avec la canicule, allez prendre le frais au cinéma est une bonne idée... alors pourquoi pas tenter de vous donner envie... en revenant sur le film tourné par Murat en 1990 avec Doillon...et Béatrice Dalle et Madame Huppert. C'est d'actualité car il est actuellement en streaming sur mycanal, jusqu'au 31/07... et que justement j'ai quelques archives à vous proposer... avec l'aide de Florence D. qui est passé par la Cinémathèque à Paris. Un grand merci à elle. Allez, on dit merci... - merci! et bisous! - et oh, on se calme, ce n'était pas si compliqué que ça non plus...
Le film a été sélectionné à Berlin, et la critique est partagée... et Murat dans un rôle ingrat n'est pas très souvent évoqué par les critiques.
Pour Télérama (noté actuellement TTT): Genre : drame psychologique.
Cécile veut la perte de Suzy, coupable d'avoir aimé le même homme et, peut-être, de s'en être fait aimer. Cet homme est mort. Quand ? Il y a un an. Où ? Pas très loin de chez Suzy. Lentement, très lentement, Cécile cerne Suzy, l'enserre dans un filet inextricable de complicité et de cruauté mêlées, de reproches et de remords partagés, avec, au centre, cette unique et lancinante question : à qui la faute ? Un enfer réglé comme du papier à musique. Comme une mise en scène de Doillon : précise, minutieuse, implacable. De fait, Cécile réalise sa vengeance comme un bon cinéaste tourne son film : avec ordre et méthode, mais avec la touche d'insolence et de folie qui distinguent les artistes des artisans.
Truffaut avait toujours comparé les films muets de Garbo à un bout d'essai gigantesque. Le film de Doillon ressemble à un plan unique, élastique, démesurément étiré. Et dans cette scène qui semble ne finir jamais, la caméra poursuit deux comédiennes magnifiques qui se guettent.
Des dialogues fluides. Un huis clos doillonesque à souhait, ficelé avec brio. Et deux comédiennes au sommet de leur art !
Télécable sat accorde une étoile sur 4, et les avis de allociné donnent la moyenne (2,5 étoiles sur 5)
On peut noter quand même des points communs avec l'univers artistique de Murat: le film est inspiré par le roman de Dostoïevski, L'Éternel Mari (dont le nom russe est gardé dans le film), l'exploration de l'univers féminin, la psyché féminine (cf l'article des cahiers), la question qui arrive vers les 40 minutes, "tu as lu Proust?"...
Dans le film, Jean-Louis Murat arrive à 47 minutes 32 dans une tenue très 80... On le voit à peine de 3/4 dos, les mains dans les poches dans un pantalon remonté très haut. C'est peu naturel. Là, il y a un très bon gag: il dit qu'il travaille dans un centre pour des personnes qui ont été torturées! Voilà de quoi ravir les humoristes de France Inter... Et le personnage de raconter que son travail est de leur réapprendre à ressentir de la haine... Tout cela est d'un naturel comme une fraise tagada. A 49, il disparaît déjà. Isabelle Huppert dit qu'il a une certaine joie de vivre.... Bein oui! Depuis le temps qu'on vous le dit. Attention, la phrase la mieux écrite arrive. JLM en voix off: "le taxi arrive"... et le spectateur est content, il dit que ça va bouger un peu. A 51'42, les personnages ont donc pris le taxi pour aller piquer-niquer dans un parc parisien.. après un passage au mac do. 2 placements de produits d'un coup: le Mac Do bien en évidence, et le chanteur chanson française qui a commandé un sunday caramel... Pour vous dire comme son personnage respire la joie de vivre, il dit : "c'est un jour pour voir une comédie".... "Marivaux, Molière?"... Doillon ne manque pas d'humour: Béatrice Dalle répond "je préfère les vrais gens!"... Ah, mais oui, mon Dieu!
Murat est bien sage, il récite son texte qui associe dormir à la montagne, et chants tyroliens... et à Béatrice Dale, il pose la question "tu sais yodeler?". Non, on ne rêve pas... mais enfin, vous vous êtes peut-être déjà endormi effectivement.
On passe d'un coup sur un bateau mouche. Attention, Stéphane (le personnage) raconte une blague... sur un crocodile, mais on ne connaîtra pas la chute. Pour le coup, Jean-Louis est plutôt bon, dans son registre naturelle de fanfaron réservé.
Ensuite, Isabelle a le mal de mer parce qu'il y a du avoir une tempête sur la seine. Ils sont dans l'appartement, et tout est gris. les vêtements, la peinture. Isabelle lui fait le coup du "je suis peut-être enceinte"... On lui a déjà fait le coup. Actor's Studio. Tout est en plan large, le réalisateur ne nous prend pas par la main. Oh là là, la prononciation des filles, ce n'est pas terrible... La rousse qui disait bien aimer Stéphane le pousse dans les bras de la brune... et on se dit qu'il n'aura pas de mal parce qu'il préfère les brunes...
Stéphane a toujours les mains dans les poches.
Attention; film d'action : Dalle et Murat marchent dans la rue. Et... au milieu de la rue. Là, encore, Jean-Louis est plutôt bon. Merde... pas encore l'heure de film. Il reste 1h30...
"Regarde mon amoureux, comme il me déteste" dit Isabelle. Ah, tiens, il était là.
....euh, désolé... Je me suis endormi... J arrête là mon compte-rendu du coup... Et on passe aux choses sérieuses avec les vrais chroniques:
Je vous propose deux documents à propos du film.... avec Gérard Lefort dans Libé... qui parle d'une rencontre à Pigalle avec le regard laser de Jean-Louis (et qui m'a évoqué ce que l'on racontait en fin de l'article sur VS NAIPAUL).
On peut cliquer sur les photos pour agrandir:
Et un article des CAHIERS DU CINEMA... qui passe sous silence la prestation de notre jeune premier, mais très intéressant de consulter avant de regarder ce film et lui trouver un peu d'intérêt.
Évidemment, ce film a permis à Jean-Louis Murat de rencontrer Isabelle Huppert... et 11 ans plus tard, Madame Deshoulieres verra le jour.
LELIEN en plus
Le concert de Murat en Vendée à StJean de Mont sera une bonne action: le fondateur du festival est mort et l'argent que rapportera le concert (50%) sera pour la recherche médicale (mélanome). Pour autant, comme je vous l'avais dit, lea Tickets sont très peu chers! Une nouvelle raison pour être présent !
En attendant un peu d'actualité muratienne, peut-être avec le concert de l'été en VENDEE (le 28/07 festival ultrasong, à St-Jean de Monts, prix modique! - j'en profite pour indiquer que la Vendée aime Murat... puisque les Sables d'Olonnes est jumelé avec le village de... Murat... du Cantal), je vous propose un peu de photos de montagnes... J 'en avais un peu perdu l'habitude ces derniers temps... Spéciale dédicace à tous les amoureux de la montagne et à toutes les amoureuses des sommets.
Au programme, beaucoup de lacs....
- Première randonnée: avec la randonnée des lacs, grande classique familiale de Valloire (et ultrafréquentée).
Le Grand Galibier:
Les aiguilles d'arves:
Lacs du Grand Ban, puis Lac rond (deux lacs d'une tristesse de sécheresse...)... Le dernier (lac de la clarée) a un visage plus normal... On y découvre le fond de la vallée de la clarée, merveille des alpes.
Après une dernière montée vers un petit col (des cerces), on découvre le dernier lac (lac des cerces)
Col de la ponsonnière au fond :
Quelques jours plus tôt: le col de la ponsonnière vu de l'autre côté (Grand Lac). Je vous mets d'autres photos de ce côté-ci en fin d'article (pris avec mon téléphone)
Scultures de paille (Valloire)
Du col du Galibier : panorama
Barre des écrins, la Meije, Mont-Blanc, aiguille d'Arve (de profil), re-mont-Blanc, le Mont Thabor...
De La GRAVE, zoom sur les glaciers:
2e rando quelques jours plus tôt:
A quelques kilomètres sous le Lautaret (direction Briançon), Départ du PONT DE L'ALPE. Randonnée très fréquentée habituellement mais nous montons juste après la réouverture du col (suite au départ de la cyclotouriste "l'étape du tour"), et malgré la file ininterrompue de voitures, elles sont peu nombreuses ce jour-là à s'arrêter.
Une boucle est possible, et nous optons donc par le passage à gauche... malgré l'indication "passage délicat". De loin, ça fait un peu peur... mais le passage raide est peu exposé et un câble permet de se hisser dans la faille pour arriver au Grand Lac. Il faut remonter encore 100 mètres pour basculer en contournant un petit sommet. 8km pour +740 m de montée. Les Agneaux nous accompagnent tout au long de la randonnée de l'autre côté de la vallée.
Et pour finir, toujours des photos de mon téléphone, premiers rayons du soleil sur le Vercors (Mont-Aiguille et Grand Veymont), et sur l'OBIOU (Dévoluy):
Bonjour! (tiens, maintenant, je dis bonjour systématiquement... peut-être que je deviens aimable...)
1) Encore un article sur AURA AIME MURAT à vous proposer et plus que jamais, on est très fier et content: Un dossier de 7 pages !!+ chronique dans "Hexagone", la revue trimestrielle de la chanson. Je vous l'avais déjà annoncé. Vous aviez pu déjà le commander pour une interview de Jean-Louis Murat en 2020. et "same procédure as the last year" : vous pouvez vous rendre ici pour les différentes options pour vous procurer ce numéro 124 (édition numérique ou papier, ou abonnement: https://hexagone.me/produit/124a-numero-24-de-la-revue-version-papier/ ).
Beaucoup des participants du disque sont interviewés, et indiquent pourquoi ils aiment Murat, leur choix de chansons... notamment Richard Robert, et c'est passionnant. J'ai eu aussi l'honneur d'y participer pour parler de la genèse du projet et répondre à une question sur la relation entre Murat et la chanson française.
L'article est signé par une vieille connaissance, du temps de ma participation active sur le "forum" consacré à Jean-Louis (avant 2009) : Nicolas Brulebois. On l'avait déjà croisé dans plusieurs revues: l'impératif, Kamikaze (revue à la courte vie mais il y avait eu une interview de JLM)... Il signe aussi un article sur Sapho qui avait été suivie presque dans les mêmes années que Murat par Claude Dejacques. Au programme également l'ami Bertrand Louis qui après Muray, Baudelaire est allé voir du côté de Verlaine.
Voici juste la chronique parue dans le numéro... et ça fait plaisir:
2) Alors bien-sûr "AURA Aime Murat" est un "tribute" à Jean-Louis Murat, pour/par/àcause/grâce/selon/devers/àl'intention/àlafaveur/àlapartieetàl'exemple/ausude et ausujetde/euégardà/
à Jean-Louis Bergheaud et au-dedans de lui!
Il était du coup très superfétatoire de lui dédier ce disque... Et j'ai demandé à Stardust qu'il le soit à Matthieu Guillaumond (23/09/81- 01/03/2017)... A travers lui, sont associés tous les "muratiens", quelle que soit leur catégorie (clin d'oeil à un des ses articles fameux), et particulièrement aux kolokistes (son texte sur les concerts pour Clermauvergne à lire ici ).
Qui plus est, Matthieu n'a pas été inactif dans le projet... J'en ai appelé à sa mémoire pour convaincre Silvain Vanot... Voici ce que ce dernier nous écrivait en 2017:
Silvain Vanot
13/11/2017 10:26
Comme vous toutes et tous je suis bouche bée. Je garde le souvenir d'une rencontre lumineuse lors de mon passage à Clermont en mars 2015. L'interview, le lendemain du concert, a été un échange vraiment rare. La précision des questions, la curiosité et la culture de Matthieu, sa bienveillance scrupuleuse... Je me souviens avoir été très touché et le lui avoir dit. C'était une de ces périodes où je ne sais plus très bien quels sont les moteurs de mon activité, et ce matin là les questions posées m'ont aidé à avancer, à faire le tri entre les bonnes et les mauvaises motivations. J'ai repris ma route, nos relations se sont finalement réduites à peu de choses (nous nous sommes recroisés un soir de concert où j'étais très sollicité), je ne lui ai pas assez dit combien son écoute était précieuse. Je partage votre tristesse, ce bloc lourd et informe.
