Rita et Clara (Jean-Louis Murat/les Rita Mitsouko) et Patrick Zelnik

Publié le 22 Septembre 2026

Bonsoir, bonjour, 

Je suis en retard pour parler de l'actualité, mais  je me colle à l'exercice classique de causer de Catherine Ringer, et des Rita Mitsouko (avec Fred Chichin, mince, 19 ans déjà). Ceci après que mon algorithme  m'a donné à lire x témoignages : de ceux qui l' ont croisé au supermarché ou dans le métro jusqu'à des partenaires musicaux ou/et de drogues, un muratien indique même que c'est une copine à lui qui lui a cassé la fameuse dent... J'ouvre mon facebook et je m'attends demain à découvrir les souvenirs d'un de ses partenaires de films pornos, ou de la personne qui a pris dans la tête son tampax usagé au Gibus... sans parler des autres dégueulasseries et polémiques de nos réseaux sociaux (mais je trouve tout autant consternant ceux qui lui "donnent la carte"  en retenant comme son plus grand fait d'arme d'avoir mis un vent au Président Macron.)  Soit, il faut bien faire avec Les émois et les "et moi", "et moi", "et moi", tant le décès d'une artiste populaire nous touche en nous projetant dans nos passés, et derechef dans un bain moite de nostalgie. Mais vous n'aurez pas d'émois de ma part, je n'ai rien à dire de personnel sur les RITA, même si je kiffais TV6.  Ne me remerciez pas.

Bon, lançons nous dans l'essai... Essai, car les liaisons évidentes entre Murat et les Rita ou Ringer sont peu nombreuses, et je vais peut-être laisser plus parler ma subjectivité... et être un peu moins prudent dans mes propos.

 

DU CONCRET  néanmoins

1) CONSOLE 

Le lot 92 de la vente aux enchères "Jean-Louis Murat" de 2025, la "Console de mixage de marque CADAC 24 pistes. En partie démontée, non testée. 1 500 / 2 000 €" et vendue près de 8000 euros.

Dans certaines mémoires (Laure, Marco), elle "aurait" appartenu aux Rita Mitsouko, mais dans Télérama, en 1996, Murat raconte : « C’est une américaine des années 70, je l’ai achetée d’occasion juste sous le nez des Rita Mitsouko…" (et c'est le seule mention des RITA par Jean-Louis Murat que j'ai trouvée - dans une petite partie des archives ceci dit). Cette citation peut interroger sur un point : CADAC est un pur produit anglais, et point américain, tropisme atlantiste de Jean-Louis ? (que Fred Chichin ne partageait pas: "les Anglais sont les plus forts"-citation trouvée dans un livre d'Y. Bigot).

 J'ai contacté Christophe Dupouy, l'ingé-son des premiers disques de Murat, qui nous indique: " la console Cadac que j’avais installée à Douharesse, elle était au Studio M de Davout dans les années 70-80", et il semble bien qu'elle ait été récupérée là-bas, sans passer par la case RITA... On peut apercevoir leur home studio de 86 dans le film de Godard Soigne ta droite, leur Mademoiselle personne,   et la console Cadac est plus volumineuse.

On retrouve mentionnée ailleurs cette console  qui est bien "24 pistes":  Tony Visconti se rappelle avoir travaillé en 89/90 sur leur "24 pistes" pour le disque "RE". Et  Gerard Bar-David racontait dans Best en 91:  "Freddy possède sa propre console 24 pistes posée à dix centimètres du sol, indispensable passeport vers I‘indépendance artistique. Sans cet home- studio et ses horaires illimités, jamais il n’aurait pu expérimenter tous ses délires remixés".

J'ai promis du concret, et on n'y est pas encore : la console de Murat n'a pas appartenu semble-t-il aux RITA... mais ils ont travaillé sur celle-ci au Studio Davout... et avec Christophe Dupouy! C'est bien le souvenir que Denis avait également. Christophe  nous dit : 

"J’ai travaillé une semaine en tant qu’assistant sur Marc et Robert au studio M de Davout avec Toni Visconti, je n’ai pas de souvenirs particuliers, si ce n’est que les journées commençaient vers 18h".  C'est laconique, mais voilà quand même un élément tangible.
 
