Jour 2 du festival Belles journées à B.J. (Bourgoin-Jallieu)
Les Dijonnais de The George Kaplan Conspiracy en première partie (et le programmateur du festival) proposait aux berjalliens une nouvelle fois de l'électropop, ou pop électronique comme ils préfèrent le dire, après les sessions de la Femme et de Social Danse (de Marseille) hier. On pouvait peut-être espérer autre chose... et aussi un groupe de la Région quant à faire... Bon, ceci dit, c'était un set quand même agréable, avec basse et guitare, et des machines posées sur une grande table sur laquelle les musiciens sont souvent penchés, face à face. Les orchestrations et l'univers sont assez riches et la voix très correcte... bien que chantant de l'anglais (sans parler du physique qui m'a fait étrangement penser à Gérard Manset - Ray-Ban et mèche-, et Morrissey). Comme hier, pour Social Danse, on pouvait même regretter l'arrêt au bout de 30 minutes (en sachant que j'ai trouvé les changements de plateau un peu longuet: jusqu'à 50 minutes).
Je ne connaissais pas Ben Mazue... et il semblait presque que je n'étais pas le seul.
Il a de l'énergie pour occuper la scène, micro hf sur la tête et du coup, il s'agite beaucoup. La mise en scène s'appuyant sur un écran lumineux, qui lui permet de chanter avec POMME (de profil), ou de se mettre au milieu d'un quatuor ou devant un double tout aussi agité. C'est un joli show. Après, sa charge mentale de super papa divorcé... je n'y suis pas trop sensible, y compris les longs laius (notamment pour expliquer qu'il va chanter ce que lui est passé par la tête pendant son jogging...).
Les photos du set en diaporama:
J'étais impatient de passer à la suite pour enfin avoir une formation rock sans machines, n'en déplaise à P. Bouaziz.
Là encore, je n'avais pas conscience du succès de Gaëtan Roussel qui en solo s'appuie quand même beaucoup sur LOUISE ATTAQUE (il choisit aussi de reprendre une chanson écrite pour Vanessa Paradis), ce qui enchante le public... en plus de ses multiples et continuels trucs pour secouer le public (à commencer par le démarrage qui le voit traverser l'assistance). Finalement, j'ai fini par trouver tout ça much. Et puis petite réflexion en passant : je trouve dommage qu'un compositeur pareil se sente obligé d'écrire aussi ses textes. Enfin soit, j'aimais bien son tube solo "Help my self" et c'était un chouette moment...
Noir et blanc:
Festival populaire, les Belles journées proposent aux nord-isérois de voir chez eux des shows dont ils sont souvent privés, avec l'ensemble de la machinerie et mise en scène (d'où les changements de scène un peu longuets), il y a du grand spectacle et le public répond présent. C'était presque complet les deux soirs, mais très vivable (en ouvrant les portes plus tôt le samedi, on a pu accéder aux foodtrucks et buvette sans difficulté, ça avait été plus compliqué le vendredi). De mon côté, j'ai aimé assouvir ma curiosité, et chantonner le lendemain des titres de LA FEMME, ou du Gaëtan Roussel... ou "c'est les derniers jours du dico, j'ai presque lu tous les mots, oh oh oh"... hein? Je suis peut-être devenu un peu sourd en étant devant la sono...
Proximité et curiosité, je suis donc retourné au Festival LES BELLES JOURNEES de BOURGOIN-JALLIEU, micro-Francofolies de fin d'été (après un essai plus tourné vers la pop indé au démarrage -j'avais interviewé le programmateur Laurent Toquet qu'on pouvait qualifier de muratien-). L'actuel Victor Bosch est plus pragmatique, je lui ai aussi posé quelques questions.
Et bien, ce fut une soirée plutôt agréable malgré un peu de pluie... et on a été nombreux à profiter des arbres du parc des lilattes.
Biolay avait beau dire aujourd'hui qu'il en avait "plein le cul de la musique numérique", c'était plutôt ça au programme... Avec les mini La femme au démarrage : Social Danse, bien énergique... avant justement La Femme, qui m'ont presque fait danser... même si je trouve qu'ils n'ont pas transmis au public une fougue phénoménale. Avec leur clavier en ligne, ce n'était pas Kraftwerk mais... En tout cas, leur polyphonie est assez réussie et fait une bonne partie du charme, quand un chanteur la joue solo, là encore, c'est moins convainquant. Ils passeront un long moment un peu sous la pluie à dédicacer des posters (pas de tente prévu pour le merchandising!) aux djeuns de la soirée (c'est pour ça que c'était des posters et pas des cd).
Photos en diaporama: cliquez pour faire défiler!
Juliette Armanet qui était déjà passé ici était de retour ensuite pour finir cette soirée très disco et dansante. Je ne suis toujours pas très fan... mais son tube "le dernier jour du disco" est quand même assez remarquable... notamment dans une mise en scène pleine de lumière, et totalement étincelante.
Samedi 10 : Ben mazué et Gaétan Roussel mais c'est complet!
Je feuilletonne un peu cet été avec des articles que j'avais préparés en avance. Du coup, celui-ci n'est pas du très frais... Mais tout de même, ça vaut le coup de s'y intéresser.
Indochine a fait une tournée des stades, une tournée des records selon la RTBF, qui cite donc ce chiffre de 477 999 spectateurs au total, qui a même eu l'effet de booster le tourisme dans la capitale lilloise en juillet.
Et c'est par le deuxième titre signé par Jean-Louis Murat pour la Sirkis Compagnie que les concerts se sont terminés : karma girls. Une chanson destinés aux fans et qui avaient donc toute sa place en fin de rappel. J'ai lu que certains fans auraient voulu "un singe en hiver", titre lui aussi très marquant de l'histoire du groupe et de sa communauté et première collaboration avec Murat sur le très platiné album "Paradize". D'ailleurs, pour le dernier soir, Nikola Sirkis a entendu cette demande et a voulu poursuivre le concert en jouant ce titre.... Mais n'y est pas arrivé...
RAPPELONS le secret de Murat pour concocter ces titres : Et j'ai proposé quelque chose à Indochine. C'est pas compliqué, pendant deux heures, j'imagine être le chanteur d'Indochine ; je vois le public, les refrains qu'il va reprendre. C'est agréable de s'adresser à 200 000 personnes plutôt qu'à 200 ! Et puis, Nicola Sirkis est la personne la plus polie du show-business. Je lui ai envoyé une chanson et il m'a répondu le lendemain. Souvent, on a aucune nouvelle pendant un an. (http://www.surjeanlouismurat.com/article-scoops-dans-l-interview-de-la-depeche-du-15-11-88742569.html)
De multiples vidéos ont immortalisés cette séquence inoubliable d'un mortel ennui.
