représenté?

Sur le dernier album, Nicolas ne joue pas.. C'était très compliqué de continuer à jouer ensemble géographiquement parlant et il a des projets solo. Néanmoins, depuis Third en 2006, c'est moi qui composait tout et tenait la baraque... donc c'était assez logique d'en arriver là. Je pense que nous n'avions plus exactement les mêmes envies musicales. Mais, il n'y a pas eu de clash entre nous.

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L'autre PAUGAM: Nicolas vient de sortir son 3e album Boustrophédon  le 25 Août chez microcultures distribué par differ-ant. Il vient d'obtenir 3 fff dans Télérama.

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‌- Vous avez cité  Breakfast in america comme premier choc musical... et ayant un grand frère, j'ai également succombé aux charmes de Supertramp avant mes 10 ans. Content de retrouver un amateur de ce groupe après Laurent Saligault (interviewé ici http://www.surjeanlouismurat.com/2016/03/laurent-saligault-the-first-interview.html) .   Est-ce que c'est une référence ou une émotion de l'enfance, alors qu'effectivement Supertramp n'a pas forcement bonne presse (trop mainstream?)... et que justement, on vous rattache maintenant à des choses plus pointues : wyatt, nick cave...?
 

Non ce n'est pas une référence mais je me souviens d'un moment très important pour moi.

C'était en 86 ou 87 à Kigali au Rwanda; On était au resto et j' y entends "School" de Supertramp...une sorte de révélation; Je reviens en France et là, je suis mordu et je mets à découvrir avec avidité toute l'histoire du rock.

Après, j'ai toujours du respect pour ce groupe qui a écrit quelques très belles chansons mais je trouve aujourd'hui que c'est un peu trop produit....

 


Inter-ViOUS ET MURAT- n°26   :   DA CAPO (Alexandre Paugam)

- Sur cette époque, je me demandais si vous aviez pu apprécier Joe Jackson?

Oui, j'ai écouté pas mal Joe Jackson (surtout Look sharp) mais pas fan non plus. Ceci dit et pour corroborer le paragraphe précédent, j'ai toujours préféré la bonne variété (type Supertramp ou Bee Gees) à la musique dite indépendante parfois surestimée car pauvre musicalement.

En tous cas, je ne classe pas Da Capo dans la musique "indé".
 

‌- Même si je crois comprendre,  pouvez-vous nous préciser  cette dernière phrase (surtout quand on repense à votre signature chez Lithium)?  et qu'est-ce que vous pensez de la définition que nous a donné   La Féline  : L’indépendance, ça a d'abord un sens économique aujourd’hui en France. C’est le fait que l’industrie a pris un coup dans l’aile, et qu’il y a moins de confiance, en général donc beaucoup de gens voués à se développer tous seuls et qui pourtant sont intéressants ; mais parce qu'ils font des choses qui ne peuvent pas séduire immédiatement un très large public, soit parce qu'elles sont plus exigeantes, soit parce qu'elles sont un peu bizarres ou imparfaites aussi... Moi c'est ce que je préfère, l'exigence, la bizarrerie, l'imperfection, mais ce n'est pas ce qui fait du like massif sur Facebook ou sur YouTube. Du coup, l'indépendance, c'est une position de faiblesse, de faiblesse économique parce qu’on n’est pas invités sur tous les festivals ni sur Europe 1, parce qu'on revient moins dans les suggestions de vidéos YouTube. Mais la force de l'indépendance, à un certain moment, c'est de revendiquer cette position de faiblesse, comme une position, non pas subie mais conquérante. Ce moment où tu regardes le top des charts sans envie et où tu es fier de faire autre chose. Même si ce n’est pas ce qui se vend le plus, c’est un certain idéal, l'idéal d’une musique qui est à la recherche d’une certaine beauté plus ou moins fragile. Moi, c’est comme ça que je le vois en tout cas, le moment où on retourne la nécessité en vertu.
 

Cette définition de la musique indé me paraît assez juste ; surtout comme idée de résistance au système dominant : là, je suis tout à fait d'accord.

En revanche, c'est au niveau musical que c'est plus compliqué. Le terme "indé" est devenu dans certains cas une posture. Et la pauvreté et l'indigence musicales sont parfois érigées en totems. Donc, à l'arrivée, ce terme englobe tout et n'importe quoi....donc finalement ne signifie pas grand-chose (à part la dimension politique que je défends..). Si j'avais à classer Da Capo, ce serait tout simplement dans une certaine tradition de songwritting anglo-saxonne.

 

- Vous utilisez le mot "fan"... Est-ce que vous vous définiriez ainsi pour certains artistes? lesquels? Et est-ce qu'il y a des signes manifestes (collectionnite? )
 

D'où la dernière question : oui, bien sûr, je suis fan de quelques noms dans l'histoire de la musique.

En pop/folk/rock, Neil Young, Bowie, Alex Chilton, Ray Davies et Robert Wyatt (plus des individus que des groupes...) + Nick Cave

En jazz, John Coltrane, Thélonious Monk et Bud Powell.

En classique, Ravel, Bach et Mahler (que je vénère !)

J'oublie quelques noms car je suis un gros consommateur de disques mais l'essentiel pour moi est là !  Ah, oui : Léo Ferré et Alain Bashung !

 

- Une belle "variété"  de références... qu'on peut ressentir  à l'écoute du disque.  Le texte de promo évoque plus particulièrement Wyatt (que m'avait fait découvrir Stéphane Pétrier le chanteur des Voyage de Noz). Je voulais du coup vous faire réagir à l'interview de Wyatt par Murat (dans Télérama) à l'initiative de P. BARBOT (interviewé ici).  Est-ce que ça  vous suscite quelques commentaires? 

C'est une belle interview et je partage totalement l'avis de Murat quant à la
splendeur-candeur de la voix de Wyatt. Pour moi, c'est la chanson Shibuilding où sa voix est la plus extraordinaire. Je me retrouve aussi dans la vaste culture musicale de cet homme d'où découle la richesse de sa musique. Et il est d'une grande humilité, ce qui ne gâche rien à l'affaire...

 

12) Une question tout aussi spontanée que les précédentes:   Murat a rencontré Wyatt, échangé un peu avec Cohen... mais s'est retourné au moment de frapper à la porte de Tony Joe White.  Rencontrer vos idoles, ça vous fait rêver?

Non, ça ne me fait pas rêver de rencontrer mes idoles. Je fais partie de ceux qui pensent que cela ne sert pas à grand-chose. Mieux vaut cultiver le mystère. Et puis, ils peuplent parfois mes rêves : j'ai déjà rencontré Nick Cave à 2 reprises, Django Reinhardt ou encore la chorégraphe Pina Bausch dans un rêve inoubliable....

- Ah oui...  Est-ce que vous vous intéressez à l'univers des rêves? ... et est-ce que c'est trop intime pour nous raconter?

Comme tout le monde, je suis assez fasciné par les rêves mais je n'ai pas grand chose à en dire.  Mis à part, qu'il m'est arrivé 2-3 fois de me réveiller avec une nouvelle chanson en tête....pas plus mauvaise que les autres...

 

- Passons un peu au disque...  Ce qui peut un peu désarçonné au départ, c'est votre voix. Il y a parfois un côté cabaret, pub enfumé, "déclamatoire" ai-je lu dans une chronique. Qu'est-ce que vous pouvez nous en dire?  (je crois qu'elle participe beaucoup - pour moi-  à me faire rentrer les chansons dans la tête, même plusieurs jours après l'écoute)

 

Je sais qu'elle divise mais j'assume et je crois qu'elle a le mérite d'être très singulière...d'ailleurs, on a été signé chez Lithium en 1995 principalement grâce à la voix !!

Et puis, je crois qu'elle demande un peu de temps pour s'y habituer.....elle est à séduction lente. En ce qui concerne ma voix, les avis sont partagés : c'est un peu ou on l'adore, ou on la déteste..

 

- J'aime bien cette question qui permet de laisser le chanteur dire ce qui lui tient à coeur:   Est-ce que vous pouvez nous parler de 3 chansons du disque, que ce soit sur le texte, la musique, l'inspiration, la conception, la production, l'enregistrement...

 

Far cry :

Ce morceau quasi-instrumental a été dans la balance pour faire partie ou non de l'album...J'ai hésité en me demandant s'il était bien dans l'esprit du disque. Et puis,finalement, je l'ai gardé car je l'aime bien et cela enrichit la palette de Da Capo.

 

Heal me :

Un de mes morceaux préférés. Je trouve la fin intéressante car sortant de la pop pour une ambiance bigband jazz.... Pas une mince affaire pour mixer ce morceau.

 

Oh, my lady :

J'ai mis sur ce morceau une boucle rythmique samplée. Cela donne un coté hypnotique qui me convient. C'est pour moi un des morceaux les plus intéressants du disque mais dont les gens parlent assez peu. Peut être plus difficile d'accès à la première écoute..

 

- Je n'aimais pas parler de la "crise du disque" dans mes interviews au départ, mais je pense qu'on doit quand même parler du système "indépendant", de l'energie que mettent les artistes à exister, avec ou sans partenaire.  Alors, comment la petite entreprise DA CAPO fonctionne?

 Nous étions en standby depuis quelques années malgré le 4éme album (Out of Spain) qui n'a pas eu de sortie officielle (et que je veux ressortir sérieusement...).

Oh, my lady a reboosté le groupe. J'ai pu enfin m'entourer de bons musiciens locaux.. la priorité désormais est la recherche de dates. Nous travaillons pour le booking avec Bloody Mary records (Strasbourg).

On a un très bon dossier de presse donc je suis assez confiant...même si je sais que c'est très compliqué.

Et puis, je travaille déjà sur le 6èm album qui devrait voir le jour en 2018 !

 

- Vous parliez de la difficulté de trouver des dates de concert. Sur le blog, on parlait récemment à propos des groupes Clermontois du manque de trouver des tourneurs pour émerger justement, surtout quand on a une identité assez complexe (pour les festivals notamment qui vont chercher à programmer une "étiquette" : rock, reggaie, celtique, ska etc)

 

Effectivement, c'est très difficile de trouver des dates en Auvergne pour Da Capo.

Je pense que l'on fait une musique (même si c'est de la pop !) relativement inclassable à cause des multiples influences que l'on peut avoir. Mais, c'est pour moi ce qui fait notre richesse !

Da Capo est difficile à catégoriser pour les programmateurs. De plus, la langue anglaise n'arrange rien à l'affaire...

Malheureusement, on est pas dans le pays du  rock !

 

Merci, Alexandre PAUGAM!

Interview réalisée par mails du 23/05/17 au 26/06/27

DA CAPO :  show case gratuit à Clermont-Ferrand Samedi 16 septembre 20h30

                   le 1 octobre, à St-Etienne, au Fil.

 le musicien: http://www.alexandrepaugam.com/

le photographe: http://alexpaugam.com/

L'album en numérique à 7 euros sur bandcamp,  /  et en solide: FNAC   / AMAZON

 

Et voici quelques vidéos, dont le presque quasiment tubesque "I fell love" :

"You really don't know"... un titre absolument magnifique, à ranger à côté des chansons les plus tristes de Rock Bottom, avec cette orchestration m'évoquant des choeurs féminins...

Voici "oh, my lady": "J'ai mis sur ce morceau une boucle rythmique samplée. Cela donne un coté hypnotique qui me convient. C'est pour moi un des morceaux les plus intéressants du disque mais dont les gens parlent assez peu. Peut être plus difficile d'accès à la première écoute.. "  C'est vrai que c'est un des morceaux qui m'a trotté dans la tête, même plusieurs semaines après écoute...

 

La chaine Youtube de DA CAPO

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 30 Juin 2017

        Autrans (38), au pays du font -celui de la foulée blanche-  a trouvé une autre activité pour faire se défouler les jeunes, et les moins jeunes aux premières heures de l'été: le festival "Vercors music festival",  avant que "le grand Som" (ex-festival Jacques Brel)  ne fasse résonner le massif en face (Chartreuse).  Festivals en montagne, avec une vocation d'accueillir plusieurs milliers de personnes par soir, on joue la sécurité:  avec le chapiteau, pour se protéger des rigueurs nocturnes... mais Autrans se distingue par des spectacles gratuits en après midi sur les pelouses, même si cette offre se réduit il me semble cette année: en effet, les titulaires de billets resteront seuls à partir de 19 heures mais auront accès à deux scène distinctes (le foyer et le club).   L'année dernière, je vous avais fais part de mes impressions des concerts de    Thiefaine , Alex Beaupain  ou Dionysos. Cette année, le programme est tout aussi bien fourni: CAMILLE, François and the atlas mountain, Radio Elvis pour parler de la pop qui nous plait, et du divers : Morcheeba, Tryo, Ringer, la Femme ou Matmatah

La programmation complète du 7 au 11/07 juillet

         L'année dernière, je faisais donc connaissance de Séverin qui jouait sur la scène gratuite au milieu de l'après-midi, malgré une presse spécialisée et grand public qui avait beaucoup parlé de lui et de son disque "ça ira tu verras" :

« Le disque le plus rayonnant de ce début d’année » Le Figaro 
« Séverin déroule une pop voyageuse aux accents sincères » Libération
"ÇA IRA TU VERRAS n'est pas qu'un très bel album, d'une évidence qui impose à chaque seconde une beauté indiscutable, c'est aussi, et surtout, un disque important, des très rares qui, mieux qu'aérer la chanson française, la renouvellent, tout en douceur, mais de façon nette et irrésistible. Séverin est probablement, désormais, le meilleur mélodiste du pays"  Vignol.
 
          Il a sorti depuis un nouvel EP 5 titres "Albumzinho" comme une  "suite de l'album" dit-il (avec le duo avec Katerine).

        J'étais donc  curieux de le rencontrer notamment pour parler de musique brésilienne dont Murat s'est souvent inspiré au début. Je fais l'interview sur la terrasse dans l'espace VIP alors que Séverin vient de terminer sa prestation, il y a environs une heure.

Bonjour Séverin,

- Alors, vous sortez de scène, comment ça s'est passé?

 

Et bien, ça s’est bien passé je crois, c’était notre premier concert à deux, avec G à la batterie, c’était une toute première, j’ai l’impression que ça a plu aux gens et qu’on n’a pas été trop mauvais, mais c’est à toi de nous dire.

 

- Et bien, j’ai bcp aimé c’est vrai qu’on pouvait s’interroger ce que les chansons allaient donner dans une formule aussi simple par rapport aux belles orchestrations du disque, et ça passe bien, ça veut dire que les chansons sont bonnes.

 

Je te remercie. On va faire des premières parties aussi, pour Miossec je crois, notamment, et où on va jouer à deux, et c’était un moyen de tester cette formule là. D’habitude, sur scène, il y a un violoncelle, un peu plus de musique, là, c’est un peu rêche, mais ça met mes chansons en avant.

 

- En plus , c’est 15h30…C'est un peu étonnant de te retrouver aussi tôt dans la journée avec la presse que tu as eue.

 

Oui.. ça s’est signé il y a peu de temps, et c’est le coté soleil, ils ont dû se dire il faut le faire jouer quand le soleil est le plus haut, non ?

 

- L'environnement Montagne, ça te plait ?

 

C’est magnifique, mais je viens généralement l’hiver… c’est que je n’aime pas trop marcher. Ici, je pense que c’est essentiellement la rando et le vtt les sports nationaux, et ça je ne suis pas un grand adepte. Enfin, je suis surtout flemmard. Mais jouer devant une montagne comme ça, c’est magnifique. Y’a un ou deux moments dans le concert, même si t’es un peu focalisé, tu regardes un peu dans le vide, tu regardes la Montagne et où tu te me dis : ouah, quand même.

 

- Justement sur la prestation scénique, tu as fait les chantiers des francos [qui est une formation à la scène]

 

Oui

-Comme Alex Delano pour parler de la filière canadienne… Il y avait aussi Pain Noir cette année avec toi...

 

Non, ou c'était une autre session. Avec moi, il n’y avait qu’une artiste qui s’appelle Cléa Vincent [dont on a parlé dans l'interview de  Saligault]

 

- Ah, ok, et demain, ici, les Sages comme des animals, qui y sont allés également, Felzine aussi que tu connais bien. Qu'est-ce que ça t'a apporté?

 

C’est la première fois que je travaillais avec le groupe sur un autre axe, c’est-à-dire pas comme quand on répète en studio avec le groupe, on n'est que sur un truc « musique, musique »… alors que là, ils sont sur un registre plus émotion, placement du corps, des choses que je n’avais jamais travaillées, et je crois que j’ai pas mal appris., il y a vraiment un avant et un après. Prendre conscience de chanter vraiment, d’essayer de retrouver la sensation de chaque morceau, séparer émotionnellement chaque morceau plutôt que juste essayer de bien faire.

                                                 Severin à l'aise sur scène (Vercors Music Festival 2016)

- C’était le gars de Tryo qui vous coachait ?

 

Non, C’était Prohom.

 

- Ah, oui, il le fait depuis quelques années, un lyonnais.[ex-membre du Voyage de Noz, et auteur de plusieurs albums].  

J’ai regardé ton choix des « 10 chansons que l’on devrait tous connaitre par cœur » (dans le livre de Baptiste Vignol - le choix de JL Murat et les artistes qui ont choisi du Murat), il n’y a pas beaucoup de Murat… Donc, tu ne le connais pas ?

 

Ecoute, j’ai honte mais j’ai lu beaucoup d’interviews de lui, je me suis plus intéressé au personnage et je n’ai pas beaucoup écouté sa musique.

 

- Bon, pas de problème… Je vais quand même partir sur quelques points communs, ce qui te permettra peut-être de t’intéresser à lui… et il y a notamment la bossa, vous avez été cité ensemble récemment dans quelques articles qui traitaient de ce petit mouvement brésilien récent (notamment avec la sortie du disque de Paulien Croze). Murat a repris Jobim. C’est aussi une tradition française depuis les années 60… [on peut citer Françoise Hardy]

Alors, Murat il disait à l’époque qu’inconsciemment une chansons sur deux qu’il écrivait était une bossa. Toi dans quelle posture es-tu par rapport à ce style ? instinctif ? une influence ? un axe de production ?

 

C’est une influence, une inspiration. C’est plus dans le côté Brésil que j’ai découvert par ma femme, cette façon de faire passer certaines émotions, parfois légères, parfois moins, avec une musique qui est un peu teintée de soleil. Et aussi s’autoriser à chanter tout doucement, très calmement, de pouvoir dire des choses tristes avec une forme de bien-être. Et ça, je l’ai découvert dans la chanson brésilienne, alors que chez les français, tout semble plus… pas revendicatif mais plus frontal. Mais ça donne envie d’écouter des disques de Murat… tu me diras lesquels.

 

 - Et bien, c’est les premiers… enfin, le manteau de pluie notamment. Sur la bossa on va te coller cette étiquette-là. Est-ce que c’est vraiment une identité ? une orientation artistique durable ?