D'après ce que dit Dominique Blanc-Francard du proprio de Davout Yves Chamberland, il est possible que les négociations pour cet achat n'aient pas été évidentes :  il "était  prodigieusement radin. Un personnage à la fois détestable et attachant". "Un jour, Chamberland m’a ainsi proposé de cacher une petite boîte qui brouillait les enregistrements sous la console de ses concurrents"!   Notons au passage que Dominique Blanc-Francard est un dénominateur commun entre les Rita et Jean-Louis... mais qui dans le paysage musical français n'a pas travaillé avec cet ingénieur du son (qui n'évoque ni Murat, ni les Rita dans son livre)?. On pourrait dire la même chose de JB  Mondino qui fit la première pochette de Murat et signa le clip de "C'est comme ça". 
 
Pour clore ce chapitre, cette histoire de console montre que ces artistes partageaient une même volonté d'indépendance et une certaine idée de la création musicale, un travail du quotidien - c'est plus vrai pour Fred qui pouvait reprocher à Catherine de ne pas travailler suffisamment.
 
Delon à Davout. L'étroitesse de la salle peut laisser penser qu'il s'agit du studio M (sous réserve)

Et une autre photo : les Rita avec Tony en studio. A Davout? avec la console?

 

 

2)  VIRGIN

Jean-Louis et les Rita étaient signés chez Virgin de la grande époque. Les Rita l'avaient précédés de quelques années. Quand Fabrice Nataf arrive à son poste, le 45 T de Marcia Baila  est sur son bureau, et il signe Murat deux ou trois ans plus tard.  Il est possible que Murat les ait croisés rue de Belleville ou à des événements corporate qu'aimait Fabrice Nataf (mais on m'a raconté que JLM avait fait son maximum une fois pour rater le bus qui devait emmener tout le monde).  Mais voici ce que nous disait François Delmotte:  

F. Delmotte :  Honnêtement non. Mais (Murat) est un des artistes avec lequel je m’entendais le mieux. Je me rappelle de Julien Clerc, très gentil mais qui était un peu distant, il était déjà un artiste établi, Renaud, qui n’avait pas un contact facile, je ne parle même pas des Rita Mitsouko. Aubert était plutôt sympa. Mais Murat avait ce côté plus cultivé, que n’avaient pas les autres artistes, la plupart en tout cas, et une culture cinématographique qui s’exprimait d’ailleurs déjà dans le titre de l’album, une référence peu relevée à un film de John Ford.  Souvent les artistes étaient très centrés sur eux-mêmes, enfin, c’est la réflexion que je me faisais, ils pensaient surtout à eux, à leur carrière et ça les déconnectait du monde et de l’actualité, même de l’actualité culturelle.   

Il ressort effectivement que le duo n'était pas toujours facile : Laurence Kent écrit, dans une nécro par ailleurs élogieuse,  que Catherine "n'a pas toujours brillé par sa bienveillance". Nicole Bouchard, qui travaillait avec Virgin, et eut l'honneur d'être mentionné par Jean-Louis dans l'inédit "Québec" (en version live là) suite à un voyage marquant pour lui, le reconnaît bien volontiers. Elle les a rencontrés à deux occasions mais retient : "Les deux, des gens intelligents, originaux, décents et d’une authenticité enviable"

Dans ce cadre Virgin, on retrouve ainsi les œuvres de Jean-Louis et des Rita dans le projet "Diversion" qui voit Murat chanter Louise Feron, Julien Clerc chanter Murat, et les Rita repris par Daho et Jean-Louis Aubert (les Rita ne participant pas eux-mêmes).  Louise Feron, la compagne de Dominique Laboubé indique avoir été très amie avec Catherine après l'avoir rencontrée lors d'une fête Virgin. 

On retrouve enfin les deux noms sur le disque promo "Virgin- Eté 2000": 

 

Enfin, c'est via Virgin qu'est sans doute embauché Philippe Gautier pour réaliser des clips pour Jean-Louis Murat, le même qui participa à l'émergence des RITA en réalisant Marcia Baila et Andy... puis réalisant leur tout dernier clip. On en a parlé tout récemment lors d'une très belle interview du vidéaste qui revient longuement sur son travail avec les RITA. 

