Le rock Bourboulien (Clara-Plexiglass en 1977-1981): PARTIE 2 "PLEXIGLASS, le premier groupe de C. Pie"

Publié le 30 Décembre 2025

PLEXIGLASS – Printemps 79 - Fin d'été 80  (Partie  2: Le rock Bourboulien)

Les médias nous ressortent régulièrement le « phénomène des bébés rockers » (période Zéro de conduite, puis BB Brunes et Plasticine…) mais à Clermont, les Sales gosses et Plexiglass avec leur leader de 16 ans enthousiasmaient déjà leurs congénères…

Manque Roger (histoire de retardateur!). JP "sur cette guitare, je m'amusais à jouer les arpèges de "is there anybody out there?" des Pink Floyd (the wall venait de sortir). Cela impressionnait Christophe et Bernard, tout en se demandant si mon style était vraiment adapté à celui de Plexiglass!"

Episode précédent à retrouver ici. (Les remarques faites en préambule de la partie 1 restent valables pour cette suite, comme l'espèce de profession de foi récente qui figurait ). 

On retrouve donc nos ados qui squattent aux Écuries, après l’école, le travail, ou pendant les vacances. Et...

Roger : « Plexiglass, c’est né parce qu’on traînait aux écuries pour les écouter, et puis, après, ils nous laissaient prendre leurs instruments ». Marco (Lespinasse) se rappelle de Christophe qui s’amusait avec un minimoog qui se trouvait là.

 

José : "Ceux qui ont vraiment insufflé le groupe, c’était Christophe Pie qui était le plus jeune et Bernard Hebrard. Roger s’est collé au même moment, et moi je suis arrivé parce que je connaissais Bernard. Il était plâtrier peintre, et moi je faisais électricien, on se croisait sur les chantiers et on discutait, et puis il a dû me dire : tu ne veux pas faire partie d’un groupe avec nous ? Je vois encore le moment. Nous étions chez un copain commun. Il savait que j’aimais la musique. Et vu que j’étais inséparable avec Jean-Pierre Gougnot, j’ai dit qu’il fallait qu’il vienne. On était vraiment un duo avec Jean-Pierre, inséparables, on faisait tous à deux, le sport… et il fallait qu’il vienne dans le groupe. On s’est réuni et vu qu’on était dans la période de Hygiaphone de Téléphone [sorti en 1977], le nom est venu. Et on squattait les Ecuries. D’ailleurs, je crois que c’est Jean-Louis qui nous a donné l’idée de fonder notre groupe".

 

Jean-Pierre : « J'étais ami avec José depuis nos 13/14 ans (première rencontre en 1973); moi je suis d’août 1962, José de décembre 1961. Je gratouillais depuis mes 15 ans et je connaissais quelques accords. De 1977 à 1980, j'étais interne au lycée à Ussel. De 1980 à 1982, je suis allé au Lycée de Montferrand à Clermont, car j'avais été admis au Centre de formation de l'ASM Rugby. J’avais cette activité sportive prenante, et aussi les études en internat. Musicalement, le post-punk gratiné new-wave ne m'emballait plus vraiment (j'étais plus Neil Young, Bob Dylan et J.J Cale). Au final, je ne suis pas resté longtemps dans le groupe". 

 

L’impulsion de Jean-Louis sur le projet est clairement attestée par le souvenir de José et Roger :

José : "C'est avec lui qu’on a écrit notre première chanson, puis qu’on a eu des échanges là-dessus. Il a pris sa guitare, deux-trois accords de rock classique, allez, quelques mots, il a démarré le truc, je me suis mis à écrire le reste. Et après, c’était parti.. Voilà il nous avait composé le premier morceau. Faut voir la vitesse à laquelle ça allait. Quand il nous a écrit notre chanson, il s’est mis dans un coin, et ce n’était pas prévu, c’était spontané, et ça lui est venu tout de suite, tac tac. Il ne s’est pas mis à réfléchir 170 ans. Il avait une facilité. Ça lui sortait tout seul".

Roger: "Jean-Louis a un peu poussé pour qu'on lui serve de première partie. A l'époque, il fallait toujours des gens pas très bons pour démarrer, histoire de te mettre en valeur derrière!". Il faut se rappeler qu'à l'époque, les premières parties servaient plus à s’entraîner au championnat du monde de lancer de canettes qu'à découvrir des artistes, et Clara en a été victime aussi. Les charmants côtés du punk: les Lou's racontent: "Celui qui a le mieux joué, c'est celui qui est le plus couvert de crachats. Si tu veux leur répondre et que tu leur glaviottes dessus, ils ouvrent la bouche ! C'est dégueulasse !". Elles furent accueillis plus calmement à La Bourboule en août 78. 

Voici donc cette première chanson: PLEXIGLASS dans Plexiglas, reconstitué avec l’IA à partir des paroles, accords et mélodie d'époque, beaucoup mieux orchestré, léché et "en place" que l’original, mais l’esprit et l’énergie étaient les mêmes... 

 

 

 

José : "Bon, tout se faisait de mémoire et à l’oreille, mais la mélodie c’est lui. Car il faut savoir que les cinq gars de Plexiglass, on est parti comme les Sex pistols, de rien, personne ne savait jouer de la musique, c’était à l’oreille. Mais le plus doué de tous, c’était Christophe. Il était très assidu, il a commencé à taper sur la batterie. Il écoutait. On voyait bien que lui il s’accrochait, il avait ça dans la peau. Alors que nous, bon... Moi, j’écrivais les textes, ça m’est venu naturellement. Il fallait bien que quelqu’un le fasse, je ne jouais pas d’instrument, et puisque j’avais un peu de voix, on m’a dit : "toi, tu chantes"".

