- J'avais abordé il y a de longs mois, sans en faire le titre de l'article, la parution du recueil des textes de Jean-Louis Murat.
Il sort le 24/09 sous le titre Une Orgie de sainteté, proposé par il me semble Eric Reinhardt qui a été partie prenante avec Laure Desbrueres de l'élaboration du livre. Cela a fait l'objet d'un peu de débat, peut-être pourrez-vous me dire ce que vous en pensez ou auriez proposé à la place dans l’œuvre de Jean-Louis Bergheaud? Le titre issu d'une chanson de l'album un peu particulier car réalisé avec Fred Jimenez a le mérite d'être beau et original, de renvoyer à deux thématiques importantes (et le côté "dégueulasse" souligné par Agnès Gayraud), et tout choix aurait été de toute façon réducteur. Seghers était le décisionnaire. Après, c'est sans doute un détail... Je m'y attarde car pour le reste, il s'agit d'un recueil des textes des chansons publiées et éditées. Ne vous attendez donc pas à y trouver des surprises, même si certaines collaborations sont moins connues.
Nous avions notre outil informatique pour travailler sur les textes, mais voilà une Bible publiée, déconnectée et non-déconnectable pour l'avenir, c'est une bonne chose. Mais surtout, voilà érigé en grand auteur notre Jean-Louis Bergheaud, par Seghers, spécialisé dans la poésie dans une collection très ancienne (1966) et emblématique qui a réuni un corpus extraordinaire et patrimonial de la chanson française (Ferré, Brassens, Brel, Aznavour, Barbara, Mouloudji, Gainsbourg...). Je lis qu'elle a été relancé en 2025 via Feu Chatterton et Arthur Teboul (le succès de son livre de poésie "le déversoir", 70 000 exemplaires!!, explique peut-être cela).
C'est présenté comme "l'intégrale des chansons", tous les albums y sont, 400 chansons, mais vous pourrez vous amuser à trouver certaines choses manquantes dans la discographie annexe. L'exploitation commerciale de certaines chansons était impossible, comme celle d'éventuels vrais inédits.
Voici ce qu'a dit Laure Desbrueres sur les réseaux :
Demain parait « Une orgie de sainteté », un très beau livre non pas sur mais de Jean-Louis Murat.
On l’attendait ! Ses mots à lui, sa langue, sa poésie.
Cet ouvrage nous tenait à cœur et je remercie infiniment Eric Reinhardt, qui en a permis la réalisation. Si vous connaissez un peu Jean-Louis vous devez savoir qu’il ne tapait jamais lui-même ses textes, qu’il s’amusait des différences entre le texte écrit et chanté, qu’il était intransigeant sur l’orthographe, qu’il aimait jouer avec la ponctuation et surtout les majuscules, qu’il adorait encore plus changer les titres de ses chansons, qu’il était parfois difficile à relire et parfois même qu’il fallait retranscrire …
Un joli bazar... Il fallait bien l’équipe de choc des éditions Seghers sous la direction d’Antoine Caro, la rigueur, le respect, et la ferveur d’Eric Reinhardt ainsi que l’aide précieuse de Wise music et d’autres (qui se reconnaîtront) pour réaliser ce recueil durant l’été ! C’était important de rassembler cette œuvre dispersée dans les livrets d’albums et de la donner à feuilleter à ceux qui ne la connaissent pas.
Et comme si cela n’était suffisant, ces textes sont encadrés merveilleusement par une préface de Yannick Haenel et une postface d' Eric Reinhardt, à lire absolument !
Alors, oui, pour finir, comme souvent avec les livres sur Murat, pour les spécialistes, ce qu'on pourra retenir et qui justifie l'achat, c'est la préface, et ici la postface (même si les propos d'Eric Reinhard sont moins inédits que ceux d'Haenel pour ceux qui l'ont vu à la Maison de la poésie par exemple). On va reparler ici dans quelques temps - a priori c'est acquis- de l'auteur d'un des livres de la rentrée La solitude des professeurs est infini" et je vous laisse donc découvrir son texte d'un peu plus de 8 pages. On avait découvert son admiration pour l'oeuvre de Jean-Louis Murat à l'occasion de l'article qu'il avait signé pour Charlie Hebdo, même si certaines avaient déjà détectés un lien. A relire là. Dans la préface, il précise encore plus comme il a été important pour lui, décisif avec Cheyenne automne et le range à côté des troubadours et de Rimbaud, De Nerval... tout en insistant sur la musicalité des vers.
En promo pour son livre (qu'il dit être né de son émoi après l'assassinat de Samuel Paty, qui inspira aussi Jean-Louis Murat), Laurent Goumarre sur France Inter, lit les dernières lignes de la préface. L'émission est sous-titrée "Le rock a compté pour moi dans ma vie autant que Proust"... peut-être que Jean-Louis aurait pu certains jours inverser cette affirmation, ce n'est pas le seul point pouvant faire référence à Murat de l'émission (Tarkovski...), même si Yannick a été musicalement marqué par la cold wave (The Cure, Joy division, Marc Seberg cite-il). La séquence :
L’intégrale des textes de Jean-Louis Murat, chanteur et poète
Interrogé, en mars 2005, sur sa boulimie créatrice, Jean-Louis Murat confiait au Monde : « Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai démarré à 28 ans, un âge où d’autres arrêtent. Je venais d’un milieu social où on devient plus facilement plombier ou paysan que chanteur. J’ai été père très jeune. Aujourd’hui, j’ai l’énergie de quelqu’un qui rattrape ce temps, porté aussi par la peur de disparaître. Peut-être parce que ma véritable ambition, c’est l’écriture, pas le chant. » Trois ans après sa mort brutale, à l’âge de 71 ans, les éditions Seghers publient l’intégrale des chansons enregistrées par le chanteur auvergnat, soit une orgie de 400 textes écrits depuis le 45-tours Suicidez-vous le peuple est mort (1981).
Si cette production prolifique a connu quelques creux et inconstances, difficile de ne pas constater que celui qui disait avoir écrit des poèmes chaque jour depuis l’enfance possédait une plume permettant d’apprécier ses vers hors de l’écoute musicale. Admirateur de Dylan et de Neil Young autant que des troubadours capables d’entrelacer l’amour et les mots, il savait ciseler une sensibilité terrienne, évoquer un bestiaire unique et un ancrage géographique de dandy paysan, parler une langue charnelle, tantôt soyeuse, tantôt brutale, chargée de sensualité comme de dépression. Cette somme non commentée est encadrée par les préface et post-face d’écrivains admirateurs, Yannick Haenel et Eric Reinhardt. Le premier assurant : « Murat chanteur ? Bien sûr, mais avant tout poète. » S. D.
Il est indiqué "non commenté" et c'est effectivement ce que je voulais indiquer. Même si Haenel et Reinhard donnent des pistes, on aurait pu penser l'ouvrage accompagné d'une analyse plus précise de la poésie muratienne, afin peut-être d'aider à la situer dans notre patrimoine artistique, littéraire et musicale, dans ce monde où Bob Dylan est prix Nobel de littérature, même si on espère que le temps permettra de l'élever un peu plus haut. Un tel livre peut favoriser son étude universitaire.
La photo est de Frederic Garcia, "photographe mondain très discret" ai-je déja écrit ici. Je possède quelques tirages promos de cette série de 1989 que j'avais montrés lors du premier week-end Murat. Elles ont été prises dans le cimetière russe de Ste-Geneviève des bois.
Le Plus avec Frank Loriou
A SAINT-QUENTIN (02) ainsi que dans la salle de concert La Manufacture, avec en complément deux événements :
- exposition à la médiathèque à partir du du 19 septembre
- visite commentée le samedi 26 septembre à 15h à la médiathèque, suivie d’un échange avec Cédric Barré autour de son livre de A à Z.
- exposition à La Manufacture du 5 au 10 octobre
- rencontre hommage par JP Nataf et Loriou le 6 octobre à 19h
Voilà plusieurs mois que j'avais découvert la sortie d'un livre consacré au Puy-De-Dôme, qui évoquerait le plus pittoresque et original - made in 6-3- chanteur du cru, mais impossible de le trouver le jours de sa sortie, nous apprenons même son existence à la libraire de la Bourboule, surprise de n'en rien savoir. Il semble qu'il y a eu du retard à l'impression... mais il a finalement été livrée à la Chef de Service "Culture, littérature et truffade" de Surjeanlouismurat.com qui a bien voulu nous en dire quelques mots.
Voici un guide singulier, que l’on sent né d’heures de promenades et de visites, nez au vent et curiosité en éveil. Loin des sentiers balisés, des sites ou des récits les plus célèbres, les auteurs (Pierre Moulier, fondateur de la revue Patrimoine en Haute-Auvergne,et Pascale Moulier, spécialiste de l’art religieux) ouvrent à la découverte de la région à travers des détails souvent discrets mais remarquables. Leur éventail est large, ce qui n’est pas le moindre charme de ce livre : curiosités architecturales et naturelles, artistes oubliés, textes littéraires consacrés à un lieu, personnages célèbres ou inconnus ayant laissé leur marque, objets archéologiques,événements historiques, récits, croyances et légendes. Ces éléments glanés ça et là, dans l’ensemble du département, dessinent la complexité de ce paysage, la profondeur de son histoire, les manières de l’habiter, de le représenter.
Insolite, notre Jean-Louis Murat ? Chantant ses paysages sur une musique héritée de la culture anglo-saxonne, iI a en tout cas droit à un long chapitre du livre, fourni et rigoureux, nourri de très nombreuses citations de paroles de chansons, et d’un extrait de l’exceptionnel dialogue avec Jean-Loup Trassard pour les Inrockuptibles. Les auteurs s’amusent aussi à retourner le cliché du chanteur enraciné mais universel (qui doit bien traîner quelque part dans ce blog !). On retrouvera l’ombre de Murat au détour d’un autre chapitre consacré aux cols les plus dangereux, la Croix-Morand et la Moreno anciennement Mort-Rayno ou Raynaud.
Pour les voyageurs décidés à prendre le temps de découvrir la région mais aussi pour ceux à qui elle est familière, ce guide invite à mettre ses pas dans ceux des auteurs : aller découvrir les curiosités sur lesquelles ils orientent joliment notre regard, mais aussi flâner hors des sentiers touristiques, cultiver lenteur, patience, attention aux détails : l’art de l’étonnement qui est, précise la préface, citant Aristote et Platon, le premier pas de la science.
ISBN 9782366541489 - 240 pages - format 17 x 24 cm
Vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir et zoomer.
Le sommaire : richesse, éclectisme et fantaisie, un vrai régal. Avec, pour compléter l’invitation à ouvrir partout grands les yeux, des carnets de photos de détails insolites.
On notera qu'au rayon insolite, les personnalités sont peu représentées à part Jean Amblard, peintre mort à Rochefort dans sa maison familiale, mais qui a essentiellement vécu sur la région parisienne... et Blaise Pascal.
Merci Florence! Ces photos de graffitis auraient ravies notre ami Matthieu Guillaumond/ Fred Plainelle dont un des scoops célèbres avait été de dénicher une photo du slogan "suicidez-vous le peuple est mort" qui aurait probablement inspiré Jean-Louis [on a appris depuis que le groupe Clara utilisait les pots de peinture pour assurer sa promotion dans les rues de Clermont, c'est dans mes articles de fin d'année 2025]. L'article de Matthieu avait suscité la réapparition du graffiti, pour une nuit avant d'être effacée... Je n'avais pas soupçonné Matthieu à l'époque, trop vigilant à passer sous tout radar policier.
Quant au texte des camarades puydomois, lors d'une première lecture rapide, je me suis senti légèrement visé par l'évocation de la tarte à la crème sur le "régionalisme/l'universalisme"... du fait de mon article "Les cartes et le territoire muratien" et du texte rédigé pour la pochette du disque "AuRA aime Murat"*, mais leur propos est très juste.
