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Publié le 3 Mars 2015

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En 2007, Marie Myriam avait repris "PARS" (une bossa) de CHEYENNE AUTUMN sur son disque ENCORE, une jolie version ma foi. A l'époque, on se demandait sur le forum si la dernière française ayant gagné l'Eurovision avait demandé l'autorisation à Murat... Ce qu'on ignorait, c'est qu'ils avaient travaillé ensemble... et bien avant 2007.... Preuve en est cette version inédite de la chanson "la valse des adieux" en duo que je vous invite à écouter ci-dessous et qui n'avait jamais été diffusée, ni même évoquée!

 

On connaissait ce titre sur plusieurs versions déjà :

- Comme un outtake de DOLORES: Il faisait partie de ceux enregistrés à Londres, en 1995, avec Tim Simenon, la fameuse session d'espionnage pour Murat. "à Londres, Murat bosse deux titres avec lui: «"Ça m'a fait du bien. Tim travaille avec des batteurs, des mecs qui samplent tout... A la fin, tu as un son à tout casser sur 76 pistes et lui il se noie là-dedans, ça manque d'émotion"... Exit Simenon et retour à la case départ: la bonne franquette"(Libé 24/09/96) . "En travaillant sur deux titres, il avait rempli des pages et des pages de notes sur ses méthodes et les outils employés" (C.Dupouy)

- Murat a également versé au dossier une version antérieure sous le nom "les adieux" (avec mention "inédit 1991"). Jean-Louis nous avait fait cadeau de la chanson comme dernier titre de son calendrier de l'avent en 2000.

- Il existe également une version live (concert d'un soir sur RTL en 1998). C'est à ce moment-là (1998/1999) qu'il enregistrait avec Marie Myriam (selon les informations de celui qui m'a remis le titre). L'échec (ou la non parution) du duo lui donne sans doute envie de chanter le titre.

 

Cette succession de date est tout-à-fait étonnant (Le Lien défait l'indique d'ailleurs comme peu probable) : un compositeur peu enclin à regarder en arrière et à recycler (officiellement)  pioche en effet un titre datant de 91 pour DOLORES (95/96), et le repropose (?) encore quelques années plus tard à Marie Myriam. Cela marque-t-il  un  attachement important à ce titre?   Ou, au contraire, a-t-il choisi un vieux titre à faire "bosser" à Simenon (et à Marie Myriam) juste comme du matériel à brouillons, une étude ? Jean-Louis ayant diffusé plusieurs fois le titre, on peut pencher pour la  première proposition.   J'ai tenté de joindre Marie Myriam via une agence artistique qui semble s'occuper d'elle pour en savoir plus, mais sans réponse pour le moment.

 

Signe de ce parcours à épisodes, il existe deux dépôts SACEM: le titre "les adieux" référencé juste après ceux de cheyenne autumn et "la valse des adieux" plus tardif (cela confirme les dates de création).  Il se trouve qu'il existe quelques variations dans les textes. Le couplet "Je pense aux jours passés aux rêveries...." est absent pour "La valse des adieux (95)". Concernant Les adieux (91), l'architecture de la chanson n'est pas la même. Après "Nous irons nous fondre dans l’oubli......", il passe directement à "S’il faut servir de bétail aux dieux..." et le couplet "Nous resterons toujours interdits.." se retrouve en fin de chanson du coup. On retrouve encore quelques petites différences (Merci P.L.).   Le fait est qu'il "collait" bien à la thématique de DOLORES, peut-être trop...  Le texte sur murattextes

 

Petite précision: je ne savais pas trop quoi faire de ce titre car j'essaye de ne partager que ce qui a été "mise à disposition" officiellement, mais soit, je fais une petite entorse :  d'abord, nous l'avons fait écouter aux spectateurs de la soirée LIVRE UNPLUGGED samedi 21 février... et maintenant, via cette vidéo élaborée sans trop réfléchir j'avoue (mais vous avez l'habitude), sur le thème des adieux, des cheveux de Marie Myriam, et de la valse.

 

(Merci B.V.).

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 22 Février 2015

On savait que Jean-Louis Murat avait tenté d'être journaliste musical durant ses années de galère. Hier, lors de la soirée Livre Unplugged, Olivier NUC nous en parlait en disant qu'un article sur Véronique Sanson était disponible sur le net, "peut-être sur le blog de Pierrot" a-t-il dit.

Ce n'était pas ici... J'ai donc pensé que c'était chez la concurrence. J'ai cherché ce soir via google... et trouvé l'article signé Jean-Louis BERGHEAUD sur un site consacré à Véronique SANSON...

http://veronique-sanson-presse.eklablog.com/coupures-de-presse-1976-a104198036?noajax&mobile=1

Je leur pique la photo, mais allez consulter ce site très intéressant pour compenser!!

L'article est donc issue de la revue Chanson, 18 avril 1976. Il est bien écrit, sensible... C'est à croire qu'il a raté sa vocation... Je rigole! Puisque je vous dis que je rigole!!

Jean-Louis Murat, journaliste... en 1976

Ci-dessous une vidéo de l'époque du directeur de la REVUE Lucien Nicolas... qui a été édité quelques années plus tard par Hidalgo ("chanson vivante" en 84). Il était membre du comité de rédaction de Chorus et/ou Paroles et Musique, et a également travaillé pour TELERAMA. On voit que Murat avait tapé à la bonne porte.

http://www.ina.fr/video/RBC08061601

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 13 Février 2015

Allez, c'est le retour des ARCHIVES... Voici un grand article qui sert de sources importantes à Sébastien Bataille. Une interview au long cours, passionnante, juste avant le déménagement à Douharesse. Pour la petite histoire, Murat y évoque très rapidement sa soeur...

C'est lisible sur le site des inrocks:

http://www.lesinrocks.com/1991/09/25/musique/mon-ame-de-berger-11223454/

LES INROCKUPTIBLES - n° 31 (1991)

"Mon âme de berger"

Dans une bulle très terre-à-terre habite Murat, ce vénusien parfaitement isolé du spectacle musical. Son cirque de "pauvre gars" à lui, bricolé dans la cohésion, est vital pour les rares instants de clarté qui reposent de la peine du parcours. Otez-lui ses chansons sacrées, rythmées par le pouls, il en crèvera. Mais, pour le moment, en ce jour de plein été, le soleil chauffe tout le pays. Sauf chez lui, évidemment : là-haut, dans un hameau agrippé à la montagne, il fait humide et frais. Le brouillard est tombé sur le puy de Dôme comme pour gommer les aspérités, effacer les cols et remplir les vallées. Un paysage de folie douce.

Interview : Christian Fevret

J'habitais en ville, mais j'ai passé les six derniers mois dans une maison ici, à Pessade. Nous sommes juste au-dessous du col de la Croix Morand, qui est devenu le titre d'une chanson. C'était en fait la "Croix du Mourant" au départ, car un type a été pris dans une tempête de neige là-haut et avait juré d'y dresser une croix s'il s'en sortait. Le col s'est longtemps appelé le col de la Croix du Mourant, puis la contraction s'est faite. J'aimais bien cette histoire.

Dans Le Manteau de pluie, les éléments et les animaux sont plus que jamais présents. Le 'cliché bucolique" ne te fait-il pas peur ?

Si. Pour moi, les animaux ou les éléments naturels sont des intercesseurs avec autre chose. Sinon, évidemment, je serais dans le cliché absolu du chanteur régional. Alors que je n'ai pas d'animaux, j'aime trop les animaux pour en avoir. J'ai conscience d'être sur un terrain miné, car je peux facilement être apprécié de façon tordue, consommable pour les journaux de jeunes filles ou les magazines sur la nature : c'est le rapport pornographique tous azimuts, je suis un peu trop fille de joie. Il n'y a pas à craindre qu'un jour ce soit la fin des haricots pour moi. Ce sera aussi ma vie. Je n'ai pas envie de tomber dans tous les clichés sécurisants. Si je dois aller à la catastrophe, j'irai. Mais ça me plaît de faire tout ce que je fais. Je me sens assez d'énergie pour porter toutes les contradictions.

LA CRINIÈRE POUSSE AU LIONCEAU

Selon toi, il n'y a pas de patrimoine Murat à gérer. N'est-ce pas en contradiction avec le fait de vouloir contrôler le moindre aspect de ta carrière ?

C'est juste une histoire de caractère. Ce n'est pas que j'ai peur que Murat échappe à Bergeaud (son état civil}, mais je n'ai jamais fait confiance à qui que ce soit. C'est un truc assez paysan, ça. La fin du monde paysan, c'est lorsqu'ils ont commencé à faire confiance au Crédit Agricole.

On a l'impression qu'au fil des disques, tu parles moins. Avec ce nouvel album, tu sembles de plus en plus apprécier les silences mais surtout les faux silences, un peu comme on dit : faux plat".

Le premier mois à Pessade, je n'ai enregistré que du silence. Je l'enregistrais de 3 h l'après-midi jusqu'à 6 h, je menais les enceintes dehors et le balançais à un autre moment. Jusqu'au moment où je me rends compte que le silence est une rumeur énorme. En le travaillant au sampler, il devient un cri d'enfant, un râle de mourant, un soupir de femme ou un train qui entre en gare. Ça me travaillait tellement que je l'ai fait sur ma voix. Je la samplais et j'en faisais du vent, des cris, un arbre qui tombe, tout. Tu te rends compte qu'il est vain de te prétendre silencieux et de faire des chansons sur le silence.

Tu aimes le silence et les gens qui savent se taire, mais tu es le premier à être un parleur, un bavardeur.

C'est un phénomène assez naturel, un oiseau avec son chant participe du silence. Parler, c'est mettre de l'ordre dans son propre silence. J'ai donc malgré tout la sensation d'être silencieux. J'ai passé six mois à Pessade pour composer les chansons de l'album : l'essentiel a été fait ici, dans la maison qui se trouve derrière cette auberge. Ce qui me travaillait le plus était de transcrire ça, c'est pourquoi j'étais parti avec Le Manteau de pluie du singe, avec Bashô, avec le haïku ou des choses comme ça, qui sont des poésies du silence. Mais en fait, c'est du pipeau.

L'impression de faux plat tient au rythme, en l'occurrence ce mid-tempo insistant et confortable, qui domine tout l'album.

J'aime bien les chansons qui sont menées sur le ton de la conversation, ou d'un échange amoureux. Dès que le tempo est un peu élevé, les chansons te stressent. Le beat parfait, c'est le battement du cœur. Sorti du battement du cœur, je me sens gêné : j'ai l'impression d'avoir une démarche strictement commerciale lorsque j'accélère le tempo. Je pourrais dire tous les textes de l'album tranquillement, sans chanter. Ce tempo lent se trouve sur beaucoup de ballades de rhythm'n'blues. Tous les gens que j'aime bien, les Otis et les Sam Cooke, travaillaient dans ces eaux-là. C'est le tempo de l'amour. Moi, je ne fais que des chansons d'amour et on ne peut pas parler d'amour sur un rythme de lapin mécanique. Ce que j'aime bien chez Neil Conti (le batteur de Prefab Sprout jouant sur Le Manteau), c'est qu'il a le son de caisse claire du batteur d'Otis Redding, Al Jackson. Dans mon biberon, j'avais cette musique et cette sonorité. Ces trucs de rhythm'n'blues mais aussi Wyatt, Cohen : j'aime ce qui n'a jamais été à la mode. J'en reste aux mots, aux mélodies, aux arrangements qui vont toujours dans le sens des mots et à l'efficacité de la rythmique, sans qu'elle soit omniprésente. Mais pour moi, le grand exemple, c'est Prefab Sprout et Talk Talk. A Pessade, pour le travail sur Le Manteau, je n'avais que leurs disques, je voulais viser entre les deux. Je trouve que les mots français vont très bien sur ce genre de choses.

Fais-tu un complexe vis-à-vis des Anglo-Saxons ?

Dans Johnny Frenchman, sur Passions privées, je dis "Attends que la crinière pousse au lionceau", je parlais pour moi. Cette chanson était au départ une lettre ouverte à Costello, car j'avais lu une interview où il nous traitait de minables. C'était à l'époque des Pale Fountains : d'un seul coup, je sentais quelque chose de neuf, que je pourrais aller dans cette direction. Je voyais les Anglais comme des voyageurs modernes, avec une langue invincible mais je leur disais "Attends que la crinière pousse au lionceau", je sentais qu'il faudrait du temps. Ça peut s'apprendre, il faut avoir des connaissances en art poétique, aimer la grammaire, le vocabulaire, écouter beaucoup de musique, trouver son rythme à soi, ne pas se précipiter. J'avais conscience de partir de très loin. Un peu comme le retard de la renaissance française sur la renaissance italienne.

On pourrait penser qu'en vingt ans, le tour de ce genre musical a été fait. On peut soit baisser les bras, soit penser que le genre musical est acquis et que les territoires sont maintenant personnels, intérieurs. Et c'est encourageant, on peut croire que c'est un progrès de civilisation. Plutôt que de juger si le type est bon explorateur, s'il fait du nouveau, il s'agit de savoir s'il fait du vrai. Ici, on est assez fort pour l'exploration intérieure, pour avancer dans sa forêt vierge. On est plus introverti, on a plus le sens du sacrifice. A part quelques exceptions, des gens comme Lennon, eux ont assez peu le sens de la culpabilité. Dans cette espèce de far-west intérieur, on peut être les champions.

Tu parlais de l'influence rhythm'n'blues, il y en a une autre plus surprenante sur Le Manteau de pluie : celle de la musique brésilienne et de la bossa, notamment sur Le Mendiant à Rio.