Photo du feuillet disponible dans le double vinyle (le cd contenait hélas une erreur sur le nom de Matthieu). IL RESTE ENCORE QUELQUES EXEMPLAIRES (sur les 100 gravés) disponibles sur ce lien paypal ou auprès de la page Stardust-acp.
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J'ai déjà dit beaucoup de choses dans l'article nécrologique, je ne veux pas les répéter, mais Matthieu veille toujours sur ce blog, même si je n’ai pas forcement suivi sa consigne (« respecte-toi »), ni mis en œuvre toutes les idées et projets qu’il m’avait laissés. Pendant 5 ans, et de plus en plus intensivement, il s’est consacré à parler et faire parler de Jean-Louis Murat… sans jamais tomber dans la fanitude et avec une droiture et rigueur exemplaire. La musique lui était sans doute un des seuls univers vaguement acceptables dans ce bas-monde.
Pour sa maman, c'est un réconfort de savoir qu'on ne l'oublie pas... avec tous ses mystères avec lesquels il s'est envolé.
J’avais dit que je partagerais encore sa correspondance… parce que c’est je pense une belle façon de lui rendre hommage, et certains le retrouveront ainsi avec plaisir. Voici donc quelques extraits issus des derniers mois (entre février et juin 2016), une sélection subjective, qui illustre j'espère le talent et l'humour de M, et qui se veut représentative de ses mails (peut-être 300 sur cette période, du plus anodin aux réflexions plus sérieuses, en fin d'article).... J’ai choisi de ne pas dater. Pendant ce semestre intense, il achevait son travail sur Murat pour le blog, avec une méticulosité extrême tout en rédigeant beaucoup d’articles.
4/10/2017
Allez, je retente... T'es là? Tu me manques... Plus personne ne m'écrit... J'ai l'impression qu'il n'y avait que toi que tout ça intéressait un peu...
p.
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m:
Le départ préparé:
Allez, passe une bonne fête des mères. Annonce à celle de tes enfants que tu viens de perdre ta maîtresse clermontoise et que tu es désormais tout à elle, cela lui fera plaisir ! AH, AH, AH !!!
(Je plaisante, mais "le Grand Remplacement" a déjà commencé ici, pour parler comme le plus lepéniste des Chamalièrois : à la bibliothèque du Patrimoine, nous avons tout un rayon de journaux et revues... lyonnais ! "Le Progrès" et des magazines... Ça y est, ils nous envahissent, ils vont violer nos filles, accaparer nos boulots, nous prendre le bleu de la bouche, venir en vacances chez nous... Horreur, Malheur ! [NDLR: fusion Auvergne-Rhône-Alpes]
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" Bon, je n'écrirai pas de chronique sur le dernier Vanot que je trouve de très, très, très haut niveau, je le regrette, j'ai comme l'impression qu'il va passer quasiment inaperçu... J'ai également renoncé à rédiger quelques lignes sur le nouveau Delano, tant pis. L'un de mes plus grands regrets restera de ne pas avoir écrit mon article sur cet organisateur de concerts mort au début des années 80, mais il est sans doute préférable de s'abstenir que de bâcler... Ce sera l'un de mes trois plus grands échecs sur le blog, avec la vraie-fausse ITW de Benoît XVI et l'article sur Messner* auquel j'ai pourtant consacré des heures et des heures de travail. Mais c'est ainsi.
1) Pierre-Yves Denizot Arachnée Concerts. 2) Reinhold MESSNER : « Le dernier des mohicans », le dernier grand auquel succède un « Alpinisme Décathlon » ( JLM).
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" Allez, il est temps de mettre en pratique le vieux proverbe qui dit qu'en matière d'adieux, mieux vaut quelques archives qu'un long discours...
" Pour me tourner du côté de l'avenir, donc, quelques archives (les archives, c'est l'avenir ???). Deux bricoles sur Denizot (plus une que je te remets, mais qui était déjà dans les "DIVERS" de l'envoi de l'autre fois). La liste des passages chez Pascale Clark. Elle quitte France Inter, cela aurait été bien de faire un petit quelque chose sur sa relation médiatique avec JLM au fil des ans... Passages radios, émission La Route, allusions à JLM dans un ou deux de ses livres (probablement), etc. Si j'y avais pensé plus tôt, j'aurais tâché de réécouter toutes leurs émissions communes pour construire une sorte de conversation Best of, c'était jouable, il n'y en a pas tant que ça, mais je n'ai eu l'idée que l'autre jour... Néanmoins, il reste la possibilité de lui adresser un petit clin d’œil sous une forme ou une autre lorsqu'elle lancera sa web-radio prochainement... À voir.
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" Je t'envoie également une liste non dépouillée de passages radios de JLM, les premières années, histoire que tu puisses faire le lien avec ce qu'on trouve sur le site en ligne de l'Inathèque (qui remonte à 1995, je crois). Ce n'est pas trié, il y a beaucoup d'émissions où JLM est signalé simplement parce qu'une de ses chansons passe à l'antenne, mais cela te fera toujours une base, si tu as besoin un jour de vérifier quelques dates. Je n'ai pas celle du premier passage chez Foulquier-Varrod, sans doute vers 82-83-84. Peut-être que maintenant qu'il n'est plus patron de la musique, Varrod trouvera le temps de répondre aux mails... Il manque également sans doute tout un tas de passages sur Europe 1 et RTL qui n'apparaissent pas dans les archives.
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Enfin, je t'ai sorti vite fait ce qu'on trouve sur Manset. Là non plus, ce n'est pas trié. Je ne t'ai mis la radio que jusqu'en 2000, tu pourras compléter avec le site de l'Inathèque en ligne. À la télé, j'ai viré quelques émissions avec Octave Manset, un gars de chez BMW, mais il en reste encore. Dès qu'il est question de bagnole dans un titre, tu peux supposer que c'est pour Octave et non pas Gérard. J'aurais évidemment pu taper "Gérard Manset", mais j'aurais alors pris le risque de passer à côté des fiches où est inscrit simplement "Manset" ou "G. Manset"... C'est un métier. [après des heures de visionnage à l'INA]
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Un de ces jours, tu finiras bien par descendre sur Lyon pour aller visiter le site expert, avec une liste de programmes à regarder ou écouter. Tu diras que tu travailles pour l'Histoire, ils te donneront l'autorisation, même si tu n'achètes rien. En plus, si tu expliques que leur site public contient plein d'erreurs et de lacunes, ils ne pourront pas refuser, ce sera une forme de compensation. J'ai failli tenter le coup moi-même, mais je n'ai pas trouvé le temps de retourner à Lugdunum.
Allez, je t'envoie tout cela par petits tas.
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De toute façon, au pire, tu auras plein d'archives exploitables. Comme l'écrivait Georges Duby à la fin de son livre biographique : "Je m'arrête ici, l'histoire continue". Heureusement.
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Vieux, usé, fatigué...
Dire que j'arrive à te dégoter les articles de R&F dix jours avant leur sortie et que je ne vois pas passer celui de La Montagne... C'est peut-être le signe qu'il faut arrêter tout ça, pour moi aussi...
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Garde toutes ces bonnes idées [d'articles], tu les mettras dans ta petite annonce pour trouver un autre collaborateur. Après tout, Bergheaud a dégoté Bonnefont de cette façon et ça marche depuis près de quarante ans (l'année prochaine) ! Tu préciseras bien que tu souhaites comme qualités indispensables : voiture personnelle, téléphone portable, compte Facebook, rapidité d'écriture, usage normal des virgules... Entre autres. Et tu marques :"Le poste exige réactivité et nécessite de savoir s'adapter aux breaking news de toutes sortes, bref, d'avoir toujours unE Plan B."Ah, ah, ah !!!!!
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Remercie-moi plutôt d'avoir décalé ma démission d'une semaine, j'ai pensé un moment l'officialiser le jour de la Saint Didier... Ah, ah, ah !!!
"C'est avec une émotion difficile à contenir pour moi, simple paysan breton, dont la seule source de bonheur dans la vie, en plus des textes de JLM (je n'écoute pas ses musiques, je ne suis pas un fan), est constitué par les sourires de mes gamins au foot, de vous annoncer l'arrivée sur ce modeste site qui ne fonctionne que grâce au bouche-à-oreilles, sans référencement, de M., Docteur en Muratie, la référence incontournable dans le milieu (depuis que le chien est mort), qui écrivait les seuls papiers sans fautes d'orthographe du Blog de Pierrot, Matthieu, un garçon simple, doté d'une plume magnifique, tenez, lisez, je prends au hasard, il suffit de se pencher dans le jardin de sa prose pour trouver une rose "Le samedi 26 août 1978, aux alentours de 19h00, le cardinal Albino Luciani était élu Pape et adoptait le nom de Jean-Paul 1er. Au même moment, à 1200 kilomètres du Vatican, sur l'hippodrome de La Bourboule, Jean-Louis Murat donnait son tout premier concert avec son groupe Clara. Habemus Claram !", que c'est beau, j'en pleure, Matthieu, un garçon simple, qui ne se prend pas au sérieux, un Breton dans l'âme, même s'il ne l'est pas, contrairement à certains Ayatollahs de la Muratie qui... voilà, Bienvenue Matthieu. Tu veux un jus d'oranges ?"
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Je viens de constater que tu t'étais déjà entiché d'un autre M, qui a sans doute des qualités avec lesquelles je ne peux rivaliser, si j'en juge par le surnom affectueux (référence implicite à ses mensurations, ne crois pas que je n'ai pas compris...) que tu lui donnes de "Black M". Alors que je n'ai même pas encore fini de faire mes cartons. Salaud, va ! (PS: Le commentateur qui ne veut pas qu'on dise du mal de la France, il connaît "Hexagone", la chanson du mec que même la femme de l'ex-président a repris - massacré - un de ses titres ?) [NDLR : polémique sur Black M]
Le travail pour le blog:
Je te soupçonne d'être marié, d'avoir des enfants et de mener une vie de famille qui t'empêche de répondre à mes mails 24/24h... Bon, Fred Plainelle est un grand fou, il a soumis l'article [Jean-Louis en première partie de Jean-Louis :http://www.surjeanlouismurat.com/2016/05/titre-pour-article-sur-telephone.html]. Si tu aimes, tu peux titrer, introduire et mettre un lien en plus (ou pas) et publier ce soir. Sinon, laisse-moi un petit mot et je modifierai demain les dates (hier.avant-hier, aujourd’hui/hier, etc.). Le vigile approche, je dois filer. Bisous. P.S.D.T. M.
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Bon, laisse-moi à présent, je dois écrire, trier, synthétiser, organiser, alléger, alourdir, mettre des virgules partout, trouver des calembours avec les mot Ceausescu et armes chimiques, puis, surtout, chercher la petite phrase un peu classe que les filles reprendront dans les commentaires de Facebook en mettant un cœur à côté... [préparation de l'article: http://www.surjeanlouismurat.com/2016/05/article-concerts-caritatifs-en-cours.html]
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Écrire encore et encore à Didier Varrod, n'avoir aucune réponse.
Envoyer un mail unique à Ivan Rioufol et obtenir une réponse dans les dix minutes.
Ô Ciel !
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Titre: Réponse à question pas posée
Tiens, ça m'étonne que tu n'aies pas taclé Didier en mode "Eh tocard, JLM en a pas écrit deux, mais trois des chroniques pour Libé !", c'est bien ton genre (islandais, rude sur le porteur du ballon). Ah, ah, ah ! Pour répondre à ta question, si, Murat a pratiqué le marathon ou au moins le semi. Dans une émission de Caroline Tresca, un chroniqueur présente même une une de La Montagne où il figurerait et il confirme (mais refuse de donner son classement). En fait, j'ai regardé le journal, je n'ai jamais vu sa tronche et dans la liste des participants je n'ai trouvé qu'un nom proche du sien, mais avec une autre orthographe. Soit c'était son nom (mais avec une coquille), soit il est arrivé beaucoup plus loin au classement. Bref, il a sans doute pratiqué un peu au début des 90's, je crois qu'il était adhérent au Club d'athlétisme de Clermont, j'ai dû voir ça quelque part...