 

Oui, je pense. Ce qui est amusant, c’est qu’avant même de connaitre ma femme, j’avais déjà une chanson en portugais. J’ai toujours eu cette attirance pour ce truc exotique. Le fait d’être enfermé dans une cave finalement toute ta vie quand tu fais de la musique, tu as besoin de soleil, tu essayes de le trouver autrement qu’en allant dehors, et ramener des sonorités un peu ensoleillées dans ta cave, ça te permet d’être un peu moins dans l’ombre.

 

- J’ai trouvé quelques citations de Murat sur la bossa : je pense que tu vas confirmer, les propos mais voyons toujours :

C'est pour moi la musique du chagrin

La chanson d'amour brésilienne est toujours noble

La tristesse est un cheval fou que la langue portugaise sait très bien dompter.

Un autre extrait d'interview:

En ce qui concerne la bossa, c'est pour moi la musique du chagrin. Un souvenir très précis. Tout gamin, je n'avais pas le droit de regarder les films à 20 h 30. Il y avait Orpheo negro qui passait un soir. Je devais être tout triste, pauvre garçon dans mon lit. J'ai passé tout le film l'oreille collée à la cloison et ce fut un émerveillement. Ce que j'étais se trouvait en phase avec ces harmonies et ce tempo. Ça, je l'ai toujours gardé. Je pense que Le Mendiant à Rio est le truc définitif, que je ne ferai plus de bossa. Car il y a une connotation mièvre dans la bossa, c'est pour ça que je dis à la fin "Tu peux te moquer de moi" . beaucoup de gens n'arrêtent pas de se foutrent de moi parce que je fais de la bossa. On croit qu'il y a là une faiblesse élémentaire. Mais Joao Gilberto, c'est la voix que je préfère. Et les mélodies, les harmonies, c'est Antonio Carlos Jobim. Instinctivement, une chanson sur deux que je fais est une bossa, et je sais que ça vient de l'enfance. Michael Franks déteste l'adaptation de sa chanson sur Le Mendiant à Rio. Je lui ai pourtant envoyé une lettre en lui expliquant qu'il avait fait une chanson sur Jobim en tant que Californien et que moi, en tant que Français, j'avais une façon de voir les choses un peu plus cruelle, avec un sentiment de culpabilité.

Je pense par exemple à Carlos Jobim qui explique qu'il a inventé la bossa en jouant du Debussy. Il jouait du Debussy au piano, les fenêtres ouvertes, et c'est en entendant les rythmes provenant de la rue mélangés à Debussy qu'il a inventé la bossa.

 

Je suis complétement d’accord. C’est la saudade. Après évidemment, je pense qu’il est comme moi : la musique brésilienne dont il parle, c’est bien sûr une certaine musique des années 60, 70. Aujourd’hui quand tu vas au Brésil, la musique qu’écoutent les jeunes, ce n’est pas tellement celle-ci. C’est une musique hyper américanisée que je trouve assez dégueulasse.

 

        Hommage

On ne peut pas parler du Brésil, sans parler de Pierre Barouh. J'ai regretté de ne pas en avoir parlé avec Severin ce juillet 2016,  et dans le blog  à la mort du créateur de Saravah qui a suivi peu de temps après (28/12/2016).  

         Severin le connaissait depuis deux ans. Il parle de lui au FIGARO.

         Et il avait invité Pierre à chanter avec lui au Franco: 

Severin a repris ce titre dans son dernier EP.  On peut retrouver la dernière grande interview de Barouh dans le livre de Baptiste Vignol "les tubes, ça s'écrivait comme ça" (La Tengo, nov 2016).  Reprenons l'interview...

- Je voulais aussi te parler de Jean Felzine, ex-Clermontois, de Mustang. C’est un ami, il est sur ton disque. Parle nous de lui.

 

C’est un pote. On s’est rencontré… je crois d’abord par des scènes communes… en jouant les mêmes trucs. On s'est bien entendu. Et on a commencé à faire de la musique ensemble. Je bossais aussi avec Jo Wedin, qui est maintenant sa compagne. J’ai voulu pour ce disque me mettre en chanteur et faire venir des musiciens, qui se connaissaient pas forcement entre eux, mais qui pour moi étaient les meilleurs dans leur domaine et Jean, pour ceux que je connais à Paris, c’est le meilleur guitariste que je pouvais espérer avoir. Il est hyper identifiable. Il a son son, son truc.

 

- Quand j’écoutais le disque, je me disais : ça sonne effectivement comme Mustang, un peu rétro, mais aussi très brésilien, ça colle bien.

 

C’est ça que j’aime bien chez lui, on n'est pas des spécialistes de la musique brésilienne, tu vas dans n’importe quel bar au brésil, les gens jouent mieux que nous. Mais il a une approche un peu comme ça, tu vois, j’aime bien, j’ai vu l’expo du douanier Rousseau qui n’est jamais sorti de Paris, qui a fait toutes ses peintures sur la jungle alors qu’il allait au zoo de Vincennes. Et moi, j’aime bien qu’on ait une approche un peu comme ça, un peu puéril du truc, et lui c’est pareil. Quand il enregistrait pour le disque, pour lui, c’était de la rumba un peu congolaise qu’il devait jouer à la guitare. C’est un sorte de gros mélange.

 

- Et lui disait à propos de l'enregistrement, qu’'en autodidacte, il avait avec un petit complexe par rapport aux autres musiciens.

 

Oui, mais c’est son imagerie… Mais comme Chez Mustang, lui est fan de musique américaine mais il ne connait pas les Etats-Unis.

 

- Je m'interroge souvent sur la distinction entre la pop, le rock,  la variété…. Autant Murat a fait parfois de la variété, il a toujours été rock je pense… Je pose la question… mais j’ai l’impression que c’est pas quelque chose qui ne t’intéresse pas vraiment, tu confirmes ? L’impression, c’est la chanson ?

 

Oui, franchement… C’est un truc de commercial pour savoir dans quelle rayon, il faut te ranger à la fnac. Ce qu’il faut c’est que ce soit vrai. Je pense qu’il y a des gens qui pensent que je fais de la grosse variété, d’autres qui pensent que je fais de la musique hyper brésilienne Je ne sais pas trop. En tout cas, je ne fais pas de métal ça s’est sûr.

 

- Alors, aussi par rapport aux clips, on ressent que vous pouvez être un "Personnage"… J'ai vu que comme moi, certains avaient pensé à un côté "Pierre Richard", avec bien sûr, un gros capital sympathie immédiat.. On peut aussi évoquer Souchon qui est une référence. Alors est-ce que développer cet aspect, au delà des clips, vous intéressent via la comédie ou des albums concepts?

 

Franchement, ça me ferait marrer oui. Je doute que quelqu’un me le propose là, mais si quelqu’un cherche un Pierre Richard là… je le ferai avec plaisir.

 

- Et côté album concept ? raconter une histoire ?

 

Bon, c’est ce que je fais je pense, mais un album vraiment concept-concept … (hésitation), je ne sais pas… Mais je ne veux pas me mettre de barrières, même si là, je ne me sens pas d’écrire Starmania…. Bien que j’aimerais faire un disque qui a autant de succès… rires… pour ma ferrari qui..

 

- J’ai aussi pensé par certains aspects à Arnaud Fleurent-Didier…. le milieu parisien et sociale, C'est quelqu'un que tu connais?

 

On s’est déjà croisé et c’est vrai que j’aime beaucoup son disque la reproduction.

 

- J’y ai pensé en écoutant  la chanson "ton adn" sur ton papa    [Henri, ancien patron d'HEC et de RFI décédé à 51 ans en 94] … et Arnaud est aussi patron de son label…

 

Oui… tiens, mais ça fait longtemps qu’il n’a rien sorti depuis la reproduction…

 

- Il a sorti un clip…

 

Ah, oui, j’ai entendu…

- Sur les points communs avec Murat, j'ai trouvé ceci: Murat porte le nom d'un aïeul décédée en 1917, et il a indiqué que cela l'avait beaucoup troublé, j'ai lu que tu avais des souvenirs d'avoir porté la croix de guerre de ton grand-père. Est-ce qu'il y a un élément fondateur de ton histoire-là? Je fais le lien aussi avec la chanson "France"....

 

Ce qui est sûr, c’est qu’il y a un héros familial, mon grand père, compagnon de la libération, un des trois premiers à suivre De Gaulle, donc un truc un peu héroïque. Qui marque forcement ta famille. C’est un genre d’exemple. Et France, oui, il y a un peu de ça, dans la mesure où je me rendais compte, c’est une chanson d’amour sur mon pays, mais c’est aussi une autocritique, sur moi qui reste sous la couette. Et bien sûr, j’ai un sorte de sentiment de culpabilité par rapport à ça. Je ne me sens pas du tout héroïque.

 

- Par rapport à l'écriture en français,  comment est-ce que tu écris? C'est très spontanée ? est ce que tu te poses beaucoup de question ?

 

Je me prends la tête oui, mais comme n’importe quel mec qui fait des chansons si t’es un peu exigeant. Après souvent je trouve que quand l’impulsion vient vite, enfin : l’idée principale est bonne, C’est souvent qu’elle est bien… et je passe souvent beaucoup de temps sur des chansons, qui finissent par aller à la poubelle…. Parce que ça a été trop de… Il ne faut pas que le travail, ça se sente je trouve. Il faut donner l’impression qu’il n’ y a pas eu de travail. Sinon, ça devient un peu une dissertation d’école. Donc Spontané mais travaillé.

 

- A priori,  tu fais plus partie des gens qui veulent raconter une histoire? et moins de l'école des "le son fait sens".

 

Oui, mais ce que j'aime bien dans l'art d'écrire des textes, c'est d'arriver avec le moins de mots possible à dire le plus de choses possibles. Et c'est ça sur quoi je passe le plus de temps à essayer de faire des logos un peu, des slogans et trouver la simplicité: un sujet, un verbe, un complément, mais qui évoque le plus d'images. Faut pas que ce soit didactique non plus. C'est ce que je travaille pour le prochain disque.

 

- Alors en petit clin d'oeil à "l'ancrage" territorial cher à Murat,  la journaliste de libération a écrit dans son article sur toi [Séverin Tézenas du Montcel] , sans que ce soit une critique de sa part: "tout se passe chez les bobos, les hipsters". Qu'est-ce que tu en penses?      

 

C'est sûr, je crois que j'assume complétement le milieu duquel je viens, ça fait partie de moi. J'n'essaye pas de lutter contre, de faire semblant. Après bobo, même si j'habite à Paris, à Pigalle, on est au coeur du monde des bobos mais je ne mange pas de graines. Après j'ose espérer que mes chansons puissent parler à d'autres gens que ceux-là. Les gens qui sont tombés amoureux, se sont quittés...

 

- Oui, effectivement, je trouve cette remarque un peu exagérée puisque on a des chansons d'amour...

 

Oui, mais voilà, je ne vais pas tricher... Je ne vais pas m'habiller en pantacourt...

 

- Alors, je m'intéresse au couple mixte... Est-ce que tu t'es mis au portugais?

 

non... pas du tout

 

- Est-ce que c'est macho?

 

Non je crois pas, mais c'est elle qui est en France, si je m'étais installé avec elle au Brésil, c'était différent.

 

AVEC MADAME, dans le clip "FRANCE-BRASIL":

- Est-ce que tu as beaucoup voyagé? Est-ce que c'est important pour toi?

 

Je m'y suis mis ces dernières années, le fait d'être avec une femme qui est brésilienne forcement, et qui a une famille un peu éparpillée à travers le monde. J'ai la chance de pouvoir voyager, mais c'est pour les vacances, et pour moi, les vacances, c'est important. Je suis pour les vacances pour tous.

 

- Donc pas forcement une source d'inspiration?

 

Ah si si... Je ne travaille pas beaucoup quand je suis en vacances, je n'écris pas beaucoup de chansons, mais je suis très productif quand je reviens.

 

- Tu viens de passer à On n'est pas couché, alors est-ce qu'une pincée d'ONPC vaut un baril d'articles dans la presse spécialisée?

 

Oui, il y a un effet notoriété qui dépasse un peu la musique, un côté populaire. Le côté "vu à la télé", ça a une influence, c'est fou. Après, à titre personnel, ça a été très frustrant, je ne sais pas si tu as vu l'émission, mais il y a eu une coupure d'électricité, et j'ai trouvé que je n'ai pas eu le temps de m'exprimer. Dans une interview écrite, on peut mieux le faire. A la télé, c'est un peu le physique qui prime!

 

- Après, c'est le côté de "la prescription" culturelle qui est un peu en crise. Est-ce que tu as vu un effet?

 

Oui, oui, bien sûr. Ca a une influence de ouf.

 

- Je voulais parler aussi de ton label et il y a beaucoup d'artistes qui le font, mais peut-être pas de manière aussi professionnelle que toi, j'ai l'impression. Ca veut dire que tu mets les moyens?

 

J'ai investi tout ce que j'avais là dedans... et je vais réussir à me rembourser, donc c'est bien.C'est un risque, mais quand t'es un chanteur, tu as besoin d'exister par le disque, même si c'est un CV, une carte de visite.

 

-  Tu n'as pas d'accord du tout avec une maison de disque pour la distribution?

 

Non, c'est via deux distributeurs indépendants.

 

MERCI SEVERIN! (et désolé pour le retard)   

- Interview réalisée sous le  soleil du Vercors en juillet 2016, après une bière artisanale ou deux  (Bière du Vercors, + le 9 juillet à 14h30 visite de la brasserie organisée dans le cadre du festival)-

SITE OFFICIEL de SEVERIN

En concert à BLOIS le 22 juillet 2017

On écoute un peu de Severin:

 

Un des titres du dernier LP "albumzinho":

LE RESTE DE MES PHOTOS de SEVERIN au VERCORS MUSIC FESTIVAL:

Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL
Inter-ViOUS ET MURAT n° 25 : SEVERIN au  VERCORS MUSIC FESTIVAL

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 25 Avril 2017

Bien que blogueur de niche, j'ai la chance d'être dans  deux/trois listings d'attaché de presse...   Je n'écoute pas tout, mais j'essaye de vous "attraper" ce qui me parait intéressant dans l'univers de "la française pop" ou de la sphère muratienne. Et ce qui déclenche automatiquement l'écoute, c'est bien sûr l'utilisation du français... que je trouve trop rare.  C'est pourquoi j'ai sauté sur  MANUEL ETIENNE et son disque "ni pluies, ni rien", qui a très longtemps tourné ensuite dans mon autoradio.  Les titres les plus énergiques "arcane 99", "la masse du vide", "la nuit remue" ou encore "ni pluies ni riens" et "hors piste"  sont très convaincants dès la première écoute dans leur pop/rock soigné, et  les autres titres, en respiration,  proposent des univers peut-être plus singuliers. J'adore le dernier titre "la masse du vide" avec l'utilisation de cordes sur un rythme endiablé. J'ai eu envie d'en savoir plus...même si c'est Bashung, Christophe ou Daniel Darc qui sont plus souvent convoqués pour parler de Manuel Etienne (le site électrophone écrit néanmoins: "un romantisme qui me ferait presque penser au Mustango de Jean-Louis Murat" à propos de "la nuit remue", d'ailleurs, l'album de Murat qu'il préfère, c'est comme par hasard Tristan). Malgré  un planning très chargé (une série de concerts dont un "aux 3 baudets"), il a trouvé le temps de répondre à quelques questions.

 

Alors, Bonjour Manuel,  ça baigne?! -j'ai honte-             (Manuel tout à droite, avec son groupe)

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Quel est votre parcours musical ?

Manuel Etienne:   Gamin, je chante sur Wham!, Michael Jackson en sautant sur mon lit vosgien, avec une banane comme micro, il était temps que le CD arrive, tous mes 45T avaient presque rendu l’âme dans mon mange-disque (ça portait vraiment bien son nom ce truc) orange, le fameux Lansay – Buggy. D’ailleurs c’était mon nom d’artiste imaginaire : Buggy Lansay. J’ai commencé la guitare classique à 11 ans puis la guitare électrique à 15 ans, et monté mon premier groupe de rock avec des copains du lycée dans la foulée. Ça s’appelait Korky, on avait gagné un tremplin et le prix c’était : l’enregistrement en studio d’un CD 4 titres. A l’époque c’était quelque chose, surtout pour des gamins de 17 ans – enregistrer un CD on disait.

Entre ce temps-là et Ni Pluies Ni Riens, il y a eu No Pingouin (rock prog) à Nancy, Devenir Gris (un spectacle musical entre Philip Glass et Terry Gilliam) dans les Vosges, The Spangles (rock indé) made in Nancy, Lova Mi Amor (pop folk) sur Strasbourg, Toxic Kiss (pop garage) sur Strasbourg également, Charly Sun (folk) à Paris, la création d’un collectif à Strasbourg : Növalis Impulse (2004-2009) avec plein d’amis. On organisait des concerts, on sortait des albums et des compiles avec collaborations entre les artistes du collectif, il y avait un sacré vivier de gens passionnés (graphistes, musiciens, techniciens, vidéastes, chroniqueurs) qui s’étaient rencontrés au bon endroit – au bon moment.

Entre 1997 et 2007 je suis donc basé à Strasbourg mais la moitié des musiciens avec qui je joue est à Nancy, alors je fais sans cesse des allers-retours entre l’Alsace et La Lorraine, avec mes baskets, les sabots n’existant plus. Entre 2007 et 2009 Je fais une halte de deux ans dans les Vosges, j’y enregistre mon premier titre en français « Vague à l’âme » sous mon nom, je le poste sur MySpace, je deviens riche et célèbre. Ah non mince… ça c’est Buggy Lansay pas Manuel Etienne. Ce sont les proches qui m’encouragent à écrire plus en français. Jusqu’à présent, tout ou presque était en anglais. Puis entre 2009 et 2012 je suis à Paris où je monte avec mon meilleur ami Charly Sun tout en continuant Toxic Kiss qui entre temps est devenu Nancéien (pas facile à suivre hein…).

Et plus discrètement, j’écris d’autres chansons plus personnelles, introspectives, sans aucune barrière artistique ; je les enregistre avec des amis à divers endroits et DETAILS sort en 2012, totalement autoproduit. Je fais quelques concerts en solo mais je m’ennuie un peu. Je me souviens que petit, timide et farouche, lorsque je me sens seul, je parle avec des écureuils. Pas évident de monter un groupe de rock avec des écureuils, alors je demande à David L’huillier (batteur de Toxic Kiss) de jouer avec moi ces chansons. Il me présente peu de temps après Fabien Pilard (basse) qui me présente à son tour Tom Rocton (guitare, claviers, mpc). Le groupe tel qu’il existe aujourd’hui est lancé en 2013. Ensemble, on décide de vite refaire un disque, qui sonnera comme ce que l’on est. Fixer l’instant. On enregistre VAUDEMONT qui sort en 2014. On tourne puis on enregistre NI PLUIES NI RIENS en 2015 qui sortira en 2016, produit par Christian Quermalet que j’avais rencontré à Lyon en 2010 lors d’un concert de Charly Sun.
 

Christian Quermalet, derrière Silvain Vanot (il a arrangé le dernier album de celui-ci : Ithaque)

Juillet 2017 à Lyon.