Tu entends le coq ? Il vient de chanter. Je voulais le garder sur l'intro de La Croix Morand (Plus tard on entendra le chien dont l'aboiement accompagne la même chanson). En ce qui concerne la bossa, c'est pour moi la musique du chagrin. Un souvenir très précis. Tout gamin, je n'avais pas le droit de regarder les films à 20 h 30. Il y avait Orpheo negro qui passait un soir. Je devais être tout triste, pauvre garçon dans mon lit. J'ai passé tout le film l'oreille collée à la cloison et ce fut un émerveillement. Ce que j'étais se trouvait en phase avec ces harmonies et ce tempo. Ça, je l'ai toujours gardé. Je pense que Le Mendiant à Rio est le truc définitif, que je ne ferai plus de bossa. Car il y a une connotation mièvre dans la bossa, c'est pour ça que je dis à la fin "Tu peux te moquer de moi" . beaucoup de gens n'arrêtent pas de se foutrent de moi parce que je fais de la bossa. On croit qu'il y a là une faiblesse élémentaire. Mais Joao Gilberto, c'est la voix que je préfère. Et les mélodies, les harmonies, c'est Antonio Carlos Jobim. Instinctivement, une chanson sur deux que je fais est une bossa, et je sais que ça vient de l'enfance. Michael Franks déteste l'adaptation de sa chanson sur Le Mendiant à Rio. Je lui ai pourtant envoyé une lettre en lui expliquant qu'il avait fait une chanson sur Jobim en tant que Californien et que moi, en tant que Français, j'avais une façon de voir les choses un peu plus cruelle, avec un sentiment de culpabilité.

Tu étais déjà surpris par des réactions morbides suscitées par tes chansons. Peux-tu encore t'en étonner, lorsque tu commences cet album par quelque chose comme "Vois comme je vis mal" ?

Ca va sûrement amener de l'eau à leur moulin, mais je le ressens comme ça : je trouve que je vis mal, donc je le dis, c'est tout.

Est-il déjà un peu plus difficile d'écrire qu'avant ?

Non, j'ai tout de suite l'impression d'être une source infinie, que ça va couler tout le temps. Certaines chansons du Manteau ont été réglées dans la demi-journée. Je ne peux pas vivre sans faire des chansons. Alors que beaucoup assurent leur train de vie. Manset par exemple, ce n'est plus un besoin vital. Ça doit se tarir. Chez moi, tout ça se tarira et il faudra que j'aie alors le courage d'arrêter.

Ton image souffre de quelques collaborations... douteuses. Mylène Farmer dernièrement, qui t'a demandé de chanter en duo. Es-tu flatté ou gêné ?

Flatté. Je ne trouve rien de méprisable dans son succès. On m'a aussi demandé une chanson pour Johnny. En écoutant la maquette, les gens de son entourage m'ont dit "S'il n'y a pas de grosses guitares rock, pour Johnny ce ne sera pas une chanson". J'ai refusé et j'ai repris ma chanson. Je suis boulimique, ça ne remplit pas ma vie de faire des chansons uniquement pour moi. Et je suis un piètre interprète, mon job est plutôt de les écrire. En studio, le moment pénible est lorsque je dois chanter, je n'y prends pas de plaisir. Pour moi, le vrai chanteur c'est Sinatra, ou Johnny Mathis. Même s'il y a des gens qui chantent faux, sans beaucoup de voix et qui sont des interprètes sensationnels.

On sent d'ailleurs que tu as renoncé à être chanteur, pour n'être plus qu'interprète.

Avant, je poussais toujours la tonalité de chaque chanson au maximum, je braillais pendant trois minutes. Alors que maintenant, j'aime chanter comme à la maison, lorsque je ne fais pas trop de bruit et que je cherche. Chanter comme on parle, un peu comme le fait Cohen.

Sans le succès de Cheyenne autumn, ta trajectoire aurait elle été modifiée ?

Lorsque j'ai fait Cheyenne, j'en avais ras-le-bol, j'avais l'impression que c'était un dernier effort. Si ça n'avait pas marché, je pense que j'aurais fait autre chose. Je voulais partir de France. Quitte à arrêter la musique, il me semble. Avec Cheyenne, je me suis rendu compte que ce n'était pas très bon pour moi de faire des chansons, ça me ramenait toujours à moi. Et comme je me voyais toujours un peu en position d'échec, ce n'était pas sain. Avant, je ne savais plus trop où donner de la tête. Cheyenne était encore un album légèrement bicéphale, je mettais un peu d'eau dans mon vin sur certaines chansons, car je n'arrivais pas à intéresser des gens. Je partais à la pêche. Je faisais vraiment ce que j'avais à faire sur les autres, notamment sur celles composées juste avant l'enregistrement, comme L'Ange déchu, Le Venin ou 89. Ça m'a mis dans une voie qui est vraiment la mienne, et je suis arrivé fin prêt pour Le Manteau de pluie.

Ton succès lui aussi est bicéphale : crédibilité auprès des "spécialisés" et succès plus grand public.

Dans l'absolu, c'est l'idéal, mais c'est extrêmement dangereux. J'attends le retour de bâton. Avec les médias, il y a un côté quasi pornographique. A un moment, je vais être jeté comme un kleenex, dans la mesure où je me suis laissé pénétrer tranquillement par tous, des FM aux journaux spécialisés. A un moment, je vais payer. Mais je n'aurai pas tendance à me protéger, je suis prêt à tout. Non, surtout ne pas être frileux. J'ai le choix, mais je vais à l'accident le cœur léger.

PAUVRE CARRIOLE DÉGLINGUÉE

Un thème revient plus que jamais dans Le Manteau, la perte de goût. A quel moment s'en rend-on compte ?

Comme beaucoup de gens, je suis constamment en train de faire des efforts pour apprécier les choses. Dès que je me laisse aller, je n'apprécie rien. Rien ne me plaît, rien. Faire des efforts, c'est me lever tôt le matin, bouffer... C'est aussi essayer de rendre heureux les gens avec qui on vit, ne pas être un poids. Donc je ne vis pas très naturellement, je fais des efforts pour tout. Ce que je peux dire là est un peu exagéré, mais je me sens sursitaire. Déjà tout petit, j'étais comme ça, je crois. Comme s'il manquait définitivement quelques vrais bonheurs de bébé. Un déficit en bonheurs de bébé (rires)... Le danger est de s'apitoyer sur son sort, car c'est le lot de beaucoup. Simplement, ça ressort davantage chez moi car c'est mon terrain d'action.

Qu'est-ce que "l'âme de berger", dans Le Col de la Croix Morand ?

Je suppose que je parlais de la mienne (rires)... Je n'aime pas trop le terme paysan ou agriculteur, je ne connais que le nom de berger. Plutôt que de dire âme de paysan, je dis âme de berger. Là-haut, dans la montagne, il n'y avait que des troupeaux, donc que des bergers.

Le Lien défait est, à la première écoute, la chanson la plus impressionnante de l'album, parce que la plus noire et résignée.

Chaque fois qu'on noue quelque chose, on sait que ça va se dénouer. J'ai fait beaucoup de chansons sur le lien serré, ou sur le nœud serré. On se plaint parce qu'on a l'impression que le nœud est trop serré et puis une fois que le lien est défait, on se sent toujours aussi malheureux.

Tu fais pourtant un effort pour tenir le nœud serré . notamment avec cette volonté farouche d'habiter dans l'Auvergne de tes ancêtres.

Ça, c'est le garde-fou. C'est une volonté de survie, chacun survit avec ses petites choses et moi, j'ai l'enfance. Une espèce de volonté ridicule de vivre ma vie comme j'ai vécu mon enfance. Comme beaucoup de gens, j'essaie de réaliser mes rêves d'enfance. Et souvent, c'est l'enfance elle-même. J'essaye de la retrouver. Tout en sachant, et c'est là que ça devient ridicule, que ça ne sert évidemment à rien. Je crois qu'ailleurs, je m'en sortirais aussi. Ma hantise est de me retrouver avec des valeurs réactionnaires. Ces valeurs de l'Occupation, le retour à la terre, l'agriculture, le monde paysan, être contre le monde industriel, contre les citadins, "On ne peut pas mentir avec la terre". Je sais que je porte tout ça et je m'en méfie. Déjà que je suis assez pour les jacqueries ou ces choses-là.... Je finirai comme je n'ai pas envie de finir. Une espèce d'écolo paysan qui bégaye "Les citadins, c'est de la merde". C'est une pulsion forte chez moi, donc je m'en méfie.

Qu'est-ce qui te fait peur ?

L'exclusion que ça amène. Tu vois bien comment je veux vivre, je n'ai pas envie d'avoir de voisins, d'être emmerdé, d'avoir l'horizon pollué par d'autres. J'ai envie d'avoir toute la vue, de voir perdurer les valeurs paysannes et ça, c'est assez dangereux car tu fais partie du monde, tu ne peux pas essayer obstinément de recréer ton enfance, tu es obligé de vivre au milieu des gens. Je pourrais très bien être citadin, je pourrais m'habituer à n'importe quelle situation. Rendre sa vie multiple, c'est quand même pas mal. Plutôt que d'être un monomaniaque. Je ne veux pas être toujours avec les mêmes rêves. Le monde paysan et la façon dont je voudrais vivre, c'est une douce illusion que je me fais. Ce n'est pas parce que j'aurai cinquante bêtes, trois mouflets, quatre chiens et cinquante hectares que tout ira comme sur des roulettes.

Tu parlais de la peur d'être réac. Plusieurs images illustrent le regret du passé : le paradis perdu, l'ange déchu, le monde disparu.

C'est perdu depuis longtemps. C'est le début de l'album : depuis qu'on a fait vraiment fonctionner notre cervelle, c'est la fin des haricots. Je ne trouve des satisfactions que dans les dernières petites choses qui me restent de l'animal. Etre un humain, je n'y vois que des inconvénients. La curiosité et le savoir m'ont apporté la tare fondamentale, comme à beaucoup de gens : le cynisme. La culture m'a rendu cynique. J'aimerais beaucoup être primaire, ne parler que par grognements et n'avoir que des émotions primaires. Me brûler au feu, me baigner dans l'eau, apprécier l'air, le vent et la chaleur et ne pas chercher midi à 14 h. J'ai l'impression d'être devenu une machine trop sophistiquée qui n'arrête pas de tomber en panne, qui ne peut pas vraiment fonctionner (rires)...

Et qui a trouvé comme seul moyen de s'en sortir le jeu et le cynisme, ces maladies mortelles qui tuent tout. Surtout être cynique, c'est le pire, la tare absolue.

N'est-il pas confortable de se laisser aller à son cynisme tout en le dénonçant ?

C'est difficile de se refaire. Comme dit Cohen, le seul truc est d'essayer d'y voir clair. "Did you ever go clear". Juste d'être propre, ou tenter d'être limpide sur le court terme. L'effort qu'on peut fournir sur une chanson ou sur de petites choses comme ça, c'est un effort pour la clarté dans la simplicité. Un effort de pureté. Ça ne fait pas passer tout le reste, mais après, tu deviens un peu comme moi, boulimique. Je fais des tonnes de chansons. Sur les deux premières années, lorsque j'ai commencé à faire des chansons, j'envoyais des cassettes à mon éditeur. Je n'ai aucune trace de toutes ces chansons. L'autre jour, il a dit à mon éditeur actuel qu'il en avait deux cent cinquante (rires)... Dont je n'ai pas le moindre souvenir. Dès que je suis tranquille, je fais facilement une chanson par jour. Quand je n'ai que ça à faire, c'est un enfer. Si je n'ai pas fait ma chanson dans la journée, je me sens sale. Comme si je n'étais pas allé courir, si je ne m'étais pas lavé ou si je n'étais pas allé aux chiottes. J'ai une chanson là-dessus, un de mes textes préférés, qui s'appelle 'On n'attend que ça' : les trois minutes trente qu'on passe toute sa vie à attendre pour trouver une trajectoire un peu limpide. Un instant de clarté.

Ton cynisme, qu'a-t-il comme cible principale ?

Moi-même et, par conséquence, un peu tout le monde. Je suis quand même extrêmement sévère avec moi et avec mes chansons. Je suis toujours le premier étonné qu'une de mes chansons puisse plaire. Peut être qu'il y a un peu de complaisance là-dedans, mais sincèrement, je trouve que je suis un pauvre gars... Je me fais pitié, quoi. Heureusement que je ne m'appelle pas par mon propre nom, ça m'aide. Souvent, je me dis "Mon pauvre Murat, tu me fais pitié"... Pitié d'avoir peur, peur de vieillir, de vouloir faire le malin en faisant des chansons, de vouloir gagner quatre sous, de vivre différemment, de faire du sport pour m'entretenir, d'avoir mal aux dents, de faire de la sinusite, tout. Etre malade, ça me fait pitié, ça me dégoûte. Je me vois comme un vieil engin pour lequel j'ai un peu de sympathie... Mais je me dis que vraiment...Pauvre carriole pourrave. Et l'esprit pareil, je suis une vieille carriole déglinguée. Ça m'amuse d'autant plus de me voir essayer, en promo, en télé, de passer pour du neuf, alors que je me sens une vieille chose.

C'est donc l'orgueil suprême, c'est qu'on a une très haute opinion de soi.

Bien sûr, ce n'est que ça, une ambition, un orgueil démesurés. Comme à l'école, c'est le "peut mieux faire" qui tue. Avant, c'était les profs ; maintenant, c'est moi. Me voir en truc déglingué fait aussi partie du cynisme, c'est "pour qui tu te prends ?". Car pour penser de moi tout ce que je dis, mais pour qui je me prends ?! J'ai honte d'être uniquement un chanteur de variété, et pourtant je le suis à fond.