*Pour ma défense, ce choix de titre impliquait d'être explicité et était effectivement un "ancrage" forcé à sa région que je voulais lever. Et le fait est que Murat a lui-même eu ce discours, en évoquant Springsteen, ou Dylan... mais le fait est que personne n'a vraiment eu le culot de présenter Murat comme un chanteur régional ou régionaliste. D'abord, parce qu'il a eu une audience plus large, que son inspiration ne peut pas être réduite à sa région et ses traditions. Surtout, comme les auteurs l'indiquent, sa musique vient des Etats-Unis et sa plume à la littérature classique française et jacobine.
Le Puy-de-Dôme insolite est un livre qui se picore. Le lecteur le feuillette, tombe sur un objet étonnant et unique, plonge dans des histoires parfois rocambolesques, voyage sur ce vaste territoire de près de 8 000 km² sans prendre les sentiers balisés. Il découvre ainsi des crânes mystérieux, des vases gaulois style Art nouveau, une sandale miraculeuse, Jean-Louis Murat, une coulée de lave qui dérègle les boussoles, un vitrail d’église représentant un mineur de fond, des statues transhumantes, des bouteilles dans les murs, des sculptures « olé-olé » sur des églises… un véritable inventaire à la Prévert qui montre à quel point l’Auvergne peut se montrer riche de curiosités étalées, un comble pour un pays qui aime bien cacher des choses. Cet inventaire, bien que très conséquent, reste sans doute non exhaustif tout en révélant par bribes un état d’esprit, un mode de pensée nourri d’espiègleries et surtout un passé que l’on a du mal à imaginer au XXIe siècle.
LE LIEN EN PLUS POUR rester dans le tourisme
Dans le guide de voyage Gallimard, "coups de coeur: Auvergne", les Vinzelles ont été invités à participer, et elles citent "accueille moi paysage", et le col de la croix morand
Le même jour, sur france Info, on évoque aussi l'expo avec quelques propos de Frank:
Et le même jour, sur France Inter, dans l'émission de soirée en direct du festival, Frank est interviewé par Matthieu Conquet. C'est à 13 minutes, et c'est très rapide.
Alister, fondateur de Schnock et collaborateur de Rock and Folk a partagé un vieil article datant de cinq ans qui nous avait échappé. On y découvre que Didier Bourdon est fan du Manteau de pluie et notamment de l'ange déchu. On connaissait le goût pour le rock de l'auteur des grandes chansons à succès rappetout, Manu tu descends, ou c'est toi que je t'aime, suite à son passage sur une émission du net avec Michael Jones où il avait livré une belle version des Pink Floyd, mais pas son goût pour Murat.
Carla Bruni parlait de botox dans Gala semble-t-il, c'est repris par Gossip. Et on y trouve la citation:
« Je n’aurais pas l’air plus jeune pour autant. Je crois qu’il vaut mieux faire l’honneur à la beauté, comme le chante Jean-Louis Murat », indique Carla Bruni. Allez, c'est plutôt sympa d'y faire référence de la part de l'italienne dont Jean-Louis a dit qu'elle pouvait la contacter au milieu de la nuit pour lui parler de la Divine comedie de Dante.
LE LIEN EN PLUS EN TEMPS ADDITIONNEL
Zinédine Zidane a été interviewé sur un propos de Jean-Louis Murat. IL ne s'agit pas de son persiflage le plus célèbres contre notre numéro 10 qui a été repris dans le monde entier (« Personne ne sait si Zidane est un ange ou un démon. Il sourit comme Mère Theresa et grimace comme un tueur en série. »)
Jean-Louis Murat a dit à ton propos : « Zidane dans une équipe, c’était comme avoir Jimi Hendrix qui arrive dans un groupe et quand on lui propose d’être le leader, il dit qu’il va se contenter des maracas »… Tu vois ce qu’il veut dire ?
Je ne sais pas si Murat connaît bien le foot, mais s’il le connaît, il se sera aperçu que j’étais quand même un leader sur le terrain. Toujours, et sans jamais avoir besoin de beaucoup parler. C’était inné. Après, c’est vrai, il a raison, je n’ai jamais été un leader en dehors, mais je ne voulais pas l’être. Ça ne m’intéressait pas. Moi, quand le match était fini, je voulais profiter de ma famille, rentrer chez moi, me reposer. Je n’avais aucun besoin d’exister en dehors du terrain. Pour moi, le terrain se suffisait à lui-même.
Jean-Louis a aussi dit qu'il avait «le QI d’une courge» ...: "J’ai toujours eu de gros problèmes avec ses mauvais gestes. C’est une petite frappe à trois francs. Platini ou Messi ne mettraient jamais un coup de boule à un adversaire, c’est pour ça aussi que je les admire." Il était plutôt team Deschamps. Une des Inrocks inventée par Matthieu Guillaumond:
Bonjour amis Saint-Ex-plorateurs, de Rio, de Tanger, de Santiago, Dantzig, Moscou, Manitoba, Chappaquiddick, Tahiti, Himalaya, Corée du Nord, Danemark et Plateau de mille vaches, en ce week-end désormais particulier...
j'ai mis de côté deux, trois trucs sur l'actualité pour vous dire que :
jusqu'au 19/07/2026, à la Bibliothèque François Mitterrand, à Paris, se tient une exposition intitulée "CARTES IMAGINAIRES".
Cette exposition invite les visiteurs à un voyage aux frontières du réel et de la fiction, à la découverte des liens entre cartographie et imaginaire. Car si les cartes tracent d’ordinaire les contours de terres connues, elles donnent également forme à des territoires imaginaires qui prolongent, interprètent ou personnalisent le monde réel.
Je m'y suis rendu lors de mon séjour pour la sortie du live "Tour De France 2022"... en escomptant que l’œil Muratien pourrait s'y exercer. Et il s'y est affûté... si bien qu'au vu de ce que le public peut découvrir dans ce parcours, j'ai senti poindre un regret que la cartographie Muratienne n'y soit pas présentée (d'autant plus que j'ai découvert le soir qu'un muratien travaille aux services des expos de la bibliothèque, il était présent à la pré-écoute du disque, - je fais du outing sans vergogne).... Ainsi, à côté de ce cahier de Proust (ci-dessous), où l'auteur a pris note de lieux - aux noms inventés - dans lesquels ses personnages vont évoluer (ligne de train fictive), qu'il aurait été émouvant de retrouver par exemple la "carte de Babel" esquissée par Jean-Louis....
Pour les gens de passage, petit rappel : Murat a mêlé à son oeuvre toute une géographie, objet poétique à part entière. Il en a été question dans les articles LES CARTES ET LE TERRITOIRE MURATIEN et EN SA CONTREE (les mots du paysage dans les chansons de JL MURAT), on ne s'y repromènera donc pas en détail ici. Comme me l'écrivait Samuel Arlaud, "Son œuvre incite au dépassement de soi et des petites idées d’apparence du monde pour nous aider à comprendre ce qui est structurel, ce qui relie les espaces et les temps des sociétés. C’est en Auvergne, c’est en Poitou, c’est partout et tout le temps à la fois. Personne n’avait jamais écrit une telle géographie musicale". Bienvenue dans "Le Dessous des cartes" (arte).
Les quelques noms de lieux auvergnats présents dans les chansons... qui contrastent avec le Pérou, Venise ou Arkhangelsk, Barre des écrins et tant d'autres.
Je voulais clore cette petite parenthèse ici, mais la poursuite de la visite "monomaniaque" ne va que renforcer l'idée que l'exposition permet de plonger assez largement dans "l'inspiration" muratienne. Notons pourtant que Murat n'a jamais placé le mot "carte" ou "plan" dans ses textes, pourtant gorgés de lieux, de chemins et de paysages.
Point GPX 1: Revenons bien sûr à Proust : l'album Lilith est "proustien à mort" (Quand le passé nous saisit Dans ces lieux de vague à l'âme / Ring ring ring tout n'est donc que jeu, temps perdu), et Murat évoque Balbec dans "Lemec qui se la donne" (sans parler de "Xanadu"*, référence de Citizen Kane, unanimement évocateur de Proust). Quelqu'un se penchera un jour sur le lien entre Proust et J.L Murat qui a indiqué avoir consacré sept ans à la lecture de La recherche du temps perdu (exercice délicat car Murat n'est pas du genre à intituler une chanson "du côté de chez Swann", la dilution, les couches de calque peuvent être nombreuses, on l'a vu avec l'exercice sur VS NAIPAUL, autre source revendiquée par Murat).
*Il a chanté d'autres villes imaginaires : "De la coupe aux lèvres adieu Jérimadeth" (inventée par Victor Hugo dans le poème "Booz endormi" de La Légende des siècles), et dans "Rémi est mort ainsi", le lieu Colnage comme Marendossaqui laissent google map sans voix/sans voies (d'accès).
REPERE 2: Malgré les cartes, je dois faire des allers-retours, des détours, car la carte de Babel signée Murat n'était pas à ranger avec Proust.
En effet, dans l'exposition, on retrouve également la fameuse Ile au trésor de Stevenson, roman qui est littéralement né d'un plan dessinée par l'auteur lui-même : "la carte stimule son imagination et donne naissance aux personnages et à l’intrigue. Plus qu’une simple illustration proposée au début du roman, elle constitue aussi le cœur même du récit, remplissant trois fonctions narratives essentielles. Objet de convoitise au début de l’histoire, elle devient l’outil de navigation permettant d’accéder à l’île, et bien sûr, un guide essentiel de la chasse au trésor". Et Murat a dessiné sa carte en s'inspirant de Stevenson, après l'écriture de Babel (Libération 2014) alors qu'il lisait le livre à ses enfants : le Sancy comme une île, même s'il ne s'agit surtout pas d'y trouver un trésor. La quête de Murat est un tourment sans fin (et le poète nous a donné sa vie pour cette exploration que l'on peut vivre par procuration, comme nous l'a dit Bayon), il faut se perdre de vue, rester insaisissable... et remplir "la malle au trésor du grenier". D'ailleurs, dans l'album, il convoque Long John, l'un des personnages du livre, qu'il appelle à fuir, en préférant le voyage.
BALISE 3: Plus loin, référence easy, avec cette édition originale pour de vrai : c'est DEFOE.
Murat a écrit la chanson "ROBINSON" dans Toboggan où il chante "apprends à savoir t'orienter", "apprends à trouver le chemin" (tout un symbole pour cet article, dans un texte qui emploie le vocabulaire de la cartographie : "N'oublie jamais ton azimut Nord-ouest dit la boussole"). Le prénom Robinson est également mentionné dans "La treizième porte" (Il Francese).
Dans une vidéo de la BNF sur l'expo, des propos nous interpellent : "Depuis l'Antiquité, on compare souvent la vie à un voyage. Au 17e siècle, les moralistes pensent que vivre, c'est avancer sur un chemin [...] Pour eux, il faut savoir s'orienter dans la société comme sur une carte". Et Jean-Louis était bien dans cette perspective :
"J’ai des enfants et des petits-enfants, et j’en parle beaucoup avec eux. C’est difficile de se situer.Quoi leur dire ? “Apprends à t’orienter de nuit, apprends à t’orienter de jour…” Mon petit, à cinq ans, il parle déjà de gravité. Il a bien repéré que c’était dans la chanson, qu’il faut s’amuser, mais ne pas être trop léger, ne pas trop se distraire. En sachant que c’est un combat perdu d’avance… Robinson relate le moment où ça part complètement en couilles, à la toute fin. L’apocalypse des animaux, le toboggan de Toy Story 3 : les jouets, eux aussi, terminent au four crématoire." (Magic en 2013)
Pour aller plus loin à propos du mot "île": Les autres références dans les chansons sont obscures. "Il est le dieu d'une île" écrit-il pour les lèvres de Nolwen Leroy, et à ses débuts : "Je médite en cachette dans une langue morte sur les scènes d'amour entre les bons chevaux on prend le copyright à deux île à scaphandriers je désire un gros bouillon." Références sexuelles ? Plus tard, l’Île sera terre de cafard : "Île de Bréhat Face caméra Coupez." En 2015, il indique pourtant à Philomag (après avoir parlé de Houellebecq), que le lieu d'une cité idéale serait une île. "Qu'on puisse devenir une île pour soi-même. Un îlot au milieu d'un lac?"
