vieilleries -archives-disques

Publié le 24 Avril 2021

A l'occasion de la sortie du disque en vinyle "Charles et Léo", le Charles susmentionné a choisi de fêter son 200e anniversaire. C'est sympa pour Jean-Louis qui n'a pas trop d'actu ce semestre. Ça lui a permis d'être à de multiples occasions citées et diffusées (figaro...) et le magasine LIRE a décidé de l'interviewer, Charles n'étant pas disponible.   (Bon, dommage que le vinyle ne soit pas sorti au moins deux mois avant pour surfer un peu plus sur l'événement...).

NB: les dernières rééditions vinyles (remasterisées)   seront disponibles en digital le 18/06:

Moscou
1829
A Bird on a Poire
Taormina
Charles et Léo
Tristan
Grand Lièvre
Le Cours ordinaire des choses...

Et rappelons que TRISTAN est également disponible 23/04/2021 avec le titre "la prière"):  https://jean-louismurat.ochre.store/discographie-complete)

 

Pour en revenir à l'interview, c'est un peu court.  Jean-Louis a le même discours que certaines fois: il a fait cette exercice de style pour se confronter à un autre, à un classique,  un monde "disparu". Quand il dit qu'il n'est pas inconditionnel de mettre la poésie en musique, il n'est pas relancé par le journaliste sur ses autres travaux... même si ce dernier le titille assez à propos sur "la provocation" et "l'antimodernisme"...

 

De l'actualité neuve: interview dans LIRE!
De l'actualité neuve: interview dans LIRE!
De l'actualité neuve: interview dans LIRE!

tags: #droite #gauche  #ferré  #beaudelaire #aragon  #verlaine  #beaudelaire #debussy  #victorhugo #vinteuil #proust

Merci Samuel!

 

LE LIEN EN PLUS

A propos de réédition vinyle, voici une chronique de A BIRD ON A POIRE:

Qui a peur de la grande méchante pop ? Manifestement pas Jean-Louis Murat, alors qu’en pleine période de suractivité du milieu des 00’s (qui va le mener tout droit au burn-out de Mockba) il sort un nouveau projet full pop, avec pochette foutrement estivale. Et pas n’importe quelle pop, celle des fans des sixties, à prendre des deux côtés de la Manche. Une histoire dans laquelle ne s’est jamais inscrit Murat, d’ailleurs ça s’entend dès les premières mesures de piano que cette musique n’est pas la sienne. C’est qu’il a laissé faire son comparse et bassiste Fred Jimenez pour tout ce qui touche à la composition, aux arrangements, jusqu’à l’interprétation. Avant de débarquer dans le pays de Murat, Jimenez, au sein de AS Dragon, accompagnait Bertrand Burgalat et avait aussi naturellement joué avec April March, l’égérie du son label Tricatel. Deux salles, deux ambiances.

Murat entre donc là-dedans comme un touriste pour y rejoindre une troisième copine tout juste débarquée de l’aéroport, Jennifer Charles, moitié du duo new-yorkais Elysian Fields, pour re-jouer l’éternel scénario du séducteur frenchy et de l’américaine avec un accent so sexy à qui on fait dire quelques conchoncetés du genre « Monsieur, vous bandez trop ». Cliché rebattu de la pop à la française depuis Gainsbourg, dont Murat est à peu près l’antithèse parfaite, l’un étant un aristocrate dandy douteux et l’autre incarnant la dignité laborieuse de l’homme du peuple (mieux, de la montagne). Y a évidemment de ça dès le fabuleux « Mirabelle Mirabeau » où le duo semble faire connaissance sur fond de mélodie très Melody ou Marilou, selon les goûts. Y a du Rhodes, y a des violons, y a du cuivre, y a de la pop sixties quoi, de la pop orchestrale rutillante tout aussi éloignée de l’univers de l’Auvergnat que de celui de la New-Yorkaise, qui semble néanmoins se délecter à chanter dans un Français dont l’approximation la rend d’autant plus charmante. Est-ce un hasard si dans « Elle était venue de Californie », elle prononce le diminutif de son prénom à le faire sonner comme « Jane » plus que « Jen », alors que Jean-Louis se met lui même en scène sur un tapis de cordes et de choeurs à faire pâlir d’envie les plus frisottés de nos chanteurs pop de l’époque ?   .... LA MOITIE SUIVANTE  A LIRE:
https://www.gutsofdarkness.com/god/objet.php?objet=21623

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Baby Love, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 28 Mars 2021

Je vous mettais hier une citation de Bayon dans un article de 89 trouvé chez Didier... et je me suis rendu compte que je n'avais pas cet article tout-à-fait étonnant!  Si je ne l'avais pas, c'est que Didier ne l'avait pas trouvé dans les archives fournis par Five-r...  Il fallait donc se tourner vers AMPARO qui avait fourni également un stock d'articles à Didier.  Merci à elle pour cet envoi.  Et le hasard fait bien les choses, voilà 32 ans jour pour jour que cet article a paru.

IL  est absolument étonnant puisque l'ami Bayon descend l'album (ouch:  "pâtre poète simplet", ça pouvait figurer dans l'article pour Masochistes de Matthieu Guillaumond), mais en écrivant un "article amoureux" allant jusqu'à lui adresser un poème en patois!  Cela fait à peine un an après qu'ils se sont rencontrés à Clermont, ce qui donna l'article "couleur Murat" en février 88. En avril de la même année,  un journaliste de la RTBF interroge le chanteur en s'appuyant sur le contenu de l'article... Embarrassé, il indique "Bayon aurait dû le garder pour lui".  Dans cet article de 89, encore une fois, ce dernier confie des choses sur sa famille... mais sans en dire trop, en s'adressant peut-être plus à Jean-Louis qu'au lecteur.  Il continuera de le faire ainsi (jusqu'en 2011, où il parle de "la crise de foie").

vue d'ensemble:

ARCHIVES! il y a 32 ans, Bayon dans Libération (Cheyenne autumn)

 

ARCHIVES! il y a 32 ans, Bayon dans Libération (Cheyenne autumn)
ARCHIVES! il y a 32 ans, Bayon dans Libération (Cheyenne autumn)
ARCHIVES! il y a 32 ans, Bayon dans Libération (Cheyenne autumn)
ARCHIVES! il y a 32 ans, Bayon dans Libération (Cheyenne autumn)

LE LIEN EN PLUS BIEN DE CHEZ NOUS-MOI

Pour les 30 ans de Cheyenne Autumn, j'avais déjà publié des articles de 1989: c'est à retrouver là:

http://www.surjeanlouismurat.com/2019/03/archives-la-premiere-chronique-de-christophe-conte-sur-cheyenne-autumn.html

PS: je me suis rendu compte qu'il fallait que j'ajoute des tags  un peu quand je publie des photos pour faciliter les recherches sur le blog... 

#manset  photo de marie audigier  #famille  #bourboule #soeur  #cheyennautumn #laqueuille #lequaire

Sur ce, bonne semaine aux confinés et aux bientôt confinés!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 13 Mars 2021

Bonjour,

1)  Y a-t-il de quoi désespérer?   L'Ina diffuse sur facebook une vidéo qui existe sur youtube depuis des années, et en 6 heures, 1200 like, des commentaires à foison... même plus que si c'était un nouveau clip du chanteur...   Pffuu... Allez, pour se consoler, on dira que la majorité des commentaires est plutôt positive, Jean-Louis est en effet plutôt en retrait: C'est Ardisson qui fait une liste de citations... et Murat n'en rajoute pas, jusqu'au moment final charmant avec Miss Hardy.

 

Enfin soit, l'INA et Ardisson savent très bien exploiter ce "catalogue muratien"....

Alors que bon, cette semaine, à l'occasion de la visite du pape François en Irak,  quelqu'un aurait aussi pu rappeler cet inédit live récent, qui rejoint la piste liste de chansons d'actualité (Rushdie, les Kurdes...)... En voici le texte:

LE MARTYR DES CHRETIENS D'ORIENT

 

Pourquoi ce martyr ?

Pourquoi macchabé ?

Toujours volontaire

Pour finir dans la forêt

Si tu veux mourir pour Dieu

Si tu veux tuer par lui

Où est le châtiment divin

Dans le martyr des chrétiens d'Orient ?

 

Sur le corps des femmes

Quelle est l'idée qu'on a ?

Engendre le typhon

Mais le typhon ne sauve pas

Si tu veux mourir par Dieu

Si tu veux tuer par lui

Mais où est le châtiment divin

Dans le martyr des chrétiens d'Orient ?

 

De bois pour le feu

Et le corps des enfants

Et tu te dis religieux

Dans ce sport de mécréant

Si tu veux mourir par Dieu

Si tu veux mourir pour lui

Où est le châtiment divin, crétin

Dans le martyr des chrétiens d'Orient ?

 

Pourquoi ce martyr ?

Pourquoi macchabé ?

Toujours volontaire

Pour finir dans la forêt

Si tu veux mourir par Dieu

Si tu veux mourir pour lui

Où est le châtiment divin, crétin

Dans le martyr des chrétiens d'Orient ?

2) Actualité toujours: Rééditions vinyles.

J'avais donné leur date de sortie dans l'article concernant la tournée 2022, ils sont maintenant en précommande, et on connaît le contenu:

CHARLES & LEO : LES FLEURS DU MAL (Inclus 1 titre bonus "PETITE" qui était dans le DVD, un titre de Ferré et pas de Baudelaire + 1 poster).  

Une petite explication sur cette chanson à lire ici

TRISTAN (Inclus 1 titre bonus "LA PRIERE" qui était en titre bonus -open disc à l'époque- + 1 poster)

 

3)  La section rythmique de Jean-Louis a toujours du succès. On retrouve Fred Jimenez et Stéphane Renaud, avec l'AUTRE PHILIPPE sur un album sorti déjà l'année dernière.

https://www.lautrephilippe.com/bio

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 4 Mars 2021

Allez, je travaille toujours sur mon article consacré à Gainsbourg. Il me conduit à  faire de suite un petit aparté car sinon, je ne sais pas quand je pourrais vous le dire. C'est donc une petite anecdote que j'ai découverte hier.

 

En 1976, entre Gainsbourg, Croisille, Yves Simon,  et avant JL Bergheaud, Dejacques s'occupe du chanteur Alain Turban. La maison de disque lui demande de trouver un pseudonyme... et ils s'arrêtent sur  "Murat". Le même épisode aura lieu quelques années avec Jean-Louis!

J'aurais aimé apprendre que ce soit Dejacques qui eût choisi ce nom, mais ce n'est pas le cas. Alain l'a pris du côté auvergnat de sa maman!! Il a  utilisé d'autres alias encore par la suite avec un peu de succès dans les années 80, fréquentant ensuite la tournée "âge tendre et tête de bois" ou travaillant avec Barbelivien.

Ce titre "Ma femme" (co-écrit avec Claude Lesmesle -l'été indien tout ça excusé du peu.) s'il avait eu du succès aurait-il privé Jean-Louis de cette appellation en lançant la carrière d'Alain Murat? C'est fort possible...

A-t-on échappé du coup à Jean-Louis Mont-Dore, Jean-Louis Bourboule, ou Jean-Louis Grouchy ou encore Massenat ou Poniatowski  (en guise de Maréchal d'Empire)... ? Je vous laisse faire votre uchronie, en tout cas, pour les histoires de réincarnation supposée de Murat en Murat en passant par Rimbaud , ç'eut été embêtant... même si Alain Murat était plutôt crédible lui aussi: 

voici quelques mots d'ALAIN TURBAN:

Oui effectivement j'ai bien connu Claude Dejacques qui a été mon Directeur artistique lors de ce 45 tours sortie chez Barclay ce nom vient d'après ma mère qui était  d'origine auvergnate soit disant d'une branche familiale  du coté de Murat ou des Murat ??? C'est quand Eddy Barclay à la signature de mon contrat  m'a demandé de prendre un pseudonyme  que j'ai proposé ce nom d'Alain Murat voila en quelques  mots l'origine de ce nom. Plus précisément je garde un  bon souvenir de Claude qui hélas n'a pas été d'un grand secours pour moi dans cette période chez Barclay il avait à ce moment la des artistes  plus connu que moi comme Nicole Croisille et pas que.... voila mais il était prévenant et très convivial avec moi une particularité dans les séances  de nuit en studio ou  il dormait beaucoup cela me faisait rire !!!  sans doute très fatigué de part ses occupations artistique ....La journée* ...Et non ce n'est pas Claude qui a eu l'idée de Alain Murat mais moi

*Dejacques raconte dans sa bio des journées plus que chargées courant d'artistes en artistes, de projets personnels à des contrats divers...

 

LE LIEN EN PLUS

Je vous laisse retrouver le petit texte de Matthieu de 2011, où il inventait le dialogue entre Jean-Louis et la Maison de disque.... et qui nous parlait du choix de pseudo que Jean-Louis aurait proposé: Aimerigot Marchès

http://www.surjeanlouismurat.com/article-pseudo-histoire-66491413.html

 

DERNIER JOUR DE CROWDFUNDING Pour LE TRIBUTE "AURA AIME MURAT":

On a toujours besoin de soutien!!

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat?fbclid=IwAR1uA2Cvu78b4QxM6jQAHhLyg7CFSCxERRrb29xormm0tj5OteteQiiEdyQ

Dernier jour pour récupérer les contreparties ! 🩸 CD Bonus exclusif 🩸 Versions CD et Vinyles dédicacés 🩸 Places de concert 🩸 Invitations VIP/Backstage ! On compte sur vous ! ❤

Posted by AuRA Aime MURAT on Wednesday, 3 March 2021

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 25 Février 2021

Sur Facebook, le projet "AURA aime Murat" continue jour après jour de présenter  les participants du "tribute". Je n'ai pas pris le temps de republier quelque chose occupé que j'étais  à faire le VRP, porte après porte (facebookienne), pour vendre cet excellent produit (ça facilite les choses). Ça m'a permis (pour parler des choses heureuses)  de retomber sur des amis oubliés, ou des anecdotes... celui-ci qui a racheté la camionnette ford du groupe Clara stationnée à La Beauté, un autre qui assistait à leur répét dans les caves de la Bourboule... ou me rendre compte que j'étais ami avec ce chanteur inconnu de moi nommé aux victoires...

Ce 25/12 à 17h, nous sommes à 88% de la somme espérée sur le crowdfunding  (50% du budget global), mais avec seulement  97 contributeurs... ce qui fait peu si on prend le public muratien.  Alors, pour ceux qui peuvent investir 10 euros au minimum: une adresse!! Ci-dessous: 

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat/tabs/backers

Merci de participer afin de réserver notre futur collector!  (et pensez au pack avec le CD bonus...  les artistes se bagarrent  pour en faire partie et il devrait être chouette aussi!). 10% en 7 jours, c'est peu, mais c'est aussi beaucoup, alors, on ne lâche rien!! Et chaque euro récolté supplémentaire aidera à une meilleure production (sessions studios) ou à l'organisation d'un concert!