PLAISIR ET CHAGRIN SONT COUSINS GERMAINS

Où trouves-tu ton plaisir ?

Il n'y a que dans l'amour que tu peux prendre de la hauteur. Etre avec la fille que j'aime. Il n'y a que dans mon histoire avec Marie que je prends de la hauteur. Bien que ce soit extrêmement compliqué, qu'on ait chacun un caractère de cochon... Moi, je ne me sens vraiment bien que si je peux donner du plaisir à la fille que j'aime. C'est le seul moment où tu ne te poses pas de question, où tu ne te sens pas archi-déglingué. Ce sont des moments à saisir rapidement, parce que tu as toujours l'impression que le plaisir et le chagrin sont cousins germains, que tu prends toujours le plus grand plaisir dans l'antichambre de la mort. Tu es dans le plus grand bonheur, mais tu frôles le plus grand malheur. Parler du chagrin ou du plaisir, c'est un peu la même chose. Le Manteau, ce sont toutes des chansons de sexe, quand même (rires)...

Le même thème revient d'ailleurs systématiquement, sous des métaphores voisines : dans Infidèle, Corridor humide, Gorge profonde, "Les Entrailles vives", même dans Le Col de la Croix Morand.

Oui, quand je dis col de la Croix Morand, c'est vulgaire mais c'est le col de l'utérus, sans problème. Pour Corridor humide, j'étais en studio, j'avais cette nouvelle chanson et je me suis dit que j'allais la faire comme : ça, rapidement... Une fois terminée, je suis revenu en cabine, Marie et quelques copains m'ont dit "Elle est dégueulasse c'te chanson I" J'ai dit "Quoi, qu'est-ce qu'il y a de dégueulasse ?!" Sincèrement, il ne m'était jamais venu à l'esprit que le corridor humide puisse être une métaphore sexuelle. Je le promets, ça m'a vraiment échappé. L'image du corridor humide venait encore de Tarkovski, dans Le Stalker. Je voyais le petit enfant du Stalker passer un corridor, humide comme toujours dans les films de Tarkovski. Ensuite, je me suis rendu compte que lorsque je parle, dans L'Ephémère, de l'humidité chérie des femmes, ça m'échappait, que c'était comme le Corridor humide.

Cette chanson a choqué beaucoup, notamment les filles. En la matière, as tu des barrières ?

Ça ne me plairait pas de choquer une femme avec les paroles d'une chanson. Par contre, il y a des textes que je lis à ma façon, qui me paraissent très violents et vulgaires, alors que personne ne me dit rien, comme L'Infidèle (rires)... Pour moi, la grande intrigue, c'est le plaisir des femmes. J'ai l'impression que la seule fonction à peu près utile de l'homme, ou d'un mec comme moi, c'est de donner du plaisir à la femme, tout en restant totalement étranger à ce plaisir-là. Il me semble retrouver tout le mystère du monde, tout le mystère de nos vies, de la création. Tu es au cœur d'une femme et tu es au cœur du monde. Tu frôles la mort et le chagrin, malgré tout, tu es dans la joie et le plaisir. Mon plaisir, je m'en fous, c'est toujours le plaisir de l'autre qui est fondamental. Je suis à la fois émerveillé et intrigué. Rien de culturel là-dedans. Ça reste strictement animal, mais tu atteins le plus grand moment de spiritualité. Malgré tout, lorsqu'on voit des animaux s'envoyer en l'air, c'est magnifique, parfois beaucoup plus beau que deux grassouillets suants. Les danses d'amour, la fidélité... Conrad Lorenz par exemple, lorsqu'il étudiait ses couples d'oies : c'est à la vie à la mort, toute la vie le même couple sera toujours fidèle.
Si le mâle ou la femelle meurt, l'autre se laisse mourir.

Quand as-tu compris que c'était pour toi une question clé ?

J'ai toujours été fasciné par les filles, les femmes. Même avant que ça puisse être envisagé, sexuellement parlant. Même tout ce qui est féminin dans la nature, carrément (rires)... Tout ce qui est féminin me sidère. Evidemment, une vie ne suffit pas pour comprendre ne serait-ce qu'un peu ce qui se passe. J'y suis souvent allé en scientifique, en essayant de trouver ce qui se passe, ce qui nous échappe.

Les tout premiers sentiments, les tout premiers émois ont-ils été déterminants pour la suite ?

J'étais d'une fidélité absolue, j'ai eu un grand amour pendant très longtemps et il ne s'est jamais rien passé. Depuis tout petit, depuis la maternelle jusqu'à 14-15 ans. Il ne s'est jamais rien passé. Des fois, je me dis que je vis peut-être les autres histoires comme une espèce de dégradation, qu'en amour c'est ce que j'ai vécu de mieux, cet amour chaste. L'amour dans la chasteté, c'est vraiment fort. Quand tu es avec une fille, il y a souvent beaucoup plus à perdre qu'à gagner à s'envoyer en l'air. Et dans l'amour chaste, c'est trouver le plaisir ailleurs. Sinon, il y a une facilité : beaucoup de couples n'ont pas vraiment plaisir à être ensemble, sauf au pieu (rires)... Je me souviens de plaisirs tout cons, comme prendre la main de la fille qu'on aime. J'étais vraiment très romantique, des fleurs, des petits cadeaux, des heures passées à attendre sous une fenêtre, à rêvasser, à ne pas dormir la nuit, à ne pas manger pendant deux-trois jours, à apercevoir l'ombre, un pied, ou une chaussure, ou le cartable posé contre un mur, tout ça. Des choses qui me donnaient énormément de plaisir. Après, comme on va directement au but, il est difficile de régénérer tous ces plaisirs-là. Pour tout ça, je n'ai pas vieilli, je crois qu'on ne change jamais. Ce genre de fièvre, j'espère bien l'avoir jusqu'au dernier jour. C'est à peu près le seul plaisir (rires)... A part le foot et lire L'Equipe, les plaisirs y' en n'a pas à la pelle.

Tu es d'ailleurs passionné au point de te rendre sur place pour suivre les compétitions : la Coupe du monde, le tour de France, les 24 heures du Mans. Est-ce un simple moyen de tromper l'ennui ?

Ce sont des rêves d'enfance. J'ai tellement phantasmé sur tous les trucs de sport sans voir ce que c'était vraiment. C'est une façon d'aller au plus près de sa passion. Mais j'en retire à chaque fois de la déception. J'attends toujours la lune et comme évidemment je ne trouve jamais la lune, je fais toujours la tronche. C'est comme à Naples, lors de la Coupe du monde, au bout de trois jours j'ai dit "On se casse", je ne veux pas briser mes rêves sur ces réalités lourdingues. Le Tour de France, deux jours, ça suffit. C'est à la fois les rêves de l'enfance et un phantasme sur l'héroïsme. Pour moi, tous les sportifs sont des héros. C'est donc aller le plus près possible des héros, toucher le héros. Bernard Hinault, pour moi c'était tout, l'homme le plus génial du monde, et puis le rencontrer, discuter avec lui... Encore que c'est avec lui que j'ai été le moins déçu... Tu te dis "Ah bon, c'est ça..." C'est comme la fille la plus belle au monde, tu la vois le matin et tu te dis "Ah bon, elle pue... Elle pue, elle chie, la plus belle fille du monde,.." (Rires)... Entendre Platini dire "Pardon, où sont les toilettes", ça me dégoûterait (rires)... C'est la déception permanente.

Qu'est-ce qui ne te déçoit pas ?

L'instant où je fais les chansons. Un instant très bref et passager. Mais les seuls vrais instants où il n'y a pas de déception, c'est avec la nature et les animaux. Dans le disque, on se rend compte de tout ça : un lever de soleil, un souffle d'air frais, une fourmi, n'importe quoi, c'est l'émerveillement continuel. Avec les humains, c'est la déception continuelle, c'est le mystère insondable de la femme qui nous ruine la vie. Mais la nature ou les animaux, ça c'est extra, tu t'en lasses pas, tu parles... A part la nature, le reste c'est quand même des illusions. Même quand tu es avec la fille que tu aimes, tu peux te dire que c'est un putain de hasard de s'être trouvé là, ça aurait pu être un autre blaireau. Il n'y avait donc pas de quoi phantasmer là-dessus non plus. Quant au plaisir des disques, j'écoute d'abord par curiosité. Si je suis ému par un disque, j'aime bien comprendre pourquoi. Après, je peux vraiment avoir du plaisir. Les films, je n'aime que les vieux. Je trouve que, lorsque les acteurs et le réalisateur sont morts, c'est sensationnel, tu n'as pas d'horribles déceptions. Les actrices pourraient toutes mourir à 30 ans, on pourrait continuer à phantasmer... Gene Tierney, Daho l'a rencontrée, il paraît que c'est une grande déception... Au fait, Jean Rouch, vous ne l'avez pas rencontré ?! Parce qu'il y a des questions géniales à lui poser! Ils nous cassent les couilles avec leur world music et leurs machins, alors que Jean Rouch, lui, est allé très loin : Cocorico monsieur Poulet, c'est dans les cinq meilleurs films du monde, quand même! Sinon, l'actualité culturelle m'intéresse, normalement. Mais je me dis que le meilleur moyen de développer du mauvais goût, c'est de s'intéresser à l'actualité, notamment à l'actualité culturelle, En ce moment tout particulièrement. Les festivals d'été, Avignon, je ne supporte pas, je t'interdirais tout ça (rires)... Des moitiés de ringards qui ont eu des subventions pour amuser un peu les blaireaux qui sont partis en vacances en août, ça m'énerve. N'importe quel crétin qui monte Le Roi Lear mettant le Roi Lear en barboteuse avec une couche-culotte... Bon, faut pas que je me lance car mon côté réac va ressortir.

LE DÉGOÛT CHIC

Je m'ignore complètement, je ne sais absolument pas quel genre de zèbre je suis. Dès que je dis un truc, je pense le contraire. J'ai l'impression que dans mon esprit, l'eau et l'huile, c'est chacun son tour. Mon angoisse, c'est que les gens ne comprennent pas la contradiction. Ce qui implique des difficultés avec mon entourage.

Les chansons sont-elles entièrement honnêtes, contiennent-elles ces contradictions ? Ou y a-t-il là aussi une part de faux, de jeu ?

Le danger, c'est la complaisance, dans le choix des mots, choisir ce qu'il y a de plus joli dans le paysage. Comme je fais beaucoup de chansons, je saisis beaucoup de moments de ma vie intime. Sur la même sensation, j'ai souvent cinq ou six chansons, parmi lesquelles j'en choisis une. C'est comme si je travaillais au fusain, je n'arrête pas de faire des croquis, j'en choisis toujours un au dernier moment. En multipliant les chansons, j'évite sans doute le problème de la sincérité ou de la complaisance.

Eviter la complaisance, c'est aussi n'avoir absolument rien à cacher dans une chanson ?

Je découvre souvent deux ou trois ans après ce qu'il peut y avoir dans la chanson, ou une facette. L'image première qui sort de mes chansons est une image de moi qui me dégoûte.

Tu n'es pas tenté de cacher tout ça ?

Oh non, dans le dernier album, ça pue, quand même. Physiquement, moralement. Mentalité, choix de vie, destin. Destin pas palpitant. Je déteste me voir en photo : d'un seul coup, tu vois que tu ne ressembles à rien, que la vie que tu sens en toi n'existe pas. Que ta vraie vie est incommunicable. Comme si tu restais toujours étranger à toi-même. La chanson est une prothèse, une jambe de bois. Tu vis tes chansons avec l'illusion qu'elles vont t'aider à vivre ou à y voir un peu plus clair, mais en fait, elles t'enfoncent encore plus la tête sous l'eau. Je n'ai pas à m'en plaindre, je ne suis pas heureux mais je n'ai pas le souci de l'être.

Et s'il devait y avoir une seule chose à bannir de tes chansons ?

Je ne vois pas vraiment ce que je cache. Toute ma vie sentimentale, toute ma vie sexuelle, mon passé sont dans les chansons. Il suffit d'avoir la bonne clé pour y entrer. Cette espèce de dégoût chic est dans les chansons. Chic, car je connais beaucoup de gens qui auraient une flopée de raisons d'être dégoûtés de la vie, des gens simples qui galèrent mais qui ne sont pas en train de baver continuellement sur la vie. C'est donc une espèce de luxe que je peux me permettre. Si j'étais, comme ma ligne était tracée, plombier avec quatre mouflets sur les bras, en train de galérer, au chômage, là oui... J'ai parfois honte, lorsque je viens à Paris et que je vois tous ces gens malheureux dans la rue, moi je suis là avec mon petit malheur que je mets en 33t, je vends des disques en faisant des tronches de trois pieds de long sur les photos, je me dis "Arrête un peu ton char, pour qui tu te prends ? Regarde autour de toi", je me sens quand même ridicule. Donc c'est chic.

Enfant, tu étais déjà quelqu'un qui n'avait, apparemment, rien à cacher ?

J'étais très secret. Je suis d'un monde où tout était caché, enfermé dans des malles. Rien n'était au jour, les gens puaient la naphtaline. Le monde de la France profonde, paysan et auvergnat, le monde du secret, car beaucoup de choses ne se font pas. Ma mère me dit encore souvent que je lui fais honte lorsque je dis certaines choses. Je ne disais jamais rien, car lorsque tu racontais quelque chose d'intime, tu faisais honte à tes parents et à ta famille. J'ai voulu me sortir de ce sentiment de honte, tout dire. J'étais l'introverti type, c'est un gros effort de sortir tout ça, mais indispensable. Avant, j'étais une sorte d'individu bouché.

Tu aurais pu ne garder qu'un souvenir détestable de l'enfance. N'as-tu pas été tenté de la rejeter en bloc ?