Voilà...
M.
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Puisque tu parles de fidélité [NDLR: de So Foot à JLMURAT] , je te signale que c'est l'ami Jean-Vic Chapus qui interviewe Murat dans So Film. Tu sais, Chapus... Chapus, comme l'auteur de ces lignes inoubliables :
"Nous aimons Murat car cet aimable auvergnat est un des derniers marrants que compte la musique d'ici.
Le gusse est capable de tout : sortir une merde prétentieuse où il duettise avec Isabelle Huppert sur des poèmes signés Madame Deshoulières, monter sur la scène de la dernière Route du Rock pété comme un coing et hurler "Eh malouins, malouines enfilez vous !" ... faire passer un six titres tout à fait honnête pour un double album de qualité supérieure.
Qu'importe.
Avec sa dernière œuvre intitulée "Lilith" (le double album justement) Murat va encore susciter l'admiration sans faille des gens impressionnables ("Oh, la merveilleuse ode à la femme avec un grand F que voilà !").
Pas chez Newcomer.
Murat est seulement un troubadour priapique plus doué et plus érudit que la moyenne (il aime visiblement de plus en plus Neil Young, John Fogerty, Mark Hollis et Oum Kalsoum).
A part ça Murat est aussi une grosse fainéasse (plus de la moitié de ces 23 morceaux semble à peine peaufinée) qui n'aime rien tant que se voir chanter, écrire et jouer de la guitare.
Forcément cela occasionne des longueurs.
Tant qu'il y aura des sérieux pour prendre pour parole divine ses élucubrations, notre clown du Massif Central pourra toujours se serrer de la meuf.
Nous ne sommes pas dupes mais nous lui tirons quand même notre chapeau : bravo, mec, tu es le dernier des punks."
va corriger ton Philippe Toussaint en Jean-Philippe Toussaint avant que je me fende d'un commentaire assassin pour te foutre la honte devant tout le monde...
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Mon Dieu, et moi qui t'écris encore et encore, alors que tu dois être en ce moment-même dans un congrès "Hé Oh la gauche", entouré de jeunes rocardiennes à qui tu tires la ficelle de la culotte sans vergogne, tout en leur expliquant que sucer ton 49.3 n'est pas tromper... Et pendant ce temps, l'Histoire avec un grand H, comme hygiaphone, nous passe sous le nez. Putain, mais tu ne peux pas soutenir Valls et faire grève en même temps ! Tu es mort, c'est la seule explication logique... Adieu, Pierrot, RIP !
PS: "Rappelons, pour l'Histoire, que Les Rancheros ont naguère signé, en ouverture de leur hymne officiel, la fameuse apostrophe "Hé oh, hé oh les Rancheros", dont s'inspira directement le ministre Stéphane Le Foll pour lancer le mouvement "Hé oh la gauche !"."
Et à Laure
Putain, Laure a voulu me faire une Baupin (heu, ton orthographe d'Alex Beaupain, ce n'est toujours pas ça...) ! Je lui claque la bise et là, tu sais ce qu'elle me dit ?! "On va se tutoyer."
S.... ! ! D'où on se tutoie ? Tu me prends pour un mec facile ?! Mets-moi la main au paquet, tant que tu y es ! Obsédée ! Recommence et je te promets que tu vas l'avoir ton enquête sur Mediapart, avec témoignages à charge d'élus d'Orcival ! Non, mais... Et tu vas voir que ça va encore être de ma faute, on va dire que c'est mon petit pull-over autour de la taille qui excite les nanas. Le jour où j'aurai envie de tétouiller autre chose que mon bâton de réglisse, je vous ferai signe ! #projetcrocodilettes
Et à quelques autres !
Oui, quand je vois le nombre de rockers locaux qui sont profs, je suis toujours sceptique sur le contenu de leurs cours. Après, on peut réussir à compartimenter, voir la musique comme une soupape de décompression. Mais pour certains, quand même, leur confier l'éducation des gamins... Mouais...[NDLR: le prof s'était bourré avant son concert au tremplin]
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Au fait, je ne t'ai pas posé la question, Queuille n'a jamais réagi à nos articles sur Chanson ? Il commente tes photos de champignons, mais un article dans lequel il est cité, portant sur une revue dont il fut l'un des rares lecteurs il y a quarante ans, ça ne l'inspire pas ? Ben, tant pis.
Tu n'oublieras pas d'envoyer un petit mot à Christian Queuille, je compte sur toi. Et s'il répond "Oh, mais vous auriez dû me contacter, je vous aurais raconté mes souvenirs de lecteur", tu lui balances un smiley-qui-fait-la-quenelle ! P.-.S. : J'ai fait exprès d'associer les noms de Queuille et d'Abdeslam dans le même mail. Si les RG font correctement leur travail, il est foutu !
M. avec son "autre chef" pendant quelques temps, Alexandre Rochon et en charmante compagnie.
Les idées, les analyses
Pour revenir à Murat, tu sais que la bio a pu lui faire du mal : sincèrement, quand tu lis la soi-disant compilation de pur "nectar" de je ne sais pas quelles conneries d'aphorismes, enfin bref, la section où Bataille se sert de JLM pour régler quelques comptes et l'arrimer au camp des gros réacs provocateurs qu'il adore, sans aucun souci de donner un aperçu exact d'une pensée, ni même de concevoir un réel recueil d'aphorismes, bref, quand tu lis ça, tu n'as pas forcément envie de passer un moment avec Murat... Le coup de la tarlouze dont on se demande comment il fait jouir sa femme, puis du trop grand nombre de noirs en équipe de France, puis de la brouteuse, puis des féministes qui sont toutes des salopes, heu... comment dire... Ça peut être un peu étouffe-chrétien quand on ne connaît pas le bonhomme ou qu'on n'a pas l'esprit ranchero. Il suffit que quelques attachés de presse influents ait lu le bouquin (pour leur travail) et ça peut dissuader certains de l'inviter. C'est une simple hypothèse.
suite:
Attention, je n'ai pas écrit que c'était la faute de, mais que le livre avait pu jouer un rôle. Et ce n'est pas parce que les propos cités sont bien de Murat que la compilation de Bataille n'est pas malhonnête pour autant. Tu veux qu'on cherche ensemble les déclarations de JLM sur les féministes (tiens, dans Point de vue), Les Inrocks ou le rap qui vont totalement à rebours de ceux que cite Bataille ? Sa compilation n'est ni un aperçu aussi exact que possible de la pensée muratienne, ni un recueil d'aphorismes, la moitié des citations n'ayant rien de drôle (alors qu'avec Murat, il y avait de quoi faire !). Nous savons l'un et l'autre que si le discours public de JLM se résumait à ce qui est compilé dans cette section du livre, nous ne nous intéresserions pas autant à ce qu'il fait depuis des années ni toi, ni moi, ni un certain nombre de muratiens d'ailleurs (je n'inclus pas Didier dans le lot)... C'est tout ce que j'ai voulu dire, je ne le dédouane en rien (souviens-toi d'ailleurs des circonstances dans lesquelles tu eus ce coup de foudre pour moi - qui contribua à ta perte - à la Fnac de Lyon, alors que je lui reprochais de virer vieux con...).
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Bonsoir,
Comme je comprends entre les lignes qu'à travers ton dernier mail tu sollicitais de ma part une analyse pointue sur cette absence de tournée, je vais te donner mon point de vue. Et si tu ne le demandais pas, je vais te le donner quand même.
Tout d'abord, je crois qu'il y a des raisons arithmétiques à cette absence de tournée. D'un côté, beaucoup de lieux culturels connaissent des difficultés économiques, une partie allant jusqu'à la fermeture (cf. la longue liste des festivals qui ont disparu ces derniers temps). Les lieux qui survivent ont généralement des budgets en baisse, ce qui a un effet sur le nombre d'événements organisés, sur le montant des cachets (même si celui de Murat est assez dérisoire), sur l'étendue des saisons culturelles, etc. Là, nous étions du côté de l'offre. En face, côté demande, il y a de plus en plus de gens qui font de la musique et ambitionnent de monter sur scène, puisque la production est techniquement plus simple et moins coûteuse qu'avant et que la diffusion peut atteindre une certaine dimension rapidement via internet. Donc, moins d'offre d'un côté, plus de demandes de l'autre et JLM, lui, demande plus que les autres, puisqu'il sort des disques plus souvent, donc ambitionne plus souvent de se produire sur scène, même si ses tournées sont courtes. Il est logique que l'espace disponible ne puisse absorber tout le monde et qu'un candidat qui se présente chaque année ou tous les deux ans finisse par avoir du mal à y pénétrer.
Autre phénomène, l'usure, à différents niveaux.
Nous savons que certaines dates de JLM ces dernières années ont sans doute été facilitées par le réseau qu'il s'est créé au fil des ans. À Guéret, l'organisateur était un vieux copain. À Villeurbanne, nous savons que Papelard et lui se connaissent depuis belle lurette (sans parler du fait que Pie a partagé plus d'une fois la scène avec Tachychardie à l'époque de Chaos). On peut supposer que ce genre de dates chez des amis a eu lieu d'autres fois. Sauf que, bien entendu, cela ne peut pas se reproduire systématiquement : que dirait-on d'un organisateur qui programmerait à tous les coups ses vieux copains ? Il n'y a que la Coopé qui peut se le permettre, parce que c'est à Clermont et qu'il s'agit d'un concert caritatif, donc particulier (même si ce n'est pas sans poser des problèmes, pas mal de gens estimant que la salle accorde trop de place à JLM). Cette carte du concert chez un vieil ami organisateur n'est donc pas utilisable indéfiniment.
Par ailleurs, Murat tourne maintenant depuis de longues années, il est donc assez logique que des lieux qui l'ont déjà reçu une, deux, trois, quatre fois finissent par ralentir la cadence. Le concert régulier dans un même endroit, c'est bon pour le bar du coin, pour Le Clown de l'avenue Anatole-France, mais tu ne joues pas tous les six mois dans une Smac ou un théâtre. C'est un problème qui ne se posait pas au début de sa carrière et moins il y a dix ou quinze ans.
L'usure peut aussi provenir, d'une manière différente, du comportement du chanteur : à force de se faire mal voir (pour de bonnes ou de mauvaises raisons, c'est une autre question) de directeurs de salles, d'intermittents, de techniciens, de backliners, d'attachés de presse, sans oublier des photographes, le nombre de gens prêts à l'accueillir peut aller en se réduisant.
Il y a aussi une raison évidente liée à ses ventes de disques. Il vend peu, je doute qu'il ait réellement fait le plein neuf fois sur dix lors de la dernière tournée, donc il serait étonnant qu'on l'invite et qu'on le réinvite en permanence. Par ailleurs, il y a cette image qu'il a contribué à se forger, qui le dessert aux yeux de certains, lesquels n'auront donc jamais envie d'aller le voir en concert. Et le mini-buzz orchestré par Bataille autour de ses déclarations les plus fracassantes l'an dernier n'a sans doute pas atténué cette image dans la mémoire des gens.
Enfin, on revient toujours à ce que nous nous disions le soir où nous nous sommes rencontrés et où nous avons longuement discuté place du 1er Mai : à la question posée dans "Taïga", "Qui veut entendre ça ?", si on l'applique à ses chansons, la réponse est : pas grand-monde. Le nombre de gens qui ont en tête les chansons de Murat, qui conservent dans leur mémoire des événement personnels associés à certaines d'entre elles, qui attendent les nouvelles et qui ont envie d'aller le voir sur scène, nous le savons, est très inférieur à ce qu'il est pour Renaud ou Polnareff ou Téléphone, que ça lui plaise ou non. Pour un type qui est tombé amoureux pour la première fois à l'époque où "L'ange déchu" passait à la radio, combien se sont embrassés sur "Mistral Gagnant" ou ont baisé comme des bêtes sur "Y a qu'un cheveu sur la tête à Mattheu" ?