 

 

 

 

 

 


- Est-ce que la présence de l'école de musique MAI a une influence sur la vitalité de la scène locale à Nancy? (même si je ne vois que Grand Blanc qui ait émergé du côté de Metz). Plus largement, peux-tu nous parler de la scène locale, des évolutions (pour la création mais surtout dans les processus de "diffusion"  de sa musique)  ?   (pour faire écho par exemple aux propos  des musiciens lyonnais  Sly Apollinaire, Voyage de Noz http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/sly-apollinaire-voyage-de-noz-et-mathis-rencontre-lyonnaise.html : ) 

Manuel Etienne:  C'est marrant que tu me parles de la M.A.I, j'y ai mis les pieds pour la première fois de ma vie il y a deux semaines. Un ami y est prof, il m'a invité une demi-journée pour discuter avec ses élèves, leur parler de mon parcours musical de 96 à 2016. Il voulait que je mette l'accent sur l'importance de dévorer toutes sortes de musiques, de livres, que je les motive à persévérer tout en restant droits dans leurs pompes, et surtout que je leur parle de la dure réalité des choses, de toutes les concessions qu'il faut faire car on est souvent bercés d'illusions à cet âge. C'est légitime, je l'étais aussi. A 18 ans je pensais que j'étais le meilleur, qu'au-dessus de moi c'était le bon dieu. Et encore, lui n'existait pas, j'avais un avantage.

En bref, j'avais quelques appréhensions et ça s'est très bien passé. Ils avaient des choses à dire, des questions également, c'était vraiment intéressant. Pour en revenir à ta question, je ne sais pas si la MAI a une influence sur la vitalité artistique de la scène locale, mais elle existe et j'ai plein d'amis musiciens avec qui je joue qui ont effectivement fait cette école. Mon oncle Pascal Parisot était prof au CMCN - l'ancien nom. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a énormément de musiciens, de profs de musique sur Nancy, ça a peut-être un rapport.

A titre personnel, je n'ai - jusqu'il y a deux semaines - jamais rien eu à y faire. Donc je ne connais que très peu.

Ce que j'aime plus généralement dans cette ville, c'est qu'il y a une vraie solidarité entre les groupes (Hoboken Division, The Wise Dude's Revolver, Eddy la Gooyatsh, King Automatic, Mon Désert, Edouard Edouard, Dirty Work of Soul Brothers, Rich Deluxe, Toxic Kiss...), quel que soit le style. Il n'y a pas trop de sectes musicales. Tout le monde se connait, tout le monde joue avec tout le monde, je ne vois pas ici de rivalité comme j'ai pu le sentir sur Strasbourg, Lyon ou Paris lorsque j'y habitais. En même temps c'est plus petit. Mais les histoires de village ça existe aussi hein... ! On le sait tous. Sur Metz, je ressens la même chose. D'ailleurs notre groupe est moitié nancéien - moitié messin. Il y a plein de bons groupes ou de personnalités en Lorraine qui envisagent la musique de manière alternative. Tu parles d'émergence, mais pour moi l'émergence - celle qui m'intéresse - doit être artistique avant tout et ne va pas toujours de pair avec commercial.


Pour Ni Pluies Ni Riens, j'en suis heureux et reconnaissant, on a eu le soutien régional d'assos comme Muzik Live, l'émission Electrophone (Radio Fajet), RCN, Le disquaire La Face Cachée (Metz), L'Autre Canal (Smac de Nancy), Les Trinitaires à Metz, Bloody Mary Music & Records (booking, diffusion, Strasbourg)… sans eux ça aurait été plus compliqué. Ils nous ont vraiment fait confiance, presque aveuglement, rien que ça c'est déjà beau.

 

Est-ce que ça bouge ? C'est toujours pareil, dans tous les domaines, si une voile ne bronche pas par manque de vent, rien ne nous empêche de souffler dessus.

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°24:  MANUEL ETIENNE

- Pourquoi le passage au français? Qu'est-ce que cela implique? Et du coup, je vais te demander si tu avais quand même des références musicales françaises?

Manuel Etienne: Je suis passé au français parce que j’avais des choses précises et précieuses à dire et que mon niveau d’anglais ne me le permettait pas. Le français m’offrait une nouvelle liberté et ça me faisait marrer, c’était en 2009, la pop (en France) se chantait en anglais. Je sais qu’il y a des gens qui m’ont laissé sur place (vu que je viens du rock et du garage et qu’il n’y a pas pire « coincés du bas » dans le milieu) lorsque j’ai fait cette démarche, c’était d’autant plus excitant… j’aime bien enlever les cailloux blancs derrière le petit poucet de la brigade du bon goût. A la base je m’imaginais bien faire une sorte de variété lo-fi. Comme si les Moldy Peaches chantaient du Manset. On ne veut pas de ce que je fais, pas grave, je fais ce que je veux. Aujourd’hui que le français est à nouveau « fashion », je vais pouvoir repasser à l’anglais (ah ah ah !).

Ça implique que c’est beaucoup de travail me concernant. Il faut que ça ait du sens, que ce soit musical, et que ça résonne / raisonne pour l’auditeur, que ça fasse écho. Je suis un peu un psychopathe de la justesse dans l’écriture alors je reviens je ne sais combien de fois sur chaque texte jusqu’à ce que ça me plaise complètement. Moi, je ne me lève pas un matin avec des paroles toutes prêtes, un album inventé en rêve, avec l’arrangement pour tuba et cornemuse qui va avec, je n’ai pas ce talent. Il faut que je travaille, que je cherche (parfois ailleurs), il faut que ça m’amuse, et aussi il me faut l’aide d’autres gens si je veux aller plus loin.

Concernant mes références françaises, il s’agit + de chansons en français précises ou un album en particulier que d’un artiste dans toute sa globalité. Yves Simon, Christophe, William Sheller, Alain Bashung, Françoise Hardy, Katerine, Michel Delpech, Alain Souchon, Jean-Louis Murat (vous connaissez ?), Daniel Darc, Elli et Jacno, Etienne Daho, Georges Brassens, Pierre Vassiliu, Dominique A, Noir Désir, Albin de la Simone, il y a plein de choses que j’aime bien chez eux.

Même certaines chansons de Michel Berger (Seras-tu là ?), Véronique Sanson (Amoureuse) ou Daniel Balavoine (Lipstick Polychrome) je peux aimer. Ah merde ça y est je viens encore de perdre 10 points de popularité chez les punks, zut ! A moins que ce ne soit ça – être punk.

Mais pour être honnête, ça doit représenter 5% de ce que j’écoute, il est vrai. Je l’avoue. Alors j’essaye de développer une écriture un peu personnelle. J’essaye.

Pour Ni Pluies Ni Riens, au moment de composer, j’ai baragouiné un peu n’importe quoi en anglais, ça m’a aidé à me rapprocher de mes références, à trouver des mélodies « décomplexées », puis seulement après j’ai écrit en français. Comme ça j’ai pu garder ce côté anglo-saxon qui m’était tellement cher.


 

- Tu as vécu longtemps sur Lyon? Est-ce que tu as gardé une autre impression de la ville que la rivalité entre groupes?

Manuel Etienne: Je n’y ai vécu qu’un peu plus d’un an et encore je n’y étais pas tout le temps. Je ne connais pas assez bien pour affirmer qu’il y a une réelle concurrence entre les groupes, j’imagine bien qu’il y a des collectifs, des associations qui se bougent, des labels et des réseaux de groupes qui travaillent main dans la main, du moins je l’espère pour une ville aussi grande. En si peu de temps, il est difficile de faire des connexions et dans la musique je n’en ai pas fait, ça c’est sûr. C’est un ressenti personnel, j’y ai joué 5 ou 6 fois (Le Bistroy, Le Citron, un théâtre et d’autres bars dont j’ai oublié le nom…), à chaque fois j’y ai trouvé un public un peu « froid », « snob ». Peut-être que je n’ai pas eu de chance. A l’époque on m’avait proposé une date au Ninkasi avec Toxic Kiss, un de nos musiciens n’était pas disponible, j’étais dégoûté, j’aurais tellement aimé y jouer dans ce lieu. Ce qui est sûr c’est que la ville est très belle. Les pentes de la Croix-Rousse, le parc de la Tête d’Or, son jardin botanique, c’est magique. Et autour de la métropole, un détail qui a son importance pour moi, c’est illico presto - la nature. J’aime les deux. Le béton et la forêt. En 2010, j’y suis retourné avec Charly Sun, un duo qu’on avait monté à Paris avec mon meilleur ami, au Kraspek Myzic. Il y avait dix personnes ce soir-là et parmi elles, Christian Quermalet (The Married Monk) qui est venu me parler à la fin, il avait beaucoup aimé. On est resté en contact et l’an dernier il a mixé, produit Ni Pluies Ni Riens. Il n’est plus sur Lyon mais à Paris à présent.

- Je signale une jolie reprise live en compagnie de Christian Quermalet à visionner sur ta chaine youtube. Ton expression "variété low fi" confirme l'impression que j'avais à l'écoute du disque, de ne pas se trouver devant un disque qui se veut forcement rock, même si on retrouve aussi ce côté là (notamment sur le dernier titre où tu lâches un peu plus la voix). Est ce que l'idée était aussi d'être accessible ?

 

Manuel Etienne: En fait je ne cherche pas à correspondre à un public, une époque, à plaire ou déplaire. J’écris simplement les chansons qui me viennent selon l’humeur, l’instant, avec cette obstination à chasser le détail, la fantaisie, la sincérité. Je pense que Tom, David et Fabien ont le même raisonnement. Variété Lo-Fi je l’employais lorsque nous produisons des disques avec trois bouts de ficelles et puis je trouvais ça marrant d’être à la fois influencé par Daniel Johnston et Christophe pour donner un exemple. Le dernier album n’est vraiment pas Lo-Fi. Le prochain le sera peut-être, qui sait… Nous aimons tellement de choses, pourquoi se restreindre à une étiquette, un son, une mode.


- Plaisir personnel: tu cites Manset... je suis obligé d'y revenir puisque j'essaye de le citer à chaque interview. Est-ce que tu l'apprécies? plus certaines périodes?

Manuel Etienne: Ahahah ! Je dois être moins connaisseur que vous, ma femme ou encore mon beau-père, il ne faut pas que je raconte des conneries. Oui je l’apprécie beaucoup mais je ne connais pas encore toute son œuvre. Un jour je me le promets. « Sur Manitoba ne répond plus (2008) », j’adore « Dans un Jardin que je sais », « Comme un Lego » que Bashung reprendra sur « Bleu Pétrole ». Un disque que je n’aime pas d’ailleurs. Pour moi « Comme un Lego » sublimé par la voix de Bashung sauve l’album. En fait, il s’agit - encore une fois - plus de titres en particulier que d’albums entiers ou de périodes. « Attends… que le temps te vide », « La neige est blanche », « Entrez dans le rêve » (que je reprendrai un jour), « Je suis Dieu » et tant d’autres. On me parle souvent de La Mort d’Orion (1970), il faut que je prenne le temps de l’écouter.

 

 

- Obligations du blog: tu cites aussi Murat... j'espère que tu ne t'es pas senti obligé. Tu écoutes ses disques? Est-ce que tu peux nous citer un album préféré ? 3 chansons préférés (c'est mes questions rituelles...)

 

Manuel Etienne: Non j’ai toujours adoré sa voix, depuis gamin. Je ne connais pas tous ses disques (pareil, je vais y remédier un jour) mais de tous ceux que je connais, je pense que mon préféré c’est « Tristan » de 2008. A l’époque en 2004 j’avais beaucoup aimé « A Bird On A Poire » aussi, en collaboration avec Fred Jimenez et Jennifer Charles. Trois titres : « Les Anges Déchus », «L’Amour en Fuite », « Mustang ». J’ai droit à un quatrième ? J’aime bien « Le Cafard » sur son dernier. « C’est quoi le cafard ? Difficile à dire. C’est comme un buvard qui te boit la joie, te prépare au pire. »

 

- Peux-tu nous parler de 3/4 chansons de l'album, et nous raconter ce qui te tient le plus à coeur dans celles-ci, cela peut être l'inspiration, le texte, la musique, la production ou leur vécu depuis la création, le live.... ou tout ça....?

Manuel Etienne: La première serait Arcane 99. J’adore comme Christian a produit ce titre. Et pour des raisons sentimentales également puisqu’il parle de mon meilleur ami disparu dans un accident il y a un an et demi. J’imagine que je le retrouve sur une ligne de métro nommée 99. Il y a beaucoup de secrets que l’on aimerait connaître, de choses que l’on ne maitrise pas dans la vie. La chanson est un peu construite comme ça. Le clip d’Oliver Ramberti et Karina Perepadya, je l’aime énormément, ils se sont appropriés la chanson, les mots, en ont fait autre chose tout en respectant le sous-texte. C’est génial.

La Masse de Vide est mon titre favori en Live. Tom a écrit des arrangements terribles. Fabien pareil pour la ligne de basse, ça grince, c’est brut et sensible. David et son charley à la « Shaft » dans le break au milieu. Effectivement c’est le seul morceau de l’album où je me lâche au chant. Ce qui est assez rare, j’ai tendance à hurler et balancer les mots comme pour m’en débarrasser d’habitude. Je ne suis pas vraiment un « calme ». En société j’essaye de l’être mais à l’intérieur je bouillonne. Le texte, c’est le temps qui nous dévore.

Mon titre préféré aussi, la preuve:

- et une dernière?

 

Manuel Etienne: Kelly Capwell, parce que je crois que c’est le seul texte un peu drôle. Je fantasme que c’est Kelly qui à travers l’écran était folle amoureuse de moi et non l’inverse. Il y a un peu le second degré de « Succès fou » de Christophe. On aimerait être beau, alors on l’invente. Et musicalement je crois que l’on a réussi la combinaison cold wave 80’s et pop 60’s ce n’est pas fait exprès mais le résultat est marrant. Je pense que c’est un titre original. Et puis Robin Wright, quelle actrice !

J’aime toutes les chansons de l’album et je pourrais écrire un pavé sur chacune d’entre elles. En fait je n’aurais jamais osé mettre un titre sur cet album que je n’aime pas ou moins que les autres. Nous n’avons fait de compromis qu’avec nos vies privées pour le réaliser ce disque.

 

- ah, Kelly Capwell!! Mince, je n'avais pas fait le lien avec cette série qui avait captivé ma famille toute entière quelques semaines!!  Mais Parle nous un peu du titre "Béziers" qui pourrait être dans une réédition du livre  "Cette chanson qui emmerde  le Front National" du camarade Vignol (au côté du LE FLEGMATIC qui a aussi une chanson du même nom). J'ai vu que tu avais peut-être des connexions à Béziers (depuis que facebook nous permet d'espionner tout le monde). C'est l'origine du titre?    Mais peut-être faut-il préciser que c'est... un instrumental... qui est pourtant assez explicite... même si la douceur du sud est pourtant présente.

 

Manuel Etienne: J’y vais deux fois par an. Mes beaux-parents ont emménagé à Béziers pour se rapprocher de leur boulot (ils sont travailleurs sociaux), et aussi parce qu’ils aimaient la ville, quelques mois avant l’arrivée à l’autorité municipale de l’autre tête de nœud. Ils étaient un peu dégoutés. Il ne faut pas fuir devant la connerie, bien au contraire, et ils ont eu raison de rester. Je trouve ça courageux de leur part, ça va de pair avec leur boulot. Alors les cyniques me disent souvent que la plupart des biterrois l’aiment bien dans le fond ce maire et revoteraient sans problèmes pour lui. Je n’en suis pas sûr du tout, il y a plein de gens sur place qui se battent, résistent ; hors de question de se ranger du côté d’une majorité chauvine comme c’est la mode actuellement.

J’ai imaginé pour ce titre un documentaire sonore en me promenant dans la ville. Du haut des allées Paul Riquet (Roby il aime bien le théâtre, c’est classe. On l’y croise souvent. Le théâtre l’aime-t-il en retour ? Sûr que non.) Jusqu’au Plateau des poètes, j’ai compté à peu près 800 pas. D’où la marche rythmiquement parlant. Puis tout est dans votre question Pierre. C’est assez explicite effectivement. Que se passe –t-il dans ma tête durant ces 800 pas ? Il y a dans cette musique des paradoxes : agressivité - douceur, colère – apaisement, franchouillardise – ouverture. Sur chacun de mes albums il y a (jusqu’à aujourd’hui du moins) un morceau instrumental qui porte le nom d’un village, d’une ville. J’aime bien, la musique est assez forte pour se passer des mots, illustrer, évoquer une situation, une émotion. C’est magique.

 

- Si tu veux nous parler de tes autres projets, groupes etc... puisque tu sembles représentatif du jeune musicien actuel: être sur des multiples "projets"...


Manuel Etienne: Je joue dans Toxic Kiss. Un groupe créé à Strasbourg en 2002. Le line-up a un peu changé depuis les débuts. Nous avons fait 3 albums, un EP et un 45T. Nous sommes tous à Nancy à présent. On y retrouve le même batteur David que dans « Manuel Etienne » (bizarre de se citer, ça fait un peu Alain Delon). Influences punk, brit pop, soul, garage, indie. Le groupe était un peu en stand-by dernièrement, nous étions beaucoup pris avec David sur « Vaudémont » et « Ni Pluies Ni Riens » mais nous retournons en studio cet été pour un 4ème album. J’en suis super heureux.

Il y a également un spectacle musical à Strasbourg qui s’appelle « Billie(s) » avec le pianiste Sébastien Troendlé dans lequel je joue, écrit. Nous sommes 4 sur scène, c’est entre jazz, pop et opéra rock. On raconte une histoire, un secret (Billie) à travers un concert (et inversement). Il y a une scénographie, une mise en scène, j’ai co-écrit le texte avec Nicolas Turon. J’adore ce projet, c’est très fantaisiste comme j’aime.

Après quelques années de stand-by, il y a également le groupe Lova Mi Amor. De l’indie pop mais avec des instruments traditionnels et acoustiques, et un côté très folk donc. Ainsi que des influences qui débordent un peu des traditions européennes – africaines et cubaines notamment. Pareil que pour Toxic Kiss, nous allons en studio cet été pour un second album qui devait à la base sortir en 2009 je crois. Mais à l’époque, géographiquement, c’était mission impossible pour se voir. On refait tout.

Dans ces groupes je suis principalement chanteur guitariste et auteur-compositeur mais je suis également guitariste chez Rich Deluxe (Nancy – Pop Soul Garage) et Malaquet (Chanson Rock – Nantes) en renfort, pour filer un coup de main. Et c’est tout.

 
Merci Manuel!
 