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Après cette page de publicité, revenons-en à ma phrase : présentation des artistes participant... patin-couffin... et ce jour, c'était RICHARD ROBERT, avec cette bio officielle:

Ancien journaliste aux Inrockuptibles, Richard Robert est avant tout un amoureux de la chose musicale – et la diversité des reprises interprétées dans le cadre des Morning Dews sur sa page Facebook[et sur youtube] en est sans doute l'une des plus belles illustrations. Auteur de fanzines, créateur du site L'Oreille Absolue, fondateur avec Marguerite Martin de Whatevershebringswesing, collectif à géométrie variable spécialisé dans les reprises tous azimuts et les concerts en appartement et chez l’habitant, il a été pendant huit ans le conseiller artistique des Nuits de Fourvière et est désormais responsable de la direction et de la programmation de l’Opéra Underground, laboratoire musical de l’Opéra de Lyon.

 

Voici deux reprises sur un air célèbre (on rappelle qu'ils se sont lancés le défi de publier un titre chaque jour,  des versions "à brûle-pourpoint"...  souvent down tempo et bossa, laissant leur chance aux textes et aux mélodies nues.

 

Mais ça m'a donné envie de revenir à l'histoire MURAT/inrocks/Robert.... Bonne lecture!

Sortant des archives, voici une première rencontre de 1996: après une longue introduction présentation/chronique absolument formidable -et qui n'a pas pris une ride?-, une interview passionnante...  dans laquelle Murat parle d'un événement fondateur à 26 ans, par exemple... PS: à noter que JL cite à côté de Dominique A,  SILVAIN VANOT, participant du tribute!

 

 

LES INROCKUPTIBLES - hebdo n° 71 - sept. 1996

"Sorti de l'auberge"

Laissé pour moribond dans la pataugeoire de son album live, Murat refait surface avec Dolorès, album scintillant, vif, cinglant. Un disque qui débarasse l'Auvergnat de ses oripeaux de chanteur "profond" et le fait apparaître enfin tel qu'en lui-même : en chroniqueur des seuls états d'âme, des sensations, de ce qui passe, éphémère, à la surface des émotions. De tout ce qu'une vie peut compter comme écume.

Interview: Richard Robert
Photos : Patrick Messina

La phrase est lâchée par Murat. Elle coupe soudain le fil d'une conversation tranquille et sinueuse, engagée depuis plusieurs minutes sur un terrain plutôt intime "Tu vois comment tourne la discussion, là ? C'est le problème de ma petite carrière. Je m'étonne qu'on ne me juge qu'en fonction de ce que je vis ou de ce que je dis. La remarque reviendra une ou deux fois dans la conversation sur un ton vaguement faux-cul. "Je ne devrais pas autant parler", lâche-t-il un peu plus tard, sans trop de conviction. "L'idéal serait de ne jamais donner d'interviews". Oui, oui, bien sûr. Le problème, c'est que cette petite flambée de scrupules, assortie d'une mini-ruée dans les brancards, surgit après deux bonnes heures de parlote. On peut même dire qu'elle intervient après huit ans d'une carrière peut-être pas sur-médiatisée, mais quand même pas passée à l'écart des journalistes et des entretiens confessions. On a donc un peu de mal à prendre ce commentaire au sérieux. Murat abandonnera d'ailleurs ces états d'âme aussi vite qu'il les aura déballés.

On ne verrait là qu'une anecdote sans épaisseur si elle n'était symptomatique d'un discours qui marche volontiers à coups de paradoxes, de tête-à-queue, de ruptures d'adhérence. Le chanteur, plusieurs fois, dira le zig pour affirmer plus loin le zag avec la même bonne foi, la même assurance. Les exemples pullulent. Murat assène que l'expérience est une plaisanterie, que ça n'avance à rien, qu'on reste toujours planté dans sa propre boue. Une heure avant, il aura pourtant longuement exposé ses rêves de progression musicale, de conquêtes, de changements. Murat prétend avoir circonscrit tous ses problèmes. Mais au détour d'une phrase, il dit toute son impuissance à ne pouvoir faire le tour de lui-même. Et ainsi va sa parole, rétive aux lignes droites, au courant continu. Jusqu'à ce que ce migraineux chronique - hôte irréprochable, homme disponible et chaleureux mais interlocuteur redoutable - en arrive presque à vous filer à vous aussi la barre au front. D'abord, on y perd un peu son auvergnat. Qu'est-ce que c'est que ce magma confus ? Et puis à force de l'écouter, cette voix tortueuse, cette voix difficile à suivre, on commence à la comprendre, à la situer. Ce n'est pas la voix du doute - Murat serait plutôt du genre à affirmer, à planter des clous, à proclamer qu'au fond tout est déjà joué et rejoué depuis longtemps et que plus rien ne l'étonne. Ce n'est pas non plus la voix d'un manipulateur pervers, adepte des jeux de dupe et des rideaux de fumée. Ce n'est pas une voix qui sonne trafiquée, maquillée. C'est une voix qui parle une langue qu'elle a toujours parlée. C'est la voix et la langue des chansons de Murat. Des chansons qui, quand on y réfléchit bien, n'ont jamais cherché à creuser très profond.

 

Là, certains trouveront peut-être à s'étonner. Parce que pour eux, Murat, sur ses trois premiers albums, avait tout du type visitant lentement les tréfonds de son âme, avec lampe frontale et outillage d'explorateur. Pour eux, cet homme qui semblait fouiller à mots nus, cet animal fouisseur était bien "Jean-Louis Bergheaud, dit Murat, chanteur français, chantre de la mélancolie amoureuse, chroniqueur du désenchantement et des séismes intimes" - définition officielle, bientôt dans votre Larousse. Tout ça collait bien avec ses disques, chacun taillé dans une seule matière, une seule terre, de l'aridité glacée de Cheyenne autumn aux sols féconds du Manteau de pluie, confortant cette image de chanteur profondément enraciné dans les vraies choses de la vie des hommes, touchant à l'essentiel, à l'authentique. C'est Murat le poète et paysan. Le Murat qui a du velours aux yeux, du miel et du poison sur la langue, des coups au coeur, du vague à l'âme et des bottes au pied.

Aujourd'hui, si on aime tant Dolorès, c'est sûrement parce que son auteur, sciemment ou pas, y écorne enfin - à défaut de la déchirer complètement - cette carte d'identité glacée, cette fiche signalétique. Resserrées, travaillées pour aller à l'essentiel, moins dissimulées derrière une monochromie de façade, ces chansons sont du coup moins évidentes, moins attendues, plus accidentées. Ici, ça pleurniche et ça gambade, ça caresse et ça rudoie. C'est très épidermique, très changeant. Il n'y a là que du sensoriel - et si peu de raisonné.

Murat est ici au sommet de son art, comme on dit dans les dossiers de presse. Un art pas du tout enraciné dans les profondeurs de l'être. Un art de plus en plus abouti, accompli, mais un art de surface, d'états d'âme, à fleur de peau, au jour le jour. Un art d'un incurable adolescent de 42 ans qui ne se soucie guère de perspective ou de recul. Un art d'un type qu'on peut trouver agaçant, lui qui ne veut pas voir plus loin que le bout de ses explorations, des ses illusions de plaisir et de ses flambées de désespoir. Un art qui chante "Tout est éphémère", qui prône la seule vérité de l'instant et des sens. Une vérité sans lendemain, à laquelle le passé n'enseigne rien. La vérité sera dans ce jour radieux où le coeur cogne à se rompre et monte au ciel. Puis dans ce jour de neige, ce jour de deuil où le corps est moribond et où la corde est à portée de cou. Rien d'autre. La vie est ainsi faite, de ce défilement, et de chagrins et de courtes gaietés. Ne pas chercher de soubassement, de fond commun. Il n'y en a pas.

Qu'est-ce que dit, alors, la voix de Murat, avec ses contre-pieds, ses contresens ? Elle dit que Murat s'inspire de ce qu'il vit, de ce qu'il éprouve. Pas de ce qu'il est. C'est un type qui s'étudie beaucoup, qui se scrute, se prend le pouls, la température. Pas du tout un type qui s'analyse, se sonde, se perfore au plus profond. Pour s'amuser deux secondes avec cette imagerie rustique, cette imagerie de publicité pour camembert qui le poursuit, disons qu'il ratisse son champ ; mais il ne le retourne pas, il ne le met pas sens dessus dessous, il n'y cherche pas une source. Murat dit d'ailleurs qu'il ne changera plus, qu'il est ainsi, déjà achevé, immuable. Il répète "On se refait pas." Cette lucidité qui fixe tout, qui pétrifie tout, qui n'ébranle plus rien de ses fondations, lui suffit. Rien n'a donc plus d'importance, que les péripéties dont il est le héros.

Dans ces conditions, on a l'impression qu'aimer, avoir recours aux autres, à leur coeur, à leurs désirs, n'est qu'un moyen de se relire soi-même. Murat peut dresser le portrait de Pouchkine ou de Bijou, la vache à laquelle il confiait ses secrets d'enfant : peu à peu, ses mots, précis et travailleurs, ne façonnent plus que l'image de son propre visage. Plus on l'écoute, plus on comprend cette complicité qui l'unit à la nature et aux femmes pendant l'amour - autant de miroirs muets, fidèles, sans failles, sans fissures, sans déformations. Quand, se prenant pour Flaubert, il s'exclame "Dolorès, c'est moi!", on le sait sincère et touchant une vérité sans filtre, pour une fois peut-être plus souterraine.

On dirait que, derrière une glace sans tain, Bergheaud regarde Murat qui, à son tour, regarde comment le regarde Bergheaud qui, à son tour, etc. Dans ces reflets sans fin, Murat à la fois se perd, se fuit et se trouve, se crée, se régénère. Et cet homme qui nous parle aujourd'hui en ne se proclamant qu'amour apparaît ainsi : seul avec lui-même, depuis le début, irrémédiablement, indécrottablement seul, ne souffrant, n'appréciant que la compagnie de sa propre ombre. Engeôlé volontaire dans une prison où il ne partagera jamais de cellule qu'avec lui-même, purgeant sa peine, comptant les jours à coups de chansons.

A la sortie de Murat Live il a y a un an et demi, tu faisais état d'un manque d'inspiration, comment en es-tu sorti?

Peut-être qu'on a un temps biologique entre chaque album qu'il faut respecter. A l'époque, je pense que j'avais déjà assez bien en tête la matière de Dolorès, mais je n'arrivais pas à cracher certains trucs. Alors après, savoir comment j'ai recollé au peloton... Disons qu'il n'y a rien de mieux qu'un chagrin d'amour pour travailler. Le travail, c'est l'antidote absolu.

Tu as mis beaucoup plus de temps que d'habitude pour enregistrer cet album.

Ça a pris un an, je n'en reviens toujours pas. Normalement c'est quinze jours, un mois - six jours pour Vénus. Ce matin je me suis dit que c'était parce que Dolorès était un album de transition et que j'avais déjà hâte de passer au suivant. Si je m'écoutais, je commencerais aujourd’hui. Si j'avais été milliardaire, je crois que c'est typiquement le genre de disque que j'aurais enregistré sans le sortir. Pendant l'enregistrement, ça m'a paru évident : il y avait des chansons que j'avais un mal fou à supporter. A part deux ou trois plus légères comme Saint-Amand ou Brûle-moi. Je les portais parce que je m'étais juré de ne rien faire d'autre tant que ce travail n'aurait pas été accompli. Mais ça ne tenait pas à grand chose que je reparte sur du neuf. Les étapes de transition, il faut vite les passer, c'est bon pour avancer mais ce n'est pas encore très significatif. Aujourd'hui, j'aimerais me lancer dans un album qui finirait par la montée de l'Alpe d'Huez...J'ai beaucoup de mal à parler de Dolorès. D'autant que les premiers qui l'ont écouté n'ont pas tellement su quoi en penser. Pourtant je le vois comme une transition, j'ai la conviction très intime que c'est mon meilleur album. Ca on ne me l'ôtera pas de l'esprit.

Est-ce la première fois que tu te sens dans cette situation transitoire ?

Avant, je savais où j'allais. Cette fois, je voulais déjà me pousser un peu plus loin. Ca ferait quand même chier d'enregistrer toujours le même disque – ou alors je refais l'orchestre de Paul Mauriat, et en avant la musique... Je connais certains artistes français : je suis toujours étonné du fossé qui existe entre ce qu'ils aiment et ce qu'ils font. Certains ont vraiment fait avancer le schmilblick comme Bashung avec Play blessures, mais ça rentrait plutôt dans le domaine du rock. Et moi, le rock, ça n'a jamais été mon truc, je m'en fous un peu. Je préfère de loin le rhym'n'blues, la soul ou la chanson française traditionnelle. Alors, ce que j'ai essayé de faire - ça va paraître prétentieux -,c'est ouvrir une brèche. Mettre à l'épreuve ce que je sais faire comme chanson française, la concilier avec ce que j'aime écouter : pendant l'enregistrement, j'écoutais beaucoup de rap, des remixes de Nine Inch Nails... Ca m'a incité, par exemple sur une chanson aussi basique qu'Aimer, à voir jusqu'où le travail sur la forme, le son, la production, peut faire bouger - voire éclater les choses. Sans être putassier, sans tomber dans la facilité. C'est encore très timide, mais Dolorès n'est qu'une base. J'ai été encouragé à aller dans ce sens par Nellee Hooper ou Tim Simenon, qui ont écouté mes démos. On aurait pu faire l'album ensemble, mais ça n'aurait pas été bon d'avoir des chaperons. Avec Denis (Clavaizolle, avec qui il a composé les chansons de Dolorès), il fallait se taper le boulot seuls.

Musicalement, Dolorès irait plutôt dans le sens d'un dépouillement, avec une nouvelle place donnée aux claviers.

Il va vers l'évidence, oui. Et la meilleure amie de l'évidence, c'est la sincérité. Même dans la production, il faut que ça aille dans ce sens là : que ça ait du caractère, de la franchise. C'est comme au théâtre. Le moindre son, le moindre instrument qui apparaît au détour d'une chanson, s'il n'a pas ça, s'il n'amène rien, c'est pas la peine. C'est pour ça que j'ai abandonné tout ce côté grouillant sur mes disques. C'est quelque chose que le rap a su ramener : il ne reste plus que l'os, la voix, les mots. Quelque chose d'évident, qui gratte. J'espère simplement qu'on aura évité au maximum les écueils de la mode, du son ambiant. Notamment cette manie actuelle de vouloir passer la chanson française au moule trip-hop, ce triste chewing-gum, sans caractère, vaguement baba. J'avais comrnencé à travailler avec Tim Simenon, mais j'ai abandonné. Il semblait penser que je voulais un disque du genre Gainsbourg-et-Cohen-produits-par-Tricky.

Dolorès marque un retour à la concision : les chansons vont à l'essentiel, sans s'étaler. Mais les climats y sont beaucoup plus variés que dans tes albums précédents.

Je dis toujours que pour Cheyenne autumn, je voulais du noir et blanc, pour Le Manteau de pluie de la couleur avec grand écran, et pour Vénus du super 8. Des choix très simples, mais qui facilitaient beaucoup le travail. Sur Dolorès, j'ai pris les chansons séparément. je voulais que chaque titre ait un climat assez fort pour qu'on ait l'impression de changer à chaque fois de pays. Il y a des contrées plus chaleureuses, des latitudes légèrement tropicales, d'autres plus tempérées, voire carrément froides. Je me donne toujours des repères visuels, climatiques, pour ne pas me perdre. J'ai un cahier plein de notes qui décrit comme ça, dans le détail, les chansons de Dolorès. J'ai passé sur chacune d'entre elles autant de temps que sur un album entier. Je ne me suis jamais autant investi.