Et dans cette exo ambitionnant l'exhaustivité, cela m'amuse pour terminer de vous faire remarquer que Murat a chanté :Nous avons pris Langogne et Le Puy" qui est la première section du chemin... de Stevenson (que l'on parcourt dans dans le sens inverse). Le hasard fait bien les choses?
Point non géodésique 4 : la carte du Tendre était inévitable dans l'exposition.
Murat ne l'a pas chantée, mais il l'a survolée dans un clip, celui du "Train bleu".
La référence assez commune en fait une "carte à la crème" des commentateurs :
"Le parcours de Jean-Louis Murat n’en dessine pas moins une carte du tendre (et de l’acerbe) de la chanson à la singularité exemplaire, recourant autant à une certaine tradition poétique romantique qu’à la désinvolture d’un blues aux penchants élégiaques." (24 h.ch 2023)
"Quand il chante encore des chansons d’amour, vieux, en bajoues, le visage constellé de taches brunes, il me fait l’effet d’un Robinson de la carte du Tendre, encore une fois, le survivant de son propre charme, de sa propre puissance de séducteur de la chanson française" (Agnès Gayraud)
"Le résultat donne à entendre un soft rock topographique, aux allures de carte de Tendre franchissant le Rubicon de la Mer dangereuse" (Causeur, 2015)
"Murat a les pieds bien ancrés dans la terre humide du Massif central "comme un lichen gris sur le flanc d'un rocher" ; juché sur cet observatoire usé par l'érosion, il dresse une carte de Tendre sans complaisance." Hubert Deshouse
"Est-ce que c’est pour ça que ta carte du Tendre, si je peux l’appeler comme ça, si présente dans tous tes albums, me semble nettement moins en avant que d’habitude sur cet album ? "(Jean Théphaine)
"Murat est un indécrottable Auvergnat. Babel, double CD comprenant 20 chansons originales, regorge de plus de 25 noms de lieux situés dans un rayon de 30 km autour de chez lui. Sa carte du Tendre en quelque sorte." (La libre Belgique en 2015)
"Dans quel marigot allez-vous nous jeter ?" Dans Le lac de l'indifférence serait une possibilité.... Mais son "AMI AMOUR AMANT" dessine un parcours : "Chemine l'amour/Noble ami des bois Aux quatre coins De la vie/ Je vais à belles dents/Livré à la bise/ Je tourne aval Dans le courant/ Aux portes du glacier Je descends"
Point de polygonation 5 : L'expo propose de nombreux documents exceptionnels, dont ces cartes... qui nous viennent du 2e siècle...
Ptolémée, Claude Ptolémée... En Ptolémée!! C'est dans "Alexandrie" de Taormina ! Après nous avoir fait découvrir Elisée Reclus, autre précurseur [à lire ici], Murat nous cite l'inventeur de la géographie (en plus d'être astrologue, musicologue et auteur d'autres travaux sur l'optique et les mathématiques), oh, c'est une belle trouvaille !! wikipédia
Oui... c'est trop beau... car en fait, Murat a peut-être voulu citer Ptolémée 1er (4/3e siècle avant JC).... grand personnage d'Alexandrie, constructeur du phare... et grand témoin des aventures d'Alexandre le grand. wikipédia. Ceci dit, Claude Ptolémée a aussi vécu en Egypte...
Devant les routes capricieuses de nos vies
Les alizés t’auront guidée vers moi
TRACE 6 : Mais pourquoi photographiai-je la carte du pays imaginaire des soeurs Brontë? Peut-être pour ma fille.... Je me suis interrogé ensuite : Murat, personnage romantique et gothique à ses débuts, a-t-il pu échapper aux grands classiques anglais, comme Jane Eyre ou Les hauts de Hurlevent ?
"Je vis dans un mois de juillet
sous-titré pathétique
où des héroïnes en anglais
me rendent romantique"
Carte de Verdopolis, ou Glass Town; une terre imaginaire, illustration de 'L'histoire des jeunes hommes depuis leur première installation jusqu'à nos jours', par Patrick Branwell Brontë et sa sœur, Charlotte...
A priori et après recherche, rien de très évident et probant à évoquer à propos de Murat, on n'est pas chez Kate Bush... mais j'ai aimé me perdre sur un terrain l inconnu... Malgré tout, on m'a confirmé qu'il avait lu le livre d'Emily (pas dans le Tarn et Garonne) et ce HAUT ARVERNE où règne le vent tourmentant, le pays de landes, est bien comparable au Yorkshire des Miss... ce qui pourrait expliquer ce "Haut Averne" (La Haute Auvergne est plus dans le Cantal et le sud de l'Auvergne). D'ailleurs, le texte de la chanson colle assez bien au livre: "L'homme qui sort de l'arbre" ne peut-il pas être le personnage central, bâtard gitan, qui vit un destin d'amant dans un livre dans lequel -pour le moins - "le cœur se soigne à la torture"? ... Bon, allez, disons que c'était pour écrire qu'on peut tout faire dire à un texte de Murat? Voici néanmoins quelques éléments interpelants sur le livre (wikipédia) :
la mort est obsédante. Loin d'être moralisateur, le récit s'achève néanmoins dans une atmosphère sereine, suggérant le triomphe de la paix et du Bien sur la vengeance et le Mal[1]. Romantisme chronique villageoise
elles s’inspirent de ces fameuses landes qu’elles connaissent si bien pour définir leur paysage imaginaire On retrouve notamment les falaises, les montagnes, les côtes rocheuses et effrayantes, les hautes herbes, les fougères et les bruyères. Mais également un temps orageux, souvent pluvieux. Les Hauts de Hurlevent dépeint une nature sauvage et dangereuse. Cette dangerosité relativement présente tient de l’isolement du lieu où se déroule le récit. Effectivement, ces landes sauvages, sans chemin, piègent ses personnages qui se retrouvent perdus dans cette large campagne, victime du temps et de la nuit qui tombe avant même qu’ils ne s’en rendent compte. Cette solitude perd les personnages, elle les rend fous et craintifs.
Destin d'amant: À cette nature gothique[9], s’ajoute un personnage romantique par excellence, jaloux, colérique, capable d’un grand amour mais qui détruit tout sur son passage. Il renferme une rage profonde en son être qui est aussi puissante que le vent qui souffle sur les landes du Yorkshire.
LE PETIT CLIN D'OEIL EN PLUS et fin de visite
- Pour celui qui s'est dit intéressé par le bouddhisme, on peut aussi contempler ce drôle d'objet dans l'expo :
- L'univers Tolkien, et du Hobbit, ne m'a pas inspiré et je pense à juste raison... La fantasy de Murat n'est pas dans cet imaginaire là.
- Je n'ai pas non plus photographié les cartes à propos de Thomas More, tant l'utopie politique, l'humaniste, qui se termine en dictature et prétend maîtriser la nature me parait très éloigné de l'inspiration de Murat qui préfère mettre en garde contre "le chant soviet". Par contre, la "carte des fées" (Anciente mappe of Fairyland), qui est "peuplée de créatures légendaires comme les centaures et les nymphes, ou de héros tels qu’Ulysse et Arthur aurait plu à celui qui gardait L'Illiade et L'Odyssée sur son bureau... Elle a été réalisée en 1919, "elle traduit un profond désir d’évasion et d’émerveillement de l’époque" après les années qui virent tomber des Jean-Louis Bergheaud au champ d'honneur.
je parcours les rues
du monde disparu
J'ai perdu la trace
Perdu le sentier
c'est la fin du parcours
On voudrait voir d'en haut
on voudrait partir sur le chemin
on espère la rectitude
entre ces deux points un jour
on cherche de lumineuses trajectoires
pour nos amours
Tourne au virage
Cent mètres à droite
Voilà la maison
Me suis-je perdu en chemin?
LE LIEN DES CHEMINS EN PLUS
Ah, voilà l'article idéal pour vous parler des musiciens qui arpentent à pied (en portant leurs instruments) les chemins (Jordanie, La Réunion) mais surtout les Alpes (jusqu'au Mont-Blanc, la Brèche de l'Olan...) depuis plus d'une décennie, et qui ont été largement copiés depuis... le tout en proposant un large choix de musique du monde (folk et jazz américain, italienne et d'Europe de l'est, et tzigane).
Je veux parler du projet "LA TOURNEE DES REFUGES" dont je vous ai déjà causé. J'essaye de les voir chaque année (depuis 2015). Cette année, vous pouvez aller à leur rencontre sur les chemins du Jura, Savoie et Haute-Savoie cet été et c'est la garantie d'un beau voyage!
J'ai assisté à leur concert de sortie de résidence à Grenoble la semaine dernière, et notre peter pan, lutin souriant dauphinois Gaspard Panfiloff nous a comme toujours enthousiasmé de sa dextérité à la guitare et à la balalaïka, accompagné du talentueux violoniste et d'un contrebassiste (oui, il sait: il aurait mieux fait de faire du triangle, notez que c'est l'instrument où le personnel est le moins assidu année après année).
La troupe au gré des dates verra arriver d'autres musiciens: un grand percussionniste égyptien les accompagnera cette année ainsi que sur d'autres, l'un des plus réputés joueurs de cymbalum roumain (petit exploit pour imaginer un instrument transportable). J'envisage d'être de randonner sur leur trace autour de la mi-juillet. Cet été, en montagne, alerte aux patous et aux musiciens (- pour penser à Reinhard Mey-)
Et vu le nombre de like et de repartage, la publication sur les réseaux de Rock And Folk:
Pour ne pas faire trop long, je garde d'autres chroniques déjà parues pour un prochain article, mais voici une petite sélection:
- Le journal L'Equipe est encore au rendez-vous pour parler de Jean-Louis Murat:
Cycle Jean-Louis Murat
Sa mort en mai 2023 nous avait abasourdis. Un poète disparaissait. Jean-Louis Murat nous revient par la grâce d'un album posthume nommé Tour de France 2022 , soit quatorze chansons enregistrées en live lors de son ultime tournée, une cinquantaine de dates dans tout le pays. L'allusion à la Grande Boucle était un choix conscient de l'Auvergnat, accro de vélo, pratiquant ardent et érudit. « Le Tour, c'était son moment de bonheur ! » , dit Marie Audigier, sa manager historique. Hors de question de planifier un enregistrement ou des concerts en juillet, le chanteur du Col de la Croix-Morand suivait la course devant la télé, sans le son, cartes et encyclopédies à portée de main. Et se déplaçait avec entrain si le peloton passait dans ses parages vallonnés. Il racontait que le Tour de France « dévoile une part très intime de chacun de nous, une nostalgie d'enfance, une pulsion de voyage, nourrit une passion estivale qui dit beaucoup de l'étrangeté du Français ».
Pour Tour de France 2022 , Jean-Louis Murat avait sélectionné des titres captés à Aurillac, Paris, Beauvais, Cholet... À chaque fois dans une version revisitée du morceau original pour chasser la lassitude et bousculer le fan, dans une veine très Neil Young. S'y mêlent des chansons récentes et des classiques tel l'envoûtant Taormina. Plus un inédit, Hello you. C. L.
- La chronique en forme de Best of musical de B. DICALE:
Ces chansons qui font l'actu Bertrand Dicale Le samedi à 18h23, 20h53 et 23h55, le dimanche à 17h23, 19h23, 21h23 et 23h23
L'album "Tour de France 2022", enregistré en public, vient de sortir. L'occasion de revenir sur une trajectoire d'artiste d'une opiniâtre liberté.
Nous sommes en 2022, quelque part en France, à un concert de Jean-Louis Murat. Avec lui, son très fidèle pianiste Denis Clavaizolle, le fils de celui-ci, Yann Clavaizolle à la batterie et Fred Jimenez à la basse. "Marylin et Marianne" est une chanson de l’album La Vraie de vie de Buck John, paru l’année précédente, qu’il emmène en tournée.