Quant à l'argument qu'il avance de son côté, à savoir que ce serait l'omniprésence des vieux qui l'empêcherait de tourner, spontanément, j'y crois peu, car, comme cela a été dit, ils n'aspirent pas eux et lui aux même salles. Ceci dit, il faut se méfier. Prends l'exemple du cinéma. A priori, on peut se dire que le gros multiplexe ne concurrence pas directement le petit cinéma d'art et essai, puisqu'ils ne passent pas les même films et ne visent pas le même public. Mais dans les fait, il y a bien concurrence (déloyale). Pour vivre, les petits cinémas ne peuvent se contenter des tout petits films, ils ont besoin de ceux d'auteurs qui viennent de la marge et ont fini par acquérir un certain statut (exemple : Woody Allen). Bref, des films d'auteurs porteurs. Or, le multiplex veut aussi ces films-là (qui, contrairement aux tout petits, font des entrées) et peut s'arranger pour obtenir l'exclusivité sur une ville, en marchandant avec le distributeur : tu ne donnes ce film qu'à moi et je m'engage à te prendre tel autre film que tu distribues ; ou, à l'inverse, si tu ne me donnes pas l'exclu sur tel film, je ne prendrai pas tel autre. C'est ainsi que le petit cinéma obtiendra le film d'auteur porteur en cinquième ou septième semaine, autant dire quand il sera en bout de course sur le plan commercial. Par ailleurs, un gros multiplexe peut se permettre d'avoir une salle pour des films un peu plus fragiles, uniquement dans le but de capter un public qui, autrement, ne viendrait jamais et en profiter pour assécher le marché. En résumé, il y a bien une concurrence entre l'énorme cinéma de dix salles et le monoplexe (sans complexes) qui passe des petits films indépendants. Donc, il n'est pas exclu que la programmation des Renaud et autres dans les Zénith ait des effets secondaires qu'on ne perçoit pas immédiatement sur la politique des salles plus modestes. Il faudrait que j'en touche un mot à Fred Roz pour voir si ce que dit Murat lui paraît crédible ou bidon.
Enfin, pour illustrer ce que j'écrivais hier soir, non pas sur l'accueil des salles, mais sur celui des médias, je vais te donner trois exemples.
L'autre jour, Bataille a balancé un tacle de Murat aux Inrocks sur Twitter ou Facebook. Résultat, Conte a rappelé le nombre de unes que l'hebdomadaire lui avait consacré et écrit que JLM était charmant quand on le rencontrait, puis balançait ensuite sur le canard, ce qu'il avait du mal à s'expliquer. Donc, j'imagine très bien qu'à la conférence de rédaction où l'on se dit qu'il faudrait parler du nouveau Murat, Conte prenne la parole pour faire remarquer que Murat a fait de moins bons disques ces dernières années (de son point de vue), qu'ils le soutiennent toujours et que malgré ça, dans le même temps, il leur chie dessus. Donc, "ça va bien !" Une telle scène me paraît crédible.
Idem à Libé : souviens-toi du type qui expliquait qu'à chaque nouvel album, il y avait un débat dans la rédaction, certains disant "On ne va pas encore parler de Murat !". Bayon parti, un de ceux qui trouvent qu'on accorde déjà beaucoup de place à JLM peut très bien arriver avec deux-trois citations du livre et les sortir pour justifier le fait que Libé n'a pas à soutenir avec autant de force un tel mec... Là encore, ça ne me paraît pas impensable. En braquant la lumière sur les propos les plus scabreux de Murat, alors qu'ils avaient été prononcés sur des années, et en les sortant complètement de leur contexte initial, Bataille a simplement pu contribuer à les remettre dans la mémoire de certains qui avaient fini par passer l'éponge. Et même sur un fidèle comme Nuc, son comportement a pu avoir une influence inconsciente : l'autre imbécile le fait passer pour un fayot et un censeur depuis des mois, Nuc n'a peut-être pas eu envie de trop s'enflammer sur le disque pour ne pas donner à ce con de nouveaux arguments... même si l'autre n'a pas besoin de ça pour en remettre une couche (cf. son tweet sur le Figaro).
Voilà, j'ai fini ma conférence.
Vous souhaitant un très bon week-end et vous priant de croire blablabla...
Matthieu
P.-S. : Je n'ai pas encore acheté Morituri, je ne l'ai écouté pour la première fois sur Deezer qu'aujourd'hui. Le crescendo du "Grand vivier de l'amour" sur "French Lynx", "Les ronces" dans l'intro de "Frankie", le "Charles et Léo" dans les couplets de "La pharmacienne", "La surnage dans le tourbillon d'un steamer" dans "Le chant du coucou", le gimmick du "Blues du cygne" dans "Tous mourus" et le fameux pim-pim-pim...pim-pim !!! du "Champion espagnol" dans "La chanson du cavalier" m'ont rappelé de bons souvenirs. Mais je n'ai pas encore écouté tout cela avec assez d'attention...
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Décryptage.
A la campagne, il y a cinquante ans, que ce soit en Auvergne ou en Bretagne, il y a une chose dont on ne parle jamais, qu’on fait souvent (du moins je l’espère) c’est : « ça ».On le fait comment ? Eh bien : « comme ça ! ». C’est quoi ? C’est : « la chose ». Dans le texte du titre « Morituri » femme ose dire : « Ne fais pas comme ça »puis de se résigner et finir par lâcher : « Ca ne me va pas/Si la chose te va ».Ces « choses » là, il ne faut pas qu’elles se sachent. Le faire comme ça, devient une habitude : « La manie est prise« , femme consent et s’incline : « Si la chose te va ».MURATécrit : « Nue sous la remise/On fait ça comme ça« . Plus en amont il précise : « Pour éclaircir ma voix/Non ne le dis pas ». Et vous pensez à quoi ? A la même chose que vous bien évidemment !
Dans « Morituri » c’est une femme qui parle. Avec gouaille elle s’exclame : « Le sang a séché » (…) « Pauvre con à moi ».Son amant, mari ou pas n’est pas toujours habile, elle murmure : « Faisons ça fissa ». D’autres fois elle est plus admirative et concède : « Comme tu y vas ! ».
A la campagne on n’est pas des « diseux », on est des « taiseux » des « faiseux » des « baiseux » aussi. Cela ne se dit pas. Le plus souvent, pour ne pas dire toujours, c’est l’homme qui décide. Madame n’est pas disposée ? Qu’importe ! C’est comme ça. Monsieur a des envies, monsieur les assouvit. Après ça, une bonne rincette. Il ne restera à Madame qu’à faire une petite toilette et reprendre le rythme d’une journée de travail, commencée tôt avec la traite des vaches, qui se finira tard avec les préparatifs pour le lendemain. A la campagne, ce sont les animaux, le taureau, le cheval, le chien ou le chat qui vous apprennent tout. Ces compagnons de vos journées vous enseignent en premier lieu : comment faire des bébés. Les parents n’ont pas de temps à discourir avec les enfants. A la campagne, en ce temps là, s’adonner à « la galipette » est le seul loisir qui s’offre à vous. Cela se fait loin des regards. Cela se fait vite, il n’y a pas de temps à perdre. Il y a les vaches à traire et le blé à rentrer. L’orage gronde …
Et la fameuse « Cathy » souvenir des « paradis perdus »: « Oh Cathy aime moi » ??? Non. MURAT en interview dit qu’il aime a se faire appeler comme ça. « Cathy » ? C’est lui !
« Morituri » désigne ceux qui vont mourir. La soixantaine passée la soif de vouloir satisfaire « Madame » n’est sans doute plus aussi forte, irrépressible. Qu’il est loin le temps du fier amant qu’on avait peine à rassasier : « L’amour est parti/C’est toi qui l’a dit ». Alors « Morituri » le chant du cygne du « zizi » ???
Et tout le reste qui fait la joie d’une telle correspondance !
Je crois que si je prenais un nom de code sur Facebook, je choisirais Brad. Brad Pitt, rapport à ma plastique impeccable.
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Je fais exprès de mettre dans mes courriers des mots étranges comme"popotin", c'est bien commode pour les recherches d'anciens mails : par exemple, je retrouve toujours sans problème les liens vers les vidéos du concert pour la Roumanie, car je me souviens que je les avais envoyés à Junior [pour Varrod Junior, alias : Thibaud : http://www.surjeanlouismurat.com/2014/12/interview-radio-de-christophe-pie.html ] dans un mail où je lui conseillais de ne pas mettre de percussion autour de son zizi, comme le fait le guitariste des Real Cool Killers. Et dans ce mail, j'ai écrit"bistouquette". Du coup, il suffit que je tape ce mot dans la case "Recherche" de ma boîte à lettres et je trouve le mail en question de suite. Hum... Fermer la parenthèse.)
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Prière de M
Hier soir, j'écrivais dans un mail adressée à une dame :
"Je ne me sers plus désormais des vœux (écrits) que pour les instrumentaliser, c'est-à-dire pour me rappeler au bon souvenir de gens qui me doivent des réponses. Parfois ça marche, parfois non. Cette année, un musicien censé me transmettre un document très bientôt – très bientôt, depuis plus de six mois... – s'est contenté de m'adresser ses vœux en retour, avant d'ajouter : "Aie confiance." Depuis, plus de nouvelles... #foutagedegueule #prendsmoipouruncon #sijetecroisejetassommeavectabasse..."
Et ce matin, il me recontacte...
Pardonnez-moi mon Père parce que j'ai pêché, j'ai conçu dans mon for intérieur de mauvaises pensées contre cet homme et au-lieu de les combattre en implorant le Très-Haut dont le nom est Amour de me donner la patience, j'ai formulé à voix haute et par écrit ces mauvaises pensées. Pardonnez-moi mon Père, oui, j'accepte de recevoir votre sentence et de me faire fouetter cul nu par la première chanteuse clermontoise venue, oui, mon Père, j'accepte humblement et ferai pénitence. Amen.
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Là, je réfléchis à voix haute, si tu me lis, c'est que j'ai appuyé sur "Envoyer"...
Merci encore pour tout Matthieu....et je vous laisse encore avec quelques autres articles qu'il a signés:
Encore une petite sélection d'articles signés par Matthieu:
ll me l'annonçait depuis un moment sans que je ne veuille y croire. Faut dire qu'il me menaçait souvent de faire jouer le mercato et d'aller à la concurrence. Mais il ne s'agissait - enfin, j'espère- que d'une espièglerie. Enfin soit, M. comme il signait ses articles, Matthieu alias le journaliste multipoche Fred Plainelle, a annoncé qu'il cessait sa collaboration avec le blog.
Certes, il ne faut pas en faire une tragédie, un drame personnel et s'en réjouir pour lui: il a sans doute beaucoup mieux à faire, et à donner au monde, que de passer des heures dans les archives à nous dégotter des informations inédites. J'avais parfois des scrupules à le voir travailler autant, à le voir se démener pour vérifier une information en contactant le monde entier si besoin, quitte à se fâcher pour défendre notre travail ou notre liberté. Pour autant, il n'aimait pas les gueguerres entre clans muratiens et rêvait sans doute d'un grand site où les archives seraient mis en pot commun, muratiens united, un peu de la façon dont il invitait tout le monde à partager nos piques-niques devant la coopérative de mai du mois de juin.
J'aimais pouvoir compter sur lui pour prendre conseil et veiller au principe d'indépendance de ce blog. D'ailleurs, il aura toujours refusé les petits avantages que j'aurais pu lui offrir (invitations). Intégrité qu'il conservait dans ses comptes rendus de concert, œil toujours critique mais avec le regard bienveillant sur les artistes que l'on veut avant tout défendre. Je lui avais filé un peu les clefs, lui permettant de soumettre ses articles et d'accéder au blog. Et je me disais que quand je serai fatigué, la maison serait à lui... Il s'est fatigué avant moi. J'avais le rêve d'un accomplissement de notre aventure commune avec une interview, celle de Jean-Louis, et enfin l'occasion d'avoir des réponses .... ou du moins de poser les questions qui nous trottent dans la tête depuis des années.
Je me rappelle de la première fois où je l'ai rencontré: il avait posé à Murat une question courageuse et philosophique sur le thème de la posture et l'imposture, suscitant une réaction un peu vive de Jean-Louis. Un beau moment. C'est par les mails que notre relation a ensuite véritablement démarré. Et c'est ce qui va me manquer sans doute le plus: les dizaines de mails que je pouvais recevoir, dont un grand nombre qui me faisait mdr, pdtr , et tant d'autres, qui me forçaient à étoffer mes connaissances.