Est-ce à dire que désormais tu polariseras davantage ton attention sur ces questions-là que sur le fond ?

Le fond, je ne m'en fous pas. Mais je sais ce qui est moi, ça peut pas bouger cette affaire-là, je vais pas me refaire maintenant. Je sais comment je suis, ce que je peux cracher de moi-même. Si j'étais en panne il y a un an et demi, c'est justement que je me barrais trop sur le fond. Ce qui est intéressant, maintenant, c'est de le mettre en forme différemment. C'est un putain de boulot, parce que les mots français sont un sacré piège et que la porte est de plus en plus étroite pour ceux qui veulent faire bouger les choses ici.

Avec le succès de Cheyenne autumn il y a huit ans, pensais-tu avoir trouvé l'équilibre entre musique personnelle et grand public ?

Oui, mais je me suis vite aperçu que ça marchait pas, cette affaire. Et puis Cheyenne autumn, ça fait très années 80, fin du mitterrandisme, disque un peu glacé, prétentieux, qui se croit dans une sorte d'exception culturelle. Peut-être bien qu'il se dégonfle avec le temps. Pour moi, en tout cas, ça n'a ouvert aucune porte, à tout point de vue. Je voulais qu'on me donne mon blason, être adoubé. Après, il faut savoir sortir de ce genre d'exercice. De toute façon, après toutes les années de galère, de refus, que j'avais endurées, je n'étais pas complètement dupe. Je savais aussi que je n'avais pas été signé chez Virgin pour des raisons artistiques : le type qui m'avait fait signer le contrat avait voulu faire plaisir à sa femme, qui m'aimait bien. Partant de là...

Aujourdhui, tu navigues un peu entre deux eaux - ni grand public, ni confidentiel. Comment le vis-tu ?

Culturellement, je suis quand même plus habitué à l'underground. Maintenant, il faudrait pouvoir quitter les habits de collabo pour entrer franchement dans la résistance. Là, je me sens quand même entre les deux, comme Mitterrand. La maison de disques a failli me rendre mon contrat - ça n'aurait peut-être pas été mal. je serais revenu à l'autoproduction, à la distribution sauvage. J'aime à penser qu'internet révolutionnera pas mal de choses, quand on pourra y acheter directement nos disques, sans le filtre des maisons de disques, des FM et des médias. C'est comme l'équipe de France. Le sélectionneur national, logiquement, c'est la quintessence de l'esprit tactique, c'est Vercingétorix, le Grand Condé, Turenne et Napoléon réunis. Mais voilà, on filtre, on filtre les entraîneurs, et résultat : on se retrouve avec Aimé Jacquet. Il y a beaucoup de Jacquet dans les maisons de disques. Et beaucoup de Cantona dans la chanson française.

Avec cet album, as-tu eu envie de te démarquer de l'image que les gens se font de toi ?

J'espère. J'ai l'impression qu'on me voit dans un tout petit volume, dont je ne sortirai jamais. Mais moi, je sais que depuis Cheyenne autumn, je n'ai pas occupé le dixième de l'espace que je compte explorer. On me voit petit comme ça alors que j'ai encore du mal à faire le tour de moi-même... C'est terrible, cette image restrictive. Ma propre maison de disques m'a envoyé une cassette avec des groupes actuels, comme pour m'éduquer, m'ouvrir les oreilles. Des trucs que je connaissais par coeur... Ils devaient croire que j'écoutais Ferré et Brassens à longueur de journée. J'étais scié, c'était une sacrée gifle. Je ne sais pas si ça arrive à Vanot ou à Dominique A. Parce qu'on n'est pas dans le recyclage, les gens nous prennent pour des neuneus, des analphabètes ou des autistes. L'idée de Dolorès, c'était de dire à quelqu'un "Je ne suis pas si mauvais que ça, je ne suis pas du tout celui que tu crois". Ça aurait pu être le titre de l'album, ça... J'ai toujours écrit pour quelqu'un. Cheyenne autumn, déjà, c'était pour un ami. Une personne qui croyait beaucoup en moi : j'ai voulu lui montrer qu'elle ne se trompait pas. A chaque phase de travail, de l'écriture au mixage, je me demandais ce qu'elle en penserait. Pour le prochain album, j'ai aussi pensé à quelqu'un à qui je pourrais dire "Je suis un peu mieux que ce que tu crois."

Quand tu dis "je ne suis pas si mauvais que ça", tu y mets aussi une connotation artistique, ou c'est surtout une affaire de morale ?

Un peu les deux. Enfin quand même, c'est surtout moral. Je suis très immoral dans la vie quotidienne mais, au fond, comme les libertins, je suis très moral. Moi je m'accorde toutes les licences, mais aux autres je demande une morale irréprochable. Je rigole pas avec ça, je peux vraiment être très chiant. Je suis très à cheval sur certains principes : tous les trucs d'honneur, de parole donnée. Dans certains cas, j'aimerais bien être John Wayne ou un Pierrafeu. Régler des comptes, donner un gros coup de gourdin sur la tronche, tuer. Je pourrais déclencher une guerre mondiale pour un retard de cinq minutes à un rendez-vous.

Et si c'est toi qui es en retard ?

je préfère encore annuler, ne pas y aller, je ne supporterais pas. Le mec désagréable, quoi... je sais que je me permets un peu tout, pas de quoi faire le malin. De toute façon, en faisant Dolorès, je ne voulais pas non plus prouver que j'étais irréprochable, un saint. C'est une autre pureté que je revendiquais. Montrer que mes sources d'amour, à leur point le plus originel, sont comme au premier jour. Là, j'ai une eau d'une pureté totale. Voilà à quoi je pensais en faisant Dolorès : je suis intact.
Je pourrais dire comme le Christ 'Je suis amour' .. Alors c'est pas la peine de venir me chercher des poux dans la tête. Je pense toujours à une phrase de Neil Young : "I will never lose a will of love." J'ai toujours en moi une promesse d'amour. C'est en ça que je peux dire que je ne suis pas si mauvais. Con, peut-être. Mauvais, non.

Tu n'as pas peur, là, d'être en pleine illusion ?

Non, j'en suis sûr. J'ai toujours été vachement franc avec ça dans mes disques. J'ai toujours dit que j'étais un amoureux, que j'aimais être un amant. J'ai pu dire aussi que j'étais un pourri, que je pouvais faire beaucoup de mal. Et que je réclamais un droit à l'innocence - mais bon, ça, c'était déjà plus faux-cul. Seulement, pour un mec, tout ça, ça entraîne des problèmes inédits. Des problèmes fin de siècle, peut-être. Parce que je suis tellement amour qu'on pourrait me considérer comme un homme facile - comme on dit "femme facile". C'est ma qualité et mon défaut. Bon, chacun a ses petites misères. Actuellement, je vis dans une simplicité absolue, je suis heureux. C'est La Petite maison dans la prairie. Alors qu'avant, c'était plutôt Le Château de Kafka.

La gravité, ça reste important pour toi ?

C'est fondamental. je n'aspire qu'à ça. Le sérieux léger, c'est de la connerie, ça n'existe pas. D'ailleurs, la musique d'aujourd'hui, c'est le rap : même si c'est pas toujours maîtrisé, historiquement c'est d'une gravité intense, totale, fondamentalement désespérée. Il faut toujours un fond de gravité. C'est pour ça que j'aime les voix graves, Leonard Cohen, Lou Reed. Maintenant, ce qui est bien, c'est que Dolorès n'est pas un disque triste. C'est ce que je voulais éviter à tout prix. Encore qu'il y a bien de sombres crétins pour me dire "Qu'est-ce que c'est triste, qu'est-ce que c'est triste... ". Jean-Pierre Pernaud leur annonce que quarante gamins ont été violés, que soixante-dix femmes ont été écartelées, qu'une bombe atomique a tué quatre milliards de personnes, et quand toi tu chantes "Qu'il est dur de défaire, j'en reste KO", ils te disent que c'est trop noir, trop déprimant. Quand tu exprimes ton malheur, les gens changent d'un seul coup de regard. Tu les déçois, tu leur gâches le plaisir. Tu es comme Bernard Hinault le jour où il a abandonné le Tour à cause de son genou. Il faudrait toujours rester dans l'image du champion.

Tu n'as jamais l'impression de t'être un peu complu dans la noirceur ?

J'ai pu avoir un poil de complaisance. Des chansons où je voulais déguster la liqueur noire de la mélancolie. Mais le problème, c'est que j'étais vraiment dans le noir. Les gens ne veulent pas comprendre que plus tu es dans le trou, plus tu peux être gai dans la vie de tous les jours. Avoir ce côté désinvolte, "n'ayons l'air de rien". Alors certains disent "Qu'est-ce que c'est que ce cirque, vous avez vu comme il était détendu et rigolo l'autre soir ? Et aprés, les chansons qu'il nous fait ? Quelle comédie. En plus, j'ai parfois l'impression qu'avoir un fond de tristesse, c'est une tare. Autant être une vache folle... Ce qui est quand même formidable, c'est que je me suis souvent retrouvé accusé de tristesse par des gens parfaitement sinistres - tu passerais pas deux jours avec eux, tu jouerais pas au foot avec... Ceux-là, qu'ils aillent se faire foutre avec la noirceur. Surtout qu'elle n'est pas toujours où on croit. Par exemple, en ce moment, il y en a une qui me sidère, c'est Ophélie Winter. Moi, à côté, je suis Louis de Funès, et Mylène Farmer c'est Jacqueline Maillan. Cette nana, c'est la mort qui avance! Tu l'entends chanter ou parler, tu la vois : elle est déjà morte. C'est très angoissant, elle va obligatoirement se suicider, ça va très mal se finir. Moi, j'aurais envie de l'appeler, de lui dire arrête, tout le monde voit que t'es noire, que tu as un destin tragique, que tu vas vite parce que tu vas mourir. C'est une héroïne de roman, elle ressent les choses avec une intensité qui me glace le sang. Avec cette volonté acharnée, du genre à vouloir tout se faire refaire et passer à tout prix en couve de Télé 7 jours ou Paris-Match. Elle s'est engagée dans un truc de folie, une course contre la mort. Après, les gens achètent ça comme si c'était un truc hyper-gai. Mais moi ça me fout le bourdon. Alors il faut se calmer avec les appréciations sur ce qui est rose, sur ce qui est noir.

Toi, tu ne te sens pas engagé dans ce genre de course contre la mort ?

Moi, mais tu plaisantes, c'est tout le temps! Tout le monde est là-dedans jusqu'au cou. Et à ceux qui se prétendraient à l'abri de ça, la biologie se chargera bien de remettre les idées en place : le corps n'est pas dingue, l'esprit non plus. Ceux-là, tu vas vite les voir s'inscrire au Gymnase Club.

Tu crois que ton voisin, l'Emile, il galope contre la mort ?

L'Emile ? Euh... non, pas du tout. Mais bon, moi, je ne suis pas paysan. Lui, sans doute qu'il prend les choses comme elles viennent, au jour le jour, avec ses propres angoisses, son propre inconfort. Mais nous, en tant que petits modernes... Encore que moi, j'ai vite vu le temps passer. J'ai eu un fils très tôt, j'étais encore enfant que j'étais déjà papa. J'ai été mieux préparé que d'autres personnes de mon âge.

Tu as toujours vécu avec la mort en ligne de mire ?

Pour moi, la course contre la mort a commencé quand j'avais 26 ans. Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste. J'ai acheté une guitare, passé une petite annonce et monté un groupe.

Qu'a représenté l'écriture pour toi à ce moment-là ?

Au départ, je ne voulais pas écrire dans le groupe. Ça n'est venu qu'après. J'ai mis du temps à me décider, parce que je me disais que ça ne servait à rien, que ça ne sauverait pas ma peau, j'en avais fait l'expérience. Je continue d'ailleurs à penser qu' écrire, au fond, ne sert à rien.

Même pour "écrire des chansons comme on purge des vipères", comme tu le dis dans Perce-neige ?

Oui, ça a purgé des vipères. Mais il n'y a de vrai et d'utile que l'amour. Entre dix volumes de la Pléiade et une heure de baise totale avec un amour intense, je n'hésite pas une seconde. Tu vas en trouver, toi, des écrivains qui se sont calmés en écrivant ? La vraie réponse, elle est dans la tempête hormonale, la fusion totale de l'amour. Il n'y a que quand je baise que je me sens bien. Là, je tutoie les anges, je serre la paluche de Dieu. Lui, quand tu es amoureux d'une fille, il est ton meilleur ami. De toute façon, il aime ceux qui aiment, qui baisent. C'est pour ça que j'ai écrit Le Baiser sur le nouvel album : pour faire une rencontre avec Dieu. Mais attention : Dieu ayant la frimousse d'une pépette.

Comment expliques-tu, alors, que tu aies toujours écrit ?

Ça a commencé, gamin, à l'école. Je sais très bien pourquoi et pour qui : j'étais toujours amoureux des filles, je rédigeais des poèmes pour elles. C'est devenu une habitude d'écrire comme ça, pour l'autre, en fonction de l'autre. Pour plaire, flatter, comme un troubadour. J'ai jamais vraiment quitté ça. C'est souvent sentimental, cette façon de vouloir convaincre, charmer, draguer sur un album entier. Si je continue à écrire, c'est avec cette idée-là - la seule. Chacun sa petite stratégie pour tenir debout. Moi, c'est celle-là. Faire le dragueur, comme il y a des dragueurs sur les fleuves, qui grattent, creusent. Faire tomber, fondre l'autre. Même si ça passe par la violence. Bon, après, on peut toujours dire que l'autre, c'est soi, un miroir de soi, et vice versa. Certains me demandent "Mais Dolorès, c'est qui ?". J'ose pas trop répondre - on va dire "Il se moque" -, mais Dolorès, c'est moi. Je ne le dis pas trop, surtout que ceux qui me connaissent savent qu'à la base ce n'est pas moi. Mais arrive toujours un moment où c'est ça, évidemment. En même temps que l'autre, on essaie de se faire tomber soi, de faire tomber une part irréductible de soi. On fait tout pour essayer de la réduire, c'est comme une équation. Après, on peut toujours trouver des alibis, dire "C'est pour Machin ou pour Pépette." Au bout du compte, c'est toujours pour soi.

As-tu toujours le sentiment que ta personnalité est double, partagée entre Bergheaud et Murat?

Hou là là, plus que jamais... Pas plus tard que ce matin, en allant chercher le journal, je me suis passé un savon dans la voiture. "Faut que je te dise un truc : j'en ai plein le cul de toi ! Tu es en train de me prendre la tête, parce que tu te demandes comment ton disque va être accueilli, t'es là à penser que c'est de la daube et que personne ne t'aime... Alors tu te calmes ! Il y a autre chose dans la vie." Je m'entends plutôt bien avec moi-même, mais de temps en temps je suis obligé de me parler comme ça. Heureusement, j'ai toujours autant de facilité à sortir de mon corps. Je pars. Par exemple, je suis ce mur, je me fixe et là, je me vois assis sur cette chaise. Je trouve ça très sain. Parce que vivre avec moi tout le temps... Murat, il me fait chier, surtout quand il a un album qui sort. Il me file la migraine, mal au ventre, il me fait gerber. Hier encore, il m'a rendu malade. Tout ça pour son disque de merde. S'il le vend bien, il va me lâcher. Il est très terre à terre, arriviste, très vente de disques, pognon, auvergnat. Enfin, il me dérange pas tant que ça, sinon...