Interview réalisée par mail du 17/01 au 11/04/2017
 
Retrouvez MANUEL ETIENNE sur :
sa Page Facebook
 
Manuel Etienne // Sortie d'album (3rd) Ni Pluies Ni Riens le 18 Nov 2016
Les Disques de la Face Cachée / Lafolie Records (distrib. Differ-Ant, Idol)
Booking : BLOODY MARY - Marie Vialle
contact@bloodymarymusicandrecords.com

 

- Premier album VAUDEMONT en écoute sur bandcamp (“Entre français et anglais, entre punk britannique et pop française, entre passé et futur, spleen rêveur et mur du son urbain, Manuel Etienne se taille un territoire bien à lui.” MAGIC – Mai 2014 –). On peut aussi y écouter "ni pluies, ni rien)

- Retrouvez Manuel avec les BILLIES:-
06.05.17 - Le RiveRhin de Village-Neuf

07.11.17 - L'Illiade (Illkich-Graffenstaden)

 

- Une autre interview (pour aller plus loin): site Skriber   (Dans la chanson, il s’agit d’évoquer des conditions en rapport avec ces riens. « Si la mort c’est du courage, je veux bien laisser ma place ». Dans ce cas, de quel courage te sens-tu capable ? ou As-tu déjà été confronté à ce vide ? )

 

- Quelques chroniques du disque: 

Indiepoprock (noté 9),

nosenchanteurs  Ni pluies ni riens fait partie de ces albums qui vous séduisent à la première écoute et que chaque nouveau passage révèlera un peu plus, cependant, tant on y découvrira de subtilités musicales, de sens caché.

addict culture  Sur ce disque,  Manuel et les trois autres musiciens qui composent son groupe parviennent à transcender la trame voix-guitare-basse-batterie en variant les atmosphères et les climats, et en instaurant des ruptures de rythme et de ton à l’intérieur d’un même morceau

LA MUSIQUE EN PLUS:

J'avais envie de refaire un peu de pub pour le bel album de BRIAN S CASSIDY dont j'avais déjà parlé  ici  (L'album "alpine seas" est sorti chez Microculture en novembre, et ça fait du bien par où ça passe. Les amateurs du "cours ordinaire des choses" et des Delano orchestra peuvent aimer...  Un américain d'Austin qui chante les lacs alpins, ça peut faire peur (ah, du folk indie barbant!!)... mais  c'est un petit bijou, avec une très jolie voix, et des orchestrations et des ambiances assez variées. Excellent pour le moment.)

A écouter ci-dessous le très beau: "the south" (et son banjo et son final avec choeur d'enfants, cordes)  et   "make believen" et ses cuivres... et sa rupture de ton en milieu de chanson. Magnifique.

Facebook de Brian   et l'album sur bandcamp

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 21 Février 2017

J'ai découvert Erik Arnaud aux côtés de Florent Marchet (du temps de Rio Baril), partageant la scène avec Murat le 7/7/2007 du côté de Cluses (c'est la seule date de concert dont je me souviens)... Ensuite, son disque "L'armure" est sorti et n'a pas  quitté mon mp3.  Il avait accepté de répondre à mes questions en 2010 (à lire ici). Depuis... peu de nouvelles. Régulièrement, sur facebook,  des messages lui étaient adressés pour lui dire qu'il nous manquait... mais il se faisait discret: un titre présent sur une compil ou une prestation live pour l'expo du photographe Stéphane Merveille... Pratiquement rien. C'est donc avec une joie réelle que nous avons apprenions la sortie d'un EP dans le cadre d'un projet de la maison MONOPSONE, regroupant Erik, mais aussi Matthieu Malon et Orso Jesenska.  L'idée du "TRYPTIQUE 2017- 3 EP": sortir 3 disques regroupant 6 chansons, dont deux reprises, illustrés par des photos de S.Merveille prises à la Dune du Pilat. Et les titres d'Erik ne m'ont pas déçu... J'ai écouté des centaines de fois  ses "Golden femme" et "Golden homme".  Et si ses premiers disques sont souvent jugés comme marquants, voire cultes, j'avoue préféré le quadra qui assume ses références, et surtout sa voix, au jeune adulte qui joue au sale gosse, même s'il cite Manset... (démo "ma chanson française" présente également sur le disque). On attend donc la suite avec impatience!

Je vous propose donc de prendre des nouvelles d'Erik Arnaud... et j'ai posé ensuite mes questions rituelles à Orso Jesenska et Matthieu Malon... car eux aussi apprécient particulièrement Murat.                                                                   

Inter-ViOUS ET MURAT- n°23: Erik Arnaud, Matthieu Malon et Orso Jesenska

Erik ARNAUD:

- Vrai come back?

Erik Arnaud: Oui j'espère. L'idée avec cet EP est de relancer la machine (à écrire). Album à composer/enregistrer/sortir cette année

 

 

- Monopsome?

Erik Arnaud: Monopsone m'a aidé à sortir l'Armure en 2010. Denis est un grand fan de mes albums précédents. Ils sont très branchés indé US/UK mais ils aiment aussi certains chanteurs français. La preuve avec ce tryptique 3EP.

- Stéphane Merveille ?

Erik Arnaud: Je connais Stéphane depuis presque 10 ans. C'est lui qui me relance régulièrement pour sortir des disques. L'idée du 3EP, c'est lui. Il a toujours plein d'idées. Il est arrivé chez Monopsone en même temps que moi (il est responsable de l'Armure sorti en 2010). Depuis il s'est fait une belle place en réalisant beaucoup de pochettes et portant beaucoup de projets avec les autres gars de Monopsone

- Malon et Jesenska?

Erik Arnaud: Je connais Matthieu Malon depuis quelques années déjà mais on ne se voit pas souvent malheureusement. Je crois pouvoir dire qu'on s'apprécie. Orso Jesenska, je l'ai rencontré une fois (lors d'un vernissage d'une expo de Stéphane Merveille). On s'est bien entendu et je suis content de le revoir prochainement lors des 2 concerts que l'on va faire tous les 3. J'espère qu'il y en aura d'autres.

- Balavoine que tu as choisi de reprendre (après ta reprise de Manset sur le dernier album)?

 Erik Arnaud: Une madeleine de ma jeunesse (ce titre et l'album Sauver l'amour). Pas vraiment fan de sa discographie en général mais j'adore ce morceau qui n'est pas vraiment loin de Manset sans que je sache vraiment pourquoi.

- Mon Facebook m'a rappelé hier qu'on avait eu des nouvelles de toi il y a tout juste deux ans à l'occasion de la parution du titre "mécaniques" sur une compil Monopsome. On nous annonçait à l'époque un EP Dans les prochains mois. Qu'Est-ce qui s'est passé?


Erik Arnaud: Le temps passe trop vite. Mon activité professionnelle me prend du temps. J'accumule beaucoup de musique mais malheureusement je suis beaucoup moins prolifique au niveau des textes. Il me faut du temps, du recul, certes, mais j'avoue ne pas suffisamment me mettre en 'situation d'écriture', si tant est que que concept existe. il faut vraiment que je crée ces conditions pour que les 'choses' avancent.

- Parle nous un peu plus de ses deux sublimes titres GOLDEN HOMME/FEMME qui quittent très peu mon autoradio.


Erik Arnaud: Golden homme est venu il y a un an environ, j'ai commencé à l'enregistrer version guitare puis j'ai peu à peu introduit des éléments plus synthétiques jusqu'à presque gommer la guitare. Golden femme est très guitare par contraste. Aucun de ces 2 morceaux n'est particulièrement annonciateurs des chansons à venir. J'aime les claviers, les sons synthétiques et les guitares. L'évolution est peut-être à chercher du côté non pas de la variété de l'instrumentation mais plutôt du nombre d'instruments utilisés dans un morceau. S'en tenir aux mélodies fortes en les mettant en valeur avec le chant et un ou 2 instruments seulement est une option possible pour le futur.

- Tu nous avais dis envisagé de te tourner un peu vers la langue anglaise il me semble pour l'avenir après l'armure.  Est-ce que ça n'a pas été concluant?

Erik Arnaud: J'avoue ne pas avoir essayé finalement. Je ne dis pas que je ne le ferai pas: j'irais plus vite car j'évacuerais en grande partie la question du sens mais je perdrais inévitablement ce rapport à la chanson et l'importance du texte. Comme une impression de tricher et de céder à la facilité, impression très personnelle car je respecte les français qui chantent en anglais. Il n'y a pas à mes yeux/oreilles de mérite/honneur ou valeur ajoutée à chanter dans sa langue maternelle. Seules comptent l'émotion de celui qui donne et celle de celui qui reçoit. Les outils, les sujets abordés, la langue, la forme, le fond, peu importe.

 

 

Merci Erik, et on espère à très vite !

 

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LES QUESTIONS RITUELLES de l'INTER-ViOUS ET MURAT- 
à  Orso Jesenska et Matthieu Malon
 
 
Orso JESENSKA:
 

© Julien Bourgeois   

 
- Murat- et vous? 
 
La première fois que je l'ai entendu c'est vraisemblablement quand j'étais gamin et que passait beaucoup son duo avec Mylène Farmer et les "tubes" du début des années 90 qui me marquait beaucoup étant enfant, cette mélancolie de résistance au cynisme, la sensualité de la voix. Après, la véritable découverte c'est avec Dolorès. J'avais 16 ans et j'ai entendu Dieu n'a pas trouvé mieux à la radio. Puis tout l'album, puis toute sa discographie. Je crois que j'ai tous ses albums mais ceux que j'aime moins. Il reste celui  qui a écrit parmi les plus belles chansons que je connaisse même si j'ai parfois eu du mal à tout suivre, à tout aimer dans sa prolifique production.
 
- Votre album préféré?
 
J'hésiterais entre cheyenne automne parce qu'il me bouleverse absolument, le live à Dolorès et Mustango... .Mais je crois que ce j'écoute le plus chez lui c'est ce qu'il ne met pas forcément sur les albums
et 3 chansons? et pourquoi? D'où mes 3 chansons préférées: la chanson de Dolorès, Le coup de Jarnac, Royal Cadet. Bon en vrai je pourrais en citer plein d'autres qui sont sur ses albums mais le fait qu'elles soient sur des lives, des compils ou des faces B me les rendent plus précieuses encore. On sent que Murat sur ces morceaux "secondaires"est au sommet de ce qu'il sait faire, poétiquement et mélodiquement, comme si l'enjeu n'était pas aussi plombant que sur les albums.
 
- Un souvenir de concerts?
 
J'ai dû voir Murat 3 ou 4 fois en concert. Ca condense pas mal de choses, sublime comme personne par moments et agaçant dans certaines de ses interventions (me souviens d'une chanson un peu nulle sur José Bové). La tournée du Moujik est peut être celle que j'ai préférée.
 
 
- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration? 
 
Quand j'ai commencé à faire des concerts je reprenais Le troupeau. Je crois que Murat a compté dans beaucoup de mes chansons, peut être "les vrilles de la vigne" est celle où j'ai le plus pensé à lui.
 
 
 

 

- Matthieu MALON:

-  Murat- et vous?
 

C'est un ami qui m'a fait découvrir Murat en 1991. C'était un samedi après midi pluvieux dans sa chambre. On s'échangeait plein d'albums et il avait entendu quelques titres à la radio et venait de s'acheter les 2 derniers disques. Il m'avait fait une cassette, que j'ai toujours d'ailleurs.
Depuis je ne rate pas une sortie.


 

-  Votre album préféré?
 

Cheyenne Autumn et Babel

 - Et 3 chansons?

1- L'ange déchu
2- Le lien défait
3- Tout est dit
Pourquoi celles là : parce qu'il faut faire un choix et en même temps il y en a tellement...


- Un souvenir de concerts? une anecdote d'un live?


J'ai vu JL Murat plusieurs fois mais je retiendrai les extrêmes : un concert touché par la grâce, très calme et très "aérien" à Orléans il y a une dizaine d'années. Et le concert avec Trash Palace à la Route du rock en 2002 ! JL haranguait la foule et était très bavard ce soir là, il m'a fait beaucoup rire !

- Y'a-t-il dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou une chanson dont il aurait participé à l'inspiration?


Mon style d'écriture est finalement assez éloigné de JLM mais j'ai repris Le Lien Défait il y a quelques temps pour un concert, j'aurais beaucoup aimé avoir écrit cette chanson, comme un bon paquet d'autres d'ailleurs. Et j'écoute régulièrement sa reprise de Cohen traduit en français. C'est une beauté. Il est d'ailleurs très bon pour cet exercice car c'est sa reprise d'Arab Strap traduite qui m'a donné envie de faire un album de reprises anglais traduites, projet que je mènerai à bien un jour ou l'autre.
 

 

 

 

Les 3 EP disponibles à l'unité en CD ou en vinyl sur MONOPSONE et dans les bonnes crémeries.

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 28 Novembre 2016

Allez, soyons fou, soyons fou, ne résistons à aucune incongruité pour alimenter ce blog: invitons un journaliste sportif du PARISIEN à parler de Murat! ... Quoi "quoi?"? Non, je ne suis pas devenu dingue!    DOMINIQUE SEVERAC a beau être  membre de la joyeuse bande des chroniqueurs de "l'équipe du Soir" (sur l'équipe 21) qui, sans se lasser, discutent de Lass, Benzema, de Knysna ou autre Bielsa durant des heures, il n'en ait pas moins un grand admirateur de Murat et fan de bonne musique en particulier... Non! même pas de Sardou! Il a même interviewé Murat pour le journal "l'Humanité"! Oui, l'Huma!  Et on pourra même en profiter pour  revenir une fois de plus sur quelques propos de Murat autour du football, un sujet sur lequel il était régulièrement sondé (allant jusqu'à se faire chroniqueur pour Libération). Certains de ses mots sont même repris encore actuellement dans le monde entier (à propos de Zidane).

Dominique a sorti un livre avant l'euro "la face cachée des bleus", édition Mazarine-Fayard, avec quelques anecdotes croustillantes sur les coulisses de l'EDF... mais avec toujours un regard bienveillant et humaniste (de gauche?), qui est souvent sa marque de commentateur. 

(Dans les inter-ViOUS et MURAT, la catégorie "journalistes" était déjà bien représentée (avec Olivier NUC, Philippe BARBOT), pas sûr par contre qu'on recroise un jour un spécialiste du PSG).

 

- Pour commencer, j’aimerais en savoir un peu plus sur votre parcours personnel (contexte familiale, étude) si cela ne vous ennuie pas. En effet, on ne trouve pas d’éléments biographiques sur le net vous concernant, je ne sais pas si c’est quelque chose sur laquelle vous veillez. J’ai vu que vous aviez fait des études à Lyon 3, on s’est peut-être croisé sur les quais 

D. Sévérac: Je ne sais pas si c’est très intéressant en fait. Et si on ne trouve rien, c’est parce que je ne suis pas connu et que ça n’intéresse personne. J’ai fait une licence d’histoire à Lyon III de 91 à 94. Une école de journalisme (ESJ Paris) de 94 à 97.

- Comment êtes-vous rentré en « journalisme » ?

D. Sévérac: Bernard Lenief, journaliste au courrier de Saône et Loire, animait un après-midi un atelier journalisme au collège. J’avais 11 ans (c’était en 1984) et il m’a donné envie de faire ce métier. Je ne l’ai jamais revu en dehors de ce jour-là.

- Et la musique ? Votre facebook déborde de photos du Velvet, et d’un peu de Murat, parfois du Cohen, du Manset, du Bashung et très peu de football… Comment la musique est venue à vous ? (vos parents ? la radio ?....). Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ?

D. Sévérac: Une curiosité personnelle. Beaucoup d’écoute de radio et un jour Bernard Lenoir. En 86 sur Europe 1 puis sur France Inter jusqu’à la fin. 25 ans à l’écouter tous les jours ou presque.

- Quels sont vos grands souvenirs musicaux (album, concert…) ?

Tout Murat, tout Manset, Tout le Velvet, tout Lou Reed, les Beatles, Neil Young, Iggy Pop, Bowie, Cash, Kills, Strokes, Ferré, Brassens, Bashung, Gainsbourg et tant d’autres. J’ai 2000 disques je pense, peut-être plus, peut-être moins, je ne compte pas. Leonard Cohen plus grand concert en 2008 à l’Olympia. Les Pixies à Belfort dans les 80’s. Le Velvet en 93 à l’Olympia. Lou Reed en 92 à Lyon. Dylan à Belfort. J’ai vu tous ceux que je voulais voir sauf Iggy Pop.

- Alors, je me rappelais vous avoir vu en photo avec un fan de Murat à la suite d’un concert parisien de celui-ci et je suis tombé sur une vieille interview parue dans l’humanité en septembre 99. Est-ce le début de votre histoire avec Murat ? Comment le journaliste sportif se retrouve à interviewer Murat ? (il y a effectivement quelques questions sur le sport).

D. Sévérac: Murat, je le découvre à la sortie de Cheyenne Autumn, sur Inter et dans Lunettes noires pour nuits blanches chez Ardisson. Coup de foudre immédiat. Un ami rencontré à l’école de journalisme m’a permis de réaliser cette interview. Il travaillait alors à France Soir et il a demandé à JLM si je pouvais venir. Il a accepté. On a passé deux ou trois heures ensemble rue des Tourelles chez son label de l’époque. C’était génial. Ses réponses sont fantastiques. Ma seule itw de lui. Je ne l’ai jamais rencontré depuis.

- Entretenez-vous des relations avec lui ?

D. Sévérac: Aucune

Questions rituelles :

-Votre album préféré de Murat ? et pourquoi

D. Sévérac: Peut-être Mustango. Peut-être parce qu’il synthétise tout ce que j’aime de lui, dans les textes, les mélodies, les recherches, les expérimentations, les duos. Un album symbole de ce qu’il incarne : le génie musical, la poésie chantée

- 3 chansons de lui ?

D. Severac:

1) New Yorker. Le train bleu. Ma demeure c’est le feu.

2) Noyade au Chambon. Entre Tuilière et Sanadoire. Tomber sous le charme.

3) La liberté. Au pays de Giscard. Le corridor humide.

- Un souvenir particulier d’un concert ? des impressions de Murat en live ?

D. Sévérac:   Les concerts à la Cigale entre 2000 et 2010. Tous bons, tous drôles.

Concert de Murat à l’opéra Bastille, organisé par la FNAC Bastille qui n’existe plus. Je ne me suis jamais ennuyé à un concert de JLM. Ils ont tous une saveur particulière, leur originalité. C’est chaque fois un moment fantastique.

Dominique à la sortie d'un concert de Murat (au trianon) avec Martial - t'es le plus fort Jean-Louis- de Destination Murat (fb)

Dominique à la sortie d'un concert de Murat (au trianon) avec Martial - t'es le plus fort Jean-Louis- de Destination Murat (fb)

- Est-ce que dans le milieu du sport, vous avez trouvé des gens qui partageaient votre goût pour la musique de qualité ? chez les journalistes ou des sportifs ?

D. Sévérac:  Il y en a, oui. Christophe Larcher à L’equipe vient quasiment à tous les concerts de Murat, invité par Marie Audigier dont il était le voisin ! Il n’a pas de passion pour Murat mais il aime bien. Olivier Joly, qui vient de quitter le JDD, aime beaucoup aussi sans être fan. Jocelyn Gourvennec, l’entraîneur de Bordeaux, est connu pour ses goûts musicaux originaux (par rapport au milieu dans lequel il évolue où c’est Sardou et rap pour schématiser)

- La grande passion pour l’évènementiel sportif de la part de Murat qui disait « « A part le foot et lire l’équipe, les plaisirs y en n’a pas à la pelle » en 91, semble s’éteindre à partir des années 2000 (le 2e album des rancheros ne voit pas le jour en 2002, «Ça a été un tel fiasco que ça nous a coupé la chique ! On n'est pas des professionnels les Français n'assurent pas, on n'enregistre pas Impossible de faire semblant alors qu 'on était accablés... 2006, il déclare avoir regardé la finale avec le maillot italien, puis en 2008, qu’il n’aime plus le football.