Ces concerts forment la matière de l’album Tour de France 2022, album live et posthume qui vient de sortir – son sixième album live pour une trentaine d’albums en une quarantaine d’années avant sa mort soudaine le 25 mai 2023.
- Et on peut retrouver une belle et Longue interview de Frank LORIOU chez Froggy par l'ami Sy!
C’est de là que vient l’idée du livre, avec l’envie d’en parler ?
Frank Loriou : Ce n’est pas que j'avais envie d'en parler, j’ai vu une peine immense que la disparition de Jean-Louis Murat a causée évidemment chez moi, mais aussi chez tous ceux qui l'aimaient et qui l'écoutaient, un vrai choc. Et je me suis dit : mes disques durs sont pleins d'images que personne n'a jamais vues et ne verra jamais. Et je trouvais ça injuste d'être le seul à les avoir. Et puis il y a beaucoup de gens qui sont venus vers moi pour acheter des tirages photos, mais tout le monde n'avait pas les moyens d'acheter des tirages photos, ça coûte cher un tirage d'art.
C'était aussi une manière de partager avec tous, qu’il n’y ait pas un élitisme, qu’il y ait une forme de justice et que quels que soient les moyens qu'on a, on peut retrouver un livre accessible, c'est cher 38 € mais ce n’est pas très cher pour 200 pages couleurs.
Il n’y a pas ton nom sur la couverture, pourquoi ?
Frank Loriou : C’est volontaire évidemment, c'est pour ça que j'étais gêné par ta remarque tout à l'heure où tu disais que je parle de moi parce que justement, je veux parler surtout de Jean-Louis quand même et donc c'est venu extrêmement naturellement, ce n’était pas important pour moi d'avoir mon nom sur la couverture, pas du tout.
Cependant, c'était important et beaucoup plus beau parce que je ne voulais pas rivaliser avec lui. En fait, je suis surpris parce que dans les articles de presse, je vois ma photo en grand et je suis très surpris de ça et même parfois un peu gêné parce que j'ai envie qu'on voit du Jean-Louis Murat en grand partout.
Au départ, je voulais faire ce que j'appelle un hommage silencieux. Je voulais faire un livre avec que des images, pas de texte du tout et on aurait ouvert et ça aurait été un long silence et juste des photos de Jean-Louis Murat qui défilaient comme elles sont organisées dans le livre.
Puis je me suis dit que c'était dommage de ne pas partager aussi toutes les petites choses qu'on avait vécues et qui pour moi étaient quand même une forme de normalité. C'est parce que je travaille avec beaucoup d'artistes, donc c’est un peu notre quotidien, c'est un peu les cuisines et donc je me suis dit que tout ça c'était aussi très précieux pour moi et pour les gens.
J'avais aussi envie de raconter le Jean-Louis Murat que j'ai connu vraiment et donc j'ai écrit ce texte et c'est devenu un livre moins silencieux. C'est la première fois que je publie un texte que j’ai écrit, j'ai gardé la structure initiale mais avec une part où je raconte et une autre part avec les photos. Je n’aime pas les photos avec des légendes, il y a des légendes qui enlèvent la poésie d'une image et puis la photo est belle et le gars a mis un titre complètement absurde, ça casse tout.
et ailleurs:
Frank Loriou : Les chansons de Jean-Louis, ce sont un peu des nouvelles, un disque, un recueil de nouvelles. Il y a une chanson, c'est "Robinson" sur Tobogan, il dit : apprends à t'orienter de jour, apprends à t'orienter de nuit. C'est un morceau qui me bouleverse.
Je n’en ai jamais parlé à personne, peut-être que personne ne l’a remarqué ce morceau, ou peut-être que plein de gens se disent : moi aussi ça me bouleverse. Il y a plein de petits trésors. C’est pour ça qu’une écoute d'un album de Jean-Louis, ce n’est pas une musique d'ambiance. Chaque morceau est un petit univers avec un langage, des personnages, des codes, des mystères.
Je pense que tous ces gens qui sont venus vers moi avec émotion, c'est parce qu’ils ont trouvé dans des petites chansons des trésors qui leur ont parlé de leur vie et tout cette part d'universel, c'est ça aussi Murat.
Aujourd'hui, il nous manque, mais ses albums nous manquent aussi. On avait l'habitude d'avoir tous les ans un album qui arrivait et aujourd'hui on ne l'a plus. On est orphelin de sa musique, de ses chansons et de ce qu'il nous disait dans ses chansons et de ses mots. Il y avait cette générosité. Quand on dit parfois qu’il gérait son image, mais il ne gérait rien du tout. Non, il vivait aussi au jour le jour, il aimait créer et justement il ne calculait pas. Quand on démarrait, on ne savait pas ce qu'on allait faire, on n’était pas en train de penser une stratégie. Il était libre et il est resté libre jusqu'au bout.
- Et on termine par un article de BENZINE sur le livre de Cédric Barré:
Je vous invite bien-sûr à le lire avec facilité in situ :
[Essai] « French Lynx – Murat de A à Z » de Cédric Barré : Murat is Alive (suite)
25 mai 2026 Jérôme Barbarossa 7
Benzine honore la mémoire de Jean-Louis Murat, disparu il y a 3 ans. Zoom sur l’abécédaire ludique de Cédric Barré, sorte de portrait chinois de « l’Animal »…
Trois ans après sa disparition, le bluesman auvergnat est célébré de diverses façons, notamment par la sortie très récente de French Lynx – Murat de A à Z, ouvrage de Cédric Barré, directeur des affaires culturelles de la ville de Laon, musicien lui-même et spécialiste de JLM (et entre autres rédacteur à Magic ! R.P.M. et Mowno). Un deuxième livre en deux ans sur le « Bougnat » après son étude approfondie du Moujik et sa femme.
Une nouvelle réussite, dans le genre plus ludique de l’abécédaire, qui propose une biographie déguisée, oblique, par le prisme de thèmes fondateurs, sujets de prédilection ou détestation, anecdotes et collaborations marquantes de l’individu et de l’artiste complexes Murat. Un clin d’œil pertinent quand on sait que le Larousse fut longtemps le livre de chevet de Murat, sa découverte à l’âge de 9 ans lui ayant ouvert un monde insoupçonné. « Ce livre n’est ni un continuum journalistique, ni une thèse appliquée. Il s’agit d’un abécédaire, non exhaustif mais de cœur. En grande partie, ce que j’aurais voulu savoir sur Jean-Louis Murat sans oser le lui demander. Cédric Barré est sans aucun doute un des gardiens précieux de la flamme muratienne » explique Florent Marchet, autre gardien précieux du temple, dans la belle et longue préface de l’ouvrage.
French Lynx est ainsi une occasion d’explorer ou d’approfondir sa connaissance du territoire muratien, d’une traite ou en papillonnant selon les envies au long de la centaine d’entrées, de « Animal » à « Zimmerman ». On y sourit, on s’émeut, on retrouve des envolées ou des énervements, en découvre d’autres. Au menu, entre autres, Camille, Leonard Cohen, Denis Clavaizolle, Clara, ses passions du vélo et du football, Tony Joe White, Neil Young inévitablement, Bayon et Bernard Lenoir, le Groënland, Ferré et Farmer, l’Auvergne et le cinéma, les femmes de sa vie, Marie Audigier et Laure Desbruères, et plus généralement son rapport aux femmes, à l’érotisme et sexe, si présent dans ses textes… Et on y parle aussi, bien sûr, de live, et du rapport complexe évolutif à la scène depuis ses débuts contrariés en première partie de CharlElie Couture. Un éclairage pertinent au moment où est enfin publié le live de sa dernière tournée, Tour de France 2022.
Cédric Barré rappelle cette déclaration de 1996 à Mofo : « Le public, c’est un gros fainéant, super-décevant. Moi, quand j’assiste à un concert, je déteste qu’on me refasse le disque. J’adore aller voir des nouveaux groupes que je ne connais pas. Le public, il paie 150 balles et il veut entendre l’album. J’ai jamais compris pourquoi il me faisait la tronche parce que je chantais des inédits ou des versions différentes de chansons qu’il connaissait déjà ! » Mais, de fait, après de premières expériences difficiles, « le Brenoï » y prend goût, prenant un soin parfois maniaque à préparer certaines tournées, et des enregistrements parfois associés. Avec un art du contre-pied consommé. Le meilleur exemple en reste la tournée de Mustango, album si organique, enregistré à Tucson avec les musiciens de Calexico et d’Elysian Fields, qui aura une déclinaison électronique sur scène ! Murat avait dû composer avec l’absence des musiciens ayant enregistré l’album, et décidé de proposer une expérience totalement différente à son public. Un choix risqué, clivant, restant toutefois raccord avec ses débuts plus marqués par les machines (déjà gérées par Clavaizolle, sorcier clermontois du son). Une expérience qui m’avait personnellement déstabilisé lors d’une soirée au Trianon que je ne suis pas près d’oublier, et dont je comprends mieux désormais la richesse ludique, mais aussi tout le travail artistique à l’œuvre, que l’on peut entendre sur le live alors publié (Muragostang). Trente ans après, le verdict de l’histoire donne raison à l’Auvergnat : Mustango, reste un album de chevet et le chef d’œuvre de cette discographie — dont Florent Marchet, qui le souligne dans la préface — et Muragostang est un OVNI génial, inclassable, un autre album très réussi à part entière.
Résultat des courses, ce constat résumé dans une citation connue de JLM dans la Libre Belgique, rappelée par Cédric Barré : « Ouais, j’suis devenu accro. Moi qui passais mon temps à dire : ‘la scène c’est de la merde, j’veux pas en faire’. Quel con ! Non, mais les années passant, je trouve que ce qu’il y a de mieux dans mon job c’est la scène. Chaque fois que je compose une chanson je pense tout de suite au concert. J’adore être sur scène, capter l’attention des gens. C’est une vraie révélation pour moi ». Pas au point d’être totalement vacciné, puisqu’il écourtera par exemple la tournée du Moujik et sa femme, ne se sentant pas bien avec son groupe, et mettra un certain temps à trouver sa formule idéale, souvent en power trio avec Stéphane Reynaud et Fred Jimenez, comme le rappelle Barré. Ce parcours de labeur, fait de de virages, nids-de poule et travaux sur la nationale du « live », pour préparer l’épreuve de la réception en direct de son œuvre par son public est en tout cas une raison de plus pour écouter ce Tour de France 2022 aujourd’hui édité.
LE LIEN EN PLUS
Le camarade Gregoire Bouillier a sorti un livre sur Arsène Lupin, et son podcast avec Radio France dans lequel François Morel rend honneur au style et à la fantaisie de l'auteur de son texte. Grégoire a réussi à placer le nom de Murat rapidement dans le livre! : "Le primesaut est ce qui s'oppose au cafard qui, comme le chante Jean-Louis Murat, fait un carnage chez les colibris"... (pp 196-197).
On peut aller le rencontrer à Périgueux et même casser la croûte!
La promo de Photorama de Frank Loriou a continué de se faire avec succès, ce qui permet de faire parler de Jean-Louis Murat. Voici les 6 derniers principaux épisodes :
J'en profite pour un autre rappel: Le Voyage de Noz fête ses 40 ans (si!) au Radiant à Caluire le 4/12 et incroyable, il reste des places! (c'est bien dommage de ne pas avoir fait ça un week-end!). article et billets
a) A l'occasion de la soirée aux Vinzelles, JC Virlogeux de Radio Totem, après son interview de Frank déjà diffusée, a interrogé JP Nataf. Une très belle interview qui évoque la relation avec Jean-Louis mais dresse un très joli portrait d'un musicien infiniment sympathique.
Vraiment très chouette interview, et je suis content qu'elle soit enfin réalisée! J'avais décroché son email à Annecy en 2011 pour une inter-ViOUS ET MURAT, j'avais traîné, perdu le mail...