Concernant les maisons de disque, notons que les RITA ont très vite créé leur société  Six sarl en 1986, optant ensuite pour le fonctionnement "sous licence" pour leurs disques, ce que fit ensuite Jean-Louis, plus tardivement.

 

DU MOINS CONCRET

 

1) INFLUENCE

 

J'entends Christophe Conte dire qu'ils ne faut pas résumer les RITA à leurs tubes, mais j'ai le souvenir de nombreux débats sur la qualité de leurs disques à chaque sortie, si bien que j'ai quand même l'impression que Jean-Louis a eu une influence plus marquée chez ses congénères tandis que c'est l'impact de leurs tubes et ce qu'ils véhiculaient qui définit plus les Rita. A mes yeux, ils incarnent "la movida"  française. 

Dans le livre de Baptiste Vignol qui a interrogé 276 chanteurs, le titre Marcia Baila ressort 14e du classement des chansons les plus citées, C'est comme ça est aussi cité à quelques reprises... mais Murat est dans la liste des chanteurs dont le plus de chansons différentes ont été citées (loin derrière Gainsbourg, Ferré, Bashung mais ex-aequo avec Daho, Manset ou F. Hardy).  Dans les classements des meilleurs disques français, "The no comprendo" ou leur premier disque côtoie Mustango, Cheyenne automne ou Lilith. Il faut dire que la discographie muratienne est nettement plus imposante que celle des Rita+ Ringer réunis. 

Le fait qu'on ait peu interrogé Murat sur les RITA est aussi un signe, alors que les références à Dominique A, Manset, Souchon sont nombreuses. Qu'on ne retrouve pas de coup de griffe de Murat sur le duo en est un autre. Indifférence? On sait qu'il était peu enclin à féliciter ses collègues, et n'a pas daigné donner un satisfecit au Rita (je pourrais mettre une citation où il ne peut donner le nom d'aucun bon instrumentiste, ou compositeur en France -enfin : il n'en existe presque pas dit-il). 

Le fait est que Murat comme les Rita ont rapidement connu un déclassement : Yves Bigot parle de la triste programmation des Rita en 2007 sur une scène annexe de Rock en Seine "comme s'ils ne comptaient plus décisivement"
 
 
2) Différences/points communs en vrac et vite fait, j'ai trop d'actus à traiter, hop, hop... 
 
- Il semble que Murat qui n'était pas beaucoup plus âgé que Fred Chichin a été marqué par des références plus américaines et classiques : Dylan, Cohen, le blues, les groupes rocks des années 70 comme Eagles, America ou Family, même si bien sûr il s'intéressait à tout.  Fred était plus marqué par les anglais, par Bowie (peu marquant pour Jean-Louis), les Sparks (le duo a failli prendre un nom faisant référence à ce groupe) mais aussi par Ferré, le travail de Pierre Henry, avant de se tester au funk,  pendant que Catherine aimait Brassens, Piaf, le tango et la musique classique. 
 

- Bernard Lavilliers a raconté qu'il a passé des nuits avec Fred Chichin à essayer de mettre en musique des poèmes de certains auteurs. Que Clara ait fait sa première partie, ou que Murat l'ait encore croisé en télé dans les années 80, n'ont pas rapproché les deux hommes.

 

-  Fred Chichin avait certains côtés réactionnaires et s'était construit un peu en opposition à son père militant communiste. Murat a dit: "j'aime plutôt les gens qui sont ni de droite, ni de gauche mais plutôt d'un sorte d'anarchisme classique. Ils ne sont enfermés dans rien, se remettent toujours en question et sont toujours contre". Une citation qui pourrait coller à ce que j'ai appris des Rita, qui ont été proche de Nabe, un profil qui a intéressé JL Murat: "des sortes d’anarchistes de droite qui sont à la fois chrétiens et à gauche des communistes. Ils voient la foi comme un super communisme. C’est une façon de penser qui me plaît et qui a quasiment disparu. J’essaie de la retrouver chez des moralistes, chez des écrivains, mais ils se font laminer : Houellebecq, Dantec, Nabe… Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’aime bien ces gars-là et leur état d’esprit combatif".