 

Roger et José ne sont effectivement pas musiciens, dans leur souvenir Bernard ne l’était pas non plus, mais Christophe a dit avoir usé la guitare sèche de sa sœur jusqu’à ce qu'elle n'ait plus que deux cordes, et il a raconté :

« J’ai commencé à la fanfare de Messeix sans grande conviction, je jouais du clairon et du tambour [avant ses 14 ans]. Quand je suis arrivé à La Bourboule, il y avait la maison des jeunes où on écoutait les seuls disques qu’il y avait, Hendrix, Beatles, Cohen et un Who. C’était en 74. Le déclic est venu en voyant Clara répéter. On a monté Plexiglass avec des copains. On s’est fait prêter du matos par des anciens balluchards. [Ca ne rappelle rien à José et Roger]. C’est venu un peu par hasard. Les gens de Clara nous faisaient kiffer, et on est allé les voir avec mes potes. Je n’étais pas intéressé spécialement par la batterie, c’est en essayant que j’ai vu que ça me plaisait, parce que ça me défoulait ».

 

De l’idée à la réalisation, comment faire ? Ils n’ont pas d’argent. Christophe raconte :  "J’ai tanné mes parents pour avoir une batterie, une Morris achetée chez Connen Elle valait deux mille francs. Pas question de changer de peau, je n’avais pas les moyens. Je jouais avec des baguettes cassées. J’avais même essayé de m’en fabriquer avec l’aide d’un menuisier. Il a pris du chêne en pensant que ça serait suffisamment dur. Au premier coup de cymbale, la baguette a explosé". 

Christophe a peut-être tanné ses parents quelques temps… mais deux membres de Plexiglass indiquent qu’ils n’ont pas cédé, même s’ils étaient assez libéraux ! Il a fallu se débrouiller. Et c’est donc toute l’équipe qui prend le train pour se procurer la batterie… à crédit, le souvenir est assez clair pour tous, et le seul majeur, c’est Roger, qui indique par ailleurs avoir été un peu le financeur du groupe (même si dans sa mémoire, c’est Bernard qui avait pris le crédit de la batterie). Connen est depuis les années 60 un des repères des rockeurs clermontois, Place de Jaude. Jean-Marc Millanvoye, une des premières personnalités rocks d’Auvergne le racontait ici, à une époque  où «Jérôme Pietri avait une guitare électrique chez lui, il était considéré comme le diable en personne».( Si Jean-Louis Murat -avant qu'il ne soit totalement libéré de ses complexes guitaristiques, embauchera par la suite ce Jérôme, ce n’est pas un hasard. On a raconté ça en détail).      [Réserve: JP finalement se demande si Christophe n'aurait pas eu une première batterie d'occasion achetée par ses parents avant celle que le groupe lui achète]

 

Peut-être que Christophe se débrouille pour payer les traites avec ses parents par la suite mais pour Roger : «  j’étais le seul à bosser et un poil plus âgé. Donc j’étais plutôt le financeur. Christophe était encore mineur et Bernard avait acheté la batterie, il avait fait le crédit. Le peu d’argent de concerts servait pour le rembourser. Moi, j’avais acheté ma basse avec son ampli. Bernard avait payé sa guitare et n’avait pas d’ampli et j’avais donc financé le sien, un Marshall, et à côté, je payais un peu tout."

 

Jean-Pierre : "Le plus acharné était Christophe, qui passait des heures et des heures dans la cave de la maison de ses parents à s’entraîner sur sa batterie, casque sur la tête, en écoutant notamment AC/DC et en reproduisant le jeu de batterie de Phil Rudd. Ce qui ne l'empéchait  pas littéralement fasciné par le rythme de la batterie de l'émission "La séquence du spectateur", qui pour le coup, n'avait rien à voir avec le hard rock". Cette dernière information n'est pas si étonnante. Christophe n'était pas du tout dans la démonstration, revendiquant d'oser faire juste le nécessaire, il prenait comme exemple cette chanson des The Delano Orchestra. Si des lecteurs de moins de 40 ans lisent cet article, vous pouvez vous référer à l'INA pour découvrir ce générique culte. 

Quelques années plus tard avec Jean-Louis, et bien avant que ce dernier lui écrive KIDS en hommage

 

La maman de Christophe est institutrice et la famille a un logement de fonction dans l’école.

Roger : "On avait fait un truc de répétitions dans les sous-sols, le son remontait par les canalisations, et au dessus, le gars qu était aux toilettes, il avait de la musique".

José : "Je me souviens des premières répéts dans la cave de Christophe c’était l’été certainement 79 pour terminer en 80 par des répéts aux Ecuries. On avait squatté là, on avait installé des cartons d’œufs pour le bruit, et c’était notre studio de répétition. Christophe avait une famille qui était très libre, permissive. Il avait une liberté totale. Son père était un artiste peintre, qui avait sans doute vécu 68. Christophe était en chaudronnerie mais il ne foutait rien. On allait chez lui, et lui il n’avait pas de règles en fait. Il était libre comme le vent. Peut-être qu’à ce moment-là, il aurait fallu le cadrer…

Pour un ado, c’était le rêve, des parents comme ça. Il découchait, il faisait ce qu’il voulait. Une année, ses parents sont partis en vacances, et il est resté chez lui avec sa sœur pendant tout l’été ou au mois d’août au moins. Sa sœur était ultra sympa. On répétait dans la cave et derrière un rideau, il y avait un stock de champagne… et on a tout sifflé. C’est Jean-Pierre qui avait pris la première bouteille je crois me souvenir. Je crois que ça nous a valu quand même de perdre notre local de répét... et on est encore alléplus souvent aux Ecuries". 

Christophe était hyper doué pour la musique, il avait l’oreille musicale. Il reproduisait rapidement ce qu’il avait écouté : il mettait des disques et il jouait dessus, et il jouait super bien dès le départ. Et c’est bien sûr un des trucs qui mettait la pêche à Plexiglass. Bernard avec les pédales faisait vibrer les cordes [en plus de l'ampli Marshall qui faisait un gros son saturé" dit Roger] : on sortait des sons. Jean-Pierre avait fait un peu de guitare, c’était le seul qui avait des notions »

Jean-Pierre: "Bernard devait avoir une Les Paul Black (une copie), il jouait sur deux cordes -les power chords- qui, via un max de distorsion, sonnait du tonnerre de dieu. Il n'était pas un grand technicien, mais avait un sacré son énergique. Moi, j'avais une copie de Stratocaster branchée sur la 2e entrée de l'ampli... autant dire que mon son était bien étouffé par celui de Bernard!".