Ce qui me retient encore à tout l'univers de l'enfance, c'est que j'ai été élevé par mon grand-père. Il était très silencieux, mais en lutte contre ce monde de l'hypocrisie, du mensonge et des silences de la campagne. Au milieu de toute cette famille, c'était un peu un artiste, silencieux, un sage. Qui buvait comme un trou, mais sage. Qui pouffait lorsqu'il y avait des hypocrisies, qui haussait les épaules, prenait sa casquette et sortait. Bien que je me souvienne aussi de moments où il n'était pas aussi clair que ça... Evidemment, il y avait les parents, tout ça, mais mon enfance c'est chez mes grands-parents et le rapport privilégié avec mon grand-père. Très souvent, j'y pense. Le film que j'ai tourné dans la chapelle de Roche-Charles, c'est pour lui.

Comment te considérait-on lorsque tu étais enfant ?

J'étais le bon élève type, mais de la campagne. Un peu bouseux, quoi. Je sortais plus tôt de l'école, pour aider aux foins. Ça m'a mis de suite à part, c'est de là que vient ma haine du citadin. Il n'y avait que l'amour des filles qui m'intéressait, j'étais le sentimental premier de la classe, qui ne parlait pas beaucoup. De l'enfance, je garde en moi une impression. Mais les individus, les objets, les lieux, je vomis tout ça. Il ne faut pas utiliser les souvenirs d'enfance plus que le parfum. Je ne peux pas m'asperger en permanence. Un peu derrière les lobes d'oreilles, pas plus (rires)... J'avais une sœur, mais avec la différence d'âge, nos souvenirs sont différents... Donc dans mon souvenir, je suis tout seul.

Ton seul rapport avec la culture était à l'école ?

Oui. Mais le gros déclic, c'est lorsque j'ai eu un Larousse à un Noël. Je garde d'ailleurs une culture Larousse, mosaïque, paraît-il (rires)... J'en ai gardé le défaut d'acheter des bouquins en permanence ; une maison avec une bibliothèque a toujours représenté pour moi le paradis. Chez nous il n'y en avait pas, j'avais le petit Larousse, la carte du Tour de France et ma grand-mère qui chantait "Mon Dieu que la montagne est belle". C'est très peu, ça fait pauvre, mais c'était pauvre. Il y avait huit vaches laitières... Mais à l'époque, je trouvais ça extra. A part le Larousse, j'ai lu très tard. J'aime les mots, les définitions. Comme beaucoup de gens à la campagne, ma vraie approche d'une certaine culture, très méprisée par les gens des villes, c'est le Jeu des 1000 F. Et puis en seconde, je me suis retrouvé à Clermont-Ferrand, complètement déraciné. Mes grands-parents avaient été obligés d'arrêter l'exploitation parce que ma grand-mère avait failli se tuer. Interne à Clermont-Ferrand, j'ai découvert autre chose. Un peu avant, un prof d'anglais m'avait filé des bouquins de Gide, j'allais souvent faire mes devoirs chez lui. Il me faisait écouter des disques de jazz et je n'en revenais pas. Car je ne connaissais rien à rien. Si je ne l'avais pas rencontré, j'étais foutu. Je n'avais jamais ouvert un bouquin, d'un seul coup lui m'a fait lire Les Caves du Vatican, en me l'expliquant. Je ne connaissais que la musique de fanfare, puisque je jouais dans l'harmonie municipale, et lui me faisait écouter Miles Davis et Charlie Parker. Au bahut, ça a été l'explosion. J'ai donné des quatre fers (rires)... J'étais fourré à la bibliothèque, je n'avais jamais assez de temps à l'étude, je lisais tout... Je suis allé voir le surgé pour lui demander une salle d'études pour moi, car je ne pouvais pas travailler avec tous ces gens autour de moi. Je suis devenu très ami avec un Américain de San Francisco. Je découvrais soudain tout, Dylan mais aussi Marcuse. C'était le branché avec le bouseux. En première, je trouvais qu'on n'avait rien à foutre, je me suis donc inscrit en candidat libre en terminale et j'ai fait les deux années en même temps, ce qui fait que j'ai passé le bac en sortant de première. C'était la boulimie.

En l'occurrence, la culture t'a sauvé. Comment a-t-elle commencé à te pourrir ?

Je me suis spécialisé dans tous les phénomènes culturels du moi. J'ai dû par exemple trop rester sur Gide. Je n'admirais que ceux qui étaient fascinés, intrigués, terrorisés ou désespérés par leur propre mécanique. Je me suis spécialisé dans les ouvrages techniques sur la mécanique humaine, qui me renvoyaient toujours à la mienne. Comme beaucoup d'adolescents, je croyais découvrir du flambant neuf, du brillant, un palais, je me suis retrouvé avec des ruines. C'est là qu'a été la cassure. Le bourdon ne m'a pas lâché à partir de ce moment-là de l'adolescence, tu penses être illimité. Les années passent et tu te rends compte que tu es limité, d'un seul coup l'élan est brisé. Tu te crois supersonique, tu te découvres coucou à hélice. La culture peut pourrir car elle te donne des illusions. Gide, sublimer le moi, se délecter de ses turpitudes. Faut vraiment être de la graine d'aristo, je pense à des gens comme Proust, ou être un enculé de bourge pour supporter ça.

LE COING ET LA POMME SAUVAGE

A quoi ressemble la ferme que tu habiteras dans quelques semaines ?

C'est une ferme auvergnate typique, parmi les dernières construites, vers 1914. Elle se trouve à l 200 mètres, en haut de la vallée d'Orcival, ancienne vallée des Ours. A vol d'oiseau, je suis à 3 ou 4 km de la terre des grand-parents. Je suis un peu effrayé maintenant d'avoir acheté ça. Maintenant que je l'ai, j'aimerais aller habiter ailleurs. C'est encore le vice de fonctionnement, le défaut majeur. Avoir envie de quelque chose, penser que ça comble, alors qu'en fait ça ne comble rien. Si je veux être honnête, il faut que je parte en courant... Parce que là-dedans, je vais en ressasser des trucs, c'est sûr. J'me vois déjà, tu parles, avec mes bottes, avec mon bérêt... Je vais faire un son et lumières de la vie campagnarde, c'est ridicule... C'est donc peut-être plutôt du caprice, cette baraque. La nature, je l'aime lorsqu'elle me manque. Je ne fonctionne vraiment que sur le manque et sur une satisfaction morbide dans le manque. Je n'aime pas trop être rassasié des choses. Habiter dans un appartement à Clermont-Ferrand, mais savoir qu'on peut y aller. Pour tout l'été, pendant cinq mois, j'ai loué un buron dans la montagne. Je n'y suis pas allé une fois. Savoir que je peux y aller me suffit. Le manque me suffit, c'est ce que je dis dans Le Mendiant (rires)...

Le tournage du court métrage à la chapelle de Roche-Charles, c'est un caprice ?

C'est typique de la boulimie. J'avais terminé ce putain d'album. J'avais avec l'enthousiasme une marge d'une dizaine de jours en rentrant du Tour de France, il fallait que je trouve quelque chose à faire. Sinon, Marie m'aurait emmené en vacances. Vu que je déteste ça, je devais me lancer dans quelque chose (rires)... Entre la décision et la dernière image, douze jours : ça me plaît beaucoup, opération commando. Je cherchais une chapelle totalement isolée en Auvergne. Roche-Charles était un endroit tellement retiré que même les Auvergnats ne le connaissent pas. Il n'y a qu'un pèlerinage tous les l 5 août, un paysan nous disait qu'il y a vingt ans ils étaient trois mille, maintenant ils se retrouvent à trente. Il n'existe pas de route, même pas de chemin, on a traîné tout le matériel, dont un groupe électrogène, à travers les champs. En trois jours, on a enregistré six morceaux dont quatre filmés live pour un court métrage.

Chanter dans cette chapelle, n'est-ce pas une manière un peu facile de convoquer de force les éléments dont tu rêvais comme thèmes de tes chansons : ta foi, l'âme, les anges, la grâce ?

Bien sûr, c'est une façon de me faciliter la tâche avec ces chansons-là. Un peu comme tu emmènerais ta copine se faire saper par Saint Laurent. Tu te dis qu'au moins, les sapes seront bien. Pour l'enregistrement, je me suis dit qu'au moins, Roche-Charles sera bien (rires)... Et puis ça fait longtemps que je veux faire une tournée gothique et une tournée romaine, dans des chapelles ou autres. Roche-Charles, c'est poser une première pierre de cette belle idée idiote.

L'âme, les anges, la grâce, la foi : ce sont juste des mots vaporeux ou correspondent-ils à une réalité plus palpable ?

Assez souvent, je crois. Ce serait une belle réussite de pouvoir attraper ce genre de virus, si une petite flammèche, quelque chose comme le Saint-Esprit, pouvait me tomber dessus. Donc c'est assez sincère, ce n'est pas une commodité, c'est ancré assez profondément en moi. Mais une foi rurale, campagnarde, primaire. Je crois en Dieu un peu comme je crois en les cerisiers, les fourmis, ou les bêtes à bon Dieu. J'envoie toujours des messages quand j'ai une bête à bon Dieu, pas toi ? (Rires)... En Auvergne, c'est l'intercesseur privilégié entre la terre et le ciel pour les enfants. Ce sont de petites bêtes qui ont une ligne directe avec le ciel, c'est extra. Ça et la marguerite, quand tu enlèves les pétales, un à un.

Ces mots sont-ils aussi un remède efficace contre le goût du désespoir ?

J'ai l'impression d'avoir un désespoir comme une bille d'acier, irréductible. Peut-être qu'une autre supercherie s'y ajoute. le fait de ne pas être heureux mais de ne pas avoir le souci de l'être. C'est une espèce de fatalité biologique. Au sortir de l'adolescence, tu te rends compte que le bonheur est la plus grande des illusions, mais aussi que tu ne peux rien faire contre ta biologie : de vrais défauts de fabrication, héréditaires. Du côté de ma grand-mère paternelle, je suis de toute une lignée de vrais mélancoliques, du soleil noir. De vrais migraineux. Je me demande donc bien par quel miracle je pourrais aller contre ça.
Dans les manifestations physiques, mon grand classique, c'est la migraine, comme beaucoup. Un Français sur trois est migraineux, ils vont quand même pas tous se jeter par la fenêtre. Je suis le patraque, Marie tient parfois la liste des maladies que je peux avoir sur une semaine. Je n'arrête pas de me bourrer de médicaments, j'ai toujours peur d'attraper quelque chose.

L'acquis ou l'héritage du désespoir est une chose. Le goût du désespoir, c'est une autre étape.

Le désespoir n'est pas toujours dégoûtant. Ça laisse souvent un goût amer... Mais toi qui aime aussi la rhubarbe, tu comprends. Ça ne me dérange pas de retourner régulièrement croquer du désespoir, ça fait vivre aussi. Ce n'est pas une chose satanique, qui brûle, destructrice. On ne peut pas être pour l'euthanasie de ce truc ultra-vivant en soi qu'est le désespoir. Mais lorsque sur cette base solide de désespoir, tu accumules les déceptions dans ce qui est marginal, dans les histoires d'amour et le reste... Comme une personne se jetterait à la mer parce que son costume trois-pièces est déchiré, parce que "C'est pas bien". Le drame n'est pas de partir, mais le chagrin d'incompréhension que tu laisses chez les gens qui t'entourent. En soi, se barrer c'est rien, mais il faudrait ne connaître personne, ou alors que les scientifiques donnent vite une pilule de l'oubli. Mais ce n'est pas un échec. Dans la rue, c'est plein de suicidés partout. C'est pire que d'arrêter les frais tout de suite.

As-tu frôlé ce sentiment ?

Oh oui, mais je n'aime pas trop en parler, ça fait con : "Moi, mon p'tit gars, j'peux t'en parler, je sais ce que c'est"... Mais ce n'est vraiment pas pour faire le mariole. Je crains toujours d'en parler, car les gens qui le lisent le comprennent ou l'interprètent très mal. Comme si ton désespoir justifiait de faire des conneries. Il ne faut surtout pas laisser penser ça, une connerie pareille te ruine une interview. J'en ai déjà bouffé avec "Suicidez-vous, le peuple est mort" et "La Gamine", ça m'a quand même échaudé, je dois faire gaffe à ce que je dis.

La folie peut-elle être un refuge ?

Régulièrement, dans la journée, je me rends compte que je sors de moi. Je suis dans une pièce, mais la vision que j'ai de moi, c'est du coin, en haut. Je me suis vu partir cinquante fois : le cœur qui ralentit et d'un seul coup, sortir de moi-même, me retourner, me regarder. Je dois me mettre devant la glace, me regarder, et je ne me reconnais pas. Je suis absent. Peut-être est-ce l'indice d'un léger dérèglement, mais bon, chacun se démerde avec les siens. Ce sont des choses dont je ne parle jamais, mais c'est parfois un vrai problème. Ça procure un gros chagrin, car tu ne te reconnais pas. Tu te vois pire que si c'était la première fois, bien pire. C'est triste car tu reconnais quelques petites choses. J'ai la sensation d'être une ruine, comme si j'avais passé vingt ans loin de ma maison, perdu la tête et qu'en revenant, je reconnaissais vaguement quelque chose, sans savoir quoi.

Tu as dit qu'enchanter ton mal était pour toi une nécessité. Peux-tu prendre un vrai plaisir à dire les choses dures en douceur ? C'est l'impression que donne l'album.

