vieilleries -archives-disques

Publié le 19 Décembre 2010

 

Voila de quoi découvrir un peu l'univers des Rancheros... 

http://www.leliendefait.com/index.php?idPage=dicoDtl&idDico=30

 

...  On a échappé au 2e album... hélas... Comme le lien défait, je ne dévoilerais pas l'identité des musiciens...  http://owen.monblogue.com/2003/4/9/

 

 

 

 

 

Ma préférée...

 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 19 Décembre 2010

 

 

En tournée acoustisque et solo... en 2009... C'està-dire dans la deuxième partie de la tournée, là, où il s'était décidé à jouer debout... et à prendre sa guitare électrique... J'ai d'ailleurs été étonné de le voir là aussi avec une guitare acoustique.  Au Palais idéal en juillet, il avait délivré le set uniquement avec la caster... il me semble...  

 

cc20 1

 

 

Merci Scotwalk1

 

L'hermine:
Et yes sir... comme on l'avait découvert pour la première fois...
Le compte-rendu de Noelle sur LE LIEN DEFAIT :
EXTRAITS:
"Ce concert était gratuit, offert par le conseil général de Nice (étonnant choix quand on connait leur politique!!!!!) donc je pense que tout était cadré et minuté, des rumeurs disaient que c'était une heure pas plus, aucune affiche dans la ville...bon. En tout cas la salle de 750 personnes se remplit et nous nous enfonçons dans nos fauteuils, nous nous sommes muratiens, les autres, on ne sait pas, mais certainement pas autant ni si fort que nous....

Un Es-spécialiste dans la biographie de Murat fait une quasi conférence derrière nous, il étale ses connaissances comme de la confiture...., il parle fort, c'est un signe, il n'est pas intime....mais presque insupportable, enfin cela n'est pas grave il fascine deux nénettes égarées qui trouveront certainement en lui un substitut bien pâle de "notre aimé" ;-)

Alain Bonnefont s'occupe des deux guitares qui sont dans l'attente de l'attention du Maitre comme nous...(je me laisse un peu emporter par les mots mais ca sonne mieux ;-))

Enfin le voila il arrive, armé d'une guitare érigée prête à l'amour ou à la guerre, on verra.

Mousse Noire
L'hermine
L'amour en fuite
Brûle moi
Chante bonheur
Caillou
Ou es tu Amour
L'au-delà
Taormina
Yes Sir
Si je devais manquer de toi
Royal Cadet
Les jours du Jaguar

C'était fort, il était constant, nickel, très cadré (peut être trop?), c'était intime, pur, grand moment avec un Royal Cadet suivi par Jaguar énorme, d'où un arrêt brutal et limite frustrant...non pas limite, frustrant, un arrêt au plaisir le plus haut...

On a bien essayé de le voir après, mais bon il était déjà parti...

Alors on est rentré, du son et des images plein le cœur, j'espère que la prochaine fois c'est pas dans 5 ans....

Noëlle"
 
 
LE LIEN EN PLUS :
 
Dois-je feindre de ne pas l'avoir vu et apprécié?  Non... car je dois vous la faire partager : une cover par un certain Manteau DP,   joli voile sur la voix...
 
 
 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 8 Décembre 2010

 

 

 

 

 nydee reprend Murat.... comme quoi on peut aimer Murat et Oasis... bein, oui, au fait: pourquoi pas? a, c'est "déjà vu", Gallaguer!

 

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Restons dans le doux :
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Et un peu d'humour... Le retour de l'immense Wiwi : (le papillon est saigné à blanc)
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Allez,  revenons en aux fait : quelques images de l'alhambra  (pour les retardataires):
Assuremment, je me répète, le plus beau moment de la tournée que cet "examen de minuit"...

 

 

Remarquez: le train bleu... c'était pas mal non plus...  Quelle voix...

 


Le Train Bleu
envoyé par patschub. -
MERCI PATSCHUB
LE LIEN EN PLUS :
 
En hommage à LENNON puisque c'est le jour... même si Murat est Rolling stones :

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 7 Décembre 2010

 

 

Allez, zoupi! Confettis!

 

(j'ai l'impression d'être Mr Bean qui fête le réveillon moi!)

 

Je vous propose encore un petit truc pour fêter l'anniversaire du blog:

 

Ce n'est pas un enregistrement de haute qualité, puisqu'enregistré avec un petit mp3, mais vu l'ambiance intime de la soirée, le son n'est pas trop trop saturé, j'ai dis "pas trop trop"...

 

Voici donc un petit témoignage de la première date de la TOURNEE TRISTAN au théâtre Jean Vilar de BOURGOIN-Jallieu le 24/09/2008:

 

1e partie: http://www.megaupload.com/?d=1GCWW3AM

2e partie:  http://www.megaupload.com/?d=HZARYE7W

3e partie: http://www.megaupload.com/?d=7JUC1214

 

Spéciale dédicace à Isabelle (désolé pour le retard).

 

 

VOICI mon compte-rendu de l'époque telle que l'a conservé LE LIEN DEFAIT :

 

La brume s’est levée enfin dans mes terres iséroises, je file le cœur léger vers la capitale.

J'attends mais pas de JLM : l’équipe va manger sans lui, Alain Bonnefont commente : « maintenant, le sort en est jeté »

3 ou 4 fans assidus me rejoignent devant la porte. Peut-être discuterons-nous une autre fois ?

La salle se remplit rapidement. On est au théâtre, on nous remet un programme présentant Murat où on apprend plein de choses approximatives…genre : JLM a joué de tous les instruments sur Tristan, et une ligne plus loin : qu’il a invité pleins d’amis à l’accompagner sur ce disque…

Tout le monde est là : M. le maire La cote à Lourdes (comme aux abattoirs la fois précédente), son adjoint à la culture qui ne fera pas son dodo (peut-être les berjalliens comprennent), le chanteur du plus grand groupe lyonnais (Voyage de NOz, http://www.noz-online.com/) et même Madame Collagène- mabouche meprécèded’unmètre-, oui, c’est une soirée de gala….

Les dernières personnes s’assoient alors que JLM commence… (pas de première partie –Racine-comme initialement annoncé)…

De noir vêtu, avec une tunique, de maquignon ?, cheveux longs et barbu ; la tension est palpable, guitare 12 cordes…harmonica très souvent et une chaise. Et une lampe en forme de… allez, de virus de sida…lampe nord africaine avec une ampoule rouge… Quelques jeux de lumières par ci par là (une ombre de vitrail), un peu de fumée… l’essentiel n’est pas là…

Jean-Louis est tellement tendu qu’il se plante un peu sur Mousse noire… mais petit à petit il s’installe. Après le concert, Marie Audigier dira que le set aura commencé sur « Brûle moi », première surprise d’un set qui n’en manquera pas… L’au-delà et le jaguar, taormina, caillou, sur lequels Jean-Louis ne fait pas l’impasse n’ont rien à voir avec les tournées précédentes et on est de nouveau ravi de les découvrir.

Quelques impressions physiques de Neil Young (quand il se penche sur sa guitare, les cheveux sur les yeux), et de Willy Nelson –la barbe blanche- plus tard, on a beau chercher des références, il faut bien se dire qu’on a là un artiste à part… n’hésitant pas à délivrer un set exigeant, et sans facilité, malheur à ceux qui pensaient se détendre lors d’une soirée feu de camp…. Notamment sur le morceau très long (royal cadet ?) fait d’un accord ou deux… où le temps s’arrête…

Jean-Louis Murat se détend enfin…et nous parle… du grand classique (les collègues y passent : Bénabar, Souchon, Ségolène et le traiteur intraitable et le rugby…)… si bien qu’il a parfois du mal à se reconcentrer… « soit je ne parle pas, et on me traite de prétentieux, soit je parle, je passe pour un demeuré… »…. Mais il a besoin d’évacuer la pression… « ah, ca va mieux, parce que la première fois, ce n’est pas évident »…

Le souvenir qui me restera sans doute : la chanson-prière pour ses enfants que tous les parents feront leur… et qui finit de me décider : ma fille à naitre se prénommera Corina* (Lilith)…

Presque deux heures de set plus tard, pari gagné… Marie A. qui l’a vraiment poussé à faire cette tournée, exulte… Elle explique que traqueur, JLM a beaucoup travaillé pour la préparer mais qu’elle était sûr que ça marcherait…

Pierrot

* JLM m’apprendra après que « corina corina » vient d'un album de Taj Mahal

http://www.leliendefait.com/index.php?idPage=concertDtl&idConcert=377&idTournee=11

(autres comptes-rendus disponibles: trouverez vous qui se cache sous le pseudo NIZANIEN?)