Avec l’internat, les apprentissages, les répéts étaient donc surtout pendant les vacances. « Quelques fois, plutôt l'hiver, c’était dans le studio de Clara » dit José.

 

José : "Moi, je me prenais pas la tête. On faisait de la musique, on était content. J’étais un peu révolté à l’époque, à l’âge de l’adolescence, et on s’exprimait. Ça faisait du bien, et on avait du monde qui venait nous voir. A La Bourboule, on avait la côte, nous. L’été, pendant les cures, on laissait les portes bien ouvertes, comme ça tous les ados qui passaient venaient s’agglutiner dans la cour pour nous écouter répéter. Fallait qu’on fasse le show ». Marco nous a raconté qu’il les a découverts ainsi.

 

Et c’était important de laisser ouvert : Roger avoue que pour lui, tout ça, c’était avant tout pour les filles ! Le local servait aussi pour ramener des conquêtes, et leur proposer du champagne !

José : "Après les répéts dans la cave, on descendait vers le Lous Fadas, il y avait Jean Louis et/ou Alain qui bossaient. Un soir, on faisait tellement de foin en y allant que des curistes nous ont jeté des seaux d’eau. Il me semble qu’on avait descendu le pantalon pour se retrouver en slip. Une autre fois, on avait mis Christophe dans une poubelle".   Il faut bien que jeunesse se passe...  mais un peu de sérieux : 

Une chanson avec l’aide de Jean-Louis, une reprise des Sex Pistols… Il fallait quand même étoffer :

José : "Pour la petite histoire, on avait donc la chanson faite avec Jean-Louis et il nous fallait donc une deuxième chanson. C’est Roger qui a eu une idée. Il était un grand fan de Coluche jusqu’à s’habiller comme lui, avec la salopette. Il avait la même dégaine ! C’est l'image que j’ai. Et donc il me dit : il y a un sketch de Coluche, qui parle d’une femme qui a été ultraviolée par des rayons X… [cf Sketch "Le belge"], et on est parti là dessus : « Avec ma femme, nous avons été à St Tropez pour se faire bronzer, ma femme s’est allongé sur la plage, moi n’aimant pas la mer… quand je suis arrivé dans la chambre, ma femme était sur le lit, ses yeux montraient qu’elle avait pleuré, je lui ai demandé ce qu’elle avait. Je suis fait ultravioler par des rayons X…."

Voilà : c’était Roger qui avait donné le fil de cette chanson. Je l’ai encore dans une vieille cassette un peu inaudible aujourd’hui, c’était enregistré avec un magnéto que j’avais mis au centre de la cave où on répétait.

Je me rappelle d’une autre chanson, c’était le moment où il avait opposition entre rock et disco : «Sur les rythmes de Pistols dans cette discothèque, caca boite à fils à papa». Ça déménageait ! Jean-Louis se rappelait bien de cette énergie quand je l’ai revu.

Christophe en avait composé d’autres. J’avais un cahier d’écolier avec mes paroles. Christophe et Bernard composaient la musique, je mettais des paroles dessus sans aucun sens pour garder en tête la mélodie, et après, j’essayais de raconter une histoire. Sur la fin, il y a eu aussi un curiste qui était venu composer un morceau avec nous; ça faisait : « petite fille insouciante je t’aimais et toi tu t’amusais » .

Quand José a été interrogé sur le racisme, il a dit ne pas en avoir été victime, mais il a écrit en réaction à une remarque faite à sa mère par un employeur une chanson qui faisait : « Vous qui n’aimez pas les étrangers, ayez honte et aussi pitié, eux, qui ont quitté tout ce qu’ils aimaient, pour vivre et travailler. Mais que peut-on dans ce monde plein de haine et de trahison ? Mais que peut-on ? En prendre plein les oreilles et passer pour des couillons».  

 

 

José :  "Aux concerts de Clara, il y avait du monde, oui, mais il y avait quand même des critiques. C’était la période punk, il fallait que ça bouge, et Jean-Louis, il n’était pas dans le style. C’était un ressenti, les jeunes étaient plus attirés par notre musique, nous étions plus dans la vague du moment, le punk contestataire. Pour moi, Clara, c’était un peu mou pour mes goûts d’ado. Je n’étais pas emballé par la musique même si j’étais admiratif de la personnalité artistique de Jean-Louis, son charisme [On verra par la suite que Roger, lui, accrochait plus]. D’ailleurs, je n’ai pas de souvenirs de chansons de Clara. Moi, à l’époque, je préférais les chansons d’Alain Bonnefont, c’est marrant. On trouvait que ça collait plus mais c’était peut-être parce que c'était moins original ?  Mais oui, il chantait aussi de temps en temps, une ou deux chansons. Pas beaucoup".

Jean-Pierre confirme : "C'est pour beaucoup le jeu de guitare d'Alain qui m'avait donné envie de me mettre sérieusement à la guitare... son feeling de guitariste gaucher (sur, si mes souvenirs sont bons, une Gibson SG) me fascinait..." Rappelons qu'il a la particularité de jouer en gaucher avec une guitare pour droitier comme Hendrix.

José : "Il n’y avait pas de jalousie, Jean-Louis avait une confiance débordante dans sa musique. Si tu n’aimais pas, tu étais idiot. Il était conscient que nous avions notre propre style. Nous avons pu faire des concerts uniquement grâce à lui et à son matériel, il nous faisait le son, et il nous coachait un peu. C'était sa volonté à lui, et pas la volonté des autres membres du groupe. C’était lui qui gérait le truc. Alain, il se coulait douce."

Si on a fait de la musique, c’est parce que Jean-Louis voulait bien qu’on le fasse et que ça lui faisait plaisir qu’on le fasse. Même s’il faisait un peu bourru comme ça... "je vous aime bien mais je ne le montre pas trop… mais je vous aime quand même, c’est évident". Il nous accueillait et jamais il ne nous a dit "dégagez", on venait quand on voulait, il ne nous mettait pas à la porte, on allait répéter dans son studio. Jamais on n'a senti qu’on était de trop et que ça l'emmerdait que les petits jeunes soient collés à eux. Au contraire, je pense que ça lui faisait plaisir qu’on soit là. C’est même possible qu’il ait été plus proche de nous que de son propre groupe, à part peut-être Alain. Je ne sentais pas une grande proximité. Le groupe Clara n’existait que par lui".