Le plaisir se trouve dans le fait de bien le dire dans la chanson. J'en fais beaucoup, je n'ai pas de plaisir dans celles que je ne garde pas. C'est un plaisir d'artisan qui vient si la chanson est réussie. Le vrai plaisir du Mendiant à Rio, par exemple... C'est idiot, mais ça ne me dérange pas d'être un idiot : je me souviens que je chialais comme une Madeleine dans le train. J'avais beaucoup de mal à estimer si c'était un apitoiement sur moi-même et une vraie douleur, ou si c'était de satisfaction, de joie, de dire "Chapeau, mon gars, pas mal celle-là". C'est toujours dans cette marge indéfinissable. Est-ce qu'on pleure sur soi, de désespoir, ou est-ce des larmes de joie parce que la chanson est réussie ?

Pour l'auditeur, c'est un plaisir très jouissif d'écouter les choses dures dites en douceur.

C'est ce mélange que j'aime aussi. C'est de la rhubarbe et de l'abricot, du coing et de la pomme sauvage. Et ma foi, ça donne d'assez bonnes confitures de mélanger l'amer et le doux.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 29 Janvier 2015

 

Ah, on l'a souvent imaginée avec Matthieu cette interview (c'est pour ça que je me permets ce titre "un peu je me la ramène")... mais point de réponse... et voilà ce que je découvre via un tweet:  un beau cadeau offert par Denis sur son site!  Un long texte parlant de la rencontre avec Jean-Louis Murat et surtout de tout le travail réalisé ensemble, album par album... C'est parfois un peu technique (on connait la passion de Denis pour la technique et les claviers) mais  passionnant... et surtout, cela vous permettra de découvrir d'un oeil hilare certains propos de JB HEBEY dans le livre "Coup de tête" :  "Pour moi, c’est un des meilleurs artistes en France au niveau de la qualité des textes et des directions musicales".

Merci Denis!

 

 

Nous nous sommes rencontrés en 1986, je faisais partie d’un groupe New Wave Blue Matisse signé chez WEA à l’époque. Nous avons commencé à travailler ensemble, Jean-Louis a pris des rendez-vous dans des labels et a séduit Virgin à l’époque, nous avons ensuite enregistré Cheyenne Autumn dans le sud à Cordes-sur-Ciel, mixé ensuite à Paris, et avons travaillé ensemble 12 ans sur pas mal d’albums (Cheyenn Autumn donc, et puis Le Manteau de Pluie, Venus, Dolores, Mustango, les lives, les inédits…).

Pour moi, c’est un des meilleurs artistes en France au niveau de la qualité des textes et des directions musicales, on a expérimenté plein de trucs au niveau des couleurs de sons, des samples, on s’est retrouvé ensuite de temps en temps, notamment pour faire Charles et Léo en 2007 sur des ébauches musicales de Léo Ferré et des textes des Fleurs du mal de Baudelaire. C’était une demande de Matthieu Ferré, le fils de Léo. D’ailleurs, ce disque est toujours vendu avec la nouvelle édition des Fleurs du mal en librairie.

Ensuite, on a partagé la scène en 2010 pour une tournée assez rock, très proche d’une ambiance Neil Young + Crazy Horse, c’était super.

On a eu la chance aussi d’avoir sur les albums de nombreux musiciens / artistes français, anglais ou américains tesl que Elysian Fields, Marc Ribot, Calexico, Neil Conti, Luis Jardim, entre les studios ICP à Bruxelles, ou des studios à Paris ou à New York. Très belles rencontres. Je me souviens qu’à New-York, Mac Ribot nous a dit « Venez à la Knitting Factory ce soir, je joue avec Daniel Johnston, il vient de sortir de l’hôpital psy, on sait pas ce qu’on va jouer mais ça va le faire ». Effectivement, c’était lunaire mais ça l’a fait. On a vu aussi Booker T avec Steve Crooper et Duck dans un club.... la longue suite : http://www.denis-clavaizolle.com/projets-musicaux/jean-louis-murat-albums/

avec le disque d'or du Manteau

avec le disque d'or du Manteau

une auto- "inter-ViOUS ET MURAT" par Denis Clavaizolle

Voici en sus deux articles d'archive:

 

1999 (désolé je n'ai pas la source... peut-être DOLO)

La vie après Murat

"Je me suis toujours dit que j'aurais un label à 40 ans. J'ai déjà un studio, il me reste trois ans pour développer l'autre activité". Evidemment, dans ces conditions, pas question d'intégrer math sup et math spé comme prévu.

Denis Clavaizolle a choisi l'intermittence, une vie rêvée, partagée entre la création de jingles, le groupe Tokyo en 82, puis Blue Matisse, toujours avec Franck Dumas et Gilles Haenggi. A cette époque, Jean-Louis Murat s'intéresse au musicien, déjà passionné par le studio et la bidouille sonore. Signés chez Virgin en 86, Denis et Jean-Louis Murat enregistrent cinq albums avec le succès que l'on sait.

"Mon travail avec Jean-Louis, c'est aujourd'hui de la pré et postproduction, comme pour "Mustango", le dernier album. Mais ça ne représente que la moitié de mon activité. Quand "Vénus" est sorti, un disque passé un peu à côté, j'ai rencontré Delabel qui cherchait des copistes, et c'est devenu un vrai boulot. J'ai ainsi écrit les partitions de Louise Attaque, Manu Chao, Madredeus, ça permet de faire de l'écriture, de la lecture, de travailler surtout tous les jours…."

Musicien, copiste, ingénieur du son, arrangeur. L'intermittence selon Clavaizolle offre bien des ouvertures même si ce dernier s'avoue un peu à part. Mais il conserve son avis sur la question. "Le danger de ce système, c'est de truander, de cumuler les cachets pour faire des déclarations bidons. Car plus le cachet est gros, plus on touche ! Pour bien faire, il faudrait pouvoir redistribuer de l'argent aux vrais créatifs, tous ceux qui galèrent vraiment."

Parmi ses multiples casquettes, Denis Clavaizolle préfère de loin celle d'ingénieur du son, voire de producteur Après les Jacks, le studio Sophiane (Cournon) et son patron envisagent très sérieusement de cumuler édition et label, une issue qui pourrait bien rendre possible la réputation confirmée de l'ancien matheux. Car Clavaizolle est devenu un nom particulièrement recherché dans les plus grandes maisons de disques et surtout chez les artistes.

Moi je dis bravo Denis et continu de foncer !!!

Bises à tous

 

- 1999 (inrocks)

Denis sans souci

Depuis Cheyenne autumn, l'homme-orchestre de l'ombre Denis Clavaizolle est le complice de Murat dans toutes ses aventures musicales. Fidèle et modeste, il est l'indispensable alter ego sans ego.
Propos recueillis par Christophe Conte.

Je travaille avec Jean-Louis depuis maintenant douze ans. je faisais partie d'un groupe new-wave, Tokyo, rebaptisé ensuite Blue Matisse, et il m'a téléphoné un jour pour me demander de travailler avec lui. Ça s'est passé de la façon la plus simple au monde : on s'est retrouvés très vite à Clermont dans un studio 8-pistes et on a tout de suite commencé à faire des morceaux, sans discuter pendant des heures de ce dont nous avions envie. J'ai tout de suite été séduit par son univers, sa façon d'écrire et son approche un peu hors norme de la musique. Surtout, je l'ai toujours connu très à l'aise, très bien dans sa tête, alors qu'il a pour la majorité des gens cette image de quelqu'un de sombre et torturé. Sur un plan personnel, travailler à ses côtés m'a considérablement ouvert l'esprit, y compris en tant qu'instrumentiste car Jean-Louis est un bien meilleur musicien qu'il veut bien le dire. Nous fonctionnons un peu comme un groupe à nous deux, voire carrément comme un couple.

 

Il nous arrive de nous engueuler comme tous les vieux couples, mais nos engueulades n'altèrent jamais la complicité qui nous lie. Notre méthode a toujours été un peu la même. Lui amène les chansons et ensuite nous cherchons ensemble la direction musicale. Il arrive même que nous décidions de plusieurs directions à la fois pour un même titre et que nous nous donnions jusqu'au dernier moment pour décider. Comme nous sommes multi-instrumentistes tous les deux, nous pouvons sans avoir recours à personne produire des maquettes très élaborées. Je suis là en premier lieu pour apporter la maîtrise technique alors que Jean-Louis fourmille d'idées, à raison d'une tous les quarts d'heure environ (rires)... D'ailleurs, il ne m'appartient pas de faire le tri dans ses idées ni de donner en permanence mon avis parce que c'est avant tout son album, c'est lui qui devra ensuite l'assumer seul. Il a le dernier mot et je trouve ça tout à fait logique.

Pour Mustango, nous avons suivi exactement la même méthode, à cette différence près que Jean-Louis est ensuite parti aux Etats-Unis pour enregistrer et que je l'ai rejoint sur place juste une semaine. C'est seulement au retour que nous avons retravaillé les détails à nouveau tous les deux en studio. J'avais pour la première fois un regard un peu extérieur par rapport à l'album et j'ai été épaté par ce que j'ai pu entendre à son retour des Etats-Unis, notamment par la qualité des musiciens avec lesquels il avait choisi de travailler.

 

Quand nous faisions les maquettes de l'album, nous avions en tête que des musiciens viendraient jouer les titres dans les conditions du live, contrairement à Dolorès que nous avons quasiment fait tous les deux seuls. C'était assez important pour nous d'avoir conscience que des musiciens extérieurs joueraient cette fois les chansons, ça a pas mal modifié notre manière d'approcher les atmosphères musicales. Comme nous avons sensiblement les mêmes goûts, ce n'est jamais très difficile de tomber d'accord sur les gens avec lesquels on a envie de collaborer. Je l'ai encouragé par exemple à contacter les gens de Calexico parce que j'aimais beaucoup OP8 ainsi que leurs propres albums. Le fait que ce soit des multi-instrumentistes avec la même approche que la nôtre a beaucoup aidé à mon sens dans la réussite des morceaux qu'ils ont faits ensemble. Sur Dolorès, on avait à faire face à une grosse machinerie un peu contraignante, bien que personnellement ça ne me dérange pas vraiment, alors que celui-ci a été fait dans des conditions beaucoup plus libres, plus sauvages. Moi, je me sens aussi bien dans ce registre que dans l'autre, le côté un peu dépouillé me plaît autant que la complexité technologique, je m'adapte à l'un comme à l'autre et je pense que c'est une des clés de notre relation, cette souplesse.

Chaque album est pour nous une nouvelle histoire qui commence. J'aime bien la façon qu'a Jean-Louis de toujours remettre les compteurs à zéro, de ne jamais faire dans la facilité qui consisterait à enchaîner des disques identiques et à ne creuser qu'une seule idée. Comme je suis quelqu'un d'assez éclectique au niveau de mes goûts musicaux, ces changements incessants me plaisent davantage que si on répétait cent fois les mêmes plans, avec le même type d'orchestrations jouées par les mêmes personnes. Je sais déjà que le prochain sera totalement différent de celui-ci et c'est ça qui est excitant. Si notre travail commun est pas mal basé sur l'échange et sur une permanente partie de ping-pong, Jean-Louis a quand même des idées bien arrêtées. Mon rôle, c'est avant tout de faire qu'elles prennent corps le plus fidèlement possible. Si un jour on a l'impression de s'user mutuellement, je pense qu'on sera assez sincères l'un et l'autre pour se l'avouer et distendre un peu nos liens. Ça durera peut-être encore deux ans ou vingt ans, qui sait, l'important c'est avant tout le présent.

 

Et encore: http://www.surjeanlouismurat.com/article-interview-clavaizolle-42590941.html

http://www.surjeanlouismurat.com/article-clavaizolle-40527243.html

http://www.surjeanlouismurat.com/article-des-nouvelles-de-d-c-68455243.html

Et le camarade Cachard dans un vibrant hommage: http://laurentcachard.hautetfort.com/archive/2010/10/22/jean-louis-clavaizolle.html

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 28 Juillet 2014

 

Puisque l'actualité fait une trève, entre deux concerts estivaux du band "Murat and The Delano Orchetra"... et que je vais m'accorder... euh, non... que je vais être privé d'internet durant une période indéterminée au cours du mois d'août, voici de quoi fêter les congés payés... terme bien loin de l'univers muratien (on ne sait rien ou presque de ses "vacances" d'ailleurs)... Mais cela ne nous empêchera pas d'en profiter... et tant qu'à faire, de nous lancer sur les routes de BABEL... 

 

Voici donc un petit séjour auvergnat... à Orcival et dans le Sancy... en cartes postales anciennes.  Ca sera la série de l'été!

 

carte postale orcival

 

carte postale orcival amusante

  Sur les monts. Sur la large plaine. Comme tous les animaux. Te craignent. Il neige depuis des jours. C'est ton secret. Il neige 

carte postale orcival neige

 

subir la loi Tout casse sous ce poids Amen Alleluia Pauvre Lady

 

 Golden Lady 

carte postale pélerinage il y a foule

 

    je pense à l'inconvénient d'être né quelque part
entre Tuilière et Sanadoire

où ira le bonheur d'aimer ô gué ô gué
l'horizon le foin les genets ô gué
mon aimée
où iront les animaux doux ô gué ô gué
les hivers rudes les redoux ô gué
mon amour
carte postale roche

 

carte postale roche1

 

    (Le coin a bien changé!)