 

 tounee10

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 6 Décembre 2010

 

Je vous avais mis il y a quelques temps... ah, oui, il y a presque un an déjà...  la premiere partie  de ma vidéo du concert de CLUSES le 7/7/7.

 

http://surjeanlouismurat.over-blog.com/article-cadeau-de-noel-41894537.html   (taormina)

 

Voici les deux titre suivants:

SI je devais manquer de toi et les chemins des poneys. Un Jean-Louis Murat dans sa meilleur forme... et désolé pour les choeurs en sus...

 

Bonne écoute!

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 7 Novembre 2010

 

  ARTICLE Complété  en 2012  :http://www.surjeanlouismurat.com/article-mlle-personne-le-film-que-personne-n-a-vu-ou-presque-suite-115548877.html 

 

 

Voila quelques mois que Matthieu, sur un trottoir de Clermont, à l'heure où il serait temps d'aller se coucher, me parlait de "mlle personne" et me confiait la mission d'enquêter... 

 

 

Ce film, on en connait la bande originale (  http://www.deezer.com/fr/music/jean-louis-murat/live-mademoiselle-personne-338579)  et quelques images (cf les deux vidéos), mais je n'ai pas de connaissance qu'il ait un jour circulé (ni officiellement, ni sous le manteau -de pluie).    Pourtant, il existe et on trouve quelques traces:

 

http://www.imdb.com/title/tt0116955/

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=30738.html

  (le site indique même une date de sortie :

Date de sortie cinéma : 21 février 1996
Réalisé par Pascale Bailly
Avec Elodie Bouchez,  Denis Clavaizolle,   Romain Duris....

 Long-métrage français . Genre : Divers
Durée : 01h28min Année de production : 1996 )

 

 

J'ai cherché quelques temps à contacter Elodie Bouchez, Pascale Bailly,   Romain Duris... mais sans succès.

 

 

 

 

 

 

Voici donc ce qu'on trouve dans quelques archives (mais je n'ai pas tout épuché):

 

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L'image reste votre péché mignon ?

Ça m'intéresse autant que la musique. Pour la tournée que je vais faire cet hiver, j'ai demandé à une jeune réalisatrice, Pascale Bailly (qui a déjà mis en scène un premier long métrage, Comment font les gens), de faire un film, une fiction. C'était d'ailleurs la condition que j'avais posée à ma maison de disques : s'il n'y a pas de film, il n'y a pas de tournée. En ce moment, avec Pascale, on réf1échit, on écrit ensemble, c'est un vrai travail en commun.

 

Chorus 93 

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As-tu peur d'une certaine accoutumance ?

MURAT : L'érosion ne peut pas venir de là. Ce qui me rend fort c'est d'écrire continuellement des chansons. J'ai déjà quelques maquettes pour le prochain album, je prépare aussi ma première tournée. C'est un vaste projet assez compliqué. Dans un premier temps, j'ai cherché des musiciens, dans un deuxième temps, je répète tout en préparant le film, c'est-à-dire une fiction qui se déroulera en même temps que les concerts. Le film sera globalement réalisé par Pascale Bailly, auteur du film, "Comment vont les gens ?", présenté l'an passé au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand et diffusé en salle avec succès. D'ailleurs, il sort ces jours-ci à New-York dans quelques salles. Le projet "Murat en plein air" avec des moyens moins importants, évidemment, avait déjà été très excitant. Comme en prémices.

Joueras-tu ton propre rôle ?

MURAT : Oui et non, je serai Murat. Enfin Murat ne reste que la moitié de moi-même.

Dans l'élaboration de "Vénus", as-tu composé en intégrant l'idée du film ?

MURAT : Non, j'ai évité de mélanger l'idée du disque et l'idée du film. Quant aux concerts, je n'y crois pas trop. Il s'agit, je pense, d'une forme plutôt démodée pour écouter de la musique. On en sort souvent les oreilles assourdies. Trop de nouveaux groupes jouent une guerre de décibels. Pour moi, c'est une véritable régression. Mais il est vrai qu'en pensant à la tournée, ma seule vraie motivation, c'est le film. Je me répète sans cesse, je monte sur scène pour aider à réaliser le film.

Avec un mélange fiction/réalité, est-ce que cela va être un "Hard day's night" à la française ?

MURAT : Non, je ne pense pas. J'espère en tout cas. Ça sera une première dans le cinéma français. Sachant que peu de films musicaux sont réussis - on peut penser à "Renaldo et Clara" de Dylan mais c'est un peu aride - Mon préféré, je croîs, est "Under the cherry moon" de Prince.

Dans le cinéma es-tu intéressé par le montage ?

MURAT : Plus encore que le mixage dans la musique, le montage au cinéma est réellement un moment exaltant. Celui où les choix se font. Tu te sens alors le maître du monde. C'est là que se situe la véritable jouissance.

Est-il vrai que, dans le projet de ta tournée et du film, se dessine l'enregistrement d'un album live composé uniquement de titres inédits joués à cette occasion ?

MURAT : Normalement, je devrais enregistrer un live composé exclusivement d'inédits mais rien n'est sûr en fait. J'aimerais beaucoup tous les soirs, changer de répertoire. Le choix des musiciens s'est déjà fait dans la difficulté. J'ai mis du temps à les trouver. J'ai auditionné des dizaines et des dizaines de mecs. J'attends de ce melting-pot mais je ne suis sûr de rien. Je désire un groupe, j'essaie de mélanger des gens qui viennent d'horizons divers.. Mais l'idée initiale de travailler soixante chansons et d'en jouer une vingtaine de différentes tous les soirs, je ne sais pas si j'arriverai à tenir ce pari.

Pourquoi n'avoir pas choisi les musiciens de tes albums ?

MURAT : Tout simplement parce que, déjà, ils font chacun des choses de leur côté. Aussi bien Alain Bonnefont que Christophe Pie, que Marie et que Denis qui composent aussi et sortent des disques. Et puis, on se connaît trop, autant faire une expérience nouvelle.

Tu prépares une tournée, pourtant on ne te voit pas aux concerts...

MURAT : C'est vrai que les groupes noisy m'ont un peu coupé l'envie d'aller aux concerts. Après, pendant trois jours, tu n'entends plus rien. C'est quand même une de mes phobies: me retrouver avec un audiogramme nase. J'ai pourtant quelques bons souvenirs de concerts... Jimmy Hendrix et Jim Morrison... Un de mes derniers bons concerts fut celui de Ride, Lush, Blur, des gens comme ça. Ride. très bon, très fort.

Pour en revenir au disque, "Vénus", pensais-tu déjà au film lorsque tu l'a abordé ?

MURAT : D'une certaine façon oui. Pour chaque alblum j'ai ma petite méthode. Je raisonne par analogie. Souvent, il se fait avec le cinéma. Pour le "Manteau de pluie", je voulais faire du 35 mm technicolor. "Cheyenne autumn" était plutôt 16 noir et blanc. Quand mon PDG m'a demandé quelle allait être la couleur du prochain album, j'ai dit du super 8 tremblé huit pistes en huit jours. Avec Denis Clavaizolle, on a été assez d'accord sur les principes-là pour retrouver cette simplicité qui à mon avis fait défaut dans le "Manteau.."

 

 

ROCKSOUND, novembre 1993

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L'Express du 26/09/1996
Jean-Louis Murat
En route pour le mythe

par Sophie Grassin

Après un an de gestation, Jean-Louis Murat nous offre Dolorès. 12 titres faits de spleen, d'images familières et d'amours ensevelies. 12 chansons dédiées aux femmes, qui «incarnent le seul lien entre le surnaturel et nous».

«Les cyniques croient que le désespoir me sert de système. Je me construis contre lui»

 

 

Du pire il a extrait le meilleur. Dolorès (Virgin), album adulte et acéré, a l'abîme en abscisse et le chagrin en ordonnée. «Je voulais un prénom de fille. Dolorès sonnait comme désirable. Douleurs, l'autre sens du mot, commence seulement à m'apparaître.» Jean-Louis Murat (Le Manteau de pluie, Cheyenne Autumn, etc.), l'œil gauche à moitié fermé par la fumée d'une cigarette, porte le dégoût chic et les cheveux longs. Dolorès est son antidote au poison de l'abandon.