Hier dimanche, le public n’a pas pu toutefois pas reprendre le titre mélodieux Un singe en hiver : écrite par Jean-Louis Murat, cette chanson de l’album Paradize fait référence à l’histoire du groupe. C’est trop d’émotion pour Nicola Sirkis, qui est obligé de s’arrêter au bout de deux phrases. Il fait alors signe “non” de la tête, qui explique au public qu’il n’y arrivera pas. Le public tente de le soutenir, les applaudissements fusent. L’émotion saisit d’ailleurs aussi le public. Mais il craque, pose sa guitare, s’isole alors que l’écran diffuse l’animation de la prochaine chanson.
Devant 65.000 personnes, au milieu du stade, le leader du groupe de rock culte n’a pas été en mesure de chanter Un singe en hiver. Visiblement submergé par l’émotion, il s’est arrêté au bout de deux phrases, avant de laisser le public chanter à sa place ce titre écrit par Jean-Louis Murat et sorti en 2002.
Le cap des 23 heures est passé depuis longtemps lorsque Nicola Sirkis, qui aura finalement été peu bavard, annonce le dernier morceau. Il prend le temps de remercier toutes les personnes qui ont rendus possibles cette tournée des stades. Comme sur la tournée précédent, c’est le coloré “Karma Girls” qui vient clôturer la soirée. Ce titre, écrit par Jean-Louis Murat, n’est pas le plus connu de la discographie du groupe mais il possède une indéniable beauté mélodique doucement dramatique, bien servie par les guitares très électriques de Boris Jardel et d’Oli de Sat (autre guitariste et véritable bras droit de Nicolas Sirkis depuis Paradize en 2002). Des fusées s’élèvent alors depuis le sommet de la tour centrale pour venir illuminer le ciel lillois. Le feu d’artifice est dans le ciel et c’est une explosion de couleur qui s’affiche sur les écrans. Le titre s’achève en douceur avec ces dernières paroles prononcées par Nicola Sirkis : Mets ta main dans la mienne et mon corps disparaîtra. Aussi beau que brutal.
Et voici le titre live Karma girls:
Ce Central Tour sera diffusé au cinéma le 24 novembre 2022 à 20h, une date unique pour laquelle vous pourrez vous procurer des places dès demain (7 juillet). Il sera visible dans plusieurs centaines de cinémas partout en France, Belgique et Suisse.
DVD, cd seront sans doute au programme... Et c'est une nouvelle fois une très bonne nouvelle pour la maison Scarlett... En terme de droits d'auteur. Même si des négociations peuvent avoir déterminées autre chose, les jauges des salles sont prises en compte dans le calcul de rémunération. Quant à cette reprise de Un singe en hiver semble-t-il spontanée, elle n'a peut-être pas été déclarée mais son exploitation, même d'une minute, peut également lui rapporter (on voit que les extraits sur youtube sont monétisés)
Jean-Louis Murat a confié au cours de sa déambulation dans la médiathèque de Rosny-sous-Bois son admiration pour l’historienne Mona Ozouf. On ne peut que partager ce sentiment en l’écoutant dans le Grand Atelier qui lui était consacré, rediffusé sur France-Inter ce 1er août. Celle qui a d'abord été professeure agrégée de philosophie parle longuement de son amour des livres, de l'Histoire, des biographies et des romans avec l’historien Michel Winock. Elle a aussi convié le pianiste Thomas Enhco, et dit regretter de si mal connaître la musique. Elle revient sur son enfance, ce baiser donné sur la joue froide de son père mort, sa mère et sa grand-mère qui l’ont élevée, parle du féminisme, de l’usage du mot genre, de Colette, et des rôles d’Elsa Lepoivre à la Comédie-Française… Elle raconte avec son amie la biologiste Nicole Le Douarin leurs débuts de professeures de lycée frondeuses. Elle révèle également sa recette contre l’insomnie terrible du creux de la nuit : réciter un poème… et à l’invitation de Vincent Josse se lance dans l’exercice, avec un texte de Francis Carco. Vivacité de la pensée, justesse et précision de la parole : deux heures particulièrement stimulantes, à retrouver
On va vous susciter des regrets... en vous parlant de la mini-tournée de Jennifer Charles et Oren Bloedow qui vient de s'achever. Les amis américains de Jean-Louis et de la famille, ont gagné l'aéroport, l'avion n'a pas fait bang bang mais a filé droit direct United States... en laissant dans l'air et dans la tête des spectateurs les souvenirs d'un doux american kissing [bon, il se peut qu'il soit encore possible de croiser Jenny dans les musées parisiens ce matin, si j'en crois son instagram!) . Notre correspondante parisienne a assisté au 2e concert parisien.
Paris, un soir de juin qui ressemble déjà à l’été. Les bars et leurs terrasses font le plein autour des monumentales portes Saint-Martin et Saint-Denis. Sur le boulevard de Strasbourg, L’Archipel, qui accueille ce soir pour leur deuxième date les Elysian Fields, avec Matt Low et Guillaume Bongiraud, voisine avec les illustres théâtres populaires. Ambiance intimiste dans la petite salle bleue, tout en longueur, la scène à un bout, le bar à l’autre. Le petit écran blanc en fond de scène finit de rappeler la salle de cinéma… Et de fait le spectacle de ce soir aura un grand pouvoir d’évocation.
Alors que les derniers spectateurs arrivent, soudain noir total… Des bruits de pas, des grillons… Ambiance de soir d’été, d’où surgissent les notes du violoncelle de Guillaume Bongiraud, pour un superbe premier morceau joué pizzicato. Suivent deux autres compositions, avant qu’il ne cède la place à Matt Low, « de Moulins-sur-Allier » : belles mélodies, textes introspectifs et souvent mélancoliques, ponctués d’adresses au public toutes en autodérision. Alors que Guillaume le rejoint pour son dernier morceau, s’amorce ce qui fera aussi toute la séduction de cette soirée : on n’assistera pas vraiment à une succession de prestations – première, deuxième partie… - mais chacun tour à tour sera invité à revenir sur scène pour jouer avec les autres, dans un climat qui ressemble à de l’amitié, et qui ne peut qu’envelopper la petite foule du public, si proche de la scène.