En 2013au figaro, « Le foot, ça va, j’ai lâché l’affaire… Bon d’accord, il y a MESSI, le nouveau Bonaparte, un génie. Sinon, les autres, ils sont complètement idiots, vraiment trop bêtes. C’est impossible de s’investir sur des gros nazes pareils qui ne pensent qu’à s’acheter des grosses voitures et à tirer des gonzesses. Ils sont encore plus cons que les rappeurs ! Ils n’inculquent aucune valeur. La Coupe du Monde au Qatar, ça aussi, c’est une bonne fumisterie. Ils ont acheté tout le monde, Zidane a pris une fortune, et maintenant, ils veulent la faire jouer en Janvier. Qui regarde la coupe du Monde ? Les mômes. Qu’est-ce qu’on va leur dire à ces gamins qui ont école en janvier et qui ne pourront pas se lever à 4 h du mat pour suivre les matchs ? Mais c’est quoi ce travail ! » ou encore

« « L’équipe de France c’est onze adolescents qui cherchent leur maman. Ils vont peut-être devenir des hommes à 35 ans, mais en attendant, il faut se taper une espèce de petite tribu de nigauds »

Ces dernières citations, est-ce un résumé de « la face cachée des bleues » ?

D. Sévérac: Pas du tout. C’est très drôle de la part de JLM mais moi, j’ai juste exposé des faits, raconté 20 ans de off des Bleus, sans porter de jugement. C’est au lecteur de décider.

- Dans votre interview de 99, il était assez prophétique concernant Anelka :

- " Les footballeurs, ce n’est pas possible. Je pense qu’ils ont essentiellement un rôle éducatif. La ségrégation, par exemple, diminue beaucoup grâce au sport. Il faut avoir un peu de tenue. La façon de se charger de Virenque, c’est de la gnognotte en comparaison des déclarations d’Anelka. Le joueur donne cette idée que c’est un élu, que le don lui est tombé dessus et envoyez la monnaie, tout pour ma pomme et je vous emmerde. C’est un modèle tragique. Je n’aimerais pas avoir douze ans et porter un tee-shirt Anelka. S’il prend la monnaie, c’est bien parce qu’il y a des crétins comme nous qui ont été pendant quinze ans abonnés à l’Équipe, qui se sont pelés en février à Saint-Étienne, qui ont pris les abonnements Canal pour suivre les matchs, etc. Anelka ne va pas nous dire fuck quand même. Il nous dit : " Fuck ", on lui dit : " On t’emmerde ". On t’emmerde. Quand on suivait l’équipe de Georges Boulogne, il était où lui ? Moi, j’étais à fond derrière. Avec les petits résultats de Georges Boulogne, on a peut-être construit un petit bout de parpaing à Clairefontaine où lui a été logé, nourri pour apprendre le job. Il ne va pas venir me dire fuck à moi maintenant. Je ne peux plus supporter cette mentalité ". Est-ce qu’Anelka mérite au bout du compte cette image ?

D. Sévérac:  Evidemment, c’est du Jean-Louis, c’est drôle, provocateur, subtil, génial, poétique. Il ne faut pas se focaliser sur Anelka en particulier. Il dit vrai sur beaucoup de joueurs. Après, il faut les connaître, leur parler pour bien analyser leur vie. C’est plus complexe que ce que dit JLM même s’il y a une part de vrai.

- Dans toutes ses déclarations, transpire l’enfant, ses rêves devant les exploits, et les déceptions de l’adulte… Entendre PLATINI dire : « Pardon où sont les toilettes », ça me dégoûterait (rires) … C’est la déception permanente .Ce sont des rêves d’enfance. J’ai tellement fantasmé sur tous les trucs de sport sans voir ce que c’était vraiment. C’est une façon d’aller au plus près de sa passion. Mais j’en retire comme à chaque fois de la déception.

On peut retrouver le même de genre de citations quand il parle de ses héros musicaux (rolling stones). Est-ce que pour être journaliste sportif, il faut être un grand enfant ?

D. Sévérac: Ce n’est que ça. Le foot, c’est l’enfance. La part de rêve et d’éternité. Le reste, ce sont des foutaises.

- Vous avez écrit : « Le problème des footballeurs, c’est qu’ils sont seuls, toujours dans le doute, avec une soif de reconnaissance qui ne peut pas être comblée par leurs millions ou leur vie de famille ». Le footballeur est-il un artiste comme un autre ?

D. Sévérac:Il y a des similitudes. Mais tous ne sont pas artistes dans leur expression. Il y a des Calogero ou des Garou aussi chez les footballeurs. Mais leur vie se compare même si l’un crée de l’art et l’autre ne donne que des émotions, ce qui est déjà pas mal.

- Vous êtes très élogieux sur DESCHAMPS dans le premier chapitre du livre : Deschamps, c’est un héros français. Ce n’est pas une légende comme Platini, Zidane ou Noah, mais c’est le capitaine de l’équipe de France championne du monde et championne d’Europe, le type qui a réussi partout où il est passé ». Même si Murat le tacle gentiment dans So foot, dans la chanson « la loi du sport », il dit : Elle m'a r'pris de l'aspirine Puis un ouvrage pour cinéphile Quelqu'longueurs en toile de jute Mon effigie d'Didier Deschamps ». Je vois son indulgence pour Deschamps pour le côté extrêmement populaire que l’entraineur a gardé (populaire pour Murat, donc un « fan de Michel Sardou »). Qu’en pensez-vous?

D. Sévérac:  Deschamps est très populaire en effet. Je suis élogieux sur l’entraîneur, l’homme je ne le connais pas et ses goûts musicaux m’importent peu. Deschamps ne connaît sans doute pas JLM et ça ne me dérange pas. Ce n’est pas ce qu’on lui demande.

- Sur le cyclisme.. Les déclarations de Jean-Louis ont souvent portés sur le dopage… et défendre Lance ou Virenque. « Je suis complètement étanche à ça. Pour moi le dopage n’existe pas. C’est comme la drogue, cela tue les cons ! Les gens qui n’aiment pas le sport n’arrêtent pas de parler du dopage. C’est le cas notamment du journal L’Equipe. ZIDANE ou NOAH chargés comme des mules, ça ne les a jamais dérangés ». Une petite réaction ?

D. Sévérac: Jean-Louis Murat  en rajoute, comme souvent. JLM, fait du Zlatan et j’adore ça. Tant que c’est drôle… Avec Jean-Louis, c’est toujours drôle. Le fond mériterait des heures de débat. Avec JLM, je ne sais jamais s’il pense à 100% ce qu’il dit ou s’il veut créer le débat. 

- Quand Murat critique, ça passe souvent par la critique des médias et des journalistes : en 99 , il vous disait : « Les sportifs peuvent toujours compter sur les médias pour abrutir le peuple et passer leurs petites combines ». En tant que journaliste sportif qui revendiquez une vraie position de journaliste, avec une déontologie, et pas refuser d’être considéré comme « un supporter », est-ce que les attaques de Murat contre les journalistes vous chagrinent ? (A la maroquinerie en mai dernier, il sabordait la fin de son concert dans un coup de gueule contre les journalistes) ?

D. Sévérac:  Je déteste plus que je n’aime les journalistes donc ça ne me dérange pas du tout. C’est un métier génial, que j’adore. Je m’éclate comme un fou mais force est de reconnaître qu’il est pratiqué par une ribambelle de connards et d’abrutis, qui ne savent pas écrier, cherchent le buzz et répètent ce qu’ils ont lu ou entendu sans esprit critique. Ils ne pensent quasiment jamais par eux-mêmes. En sport, c’est flagrant. Des moutons et des cons.

- Dernière question foot: quel est votre principale source d'excitation à propos de "l'année football" à venir?

D. Sévérac: Le PSG d’Unai Emery évidemment. Ben Arfa, un génie . Les Bleus et les qualifs pour le Mondial. Dembélé à Dortmund. Carlo au Bayern, le meilleur entraîneur du monde. Benzema, éternellement.

 

 

Interview réalisée par mails en septembre 2016

 

LE LIEN EN PLUS : MURAT ET LE FOOT (repères non exhaustifs)

 

1990   Chroniques dans Libé pour le  mondial 90

1991 (Les Inrocks)   « A part le foot et lire l’équipe, les plaisirs y en n’a pas à la pelle ».  

1994  Dans l'équipe,  « Toutes ces affaires dans le foot … C’est la vieille bourgeoisie contre les bougnoules »

1998  Achille à Mexico (Chanson sur Platini)

2000   Les Rancheros (foot, bières et autres, et musique) pendant l'euro 2000

2002  Coupe de monde en Corée.  disque avorté des Rancheros. Commentaire de Murat. «Ça a été un tel fiasco que ça nous a coupé la chique ! On n'est pas des professionnels les Français n'assurent pas, on n'enregistre pas Impossible de faire semblant alors qu 'on était accablés...

2004  Ode à Thierry Henry

2005 Interview dans So Foot (photo avec le maillot du barca)

2006 "Je me sens de moins en moins français, j'ai regardé la finale de la Coupe du monde de foot avec le maillot italien

2008  "je n’aime plus le football" (interviews vidéos de Magic)  "l'engouement pour le foot est un truc de vieux de con"

2009  Chanson "la loi du sport" (Elle m'a r'pris de l'aspirine Puis un ouvrage pour cinéphile Quelqu'longueurs en toile de jute    Mon effigie d'Didier Deschamps

2010 Dans La Montagne : Le décès de Fignon, ça m'a beaucoup touché ; que l'ASM soit enfin championne de France, c'est bien. Quand au football, je ne sais même plus ce que ça veut dire. Aucun intérêt.

2011  Le champion espagnol

2013  Dans le Figaro,  "Le foot, ça va, j’ai lâché l’affaire… Bon d’accord, il y a MESSI, le nouveau Bonaparte, un génie.  Sinon, les autres, ils sont complètement idiots, vraiment trop bêtes. C’est impossible de s’investir sur des gros nazes pareils qui ne pensent qu’à s’acheter des grosses voitures et à tirer des gonzesses. Ils sont encore plus cons que les rappeurs ! Ils n’inculquent aucune valeur. La Coupe du Monde au Qatar, ça aussi, c’est une bonne fumisterie. Ils ont acheté tout le monde, Zidane a pris une fortune, et maintenant, ils veulent la faire jouer en Janvier. Qui regarde la coupe du Monde ? Les mômes. Qu’est-ce qu’on va leur dire à ces gamins qui ont école en janvier et qui ne pourront pas se lever à 4 h du mat pour suivre les matchs ? Mais c’est quoi ce travail !"

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 24 Octobre 2016

Dans un récent article, je reproduisais un article du journal "LA REPUBLIQUE" sur un livre "cantique de l'infinistère" dans lequel Murat était cité...

Le journaliste y indique que : Près du Mont-d'Or [sic!], la ferme de l'Angle est un point d'ancrage «mythique et mystique » pour François Cassingena-Trévedy. C'est là, entre les cols de la Croix-Morand et de la Croix-Saint-Robert, sous le puy de l'Angle, qu'il situe son centre de gravité intime. Son mont Palatin à lui, qui, né à Rome en 1959, a établi sa Trinité-des-Monts entre le puy de l'Angle, le puy de Mareilh et le puy du Barbier (source La rép).  Il dit aussi:  «Les yeux fermés je connais par cœur le chemin des crêtes, l'arc glaciaire du Sancy… la rude beauté de ces infinis me bouleverse toujours autant».

Aucun lecteur de ce blog et auditeur de Murat ne sera surpris par l'effet que peut produire le Sancy sur celui qui le traverse. On en parlait notamment avec Magali Brénon, auteur du livre "jamais par une telle nuit" dans lequel les corps et l'esprit sont remués et éveillés par les forces diffusées par la terre auvergnate. L'éveil raconté dans "Cantique dans l'infinistère" n'est pas par celui du ventre.. mais de l'esprit, autant par l'érudition littéraire que de l'exercice du "pèlerinage", de la marche... sans ambition sportive. L'auteur François Cassingena-Trévedy est moine... et ancien de l'école normal sup... et aussi très connecté:

Le lendemain de l'article, je recevais de l'abbaye où il vit, près de Poitiers, un mail de sa part  pour me remercier... et me demander le moyen de contacter Jean-Louis. S'en est suivie un petit échange.

Quelques éléments biographiques:

Né à Rome en 1959 de père italien et de mère bretonne, il rejoint ensuite les Hauts de Seine... et suit un parcours brillant:  Hypokhâgne et Khâgne au Lycée Louis le Grand (Paris). Entrée à l’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, promotion 1978, option Lettres Classiques.  1980 : Maîtrise de Lettres Classiques (Philologie) avec un mémoire sur Ténèbres et lumière dans le théâtre d’Eschyle, en fréquentant également les cours sur les Pères de l'église.

Il entre en 1980  dans la vie monastique bénédictine et est ordonné en août 1988 alors qu'il continue ses études de théologie.  Latiniste depuis l’âge de onze ans, helléniste depuis l’âge de douze, hébraïsant depuis l’âge de dix-huit, syriacisant depuis l’âge de vingt-six,  il devient spécialiste de la patristique syriaque (la discipline qui traite de la vie, de l'œuvre et de la doctrine des Pères de l'Église, en l'occurrence dans la tradition des chrétiens d'orient  -Je ne manque alors pas de l'informer de l'inédit de Jean-Louis, "le martyre des chrétiens d'orient"-). 

Moine bénédictin,  et très séculier:  Maître de chœur (Schola grégorienne) depuis 2008, écrivain, maître de conférences à l’Institut Catholique de Paris depuis 2001, enseignant invité au Centre Sèvres (Facultés jésuites de Paris). Il intervient ponctuellement à Paris IV-Sorbonne dans les domaines de l’Antiquité tardive, de la musicologie du haut Moyen-âge et de la littérature du XVIIe siècle et collabore au Laboratoire d’études sur les Monothéismes (CNRS).

... Tout cela  tout en travaillant aussi pour son monastère qui a comme source de revenu la création d'émail sur cuivre (créations).  D'ailleurs, il livrera prochainement une de ses créations à... La Basilique d'Orcival (C'est dans le 6.3. pour ceux qui ne connaissent pas). Je ne manque pas (2e fois) de lui faire écouter "Lady of Orcival"... qu'il a l'amabilité de trouver "de fait, magnifique...".

De Jean-Louis Murat, il ne connait que peu de chose:      

" au moins pas de l’actuel.

Mais ce que je connais et sens de lui me fait penser qu’il a un vrai don poétique".

Je me permets alors de lui donner du grain à moudre:  le goût de Murat pour Proust, Léon Bloy et Bernanos (alors que François cite dans son livre d'autres auteurs chrétiens: Claudel, Teilhard de Chardin )... et quelques propos sur le sacré: En 92, dans une émission enregistrée au sein de la basilique d'Orcival, Murat compare les chansons à la prière, en leur capacité de susciter le recueillement. C'est finalement très chrétien?  Est-ce que le chant a toujours fait partie de la liturgie?

 "Tout cela me touche de près et me rapproche encore de Jean-Louis.

J’aime profondément les trois auteurs cités…

C’est vrai que la chanson est prière !

Ma pratique du grégorien est quotidienne et elle est centrale, vitale, dans ma vie.

Le chant a toujours fait partie de la liturgie…".

- Que représente l'Auvergne pour vous?

 

 

" Je la fréquente depuis 1970 (vacances familiales au Mont-Dore) Découverte du pays et du monde paysan en profondeur.  L’Auvergne représente pour moi ce que Julien Gracq disait du Finistère : « une province de l’âme ».  Un pôle d’attraction d’une puissance inouïe. Un « infinistère ».  Lieu de souvenir et de désir, lieu de délicieuse perdition. Nostalgie de ses longues neiges, fascination de ses feux intimes".

 

 François Cassingena-Trévedy sera en Auvergne ces jours-ci:

- le 25:

Dédicace - Librairie Maison de la Presse LE MONT-DORE

le matin - 17, Place du Panthéon 63240 LE MONT-DORE INFOS : 04 73 65 00 87

- le 26:

Dédicace - La Procure de Clermont-Ferrand

de 15h à 18h

- le 29:

Lancement du livre Cantique de l'Infinistère - Bistrot L’écir et l’angélique Brion Haut

à 16h. Bistrot « L’écir et l’angélique » Brion Haut 63610 COMPAINS

 Toutes les infos: sur le site de l'éditeur

le 28/10, dans le cantal, également: Dédicace / Rencontre - Librairie Maison de la Presse à ALLANCHE, 37, Garderie de l’Abbé de Pradt -15160 ALLANCHE à 10h.

 

Et en exclusivité mondiale, voici la petite évocation de Murat dans le livre via un passage à Compains:


 

 

"Le hameau perdu de la Godivelle – quelques maisons autour d’une vaste fontaine circulaire – emprunte son nom à celui d’une très ancienne famille de Besse-en-Chandesse. C’est Antoine Godivel qui compila, en 1575, le terrier de Catherine de Médicis, fille de Madeleine de la Tour d’Auvergne et comtesse de la province à la mort de sa tante Anne. Plus tard, le sieur Godivel, subdélégué de Besse (dont Jean-Baptiste Le Grand d’Aussy rapporte, dans son Voyage d’Auvergne, qu’il échoua, en 1726, à sonder la profondeur du lac Pavin[1]), fait un portrait peu flatteur de la paysannerie du Cézallier : Le païsan naturellement méfiant et qui n’aime pas à faire plaisir craint toujours d’être embarrassé et obligé au-delà de ce qu’on lui propose… Pensant probablement à ces contrées balayées par l’écir, où avait bien dû le conduire quelque visite épiscopale, Massillon – pour le citer encore une fois – n’en donnait pas moins à ses prêtres ce conseil inspiré par la finesse psychologique autant que par l’observation circonstanciée du climat : Ainsi, mes Frères, plus nos peuples sont grossiers et féroces, plus la patience et la douceur sont nécessaires à un pasteur pour les adoucir. Malgré toute leur rudesse, il en est d’eux comme des vents impétueux ; un peu d’eau, une seule parole douce les calme…[2] Les modillons de l’église romane de la Godivelle, figurant les sept péchés capitaux, invitaient-il à résipiscence ces trempes revêches qui ne reculaient ni devant les beuveries aux foires de Brion, ni devant le meurtre lors des partages de terre et des successions d’héritage ? L’édifice est placé sous le patronage de saint Blaise que l’on invoque pour les maux de gorge, les maladies des animaux, et qui a donné son nom de baptême à « l’effrayant génie » auvergnat dont ces quelques mots fameux entre tous ne cessent de me hanter, tant ils pourraient servir d’exergue à la terre que j’entreprends de traverser :

 

Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie[3].

