inter-vious et murat

Publié le 16 Août 2015

Festival "Les Belles Journées", interview !

Pour obtenir une accréditation-presse pour la première fois, je me suis laissé soudoyer par l'attachée de presse pour faire un article pour annoncer le festival : LES BELLES JOURNEES, "festival de rock indé" à Bourgoin-Jallieu, le 11 et 12 septembre, au parc des Lilattes, première édition...
En réalité, j'étais tellement content  de découvrir cette initiative de ma métropole micro-régionale, et surtout cette programmation, que j'avais déjà facebooké sur l'événement et invité mes contacts lyonnais à l'événement. C'est tout naturellement que j'allais bien sûr en parler aussi sur le blog, et faire ma petite part pour promouvoir l'événement...  d'autant plus que j'espère  réussir à vous proposer quelques contenus exclusifs... notamment une petite surprise aux lyonnais (un petit clin d'oeil au musicien Jean-Louis Bergheaud qui faisait le reporter musical... mais chut).
Vous n'avez donc pas fini d'entendre parler du festival ici-même...

 

Et voilà que... alors que je prenais contact sur facebook avec le programmateur du festival afin d'en savoir plus sur le concept de "rock indé", et ses choix, celui-ci m'apprenait qu'il avait été très fan de Murat, qu'il était un ancien de Virgin... et...et... qu'il avait eu son quart d'heure de "célébrité muratienne" (une petite minute en fait)!  C'est dans cette vidéo  à partir de la 5e minute:

 

E

Oui, le programmateur du festival LES BELLES JOURNEES est:

LAURENT TOQUET  dont Ruquier lit une lettre publiée dans les Inrocks dans cette émission de 2006.

Voici donc sa mini "inter-ViOUS ET MURAT".

E

eParc des lilattes

en configuration concerts estivaux, ou virades de l'espoir (les services techniques sont rôdés).

 

e

Interview:

 

  • Alors, bonjour Laurent Toquet, avant d'aborder le festival, vous m'obligez à évoquer Murat... Quelle est votre histoire avec Murat? 

E

Mon histoire avec Murat remonte à bien longtemps, en 1987 exactement. A cette époque, je travaillais comme disquaire à Lyon chez Jelmoli exactement.

J'avais commandé ce 45 tours: "Si je devais manquer de toi" au commercial de chez Virgin qui connaissant bien mes goûts musicaux, m'avait préciser que l'univers de ce chanteur, Jean Louis Murat, devrait me plaire. Et en effet, ça m'a beaucoup plu et j'ai du en vendre pas mal à ma clientèle, car je le passais en boucle dans le magasin. Après, j'ai systématiquement commandé tout ce qui sortait de lui, pour mon plaisir et pour le magasin aussi.

En 1988, je quitte mon poste de disquaire chez Jelmoli pour aller travailler en tant que commercial chez la maison de disques Virgin France.

Je viens donc de réaliser mon rêve de l'époque: travailler pour ma maison de disques préférée qui distribue tous les labels que j'aime: Virgin, 4AD, Beggars Banquet, Mute, Rough Trade...

Dans le cadre de mon boulot, je reçois donc tous les disques qui vont sortir avant tout le monde, pour les faire écouter aux disquaires en avant première et les motiver sur les projets.

C'est ainsi que, jusqu'en 1992, je vais beaucoup parler et écouter du Murat au fil des sorties de ses disques, je vais le rencontrer aussi quelques fois rapidement au siège de chez Virgin,

place des Vosges à Paris, mais il n'est pas très bavard à cette période, pourtant nous avons une grande passion en commun: le vélo et tout ce qui touche au cyclisme en général.

En 1992, je quitte Virgin pour aller travailler chez Universal, mais je continue à me procurer les albums de Murat à chaque fois qu'il en sort un (et dieu sait qu'il est prolifique l'animal).

J'ai commencé à décrocher un peu début 2000, car je trouvais que sa production baissait très nettement en qualité et qu'il ne se remettait guère en questions, pour revenir vers

lui ces dernières années, trouvant sa production à nouveau intéressante, mais ses disques ne me procurent plus tant de frissons et d'émotions que ceux des années 90.

Faut dire que j'ai vieilli, lui aussi... Voilà!

e

  • Petites questions rituelles: Votre album préféré? si vous pouvez me citer 3 chansons? et bien sûr pourquoi ce choix?

E

Sans aucune hésitation: DOLORES.

Tout me touche dans ce disque à fleur de peau. Du moindre mot à la pochette, je me sens complètement en osmose avec cet univers mélancolique et poétique.

Son écriture est fine, originale, la production musicale impeccable, tous les instruments se complètent parfaitement, c'est beau, totalement maîtrisé tout en étant un peu fou. Quel disque!

Après j'aime presque autant: Le manteau de pluie, Vénus et Mustango et le live in Dolorès couplé avec le Murat en plein air.

Chansons préférées:

Très difficile à choisir pour moi, il y en a tant que j'adore.

- "Perce-Neige" pour ce rapport incroyable avec la nature, les animaux, le climat et les états d'âme d'un homme tellement lucide, ici étalés toutes en finesse, qui se dégagent de ce titre.

- "L'éphémère" parce que personne ne sait parler des femmes donc d'amour, de la nature et de ce qu'elle dégage comme ambiance, comme force, de l'instant d'un émoi suspendu, comme Jean-Louis Murat.

On sent chez lui une âme de "paysan", je pense que j'ai la même que lui, alors forcément cela nous rapproche.

- "Avalanche" cette reprise de Cohen est absolument envoutante, étonnante, très éloignée de l'original, complètement revisitée, c'est très fort car l'original est un chef-d’œuvre et Murat en a fait une nouvelle chanson.

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Photo L. Toquet (collection personnelle)

Photo L. Toquet (collection personnelle)

 

 

  • Dernière question rituelle que j'allais oubliée: un souvenir particulier de concerts? une anecdote?

E

- C'est simple: le 20 décembre 93 au Transbordeur à Lyon, au bout d'un certain temps et d'un concert un peu soporifique (Murat a l'air très fatigué), l'ami jean-Louis fait entrer sur scène l'actrice Elodie Bouchez, toute jeune à l'époque, elle semble vraiment intimidée, je crois qu'il chante une chanson ensemble mais je ne me souviens pas de quel titre. Puis Murat se met à parler, à délirer sur l'Auvergne, ses montagnes, sa campagne qu'il va retrouver incessamment sous peu et qui lui manquent tant en tournée.

Cela dure un sacré long moment, ses paroles sont incompréhensibles, il marmonne et semble oublier que le public est là, suspendu à ses lèvres, vraiment très déroutant.
Voilà! C'est un souvenir particulier que je n'ai pas oublié.

 

e

  • Peut-être le 23 décembre plutôt... puisque c'est le concert qui a donné lieu au disque Murat Live...  Passons maintenant aux BELLES JOURNEES. Le festival se présente comme un "festival de rock indé"? Comment  définissez-vous le rock indé? Est-ce uniquement d'être signé chez un petit label et Pias peut-il être considéré encore comme un petit label?

E

Oui! J'ai souhaité que le festival est une ligne artistique précise (j'en assumerai les conséquence si cela ne marche pas), pour plusieurs raisons:

La première c'est d'annoncer la couleur, de ne pas avancé masqué, de se différencier des autres qui pratiquent allègrement le mélange des genres souvent n'importe comment et à n'importe quel prix.

La deuxième c'est de donner la chance à des artistes encore en "développement" qui ne sont pas très médiatisés, aussi de montrer que de nombreux groupes français de pop et de rock sont à la hauteur des anglais.

La troisième c'est que ce genre de musique est celui que je préfère et dans lequel j'ai le plus de contacts ce qui est important quand on est programmateur d'un événement.

Pour le moi le "rock indé" est une étiquette un peu bateau mais c'est tout de même celle qui définie le mieux la programmation des Belles Journées.

Ce n'est pas tant une question de label, c'est surtout une question de médiatisation. Beaucoup d'artistes estampillé "rock indé" sont sur des gros labels distribués par des Majors.

Pour moi l'indépendance commence par ne pas se soumettre au diktat des gros médias, ne pas céder à la tentation de faire n'importe quoi pour sa promotion.

C'est donc une question d'état d'esprit avant tout.

Par exemple Murat qui a toujours été (à part Pias aujourd'hui) chez des Majors du disques est complètement "indé", on ne le voit pas sur TF1, ne l'entend pas sur NRJ, il ne fait guère de concessions, assume ses convictions, c'est ça pour moi l'indépendance. Idem pour Dominique A ou Saez qui est pourtant un gros vendeur de disques.

En ce qui concerne Pias, oui pour moi c'est une maison de disque indépendante, la plus grosse certes! Mais l'on ne peut les considérer comme une Major telles Universal, Warner ou Sony.

Ils font avant tout de "l'épicerie fine" même si ils distribuent de très gros artistes et de très gros labels. Là aussi, c'est avant un état d'esprit.

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Le grand Alice Botté(avec Higelin) au Parc des Lilattes en 2013

E

  • vous le soulignez, sans parler des risques météo de faire un festival en extérieur en septembre, vous avez fait un choix exigeant... sans un très grand nom (disons des personnes qui ne font pas que la couverture de magic! Vous avez cité vous-même 3 artistes assurant une certaine affluence ou retentissement médiatique). Est-ce que vous avez pensé inviter un de ces chefs de file ?

E

Il est évident que la météo va jouer un rôle important, mais c'est un risque à prendre, comme dans tous les festivals qui se passent en plein air. Espérons que les cieux nous seront cléments ces deux soirs là, donc que la chance sera de notre côté. Si nous n'avons pas un très grand nom comme vous le précisez, c'est uniquement pour deux raisons: beaucoup de têtes d'affiches contactées n'étaient pas disponibles à cette date ou plus en tournée (Dominique A, Miossec, Cats on Trees...), ou alors trop chères pour notre budget (Saez, The Do, Daho...). Quant à Murat, il était passé aux Abattoirs au printemps, donc pas possible de le reprogrammer. Je tiens à préciser tout de même que pour moi: Aline et Isaac Delusion sont deux "têtes d'affiche" tout à fait présentables même si effectivement pas très connues du grand public.

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  •  Vous disiez être prêt à assumer vos choix... mais il est difficile d'installer un festival dès une première édition. La Mairie s'est-elle engagée sur plusieurs années?

E

La mairie (à moins d'un fiasco total) s'est engagée pour plusieurs années, en fait sur la totalité du mandat. Oui! Nous savons qu'il est difficile d'installer un festival dès la première année, encore plus d'être rentable. Nous pensons arriver à une certaine reconnaissance et renommée à partir de la troisième édition, idem pour l'équilibre financier. Lorsque je dis que je suis prêt à assumer mes choix, je veux dire que: étant donné que cette programmation est la mienne, que personne ne me l'a imposée, si le public n'est pas au rendez-vous, soit je serai certainement obligé d'ouvrir la prog à d'autres styles de musique plus commerciales pour les années suivantes, soit je quitterai mes fonctions si la ligne artistique et "l'esprit" du festival doivent trop varier par rapport à mes convictions, soit je serai viré tout simplement n'ayons pas peur des mots.

 

  • On a une répartition égalitaire entre artistes ou groupes chantant en anglais et en français (Autour de Lucie, Robi et Aline le vendredi et Baden Baden et la Féline samedi). Est-ce une donnée qui vous importait (je pense que pour Murat, être "indé français", c'est aussi revendiqué son travail sur cette langue) ?

 

La répartition quasi égalitaire entre artistes chantant en français et en anglais est voulue car j'aime autant les deux. Je suis très sensible aux textes français, étant très accroc aux mots et à la qualité de la sémantique, mais je dois avouer que la pop chantée en anglais par des français possède un charme un tantinet suranné qui me plaît, de plus la langue de Shakespeare au niveau de la rythmique est idéale pour le rock.

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  • Dernière question que je me sens obligé de poser (vous pouvez me répondre "en off", "en in" ou en semi-off!!). Je suis un peu surpris que le festival s'organise semble-t-il sans lien avec les Abattoirs... mais je viens de voir que c'était un équipement CAPI (i-e de l'intercommunalité sur l'agglomération)... alors, pour poser une question: Est-ce qu'une synergie est possible à l'avenir avec cette salle qui devrait représenter le rock dans l'agglo (même si on pourrait rêver d'un dynamisme plus important, façon coopérative de mai : la capi compte 100 000 habitants, Clermont 130 000)?


L'histoire est assez simple. Bien évidemment, au départ nous souhaitions complètement travailler en collaboration avec les Abattoirs. En fait on voulait faire le festival sur trois jours (un aux Abattoirs, deux dans le parc des Lilattes en plein air), nous sommes donc allés présenter le projet à José Molina le directeur des Abattoirs pour savoir ce qu'il en pensait et si cela l'intéressait de travailler avec nous. Et là, après plusieurs heures de discussion, il nous a dit que le projet ne l'intéressait pas, qu'il n'y croyait pas, que le rock indépendant c'était pas son truc et que le budget n'était pas suffisant. Nous avons donc du faire sans lui, donc sans sa salle et sans son équipe.

 

 

 

Un concert au parc en 2014 (photo du courrier liberté). joli coin, non?

Un concert au parc en 2014 (photo du courrier liberté). joli coin, non?

Sur le  concept de rock indé, et ses contours flous, vous pourrez écouter cette émission de radio:

https://soundcloud.com/nofunshow/le-rock-inde-une-vue-de-lesprit  "Par essence déconnecté d’une industrie qui a sû les amadouer à coups de labels indie, le clan des non alignés mérite-t-il encore son statut spécial ? Animé par Nico Prat avec Adrien Toffolet, Christophe Moracin (Domino), Thomas Rozec (France Info) et Guillaume Benfeghoul (tourneur)"

 

- Laurent Toquet a sorti deux livres, dont une biographie de Nick Drake. infos ici.

- SITE OFFICIEL DU FESTIVAL:  http://www.bellesjournees.fr/

 

- LA PROGRAMMATION:

Deux articles à ce sujet : COURRIER LIBERTE et chez les amis de SOUL KITCHEN

 

 

 

Festival "Les Belles Journées", interview !
Festival "Les Belles Journées", interview !

Deuxième jour:

Festival "Les Belles Journées", interview !
Festival "Les Belles Journées", interview !

Une programmation vraiment emballante, dans la pop et la qualité, et pour un pass 2 jours pas cher du tout: 30 euros en prévente!

 

 

 

 

- Finissons par un  "Point Muratien", puisque ça m'amuse de le faire...

Robi a été créditée sur Toboggan, et elle est proche de Frank Loriou... mais un autre musicien présent est présent sur un album de Murat.... Je vous laisse 5 secondes pour réfléchir. C'est le batteur de H Burns : le fils de Denis Clavaizolle... qui interprète des pleurs de bébé dans Cheyenn Autumn !! C'est resté un beau bébé...

H Burns est produit par Frank Annese, patron des différents dérivés de SO FOOT... et muratien.

Aline et Valérie Leulliot ont repris sur scène du Murat (Valérie avec l'équipe de Frère animal). 

Du côté de LA FELINE, c'est le texte promo qui évoque l'écriture de Murat : "Elle évoque Brigitte Fontaine ou Jean-Louis Murat pour l'écriture ciselée".

Les Baden Baden ont repris du Dominique A, mais ils sont signés chez NAIVE, maison dirigée depuis quelques semaines par Marie Audigier.

Quant à 49 Swimming Pools, c'est le groupe d'Emmanuel Tellier, journaliste ex-Inrocks et Télérama, où il s'est peu illustré en parlant de Murat certes... mais avec un de ses précédents groupes CHELSEA, il faisait partie de la compil CONTRESENS aux côtés de Murat (inédit "n'attends rien").

Enfin, bien sûr, n'oublions pas de préciser que Murat a été invité 4 fois sur Bourgoin (au théâtre Jean Vilar et aux abbatoirs).    C'est tout pour le moment!  Alors, à très vite sur Bourgoin-Jallieu!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 8 Juillet 2015

Il y a quelques jours a fleuri sur mon mur fb la photo suivante:

TOUT EST DIT par Bertrand Betsch, et une nouvelle date!

Ce n'était pas la journée de l'amour, du free hugs... mais dans le microcosme microscopique des amateurs de bonne musique dans lequel le réseau social m'a amené, on fêtait l'arrivée du CD bonus offert aux "microcultivateurs" (crowfunding) du nouvel album de BERTRAND BETSCH qui paraitra en 2016 ("la vie apprivoisée"). C'est à croire que j'étais l'ami des "200 familles" qui devenaient possesseur de l'objet.

Et pourquoi j'en parle? Ah, oui, c'est dans le titre...

Et bien, c'est un album de reprises... et le "BB" Toulousain y chante "tout est dit".

 

Bertrand Betsch est le chanteur avec lequel je suis "ami" fb depuis le plus longtemps, on s'est croisé sur la route de Manset et de Florent Marchet, qu'il apprécie beaucoup... Pour Manset, certainement plus que Murat... si bien qu'il n'a pas franchi le pas de le reprendre sur ce disque. Il m'a toutefois dit qu'il y travaillait... pour la scène ou un disque. Un titre déjà repris par un autre ami commun il y a quelques années.

 

Alors, il fallait bien que je pose LA question à Bertrand.. Pourquoi ce titre?

-  "Parce que c'est mon préféré. Texte limpide, mélodie superbe. Pour info je n'aime que la première période de Murat, jusqu'à Dolores. Et encore, seulement certains titres. Après j'ai décroché. Disons qu'après Dolores j'ai décroché car les textes sont devenus obscurs à mes yeux et que musicalement cela me parlait moins. Pour moi son meilleur titre reste "Suicidez-vous le peuple est mort". Pour ce qui est de son travail récent j'ai surtout apprécié certaines chansons de l'album "Bird on a poire" composées par Fred Jimenez. J'adore notamment "Petite luge". Je trouve que Murat a une voix merveilleuse mais que ses chansons ne la mettent peut-être par encore assez en valeur. Sinon j'avoue que le personnage me plaît assez. J'aime les grandes gueules et j'ai en horreur le discours ultra policé adopté par la quasi totalité des artistes. Après il dit parfois des choses irritantes [...]. D'une manière générale je dirais que je suis un amateur occasionnel de Murat. La plupart de ses albums recèlent souvent un ou deux titres que j'aime, le reste n'étant clairement pas pour moi.".

Voilà pourquoi je ne lui ai jamais proposé d'inter-ViOUS ET MURAT...  Le fait est qu'il a peut-être aussi voulu faire plaisir à ses fans... qu'il sait très amateurs de Murat.  Son avis, il le garde d'ailleurs parfois pour lui, par  "peur d'être blessant ou du moins irrévérencieux" envers eux. Le fait est que sur son mur, Bertrand est toujours plus soucieux de partager ses émotions que ses énervements, et c'est bien agréable.

J'ai quand même essayé de creuser son avis sur la production plus récente de Murat:

- je trouve que ce qu'il fait est de qualité. C'est juste que cela ne me touche pas et que je préférerais toujours la simplicité et l'évidence [mélodique] du Lien défait à ce qu'il a pu faire par la suite.  Il connat bien le problème: J'ajouterais qu'un certain nombre de mes fans ne jurent que par mon premier album et que pour eux je ne ferai jamais mieux".

 

La version de Tout est dit de Bertrand est très réussie:  guitare sèche sur débuter pour accompagner sa voix de grand garçon de 15 ans, puis petite guitare électrique douce sur le refrain, et petit son flûtant de synthé, et arrivé de choeurs en "ou ou ou" sur le 2e refrain et sur le reste du titre... et le synthé se fait xylophone pour finir, puisque que quand tout est dit, il faut mettre un point final. 

Je vous fais languir... et ce n'est pas fini: pas d'écoute du titre pour aujourd'hui!

On ne le trouve pas sur le net... mais il est possible de se procurer le CD, dans la limite des stocks (200), en adressant un chèque de 15 euros au label de Bertrand :

LES IMPRUDENCES, L'AUTRE LABEL

3 Rue Aignan Serres

31120 LACROIX FALGARDE

FRANCE

 Le label, outre Bertrand, a signé kiefer et Sébastien Polloni ( de Clermont! Il a travaillé avec G. Cantillon - Kaolin).

Si le disque suscite un engouement, il pourrait  être réédité à une centaine d'exemplaires supplémentaires.

 

CHRONIQUE DU DISQUE par l'ami Sy!,  sur Froggy:

http://www.froggydelight.com/article-16345.html

 

  • LE LIEN EN PLUS :

Un petit visionnage du clip de Sébastien Polloni, tourné à Clermont ("caveau des anges")... parce que décidemment, "on traine et on s'ennuie" dans ses rue..

 

 

 

  • NOTA BENE:

UNE NOUVELLE DATE... pour MURAT .... à MONTMORILLON, près de La Trimouille, et de Brigueil Le Chantre, au dessus de Lathus St-Remy, là où coule la Gartempe, sur la D727A... Vous voyez?

t'ain! Vous êtes nuls en géo. Pour le certif, faudra repasser! C'est dans la Vienne (dans le triangle entre Poitiers et Limoges et Chateauroux).... On se rapproche du sud-ouest... mais toujours pas!

http://www.centre-presse.fr/article-400165-la-mjc-en-fete.html

le 7 octobre, à la MJ... Claude Nougaro. (la veille, les Ogres de Barback).

Samuel, le président de la structure, qui se dit "un mélange de géographe et de paysan" (une définition pas mauvaise pour Murat...), m'a contacté pour en parler, et il est impatient! Il me dit que "Montmorillon est une petite ville assez sympa, centre d'une Cité de l'Ecrit et des métiers du livre et assez facile d'accès malgré tout" (une vingtaine de boutiques dans la cité médiévale, un lieu qui plaira sans doute beaucoup à Murat, en espérant qu'il y trouve de quoi nourrir son inspiration!).

Samuel me dit également : "La venue de Jean-Louis Murat est le concert d'ouverture de notre 50ème saison à la MJC de Montmorillon. Ce sera sa seule date entre Loire et Gironde si je ne me trompe pas".