Vient le tour d’Elysian Fields, pour son dernier album, Transience of life, sorti en 2020, inspiré d’un roman de l’auteur chinois Cao Xueqin, qui raconte l’histoire mythique d’un amour maudit, épopée qui semble être l’équivalent de l’œuvre de Shakespeare pour la Chine du 18ème s. Jennifer Charles et Oren Bloedow disent avoir trouvé, dans cet univers si lointain et étranger, une proximité avec leurs thèmes de prédilection – et de fait les titres des chansons fixent tout un programme : Transience of life, Vain longing, Sorrow amidst joy, A life misspent, Separation from the dear ones… autant de variations sur l’amour condamné, l’impermanence de toute chose, la désillusion, le chagrin… La scène vient magnifier l’album qui joue de la rencontre entre deux mondes, pour nous plonger dans une atmosphère vaporeuse et onirique. Oren à la guitare ponctue les morceaux de sonorités orientales, Jennifer, étirant infiniment son chant, joue de sa voix si langoureuse et de la grâce expressive et mystérieuse de ses mouvements, dans une interprétation spectaculaire et théâtrale, entre le jeu et la danse. Accompagnée par Oren à la guitare ou au piano, elle dit le regret et la mélancolie – le « Helas, helas » de Union of enemies résonne magnifiquement. Mais le groupe excelle aussi dans les ruptures de ton et rythme, et la guitare de Oren sonne régulièrement très rock, pour des passages très enlevés. Les morceaux s’enchaînent sans guère d’interruption ni d’adresses aux spectateurs, comme pour nous laisser plongés dans cette atmosphère de sombre rêverie, et jouer de la puissante capacité du duo à faire naître en chacun des images. Pour le morceau final de l’album, The birds scatter to the wood. Jennifer demande d’ailleurs le noir, « like in a movie », et danse dans la pénombre sous l’écran où défilent des images de paysages. Bientôt elle sort de scène, et toujours dansant remonte la salle, frôlant des spectateurs émus, pour laisser Oren au piano conclure magnifiquement. C’est fini pour l’album, mais pas pour le spectacle, puisque Matt Low est invité sur scène pour jouer avec Oren et Jennifer son titre Saut de l’ange – il les remercie dans un anglais surjoué de frenchy de Moulins. Le rappel réunit tout le monde, pour une reprise enthousiasmante de Black Acres. Remerciements en français et en anglais… Et invitation à finir la soirée ensemble, au bar du fond de la salle
Je m’éclipse assez vite… mais la grâce, la chaleur, le charme infini de cette soirée n’ont pas encore fini de m’accompagner.
F.
Merci Florence! Merci à Matt Low d'avoir organisé cette mini-tournée qui a vu le groupe fréquenter la beauté des VINZELLES, la nouvelle place to be in le 6/3, le bois de SAOU... et le Blois du chato'do ce week-end.
Jennifer et Oren sont à retrouver sur Mustango.
Jennifer sur A bird on a poire
Oren est également sur Babel (chant soviet)... aux côtés de Matt Low et Guillaume Bongiraud (au sein des DELANO ORCHESTRA).
Guillaume a un nouveau projet avec Morgane Imbeaud: AVATARS... Je vous laisse découvrir
Le LIEN EN PLUS pas elyzian mais elisyhan
Il' faudra aller au fin fond de la Bretagne pour écouter du Jean-Louis Murat... Avec Elisyhan, dont on a découvert les reprises de Murat il y a quelques temps.
"La fête se poursuivra sur la scène des Chardons à partir de 19 h avec Elisyhan, seul en scène dans un répertoire de Jean-Louis Murat."
Alors, je vous ai épargné certains comptes-rendus de concert: La Féline et Belin, Howe Gelb... à l'Opéra de Lyon, Maxime Le Forestier à Bourgoin, et ça ne veut pas dire que je n'ai pas pris beaucoup de plaisir... mais je vais quand même prendre le temps de vous parler de mon dernier week-end (enfin l'avant-dernier maintenant)... notamment parce qu'il sera quand même question de Murat par endroit.
- Dès que je peux, je vais voir les spectacles proposés par ALAIN KLINGLER (C'était je pense la sixième fois vendredi 4/12). Je vous en ai déjà parlé régulièrement, et récemment, car il était un invité naturel du disque "AuRA aime Murat". Toujours avec l'accompagnement de son seul piano, après "le cabaret des garçons d'honneur" avec Lionel Daméi, et Christophe Roussel, des chansons sur l'amour et le sexe avec Lionel Damei, et "chansons d'écrivains" avec Hélène Gratet; avec cette dernière, il propose cette fois une divagation musicale autour de l'au-delà, du mystique et de l'après : "ET SI EN PLUS IL N'Y A PERSONNE" (cie Ad Libitum, au Théâtre Municipale de Grenoble). Pas de panique, on restera bien loin des bondieuseries, et on s'amuse même parfois franchement, notamment quand Alain se moque du politiquement correct actuel avec un second degré plaisant sur son homosexualité ou qu'Ophélie Winter se pointe pour témoigner. On s'amuse, on se cultive avec des intermèdes qui nous invitent à découvrir des auteurs (via quelques lectures rapides, dont le dernier Houellebecq)... et surtout, on prend plaisir à découvrir ou à redécouvrir des magnifiques chansons, je pense à une chanson d'Allain Leprest, ou "Exercice De Simple Provocation Avec 33 Fois Le Mot Coupable" de HFT.
Après l'avoir entendu nous chanter "les jours du jaguar", "le lien défait", Alain reste toujours fidèle à Murat... le thème s'y prêtait, et surprise, c'est le récent "rendre l'âme" qu'il met à l'honneur cette fois en duo avec Hélène Gratet. Plus tôt dans le spectacle, c'était, oh, joie, une de mes chansons préférées, "l'examen de minuit" qu'il interprétait également (ce titre figurait déjà dans un de ses disques). Hélène Gratet navigue à côté de lui, occupant l'espace, profitant de quelques bonnes idées de mise en scène et chante également très bien (surtout dans un répertoire plus classique: Piaf ou Barbara).
Extrait de "RENDRE l'AME" et "L'EXAMEN DE MINUIT"
- Je me dépêche pour rentrer et franchir le col alors que la neige n'est pas loin... Après avoir vérifié que la météo ne va pas de se dégrader, je décide d'aller voir FLORENT MARCHET à ANNEMASSE le lendemain (à Château rouge). (Après la pluie, j'aurai quand même une bonne averse de neige pour rentrer, mais aucun regret pour les efforts et les frais: j'avais déjà découvert certains titres de Courchevel dans un petit théâtre de Grenoble, je voulais revivre ça).
Depuis "Bamby galaxi", je n'ai pas tout suivi des faits et gestes (lectures, musique de film) de Florent Marchet, même si à une époque, j'avais eu l'intention de faire un "surflorentmarchet.com"... J'ai tout de même acheté son livre "le monde du vivant" (chronique paysanne de notre époque). A ce sujet, je témoigne d'une belle rencontre après le concert, un couple de jeunes gens qu'on aurait pu croire égaré (Florent Marchet se moquant de son public de retraités pendant le concert) a parlé à Florent de l'émotion qu'il leur suscitait, notamment ce livre, la jeune fille travaillant en MRJC (jeunesse rurale catholique), elle a indiqué que ce livre était un reflet exact des réalités qu'elle vivait au quotidien... et que de ce fait, elle était pour l'instant dans l'incapacité de le terminer. Je pense que Florent Marchet en a été très ému, ne sachant pas trop quoi leur répondre. Cela m'a un peu conforté dans l'idée que, malgré la succession de tubes en puissance, avec Bamby Galaxi, Florent Marchet nous avait un peu égaré dans l'espace. C'est pour ça que j'étais impatient de découvrir les nouveaux titres qui étaient normalement au programme.