Tu n'as jamais pensé t'en séparer ?

Là, un problème se pose. Si Murat se pend, qu'est-ce que je fais ? je suis mort. C'est là que je commence à comprendre Ophélie Winter... Le foutre à la porte autrement ? Ça passe par la suppression de la matrice qui a fait Murat. Et comme c'est Bergheaud qui l'a fait, je suis mal.

Il a toujours été là, Murat, ou il n'est apparu que quand tu en as créé le nom ?

Il a toujours été là, depuis que je suis tout petit. Simplement, il s'exprimait différemment. En étant malade, trois cent soixante-cinq jours par an. Ça devait être impressionnant. C'est le souvenir qu'il m'en reste, en tout cas. Toujours à part, malade, jamais dans le temps présent. A l'aise qu'avec les animaux, les vaches. Tout ça, je sais d'où ça vient, j'ai cerné tous les problèmes. Mais ça, c'est trop personnel. Disons que c'est comme dans La Mouche : il y a eu des interférences dans la fabrication de l'objet... Elles me feront chier à vie. Enfin, on a tous ça.

Tu penses vraiment que rien ne se délie, rien ne se dénoue ?

Non, l'expérience, ça sert à rien, on n'apprend jamais rien. C'est terrifiant de se rendre compte de ça. On est toujours aussi con que quand on a 7-8 ans. Moi, j'ai RIEN appris, jamais, rien, rien, rien. On te dit : l'expérience, machin, les erreurs, on les fait pas deux fois, tu parles ! Moi, c'est pas deux fois, c'est mille fois que je refais la même connerie... Et pourtant Dieu sait combien j'en ai pris plein la tronche ces derniers temps. Mais je suis prêt à recommencer, sans problème. Une fois qu'on a compris ça, finalement, ça va mieux. Quand on sait qu'on a été programmé comme ça, qu'on va les enchaîner et les enchaîner... je sais quels sont mes défauts, je ne vais plus aller contre ça.

Si tu ne t'appuies pas sur l'expérience, à quoi te réfères-tu ?

Je n'en ai aucune idée. C'est pour ça que je noircis des petits cahiers. Pour faire le point, très régulièrement. Là, ça fait longtemps que je n'ai pas écrit de chanson, il faut absolument que j'évacue des choses. Seulement, ça va faire comme à chaque fois : je pars pour faire le point et je m'aperçois qu'il n'y a pas de point. C'est comme un marin qui sortirait la boussole et se rendrait compte qu'iil n'y a pas de pôle magnétique. Moi, j'en vois pas. Sauf une femme, l'amour qu'elle me donne et celui que je lui donne. J'ai l'impression d'avoir été programmé pour ça. Et j'ai bien peur de l'avoir senti très tôt... Ça n'est pas sans inconvénients, parce que j'ai un fonctionnement exclusif. Y'en a que pour moi, je suis toujours en manque - d'attention, de regards, de caresses, de tout. Chiant comme un gamin de 4 ans. Pour une fille, je suis pas du repos, c'est du travail.

Quand tu étais enfant, il n'y avait personne pour te guider ?

Si : la nature, les animaux. C'est toujours vrai aujourd'hui. Dans l'amour, d'ailleurs, j'aime beaucoup me comporter comme un animal. Pas dans l'action, évidemment... Je ne parle pas, je grogne. Je peux faire le mouton, la vache alanguie, le chien, la colombe. Je suis un grand amateur d'imitation de cris d'animaux, dans ce qu'ils ont de tendre. Les imiter dans leurs moments de satisfaction, quand ils se frottent le dos... Quand j'étais tout petit, il y avait une vache à laquelle je racontais ma vie : elle s'appelait Bijou. Elle écoutait très attentivement, les oreilles en avant, me fixait du regard. Je me couchais sur elle, c'était parfait. J'aimais la traire dans le seau, boire son lait tout chaud. C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai chez moi plein d'objets en forme de vache.

Les autres enfants ou les adultes ne t'apportaient rien de comparable ?

Rien de commun avec Bijou. Je crois quIl faut tomber sur quelqu'un d'exceptionnel pour qu'il t'apporte autant qu'un animal. Après, ce qui m'a le plus apporté, c'est la lecture. Mais là, j'ai été très mal guidé. Un prof qui m'avait pris en sympathie m'a conseillé Gide. J'ai plongé très fort là-dedans. De 14 à I8 ans, j'ai passé mon temps avec les livres de ce gros con. Les meilleures années de ma vie avec ce type complètement bidon... Six mois pour lire Les Nourritures terrestres, tout ça pour ensuite aller courir dans la nature, me balader à poil, me branler sur les fougères, sortir dès qu'il y avait de l'orage... Cette espèce d'hédonisme à la con. Ça m'a déformé, intellectualisé, incité à blablater. Beaucoup de mes problèmes viennent de là. J'ai perdu quelque chose.

Tu penses sincèrement que des lectures peuvent avoir autant de poids sur une vie ?

Dans mon cas, oui. Je regrette d'être aussi sensible, aussi primaire. Dans ces affaires-là, quand il y a à pleurer, je pleure. Je me souviens d'une scène pas possible quand j'étais petit, qui m'a profondément marqué. Quand j'avais 4-5 ans, on m'a offert un livre. Ça se passait au Mexique : un petit garçon, tombé amoureux d'un taureau qu'on emmenait à l'abattoir, entreprenait tout pour le sauver. On m'a lu cette histoire et ça a été affreux, j'ai pleuré pendant des jours. Le docteur est venu parce que je disais que j'étais malade. En fait, c'est cette histoire qui m'avait fendu le coeur. Voilà le genre de camarade que j'étais. Rien que d'en parler, ça pourrait encore me fendre le coeur aujourdhui. Et ça, c'est pas bon.

Pourquoi lis-tu autant si tu prends tout ça à coeur, sans recul ?

Parce que ça peut me repêcher, me reprendre par le col avec la même force. Là, je viens de passer une année Pouchkine. Quand il m'est arrivé, comment dire, cet accident terrifiant qui a failli m'enlever la vie, c'est avec ça que je suis reparti. Je me suis ressourcé, rassuré, reconnu à fond là-dedans. Tiens, écoute, j'adore ça (Il ouvre le journal secret, à une page déjà marquée) : "Il est remarquable de constater qu'une motte a une valeur en elle-même, dont la beauté ne dépend pas du corps auquel elle appartient. Même un visage et un corps répugnants ne peuvent pas détruire son pouvoir d'attraction. Si on couchait deux femmes côte à côte, l'une avec un joli minois et l'autre laide, et que vous dissimuliez leur visage sous d'épais voiles, vous ne prendriez pas moins de plaisir à besogner le laideron que la beauté. Je dirais même que si vous ne savez pas laquelle est la vilaine, il se pourrait que vous la préfériez à la belle. L'âme se cache dans le con, pas dans le corps. "J'adhère à fond à ça. J'ai d'ailleurs écrit Le Baiser en pensant à une description de Pouchkine. Et Tatiana, dans Eugène Onéguine ! Un personnage extraordinaire... Une paysanne, une femme simple, qui comprend tout mais ne perd jamais sa naïveté, sa pureté. Pouchkine, lui, n'a jamais trouvé sa Tatiana : sa propre pureté n'est jamais passée par une femme pure. Il a baisé des meufs comme un dingue... Encore, il a eu du pot, lui : il est vraiment mort d'amour, en duel. A son époque, c' était peut-être plus simple d'être un homme. Comment se fait-il que ce soit devenu cet enfer entre les hommes et les femmes ? C'est ça aussi que j'ai essayé de raconter avec ce putain de Dolorès. Je n'ai toujours pas compris ce qu'une fille peut attendre de moi. J'ai toujours été entouré de femmes, vachement aimé, mais au fond j'ai toujours été leur jouet... Enfin, je les aime, je les côtoie beaucoup. Comme l'écrivait Gace Brulé, "D'autres peuvent manquer à l'amour, mais moi je ne l'ai jamais trahi. "

 

Quelques temps avant en 1995... post-venus et pré-Dolores... Et on croise encore Silvain Vanot:

LES INROCKUPTIBLES hebdo n°4, avril 1995

Le mouton enragé

Suspendu entre la sortie d'un album live et son entrée imminente en studio, Jean-Louis Murat fait un état des lieux sans concessions des rapports vie d'artiste - vie privée.

 

Jean-Louis Murat : Je savais qu'en montant sur scène ma vie - professionnelle et privée - allait basculer. Ça a été pénible, intimement. J'en suis sorti un peu exsangue, autre. Plus d'un an après, je n'ai toujours pas digéré.

Enregistrer des disques, c'était comme publier les textes d'un journal intime, mais avec une certaine distance, presque à titre posthume. Lorsque je me suis mis à interpréter mes chansons sur scène, j'ai eu l'impression de relire des pages entières de ce journal et j'ai trouvé ça profondément dégoûtant, faux, un mensonge adressé aux autres et à moi-même. Je crois que ma vie privée était arrivée à un tel point de sophistication que mes chansons elles-mêmes étaient devenues de plus en plus brouillées. Je parle de "mensonge", qui est un mot moral, terrifiant, ça couine, ça gratte. Disons que je commençais à voir le bonheur comme une somme, un écran d'habitudes. Ma façon de concevoir des albums et ma vie privée sont arrivées à une sorte d'impasse de façon quasi simultanée. Je me retrouve aujourd'hui avec les handicaps cumulés, un travail de deuil à mener dans les deux cas. Si je veux sauver ma peau, il faudrait sans doute que j'éprouve un sentiment de honte, de remords. Ça ne m'effleure pas le moins du monde. Dans des conditions pareilles, les applaudissements, les appréciations des critiques ne me servaient à rien. Je n'y puisais aucune énergie, c'est à côté, au-delà. J'en étais même davantage troublé, parce que tout ce que je faisais était systématiquement remis dans le droit fil de ce que les gens pensaient déjà de moi auparavant. Et cette distorsion-là me démobilise.

Souvent, pendant la tournée, des gens venaient me voir avec la conviction de rencontrer un loser. La plupart du temps, ça les confortait dans l'idée qu'ils étaient eux-mêmes des losers. J'étais désespéré : s'il y a bien un type qui ne se sent pas perdant pour deux ronds, c'est bien moi. J'en suis vite arrivé à me dire : est-ce que dans mon métier de chanteur je suis vrai, est-ce que je ne suis pas un poil extérieur à moi ? J'ai joué avec mon vrai nom et mon faux nom. Parfois, je me dis "Là, tu fais ton Murat." Avec le film et la tournée, ça a empiré. Je me suis rendu compte que ce n'était pas de la rigolade, que ça se payait même très cher. Un troisième homme, un type moral, qui osait se poser le problème du mensonge, est venu s'intercaler entre Bergheaud - sa revanche sociale, son souci de réussite - et Murat - son problème d'image et de crédibilité. Mais ce problème moral, je n'ai pas voulu le prendre à bras-le-corps...

Une semaine après le concert de Lyon, ma vie privée, sentimentale, a complètement basculé. C'était nécessaire, mais je croyais avoir plus de ressources. Depuis, j'ai tenu une chronique de ce que j'ai vécu. Instinctivement, j'ai appelé cela "les jours sévères". La vie est sévère avec moi. Elle me redresse, peut-être. J'ai énormément perdu. J'étais couvert d'affection, d'amour, je pensais que ça durerait toujours, ça s'est arrêté d'un coup. Je n'écrivais que pour une seule personne, pour la séduire. J'ai toujours eu 10 ans d'âge mental lorsque je finissais une chanson et que je la lui soumettais. Maintenant que cette personne n'est plus présente, je ne sais plus pour qui écrire des chansons. Normalement, je rentre en studio en avril, je n'ai rien écrit. C'est la première fois que je reste sec aussi longtemps. Je m'emmerde, je pleurniche, je vais au restau, au cinoche, je bouquine. Un jour, je me dis que je vais déménager, ou que je vais m'installer en Afrique du Sud, ou devenir paysan, ou acheter un deltaplane. Pas un jour je me dis que je vais composer une chanson. "Un coup de latte, un baiser, un coup de latte, un baiser", c'est tout ce que j'ai dans la tête.

Il m'est venu deux idées pour le prochain album. D'abord, que l'excès de vice, c'est l'excès de vertu, kif-kif. Ensuite, que le mensonge est plus douloureux pour celui qui ment que pour celui qui subit. Voilà. de la morale, toujours de la morale. Tout ça, c'est bon pour Sardou.

On ne peut pas se refaire, comme disent les gens. Je n'éprouve pas le besoin de lutter contre mes contradictions. Je rejoins cette idée chez Pouchkine, que j'ai relu ces temps-ci. Il a une virilité, une sexualité, un caractère contradictoire dans lesquels je me reconnais. Il pense par exemple que la baise est rédemptrice, qu'elle assure le salut de l'âme. Que Dieu, c'est le sexe d'une femme. Je suis très guidé par l'instinct sexuel dans mes rencontres. C'est l'un de mes problèmes, cet atavisme barbare, animal. Cette manière de renifler, de lécher. La gloire de l'amour, c'est sûrement la fidélité. Mais l'infidélité m'est toujours apparue comme une vertu et les sacrifices que suppose la fidélité comme une insulte à la Création. Mais une telle pensée, ça se paye. Pouchkine le décrit avec une sincérité et un talent incroyables. Peut-être son époque laissait-elle davantage de chances à de tels caractères. Quand on était jaloux, on pouvait tuer, provoquer en duel. Ou bien fuir, disparaître. Embarquer pour le Tonkin, ou aller faire l'apothicaire à Salt Lake City avec sa mule, c'est quand même devenu difficile, tout est cadenassé... Ça me ferait sûrement du bien d'être armé, de régler des comptes. Je me dis que je ne suis pas fait pour avoir l'âme contemplative, mélancolique, j'aime beaucoup trop la bagarre. Mais aujourd'hui on ne fait plus de duels, on fait de la dépression et il y a encore trop d'inhibition dans l'action chez moi. Je repense à l'agression de Cantona contre ce supporter anglais qui l'insultait. J'ai beau avoir un avis mitigé sur le personnage, je pense que Cantona aurait dû lui fracasser la tronche. Que ça puisse ensuite avoir valeur d'exemple sur les gamins, c'est de la foutaise. Toute cette hypocrisie nous paralyse drôlement. S'il n'y avait que des Cantona, je ne doute pas que la vie soit un enfer. Mais j'ai envie de ce monde-là, de ce Far West d'avant la loi, avant l'arrivée de John Wayne. Etre un type comme Liberty Valance me calmerait pas mal.