Lui et Jean-Louis n'avaient pas une relation intime et suivie, mais on apprend quand même des jolies choses sur ce qu'on peut quand même qualifier d'amitié. Une relation fluide, des invitations à chaque concert parisien, et Jean-Louis qui envoie une énorme peluche de poule pour la naissance du premier fils de JP (qui aura toujours appelé l'objet "la poule de Murat"). JP indique que c'est via Marie Audigier qu'il rencontrait facilement sur Paris qu'il avait des contacts. Sans surprise, il parle de la richesse des moments passés avec Jean-Louis Murat. Par rapport au succès, il explique que le vivre en groupe est sans doute très différent que de le faire en solo... mais que cela leur a permis de faire "post partum", leur "pet sound", radical à leur façon et leur 4e "real word", plus austère, qui lui ne rencontrera pas de succès. La différence avec Jean-Louis a été que leur réussite a été rapide, voire "violente" (selon le terme de JP), même si le succès n'a jamais eu de conséquences négatives sur leur vie (il faut rappeler ce que c'était les Innocents à l'époque: deux Victoires consécutives). JP indique qu'il n'a pas du tout le même besoin que Murat d'écrire et qu'il peut passer 3 ans sans écrire (hélas pour nous) mais que la musique est "toute aussi importante pour lui", il se dit "musicien", d'où le fait qu'on le trouve de tant et tant de projets (prochainement, participant dans While my guitar gently weeps, avec beaucoup de camarades talentueux dont il parle en fin d'interview), et toujours sur la route. Il se dit simplement heureux et privilégié de pouvoir vivre de sa passion, même si c'est en jouant dans des petits endroits, faire des ateliers en prison... quitte à annuler Drucker! Le reste de ses propos le rend tout aussi sympathique... même si finalement, on aimerait qu'il puisse avoir un peu plus d'égo afin qu'il écrive de nouvelles chansons.
Il est rapidement évoqué le concert de Noirmoutier de Jean-Louis en août 2007. Ce jour-là, JL lui a donné ses deux recettes de cocktail (je pense le Gaspard et la Justine, sous réserve: l'un redbull/bourbon, l'autre pastis/Gentiane). JP Nataf a évoqué cette date dans la pochette de Clair, puis a parlé d'un des breuvages (en le buvant) en concert.
JP Nataf a deux albums : "Clair" et "plus de sucre" à écouter absolument, et je recommande aussi la bande originale de je me suis fait tout petit. + rappel de ma captation d'un de ses concerts, un moment absolument unique pour moi (et c'était dans une cave, et pas une arena).
b) L'ARGENTique de LORiou
On commence par rappeler la soirée parisienne avec F. LO, à la Librairie de Paris mercredi 26/11 à partir de 19h, mais un autre rendez-vous en province a lieu:
13/12 LANNION (22) Médiathèque
Conférence / rencontre "La création de pochettes d’albums à l'ère digitale"
Présentation et signature du livre "Jean-Louis Murat Photorama", en collaboration avec la Librairie Gwalarn
et ça nous vaut cette belle page dans le Trégor:
Toutes les DATES :
26/11 PARIS - LIBRAIRIE DE PARIS - Place de Clichy (19H)
Dédicace livre & Rencontre - Avec la participation musicale de FRÉDÉRIC LO
30/11 REIMS - FESTIVAL CHARABIA - Théâtre du Manège (14H)
Dédicace livre & Rencontre « La photo est-elle une écriture comme une autre ? » avec Christophe Crénel animée par Olivier Bas
16/01 BAYONNE - MÉDIATHÈQUE
Dédicace livre & Conférence « La création de pochettes d’albums à l’ère digitale »
Exposition « Face à Face, portraits des musiques actuelles » du 24 octobre au 24 janvier 2026
31/01 HYÈRES LES PALMIERS - MÉDIATHÈQUE
Exposition « Face à Face, portraits de la musique actuelle » du 31 janvier au 14 février 2026
et ce n'est pas fini en 2026...
c) Autre interview dans BENZINE : (ils avaient déjà fait un article en octobre)
Benzine : Dans votre ouvrage, vous racontez fort bien votre première rencontre avec un brin d’appréhension. Murat avait en effet sa réputation. Comment gagnait-on sa confiance ? Y a-t-il eu un moment décisif qui fit basculer ensuite votre relation vers un véritable compagnonnage ?
Frank : Un gâteau au chocolat. Mais l’histoire avait commencé avant. On a travaillé ensemble sur Mustango à la fin des années 1990, puis il y eut une interruption de plusieurs années. Quand Jean-Louis Murat a appris que j’étais devenu photographe, il m’a « convoqué » en Auvergne pour faire des images, et une nouvelle aventure a commencé. C’est lui qui m’a choisi plutôt que l’inverse. Mais le moment décisif, c’est un jour où je suis passé le voir avec mes enfants peu de temps après, et qu’une vraie complicité est née autour d’un gâteau au chocolat dans le jardin, pendant que ses enfants jouaient avec les miens.
Benzine : Votre livre fait bien évidemment la part belle à l’Auvergne et à l’enracinement de Murat, très profond et si terrien, qui traverse son œuvre également. Deux paysages magnifiques encadrent d’ailleurs votre texte. Quel rapport avait-il avec son territoire ?
Frank : Il a écrit et chanté Accueille moi paysage, tout est dit ! Il faisait corps avec l’Auvergne. Il skiait, courait dans les bois, connaissait le nom des plantes, des animaux, des églises, des rochers. Il y en a plein ses chansons. Quand il marchait dans sa campagne, il remettait en place les piquets des clôtures, l’air de rien. On a fait la majeure partie des images à quelques mètres de sa maison, dans ce pays qui lui ressemble. Jusqu’au climat, qui va des plus grandes froideurs au soleil le plus ardent.
Benzine : Vous écrivez à un moment le regret de ne pas avoir évoqué vos origines avec Murat. Vous partagez en effet avec lui le fait d’être un autodidacte, “un chien dans un jeu de quilles”, une sorte d’outsider. Vous pouvez nous en dire davantage ?
Frank : Au moment où on travaillait sur Mustango, je pensais n’avoir pas su lui dire combien son œuvre me touchait, et comme j’aimais son tempérament exigeant, radical, insoumis, poétique, curieux. En fait il l’avait compris, puisqu’il m’a rappelé des années plus tard. Comme moi, il se sentait étranger au microcosme parisien de la musique, qui pourtant lui faisait la cour, et dont il se protégeait. J’ai quitté l’école à 17 ans, lui aussi. J’ai grandi dans un petit village breton, loin des villes, comme lui au milieu des montagnes. On n’était pas forcément invités au banquet au départ, lui et moi. Je me sentais bien décalé quand je suis arrivé à Paris, mais j’étais aussi bien ancré, j’avais déjà vécu plusieurs vies, côtoyé tous les milieux. J’avais travaillé dix ans dans dans l’imprimerie. Ça lui parlait. On avait la même approche de la création artistique, très intuitive, presque animale. On allait à l’essentiel. la suite ici
Il est notamment indiqué "Il aurait pu écrire pour beaucoup d’artistes, mais parfois, pour un seul mot qu’on lui demandait de changer dans le morceau, et il refusait". J'avais déjà dû le glisser: cela a été le cas je pense pour Calogero. Murat en parlait dans Télérama en 2014.
d) Frank et Murat sont aussi dans la belle revue PERSONA automne 2025, que l'on peut se procurer ici (avec aussi les muratiens Belin et Carlotti au programme, et Claude Gassian qui l'a photographié). On trouve ce partage sur les réseaux sociaux:
e) Tout ceci permet une diffusion de Sentiment nouveau sur RFI où était invité Charles Pépin qui signe la préface de Photorama. C'était le choix musical de Charles. A 37 minutes. Charles Pépin parle ensuite du morceau, et du franc-parler du chanteur qu'il aimait (c'est ce dont il parle dans sa préface).
Au passage, même si je ne suis pas vigilant à tout ce qui se passe autour de REGRETS, le duo avec Mylène Farmer (j'ai jamais cherché à compléter la collection de ce côté là), indiquons que le titre figure sur une compilation. Best of 86/97. Articles à lire sur weculte ou gonzomusic
LA MUSIQUE EN PLUS
J'ai découvert François Puyalto quand j'étais venu voir Nicolas Paugam à A THOU BOUT DE CHANT à Lyon en 2014. Ils ont tous les deux une actualité. Je les réunis donc à nouveau.
Quant à Paugam, son nouvel album est un disque de reprises de Brassens. L'assassinat sort le 28/11. Celui qui avait repris le Reason why sur Aura aime Murat tropicalise Brassens, avec des chansons qui ne sont pas dans le Best of du chanteur sétois à quelques exceptions près. J'ai juste survolé le disque pour l'instant. Pop news
C'est étrange, non?, que les anglais utilisent le terme COVER pour REPRISE. Une reprise (pas terrible non plus ce nom), ce n'est pas un couverture, un couvercle, une protection. C'est tout le contraire, une ouverture, une découverte, un risque... Faire re-vivre une chanson et pas l'étouffer, comme les troubadours, les mères puis les enfants de leurs enfants, transmettaient les ritournelles et les chansons aux générations futures.
J'ai fait une recherche rapide, et il se trouve que le terme Cover dans le cadre du commerce musical peut effectivement s'assimiler à une couvercle, on y trouvera donc peut-être l'origine de cette appellation: " Titre à succès que les compagnies de disques font enregistrer à l’un de leurs poulains dans le but de concurrencer la version originale.Les covers subissent souvent la censure par remodelage de paroles jugées trop dérangeantes ou obscènes : c’est le cas, entre de nombreux autres, de Shake, Rattle and Roll de Big Joe Turner qui sera un tube national dans la reprise propre et aseptisée qu’en donnera Bill Haley quelques mois plus tard". On est dans ce cas-là, loin de mon idéalisme... mais on se rappellerait sans doute moins de Big Joe Turner sans Bill Haley (à ce sujet, je vous avais déjà conseillé le documentaire sur la chanson alléluia de Cohen).
Pour les plus courageux, la citation ci-dessus vient d'un article savant mais très intéressant Christophe Kihm, « Typologie de la reprise », Volume !, 7 : 1 | 2010, disponible ici.
Et donc, où est-ce que je veux en venir, c'est à quel sujet?, dans quel état j'erre?
Euh, alors, oui, le point de départ du jour, c'était l'interview de Pierre Andrieu, auteur du livre "les jours du jaguar" (édition le boulon) sur Radio Grand Brives par Guillaume Lebouis, mon Meymacois (comme la chanson de Piaf) préféré.
Un moment agréable entre deux grands admirateurs de l’œuvre de JLM:
PS: On retrouve ce soir Guillaume à Tulles et demain (7/11) à Périgueux avec son groupe City of exiles (avec Sébastien Miel -la famille Tellier- et Matthieu Pigné - autre muratien, le batteur écrivain, dont je me suis enfin procuré le polar qui vient de sortir en poche).
Cette actualité était donc l'occasion de publier le passage de Pierre Andrieu lors du Week-end Murat, yes sir 2025! Il a été invité pour l'accompagner par Alexandra Issartel du groupe Shezlöng. Le groupe sera au Lieu-Dit (Clermont-Ferrand) avec les excellents Montanita (on en a parlé plusieurs fois) samedi 8/11 à partir de 19 heures. Montanita également aux Vinzelles le 21/11.
Ils ont clôturé la très longue soirée tribute, et c'était presque le milieu de la nuit lors de leur passage, ce qui explique l'assistance qui s'était clairsemée. C'était l'évidence qu'ils terminent la soirée... car ils avaient choisi de jouer "les jours du jaguar", qui a rythmé la fin de tant de concerts de Jean-Louis... Et on commence là-dessus... J'adore vraiment le début, la guimbarde, le sifflement et le feulement félin d'Alexandra. Et ces vidéos bénéficient toujours du son sorti de la console de Théophane Bertuit (studio polyphone).
Ils avaient commencé leur prestation par Jim,j'ai fréquenté la beauté... et vu que le public en réclamait encore, "foule romaine" en rappel... toujours en version "électrique brut", avec la stratocaster de Pierre Andrieu (qui n'a pas le vécu scénique des autres participants, et a dû vivre cette longue soirée avec le trac).