Jean-Pierre:  "Une chose dont je me souviens, et qui caractérisait (selon moi), Jean-Louis à l'époque c'était sa BIENVEILLANCE et Gentillesse. Lors d'un concert Plexiglas à la MJC de La Bourboule, ma sangle de guitare s'était accidentellement détachée laissant entrevoir un grand moment de solitude scénique JL, présent sur place (faisions-nous leur 1ere partie, je ne sais plus) a de suite réagi et a été le premier à monter sur scène pour remettre ma sangle en place..."

 

Il faut peut-être relativiser un peu les impressions de José par le fait que Jean-Louis restera quand même proche d'Alain, et de JF Alos, mais sa volonté de réussite  était prégnante, et sa création artistique déjà très solitaire apparemment. 

 

Souvenirs de concerts :

On en a identifié au moins cinq mais José estime qu’ils ont peut-être joué une petite dizaine de fois.

- Au Casino de La Bourboule:

José : "On avait monté le groupe et on faisait les intros [les premières parties], ça permettait de faire un concert plus étoffé. On n’avait pas de matériel, mais Clara, ils avaient tout, la sono… Ils étaient capable de monter un concert, ils avaient tout le matos, la table de mixage, Jean-Louis il avait mis tous ses ronds là-dedans. Et donc, on a fait quelques concerts avec eux. Je pense qu’on aurait continué le groupe si Clara avait continué comme ça. On était un peu satellite.

Un des premiers concerts qu’on a faits, c’était au Casino de La Bourboule. Il devait y avoir plusieurs groupes, Clara, et peut-être un autre… peut-être les Sales gosses qui étaient des copains à eux [Christophe Adam réfute leur présence, indiquant qu'il n'y a joué qu'avec FAFAFA plus tard]. Et je me rappelle de Yann, le fils de Jean-Louis, qui était venu voir son père jouer. Sa mère nous l’avait laissé, à nous, les jeunes de Plexiglass, et on le surveillait le temps du concert. Je me rappelle, il gambadait devant. C’est impressionnant. »

La salle de concert actuelle du Casino

 

- A la Maison des Jeunes pour au moins deux concerts (peut-être plus, notamment dans l’été 80). L'un deux est organisé par José pour Clara.

Roger : "Avec Plexiglass, on a fait un ou deux concerts là-bas, peut-être le premier d’ailleurs. On n’avait que trois chansons, mais bon. Bernard avait cassé une corde, et pendant le changement, on s'était retrouvé à devoir meubler".

 

José : "J’avais même organisé un concert à la maison des jeunes de La Bourboule (j’ai vu des photos [signées Marco]). C’est moi qui ai fait en sorte qu’ils puissent jouer pour avoir un peu de ronds, parce qu’ils crevaient la dalle, même si ça bossait un peu de gauche et de droite. Quand ils faisaient des concerts, ils étaient content quand ils avaient 500 Francs [avec des francs de 1980, ça représente 249 euros d’aujourd’hui, d'après l'Insee]. C’était dur. Et vu que j'allais tout le temps à la Maison des Jeunes et que j’avais de très bons contacts avec le directeur (il était frileux et peu enclin à faire confiance aux types de Clara),  j’avais demandé qu’on puisse organiser un concert payant. On avait mis le tarif à 10 francs et les bénéfices étaient pour eux.

Sur la photo, on reconnaît les lambris qu’on avait posés avec d’autres bénévoles.

J’étais tout le temps à la Maison des Jeunes. On y a fait des concerts aussi avec Plexiglass. On y faisait nos tee-shirts avec le nom Plexiglass imprimé. On a fait des photos du groupe développées au labo de la MJC (mais je n'en ai gardé aucune). C’était quand même une période assez intense".

Le tee-shirt de Roger conservé précieusement 40 ans

José se revoit à la MJC : "Je suis habillé d’un pantalon de ski KWay jaune. Musique à fond. On vient m’annoncer à l’oreille que la voisine a appelé les flics. Je crie dans le micro : "les flics, on s’en fout !" Je lève la tête : la maréchaussée est devant moi ! Il sont restés avec nous un peu, en disant les gars, il faut baisser le son pour la voisine. Je crois qu’ils avaient apprécié la musique. Dans cette ville, tout le monde se connaissait, même les flics. Ils avaient certainement entendu parler par leurs fils de la vague musicale en cours !" Ce concert a eu lieu dans la salle du haut. La voisine qui tenait un magasin se plaignait du bruit, et il a été décidé alors de changer : ping-pong en haut, et concerts en bas. Un autre concert a eu lieu en bas. Il n'y avait pas de scène. 

Roger avait une bonne dégaine sur scène. Même si le son de la basse était ce qu’il était, les gens ne s’en rendaient pas vraiment compte, on avait une belle allure. On collait à l’image que les jeunes attendaient à ce moment-là, même plus que Clara. On n’était pas bons musicalement, ça c’est clair, mais au niveau scène, les jeunes, ils nous préféraient, parce que ça faisait du bruit, on se défonçait sur scène, ça bougeait, il y avait une dégaine, Bernard aimait bien Kiss et il voulait un peu faire ça., Christophe ressemblait déjà à un punk, avec son collant violet qu’il avait.

Roger s'amuse quand même du fait  qu'on puisse dire que les jeunes préféraient Plexiglass. Pour lui, c'est très exagéré, et les gens venaient pour Clara! 

 

- A Jassy : février 80 (selon José, mais Roger et un participant ont un doute sur la période : novembre?)