 

J'en suis arrivé à me dire qu'on ne chante pas impunément. Voilà sans doute la différence entre le show-business et ce que je peux espérer faire : il y a des chansons qui ne mangent pas de pain et d'autres où l'on jongle avec des poignards - en courant le risque d'en prendre un en plein front. Ça peut faire mal. Et où est le public qui aime ce qui fait mal ? Pendant toute la tournée, c'était criant: quand je chantais La Momie mentalement, où je me traite d'ordure, le public n'appréciait pas. Ça a contribué à me refroidir. Chaque soir, des dizaines de personnes réclamaient en chœur Sentiment nouveau. Pour moi, c'est une chanson gag, l'envers parfait de ce que je voulais faire. Mais c'est ce que les gens attendaient: que je chante "La vie, c'est les vacances" Je ne veux pas faire du Kieslowski à outrance, mais tout est lié: le balladurisme, la popularité d'un type qui ose parler de la grandeur de la France et promet de ne rien changer, et l'état d'esprit dans la chanson ici. J'en ai un peu plein le cul. Parce que le complexe va se renforcer. Si on doit se cantonner à vie à notre rôle de perroquet, à écrire du sous-Warren G, du sous-Morrissey, du sous-Cure, du sous-Stones, quel désespoir... J'ai l'impression d'être dans un bain qui va nous submerger, parce que tout le monde adore ça - se laisser porter. Les maisons de disques, qui forment le microcosme le plus rétrograde du monde artistique, avec un des QI les plus faibles, suivent le mouvement sans broncher. On n'a pas fini de compiler, de jouer la sécurité, de sortir des disques pour la génération Sarkozy-Léotard, pour les quadras. J'ai passé mille fois plus de temps à signer des photos de Podium avec Mylène Farmer qu'à discuter avec des lecteurs des Inrocks. Il me semble pourtant qu'on peut tous - les artistes, les médias, les lecteurs - se sentir investis d'une sorte de responsabilité, pour changer les choses, même insensiblement. Pendant la tournée, avec Silvain Vanot, nous en parlions souvent. Idolâtrer Morrissey, ou je ne sais quel groupe anglais à la mords-moi-le-noeud, on n'a rien contre. Mais nous, Dieu sait qu'on ne nous aide pas... On ne demande pas énormément : un simple glissement, progressif, dans la qualité, dans la différence. Pour éviter que l'actualité soit squattée par l'éternel retour de Sylvie Vartan ou le dixième contrepied d'Etienne Daho. Je n'ai que des questions et ça m'empoisonne la vie. J'ai été déçu par les résultats de Vénus, ma maison de disques a été déconcertée. Moi, je trouve que c'est ce que j'ai fait de mieux. Je crains maintenant de naviguer en pleine illusion, de croire que je suis dans une baise normale, alors qu'en fait je ne serais que dans la masturbation. Avec la tournée, j'ai voulu faire le point, comme un voyageur fait un point géographique.

Quand ça allait vraiment mal, il m'arrivait de rêver que j'étais un œuf. Pas comme un symbole de vie, non. Un œuf mort, de dinosaure, un œuf dur. Au réveil, je me disais : c'est donc ça, l'eau est imbuvable, l'air est irrespirable et les hommes sont des œufs.

Propos recueillis par Richard Robert Photo Renaud Monfourny

 

ET on termine par MUSTANGO: Richard participe au "supplément" "Murat en amérique" à l'occasion de la sortie du disque et signe une belle chronique.  (Ah, tiens, encore Silvain Vanot, associé cette fois à Bashung ou Manset!).

 

La conquête de l'ouest

Ou comment Murat, tout au long de sa discographie, a peu à peu sorti sa musique de sa simple condition de décor, pour en faire finalement sur Mustango un espace vivant, cultivable : son Amérique à lui.

Par Richard Robert

 

Le parcours discographique de Jean-Louis Murat ? Celui d'un trouvère. Des allées et venues de chanteur itinérant, pas franchement fixé - ni sur son art ni sur son sort. D'album en album, Murat donne l'impression de flotter : son ancre chasse. Des disques comme Le Manteau de pluie et Dolorès, où certains l'ont cru sédentarisé, n'ont été finalement que des étapes. Des passages plus sûrs, des gués où il a eu un peu plus pied. Plus tard, on l'a croisé ailleurs, un peu plus avancé, mais toujours pas arrivé. Car la vocation du trouvère n'est pas de trouver - un point d'attache, un toit à soi - mais bien de chercher sans fin, de quêter une étoile inaccessible, de battre infatigablement le pays, jusqu'à s'égarer parfois.
Dans l'arbre généalogique de la chanson française, Murat appartient à une sorte de rameau brisé, ou à une souche séparée dont les rejets disparates pourraient s'appeler Alain Bashung, Dick Annegarn, Gérard Manset, Rodolphe Burger ou Silvain Vanot. Autant de cousins lointains, trop occupés à se dégager des voies personnelles pour s'enclore dans un lieu commun et qui forment comme une diaspora musicale au sein même de l'Hexagone.

S'il est une exception française dans le domaine de la chanson populaire, c'est sans doute à cette cohorte d'exilés de l'intérieur qu'on la doit. Et à cet inconfort particulier que tous ont pu éprouver, dans un pays où les ressources poétiques sont intactes mais où le sous-sol musical s'est irrévocablement appauvri : un pays même pas fichu de sauver son blues à lui, de maintenir ses traditions autrement que dans la gangue sèche et puante du folklore.

Nomades forcés, ces chercheurs d'or sonore, de souffle et d'espace ont, un jour ou l'autre, fatalement lorgné du côté de l'Amérique. Une Amérique non littérale, recomposée, dont ils se sont abstenus de singer les codes. Une Amérique intérieure, même, ralliée en creusant des tunnels imaginaires, dont ils ont voulu atteindre les grandes prairies par des trajets clandestins et les hautes plaines par des défilés tordus. "
Comme des exilés s'en vont d'un pas traînard / Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ", écrivait Baudelaire dans Réversibilité. Des phrases que Murat reprendra à son compte dans son album Dolorès.

La conquête de son Far West personnel, le Français l'a ainsi engagée bien avant d'enregistrer Mustango entre New York et Tucson. Mais il l'a souvent entreprise de manière plus ambiguë et désordonnée. Pendant longtemps, Murat n'a paru accorder à la musique qu'un simple rôle de support, décor plus ou moins chiadé devant lequel sa voix, ses textes et ses innombrables états d'âme occupaient sans partage les premiers rôles. Dans Cheyenne autumn (89) et Le Manteau de pluie (91), les climats sonores sont ainsi calqués sur la météo intime du bonhomme, les chansons habillées en fonction de sa température interne - basse, en général.

Certaines parties de Cheyenne autumn, avec leurs arrangements synthétiques sous-vitaminés, ont aujourd'hui l'air de vieilles barquettes oubliées au fond du congel new-wave. Plus léché, l'impressionniste Manteau de pluie propose une collection de chansons fumigènes, devant lesquelles se découpe mieux que jamais la gueule d'atmosphère de Murat. Voix déposée au creux de l'oreille, usage lancinant du mid-tempo, songwriting simplissime et à la limite du chichiteux, arsenic mélancolique : le genre de disque à l'écoute duquel on se laisse volontiers engourdir et envoûter, en sachant pertinemment qu'il soulève peu d'enjeux esthétiques.

C'est par la suite que Murat semble réellement placer son identité musicale au premier rang de ses préoccupations. Son problème, alors, est simple : que faire lorsqu'on est chanteur et français, qu'on s'est toujours senti proche de Neil Young, Leonard Cohen, John Lee Hooker ou Bob Dylan et qu'on ne peut plus le cacher ? Se sommant de répondre vite fait à cette question, l'Auvergnat enregistre Vénus (93) en huit jours : traduction française plutôt convaincante du country-rock, l'album entraîne la musique hier frigide de Murat dans les sous-bois et la dénude sans ménagement, esquisse des parallèles entre les chants de la terre américaine et ses complaintes frustes de bougnat boudeur.

A la suite d'une tournée où l'on entend beaucoup couiner la pedal-steel, Murat envisage de chevaucher le Crazy Horse de Neil Young, puis recule, pris par la pétoche : trop tôt, trop évident peut-être.


peinture JLM

Revenu à ses machines et à sa solitude, il monte Dolorès (96). Plus qu'une simple parenthèse dictée par le dépit amoureux, c'est un joli chantier désenchanté où il agrège mieux que jamais la forme musicale et le fond de son âme. Au meilleur de son écriture fille de joie et sœur de chagrin, Murat signe un album qui grogne de plaisir et de douleur, sanguinaire et mielleux comme une saison des amours. La musique, extirpée de l'arrière-plan, est devenue chez lui terreau porteur, cultivable : un enjeu territorial, aiguisant ses appétits de pionnier, son désir de trouver un paradis qui lui ressemble. Mustango n'a donc pas surgi par hasard, mais à un moment où Murat a pu enfin faire son baluchon, traverser l'Atlantique, se mesurer à ses obsessions de façon moins naïve et rassembler tout ce qu'il avait exprimé jusqu'alors sous forme de pièces détachées. L'Amérique n'est plus là pour lui tendre un miroir fidèle, mais pour lui amener des analogies, des complicités, des outils. Ici, la présence de Calexico, Marc Ribot ou Elysian Fields n'est pas innocente : avec ces voyageurs qui aiment à arpenter et habiter chaque recoin de musique, Murat est parvenu à faire de Mustango un champ sonore bien concret autant qu'un espace mental et affectif. C'est un disque à la fois enrichi et aéré où les mots, moins en vedette et moins lourds de sens, se consacrent davantage à une sorte de phrasé ornemental, traits de couleur accordés à la pâte musicale.

Mustango n'est pas forcément l'album définitif de Jean-Louis Murat. Mais c'est certainement celui où il a su le mieux faire le point, où il a semblé enfin y voir plus clair et plus loin : c'est un premier vrai surplomb, d'où il peut enfin mesurer le chemin accompli, embrasser du regard les plaines déjà traversées et entrevoir sans doute quelques-unes de ses prochaines destinations.

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 9 Février 2021

(bon, vous aurez noté la référence à Toy Story, un des films de coeur de JLM)...hein? non, il n'y en a pas d'autres...).

Après cette petite ballade introductive, passant par Pessade, Courbanges, Clermont....Revenons autrement sur ce projet de tribute "Au-RA aime MURAT"... 

 

1) HUMOUR

AUvergne-Rhône-Alpes existe depuis 2015 et  cette année 2021 sera l'occasion de renouveler les édiles d'AURA, nos oracles d'un avenir prospère et toujours plein de neige en hiver... En causons-nous pour ça? Non, pas vraiment, même si j'ai pour la démocratie un vieux reste d'attachement coupable.

En six ans,  alors, bien-sûr, nous eûmes des orages... Ça avait mal débuté: Un chanteur auvergnat, en été 2014 à Villeurbanne (Rhône) devant 1500 personnes,  cherchait des noises : "nous sommes les auvergnats de Clermont, votre prochaine capital! Vous irez chercher votre carte grise à Clermont!!".  Et ensuite, épisode: "quand il y a un Auvergnat, ça va, mais quand il y en a plusieurs", vous connaissez le truc, adieu; veaux (qui?), vaches, cochons (hors du feu),  et je  ne vous dis pas les Drômois (private joke à la famille, qui ne la lira pas, c'est vous dire comme c'est private)... 

Mais, bon,  nous avions l'expérience acquise avec les Stéphanois, nous avons donc réussi à gérer, et j'avoue que...  je me sens chez moi dans cette région!   Bon, c'est fou que l'allier soit si loin mais ne lui ôtons pas que le département s'élève jusqu'à 1287 mètres, alors: il est des nôtres!, il a sa montagne comme les autres!, avec même un bout de Combrailles, et même le St-Pourçain qui peut faire la fête avec le vin de Ripaille du 7-4, un Viognier du 0-7, une Clairette du 2-6, et un Gamay du 6-9 ou un côte roannaise du 4-2 entre autres.  Alors, évidemment,  certains persistent à répandre l'idée que c'est les auvergnats qui ont appris à faire le fromage aux savoyards, ou à prendre les Hauts-Savoyards pour des suisses (et en tant que dauphinois d'adoption, j'avoue que les savoyards... mais passons), mais le temps fait son effet. We are family! I I got all my salers with me; W.A.F, Get up Auralpines and sing!

Personnellement, j'ai même parfois l'impression de vivre dans le 6/3... en observant la vie musicale passée et présente de la cité jaune et bleue... et noire,   et parce que je m'ennuie beaucoup (running gag éculé du blog: ici ou là). Et forcement à cause de ce que j'écoute un peu le Jean-Louis Murat.

2)LES LIEUX

Dès ses premiers disques, "rue montlozier",  les légendes personnelles "Ameyrigot"-"Murat", "la montagne est pleine de biches et de gibiers peureux", de la faune et de la flore... et Manille... Toute une géographie, tout est là, et de la carte, on glisse le doigt au détour d'une courbe sur  le corps de la femme, souvent aqueux (si j'ose m'exprimer ainsi), comme un ruisseau, une source, une fontaine... "Quand on me demande des explications sur les textes, la clef est souvent sexuel".

j'envie tes yeux brillants
comme du cassis mouillé
je souffre dans les trous d'air
de ta tanière profonde
ton os souffle une haleine chaude

Cette femme -attention cliché-  qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, l'ancrage revendiqué de la fidélité, dans l'ancrage du territoire. 

Allez, continuons le fil discographique à travers ce biais (réducteur) des lieux de la téci auvergno-rhône-alpine:

On a beau partir à Cabourg, souvenir vécu, et à Durango, souvenir rêvé, ensuite,  on se  retrouve  au col de la croix morand, et Rio est invité à Ceyrat...

pour ce monde oublié
ce royaume enneigé
j'éprouve un sentiment profond
un sentiment si lourd
qu'il m'enterre mon amour
et je te garderai


quand montent des vallées
les animaux brisés
par le désir transhumant
je te prie de sauver
mon âme de berger
je suis innocent

Sentiment lourd qui ne le quitte pas :

je pense à l'inconvénient d'être né quelque part
entre Tuilière et Sanadoire

Et Pessade sonne comme une Saudade.

Du  Roc de Cuzeau, il attend sa dame... mais elle ne viendra pas:

ça fait des mois que je souffre
tu rejettes la montagne
comprends-moi
je suis montagne
.... oh ! vois j'ai dans les yeux
le bleu de l'eau des montagnes
dans ma voix
l'accent des gens de montagne
....  malheureux ça c'est montagne
tu préfères ta limagne   

Murat s'identifie à son paysage - jusqu'à dans ses yeux où coule la source, célébrée  par une de ses inspirations Elisée Reclus-,  et ne peut y renoncer... (30 ans après, pour  "la princess of the cool", idem?)

Alors de la Godivelle à Compains,

On me jure que c'est sortilège.

... Rien n'est important, j'écris des chansons

Comme  on purgerait des vipères.

Au diable mes rêves de paysan,

Je ne veux plus que cesse la neige.

Cette phrase iconique  "j'écris des chansons comme on purgerait des vipères" ressassée par les journalistes est généralement amputé de son ancrage géographique,  haut plateau, neige et rêve de paysan. 

Une excursion ferroviaire, entre Lyon et Genève, n'apaise pas sa peine du moment et quand il se souvient des moments d'amour, leurs décors sont les champs de son enfance Vendeix (évoqué ailleurs avec Chamablanc).

Nous voilà de passage aux Etats-Unis (Mustango, vous suivez?):  Malgré New-York,  le titre Phare de l'album  éclaire sa région : dans ce texte à trous, à crevasses,  "J'habite aux longes", dent de la rancune de Chaudefour,  et séjour à Tignes-Val d'Isère (Daille, Funival, piste Oreiller killy), et Chamonix ... et pour la première fois, la Haute-Savoie apparaît comme une terre bien menaçante... 

Les autres directions sont interdites: Mezenc, Mustang et il y a un embouteillage au Cannet,  et à l'ouest, il y a un stop à Aygurande (quelques minutes après avoir franchi la frontière de la région).  Dans ce cas, et face aux horreurs de Belgrade, autant se replonger encore dans les doux souvenirs, cette fois, dans le parc à la Bourboule, le Mont sans Souci justement.