Il aura fallu le concert en 2010 quelques temps plus tard pour qu'on se rencontre vraiment... et la discussion n'en finissait plus depuis...même si lui travaillait de son côté. C'est un petit regret que nous n'ayons pas signé réellement un article ensemble, même si pour soigner mon égo, il me laissait le soin de réaliser des introductions.
Son travail se diffusera encore un moment sur le blog (et j'ai un peu de stock). J'en ai la garde, et c'est de la responsabilité, la responsabilité de continuer, mais y aura-t-il encore quelqu'un pour me secouer dans mes périodes d'apathie et de doute?
LE REMERCIEMENT EN PLUS POUR LE DISQUE
Merci à Florence pour sa relecture de mon texte pour la pochette -et pour celui de ce jour.
je n'avais pas eu le temps de me pencher sur le décès de Jean-Louis Trintignant... mais l'actualité me rattrape... dans le JDD de ce matin, SCOOP! merci Marc!
Dans la longue liste des projets inédits (plus ou moins) et avortés, nous avions effectivement en 1990, cette collaboration avec Jean-Louis Trintignant.
On en trouvait trace sur ce site consacré aux Disques du Crépuscule, label belge culte, dans lequel était très fière de signer Marie Audigier (c'est donc sans doute elle qui a suggéré le nom de l'auvergnat...).
les proses du transsibérien: – voix de J.L,Trintignant –musique
In 1990, another two (short-lived) divisions were called into existence: Dancyclopaedia, a dance label, and Little Circle, home of straight-forward rock acts like Fats Garden, Perry Rose and The Candy Men. Marie Trintignant, daughter of famous French actor Jean Louis Trintignant had a wonderful cassette released, Poemes A Lou, with poems and prose by the like of Apollinaire, Tescaro and Desnos. Her father was working on a similar project for Crepuscule, called Prose Du Transsyberian, together with Jean-Louis Murat. Although some of the tracks made it onto compilations, the project was aborted.
TWI 917 JEAN-LOUIS Prose Du Transsyberian n/a TRINTIGNANT
CD: BE n/a (Crepuscule TWI 917-2)
- Cancelled. Readings by the famous French actor, put on music composed by Jean-Louis Murat. Texts by Blaise Cendrars. Drawings by Enki Bilal.
extrait de http://home.planet.nl/~frankbri/cremain2.htm
Un extrait ainsi que des infos sur le poème était disponible chez LEBRAS après une diffusion sur France Culture: http://didierlebras.unblog.fr/121-cendrars-trintignant-murat/ La genèse du projet est également expliqué et il semble que les deux Jean-Louis ne se soient pas rencontrés.
Un extrait de ce projet a été diffusé sur une compilation du label (sans accompagnement de JLM) :
Quelques temps plus tard, de nouveau, ils se "croisent" sur le film ROUGE... auquel Murat participe:
... Encore un peu plus tard, le drame de sa fille touchera beaucoup Jean-Louis Murat (au moment de Lilith).
On se quitte dans la mélancolie, ce n'est pas toujours "vivement dimanche"... avec une participation de JL TRINTIGNANT sur un disque que j'aime beaucoup d'Arthur H:
Le titre du recueil est la dernière phrase d’Un singe en hiver d’Antoine Blondin, écrivain cher à son cœur. À la mort de Belmondo, j’y suis moi même allée de mon hommage, et donc, je vais avoir l’outrecuidance de me citer. J’avais bien sûr évoqué l’adaptation, avec Belmondo et Gabin, d’Un singe en hiver, ainsi que la très belle chanson éponyme de Jean-Louis Murat : « Je suis rentré d’Indochine un beau matin, et j’ai trouvé une vie bien trop facile, bête à crever ». Elles servent à cela les chroniques de Thomas Morales: nous consoler de nos vies, qui, en 2022, sont devenues, quelquefois, bêtes à crever.
LE LIEN EN PLUS NE NOUS FACHONS PAS
Quand un comique de France Inter n'est pas inspiré... il reste la référence à Jean-Louis Murat pour combler... Bon, en tant que roi de la vanne, il doit accepter quelques retours de bâtons...
Vous pouvez vous rendre vers 1 minutes 55...
Pour rétablir une vérité, il n'y a qu'une maladie qui tienne... est-ce que ce n'est pas beau ça, M. FROMET?
1) Dans le numéro de FRANCOFANS de ce mois-ci, une excellente chronique par Mathieu Gatellier, fidèle muratien. Talent, sensibilité, à ranger dans les meilleurs "tributes"... et appel à faire un TOME 2!
Suivez le conseil de Mathieu et procurez-vous le vinyle!
2) On peut découvrir une version live de "Tout est dit" par Adèle Coyo... et des titres de son répertoire dans la session vidéo ci-dessous. La révélation d' Aura aime Murat poursuit son bonhomme de chemin vers un premier album.
Enregistrement dans Les Studios du Paradis
🎚 Mix Nicolas BLAN
🎛 Mastering Rémi BLANC ⚓️Coordination et Réalisation
On va vous susciter des regrets... en vous parlant de la mini-tournée de Jennifer Charles et Oren Bloedow qui vient de s'achever. Les amis américains de Jean-Louis et de la famille, ont gagné l'aéroport, l'avion n'a pas fait bang bang mais a filé droit direct United States... en laissant dans l'air et dans la tête des spectateurs les souvenirs d'un doux american kissing [bon, il se peut qu'il soit encore possible de croiser Jenny dans les musées parisiens ce matin, si j'en crois son instagram!) . Notre correspondante parisienne a assisté au 2e concert parisien.
Paris, un soir de juin qui ressemble déjà à l’été. Les bars et leurs terrasses font le plein autour des monumentales portes Saint-Martin et Saint-Denis. Sur le boulevard de Strasbourg, L’Archipel, qui accueille ce soir pour leur deuxième date les Elysian Fields, avec Matt Low et Guillaume Bongiraud, voisine avec les illustres théâtres populaires. Ambiance intimiste dans la petite salle bleue, tout en longueur, la scène à un bout, le bar à l’autre. Le petit écran blanc en fond de scène finit de rappeler la salle de cinéma… Et de fait le spectacle de ce soir aura un grand pouvoir d’évocation.
Alors que les derniers spectateurs arrivent, soudain noir total… Des bruits de pas, des grillons… Ambiance de soir d’été, d’où surgissent les notes du violoncelle de Guillaume Bongiraud, pour un superbe premier morceau joué pizzicato. Suivent deux autres compositions, avant qu’il ne cède la place à Matt Low, « de Moulins-sur-Allier » : belles mélodies, textes introspectifs et souvent mélancoliques, ponctués d’adresses au public toutes en autodérision. Alors que Guillaume le rejoint pour son dernier morceau, s’amorce ce qui fera aussi toute la séduction de cette soirée : on n’assistera pas vraiment à une succession de prestations – première, deuxième partie… - mais chacun tour à tour sera invité à revenir sur scène pour jouer avec les autres, dans un climat qui ressemble à de l’amitié, et qui ne peut qu’envelopper la petite foule du public, si proche de la scène.
Vient le tour d’Elysian Fields, pour son dernier album, Transience of life, sorti en 2020, inspiré d’un roman de l’auteur chinois Cao Xueqin, qui raconte l’histoire mythique d’un amour maudit, épopée qui semble être l’équivalent de l’œuvre de Shakespeare pour la Chine du 18ème s. Jennifer Charles et Oren Bloedow disent avoir trouvé, dans cet univers si lointain et étranger, une proximité avec leurs thèmes de prédilection – et de fait les titres des chansons fixent tout un programme : Transience of life, Vain longing, Sorrow amidst joy, A life misspent, Separation from the dear ones… autant de variations sur l’amour condamné, l’impermanence de toute chose, la désillusion, le chagrin… La scène vient magnifier l’album qui joue de la rencontre entre deux mondes, pour nous plonger dans une atmosphère vaporeuse et onirique. Oren à la guitare ponctue les morceaux de sonorités orientales, Jennifer, étirant infiniment son chant, joue de sa voix si langoureuse et de la grâce expressive et mystérieuse de ses mouvements, dans une interprétation spectaculaire et théâtrale, entre le jeu et la danse. Accompagnée par Oren à la guitare ou au piano, elle dit le regret et la mélancolie – le « Helas, helas » de Union of enemies résonne magnifiquement. Mais le groupe excelle aussi dans les ruptures de ton et rythme, et la guitare de Oren sonne régulièrement très rock, pour des passages très enlevés. Les morceaux s’enchaînent sans guère d’interruption ni d’adresses aux spectateurs, comme pour nous laisser plongés dans cette atmosphère de sombre rêverie, et jouer de la puissante capacité du duo à faire naître en chacun des images. Pour le morceau final de l’album, The birds scatter to the wood. Jennifer demande d’ailleurs le noir, « like in a movie », et danse dans la pénombre sous l’écran où défilent des images de paysages. Bientôt elle sort de scène, et toujours dansant remonte la salle, frôlant des spectateurs émus, pour laisser Oren au piano conclure magnifiquement. C’est fini pour l’album, mais pas pour le spectacle, puisque Matt Low est invité sur scène pour jouer avec Oren et Jennifer son titre Saut de l’ange – il les remercie dans un anglais surjoué de frenchy de Moulins. Le rappel réunit tout le monde, pour une reprise enthousiasmante de Black Acres. Remerciements en français et en anglais… Et invitation à finir la soirée ensemble, au bar du fond de la salle
Je m’éclipse assez vite… mais la grâce, la chaleur, le charme infini de cette soirée n’ont pas encore fini de m’accompagner.
F.
Merci Florence! Merci à Matt Low d'avoir organisé cette mini-tournée qui a vu le groupe fréquenter la beauté des VINZELLES, la nouvelle place to be in le 6/3, le bois de SAOU... et le Blois du chato'do ce week-end.
Jennifer et Oren sont à retrouver sur Mustango.
Jennifer sur A bird on a poire
Oren est également sur Babel (chant soviet)... aux côtés de Matt Low et Guillaume Bongiraud (au sein des DELANO ORCHESTRA).
Guillaume a un nouveau projet avec Morgane Imbeaud: AVATARS... Je vous laisse découvrir
Le LIEN EN PLUS pas elyzian mais elisyhan
Il' faudra aller au fin fond de la Bretagne pour écouter du Jean-Louis Murat... Avec Elisyhan, dont on a découvert les reprises de Murat il y a quelques temps.
"La fête se poursuivra sur la scène des Chardons à partir de 19 h avec Elisyhan, seul en scène dans un répertoire de Jean-Louis Murat."
Bon, en attendant de pouvoir choper une place pour Bruce à Paris (je suis bloqué à 67% dans la file d'attente), je vais commencer un petit article...
D'abord, je tiens quand même à revenir sur l'article précédent, sur lequel on a bien bossé avec Florence, enfin surtout elle, et elle nous a rapporté quand même une interview inédite du Boss du 63... de deux questions certes... SCOOP EXCLUSIF: "sur un trottoir, Murat nous dit qu'il vit avec un homme depuis 30 ans!"
Pour les retardataires, c'est à relire ici. Le prix Nobel VS NAIPAUL compte moins de lecteurs que Marc Levy en France, mais cet article est aussi une belle chronique sur Morituri.
1) ILS AIMENT MURAT
a- Pour rappel, AURA aime Murat, le vinyle est arrivé... Pas chez moi, mais je devrais récupérer le mien vendredi. TIRAGE 100 exemplaires!! Un objet de collection à se procurer : paypalpaypal 22 titres! Attention: il en reste 40 seulement! Le CD 16 titres est bien sûr lui aussi disponible. On attend la chronique dans Francofans prochainement et un grand dossier dans HEXAGONE en juin!
b- Voici un extrait d'une interview de Helmut Tellier de la maison tellier, que l'on savait déjà amateur de Jean-Louis Murat. Il joue aussi dans ANIMAL TRISTE avec le batteur Matthieu Pigné, dont on a régulièrement parlé ici.
Où situerais-tu La Maison Tellier dans la cartographie de la chanson française ?