 

José : "Je me rappelle d’un festival à Jassy [hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne], dans le Cézallier. Il faut se lever de bonne heure pour organiser un festival là-bas en plein hiver [oui, héroïque : encore aujourd’hui, France Bleu parle des quelques maisons « quasiment isolées par la neige et les congères »]… C’est plus accessible en passant par Issoire, mais nous, ça faisait quand même une expédition. Jean-Pierre ne jouait plus avec nous, mais il nous avait accompagnés. Roger avait trouvé un copain qui avait la voiture, on n’avait pas encore l’âge de conduire. C’était un break pour pouvoir mettre le matos. Et Jean-Louis était à la table de mixage, donc je pense que c’était lui (et Marie bien sûr) qui était organisateur. Nous on avait notre show là-bas, on était contents. Bon, musicalement, on n’était pas l’élite, mais ça plaisait bien aux gens car ça déménageait. On ne s’attardait pas trop sur la qualité de la musique, c’était plutôt le show et le public a bien aimé : c’était une vieille grange et c’était plein [Christophe Rivet, le frère de Joël, personnage du Cézallier, se rappelle avoir été présent mais pas plus]. J’étais un peu surpris qu’il y ait autant de monde en hiver. Je me rappelle qu’on avait demandé à un paysan car on n’arrivait pas à trouver !"

Roger se rappelle qu'ils ont joué sur les instruments de Clara.

José: "Quand on est repartis, il y avait un brouillard pas possible. On est passé par la Croix-Morand ou le Saint-Robert, on voyait que dalle. Le chauffeur était obligé d’ouvrir la portière pour essayer de repérer la ligne blanche au milieu de la route, pour revenir à La Bourboule.

Quelques jours plus tard, on a fait le point chez Jean-Louis de ce truc-là. Je ne sais pas si Roger s’en souvient, mais moi, oui. Ça a été un moment important. Nous, on était contents et Jean-Louis, toujours avec sa diplomatie, il balance une vanne à Roger : "heureusement que je t’ai coupé parce que tu étais complètement faux !" Roger, il ne s’était pas rendu compte qu’il avait été débranché ! Jean-Louis lui a balancé ça comme ça. Le lendemain ou surlendemain, Roger repart avec son matériel, et il dit : "je quitte le groupe". Et vu que c’était le seul bailleur, le seul qui bossait, tout lui appartenait…                              

Il est possible que ce soit Marco qui ait fait une remarque à Roger. Il s'occupait du son généralement à cette époque, et José se rappelle qu'il y a eu peut-être une remarque tout de suite après le concert. Roger reconnaît bien volontiers ces lacunes : « je faisais du bruit ». On peut aussi rappeler que François Saillard a été sévèrement taclé par Murat alors qu'il a fait le job dans de nombreux groupes par la suite.

José: "Outre le fait qu’il était débutant, il est vrai aussi qu’il n’avait pas trop le temps de venir répéter. Il bossait la nuit, il était pâtissier. (Pendant des vacances, nous allions dans une boîte au Mont Dore « La grange aux belles », danser sur Police qui était encore peu connu, et après, je me rappelle qu’on frappait derrière sa boutique, il nous ouvrait et on terminait la nuit en mangeant des croissants chauds). Et on n’avait pas forcement répété suffisamment avec lui. Et alors que nous, on était très contents du concert, que Jean-Louis balance ça, c’était rude. Mais c’était Jean-Louis tout craché, de lui balancer ça dans la gueule".

Roger : "Ca m’a saoulé un peu. Je trouvais que les autres ne faisaient pas les efforts. C’est pour ça que je suis parti. J’étais un peu con, je leur ai laissé l’ampli. Et puis, je bossais la nuit… et c’était compliqué, même si je me démerdais. Cette histoire, ça a été de courte durée pour moi. J’avais besoin de thunes, je bossais en saisonnier après mon apprentissage, mes parents ne me finançaient pas, j’étais autonome. Je suis parti de La Bourboule une petite dizaine d’années, c’était aussi un besoin. Je suis revenu dans les années 80. Je revoyais Christophe, puis Jean-Louis … » [Cela fera l’objet d’un prochain article].

 

José : «Je ne crois pas avoir revu Roger et voilà, on s’est retrouvés un peu sans matos. Ça a commencé à être le début de la fin…mais pas si vite. On a tenu la barre avec Christophe et Bernard. Alain nous aidait peut-être ».

 

- Au Campus des Cezeaux  (sans Roger):

José: « On a fait aussi un concert à la fac des Cezeaux. Vraiment marquant. Je me rappelle du repas à la cafet. On jouait les rockstars… et on a fait une bataille de petits pois ! On y était allé avec Jean-Louis. Il y avait un groupe qui s’appelait VGE [comme : les Vingts Guerriers de l’Enfer, classé parmi les « jeunes gens modernes » dans le répertoire des groupes Clermontois], et Jean-Louis était à la table de mixage. Je pense que Clara avait joué. Des photos existaient, Christophe me les avaient envoyées mais je les ai perdues en changeant mon matériel. J’étais monté dans l’amphi avec le micro au milieu du public. Je me revois aussi debout dans l’évier ou sur une table de laboratoire qui devait être sur scène. Il y avait un évier, je me souviens d’un évier, certainement une paillasse de labo, je me souviens d’être dedans debout, c’est sûr. Je vois Christophe habillé d’un pantalon fuseau collant fluo, lui qui n’était pas très grand et un peu potelé. Imagine la dégaine !». Jacques Moiroux, bientôt 50 ans d'activisme musical, confirme : « cet amphi de sciences où l'on jouait entre becs bunsen et lavabos à dissection de grenouilles ». Un groupe de rock squattait même un amphi la nuit pour répéter au début des années 80.

Jean-Pierre confirme ce qu'on découvre de  José dans ces souvenirs, c'était un vrai "frontman". Jean-Pierre : "Il y était pour beaucoup dans nos prestations scéniques, avec sa gestuelle unique, et sa façon de sauter dans tous les sens. Par pour rien qu'on le surnommait Karaté à 14 ans! Les plus jeunes comme mon frère Didier était fasciné!".  