C'est un événement majeur pour eux. On leur souhaite bonne chance... et bravo d'inviter l'exigeant Murat!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 27 Avril 2015

 

 

Après vous avoir proposé l'interview de Philippe BARBOT (à lire ici) à l'occasion de la sortie de son dernier livre BACKSTAGE, j'ai pensé intéressant de publier ses articles sur Murat.

 

ŒŒŒŒ1)  Philippe ne garde pas de souvenir de la première interview indiquée comme coréalisée avec Anne-Marie Paquotte (l'article de 1984 qui a tant compté pour Murat à lire ici). C'est peut-être qu'il n'a en fait écrit que l'intro où l'on reconnait son style. Voici donc la première page de l'article:

Telerama  (propos recueillis par PAQUOTTE et BARBOT-Intro sans doute de P. Barbot

Telerama (propos recueillis par PAQUOTTE et BARBOT-Intro sans doute de P. Barbot

Philippe Barbot (suite): ses articles

2) la première rencontre en Auvergne:

Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles

3) Rencontre pour LILITH en 2003

"Lilith", nouvel album de Jean-Louis Murat

"Je ne suis pas fanatique de l'espèce humaine, c'est vrai"

En vingt-cinq ans d'expérimentations musicales, le rebelle auvergnat a peaufiné un univers à part, ténébreux et bucolique. Rencontre à flanc de coteau avec un artisan de la chanson un peu ronchon, mais vachement attachant.

On dirait la chanson des Beatles The Fool on the hill... Du haut de son promontoire auvergnat, face à une chaîne de volcans éteints depuis des lustres et tout juste bons à illustrer la pub d'une eau minérale locale, Jean-Louis Murat regarde le monde tourner. Avec la commisération du sage et l'agacement du rebelle. Ça fait déjà près d'un quart de siècle que le pâtre bourru de la chanson française joue les francs-tireurs marginaux. Après des débuts obscurs, à la fin des années 70, dans un groupe de rock intitulé Clara, puis un baroud solo entre déconnade punk et manifeste nihiliste (Suicidez-vous le peuple est mort, son premier 45 tours en 1981, jamais réédité depuis), le voilà qui mène une carrière à la longévité insolente, prolixe et dolente à la fois, comme un Manset new wave ou un Neil Young hexagonal. Depuis Cheyenne Autumn, son premier « vrai » album, il y a quatorze ans, Jean-Louis Bergheaud alias Murat (le nom d'un village du coin) a multiplié les expériences. Musicales, de Dolorès, un album électronique et solitaire enregistré en chambre, au Moujik et sa femme, retour à l'épure cinglante du trio rock, en passant par Mustango, escapade américaine mêlant sons et images. Poétiques aussi : qui d'autre que ce maniaque de la stance qui balance aurait pu mettre en musique, avec clavecin, luth et viole de gambe de rigueur, les vers perdus d'une obscure poétesse du XVIIe siècle, Mme Deshoulières, en compagnie de l'actrice Isabelle Huppert ?
Bref, le Murat des champs est un animal malaisé à cerner. Un dahu insaisissable qui caracole avec la même aisance nonchalante des coteaux pierreux du rock'n'roll aux vallées austères de la chanson de geste, d'un duo avec Mylene Farmer à des hommages à Leonard Cohen et Joe Dassin, en passant par un groupe de copains de bistrot, les Rancheros. Un campagnard urbain, un citadin rustique qui a naguère consacré un site Internet entier aux vaches, ces doux ruminants qu'il affectionne particulièrement, et est capable d'interrompre une interview pour observer une armada de mammifères à cornes galopant à flanc de colline. « Des fois, une bête se fait piquer par un taon et c'est la panique dans tout le troupeau. Faut être vigilant... » Attablé au bord d'un lac montagnard, au-dessus de Clermont-Ferrand, à quelques encablures de la ferme restaurée dans laquelle il s'exile pour concocter chansons, peintures et confitures, Jean-Louis le candide grognon parle de son dernier album, un double CD intitulé Lilith. « Pas un double CD, un vrai triple album vinyle ! corrige l'esthète. Y en a pas eu beaucoup dans l'histoire du rock : Woodstock, Yes, George Harrison... En fait, je n'ai pas fait exprès : c'est seulement au mixage final que je me suis aperçu qu'il y avait vingt-trois morceaux qui tenaient debout. Alors j'ai tout gardé. »
Comme pour le précédent opus, Le Moujik et sa femme, Murat a conservé la formule, à la fois simple et efficace, du trio basse-guitare-batterie, tout juste épaulé par quelques cordes arrangées par Tindersticks, le buggle du jazzman Stéphane Belmondo et des choeurs signés Camille, China et Jule. L'oeuvre, à la fois sobre et lyrique, entre folk-rock courtois et ballades rauques, s'articule autour d'un personnage de femme, Lilith. La troisième muse du troubadour, après Vénus et Dolorès, titres de deux de ses anciens albums : « Lilith, c'est la première femme d'Adam, l'anti-Eve. Au départ, Dieu fabrique un homme et une femme à partir de la boue. Il fait Adam et Lilith, et ça tourne à la catastrophe, un véritable fiasco : Lilith est incontrôlable, elle fait les quatre cents coups... Alors Dieu recommence, il prend une côte d'Adam et il fabrique Eve. Voilà le symbole qui a conditionné toute notre société et illustre les problèmes actuels du statut de la femme : elle ne peut être l'égale de l'homme puisqu'elle a été fabriquée à partir de lui. Lilith, dans la tradition hébraïque, ainsi que tous les prénoms qui comportent un double - (Lola, Lolita, Liliane, Leïla, ou la Layla chantée par Clapton), c'est la femme maudite, la pute, la salope. En opposition à Eve, la sainte, qui représente les valeurs familiales chrétiennes. Lilith, c'est l'inspiratrice des poètes, aussi. On retrouve son image chez les romantiques, au XIXe siècle : la femme à chevelure noire, libre, indépendante, la sexualité incarnée. C'est pour ça que les féministes américaines ont choisi Lilith comme symbole. Est-ce qu'une femme doit être une Lilith ou une Eve ? Moi je préfère les Lilith... »
Jean-Louis Murat, ou le seul auteur français à oser articuler le mot « testostérone » dans un couplet, ou à caser « gastéropode, gentiane et Poulidor » dans la même strophe. Une écriture qui ne s'embarrasse plus ni de rime ni de métrique, qui ressemble à une éruption de mots, jetés pêle-mêle, têtes par-dessus culs, âpres comme certaines piquettes du cru, coupants comme de la roche volcanique. Quelque chose comme le croisement de Ronsard, de Villon, de La Fontaine, de Brel, de Céline, de Dylan.
Avec, en leitmotiv rituel, des allusions aux mondes végétal et animal, qui associent jaguar et réséda, épervier et dahlia, cormoran et rhubarbe, grive et salsifis... « C'est vrai, mes chansons ressemblent à la fois à des bestiaires et à des herbiers : il y a même une fille, sur un site Internet, qui s'est amusée à répertorier tous les noms de plantes ou des bestioles que je citais. L'écriture, c'est très mystérieux, ça me dépasse. Des fois, quand je corrigeais les textes sur la pochette de l'album, je me disais mais merde, où es-tu allé chercher tout ça, toi ? Pourtant, je me sens de plus en plus à l'aise dans l'univers poétique ; ça me paraît infini, j'ai l'impression de faire mes premiers pas. »
Dans son antre bougnat haut perché, à des kilomètres du premier bistrot, entre collection de socs de charrue et home-studio boisé décoré de guitares (il en possède trente-six), Murat se réveille chaque matin et, spartiate, se colle au boulot : peinture, écriture de poèmes, de chansons, un exercice quotidien qui lui sert, assure-t-il, d'échauffement quasi métaphysique. L'homme écrit debout, comme d'autres jouent du piano, il a même une théorie là-dessus, à propos de cette créative station verticale : « Flaubert écrivait debout, paraît-il. Je me suis rendu compte que les chansons écrites dans la position assise passaient moins bien quand je les chantais debout sur scène. Il y a une façon de porter la voix qui est différente. Quand tu es debout, tu chantes beaucoup moins pour toi. Maintenant, quand j'écoute n'importe quel disque, je suis capable de reconnaître si la chanson a été écrite assis : ça pue la chaise... »
L'artiste peint, donc. Des kilomètres de toile, paraît-il, mais qu'il conserve farouchement hors de la vue des importuns, rejoignant ainsi involontairement la confrérie des musiciens barbouilleurs, de Captain Beefheart à Nino Ferrer, en passant par Manset et Bowie.
« La peinture m'intéresse, au moins autant que la musique, mais c'est à usage perso. Je ne suis pas un peintre, je peins, c'est tout. De même, je fais du vélo, mais pas le Tour de France. La peinture m'aide beaucoup pour la musique. On se voit de l'intérieur, on voit ses défauts, ce qu'on vaut. Quand je regarde mes toiles, je vois comment je fais des chansons. C'est comme une partition. Et puis la chanson est un métier de branleur, faut bien que je fasse d'autres trucs. »
Faire de la chanson son métier, à en croire Murat, c'est aussi dépassé que vouloir être savetier ou rémouleur. Un boulot désuet, un artisanat ingrat, voué à la disparition. Ça le fait râler, le Jean-Louis. Avec ce mélange d'analyse judicieuse et de mauvaise foi patentée qui fait, entre autres, son charme pervers... « Je crois qu'il y aura encore deux ou trois générations de chanteurs français et que ce sera terminé. La fête est finie, on n'existe quasiment plus. On est en roue libre, y a plus personne qui pédale. On va se diluer dans l'Europe, il n'y aura plus que de la chanson folklorique ou de la musique industrielle, de la variété internationale, de préférence anglo-saxonne. Moi je me sens un peu l'éboueur de la chanson, je ramasse tous les restes, je récupère. Je pille l'épave, le site archéologique. Je me vois comme une sorte d'ethnologue, de géologue, d'historien. Nous sommes dans un pays qui se déclare antiaméricain tout en bouffant de la sous-culture américaine jour et nuit. Et dont la plus pâle imitation est Johnny Hallyday. Je veux bien reconnaître qu'il a du talent, qu'il chante bien, mais c'est comme si Chaliapine n'avait interprété que la Danse des canards ou Rubinstein joué Oxygène de Jean-Michel Jarre pendant soixante ans. Et on pense défendre l'exception culturelle en aimant Johnny Hallyday ! Notre pays est un peu fou, il a besoin d'un psy. Quand on fait une activité artistique, on ne sait plus où se situer. Moi, je ne comprends rien. Je ne sais pas ce que veulent les gens, ce qu'ils ont envie d'entendre. Peut-être des trucs qu'ils ne comprennent pas. Ou qui ne disent rien. Ça nous pénalise beaucoup, nous les chanteurs français. Par exemple, il faudrait que je vende deux cent mille albums pour gagner mon indépendance. Là, je fonctionne à perte. C'est ce que dit le patron de ma maison de disques : "Toi, tu feras comme Van Gogh, tu rapporteras quand tu seras mort." »
Jean-Louis Murat a la réputation, dans le métier, comme on dit, d'être un sacré emmerdeur. Un empêcheur de marketer tranquille. Quand on lui reproche d'y aller un peu fort, de manquer de diplomatie, de ne ménager ni la chèvre ni le chou mais de les bouffer tout cru, lui, le fan de Dylan et de Neil Young, a une réponse toute prête : « S'exprimer comme ça, ça fait partie de la musique que j'aime. Le rock'n'roll, c'est le contraire du politiquement correct. C'est comme balancer un larsen. Jouer avec la saturation, ça suppose un certain comportement, un certain caractère, donc un certain franc-parler. Le rock est une musique de la franchise, pas de faux cul. C'est pour ça que c'est immortel. Pas comme la variété... On me dit souvent que je suis méchant et misanthrope, mais c'est faux. Y a pas plus gentil que moi, je suis même un vrai nigaud. Je ne suis pas fanatique de l'espèce humaine, c'est vrai, mais j'en aime quand même une bonne moitié : tout ce qui est féminin... ».


Philippe Barbot

4) La rencontre Murat/Wyatt retranscrite ci-dessous (Barbot consacre un chapitre de son livre à cet épisode et à Wyatt en particulier):

http://disco-robertwyatt.com/images/Robert/interviews/Telerama1997/index.htm

5) Le bougon fécond, critique de Parfum d'acacia (à lire dans l'interview)

6) A bird on a poire:

Philippe Barbot (suite): ses articles

7) Mockba 1 CD Labels n°2882 2005

« J'écris une chanson tous les matins en me levant. » On peut penser ce qu'on veut de Murat, mais pas le taxer de vantardise. La preuve, l'effarante prolixité de l'Auvergnat boulimique, qui enchaîne avec un dédain superbe pour les us et coutumes commerciaux disques, livres et DVD. Pour tenter de résumer, quelques mois après un disque solo, un autre en duo avec Jennifer Charles, un DVD d'inédits et un bouquin de photos, revoilà le pâtre bougnat avec une cargaison de projets dans sa besace. Un nouvel album, d'abord, baptisé MOCKBA (Moscou) et qui, malgré son titre, n'est nullement la suite du Moujik et sa femme. Plutôt un disque au charme slave et suave, où les acolytes habituels du chanteur, le bassiste Fred Jimenez et le batteur Stéphane Reynaud, partagent l'espace sonore avec des pépiements d'oiseaux, de magnifiques arrangements de cordes, et la présence de Carla Bruni et de Camille pour deux duos gais et délicats.

On y retrouve, sous une pochette au goût discutable (Murat barbu et yeux bandés, entre colin-maillard et peloton d'exécution), la propension de l'olibrius à la pop douce-amère, ses halètements au vibrato caressant et à la diction ouatée, et ses textes chantournés célébrant des amours courtoises mais crues. Parmi eux, trois textes empruntés à Pierre-Jean de Béranger, poète et chansonnier parisien du XIXe siècle, à qui Murat consacre par ailleurs un autre CD, intitulé 1829, onze poèmes mis en musique. Comme si ça ne suffisait pas, l'insatiable JLM publie également un bouquin de dessins et poèmes, annotés et illustrés, avec un DVD et un CD encartés, le tout intitulé 1451 et narrant les processus de création de l'ermite de la Croix-Morand. Qui est actuellement en tournée. « C'est comment qu'on freine ? » demandait jadis Bashung. « Suffit d'accélérer », répond Murat.

Philippe Barbot

8) Et le dossier MURAT, avec la couverture (cf l'interview de P. Barbot). Carte blanche Juillet 2005... Je vous mets les trucs principaux :

Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles
Philippe Barbot (suite): ses articles

JEAN-LOUIS MURAT

Autoportrait

L'artiste à travers ses doubles

Roger-Viollet Le maréchal Murat qui a inspiré au poète son pseudonyme.

"Une sorte de Ziggy Stardust napoléonien, de cow-boy impérial, avec un look spectaculaire, toujours entre femmes et festins."

Le brigand, le guerrier et le champion cycliste

J'ai toujours été fasciné par l'univers des chevaux, de la chevalerie. Western, cape et épée... Une passion qui me vient de ma petite enfance. Je suis persuadé qu'on n'échappe pas à sa préhistoire, ce quelque chose d'enfoui, d'avant soi, insaisissable, étrange. J'ai été élevé chez mes grands-parents en Auvergne, entre deux restes de châteaux forts, on prétendait même qu'un mystérieux souterrain les reliait. Aujourd'hui encore, ce qui m'intéresse, c'est ce qu'il y a en dessous, ce qui est enfoui, les cavités, les sources. Sans le savoir, on piétine peut-être des milliers de Lascaux ou de chapelles Sixtine...

Aymerigot Marchez le brigand légendaire

Ma grand-mère était un peu sorcière, elle connaissait des incantations secrètes pour arrêter les orages ou les incendies, elle disait qu'elle avait rencontré le Diable. Dans le village où je passais mes vacances, on racontait qu'un brigand légendaire, une sorte de Robin des bois local nommé Aymerigot Marchez, avait jadis enterré un trésor. Tous les étés, avec les copains, on allait à la recherche de ce trésor caché. J'ai grandi dans cette ambiance de mystère et d'aventure. Aujourd'hui encore, elle m'accompagne et m'inspire.

Quand j'ai enregistré mon premier 45 tours, Suicidez-vous, le peuple est mort, en 1981, la maison de disques m'a demandé sous quel nom elle devait le publier. J'ai répondu que je voulais m'appeler Aymerigot Marchez, le brigand de mon enfance. Evidemment, ça m'a été refusé... Alors j'ai choisi le pseudonyme de Murat, à cause d'un village auvergnat, mais surtout du maréchal d'Empire.



Joachim Murat le guerrier élégant

Un sacré personnage : grand, 1,81 mètre, beau, brun aux yeux bleus. Un voyou à la malice gasconne, mais surtout un guerrier extraordinaire, élégant, arrogant, une sorte de Ziggy Stardust napoléonien, de cow-boy impérial, avec un look spectaculaire, toujours entre femmes et festins. On raconte que sur les champs de bataille il se faisait suivre par une caravane de chariots remplis de fringues. Lorsqu'il est entré à Rome, il s'était fait confectionner un costume délirant, à l'orientale, avec des plumes et des dorures, qui avait nécessité le travail de cinquante couturières. Il pouvait changer de costume deux ou trois fois au cours d'un même combat. On s'arrêtait pour le regarder passer... Ce qui ne l'empêchait pas de se trouver toujours au coeur de l'action, là où ça chauffait le plus. Sabre au clair, il a participé à toutes les campagnes napoléoniennes, Italie, Egypte, Allemagne, Russie. Joachim Murat était le meilleur cavalier de son temps, descendant des Mourads, les guerriers arrêtés à Poitiers par Charles Martel. Ça ne l'a pas empêché de se laisser manipuler par son épouse, la très belle et très ambitieuse Caroline, soeur de Bonaparte, qui refusait de se contenter du royaume de Naples. D'où ses divers ralliements et trahisons, entre Napoléon et Louis XVIII, qui ont fini par provoquer sa perte. Lorsqu'il est mort, fusillé en Calabre en 1815, il a dirigé lui-même le peloton d'exécution. Un moment, il avait pensé se réfugier en Amérique pour s'y tailler un royaume : Murat, roi de Californie, ça aurait eu de l'allure...



Jean-Louis Bergheaud l'autodidacte dangereux

Donc, je m'appelle Jean-Louis Murat. Pour l'état civil, c'est Bergheaud. J'avais un ancêtre, un héros de la famille, qui était un zouave de la guerre de 14-18, un héros ultra décoré. Mais je ne sais toujours pas qui je suis vraiment. Pas étonnant que les gens aient du mal à m'appréhender. J'ai la réputation de quelqu'un de dangereux, une sorte de misanthrope parano qui dit du mal de tout le monde. En fait, je suis atteint de schizophrénie productive. Je suis aliéné à ma langue, façonné par ma culture. J'aime les formules assassines, j'essaie de faire preuve de créativité langagière, que ce soit dans mes chansons ou dans mes interviews. Pour un bon mot, je suis prêt à déclencher une guerre mondiale ! Ma machine inconsciente crache des mots et n'a aucune limite, je suis capable de dire des trucs effroyables. La dimension morale de la langue m'échappe complètement. Je ne suis ni sévère, ni jaloux, ni amer, juste un autodidacte qui pense que les choses doivent être dites. J'ai toujours voulu être poète. La poésie, c'est typiquement incorrect. Baudelaire, Rabelais sont des auteurs incorrects. La poésie, c'est faire cracher toute sa beauté au Mal. Mais aujourd'hui, elle est devenue une langue étrangère perçue par une minorité, comme le patois auvergnat de mon enfance. Le travers majeur de l'époque, c'est qu'il faut toujours montrer une belle âme, être poli, bien-pensant. Par exemple, on ne peut plus faire le bègue ou prendre l'accent africain sans se faire taxer d'ignoble raciste. En fait, ce sont les âmes laides qui dirigent le monde, en se faisant passer pour de nobles coeurs. Comme tout le monde, j'ai une face sombre, au moins 50 % de mon individu, mais je ne cherche pas à la dissimuler.



Lance Armstrong le chevalier du Tour

J'ai du mal à me situer dans ce qu'on appelle le monde de la chanson. Elle ne fonctionne, comme le cinéma, que sur la nostalgie collective. Les Choristes, Amélie Poulain ou le jazz manouche, c'est la même imposture. Pour moi, le grand art en chanson serait de ne pas écrire pour les esprits fins et délicats. Je me sens plus brutal que délicat. La finalité de mon job de chanteur, c'est d'être populaire. Je me sens en porte-à-faux avec ça. Je ne suis pas démocrate, je ne crois pas à un collectif de la médiocrité. Je suis persuadé que si l'on se laisse aller à la facilité, il faudra tôt ou tard en payer le prix. Le plus grand laisser-aller que je m'autorise, c'est, parfois, d'être obscur. Mais, je crois que c'est Nietzsche qui a dit ça, un esprit de premier ordre ne doit jamais avoir peur d'être ennuyeux.