2) D'une cover à une autre... Le camarade Nesles que l'on avait interviewé lors d'un précédent album a livré sur instagram une reprise de "Foule romaine". Je me suis permis de la capter pour youtube. Il voulait saluer ainsi le livre de Frank Loriou, Photorama.
Le dernier disque de Nesles vient de sortir, il s'appelle Barocco. Il sera en concert à l'Archipel le jeudi 21/11. Florence nous avait livré un compte-rendu élogieux d'un concert parisien en janvier 2024 alors ne le ratez pas!
3) Milla et Marc Aymon nos invités suisses du week-end Murat ont rejoué ensemble en Suisse... et Murat était au programme... Je vous laisse découvrir l'endroit de leur prestation.... Le lac souterrain de Saint-Gontard!
4) Petit rappel : Matt Low et son Douharesse en tournée.... ça sera toujours d'actualité en 2026 (vous pouvez le contacter pour des concerts à domicile).
En attendant encore deux dates: en Belgique (16/11 : L'Ancienne Fée Verte, Anlier (Belgique ) et le 15 dans la Nièvre, avec Alain Bonnefont!
LA MUSIQUE ORIGINALE EN PLUS
Puisqu'on en est à parler du Week-end Murat, saluons l'actualité d'Adèle Coyo et des Belfour présents en 2023.
Et Belfour, le duo qui a clôturé le premier week-end Murat, sort une nouvelle chanson. Super démarrage pour le clip qui a déjà dépassé les 14 000 vues... et le paysage auvergnat est convoqué:
Cette chanson, c’est l’enfance dévoré à pleine dents, le bonheur de courir à l’air libre, de dépasser les frontières. Nos frontières à nous, c’était la chaine des Puys. Nous étions à la fois attirés mais effrayés par ces volcans qui pouvaient se réveiller à tout moment.
Et puis, ça nous tenait à cœur que Mémé/Janine participe à notre clip. Depuis longtemps, on répète dans la cabane au fond de son jardin à Olby, petit village Auvergnat au pied du Puy de Dôme. Mémé elle nous appelle souvent le midi pour venir manger comme si on avait 10 ans. Grâce à elle, on reste un peu des grands gamins jouant au fond de son jardin.
1) Après Didier Varrod, Olivier Adam, on termine cette série d'articles "Bibliographie" avec une autre pointure... Laurence Boccoloni et son livre Showtime, souvenirs du chaos chez KERO.
On avait déjà croisé Laurence Boccoloni ici car ses souvenirs avec Jean-Louis Murat avaient déjà suscité des articles dans la presse people et tv... On savait à l'époque qu'elle devait en parler à nouveau dans son prochain livre. Celui-ci est sorti en mars 2025. Antonin me l'a rappelé et je me le suis donc procuré... On n'en apprend pas beaucoup plus, mais c'est néanmoins sympathique et agréable d'avoir une telle description de Jean-Louis Murat qui passe même à l'improviste saluer Bernard Lenoir et Laurence.
Je ne me suis pas attardé sur le reste du livre mais les quelques pages sur la musique sont amusantes (rencontre avec Jim Kerr et le grand classique du livre de souvenirs rock : la rencontre avec Lou Reed, un vrai minotaure journalistique - note pour plus tard: idée d'article Combats de Minotaure: L. Reed/ Murat, le pire souvenir des journalistes? Mais Lou Reed l'emporterait haut la main! ). Le récit d'un voyage pleins de péripéties à Los Angeles pour la radio est assez tordant... dont l'anecdote suivante: Laurence doit interviewer Jimmy Page, ils l'attendent dans un hôtel avec pas mal de gens, elle parle mal anglais et indisposée par le bruit et les fumées de ganja, passe une heure avec un gars qu'elle pense être du management de Jimmy Page... et finalement fuit... Quand elle fait part à son accompagnatrice de sa déception de ne pas avoir pu voir Jimmy, celle-ci lui dit: "mais tu as discuté avec lui pendant une heure!!?"... Elle ne l'avait pas reconnu. Il semble que son seul souvenir est qu'il lui a parlé de l'artiste français qu'il aime bien: Gainsbourg. Le jour suivant, elle se fait draguer par Robert Palmer...
2) On passe à un gros rattrapage sur la promo de PHOTORAMA de Frank Loriou mais d'abord, une annonce :
Une nouvelle rencontre aura lieu à PARIS pleine de douceur, moelleuse, puisque ça sera une rencontre LO - LO ou FLo-FLo... F. LOriou et F. LO. Le 26 novembre, 19h à la Librairie de Paris, place clichy.
Presse:
Et plus conséquent, dans ROCK AND FOLK, par F. Basterra:
Ici, l'OLIVIER est un marronnier du blog (j'ai déjà dû la faire celle-ci), je parle de l'Olivier ADAM. Le dernier épisode était en 2023 mais vous en retrouverez quelques autres dans cet article. qui portait sur Tout peut s'oublier, livre que j'avais apprécié et chroniqué. Murat y apparaissait en épigraphe... Chanson de la ville silencieuse est aussi recommandé (tiens, la mort de JL justifierait peut-être une relecture "muratienne" après celle que j'avais faite en 2018. A l'époque, la sortie de Travaux sur la N89 rentrait déjà en résonance avec l'ouvrage nous avait dit Olivier).
Encore une fois, aucune de mes alertes médias ne m'avait orienté vers le nouveau livre Et toute la vie devant nous sorti en août (encore un signe du peu d'intérêt porté à Murat en dehors du cercle habituel?), mais il y est bien souvent question de musique, et de Murat dans ses pages. Merci à Laure Desbruères de nous en avoir glissé un mot l'autre soir. Olivier Adam sera aux Vinzelles le 14/11 (réservation ici).
Bon, le fait est que je devrais m'intéresser à tous les livres d'Olivier Adam tant l’œuvre de Jean-Louis Murat fait partie de son paysage, décor, de son intimité (même celle de son couple avait-il dit), et qu'elle est finalement peut-être toujours présente... Rappelons que Grégoire Bouillier nous avait appris que c'est suite à une discussion avec lui que l'hommage à Jean-Louis à la Maison de la poésie a vu le jour.
Si Murat est convoqué cette fois, c'est que le livre est l'histoire de trois amis sur 40/50 ans de leur vie, et qu'il sera question énormément de leur rapport à l'art, à la pratique artistique. Murat sera présent dans la construction de Paul, double d'Olivier Adam déjà présent dans plusieurs ouvrages. Celui-ci devient donc romancier, l'autre garçon se consacre à la peinture pendant un certain temps avant de disparaître (oui, on est bien dans un livre d'Olivier Adam, sans parler de la Bretagne). L'héroïne, elle, aurait pu être actrice ou chanteuse, mais s'oriente vers le social. Le récit dans cet aspect-là m'a un peu interrogé, tant j'imagine plutôt les artistes porteurs du feu sacré, qui ont une intime conviction de ce qu'ils doivent faire, qui sont les "monstres" dont je parlais en fin du précédent article. Ici, place aux doutes, aux hasards, aux rencontres... et c'est sans doute assez juste. On peut trouver des exemples facilement de personnes devenues écrivains sur le tard je pense.
Le côté monstrueux de l'artiste (cette appellation m'est peut-être propre) est néanmoins présent dans la façon dont le personnage écrivain va piocher son inspiration dans la vie de ses amis. Comme dans Les lisières, les parents vont refuser de lire les livres qui dévoilent trop de leur intimité et de leurs erreurs et les amis se déchirer par moment. Je ne l'avais pas pris comme tel, mais un passage du livre pourrait mettre mal à l'aise les muratiens. Acte de brigandage littéraire cette fois d'Olivier Adam lui-même : les circonstances du décès de Jean-Louis Bergheaud sont clairement reprises pour décrire la mort d'un des parents des personnages (On reste malgré tout assez loin du côté sordide de l'affaire Desplechin/Denicourt dans le livre et l'inspiration d'O. Adam).
Olivier a accepté de me répondre à ce sujet:
-L' allusion au décès apparaît clairement dans votre livre. Était-ce une façon de faire écho au propos du livre sur les emprunts du romancier à la vie réelle? (et comme dans le livre, ça peut être choquant, ma coéquipière sur le blog m'a fait ce retour)
- Disons qu’il s’agit d’une illustration parmi d’autres de ma façon de procéder. Et de ma foi en l’impureté chimique du roman. Se superposent dans ce passage plusieurs « fantômes ». Comme toujours je tords, mélange, recompose. Et évidemment, tout vient de quelque part. J’ai bien sûr pensé au décès de Murat pour cette scène. Comme il est pas mal cité par ailleurs, il y a un système d’échos qui traverse le récit. Que certains entendent (ceux qui savent savent) et d’autres non. Mes livres jouent sur plusieurs niveaux. Ils sont très codés, cryptés, sous l’apparence de l’évidence et de la fluidité. Du côté des chanteurs, il y a des invariants, un clin d’œil caché (au delà de la citation de son nom) à Dominique A. Bien sûr Murat. Daho d’une manière ou d’une autre (par exemple dans Chanson de la ville silencieuse, où je prête à mon personnage certains épisodes tirés de sa vie). (Je sais par ailleurs que Murat n’aimait pas Daho et ça m’amuse d’autant plus de les faire cohabiter). Pour la scène en question, effectivement, Murat est en filigrane, mais mélangé à deux autres personnes « tirées » de ma vie… la mère d’un amie très proche. Et un ami de mes parents(cycliste patenté) décédé dans des circonstances assez similaires, qui m’avaient beaucoup marquées adolescent. Dans ce livre, il y a des éléments très recomposés et réinventés. Et d’autres quasi autobiographiques (si tant est que l’autobiographie existe, ce que je ne crois pas.). L’épisode du faux producteur par exemple (même si « dans la vraie vie » le « groupe » était composé de mon frère, de ma compagne et de moi-même), la soirée du Goncourt raté (même si je mélange deux finales « perdues » de ce prix), la fête du BDE de l’université etc etc. D’autres sont inspirés directement de la vie de proches que j’ai connus et connais pour certains encore (Sarah et le prof de théâtre, même si tout est inversé : dans la vraie vie c’était un coach sportif, alors que dans le bouquin c’est la version fictive de Paul…). Etc etc
Et dans ce joyeux mélange, il y a aussi tout ce que je tire d’autres œuvres ou que je vole à des gens que je ne connais pas directement.
À quoi s’ajoute quelques trucs que je crois inventés mais dont je m’aperçois en fait qu’ils viennent de quelque part et de quelque qu’un, mais j’ai juste oublié (il n’est pas rare que le quelqu’un en question me le rappelle…)
Et sûrement, mais ce n’est même pas sûr, quelque part, quelques lignes « purement » inventées. Voilà, en gros. Ah oui, un petit exemple de truc un peu codé que personne ou presque ne voit : Paul essaie de jouer le "basket Ball" de Sheller. Puis il se rabat sur "l’ange déchu". Sheller Murat. Bon. Ceux qui savent savent. Ceux qui voient voient. C’est presque une coquetterie. Mais en même temps c’est un passage de relais que j’ai vécu dans mon propre apprentissage. Sheller, puis Murat. Bien sûr j’ignorais à l’époque qu’ils étaient liés… Idem par exemple, dans dessous les roses pour la scène où le narrateur découvre que son père écoutait Dominique A. Écho direct à la chanson Manset de Dominique. Alors que dans la vraie vie, étrangement mon père écoutait Manset (ma mère détestait et c’est comme ça que moi je l’ai découvert). Bon, j’arrête là. Mais des trucs comme ça, ou j’emprunte à la fois à ma vie, à celle des autres, et aux artistes que j’admire, et même à leurs œuvres, il y en a presque à chaque page.
Merci Olivier !