Je crois que justement « A7LAS », de par son nom, de par son visuel et de par ce que ça raconte essaie d’inventer une géographie et un folklore qui sont les nôtres. On ne s’inscrit pas dans quelque chose de déjà existant parce que c’est très compliqué finalement. Dans la musique que l’on fait, il n’y a pas vraiment de famille mais on y retrouve des représentants comme Moriarty, Emily Loizeau, Baptiste W. Hamon, Murat…
Ce sont des références pour toi ?
Oui. Concernant Murat, on a travaillé avec Pascal Mondaz à la réalisation et à la prise de son de « A7LAS » qui avait bossé avec lui sur l’album « Babel » (ndlr. Sorti en 2014) avec le Delano Orchestra. Il voulait marier des musiques très ancrées en Amérique avec un langage très ancré en France et plutôt fin de 19e. Et ça, ça me touche beaucoup. Chez Murat, il n’y a pas forcément de constance, et c’est normal depuis le temps qu’il fait des albums, mais par contre, il y a des éclairs de pur génie : il y a des trouvailles qui me mettent par terre, quelque chose de très, très brillant qui me touche en plein cœur. Je trouve qu’il n’y a pas tellement d’équivalent dans la chanson française quand il produit cet éclair de génie.
J'ajoute aussi ceci cette interrogation sur la langue française:
J’essaie toujours de me figurer des artistes qui chantent en français ou des groupes qui seraient dans quelque chose de joyeux dans leurs paroles, sans parler de musique… avec un truc de qualité qui nous plaît. Et j’en viens à me dire que c’est la langue française aussi qui ne s’accommode pas vraiment du « youpi tralala». C’est une langue qui amène à la gravité, et c’est pareil dans la poésie. Regarde Baudelaire, Rimbaud, René Char par exemple… Est-ce que les Français ont tous le blues depuis toujours ? Ou est-ce que c’est notre langue qui veut ça ?…
c- Bertrand Betsch avait déjà repris "Tout est dit" pour un disque de reprises. Il récidive dans un CD réservé aux contributeurs de son nouveau disque (200 ex). Et il fait le choix d'un titre plus rare, puisqu'on peut le classer dans les "inédits disque": "PRIERE POUR M". Denis est crédité en tant que co-compositeur. Le titre a été diffusé sur une compil "un printemps 90", et chanté à Paris en 94. La reprise est assez jolie, plutôt guitare, mais ponctué d'un joli pont de piano, avant qu'une orchestration plus forte synthétique ne s'impose.
Jukebox Babe Vol. 1 sortira tout de même en numérique le 23 septembre 2022. Avec aussi du Manset (revivre) et Bashung.
Le rock français, personne ne sait ce que c’est. A part peut être les fans de Johnny Hallyday, mais personnellement on n’à toujours pas compris.
D’abord, Jean-Philippe Smet était Belge. Bon d’accord il a été naturalisé Français, mais ça l’a tellement concerné qu’il a tout fait pour ne pas payer d’impôts en France, ce qui, en soi, est un motif d’excommunication. Et si on considère que le Rock’n’Roll c’est Little Richard, les Stones ou The Jon Spencer Blues Explosion, on ne voit pas le rapport. En fait on se demande si Johnny Hallyday n’était pas plus proche de la catastrophe naturelle que du chanteur de variétés.
La chanson française par contre, on sait ce que c’est. Et le seul « groupe de rock » français qui ait jamais pu prétendre à l’appellation (Noir Désir) à fini sa carrière en se rapprochant plus du registre de Léo Ferré que de celui des New York Dolls.
Il est par contre certain que les artistes français voulant exercer dans le champ de la musique pop ne peuvent pas s’extraire de 70 ans musique populaire anglo-saxonne.
Il y a alors deux attitudes :
Soit se considérer comme étant de la filiation d’artistes comme Brel, Brassens ou Barbara et creuser le sillon en considérant que ces choses là ne sont pas périmées. Bon courage, mais pourquoi pas.
Soit considérer qu’on fait de la musique pop à l’aune de sa condition de « non-anglo-saxon », mais en ayant une parfaite connaissance du sujet.
C’est la deuxième voie qu’a suivi Jean-Louis Murat, voulant écrire des chansons « de là où il parle », comme on dit sur les plateaux télé, tout en sachant tout de Tony Joe White, Wilson Pickett, Mark Hollis ou Robert Wyatt. A notre connaissance, c’est le seul à l’avoir fait, avec peut être Alain Bashung.
L’avantage avec cette attitude, c’est qu’on se débarrasse des grimaces « pop music/rock’n’roll » pour faire valoir la spécificité de la chanson française : sa langue. (ok, on va faire comme si Dylan n’existait pas). Et dans ce domaine, Jean-Louis Murat sait de quoi il parle.
Sur ce disque, édité pour la première fois en vinyle, il y a tout ce que l’on aime chez lui: les textes riches, le vouvoiement amoureux, le grain de la voix, la production soignée et l’évocation subliminale de la musique anglo-saxonne qui l’a nourri.
Ajouté à cela des compositions, un son et un groupe qui donne l’impression d’une correspondance avec la production de Neil Young. Le même format, la même attitude mais modelée par un terreau différent. Ce n’est pas rien.
Voici à propos de TAORMINA la reprise de DA CAPO en instrumental de GENGIS (disponible en numérique et sur le vinyle AURA AIME MURAT), un titre improvisé nous rappelait JLM en coulisse quand le disque lui a été remis.
3) Pendant ce temps-là sur twitter:
Une citation de Murat avait déjà fait le tour du monde, sur Zidane. J'en découvre trois autres traduites en anglais:
Enfin, on savait que poster DOLORES entrainait des problèmes sur facebook du fait de seins qu'on ne peut pas voir, mais il paraîtrait qu'on peut être bloqué sur twitter si on poste "suicidez-vous le peuple est mort"... Depuis 1981, les choses n'ont donc pas changées... et nous qui pensions que ça avait empiré...
#Twitter#help@JPChouard qui est bloqué parce qu’il a posté la chanson de Jean Louis Murat "Suicidez vous le peuple est mort."Ayant partagé cette chanson via YouTube il se retrouve bloqué par Twitter pour le prétexte fallacieux d'appel au suicide. #jeanlouismurat
Saluons l'ami Vincent Raymond qui quand il n'interviewe pas Murat en Forum FNAC ou au Toboggan, écrit sur le cinéma, mais ça laisse des traces :
Juste avant qu’elle ne s’achève, évoquons cette rétrospective Terrence Malick accueillie par l’Institut Lumière qui donne l’occasion, comme dirait Jean-Louis Murat, de « fréquenter la beauté ». Car si l’insondable cinéaste peut parfois laisser son public pantois avec ses fables panthéistes mêlant dans un savant macramé narratif récits, époques, voix, destins et personnages, il ne déçoit jamais l’œil : il fait partie de ses rares auteurs à avoir un style (ou des “tics“ se reconnaissant au premier regard).
- Allo, Madame D. ? Oui, c’est Paulo ! Je suis sur le cul… enfin… la culture… Ça marche plutôt bien en terme d’affluence… même si je me demande si les photos du gars avec ses yeux bleus pénétrants, ça n’y joue pas pour beaucoup. On va faire la nique à Babelio si ça continue. Bon, là, je te file encore une mission finger in ze noz, du tout cuit, je te dis. Écoute moi ça :
“J’ai une bibliothèque qui repose beaucoup sur V.S. Naipaul. Son livre sur les gens du Sud des Etats-Unis est absolument sensationnel. Son livre sur l’Afrique, ou son livre sur la Jamaïque, aussi. J’ai écrit beaucoup de chansons tirées de son livre sur la Jamaïque”(les choix culturels de Jean-Louis Murat, Vive la culture, novembre 2018).
“Beaucoup de chansons”! On va enfin percer le mystère de certains titres ! De quoi ? Tu n’es pas sûre d’aimer Naipaul ? Tu crois que je t'appelle pour des articles que je peux faire moi-même et m'embêter avec des auxiliaires ? Moi aussi le livre m'est tombé des mains. Mais je te fais une fleur, je te laisse tout le temps pour commencer à apprécier. Pas de pression, remise du texte le 10 mai à 8h.
Dire son époque : J.L. Murat et V.S. Naipaul
Tout amateur de Murat soucieux de lui conserver toute son admiration a appris à se détacher de ses interviews : provocations multiples – certes parfois drôles et bienvenues - , affirmations contradictoires, talent éprouvé à se saborder et provoquer la consternation des plus fidèles…
Mais est-il invité à s’exprimer sur son travail, ses goûts, ses admirations ? On le retrouve inspiré, généreux, partageur : nourrissant. Parlant musique, cinéma ou littérature, il sait susciter le désir de la découverte. Rendre curieux, jolie réussite pour celui qui aurait voulu être prof…
Marcher dans ses traces, c’est s’engager sur des terrains amples et variés, même si l’on circonscrit l’exploration aux sources d’inspiration proclamées, des films de Pixar à l’Histoire d’un ruisseau d’Elisée Reclus, ou encore à Vidiadhar Surajprasad Naipaul. C’est aussi risquer de s’égarer : l’animal est facétieux, et semble s’amuser à brouiller les pistes. Faisons donc le pari de le croire sur parole lorsqu’il affirme dans cette interview qu’il a écrit plusieurs chansons inspirées par le roman Guérilleros, et osons quelques hypothèses…
Guérilleros
Passons rapidement sur le fait qu’à l’image de celui que le New-Yorker a appelé “l’effroyable Monsieur Naipaul” sont attachées déclarations retentissantes et anecdotes déplaisantes, qui tendent parfois à prendre le pas sur l’examen de son œuvre et de son parcours, de sa naissance dans la communauté indienne de l’île de Trinidad en 1932 à son œuvre riche d’une trentaine d’ouvrages et au prix Nobel de littérature en 2001. Son regard sans illusion sur les sociétés post-coloniales qu’il s’est attaché à décrire et à comprendre dans ses ouvrages – romans, nouvelles, reportages, récits de voyage, dans un style qui estompe la frontière entre fiction et documentaire - a pu également susciter discussions et controverses.
Venons-en plutôt au roman cité par Murat : Guérilleros, donc, publié en 1975. Il a pour cadre la capitale d’une île qui ressemble à la Jamaïque, dont la géographie dit l’histoire et le destin, aux lendemains de l’indépendance. Au centre la vieille ville coloniale aujourd’hui décatie, où l’hôtel de luxe a perdu de sa superbe ; le port et la carrière de bauxite exploitée par les Américains, et plus loin, au mouillage, leurs navires de guerre ; au pied de la colline, les quartiers populaires, pittoresques uniquement sur les gravures pour touristes : les communautés et les familles depuis longtemps dispersées, les jeunes gens errent sans repère et sans règles dans les rues tortueuses et sales d’où sourd une menace constante. Plus haut, le Ridge, quartier aisé où vivent les anciens colons et les travailleurs étrangers, inquiets de la fragilité de leur position et quittant les uns après les autres un lieu devenu instable et inquiétant. Et enfin à la périphérie, après l’ancienne zone industrielle à l’abandon, vers la forêt, un vaste espace défriché proclamé “communauté du peuple pour la terre et la révolution”.
… Jusqu’ici, on s’imagine plus dans une chanson de Bernard Lavilliers ou de Gérard Manset… Mais poursuivons…
Le roman s’organise autour de trois personnages principaux. James Ahmed d’abord, révolutionnaire métis issu de l’île. Considéré comme une figure de la défense de la cause noire, il est devenu célèbre en Angleterre, puis est revenu sur son île natale après avoir été accusé de viol. A la tête de la commune agricole, il règne sur un territoire en déshérence, des jeunes hommes inquiétants et désespérés. Il reçoit régulièrement la visite de Peter Roche, venu d’Angleterre, chargé par une entreprise locale de superviser le projet – et surveiller de près son initiateur. Roche vit sur le Ridge avec Jane, sa maîtresse, qui sitôt arrivée de Londres a compris qu’elle avait commis une erreur en suivant un homme qu’elle avait cessé d’admirer. Entre elle et James Ahmed va se nouer un jeu trouble et tragique.