 

- Comme avec certains propos de Murat, la diatribe contre le rap de la part de Fred Chichin a été largement récupéré par la réac-osphère (Naulleau) : « Le discours d’un Doc Gynéco peut se résumer ainsi :« Si j’étais riche, je m’achèterais une Porsche et je t’emmerderais, bâtard. » Je les connais bien ces types, j’ai travaillé avec eux. Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-blancs, anti-occidental, anti-femmes… C’est affreux. », mais comme chez Murat, c'est à relativiser :  une vanne sur PNL n'empêche pas qu'il aimait le rap, a repris I AM, ou érigeait K. Lamar au rang d'icône. 

 

- Paris/province :  Fred avait un grand-parent maternel d'origine auvergnate.. et qui tenait un débit de boisson à Paris, et son père s'appelait Jean-Louis, mais à part ça.. Les Rita étaient parisiens, enfants d'intellectuels et pour Murat, "la chanson française est très citadine, centralisée, par des Parisiens pour des Parisiens".  On n'envisage pas Fred Chichin au cul des vaches mais Jean-Louis a lui aussi vécu des épisodes de vie alternative, dopes et overdoses des copains. Auraient-ils pu se croiser dans les années 70? 

Fred a seulement deux ans de plus que Jean-Louis, mais débute sa vie alternative dès 14 ans, mais rien n'indique qu'avant Clara, Murat ait fréquenté le milieu dans lequel Fred traîne, d'autant que le jeune Bergheaud a des connexions avec un milieu plus folk et hippies (la revue chanson, le groupe Ange, via Hervé Bréal...je n'explique pas, utilisez la fonction recherche du blog). Les fréquentations et le mode de vie de Fred   lui valent  de passer un moment en prison et d'attraper son hépatite : les Taxi Girl - Mirwais parle de Fred dans son livre-,  Olive, Alain Kan, Jean Neplin, Patrick Eudeline (qui a livré des souvenirs gonzo des Rita, publiés par Causeur) et Rikky Darling. Ces deux derniers croisent la route de Murat à la Bourboule en 78 , le festival organisé par le pote dealer de Jean-Louis. Cela peut faire penser à la relation d'amitié des Rita avec Frank Henry (Frankus sur les réseaux):  

J'ai connu Fred Chichin au placard, à Fresnes. C'était avant les Rita Mitsouko. Il était tombé pour une histoire de came bidon. Pas un voyou du tout, le mec... Il était sur Mars. Complètement terrorisé par cet univers glauque. Moi-même musicien, à mes heures, j'ai immédiatement sympathisé avec lui et aussitôt tenté de le rassurer. En lui expliquant qu'il ne resterait pas enfermé très longtemps. Ce fut le cas. Quelques semaines à peine... Après quelques années d'enfermement, pour ma part, je l'ai retrouvé à Paris. Il était pote avec Olive, du groupe Lili Drop, dont je fus un temps, plus ou moins... manager. Une couverture, bien sûr... Entre-temps, Fred était devenu une rock star. Au firmament du rock francais. Avec Catherine donc, dont j'ai fait l'heureuse connaissance, à cette époque. J'ai alors assisté à pas mal de sessions au studio "Le Garage" , dans le 20 ème, lors de l'enregistrement de l'album "Marc et Robert". J'étais alors dans une phase aiguë de grand banditisme. Les Rita's le savaient mais ne m'ont jamais évité, pour autant. Au contraire, je crois que mes histoires de fou les amusaient... Nous avons passé ensemble quelques soirées et moments mémorables. Ces deux personnes étaient simplement délicieuses et leur compagnie était aussi précieuse que bonifiante. A l'époque, je passais mon temps sur les routes de France, avec mes complices, à repérer mes futures cibles et victimes : Les banques... Que nous braquions sans vergogne. Nous avons ainsi sillonné quasiment toutes les autoroutes de France. Et fréquenté, de fait, beaucoup de stations essence. Et je me faisais un devoir d'acheter toutes les cassettes VHS pornographiques, dans lesquelles avait œuvré Catherine, et ce malgré le fait que la maison de disques Virgin avait tout fait pour essayer de retirer toutes ces vidéos du marché. Mais il en restait quelques unes, par ci, par là... Je me faisais alors un honneur de les remettre ensuite à Catherine, qui les recevait avec une vraie émotion. Me proposant même de me les rembourser. Ce que je refusais, évidemment. Je crois qu'ensuite elle les brûlait, ces cassettes. Voilà, c'était mon histoire en rapport avec cette belle et bonne dame, au talent immense et rare. Hier, j'ai eu les larmes aux yeux. Elle a, j'espère... retrouvé Fred. Que les cieux leur soient doux à vivre, dans une belle éternité rock n roll.
 