Patrice Papelard du groupe Tachycardie qui marchait bien à l’époque (il fera venir Jean-Louis Murat à Villeurbanne quelques années plus tard en 2015) raconte dans une interview du fanzine Spliff : « Les relations entre les groupes, c’est affreux. J’en sais quelque chose, car j’avais présenté le festival des Cezeaux en 80 : quand tu vois que des membres d’un groupe n’arrêtent pas de jeter des canettes sur un autre groupe ! Je ne veux pas citer de nom, mais tu connais bien, ça m’a révolté ». José assure qu’il a jeté des petits pois à la cafét mais pas de canettes sur scène! D'ailleurs,  on ne sait pas si P. Papelard parle bien du même événement  et lui-même n’en a gardé aucun souvenir… et on n’a pas trouvé de clermontois qui se rappelle de Plexiglass non plus. Ce n’est pas grave car c’est incontestable pour le groupe que : « ça avait été marquant, et c’est peut-être là que Jean-Louis a décidé de nous enregistrer. Nous avions les quatre morceaux les plus aboutis, un style commençait à naître » (José).

 


 José: "Il avait vraiment un super studio avec cabine aux Ecuries [S’ils galéraient, c’est sans doute aussi qu’ils investissaient beaucoup, camionnette Ford pour le transport, sono...]. Il nous avait fait ça bien. Les copains avaient fait la musique et j’avais enregistré la voix sur la bande. C’était impressionnant. Et donc, on avait un enregistrement qui était de qualité. On avait enregistré quatre ou cinq morceaux dans un style qui évoluait, avec la technique de Bernard et Christophe qui se perfectionnait. C'était pas mal. Et ils avaient prévu qu’on fasse une première partie d’un groupe… sur Clermont, une tête d’affiche nationale Peut-être Bernard Lavilliers [sans doute donc avec le soutien de P.Y. Denizot]… et malheureusement Jean-Louis est parti et tout s’est arrêté net.».

 

Ces bandes, Christophe Pie avait demandé à Jean-Louis de les conserver. Elles sont pour l’instant un dommage collatéral des problèmes de succession (collateral car on peut penser qu’elles ne concernent Murat qu’en tant qu’ingénieur du son et parce qu'elles étaient en dépôt là à la demande de Christophe). On espère qu’elles sont remises aux trois membres survivants et que chacun pourra se prononcer sur cette question : est-ce qu’il y avait là le vrai début de quelque chose ?

Pour le groupe, on ne sait pas mais Christophe signa un hymne punk, qui marqua Clermont-Ferrand un peu moins de deux ans plus tard : Centre Jaude avec son groupe Chaos, avec le bassiste qu’on entend bien, Doum. C'est enregistré par Jean-François Alos.


 

 

José : « C’est bien le départ de Jean-Louis qui a mis vraiment un terme à l’histoire pour moi, tant qu’il était là le trio, Christophe, Bernard, moi, on tenait la barre. C’est aussi pendant à cette période que nous trois on squattait les Ecuries, plus que jamais, c’est pour ça que je pense que le groupe a duré plus que 8 mois. Et Christophe nous reliait vraiment à Jean-Louis, ça passait beaucoup par lui l’organisation des concerts, tout ça.

En septembre 80, j’étais encore avec la bande mais je me suis détaché progressivement ensuite. Je venais d’avoir mon permis et pas encore de voiture, je me rappelle que nous avons emprunté la 2 CV  de la femme de Bernard [Annie, maître-nageuse à La Bourboule] pour aller faire une virée pour se promener à Bort-les-Orgues. J’étais jeune conducteur. Bien sûr sa copine ignorait qu’il était dans le coup. Je revois Bernard et Christophe assis sur le toit de la décapotable,  avec Jean Pierre sur le frein à main pour éviter de reculer à chaque passage de vitesse dans la côte. Et... les gendarmes qui nous attendaient là-haut! Et qui obligent les lascars à rentrer illico dans l’habitacle.    Tu sais que l’amour du Lac de Servières date de Plexiglass. Christophe et Bernard adoraient aller se baigner. Quand j’ai eu mon permis, je les amenais ».

Pour Roger, le groupe avait trouvé un bassiste de remplacement au Mont-Dore dans un petit groupe né de l'émulation de l'époque. Ce bassiste est décédé il y a deux ou trois ans. C'était après le départ de José pense-t-il mais Roger avoue qu'il avait fait une croix sur tout ça au moment de son départ.

 

L’été 80 a été un moment de bascule pour Bernard, il quitte son boulot et sa copine qui a un jeune enfant. 

José : "Ils étaient inséparables avec Christophe et Alain qui venait aussi parfois traîner avec nous. Après, j’avoue que j’étais hors course. C’était des ados qui se cherchaient. Bernard avait pris une mauvaise trajectoire. Roger, il était un peu à part, car il avait son boulot. Et Jean-Pierre était au lycée… Christophe, il était à fond dans la musique. Mais Bernard, il déconnait. Il y a une période où il s’était teint les cheveux en jaune ou décoloré. Et le premier truc a été qu’il a déserté quand il a été appelé. Il était recherché partout. Je me rappelle que les gendarmes étaient venus me voir, mais moi je ne savais pas où il était. Christophe savait peut-être lui… Jean-Louis peut-être, peut-être même qu’il était aux Ecuries, j’en sais rien. C’est Bernard qui m’avait dit que Jean-Louis avait signé pour son 45 tours. Il m’avait dit aussi que l’expérience avec Sheller n’était pas terrible".  

Mais la réalité le rattrape, arrestation le 01/07/1981 pour outrages, rebellions, coups et blessures volontaires à agent de la force publique… Choc frontal : c’est le moment précis où sort le 45 T « suicidez-vous... ». Une carrière qui se lance et une vie qui se fissure.