... et pour le coup, c'est le grand retour sur terre, avec de la chronique sociale, peut-être plus "urbaine" (Créteil...), deux chansons en miroir (le mari violent, la femme battue), et encore d'autres (Dakota, réponse aux fuyards de Bambi Galaxy)... et à ma grande surprise, c'est sur sa traditionnelle chanson "parlée" (la technique a tendance à m'ennuyer) que je prends une grande claque: un véritable récit (d'enfance), avec une musique pourtant extrêmement captivante (Freddie Mercury)... Bon, si on reprend Rio Baril, Bambi galaxi, on sait qu'il maîtrise cette exercice (même si j'ai des réticences, c'est vrai que j'apprécie ces chansons parlées):
A part ces nouveaux titres, on a eu droit à un best of "introspectif" (le terrain de sport, les amis...), avec sur une bonne partie des titres l'intervention d'une section cuivre (trompette, cor, trombone).... Sur le premier titre, j'en ai eu des frissons. On aurait pu imaginer que Florent ose quitter son piano pour une chanson uniquement accompagnée des cuivres, mais non, on en reste à des ponctuations essentiellement sur les refrains de manière assez sage (bon, le temps de préparation a été réduite pour ce one-shot proposé dans le cadre d'une carte blanche), mais c'était très bien!
Pour déplomber un peu l'ambiance, on retrouve un Florent Marchet très drôle... se payant les locaux sur l'âge, les célébrités d'Annemasse (Nabila et Mussolini...)... Dans son style un peu tête à claque, il excelle!
la set liste -qui a fait l'objet de quelques changements il me semble. Je n'ai plus tout en tête.
Même s'il était annoncé un nouvel album plutôt piano et simple (sur le petit document remis à l'entrée), à la sortie, Florent Marchet me parle plutôt d'un album ultra-produit... et que vu le marché, c'est pour cela qu'il a mis autant de temps pour s'y mettre: il fallait des pépettes! Hors de question pour lui de renoncer à ses exigences dans la production d'un disque.
Concerts de Florent Marchet
Dimanche 12 Décembre 2021 11h00. FLORENT MARCHET. Fontenay
Mercredi 15 Décembre 2021 20h30. FLORENT MARCHET. Montreuil
Jeudi 06 Janvier 2022 21h30. FLORENT MARCHET. Toulouse
Vendredi 07 Janvier 2022 21h30. FLORENT MARCHET toulouse
Jeudi 20 Janvier 2022 20h00. FLORENT MARCHET. Allonnes
Mardi 01 Mars 2022 20h30. Nantes
Samedi 05 Mars 2022 20h00 Bourgoin-Jallieu et j'y serai!
Ps : Florent Marchet a regretté que Clarika ne fasse pas partie des personnalités liées à Annemasse sur la page wikipédia de la commune, il a indiqué qu'il ne savait pas comment faire et que les personnes du public sans doute non plus... et bein, si! Voilà, c'est fait:
Petit clin d'oeil dans la set-liste du bar:
Est-ce depuis les concerts de Clara en Haute-Savoie à la fin des années 70?
En tout cas, ce samedi 11/12, la musique m'avait amené plus au sud... mais Florent Marchet était toujours là... trainant dans les couloirs:
Hier, j'ai appris que Nolwenn Leroy sortait un nouveau disque. J'ai jeté un oeil pour voir si Jean-Louis avait pu y participer. "Sur mes lèvres" avait été une jolie collaboration... et... sans qu'on puisse prendre ça comme une surprise, j'ai vu qu'elle avait fait le disque avec un autre gars de la région... Biolay. Bon, pas besoin de regarder plus les crédits...
Aujourd'hui, tombe dans mes alertes le nom de Nolwenn... et je constate que 20 minutes (Fabien Randanne) a choisi de l'interroger sur Jean-Louis Murat... Elle parle de nous (nous sommes énormes), mais surtout l'occasion de propos très élogieux, et d'une petite anecdote interflora sympathique.
Votre album Bretonne a été un succès en 2010. Vous pourriez envisager un album « Auvergnate » ?
Je ne pense pas. La musique celte, c’est mes racines. Elle est ancrée en moi. Je suis attachée à l’Auvergne pour ses paysages, son histoire, mais je ne peux pas dire qu’elle résonne en moi d’un point de vue musical.
Donc si Jean-Louis Murat vous propose de vous écrire un album, vous refusez ?
Là, c’est autre chose. Je suis une fan absolue de Jean-Louis Murat. Il est pour moi l’un des plus grands auteurs et compositeurs français actuels. Ses albums sont des merveilles. Pour moi, il est tout seul dans sa catégorie. Il a une base de fans énorme mais, malgré cela, je pense qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Il est cash, les journalistes viennent le chercher sur certains sujets parce qu’il est un sniper, mais on passe à côté de l’essence même de ce qu’il est : un auteur et un musicien incroyable. Cela a été une grande fierté pour moi de chanter une chanson qu’il a écrite pour moi [Sur mes lèvres]. Pour la petite histoire, j’ai fait un concert un soir au Zénith d’Auvergne. Jean-Louis Murat ne pouvait pas venir parce qu’il donnait un concert à Clermont-Ferrand en même temps. Il m’a fait livrer un bouquet de fleurs et ça, tout le monde ne le fait pas. Ce sont des détails comme celui-ci qui en disent long sur quelqu’un.
Messieurs Dames, séance de coaching aujourd'hui: Se prendre pour Jean-Louis Murat en deux séquences. Nettoyez votre manche ou retroussez-lez, laissez vous pousser la barbe ou non : Vous choisissez votre incarnation...
1) hop hop, on se met debout, on ouvre sa colonne d'air, on ferme son périnée mais on relâche sa mâchoire:
C'est parti! Et attention, on n'avale pas son dentier sur les ouh ouh oui oui
Ok, c'est bien! Si vous entendez vos voisins taper aux murs, c'est une demande de rappel! Alors, on enchaine par un peu de course et on pousse un peu la voix, no fear! On oublie un peu Friedrich« Périssent les faibles et les ratés : premier principe de notre amour des hommes. Et qu'on les aide encore à disparaître!»
Maintenant, c'est les forces de l'ordre qui viennent de frapper à votre porte? C'est pour participer! Allez, invitez à vous rejoindre sur :
2) Prenez une pause. Allez dans le frigo prendre un bout de Saint-Nectaire, arrosé de gentiane, ou de redbull-bourbon. Lisez une page du GuntherAnders, ou de VS NAIPAUL. Si vous avez chanté toute la nuit, et que c'est le lever du soleil, je vous invite à revêtir votre costume de lapin (désolé pour les non-initiés). Et on prend sa guitare... (solide ou en format "air" pour les plus excités).
Attention, c'est du niveau 3, à vos risques et périls.
Je vous le propose aussi pour le piano:
- Sur ce, je vous laisse poursuivre seul vos entrainements. Par contre, attention, chant et musique à volonté, mais surtout, on évite de travailler "la boule puante" chez soi sans assistance d'un professionnel, sous peine de grandes déconvenues. Par contre, vous pouvez escalader votre grand chêne à l'entrée.
Jeux de Mots et à double détente pour un petit article pour parler de ma métropole.