Pour moi, vivre, c'est écrire. J'écris par volonté de rejeter le plus loin possible tout ce qui veut mourir en moi. Je hais les forces de mort partout en action. Le seul remède pour moi, c'est d'être excessif, de faire de l'excès un art de vivre, un combat contre les faux-semblants et l'hypocrisie. J'ai la nostalgie d'un temps où l'on se battait pour l'honneur. Aujourd'hui, quelqu'un comme Lance Armstrong personnifie ces valeurs, courage, droiture, bravoure. Rien que son prénom, Lance, évoque l'époque de la chevalerie. Quand il chevauche son vélo, on dirait Lancelot dans les Pyrénées. Une véritable épopée. Deux siècles après Joachim Murat, il est l'un des derniers guerriers.
Propos recueillis Philippe Barbot

Télérama n° 2896 - 14 juillet 2005

9) 2006 Taormina :

23 août 2006

Têtes de mules

Murat et Miossec : les deux ombrageux sortent chacun un album. L’un décline sa mélancolie suave, l’autre égrène ses amours en rade. Et ils persistent…

Soit deux personnages de la chanson d’ici, « indés » comme on dit, c’est-à-dire peu dépendants des modes et des courants, des ventes et des vents, des parades et du paraître. Deux artistes dissemblables, plus cousins ennemis que frangins complices, mais liés par la même impérieuse nécessité : se raconter sans compter, se mettre à nu sans se dévoiler, désabusés sans abus, passionnés et patients. Chantres du vague à l’âme et de l’alarme qui divague, baladins de l’amour vache, vain, parfois vil. Arpentant aussi les mêmes terres désolées mais fertiles, les mêmes bocages musicaux, poussière blues et herbes folk, ornières rock aux buissons épineux. Jean-Louis Murat et Christophe Miossec, le Bougnat et le Brestois, têtes de mules lyriques et artisans à la pudeur impie, publient donc, à une semaine d’intervalle, leurs nouveaux albums respectifs. Taormina pour le premier, adepte des noms de femmes ou de lieux (Dolores, Vénus, Lilith, Polly Jean, Croix-Morand, Moscou), L’Etreinte pour le second, spécialiste de la sémantique laconique (Boire, Baiser, Brûle, A prendre).
Cimes et sentiers pierreux pour l’Auvergnat misanthrope, comptoirs et récifs écumants pour le Breton noctambule. Tous deux s’exprimant à la première personne du singulier (je), pour s’adresser à une personne singulière (tu), amoureux courtois ou amant courtaud. « Ne pleure pas, je t’aime », dit l’un ; « Je ne pleure pas, aime-moi », implore l’autre. Miossat et Murec, parfois emmêlés, jamais confondus. Taormina, donc, cité balnéaire sicilienne choisie comme emblème du quinzième album (avec les live mais sans compter DVD et premiers enregistrements « reniés ») d’un Murat prolixe et ombrageux. Paysage accueillant et désormais familier d’un folk-rock aux accents de Neil Young, sculpté par les fidèles Fred Jimenez (basse) et Stéphane Reynaud (batterie), avec un Jean-Louis à la sobre efficacité guitaristique. Des chœurs féminins parfois, pour appuyer cette voix au suave trémolo chuchotant, diapason de séducteur caressant à l’élégance dionysiaque. « Tout ce qui mène au tombeau ici-bas devient beau et fait la mélancolie des gens de mon pays », scande un Murat plus mutin que morose, à la langue toujours aussi chantournée. « La mélancolie c’est communiste, tout le monde y a droit de temps en temps », réplique Miossec dans L’Etreinte, son sixième album. Qui se distingue par ses cordes, ses bois, enregistrés sous la houlette de Jean-Louis Pierot (Valentins), avec la participation du groupe belge Zita Swoon et de Gérard Jouannest, pianiste, compositeur et ancien accompagnateur de Brel. Avec, immuable quoique aguerrie, cette voix un peu pâteuse, à la diction chantonnée et à la poésie délicatement crue, aux mots fouettés par les embruns, aux mélodies parfois atonales mais irrésistiblement attachantes. Et ce personnage d’amoureux repenti et penaud, qui a oublié de payer la Facture d’électricité mais ne renie pas ses crimes et ne « chipote pas sur le châtiment », dédie une ode à sa maman et affirme qu’on peut tout faire et tout dire le temps d’une chanson.
Pas question ici d’improbable match entre un Ronsard terrien et un Bukowski marin. Plutôt d’heureuses similitudes, malgré les dix ans d’âge et les divers paysages qui séparent Jean-Louis Murat de Christophe Miossec. Au hasard des titres (L’Heure du berger pour l’un, Le Loup dans la bergerie pour l’autre) et des dédicaces où tous deux sacrifient à la fibre paternelle (Caillou pour Jean-Louis, Bonhomme pour Christophe). A chacun la manière de faire et défaire l’amour (Est-ce bien l’amour ? s’interroge l’un, « L’amour, c’est plus lourd que l’air » répond l’autre ), de se « démarier » (Murat) ou d’y « laisser sa peau » (Miossec). Dans le disque de Miossec, il y a une chanson qui s’intitule La Grande Marée. A la fin de celui de Murat, on entend des vagues et des mouettes. Comme deux pêcheurs lançant inlassablement leurs filets, deux pécheurs qui ont choisi de ne jamais se défiler.

Philippe Barbot

- Fin de l'épisode de TELERAMA...

10) On retrouve ensuite P. Barbot en maitre de cérémonie pour deux FORUMS FNAC parisiens (il en existe des enregistrements pirates)... et à la rédaction du texte promo du cours ordinaire des choses et de Grand Lièvre (à lire ici).

Sur le COURS ORDINAIRE DES CHOSES:

« I love songs ! » Cette enthousiaste exclamation a jailli de la bouche de chacun des musiciens qui ont participé au nouvel album de Jean-Louis Murat. Des musiciens qui en ont pourtant vu et entendu bien d’autres, car à Nashville, Tennessee, la cité où le moindre chauffeur de taxi a déjà enregistré au moins deux disques, la musique, c’est peu de dire qu’on connaît. « I love songs … » A peine revenu de là bas, il en est encore tout retourné, Jean Louis Murat. Comme il dit, « je me suis senti comme un poisson dans l’eau, j’ai su dès les premiers jours que j’étais au cœur du sujet : l’amour des chansons. »
Un bougnat chez les cow-boys ? Mais qu’allait donc faire notre trouvère auvergnat dans la patrie de la country music ? Assouvir un fantasme, se frotter à la mythologie, effectuer une sorte de pèlerinage obligatoire, de retour à la source d’émotions adolescentes qui, affirme t-il, ont donné un sens à sa vocation de chanteur et musicien. « Bizarrement, je n’ai jamais été un grand fan de country music, avoue Jean-Louis, mais ça fait une bonne dizaine d’années que j’avais cette envie là : enregistrer à Nashville ».
La décision a été prise en quelques semaines, presque par hasard, résultat d’un coup de fil fortuit avec son fidèle ingénieur du son, Christophe Dupouy. Pas le temps de tergiverser ni de peaufiner, voilà Jean-Louis débarquant au studio Ocean Way, celui de Willie Nelson, Robert Plant ou The Raconteurs, avec une douzaine de chansons en poche. « Je les ai jouées aux musiciens, juste guitare-voix, avec un petit métronome, et tout s’est enchaîné simplement ». Le résultat ? Rien à voir avec Jean-Louis Murat endossant la défroque de Johnny Cash ou de Tony Joe White. Si slide guitar et bottleneck habillent la plupart des chansons, on y retrouve, intacte et comme transcendée par ce nouvel équipage, la veine lyrique du créateur de « Fort Alamo » ou du « Cri du papillon ». Onze odes muratiennes à l’intemporalité frémissante et aux stances fulgurantes, entremêlant amours courtoises et émois organiques, lumières ombrageuses et nuits pyromanes, flammes et glaces, chaud et froid, anciens et modernes, cœur, chair et âme à l’unisson vibrante.
A l’image du premier extrait, « Comme un incendie », brulôt aux envolées guitaristiques incandescentes, dont le refrain donne son titre à l’album, « Le cours ordinaire des choses ». Explication du responsable : « C’est ma façon de signifier que tout me paraît ahurissant »

« Chanter est ma façon d’errer » informe ailleurs Jean-Louis Murat, entre héritage classique et vagabondage novateur, au diapason d’une « Mésange bleue » qui fera, on prend date, partie des futurs fleurons du loustic. Errer, entre hasard et erreur, plus « M Maudit » que chevalier à la triste figure. Murat maudit, Murat bénit, mais jamais oui-oui. Priant Sainte Taïga (« donne nous la sève, donne nous la joie »), vision d’un Far East disparu, ou s’apitoyant sur « Lady of Orcival », immuable icône de pierre ornant la basilique de son terroir, avec la ferveur d’un mécréant mystique.
Nashville oblige, le disque est aussi lardé de fantaisies caracolantes (« Comme un cow boy à l’âme fresh » et son fiddle endiablé), ou roucoulantes (« Falling in love again », espiègle mais respectueux clin d’œil à Elvis), gratinées (« 16 h, qu’est ce que tu fais ») ou satinées (« La Tige d’or », métaphore sexuelle que n’aurait reniée ni Ronsard ni Eluard). Sans oublier « Ginette Ramade », drame paysan aux faux airs du « Marie Jeanne » de Dassin, mixé avec la voix d’une prédicatrice locale.
Le tout porté par l’enthousiasme des musiciens du cru, cordes et frettes en goguette, loin des clichés réducteurs du genre, et illuminé des épousailles vocales avec la choriste Cherie Oakley. Un disque, malgré son titre, peu ordinaire et résolument à part dans l’œuvre du barde prolixe. Un disque qui donne envie de s’exclamer, tout comme les gaillards de Nashville, là bas dans le Tennessee : « I love songs ! »

On participé à l’enregistrement en février 2009 : Ilya Toshinskiy (guitare acoustique, mandoline, banjo), Dan Dugmore (guitare électrique, pedal steel, steel guitar), John N. Hobbs (piano, B3, wurlitzer, rhodes), Cherie Oakley (choeurs), Shannon Forrest (batterie, percussions), Eddie Bayers (batterie, percussions),Mike Brignardello (basse), Michael Rhodes (basse), Carl Marsh (arrangements cordes), Larry Franklin(violon)...
Ces musiciens exceptionnels ont travaillé notamment avec Linda Ronstadt, James Taylor, Crosby Stills Nash and Young, Alison Krauss, Taylor Swift, Willie Nelson, Jerry Garcia, John Fogerty, Roy Orbison, Dolly Parton, Randy Travis, Lynyrd Skynyrd, R.E.M, Al Green, Dusty Springfield, etc.

Un DVD de 45 mn « Falling in love again », documentaire-fiction de Laetitia Masson, tourné à Nashville pendant l’enregistrement et à Paris, avec Elsa Zylberstein, accompagne le disque dans l’édition limitée en digipack.
Open disc sur l’édition standard et sur l’édition limitée : 2 titres inédits + des bonus exclusifs
Application i-phone à télécharger gratuitement à parti
r du 21 septembre

« Le Cours Ordinaire Des Choses »

11) Voici enfin en pdf une ultime interview de 2011 pour le compte de ROLLING STONE. fichiers en pdf:

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 22 Avril 2015

(collection personnelle de P. BARBOT)

(collection personnelle de P. BARBOT)

            J'ai été lecteur de TELERAMA dans le berceau familial durant pas loin de 30 ans (à croire que c'est par fidélité au rendez-vous du mercredi que j'avais opté un temps pour une carrière de Tanguy). A réception, j'allais directement jeter un oeil sur la chronique oscillante d'Alain Remond (plus facile à trouver, et qui permettait de faire un point sur le dernier Apostrophe et l'interview d'Irène Frain ou de Claude Hagège...). Je dois même avoir encore quelque part une collection en feuilles arrachées de ces "MON OEIL"...

           Et, 2e acte, je filais sur les chroniques de disques signées: Anne-Marie Paquotte et Philippe Barbot... Ça fait moins classe que NME, et même Rock and Folk comme panthéon? Le livre "BACKSTAGE"  sorti il y a quelques semaines revenant sur les plus belles rencontres de la carrière de Philippe montre en tout cas qu'il a rencontré les plus grands, et souvent avec des résultats passionnants. Et c'est aussi un artiste qualifié d'"audacieux" par Bertrand Louis (avec lequel il vient de travailleur son 2e album). 

        Jean-Louis Murat figurant au sommaire du livre "Backstage" (édition Philippe Rey),  j'ai  saisi cette actualité pour lui proposer une interview... avec l'idée de revenir avec lui sur les grands épisodes de ce feuilleton vieux de 30 ans: "Murarama et Barbortgeaud" (série presque aussi palpitante que "les feux de l'amour", presque aussi rebondissante que "amour, gloire et beauté, et spirituelle qu'"amuracalement vôtre"... enfin, si on est passionné). On verra que Philippe Barbot est bel et bien à positionner au côté des Bayon, des Olivier Nuc, Jean Théfaine, comme les grands Saint-Simon du règne médiatique de Murat 1er... ce qui n'exclue pas une certaine distance.      PS: Quand ça fera la queue pour répondre à mes questions, promis: je ferai moins dans le dythérambique)

 

- Dans l'article suivant (à lire ici), retrouvez la plupart des articles signés Philippe Barbot (interviews, chroniques...), ceux évoqués ci-dessous et les autres chroniques d'albums notamment.

 

Bonjour Philippe, 

- Vous étiez depuis 2 ans à Télérama quand Anne-Marie Paquotte signait une des rares chroniques de PASSIONS PRIVEES... Est-ce à ce moment-là que vous découvrez Jean-Louis Murat?

Ph. Barbot: Non, je crois ne l'avoir découvert qu'à la sortie de "Cheyenne Autumn". Mais Anne-Marie, outre une belle personne, a toujours été une dénicheuse de talents, une amoureuse passionnée de la chanson, souvent en avance sur tous les médias.

- D'ailleurs, vous étiez selon Wikipédia chef du service musique, aviez-vous des discussions pour savoir quelles disques devaient être chroniqués (à l'époque, cela devait déjà être limité à 2/3 par semaines).

Ph. Barbot: Je n'ai été petit chef-chef que bien plus tard. A l'époque, j'étais simplement détenteur de la rubrique rock (qui s'appelait "Pop" au début...). Chaque chroniqueur a toujours été libre de choisir ses coups de coeur... ou ses coups de gueule. Je suis sûr qu'il en est encore de même aujourd'hui.

- Cette chronique d'Anne-Marie de Passions Privées, Jean-Louis en a beaucoup parlé, et à sa mort, à 54 ans, il a diffusé un inédit "Mille-morts"... Est-ce qu'ils avaient une relation particulière?

Ph. Barbot: Particulière, je ne sais pas, sinon que l'une admirait l'autre et que l'autre avait une tendresse spéciale pour elle : c'est la première journaliste, à ma connaissance, à avoir chroniqué son album. Il l'a dit à plusieurs reprises (notamment à sa mort), et a toujours gardé pour elle une grande affection. Il m'a même proposé que nous nous rendions un jour tous les deux sur sa tombe. Peut-être cela se fera t-il...

A.M. Paquotte

 

 

- Elle chronique les disques de Murat jusqu'au Moujik, mais vous signez ensemble un entretien le 9/10/91 (l'introduction est je pense de vous). Etait-ce votre première rencontre? Des souvenirs en particulier?

Ph. Barbot: Je ne me souviens pas de ce papier de 91... Ma première vraie interview de Jean-Louis dans Télérama date de 1996 (l'album Dolorès, un de mes préférés). C'était la première fois que j'allais chez lui en Auvergne. Je me souviens qu'il m'a accueilli (je venais de faire plusieurs heures de voiture) en me proposant de m'offrir à boire... de l'eau. Mais quand je suis reparti, après moult autres libations, il a bourré mon coffre de confitures maison. Je me souviens aussi de sa théorie sur la façon d'attraper les mouches. Et d'une fan qui habitait non loin de chez lui et le harcelait.

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

- Cette histoire de fan n’est pas dans l’article, ni fait mention de votre corruption en pots de confiture… Je retiens de cette interview de 96 ces propos sur le rap «Je suis passionné par les recherches de certains producteurs de rap, comme Dr Dre…. il y a des artistes qui sont l’équivalent des grands solistes de jazz ». La reprise d’I AM est semble-t-il le seul témoignage de cet intérêt pour le rap… A l’époque, vous chroniquiez NTM et étiez fan hardcore de PRINCE… Est-ce que ce style vous a intéressé ou vous intéresse encore ?

 

Ph. Barbot: J'ai aimé les débuts du rap. Je me souviens d'un séjour à New York, en 1980 au cours duquel j'ai vu et entendu pour la première fois des gamins rapper dans la rue. Ca m'avait scotché. Ensuite, il y a eu le tube de Sugarhill Gang, dont j'ai acheté le maxi 45 tours. Chez nous, Solaar et IAM m'ont intéressé, autant d'un point de vue littéraire que musical. Je me suis même offert l'un des premiers samplers (de marque Akai) histoire de m'initier au truc. Aujourd'hui, le style, surtout français, me lasse. Question d'âge sans doute…


- J'essaye de parler de Manset à chaque interview... et là, pas besoin de chercher un prétexte: dans cette interview de 91, vous lui parlez de Manset,et vous faites souvent le lien avec lui dans vos chroniques (dans l'introduction de 91, vous parlez de Manset New wave), Murat vous répond en le taclant sévèrement mais dit aussi qu'il l'aime beaucoup. Qu'est-ce qui les rapproche et les différencie ?

 

Ph. Barbot: Vous devez savoir qu'à l'origine Jean-Louis désirait collaborer avec Manset sur la réalisation de son premier album. Les deux hommes se sont rencontrés quelques heures en studio et ça n'a pas collé. Ce qui les rapproche, c'est évidemment une certaine forme de misanthropie sociale, de réserve protectrice, cette impression d'être une sorte de samouraï solitaire face à la vulgarité et la bêtise ambiantes. Ainsi qu'un goût pour la langue française implacablement chantournée. On pourrait gloser des heures sur leurs points communs... ainsi que sur leurs différences. Rien que musicalement, Manset adorait Bob Seger et l'Electric Light Orchestra (!), alors que Jean-Louis, c'est plutôt Leonard Cohen et Neil Young...

 

- Murat ne déteste pas non plus certains « gros groupes qui tâchent » (Family, Eagles, ZZ Top…).

Ph. Barbot: Pour moi, aucun rapport entre Family (avec cet extraordinaire chanteur qu'était Roger Chapman) et Eagles, de la variét' typiquement yankee. Quant à ZZ Top, c'est avant tout du blues rock velu et rigolo…

 

- Par « groupes qui tâchent », je voulais dire « groupes qu’on dénigre » un peu...

Pour le rapprochement, Murat dans l’article de 96 dit « on me compare souvent à Gérard Manset, sans doute à cause de mon côté ermite et de mes longues envolées, mes délires un peu lyriques ». Vous lui en reparlez –vous n’avez pas peur !- aussi pour Rolling Stone en 2011 : Murat dit cette fois que Manset a libéré quelque chose, « une pulsion littéraire » (et il fait la même comparaison qu’en 1991 entre Manset et De Gaulle). Petit point de rapprochement qui me vient : leur refus de la fausse modestie (hum hum), même si Murat parle un petit peu moins à la 3e personne (quoique Bergheaud évoque souvent Murat). Murat semble beaucoup plus soumis au doute… [pas de commentaire de la part de Philippe Barbot... qui a signé 3 interviews de Manset dans les années 80]

Revenons-en au fil historique : Est-ce qu'il y a une raison pour laquelle Murat passe ainsi de la chronique CHANSON à la chronique ROCK à partir de Lilith et que vous signez ensuite les chroniques de disques ?

 

Ph. Barbot: Aucune raison particulière sinon que j'ai du user de persuasion pour affirmer que Murat, c'était rock ! Façon de m'emparer du bonhomme...

- L'étape suivante est me semble-t-il la rencontre Wyatt/Murat en 1997 (qui fait la couv de Télérama)?
Vous avez choisi de l'évoquer dans votre livre "Backstage": Tous deux partagent le même goût de la simplicité dans facilité, de l'émotion sans emphase, de la mélancolie sans pathos". Murat a particulièrement bien préparé l'interview (on a vu récemment dans l'article signé Jean-Louis Bergheaud dans la revue CHANSONS) qu'il aurait fait un excellent journaliste musical). Depuis, Murat semble plus réticent à rencontrer ses idoles (Olivier Nuc a tenté d'organiser une rencontre avec Neil Young)*. Que pourriez-vous nous dire de plus sur cette rencontre ? (vous n'évoquez pas dans le livre que des années plus tard, Wyatt sera crédité dans votre premier disque). Que savez-vous de la relation que Murat et Wyatt ont maintenu?

*je pense à la rencontre possible de Tony Joe White quand il enregistrait le Cours Ordinaire des choses, à la session avec Crazy Horse ou sa déclaration sur Jimmy Page…

Ph. Barbot: Rien à dire de plus que ce qui est relaté dans le livre. Sinon que Jean-Louis était ravi de cette interview, un évènement unique je crois, et qu'il a sans doute gardé contact avec Robert. Grâce à cette rencontre, j'ai pu, en ce qui me concerne, réussir à obtenir sa participation sur mon album. Je le dois à Jean-Louis, finalement...

 

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

- Cette année-là, le magazine fait éditer le cd « CARTIER-BRESSON » dont je suis un heureux gagnant à l’époque… (je ne sais pas si vous avez quelque chose à nous dire là-dessus).

Ph. Barbot: Pas grand-chose… Dans le même registre téléramesque, il me semble qu'il y a eu aussi une chanson inédite à propos d'un hors série Tour de France...

- Ah, ça ne me dit rien, et rien là-dessus dans les archives…

Ph. Barbot: Ok, c'est ma mémoire qui flanche, oubliez ça…

- Il y a eu un CD en 2004 « chansons à mi-voix », les chansons coup de cœurs des journalistes, où vous choisissez « Plus vu de femmes », « plus vu de femmes » qui s’il devait être publié en single, devrait flanquer une raclée dans les charts à tous les Kyo ou Calogero » disiez-vous dans la chronique du Parfum.

On en revient à 2003 pour Lilith où vous le rencontrez à nouveau (à l’auberge du Guery) … et il vous tient le fameux discours* sur les disques qui « puent la chaise » (Dominique A l’évoquait sur le plateau de Dordhain il y a 1 an ou 2). Murat en reparlait au moment de Tristan. Qu’en pensez-vous ?