 

Le disque prend sa source dans la seule tournée que Murat ait jamais faite, la seule, dit-il, qu'il fera jamais. «Un piège. J'ai répété sept semaines avec les musiciens, assis sur un tabouret. Puis je me suis emmerdé six mois, sur le même tabouret, à me répéter, moi.» Pascale Bailly (Comment font les gens) filme la scène, les mecs un peu flambards quand les filles rôdent le soir. «On se la donne. On la joue Rolling Stones. Je tenais à ce qu'une femme pose son regard sur la vulgarité de ce monde-là.»

 

Mademoiselle Personne n'est jamais sorti. Murat, lui, pressent déjà la catastrophe. «Lorsque je visionne la cassette, c'est patent, je me comporte comme si...» Comme s'il savait que Marie, sa compagne de toujours, allait le quitter au retour.

 

Murat touche le fond, se survit, trempe sa plume dans le sang des amours ensevelies. Il écrit 50 chansons, en enregistre 25, en garde 12. Pour l'accompagner, des photos de baisers, dont celle de Sharon Stone dans Basic Instinct, des figurines de vierges, entières ou amputées, plusieurs éditions d'Eugène Onéguine. D'un rire, il désamorce ce que l'émotion, parfois, peut avoir d'indécent: «J'ai eu une année Pouchkine. Eugène représente mon double, mon vrai-semblant. Nous ratons tous deux nos rendez-vous.» Certains morceaux, Le Môme éternel, Margot, enfoncent encore le clou: «Chhht chhht pas de bruit/Sur la mort de Jean-Louis

 

L'optimisme, selon Cioran, est un tic d'agonisant. Le spleen, selon Murat, une seconde nature. «L'autre, en s'en allant, tue ta meilleure part. Les cyniques croient que le désespoir me sert de système. Je me construis contre lui. Je rappelle que je viens d'une famille de dépressifs, de suicidés... et que je m'en passerais.» A chaque texte il accroche un pays, une image, quelque chose qui, au fond, lui serve d'échafaudage. Dieu n'a pas trouvé mieux est anglais, Perce-Neige, auvergnat, A quoi tu rêves, italien. Sur Aimer glisse l'ombre de Jeanne Moreau, pour laquelle il a composé un album. Tandis que Sharon Stone veille sur Le Baiser, où tombe une «pluie sacrée» qui évoque Corridor humide: «Le Baiser se réfère au sexe, et uniquement à cela», confirme bien Murat.

 

Le reste relève de sa mystique habituelle. Pendant l'écriture du Môme éternel, Murat regardait une photo de lui, maigre comme un stylo, en premier communiant. Car ce mécréant collectionne les crucifix, achète des chasubles et passe des heures au fond des chapelles. «Pendant mon adolescence, je me suis complu dans Gide, que je tiens aujourd'hui pour néfaste. Il m'a appris le cynisme.» Murat reprend donc plutôt Baudelaire (cf. Réversibilité, une ode aux anges, «apparence que nous tentons tous de revêtir dès que nous sommes amoureux») et se souvient de Jean de la Croix: «Si on ne sait pas que ses poèmes s'adressent à Dieu, on peut imaginer qu'ils célèbrent une femme. Or je chante pour les femmes. Elles incarnent le seul lien entre le surnaturel et nous. J'ignore ce qu'elles ont de si divin. Mais je le leur envie beaucoup.»

 

Des femmes à demi nues hantent la pochette de Dolorès. «Ma maison de disques entendait me rendre mon contrat. Il paraît que je suis un garçon difficile... Je n'approuvais pas, mais j'ai cédé.» Sincérité fielleuse, vague à l'âme, lucidité... Murat nous a tellement manqué

 

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Cet article pourrait faire croire effectivement que c'est  Murat qui aurait bloqué la sortie du film du fait de cette rupture en préparation...  Mais tout cela reste à creuser. 

 

Concernant Marie, et comme en écho à  l'article du blog  précédent, j'ai trouvé cela :  

  

 

Où trouves-tu ton plaisir ?

Il n'y a que dans l'amour que tu peux prendre de la hauteur. Etre avec la fille que j'aime. Il n'y a que dans mon histoire avec Marie que je prends de la hauteur. Bien que ce soit extrêmement compliqué, qu'on ait chacun un caractère de cochon... Moi, je ne me sens vraiment bien que si je peux donner du plaisir à la fille que j'aime. C'est le seul moment où tu ne te poses pas de question, où tu ne te sens pas archi-déglingué. Ce sont des moments à saisir rapidement, parce que tu as toujours l'impression que le plaisir et le chagrin sont cousins germains, que tu prends toujours le plus grand plaisir dans l'antichambre de la mort. Tu es dans le plus grand bonheur, mais tu frôles le plus grand malheur. Parler du chagrin ou du plaisir, c'est un peu la même chose. Le Manteau, ce sont toutes des chansons de sexe, quand même (rires)...



PS :  A Lyon, le 23 décembre 1993, le dernier jour du tournage du film "Mademoiselle Personne" se trouva être celui de l'enregistrement public Murat Live.  Quelques mois plus tard, les musiciens se retrouvèrent pour enregistrer en quelques jours, ci-jointe, la bande-son du film.

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 2 Novembre 2010

Petit montage joli sur "DOLORES" par DEVINCE 94
et Sandrine nous livre un "voyageur perdu" à BARENTIN, de grande tenue, avec harmonica, de 7 minutes.... On se croirait presque dans "il était une fois dans l'ouest" pour débuter... avant que la douceur n'arrive  :
 
Malgré ce que j'entends et ce que je lis,  on ne peut pas dire que Murat fait du sous-murat en ce temps-ci.... peut-être juste du Murat, juste du Murat...  que du Murat?

 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 2 Novembre 2010

 

 

 

 

 

Peut-être que si Jean-Louis Murat était énervé l'autre jour à Tournai, c'était   parce qu'il venait d'apprendre que Jeanne MOREAU, que le monde entier nous a envié (dixit Truffaut), sortait un album avec DAHO? Le grand rival des années 80, lui!, lui a pris Jeanne...  pour qui Murat avait écrit un album qui n'a jamais vu le jour....

 

Oui, Jeanne et Daho  sortent un album ensemble "le condamné à mort"  sur un texte de Jean Genet, dont voici une critique :

 

http://www.telerama.fr/musique/les-sonos-tonnent-26-veronique-sanson-etienne-daho-jeanne-moreau,61203.php 

(un journaliste y  évoque Murat chantant Beaudelaire d'ailleurs. Peut-être un disque pour les muratiens d'autant plus que Daho n'a jamais aussi bien chanté nous dit-on).

 

Jean-Louis écoutera sans doute le disque avec curiosité (puisqu'il a quand même montré la voie de la poésie chantée ces dernières années)  même si Genet ne fait pas partie de ses poètes préférés*....   mais ma foi, voila une belle occasion de parler de Jeanne Moreau!!

 

 

* CORRECTIF: en fait, c'est une supposition...  Matthieu m'apprend que MURAT avait samplé la voix de GENET sur la tournée MURAGOSTANG (et c'est audible sur le disque).

 


Une petite revue de presse :  

 

L'express 1er mars 2004:
 

Vous avez écrit un album (finalement non enregistré) pour Jeanne Moreau. Collaboré avec Isabelle Huppert. Que vous apportent ces rencontres?

Jeanne est un monument de l'histoire de France. Je suis entré dans son intimité, et à son contact j'ai appris la modestie. Le disque ne s'est pas fait car elle ne se sentait pas prête. Isabelle est un excellent exemple pour moi. C'est une bosseuse, quelqu'un qui prend des risques. Stratégiquement, je me sens très proche d'elle.

 

les inrocks 95 :

 

LesInrockuptibles-hiver95.JPG

 

 

Dans la revue Messages N°439, mars-avril 94 :

Et vos chansons préférées ?

Il pleut il pleut bergère, India Song,  une chanson de Jeanne Moreau écrite par Marguerite Duras, et La mémoire et la mer, de Léo Ferré.                                                    India song en écoute   (superbe) 

 

Chorus n°6  automne 93 ;

Vous avez écrit pour Julien Clerc, Pat Metheny, Mylène Farmer et récemment Jeanne Moreau. Ce sont eux qui vous ont sollicité ou bien est-ce vous qui aviez envie de travailler avec eux ?

Ce sont eux qui m'ont contacté, à chaque fois. Jamais je n'oserai aller frapper aux portes pour proposer mes chansons !