1) RHÔNE/Fourvière (rapport à la faith... ) :
J'étais à l'Opéra de Lyon mercredi, plus précisément au sous-sol, dans l'auditorium, dans le cadre de leur programmation "opéra underground" gérée par Richard Robert (qui a du coup a lâché la programmation des "nuits de Fourvière"). Des artistes sont invités régulièrement à présenter leur "disque du siècle". Une trentaine de personnes (dont Stan Mathis, GuiMauve de SoulKitchen, et l'adjointe à la Culture de la ville) étaient donc réunies dans le noir noir de l'opéra (lumière éteinte) pour écouter un vieux vinyle de 1981... "faith" de THE CURE. Un album que je connaissais peu, même si les titres 2 et 3 ne m'étaient pas inconnus, peut-être souvenir d'un best of ou du concert qui m'a été donné de voir (mince, déjà, 2016... J'y avais retrouvé l'auteur de cette chronique!)
Une belle expérience au son de cette basse énorme.
La petite discussion préalable et finale était également bien sympathique. "Faith", c'était le choix du touche à tout Fabio Viscogliosi (on le retrouvait sur la compil hommage à Nino Ferrer (pour lequel Murat aurait dû ou pu reprendre « chanson pour Nathalie », et on le découvre amateur de Murat dans sa playlist spotify).
Il est touchant d'entendre ce Monsieur qui a de quoi avoir le cafard en Haute-Savoie se replonger dans sa chambre d'ado et dans les sentiments qui lui sont venus à l'écoute de ce disque... si forts qu'il a écrit quelques années plus tard sur le concert du groupe au Palais d'hiver (à écouter ci-dessous), et si forts... qu'il nous raconte qu'une baffe en était tombée sur le parquet le détruisant en partie.
Tout aussi passionnant ensuite d'avoir l'analyse de Richard Robert, plutôt spécialiste du groupe (intervieweur de R. Smith en 1996 et signataire de quelques critiques de disque du groupe du temps des Inrocks) .
J'ai toujours retenu un propos de Vincent Ferniot (sur M6), pas encore cuisto, mais chanteur des CIVILS ("la crise économique") qui disait comme The Cure avait été un déclencheur: à peu près "mince, on peut arriver à faire de la bonne musique, même en ne sachant pas en jouer". Fabio Viscogliosi a eu à peu près la même remarque... mais en soulignant la qualité de la production et orchestration de cette formule trio.
Je me permets de relayer ce mot facebookien paru ce matin par RICHARD ROBERT:
Le mercredi 3 novembre, jour de mon relevé de compteur personnel annuel, j'ai – grâce à Fabio Viscogliosi, invité du Disque du Siècle de l'Opéra Underground – vécu une expérience un peu étrange, et très belle : j'ai pu écouter en public, dans l'Amphi de l'Opéra de Lyon, l'intégralité d'un de mes disques fétiches, à savoir "Faith” de The Cure.
Disque usé jusqu'au dernier sillon pendant les heures embrouillées de l'adolescence, mais qui a continué à m'accompagner dans tous les autres étages et étapes de la vie, "Faith" a su au fil du temps réinventer sa propre matière comme ma manière de l'écouter. En d'autres termes : comme tous les classiques, il a eu le don de résister aux assauts du temps, et de m'offrir dans la durée un train sans fin, sans cesse renouvelé, de pensées et de sensations ; train qui, jusqu'à la dernière gare, devrait donc filer dans ma vie sans s'arrêter ni dérailler.
Pour cette raison même, je me dois de revenir sur l'expression “album fétiche” que j'ai utilisée plus haut à son endroit. Un disque comme "Faith" m'a précisément aidé à ne jamais fétichiser les albums (et plus généralement, toutes les œuvres d'art) qui me marquent, même de façon obsessionnelle ; pas plus que je ne fétichise les périodes de vie auxquels ils peuvent, dans un premier temps, être associés.
Comme j'ai pu le dire aux côtés de Fabio lors de cette séance du Disque du siècle, "Faith" est, parmi d'autres albums de la même période, un disque qui peut aussi bien s'écouter en replongeant corps et âme dans son passé qu'en se détachant complètement de sa propre histoire, toute nostalgie bue. C'est une autre qualité des vrais classiques que de nous laisser cette totale liberté de choix.
Mercredi, allongé sur les coussins disposés sur le premier gradin de l'Amphi de l'Opéra, c'est de toutes ces manières que j'ai pu l'écouter, réconciliant dans mon esprit à la fois tous les âges de ma vie et tous les registres d'émotions, anciennes et nouvelles, qui me relient à lui. Expérience pleine que, 37 minutes durant, j'ai vécue tout en tenant dans ma main la main de celle dont l'amour m'est bien plus que cher (il est inestimable), tandis qu'autour de nous, serrée dans le noir, une portion d'humanité, pendant les mêmes 37 minutes, s'adonnait à une pratique que Leonard Cohen considérait à juste titre comme l'une des plus bouleversantes qui soient : le silence et l'écoute collectifs.
Comme l'a fort pertinemment remarqué Fabio, "Faith", sous ses apparences austères, voire sépulcrales, est un disque qui a aussi des vertus réconfortantes. C'est un jardin pris dans les brumes, par endroits recouvert de givre, et que traversent aussi quelques décharges d'électricité. Mais c'est un jardin : en cela, il remplit parfaitement sa fonction de lieu–refuge. Pourquoi, sinon, aurions-nous été si nombreux à aimer nous y abriter ?
Pendant ces 37 minutes qui m'ont paru à la fois hors du temps et passer comme dans un éclair, je me suis de fait senti comme dans un abri, d'autant plus accueillant que nous étions plusieurs à le partager.
Ce sentiment s'est encore renforcé lorsque j'ai pris connaissance des très nombreux messages que vous m'avez envoyés tout au long de cette journée, ici ou ailleurs.
Je crois bien que, tout au fond de lui et de la solitude qu'il vivait et cultivait farouchement alors, l'adolescent que j'ai été et qui, dans l'un de mes mondes d'avant, écoutait "Faith" en boucle dans le noir, rêvait secrètement de cette communauté-là.
Depuis le balcon de l'âge, et par-delà la distance qui nous sépare à jamais, je suis heureux d'avoir pu lui adresser un salut, et d'avoir pu exaucer son vœu.
Je me dois de vous exprimer ici ma plus profonde gratitude, puisqu'à ce cadeau qui n'a pas de prix, vous avez toutes et tous très largement contribué.
Merci infiniment.
Pour le clin d'oeil: même si The Cure est peu cité par Murat, on pourrait quand même se rapprocher de cette version de "la débâcle" au même moment:
En 1988, dans le fameux article de Bayon:
"Murat avance en tombant, tel un Robert Smith dégraissé. Dont il a (outre la compagne homonymique Marie) l'air hérisson straight perdu Boys don't Cry 79 et les baskets avachies quelconques. Jean noir ajusté, hanches minces, blouson rouge bicolore bouffant sur chemise de menuisier pendante (justement) au goût de Cure (d'habitude, c'est la déjà célèbre chemise à carreaux trappeur), et l'odeur tiède de Bashung à qui il a pu ressembler parfois".