"maintenant que je suis un grand garçon, et je me rends compte de ça, cette ombre, cette température,  cette couleur, tout, c'est comme si j'étais à l'intérieur de moi. Je pourrais mourir ici, par exemple, je serais entouré ce qui est essentiel  (Radio nova, 2018) il raconte son souvenir du "mont sans souci, avec une monitrice, sous un séquoia,  magnifique promenade au pays. Il y raconte également comme il a eu un coup de foudre pour le lieu à Douharesse.

Quelques temps plus tard, l'amour est au présent (non, il ne se conjugue pas) même si le doute s'immisce.

direction Vendeix
quand la petite chose
m'a murmuré
mon amour est-il dans son quartier de lune...
La vie en plein air
il n'y a que ça
j'allais au Servière
me rafraîchir le moi

tiens, v'là Vaison la Romaine! Peut-être était-ce en rentrant de Rome?

Si le présent est heureux, alors cette fois, c'est l'enfance qui semble triste (divorce parentale?):  il y a de la neige dans le pré  nommé Veillis, à Vendeix, et l'enfant construit un tremplin pour la  luge :

...en bas claquent Les Portes du Pénitencier
mais bon dieu bon dieu elle va pas tout gâcher...

comment faire entre eux et eux, eux et nous
se faire un tremplin pour partir n'importe où


Dans LILITH se délite les références... à part:

Alors mon esprit prend par Lusclade... La Compissade
entre Rocher de l'aigle et Eau salée     (au dessus de la Bourboule)
Va reste sage n'attise pas
Cendres du passé,      
mais quel est donc ce voleur de rhubarbe?   (lui-même? son ami le Gaulois? le braconneur/pêcheur du Vendeix?)

 

 
A Bird, l'oiseau de Californie se pose sur la poire, mais aussi au Sancy:
 
Si je t'attends,   ... Tour Eiffel,...  A Babylone,...  Pont de Sèvres
si  je t'attends, A Brooklyn,  Sur un fil…
Si je t'attends, Au Sancy, Sur le fil…
 
Elle finit par  arriver:
 
Bonjour moi, c'est Jean-Louis, Sont-ce vos parents ? Où est le Mont-Dore ?...
Aussitôt de toutes mes fontaines A coulé de l'or
Un bal à Champeix Un bal à Herment Puis bal à Giat
 

Du "Jardin", l'auteur Bergheaud contemple son territoire, rêvant de fille d'or, ou ressassant une idée noire:

Hier aux Essarts, m'ont dit les Vallebeleix...
Hier aux Essarts, la belle s'est levée
Dans le brouillard qui noyait la vallée
Fille d'or sur le chemin...
Chaque saison, chaque jour au lever
Près du ruisseau, au fond de la vallée

Sancy...Place Gaillard... Allant Pessade Courbanges à pied, je marchais pourtant sans répit
La p'tite idée derrière la tête m'aura suivi
Murmurant "saut de la pucelle"   
   
(alias la dent du Marais surplombant le lac du chambon, propice à une envolée définitive).

 

Décollage vers Moscou, les États-Unis, et c'est dans les mots de Béranger que Murat replonge dans la description du monde de peu, de la ruralité, complétés d'un  calendrier amoureux au bon sens paysan.

Malgré un voyage à Taormina,  caillou, le chemin des poneys, embrasse moi paysage nous évoquent la vue de sa fenêtre  sans données gps (à part Dernier nuage Aperçu sur l 'Aiguiller Derniers feux, "Dernière étoile,  S'enfuyant vers le Fohet"),   mais Gengis, c'est lui, et il avoue, il n'est pas d'ici: il est "né à Valparaiso".

             Le puy de l'aiguillier

En suivant le Cours, malgré un voyage à Nashville,  les dames auvergnates s'invitent: toujours Margot, Madame D (Ginette Ramade), la Lady of Orcival et même la compagne dont il a envie de faire son quatre heures... Il erre bien pourtant, mais en chantant. 

Grand Lièvre: Murat nous donne rendez-vous avec des fantômes: son papa malade, des soldats de la grande guerre passant par Le Puy, La Loire, et l'ami Alexandra... De quoi  vouloir se perdre un peu de vue... mais sa géographie le rattrape:

Voilà monde moderne
Et son cul plein de boue
Accusant la montagne
D’être obstacle à la joie.. il faut vendre les près

et Haut-Arverne  est" un hommage mélancolique au terroir de l’auteur" nous dit le dossier de presse.

Toboggan:     Il neige     Déjà nos roches recouvertes     [Tuilière et Sanadoire]

Fin et aboutissement de la période marquée par la "transmission": Babel, et avalanches de lieux:

La beauté,  Derrière la Banne au Fohet,  dans la direction du Crest,  Rivière d'or Saint-Léger,  Le brouillard s'est levé déjà il noie les Grands Moulins,   Quand nous partions l'hiver pour notre sabbat aux Veillis,  Le Sioulot le Vendeix les vergnes quelques ennemis allemands,  Dans le Mont-Dore la fille court, court dans la rue Ramond,    Toute mouillée l'aube est levée il gronde au Chavanon,  Mujade ribe vers la Védrine,  Le jour se lève sur Chamablanc,  C'matin Bozat est encore blanc, Le foin coupé vers le Vendeix,  Il a pris par la Dordogne-Il pleuvait sur le Guéry-Neige et pluie au Sancy,  On a retrouvé les corps, Laure Sur la route du Mont Dore, col de Diane,  Une fille et un garçon s'embrassaient au bal au Chambon-Je n'ai jamais, jamais jamais su leur nom-Les deux s'embrassaient au Chambon,   Le maquis tenait Bozat-Tenait le château des Croizats,  Quand tant de rancune fait La dent, dent, dent- Enfants mis au chagrin des grands,  Chagrin de violette Au parquet salon Creusé dedans ma chair Jusqu'à Clermont...

Les enfants dorment c'est l'été

Dans le pays où je suis né

Là-haut surveille un Jean-le-Blanc

Le vieux ruisseau part en chantant

A la recherche de rien vraiment

Symbole de cette transmission, une chanson avec ses enfants pour conclure : 

Gare de Clermont retard compris nous attendons le bus qui doit nous conduire au Sancy   Vers La Bourboule, enfin les environs c'est là-haut que nous d'vons passer not'première nuit, Camping à la ferme.

 

Le disque de deuil?    A Paris...  Morituri n'épargne pas le Sancy:  

ils sont tous mourus:  Dans le purin qu'il devrait épandre aux Veillis,  le gars de Bagnols,   Le garde chasse qui s'est pendu   Vers Chambourguet

Et  même si Bergheaud fait le tour du monde, c'est à partir de la cuisine:

Corée du Nord,  Bengladesh,  Açores, Danemark, Tahiti, Epsom, concert Mayol, Dantzig, Aux Dardanelles, à Mayerling, Sarajevo, Bengale, yvetot, Arkhangelsk... et tout de même, le plateau de :

 Charlanne, déjà la grippe bleue

Sont-ce bien là   Raisons ma mie     Pour chialer dans la cuisine

C'est déjà une bonne raison d'avoir le cafard, et pour Murat, d'autant plus si l'esprit vagabonde jusqu'en Haute-Savoie:

Mon regard d'un noir
Regard meurtrier
En Haute-Savoie
Face caméra
Coupez
  
           

(d'autres lieux sont évoqués: Roissy, Angers, l'Etna, Bréhat...ne fâchons pas nos suisses)

Heureusement, il reste encore la nature:

vers Fontsalade...    

Et moi nature    Je reste fidèle     À ton amour

Murat se réinvente et se met en travaux sur la N89...    Dans son Puzzle, il  convoque tout de même Montluçon, Veyre-Monton et sa vierge à la con, le château de Cordes à Orcival, deux stations de métro parisiens... et  Besse: 

Il a quitté tôt Besse à l'heure de la messe il s'en va dans le hasard pourtant la neige est là.

 

Il francese le transporte dans d'autres jean-Louis,  mais le Ciné Vox de la Bourboule est là, et Margot aussi.

Ce qu'il voit par la fenêtre ou lors de ses courses ou sorties vélo, il l'avoue ensuite:

Entomologiste banal  Je vois l'un dévorer l'autre- Accordéoniste brutal Je leur lance une galoche- Autant en faire quelque chose Plutôt que rien... Le nom du papillon noir Autant en faire quelque chose- Du champ de neige tout ruisselle J'y plonge mon regard -La chose est sottise nostalgique Ressemble à un entonnoir S'élance la couleuvre chimérique Elle traverse mon regard Autant en faire quelque chose Plutôt que rien.

 

Rupture sentimentale. Cela peut pousser vers l'imaginaire: Xanadu, Balbec, mais rien à faire "on est encore à La Bourboule"... et"Montboudif" est convoqué pour la sonorité,  et la source de la loue, la barre des Ecrins orangée au matin,  comme décors d'un amour naissant.

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3)BLABLA sans plan:  DU LOCAL A L'INTIME

Le travail a été laborieux et l'est s'est doute à la lecture, mais j'ai aimé me replonger pour une fois dans les textes nus. Bien sûr, je voulais mettre en évidence l'ancrage territorial. Ce n'est pas nouveau certes : les sites de fans reprennent ses lieux depuis Dolores et Murat en a parfois exprimé sa fierté : sanadoire.com (des 6 ou 7 sites qui existaient à l'époque de Mustango, le seul site encore visible de nos jours, avec Le Lien Défait qui a également sa carte). (cela nécessitait une mise à jour que je publie ci-dessous).

Murat se glisse dans le paysage, et en retour, nous le projette dans le monde:

"Murat est un juste,
ses chansons ont
la beauté minérale,
la splendeur éteinte
des volcans endormis de son pays."

Serge Kagansky

Alors, bien-sûr, l'étiquette de l'auvergnat, du chanteur régional va lui être accolé. Le projet "AuRA aime Murat" contribuerait-il à le cantonner à ce cadre ? Ce n’est pas notre intention.


 

En 1996, Lolo Boyer part dans l'hiver auvergnat rencontrer Murat du haut du Sancy au cave de St-Nectaire, sans oublier  la Lady of Orcival. Avant de descendre les pistes, il répond:

"j'ai la crainte de passer pour un chanteur régional, et strictement français. Je trouve qu'un véritable artiste se doit de trouver des points d'appuis dans d'autres cultures... Les références locales? oui, c'est la volonté d'être universel, de parler du monde entièrement, bien parler de chez soi, des quelques hectares qui t'entourent, c'est parler de la terre entière" .

En 2002, aux inrocks, après avoir indiqué que le retour en Auvergne était un choix économique:

 

La référence à Springsteen a souvent été donnée : 

 

« Mais on ne fait pas chier Springsteen avec le New Jersey ou Calexico avec l’Arizona ! C’est ahurissant quand même ! C’est comme si Springsteen était de la Nièvre et qu’il faisait des chansons sur la Nièvre. On dirait quoi. Ce que j’aime dans la culture américaine, c’est l’utilisation des lieux et des origines. En Amérique, parler de ton pays n’est pas du tout un problème. Si tu fais une chanson sur Toronto, personne n’y fera attention. En France, si tu écris une chanson sur Vénissieux, t’es mal. Tu parles de Vénissieux en interview pendant dix ans. Et moi, c’est un peu mon cas. Je suis Auvergnat, je n’y peux rien. Il y en a qui sont du Nord Michigan. Et alors ? J’en profite pour le dire franchement, une bonne fois pour toutes : “L’Auvergne, je m’en fous complètement”. (magic 99)


 

On est comme toujours avec Murat dans la complexité (« à chaque moment, on pense toujours des choses différentes, on en choisit une, mais on est toujours agité par des sentiments, des réflexions contradictoires », sentiments associés à une volonté farouche de conserver sa liberté, en opposition à une «sincérité» de façade). Au moment de Babel, il a pu rejeter le caractère et le terme "ethnocentré", tout en disant ailleurs qu'il chantait l''Auvergne" ou se réclamer "chanteur AOC".

En 2018, encore au micro de Mme Sfez, êtes-vous à la dérive, Jean-Louis Murat?

"Non, j'ai un gouvernail". "J'ai un nomadisme organisé".... et "je voyage entre les identités du vrai Murat et quelques autres, les époques". Pourtant, on vous présente toujours comme le chanteur du terroir, reclus dans son Auvergne... "c'est des conneries tout ça, ce n'est parce que je chante ce qui est autour de moi que... je suis là euheuh... (il reprend:) L'enfer d'être de quelque part, dans mon fort intérieur,  je ne me sens pas du tout d'ici".


 

Ce n’est donc pas forcement un choix, mais voilà, au dedans de lui, et devant, il y a ce cadre… qu’il peint... et cet ancrage donne une force considérable à son discours, si bien que Jean-Louis pourrait chanter les misères causés à Emile par les rats taupiers que ça serait encore plus émouvant qu'un village englouti par un lac chanté par un ménestrel de Versailles. Il a conduit tant de monde à faire le voyage, doit-on dire le pèlerinage sur les terres muratiennes, inspiré des livres, des émissions, que bien sûr, on touche bien à l'universel.... [je crois même que Matthieu avait choisi Clermont attiré par les filets poétiques de JL Bergheaud],

Il est quand même bien aidé par les caractéristiques de sa région, et les forces qui s'y exercent. Le discours poétique de Murat tient donc du naturel, du naturaliste et du SURNATUREL (approché via sa grand-mère. A Laure Adler, il parle d'ancrage "non pas seulement dans une réalité strictement auvergnate, c'est un sorte de monde disparu où l'on pouvait croire à un monde qui nous dépasse", "je me sens surinvesti de la responsabilité par rapport  à tous les ancêtres", de la transmission de ce monde-là. Sa région est donc aussi fantasmée, rêvée, ou hantée des souvenirs d'enfance... Et habitée de ses représentations sur un monde qui change. Ainsi, chanter les ronds-points des gilets jaunes était aussi pour lui chanter les lieux de mémoire de ce monde qui disparaît.


Son œuvre incite au dépassement de soi et des petites idées d’apparence du monde pour nous aider à comprendre ce qui est structurel, ce qui relie les espaces et les temps des sociétés. C’est en Auvergne, c’est en Poitou, c’est partout et tout le temps à la fois. Personne n’avait jamais écrit une telle géographie musicale…Il y a du plaisir pour longtemps.               (Samuel, maître de conférence en géographie, correspondance privée.. avec moi)

Ce caractère universel fait que les chansons de Murat peuvent aussi vivre leur vie à côté de leur interprète. On veut le démontrer !   Murat ne serait pas une influence de tant d'artistes si ce n'était pas le cas,  mais pour des artistes vivant aussi "en région", c'est forcement aussi un modèle, et forcement, ses textes peuvent aussi les toucher de manière plus intime... Jean-Louis ne chante pas les embruns, et les bateaux échoués, que l'on croise rarement en AuRA, ni les plaines céréalières du Berry mais les montagnes, les petites exploitations, un pays de lieux-dits...    Enfin, il montre qu'on peut mener sa carrière en affirmant son identité, certes multiple, changeante, en ne pliant pas le genou devant Paris.

 

. #Aimonslesartistesdeleurvivant!