 

 L'express,  4/11/93 ;

Murat signe le prochain album de Jeanne Moreau. «Elle souhaitait que je m'inverse. Que je donne de la joie.» Avec succès? «Je crois.» Plus qu'un état d'âme, le bonheur serait donc une foi.

 

Rocksound automne 93

Tu travailles sur de nombreux projets en ce moment...

MURAT : Oui, je termine un titre de Manset qui se trouvera sans doute sur une compilation-hommage prévue chez Fnac Music. J'ai également composé les chansons du prochain album de Jeanne Moreau (pour la fin de l'année prochaine, je suppose chez Polydor). Puis, il y a aussi "Marie Jeanne" de Bobbie Gentry sur le projet Joe Dassin "La bande à Jojo", une musique de film et différentes choses.

 

Les inrocks n54 avril 94 :

Pendant que j'écrivais des chansons pour mon album Vénus et celui de Jeanne Moreau, j'ai fait des centaines de photos : j'avais juste à tourner la tête pour voir la vallée en bas, les bêtes. Pendant trois semaines, à toute heure du jour, je prenais la photo - avec ces appareils jetables - du même appui sur la fenêtre, je savais que ça ne bougerait pas. J'avais l'impression en regardant ces photos, l'une sous l'autre, que les changements de lumière et tout ce qui peut se passer dedans, c'est vaste comme un univers.

 

l'expresss du 26 /09/96

  Sur Aimer glisse l'ombre de Jeanne Moreau, pour laquelle il a composé un album      (aimer est un titre de Jeanne Moreau : en écoute  ) 

 

 

Alors, alors, ces titres, que sont-ils devenus??

 

 

Le Lien Défait nous donne une réponse :

 

"La chanson de Dolores
Bergheaud

 

je sais que tes larmes n'ont pas
l'importance qu'on croit
je connais tes mystères

Ecrite pour Jeanne Moreau et tout d'abord présentée sous le titre
"L'irrégulière", cette chanson est sans doute la plus
réclamée par les fans lors des concerts. Chef d'oeuvre absolu".

 

 

 

Les autres titres sont restés inédits à ma connaissance... mais diffusés sur internet via le site de Jean-Louis Murat entre 1998 et 2000 :

Voici tous les textes via murattextes  (merci!)

 

- LONDRES : Londres

 

Toujours vous entraînera le goéland

Le cœur en peine, vers Ouessant  

Toujours vous entraînera la mémoire

Vers l'inconnu, un astre noir

Vous aurez le même rêve, un cerf-volant

Fort sous la neige, fort sous le vent

Puis un attelage, un traîneau

Passera savez-vous toujours

Plus près, plus près de votre peau

 

Vous serez Prince de Clèves rue Corvisart

Sous un regard

Vous jureriez qu'ils extraient la moelle de nos os

Comme le font direz-vous les busards, les corbeaux

 

Et nuit et jour s'égrainera le raisin noir

Vous serez la tête à migraine, la tête de lard

Vers l'infini souvent se perdra votre regard

Fini enterré Zanzibar

Viendront Adam et Ève

Pour l'amour, ici

Nous verrons comme l'âme saigne comme le crin luit

Un phare tournera sans heurt

Toujours plus près plus près de votre cœur

 

Il y aura de l'hydromel, des confettis

Quelques miliciennes  

Il y aura un nom sur le licou sur mon cœur

Et toujours vous entraînera le goéland

Vous serez capitaine vers Ouessant

 

- Le bonheur n'est pas aussi fort

Le bonheur n'est pas si fort que tu crois

Du bonheur du jour, je t'écris amour

Que je ne veux pas m'éloigner de toi

Et que le bonheur n'est pas si fort que tu crois

Non que le bonheur n'est pas si fort que tu crois

 

Je construis ma vie sur le sable gris

Que charrie le chant sombre de ta voix

Et que mon bonheur n'est pas si fort que tu crois

Non que mon bonheur n'est pas si fort que tu crois

 

D'un bonheur perdu

Moi je n'ai pas d'autre horizon que toi

Et  le bonheur n'est pas si fort que tu crois

Oh le bonheur n'est pas si fort que tu crois

 

Cesse de nommer amant meurtrier

Tes instants heureux malheur silencieux

Parce que le bonheur n'est pas si fort que tu crois

Non ton bonheur n'est pas si fort que tu crois

 

Je connais tes ravissements, tes contentements

Comme le plaisir est dieu dans ton corps amoureux

Eh le bonheur n'est pas si fort que tu crois

Prends-garde le bonheur n'est pas si fort que tu crois

 

 

 

 

- Amour, oh, non

Amour... oh ! non

Amour... oh ! non

Faut pas vendre son âme sans raison

Amour... oh ! non

Y'a pas de sainteté par le poison

Aspergé de miel, tu attends le printemps

Tu veux être un poète allemand

Pour en quelques voyelles, redevenir amant

 

Amour... oh ! non

Tu n'aimes plus ta nature de taurillon

Amour... oh ! non

T'aimes te foutre en l'air les jours de l'an

Aspergé de miel, tu attends le printemps

Tu veux être un poète allemand

Pour en quelques voyelles, redevenir amant

 

Amour... oh ! non

 

- Emotions tardives

Emotions tardives

Emotions tardives, caprice du cœur

Emotions tardives, où est mon erreur ?

Emotions tardives, mon meilleur esprit

Emotions tardives

 

Emotions tardives, nous sommes en mai

Emotions tardives, mois du bien aimé

Emotions tardives, pour le roi de cœur

Emotions tardives

 

Autour de la piste,

Vois comme se meurt l'accordéoniste et le moissonneur

Ton cœur endurci, comme un diamant,

Supportera t-il tout ce qui l'attend...

 

D'émotion tardive, que veux tu de moi,

Emotions tardives, je ne voudrais pas,

Emotions tardives, ô meilleur amant

Emotions tardives

 

J'ai le cœur si triste en pensant à toi

Je n'ai pas le cœur à aimer ton chant

J'ai le cœur si triste sous un ciel en feu

Et l'âme engloutie sous les cendres bleues...

 

De tes émotions tardives on dit que tu mens

Emotions tardives, montre-moi tes dents

Emotions tardives, viens je n'ai plus peur?

Emotions tardives, émotions tardives...

 

- M'entendez-vous rire

M'entendez-vous rire ?

 

Amour marchand

Ruiné, bel amour arrogant

Tué, amour de sang

Du mâle amour de mon enfance

M'entendez- vous

Amour m'entendez-vous

Ce jour m'entendez-vous

Amour m'entendez-vous rire

 

Amour gagné

Non, mes plaisirs partagés

Au fond, bel étranger

Fuyons le fou qui ose dire que le bonheur est un don

M'entendez- vous

Amour m'entendez-vous

Ce jour m'entendez-vous

Amour m'entendez-vous rire

 

Âme énervée

Non qu'un chacun sait comme neige

Fond, … noblesse

Allons et refusons ce corps qui sanglote âprement

M'entendez-vous

Amour m'entendez-vous

Ce jour m'entendez-vous

Amour m'entendez- vous rire

 

Jeanne chantais

Pour vous qui restiez comme cœur

Sourd,  oyez ! cruel

Amant, Jeanne porte votre anneau d'oreille étincelant

M'entendez- vous

Amour m'entendez-vous

Ce jour m'entendez-vous

Amour m'entendez-vous rire

 

- Le sang des taureaux

Le sang des taureaux

 

Marche l'apprivoisée

Manière d'une once

Souriante sur l'onde

Marche l'apprivoisée

 

Songe le cœur léger

Que glisse comme une ombre

Sur les lèvres du monde

Son corps apprivoisé

 

Et rêve, le bien-aimé

A des entrailles émues

Par le même rêve

Le bien-aimé

 

Marche les nuits de mai

Quand les lilas

Envahissent le monde

Le corps apprivoisé

 

Va comme une once

Sur les lèvres du monde

Le corps apprivoisé

 

Rêve, le bien-aimé

A des entrailles émues

Par le même rêve

Le bien-aimé

 

Pensée sauvages,      venin   

Impatiente, mouron des oiseaux

Digitale, myosotis, verge d'or, épervière commune

 

Rêve, le bien-aimé

A des entrailles émues

Par le même rêve

Le bien-aimé

 

Quand le péché blanc comme neige

Glisse sur les lèvres de celui qui s'endort

Je ne prends pas plaisir au sang

Du taureau, des brebis et des boucs

 

Quand on est amoureux…

 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 19 Octobre 2010

Avec ses bêtes ruminant des feuilles sur l'air du "Parcours de la peine", l'élégiaque "Manteau de pluie" de Murat est l'indiscutable CD de l'automne. Un an durant, de fermes en studios et d'effondrements en exaltations, "Libération" a tenu le journal de sa gestation envoûtante.  