Je n'avais pas tilté au clin d'oeil qu'il nous faisait en réunissant Sheller et Murat (mais la mention de Basket Ball est deux pages avant celle de Murat). NDLR: Sheller est un des "découvreurs" du chanteur, il est venu le voir en concert à la Bourboule et aidé le groupe Clara en les embauchant pour faire des jingles pour Europe1. Voici l'extrait :
Et voici l'extrait sur le décès:
Autre mention anecdotique :
Je retire mon œillère du blog muratien (ce n'est pas vraiment l'essentiel ici) pour dire quelques mots du livre.
Et toute la vie devant nous ne désarçonnera pas les fidèles lecteurs d'Olivier Adam car les thèmes chers à l'écrivain sont présents : la disparition comme on l'a indiqué, les gens de peu, les classes sociales, le romancier et son inspiration. La particularité de l'ouvrage sera peut-être à trouver dans le côté générationnel, la mienne. Les personnages ont l'âge d'Olivier Adam, un an ou deux de moins que moi, et c'est une plongée dans la musique, les événements politiques et sociaux que nous avons vécus (notamment les attentats, #metoo sur la fin). Cela m'a beaucoup évoqué le deuxième livre de Florent Marchet (sans surprise, on est dans la famille, avec Arnaud Cathrine) dans cette tentative clinique de plongée dans nos années collège, lycée. Cela passe beaucoup par le nom d'artistes ici alors que Marchet citait la télé, les produits du supermarché... On aura le droit d'y trouver du plaisir par moment, le plaisir de l'identification... ou du désintérêt puisque finalement, on a vécu tout ça, et certains préféreraient découvrir la vie d'un paysan du Cantal - ou d'un fermier du col de la croix saint-Robert -, voire d'un glouton du Kamtchatka... Ah, je n'ai pas placé mon adjectif préféré : séculier.
L'exercice de style du livre est de faire un récit, au passé, à deux voix qui s'adressent -littéralement- l'une à l'autre, un récit de 50 ans de vie et d'une amitié exceptionnelle, dans lesquelles deux drames particuliers interviennent, éléments plus romanesques que la sociologie "des lisières" qui sert également de fond (d'ailleurs, le personnage tient à retourner à la fin sur les lieux de son enfance). L'un permet à l'auteur de réagir à l'actualité, Le consentement de Vanessa Springora est évoqué par exemple. Les lecteurs découvriront donc comment les personnages se dépatouillent de tout ça. Personnellement, je me suis interrogé : comment une amitié aussi forte peut-elle être synonyme d'autant de non-dits à la fois face à des difficultés et aux sentiments ? C'est par l'art que deux des personnages s'exprimeront... mais est-ce suffisant dans leur cas ? Ces réflexions m’amènent à nouveau à Grégoire Bouillier*, et ce qu'il aurait fait lui de ces événements, Grégoire qui est aussi un "pilleur" (la fin de son dernier livre pouvait aussi être déplaisant à ce titre). La confrontation au réel, à soi, et à sa vie, est moins direct chez Olivier, mais il est romancier, et au fil de ses livres, il nous en aura dit tout autant sur lui.
*je le fais sans scrupule: Olivier fait référence au "Le syndrome de l'orangerie" dans le livre! "la référence aux nymphéas de Monet semblait explicite. Alex avait toute une théorie à leur sujet. Ces toiles étaient des tombeaux. Monet y cachait un cadavre".
PS: Photo d'illustration "et toute la vie devant nous- et Murat derrière" par Frank Courtès, devenu lui aussi.... écrivain de sa vie...
Avant-propos. Quand je parlais dans le compte-rendu de la soirée des Vinzelles de mon besoin d'anonymat, c'est que le blog fait l'objet de beaucoup d'attentions depuis quelques mois. Avec des bons côtés mais aussi par moments une certaine pression (latente essentiellement) sans parler de celle que mon caractère m'impose. Je suis donc dans l'obligation d'être très vigilant dans mon propos. C'est bien embêtant car je n'aime pas trop réfléchir... et mon penchant naturel est de m'épancher sur les histoires muratiennes dont j'ai connaissance... mais c'est impossible.
Ces derniers mois et jours, j'ai lu des remarques ou des critiques car je ne parlais pas de certaines choses, voire des injonctions (certains allant jusqu'à parler de déontologie!). Tout d'abord, ici, c'est un blog, amateur et non officiel. Je ne suis soumis à rien, si ce n'est à ma propre éthique, et je rappelle que je ne vends rien (j'achète... et c'est vraiment foutre son argent en l'air parfois). Même si j'ai revendiqué d'être "exhaustif" ("toute l'actualité"), je ne l'ai jamais été, notamment quand Didier Le Bras œuvrait. Il y avait une concurrence qui est restée assez saine et parfois stimulante sur certains sujets. Murat ne m'appartient pas*, et tout le monde en fait ce qu'il en veut. Plein de choses existent en ligne, et ma subjectivité intervient... (*Je rappelle que je refuse le titre de fan numéro 1 de Murat qu'on m'accole parfois... et encore moins leader d'une communauté et Stan - mot que je découvre dans le Varrod dont on va parler).
J'essaie en tout cas d'être le plus rigoureux et honnête possible ce qui ne va sans doutes. Par exemple, j'ai notamment été amené à m'interroger sur les interviews. Je m'en suis rendu compte par exemple à propos de celle d'Alain Artaud en 2011 qui commet une ou deux imprécisions. Ce n'était pas bien grave en 2011, du vivant des acteurs, mais maintenant, je m'interroge sur la publication de témoignages qui ne seraient pas recoupés et j'en ai quelques-uns à retranscrire. J'avais par exemple critiqué Sébastien Bataille et son interview d'Hebey qui n'était pas mise en perspective et soumise à un regard critique dans ce qui s'affiche comme une biographie journalistique.
Je réfléchis tout en vous écrivant... Je crois que le blog reste un outil à la disposition des biographes et auteurs et que c'est à eux de faire le tri, mais pour autant, je n'offrirai pas de tribune libre ici. En revanche, les commentaires sont ouverts. Le blog a été créé pour être un espace de liberté, la mienne mais aussi celle de tous. De fait, Marc Besse vient d'utiliser cette possibilité (avant-dernier article) en réponse à Denis Clavaizolle (sur mon mur facebook), intervention qui a suscité une réponse de Yann Bergheaud et de l'Institut JLM sur fb également. J'ai été l'étincelle sans doute parce que j'ai été le premier à mentionner le livre, le feu aurait pris sans doute quelques jours ou semaines après.
En tout cas, depuis des mois,je cherche des éléments, je me demande si je dois avoir un rôle, et depuis quelques jours, me tracasse de savoir si je dois traiter de la situation, pourquoi, comment et dans le contexte d'une forte affluence de visiteurs... et la réponse est non, même si mon traitement de l'actualité n'est pas transparent je pense. J'en reste donc à ce fait: il y a trois ayant-droits, ils doivent agir ensemble.
Je fais des chansons d'incertitude, je ne suis sûr de rien. Si on essaye de coller sur moi un carcan de certitudes, ça ne tient pas, ça déborde dans tous les sens. JLM
J'en reviens donc à mon vrai hobby... avec à nouveau de la bibliographie (et on en aura encore dans la semaine). Malheureusement, ce n'est pas l'occasion de retrouver tout-à-fait la bonne humeur.
Après Rock La France, 60 ans de guitares et d'électricité chez Marabout, dans lequel il était si peu question de Murat (sous prétexte qu'il aurait été réducteur de le mettre dans la case "rock" - c'est à lire ici), on attendait que Didier Varrod qui a co-dirigé cet ouvrage se rattrape. J'ai surveillé chaque année la programmation de l'hyper week-end Festival dont il s'occupe et qui a mis l'honneur Gainsbourg, Balavoine, Françoise Hardy... sans avoir connu satisfaction. Son livre La chanson française, un peu, beaucoup, passionnément était l'occasion de remettre Murat à l'honneur. Un commentaire sur instagram m'a valu une réponse : "vous allez sûrement encore être déçu... mais Murat est bien là". Avec ce "là" seul, j'ai donc mis le livre sur mon dos quand il est passé à ma portée (cette phrase ne va pas m'inciter à lui donner une note).
Étonnons-nous en premier lieu, enfin moi, ça m'étonne, que, même si Didier Varrod a une jolie plume (on pourra lire les mots de 1989), le livre soit co-écrit avec Martin Soudan. Peut-être qu'on pourra trouver là une explication à certaines impressions données par la lecture. Certes, l'objectif est d'apporter une vision un peu sociétale mais vaguement, en composant aussi un livre de souvenirs, le tout en évoquant une bonne partie du paysage musical français actuel et passé (je pense qu'on peut noter la faible présence de Brassens, Le Forestier, Jonasz). On a un peu l'impression de se retrouver dans les émissions sur la chanson française sur France 3, auquel Didier participe régulièrement et de rester cantonné au très haut de l'iceberg (fallait-il intituler le livre "la variété française"?), par exemple, quand il est écrit qu'il y a très peu de chansons anti-macrons (Michel Kemper en a pourtant fait un livre!).
L'élément intéressant (parfois agaçant - le premier concert de Téléphone considéré comme l'acte de naissance du rock français) est de voir quel est le fil qui va être tiré à chaque chapitre... Le microclash Armanet/Sardou est le point de départ pour parler de chansons engagées, Charles Trenet sortant de prison nous amène à Eddy de Pretto ("l'un des artistes gays les plus importants de l'histoire de la pop mondiale" sic), de Aya Nakamura à la cérémonie d'ouverture des JO, on en arrive aux quelques français qui remportent du succès à l'étranger. Le chapitre "Gilbert Becaud, premières culottes" parle des chanteurs qui ont suscité une vague "fanatique" (Cloclo, Bruel dont le "cassez la voix" aurait été écrite un soir de frustration aux Franco...) pour en arriver à la téléréalité. Henri Salvador conduit à parler de ceux qui ont dû se défaire d'un malentendu (Anne Sylvestre, Olivia Ruiz, Nino Ferrer, Christophe). Le chapitre "Charlotte ouvre la maison Gainsbourg" conduit à parler des fils/fille de. Et c'est donc via Souchon qu'on nous amène à Jean-Louis Murat, Souchon ainsi considéré comme le père de toutes les voix sensibles de la chanson (Delerm, Marchet, De La Simone, et Dominique A, même s'il a dit que Murat avait été décisif pour lui et Varrod le rappelle lui-même).
Le paragraphe sur Murat commence très bien... mais à la moitié, il y a ce "jusqu'à", qui est à même de le discréditer pour misogynie et sexisme, rappelant les propos sur Angèle, certes déplorables... A cette évocation, je me permets toujours de rappeler cette autre phrase dite quelques temps plutôt par le chanteur : "j'ai demandé à Camille et Angèle de chanter à mes côtés [...] Je suis assez bluffé par Angèle, on dirait Lio période Banana Split, mais avec Bac +12" (inrocks 2019), mais tous les lecteurs du livre n'en seront pas informés. Cela m'a attristé, car cela arrive quelques jours après que j'aie eu un échange avec Antoine Couder à ce sujet, tant sur le documentaire disponible sur radiofrance que sur son texte de présentation. Je pense qu'il est injuste de discréditer Jean-Louis Murat à ce sujet et d'autant plus que son œuvre n'a pas la place qu'elle mérite (sans pour autant le nier, Morgane Imbeaud parle dans son témoignage dans les jours du jaguar de son aspect "vieux jeu"). Manset qui est juste cité dans le livre, sera prochainement dans l'actualité, et Didier Varrod l'apprécie, or les propos du livre de Wisut kasat de GM me posent plus de problème que toutes les pochades de Murat... qui pour le coup a dit ne pas avoir aimé le regard que portait Gérard sur les femmes lors de leur rencontre! L'autodestruction médiatique de Murat fait encore son effet après sa mort, alors qu'aucun faits et révélations ne viennent ternir son image. Au contraire... Bref.