 

assis sur un banc j'attends un mirage l'impossible voyage et le tourment me rattrape me détraque le grand vent m'attaque je sens la beauté m'échapper

carte postale roches t et s

 

carte postale roches t et s 1

  Dans l'enclos des volcans. Va le contentement de ma Lady...   

carte postale roches t et s2

  ouvrir mes tubes de couleurs. comme avant l'accident

carte postale roches t et s colorisée

 

carte postale servières affluence

    (Cette dernière carte a déjà été publiée sur un article sur le même principe consacré au lac du Servières ICI à VOIR )

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 27 Février 2014

 

Quand on a tendance à s'ennuyer... il suffit de se tourner un peu vers l'arrière... et les anniversaires...  Le 17 février 2014, on a fêté les 10 ans du "parfum d'acacia au jardin"...  sortie un an après Lilith, et quelques mois avant A bird on a poire. La période la plus prolifique de Murat (avec 4 "sorties" en 15 mois, avec Mockba et 1829)  

 

- ET voilà ce qu'en disait "le SOIR", il y a dix ans tout juste:

 

 

 

 

Parfum de Murat
UN ARTICLE DE THIERRY COLJON PARIS  | EDITION DU MERCREDI 25 FéVRIER 2004


Murat n’ayant jamais fait les choses comme tout le monde, il fallait que son premier DVD sorte du rang. « Parfum d’acacia au jardin » est un film de Don Kent. Il a été réalisé le 3 décembre 2003 au studio Guillaume Tell, à Paris. On y voit Jean-Louis et son groupe (avec Camille dans les chœurs) interpréter treize inédits. À cela s’ajoute un CD de sept autres titres également inédits. Du Murat tout craché : A force d’entendre dire que les CD ne se vendaient plus, moi, j’ai voulu faire un DVD, nous a raconté Jean-Louis, de passage à Paris pour sa promo. Durant la tournée, je suis allé dire à ma firme de disques que je pouvais enregistrer un DVD dans la journée. Avec des chansons inédites. Ils m’ont dit : « Ben ouais, pourquoi pas »… Je voulais démarrer ma carrière DVD avec un DVD bien fait. Ce sont des chansons qui datent de l’automne, écrites durant la tournée. J’aime travailler vite, sans chichi, entre 15 et 22 heures. On n’a répété qu’une journée. Camille était quasiment en impro. C’est ça qui me plaisait dans le film. J’ai toujours eu cette cadence. C’est une nécessité. Il faut que j’écrive ou que je peigne pour que ma journée soit bonne. C’est aussi une affaire de discipline. Je bosse. On me regarde parfois comme un malade mental ou on me traite de « stakhanoviste » – alors que Stakhanov n’a rien à voir avec ça. Je ne crois pas du tout à l’inspiration, mais au travail. Je note dans mon calepin, je suis sur le qui-vive en permanence. Je lis beaucoup… Je m’alimente. Et, comme si cela ne suffisait pas, Murat annonce un nouvel album en septembre et, en décembre, un coffret de 50 inédits. Pour ce qui est d’un concert en Belgique, à part celui d’Alleur (1), il faudra attendre l’automne pour faire oublier le souvenir de l’AB où, boudeur, l’Auvergnat avait viré son groupe purement et simplement : J’avais, à la balance déjà, un problème de larsen difficile à identifier. Ça a continué au début du concert. Je n’entendais rien d’autre que ce larsen sur ma voix. C’était une galère atroce, j’ai cru que j’allais m’évanouir au troisième morceau. Il fallait prendre une décision. J’ai fait le concert tout seul. C’est un concert unique, une sorte de montée de l’Himalaya à pied. Je n’en ai plus jamais fait un comme ça. Le lendemain, après une nuit blanche, on a failli y rester dans un accident sur l’autoroute. La poisse… Après, ça s’est arrangé. Le DVD permet à Camille d’entrer de plain-pied dans l’univers muresque : Déjà à l’époque de « Mustango », je cherchais une choriste habillée en rouge pour « PJ ». Ma firme de disques m’a envoyé une dizaine de cassettes de chanteuses. Camille, encore étudiante en sciences po, en faisait partie. C’est comme ça que ça a commencé pour elle, avant de signer chez Source. Depuis, je suis ce qu’elle fait. Elle a fait les chœurs sur « Lilith ». Elle est extrêmement douée. On se vouvoie. On garde nos distances, elle est ma protégée et je suis son protégé. Elle ira loin, je pense. Les amateurs de DVD s’étonneront de l’absence totale de bonus : Je déteste ça. L’idée de « making of » m’exaspère. C’est un truc vicieux, de voyeurs. Les gens veulent regarder ce qui ne les regarde pas. C’est comme écouter aux portes. Un DVD avec un « making of », je ne le regarde jamais. Ça ne m’intéresse pas, sinon c’est « Star Academy », c’est pareil. Les artistes, par bêtise, se sont coupé l’herbe sous le pied. On a besoin de se mystifier, de préserver le mystère, le halo, alors que le « making of » démystifie. Ça n’a aucun intérêt, on s’en fout. Je voulais quelque chose d’intemporel. J’aime les disques dont tu peux difficilement donner l’année. Mon boulot, c’est de durer… Le noir et blanc accentue cette impression. Les images de Don Kent collent aux chansons et à leurs interprètes – sans rien ajouter. Il ne se passe strictement rien à l’écran… sinon que se développe la magie dégagée par des chansons où l’on retrouve le parfum déjà présent sur « Lilith ». Pour fans avertis, donc…• Jean-Louis Murat, « Parfum d’acacia au jardin » (DVD 71 minutes + CD Labels-Virgin). (1) Murat est en concert ce mercredi 25 février au centre culturel d’Ans, à Alleur. Infos au 04-232.13.21. Avec Redboy, en solo, en première partie.

 

 

Murat écrit plus vite que son ombre et sort son premier DVD, uniquement constitué d’inédits.

 

 



- La promo du label de l'époque (LABELS):

 

JEAN-LOUIS MURAT
'Parfum d'acacia au jardin'

(2/17/2004)

 

Depuis la sortie de 'Mustango' (1999), la discographie de Jean-Louis Murat n'a cessé de s'étoffer avec une régularité et une imprévisibilité jamais démenties. Double live ('Muragostang'), Triple vinyle ('Lilith'), collaboration avec Isabelle Huppert autour de l'œuvre d'une poétesse du XVIIème siècle (Madame Deshoulières)... et maintenant un nouveau défi sous la forme d'un DVD live en studio qui sort six mois seulement après la parution de 'Lilith', au milieu d'une tournée parmi les plus longues que le chanteur ait jamais effectué. Nul besoin après ça de rappeler qu'en marge du paysage musical français, Jean-Louis Murat occupe vraiment une place de franc-tireur.

Avec le même goût de l'aventure qui l'avait conduit, il y a quelques années, à proposer chaque mois des titres exclusifs sur son site internet, ou à tourner lui-même un moyen métrage illustrant des chansons inédites (Murat en plein air), Jean-Louis a eu l'idée de proposer aux caméras de Don Kent (Nulle Part Ailleurs, mais aussi complice des spectacles de Jérome Deschamps et Macha Makeieff... ) de fixer un moment unique : un jour en studio pendant la création de treize nouveaux morceaux. Ils ont été dévoilés la veille aux musiciens dans leur plus simple appareil : voix/guitare. Après une journée de répétition, le réalisateur les capture dans des versions brutes, les fameuses "premières prises" dont l'artiste est si friand. Parce que l'émotion disparaît avec la répétition, et parce que la complicité qui unit les participants (le bassiste Fred Jimenez, le batteur Stéphane Reynaud – tous deux déjà présents sur Lilith – mais également le guitariste du groupe Rogojine Christophe Pie et la chanteuse Camille) est telle que leur créativité est instantanée. Parce que le premier album du Velvet Underground a été enregistré en 24 heures et qu'Aretha Franklin passait rarement plus de deux jours en studio. Pas besoin de plus quand les morceaux sont en place, et libre à eux d'évoluer ensuite sur scène ou à l'occasion d'une autre captation.

'Parfum d'acacia au jardin' a été tourné en deux prises le 3 décembre 2003 au studio Guillaume Tell à Suresnes. Il a été filmé à l'aide de quatre caméras et monté dans les conditions du direct. Le mixage et le mastering ont été réalisés dans la foulée. Il paraît deux mois plus tard exclusivement en DVD, seul support possible pour cette nouvelle aventure. Du Murat inédit ? Mieux que ça : du Murat nouveau dans un nouveau format. Les treize titres interprétés ont été composés dans le courant de l'année 2003. Ils bénéficient de la dynamique d'une tournée qui compte parmi les plus électriques que le Moujik ait jamais effectué : chaque soir, sur scène, le fan du Creedence Clearwater Revival et de Neil Young semble redécouvrir la guitare. Et c'est peut-être en hommage à ce dernier qu'il a choisi de présenter ses nouvelles chansons dans des versions live, puisque ce fut aussi le choix du canadien sur son classique de 1973 'Time Fades Away'... Il les interprète tantôt en groupe, tantôt en solo, debout à la guitare ou recueilli derrière un piano. Un Cd audio également inclus dans le boîtier du DVD, composé de cinq prises alternatives et de deux inédits, donne un aperçu supplémentaire des sessions de Suresnes.

Devant une performance aussi unique, Don Kent a misé sur la sobriété, dans un esprit proche de ses réalisations pour Nulle Part Ailleurs. En accord avec Jean-Louis, il a choisi le noir et blanc pour le grain si particulier qu'il confère aux images. La réalisation, composée des plans assez longs qui s'affranchissent d'emblée du format "clip", reflète aussi bien l'intensité du chant que la majesté du décor, un espace de 300 m2 faisant penser à un ancien cinéma. C'est un vrai moment d'intimité qui laisse au spectateur l'impression de se glisser aux premières loges, à quelques pas du chanteur et de ses musiciens, témoin privilégié de cette alchimie éphémère.
"Devant le marasme actuel, la seule solution, c'est d'être créatif" : Jean-Louis Murat l'a une fois de plus prouvé avec ce DVD qui ne ressemble à aucun autre et qui optimise toutes les possibilités de ce nouveau support (son 5.1, dolby digital et DTS, accès direct à chaque morceau...). Et il sera à peine dans le commerce que le chanteur sera reparti sur les routes reprendre la tournée Lilith où il l'avait laissée (et qu'il ne manquera sûrement pas d'agrémenter d'extraits du DVD) alors qu'il aurait pu rester tranquillement au fond de son jardin, à humer le parfum d'acacia. Un passionné, vous l'aurez compris.

 

- Un article des INROCKS (18/02/2004):

 

inrocks1

 

- Sans titre

1



- Et cette couv. d'actualité... puisque j'ai entendu que Kyo se reformait... Platine de Mars 2004 qui revenait sur la discographie de Murat:

 

couv-Platine-n--109-mars-2004.jpeg

 

Platine-0304_1.JPG

 

 

 

- Et puisqu'on y est : en cadeau,   dessin paru dans les INROCKS  en février 2004:

 

 

2004-02- Inrocks n°429 -dessin de Luz

 

...et...et... on ne sait jamais si cet article tombe sous les yeux d'un muratien "débutant"... on va quand même se faire un petit extrait de ce fameux DVD!! Allons bon, j'allais presque l'oublier:

Une petite femme avec la débutante CAMILLE... et bien sûr Fred Jimenez, qui écume les salles du monde entier... hum... avec Johnny Vacances... et bien sûr Christophe Pie.. qui sera encore aux côtés de Murat en juillet 2014... -cf article précédent).

 

 

On trouve l'intégralité du DVD sur youtube... et pas cher sur les sites d'occasion  (télérama en avait fait une réédition low coast).

 

Mon clip sur un des titres les plus rocks du DVD:

 

 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 2 Juillet 2013

 

Certains ont beaucoup aimé le petit clip de l'an dernier, me poussant de nouveau à emporter ma caméra avec moi... Voilà donc un petit clip... "la petite idée derrière la tête" 

 

 

 



version "détremblementisée" par youtube (rallenti)



version brute:

   


L'an dernier,  je m'ennuyais à Clermont, je ne faisais pas de film....:

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 21 Février 2013

   


 

Puisque je suis en train d'expier mes fautes en ce moment par la souffrance et le manque de sommeil, voilà encore une correction que je dois apporter. J'avais consacré un article que j'estimais assez complet  au film "Mademoiselle Personne".

 http://www.surjeanlouismurat.com/article-mademoiselle-personne-le-film-que-personne-n-a-vu-60473002.html  mais...

 

 

 ... il y a quelques semaines, voilà que je tombe sur un statut FB d'un ami évoquant une bonne soirée en regardant une VHS de "Mademoiselle PERSONNE"... Je demande illico des précisions en indiquant qu"  "i can beleive it"... mais il m'a fallu rapidement me rendre à l'évidence : il existe effectivement des VHS de "Mlle Personne".

 

Elles sont d'ailleurs évoqués dans l'interview que je vous propose d'écouter, avec KRISS sur FRANCE INTER (émission Roue libre de Mars 97). On en apprend un peu plus sur le film également.