En 1995, dans les inrocks, auprès d'un certain Richard Robert, Murat disait (peut-être pour lui faire plaisir):
"Je ne veux pas faire du Kieslowski à outrance, mais tout est lié: le balladurisme, la popularité d'un type qui ose parler de la grandeur de la France et promet de ne rien changer, et l'état d'esprit dans la chanson ici. J'en ai un peu plein le cul. Parce que le complexe va se renforcer. Si on doit se cantonner à vie à notre rôle de perroquet, à écrire du sous-Warren G, du sous-Morrissey, du sous-Cure, du sous-Stones, quel désespoir"
Sosie correct?
Bon à part ça, rappelons que Richard Robert nous fait l'honneur d'être un artiste du projet "AURA AIME MURAT", sur "Terres de France", son talent mûr pour susurrer des chansons douces y assure. [les titres sont partis au mastering, on avance, on avance]. Ah tiens, il avait justement repris:
Fabio Viscogliosi lui sera en concert à l'Opéra Underground le 16/12. infos [Edit: Et je vois que Fabio est sur le label OBJET DISQUE... de Rémi PONCET... alias Chevalrex, autre participant d'Aura aime Murat...]
2) SAÔNE/ Croix-Rousse(rapport aux Monts d'Or, à Caluire et la rue des feuillants)
Un peu après la grande période rock à Lyon, la WAVE à Lyon, qu'elle soit chaude ou froide, a été marquée par le VOYAGE DE NOZ auquel on a souvent accolé le nom des Cure, au moins pendant leurs deux premières décennies d'existence... Bon, ça se discute, mais il vaut mieux être Cure de Lyon que Cure à la Bourboule (clin d'oeil à Walter et Lavergne, soignez vos bourres, soignez vos boules, soignez-vous à la Bourboule, comme dirait l'autre) ...
Et bien, le Voyage vous le savez chers lecteurs, continue sa route (ma dernière interview). Ils ont rempli le RADIANT CLUB vendredi dernier (Murat sera dans la grande salle au printemps). Je ne pouvais pas y être, mais j'avais envoyé un photographe pour l'événement. Voici quelques photos (merci à Bernardo PEREIRA, insta: travelgram_bdlp et Bernardopereiraphotography)
Paulo est encore à la fenêtre. Son travail de rédac-chef, il a toujours pensé qu'il fallait mieux le faire avec ses sens que devant son ordi. Ce matin, ça lui avait permis de constater que le nombre de juillettistes avait sérieusement augmenté, 5 caravanes, et 18 voitures non immatriculés dans le pays, c'était du concret... même si, après tout, il les détestait à peine moins que les aoûtiens. Faut dire qu'il détestait tout bonnement l'été, enfin surtout le cœur, quand il ne se passe plus rien dans l'actualité. Il a un blog à alimenter lui! Et pas de congés payés, pas de tourisme à la ferme, juste la traversée du désert; la disette, le gap, le bayrou...; et celle-ci était une des plus longues qu'il avait eu à traverser. Cette nuit, il avait fait un cauchemar: il avait rêvé qu'il tenait un blog consacré à Terrence Malick, la nuit d'avant, déjà, idem, mais avec Arnaud Fleurent-Didier... Que faire? Vladimir, pour le soulèvement des masses et la diffusion d'une conscience muratienne des classes (du primaire à la terminale)? ... Bon, plus d'un mois sans article, il fallait en tout cas se bouger... et sortir le joker "Marronnier" : "le camping à la ferme", "le tourisme en Sancy", les rats taupiers, "la plage de Cabourg"... Non, vraiment Paulo séchait... quand le téléphone sonna:
"Bonjour, c'est Florence! Je vous ai envoyé un texte sur Murat et les animaux! A vous de voir..."
LE BESTIAIRE
“Je rêve d’une musique pour tous les animaux”, chante Murat dans “Paradis perdu”. C’est toute une faune qui habite en effet les espaces dessinés par les textes, présence familière ou incongrue (le phacochère…). Oiseaux, chiens ou vaches donnent même de la voix à l’occasion. Petit tour d’horizon de ce bestiaire, qui dit tout un rapport au monde et à l’écriture.
La nuit j’entends le chant des clarines bleues
Dans les paysages de prés et de montagnes, la magie des noms fait surgir tout un peuple d’animaux sauvages. Les oiseaux d’abord dans leur diversité d’allure, éperviers, chardonnerets, mésanges, faucons cendrés, milans noirs, jean-le-blanc, alouettes, roitelets, hérons, hirondelles ou coucous… « L’entomologiste bavard » met aussi en scène frelons, guêpes, papillons ou tarentules, et la libellule, nom aérien et tempérament de carnivore. Au détour des chemins on croise des renards, une belette, une loutre; et même le lynx, que Murat dit avoir vu réapparaître. Et puis il y a les animaux de la ferme, chevaux, agneaux, et surtout les vaches. Murat a souvent parlé de son enfance chez ses grands-parents paysans, de l’odeur de l’étable dont les autres enfants se moquaient à l’école, et de son intimité avec Bijou, sa vache. Elle sont partout dans le paysage de ses chansons, génisses, veau, taureau, bœuf, ferrandaises… Elle apparaissent dans le chant des clarines bleues de « Chagrin violette », dans l’abreuvoir de « Dans la direction du Crest », dans les foins coupés. Elles meuglent dans le « Lait des narcisses ». Leur silhouette structure l’espace, lignes nettes, jeux de lumière et d’ombres : le taureau du « Chant du coucou » guette au loin « cornes prises dans la lumière » puis « dans les ténèbres », « Démariés » peint « les soirs illuminés entre les cornes de bœufs ». Et avec elles on entend les travaux et les jours paysans, la présence des vachers, et autres bergers, pâtres et pastoureaux. Soin des troupeaux, mais aussi sang des bêtes : avec la maison d’enfance de « Dans la direction du Crest » revient à la mémoire le « sang noir », la « viande crue »; l’image du lapin égorgé, baignant dans son sang traverse « Perce-neige » et « Accueille-moi paysage ».
De cette « vie d’avant », dont Murat chante aussi la disparition, il garde vivaces les récits et croyances : le chat noir cabriolant de Toboggan, ou celui qui ronronne à l’envers de la vie, inquiétant comme « la petite idée derrière la tête », rappellent cette histoire de grand-mère un peu sorcière racontée à Laure Adler : elle aurait porté dans son panier le diable sous la forme d’un chat noir…
Interroge la jument
Ce bestiaire familier nourrit enfin les réseaux d’images. Murat superpose sans cesse le réel et le métaphorique, le quotidien et le symbolique (au risque de l’hermétisme : le phacochère ?) La libellule, qu’on appelle aussi demoiselle, a bien des traits féminins. Le désir emporte en cavale, à triple galop, mais l’amant abandonné n’est plus qu’un oiseau de passage qui retourne aux nues. Avec la mésange bleue vont et viennent les amours. L’hirondelle des faubourgs est venue et repartie. La vipère est convoquée pour son venin, la chèvre alpestre n’en fait qu’à sa tête et disparaît, la jument peut témoigner de la folie du temps. Les grands félins deviennent des figures du doute et de la mélancolie, le jaguar tourmenté dans ses élans brisés, sa force inemployée, le lynx, grand prédateur resurgi en des temps barbares, interrogeant sur notre capacité à résister au courant qui nous emporte, par la pensée, la langue, la poésie.