 

   

 

 

Accouchement difficile, séparation, médocs... Un article au long cours de LIBE qui raconte l'élaboration du manteau de PLUIE....

 

 

 

 

 

 07 octobre 1991 LIBERATION

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PIERRE-FENDRE
AU PAYS
DE MURAT

Clermont-Ferrand, Pessade, Aix-en_Provence, Roche-Charles, envoyé spécial

Chroniqueur de la Coupe du monde de football terré dans une chambre napolitaine vers les immeubles vagues du stade San Paolo, martyrisé par les humeurs de la mama qui l'héberge, Jean-Louis Murat, en lévitation gidienne, écrit : "Puanteur de la famille, puanteur de la ville. Je ne supporte plus les gens charmants dans leur état cadavérique, je m'approche au plus près, je renifle et je juge l'état de décomposition de la bête : irrémédiable. Je veux partir"

C'est sans espoir, il part, avant la fin du premier tour. Sur la taie d'oreiller du lit où il a songé faire de son "Mondiale" un jeu érotique ("O être un homme! Etre en rut!"), Marie, sa compagne, découvre un matin des taches de sang : "J'ai rêvé d'un cheval mort,sous la peau de sa carcasse gelée vivaient, dans une nuée grouillante, des rats. J'ai cru entendre tournoyer la faux noire. L'épreuve de l'amour m'incite à la mort..." Explication : d'angoisse, il s'est mordu la bouche. Bagages bouclés sans attendre, le couple file vers Rome, pour finalement rebrousser chemin à grande vitesse ("200 km/h"). Objectif Clermont.
La route est longue, crispante. Sans un mot jusqu'au pied du Cervin. Où vient la rupture. "
Ça a chauffé!", dit-il. Excédée par la débandade italienne, elle quitte l'appartement de l'impasse clermontoise pour Sugères; lui rejoint Pessade, où Virgin a loué une maison isolée à son poulain pour y ruminer le successeur de Cheyenne Autumn. En fait, dès le lundi 25 juin 1990, dans sa deuxième et dernière chronique napolitaine, il avait la tête aux monts d'Auvergne: "Au pied du Cervin 2020m. J'avais besoin de l'air qui, ici comme à Pessade, rouille le lilas blanc." Au coeur du fax, un premier vers du disque qui n'est encore rien, moite comme une conception: "Et ton humidité chérie de femme..."


Photo : Axel D Tilche

 

 


L'été à Pessade
FIN JUIN. Là-haut, vers Saulzet-le-Froid, une géographie de rêve. La maison, aux portes des prés, est à la base d'un triangle imaginaire qui unit le Puy-de-l'Enfer, le lac de Servières, et le col de la Croix-Morand. Au creux d'un bosquet, sous les fenêtres, scintille un maigre torrent. Murat vit seul, la plupart du temps, dans son jardin d'Auvergne. Il bat la campagne, prend les bruits, se compose un herbier sonore à l'aide de la dernière tocade, le DAT. Levé à l'aube, il enregistre le silence des pâturages, puis l'écoute, défoncé, roulé dans l'herbe à la nuit "sous un ciel peuplé d'étoiles". Les instruments sont disposés dans une pièce au rez-de-chaussée.

Il écrit le matin, comme les maniaco-dépressifs. Les chansons viennent sans peine.
Dispersion, d'abord : la première
Je n'ai plus que toi, est à l'origine une commande de Luc Besson pour la bande-son d'Atlantis (à laquelle doivent alors participer Sting et Peter Gabriel). Une idée d'avant l'été. Il en a fait une version de 9mn, essentiellement instrumentale, brute et animale : guitares, étable, champ, bourdonnement. Pas vraiment sous-marin, plutôt marécageux : "Vois comme je vis mal / Je n'ai plus que toi, animal" appelle-t-il : "Je regardais désespérément l'extrait que Besson m'avait envoyé.Une vidéo où il n'y avait que des poissons. Je pensais au pauvre plongeur.

C'est la seule phrase qui me soit venue. Puis l'idée de lui faire une musique truffée d'éléments. Des bruits de surface pour des images de fond."
Col de la Croix-Morand - col de la croix du mourant - est aussi écrit pour Besson. Les volcans d'Auvergne enneigés renversés dans les abîmes de la grande bleue... "Il avait déjà tout scénarisé en fonction de la chanson. Tout était filmé à 50 centimètres sous le niveau de l'eau... Et, sur le pont musical, une fosse, un à-pic de 100 mètres..."
A l'automne, Besson, perturbé, congédie tout son monde ; les deux chansons en apnée qui ouvrent l'album survivront au plongeon.


FIN JUILLET. Concentration "Je n'ai plus la moindre envie / Le manque me suffit." Le texte du Mendiant à Rio, griffonné dans un express Paris-Clermont, date d'avant la montée à Pessade. Voilà la source : dans le désordre des écritures qui s'amoncellent, ce pan de lumière tient lieu de guide "Je veux être plus clair sur ce que j'ai à dire. Aller plus loin que Cheyenne Autumn. Décliner le même sentiment tout au long de l'album, le manque, le rien. Ou bien tu utilises une solution radicale, ou tu fais ta vie avec rien - le manque me suffit" donc : la phrase est portée, aux premiers jours, au bas d'une page sur le cahier Clairefontaine à carreaux qui va suivre le chanteur appliqué pendant tout l'enregistrement. A Pessade, il y colle une photo découpée dans

le journal. Elle doit servir de "la" pour la pochette : des cadavres au Liberia, couchés face dans la boue. "Je vais faire la même de moi, allongé (sur le dos) nu sous une pluie diluvienne." Sur une page vierge, Jean-Louis calligraphie aussi ces quelques mots : Le Manteau de pluie du singe, titre d'un recueil du poète japonais Basho qui va devenir celui de l'album."Le titre sert de ciment. Le Manteau de pluie du singe, c'est un chagrin élémentaire. Le travail maintenant est de ne plus s'écarter de ce sentiment."
Dix épures inspirées -- folk synthétique, disons -- se détachent du bouillonnement originel, tenus à ce fil fragile.
Je n'ai plus que toi ; Col de la Croix-Morand ("Je sens monter en moi / Un sentiment

profond / D'abandon") ; le Spectacle pour Américains ("D'où vient ce goût du vertige ?") ; Cours dire aux hommes ("Que finiront lâches comme moi, ceux qui croiront à l'amour") le Lien défait ("On se croit d'amour / On se croit épris d'éternité / Mais revient toujours"...) ; Ephémère ("Je parcours les rues / Du monde disparu / Où j'étais volontaire / Naguère") ; Mendiant à Rio ("Comme si j'avais eu une autre vie / Mieux que celle-ci") ; Le parcours de la peine ("Je le prends tous les jours / Avec les musaraignes, avec les vautours") ; Gorge profonde ("Dans ce dégoût qui me ronge"). Et une chanson à contre-emploi, Sentiment nouveau, intruse légère, coupablement admise, à peine défendue : tache en forme de


"seule touche d'optimisme". Les feuillets dactylographiés sont rangés serrés. A quelques ratures près, Murat ne s'en écartera plus jusqu'à la gravure, un an plus tard.

AOUT. Des amis passent à Pessade, avec l'été. Courent, ivres, entre les arbres, en imitant Roger Milla ; se perdent dans la nuit sur les plateaux. Ou bien ils s'essaient au jeu du moment : le "slalom passadouere", inventé et réglé par Jean-Louis Murat : balle au pied entre sept seaux distants d'un mètre cinquante, et retour. "J'ai encore tous les temps sur un carnet ! " Le mètre et les seaux sont précieusement remisés pour l'été suivant.
Marie monte aussi. Répéter les chansons qu'elle va enregistrer pour les disques du

Crépuscule. L'ambiance est tendue. Elle devient détestable à Clermont, pour l'enregistrement que le compagnon-chanteur dirige par naturel. "Le pire moment, dit-il. J'ai été abject, infect. Je ne voulais rien entendre. Il était convenu qu'on se sépare définitivement (après onze ans) au terme de l'enregistrement." Chaque jour, crises et pleurs.