* " L'homme écrit debout, comme d'autres jouent du piano, il a même une théorie là-dessus, à propos de cette créative station verticale : «Flaubert écrivait debout, paraît-il. Je me suis rendu compte que les chansons écrites dans la position assise passaient moins bien quand je les chantais debout sur scène. Il y a une façon de porter la voix qui est différente. Quand tu es debout, tu chantes beaucoup moins pour toi. Maintenant, quand j'écoute n'importe quel disque, je suis capable de reconnaître si la chanson a été écrite assis : ça pue la chaise... »"

 

Ph. Barbot: Ce me semble être typique de Jean-Louis, ce genre de déclaration : du pain bénit pour le journaliste. Je ne suis pas sûr que les Beatles se dandinaient en composant. En ce qui me concerne, j'écris, papiers ou chansons, assis. Peut-être que mes articles puent le fauteuil et mes chansons sentent le tabouret…

- Et nous voilà, en 2005, et ce dossier spécial « carte blanche » que vous lui consacrez, avec en couverture (C’est sa première et dernière), Murat posant en costume Galliano (JL nous a parlé de ce couturier qui a adopté l’Auvergne aussi en septembre dernier, je découvrais son intérêt pour la mode). On trouve notamment une autre rencontre : Murat/Angot, mais ceux-ci se connaissaient depuis 98 (en 2001, Murat lui chantait sur lit « aimer » sous la caméra de L.Masson). Est-ce que vous avez des souvenirs de cette carte blanche?

Ph. Barbot: Il avait accepté d'être photographié, et même de paraître en couverture du magazine, ce qui, à l'époque était compliqué car il refusait tout cliché qu'il ne fournissait pas lui-même (tiens, une autre ressemblance avec Manset), à condition d'être ainsi costumé. Je ne me souviens plus du prétexte de ce déguisement, peut-être une vague analogie avec le maréchal Murat dont il fait l'apologie dans l'un des articles. Pour cette carte blanche, je me suis rendu chez lui, puis nous avons été ensemble à Montpellier, assister à un spectacle chorégraphié de Christine Angot. Le lendemain j'ai fait l'interview croisée qui est parue dans le journal.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

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Vidéo de la séance photo et lecture d'un poème pachtoune: http://www.dailymotion.com/video/x2q0i7g_2005-telerama-jean-louis-murat-lit-de-la-poesie-pashtoune_music

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- J’ai relevé quelques propos dans ces pages de 2005… si cela vous inspire…

« Pour moi, vivre, c'est écrire. J'écris par volonté de rejeter le plus loin possible tout ce qui veut mourir en moi. Je hais les forces de mort partout en action.

Ma machine inconsciente crache des mots et n'a aucune limite, je suis capable de dire des trucs effroyables. La dimension morale de la langue m'échappe complètement. Je ne suis ni sévère, ni jaloux, ni amer, juste un autodidacte qui pense que les choses doivent être dites. J'ai toujours voulu être poète. La poésie, c'est typiquement incorrect. Baudelaire, Rabelais sont des auteurs incorrects. La poésie, c'est faire cracher toute sa beauté au Mal ».

Ph. Barbot: Je pense que ces propos (dont je partage absolument la première partie) expliquent clairement l'attitude de Jean-Louis face à certains médias et, en général, au "métier", son côté politiquement incorrect, "grande gueule qui ne respecte rien"…

 

- Et vous chroniquez encore Mockba (vous émettez un doute sur la pochette, que j’adore), le Parfum d’acacia… Et c’est votre départ de TELERAMA, puis c’est l’arrivée de Valérie Lehoux, parfois plus distante… et Murat rejoint la case « chansons »… alors qu’Hugo Cassavetti semble pourtant plus amateur (cf les émissions « les sonos tonnent » et "la dispute"). Un petit commentaire, notamment sur votre départ de Télérama ?

Ph. Barbot: J'ai quitté le journal en 2006, après plus de 24 années de bons et loyaux sévices, avec le sentiment d'avoir fait mon temps jusqu'à faire partie des meubles (ceux qu'on range parfois au grenier ou dans un placard), suite à un changement de direction avec lequel (le changement) je ne me sentais pas à l'aise. Anne-Marie était partie un an avant moi.

 

- En 2009, on vous retrouve en maitre de cérémonie d’un show case FNAC à côté de Murat… Murat vous assène :

« toi au moins tu t’es barré de tout ça, un jour tu as dit ras le bol de cette daube de Télérama, je me casse, tu as tout compris et tu as bien fait. Le niveau moyen des médias est tellement con que, soit je réponds rien, soit je joue la surconnerie, qu’est-ce que je pourrais leur raconter, y zen ont rien à foutre, ils s’en foutent. Une fois y en a un qui vient m’interviewer, il avait jamais écouté mes chansons, il connaissait rien de ce que je faisais… lamentable, tous pareils, alors je dis des conneries plus grosses qu’eux, par exemple un jour j’ai dit que les guignols étaient fascistes, hop le lendemain je retrouve ça en gros titres, ils sont tous aussi cons les médias, à part toi… ».

Avez-vous d’autres souvenirs de cette rencontre ?

 

Ph. Barbot: J'ai animé deux rencontres Fnac avec Jean-Louis, l'une pour "Le Cours Ordinaire" (Fnac Montparnasse), l'autre pour" Grand lièvre" (St Lazare, ou inversement),. L'exercice n'est pas très difficile tant il est disert et à l'aise avec le public venu boire ses propos avant la séance de dédicaces. Faut juste tenter d'intervenir de temps en temps. Je me souviens de l'une de ces interventions où, brusquement, il s'est mis à m'interdire de le tutoyer, juste pour rigoler…

 

- Concernant les propos ci-dessus, c’est assez représentatif des attaques de Murat (ponctuelles ou régulières ?) contre les médias, mais aussi le trio Inrocks/Télérama/Libé, des journaux qui jamais ne lui en tiendront réellement rigueur (un peu les inrocks). Qu’en pensez-vous ? Réel rejet politique ? Peur du succès qui le pousse à se couper de son public « traditionnel » ?

Ph. Barbot: Cf ce que je disais plus haut sur le côté "politiquement incorrect". Mais je pense au contraire que le succès, s'il ne l'obsède pas, ne fait nullement peur à Jean-Louis.

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

- Enfin (pour en finir avec votre parcours avec Murat), on vous retrouve comme auteur de plusieurs «dossiers de presse» : Le Cours ordinaire et Grand Lièvre (je ne sais pas si vous en avez rédigé d’autres – Hugo en a fait je crois après vous). Que pouvez-vous nous dire de cet exercice (un « ménage » de journaliste musical) ? *

* vous avez fait aussi celui de « SANS MOI » pour Bertrand Louis, sans doute amicalement.

Ph. Barbot: Il m'arrive, comme beaucoup de journalistes, d'être sollicité pour écrire des "bios", soit par la maison de disques, soit par l'artiste lui-même. Libre à nous d'accepter ou de refuser, même si la plupart du temps ces exercices ne sont pas signés. La seule règle est, en principe, de ne pas chroniquer/critiquer le disque en question. Ce qui n'empêche pas parfois d'en profiter pour faire un papier informatif dans le registre "interview". En ce qui concerne Bertrand Louis, c'était en effet purement amical : d'ailleurs c'est lui qui a écrit la bio de mon nouvel album, album qu'il a réalisé.

 

- Murat dit souvent que pour chaque album, il faut un truc à raconter aux journalistes… Il est assez fort là-dessus. De son côté, Bertrand Burgalat dans technikart disait il y a peu avoir de quoi faire un disque, mais reculer parce qu’il n’avait aucun « storytelling » à proposer. Que pensez-vous de ce phénomène moderne qui renforce d’ailleurs le rôle du dossier de presse (qui sera gobé tel quel par des centaines de sites et les journalistes paresseux…) ?

 

Ph. Barbot: En tant que journaliste, j'ai toujours pensé que mon boulot n'était pas de servir la soupe mais de raconter des histoires, quitte à ce qu'elles se limitent parfois à des anecdotes. J'ai même poussé le vice jusqu'à en faire un bouquin…

 

- Dans ce livre, justement, Murat est évoqué, mais c’est avant tout Wyatt dont vous dressez le parcours. Vous êtes-vous posé la question de le faire figurer de manière plus importante? Cela m’interroge du coup sur la place que vous pouvez lui accorder au milieu de ce hall of Fame (où figure Bashung, Christophe, Dutronc, Higelin, Brassens) ? Qu’est-ce qui lui manque pour rentrer dans la « légende »

?

Ph. Barbot: Encore quelques années, peut-être. Et un éventuel tome 2 du bouquin…

 

- J’ai envie de vous poser la même question sur Manset, que vous avez interviewé plusieurs fois. N’y avait-il pas matière de nous conter quelques souvenirs ? (Je me demande en fait si, puisqu’on sent que vous avez voulu « rendre hommage », et toujours porté (à quelques remarques prêtes) un regard bienveillant (vous vous dites fan à plusieurs reprises), s’il n’y pas certaines choses qui vous ont empêché de traiter de Manset ?)

Ph. Barbot: Rien ne m'a empêché de parler de Manset (pas plus que de Souchon, Voulzy, Sheller, Annegarn, et autres artistes que j'apprécie) mais il fallait bien faire un choix, à moins de publier un bouquin de 500 pages.

 

- Le titre « Backstage » est en fait un peu trompeur, on pouvait s’attendre à des détails un peu plus « croustillant », mais il semble que vous vous y êtes refusé, ce qui est à votre honneur. D’ailleurs, dans le livre, vous vous racontez toujours comme un journaliste, et jamais comme l’ami de tel ou tel, est-ce que c’est important pour vous de conserver une distance « journalistique » avec les artistes, même si vous nous racontez les repas qui s’éternisent ?

Ph. Barbot: Le titre Backstage a été l'objet de longues tractations avec l'éditeur. J'aurais préféré un titre en français plus clin d'œil (genre "Héros et Vilains", allusion à un morceau des Beach Boys) mais au bout du compte je pense que Philippe Rey a eu raison. Le titre, même s'il peut être trompeur, claque et accroche. Et puis ça sonne mieux que "Coulisses", non ?

Quant aux amis, c'est affaire de vie privée. Les relations journalistiques, donc professionnelles, sont, elles, d'ordre public. La différence s'arrête là, mais elle est cruciale.

 

- Vous évoquez deux/trois fois dans le livre comme il est difficile de poser des questions originales (ça m’a relaxé du coup au moment de vous poser les miennes) , et vous portez parfois un regard amusé sur vos propres questions (ou vous décrivez comme avec Lou Reed comme une interview peut réussir sur un détail ou une question)… L’exercice de l’interview classique et de sa reproduction telle quelle vous a-t-elle moins intéressé tout au long de ses années que la rédaction d’un article relatant la rencontre ? Est-ce uniquement par plaisir de l’écriture ? Je ne crois pas d’ailleurs que vous vous soyez intéressé à la radio qui se prête sans doute mieux à cet exercice ?

Ph. Barbot: A l'interview classique, questions-réponses, j'ai toujours préféré l'exercice du portrait, émaillé de citations. Qui, il est vrai, oblige à un effort d'écriture, ce qui n'est pas pour me déplaire. Une interview, pour moi, est surtout une prise de contact qui, dans le meilleur des cas, peut aboutir à un dialogue (sauf dans le cas de Lou Reed…).

Quant à la radio, j'en ai fait il y a quelques années (France Bleu) et j'ai trouvé ça aussi physiquement éprouvant que diablement excitant.

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

- Une des choses agréables du livre c’est cet effort de transmission, et cet amour de la musique qui transpire… Vous dites bien dans le livre que vous détestez quelques trucs dans le livre, mais on sent un regard bienveillant. Que pensez-vous des collègues qui se font un peu une spécialité de ne rien aimer ? (je pense à Ungemuth par exemple*). Quels sont les gens que vous appréciez ou les « grandes » plumes de « critic rock » en France ?

* qui déclare par exemple : « le rock français aujourd’hui ? N.U. : Je ne suis pas un bon client pour toi parce que je n’ai jamais écouté de rock français de ma vie, en dehors des Dogs et éventuellement de Métal Urbain. Le rock est anglo-saxon et les Français n’ont rien à y faire. Je trouve que les langues anglaise, italienne ou portugaise sont musicales, mais pas le Français ou l’Allemand. Moi, Wagner, je n’écoute que les ouvertures. Dès que ça chante, je m’en vais. « Le principe même de nouveauté, je n’en ai rien à foutre ! » -Il y a des groupes récents que tu aimes ? N.U. : Non, pas du tout ! Le principe même de nouveauté, je n’en ai rien à foutre ! »

 

Ph. Barbot: Je préfère la mauvaise foi talentueuse aux postures formatées. Les "rock critics" français (oxymore) qui ne se sont jamais remis de la lecture de Lester Bangs, m'amusent plus qu'ils ne m'agacent. Je me considère avant tout comme un journaliste, spécialisé musique par passion, non comme un critique exerçant sa plume par humeur. Pour les noms de confrères, je me contenterai de la réponse de Gainsbourg : no comment.

 

- Vous avez fait un disque de chansons en 2012, et vous avez dit que Murat avait été le premier à l’écouter… Pouvez-vous nous en dire plus ? Vous souhaitiez son avis en particulier ? Est-ce un hasard?

Ph. Barbot: Je lui ai glissé le disque discrètement dans son sac, dans les loges de je ne sais plus quel concert. Quelque temps après, il m'a envoyé un mail me disant qu'il avait apprécié, qu'il écoutait le disque sur la route en tournée, mais que maintenant, il fallait m'attaquer à la suite... Ce que j'ai fait, puisque mon deuxième album, Dynamo, réalisé par l'excellent Bertrand Louis, est terminé.

 

- Vous vouliez faire un deuxième disque différent. Le sera-t-il? et en quoi? Et quand va-t-il sortir? Toujours chez Believe?

Ph. Barbot: Le deuxième album est presque entièrement électro. Il a été joué et enregistré à quatre mains, en compagnie de Bertrand Louis. Il est aussi, je crois, beaucoup plus sombre que le premier. Vous pouvez en avoir un court aperçu (auditif et visuel), grâce au premier clip (ci-dessous).

Le disque sortira en digital chez Believe, sans doute à la rentrée. Pour le physique, pour l'instant sans label ni distribution, on verra. Si vous avez des idées, je suis preneur...

 

https://www.youtube.com/watch?v=FFQJNgQOOCk&feature=youtu.be

 

 

Merci Philippe Barbot!

Interview réalisée par mails du 28/03 au 04/04/2015 (ça n'a pas trainé). Il n'est pas question du livre "Coups de tête" puisque Philippe en ignorait l'existence. Désolé que les questions soient plus longues que les réponses. Ultime précision: j'ai acheté le livre "Backstage" (à la FNAC d'Annecy).

 

La suite avec les articles signés Barbot :

http://www.surjeanlouismurat.com/2015/04/philippe-barbot-suite-ses-articles.html

Inter-ViOUS ET MURAT- n°18   : Philippe BARBOT

LES LIENS EN PLUS:

-Site officiel:

http://phbarbot.com/

- Le blog de Philippe Barbot sur yahoo:

https://fr.news.yahoo.com/blogs/c-est-ma-tournee/

- Le livre Baskstage, http://www.philippe-rey.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=264

Avec sa plume alerte et amusante, on y retrouve les grandes rencontres de P. Barbot (avec que des très grands noms), un peu de coulisses, de vécu, la vie du journaliste qui n'en oublie pas d'être fan, mais surtout des mini-bios sélectives, des portraits... très intéressants, notamment pour ceux qui comme moi ne savent pas tout sur tout.

- Le premier album "Point barre": http://www.deezer.com/album/1418755

http://musique.fnac.com/a4060959/Philippe-Barbot-Point-barre-Exclusivite-Fnac-CD-album

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 26 Mars 2015

Comme notre politique éditoriale nous l'impose, nous essayons de vous tenir informés de l'actualité des artistes qui ont travaillé ou été proches de Murat. Matthieu, en fin limier de la news fraîche, a donc saisi l'occasion d'un concert de Silvain Vanot à Clermont pour l'alpaguer et organiser une rencontre.

On ne va pas vous refaire toute l'histoire de la relation Vanot/Murat, on l'a déjà évoquée sur ce blog (notamment ici, ici et , ce qui explique que Matthieu ne nous propose pas une "inter-ViOUS ET MURAT"). Mais on rappellera que Jean-Louis a chanté sur scène, comme l'indique le site officiel, une des chansons de Vanot, "Pétain FM" (si quelqu'un en possède une version, qu'il se fasse connaître, ou se taise... 5 minutes avant de nous l'envoyer !).

Après un "Live-report-portrait" (illustré par de jolies photos de Florenza – merci à elle !), vous pourrez écouter une interview réalisée avec Thibaud de Radio Campus. Vanot y tient des propos très élogieux sur Jean-Louis Murat (l'homme et le musicien), explique l'importance de Toboggan dans certains de ses choix récents, mais aborde aussi plein d'autres sujets : Rocksound (feu magazine made in Clermont à l'origine de sa rencontre avec Murat), Dominique A, Les Inrocks, le rock en français, Pain-Noir, le design sonore, et bien d'autres choses... Une très belle interview que je vous invite ardemment à écouter, même si cela nécessite d'avoir un peu de temps devant soi !

(En passant) Vanot brille

Silvain Vanot ne sera resté qu'une journée en Auvergne. Suffisant pour le voir chanter et l'écouter parler.

 

Clermont-Ferrand, les 14 et 15 février 2015. Il était étonnant de voir, par une belle soirée d'hiver et de Tournoi des 6 Nations (Irlande 18 – France 11), un artiste tel que Silvain Vanot se produire devant une cinquantaine de personnes, dans un petit restaurant du centre-ville. Lui qu'un journaliste du Monde (le même qui fit plus tard de Clermont la "nouvelle capitale du rock français") plaçait il y a vingt ans au sein du "triumvirat en vogue du moment" censé renouveler la chanson nationale, en compagnie de Dominique A (tête d'affiche du prochain Europavox) et Miossec (qui jouait, voici quelques semaines, devant une Coopérative de Mai bien garnie), aurait-il été tellement distancé par ses deux compères qu'il ne puisse prétendre à une audience plus large ? En un sens, la chose est compréhensible : Vanot n'a plus de maison de disques (ayant lui-même démissionné en début de millénaire, sans attendre de se faire virer), n'a pas sorti d'album depuis six ans et n'a aucune tournée en cours. Un Zénith impromptu aurait donc paru déplacé. Pourtant, on ne peut s'empêcher de songer qu'à l'heure où la scène pop-folk locale semble redécouvrir les attraits de la langue française (Pain-Noir s'est joliment lancé fin 2014 dans un style évoquant Bertrand Belin, Alexandre Delano vient de se jeter à l'Eau dans un registre pop plutôt prometteur et d'autres projets sont en préparation – avec peut-être, au passage, une belle surprise pour les muratiens...), il eut été intéressant d'accorder plus d'exposition au travail d'un musicien qui s'essaye au difficile exercice de marier sa langue natale avec les sonorités anglo-américaines depuis pas mal de temps déjà et avec un talent certain.

DES NOUVELLES de SILVAIN VANOT (live-report et interview inédite)

Rien dans ces lignes contre Les Arcandiers, charmant restaurant situé à deux pas de la Cathédrale, qui formait un écrin feutré et cosy pour la musique de Vanot. La décoration de ce bar à vin, avec son éclectisme de brocante, convenait d'ailleurs bien aux chansons du sieur, qui évoluent souvent entre des pôles contraires – la caresse et la griffure, le rock bruyant et la ballade bucolique. La date du concert était tout aussi pertinente et la vedette du soir avait le bon goût, en cette Saint-Valentin, de faire retentir dès son deuxième morceau "Les cloches de l'amour". Nous allions donc assister à un concert de chansons, ce qui n'était pas garanti sur le papier, puisque l'artiste s'est beaucoup consacré ces dernières années à la musique instrumentale, qu'il travaille en étroite collaboration avec des cinéastes, accompagne des musiciens d'horizons divers (de Mareva Galanter à Sport Murphy, le champ est large...), s'essaye à l'illustration sonore ou bien improvise en duo avec Noël Akchoté, guitariste de jazz dont la productivité discographique ferait passer Murat pour la pire des feignasses. Mais ce soir, équipé d'une guitare électrique, de quelques pédales et de deux harmonicas, Vanot a décidé de chanter. "Une rengaine, une chanson / Et les mensonges qu'elle égraine / En petits monceaux de frissons / Une rengaine pour nos peines / Les mensonges qu'elle égraine / C'est tout". On s'en satisfera largement.

DES NOUVELLES de SILVAIN VANOT (live-report et interview inédite)

Le voici donc parti pour interpréter quelques compositions issues principalement de ses deux derniers albums, Il fait soleil (2002) et Bethesda (2009). Une poignée de chansons d'amour dans des registres variés, une belle nouveauté prénommée "Lucie", des envolée de Sioux sur "Hawaii", une version inédite de "Rivière" à la guitare (alors qu'elle est superbement jouée au piano sur le disque)... Le récital se déroule sans heurts, le public se montre chaleureux, le chanteur plaisante volontiers, ironisant sur les tubes que ne sont jamais devenus ses morceaux ou rappelant qu'il possède la médaille de la Ville (comme tous les anciens jurés du Festival du Court métrage). Peut-on dire des chansons de Vanot, après plus de deux décennies, qu'elles auraient une spécificité qui sauterait aux oreilles ? Existe-t-il une Vanot's touch ? Si tel est le cas, peut-être réside-t-elle dans la faculté du songwriter à manier la naïveté sans s'y engluer. Vanot, en 2015, est capable de personnifier la femme aimée en rivière, d'assimiler un baiser à une bouée de sauvetage ou de chanter une amourette en barque sans que cela paraisse mièvre. Question de choix des mots associés à la bonne mélodie, comme dans toute chanson réussie ; d'un savoir-faire incontestable dans l'usage de tournures archaïsantes qui ne sonnent jamais faux ; mais encore, sans doute, d'une tendance à laisser traîner dans le voisinage de ce côté fleur bleue une certaine cruauté, qu'elle soit teintée de sarcasme ("Implacable") ou de fatalisme ("Égérie") ; enfin, d'une propension à régulièrement réactiver les liens entre sentiment amoureux et condition politique – il rappelle ainsi, en présentant l'un de ses anciens titres, qu'il n'a jamais vraiment su s'il y parlait d'amour ou de Pôle Emploi, et l'on pourrait sans difficulté retrouver pareille ambivalence ailleurs dans son œuvre.