Et puis il y a évidemment les hommes, les femmes, et l’amour. D’ailleurs Murat se plaisait récemment à raconter comment il jouait de toute la gamme des cris d’animaux dans ses ébats. Le petit poisson se glisse dans une eau toute féminine. Le bouc et le taureau tiennent leur rôle d’animaux vigoureux, bouc solitaire devenu compagnon de sabbat aux Veillis, taureau bandant offert complaisamment en spectacle à Cathy pour sa fête (« Le voleur de rhubarbe »). « L’heure du berger » (attendue dans Taormina) est, selon le Dictionnaire érotique moderne de 1864 « le moment où l’homme baise la femme pour laquelle il bandait depuis plus ou moins de temps »… Sans surprise, on rencontre chats et chattes, la minette de Béranger dans 1829, qui comme sa maîtresse attend un matou, le petit chat de Travaux sur la N89… Murat, explicitant l’image, va jusqu’à affirmer orgueilleusement dans « La surnage… » : « je veux le chas de toute aiguille ». Plus étonnante, la présence du cygne, lié explicitement à une image sexuelle dans « Le blues du cygne ». Si l’on en croit Gaston Bachelard, il représente la femme nue, contemplée et désirée, mais il est aussi masculin dans l’action, la satisfaction de ce désir ; le chant du cygne ne serait pas celui de la mort, mais celui de l’extase sexuelle… Enfin les dénominations amoureuses disent aussi la force de la femme aimée, louve d’orage, aux grands yeux d’aigle...
Ohé coursiers des déesses…
Mais ce paysage fondateur, et les animaux qui le peuplent, est le point d’ancrage d’un imaginaire qui se déploie bien plus largement dans le temps et l’espace. Du présent, on passe à l’Histoire, et, au détour d’un vers ou d’un mot, on saute au mythe. « Chacun vendrait des grives, des lièvres et… de la myrrhe » chante Murat dans Babel. Dès l’ouverture de cet album structuré autour de sa géographie intime, il élargit son territoire jusqu’à l’Orient, et sa temporalité jusqu’au mythe (dès le titre d’ailleurs, ici et ailleurs, aujourd’hui et hors du temps…). C’est souvent par les animaux que le temps s'étire ou se compresse. Le cheval est l’animal sacrifié avec les hommes à la guerre de 14-18, et la monture de Joachim Murat - c’est un cheval qui ouvre le livret de Il Francese. Il est le mythe de l’Ouest américain, les cow-boys, Jim, l’héritier des Flynn, les cavaliers de John Ford. On va aussi au grand galop dans l’Antiquité, où, aux confins des vallées, un ravisseur de femme défie « ceux de Mycènes », dompteurs de cavales, génisses au large front. Proche des représentations antiques aussi, la représentation des taureaux cornes dans la lumière : en Egypte, ou dans le culte oriental de Mithra, le taureau, symbole de fécondité, est associé au soleil.
Prends garde au loup qui dort au village
Naviguant sans heurt du présent au passé, du passé au mythe, Murat semble glisser avec le même naturel à la méditation existentielle. La figure du loup, et le motif de la chasse dans la neige reviennent à plusieurs reprises, et notamment, dans Babel et Toboggan. Sous la beauté contemplative de « Il neige », celle qui naît du silence sur la campagne enneigée, couve la violence : un épais manteau ensevelit toute vie, mais s’y découpe, juste esquissée, la silhouette du « chasseur accroupi dans la neige », s’y devine la « gorge de loup dans la ténèbre ». Et en une formule énigmatique, Murat chante « Il n’y a place que pour le silence, au couteau sur ta chair blanche » : sur la neige qui enveloppe tout, prés, roches et forêts, sur le blanc laiteux de la peau, se donne tout à coup à voir le rouge sang. Et lorsque, comme en écho à ce premier titre, Tobogganse clôt par « J’ai tué parce que je m’ennuyais », plus qu’à la phrase entendue dans le récit d’un fait divers on peut penser au Giono d’Un roi sans divertissement.Murat y aurait-il puisé (autant que dans Toy Story, régulièrement cité comme source d’inspiration de son album) ? De fait, tous deux ont parlé de l’ennui auquel la création leur permet d’échapper, et la coïncidence des motifs entre le roman et la chanson est troublante. Un roi sans divertissementmet en scène le capitaine Langlois, dépêché dans un village de montagne englouti par la neige pour enquêter sur une série de disparitions. Il comprend que l’assassin, dans ce grand ennui d’hivers interminables pratique un cérémonial, tue pour voir le sang couler – et de préférence, pour des raisons esthétiques, sur le blanc de la neige. L’assassin découvert, il ne le livre pas, mais le tue, lui offre fraternellement la mort. Revenu quelques mois plus tard en tant que capitaine de louveterie, il est confronté à un loup qui a commis un carnage dans une bergerie, lui aussi comme « pour le plaisir, pour s’agacer les dents ». A l’issue d’une spectaculaire battue, il tue l’animal (« Le Monsieur ») acculé dans les ténèbres, comme il a tué l’assassin. Mais donnant la mort, il se trouve contaminé par le mal. Ceux qui l’entourent, et savent, tenteront en vain d’organiser d’autres divertissements – fête somptueuse ou mariage : après avoir constaté sa fascination devant le sang coulant du cou d’une oie égorgée, il se donne la mort.
Silence dans un paysage enseveli, où l’hiver semble ne plus devoir finir, sang perlant sur le blanc, chasseur aux aguets dans les ténèbres, mise à mort du loup dans la neige : on retrouve bien des éléments du roman dans les tableaux de Murat. Et ses personnages semblent rencontrer les préoccupations de ceux de Giono, « profonds connaisseurs du cœur humain » lorsqu’il chante : « L’état de mon cœur est de tout savoir », « que veux-tu savoir ? », ou encore « Rien n’aura jamais fait la peine que tu te fais, rien n’aura jamais fait la peine que tu nous fais »...
Suivre la piste animale, c’est traverser bien des obsessions de Murat, constater une fois encore la richesse et la cohérence de son univers, et sa capacité à figurer en quelques traits. Les noms d’oiseau, Jean-le-Blanc ou faucon cendré, le milan noir qui s’enflamme, les souvenirs par bribes, “Je me souviens par la bride dans l’obscurité”… : que de tableaux esquissés, et de tremplins pour l’imaginaire…
Suivre ces traces, c’est aussi se retrouver lectrice, invitée par cette écriture elliptique, parfois énigmatique dans ses jeux de condensation ou ses dissonances inattendues, à oser rapprochements et interprétations. Ce sage relevé se veut point de départ, prise d’élan. Aux lectrices et lecteurs perspicaces, audacieux, inventifs de prendre la suite. Parlez-nous du phacochère !