L'automne entre Clermont,
Aix et Paris
SEPTEMBRE. Les chansons sont fignolées. D'autres en chantier. "J'apprécie le moment où je les écris. C'est un remède. Je le fais comme on prend des cachets." De cachets en migraines chroniques, constitutives, la moisson est plus fournie que nécessaire. Aux premières écoutes

clermontoises, une chanson -- le Poète allemand, fait l'unanimité : elle finira au rebut.
A Paris, cependant, commencent des sessions avec Mylène Farmer pour l'enregistrement d'un duo. L'idée dérange. Dans les couloirs de la maison de disques, place des Vosges, on raille : "
Farmer veut s'acheter une image et Murat vendre des disques." Lui, dit-il, n'a pas hésité. C'est d'ailleurs lui qui a fait le premier pas, en lui envoyant au printemps 1990 sa chanson la Vie des bleuets : "On me disait qu'elle adorait mes chansons, qu'elle avait envie que je lui en écrive, mais qu'elle n'oserait jamais me le demander ... On s'est écrit pas mal, on se téléphonait, elle m'a fait parvenir Regrets avant l'été.


Une réponse à ma chanson. Ça m'a touché. Sur la cassette, elle chantait mes couplets en essayant d'imiter ma voix ... Elle est désespérée mais indestructible. Elle est d'un désespoir indestructible. On se comprend tout à fait ..."
OCTOBRE. Cheyenne Autumn était sorti ... au printemps ; il faut que ce disque-là vienne avec les neiges. Murat se mure à Clermont avec son complice Denis Clavaizolle, fidèle tranquille, pour mettre au point les maquettes.
NOVEMBRE. Le 11, armistice. Fabrice Nataf, responsable Virgin, descendu (comme on dit) en Auvergne écouter les bandes, donne son accord pour l'enregistrement. Impression mitigée d'ensemble : "Ça sera dur à vendre. Plus difficile que Cheyenne Autumn"

(lequel frise alors les cent mille exemplaires). Viennent les discussions sur le choix d'un producteur. La maison de disques tient à Thomas Dolby, qui a produit le dernier Prefab Sprout, écouté en boucle durant l'été par Murat ("Pour nous, auteurs de chansons, Paddy McAloon, c'est l'horloger ...") ; Virgin propose aussi Brian Eno (option atmosphérique). Indisponible, celui-ci répondra par voie de courrier. Murat n'est en tous cas pas si chaud pour Dolby. "Peur de faire chic. De sonner comme un Brian Ferry à la française."
Il pencherait, lui, pour Tim Friese-Greene, qui givre élégamment les disques de Talk Talk ... Et après tout, il ne penche pour personne -- que lui-même.

La discussion s'anime, Virgin tient dur comme fer au producteur, par crainte de se retrouver avec un remake du disque précédent, autoproduit à la clermontoise. Réponse : "Arrêtez vos conneries ! Si je l'ai fait comme ça, c'est que vous m'avez donné un budget de misère !" Oui, non. Oui, non ... Etats d'âme : "De toute façon, les mecs ne me supporteraient pas deux jours. En studio, le premier qui veut me dire ce que j'ai à faire, il est mal barré."

Il se lance, seul maître à bord, le 20 novembre, dans un petit studio moderne, au détour d'une route qui mène d'Aix-en-Provence à la prison de Luynes. Il y va seul, mais à reculons.
Dans les jours qui précèdent le départ, il se cherche des excuses pour ne pas prendre


la route, invente une histoire de location d'estafette impossible, épuise son monde en palabres. Bref, il finit par s'installer, avec Denis Clavaizolle et Christophe Dupouy, compères de Cheyenne Autumn, dans la villa aux murs saumon, masquée de la grand route par un pan de campagne sans grâce.

Le voici qui se pose. Toujours à la même place à l'heure invariable du repas. Organisé, maniaque jusque dans le désordre de la cabine de chant : un trépied pour les textes proprement dactylographiés, des cassettes DAT empilées sur le bureau, les guitares cajolées (pas encore la Rickenbacker autographiée Roger McGuinn qu'il va acheter quelques semaines plus tard),

les crayons ("2H") ... Et le cahier, débordant à présent de textes et d'images (un pendu, Bernard Blier, un ticket du concert de 1989 de Neil Young à l'Elysée-Montmartre ...)

Les premiers réveils sont difficiles. Le chanteur-auteur-compositeur-arrangeur, fripé par le doute, descend en trombes les marches qui mènent à sa chambre, s'énerve pour des riens, il tambourine, crie, menace ("
T'es viré !") à la porte de l'ingénieur du son qui ne s'est pas levé d'assez bonne heure. Vengeance pour une nuit où, entre deux mauvais sommeils, il a rêvé d'un chat dont la tête enfle, se distord et accouche d'une chauve-souris ("C'est un rêve initiatique", dit le chat) ...

A six heures, Jean-Louis Murat avait déjà les tempes coincées dans la migraine, les yeux au plafond, retournant la même question : "Mais qu'est-ce que je fous là ?" Doute encore à la table du petit déjeuner : "Je ne trouve pas la motivation. Après Cheyenne Autumn, est-ce que j'avais envie de faire un autre album ? Après toutes ces années d'échec, après l'humiliation des maisons de disques qui m'ont viré, Cheyenne, c'était la revanche du chanteur raté. Mais à présent ? ..."
Silence. "
Cinq minutes d'extase par jour", soupire-t-il. Le reste du temps ?
Le reste du temps, il traîne comme une âme perdue -- bouffi, barbe maigre, jean, baskets et sweat informes --


symptôme Robert Smith -- dans les nombreuses pièces où la télé, partout, diffuse ses images en sourdine. Il pianote, reprend des notes, cause ou s'écharpe au téléphone avec "M." -- qui est revenue, au fait, à la fin de l'été. Et puis, il râle. Contre ses compagnons qui font mine de ne pas entendre. Contre les fromages et les vins de Provence. Heureusement, en fin de semaine, Marie descend de Clermont avec du boudes (côtes d'Auvergne) pour le bougon et du Saint-Nectaire.

L'hiver, de Clermont à Budapest

DECEMBRE. Jours à Clermont. Affres. L'album, repoussé au printemps, va être retardé encore à cause de la guerre du Golfe. L'épreuve s'annonce

interminable.
JANVIER. Dans La Montagne, qu'il lit chaque matin avec l'Equipe, Murat a relevé la phrase d'une voyante : "1991, j'y vois rien de beau !"
Le 7 janvier, il est de retour au studio de La Blaque, dans le maquis aixois. L'équipage est le même. L'humeur aussi : "
En studio, je suis comme un étranger, dit-il. J'ai la désagréable impression de ne pas être là. J'aime l'écriture des chansons, pas la mise en forme. Je pique des crises. Par moments, j'essaye de tout faire capoter." Maux de tête, maux de ventre, sinusite récurrente, colères de faible, Murat, en ces jours qu'éclaire un soleil pâle, se replie assez désagréablement sur son magnétophone et ses alchimies de bruitiste : "Voilà ce qui m'éclate encore : la

recherche de sons."
La cassette témoignant des éclates de Pessade est toujours en évidence. "Pour le Col de la Croix-Morand, on s'est levé à cinq heures -- pour enregistrer l'aube au sommet. Partout où on va, on prend une heure de silence. Sur chaque chanson, je voudrais garder une piste pour ça. Un souffle." Le projet sera ravalé peu à peu par les exigences du mixage ("Au final, regrette-t-il, ça donne plutôt le sentiment d'un défaut de la bande").
La Croix-Morand commence à vivre, prend l'éclat des glaces, et garde le vide charbonnement de la montagne au-dessus de lac de Chambon (et les cloches à vaches, le chien de Pessade ...) Les chansons, qu'on écoute sur le magnétophone dans une anti-chambre froide du studio,


 

Photo : Axel D Tilche

s'étoffent. Orgue par-ci, guitare par-là. L'ombre de Cheyenne Autumn s'estompe. Cours dire aux hommes tranche dynamiquement -- plus rock ? -- sur un canevas de synthés encore sec. Et un sommet déjà : le Lien défait, où Murat se fait les doigts sur des guitares en souffrance.
La progression toutefois reste pénible. L'équipage passe par Bruxelles pour enregistrer Neil Conti, le batteur décontracté de Prefab Sprout. "
Ces Angliches!, dit Murat. On a été obligé de recaler toutes ses frappes." Pour les guitares, après avoir pensé à Robert Fripp ("On lui a envoyé une cassette. Pas de réponse"), il s'est rabattu sur Chris Spedding. Mais celui-ci exige près de 100.000 francs et un aller-retour New York-Paris en Concorde.