"Deux-trois notes, quelques phrases pas trop sottes"... "Lucie", filmée ici par David Chambriard.

Au moment où l'on était sur le point de penser qu'avec ses couplets et refrains sagement ordonnés, sa guitare et son pupitre, Vanot donnait un vrai concert de hanhon française (l'expression, ironique, est de Loïc Lantoine), édulcoré de la hargne rock de ses débuts, il a la bonne idée d'augmenter le volume sonore et l'électricité de son set avec une reprise d'un titre du groupe Wire, enchaîné directement avec "Le soutien du Roy". Le concert bascule et Vanot va maintenant puiser dans ses premiers albums des morceaux qui suscitent chez plusieurs spectateurs des réactions de plaisir, le genre de plaisir procuré par un sentiment de familiarité ou, mieux, par des retrouvailles avec de vieux copains. Lesquels ont ici pour noms "L'instant que je guette", joué sans harmonica, "Sous ta fenêtre", tout en puissance et incorporant un couplet du classique "Scarborough Fair" ou "La vie qu'on aime", morceau cher à Bernard Lenoir, l'un des premiers découvreurs du chanteur au début des années 90. Lenoir, qui a la mémoire longue et l'amitié fidèle, au point d'avoir sélectionné Vanot sur le second volume de sa compilation L'Inrockuptible, écrivant à son propos : "Une belle sensibilité. Un artiste très touchant, pétri d'humanité." Autant de qualités qui transparaissent encore dans les deux inédits que Vanot glisse entre ses classiques et que l'on aimerait avoir l'occasion de réentendre plus attentivement, ce qui devrait être possible sur un prochain album prévu pour cette année 2015.

DES NOUVELLES de SILVAIN VANOT (live-report et interview inédite)

Après avoir simulé un passage par une loge imaginaire et avoir remercié l'impressionnant boxeur dont la présence massive rassure, en cette période où Vigipirate rougeoie jusqu'à l'écarlate, Vanot revient volontiers pour quelques titres supplémentaires. D'abord avec "Île-de-France", l'une des chansons les plus originales de son répertoire, hommage doux-amer à sa région d'adoption doublé d'une élégante variation autour de l’œuvre de Salvador, puis avec une nouveauté pour laquelle il sollicite le calme et l'attention de l'assistance. Un vœu pieux quand on joue dans un bar, un samedi soir. Mais il est loin le temps où Vanot pouvait prendre la mouche pour un manque de concentration du public, il interprétera donc cette composition, présentée comme douce et dure à la fois, dans un léger bruit de fond, pour les quelques spectateurs attentifs des premiers rangs. Ces bons élèves se verront même gratifiés d'un dernier titre, pioché dans le classeur utilisé par l'ex-professeur pour ses conférences sur l'histoire de la chanson américaine, en l'occurrence une reprise du standard "People get ready".
Ready, Vanot l'est encore le lendemain matin, après une courte nuit de sommeil, pour répondre aux questions de deux zèbres bien décidés à l'interviewer malgré son emploi du temps serré. Une heure et demie durant, il revient sur vingt ans de parcours musical, accepte volontiers d'analyser réussites et déconvenues, avec une capacité à l'autocritique qui ne verse ni dans l'aigreur revancharde ni dans un autodénigrement trop facile. Il se montre bienveillant, joueur par moments et toujours chaleureux quand il s'agit d'exprimer sa gratitude envers tel ou tel musicien croisé en chemin (Murat tout particulièrement). Avant de partir déjeuner avec son ami Gilles Dupuy (fan de la première heure et instigateur de son passage éclair en Auvergne), puis de s'en retourner dans l'atmosphère passablement plus polluée de cette Île, dite de France, qu'il chantait la veille...

DES NOUVELLES de SILVAIN VANOT (live-report et interview inédite)

Vanot nous l'a donc annoncé avec la calme détermination qui le caractérise : "Le disque existera et les gens qui auront envie de l'entendre l'entendront." Ce nouveau projet bénéficiera-t-il d'un lancement en fanfare dans le vaste auditorium de Radio France, à l'instar du dernier opus de Dominique A, son vieux compagnon de route et de (beaux) duos ? Probablement pas et, tout bien considéré, ce n'est pas si grave. Au contraire. Car à cinquante ans passés et avec plus de vingt années de carrière au compteur, Vanot est enfin débarrassé des multiples étiquettes approximatives dont il fut affublé depuis ses débuts, souvent avec les meilleures intentions. C'en est fini du "Neil Young normand" (Kent, 93), du "Clément Marot du rock" (Bayon, 97), du "rocker lettré" (Davet, 2002) ou du "mal-aimé des nouveaux chanteurs français" (Vergeade, 99), "chanteur minoritaire, au dossier de presse plus fourni que les relevés Sacem" (Bernier, 02). Il n'est plus le représentant d'une quelconque nouvelle vague, mais juste un artiste qui a beaucoup bourlingué (musicalement et géographiquement, les deux allant souvent de pair) sans y laisser toutes ses plumes, qui n'a sans doute pas produit d'album parfait, mais a réussi à semer sur sa route quelques très belles chansons, restées gravées dans la mémoire de plus d'un auditeur, et qui, en outre, ne s'est jamais privé de réfléchir à son métier. De sorte que sa position sur la scène francophone, tout en étant périphérique, est plutôt intéressante : ni porte-drapeau, ni poète maudit, Vanot est un outsider séduisant qui pourrait bien incarner un point de repère, au scintillement délicat, pour celles et ceux qu'excite encore le défi d'unir le rock (sous toutes ses formes) avec cette langue régionale parlée par quelques 200 millions de personnes sur la planète... Et à celui dont les trois quarts des chansons gravitent autour de la question : "Veux-tu encore de moi ?", il serait temps, pour tous ceux qui l'apprécient, d'apporter une réponse affirmative dénuée des réserves habituelles (sur son physique, sa voix, ses ventes de disques, etc.). Car en 2015, derrière son pelage poivre et sel et son sourire discret, Vanot n'est toujours pas vanné. Qu'on se le dise et qui l'aime le suive !

DES NOUVELLES de SILVAIN VANOT (live-report et interview inédite)

L'entretien avec Silvain Vanot, enregistré à Clermont-Ferrand, le dimanche 15 février 2015, à l'heure de la messe (d'où la présence inattendue d'un orgue liturgique) est à écouter ici :

https://www.mixcloud.com/La_mouche_d%C3%A9coche/rencontre-avec-silvain-vanot/

 

Rencontre avec Silvain Vanot by La_Mouche_Décoche on Mixcloud   (séquence sur Murat notamment vers la 52')

 

Dossier réalisé par Florenza, Thibaud et Matthieu.

*****

REMERCIEMENTS : Un grand merci à Silvain Vanot pour sa disponibilité et son accueil bienveillant à nos diverses sollicitations.

Merci à Gilles Dupuy d'avoir eu la bonne idée d'organiser ce concert, sans autre motivation apparente que le simple plaisir, aux Arcandiers de l'avoir accueilli, à Daniel Larbaud de s'être chargé du son, à David Chambriard pour la captation de "Lucie", à Radio Campus Clermont-Ferrand pour les moyens techniques, à L'Oreille Absolue pour la précieuse documentation, à Pierrot pour la liberté de manœuvre à peu près infinie.

Florenza et Thibaud, quoique rompus de fatigue et grippés, se sont révélés de vaillants et indispensables compagnons, la première derrière son Canon, le second derrière la console. Surjeanlouismurat.com les remercie chaleureusement.

*****

RAPPELS : Silvain Vanot dispose d'un site internet, où vous pourrez retrouver sa discographie et suivre son actualité, ainsi que d'un blog qu'il alimente de réflexions personnelles sur la musique.

Thibaud, qui a coréalisé ce dossier, anime toujours une émission bimensuelle sur Radio Campus Clermont-Ferrand, Le Petit Lait Musical, où il reçoit (principalement) des artistes de la scène clermontoise. Vous pouvez suivre sa programmation sur sa page Facebook et réécouter ses anciennes émissions sur le site de Radio Campus. Pour les étourdis qui l'auraient manquée, on signalera tout particulièrement sa longue rencontre avec Christophe Pie, enregistrée cet automne au domicile du musicien.

Enfin, du côté de Radio Campus Paris (N.D.L.R. : Paris est cette petite bourgade située au nord de Clermont-Ferrand), vous pourrez découvrir un nouveau titre de Silvain Vanot, "Je suis le carnet de route", retenu par l'émission La Souterraine sur une compilation parue au mois de janvier et disponible ici-même.

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Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 22 Janvier 2015

Nous avions déjà parlé à Bertrand en novembre 2013 (interview à lire ici) à l'occasion de la sortie de son excellent disque "sans moi", la mise en musique de textes de P. Muray, projet que Murat avait entrepris. Le disque a été honoré par un "coup de coeur" de l'académie Charles Cros. On peut encore l'écouter "en live" le 3 FEVRIER à la maison de la poésie à Paris.

Quand Pierre Krause m'a demandé quel artiste pourrait reprendre Murat lors de la soirée LIVRE UNPLUGGED (21 février à la Bellevilloise), le nom de Bertrand Louis est sorti rapidement... aussi rapidement que sa réponse, favorable. Mal (ou bien?) lui en a pris: "Et quand même vous m'emmerdez parce que je crois que je suis en train de retomber amoureux de Murat à cause de vous..." m'a-t-il écrit.  Il a accepté d'actualiser son "inter-ViOUS ET MURAT"... et de nous parler des deux soirées parisiennes qui s'annoncent!

 

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

 

- Je voulais d'abord faire le point sur "sans moi"... On n'est pas tout à fait à la phase de bilan puisque vous avez encore au moins une date mais...

Bertrand Louis : Je n’aime pas trop faire le point ou le bilan car j’ai l’impression d’être toujours en mouvement. On peut tout du moins dire que la phase « disque » est terminée d’autant plus que ma maison de disque a déposé le bilan ; pour le coup ce sont eux qui ont fait le point ! Pour ce qui est du « spectacle » en revanche, cela continue avec une date importante à la Maison de la Poésie à Paris le mardi 3 février et quelques dates aux printemps. Finalement la « renommée » de Philippe Muray ne me sert pas vraiment car les programmateurs soit ne le connaissent pas, soit sont réticents. J’ai vraiment envie de continuer à développer ce spectacle dans lequel je me sens bien, même si je travaille déjà sur d’autres choses. Dans une optique plutôt « théâtre » je suis moins assujetti à l’actualité du disque. D’autant plus que Muray va en avoir, de l’actualité, puisque son journal va être publié à raison d’un tome tous les 6 mois pendant 3 ans.

 

- Donc vous continuez Muray mais en ajoutant des lectures, c’est cela ? Qu’est-ce que vous pourriez nous dire de cet exercice par rapport à l’interprétation d’une chanson ?

Bertrand Louis : Oui il y a quelques lectures en plus mais pas trop car je ne veux pas que cela devienne trop « intello ». J'aime de plus en plus l'alternance entre la lecture et le chant, même si ce n'est pas du tout évident de passer de l'un à l'autre. Pour la lecture, il faut être beaucoup plus froid et précis à mon avis, si on interprète trop cela devient ridicule. Il y a comme une tension dans la lecture qui peut se résoudre ensuite dans la chanson, ou l'inverse d'ailleurs. En fait, comme je ne parle pas au public, cela permet de remplacer. Et puis je trouve qu'avec une légère mise en scène cela donne un côté un peu moins « frontal » qu'un pur concert chanson. Nous avons aussi rajouté quelques « voix off ».

 

- Tiens, sur le thème du rapport avec le public, vous disiez dans notre précédente interview :

Je me souviens avoir adoré cette attitude du mec [Murat] qui chante ses chansons et n’a pas besoin d’en faire des tonnes à côté. C’était une époque où il y avait pleins de connards autour de moi qui pensaient que si j’étais plus sympa sur scène ou que si je me faisais « coacher », cela marcherait mieux pour moi ; son état d’esprit m’avait rassuré.

Le fait est que certains ressortent d’un concert de Murat en pensant qu’il faisait la gueule… et celui-ci souvent se résout à parler (c’est une consigne de sa manager je pense)… alors qu’il a aussi expliqué que cela le faisait « sortir » de son concert*… Monter sur scène implique forcément un compromis, celui d’être là si on n’a pas envie, d’être dans une mise en scène, une communication… Qu’est-ce que vous en pensez en tant qu’artiste et spectateur ?

*il arrive aussi qu’il se lance dans du blabla… pour gagner du temps, avant une chanson dans laquelle il a dû mal à se lancer…

Bertrand Louis : Question délicate que le rapport au public. Je pense que chacun doit faire comme il le sent, qu'il n'y a pas de règles. Ne pas parler et/ou « faire la gueule » ne veut pas forcément dire que l'on est absent. Si l'on va sur scène sans en avoir envie, il vaut mieux changer de métier. D'un autre côté, les chanteurs qui parlent plutôt bien et beaucoup au public peuvent ensuite leur balancer n'importe quelle merde, et ça passe ! Je pense que l'important est de gérer la conduite du concert, peu importe de quelle manière. Bon, c'est un peu flou ce que je suis en train de raconter, là.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

- Alors, venons-en à cette soirée du 21 Février. Chanter des chansons des autres, est-ce que c’est un exercice que vous affectionnez ? Et chanter du Murat, est-ce un exercice particulier ?

Bertrand Louis : J'avais déjà fait quelques reprises par le passé (Ferré, Gamine, Dréjac-Constantin...) et c'est effectivement quelque chose que j'aime. Je vous avoue, qu'au départ, même si j'étais très flatté qu'on me propose de chanter Murat, j'étais un peu impressionné par l'ampleur de la tâche (une dizaine de reprises !). J'ai mis un peu de temps à trouver mon truc car la plupart de ses chansons sont basées sur un groove plutôt guitare et je voulais les jouer au piano. Mais je pense que j'ai trouvé petit à petit ma manière de les jouer et de les chanter et c'est devenu un vrai plaisir. J'ai en plus découvert de vraies pépites à côté desquelles j'étais un peu passé. Effectivement ce qui est particulier avec Murat, c'est que le texte, le groove et la voix sont très intimement liés et que parfois, enlever un ingrédient fait chanceler l'ensemble.

 

- Ah, oui, j’aime beaucoup la chanson de Gamine. Sans dévoiler la set-liste, qu’est-ce qui a guidé votre choix avec Olivier ?

Bertrand Louis : Nous en avons parlé simplement et nous sommes assez vite tombés d'accord. J'avais envie que cela tourne pas mal autour de Mustango (vous savez pourquoi...) et cela ne l'a pas dérangé. Ensuite, nous avons aussi essayé de reprendre des chansons sur toute la période, des tous débuts à aujourd'hui.

 

- Qu’avez-vous pensé de Babel ?

Bertrand Louis : Pour être franc, je l'ai trouvé un peu touffu à première écoute, mais ce n'est pas forcément un défaut. Et puis j'apprends petit à petit à apprivoiser la bête, titre par titre, surtout que j'ai vraiment envie d'en chanter une chanson le 21 février. Il faudrait que je pousse un peu l'écoute et la réflexion, mais on a comme l'impression d'un nouveau départ (encore!) dans sa discographie.

 

- Un petit mot sur vos dernières collaborations. On parlait du rap la dernière fois, et vous venez de réaliser l’album de NEGROTRIP? Et ANDONI ITURRIOZ ?

Bertrand Louis : Oui effectivement j'ai travaillé sur un EP avec un jeune groupe de rap de mon quartier (enfin du quartier d'à côté), ils en sont à leurs débuts mais je les trouve talentueux. J'ai découvert un univers que je ne connaissais que très peu, finalement. Ils sont marrants car ils m'ont dit qu'ils faisaient une pause dans le rap (déjà!) pour passer leur bac, c'est très sérieux, mais finalement assez réaliste. Un jour, je leur ai fait écouter ma chanson « Lâche-moi tout » pour leur dire que le rap m'influençait également et ils m'ont dit « Ah mais Monsieur vous êtes un bandit ! »...j'étais très flatté. Avec Andoni Iturrioz, c'est déjà le deuxième album que je réalise et l'on s'entend à merveille. J'aime beaucoup travailler avec lui car il n'a aucun code et aucune barrière. Il me dit par exemple : « Là, il faut que ce soit la fin du monde pendant 8 mesures... » et je dois faire avec.

 

- Pour finir, vous avez semble-t-il choisi le silence ces derniers jours, mais avez partagé sur fb le titre FUTUR ÉTERNEL DE SUBSTITUTION. Est-ce que vous souhaitez exprimer vos sentiments sur les événements (ou sur cette chanson)?

Bertrand Louis : Oui le silence est aussi une façon de s'exprimer, de porter le deuil. Je suis effaré par tout ce vacarme. J'ai eu le malheur de traîner un peu trop sur internet et sur les réseaux sociaux ces derniers jours et je suis vraiment lessivé. Je n'ai qu'une envie : dormir pendant 2 mois...et je ne peux pas malheureusement. Il y a quelque chose qui sonne faux dans tout ça.

« Futur éternel de substitution » est une chanson qui peut exprimer ce qui s'est passé dimanche « Nous aurons des journées nationales et mondiales... » et je ne sais pas, je trouve qu'il y a quelque chose d'apaisant à la fin « N'aie pas peur mon amour il restera le jour ». Mais j'ai surtout envie de relire le terrible « Chers djihadistes » écrit par Philippe Muray en 2002 où il conclut par ce retentissant « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. »

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

RAPPEL:

- Maison de la poésie, Mardi 3 Février, 20 heures. Récital autour de SANS MOI

Les infos sur le site officiel: http://www.bertrandlouis.com/ Il reste encore de la place.

- Soirée LIVRE UNPLUGGED, avec www.surjeanlouismurat.com (oui, c'est moi):

Samedi 21 Février

On a eu de la chance: pas de concert de Murat ce soir-là, on ne lui fait pas de concurrence! Avec Bertrand Louis et Olivier Nuc, et avec la participation amicale de Marjolaine Piémont et Antonin Lasseur. Deux duos inédits...au prix de zéro, puisque l'entrée est gratuite... même si vous pouvez consommer au bar, ça nous arrange!

Il est possible de commander des tirages de photos à P. Gressien, qui sera présent. Il les a réalisé lors de l'émission LE RING. Visibles ici (notamment la photo qui figure sur l'affiche).

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 7 Janvier 2015

- Dis Pierrot, t'as pas une idée?

- Si... mais pas qu'une...

Voilà comment je me suis retrouvé embarqué dans cette belle aventure de la soirée Murat Livre Unplugged, qui aura lieu le samedi 21 février, à la Bellevilloise à PARIS, et bien que je n'aime pas trop sortir de mon fauteuil, bien calé avec l'ordi sur les genoux (mise à part 2/3 concerts l'an),  j'ai même décidé d'y assister.. même si j'espère qu'on vous permettra de discuter avec d'autres "guests" de l'univers muratien ce soir-là.

Mais à part ça, Pierre Krause, à la question! Dis nous en plus sur les Soirées Livre Unplugged.

 

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Inter-ViOUS ET MURAT copinage: 

PIERRE KRAUSE, co-fondateur de LIVRE UNPLUGGED

 

 

Interview Pierre Krause, soirée Livre Unplugged Murat

C'est quoi l'histoire de "LIVRE UNPLUGGED"?
Avec la journaliste Lauren Malka, nous avons créé ces soirées il y presque trois ans. Cela doit représenter une vingtaine de dates, toutes consacrées à des grands artistes du rock et du jazz. Nous sommes restés fidèles à notre concept de départ : proposer un portrait musical d'une icône à travers un concert de reprises effectuées par un artiste ou un groupe et un biographe qui vient, entre chaque chanson, partager avec le public quelques anecdotes sur ces chansons et sur la vie de l'artiste.
Depuis que nous organisons ces soirées à la Bellevilloise on peut compter sur un public de 100 à 200 personnes environ. Il y a des habitués, acquis à la cause des soirées Livre Unplugged, des gens qui viennent écouter le concert autour de leur artiste préféré et des curieux qui viennent prendre un verre à la Bellevilloise. L'entrée est toujours libre. Tout le monde est welcome.

 

 

Concrètement, à quoi doit on s'attendre 21 février ?
Bertrand Louis et Olivier Nuc vont interpréter une dizaine de chansons de Jean-Louis Murat qu'Olivier Nuc va commenter en les resituant dans leur contexte d'écriture. Ce sera l'occasion de dresser un portrait musical d'un chanteur dont la vie reste assez méconnue.
Ensuite, Antonin Lasseur et Marjolaine Piémont vont interpréter certaines des chansons les plus connues de Murat pour conclure la soirée.
Derrière la scène nous projeterons de nombreuses photos de Murat dont certaines signées Philippe Gressien qui sera présent.

 

 

Quelles sont tes grands souvenirs ou anecdotes autour de ces soirées ?
Mon meilleur souvenir concerne l'artiste dont j'avais peut-être le moins d'affinités. Je ne suis pas un grand amateur de jazz mais on avait décidé avec Lauren de consacrer une soirée à Django Reinhardt. J'ai profité de la soirée comme d'un curieux qui ne connaissait ni l'oeuvre ni la vie de l'artiste en question. Alexis Salatko lui a dressé un sublime portrait magnifié par les chansons de Django interprétées par le groupe Monsieur Jacquet.