Le roman raconte les désillusions qui ont suivi l’indépendance, un monde post-colonial mais qui reste sous tutelle. Les Américains contrôlent la principale ressource économique, la carrière de bauxite. L’empreinte de Londres est toujours bien présente. Même le projet révolutionnaire de commune agricole est soutenu et contrôlé par une entreprise dont la fortune a été bâtie sur l’esclavage.
C’est un monde confus, sans direction ni idéal qui est peint. Les personnages, faute de savoir qui ils sont, ou parce qu’ils le savent trop, se mentent, à eux-mêmes, aux autres, ou jouent un rôle auquel ils se laissent prendre. Roche, opposant au régime de l’Apartheid, a été torturé en Afrique du Sud, mais loin de l’intellectuel militant ou de l’homme d’action, il se laisse porter par les événements, et ne peut que constater la vanité de ses actes. Jane, sa maîtresse, est un personnage sans mémoire, sans cohérence, qui adopte les façons de parler de ses amants successifs ; son assurance se nourrit de la sécurité que lui procure le fait d’être anglaise, mais aussi de son incapacité à se connaître. James Ahmed oscille entre l’identification à son image de leader révolutionnaire craint de tous, la conscience d’être instrumentalisé, et le désespoir d’être resté cet enfant né dans une arrière-boutique chinoise qui voit que tout lui échappe. Même un personnage qui en impose dans un premier temps par sa stature et ses convictions, Meredith, homme politique noir natif de l’île, est souvent décrit comme un comédien, insaisissable, manipulateur, volontiers cynique, et soupçonné par les autres d’avoir peu de maîtrise sur les événements.
Composer avec l’air du temps
Et alors, Murat dans tout cela ? Il y a loin de cette île des Caraïbes à sa géographie familière, et plus loin encore des Etats nouvellement indépendants à la France contemporaine. Pourtant sa démarche, son regard viennent parfois rencontrer ceux de l’écrivain qu’il admire. Il loue en Naipaul ce qu’il appelle son talent de journaliste, témoin de son temps (d’ailleurs Guérilleros est à l’origine un fait divers survenu à Trinidad en 1972, dont Naipaul a dans un premier temps rendu compte sous la forme d’une longue enquête), et lui se fait aussi chroniqueur du monde paysan, en passe de disparaître. Élargissant la perspective, il s’est fugitivement essayé à la chanson militante, quand il allait à Vitrolles chanter contre le Front National (« Les gonzesses et les pédés »), ou soutenait les Gilets jaunes en 2020. Mais dans son évocation de la France contemporaine, elles sont finalement rares les chansons si précisément situées, et si univoques. Lorsqu’il publie Morituri, un album imprégné des attentats de l’année 2015, il adopte un point de vue très englobant, procédant par formules générales : il parle volontiers de “tout” ou de “chacun” ou s’adresse à un “tu” sans référent. Pas de récit ou de description, un climat plutôt, comme pour laisser ouvertes toutes les interprétations possibles : à chacun d’y superposer des lieux, des noms, des événements. Les titres mêmes de l’album et des chansons, « French Lynx », « La Nuit sur l’Himalaya », jouent sur le décalage spatial et temporel, récusant tout effet immédiat de miroir. Et, alors même que Naipaul, pour qui le roman est un instrument d’élucidation du réel, refuse toute abstraction, c’est précisément par ce gommage référentiel que, semble-t-il, Murat peut le rejoindre lorsqu’il cherche à saisir l’atmosphère du monde qui l’entoure. C'est ainsi que le “Tout est d’impuissance et de fausseté” de « La Nuit sur L’Himalaya », ou le “Tout est vain et cruel” de « French Lynx » pourraient faire aussi de parfaites épigraphes à Guérilleros.
“Le monde est ce qu’il est”
Force est en effet de constater que lorsque dans ses derniers albums Murat capte l’air de notre époque, il retrouve l’état des lieux dressé ailleurs et naguère par Naipaul. Le sentiment d’être piégé envahit tous les personnages de Guérilleros ? “Chacun dans ce monde est un prisonnier” déclare de façon définitive « La Nuit sur L’Himalaya ». Pire, “Tous sont encore esclaves”, renchérit « French Lynx ». Quand Naipaul met en évidence une inconsistance généralisée, « French Lynx » s’adresse à un contemporain anonyme : “Vite tu penses une chose, tu penses son contraire, tu passes ton temps à faire encore plus à défaire”. Règnent alors les images creuses, les illusions sur soi, la perte de tout repère. “Tu rumines au sextant, tu te crois indigène” note Murat dans « French Lynx », comme en écho aux hommes acteurs, aux hommes jouets de Naipaul. « Comme un incendie » parlait déjà du “royaume où tout fabrique du faux”… et de “ce purin d’idéaux” qui produit “des sots”.
A quoi se raccrocher dans ce délitement généralisé ? Murat, examinant le rapport au pouvoir dans Morituri, fait le constat amer de la perte de toute grandeur et du règne du cynisme : “Nous tenons nos chefs en mépris complet, malgré des caresses fermes et répétées”, “Quelques gloires de France servent de risée”. L’autorité ne peut plus imposer de direction ni prétendre sauver qui que ce soit. Dans « Achtung » surgissent des questions angoissées : “Chef, qui m’a fait le choix de cette vie ?”, “Mon capitaine qu’avons-nous foiré ?”. Dans Guérilleros les figures du pouvoir sont elles aussi remises en question. Le roman peint ainsi le désarroi du personnage de Bryant, jeune homme des bas quartiers membre de la communauté agricole, à la fois pathétique et effrayant, avec son visage hérissé de tresses qui lui donnent une tête de Méduse. Il s’est attaché à deux figures tutélaires du projet : l’une a disparu, le laissant abandonné, l’autre, James Ahmed, ne saura que lui offrir une victime sacrificielle. Quant au représentant officiel de l’autorité, Meredith, redevenu ministre à la faveur d’une émeute, il n’est vu que par les yeux soupçonneux des autres personnages, qui doutent de sa sincérité et pensent qu’il est utilisé, pour mieux être jeté en pâture à la foule par la suite.
Alors, quelle issue envisager ? Se tourner vers le peuple ? Une impasse dans « La Nuit sur l’Himalaya » : “Je rentre du peuple, je n’ai rien trouvé”. Le premier titre de Jean-Louis Murat en 1981 s’intitulait d’ailleurs « Suicidez-vous le peuple est mort ». Dans Guérilleros, la population est déchirée entre rêve de libération et goût de l’ordre, et l’épigraphe du roman, attribuée au personnage principal, James Ahmed, fait le deuil de toute fraternité, de tout idéal révolutionnaires : “Quand tout le monde veut se battre, il n’y a plus de raison de se battre. Chacun veut mener tout seul sa petite guerre. Il n’y a plus que des guérilleros.” La religion ? Murat semble la congédier, par la voix du personnage de « Achtung » : “Prendre la croix, non mais quoi…” ou l’affirmation catégorique de « La nuit sur l’Himalaya » : “L’esprit religieux vient d’un monde faux”. Dans Guérilleros, elle apparaît notamment sous la forme de la pratique bornée et la morale austère d’Adéla, la domestique de Roche.
Reste une violence généralisée. Le roman de Naipaul met en scène toutes formes de violence, violence d’Etat, violences policières, émeutes et crimes de sang. Roche dit qu’aucun pays n’est à l’abri de ces couvées de violence, malgré la tranquillité apparente des habitants : même l’Angleterre ne lui semble pas sûre. Cette violence se manifeste chez Murat dans l’image - prémonitoire - des terrasses où l’on assassine (« Interroge la jument »), dans le triomphe de Satan, ou encore la métaphore de « Achtung » : “Un jour ils nous rouvriront la boucherie, c’est la bête elle-même qui me l’a dit”.
Poussière et sables mouvants
Si Murat rejoint Naipaul dans ce point de vue que l’on choisira de qualifier de lucide ou désespéré, le constat prend toutefois forme dans des images très différentes. Signe du délitement généralisé, la poussière recouvre tout dans Guérilleros : la sécheresse s’est installée depuis plusieurs mois, tout s’étiole, la forêt recule, partout des feux s’allument, le paysage est nappé de nuages de terre desséchée - et bientôt des fumées des bâtiments brûlés par l’émeute. Chez Murat où prédomine l’élément liquide, on patauge, on s’enlise : le chef de « Achtung » “pleure dans les marais”, “dans la boue épatante de ce pays” ; « Comme un incendie » évoque “ce purin d’idéaux”. Et si l’eau court, c’est celle qui nous emporte irrésistiblement, dans les remous et le chaos de ces vers de « French Lynx » : “Tu sens que tout de toi glisse sans fin vers la rivière… au temps que tout emporte rien ne tient le contre-courant”. L'élément solide n’est pas plus stable lorsque tout glisse et s’effondre : “tout est éboulis”...
“Que n’aurais-je pas fait pour Frankie ? ”
Enfin, chacun interroge l’usage et le pouvoir de l’écriture, de la musique. Guérilleros regorge de slogans, pour mieux mettre en évidence à la fois leur pouvoir et leur vanité. Les discours de James Ahmed sont qualifiés de “discours bavard” et de “devoir d’écolier”. Il écrit également des bribes de romans infantiles où il dit son fantasme d’être un héros et un chef charismatique, fascinant et effrayant, irrésistiblement attirant. Murat a de son côté beaucoup parlé avec désenchantement de la chanson, et en particulier du rock : cette musique contestataire qu’il a tant aimée est devenue l’instrument des puissants, et ce sont chez les Clash que l’homme d’affaires Matthieu Pigasse vient chaque matin puiser son énergie... Morituri dit bien cette défiance vis-à-vis de la chanson, et même de la poésie : “Tais-toi, tais-toi !” enjoint-il au coucou, cette “sale bête”. S’interrogeant sur “la lyre et le tambourin”, la poésie et la musique populaire, il parle de “farder le langage”…S’il rend toujours hommage aux poètes aimés, Bernard de Ventadour dans « French Lynx » et Rimbaud avec sa « Chanson de la plus haute tour » dans « La Chanson du cavalier », il dresse pour le présent un constat décidément amer : “tu vois la langue douce briser ce qui est beau… Il ne nous reste plus que la peau sur les os”.
“Un homme ne peut jouir que d’un petit nombre d’années d’optimisme” déclare Peter Roche à la fin de Guérilleros. Les derniers albums et les déclarations publiques de Murat semblent corroborer ce point de vue. Pourtant il serait réducteur de le résumer à ce retrait désabusé : succession d’albums et de tournées, goût de l’expérimentation, curiosité pour des artistes contemporains, sa vitalité artistique demeure intacte. “Comment faire une chanson ?”, s’interroge-t-il dans « Comme un Incendie ». Il lui reste visiblement, après toutes ces années, le désir de continuer à chercher.
Guérilleros est publié dans la collection « Bouquins » chez Robert Laffont, avec deux romans de V.S. Naipaul, et une préface de Jean-François Fogel. L’enquête sur le fait divers qui a donné naissance au roman, Michael X et les meurtres du Black Power à Trinidad est publiée dans le recueil Le Retour d’Eva Peron, chez 10/18. Toujours chez 10/18, Comment je suis devenu écrivain, qui réunit trois textes très éclairants - dont le discours de réception du prix Nobel - sur le parcours de Naipaul et sa conception de la littérature. Merci enfin au très précieux site https://alainfecourt.wixsite.com/muratextes !
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Merci Florence ! J’ai passé un agréable moment au creux de ton Naipaul… un joli essai qui montre l’ouverture au monde de Jean-Louis Murat(qu’on cantonne parfois aux références littéraires françaises et classiques), et tisse des jolis rapprochements entre les deux oeuvres.
Postface
Rosny, 16 avril 2022.
Une femme regarde l’enchanteur sortir de la médiathèque [à relire ici]. Dépitée. Elle était prête. Tendue vers la séance de questions. Il n'y en a pas eu. Elle a pourtant une mission, ça fait trois semaines que Paulo la lui rappelle tous les jours : tu y vas, tu lui parles ! C’est lui ta source ! N’écoutant que son sens du devoir - elle est envoyée spéciale, tout de même ! - elle trottine derrière lui sur la dalle de béton… il s’arrête. Elle se lance enfin :
- euh, pardon... bonjou... bonsoir…
Le regard. Droit dans le sien. Bleu, perçant, vaguement ironique. Elle n’y était pas préparée.