@auraaimeMurat

soutenez-le projet :   https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat

 

4)LES CARTES

Bon, à part ça (qu’est-ce qui m’a pris de partir sur un truc aussi ambitieux), au départ, très terre à terre, je voulais juste vous dire que Jean-Louis a chanté tout notre territoire AuRA, d'un bout à l'autre... et curieusement, ses zones frontières: à l’ouest, puisque c’est là où son regard se porte plus facilement de chez lui, là où sonne l'orage… ou à l’est, là où le cafard rode mais aussi l’amour (la barre des écrins)... Il n'aura pas expressément chanté Lyon (malgré des Monts d'or?, et "Comme Rhône à la Saône Tu te mêles à moi) mais c'est aussi la ville de la famille, de Jocelyne. Alors, voyons ça en carte (cliquez dessus pour agrandir)… Du plus grand au plus petit :

 

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

Quel est ton rapport à la géographie, aux lieux où tu vis, d'où tu viens ? (Chronic'art 2002)

Les paysages sur lesquels on ouvre les yeux, quels qu'ils soient, laissent une marque indélébile. Quand je vois les paysages d'Auvergne, je retourne en enfance, je retrouve mes racines. Mais les paysages sont aussi importants quand ils te manquent. J'aime bien voyager, bouger, jusqu'à ce que ces paysages me manquent, jusqu'à ce que j'en rêve. Ensuite, lorsque je retourne chez moi, la première heure, je regarde tout, et puis je me réhabitue. Après, je suis à nouveau obligé de me désintoxiquer de ce qui me paraît naturel, et je repars... Mais on n'échappe pas aux paysages de son enfance. J'habite dans la montagne, en Auvergne, et j'ai été élevé dans une ferme au milieu des animaux, des fleurs, etc. Les animaux, les fleurs, les arbres, les nuages, l'eau, la neige, c'est mon quotidien. Et mes voisins sont des paysans, avec qui on ne parle que de ça : si l'orage est passé, s'il a neigé, si les frênes poussent, s'il y a des perces neiges cette année…

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

1-Roches Tuilière et Sanadoire

2- puy de l'aiguillier (accueille-moi paysage)

3-L'ouire est blanc (peu me chaut)

4-Ruisseau de Fontsalade (le chant du coucou)

5-Guery (Neige et pluie au Sancy)

6-La Compissade (moulin de) (le voleur de rhubarbe)

7-Lusclade (le voleur de rhubarbe)

8- Les vergnes (les ronces)

9- Eau salée (le voleur de rhubarbe)

10- Fohet (j'ai fréquenté la beauté et "accueille moi paysage"

11-Charlannes(plateau) (la pharmacienne d'Yvetot)

12- Rocher de l'aigle (le voleur de rhubarbe)

13-Les grands moulins (les ronces)

14-Chambourguet (tous mourus)

15-Vendeix (multiples citations)

16-Roche Vendeix... (le ruisseau Vendeix 17 coule au dessus puis en direction de la Bourboule)

18- Veillis (le tremplin) pré sous la Roche Vendeix et depuis gagné par la végétation

19-Bozat (montagne de) (noyage au Chambon)

20-Chamablanc

21-Village des LONGES (Nu sous la crevasse)

22-Roc de Cuzeau (le matelot)

23- Dent de la rancune (nu dans la crevasse,  "chagrin violette")

24-Courbanges (la petite idée derrière la tête

25-Chambon (lac) noyade au Chambon

26- Saut de la pucelle (dent du marais) (la petite idée derrière la tête)

27- Les essarts (cascade)  (filles d'or sur le chemin)

28-Bagnols (tous mourus)

29-Besse (les pensées de Pascal)

 

Merci à https://alainfecourt.wixsite.com/muratextes/

 photos de @surjeanlouismurat.com

 

Commentaires: (Voici ce que Florence m'a adressé en mail après la lecture, je vous le transmets également car j'ai trouvé que c'était nettement mieux écrit que moi,  il est souligné la beauté des NOMS que je n'ai pas abordé, ou juste avec Montboudif, et elle évoque  le moine  François Cassingena-Trévedy  dont on avait parlé ici):

 

Bonsoir Pierrot,

 
Comment ça, "laborieux" ?? Il y a tout ce que j"aime dans ton dernier article ! Des cartes, des pistes et des parcours, des noms de lieu, et puis les mots de Murat... Merci !
C'est beau les textes ancrés. Qui se déploient dans un espace et le rendent sensible au lecteur / auditeur. Imprégnés  de lumières et de couleurs, de climats, de gestes, d'un rapport au monde, hommes, bêtes et paysages, d'un rapport au temps et aux saisons.
C'est beau aussi les noms propres quand ils lestent de tout leur poids ces paysages qu'on nous donne à imaginer, quand ils résonnent de toute leur charge poétique et leur mystère (ou leur comique : Montboudif lui dit plus trop, quelle trouvaille !)
Et puis chez Murat le trait net du paysage s'estompe régulièrement pour nous conduire vers des régions tout intérieures, entre souvenirs et identités rêvées, où le Bartleby de Melville sort de la rue Ramond, Joachim Murat côtoie le ruisseau où l'on se désaltère à deux, la guerre s'invite au Chambon, et Rimbaud dans la chanson du cavalier... Et les cavaliers eux-mêmes un peu partout, mais comment ne pas rêver de grandes chevauchées quand on descend vers Courbanges depuis le puy de l'Angle ou qu'on musarde dans les prés devant le puy de Chambourguet ?
 
(C'est pour cela que les pèlerinages et les visites guidées ne m'ont jamais tentée. Murat comme tous les auteurs que j'adore m'incite davantage à la déambulation rêveuse - humer l'air, partager des sensations plutôt que suivre une piste... Et lorsqu'au hasard de la route je me retrouve aux Grands Moulins ou que je passe devant le puy de la Védrine, c'est comme une heureuse rencontre.  Et quand tout se rejoint, et que soudain la balade résonne de tous ces échos, quelle joie ! Comme quand Angélique dans son restaurant à Brion nous dit qu'il faut qu'on lise François Cassingena-Trévedy parce sans le connaître nous mettons nos pas dans les siens, que plongée dans le livre j'y retrouve Murat avec ses propres itinéraires, et passant du livre au blog toi derrière eux deux !
 
Ouh la, un peu longuette cette parenthèse autobiographique... Je la referme derechef).
 
Bref, pour en revenir à Murat, son oeuvre n'a pas grand-chose à voir avec le régionalisme : c'est large, ça respire, ça ouvre, ça parle à tous. Ton blog, et tous les témoignages d'artistes que tu as recueillis le montrent tellement bien. Ce qu'il touche en chacun, et les chemins divers qu'il inspire, depuis son univers si singulier.
Et si ton beau projet peut permettre de discuter de l'étiquette tellement paresseuse de chanteur du terroir, ce sera une de ses vertus supplémentaires ! Ton article lance toutes les pistes.
 
Merci encore de m'avoir fait voyager ce soir, et pardon pour ce mail un peu long et sans doute bien redondant par rapport à ce que tu as écrit. Mais j'ai la reconnaissance bavarde...
 
Merci Florence!

 

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 6 Juillet 2020

[Herbe têtue rouge calèche
Toboggans rentrés
Le temps est long qui nous ramène
Les filles avec l'été ]

[Quand le retour des cigognes
chaque jour est retardé
on scrute à l'horizon
les prémices de l'été
on n'attend que ça
on n'attend que ça]

[" Dans quelques jours l'été     J'en perds la mémoire     Comme pans effondrés Dans un enclos cathare  Reviens vite je prends   Le corridor humide]

Mais enfin, un jour, il est là...

Vu de trois quarts

Ce juillet sans orage

Vu de trois quarts

C'est la faim au village

Vu de trois quarts

Ne serait-on alors

Vu de trois quarts

Heureux que par hasard

 

Et oui, vous l'aurez compris, plongeons-nous dans l'été, orage, moiteur amoureuse, chaleur langoureuse propre au romantisme... Murat semble juillettiste, laissant le mois d'août aux hordes touristiques.
 

Nous avons commencé par ce "vu de trois quarts" que je n'ai pas trouvé en ligne. J'ai donc monté la vidéo en cherchant quelques portraits où Murat se défile des profils et de face...  Extrait du miniCD "mashpotétisés" (avec Fred Jimenez).

 

Ah, la douceur de juillet, on se sent fort, prête à résoudre même le plus grand des mystères:

 

Qui est cette fille, l'humide secret

Que je déshabille dans la pénombre de juillet

Quel est ce mystère, quelle est cette envie

Qui me désattelle alors de tout ce que je vis

Ce sont yeux qui brillent, quenottes de chat

Salives et soupirs mêlés une première fois

Un rêve liquide dans ma nuit d'été

Tout pour une fille qui se pâme retournée

 

 

Juillet, pas encore le temps des bilans de saison... on fera ça plus tard:

[Je regrette ces soirées d'été où nous faisions des parties de cache-cache]

 

Voyager tout l'été

Nous aura mis face à la beauté

Comme a bird on a poire

 

Viens ma toute belle
Canoter c'est l'été
Nous aurons le ciel à partager
Il y a tant d'étoiles au ciel
Les nuits d'été

 

22' vlà... le 22 juillet:

 
j'habitais rue Bondy

vous rue des Pyrénées
quand soudain vers minuit
ce lundi vingt-deux juillet

je vis loin de Paris
et vous où je ne sais
pensez-vous vers minuit
à nous les vingt-deux juillet


 

C'est AMEN OTIS (single PAR MEGARDE/période VENUS, même si ça sonne plus Dolorés), hommage à OTIS REDDING.... 

En passant, je signale aux parigo, qu'à OTHIS (77), un dealer de Cantal nommé Bruno Bergheaud vous fournit tout un tas de produits made in "15" et-6-3 dans son échoppe "le cantal vous régale" (bières, charcut, porc frais...).  Amen. Il y a de la diaspora heureuse. A part ça,  IL n'y a plus de rue de Bondy à Paris depuis 1944 (désormais rue rené boulanger)..  Il se trouve qu'un certain Béranger y aurait vécu, composant une chanson sur "son grenier" et la vie de peu qu'il y vécut... Murat nous a conté ses mêmes déboires... Paris ou Haute-Savoie, le cafard n'est pas loin... 

["Ami de tête   Suons l'été  Tout nous crève dans ce taudis"  ("princesse évaporée")]

["le parcours de la peine  s'arrête un seul été  à l'échancrure vierge  du corps d'une fée"]
 

Parcours parisien suite....

Place des Abbesses en plein juillet

J'ai cru trouver

Mais l'ombre boulevard Pereire

Avant minuit

S'est effacée

Sans toi tous les lieux

Me désespèrent

Sans toi tous les lieux

Sont à désespérer


 

 

Le texte écrit pour Eryk.e fait écho à celui d'Amen Otis... Souvenir d'une date, des lieux... en souvenir de x. Tout cela est à désespérer... alors que le bonheur est dans le 6/3 peut-être, alors, alors.... :

 

Alors mon esprit

Prend par Lusclade

Grisé par les senteurs

De juillet

 

Soudain une faible flamme

Jaillit dans cette obscurité

Tiens... le voleur de rhubarbe

 

Mais on a beau s'ancrer, fonder, la nostalgie peut s'emparer de nous.

 

[J'ai marché sur l'hydre du cerveau

Marché sur la bête levée tôt

J'ai passé la porte en dansant

J'ai pensé aux enfants

Alors que la mer et les forêts

Dansaient sous les coups d'un vent d'été

Perdu sur la pente étoilée

J'ai failli tout lâché  (UN HOMME OU BIEN, bonus vinyle morituri)]

 

  La chanson de dolores est pour certains la plus belle jamais écrite par Jean-Louis.

 

Et depuis parée de cet amour 

J'ai dansé tour à tour

Tous les champs de la terre

Surprise en décembre en juillet

Partout où nous menaient

Des joies similaires

 

Sur le net, on trouve : "On peut  voir dans ce texte d'une façon plus générale toute relation qui va à l'encontre des stéréotypes, tous ces amours de jeunesse où la liberté chasse les responsabilités, cette irrégularité mis à mal par la régularité que représente la prise de responsabilités, l'âge adulte, représentée ici par le mariage".


 

ah, les amours de jeunesse, la jeunesse... ce n'est pourtant pas toujours la joie... même en juillet.

JE TRAINE ET JE M'ENNUIE

je vis dans un mois de juillet
sous-titré pathétique
où des héroïnes en anglais
me rendent romantique
je sors en chialant des cinés
puis je cours rue Montlosier
donner mon sang pour l'Afrique

 

Encore une fois,  l'impasse des grandes villes...  vive l'utopie paysanne et ce mois de Juillet où il n'y a plus de temps pour tout ennui.

 

Le jour se lève sur Chamablanc

C'matin Bozat est encore blanc

Les enfants dorment c'est l'été

Dans le pays où je suis né

Là-haut surveille un Jean-le-Blanc

Le vieux ruisseau part en chantant

A la recherche de rien vraiment

Dans le pays où dort l'enfant

Seul dans l'étable Levacher

Soigne le veau de l'enragée

Grand-mère a mal c'est l'été

Dans le pays où je suis né

 

 

Mille vaches
Vendeix-Haut
Oui comme en été
As-tu mis ta vigne vierge
Vierge vigne frangine
As-tu mis l'amour du bon côté
Tu auras oui belle mine
Dans la vie en rose
Que je te promets

Un juillet ensoleillé
Nous remplit caves et greniers
Pourquoi juillet irait donc
Comme janvier
Allons faucille à la main
Noirs de bouche
Secs au gosier
A la Saint Germain
Il nous pleuvra du vin

Ah, satané calendrier qui va faire venir le temps des aoûtiens....  ça me donne le blues:

Tout rêve de la fille allumée

En poignée de brindilles pour l'été

Tout aime que se fixe le sujet

Monter au cou du cygne et gicler

 

 

Dans un studio du quartier

Dans un désordre fou

Après un simple baiser

Je crois bien au mois d'août

J'ai vu la folle analogue

Sur l'ordi hier matin

Elle grignotait au réveil

En partie le butin

 

 

KIDS 

 

L’an

Était au mois d’août

Nous en allions les trois nus cassés

Au loin gronde orage

Good bye

En souvenir de vous

Je guette du Ventoux

Le moindre feu de paille

 

Good night

Le mois d’été est doux

Toutes les fleurs écloses

Dansent en souvenir de vous

 

Bon été à tous!  Et attention à Pauline qui traverse l'été à cheval de manière distraite...

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 8 Février 2020

Un article de Stéphane DAVET mais à propos de ses anciens disques, et c'est très intéressant car c'est la première fois qu'un média d'importance s'intéresse aux rééditions en cours (on apprend le nom de l'acteur de ce travail chez Pias : Jean-luc Marre), et surtout, on nous indique que ce n'est pas fini, et qu'il pourrait enfin avoir des vrais disques d'inédits! Et c'est illustré avec une nouvelle photo!