Sinon, on a eu l'immense privilège, lors d'une soirée consacrée à Alain Bashung, de voir débarquer dans la salle Jean Fauque en personne. Il avait déjà participé à une soirée autour de Dessous de Songs un livre qu'il avait cosigné chez Ring mais je ne m'imaginais pas qu'il allait venir à cette soirée consacrée à Bashung. Il est non seulement venu en spectateur mais il a également chanté sur scène avec notre guitariste David Scrima. C'était un très beau moment qui a je pense touché chaque personne qui était dans la salle.

 

 

Est-ce que tu as eu l'occasion de parler de Murat avec certains de tes invités?
En préparant une soirée consacrée à David Bowie avec Olivier Nuc, je ne me suis rendu compte que ce dernier était non seulement un grand fan mais aussi un grand connaisseur de l'oeuvre de Murat. Il m'a raconté qu'il était déjà allé quelques jours chez lui et que Murat lui-même lui avait appris à jouer certaines de ses chansons ! L'idée d'une soirée sur le chanteur auvergnat était alors déjà présente dans mon esprit même si je pensais qu'elle était irréalisable.
Un peu plus tard, Olivier Nuc m'a dit qu'il avait organisé un événément très proche du concept des soirées Livre Unplugged avec Florent Marchet avec un concert commenté autour de JLM justement. Ce que Lauren et moi ignorions. Faire une soirée sur Murat avec

lui est une façon de joliment boucler la boucle. Il n'a pas écrit de livres sur Murat mais je n'ai jamais pensé un seul instant faire appel à quelqu'un d'autre que lui.
Je ne pense pas avoir tant parlé de Murat à mes autres invités. Je parle de lui à longueur de journée mais c'est une névrose dont j'essaie de me soigner, notamment en public !

 

 

Alors, t'es un acharné de Murat, pourquoi seulement maintenant une soirée sur lui?

Murat est probablement l'artiste que je connais le mieux, celui que j'écoute le plus, à égalité, peut-être, avec Bob Dylan ou, dans un tout autre registre, Alice Cooper.

On a fait deux soirées sur Dylan, une sur Bashung, une autre sur Neil Young. Pourquoi ne pas avoir abordé Murat plus tôt ? Cela me travaillait depuis que j'organise ces soirées avec Lauren mais je pense qu'on l'organise au bon moment. Magali Brénon a récemment écrit un très beau livre dont l'action gravite autour des terres muratienne. Le journaliste Sébastien Bataille publie une biographie en février et son dernier album, enregistré avec le Delano Orchestra rencontre un énorme succès critique mais aussi un bon succès public semble-t-il.
Il y a une sorte de momentum Murat que l'on compte bien prolonger en février avec notre soirée.

 

 

Personnellement quelle est la période de Murat que tu préfères ? Est-ce que tu imposes certaines chansons à tes invités ?
On ne leur impose rien mais on leur suggère toujours de ne pas faire l'impasse sur les tubes qui peuvent parler aussi bien aux fans qu'aux néophytes et les réunir pour chanter ensemble pendant le concert !
Sinon, c'est vraiment le biographe et le musicien qui décident de tout. L'idée étant de dresser le portrait musical de l'artiste, il est intéressant qu'ils puissent puiser dans toute la discographie de celui-ci, en ne négligeant ni les tubes donc, ni les perles méconnues, ses chansons qui ne sont peut-être connues que d'une poignée de fans mais qui ont changé leurs vies.

 

En ce qui me concerne et pour revenir à Murat, ce sont véritablement ses derniers albums qui me touchent le plus. J'ai découvert Murat à l'époque de Lilith et je ne suis jamais revenu de Parfum d'Acacia au jardin mais l'album qui me bouleverse à chaque écoute ce n'est ni Dolores (quine m'intéresse pas beaucoup), ni Mustango, ni Lilith, c'est le Cours Ordinaire des choses. Je ne dis pas que c'est son meilleur album, ni le plus riche, c'est simplement celui qui me parle le plus. Mais depuis Taormina, je ne suis pas sûr qu'il y ait un seul album qui ne soit pas proche du chef d'oeuvre.

 

 

A qui s'adresse la soirée ? Uniquement aux fans ?
Nos soirées ne s'adressent jamais uniquement aux fans de l'artiste dont il est question. Dans un lieu ouvert comme la Bellevilloise où l'entrée est gratuite, l'idée est de s'adresser aussi bien aux fans qu'aux curieux. Tout le monde qui aime le rock ou le jazz peut se retrouver autour de nos soirées. Quelqu'un qui connaît toutes les anecdotes autour d'un artiste ou d'une chanson, sera intéressé par les reprises originales et live de notre musicien et aura peut être la surprise de découvrir tout de même certains aspects méconnus de l'artiste qu'il connaît tant. Celui qui n'y connaît découvrira aussi bien les chansons que la vie de l'artiste ou d'anecdotes fascinantes.

En ce qui concerne la soirée Murat, je pense que même les réfractaires à son oeuvre peuvent être intéressés par cette soirée tant le personnage, hors norme, fascine.

Je crois également que ceux qui n'apprécient pas ses chansons et qui pensent qu'elles ne s'adressent qu'aux dépressifs notoires vont peut-être avoir quelques surprises. Il faut reconnaître que l'oeuvre de Murat demande une très grande attention. Vous ne pouvez pas l'aimer instantanément quand vous écoutez une de ses chansons à la radio. Il faut au contraire l'apprivoiser, accepter que ses chansons ne sont pas faites pour que l'on danse dessus. Une soirée de reprises de Murat par Olivier Nuc et Bertrand Louis auquel s'ajoute un mini concert bonus d'Antonin Lasseur et Marjolaine Piémont est une occasion en or pour découvrir autrement son oeuvre.

 

 

La première soirée Livre Unplugged de l'année, le mercredi 21 janvier -soit un mois pile avant le concert consacré à Jean-Louis Murat!- sera consacrée aux  Doors et son emblématique chanteur Jim Morrison !

"Pour nous raconter la vie de Mister Mojo Rising, chanteur- chaman pour les Doors mais aussi poète à Paris où il a fini sa vie à 27 ans dans circonstances encore troubles, nous pourrons compter sur scène sur Harold Cobert, auteur du livre "Jim" aux éditions Plon. Harold sera accompagné par les musiciens du groupe From Island et porté par la voix chaude et écorchée de leur chanteuse.
Rendez-vous le mercredi 21 janvier à 20h à la Halle aux Oliviers pour la rentrée rock des soirées Livre Unplugged !
"

 

Pour la soirée MURAT,  le Rendez-vous est:

le samedi 21 février dès 19h30 à la Bellevilloise à Paris. ENTREE GRATUITE.

 

 

Les soirées LIVRE UNPLUGGED:

https://www.facebook.com/livreunplugged

- On a appris il y a quelques semaines qu'Antonin Lasseur assurera la première partie de Murat le 18/03 à Creil.

 

- Bertrand Louis sera lui le 3 FEVRIER, à la MAISON DE LA POESIE, pour jouer son spectacle "SANS MOI". On en reparle bientôt. Son "intervious et Murat" à lire en suivant le lien hypertexte à la ligne au dessus.  Celle d'Olivier NUC : à lire  ici. En attendant leur mise à jour!

 

Interview Pierre Krause, soirée Livre Unplugged Murat

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 8 Novembre 2014

Comme toujours, c'est avec fierté que nous vous proposons une nouvelle interview exclusive. Après avoir pu parler de littérature avec Magali Brénon et évoquer le petit monde des médias avec l'ami Olivier Nuc, le blog (grâce à Matthieu qui, depuis sa causerie poiscaille avec Jérôme "No Kill" PIETRI, semble s'être ouvert au plaisir simple de la discussion avec ses semblables...) vous propose cette fois d'aller à la rencontre d'un journaliste-éditeur, BENOIT LAUDIER, l'un des participants à l'ouvrage culte "Le Dictionnaire du ROCK" de Michka Assayas (auquel a également collaboré Sébastien Bataille, futur biographe de qui vous savez...). L'occasion de visiter les coulisses de ce genre d'ouvrages... mais surtout, Benoit Laudier nous livre un avis parfois surprenant sur l'oeuvre de Murat.

 - Merci Matthieu pour ce travail.  Et tu éteindras bien en sortant, ok?

 - Yes Sir !

 

 

Initials B.L.

 

     Le point de départ de cette Inter-Vious et Murat, dix-septième du nom, fut une rencontre avec Michka Assayas, en visite au festival Europavox pour promouvoir la nouvelle édition de son Dictionnaire du rock. De cet échange (à écouter ici) découla l'envie d'aller débusquer, derrière les initiales B.L. inscrites au bas de la page 1793, l'auteur de la notice sur Jean-Louis Murat. Moins pour lui chercher des noises en jouant les fans tatillons (mais non, enfin, Murat n'est pas né en 1954 !) que pour mieux faire sa connaissance et lui fournir l'opportunité de réduire un peu de l'inévitable distance requise par un ouvrage à ambition encyclopédique. Nous voici donc en ce morne mois d'août 2014 à questionner (harceler ?) B.L., alias Benoît Laudier, quadragénaire discret, vieux routard du journalisme et directeur de Vagabonde, maison d'édition catégorie poids plume (vingt-deux livres publiés en douze ans), actuellement basée à Senouillac – depuis Saint-Germain-des-Prés, prendre l'autoroute du Soleil, direction Toulouse...
     C'est Laudier qui a fondé Vagabonde, en compagnie de son frère et de deux vieux amis, tous les quatre formant selon lui une
"sorte d'association de saltimbanques, pour ne pas dire de malfaiteurs ou de pirates". Feuilleter le catalogue de Vagabonde – ou mieux : lire les livres qui le composent – suppose d'accepter de transgresser les frontières linguistiques, temporelles et de genres pour un voyage dont le sens (s'il doit y en avoir un) se révélera à la fin (s'il doit y en avoir une). Sur une carte du Tendre esquissée pour tenter de baliser le territoire parcouru figureraient sans doute, entre autres, une bourgade nommée Curiosité (celle qui pousse à combler des lacunes en allant dénicher ce texte adoré devenu introuvable, ou cet autre dont aucune traduction ne nous a jamais pleinement satisfaits, ou encore celui-ci, écrit par un auteur qu'on n'attendait pas dans ce registre...), un lieu-dit Enthousiasme (dans l'élan originel vers un style et/ou un projet, puis à chaque étape du processus éditorial, mené avec application), ainsi qu'une rivière baptisée Fidélité (à une poignée d'auteurs mécontemporains comme au désir d'indépendance initial).
     Alors que la maison publie ces jours-ci un bref récit joliment illustré de Nick Tosches, son directeur fait étape un instant Chez Pierrot, modeste routier fréquenté par une poignée d'adorateurs de JLM jamais rassasiés, histoire de nous narrer ses pérégrinations éditoriales, ses allers-retours en terres muratiennes ou ses flâneries entre musique et littérature.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Bonjour Benoît. Pour commencer, pouvez-vous retracer en quelques mots votre trajectoire professionnelle ?

- Si vous souhaitez quelques faits "marquants", cette "trajectoire" s'inscrit surtout entre l'édition et le journalisme (reporter, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef de Chronic'art de 1997 à 2001), des éditions Gallimard à Larousse, des Inrocks au Figaro magazine et à Mouvement.

- Vu de loin, Les Inrocks et Le Fig mag semblent deux journaux assez hermétiques l'un à l'autre au niveau idéologique. Un tel transfert est-il mieux admis lorsqu'on est journaliste culturel ? Et implique-t-il nécessairement un sévère virage à droite, politiquement parlant ?

- Aucunement en ce qui me concerne. En ce sens, je ne pense pas être un "animal" politique : on rencontre des femmes et des hommes qui proposent du travail – ou pas – et on est libre de l'accepter – ou pas. Somme toute, effectivement, dans le domaine "culturel", on n'est moins exposé et déterminé à commenter l'actualité politique...

- Votre rapport au politique passerait donc avant tout par l'esthétique... Vous pouvez nous en dire un mot ? Y a-t-il des figures dans la littérature ou l'histoire qui le résumeraient ?

- Oui, sans aucun doute pour ce qui nous concerne ici, le rock, la pop, etc. participent aussi de liens entre personnes vivant dans la cité, parfois très vivaces et "solidaires" en termes d’échanges ou via les "réseaux sociaux" : quoi de mieux que s’enthousiasmer pour un disque, par exemple, et le faire savoir à d’autres ? En ce sens je suis bien sûr "politisé", aimant retrouver certains lieux (salles de concert, bars, etc.). Qui ne le serait pas ? Pour l'esthétique, incontestablement des poètes comme Baudelaire, Ducasse, mais aussi des essayistes et écrivains comme Greil Marcus ou Nick Tosches développent dans leurs écrits une esthétique pas franchement désagréable... puisque allant à rebours des poncifs et même parfois provocante. Ces modèles sont toujours utiles.

- Comment êtes-vous devenu l'un des contributeurs du Dictionnaire du rock ? Et au cours de ce travail, quels sont les articles que vous avez pris le plus de plaisir à écrire, ceux dont vous êtes le plus fier ?

- C'est Michka Assayas qui me l'a demandé. Les articles ? David Bowie, Scott Walker, U2, des artistes et groupes africains, Aphex Twin et d'autres...

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Venons-en à Murat : était-ce un choix de votre part d'écrire l'article sur lui ou cela faisait-il partie des devoirs imposés dans le cadre d'un tel ouvrage et pour lesquels il faut bien que quelqu'un se dévoue (sur le mode : "Bon Yves, t'es puni, tu écriras la notice sur Manset. Et toi Benoît, te marre pas, parce que tu me feras celle sur Murat...") ?

- Oui, c'était un choix de ma part. Alors que je travaillais chez un disquaire (boulot d'été) à l'âge de seize ans et demi, j'avais passé l'un de ses disques sur la platine... et il a retenu mon attention. Je crois même avoir ramené le disque à la maison. Il fait partie des très rares auteurs-compositeurs contemporains français que j'ai écoutés, écoute encore (moins régulièrement) et écouterai sans doute encore. Et si j'aime aussi certaines choses chez Manset, il y avait incontestablement plus compétent que moi sur cet artiste pour l’écriture de l’article qui lui est consacré. [NDLR : rédigé au final par Yves Bigot]

- Donc, vous avez seize ans, on doit être grosso modo en 1986, vous travaillez chez un disquaire (lequel ? dans quel coin ?) et vous tombez sur un disque de JLM (lequel ? S'agissait-il de Passions privées ?) : que ressent l'adolescent que vous êtes, au milieu des 80's, en découvrant Murat ?

- Si ma mémoire ne me trahit pas (ni mes papiers d’identité), j'avais bien seize ans (et demi) l’été 86. Ce disquaire s'appelait Monsieur Cotte (est-ce la bonne orthographe ?) à Saint-Raphaël (Var). Oui : Passions privées. Ce que j'ai pu "ressentir"... Impossible précisément de le détailler : ce serait une usurpation d'identité que de me "rappeler" le jeune homme que j'ai été et ce que j'ai bien pu penser de cette première, même deuxième écoute... Mais oui, sans aucun doute, quelque chose m'a accroché : sa voix, les mots, leur organisation, le sens véhiculé par ses chansons...

- Quel était votre environnement culturel de l'époque ? Vers quatorze-quinze-seize ans, vous écoutiez, lisiez, regardiez quoi ?

- J'écoutais les Rolling Stones, les Stranglers, les Jam, mais aussi Prefab Sprout, les Smiths, les Housemartins, et beaucoup de jazz (Coltrane, Davis, Powell, Monk, etc.). Je lisais peu (il y avait quand même le programme scolaire), mais j'ai le souvenir (comme tout le monde) d'avoir été très impressionné par Les chants de Maldoror, Nerval, Baudelaire, les Trois contes de Flaubert, Villiers de l'Isle-Adam, et deux ou trois romans de Balzac, dont Le Cousin Pons et Les Illusions perdues. Rien de plus classique.

- Avant d'entamer cet entretien, vous me confiiez avoir "un peu perdu le fil concernant ses derniers disques". Pouvez-vous nous retracer les grandes phases de votre relation avec JLM ? Après la découverte (que l'on vient d'évoquer), jusqu'à quand continuez-vous à le suivre régulièrement ? Vers quelle(s) période(s) décrochez-vous et pourquoi ?

- Ah, il me semble que j'enchaîne avec Cheyenne autumn puis Le manteau... (qui me plaît moins), puis je "décroche" jusqu'à Mustango, puis Le Moujik..., puis "décroche" de nouveau ces dernières années, vers 2007-2008.

- Reprenons. Vous me dites que Le manteau de pluie vous plaît moins, mais cet album est l'un des deux qui sont cités comme références à la fin de votre article de 2014, l'autre étant Mustango. Je suppose donc que ce choix est celui d'Assayas...

- Je pense que c'est le cas... Ou alors, c'est parce que cet article ayant été écrit pour la première édition, sans doute vers 1998 ou 1999, j'ai tout simplement oublié de demander à Michka s'il pouvait changer de titre d'album comme "album référence".

- Mais ensuite, vous m'indiquez avoir décroché jusqu'à Mustango. Or, dans l'édition de 2001, vous écriviez que Dolorès (qui précède Mustango) était "sans doute son meilleur album à ce jour".

- Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit que Dolorès est "sans doute son meilleur album à ce jour". Ce dictionnaire, comme tout ouvrage collectif, fut légitimement relu et visé (et donc "corrigé-affiné") par Michka Assayas et d’autres personnes. Et c’est très bien ainsi.

- Qu'en est-il alors de Dolorès ? L'avez-vous aimé ? Sans bien vous connaître, j'ai tout de même tendance à penser que certains textes de cet album n'ont pu vous laisser insensible (par exemple, "Perce-neige" ou "Réversibilité", mise en musique du poème de Baudelaire).

- J'ai aimé, à l’époque, la reprise "Réversibilité" effectivement (mais plus pour l'interprétation que pour le "fond sonore"). Et aussi (mais j'étais je crois plutôt "amusé" par cette chanson, comme on peut l’être en écoutant de temps à autre un titre à la radio avec plaisir) "je vis dans la crasse, je suis dégueulasse, et alors je m'en fous..." [NDLR : "Fort Alamo"].

- Étant donné ce que vous nous avez dit sur votre éloignement depuis 2007-2008, je présume que le jugement sur les derniers albums qui clôt votre article ("parmi ses plus belles réussites depuis Mustango") vient d'Assayas. Et vous, rien, vraiment rien ? Votre décrochage est-il dû à un manque de temps ou a-t-il des raisons esthétiques ?

- Avant tout à un manque de temps et sans aucun doute aussi au fait de parcourir bien d'autres univers musicaux-esthétiques. Je veux dire par là qu'incontestablement :
1. Je n'ai pas écouté Grand Lièvre et Toboggan.
2. Le cours ordinaire des choses contient de belles choses (comme c'est souvent le cas pour nombre d'albums : on est vraiment retenu et on se replonge au fil du temps dans quelques titres, pas forcément tout l’album).
3. Vous me rappelez qu'entre Lilith et Le cours..., je me suis bel et bien "absenté". Je les ai écoutés, mais vraisemblablement pas avec la même attention que durant les deux-trois années qui ont précédé,
c’est incontestable.

- Je vais donc être un peu vicieux en vous posant deux questions sur deux disques de cette période. D'abord sur Mockba. Je crois qu'il y a une forme de consensus parmi les amateurs de Murat pour considérer que Mustango et Lilith représentent deux sommets de sa discographie. Les plus tordus d'entre nous s'amusent même à distinguer les Mustanguistes et les Lilithiens. Vous me semblez appartenir nettement au premier de ces deux groupes, puisque j'ai cru comprendre que vous trouviez Lilith un peu trop touffu. Mais le plus surprenant pour moi fut de lire que vous préfériez presque Mockba à Lilith. Comme cet album est souvent négligé, voire déprécié (notamment par ceux qui sont allergiques à Camille et/ou Carla Bruni), pouvez-vous vous arrêter un instant sur lui ?

- Vu comme cela, c'est bien le cas : je suis plus "mustanguien". Mais est-ce à dire/penser que je devrais réécouter avec plus d’attention Lilith ? Sans doute. Oui, je peux m'arrêter sur Mockba si vous le souhaitez : intimité qui lui sied bien / qualité du chant / arrangements souvent très dépouillés. Je dois être "sensible" à cette simplicité/évidence, la distinction par les mots, presque en retrait. Non, je n’ai pas d'allergie particulière à ces dames a priori, même pas d’allergie du tout déclarée à qui que ce soit (un médecin m’en aurait parlé, non ?). Et puis il y a beaucoup d’humour sur "Foulard rouge". Très bon cocktail musique/mots/provocation. J'en garde un bon souvenir.

- Puisque par deux fois déjà vous avez cité Baudelaire comme une lecture importante de votre adolescence, j'aimerais bien vous entendre sur Charles et Léo. Et, plus largement, sur une éventuelle parenté entre Baudelaire et JLM (maniement de la langue, dandysme, antimodernité, etc.).

- Quel adolescent n’a pas été retenu, ne serait-ce qu’un peu, par Baudelaire… Vous voulez dire un effet mimétique chez Murat ? Possible... "Parenté" ? Je ne vois pas : autre temps, autre mœurs, etc. En revanche il est rare, très rare, qu'un contemporain puisse adapter/chanter de tels auteurs, et Murat y arrive : ce n'est pas rien. C'est "dire" (mais à sa place ?) qu'il aime cette chose qui porte le nom de "langue" (française en l'occurrence). "L'examen de minuit", il fallait oser : ce type de récitatif, cet orgue... Idem des plus de dix-douze minutes de "Il est des nuits..." (pour Ferré). Il me semble qu’il n’y a pas grand-monde sur la place pour s’attaquer à cela sans (trop) tomber dans le ridicule.

"L'examen de minuit" : de la maquette (Ferré) à la scène (Murat)...

- Nous parlons là d'albums que vous m'avez dit avoir écoutés avec une moindre "attention". J'imagine qu'on ne réécoute pas toute la discographie d'un artiste avant d'écrire sur lui, qu'on fait confiance à sa mémoire et qu'on utilise ses acquis...