 

Le hameau pourrait se réveiller – se rêver – isthme ou presqu’île entre les deux lacs qui l’environnent, l’un (le lac d’En-Haut) d’origine volcanique, l’autre (le lac d’En-Bas) d’origine glaciaire, et dont l’étrange gémellité, au milieu des sagnes aux allures de toundra, compose l’un des paysages les plus puissamment oniriques qui soient au Cézallier, à moins que ce ne soit tout simplement au monde.

 

Alors de la Godivelle à Compains

On me jure que c’est sortilège…

 

chante un chansonnier contemporain, natif de la région clermontoise[4]. Mais quoique la fascination exercée par les deux miroirs et l’imaginaire qu’ils alimentent compte certainement parmi les ressorts capitaux de mon attrait pour cette contrée, la visibilité est décidément trop réduite aujourd’hui pour que je n’estime pas plus raisonnable de remettre à plus tard l’inventaire de pareils joyaux.

 

            Au lieu de prendre le GR 30 qui file au sud-ouest vers la Godivelle, je contourne donc la Motte par le midi et m’engage sur le GR 41 qui s’en va droit au sud, vers Jassy. J’ai devant moi, au loin, les bois qui couvrent, d’ouest en est, une vaste superficie, depuis la montagne de Las Tiolas et le Teston du Joran jusqu'à la Garde. Il faut un certain temps pour que je retrouve, après la longue pause, mon alacrité du matin, d’autant que je suis alourdi par de nouvelles victuailles. Je salue au passage, dans l’herbe grise, quelques œillets sylvatiques dont la note estivale semble s’être égarée. L’étreinte du froid s’est un peu relâchée en ce début d’après-midi, la terre se fait plus grasse et plus adhésive aux semelles, le dais nuageux s’essaie à s’élever, mais je ne conçois nul regret de n’avoir point poursuivi de côté de la Godivelle, tant ce que j’arpente de ce côté-ci inspire pareillement le sentiment de l’insolite. Tandis que je descends en pente très douce vers des tourbières étendues, je commence de mesurer l’ampleur et la puissance de la houle qui me reçoit dans ses plis, j’entends des filets d’eau qui causent comme des passereaux : les trois syllabes du Cézallier qui roucoulent sur des galets de lave dépolie… Un petit pont me fait traverser l’Eau-Derrière, à peine débarbouillée des narses où les bêtes à l’estive enfoncent leurs sabots, et qui a sans doute inspiré le nom du lieu-dit voisin : la Ribeyrette. Mer des roseaux préludant à la Terre promise, minuscule Rubicon au-delà duquel mon périple va entrer dans sa phase illuminative et dont le franchissement s’entoure pour moi seul d’une émouvante et secrète solennité. Car le rien qui déploie tout alentour son empire fait au fond de mon être une éclaircie toujours croissante d’allégresse, et je le bois tout pur, jusqu’à l’ébriété. Une pause pour m’enraciner dans ma condition d’errant, pour savourer  mon rêve de reitre, pour saturer, jusqu’à son point le plus intense, jusqu’à sa teinte la plus vive, la joie terrestre. Je consens à la jouissance de l’obscur, comme à l’humeur des tourbières le narcisse et la tige creuse du sureau : de cette éruption de sève qui me traverse et m’inonde tout à coup, épaisse, irrépressible, la pipe que je bourre est-elle le cratère ?

 


[1] J.-B. Legrand d’Aussy, Voyage d’Auvergne, p. 325-326.

[2] Massillon, Discours synodaux, 1737 (De la douceur nécessaire aux ministres).

[3] Blaise Pascal, Pensées, 91.

[4] Jean-Louis Murat, Perce-neige (1996).  

Cantique de l'infinistère

À travers l'Auvergne  François Cassingena-Trévedy

L'infinistère d'Auvergne,  le moine du Poitou l'écrit,  le mécréant Murat la chante.
article du FIGARO du 06/10 "un moine errant en Auvergne"

article du FIGARO du 06/10 "un moine errant en Auvergne"

LE LIEN EN PLUS

Un autre hermite? Julien Doré?   De la théorie de la  relativité...

" Perfectionniste, impliqué dans les moindres détails de ses disques, du mixage à la pochette, l’autodidacte progresse. "Tant que j’estime que je n’ai pas quelque chose de fort, je ne présente pas." On le voyait comme un fils du dandy Yves Simon. Il semble se vivre comme un descendant des hermites Gérard Manset ou Jean-Louis Murat... "

http://aliceadsl.gqmagazine.fr/pop-culture/musique/articles/rencontre-avec-julien-dore-pour-son-nouvel-album-/46934

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 7 Juin 2016

Franck Courtès photographe (suite)

Les meilleurs sont les plus courtes... mais j'ai envie, pour être exhaustif, de prolonger un peu la dernière Inter-ViOUS ET MURAT avec le romancier Franck Courtès. Dans la vie d'avant, il était photographe.

1) Sa première session avec Murat:

Franck nous a raconté ainsi sa première rencontre avec Jean-Louis à New-York:

"J'ai photographié J.L. Murat à New-York la première fois, dans un grand loft d'artiste intimidant qu'on lui prêtait. On a regardé ensemble mon travail le soir, et il m'a avoué préférer de loin mon travail personnel qui est une sorte de journal intime en photo, plutôt que mon travail de commande où apparaissait de nombreuses personnalités connues en train de faire leur promo. On était bien d'accord sur le côté vain et parfois pathétique de ces gens qui ne cherchaient qu'à paraitre le plus beau, le plus séduisant possible. Il est impossible d'y résister, même les personnes les plus dignes s'y vautrent. C'est bien pour cette raison que je pense qu'il faudrait en finir avec ces beaux portraits d'écrivains, de musiciens, de politiques. En tout cas, moi, j'ai arrêté (en même temps que le sucre d'ailleurs, c'est drôle, non ?). Bref, J.L. Murat et moi, on partait en silence sur de bonnes bases, parce qu'on était sans s'embêter à le dire, bien d'accord. On a bu et il a fini à poil dans le lit avec sa guitare ! Habituellement c'est le genre d'idée qui vient aux filles, ça m'a plu ce pied de nez à la promo, car évidemment les photos n'étaient pas publiables...".

Pas publiables?

Sur le net, on trouve la photo ci-contre avec mention de Franck COURTES/Labels, sur un article de RFI. Elle est présente dans quelques articles de l'époque, comme dans Cosmopolitan:

Franck Courtès photographe (suite)

Mais est-ce la seule photo exploitée?

Murat nu dans un lit? J'ai bien sûr pensé à cette photo:

en bas à droite: Franck Courtès.

en bas à droite: Franck Courtès.

Un autre cadrage pour BEST d'octobre 99 et Platine :

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Elle illustrait la couverture du supplément des Inrocks "Murat en Amérique"... L'auteur est crédité à gauche.

- Et voilà que je découvre au cours de cette deuxième recherche dans les archives, ce qui m'avait échappé... une dernière photo... de Murat dénudé... Le nom de Franck Courtès est indiqué en haut. C'est dans TETU de Janvier 2000:

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Ceci nous permet donc d'identifier sans doute l'auteur de cette photographie-ci également (dans TéléMoustique mars 2000)

Franck Courtès photographe (suite)

J'ai cru un moment que les photos présentées sous forme de montage (ci-dessous) dans quelques articles et dans cette couverture de Longueur d'ondes, pouvaient être issues de cette même session... mais il s'agit d'autoportraits.

Jean-Louis ira plus loin cette même année là, en se dévoilant entièrement nu dans le numéro d'octobre 2010 de Magic (autoportrait en pied... si j'ose dire).

 

 

2) La session à DOUHARESSE

"En Auvergne, c'était autre chose, il m'a fait écouter des démos magnifiques, il est une source inépuisable ! Et puis il a plongé ses mains dans une mare pour me montrer des oeufs de grenouille, on buvait de la tisane à la reine des prés, et il me répétait que c'était pas rien pour une plante, de s'appeler "reine des prés", qu'on devait y prêter attention. Et puis ma voiture n'a jamais voulu redémarrer, et on a fini les mains dans le moteur avec les pinces crocodiles. Sans lui, je ne repartais pas. C'était tout un symbole pour moi que Murat, avant de partir me refile de l'énergie, m'aide à redémarrer, mais je ne lui ai pas dit. Mon petit moteur intime tourne encore en partie grâce à lui..."

Dans les 6 photos inédites qui illustraient l'interview de Franck Courtès, 2 sont parues dans Magic en 1999, avec un ton jaune orangé (d'où ma question sur les filtres), mais j'ai trouvé également celle-ci, dans PLATINE de la même année, avec le même blouson de cuir. La photo est également dans le Murat en Amérique des inrocks (25/08/99).

et dans Nice Matin.
et dans Nice Matin.

et dans Nice Matin.

Dans le magic, une autre photo (plan large de celle-ci). Je regrette de ne pas l'avoir reçue de l'agence Vu'. Avec les montagnes derrière, un faux air de James Dean du Sancy :

http://www.magicrpm.com/souvenirs-magic-interview-avec-jean-louis-murat-en-1999/

http://www.magicrpm.com/souvenirs-magic-interview-avec-jean-louis-murat-en-1999/

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Voilà ainsi reconstitué l'ensemble des portraits de JLM signés  Franck Courtès... du moins ceux qui ont été publiés  (des photos inédites de Jean-Louis, il y en a sans doute autant, si ce n'est  plus à découvrir, que d'inédits dans la malle du grenier:  il effectue un contrôle strict... au grand dam de Frank Loriou par exemple... qui se voit obligé de conserver quelques "trésors"). 

 

On peut juste remarquer qu'au moment où il fait deux rencontres avec des photographes qui vont l'aimer au plus haut point (Franck Courtès et Frank Loriou, ce dernier pour l'instant certes cantonné à l'artwork du disque mustango),  Murat commence à  préférer  délivrer  ses autoportraits et ses peintures pour illustrer des articles. Faut dire qu'on lui a aussi infligé  au cours de cette promotion de Mustango ça:

Rock and folk... qui justement ne parlera plus de Murat sous prétexte qu'il refuse les photos...

Je me suis demandé à un moment si cette dernière photo n'avait pas été prise photo avant l'effeuillage new-yorkais, mais Franck m'a précisé qu'elle n'était pas de lui!

Autre rencontre importante: Les photos crédités dans "murat en amérique" sont signées "L.D." qui deviendra ensuite LB... mais c'est une autre histoire, et une longue, celle-ci.

3) Quelques mots et photos sur la très belle carrière de photographe de Franck.

Franck Courtès photographe (suite)
Franck Courtès photographe (suite)

Dans l'interview, j'évoquais deux prix nobel dont Modiano.  L'autre était Nadine Gordimer. Ci-dessous l'article de libé de 2002  :

Franck Courtès photographe (suite)
John Le Carré
John Le Carré

"Oui, il y avait une véritable empathie pour les gens dans mes photos, parce que j'en ai beaucoup dans la vie en général. Je suis assez admiratif des gens, j'ai toujours l'impression qu'ils ont des qualités que je n'ai pas. Il m'arrive d'aimer quelqu'un alors même qu'on est pas d'accord, juste parce que son raisonnement est sincère. J'aime beaucoup la sincérité, même si l'idée exprimée ne me plait pas entièrement. Maintenant, est-ce qu'il y a un art de l'empathie, je ne pense pas. Il n'y a pas d'art de tout. Etre dans l'empathie n'a pas grand chose à voir avec l'art. J'ai connu de très bons portraitistes qui méprisaient leurs sujets. Leurs photos étaient vraiment belles quand même. Disons qu'avec moi, il y avait de l'amour pour mon modèle, et s'il n'y en avait pas de prime abord, j'avais tendance à en rechercher".

D'autres portraits d'écrivains ici... disponible dans un livre (25 euros, pas cher pour 250 clichés).

 

Le site de l'agence Vu' laisse découvrir beaucoup d'autres oeuvres... des portraits (on trouve Benjamin Biolay, Keren ann, Tom Hanks -couverture Optimum en 98-, Nick Cave, Brian Molko, Massive Attack, ou l'ami de JL, Eric Reinhardt.. et encore une très belle photo d'un Michel Serrault patibulaire).

On trouvera enfin, notamment  pour les lecteurs de son dernier livre "Sur une majeure partie de la France", de touchantes séries ("son "journal intime") : "Chroniques de vacances, Verdon", un Verdon dans la Marne, nettement moins touristique que les gorges du sud de la France et un "secrets de famille" de 2008 qui renvoit aussi à "Toute ressemblance avec mon père".  Elles convaincront tout le monde que Franck Courtès photographe n'est pas seulement un portraitiste. 

 

"Moi ça m’a pris vingt ans à faire le tour de mon travail photographique, il fallait que je passe à autre chose sous peine de tout perdre. J’y reviendrai peut-être un jour, mais je n’en suis pas du tout là".

 

Les livres de FRANCK COURTES.

 

Enfin, pour toutes celles qui trouvent Franck canon... une très belle photo de lui, grand comme la tour eiffel.

L'anglais John Berger                            c. Franck Courtès/agence Vu'

L'anglais John Berger c. Franck Courtès/agence Vu'

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 1 Juin 2016

 

Tout a commencé par une épigraphe : "J'ai fréquenté la beauté chaque jour abreuvé à l'illusion des toujours". Qui tenait donc à citer Jean-Louis Murat en exergue de son roman ? Le nom de l’auteur me disait vaguement quelque chose, mais ce n’est qu’après une rapide recherche que j’ai pu lancer mon habituel « Bon sang, mais c’est bien sûr!» : Franck COURTES!  Magic 1999, ses magnifiques photos de Jean-Louis en Auvergne, les premières à Douharesse... Une série parmi tant d'autres pour un photographe qui a travaillé pour Les Inrockuptibles”, “Liberation”, ”Telerama”, “Le monde”, ”L’Optimum". Ni une, ni deux, contact pris via Facebook et demande d’interview, semble-t-il acceptée de bon cœur. Ni trois, ni quatre, lecture de ses deux derniers livres « Sur une majeure partie de la France » et «Toute ressemblance avec mon père» (édition JC Lattès). Un travail réalisé avec un grand plaisir : la plume de Franck est sobre, même si elle ne se refuse pas des pauses en pleine nature, le tout avec un découpage percutant au service du récit et de personnages attachants. Le fait que les deux livres soient « autobiographiques » ou inspirés de faits réels renforce leur attrait, même pour ceux qui n'auraient pas à préparer une interview de l'auteur.

Celle-ci sera une inter-ViOUS ET MURAT pure et dure : anecdotes remarquables (belle évocation de Daniel Darc...) et infos inédites (où comment un photographe a réussi à coucher Murat un soir à New-York), petit jeu des points communs, discussion sur la littérature… et un magnifique cadeau en prime : notre invité a accepté de nous offrir quelques photos inédites  de Jean-Louis !   J’espère que cette interview donnera envie à beaucoup d'entre vous d'aller plus loin, en découvrant les livres de Franck... 

     Devant des fenêtres,

                                                                                                Franck prend la pause et la photo:

©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone)    verso:  ©Jérôme Bonnet
©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone)    verso:  ©Jérôme Bonnet

©Franck Courtes/VU’ (photo que conservait Franck sur son téléphone) verso: ©Jérôme Bonnet

 

Bonjour Franck,

 - Je voudrais d'abord revenir à la photographie... et en premier lieu, votre travail avec Jean-Louis Murat. Il me semble que vous l'avez photographié à deux reprises, avec un travail très différent, l'un  peut-être représentant un Murat des champs et l'autre,  un Murat des villes. Pouvez-vous nous en parler?

F. Courtès: J'ai photographié J.L. Murat à New-York la première fois, dans un grand loft d'artiste intimidant qu'on lui prêtait. On a regardé ensemble mon travail le soir, et il m'a avoué préférer de loin mon travail personnel qui est une sorte de journal intime en photo, plutôt que mon travail de commande où apparaissait de nombreuses personnalités connues en train de faire leur promo. On était bien d'accord sur le côté vain et parfois pathétique de ces gens qui ne cherchaient qu'à paraitre le plus beau, le plus séduisant possible. Il est impossible d'y résister, même les personnes les plus dignes s'y vautrent. C'est bien pour cette raison que je pense qu'il faudrait en finir avec ces beaux portraits d'écrivains, de musiciens, de politiques. En tout cas, moi, j'ai arrêté (en même temps que le sucre d'ailleurs, c'est drôle, non ?). Bref, J.L. Murat et moi, on partait en silence sur de bonnes bases, parce qu'on était sans s'embêter à le dire, bien d'accord. On a bu et il a fini à poil dans le lit avec sa guitare ! Habituellement c'est le genre d'idée qui vient aux filles, ça m'a plu ce pied de nez à la promo, car évidemment les photos n'étaient pas publiables...Une de la série new-yorkaise.

En Auvergne, c'était autre chose, il m'a fait écouter des démos magnifiques, il est une source inépuisable ! Et puis il a plongé ses mains dans une mare pour me montrer des oeufs de grenouille, on buvait de la tisane à la reine des prés, et il me répétait que c'était pas rien pour une plante, de s'appeler "reine des prés", qu'on devait y prêter attention. Et puis ma voiture n'a jamais voulu redémarrer, et on a fini les mains dans le moteur avec les pinces crocodiles. Sans lui, je ne repartais pas. C'était tout un symbole pour moi que Murat, avant de partir me refile de l'énergie, m'aide à redémarrer, mais je ne lui ai pas dit. Mon petit moteur intime tourne encore en partie grâce à lui...

 

                                                                                                                             ©Franck Courtes/VU’

 

- Ah, c'était à New-York... Vous aviez l'habitude de travailler pour Labels ou d'autres maisons de disque?

F. Courtès: Oui, il me semble qu’ils me donnaient pas mal de commandes photos. Je travaillais pour tous ceux qui me le demandaient en fait, je ne faisais pas attention aux en-têtes sur les bons de commandes. Je travaillais vraiment beaucoup et pour le plaisir, il m’arrivait d’oublier d’envoyer mes factures. 

- Concernant l'autre session, comment elle s'organise? A la demande de Magic ou via la maison de disque?

F. Courtès:  C’est venu de la maison de disque je crois. J’ai du mal à me souvenir, mais je ne serais pas étonné si on me disait que c’était pour rattraper la séance de nu de New York…!

- Ces photos sont très belles (à ce moment où on n'avait pas encore l'habitude des photos dans son environnement naturel), avec Murat cinglé dans un blouson d'aviateur et cette couleur sepia (utilisée par la future Mme Bergheaud sur Live in Dolores). Il me semble que vous êtes pourtant peu utilisateur de ce genre de filtre? 

F. Courtès: Je n’ai jamais utilisé de filtre. Le sépia, c’est un bain de conservation dans lequel on trempe son tirage papier pour en augmenter le pouvoir de conservation. C’est pour ça que les vieilles photos sont sépias, parce qu’à l’époque on fabriquait les choses avec une idée d’éternité, la pérennité était dans la tête des artisans, regardez les églises ou les maisons en pierre… Photoshop aujourd’hui imite ces rendus à la perfection, sauf que l’esprit n’y est pas. Comme le plaqué chêne imite le chêne. Dans un mur, aujourd’hui, même bien crépi, on sent le parpaing… La beauté, c’est avant tout l’esprit qui se cache derrière les choses et les actes, pas la surface.