Dois-je conclure sur le fait qu'on n'est pas chez les buveurs d'eau? On fera donc le lien par le joint, même si chez Murat, la création artistique est aussi associée au sport et à une pratique plus ascétique, et pas systématiquement "chargé", même si Jean-Louis a dit clairement que l'histoire de la musique rock est aussi celle des drogues ou défendait le cycliste Lance Amstrong en s'énervant comme la lutte antidopage... Au moment de Grand Lièvre, notamment, il faisait ainsi ce qu'on pourrait qualifier de grand écart entre "le bon père qui veut protéger ses enfants" (discours commençant à être fort sur Grand lièvre) et "le rocker éternel qui doit brûler sa vie (j'ai déjà écrit ça quelque part, je me copie sans vergogne pour aller plus vite).
 
- La seule amitié commune que j'ai pu détecter entre Murat et les Rita était Rachid Taha. On en parlé , même s'il y en a sans doute d'autres. Et peut-être Bayon... qui convoquait le duo lors du grand article fondateur "Couleur Murat" de 1988:  
"Regrets, remords, rancoeur

Il a morflé ? Et Rita Mitsouko, alors ? Gainsbourg ? Bergen Bas(c)hung ? Quand Murat dit : «C'est du rabe», on sent là certaine saveur d'amertume et de gâchis à remâcher. A douter de tout pour toujours. Comme on dit : «C'est trop tard.» Fastoche."

Le "frère de laid" de Jean-Louis aurait aussi qualifié les Rita Mitsouko de groupe "inégal et inégalable", et avait proposé à Catherine d'écrire pour Libé, l'article hommage à Jean Neplin lors de mort.

En passant, j'ai retrouvé ce propos de Bernard Lenoir :

« Il semble qu’on se souvienne plus volontiers de moi comme un des «passeurs» de la musique pop anglo-saxonne la plus pointue. Pourtant bien avant Feed-back, l’Inrockuptible ou C’est Lenoir, des années de programmation des soirées de France Inter pour le Pop Club de José Artur, Pas de Panique ou Marche ou Rêve m’ont amené à porter tout autant d’intérêt à la chanson française la plus novatrice. Cette compilation réunit les artistes emblématiques de mes choix musicaux pendant tout ce temps passé aux aguets d’une expression artistique sortant de l’ordinaire. Certains étaient déjà des icônes vénérées (Serge Gainsbourg / Françoise Hardy / Christophe / Brigitte Fontaine) d’autres le deviendraient plus ou moins vite (Alain Bashung / Les Rita Mitsouko / Étienne Daho / Noir Désir) mais combien allaient devoir longuement batailler pour imposer un talent qui me semblait évident ? Cette quête fût à l’origine de découvertes épatantes et de liens désormais indéfectibles : Gérard Manset, Alain Bashung et Jean-Louis Murat bientôt rejoints par Dominique A, Rodolphe Burger, Rachid Taha, Katerine, Camille, Mendelson, Florent Marchet, etc…

Tous resteront pour moi un bel exemple de détermination et d’intégrité. Le plaisir fût grand de relayer sur les ondes pareil talent en partageant cette mélancolie qui nous habite. »

 

- Salle commune :  Rita Mitsouko a inauguré la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand, en mai 2000... alors que Murat  viendra la fréquenter en décembre pour la première fois, antépénultième concert de la tournée Mustango. Et je vois que Raoul Chichin a joué en première partie de Neil Young/Crazy horse... avec les Backstage Romeo, à Vienne...  

 

 Ah, j'étais assez persuadé de trouver une programmation commune dans une émission télé dans les années 80... et je vois du beau monde, même du Céline Dion, à Stars 90, annoncée après Jean-Louis en 1992... mais de Rita, point. 

 

- Du côté de Reignier  (Haute-Savoie),  on se rappelle du passage des Rita Mitsouko, lors de l'édition 1985 du festival des Rocailles (avec Francis L, lui aussi décédé cérébralement trop tôt). Clara et Mme Atomos avaient joué lors de la première édition en 1980. Il faudra me rappeler que j'ai des archives inédites à diffuser à ce propos!