 

 

 

 

La suite écoutable sur Soundcloud:

https://soundcloud.com/surjeanlouismurat-pierrot
    Vu que le téléchargement sur soundcloud a été un peu compliqué du fait des droits d'auteur de certains titres, vous pouvez télécharger :

ça arrive  http://dl.free.fr/ud7GQ2eKi

 

Un article du MONDE en 96 évoque aussi "Mlle personne" :

mlle-personne.png

 

 

 

-Merci aux grands anciens, les  archivistes

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 13 Janvier 2013


... Voilà, voilà, on traine et on s'ennuie... et voilà qu'on se retrouve à lire des horoscopes dans le journal...  Et.. Et... je suis tombé via un tweet... sur cet article qui n'était pas répertorié semble-t-il par les archives constitués par les Anciens...  On tombe parfois sur le net sur des thèmes astraux de personnalité à la va comme je te pousse... mais là, c'est du sérieux, du documenté, du scientifique... alors en cette journée, à Paris, où le progrès et l'humanisme sont en marche, je m'associe à cette grande marche vers la lumière... en vous proposant une saine lecture :

 

 

"Jean-Louis Murat
"Le Fier amant de la terre"
    

 

 

 

"N’oublie pas qu’ici, mon vrai nom, c’est bercail" (Montagne, sur l’album Vénus)

 

Vénus, l’étoile du Bergheaud
Jean-Louis Murat est né le 28/01/52, à 6h00 TU, à Clermont-Ferrand. De son vrai nom, Bergheaud, il a passé son enfance dans un trou perdu de l’Auvergne, Murat-le-Caire, qui lui inspirera plus tard son nom de scène. A ses débuts, il signa d’ailleurs une chanson-baptême de "Murat", qui résumait déjà les dualités du personnage : "C’est un peu une habitude, un jeu, qui devient dangereux, du feu braqué sur les yeux. Avant d’être pris pour un grand, vous trouviez ça charmant qu’il soit déjà agaçant. Murat, c’est le héros d’un cinéma où la caissière se barre, personne n’entrera". Murat n’est pas Bergeaud. Il a souvent expliqué l’écart absolu qui réside entre le [personnage public, le "Mister Hyde-Murat" et le "Docteur Jeckyll-Bergheaud". Le premier fait le beau à la télévision, chante avec Mylène Farmer le temps d’un duo opportuniste, séduit autant qu’il énerve, aligne les tubes sans pour autant jamais "casser la baraque". Le second est l’être sensible et profondément intelligent qui compose des chansons uniques sur le tourment amoureux et qui redonne au mot "romantisme" son vrai sens (parler d’amour sans autant passer pour un doux rêveur ou un dragueur de midinettes, par exemple...). Le vénusien Murat parle le langage de l’amour comme on devrait tous le parler : comme un paysan auvergnat.
"L’ange déchu"
Le thème de Murat est dominé par le niveau "e" (Vénus-Mars-Neptune domi-nants), ce qui n’a rien d’étonnant pour cet artiste épidermique, dont la susceptibilité et la réputation d’écorché vif sont légendaires. L’art de Murat se nourrit exclusivement de ses états d’âme subjectifs et fluctuants, bousculés au gré de ses humeurs d’amours en haines aussi irrépressibles qu’injustifiables. Le revers de cette sensibilité tient dans la difficulté qu’il rencontre à émousser ses affects pour les adapter au monde qui l’entoure : le niveau "e" est en conflit direct avec deux planètes de niveau "r". S’identifiant totalement à ce qu’il ressent (force du niveau "e" en référentiel Sujet), il ne cherche pas plus que ça à s’adapter aux autres, au regard d’autrui, à l’avis d’un quelconque public. Uranien contrarié, Murat désamorce le jugement d’autrui par une attitude cassante, tranchante, non-diplomate. Il n’obéit qu’aux règles dictées par son bon vouloir et s’impose à plaisir la dictature de ses propres émotions. Comme un gamin chagrin et capricieux, Murat est dans la vie un personnage aussi attachant qu’insupportable, aussi fragile qu’orgueilleux. Orgueil certainement renforcé par la dissonance "aveugle" de son thème, l’opposition Lune-Pluton, qui le porte à se prendre pour l’exclu métaphysique absolu, le vilain petit canard rejeté par tous et qu’on aimera de toutes façons jamais assez : "Vois, je vis de rêves chaque jour, et je reste des nuits l’éternel amant", dans Le venin.
"Tous ces amours de courte haleine embellissaient nos vies"...
Angulaire à l’ascendant, la Vénus Capricorne de Murat-Bergheaud est opposée à Uranus, mais reliée harmoniquement à Mars-Scorpion. La sentimentalité du bon-homme est complexe, torturée, exigeante, capricieuse. Mais elle est constamment ancrée dans une réalité qui la structure, la vivifie, la gonfle de chair : "le fructose, le glucose, haut-les-cœurs, v’la la vie" ("Mustang"). Les textes de Murat sont à la fois délicats et rustauds, affectés et rugueux. L’amour, chez Murat, ne correspond pas à l’évocation d’un monde éthéré, désincarné, il se vit au présent, dans l’immédiateté d’un Mars organique et sanguin qui grogne, qui gémit, toutes veines saillantes, comme un enfant qui pleure ses caprices. Le paysan Murat ne dissocie jamais le cœur et le corps, la fleur et son terreau, le cerveau et le sexe. Nostalgique perpétuel de sa montagne natale, il préfère le froid rigoureux des hivers auvergnats à la chaleur faussée des projecteurs parisiens. Murat est un troubadour d’un autre âge qui parle des fleurs tout en épandant le fumier, qui adore la femme autant qu’il vénère les vaches de son troupeau. Mars-Scorpion est toujours là qui veille à tout ramener au concret, aux origines terrestres de toutes choses. Engagé dans une quête exigeante qui le pousse à toujours chercher le bon équilibre entre l’amour qui fait tomber (amoureux, par exemple : "Cours dire aux hommes faibles comme moi"...) et l’amour que l’on veut dominer (Vénus versus Uranus : "Tous vos désirs me dominent"...), Murat se réfugie sans cesse dans un retour perpétuel à sa source : la terre, la nature sauvage indomptée, et les animaux : "Contraint je vomis toujours plus loin de la vie, mais j’ai autant de désir qu’un vampire, qu’un yak, j’ai le désir intact" ; "A la jeunesse on envie l’irruption brutale du désir animal" ; "Moi, le fumier du monde où tu veux me planter" ; "J’ai dans les yeux le bleu de l’eau des montagnes" ; "Quand l’éclat mauve délétère n’éclaire plus ma vie, je vais dormir dans la bruyère, au Mont-Sans-Souci" ; "J’ai pour toi, la tendresse d’un poney", etc, etc.
Le paradis terrestre et L’ange déchu
On le voit, l’univers de Murat est un univers peuplé, vivant, grouillant, complexe en ce qu’il relève d’une sensibilité "e" : la conjonction Saturne-Neptune en dissonance à Mars inscrit les limites d’un cercle fou au-delà duquel Murat se perd, s’enfonce, se noie. A partir du réel tangiblement préhensible de Mars, Saturne et Neptune créent par leur mouvement en direction ou en provenance du niveau "T", un tourbillon échevelé et vertigineux de vents fous qui se nourrit de la réalité pour mieux l’ébouriffer. Cette éruption permanente de sentiments, de sensations inexprimables mais prégnantes, irrepressibles, donne le ton de l’univers de Murat : un monde où le sublime côtoie le sordide, où l’agréable gît dans l’écorchure, où les cœurs sont tantôt grugés par la main perfide de Satan, tantôt guidés par la "paluche de Dieu" ; une vallée de larmes dans laquelle le saturnien Murat se vautre à l’envi. Les dissonances urano-jupitériennes qui assaillent ce volcan inextinguible tentent comme elles le peuvent d’imprimer un ordre, un contrôle, un feedback surmoïque à ce brasier anarchique de sentiments qui brûlent dans l’enfer d’un Eden qui s’auto-consume. D’où les multiples références de Murat dans ses chansons à un mythique paradis perdu, à une religiosité qui lui permettrait d’imprimer une marque mystique à ses amours. Qu’il croie ou non à l’existence de Dieu, il ne peut se résoudre à ne voir dans les tourments de son âme que l’agitation stérile d’un feu provoqué par un crépitement d’hormones. De même, le romantisme que l’on associe couramment au style de Murat relève plus directement de Saturne que de Vénus. A l’hédonisme béant du jouisseur vénusien qui ne cherche qu’à satisfaire ses désirs, répond le questionnement inquiet du saturnien pour qui l’existence pose toujours problème puisqu’elle semble prendre un constant malin plaisir à contrarier le mouvement de nos humeurs. "Vas, je déteste la vie de ses bâtisseurs d’empire, de ces voleurs de prairie, où tu trouveras ta place. Je partirai cette nuit, sous un ciel peuplé d’étoiles, je ne connais qu’une envie, je veux retrouver mon âme" ([Le troupeau]).
"[Puis il y eut, ce sentiment nouveau...]" : Verseau malgré tout
En marge de son côté désengagé, apathique, morose, bouquetin grognon (Capricorne dominant), le Verseau Murat est aussi un pur idéaliste, un réactif attentif à réveiller les esprits engourdis. Le carré de Mars-Scorpion à ce Soleil-Verseau lui vaut de ne jamais sombrer toutefois dans la naïveté : le terrien critique l’emporte toujours sur le sentimental candide. L’auditeur scrupuleux peut déceler dans sa discographie de remarquables petites piques agressives à l’égard d’un monde que la connerie endort à petit feu : "De Salman as-tu des nouvelles ?"... "Quel étrange nom Arkan... Réfugié à Crémone, sucé à Washington, ai perdu tous mes amis... Belgrade ta gueule"... "Mais voilà tu nous cherches, Mégret serre les fesses, voilà les gonzesses et les pédés"... et sur la B.O. d’un film encore à ce jour inédit, "Mademoiselle Personne", à propos des Turcs : "Quel peuple d’enfoirés, ils ont niqué les Arméniens, ils vont niquer les Kurdes..." D’un autre côté, Murat idolâtre les purs, les naïfs, les simples d’esprit, les innocents que les vrais idiots prennent pour des imbéciles : Murat adore pêle-mêle Bourvil, Bernard Hinault, les enfants, et encore les vaches, tous ces êtres qui sont restés en accord avec leur nature profonde, marsienne, non civilisée (Jupiter dissoné). La part du Verseau est également à chercher dans le constant renouvellement musical de Murat. Il peut passer d’un dénuement acoustique absolu (l’album Vénus) à une extrême complexité de production (l’album Dolorès). La diversité des couleurs de la palette artistique du musicien Murat est un signe de son ouverture à la modernité et de son éveil aux courants et techniques de son temps (à bientôt 50 ans, Murat reste plus que jamais en phase avec l’évolution musicale de son époque, sans que cette adéquation ne puisse être taxée d’opportunisme ou de concession à quelque mode que ce soit).
L’apparente langueur du bonhomme ne doit pas masquer le côté mercurien, l’humour à froid de ce personnage surprenant et pince-sans-rire (qui se révèle une fois qu’on a percé la glace qui recouvre la carapace de ce clown triste). "Dans le fond, je suis un curieux avant tout. J’aime tenter des expériences. Et pour la musique c’est pareil".
"Je suis un Johnny Frenchman"
Plus drôle et déconneur qu’un Manset, plus incarné et hédoniste qu’un Bashung, le décrié Murat reste prisonnier d’une mauvaise image auprès du public (arrogant, froid, hautain, méprisant, désespéré, somnifère, etc...) qu’il a pourtant volontairement forgé. Indépendamment de cette image, on peut aussi le considérer comme ce "Môme éternel" qui nous ressemble dans nos qualités, nos défauts, et comme celui qui a su le mieux traduire la grandeur comme la faiblesse de nos sentiments. Au-delà des aspects irritants du personnage Murat, il faut découvrir il faut découvrir le compositeur, le poète, l’écrivain des âmes et des cœurs en exil sur cette terre, qu’est Jean-Louis Bergheaud, et qui lui, fait l’unanimité des auditeurs avisés.
Article paru dans le n° 14 du Fil d’ARIANA (octobre 2000)".

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 24 Novembre 2012

Voici donc offerte à vos yeux et votre espace de cerveau disponible la dernière PARTICIPATION amicale et désintéressée de MATTHIEU à l'alimentation de ce blog. Aujourd'hui, il vous propose un retour en arrière autour de représentants de l'ancienne nouvelle nouvelle nouvelle chanson française... que Biolay d'ailleurs évoquait dans son interview à Télérama il y a deux ou trois semaines : Bénabar, Jeanne Cherhal et Delerm... regrettant d'avoir trop tapé à droite et à gauche... Héhé... ce n'est pas sans rapport avec ce qui est évoqué ci-dessous. Merci Matthieu! ET bonne lecture!     
Perso, cela ne m'a pas beaucoup plus : en effet, je suis un peu vert d'avoir interviewé Jeanne Cherhal et de ne pas avoir retrouvé cette interview pour lui en parler...  (oh, un smiley!)

 

 

 

Devine qui vient dîner ?

ou

Murat, le refoulé de la chanson française ?

 

     La récente disparition du journaliste Jean Théfaine nous fournit un prétexte facile pour nous souvenir de la défunte revue Chorus, dont il fut l'un des valeureux animateurs. L'occasion nous est ainsi donnée d'aller rechercher dans ses archives une apparition semi-clandestine de Jean-Louis Murat, invité perturbateur d'une réunion à laquelle il n'était pourtant pas convié. Et, plus largement, de nous interroger sur la place de celui-ci au sein de la chanson française.

 

 

     Tout le monde garde en mémoire la fameuse rencontre entre les trois monstres sacrés de la chanson qu'étaient G. Brassens, J. Brel et L Ferré, rencontre organisée en janvier 1969, rue Saint-Placide, à Paris, à l'initiative de François-René Cristiani (sur une idée de son épouse, Claudette) et publiée le mois suivant dans Rock & Folk. S'inscrivant dans la lignée de cette prestigieuse table ronde, Chorus invita à trois reprises, dans les années 1990, quatre auteurs-compositeurs-interprètes à venir discuter de leur métier. Il s'agissait alors de F. Cabrel, J.J Goldman, Y. Simon et A. Souchon. En 2004, à l'occasion de son cinquantième anniversaire, la revue renouvela l'expérience, cette fois avec trois représentants de la nouvelle génération, Bénabar, J. Cherhal et V. Delerm. Retour sur leur échange et sur la manière dont l'un de leurs collègues s'invita dans la discussion...