 

José : "Je suis persuadé que cette expérience punk qu’il avait prise au sérieux lui a fait perdre pied. Il est parti en live, soutenu par Christophe dans sa folle aventure de vivre en marge et de faire de la musique. Il a souffert le martyre d’après lui à l’armée. Il a fini par être réformé pour raisons psychiatriques. Du gâchis, car c’était un garçon sensible, beaucoup plus que Christophe [Roger ajoute, pour faire tomber le masque du punk, qu'il  : "Il tombait amoureux sans arrêt"]. Je l’ai retrouvé quelques temps après sur les chantiers. Il avait eu un enfant avec la maître-nageuse de la piscine, mais il a fait quand même une période de prison. Mais je l’avais revu encore au début des années 90, ou 1988 et il avait réussi à reprendre pied, il était avec sa famille. Après, il a eu d’autres problèmes de santé et il a divorcé mais c’était un gars qui était très bien, vachement sympa. A un moment peut-être qu’il aurait fallu qu’il soit pris en main, et il est parti en live. Ils s’étaient monté un peu le chou, lui et Christophe, autour de la musique, ils voulaient réussir dans la musique, et ils ont tout lâché. Christophe a réussi quand même à s’accrocher, en continuant sa période punk [avec Chaos, et une période SDF, avant que Jean-Louis ne le reprenne sous son aile] mais Bernard... ».  Il est décédé en 2011 à 50 ans à Saint-Julien Puy-Lavèze. Trois ans plus tôt, il avait dû fermer son entreprise à Saint-Sauves (« C’était un très bon plâtrier » selon José). Une pensée pour Annie, son ex-femme, également décédée en 2013, et son fils Cédric qu'il est compliqué de retrouver (le nom Hebrard est commun).

 

Sur la fin, quand Jean-Louis lâche les Ecuries, Christophe Pie propose à José de reprendre la location ensemble. Mais José semble ne l’avoir jamais imaginé : « J’avais dit à Christophe, qui voulait qu’on se lance dans la musique, que je ne voulais pas de la vie que menait Jean-Louis, de la dèche, ne pouvoir manger que des pâtes. J’avais beau avoir 17-18 ans, je voyais bien que c’était difficile pour eux. Peut-être que Christophe le lui avait répété ensuite, car quand je l’ai revu lors d’une des premières fêtes de la musique à Clermont, par hasard, le contact a été assez rapide, détaché. J’ai eu l’impression qu’il voulait un peu se séparer de La Bourboule. J’ai aussi pensé qu’il avait pris la grosse tête".

"La scène j’aimais bien. On avait la pêche, mais je pense que la raison a pris le dessus pour moi".

Il faut dire que José a d'autres engagements qui lui apportent satisfaction : "L'été 80, nous avons réaménagé la salle du bas de la MJC, avec des fauteuils d'automobiles récupérés à la casse, des tables et des bancs avec le bois venu de la scierie du Père Croizat. Le 14 juillet, on a organisé une soirée déguisée, on est descendu au moment du feu d'artifice dans nos tenues faire de la pub. On a explosé le record d'entrées. Ceci a fait réagir Nicole de la discothèque La Niche, la première discothèque de La Bourboule, qui parlait de concurrence déloyale! Je me rappelle d'Alain qui était avec nous."

Et deux ans plus tard: 

" J’ai continué à mes heures perdues en devenant disc-jockey. Les jeunes du coin avaient répandu la rumeur que le patron de la discothèque avait fait venir un disc-jockey de Paris… J’ai fait connaître U2 en primeur aux jeunes des montagnes. J’ai fait deux saisons à la Niche. Certains jeunes venaient car ils savait qu’en fin de soirée, je passais un peu du rock : les Rolling-Stones, Billy idol, U2... La patronne avait accepté que je déroge un peu à la programmation disco de l’époque. J’ai dû passer un ou deux morceaux de Clara d’ailleurs. J’avais une cassette. Quand j’étais à la MJC, on organisait aussi des boums, et j’essayais de passer un morceau au milieu des autres. On était toujours prêts à faire de la promo. Il y avait quand même un morceau que j’aimais particulièrement mais je ne me souviens plus du titre. En 2019, le destin a fait que j’ai rencontré Jean-Louis mais aussi aussi la patronne de la discothèque, et tous les deux sont décédés depuis… C’était comme un adieu".

 

José a un constat un peu dur sur ceux qui n’ont pas pu se détacher de Jean-Louis Murat, qui sont restés peut-être des éternels adolescents « dans son ombre ». Ainsi, sur Christophe : « dans le fait de demander à Jean-Louis de garder la bande de Plexiglass, il y avait un brin de nostalgie. Car son rêve avait commencé là-bas. Alors que pour nous c’était un souvenir d’adolescence. C’est émouvant de l’écouter [émission Petit lait musical qui lui a été transmise]. Il avait choisi de vivre une vie hors norme et il l’a vécue ».

 

José : « La fin de Clara  a fait quand même une cassure. On allait aux concerts, on vivait un peu par procuration par le groupe. Après, ça faisait bizarre de passer par les Ecuries, que ce soit vide. Moi, ça me faisait drôle. Oui, oui, c’est évident : cette effervescence musicale bourboulienne n’a pu avoir lieu que grâce au retour de Jean-Louis au pays. Il en était l’incarnation. Son départ de La Bourboule a fait voler en éclats cette dynamique. Nous sommes revenus à une vie plus normalisée, excepté pour Christophe, Bernard et Alain, qui erraient aux Ecuries comme des canards sans tête. Ils étaient dans le déni de la réalité. Leur tentative pour que Plexiglass occupe Les Ecuries à la place de Clara en était l’illustration. En désaccord avec cette idée, ce qui restait de Plexiglass s’est dissous. Pour moi, ça a été aussi une perte de contact totale avec Jean-Louis. Le trio, lui, ne s’était pas résigné. J’avais appris par eux que Jean-Louis avait signé pour un 45 tours, qu’il était revenu sous les monts et restait invisible à La Bourboule. Son titre avait été censuré". 

 

 

EPILOGUE 1 : José : « J’étais encore électricien dans les années 80, et on installait des antennes spéciales pour avoir les chaînes 5 et 6 sur La Bourboule. J’étais à Saint-Sauves, seul chez un client, je lui réglais les canaux. Je ne faisais pas gaffe à l’image, mais là, j’entends une voix que je connaissais. Merde… J’ai reconnu son timbre, ça m’a fait un choc. Dans les premiers réglages de télé que je fais, je tombe sur un clip de Jean-Louis ! Je ne peux pas te dire le morceau, mais sa voix était familière, je ressentais les émotions passées en sa compagnie.