Allons-allons. Finalement, le chanteur fera toutes les guitares ("Pas plus mal !").

FEVRIER.
Sur la route qui les ramène en Provence, les Clermontois ont écouté les "Remasters" de Led Zeppelin. Murat a aussi remisé dans un coin une vieille maquette de Soft Machine (Circa 1967) qu'on lui a envoyée, connaissant son penchant pour Robert Wyatt. "
J'ai arrêté de l'écouter, dit-il. Ça me trouble. A l'époque, ils se permettaient des choses incroyables. Nous, on n'ose pas. L'autre jour, le directeur de Virgin est venu écouter les premiers mixes, il n'a pas été surpris par ce qu'il a entendu. Je fais ce qu'il attendait de moi : une certaine qualité française, un certain bon goût.

Comme Cheyenne Autumn : un album bourgeois ... On manque de mecs en France pour nous pousser à prendre des risques ..." Morale ? "Maintenant, il faut avoir le goût d'avoir du mauvais goût. Commencer à salir. Ce disque, c'est comme un appartement, je signe un bail, je le meuble nickel. Et après, j'espère que vais pouvoir commencer à le ruiner."
Toujours pas question de producteur. Sans doute pour plus tard. Pour le mix final. Friese-Greene, qui traverse l'Afrique à pied, a envoyé une lettre ("
Si vous avez fait Cheyenne Autumn tout seul, vous pouvez vous démerder tout seul !").
Murat se remet au travail. Les médicaments ont retrouvé leur place près des instruments.

On dirait une chanson de Dutronc : Locabiotal, Veganine (quatre par jour). Balsolene avant de chanter ... Plus "un nouveau truc plus fort en codéine". Il reprend le fil de ses humeurs, porte même la main, un matin, sur son complice de toujours. Denis Clavaizolle (modèle de patience, pourtant). Christophe Dupouy reste, lui, collé à la table de mixage. La fatigue et la barbe lui enflamment le visage. De sa console, il ne voit pas la cabine du chanteur "De toute façon, dit-il, quand on peut le voir chanter, il fait tout pour se cacher."

Parfois, Murat se retire dans sa chambre. Sur la table de nuit, une "anthologie de la poésie d'amour du XIIe et XIIIe siècles" et des recueils


de "haïkus", poèmes japonais en quatre vers, sensés avoir donné son ton à l'album : "Le haïku, c'est un repère, dit-il, ça oblige à faire concis..." Il a souligné un passage -- "Par son compagnon volage mordue / La chatte a le regard vague" -- Et laisse le livre ouvert sur l'introduction : "On parle toujours de bien ébaucher le sujet, de l'examiner et de le sentir jusqu'à ce qu'on puisse pénétrer sa véritable nature." Sur le lit, dans le même ordre d'idées, un album de photos paysagistes de Shinzo Maeda. Plan large sur une plaine d'arbres maigres qui s'estompe sous une neige pâle, ou close up sur une feuille qui porte la rouille de saison. Il est décidé (pour quelques temps) que chaque photo induira le son

d'une chanson. Le chanteur tourne et retourne les pages, fait et défait sa sélection (trompe l'ennui ?) : "Par exemple, pour Gorge profonde, ça sera ce torrent (une source d'écume laiteuse). L'Anglais qui fait le mix, je lui pose la photo sur la console, et je lui dis "Voilà ce que je veux." Point. S'il ne comprend pas : ciao ! S'il est là pour faire sa petite cuisine, pas la peine."
Les chansons se colorent. Par touches. Sur
Cours Dire, un riff d'orgue Hammond et une introduction parlée. Il veut la faire dire par Mireille Périer. Mais le texte s'effacera ensuite pour reparaître, cryptique, en fin d'album (le Manteau de pluie du singe).
Tandis que les bandes tournent, temps mort donc

anxiété, il enregistre sa version d'Avalanche de Leonard Cohen ("Ça tourne. Comme Springsteen !") et aussi, tiens, une chanson du dernier album de Léo Ferré. En duo avec Marie.
A la mi-février, les relations avec la maison de disques se tendent. Des heures au téléphone pour dissiper des malentendus et régler des problèmes de partage financier concernant le duo avec Mylène Farmer. Murat doit par ailleurs partir du 23 au 28 tourner le clip en Hongrie. Par ces après-midi tourmentés, le business s'agite et le périple est à deux doigts de capoter.

MARS
. Le tournage a eu lieu. Les ennuis reprennent au retour. Virgin n'a pas du tout


apprécié les derniers mixages. Le ton monte. Au téléphone, Murat traite ses interlocuteurs de "salauds". Choc. "Ils me disent que mes chansons ne sont pas terribles, que je chante comme une cloche et qu'il faut que je revienne à des choses plus proches de Cheyenne Autumn." L'affaire est grave. "Je croyais travailler en confiance. Déjà que je doutais moi-même... Si en plus on me retire d'un coup toute confiance, alors que je suis seul en charge du truc et que je vais vers un budget de 800.000 francs ou un million... Ils me disent "T'es paumé, t'es dans le faux." C'est pas vrai, putain ! Je sais où je vais !" Il tient tête. "J'ai gardé en mémoire mes expériences malheureuses chez CBS ou

Pathé, où cinquante connards me donnaient des conseils. Où tout le monde se sentait artiste à ma place." Du coup, lors des réunions à Paris,où il est venu enregistrer harmonica et pedal steel, Murat remet ça sur le tapis en permanence. "L'artiste, c'est moi. Si je veux me planter, je me plante."

"Je ne crois pas aux décisions consensuelles. Les maisons de disques n'ont pas la perspective que nous seuls pouvons avoir. Ils ne voient pas où peuvent nous mener nos erreurs. J'ai le sentiment de savoir slalomer."
A la vérité, le mercredi soir d'hiver où il a écouté à Aix ces fameux mixes, Murat ne savait plus : plus négatif et catégorique encore que Virgin.

C'était après le repas, dans une ambiance pesante, la frustration montait au fil des chansons. Verdict, vers une heure du matin : "Je n'en aime qu'une demie. La seconde partie du Lien défait." A deux heures, il montait se coucher, annonçant qu'il fallait tout jeter. N'en dormant pas.
Au matin, migraine. Et un ressentiment contre Christophe, l'ingénieur du son,
"resté dans Cheyenne Autumn". Décidément... "A l'époque, on voulait un disque en noir et blanc : dès qu'on entrevoyait un son qui pouvait mettre du mouvement (une abeille, selon leur lexique intime), on le tuait. Mais là, dans les arrangements, il faut de la couleur. C'est plat. Glacial. Ma voix est trop en avant, il


faut une niche. Le Col de la Croix-Morand, c'est vraiment gelé. Personne ne va vouloir y aller! C'est difficile! Ce que je veux exprimer est tellement ténu, tellement étroit, qu'un problème de mix peut tout foutre en l'air..." Tête entre les mains. Veganine sur la table.

Le printemps, de Clermont à Londres et Tokyo
Fin MARS. Pour se redonner du coeur, le chanteur hypochondriaque enregistre à Clermont une lumineuse version à usage intime du Mendiant à Rio. Sur disque, la bossa, reprise à Michael Franks (qui veut l'interdire aujourd'hui) est arrangée dans l'esprit d'Antonio Carlos Jobim, auteur avec Vinicius de Moraes du fameux Girl from Ipanema.

C'est une escapade purement sentimentale dans un studio condamné, à trois kilomètres de la ville, près de l'autoroute et de l'aéroport, comme la baie de Rio vue du Gloria... Des souffles entrent par la porte ouverte, tendent une toile envoûtante, pour voix et guitare seules.
AVRIL. Après hésitation et négociations du côté de Ian Broudie, François Kevorkian, Stephen Hague, c'est finalement Julian Mendelsohn, producteur, entre autres, des Pet Shop Boys, qui apporte sa touche (discrète) à l'album. L'Australien n'en rajoutant pas, les deux hommes s'entendent et passent une dizaine de jours à peaufiner l'ensemble dans les studios ZTT. Au passage, le producteur, plutôt sollicité ces temps-ci du côté "dance", se

laisse aller à une opinion sur le travail du frenchy : "En Angleterre, c'est le genre de musique que tout le monde voudrait entendre mais que personne n'achète."