- A la lecture de vos premières réponses, j'ai pensé à ce que vous disiez  sur votre travail de portraitiste:  "Réflexion, le mot n’est pas approprié, c’est plutôt une complicité d’un moment. Il y a même une part incroyable de hasards dans toutes mes images. Il faut juste être concentré sur ses sentiments envers ce qui nous entoure. Moi, j’imagine très peu, c’est déjà tellement riche de sens et même de poésie ce que font les gens". L'art d'être en empathie?

F. Courtès: Oui, il y avait une véritable empathie pour les gens dans mes photos, parce que j'en ai beaucoup dans la vie en général. Je suis assez admiratif des gens, j'ai toujours l'impression qu'ils ont des qualités que je n'ai pas. Il m'arrive d'aimer quelqu'un alors même qu'on est pas d'accord, juste parce que son raisonnement est sincère. J'aime beaucoup la sincérité, même si l'idée exprimée ne me plait pas entièrement. Maintenant, est-ce qu'il y a un art de l'empathie, je ne pense pas. Il n'y a pas d'art de tout. Etre dans l'empathie n'a pas grand chose à voir avec l'art. J'ai connu de très bons portraitistes qui méprisaient leurs sujets. Leurs photos étaient vraiment belles quand même. Disons qu'avec moi, il y avait de l'amour pour mon modèle, et s'il n'y en avait pas de prime abord, j'avais tendance à en rechercher.  

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

-  Vous faites parti des fondateurs des Inrockuptibles, je vous ai vu faire photo commune avec JD Beauvalet – j’aime citer Marie Audigier qui racontait que la consécration pour elle était d’avoir une critique de JD pour son disque-.  Vu l’histoire entre ce journal et Murat, je dois forcement poser une question (avec mon étonnement que vous n’ayez pas shooté Murat pour ce journal justement) :  est-ce que vous pouvez nous dire quelques mots sur cette période de collaboration avec ce magazine ?

F. Courtès:  Je n’étais que le troisième photographe des Inrocks, après Renaud Monfourny et Eric Mulet. J’étais plus jeune et arrivé après eux, donc on me confiait les reportages que les deux autres ne voulaient ou ne pouvaient pas faire. J’étais très fier de travailler pour ce magazine, on faisait à peu près ce qu’on voulait en photo. Et puis ça s’est mal terminé à cause de l’argent. Ils ne payaient pas ou avec des mois et des mois de retard et des dizaines de relances humiliantes où j’ai perdu ma confiance en eux. Ils disaient qu’ils ne pouvaient pas, qu’ils n’avaient plus d’argent. Le jour où ils ont revendu une photo de moi à un magazine sans me le dire alors qu’ils ne m’avaient même pas payé le reportage commandé (à New York, les Fun Loving Criminals), j’ai arrêté, écoeuré. Les journalistes n’étaient probablement pas au courant de la manière dont ça se passait avec le règlement des factures des indépendants. Sinon, jamais ils n’auraient pu continuer à écrire certains articles emprunts de valeurs morales… J’en ai pleuré un moment. J’étais déçu, mais je n’ai rien dit, je n’ai pas fait de procès, j’aimais ce journal. Le mieux, c’était de prendre mes distances et d’en tirer les leçons, pas d’en donner. C’est la première fois que j’en parle publiquement. J’avais l’enthousiasme et la naïveté de la jeunesse, c’est cocasse de la perdre avec un journal qui a pour beaucoup été le journal de l’intégrité, et de l’élégance.

-  Quelles sont vos rencontres les plus marquantes?  (vous avez je le signale photographié au moins deux prix nobel  et un double ballon d'or... Feu Cruyff...) . Est-ce que vous avez quelques anecdotes?

F. Courtès: Ma rencontre avec Arthur H et Eric Holder ont débouché sur deux amitiés, mais je pourrais citer des dizaines de rencontres intéressantes. Je pense à Arletty qui m'a reçu chez elle quelques temps avant sa disparition. J'étais très jeune et ne faisais de photo que pour moi, je demandais aux comédiens un rendez-vous, au culot. Je l'avais contactée et elle m'avait reçu. Main dans la main, assis dans le canapé, elle m'a dit de cette voix extraordinaire: " Je suis heureuse qu'on s'intéresse encore à moi, mais ne faisons pas de photo, s'il vous plait, je suis aveugle, je ne les verrai jamais. Voulez vous encore un peu de thé ? Si vous avez du temps, j'aimerais qu'on discute plutôt." J'avais l'après-midi... Elle n'a pas une seconde quitté ma main qu'elle serrait de temps à autre quand elle éclatait de rire.

- Un des prix nobel, c’était Modiano, dont la séance est évoquée dans « toute ressemblance avec le père » : « il était en chaussette ce jour-là, mais je n’avais pas osé le cadrer de pied. Avec un homme politique, j’avais eu moins de scrupules en remarquant sa braguette ouverte, un jour, et m’étais arrangé pour que, dans le cadre, on ne voit que ça  » .  Il y a prescription :  c’était qui ?

F. Courtès: Il m’est arrivé des choses semblables, mais en réalité ce n’est pas arrivé à moi, c’est une photo que j’ai vue sur la planche contact d’un photographe de Libération, je crois que c’était Hugues de Wurstemberger. J’avais trouvé ça génial.

- Vous avez beaucoup photographié des auteurs et romanciers pour Lire et dans les coulisses de la Grande Librairie (France 5). Est-ce que cela a pu jouer un rôle dans votre vocation d’auteur ? Ou est-ce que c’est votre vocation d’auteur qui vous a permis de réaliser ces représentations photographiques ?

F. Courtès: Ça m’a donné en tout cas l’occasion de lire quelques pages ou le livre entier des auteurs contemporains que je ne connaissais pas. J’avis un réel plaisir à photographier les écrivains, parce que la plupart du temps, ils ne sont pas très conscients de leur image, ce ne sont pas des cabotins. Et puis leur univers est toujours vaste et intéressant.

- Vous parlez de cette vocation dans « toute ressemblance…. « je me suis mis à la photographie pour m’inventer un nouveau décor, une histoire à moi, pour remplir le vide. Circonscrire le monde, l’apprivoiser, l’épingler au mur. Par goût de la promenade aussi. Mes portraits  comme autant de têtes réduites, avec l’âme à  l’intérieur si possible, des prises de guerre[…] ».   A la lecture de ce livre, on se dit  que  ce vide n’a pas été rempli par la photographie… et qu’il a fallu l’écriture, et notamment de ce premier roman, pour se construire.     (je ne trouve pas de question… mais cela vous inspirera-t-il une réaction ?). 

F. Courtès: Je trouve aujourd’hui plus d’écho dans la littérature que dans la photographie. Ce matin j’ai discuté avec le peintre Emmanuel Fandre qui m’a avoué qu’il ne pouvait plus poursuivre sa série sur le corps humain, qu’il en avait fait le tour, qu’il devait passer à autre chose, un travail sur la couleur. Moi ça m’a pris vingt ans à faire le tour de mon travail photographique, il fallait que je passe à autre chose sous peine de tout perdre. J’y reviendrai peut-être un jour, mais je n’en suis pas du tout là.

 

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

- Est-ce que vous avez encore eu des contacts avec Jean-Louis Murat?

 F. Courtès: Je n'ai pas vraiment de contact avec lui. Mais je pense à lui très souvent. Je vais le voir en concert bientôt [Pias nites de mai] et il m'a écrit qu'il avait aimé mon dernier roman. Enfin un peu plus qu'aimé...

- Le nom de Murat était déjà dans votre précédent livre :  « il se moquait de la musique qui passait dans le bar, de Morrissey qui ne valait rien, selon lui, sans Johnny Marr. English tarlouze, il ricanait, mais toujours mieux que les french fiotes ! Une chanson de Murat commençait ».

F. Courtès: Oui, c’est une histoire vraie, un de mes amis très cynique, qui vivait indirectement de la musique justement.

 - On va passer aux questions rituelles.  Quand avez-vous découvert Murat? et écouté?  Vous le connaissiez avant New-York?

F. Courtès: Oui, je connaissais Murat bien avant de le rencontrer, une fille m’avait mis ses disques en bande son durant une nuit d’amour, ça m’avait troublé. 

- Votre album préféré de Murat? et pourquoi?

F. Courtès:  Le manteau de pluie, parce qu’il y a dedans ma chanson préférée Le lien défait.

- 3 chansons? et ce qu'elles vous inspirent?

F. Courtès: J’ai fréquenté la beauté, Le lien défait, Dordogne. Elle m’inspirent la campagne, l’amour, la mélancolie. Il chante si bien la campagne ce lieu où le mariage entre l’homme et la nature est possible et apaisé.

- Vous irez à la maroquinerie, mais l'avez-vous déjà vu en concert ? Si oui, quels souvenirs? impressions?

F. Courtès: Un concert de Murat est toujours unique, c’est à chaque fois une prise de risque, une expérience. On sent son humeur, qu’elle soit bonne ou mauvaise, il ne triche pas.

- La dernière question rituelle est normalement : Est-ce qu'il y a dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat ou dont il aurait été l'aspiration?  On va la modifier ainsi:

Pourquoi avoir mis cette citation de Murat dans votre dernier roman?  Est-ce qu'il a une influence dans l'écriture ou la genèse du livre?

F. Courtès: Murat me conforte dans ma colère face à la destruction de la campagne et des valeurs au nom du dogme borgne du modernisme, alors pour mon dernier roman, « Sur une majeure partie de la France », son esprit a plané sur mes pages. 

 

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

- Olivier Adam (que vous avez photographié) aime citer la musique qui l'a accompagné dans l'écriture d'un livre à la fois dans le livre lui-même (Murat, St-augustine...) et aussi en interview. Est-ce que la musique joue un rôle dans l'écriture? 

F. Courtès: J’ai toujours vécu entouré de musique, elle influe sur toute ma vie, la littérature y compris. La prose doit être musicale, sinon, elle sonne mal. Tandis que la musique n’a pas besoin d’être littéraire. La musique peut commencer avec le doux battement du coeur de votre fiancée. 

 - Pour poursuivre le petit jeu des rapprochements avec  Murat, il y a  le sport, vous concernant,  le judo et la course (sur laquelle vous avez écrit), Murat  a également beaucoup pratiqué la course, le vélo, le ski.  Vous avez dit :  « On peut l’appliquer à tout le reste. C’est grâce à la course que je me suis mis à écrire. Du jour au lendemain, cinq heures par jour ».  Murat lui : «  « Se surpasser physiquement complète l’effort de la création artistique ».  Est-ce lié au sport, mais vous vous retrouvez aussi dans une certaine discipline du travail artistique comme écrire le matin… ?

F. Courtès: Oui, j’ai infiniment plus de ressort intellectuel le matin. Je dois toujours faire un choix le matin : aller courir ou travailler. Je sais que si je ne cours pas, je travaille moins bien. C’est si pénible de rester assis des heures pour un garçon qui a tant détesté l’école… Même au bar, je prends rarement le tabouret. J’ai vu un auteur allemand à Berlin qui s’était fait construire un bureau haut pour rester debout pendant son travail. Un jour j’essaierai.

-  Dans toute ressemblance… :  « j’étais contrarié à l’idée de rencontrer un directeur artistique.  Le titre m’effrayait, ça sonnait comme chef des nuages,  ou préfet de l’eau vive ».  Là, encore, j’ai pensé à  Murat, qui travaille certes avec une Directrice artistique, mais dans une relation très particulière, et jamais avec un « producteur ».  Vous –même,  vous avez toujours refusé d’avoir un patron…  On peut imaginer le travail d’auteur très solitaire,  mais il peut y avoir des relectures,  un travail avec un éditeur.  Est-ce que vous avez appris à gérer cette peur ?

F. Courtès: Mais mon éditrice est tout sauf un patron, c’est quelqu’un dont je bois les paroles, que j’aime profondément. Elle fait partie de mon travail au même titre que ma compagne ou la bougie que j’aime allumer au dessus de ma feuille.

- Ma question est sans doute liée au fait que vous êtes les seuls auteurs contemporains français que j'ai lu récemment (avec Arnaud Cathrine),  mais Est-ce que vous vous sentez proche d'Olivier Adam justement?  "Sur une majeur partie de la France" et cette description de cette "3e" ou "4e couronne" m'a évoqué la façon dont il traitait cette "lisière" ou ce bord de mer dans "peine perdue"  ?

F. Courtès: Je me sens proche d'Olivier Adam parce que nous aimons tous deux raconter les gens dont on ne fait pas habituellement grand cas. Nous avons dû éprouver un jour une même tendresse pour des gens croisés ça et là. Je ne connais pas ses motivations, mais les miennes sont assez simples : les gens sans pouvoir m'ont toujours moins intimidé et davantage attiré que les gens à la recherche de pouvoir. C'est peut-être finalement par peur des puissants que je me suis réfugié auprès des plus faibles. Et c'est à leur contact que j'ai découvert leurs forces et leurs beautés discrètes.


- Pour en venir au livre, vous disiez que «son esprit avait plané sur les pages ».  C’était ainsi l’évidence de  mettre un vers de « Babel » en exergue  du livre ? Avez-vous hésité avec une autre citation ?     J’ai envie de citer une phrase du livre qui fera tilt bien sûr auprès des lecteurs réguliers du site : « ma passion pour cette terre, cette liberté, cette beauté, attachait pour toujours mon être au paysage ».

F. Courtès: J’ai failli mettre une citation d’Ernst Junger mais ça aurait fait un peu trop.

- Ce qui m’a paru intéressant dans la campagne que vous évoquez, et cela n’a pas été indiqué ainsi sur France 5 (voir ci-dessous), c’est que votre décor est loin d’être « le paradis pastoral » qui est l’univers de Murat, un environnement à potentiel touristique :  c’est un coin de région parisienne presque sans charme – beau que quelques  semaines  par an écrivez-vous –   alors que Murat lui chante aussi les louanges d’une environnement protégée, une terre avec une  identité, une personnalité….   Et cela renforce d’ailleurs votre discours…   (là encore pas de question qui me vienne, mais j’espère que vous en trouverez  à me répondre…]

F. Courtès: J’ai discuté avec un auvergnat il n’ y'a pas longtemps pour une radio. Il me disait qu’en Auvergne, l’identité et la beauté n’avaient pas autant subi les affres de la banlieue totale. Il reste des lieux magiques Sur une minorité de la France

- En lisant le livre, je n’avais pas forcement connaissance que vous vous inspiriez de faits réels et vécus. C’est sur l’évocation par le narrateur d’une rencontre avec Daniel Darc que je me suis dit que c’était bien vous qui parliez.  L’anecdote est bien réelle (c’était vraiment du cannabis ?) ?  Avez-vous encore fréquenté Daniel  par la suite?

F. Courtès: Oui, du cannabis trop fort pour moi ! Je n’ai pas revu Daniel à part dans un concert où il était tout seul à tituber dans un coin. Je me suis approché et très vite lui ai dit à l’oreille : « Je t’aime Daniel ». Mais je me suis vite éloigné avant qu’il pense que j’en attendait quelque chose. Je l’ai vu me sourire. Et puis une dernière fois dans la rue. J’étais avec ma file Daphné et quand j’ai aperçu Daniel arrivé en face au bras d’une jeune punk, l’air si clochard, je n’ai eu que quelques secondes pour avertir ma fille de dix ans qu’on allait croiser un des plus grands musiciens français, un poète, je ne trouvais plus les mots, mais ma fille a compris que c’était quelqu’un d’important en tout cas. Et il l’a embrassée, en lui parlant d’une voix extraordinaire, douce et rocailleuse. C’était un peu avant sa mort.

- L’autre chanteur juste évoqué dans le livre, c’est Bruce Sprinsteen (« un chanteur d’une voix éraillée qu’elle ne connaissait pas chantait qu’il était né aux Etats-unis. Né dans une ville paumée »). Murat aime à le citer quand il faut se justifier sur son « ancrage » territorial.  Pourquoi en parlez-vous ? Un marqueur (comme on dit maintenant)?

F. Courtès: Oui, c’était juste pour voir si des gens prendraient la peine de traduire et de le reconnaitre. Ce morceau nous faisait conduire vite, boire plus, faire des bêtises. Pourtant on ne comprenait pas les paroles !

- Le livre a certes un contexte,  avec un discours sur la campagne, mais ce n’est pas non plus ce qui fait le livre. C’est un vrai roman,  avec des personnages  dont on veut suivre la destinée, une tension dramatique (accentuée chez moi fortement par le contexte « drogue » ). Vous annoncez le drame, mais il y a un vrai suspens autour du dénouement.  J’ai l’impression que, comme dans le précédent livre,  on a l’impression de lire des nouvelles à chaque chapitre ?

F. Courtès: J’adore découper le livre en morceaux dramatiques. Ça me permet de jouer avec les ressorts, les suspens, comme dans les feuilletons. Je dis feuilleton, pas série…

- Il me semble que vous vous pliez de bonne guerre à la tournée de « promo » :  visite en bibliothèque,  rencontre scolaire, librairies et salons.  Murat à propos de la séance dédicace post concert,  faisant parler sa mère, disait : « ah mais à quoi t’en es rendu, mon fils ! ».   Est-ce que l’exercice vous plait ? Est-ce que le retour des lecteurs vous surprend, peut aussi vous influencer par la suite ?

F. Courtès:  Ce qui me surprend, ce sont les messages que les lecteurs m’envoient. C’est déjà tellement gentil de prendre le temps de m’écrire. De m’expliquer ce qui leur a plu, ce qui les a touché. Ça ne m’influence pas, mais ça me met de bonne humeur, et c’est déjà énorme, non ? Parce que c’est assez long l’écriture d’un livre, et si solitaire. Ces messages me font penser aux cris sur le bord d’une course cycliste : « Vas-y ! t’es le meilleur ! Fonce ! » Bon, je plaisante un peu, certains sont plus troublants, quand je découvre la résonance intime, la vibration que mes livres ont provoqué sur les cordes d’inconnus… 

Et toi!!                ©Franck Courtes/VU’
Et toi!!                ©Franck Courtes/VU’

Et toi!! ©Franck Courtes/VU’

Interview réalisée par mail du 30/03/2016 au 18/04/2016. Un grand merci à Franck Courtès, et à l'agence VU. (Si vous souhaitez partager des photos, merci de ne le faire qu'en utilisant le lien vers l'image ou de mentionner: ©Franck Courtes/VU’).

 

L'ensemble des portraits de Murat  de Franck publiés dans la presse (et d'autres infos) à découvrir ICI

Inter-ViOUS et MURAT- n°21:      Franck Courtès

LE LIEN EN PLUS

- Sur le Site internet de Jean-Claude Lattès.

- Des chroniques  de "Sur une majeur partie de la France"à lire: motsenmarge.com,  aussi là sur hql, et sur La Vie.fr qui aime passionnément.

- Une interview de 2013 dans l'Obs.

- Dans "la grande librairie" (le 7/04/16):

- Le photographe : site de l'agence vu'   et son livre "portraits d'auteurs"  encore disponible

On avait déjà vu les photos de Franck sur ce site dans notre chronique du dernier disque de Dominique Dalcan.