- Personnellement si : je pense m'être toujours astreint (sauf quelques cas de disques "rares" ou introuvables) pour ce Dictionnaire à "tout" écouter. Quasi tout en tout cas. Mais je dois aussi avoir des enthousiasmes réfrénés par la suite, comme il m’arrive de réévaluer d’autres choses.

- Et je présume que la recherche du bon équilibre entre subjectivité et objectivité peut parfois vous amener à écrire qu'un disque est remarquable, même si vous n'y êtes pas très attaché personnellement, non ?

- Non, ça ne m'est jamais arrivé. En revanche, j’ai pu me demander plus d’une fois, rétrospectivement, pourquoi j'ai aimé telle chose (je veux dire vraiment) à un moment et plus vraiment le même titre ou album des mois ou des années après, ce qui doit être aussi le cas pour quelques-uns d’entre nous tout de même.

- Je vous posais cette question en raison de vos écrits passés sur Dolorès. "ces douze petites chroniques cinglantes et éphémères, traversées de fulgurances poétiques, constituent sans doute son meilleur album à ce jour", notiez-vous en 2001... À vous lire aujourd'hui, j'ai le sentiment que non seulement vous vous demandez pourquoi vous avez aimé ce disque à ce point, mais que vous ne vous souvenez même plus l'avoir autant apprécié. C'est amusant – mais il est vrai que l'on parle d'un album paru il y a près de vingt ans. Est-ce que ce genre d'étonnement rétrospectif sur soi et ses propres goûts arrive à tout le monde, comme vous le suggérez ? Oui, sans doute... Plus ou moins... Votre question, au fond, c'est un peu "Que reste-t-il de nos amours ?" Ça ferait un bon sujet de chanson...

- C'est sans doute vrai (et bien vu de votre part). Mais il y aussi le fait que j'apprécie plus et donc "mémorise mieux" (et déjà à l'époque de leur sortie) des titres sur des albums comme Madame Deshoulières ou 1829. L'amour des mots ? Le défi que se lance sur ces disques JLM ? Oui : cela correspond plus à mes attentes et humeurs. Et j'aime sincèrement JLM pour cela : le bon mot à la bonne place et parfois/souvent une belle "humeur/trame" musicale (y compris en duo) suffisent à mes yeux à faire de lui quelqu'un tout de même d'assez singulier.

- Quoi ?! Vous aimez 1829 ?? Dans votre article, je lis pourtant : "1829 (2005), adaptation des poèmes de Béranger, gloire oubliée du XIXème siècle, est décevant." Il faut que vous m'expliquiez...

- Là, je suis formel : cette phrase n'est pas de moi ! Cela arrive…

- Dans ce cas, faisons simple et parlons de cet album. D'autant qu'au-delà de celui-ci, je crois remarquer que vous êtes souvent sensible à ces projets poétiques et parallèles sur lesquels Murat chante d'autres mots que les siens : Madame Deshoulières, Charles et Léo, 1829... C'est un hasard ou vous y voyez quelque chose de plus profond ?

- Vous avez raison : il est tout à fait vraisemblable que j'y voie quelque chose de "profond", JLM doit être un très bon lecteur et un amoureux de la langue française – contrairement à pas mal des "zèbres" qui inondent les ondes. Il est l'un des rares selon moi à tout de même se préoccuper du sens de ce qu'il chante. 1829 ? "fraîcheur" des textes (mon intérêt toujours vif pour des poètes tels que Corbières ou Laforgue par exemple – plus tardifs, c'est vrai), mélodies très dépouillées (simplissimes même), juste ce qu'il faut dans une voix qui ne porte pas, très en retrait. En somme, je l'ai toujours bien aimé dans ce type de registre : le récitatif.

- Tout à l'heure, vous disiez "parcourir bien d'autres univers musicaux-esthétiques". Je crois que vous aimez les voyages. Pouvez-vous nous dire un mot de la place qu'ils occupent dans votre vie ? Ces "autres univers musicaux-esthétiques" que vous arpentez sont-ils liés à vos vagabondages ?

- Cela m'est arrivé, oui, de "partir" de ce territoire : quoi de plus normal quand on travaille pour partie comme journaliste-reporter plus de quinze ans ? Et c'est toujours le cas, quand cela m'est possible – certes : je ne reste jamais douze mois d'affilée en France. En fait j'ai notamment eu l'occasion d’effectuer des reportages dans des pays africains (Mauritanie, Niger, Mali), au Maroc, ou en Asie (Japon, Vietnam, Cambodge), Madagascar plus récemment... Et ce fut l'occasion (ces voyages laissant un peu de "temps libre") de connaître des lieux, d’entendre des musiciens/groupes, etc. Ils participent d'une culture universelle mais ont souvent, du fait de leur propre culture, des pratiques plus directes, voire enthousiastes du chant et de la musique, plus ancrées dans le quotidien en tout cas et se passant de tout "commentaire" : on joue, on chante parce que cela est en lien direct avec la vie, une de ses composantes. Et puis il est souvent remarquable d'entendre/voir un tel degré de technicité chez la plupart, y compris les plus jeunes, comme si la musique était inscrite en eux dès le plus jeune âge, corps et âme.

- Avez-vous un souvenir qui vous vient à l'esprit, là, spontanément, d'un moment de découverte musicale qui vous aurait particulièrement marqué lors d'un de ces voyages : un lieu, une atmosphère, un groupe... Histoire d'avoir un petit instantané...

- Un souvenir ? En bas de la crête du pays dogon, d'où je revenais, avant qu'ils ne partent pour un festival itinérant couvrant plusieurs pays, la découverte de Tinariwen. Au Cambodge, un joueur de vielle dont j'ai oublié le nom, dans un bar de Sihanoukville : avec son seul instrument (et un peu de voix) il sonnait comme un orchestre à lui seul !

- Rapprochons-nous de votre activité d'éditeur en évoquant vos travaux pour d'autres maisons, sans perdre le lien avec Murat. À la fin des années 90, vous avez contribué pour Larousse à la conception d'une anthologie de poésie populaire française. Dans la partie consacrée à la poésie d'après 1945, on trouve sans surprise des pièces de Char, Prévert, Aragon ou Jaccottet, mais aussi des textes de chansons : deux de Gainsbourg, un de Brel, un de Ferré et... un de Murat, "L'ange déchu". On aurait pu s'attendre à trouver, du côté des classiques, Brassens ou Barbara, du côté des plus modernes, Roda-Gil, Bergman ou Manset. Mais non, Murat. Étonnant, non ?

- Cela a été le cas, en termes de propositions : Brassens sûr, Manset sûr, Barbara et Ferré sûr... Mais la pagination du livre, la décision du directeur de collection (on enlève quelque chose ; on rajoute autre chose) en ont décidé autrement. Et je n'étais pas là pour le "final cut" – mon travail ayant été terminé avant.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Maintenant que vous êtes éditeur à part entière, que vous publiez de la littérature, vous semble-t-il toujours que Murat puisse être qualifié de poète ?

- Il me semble que la meilleure réponse à cette question est toujours celle de Bob Dylan : non, les auteurs-compositeurs ne sont pas à proprement parler des poètes – c'est un ensemble musique/paroles qui fait que, parfois, des éléments poétiques se dégagent, ou que l'on peut (mais trop vite ?) assimiler un texte à un poème. Maintenant, dans de très rares cas, ces frontières n’étant pas vraiment hermétiques... il est vraisemblable que quelques textes "tiennent tout seul" et qu’on puisse les considérer comme des poèmes à part entière. À chacun d’en décider.

- Toujours pour Larousse, vous avez participé à un dictionnaire de la contestation intitulé Le siècle rebelle. Ce qui m'inspire cette question bête : à vos yeux, Murat peut-il être qualifié de rebelle ?

- À mon sens, non. Mais c'est à lui qu'il faudrait poser la question. C'est quelqu'un de beaucoup plus simple et direct que cela, il me semble, et peu sensible aux dogmes et aux idéologies.

- Vous qui saluez dans cet ouvrage l'indépendance d'esprit d'un Dominique de Roux, que pensez-vous du Murat médiatique : celui qui critique politiciens et journalistes, qui égratigne régulièrement ses collègues de travail et les maisons de disques, qui n'hésite pas à provoquer et à aller contre l'air du temps, au risque du dérapage ? Au-delà de telle ou telle déclaration ponctuelle qui fait le buzz sur le net – et fait fuir dans le même temps une partie de son public potentiel –, quel regard portez-vous sur sa manière, cette façon d'ériger la contradiction/provocation en geste esthético-politique ?

- Je ne connais que trop peu le "Murat médiatique". J'ai ceci dit le souvenir d'une "sortie" de sa part sur l'amateurisme de sa "profession" qui m'avait fait jubiler [NDLR : cf notamment dans Magic] Il a mille fois raisons : trop d'amateurs, partout, quel que soit le métier. Vous m'écrivez "cette façon d'ériger la contradiction/provocation en geste esthético-politique", mais je ne sais pas s'il n'est pas tout simplement comme il aime être, instinctif avec les mots qui lui viennent (et donc parfois les énervements), et non quelqu'un qui "érige" quoi que ce soit... Là aussi, je crois que lui seul peut répondre.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Oui, vous êtes sans doute dans le vrai. Les fans ont parfois la mauvaise habitude de s'exprimer à la place de l'artiste qu'ils chérissent... Prenons un peu de recul en parlant de Vagabonde. Comment naît cette maison ?

- Vagabonde publie un premier livre en 2002, puis un autre en 2003. Elle naît de manière assez fortuite, comme ça, et parce que à peu près tout le monde dans notre entourage nous disait de ne pas faire d'édition.

- "Comme ça" ? Vraiment ?

- Oui, car nous ne savions pas forcément comment faire (au mieux), sans trop de moyens ni de "livres à venir", et si d'autres projets pourraient voir le jour : mais finalement tout s'est bien enchaîné, et assez vite.

- Interrogé en 2010 par Le Matricule des Anges, vous reveniez sur vos premiers élans éditoriaux en déclarant : "À ce jour, je n'ai pas trouvé d'explication à mon geste." Quatre ans plus tard, avez-vous enfin trouvé ? Et quel regard portez-vous sur cette dimension quasiment inconsciente de votre travail d'éditeur – ici presque pulsionnelle ?

- Non, au risque de vous décevoir, je n’ai toujours pas compris ce qui a pu me traverser l’esprit (et je n’y pense jamais – maintenant, c’est là !) pour ce qui est du "allons-y !". Ce n'est pas faux : pour nous, en tout cas pour moi, il doit y avoir un rapport plutôt physique à ce qu'écrivent les auteurs... D'où sans doute cette construction "aléatoire" du catalogue.

- Pouvez-vous nous décrire dans les grandes lignes votre travail d'éditeur depuis le choix d'un texte jusqu'à son lancement dans le public. En gros, le boulot quotidien d'un "petit" éditeur qui a les mains dans le cambouis, ça ressemble à quoi ?

- Le boulot : des personnes écrivent, vous les lisez, vous leur posez des questions, ils se corrigent ou pas eux-mêmes, et on décide ou pas de les publier, alors on décide de travailler ensemble : questions-réponses, questions-réponses… pour mener le texte à son maximum d'intensité, puis on coordonne tout l'aspect technique, plus la partie administrative, etc, etc, etc. Comme toute maison d’édition.

- Et dans le cas des retraductions, est-ce vous et vos associés qui passez commande, parce que vous estimez que tel texte important a été mal traduit par exemple, ou bien des traducteurs insatisfaits vous sollicitent-ils ?

- Je ne peux vous parler que de ce qui est "arrivé". Pour Büchner par exemple, mon frère [NDLR: le comédien et metteur en scène Stéphane Laudier] travaillait avec Claude Régy et un week end, Régy a demandé à son ami Goldschmidt de lui retraduire Lenz pour un atelier avec des élèves comédiens. Mon frère a lu cette version, me l'a transmise et j'ai pris contact avec Goldschmidt. Pour Cavalcanti, c'est Vagabonde qui l'a proposé à Danièle Robert, suite à un certain nombre de lectures annexes et consécutivement, cette interrogation : cette œuvre immense n'a toujours pas été traduite comme il se doit (en rimes !) en France. Alors, faisons-le !

- Pour présenter Vagabonde, vous vous êtes souvent référés à cette phrase : "tous les siècles sont contemporains" (ou à une formule voisine de Pound, "toutes les époques sont contemporaines"). De fait, vous publiez aussi bien des auteurs (biologiquement) vivants que des écrivains (biologiquement) morts, parfois depuis des siècles. Au-delà de la formule qui sonne bien, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette vision, paradoxale au premier abord, du "contemporain" ?

- Les "contemporains" ? Finalement assez peu de choses "contemporaines" me plaisent – c’est comme ça –, surtout en langue française (c’est vous dire aussi mon degré d’ignorance). Comme la "formule" le dit (nous l’espérons) : Cavalcanti est plus contemporain, lisible et stimulant que beaucoup de nos "contemporains" : c'est notre sentiment en tout cas. Ce qui n’empêche pas (bis) la publication de contemporains... C’est même plus de la moitié de notre catalogue jusqu’à présent...

- Il vous arrive de vous sentir plus d'affinités avec un écrivain du Moyen Âge qu'avec des auteurs actuels, je comprends. Mais il me semble que cette phrase implique aussi l'idée que l'on n'écrit pas nécessairement pour son époque, qu'un texte peut ne trouver ses destinataires que bien après sa date de parution. Je pense à ce propos de Murat : "les mots ne crachent pas tout leur sens dans l'époque où ils se meuvent." Ça vous parle ?

- Oui : il me semble aussi que quand un livre est vraiment "bon", donc stimulant et novateur, il peut sans trop de difficultés traverser les âges (faute d’écoute lorsqu’ils paraissent pour certains ?), et même parfois les frontières. Sur le fait qu’il ne soit pas (ou pas suffisamment) entendu à son époque, seuls les lecteurs en décident.

- Avant de devenir vous-même pleinement éditeur, vous aviez décrit l'édition comme une "corporation généralement satisfaite d'elle-même". Vous confirmez ? Et de votre côté, vous êtes satisfait du travail effectué par Vagabonde jusqu'ici ?

- Oui, je confirme... et à la fois c’est moins vrai de nos jours, du fait des difficultés rencontrées par nombre d’entre eux. Ont-ils pour autant regagné un peu plus d'humilité, allez savoir. Si nous sommes "éditeurs" chez Vagabonde, comme beaucoup d’autres amis ou personnes faisant ce métier, c'est que nous avons choisi d'être indépendants et d'assumer pleinement nos choix. Il s’agit d’un métier, pas d’une fonction.

- Vos choix, justement, parlons-en. Y a-t-il un ou deux auteurs de votre catalogue qu'à titre personnel vous aimeriez mettre en avant et éventuellement faire découvrir aux lecteurs du blog ?

- Sans aucun doute Carl Watson, Laszlo Krasznahorkai et Pierre Lafargue. Trois contemporains férocement talentueux et stimulants. Et comme ils savent écrire…

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- À présent, la question traditionnelle de ces entretiens autour de JLM. Elle est double, basique, mais parfois difficile pour celui qui doit répondre : quel est votre album préféré de Murat ? Et quelles sont vos trois chansons préférées ?

- Album : Mustango. Chansons : "Fort Alamo", "L’almanach amoureux", "Nu dans la crevasse".

- Pour finir, si vous avez eu du mal à vous replacer dans la peau de l'adolescent que vous étiez en 1986, au moment de la découverte de Passions privées, j'espère que vous en aurez moins dans un exercice comparable, mais inverse. Cette fois, nous sommes en 2030 et Michka Assayas a décidé de s'atteler à une troisième édition de son encyclopédie. Il vous a demandé de vous y coller, vous avez hésité, parce que depuis le double rachat par Vagabonde de Gallimard et Grasset, vous êtes très occupé, mais comme Assayas est votre ami depuis quarante ans, vous avez fini par vous laisser convaincre. Vous voici donc parti pour rédiger la notice sur Murat. Pouvez-vous, en exclusivité pour le blog, nous résumer à gros traits ce que vous allez écrire sur les quinze dernières années de sa carrière, entre 2014 et 2030 ? Trouvez-vous que la musique de Murat ait bien vieilli ?

- À condition que JLM ne joue que du jazz et devienne pianiste ! Quelque chose comme ça ? "En s’attelant depuis près de vingt ans à la reprise des plus grands thèmes du jazz du siècle passé, JLM, laissant de plus en plus la part belle aux silences entre deux notes, confirme son statut de classique indémodable : soit la 'grâce efficace'."

*****

     Cet entretien fut réalisé par mail durant l'été 2014 (plus une partie de l'automne 2030 pour la question finale), puis relu et validé par la victime (et son tortionnaire).
     Un très grand merci à Benoît Laudier pour sa disponibilité, son endurance et sa participation active à ces séances bihebdomadaires d'anamnèse sauvage, malgré un emploi du temps très chargé.
     Vagabonde a publié le 7 novembre La première cigarette de Johnny de Nick Tosches, en édition bilingue illustrée par Lise-Marie Moyen (traduction de Héloïse Esquié ; 64 pages ; 14 euros). Pour plus d'informations sur ce livre comme sur le reste du catalogue de l'éditeur, vous êtes invités à voyager sur son site : www.vagabonde.net, ainsi qu'à aller vagabonder sur sa toute jeune page Facebook pour commenter, liker, faire ami-ami et plus si affinités. Les amateurs d'illustrations et curieux de toutes obédiences se rendront également sur le blog de
Lise-Marie Moyen : http://lise-mariemoyen.blogspot.fr/

     Un salut chaleureux au Matricule des Anges et en particulier à Pascal Jourdana, auteur dans le numéro 113 (mai 2010) d'un excellent entretien avec Benoît Laudier qui nous fut d'une aide précieuse pour la préparation du nôtre (la citation de l'introduction en est issue).
     Enfin, un merci spécial à celui qui, en jardinier bienveillant, me laisse semer mes graines ici et là sur son blog, à la manière de ces plantes vagabondes chères à Laudier, j'ai nommé mon éditeur à moi, Pierrot, sans qui rien (me concernant) ne serait possible – ni même envisagé.
   

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Rédigé par M

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 26 Octobre 2014

 

Retrouvez une interview très intéressante sur le photographe Frank Loriou qui a souvent travaillé avec Murat. Il nous délivre des infos intéressantes sur deux clichés fameux de l'auvergnat:

 

à lire ici http://htl.li/DdABs

 

extraits:

Sur la pochette de Toboggan de Jean Louis Murat par exemple, le vélo lui appartient, c’est une route à coté de chez lui, cette photo reflète un moment de vérité : je passais quelques jours chez lui, je l’ai vu sur son vélo.

 

Certaines sessions avec Jean Louis Murat ont été très belles. Je lui avais apporté mon livre, ça lui a donné envie de rouvrir la maison d’un de ses voisins, une personne très importante pour lui. Il avait racheté cette maison, sans doute dans la volonté de rester « maitre » de cet endroit, de la mémoire de cette personne. Je l’ai vu rouvrir les volets, je l’ai fait asseoir dans la cuisine. Il regardait par la fenêtre, il se passait quelque chose de très très fort. Il me dit « Ça fait 30 ans que je m’assois à cette place, lui à celle-ci, et c’est la première fois que je pose mon regard sur ce qu’il voit par la fenêtre». À la fin du shooting, je lui dis « Il y a un morceau de toi qui m’a particulièrement marqué Accueille-moi paysage », il me répond « C’est étrange, c’est le morceau que j’avais écrit pour ce voisin 2 jours après son décès ». Dans ces moments là, tu as vraiment l’impression de vivre un moment de grâce, de faire quelque chose qui t’échappe complètement.

Retrouvez la photo (pris chez Emile)  dont il parle sur l'article en suivant le lien ci-dessus.

 

L'interview est très bien, et c'est celle dont je rêvais... et qui avait été débutée... Voici donc cette "inter-ViOUS ET MURAT" interrompue  à Mustango (4 questions):

 

 

1) Pour Murat, j’ai retrouvé votre nom pour la pochette de Mustango, celles du maxi CD Polly Jean, de Muragostang… et la série de photos de 2011… Est-ce que c’est bien exhaustif ?
Si oui, pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette pochette qui me parait bien représentative de votre style… ou bien des « codes » imposés par les maisons de disque ?

Oui j'ai rencontré jean louis il y a bien des années maintenant, pour la pochette du Mustango sur laquelle Virgin France m'avait demandé de travailler.

j'ai effectivement fait la création des maxis qui ont suivi, polly jean, le mont sans soucis, et le sublime live Muragostang, et le live in Dolorès à partir d'une création et de photos de paul ritter. Mais je n'ai jamais photographié murat à l'époque.

 

Je ne crois pas que cette pochette corresponde à des codes imposés par la maison de disque. au contraire nous sommes allés chercher très loin des pistes graphiques très originales, notamment autour du royaume du mustang, une région fascinante située au nord est du Népal, et qui fut longtemps interdite aux étrangers. Finalement à force d'épure nous nous sommes concentrés sur cet autoportrait de Murat extrêmement simple et brut, comme j'aime. C'est jean-louis qui a trouvé la typo de la pochette, et j'aime particulièrement l'image à l'intérieur où il se roule dans la neige. Et cet album qui est magnifique.

 

 

 

2) Je m'en rends compte que je suis collectionneur de LORIOU (cf photos)... Je suis un peu étonné sur cette référence au Royaume de Mustang... En reste-t-il vraiment
des traces?

Les voies par lesquelles passe la création d'une pochette de disque sont parfois impénétrables ;-)

 

 

3) C'est effectivement la typo qui est très particulière sur cet ensemble, à la limite de la lisibilité dans le livret d'ailleurs... Est-ce elle qui fait l'unité de l'ensemble ou y a-t-il
d'autres éléments?