Edit: Quelle place occupent les femmes dans votre vie ? JLM La place numéro un. De ma grand-mère à ma fille, en passant par ma mère ou ma femme, je les aime toutes. Je ne vis entouré que de femmes. Mon manager aussi, c'est une femme. Je m'entends beaucoup mieux avec les femmes qu'avec les hommes. On dirait que je les comprends mieux. (femme actuelle, 2006)
[Didier m'a gentiment répondu sur instagram en indiquant que je n'ai pas compris et qu'il exprimait juste des regrets sur le propos de Murat et sans me répondre sur GM. Vous serez juges]
Je vous laisse découvrir le paragraphe...qui est par ailleurs paresseux. Murat parlait effectivement des "seconds couteaux"... mais il aimait avant tout Dylan, Cohen et les Rolling Stones, la soul, et tant d'autres (mais pas tant que ça Calexico?). Par ailleurs est citée comme unique chanson dont il serait l'auteur... "le charme"... signée Alain Bonnefont ! Quel dommage de la part de Didier Varrod qui nous a si bien parlé de Jean-Louis, notamment lors de son décès, et qui nous a valu le concert des 50 ans d'Inter... Allez, il va se rattraper, il va se rattraper... On attend.
Il est aussi question de Jean-Louis Murat à propos de Regrets avec Mylène Farmer. Avec une interprétation assez iconoclaste : Murat aurait accordé avec ce titre de la légitimité à Mylène dans la sphère des Inrocks. En 1991, le boss C. Fevret lui posait pourtant cette question : "Ton image souffre de quelques collaborations… douteuses. Mylène Farmer dernièrement, qui t’a demandé de chanter en duo. Es-tu flatté ou gêné ?". C'était bien sûr plutôt un énorme coup de pouce médiatique de Farmer à Murat (La chanteuse ayant par ailleurs financé le film Murat en plein air). Par la suite, Didier Varrod parle de la dernière tournée pour évoquer le never/more qui s'affichait sur le grand écran à la fin. Rappelons, nous, que sur ce grand écran, Mylène Farmer a souhaité débuter le show par un hommage à Jean-Louis. Un beau symbole, au vu de tout ce qu'incarne Mylène Farmer -oui, parce que personne ne va, à chaque occasion, rappeler la concernant qu'elle aime Onfray-, et qui pourrait être en mesure de laver en partie l'image médiatique de Murat. Oups, je m'agace, je m'agace, mais j'ai une excuse, je suis privé de sport...
A propos de Mylène Farmer, il est longuement question de la soirée hommage au Hyperweek-end (on s'en passerait). Et Didier n'élude pas la question de la difficulté de faire admettre les reprises, auprès des fans comme de Pascal Nègre qui aurait dit ce jour-là: "maintenant, on se rendra enfin compte qu'il est presque impossible de reprendre ses chansons". Vous voyez ce que ça m'évoque... Dans cette partie, est mentionnée Biolay interprète de regrets avec Marie-Flore "troublante projection de Murat" (je glisse que Benjamin vient de redire que Jean-Louis était un modèle -je vous mets ça tout en bas).
Le nom de Murat est encore présent au sujet d'Anne Sylvestre, lorsqu'il est question des artistes qui nous la font redécouvrir: "En 2019, Jean-Louis Murat confie aux Inrocks qu'Anne Sylvestre est sa chanteuse préférée et reprend "Un mur pour pleurer", chanson gigantesque qu'il fait alors découvrir aux auditeurs de France Inter".
Pour en revenir au livre dans sa globalité, on apprend quand même des choses de droite et de gauche: pour ma part, une anecdote entre Mitterrand et Balavoine (quelques mois après la rencontre sur une plateau télé), le nombre de fois où Claude François a failli mourir avant de changer son ampoule, et le titre de Libé à sa mort (Claude François : a volté), le sens caché du "jardin extraordinaire" de Trenet, le standardiste de Polydor tué par un "fan" de Mylène alors qu'il y était DA... et quelques beaux souvenirs (son interview anisée de Gainsbourg) ou anecdotes (Jane Birkin, qui débarque à Paris, fille au pair, dans l'immeuble de Piaf, le jour de sa mort...et les photogrraphes la prennent pour F. Hardy...). Je veux mentionner aussi le premier chapitre qui parle des Francos et revient sur la brouille avec Foulquier, ce qui intéressait tant Matthieu Guillaumond, notre grand amoureux de chansons et des ondes publiques. L'occasion donc de reposter cette photo : lui et Didier, avec moi et Marie Audigier... un matin "de concert" (50 ans d'Inter). On était si heureux de fêter ça avec cet événement.
LE LIEN EN PLUS
Je n'ai pas suivi tout à fait le bon fil pour intégrer l'article ci-dessous à l'article, mais je vais quand même le partager et contrebalancer mon angélisme lebrasien. Vous verrez vous-même le lien avec ce qui est évoqué ci-dessus. Je répète : j'ai fait ce blog en partie par fascination par les contradictions de Jean-Louis Murat et pour le "monstre" qu'est un artiste en général (on en reparlera dans un des prochains articles bibliographiques très rapidement), l'âme obsédée par l'oeuvre à laisser, l'aède décrit par Bayon, "son frère de laid"... plus que par l'artisan. Donc voici ce "et quand bien même!"
Le Monde l'époque, lundi 27 janvier 2025
Le dilemme: Peut-on aimer l’art de ceux que l’on condamne moralement ?
Entre ceux qui appellent à boycotter les créations culturelles d’hommes « monstrueux » et ceux qui veulent « séparer l’œuvre de l’artiste », le fossé n’a jamais semblé si profond. Continuer à aimer l’art de ceux qui nous indignent est une gymnastique tourmentée, constate Valentine Faure
On pourrait raccrocher ce dilemme à l’actualité – celle, par exemple, qui a vu l’annulation de la projection du Dernier Tango à Paris (1972), de Bernardo Bertolucci, par La Cinémathèque, à la suite des protestations d’associations féministes, qui par ailleurs n’en demandaient pas tant (mais plus simplement une contextualisation du film, qui comporte une scène de sodomie simulée, tournée sans que l’actrice Maria Schneider en ait été prévenue). « Personne n’aurait pris satisfaction à voir ce film dans ces conditions-là. Je pense que même les cinéphiles n’ont pas nécessairement envie de se retrouver dans une ambiance de guerre civile. Personne n’a rien à y gagner », déclarait au Monde le président par intérim du Centre national du cinéma et de l’image animée, Olivier Henrard. Mais toutes les annulations, mises en garde, tous les procès et condamnations ne règlent pas – pas toujours – le malaise qui se pose quand on aime, encore, l’art de ceux qui nous révulsent moralement.
L’écrivain et rappeur Gaël Faye parlait le 4 décembre 2024 au micro du journaliste Mouloud Achour, qui lui posait la question : que faire de ces « idoles », R. Kelly, P. Diddy, Michael Jackson, ou plutôt que faire de leur musique, maintenant qu’on sait ce que l’on sait ? « On brûle nos idoles peu à peu , se désolait l’écrivain. On ne peut plus accepter que ces choses-là passent, se dire “ce n’est pas grave”. » Ce n’est pas de boycott dont Gaël Faye parlait, mais du rapport intime que l’on a avec un artiste : « Je n’arrive plus à écouter Michael Jackson. Et je le dis avec peine. Quelque chose s’est brisé en moi. » Pour lui, la question ne se pose pas comme un dilemme : c’est presque à regret qu’il n’arrive plus à aimer ce qu’il a aimé.
C’est justement l’amour qui est au centre de l’excellent essai de l’écrivaine et critique Claire Dederer Les Monstres. Séparer l’œuvre de l’artiste ? (Grasset, 2024), consacré à cette question. L’amour de l’art quand il se teinte de culpabilité, de dégoût, mais quand malgré tout il persiste. L’amour des films de Polanski, en ce qui concerne l’autrice américaine. Claire Dederer admet que, même après avoir appris les crimes commis par son réalisateur préféré, elle prit conscience qu’elle les aimait toujours autant. « Je voulais être une consommatrice vertueuse, une féministe dans les actes, mais, dans le même temps, je voulais être une citoyenne du monde des arts, l’opposé d’un philistin ,écrit-elle dans son dernier ouvrage. Pour moi, la question, l’énigme, consistait à savoir comment répondre à ces deux injonctions similaires, en apparence contradictoires. »
Le récit suit les déambulations de l’autrice dans cet espace où se rencontrent une œuvre, son auteur et son public. On partage les allers-retours de Claire Dederer lorsqu’elle se demande où commence la monstruosité ; si abandonner son enfant pour créer – comme Doris Lessing ou Joni Mitchell – range ces femmes du côté des monstres ; si elle n’a pas adoré ces femmes précisément parce qu’elle les trouvait un peu monstrueuses. S’il peut exister un rapport « vertueux » à l’art. Si elle-même – ancienne alcoolique – n’a pas fait des choses un peu monstrueuses. Si elle n’aurait pas été meilleure autrice si elle l’avait été davantage.
On y trouve de drôles d’idées. Celle de Martha Gellhorn, par exemple, journaliste, écrivaine et accessoirement troisième épouse de Hemingway, qui pensait plutôt qu’ « un homme doit être un grand génie pour compenser le fait d’être aussi répugnant en tant qu’humain » . Que, autrement dit, c’est le monstre qui a besoin de se transformer en artiste, et non l’artiste qui peut tout se permettre.
Et Claire Dederer se demande donc « que faire de l’art des hommes monstrueux » : « La première pensée qui nous vient à l’esprit est de boycotter cet art – la solution progressiste qui consiste à retirer notre argent et notre attention. » Mais nous ne devrions pas aborder ce dilemme en consommateurs, prévient-elle, ni exercer notre moralité par ce que nous choisissons de « consommer » ou non. En fait, « l’art que vous consommez ne fait de vous ni une mauvaise ni une bonne personne. Il faudra trouver une autre manière de vous accomplir » .
A une consommation « vertueuse » de l’art, elle oppose un autre paramètre : la beauté. Principe fragile, si on l’oppose à la moralité. « Et pourtant, la beauté compte.Et on ne décide pas la beauté. Elle nous frappe. »
En 1990, la dramaturge américaine Pearl Cleage publiait l’essai Mad at Miles(« en colère contre Miles », Cleage Group, non traduit) .Elle y examine sa relation – car c’est cela qui nous lie à certains artistes – à la musique de Miles Davis, qui était très violent avec les femmes. Partant de sa propre expérience de victime de violences, elle s’interroge : « Est-ce qu’on peut faire l’amour en écoutant un “vieux disque de Miles”, alors que le jour où il l’a enregistré, il a peut-être passé sa matinée à mettre des baffes dans la gueule de l’une de nos sœurs ? » L’amour de Pearl Cleage est personnel, sa haine l’est également.
Il se passe avec ces œuvres que l’on aime avec tourment la même chose qu’avec les gens que l’on continue d’aimer, même si parfois ils nous blessent. «“Le problème, c’est que vous l’aimez toujours.” Cette phrase décrit des relations si fréquentes avec notre famille, notre partenaire dans la vie, parfois même avec nos enfants, écrit Claire Dederer. Que faire des gens terribles que nous aimons ? La plupart du temps, nous continuons à les aimer tout de même. » Prétendre que cet amour n’existe pas ou qu’il ne devrait pas exister, cela n’aide en rien. Aimez ce que vous aimez, nous dit-elle. Cela n’excuse personne.
LA NOTE DE BAS DE PAGE EN PLUS PROMISE:
Biolay dans les Inrocks:
L’année prochaine, ce sera le 25e anniversaire de ton premier album, Rose Kennedy (2001).
Cela me paraît dingue. Un sacré bail. Surtout par rapport à la durée de vie de certains artistes qu’on écoute encore. Au-delà de la chance incroyable de pouvoir faire encore ce métier, c’est aussi le temps qui permet de constituer une œuvre. Je déteste tellement ce fils de pute de Mark Chapman de nous avoir tué John Lennon à 40 ans, il nous a privés d’au moins 20 ans supplémentaires de la discographie de Lennon. Hubert Mounier, c’est pareil, parti trop tôt. Je pense tout le temps à lui. Regarde la longue discographie de Jean-Louis Murat ou d’Étienne Daho, qui restent des modèles.