Si vous avez d'autres idées, n'hésitez pas à commenter!

 

PATRICK ZELNIK

Et comme le veut la loi des séries, peu de temps après Catherine Ringer, on apprenait le décès de Patrick Zelnik, premier président de Virgin France, en 1980, aux côtés de Thierry Haupais et Philippe Constantin. Il fonde ensuite NAIVE, et Marie Audigier deviendra sa collaboratrice, avant de prendre la direction du label, une fois que celui-ci a été racheté par Believe.

 

 

 

 

Quelques archives de ces années folles: 

Extrait de Showmag en 1987 (avec des nombreux noms ayant travaillé avec JLM à l'époque, comme Marc Maréchal, A. Artaud, Olivier Bas, mais à peu près tous...). Désolé, je n'ai pas l'intégralité du document.

 

Voici un article du Monde de Véronique Mortaigne de 2008 où il est beaucoup question de l'amie Carla, et les Rita: 
Patrick Zelnik, label sensible
Sa maison de production, Naïve, commercialise les chansons de Carla Bruni, l'épouse du président. Cette mission délicate n'effraie pas l'ancien patron de Virgin, un hypertimide qui s'est soigné par la réussite.
Par Véronique Mortaigne Le 12 février 2008
Il a l'air gêné, mais chez lui, c'est naturel. Avec ses lunettes arrondies, ses allures de gaffeur professionnel, sa propension à rêver en marchant, Patrick Zelnik a souvent été comparé à Woody Allen. Parfois irrité, le président de Naïve, le label qui distribue Radiohead et Pierre Perret, n'élève jamais la voix. Elle est naturellement persuasive. Lui, est hypnotiquement bavard. Non qu'il soit un orateur-né, mais il ne perd jamais le fil d'une pensée souvent en rupture.
Les dossiers délicats, Patrick Zelnik connaît. Certains, brûlants, ont fait la "une" des journaux. Patron du groupe Virgin pour la France de 1988 à 1997, il menait - déjà - la bataille politique pour l'ouverture des mégastores le dimanche. Le voici, vingt ans plus tard, devenu artisan du disque et président du Syndicat européen des sociétés phonographiques indépendantes (Impala), faisant plier la Commission européenne, l'obligeant à annuler pour un temps la fusion entre deux géants du disque, l'allemand BMG et le japonais Sony.
En 2008, l'ami de Richard Branson est placé devant un hic : produire le prochain album de l'épouse du président de la République, Carla Bruni. Le cas est embarrassant. Un vrai test de personnalité. A qui pareil accident discographique pouvait-il arriver, si ce n'est à lui ? "J'ai beau chercher, je ne vois pas", dit Marie Audigier, manageuse de Jean-Louis Murat et ex-cadre de Naïve. C'est cette "PME culturelle" que Zelnik a fondée en 1998 avec Eric Tong Cuong, créateur de l'agence de publicité BETC Euro RSCG et Gilles Paire, ancien PDG d'Universal France.
Patrick Zelnik veut croire à la version du Journal de Carla B. tenu chaque semaine par Le Canard enchaîné : "Alors, la gauche, on dit merci qui ?" La fiancée de Nic', "mon Etalonnette", se targue d'avoir assoupli les positions de son amoureux sur les 35 heures, sur les OGM... Devenue première dame de France, pur produit de la gauche jet-set, elle a l'oreille du président, son mari. Comme elle est impliquée dans le business de la musique, qu'elle répète que sa maison de disques, Naïve, est la meilleure qui soit, Patrick Zelnik peut nourrir l'espoir d'être entendu par le pouvoir sur des sujets qui lui tiennent à coeur : la baisse de la TVA sur le disque (19,6 % quand le livre est à 5,5 %), la défense de la diversité culturelle...
Naïve est une maison informelle, parfois brouillonne et toute en circonvolutions, à l'image de son patron. On y produit des disques, des livres, du multimédia. Elle est installée dans le 9e arrondissement de Paris, dans la Nouvelle Athènes. Lieu de rendez-vous obligatoire, l'Hôtel Amour, un dérivé rock des Hôtels Costes, dénommé "le jardin" chez Naïve.