Entre deux séances, Murat repasse par Aix, avec Clavaizolle et Dupouy. Quelques changements : le mur de guitare qui s'élevait à la fin d'Animal a été rasé ("branlette!"), l'Infidèle (ex "spectacle pour Américain") a été totalement réaménagée "groovy" -- avec cuivres, frappe profonde et même un choeur de vierges à trois voix en envoi, lorgnant sur le Knockin' on Heaven's Door de Dylan.

MAI. Départ le 6 pour Tokyo.


Un voyage offert par la maison d'édition avec laquelle il doit reconduire son contrat. Là-bas, Murat essaie d'approcher Shohei Imamura (un de ses maîtres cinématographiques, avec l'inévitable Tarkovski ), pour essayer de le convaincre de signer un clip et un CD vidéo. Il n'atteindra qu'un proche assistant, en rencontrant au passage nombre de graphistes, photographes, vidéastes; dont un certain Kaji, avec lequel il décide de mettre le projet en route.

A Kaji, il propose la réalisation de la pochette ("De vraies couleurs : rouge, sang, blanc sperme") pense au CDV, voire à un coffret à tirage limité avec pochette en fibre naturelle (du bambou …). On le mène partout. Jusqu'à ce restaurant

dans la forêt où l'on ne mange que des fleurs et des produits de la nature environnante. Il revient exalté, en pleine phase compulsive : "Les Japonais m'ont donné l'envie de lancer de multiples projets. Ils m'ont beaucoup appris. Ce sont de véritables professionnels. Des exécutants hors pair. Des vrais larbins qui savent se mettre au service d'une idée. C'est ce qu'il faudrait dans les maisons de disques par ici, plutôt que des artistes rentrés."
Retour vers le 15 sur Paris, où le premier CD échantillon est gravé. Respiration. "Je me sens délivré", lâche-t-il à la table d'un café des Abbesses. Et de se projeter déjà dans l'avenir : "Un autre album tout de suite. Enregistré comme ça. "Live" en studio. Sans la moindre production."

Seulement, à Clermont, l'angoisse à nouveau à l'écoute du disque achevé : deux jours au lit sans bouger. Il pleure.

JUIN. La K7 commence à circuler dans un cercle d'intimes. L'un d'entre eux, conseil familier, tourne, retourne l'objet, hésite à entrevoir l'œuvre parfaite. Pour une délicate question d'ennui, un désagréable flottement narcotique entre la pop frivole de Sentiment nouveau et l'agacerie brésilo-Chamfort du Mendiant à Rio. Un lundi soir, un fax-conseil tombe finalement chez Murat. Suggère (mendiant) un agencement différent des titres, la disparition du Mendiant à Rio orchestré au profit de sa version clermontoise épurée. Soulagement du chanteur : "Il


a mis en forme ce que je pensais confusément, dit-il. Moi aussi, à l'écoute du montage final, je ressentais un malaise, un ennui dont je n'arrivais pas à déceler l'origine."
D'où branle-bas : il faut une semaine pour que Virgin accepte de modifier le disque en l'allégeant d'un tube potentiel supposé. Jean-Louis Murat, surexcité, menace cette fois de monter à la capitale "avec un fusil à pompe". Virgin ne concède l'aménagement qu'à quelques secondes du week-end. Sur l'air du : "Si tu en vends 50.000 de moins, tu ne viendras pas pleurer."

L'été à Clermont
JUILLET. Trois mois à attendre avant la sortie du disque. Tromper l'anxiété en travaillant


Photo : Eric Mulet


sur d'autres projets. Une chanson pour Johnny au texte biblique incantatoire ("J'ai fait la guerre à l'agneau…"). Problème ("Ils voulaient que je vienne en studio, ils ne voulaient pas juger sur une simple maquette! C'est pourtant leur seul espace de liberté"). Une chanson pour Pat Metheny. Autres problèmes. Passer le temps aussi en écoutant des disques (This Mortal Coil, Dinosaur Jr), en cherchant une ferme, en comparant le Journal de Kafka à celui de Gide, en lisant l'Histoire naturelle de Buffon.
Un soir, il en cite un passage dont il veut faire son dossier de presse : "Cette imagination est l'ennemie de notre âme, c'est la source de l'illusion, la mère des passions qui nous

maîtrisent, nous emportent malgré les efforts de la raison et nous rendent le malheureux théâtre d'un combat continuel, où nous sommes presque toujours vaincus…"

Canicule dans la cuvette clermontoise, le New York français. Incertitude encore …"Un moment, j'ai cru que je n'y arriverais pas. Et j'ai encore un peu ce sentiment d'échec. Je n'ai vraiment de tendresse que pour Ephémère, qui était le canard boiteux pendant l'enregistrement. Tout disque est un échec. Il faut être un idiot ou avoir un ego démesuré pour voir ça autrement."
La bande circule et les messages sur le répondeur font état d'un enthousiasme général.

Lui persiste à ne retenir que quelques bribes -- les messages subliminaux chuchotés sur le Lien défait, les bruits : "L'intro, le passage du beau temps à la pluie avec le bruit de souffle. Comme une ellipse cinématographique."

AOUT. Nouvelle crise -- on allait s'ennuyer : Virgin rejette le projet de pochette japonais. Après le coup du fusil à pompe, Murat fait le gros dos : "Il faut que je fasse des compromis", finissant par donner son aval à un projet qui ne le séduit pas : "Un truc genre Ferry." Non sans avoir exigé, côté couleurs, qu'on lui trouve le rouge exact de la Ferrari d'Alain Prost.

Enfin, c'est le chemin de croix. Le périple, l'attente, mène à une


chapelle du XIIème siècle, perchée sur un piton au fin fond de l'Auvergne. Murat, qui ne tient pas en place, s'est mis en tête d'y enregistrer trois chansons, écrites sur le pouce pendant l'été, et d'en tirer un film, le tout à ses frais, entre introspection et ethnologie : la Désespérance du monde paysan, titre d'un jour, deviendra au final Murat en plein air).

On accède à Roche-Charles, dans la vallée profonde, par un chemin escarpé, où les hautes herbes s'ouvrent soudain sur les pierres tombales. La table de mixage, remorquée jusque-là avec l'aide des paysans de la vallée, est posée en équilibre entre les caveaux. Sur la pierre, on lit : "A mon petit gendre, sa

mort inattendue a déchiré nos cœurs, ni le temps, ni l'oubli ne tariront nos pleurs."("On dirait du Murat", dit-il.) Séances tendues mais magiques, dans la pénombre, ou la nuit de la chapelle : "Les chansons m'émeuvent encore au moment où je les enregistre. C'est rare!" Des quatre chansons, dont un curieux remix bourré de la Croix-Morand, trois deviendront un CD LibéMuration.

Au retour la promotion commence. Des photos, les interviews. Les voyages à Paris. Ça va durer une bonne année. La contrepartie idéale, c'est le rêve, longtemps caressé, de s'acheter une ferme. Il se réalise. Douharesse. Il y reste quelques moutons, la porcherie n'attend

plus que son cochon et, de l'autre côté de la route, les rudes Salers veillent. Par moment, le ménestrel songe encore à redevenir berger.
Ensuite, il oublie. Parle d'aller vivre un an à Londres pour enregistrer le prochain album. Lequel sera acoustique. Et puis, non : "Je l'ai bien en tête, ça sera Sinatra."

Laurent RIGOULET

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Publié le 17 Octobre 2010

 

Sur le site de l'INA, on avait trouvé ces vidéos il y a déjà un moment... mais elles viennent d'être mises en ligne sur dailymotion, mais apparemment, impossible de les partager ici.

 

 

http://www.dailymotion.com/video/xf8lq5_interview-jean-louis-murat_news

 

Ardisson lui fait évoquer la veganine (du paracetamol amélioré, mais avec codéine et caféine... mais le paracétamol a haute dose est mauvais aussi pour le foi)

 

 

l'anti-portrait chinois:

http://www.dailymotion.com/video/xf8lq8_anti-portrait-chinois-jean-louis-mu_news

 

la chanson "le col de la croix morand"

http://www.dailymotion.com/video/xf8orw_jean-louis-murat-col-de-la-croix-mo_news

 

Te garder près de moi :

http://www.dailymotion.com/video/xf8o6f_jean-louis-murat-te-garder-pres-de_news

 

et la suite de l'interview:

 

http://www.dailymotion.com/video/xf8npc_cinema-jean-louis-murat-deuxieme-pa_news

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Rédigé par Pierrot

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