 PORTRAIT MOUTON

Acte I : Cherhal fait son coming out muratien, Delerm retourne dans le placard

 

     La rencontre entre les trois artistes a lieu le 27 septembre, dans l'après-midi, au siège de l'Adami, à Paris. Les trois vedettes naissantes sont interrogées par trois membres de la rédaction de Chorus, Fred Hidalgo, Michel Troadec et Jean Théfaine. Leurs propos sont enregistrés par la directrice de la publication de Chorus, Mauricette Hidalgo. La conversation commence par l'évocation des débuts des uns et des autres dans des petites salles, puis après un détour obligé par la Star Academy, jugée sans excès de sévérité, il est question du rapport de chacun à la scène et aux médias. Le ton est décontracté, Bénabar et Delerm plaisantent volontiers et c'est finalement le premier nommé qui résume le mieux les choses : « On est du genre gentils, quoi. »

     Pourtant, un nom lâché innocemment va créer un début de discorde dans cette atmosphère conviviale. Extrait :

 

CHORUS : Grosso modo, vous avez sorti chacun un album tous les deux ans. Pensez-vous pouvoir continuer à ce rythme-là ? Entre un Murat, qui publie cinquante chansons nouvelles en un an, et un Voulzy qui, le moins qu'on puisse dire, prend son temps, où vous situez-vous ? Dites-vous aussi, comme vos aînés, que la création exige un certain délai pour se renouveler ?

CHERHAL : Sûrement, oui.

DELERM : J'avais essayé de négocier avec Vincent Frèrebeau [le patron du label Tôt ou Tard], par contrat, le fait que je puisse sortir un album tous les dix-huit mois. Aujourd'hui, je suis ravi qu'il m'en ait empêché ! Cela dit, sur Murat, sa production a longtemps été sur un rythme plus normal qu'aujourd'hui... Jusqu'à Mustango, qui marque la fin de sa période normale. [petit sourire en coin] Depuis, c'est autre chose.

CHERHAL : Murat, c'est mon idole du moment.

DELERM : Pas moi.

CHERHAL : Je n'écoute que lui depuis quelque temps. Je découvre un peu tout ce qu'il a fait, globalement. J'ai détesté, maintenant j'adore.

DELERM : Moi aussi j'ai adoré ses chansons, mais...

BÉNABAR : Je ne connais pas bien...

CHORUS : Revenons au rythme de la production phonographique...

    

      Les positions sont bien dessinées : d'un côté, Cherhal déclare son amour pour Murat, une passion qui succède à une période initiale de rejet ; de l'autre côté, Delerm avoue à demi-mots qu'il a beaucoup aimé Murat, mais que ce n'est plus le cas. Les raisons de ce désamour sont floues : on croit comprendre qu'il a cessé de suivre JLM au moment de son tournant moujik des années 2000, pourtant, on sent comme une gêne. Ce « mais... » laissé en suspens semble indiquer un malaise que le chanteur-pianiste ne formule pas clairement pour l'instant. Mais on sait, au moins depuis Freud, que le refoulé finit toujours par ressortir, généralement de façon violente...

 

Acte II : Chacun campe sur ses positions

 

     La conversation reprend. Les trois artistes sont interrogés sur leur rythme de travail, leur désir d'écrire pour d'autres, la notion de bande et sur leurs influences. On apprend ainsi que Cherhal rêve d'écrire pour l'actrice Natacha Régnier et, plus surprenant, que Bénabar a pour modèle... Tom Waits. C'est Delerm qui se montre cette fois le plus lucide, remarquant que « L'étonnant, c'est que le terme de "nouvelle chanson" réapparaisse à notre propos, alors qu'historiquement c'est la première fois que la chanson française ne va pas de l'avant. » Un jugement qu'aurait pu tenir JLM, lequel déclarait en 2005 : « J'ai l'impression que pour Delerm ou Bénabar, la musique s'est arrêtée en 1955 et qu'elle reprend en 2005. […] Cette nouvelle chanson française parle d'un pays qui n'existe plus, de rapports humains qui n'existent plus. Une espèce de nostalgie faite par de jeunes vieux qui n'ont aucune insolence. » [1]

     Delerm, justement, réintroduit peu après le nom de son confrère auvergnat dans la discussion, pour charrier Cherhal. Il se réjouit d'abord d'avoir pu travailler avec Dominique A : « Ça me conforte dans l'idée qu'on vit une période assez ouverte, où il n'y a pas de rejets systématiques, de dégoûts immédiats. » Ouverte, ouverte... Bénabar semble avoir une vision moins optimiste : « C'est le discours officiel mais, pour ne parler que de moi, même si je m'efforce d'être ouvert... [moue éloquente]. » Delerm précise alors sa pensée :

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DELERM : Je pense qu'il y a peu de chanteurs à qui on irait serrer la main et qui te diraient : attends, toi, ce que tu fais, je ne veux pas en entendre parler. À part Murat, mais... [rires] L'idole de Jeanne !

CHERHAL : Ma nouvelle idole. Mon idole du moment...

DELERM : C'est pas bien, Jeanne, de l'encourager ! [rires]

 

     On commence à comprendre que c'est peut-être l'attitude relativement peu confraternelle de Murat qui indispose Delerm. Son fameux côté « bourboulien ». Pourtant, Cherhal, qui n'apprécie pas forcément cet aspect de la personnalité de JLM [2], maintient son admiration pour celui-ci. Delerm, lui, réussit encore à en rire. Pour l'instant.

 

Acte III : « À chacun sa vile manière de faire des chansons »

 

     L'échange se poursuit sur des thèmes importants, quoique convenus : la chanson est-elle un art mineur ? Est-il difficile d'être une femme dans un univers encore majoritairement masculin ? Les sujets bateau se succèdent : les Victoires de la Musique, la crise du disque, l'attention portée aux pochettes... Arrive enfin l'un des passages les plus intéressants de cette table ronde, concernant l'écriture. Bénabar explique sa démarche : « J'accorde plus d'importance à ce que je veux dire qu'à la façon dont c'est raconté... Je peux même utiliser des mots un peu moches, parce que je trouve ça plus efficace. » Un propos qui a au moins le mérite de la franchise... Cherhal, à l'inverse, revendique son souci de la forme, de la métrique, des rimes, etc. Delerm nuance et clarifie le débat : « L'écriture, en général, c'est important, mais je rejoins assez Bruno sur cette primauté qu'il y a, d'abord, à faire passer une idée, un sentiment... C'est vraiment l'école Souchon par rapport à l'école Gainsbourg. » À l'intérieur de ce panorama esquissé grossièrement, mais non sans pertinence, Cherhal choisit son camp, d'une manière timide, mais assumée :

 

CHERHAL : Je peux ajouter un truc ? Même si je me situe vraiment dans une forme de concret – j'ai toujours envie de parler de choses qui m'entourent et que je connais –, je suis attirée par des gens qui sont en plein dans l'abstraction. Comme JP Nataf par exemple. C'est quelqu'un qui écrit super bien et, par rapport à nous, il est beaucoup plus dans une espèce de nimbe irréelle. Sa façon très musicale d'écrire me fait vraiment fantasmer... Murat est un peu comme ça aussi.

BÉNABAR : Tu vas nous lâcher avec Murat, bordel !

DELERM : Arrête un peu avec lui... [rires]

 

     Alors les garçons, jaloux ? Ce n'est pas indiqué dans la retranscription de l'entretien, mais on sent que les sourires se crispent...

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  Photos prises à l'occasion de cette rencontre: au dessus, chère Jeanne s'épanouissant en parlant de Murat sous le regard désapprobateur des deux jouvenceaux, et en dessous, avec l'équipe de Chorus: Jean à gauche, assis, Hidalgo. Pierrot


Acte IV : Le retour du refoulé

 

     Puisque Cherhal évoque de nouveau JLM, les journalistes de Chorus saisissent l'occasion pour utiliser une déclaration du chanteur comme base de la question suivante. Sauf que Delerm, lui, n'a plus du tout envie de parler de Murat et il le fait savoir. Cette fois-ci, de façon très explicite :

 

CHORUS : À propos de Murat, c'est lui qui, en substance, nous déclarait dans un précédent numéro : « Si je ne peux plus faire un album à 150 000 balles, je le ferai pour 100 000 et même beaucoup moins. Parce que c'est mon boulot, ce que j'ai envie de faire. » On vous renvoie la question...

DELERM : Il raconte tellement de conneries que c'est facile de rebondir sur les trucs qu'il dit. Je n'ai plus envie de le commenter une seule fois. Pour en finir sur ce chapitre : tirer sur tout ce qui bouge, c'est un truc que l'on peut se permettre quand on fait des choses parfaites, ce qui n'est pas son cas.

BÉNABAR : Pour une fois que ce n'est pas moi qui dis du mal des collègues !

 

     Fermez le ban. On constate que le « mais... » suspendu du premier acte dissimulait en fait une forte irritation et que le désamour de Delerm est à la fois artistique et humain. Cela n'empêche pas la discussion de se poursuivre dans la bonne humeur sur des sujets variés – les sources d'inspiration de chacun, l'humour sur scène, les reprises, les chansons préférées – avant de se conclure sur l'avenir tel que le perçoivent les trois protagonistes. Cherhal veille toutefois à ne plus prononcer le nom de son « idole du moment ».

 

So what ?

 

     Quels enseignements peut-on tirer de ces apparitions fugaces mais électriques de JLM dans le cours de cette conversation ? À mon sens, il y en a au moins deux. Le premier, superficiel, est douloureux, mais compréhensible : les déclarations à l'emporte-pièce de Murat sur ses collègues peuvent finir par lasser, même ceux qui apprécient plutôt son travail. C'est le cas de Delerm, mais sans doute aussi de quelques autres, professionnels ou non. A contrario, on peut supposer que ces dézingages répétés le font pénétrer dans la catégorie, tellement prisée par certains, de personnalité « politiquement incorrect » et qu'ils lui amènent ainsi un nouveau public. Les idées politiques d'une partie de ces nouveaux admirateurs peuvent toutefois laisser songeur... [3]

     Le second enseignement me semble plus riche et plus intéressant. La distinction opérée par Delerm entre Souchon et Gainsbourg est évidemment abusive : il serait idiot – et ce n'est d'ailleurs pas ce que dit Delerm – d'affirmer que Souchon ne cherche qu'à faire passer des idées sans se soucier de la forme de ses textes, tout autant que de voir dans les chansons de Gainsbourg de simples jeux formels sans contenu. Pourtant, il y a effectivement des A.C.I. qui privilégient le propos, quitte à parfois négliger l'emballage de celui-ci et d'autres qui accordent la première place à la forme, au risque de sacrifier le fond. Pour formuler autrement la même idée, on pourrait distinguer dans la chanson française un courant plutôt tourné vers la narration et un autre vers la suggestion. JLM se situerait alors nettement dans ce second courant. Même lorsqu'il lui prend l'envie d'aborder un sujet précis, comme ce fut le cas sur plusieurs titres de Grand lièvre, il le fait moins en racontant une histoire solidement construite – selon le fameux modèle de la chanson-qui-est-comme-un-petit-scénario-de-film – qu'en agençant des sensations plus ou moins évocatrices. Or, il faut bien constater que, dans notre pays, ce sont très majoritairement les chansons narratives qui deviennent des succès auprès du public. La plupart du temps, le récit est platement naturaliste, mais il arrive qu'il puisse atteindre une dimension poétique. La fantaisie et/ou le surréalisme sont une autre piste – empruntée notamment par Trénet ou Higelin –, mais même dans ce cas de figure, la narration est généralement maintenue. Il me semble qu'à l'exception remarquable de Bashung, peu d'artistes ont réussi à faire des tubes avec des titres purement suggestifs [4]. Le succès récent de Dominique A – futur lauréat d'une Victoire de la Musique ? –, artiste qui a la réputation d'être quelque peu hermétique, confirme la règle : il a en effet reposé sur deux chansons qui ont beaucoup tourné en radio et qui racontent toutes les deux une histoire, pas sur des morceaux difficiles.

     Cette « espèce de nimbe irréelle » joliment évoquée par Jeanne Cherhal au sujet des chansons de JP Nataf et Jean-Louis Murat contribue sans doute à la valeur et à la rareté de ces deux artistes. Mais c'est peut-être aussi elle qui les condamne, par une sorte de fatalité, à une relative confidentialité. Les hermétiques mélancoliques ne semblent pas, dans notre cher pays, au bout de leur (parcours de la) peine. « Seuls sont les indomptés ».

 

                                                                                                                                                                                           Matthieu

 

 

1. Polystyrène n°85 (avril 2005). Merci à Didier Le Bras pour la citation.

2. Elle déclarait en effet, en 2003, sur ce blog : « En général, vous voyez, je ne déteste pas les grandes gueules mais taper systématiquement sur les chanteurs d'à-côté, j'ai tendance à trouver ça un peu vain. » Pour connaître les raisons de l'admiration de Jeanne Cherhal pour JLM, on pourra relire l'« Inter-Vious et Murat » n°3, réalisée par Pierrot, à cette adresse :

www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-n-3-jeanne-cherhal-44390670.html

3. On a ainsi vu récemment une publication « anarcho-royaliste » censée représenter « l'extrême droite contre-mutée » (sic) afficher sa passion pour celui qu'elle considère comme un « prophète » luttant contre l'« Empire du Bien »...

4. Je ne demande qu'à être contredit, la rubrique « Commentaires » est là, ci-dessous: il suffit de cliquer pour voir toute la clique des commentateurs... 

 

PHOTOS DE JEANNE : by TANIA ET VINCENT

Photos de la rencontre : by Francis Vernhet 

 

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