Allez, avant le déferlement médiatique que va susciter son nouveau disque en novembre... je vous prépare!
Via l'attaché de presse, j'avais découvert DA CAPO en 2017, qui m'avait conduit à proposer une interview d'Alexandre Paugam, qui a gardé le vaisseau, seul maître à bord du groupe (on le retrouvera aussi sur "Aura aime Murat" dans un magnifique instrumentale de "GENGIS". Nicolas PAUGAM, le grand frère, avait pris une voie en solo quelques temps plus tôt (même si "les frère Paugam à meustaches", side project tzigane, les réunit encore). Je n'avais livré qu'une oreille trop rapide à cet artiste, même si la lecture de chroniques (télérama 4f) me le laissait en haut de la liste des "à écouter" (liste que je ne tiens pas, ce qui complique les choses il faut l'avouer). Ce n'est qu'en recherchant des artistes pour "AURA aime Murat" que je finis par lui accorder toute ma considération... juste avant que Burgalat dans Rock and Folk s'étonnasse de ne découvrir "qu'en 2021 ce chanteur de la trempe de Annegarn, Vassiliu, Ricet Barrier, pas loin de Ferré, période "les souvenirs" ou de "nous deux" avec Caussimon". Il cite la chanson "L'homme heureux" qui "jette par dessus bord toutes les fadaises sur les migrants". Elle fera partie de son prochain opus à sortir en novembre: "PADRE PADRONE", la petite assistance du concert de jeudi 15/07 a pu l'entendre, ainsi que la chanson titre qui fera l'objet d'un duo avec, excusé du peu: JP NATAF. Ils s'étaient croisés dans Paris, avaient discuté, Nicolas lui a glissé ce jour-là le nom d'un artiste à découvrir... Le contactant pour le duo quelques années plus tard, JP ne l'avait pas oublié: "mais oui, je me rappelle, c'est toi qui m'a fait écouter le chanteur éthiopien Mahmoud Ahmed!"... artiste depuis qu'il a dit "adorer" en interview. JP et Nicolas feront une scène commune le 3/12/21 à Esquelbecq, village culturel des flandres. On retrouvera aussi NICOLAS au WALRUS, à PARIS Le 29/09.
Le concert du soir est organisé par une adorable bouquinerie LE RAFIOT LIVRES sur la place du village de Saint-Geoire en Valdaine, au pied de la Chartreuse, et le temps exécrable a coulé le marché nocturne de producteurs qui doit normalement se tenir, et il y a donc repli parmi les milliers de livres. Quelques acteurs culturels du village, une petite diaspora auvergnate dont un touriste de Montluçon, on tient tous, sans servir de serre-livres pour autant. J'ai découvert quelques jours plus tôt que j'avais déjà croisé il y a dix ans sur le net le patron du lieu, qui exécrait Murat. Je lui pardonne... d'autant que non seulement la soirée est gratuite, mais qu'il nous offre aussi à boire (une bière artisanale produite au village La Dauphine)...
Tout cela est donc bien sympathique. Avant le concert, j'ai le temps d'interroger Nicolas sur sa rencontre téléphonique tout récente avec un certain Gérard Manset (filiation revendiquée plutôt qu'à la grammaire: "je mourirai" chante-t-il dans une de ses chansons)... Bien-sûr moment inoubliable pour un fan comme lui de l'oeuvre de Gégé , notamment pour ses compositions, ses mélodies, "plus riches que Murat".
On évoque aussi sa reprise pour "Aura aime Murat". Il aimait beaucoup "baby carny bird", il l'a travaillé mais n'a pas trouvé comment l'adapter à sa façon, d'autant que Murat jouant plutôt de sa voix basse, Nicolas est sur un registre beaucoup plus haut. Son repli vers "le reason why" est plutôt heureux selon moi. On a ainsi un titre très récent, et qui va bien au côté fantasque (il figurait dans le numéro spécial des Inrocks "les excentriques de la chanson française") et au flow de Nicolas, une très belle adaptation. Il me demande si quelqu'un a osé se frotter à "nu dans la crevasse"... La réponse est non (on re-saluera du coup le courage de Lionel Fondeville qui avait produit un bel ouvrage pour le tribute to Mustango-chez A.D.A.).
Ce jeudi, c'était concert en solo, à la guitare électrique, mais Nicolas tourne aussi avec des musiciens, ce qui lui permet de partir plus à l'aventure avec la guitare. En solo, la virtuosité guitaristique est tout de même visible, et la part d'improvisation aussi, ce qui le rapproche de Jean-Louis Murat, comme les quelques cris d'oiseaux ou d'animaux qui vont conclure certains morceaux ("les barbus" par exemple). On est mis à contribution sur certains morceaux et c'est toujours bien sympathique. On est en droit de se sentir privilégié d'assister à ce concert quasi-privé, même si Paugam nous évoque les ambiances plus électriques et en suées des concerts en groupe.
Paugam pioche dans ses différents albums... "les sablons", "les ablettes", "mon agitation" (il me semble) et notamment le single du dernier album sur le Titanic, sur une mélodie remarquable :
Il faut vraiment faire l'effort de se familiariser avec ce timbre de voix qui peut être perturbant, et on se rend compte ensuite du talent mélodique du Monsieur. Passionné par les arrangements, la production, il sait aussi enluminer ses compositions sur disque, inspirées parfois par le jazz, la musique brésilienne, mais moins la bossa nova que le tropicalisme plus expérimental et pop et moins marqué par la "saudade", ou carrément la variété ("tu savais, tu savais" digne d'un Mike Brandt dans le refrain (S'il était apparu dans les années 60/70, j'imagine qu'un éditeur aurait proposé ses créations à des interprètes).
A la fin du concert, pendant le petit verre de l'amitié, Nicolas Paugam raconte le passage chez LITHIUM de DA CAPO (disque minor swing), et le travail de D.A. de Vincent Chauvier. Malgré le bon succès du disque, notamment au Japon, le groupe se sent laissé tomber, avec leur refus de passer au français. On entend aussi que, autant que LOVE, The Pale Fountains ont été une référence pour lui et Da Capo... autre point commun avec Murat.
"C'était à l'époque des Pale Fountains : d'un seul coup, je sentais quelque chose de neuf, que je pourrais aller dans cette direction."
Ainsi les Pale Fountains auraient été une des influences majeures qui expliqueraient la transition de la musique de "Passions privées" à celle de "Cheyenne Autumn". C'est fort probable quand on sait que Marie Audigier a déclaré de son côté que "Pacific Street" des Pale Fountains était "le disque fondateur de ma culture". Mon groupe préféré". (site SANADOIRE.COM). Murat parlait lui d'"album parfait".
J'ai randonné mercredi et jeudi, et j'ai eu "rendez-vous au sommet" dans la tête pendant les deux jours... et j'avoue que... c'était pénible. Alors attention, je vous aurais prévenu.