 

-  A propos de vieilleries, justement, SUNS BURNS OUT publiait la semaine dernière un article sur "l'ange déchu", à lire en suivant le lien ci dessous: (mais revenez me voir ensuite): Très bon article qui parle de Murat entre variété et rock, modernité et désuétude... et comme d'habitude, Manset est cité aujourd'hui, comme hier!, et peut-être un peu plus que demain.

https://www.sunburnsout.com/l-ange-dechu-de-jean-louis-murat-ou-le-poete-supreme/

 

La chose a commencé en 1982. A cette époque, Jean-Louis Murat sonnait comme une forme vaguement moderne et un poil synthpop dérivée de ce que faisait Gérard Manset depuis plus d’une décennie : une poésie chantée sur un rythme bringuebalant et qui restait, mine de rien, assez éloignée du format pop en vigueur chez les anglo-saxons. Le premier album de Jean-Louis Murat, par delà sa production hésitante, était en fait un EP étendu (6 titres) dont il n’est pas resté grand-chose si ce n’est cette idée, fixe, de façonner un texte qui en reste un d’où qu’on se place. Avec Passions privées, en 1984, Murat ratait musicalement son entrée en matière. L’album lorgnait cette fois du côté de Bashung mais perdait le cap musical en s’adjoignant des cuivres et des sources de divertissement, presque funk parfois, qui détournaient du propos. Difficile de savoir alors de quoi Murat allait être le nom. Poète, esthère foireux ou caméléon musical. Le grand public allait devoir attendre quelques années de plus avant d’obtenir une réponse, à travers un morceau qui allait faire instantanément de Murat l’unique poète rénovateur susceptible de faire carrière durablement dans la variété française.

Sa position actuelle, qu’il se plaît à décrier en concert (connu mais pas trop, populaire mais pas trop, célèbre mais qui vend peu), Murat l’a forgée il y a 30 ans maintenant avec Cheyenne Autumn, un album remarquable (bien qu’inégal) à travers lequel il allait enfin donner corps et, pour ainsi dire naissance, à une vraie poésie pop à la française. Il y avait bien sûr eu des poètes chantants avant lui : Ferré, Brel, Brassens à sa façon, mais aussi Manset et dans un autre genre Yves Simon. Il y avait eu Capdevielle sur un rythme plus rock, des poètes folk (Ferrat, Aufray) et même des chanteurs pop déjà avec Bashung et Daho bien sûr, mais aucun équivalent susceptible de proposer une telle qualité de texte poétique et un accompagnement pop qui ne soit pas systématiquement inspiré du passé ou, au contraire, complètement décalqué sur les genres anglo-saxons. Lorsque déboule Murat, d’abord avec son Garçon qui maudit les filles, puis l’Ange déchu, avant qu’il ne transforme l’essai avec Si je devais manquer de toi, le genre n’existe pas. Murat est un OVNI, un gars qui se glisse par effraction dans un univers qui n’est pas prêt à le recevoir. L’époque n’a pas la tête à ça. Madonna chante Vogue. Depeche Mode, Personal Jesus. C’est l’été de la Lambada, de Renaud avec la Mère à Titi, l’année où The Cure sort Disintegration, où Jive Bunny domine les charts et Tears For Fear sort Sowing The Seeds of Love. Les Pixies se reposent et Morrissey apprend à vivre seul. Il n’y a alors presqu’aucune place pour la mélancolie et encore moins pour les états d’âme. Les productions sont ronflantes et souvent très orchestrées. Impossible de trouver quelque chose de populaire qui ne soit aussi sophistiqué. L’Ange Déchu est une fulgurance où se conjuguent l’apparition d’une forme anachronique de chanson française, d’une révolution poétique et d’un écrin romantique (la beauté de Murat, son look byronien) pour occuper un espace minuscule situé entre le rock français et la variété.

 

L’espace d’un instant, Murat ouvre cette brèche, cette possibilité d’un champ nouveau qui s’inscrit entre un genre imparfaitement populaire et globalement resté marginal et rebelle chez nous (celui du rock et même si la figure de Téléphone a pu en être une version atténuée et celle d’Indochine une incarnation dégradée par mimétisme des anglo-saxons) et celui d’une variété véritablement qualitative qui n’existait pas auparavant. Lorsqu’il apparaît sur les écrans, celui que personne ne considère encore vraiment comme un Auvergnat est bien l’incarnation mêlée du « jeune homme moderne » (tel qu’on l’entendra chez Magic quelques années plus tard), post années 80s, et d’une figure littéraire qui hante la France depuis le XIXème siècle qui est celui de l’écrivain chanteur, romantique, amoureux et porteur sur lui d’une destinée tragique. Cheyenne Autumn est un album encore imparfait, impur. Il est trop poétique pour plaire à tous, trop excessif, pas assez terrestre et parfois boursouflé dans l’écriture, précieux dans la présentation. Il n’est pas pour tout le monde et porte déjà sur lui la marginalisation du chanteur qui viendra (trop compliqué pour l’époque, trop élevé pour ce que le grand public peut assimiler et chantonner), ce qui est à peu près tout le contraire de l’Ange Déchu, miracle pop et surtout compromis parfaitement équilibré entre l’exigence poétique et ce que le public peut digérer. L’Ange est lumineux, triste mais pas trop, solaire, bâti sur l’expression d’une ligne claire qui rend son accès non seulement mais aisé mais aussi agréable et réconfortant pour l’auditeur. C’est le texte qui parle de lui-même et qui emporte le morceau :

Quand s’éveille l’ange dans
Mon pauvre corps
J’arrache les pierres
Aux murs épais
Du tombeau de terre où
Tu m’as jeté
Je monte à grand peine
Par les chemins
Que prennent les reines
Les assassins
Dans cet univers de cendres
Où aimer n’existe pas
Parfois je prie mon ange
Eh, ne m’oublie pas

Cette orange du début, et la force des deux premiers vers, qui renvoient immanquablement (et sans doute pas par hasard) à la « terre bleue comme une orange » de Paul Eluard, soit la figure la plus célèbre et la plus unanimement partagée du pays. L’orange est évidemment ronde, enfantine, favorable comme les astres, joyeuse comme un ballon qu’on projette pour rire et faire plaisir. Il y a un coup de génie dans cette entame qui mêle le divin (l’ange), le corporel (le corps du chanteur) et le fruit le plus magique et courant qui soit. Murat enchaîne par ce qui fera son ADN par la suite : les pierres, le chemin, les murs épais. Personne n’y comprend rien. Le texte de L’Ange Déchu noue les fils poétiques surréalistes et rimbaldiens dans une forme qui rappelle un Milton rural et postmoderne. C’est à la fois inédit, historique et tout à fait moderne. On retrouvera le personnage, gothique mais qui porte des baskets blanches, cheveux ébouriffés et attitude ténébreuse, dans le Sandman de Neil Gaiman, qui démarre justement cette année-là.

 

Si l’on ajoute à cela le physique de jeune premier de Murat, l’ensemble est imparable. Le poète supérieur s’incarne dans un corps qui anticipe la perfection capillaire, les jeans blanchis et les regards profonds des acteurs de Premiers Baisers (1991) et Hélène et les Garçons, les après-midis façon C’est encore mieux l’après-midi, sages et tendrement subversifs de Christophe Dechavanne. C’est cette modernité exacte que Murat porte sur lui, parfaite synthèse de l’esprit du temps et condensé presque en avance sur son temps d’une culture profonde mais décontractée. Le mirage ne tiendra pas longtemps tant il apparaît vite que Murat n’a rien à voir avec ce contresens initial. Le Manteau de Pluie (1991) et Vénus (1993) font le boulot. Il sera temps alors d’envoyer Murat se faire voir ailleurs, de le repousser dans l’exil du terroir et de recaler sa modernité, physique et musicale, pour le transformer médiatiquement en barde incertain de la ruralité, en poète conservateur et en coqueluche indépendante. L’homme lui-même s’y laissera prendre, même s’il retrouvera un court instant avec son chef d’œuvre absolu, Dolorès, en 1996, ce sens parfait de l’équilibre entre la séduction pop et l’ambition du projet. Le reste ne sera que ça : un tâtonnement superbe, jusqu’au suicidaire, entre les images et les genres, tantôt sublime, tantôt insupportable, brillant ou cabotin, forcené ou inspiré, selon qu’on le regarde avec amour ou désintérêt.

Si Murat est devenu ce qu’il est, c’est, comme Rimbaud avait foutu les voiles, parce qu’il lui était tout simplement impossible de rester celui qui faisait et refaisait l’Ange en plongée.

Chaque jour
Les nostalgies nous rongent
Sans retour
Nous dérivons
Privés de tour à tour
Je crains tant le souffle
Du temps sur moi
J’ai connu sa bouche
Dans l’au-delà
Fais de mon âme une branche
De mon corps un talus
Mais Dieu apaise l’ange
L’ange déchu

Il lui fallait devenir branche, talus et mousse herbue, transformer cet animal divin en une forme végétale, irritante et éternelle, un substrat duquel pousserait sans qu’il en sache jamais rien une autre espèce plus affûtée ou éphémère : celle des fugaces et périssables Occidentaux, doubles pop parfaits, apparus et disparus en 1993, ou, poussés d’une chambre seule, Dominique A et quelques autres avec son Disque Sourd (1991) et son Courage des Oiseaux.

Murat était seul et unique depuis le début. Il était condamné à ne pas passer l’été.

Ecrit par

un grand merci à lui

LA NOUVEAUTE EN PLUS

AUSTYN chanteur lyonnais  amateur de Murat a fait appel à DENIS CLAVAIZOLLE pour réaliser son nouvel album. Son single accrocheur fait penser à Bashung.... mais la presse souligne aussi le lien avec Murat.

Un EP est prévu en mars!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Baby Love, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 5 Janvier 2020

Voilà une petite info concernant la collaboration Murat/Farmer... Elle a été dénichée par des nouveaux venues dans le  PIMF (paysage internet mylène farmerien) : histoires de MF.com qui propose en podcast des émissions thématiques.  A priori, pas des perdreaux de l'année, puisqu'il s'agit de spécialistes dont un ayant déjà participé à plusieurs ouvrages sur la chanteuse.  Ce "grand scoop" (selon l'échelle du fan) a bien étonné les amateurs de Mylène (qui l'ont rapporté dans un des forums encore actifs ), et les participants au podcast expriment également leur enthousiasme  ("oh, Jean-Louis!", "dingue", "ah là là")...  Pour nous autres, les réactions resteront sans doute plus mesurées... mais je vous laisse en juger, peut-être à l'aune de vos passions, que je n'espère point tristes.

Il a donc été révélé que Murat, dans l'album "l'autre",  n'est pas seulement présent avec REGRETS, mais aussi en ouverture... Si! dans la chanson "agnus dei". Bon, vous imaginez bien que c'est fugace voire subliminale s'il a fallu attendre 30 ans pour s'en rendre compte.    Intentionnalité de l'oeuvre ou des auteurs, le fait est que  "l'autre" commence donc par "un autre", et cela enchante donc les personnes dans le studio.

- vers 35 minutes, il est question de   "Regrets"   avec une forte recommandation d'écouter les disques de JL.

- le scoop est sur la fin  (vous trouverez également la séquence en fin d'article: player vocaroo)

http://histoiresdemf.com/2019/04/autre/

Il s'agit donc d'un petit sample...  qui  n'avait bien sûr pas fait l'objet d'un crédit, la voix masculine (latin)  que l'on retrouve plus loin dans la chanson est celle de Christopher Thompson, qui s'essayait à la chanson à l'époque.  Quelques précisions sur le titre Agnus Deï de Farmer :

Musique

"J'adore en tout cas les chants grégoriens. C'est vrai que Laurent et moi-même avions cette idée, ça fait très, très, très longtemps, que d'utiliser des chants grégoriens dans une chanson, et ça a déjà été fait. Là, ce sont deux voix masculines." (Mylène Farmer - RTL - 08/04/1991)

"Agnus Dei est un délire de studio ! Et Mylène était là dès le début. Je crois même que c'est parti d'une idée de mélodie qu'elle avait en tête. On a fait ce titre tous les trois, et je crois que l'essentiel a été fait dans la journée. Les paroles sont venues après l'idée initiale du "Agnus Dei". Ça s'est fait très très vite et c'était magique. (...) Je pourrais dire que ce genre de morceaux était des récréations au milieu des albums." (Thierry Rogen -  Styx Magazine spécial L'autre... - 2011)

Paroles

"Quand j’ai écrit cette chanson, j’ai pensé aux « Diables », de Ken Russel. Je ne sais pas si vous avez vu ce film qui se passait sous l’Inquisition. Et ma foi, non, je n’ai pas peur de ce genre de réactions du Vatican. Et quand bien même !" (RTL - 08/04/1991)

"J'ai eu envie de parler de mutilation, et puis l’association Agnus Dei est venue toute seule. Mais Dieu, je ne connais pas. Peut-être que c'est ça, ma mutilation." (France Soir - 13/04/1991)

 

 

On s'amusera (oui, vraiment, ça m'amuse... oui, il en faut peu je sais)  de rappeler que Murat signera ensuite le titre "agnus dei babe" (Toboggan)... où Murat évoque aussi une sorte de mutilation mais sentimentale...

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Je me permets également du coup un autre "rapprochement" : le bassiste sur le disque est le célèbre Bernard PAGANOTTI. Le nom ne vous dit peut-être rien mais son visage vous fera tilt, notamment via le clip de "Sarbacane"

 

Et bien, Michel Zacha, ici chez bibi, nous dévoilait que c'est ce dernier qui jouait sur le premier disque de Murat (le lp Murat), quelques années après sa période chez Magma ou sur "Champagne pour tout le monde" d'Higelin.  Dernier petit détail:  On peut parfois le croiser avec Slim Batteux, clavier du "grand lièvre", autour des RAPETOUX (groupe d'amis réunissant la fine fleur des musiciens de studio, dont Basile Leroux).

Pour aller plus loin:

http://www.surjeanlouismurat.com/article-complement-a-l-article-jean-louis-murat-et-m-farmer-45660693.html

 

LE LIEN 2020 EN PLUS

 

- Dans le Télégramme,  Murat et Baby love sont cités dans les disques attendues du premier trimestre, Morgane Imbeaud est également dans la liste... mais aucun contenu réelle dans l'article. Ce n'est pas beaucoup mieux sur l'avenir.net,  mais il y a un peu de rédaction:   "Tout comme un nouveau Jean-Louis Murat, Babylone, le 6 mars". ....  De Baby love, à Babylone, à un baby alone... il n'y a qu'un (faux) pas...

On trouve enfin le nom de Murat chez RTL qui fait un large tour des actualités probables de 2020: " D'autres chanteurs sont en studio comme Serge Lama, Calogero, Bénabar, Jean-Louis Murat, Benjamin Biolay ,Bernard Lavilliers ou Marc Lavoine". Là, encore, il y a imprécision car Murat est depuis longtemps sorti de studio...   Dans cet article, il est indiqué que Julien Clerc, Patricia Kass, travaillent... Murat a-t-il envoyé des textes?

Il y a 3 jours Indochine annonçait aussi qu'ils seront présents en 2020,2021... Sans doute plus avec une tournée anniversaire qu'un nouvel album dans un premier temps... Leur clip "karma girls" (dernier succès en date signé JLM)  vient d'être élu après vote du public (et un appel à mobilisation de leurs fans sur les réseaux) via le site purecharts, clip de l'année 2019.


 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Baby Love, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 20 Juillet 2019

Et bien, voilà le clip "cours dire aux hommes faibles" qui n'était pas encore disponible dans les tubes, et il est nettoyé:

- ET un nouveau concert à BINCHE, en Belgique. 28 novembre. Et c'est toujours dans un théâtre (le batiment extérieur est ancien, mais la salle a été rénovée entièrement pour une ambiance "moderne".

http://www.binche.be/detentes-loisirs/culture/theatre-communal-de-binche

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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