- Alors, euh… vous avez parlé de V.S. Naipaul… vous avez dit qu’il vous avait inspiré des chansons… Et donc… je me demandais… lesquelles… ?
- Naipaul ? En fait je me suis plus inspiré de son livre sur L’Iran, Crépuscule sur l’Islam… Et c’était dans mon premier groupe… Ce sont des chansons qui ne sont pas sous mon nom…
Stupéfaction. L’œil bleu s’amuse.
Elle avale sa salive, rassemble ses esprits et tout son courage.
- Mais, euh, tout de même… je pensais à Morituri… Est-ce qu’il n’y pas, comment dire, des points communs, enfin des convergences?
A-t-il pitié d’elle ? Il concède :
- C’est possible, je vis avec Naipaul...
…………………
Xanadu, 18 avril 2022
Madame D. a enfin fait son rapport.
Paulo regarde par la fenêtre (oui, ca fait partie du job). L'homme au sang froid transpire. Il a envoyé sa SDI (stagiaire à durée indéterminée) au front la fleur au fusil. Un instant, il a cru l'avoir perdue. Bien qu'elle ne soit pas barbue, il se rend compte que ça lui donne un peu d'entrain d'avoir un nouveau partenaire en chair et en os (l'ancien tente toujours de se rendre utile mais vaporeux, il fait ce qu'il peut…). Du remord ? "Ah, ah, ah, non, mais vous rigolez ! L'info must go on. Que Jean-Louis Murat se joue de nous, volontairement ou non, ça s'apprend sur le terrain, à l'épreuve des yeux revolvers. Ce n'est jamais du tout cuit avec Jean-Louis… Ça lui fera une leçon à la petite, je l'avais pourtant prévenue que le sujet serait compliqué ! Ah, dire qu' il nous renvoie sur Clara alors que le livre est sorti en 1981, en Angleterre comme en France... Et qu’il nous oriente sur des livres sur l'islam, qui semble plus sa préoccupation du moment...". Enfin soit, il apparaît de toute façon bien difficile de vraiment discerner si telle ou telle chanson a jailli d'une lecture ou d'une autre (Toboggan et Toy story ? Qui aurait trouvé la référence ?). Et si ça se trouve, les chansons inspirées de Guérilleros dorment dans la malle du grenier... N'importe, les textes sont là, amples, riches, pour des enquêteurs patients, des amateurs d'énigme... et après tout, il n'y a que l'intentionnalité de l'œuvre à prendre en compte si on considère que Bergheaud est un grand auteur de chansons. Aux arpenteurs de chemin de traverse de s'y exercer et de tenter des propositions. Ce texte est une première contribution et qui sait peut-être certains apporteront d'autres idées. Paulo déteste engager des frais, mais il a dépensé 5 euros pour le fameux essai sur l'Iran... Le jeu de pistes est lancé.
Vidiadhar Surajprasad Naipaul, Crépusucule sur l’Islam. Voyage au pays des croyants [1981], trad. par Lorris Murail et Nathalie Zimmermann, Paris, Grasset, 2011.
Le second essai de l’auteur sur l’Iran est Jusqu’au bout de la foi. Excursions islamiques chez les peuples convertis [1998], trad. par Philippe Delamare, Paris, 10/18, 2003.
C'est toujours comme ça: quand j'ai laissé filer une actu et que c'est en passe de devenir une archive, j'ai toutes les peines du monde à me motiver pour me poser pour faire la publication... Mais là, pas d'excuse, c'est un peu mort en terme d'actualité...
1) On commence par un article que tout le monde a dû lire: l'interview par Vergeade pour les INROCKS... mais que je n'avais pas publié à l'époque. Je voulais checker cette phrase : "Jusqu’en 1995-1996, je faisais encore des émissions de radio ou de télé pour l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, j’avais encore une demi-page dans El País". Denis Clavaizolle a indiqué qu'ils avaient eu de la presse anglosaxonne... mais il semble que les DOLOS n'aient gardé aucune trace de tout cela. Côté "el pais", j'avais regardé il y a quelques années... et je n'avais rien trouvé à part une mention ici. Depuis la création du blog, je n'ai relevé que l'article de MOJO pour Grand Lièvre.
Jean-Louis Murat : “J’aime autant Rimbaud que Robert Johnson”
Publié le 22 octobre 2021 à 12h24 À l’occasion d’un vingt-et-unième album parfaitement muratien, “La Vraie Vie de Buck John”, conversation avec l’Auvergnat infatigable et franc du collier.
Comment est né cet album autour du personnage de bande dessinée Buck John ?
Jean-Louis Murat : Au départ, j’étais parti sur l’année du blaireau, ce qui correspondait à la période du confinement pendant laquelle je vivais comme dans un trou. C’est en repassant devant les étagères de ma bibliothèque que je suis retombé sur des vieux numéros de Buck John, la première BD que j’ai lue enfant. J’ai donc intitulé le disque La Vraie Vie de Buck John. Buck John, c’est tellement moi. J’aime me transporter à travers les époques et j’ai appris le romanesque en grandissant à La Bourboule, sans radio ni téléviseur. Avec mon argent de poche, je m’achetais les fascicules de Buck John. Grâce à lui, j’ai découvert Sam Peckinpah, Bob Dylan, Walt Whitman, me construisant une culture américaine hybride. Enfant, j’avais envie d’aller à Nashville, pas sur la planète Mars comme l’autre abruti d’Elon Musk. C’était mon rêve de conquête. En tombant sur John Ford et John Wayne, je chanterai des années plus tard Fort Alamo. J’ai toujours été un petit garçon plein d’imagination et nourri par des éléments de la culture dominante, en l’occurrence anglo-saxonne. C’est pour cela que j’ai toujours détesté Johnny Hallyday, j’ai immédiatement vu l’ersatz. Pourtant, j’ai encore son tout premier 45 tours avec Laisse les filles. Je me suis donc toujours retrouvé le cul entre deux chaises. Il faut parfaitement maîtriser la langue anglaise ou l’expression de la culture américaine pour en faire un deuxième élément. Encore ce matin, je réécoutais Dylan, c’est comme s’il chantait en français pour moi.
Tu n’es finalement jamais entré en phase avec ton époque ?
Je ne peux malheureusement que le constater. Peut-être ai-je été un immense zéro. Nous sommes à un stade où chacun peut se dire ça tant nous n’aurons servi à rien. Je suis un peu satellisé d’on ne sait où.
Choisir un héros de son enfance est aussi un moyen de se retourner sur soi-même.
Si j’avais connu Homère plutôt que Buck John à 6 ou 7 ans, j’aurais peut-être agi différemment. Mon Ulysse, c’était Buck John. J’ai ainsi développé des voyages immobiles, même si je suis bien content d’avoir enregistré quelques disques aux États-Unis et d’avoir rencontré des musiciens américains, qui me considèrent vraiment et avec lesquels je suis encore en contact. Je n’ai jamais eu la moindre reconnaissance en France. Oren Bloedow, le guitariste d’Elysian Fields, me dit souvent que si j’avais été américain, j’aurais aujourd’hui une villa sur Beverly Hills. Pas de bol, je suis français ! Voilà toute mon ambiguïté : j’aime autant Rimbaud que Robert Johnson. J’arrive à un âge de vie [il fêtera ses 70 ans le 28 janvier prochain, ndlr] où je me dis que je me suis peut-être complètement trompé. Sur les affiches de mon groupe Clara, on précisait “continental rock” – ce qui sous-entendait que l’on essayait de développer sur le continent européen une musique aussi forte que celle des États-Unis. Fiasco total, jamais reconnu, la dèche dans la nuit.
Tu as pourtant connu la reconnaissance publique au tournant des années 1990, avec Cheyenne Autumn puis Le Manteau de pluie.
Si j’ai vendu un peu de disques à ce moment-là, c’est grâce à Mylène Farmer. Je ne suis pas idiot. Sans Bayon ni Mylène Farmer, je ne vends pas un seul album. Sans eux, j’aurais d’ailleurs fait autre chose. Je suis resté dans un entre-deux, en foirant à peu près tout : le continental rock et l’idée européenne. Dans ma vie, j’aurais été pour moitié profondément européen, et pour moitié profondément anti-européen. Jusqu’en 1995-1996, je faisais encore des émissions de radio ou de télé pour l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, j’avais encore une demi-page dans El País. D’un seul coup, tout s’est arrêté, à partir du moment où les Anglo-Saxons ont mis la main sur le business. Je suis désormais cantonné en Division 4, sans même pouvoir changer de crampons. On s’est bien amusés, on y a cru, mais on s’est tous plantés.
Au-delà du fil rouge Buck John, d’autres sujets t’ont-ils inspiré pour ce disque ?
Inévitablement Samuel Paty, comme dans les paroles de Marilyn & Marianne : “Avant Marianne/Sans penser y laisser la peau.” Moi qui rêvais de devenir professeur de français, sa décapitation m’a traumatisé. Cette émotion profonde traverse tout le disque.
Ton nouvel album paraît chez Cinq7, ta nouvelle maison de disques après un septennat passé chez PIAS.
Dans ce milieu, j’ai rapidement compris que ça ne servirait à rien d’être sentimental. Le business est un monstre froid. Parfois, tu rencontres des gens chauds, mais ils sont les représentants d’un monde froid. Faut donc rester à distance. Je me suis toujours pris le chou avec mes différents labels. J’ai connu des périodes où il y avait beaucoup de pognon, puis moins, puis plus du tout. Pour ce nouveau disque, il n’y a même pas de clip et c’est à peine s’il est mixé. Ce qui fait que l’ambition en prend un sacré coup. La musique n’est pas que du fond, c’est aussi de la forme. Or, la forme nécessite des moyens. Pour la tournée, je ne sais pas combien je suis payé. Ce qui m’importe avant tout, c’est de remonter sur scène. C’est le cœur du job.
Tu as toujours un ou deux albums d’avance ?
Je fais même mieux : j’enregistre des disques posthumes. Rien que sur La Vraie Vie de Buck John, j’ai enregistré vingt-quatre titres – il y a donc un autre album de douze chansons déjà prêt, qui paraîtra après ma mort. Car ce ne sont que des chansons polémiques d’actualité, comme sur l’incendie de Notre-Dame. J’ai déjà vu, à travers la méchanceté d’Internet, combien cela m’avait coûté de documenter en six chansons le mouvement des gilets jaunes. J’ai donc prévenu les enfants : quand papa ne sera plus là, ils auront plein de disques inédits à sortir. Je suis retenu par l’époque. Je reste donc dans le domaine strict de la variété et je ne suis plus un chanteur engagé – ce qui a pourtant fait le sens du rock qu’on affectionne tant. L’énergie de Joe Strummer nous a tous transcendés. Si Strummer n’est pas engagé, il n’est pas chanteur. J’aurai désormais une carrière en deux temps : de mon vivant et post-mortem. Je vais ainsi enregistrer vingt albums inédits pour vivre vingt ans de plus que ce que j’ai vécu !
2) On passe à quelque chose qui n'est pas disponible sur internet. L'interview de la REVUE PERSONA, hiver 2022, Numéro 18. Encore commandable ici.
Murat et ses petits cailloux secrets disséminés dans les chansons: ici, la voix de l'être aimé dans Buck John? Plus lointain, la voix de Freud dans Toboggan
Remerciement à France Inter... mais tacle à Meurisse "qui passe son temps à ridiculiser des gens qui viennent du monde auquel j'appartiens". Certes, le système Meurisse est désormais agaçant... mais sa cible principale est quand même "la start up nation"... et les racistes parisiens... Enfin, on l'interroge sur Zemmour... et il ne tient pas à se démarquer. "IL y a 15 ans je n'étais pas d'accord avec lui" dit-il... puis de parler de la liberté d'expression est menacée. Est-ce vraiment vraie? Cnews propose un micro à des gens qu'on n'entendait pas facilement il y a 20 ans...
On se retrouve dans la semaine pour causer littérature!