Sentimental, Zelnik ? Oui. Des yeux facilement mouillés, un sourire de garçon, un polo de bonne qualité, un jean, faux naïf éberlué et homme d'affaires astucieux. Positionné à gauche, sans être encarté, il avoue sa participation à un meeting de Lionel Jospin et déclare son aversion pour l'utilisation des artistes à des fins politiques. Quand Carla Bruni arrive chez lui en 2002, grâce au patron d'Art Media, l'agent artistique Bertrand de Labbey, on se dit que la chanteuse et le PDG appartiennent à la même famille. Carla Bruni vendra 2 millions de Quelqu'un m'a dit, dont plus d'un tiers à l'étranger, puis, en 2007, 200 000 exemplaires du deuxième album, No Promises, dont une majorité à l'exportation.
Après avoir, il y a cinq ans, sauvé l'économie fragile de Naïve, Carla Bruni-Sarkozy devrait entrer en studio en mars pour enregistrer un troisième album. "Ce passage-là ne sera pas plus difficile que celui qu'elle a opéré de top modèle à chanteuse, car la France n'aime pas le mélange des genres. Ce sera le premier cas d'une femme de président qui continuera à exercer son métier sans dépendre de son mari et ce n'est pas parce que cela ne s'est jamais produit que c'est impossible", démontre en souriant Patrick Zelnik.
Etait-il au réveillon à la Lanterne, à l'anniversaire de l'amie Carla, à son mariage ? Nicolas téléphone-t-il vraiment chez Naïve pour vérifier le plan marketing du futur album de son épouse ? Zelnik le pourfendeur du loisir abrutissant est-il gêné d'entendre Carla Bruni chanter Bon anniversaire avec Didier Barbelivien, copain du président et symbole de la "grosse variet" ? Patrick Zelnik esquive, répète que Carla Bruni est "infiniment cultivée, extrêmement travailleuse" et que, pour le reste, "tout dépendra de la qualité du disque qu'elle est en train de composer. Je n'ai jamais accepté la rationalisation du choix artistique. Je crois à l'accélération du pouls, au frisson". Et il nous prie de ne pas résumer Naïve à la Bruni.
Naïve est, avec Wagram, en tête des labels indépendants français. C'est la maison de Mariane Faithfull, de Raul Paz, de Pink Martini et, fortement présente dans le répertoire classique, celle de la violoncelliste Anne Gastinel, de l'Ensemble Accentus ou du violoniste Laurent Korcia. "Un éditeur est celui qui n'a jamais écrit un seul livre, mais les a tous signés", cite encore cet ex-timide maladif, dont le nom est indissociable de l'aventure Virgin - et inversement.
Le destin de ce fils d'un patron de société de confection - des origines russes par sa mère, polonaises par son père - passe par Londres, Carnaby Street et le Marquee Club. Etudiant à Dauphine, il lit Billboard, la bible des professionnels de la musique. "Je voyais des types à cheveux longs et sans cravate qui étaient directeurs du marketing", le rêve. En 1973, il entre "en maison de disques", chez Polydor, "assistant au département import-export, j'étais hypertimide. On m'avait demandé d'expédier quatre affiches de Moustaki en Amérique latine, j'avais mis quatre heures à les plier".
Patrick Zelnik, cependant doué, devient directeur international et marketing de Polydor. En 1977, il repère à Londres le premier magasin Virgin, une jeune boîte créée par Richard Branson. En 1980, il crée Virgin France, avec Philippe Constantin et Thierry Haupais, tous deux prématurément décédés. Ce sera les Rita Mitsouko, Bashung, Téléphone, Souchon, Daho, Renaud, Peter Gabriel... "Avec eux, je n'ai jamais été PDG, mais toujours Patrick Zelnik."
Merci qui ? "Merci Nina Malolentenkoff, celle qui a commencé à m'enseigner le piano classique à l'âge de 15 ans. Grande lectrice, elle m'a donné à lire toute la littérature allemande, puis toute la littérature russe, etc." Patrick Zelnik aurait pu être un artiste : il avait composé des musiques sur des textes d'un poète ami de ses parents et de Georges Brassens, René Fallet. Brassens avait aimé le résultat, mais conseillé de "travailler sa voix" au jeune homme, qui prit la mouche et devint ainsi un PDG sensible.
Véronique Mortaigne

Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article