 

L'équilibre de cette pochette comme de beaucoup d'autres repose sur la rencontre entre des images et des codes typographiques forts, c'est l'alchimie plus ou moins
réussie qui fait l'unité de l'ensemble, ou pa
s

 

 

4) Je parlais de codes (l'artiste en plan rapproché avec le nom à côté) mais tu parles toi plus de "tradition" dans l'interview à pop news.... Cela correspond tout de même
à des impératifs de marketing? (notamment qui expliquerait un peu l'alternance quasi-parfaite chez Murat entre les pochettes où il apparait, et celles "illustratives").

 

Les choix ne sont pas forcément raisonnés en terme de marketing, surtout chez jean-louis murat qui travaille bien plus à l'instinct et en fonction de son inspiration que sur des critères de commercialisation. La pochette Mustango est réalisée à partir d'un autoportrait, comme d'autres depuis ; certaines ont été réalisées à partir de dessins, de photographies mêlées à du graphisme. je crois que pour chacune l'approche a été très libre et correspond plutôt à une recherche de cohérence avec les sources d'inspirations de JLM au moment de la composition.

 

 

Frank Loriou, secrets d'instantanés

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres, #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 7 Juillet 2014

Voilà enfin la 3e partie de l'interview de Jérôme PIETRI  centrée sur son dernier album.  Murat reste présent... avec une anecdote... et  via le blues... dont Jérôme, comme Murat, parle si bien.  
Dans la  première partie "Jérôme Pietri, 64 ans, édudiant", il  était question de  son parcours, notamment dans SOS, groupe culte auvergnat (à lire ici). La deuxième nous plongeait dans son travail et ses relations avec Jean-Louis Murat, si bien que je lui ai accordé le label "inter-ViOUS ET MURAT" ("comme un loup sur la voie lactée", à lire là). 

Un grand merci à lui et à Matthieu, l'intervieweur.
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JP3 Coope

 


Priez pour nous, pauvres pêcheurs

 

     C'est sur le son d'une batterie pesante et grave que s'ouvre Gone Fishin', avant qu'une voix hargneuse n'entame un hymne individualiste, claironnant son mépris de l'argent-roi. Une quarantaine de minutes plus tard, le disque s'achève dans le dépouillement d'un morceau joué à la guitare National, peinture d'un monde au devenir incertain, moins « global » que « létal ». De pêche, il ne sera donc question sur cet album que dans le titre et la pochette. Pour le reste, son contenu consisterait plutôt en une énumération amère des raisons de s'en aller. Pêcher, justement. John D. VOELKER, Testament d'un pêcheur à la mouche: « Je pêche parce que, dans un monde où les hommes semblent pour la plupart passer leur vie à faire des choses qu’ils détestent, la pêche est pour moi à la fois une inépuisable source de joie et un petit acte de rébellion ; parce que les truites ne mentent ni ne trichent et qu’elles ne se laissent pas acheter ni corrompre ni impressionner par une quelconque démonstration de pouvoir : on ne les gagne qu’à force de qutude, dhumilité et de patience infinie ». La corruption, le mensonge surtout, ceux des politiciens comme ceux des médias, font en effet partie des thèmes de l'album. Ils accompagnent, dans la liste des maux qui donnent au chanteur l'envie de sortir sa canne – ou son fusil, selon l'humeur –, le triomphe de la finance, la marche folle de la mondialisation, l'épuisement professionnel ou les ravages de la pollution. Cette dernière thématique – écologiste – trouve à s'exprimer sur « Like A Chained Dog », belle réussite dans un registre mélancoolique qui reste minoritaire sur un album par ailleurs pêchu et composé d'une bonne moitié de titres entraînants, aux refrains accrocheurs, aux riffs joueurs, produisant un blues-rock bousculé par l'usage des fameuses « home made guitars » que Pietri manie en maître. De cette série de tubes potentiels, on retiendra notamment « The Trader », chanson âpre et mordante, autoportrait d'un roi de la finance au cynisme parfaitement assumé. D'une simple rime – « Cos' it's all for business / Yes I confess » –, le tandem Bourdier/Pietri nous rappelle qu'historiquement, la confession a toujours été liée à l'économie – que l'on songe à la notion de « rachat » des péchés ou à la pratique des indulgences –, mais nous renvoie simultanément à l'actualité la plus brûlante, celle d'un Cahuzac piteux venant révéler sur une chaîne d'information continue sa « part d'ombre », étrange métaphore pour un compte en Suisse... Ce serait donc précisément pour échapper à ce genre d'ombre que Pietri s'en irait, bleus à l'âme et cœur turquoise, taquiner d'autres ombres, à écailles celles-ci. Avant de le laisser go fishin' sur la Dordogne, l'Allier ou, beaucoup plus au nord, sur la Suir (en photo au dos du livret), écoutons-le une dernière fois évoquer pour   www.surjeanlouismurat.com son travail sur ce nouveau disque...

 
JP3 Pochette

 

Si Pietri est avant tout connu et reconnu comme instrumentiste, cela ne signifie pas que Gone Fishin' soit un album de guitariste.

 

Je me suis attaché aux chansons d'abord et c'est la première fois que je m'implique dans l'écriture des textes. Moi, c'était la voix et une guitare. J'écoutais – avec un truc vraiment hyper dépouillé – et il fallait que ça le fasse. Après, le reste, comme je commence à avoir un peu de métier, en toute modestie, j'imaginais « les fleurs au balcon » que je pourrais mettre. Mais il fallait d'abord avoir les fondations. J'ai pas chiadé des solos de guitare, à mon grand désespoir, la plupart des solos qu'il y a sur l'album sont improvisés. J'ai tout fait en 4 jours à Utrecht, donc les chiens ont pas pissé sur les cordes de guitare.

 

Dans la promotion du disque, le musicien met en avant ses instruments faits maison, des guitares bidons. Mais au-delà du côté pittoresque, ce choix semble correspondre à une vraie recherche esthétique.

 

J'ai utilisé beaucoup de  guitares bidons, des trucs dépouillés sur lesquels j'ai flashé y a 4-5 ans. Donc, comme je me retrouvais avec des instruments sommaires sur lesquels il y avait que deux notes et trois sons, au lieu d'utiliser les gros clichés du blues, j'ai cherché des doigtés et c'est difficile, parce que que de notes ! Alors j'ai passé vachement de temps, mais l'intérêt, c'est qu'à la sortie, ce que j'ai trouvé, ça sonnait différemment et qu'il y avait une couleur, c'est ce qui m'intéressait. J'ai toujours l'incorrigible prétention de vouloir faire de la musique, ça j'y peux rien, je changerai jamais.

 JP3 Guitare bidon


L'album peut se ranger dans la catégorie blues-rock. Une étiquette à la fois large et floue, qui recouvre ici une démarche cohérente.

 

J'adore le blues des années 30, ça me met les poils ce style-là. Avec les bidons, j'ai essayé de garder ce blues des années 30-40, mais avec plus le « versant africain », où y a qu'un seul accord, même pas les trois, avec des gens que j'ai découverts comme Junior Kimbrough, R. L. Burnside, John Lee Hooker (le plus connu), qui jouent même pas les trois accords, ils restent sur le un, parce qu'ils sont plus près de l'Afrique. Et ça dégage une espèce de magie, je trouve pas les mots, une espèce de transe hypnotique, je trouve qu'il y a un groove et un climat terribles. Et alors après, ça c'est mon vécu, j'ai incorporé à ce truc-là des riffs rock n' roll, qui viennent du blues d'ailleurs – y a plein de riffs dans le blues –, et des mélodies, parce que j'aime les mélodies et qu'il me semble que pour qu'il y ait une bonne chanson, il faut qu'il y ait une bonne mélodie. Et dans ce style parfois, certains trucs, c'est un peu monocorde et si y a pas une mélodie ou un truc qui se passe, ça peut engendrer une certaine lassitude à force. Alors que moi, j'adore qu'il se passe des choses. Le blues, pour moi, ça doit être basé sur les nuances, si y a pas de nuances, c'est pas du blues. Ça doit pouvoir être très fort, plein la gueule, ça doit te coller contre le mur et pas fort du tout. Et puis aussi, très rapide, très lent. Beaucoup de notes, peu de notes...

 

   

Pietri n'a cependant pas toujours été sensible à ce blues primitif qui, lorsqu'il l'a découvert dans sa jeunesse, dans la foulée des groupes de rock qui s'y référaient, lui semblait sonner faux...

   


Bizarrement, j'aimais pas les vieux bluesmen noirs à l'époque. Je ne sais pas pourquoi, quand c'est faux, je ne supporte pas, même de très peu, quand c'est faux et pas en place, ça me procure une douleur quasiment physique qui me donne envie de me barrer, comme la craie au tableau. J'ai réécouté, mais des années après, peut-être 20 ans plus tard, où j'étais arrivé, grâce à Murat certainement un peu, à passer le cap du guitariste. Et donc, j'ai réécouté en essayant de faire abstraction des petites imperfections guitaristiques et évidemment, j'ai été séduit par tout le reste qui était le plus important. Aujourd'hui, comme j'ai essayé de travailler tous les styles de blues – je dis bien « essayé » – celui qui me touche le plus émotionnellement, c'est celui des années 30, années 30-40, parce que c'était l'époque la plus dure qu'ils aient vécue – je parle des plus anciens témoignages discographiques qu'on puisse avoir, avant ça devait être encore pire. Leur vie ne tenait qu'à un fil, ils avaient des vies abominables. On voit bien que la vie la plus tragique du plus emblématique de nos pop-stars du rock n' roll, c'est un roman à l'eau de rose à côté, c'est de la rigolade.

 
JP3 Influences

Interpréter ce style, pratiqué à l'origine par des musiciens qui étaient tous d'excellents chanteurs, exige une implication vocale qui n'a rien d'évident pour quelqu'un qui s'est mis à chanter sur le tard. Mais il faut reconnaître que Pietri a progressé dans ce domaine : son chant, plus nuancé que sur son premier album, se fait ici tantôt hargneux, tantôt plaintif et presque fragile.

 

Je suis pas un grand chanteur, j'ai beaucoup progressé en 2 ans. J'ai beaucoup travaillé le chant, parce que j'ai chanté mes chansons tous les jours, en m'enregistrant, donc y a pas photo, ça fonctionne. Je l'ai fait pour la guitare et je vois pas pourquoi il aurait pu en être autrement pour la voix, sauf que c'est un boulot que j'avais jamais fait. Au baloche, des fois on me demandait de chanter des trucs, ça me faisait chier parce que j'étais très complexé par ma voix. Ça va beaucoup mieux maintenant, j'y prends du plaisir grâce au travail. Je m'éclate maintenant à chanter.

 

Qui dit chant dit textes. Cette partie est a priori celle qui, en tant qu'auditeur, touche le moins Pietri.

 

Bien que j'aie été en lettres, j'ai jamais été attiré par la littérature. Par la musique, oui. C'est la musique qui me fait bander. Je suis sensible à l'écriture quand je lis des choses bien écrites, je suis sensible au fond, à la forme certaines fois, mais vachement moins qu'à la musique. Je ne sais pas pourquoi, c'est la sensibilité de chaque être humain, on est tous différents. Donc moi, c'est vrai que c'est la musique qui me fait vibrer en premier, bien que je considère nullement que ce que tu racontes soit superflu.

 

Et en effet, les textes de Gone fishin', co-écrits avec Laurent Bourdier (organisateur du Buis Blues Festival, dont la prochaine édition aura lieu fin août en Limousin), ne sont ni bâclés, ni négligeables, loin s'en faut.

 

Bien que je chante en anglais, j'ai pas eu envie de chanter des gros clichetons à la con, comme c'est souvent le cas dans le blues. C'est la première fois que je signe des textes grâce à mon Lolo Bourdier du Buis Blues. On a co-écrit, j'ai trouvé la moitié des titres, « King-Kong on Cocaïne », « Little man », tout ça, et pas mal de refrains, parce que c'est vachement important pour avoir un truc cohérent de trouver en même temps les mots, la mélodie et l'harmonie, c'est ça qui fait les chansons les plus fortes.

 
JP3 Auteur-realisateur

À l'exception d'un titre sentimental, pas le meilleur du disque, ces textes sont, comme on l'a vu, très engagés et virulents. Entre chansons d'amour et chansons de révolte, Pietri a donc choisi son camp.

 

Les chansons d'amour, je déteste ça, parce que c'est d'une banalité affligeante. En plus, je trouve qu'il faut être complètement impudique. Moi, je peux pas, je peux pas parler de mes histoires d'amour, ça va pas non, y a que moi que ça regarde.

 

Et dans ce domaine aussi, on retrouve chez le musicien la volonté de pourfendre certaines idées reçues.

 

Le clicheton du blues le plus connu et rigolo, c'est « I woke up this morning, my baby was gone », alors je vais pas chanter ça. Les Français qui chantent ça en français, c'est à mourir de rire, c'est ridicule et pathétique. Y a une image, en France, du blues, qui est très réductrice et très péjorative, c'est un vieux Noir qui chante des truc tristes, chiants à mourir et ringards. C'est pas vrai ! Il faut pas oublier que B. B. King, qui sait à peu près de quoi il parle, s'est insurgé entre autres contre cette définition inexacte et puis stupide du blues et il a dit : « Il ne faut pas oublier que le blues, c'est aussi un cri de révolte et de colère contre l'injustice et l'oppression ». Donc moi, c'est cette définition que j'aime, les chansons d'amour, je m'en tape ! 

 

Révolte et colère, donc, contre un monde et une époque qui donnent au musicien... le blues.

 

Je suis vraiment horrifié par ce qu'est devenu le monde aujourd'hui, à tous les niveaux. Ça a dépassé mes cauchemars les plus fous, vraiment, sincèrement. Je me suis calmé avec l'âge, mais j'ai un côté où je suis révolté par des tas de choses que je vois. Quand je vois les grandes puissances financières de ce monde qui détruisent cette putain de planète en pleine connaissance de cause...

 

Au point de trouver des points communs entre l'époque des bluesmen du Delta et la nôtre...

 

À l'époque, la vie était très dure pour eux, ils étaient traités vraiment comme de la merde et la vie humaine n'avait pas d'importance. Bah je trouve qu'aujourd'hui, paradoxalement, en même temps que l'évolution de la technologie, y a eu une régression de l'humanité et un triomphe de la barbarie. Comme avait dit Philippe Val quand il était encore rédac' chef de Charlie, avant qu'il merde, il avait dit qu'on assistait impuissants à la marche triomphale de la barbarie économique.

 

La pêche apparaît alors comme une réaction de rejet de ce monde. D'où le titre de l'album.

 

Le « Gone Fishin' », c'est un peu « Fuck you ». À part  le rapport que j'ai avec la pêche, la mouche et le blues, qui sont plus qu'une façon de jouer et qu'une façon de pêcher, qui sont aussi des philosophies et des façons de concevoir la vie, avec pas mal de points communs, bah c'est un peu : « Je supporte plus ce monde, vous me faites chier, gone fishin' ». C'est ça l'histoire, sauf que c'est dit de façon plus gentille. C'est aussi une psychothérapie, ça m'évite de devenir fou. Quand j'y vais pas, je suis mal, ça me manque.

J'ai une chanson qui s'appelle « Fishing Day », mais j'ai pas eu le temps de l'enregistrer, j'étais pas content, mais ça va viendre, elle sera sur le prochain.

 

Le titre serait donc une sorte de bras d'honneur adressé à la société. Mais pas seulement. Il semblerait bien que pêche et musique entretiennent une réelle proximité.

 

Ce sont deux domaines qui t'apprennent l'humilité, la patience et le travail, parce que ce sont deux domaines dans lesquels tu dois posséder un minimum de technique pour t'exprimer et qui t'enseignent l'humilité, parce qu'un jour – mais ce ne sont pas malheureusement ces jours les plus fréquents –, un jour tu vas connaître une belle réussite et tu vas te dire : « Super, t'as bien réussi aujourd'hui, mon pote » et le lendemain, tu vas te ramasser la gueule, tu vas te dire : « Putain, mon pote, t'as encore du boulot ».

 
JP3 Jerome pecheur

La pêche, c'est aussi l'enfance, puisque Pietri l'a découverte pendant des vacances chez son grand-père, meunier au Trador (sur la commune de Laqueuille). Vers dix ans, comme la guitare.

 

Je fais pas clairement la différence entre les cannes et les guitares. J'ai toujours des bagnoles de merde, parce que je m'en fous, mais j'ai des belles cannes et des belles guitares. 

 

Mais sur ce sujet également, la colère l'emporte sur la nostalgie, au souvenir du ruisseau où, gamin, il pêchait des truites.

 

Quand j'y retourne, toute la nature a été détruite par ce putain de remembrement. Là, maintenant, ça ressemble à rien, la végétation qu'il y avait avant a disparu, faut aller beaucoup plus haut pour la retrouver. Et le ruisseau, c'est plus qu'une rigole polluée. Donc j'peux plus y aller, parce que j'ai envie de me bourrer la gueule jusqu'à ce que mort s'ensuive. Comme disait un mec, il aura suffi de trois générations d'ignorants avides pour détruire nos belles rivières intactes d'avant-guerre. Catastrophique...

 

Les préoccupations écologiques de certains textes ne sont donc pas de la part du chanteur une tentative d'appliquer le greenwashing au blues. Plutôt la conséquence d'un émerveillement initial. Accentué par la pêche, activité qui l'a obligé à ouvrir plus grand ses yeux.

 

Il a fallu que je découvre la faune et la flore des rivières, les invertébrés aquatiques et donc, j'ai halluciné quand j'ai découvert ça. D'ailleurs, Jean-Louis [Murat] se foutait de ma gueule, parce que quand on est partis en tournée, je découvrais ça et donc je regardais, chaque fois qu'on passait au-dessus d'un pont, il me disait : « Tu regardes si ça gobe ?» et je disais : « Eh oui ». Et quand j'ai découvert la vie qu'il pouvait y avoir dans 10 cm3 d'eau (non-polluée évidement, c'est rien de le dire), j'ai halluciné, ça m'a fait le même effet que si j'étais allé sur la planète Mars !

 

Et le chanteur de poursuivre sur une description détaillée de la vie de l'éphémère, depuis sa naissance jusqu'à sa mort...

De Laqueuille à Baltimore, la distance semble loin et l'on pourrait dès lors trouver surprenante la présence sur le disque d'une reprise de « Way Down In The Hole », morceau-générique de la série The Wire , dont il existe déjà plusieurs versions. Mais à y réfléchir à deux fois, le monde corrompu, fou et détraqué décrit sur Gone fishin' n'est pas si éloigné du Baltimore représenté par David Simon.

 

J'avais une dernière compo qu'on a jouée à la Coopé, qui s'appelle « Big Brother Boogie ». Je l'avais terminée, elle était faite, mais je voyais pas comment faire tourner ça tout seul. J'ai préféré la garder pour la faire avec les musiciens. Et je voulais qu'il y ait dix chansons, donc j'ai cherché ce cover, j'ai adoré cette putain de chanson. Je voulais faire un truc que je pouvais faire tourner tout seul. J'adore la chanson et la série, les deux. Finalement, j'ai fait une version entre celle de Steve Earle et celle de Tom Waits, en gros.

 

« Fishing day », « Big Brother Boogie », Pietri aurait donc des chansons en réserve.

 

J'ai de nouvelles chansons en train, j'en ai pas mal, j'en ai 5 ou 6 et cette fois-ci, je les ferai avec les potes musiciens, parce que j'ai envie et que ça commence à me manquer quand même. Et je retournerai enregistrer chez Erik Spanjers, parce que ça s'est tellement bien passé que là, je voudrais bien voir ce que ça donnerait en jouant en vrai, en live, avec des musiciens. Là, ça va chier des bulles. Et puis, on est très potes maintenant.

 

Et par quel moyen croyez-vous qu'un Hollandais et un Auvergnat, tous deux passionnés de blues, aient pu devenir amis ?

 

Je lui avais amené un Saint-Nectaire, il a adoré, il m'a dit « Ouaaaahhh... je vais t'amener du vieux Dutch !». Donc, les journées d'enregistrement, on s'amenait un casse-dalle au stud' (à part un soir où on a été dans un super resto, à la fin, pour fêter le truc), on casse-dallait, c'était boulot, boulot à fond. Y avait un petit coin cuisine dans son stud' et donc c'était fromage à fond. C'était Saint-nec' et vieux Dutch qu'il m'avait amené pour me faire goûter, on se faisait découvrir mutuellement nos produits laitiers, hollandais et auvergnats.

 

Saint-Nectaire... Gouda... What else ?

 

 

M.

 

 

     Gone Fishin' peut être acheté sur les sites de vente en ligne habituels. Le premier album de Jérôme Pietri, Little blues story, dont quelques extraits figurent sur soundcloud , est encore disponible via son site personnel, où l'on trouvera aussi toutes les dates de sa tournée : jéromepietri.eu

On peut également suivre l'actualité de l'artiste sur sa page Facebook : jéromepietri blues

 


     Les trois parties de ce dossier consacré à Jérôme Pietri ont été réalisées à partir d'un long entretien qu'il nous a accordé le 2 mai 2014. Le contenu de cette conversation, monté et organisé par nos soins afin de le présenter sous sa forme définitive, a été enregistré sur un dictaphone posé en évidence sur la table, au vu et au su des personnes présentes. Ce qui est bien la moindre des choses, entre gens civilisés...

 

JP3 Dictaphone 3

 

Merci Matthieu.. et on se quitte par ton montage vidéo sur Jérome:

 

En rappelant les dates de concert de Jérôme Pietri:

12 JUILLET 2014 / CHARBONNIERE LES VIEILLES (63)

19 JUILLET 2014 / MONTLUCON (03)

31 JUILLET 2014 / Juke-Joint / LE VERNET (63)

07 AOUT 2014 / Juke-Joint / LE VERNET (63)

14 AOUT 2014 / Juke-Joint / LE VERNET (63)

20 AOUT 2014 / SAINT GENEST D’OLT (12)

 

 

 

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Rédigé par Pierrot

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