- http://www.surjeanlouismurat.com/2016/06/franck-courtes-photographe-suite.html

 

Maintenant, il faut s'en aller...    (salutations à Fred Plainelle).

©Franck Courtes/VU’

©Franck Courtes/VU’

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

Publié le 18 Mars 2016

Voici une petite interview du chanteur clermontois Sébastien Polloni, auteur d'un bel album de chansons "Ravines", produit avec Guillaume Cantillon (ex-Kaolin) et sorti sur le label de Bertrand Betsch il y a presque un an (le 20 avril 2015). Elle est terminée depuis quelques temps mais j'attendais une actualité de sa part pour la publier... et elle arrive ce week-end... Et c'était assez important de vous l'annoncer, si comme moi, vous n'aimez pas les surprises, les gars qui s'inscrutent... En effet, Sébastien Polloni viendra CHEZ VOUS DIMANCHE! Oui chez vous! Et rien que pour vous, en concert privé... Via le site 1peet.tv, qui diffusera un set de 45 minutes (paf de 4 euros minimum). Le concept est intéressant...

Je continue mon introduction dans la première question... on se retrouve ci-dessous.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

Sébastien sur les pistes auvergnates, février 2016.

 

Bonjour Sébastien,

 

- J'avais partagé votre clip sur le blog à l'occasion d'un article sur Bertrand Betsch qui vous a signé sur son label, mais je ne crois pas que votre nom ait figuré dans mon fil d'actualité muratienne et clermontoise. Vous m’avez contacté ensuite pour que je puisse transmettre à J.L. Murat votre disque, ce que j'ai fait cet automne. Est-ce que c’était important pour vous de lui faire écouter votre musique ou est-ce que dans le "désert foisonnant" du marché, vous frappez à toutes les portes?

Alors, reprenons les choses dans l'ordre où je pense les avoir vécues !
J'ai effectivement vu passer sur fb un article sur Bertrand Betsch, je suis donc allé voir le blog. Curieux à la fois de voir l'interview de Bertrand et ce que cachait ce blog sur Murat.

J'ai trouvé un contenu qui m'a plus, sans concession et j'ai effectivement découvert que vous aviez lié mon clip à l'interview de Bertrand (qui m'a signé sur son label).

Evidemment je me suis dis que si vous aviez partagé mon clip c'est que vous n'étiez pas insensible à ma musique et j'ai donc sollicité votre avis sur mon album.

Il y a longtemps que j'essaie de faire entendre ma musique à Jean-Louis Murat, je suis auvergnat comme lui, et j'aime sa musique, j'aime son côté brut en promo qui contraste avec sa voix feutrée et carressante. Pourquoi est-ce que je voudrais qu'il écoute ? Pour avoir son avis, ses critiques même, c'est à cela que servent les figures tutélaires...
Cela fait longtemps que j'essaie, mais je crois qu'à chaque fois c'est un échec. Lors de nos discussions, quand j'ai compris que vous pouviez avoir l'opportunité de lui passer un disque, j'ai effectivement sauté sur l'occasion. Je crois que depuis, il n'a toujours pas écouté une note de ce que je fais, mais comment lui en vouloir, il doit être sans cesse sollicité et je comprends que rien ne l'incite à découvrir mon disque plus qu'un autre...

En tout cas, même si j'essaie de saisir toutes les opportunités qui se présentent à moi, je ne frappe pas à toutes les portes. Je pense être intègre et ne sollicite que les personnes pour qui j'ai un vrai intérêt musical et artistique.

 

- Je ne voyais pas de manque d'intégrité dans la démarche de "frappez aux portes", simplement une nécessité si on a l'ambition de faire entendre sa musique. Vous parliez de figure tutélaire concernant Murat. Diriez-vous qu'il reste incontournable sur Clermont? Est-ce qu'à un moment, point godwin d'une discussion, on en arrive toujours à Murat? Je pense à Pain noir qui lui a tenu à s'écarter de lui en disant qu'il ne l'avait jamais écouté. Que représente-il à Clermont?

J'avais bien compris qu'il ne s'agissait pas de remettre en doute mon intégrité, mais je préfère préciser !
En fait je ne sais pas ce que représente Murat en Auvergne, pas plus qu'à Clermont même, ce que je sais, c'est qu'il a un public fidèle.
Personnellement j'ai beaucoup écouté Murat, pas tout, car sa production foisonnante ne m'en laisse que peu le loisir. J'ai adoré des albums comme Mockba, des morceaux comme Jim, j'aime sa poésie éthérée et cependant terrienne. Il y a quelques années, alors que j'en étais à mes premières productions musicales, un programmateur local m'a dit que je devrais m'adresser à 2 personnes pour demander leur avis ou de l'aide. Il s'agissait de Guillaume Cantillon (Kaolin) et Jean-Louis Murat. A cette époque j'ai essayé brièvement d'entrer en contact avec les deux, sans succés. Les hasards de la vie m'ont fait rencontrer Guillaume, j'ai pu travailler avec lui et avoir ses talents de réalisateur sur mon album. J'espère que le prochain sera Murat et que la boucle sera bouclée...

En parlant du point Godwin, il y a une certitude... Quasiment tous les projets chansons d'envergure de la région qui me touchent ont un lien avec Jean-Louis Murat, récemment on peut citer Matt Low ou Morgane Imbeaud... Je me désespère donc de ne pas avoir eu ce privilège...

 

- Vous n'êtes donc pas un "Muratien invétéré", mais pouvez-vous nous en dire plus sur votre histoire avec Lui? Est-ce que vous vous souvenez quand vous l'avez écouté pour la première fois?

Je ne suis certes pas un Muratien invétéré s'il s'agit de tout connaitre par coeur. Je ne suis d'ailleurs pas un fan invétéré de qui que ce soit, il y a des artistes que j'aime énormément mais je n'en idolâtre aucun... Je ne me souviens pas de la première fois où je l'ai entendu, ce qui signifie que je devais être très jeune... en général ma mémoire est bonne !

 

- les questions rituelles:  Votre album préféré de Murat?

Mockba

- 3 chansons préférées de lui? Et bien sûr pourquoi?

La fille du capitaine parce que je la chantais sans cesse à ma plus grande fille sur sa table à langer...

Jim: parce que j'ai souvenir d'un live remarquable sur NPA... la musique et le texte me transportent et son côté cinématographique me plait.

Maria Dolores: pour ce côté si intime...


- Est-ce que vous l'avez déjà vu en concert?

Je l'ai vu en concert à Animatis en version trio: un très beau souvenir de concert *Issoire, tournée Mockba

- Y a-t-il une chanson de votre répertoire qui vous évoque Murat ou dont il serait une partie de l'inspiration?

Dans mon répertoire, je pense que "les hommes au revolver" est la chanson qui se rapproche le plus de son univers: le chant lexical est assez commun avec celui de Jim par exemple !

 

- Est-ce que vous pouvez nous parler de votre parcours de musicien? (de l'éducation musicale jusqu'à votre album)

Alors, à l'école primaire j'ai fait beaucoup de solfège ainsi que du piano. J'ai dû arrêter cela vers 12 ans. Je ne sais pas comment cela est possible, mais je ne me souviens quasiment de rien... J'ai laissé complètement dans un coin de mon cerveau tout cela et je n'arrive pas à y accéder ! Quoi qu'il en soit j'ai décidé de m'acheter une guitare lors de ma 18ème année (en 1995) et j'ai bossé cet instrument en autodidacte complet. Dès les premiers accords appris, je me suis tourné vers la composition. J'ai fait mes premiers concerts, aussi maladroits qu'amateurs, quand j'avais 21 ans.
Parallèlement à cela j'ai fait une licence de maths, puis passé le capes, puis 5 ans après passé l'agrégation de maths, je ne pouvais donc consacrer qu'un temps limité à la musique. A cette époque, je jouais en version groupe assez rock. En 2008 la coopé m'a proposé la première partie de la Grande Sophie en solo: j'ai accepté. Ce fut mon premier concert solo, et le premier avec une guitare acoustique: j'adore me mettre en danger. J'ai décidé ensuite de tourner seul, de faire mes armes devant un public, en me présentant avec juste une guitare et un texte...
Vinrent quelques autres formules... Puis j'ai rencontré Papillon en 2012, nous avons immédiatement adhéré à nos univers respectifs et commencé à travailler ensemble.
En 2013 j'ai eu la proposition de Guillaume Cantillon de me réaliser des titres, j'ai peu après signé sur le label "Les Imprudences" et Bertrand et Audrey Betsch m'ont convaincu de faire un album complet. Cet album est sorti en avril 2015.
Ce parcours est chaotique et jalonné par des rencontres inattendues... Le hasard est mon guide...


- Est-ce que vous étiez déjà sous votre nom ou sous un nom de groupe? (question pour les archivistes du rock clermontois)
Je préfère qu'on  ne retienne rien de cette période là !

- Que pouvez-vous nous dire de plus sur cette rencontre avec Bertrand Betsch? et ce nouveau label?
Bertrand Betsch m'a signé dès qu'il a entendu mes titres. C'est un immense honneur qu'il ait aimé mon univers. Sa qualité artistique est énorme, sa production foisonante et toujours de très bon goût. Nous nous sommes rencontrés plusieurs fois sur Toulouse et Clermont, c'est qualqu'un de charmant. Ses conseils et son avis me permettent de me setir légitime et me donne toujours plus confiance, c'est un plaisir d'être sur le même label !

 

- J’avais contacté Audrey et Bertrand Betsch pour une autre question, et Audrey m’a exprimé comme elle s’était en quelque sorte prise en pleine face la difficulté de faire exister un label et sa production.

Je crois effectivement qu'elle ne savait pas au moment de ma signature à quel point la qualité ne suffit pas. Elle a toujours été claire, son but ainsi que celui de Bertrand est sûrement que je trouve une autre structure capable de porter mon travail en termes de communication et de contacts..

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J'ai demandé  à Bertrand Betsch de nous parler de Sébastien :

"Sébastien est un garçon charmant et extrêmement talentueux. Je me souviens que lors de l'élaboration de son album, à chaque fois que l'on recevait un nouveau morceau, Audrey et moi étions interloqués. A chaque fois, sourire aux lèvres, on se faisait la même réflexion : "ça y est, encore un tube". "Mais comment ce garçon fait-il pour ne faire que des tubes !". Sa plume, sa voix et son sens mélodique à chaque fois font mouche. Ils sont rares ces artistes qui dès leur premier essai se réalisent sans détour et enquillent les moments de grâce. La qualité des arrangements et de la production aussi est très importante. C'est à cela que l'on reconnaît également les futurs grands. Certes Sébastien est très talentueux mais il sait aussi très bien s'entourer. Papillon et Guillaume Cantillon ont su se mettre généreusement au service de ses chansons pour les emmener vers le meilleur. Je lui souhaite longue route, en toute amitié. B/B/"
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- Vous avez aussi été dans un collectif Novembre, notamment avec Julien Estival, pouvez-vous nous en parler? Est-ce encore d'actualité?


Le collectif s'appelalit "Septembre" ;) ... Il n'existe plus. L'idée était de se fédérer, mais nos univers artistiques prenaient des chemins trop différents et nos priorités n'étaient plus les mêmes pour que perdure cette belle aventure.

- J'aimerais bien parler de votre album maintenant... et j'ai pensé que j'allais peut-être vous demander de nous parler de 3 titres de votre choix (musicalement, textes, histoire)...

Hum... Que c'est difficile... L'album porte le titre de "Ravines". C'est un titre qui me tient à coeur, je pense que le texte est assez abouti et que la mise en musique colle bien au côté "poisseux" du texte. C'est ma part sombre qui s'y exprime, j'y ai mis beaucoup de moi et beaucoup de références... Certains auront sûrement remarqué les clins d'yeux à Bashung...


Un titre aux antipodes: "Le Pont des Arts": rythmé et en apparence très léger... en apparences seulement, ce titre parle aussi bien de la difficulté de vivre une histoire à deux que de la peur de la page blanche... Pour moi il n'y a que des Ponts puisqu'il faut sans cesse franchir des obstacles.


Enfin, je choisis "les hommes au revolver", parce que de tous mes titres c'est sûrement celui qui se rapproche le plus de l'univers de Jean-Louis Murat, et parce que ce morceau est le fruit d'une collaboration très étroite avec Papillon. Là encore c'est une histoire complète en elle-même et une métaphore dans son ensemble, aussi. Ce titre résonne très différemment depuis le 13 novembre, il est terriblement d'actualité... La version scénique est très différente de la version album, plus "Eastwoodienne" !

- J'ai été très interpelé par Rose-Croix  du fait de cette référence en titre (à cause d'un visiteur solitaire d'un château en Normandie- ultraprivate clin d'oeil)  et aussi de cette très jolie guitare sur ce titre (et ce grand beau final intrumental).             

Ce titre est très intime, je suis ravi de voir qu'il touche aussi un tiers !

Ce morceau est une ode à la métaphore... celle des alchimistes.
Transformer le plomb en or est le but des alchimistes. On sait depuis des siècles que cela est impossible... Mais il ne faut pas se borner au premier degré, cette quête est une métaphore de ce que doit viser l'humaniste: opérer un changement sur lui-même, faire de son quotidien quelque chose de sans cesse meilleur. Nous sommes tous de "l'hypothétique or pur", dans le sens où il ne tient qu'à nous de nous transformer, de nous transcender, de viser le meilleur.
Ce morceau est bourré de références plus ou moins ésotériques, libre à chacun de les chercher et de les décortiquer...

- Le prochain album de Fred Jimenez devrait donc vous plaire...  Comment envisagez vous la suite? Vous multipliez les concerts depuis novembre en tout cas, dont prochainement dans la boutique de la Kütü Folk?

J'ai envie de jouer, encore et toujours et le plus loin possible. J'ai déjà de quoi faire un nouvel album... peut être un moment de studio va-t-il arriver...

- Question subsidiaire: vous avez joué avec Matt Low, eu une date dans la boutique d'Alexandre Rochon...  Savez-vous si la famille Bergheaud vous a écouté?

Je suis ravi de rencontrer toutes ces personnes, mais je ne crois pas que la famille Bergheaud ait écouté... en tout cas aucun retour pour l'instant !

 

Interview réalisée par mails du 5/12/15 au 31/01/16. Merci Sébastien.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°20 : Sébastien Polloni

On termine par un long texte de Bertrand Betsch:

  • « Ravines » de Sébastien Polloni

Par

Né un 1er juillet, Sébastien Polloni, avec son premier album « Ravines », incarne l’été de cette nouvelle chanson française décomplexée qu’a vu naître le XXIème siècle…

Artiste rôdant aux alentours de Clermont-Ferrand, Sébastien Polloni s’est adjoint les services de Dany Rodriguez alias Papillon et de Guillaume Cantillon (ex chanteur du groupe Kaolin). A eux trois, tantôt co-auteurs, co-compositeurs, co-arrangeurs et co-producteurs ils forment une sorte de triumvirat qui règne en maître sur ces 11 chansons au parfum inédit.

Déboulant de nulle part, Sébastien Polloni s’impose dès son premier essai comme un artiste déjà parfaitement accompli. Ils sont si rares ces premiers albums qui vous plantent d’emblée un décor comme on franchit un col de montagne pour déboucher sur une vallée harmonieuse qui vous en met plein les mirettes. C’est la principale force de ce disque. Tout est en place. Pas une chanson en dessous de l’autre. Une arrivée plus qu’un départ. Un véritable accomplissement. Une marque de fabrique qui tient dans ce pari fou de proposer des morceaux qui vous enrobent dès la première écoute. Des textes écrits au cordeau, des mélodies entêtantes, des arrangements composés de guitares acoustiques très présentes, relevées ici ou là par des guitares électriques tendance ligne claire, quelques notes de claviers, des batteries simples et efficaces et des chœurs comme des tapis volants.

Mi-dandy, mi-cow-boy, Sébastien Polloni impose son style original, mêlant la tourbe au miel. Ni vraiment pop, rock, folk ou chanson française pur jus, ou tout cela à la fois, Polloni impose d’emblée son propre idiome. Tantôt sophistiqué, tantôt rugueux, Polloni n’est jamais là où on l’attend. Son album « Ravines », plein de ravissements et de ravins, est de ces disques tellement rares que l’on écoute en boucle comme une envoûtante ritournelle. « Ravines » est un carrousel où l’on se plaît à tourner indéfiniment. Parfaitement maîtrisé, il participe d’une certaine idée de la grâce. De celle qui nous révèle toute la beauté du monde, dans ses évidences comme dans ses escarpements…

En bon enchanteur, Polloni distille à travers ses chansons une sorte de poésie de contrebande.

Dans cet album il y a des « secondes hors d’haleine » et « des étreintes qui traînent ».

Il y a des sortes d’incantations qui nous permettent de dompter la pénombre, de faire en sorte que nous soyons « maîtres de nos parts d’ombre » et que « la nuit apprenne à nous connaître ».

Il y a cette tendresse dans la voix, dans les mélodies finement ourlées, dans les chœurs irisés.

Il y a la valse des amoureux « le long du pont des arts », ce « pont des hasards » où chacun espère sceller une histoire d’amour au long cours.

Il y a des « ravines dont on ressort KO » et où « l’on titube le vertige à la main » mais dont on finit par se relever prêt à affronter « d’improbables matins à pisser contre un mur ».

Il y a des « hommes au revolver » et « aux manières brutales » qui n’en finissent pas de rêver de bousculer un monde trop policé pour être honnête.

Il y a des coups de sang, la menace d’un fusil, des malédictions, des coups du sort.

Il y a des effluves corporelles qui nous viennent de nos amours de jeunesse, ces « idylles surannées ou simples histoires de cul » qui ne sont « qu’un peu de chair froissée ».

Il y a la réminiscence des rondes enfantines où l’on se promet de se marier, l’un en cow-boy et l’autre en fée.

Il y a l’expression de ce sentiment de finitude qui gouverne nos existences car « même les lignes droites, même les courbes de reins, tout comme le début ont aussi une fin ».

Il y a également le désir de jouir de l’instant présent, de ne penser à rien d’autre qu’à la volupté délivrée par la chaleur d’un corps endormi dans les draps d’un matin délicat.

Il y a ce pari fou de vouloir transformer les cailloux que l’on a dans nos chaussures en diamants, d’aller puiser « dans le creuset de nos fêlures » pour en extraire « l’hypothétique or pur ».

Il y a ce mouvement de balancier sous un vieux chêne, « les poches vides, les artères pleines » avec juste cette envie de se sentir exister, pleinement, passionnément, follement.

Il y a tout cela et beaucoup d’autres choses.

L’album est sorti le 20 avril sur le label Les imprudences. Pas de risque, il vous plaira. Je vous le promets.

Bien-sûr: retrouvez nos autres interviews exclusives dans la catégorie "inter-ViOUS ET MURAT" (Françoise Hardy, Jeanne Cherhal....) dont les récents:

Eryk e

Laurent Saligault

Deux autres interviews sont programmés... on ne s'arrête plus!

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Rédigé par Pierrot

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