Ce que j’aimais chez Jean-Louis, c’est son timbre particulier, mélancolique, même si à des moments, on ne comprends pas ce qu’il dit. Et c’est je pense ce qui a tout de suite fait tilt à JB Hebey, son phrasé, du Jean-Louis tout craché. C’est ce que j’aimais bien et c’est ce que j’ai tout de suite reconnu quand je l’ai entendu à la télé… et pourtant ça faisait presque dix ans que je ne l’avais pas entendu. »

Cette proximité, ils l’ont toujours gardée : Roger n’aime pas les interviews figurant dans le livre Les jours du jaguar: il n’y retrouve pas dans la retranscription le Jean-Louis Bergheaud qu’il connaît!

 

EPILOGUE 2 :

José:  "J’étais allé voir Jean-Louis au moment de Mustango au Splendid à Lille. J’avais emmené ma fille qui était adolescente. En première partie, il y avait un groupe, des Clermontois qui sortaient leur premier disque. C’était Rogojine. J’étais au fond, il y avait des lumières, j’ai juste remarqué que le batteur me semblait plus vieux… Bon, je me suis dit c’est bizarre... mais à la fin à la soirée, quand ils ont quitté la scène, j’ai reconnu Christophe… à sa démarche ! Je ne l’ai pas reconnu physiquement car quand je l’ai connu, il avait 15 ou 16 ans, et là , il avait une quarantaine d’années, mais à son allure, je me suis dit : c’est Christophe !

A la fin, Rogogine vendait son CD. Christophe n’était pas là, mais je parle aux deux musiciens [dont Jérôme Caillon, Ranchero] qui signaient : "Je peux vous poser une question : votre batteur, il ne s’appelle pas Christophe ?" Ils me disent : "si. - Christophe Pie ? - Ben oui ! - Ecoutez j’ai fait de la musique avec lui, quand on était ados. - Ah, mais vous étiez dans le groupe Plexiglass ?" Je pense : "Ah ben merde alors !…" - "Mais il n’arrête pas de nous en parler, de son groupe Plexiglass !! - Ah, alors vous lui direz bien le bonjour..." Et ils m’ont retenu : "Non, non, restez, on va chercher Christophe." Il est sorti des loges, et on s’est embrassé. Puis on a un peu repris contact, mais il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, on n’avait que les mails. Il m’avait envoyé les photos que la femme de Bernard Hebrard avait pris. Elles n’étaient pas très nettes mais on me voyait chanter, je montais dans l’amphi avec mon micro pour aller voir les spectateurs. Je ne l’ai plus jamais revu. Voilà mais c’est bien, il est resté fidèle à cette route-là.  cf le premier article du blog  réalisé à sa mort 

 

EPILOGUE 3 :

José : "J’ai revu Jean-Louis un peu avant le covid, en été 2019, ça faisait des années que je n’étais pas revenu à La Bourboule. Il buvait une bière au café du Cyrano, avec une jeune femme [Véro Jeetoo]. Ça a été instantané, je suis allé vers Jean-Louis, et je lui ai dit : "Jean-Louis, comment tu vas ?" Bon, il m’avait connu, j’avais 17 ans, et là, j’en avais un peu plus. Mais lorsque j’ai commencé à parler de Plexiglass, là il s’est tout de suite souvenu. Et il m’a dit qu’il avait encore en sa possession des bandes de Plexiglass, avec quelques extraits enregistrés aux Ecuries. Il m’a dit : "ben, écoute, quand je viens dans le nord en concert, tu viens au concert, tu insistes pour venir dans les loges et on se voit…", mais l’occasion ne s’est pas présentée. Bon, au début des années 2000 j’avais déjà essayé de le voir, et ça n’avait pas été possible, je le lui ai raconté et il m’a dit : "si, si, tu insistes, je veux absolument te voir quand je viens dans le nord." Voilà, ça a été la dernière fois. J’ai senti qu’il n’avait pas oublié ce passage là.

Il a rigolé de me voir promener un bichon! Il a dit à mon fils « il fallait voir ton père comment il déménageait ! ». 

Ça m’a amusé : il m’a aussi dit qu’Alain venait d’acheter un ampli [comme si leur préoccupation n’avait pas changé depuis 40 ans]. Et pour clôturer ce voyage, comme par hasard, je rencontre Alain vers le marché Saint-Pierre à Clermont-Ferrand, tel un éternel ado". 

 

EPILOGUE 4 : Jean-Pierre : "Pour info, je bosse en freelance pour une galerie d'art à St-Etienne, galerie qui expose Charlélie Couture. J'ai eu l'occasion d'échanger avec lui (brièvement car il est très sollicité) lors du vernissage le week-end dernier; je n'ai pas manqué d'évoquer avec lui la mémoire de Murat, sa carrière, etc... J'ai senti beaucoup d'affection et d'estime artistique pour lui (ce que je savais déjà), la tournée de 1984 restant notamment pour lui un très bon souvenir. (Seul point d'achoppement, il avait adoré "Suicidez vous le peuple..." et moi détesté à l'époque) En tout cas Charlélie est un amour de gentillesse et de disponibilité (en plus d'être un grand artiste)"

 

 

La musique au cœur :

Jean-Pierre Gougnot a continué à suivre avec attention le parcours de Jean-Louis à travers sa discographie (sa préférence va pour les années 2000, notamment Lilith). Il continue de jouer sur scène en amateur, en duo, trio, pour se faire plaisir, et en reprenant du Murat. On peut l'écouter sur "la nuit je mens" ici.  C'est grâce à nos échanges commencées en 2021 que l'idée de ce dossier est venu. Merci !

 

José Pereira : "Je suis parti dans le nord parce que j’ai rencontré ma femme, c’était difficile pour elle d’avoir du travail ici, mais à l’époque, j’étais associé avec mon patron. Ça allait. J’ai vécu quelques moments à Royat, je faisais la route, et à un moment donné, j’en ai eu marre. Tant qu’on était ados, qu’on avait tous ces échanges, c’était super... mais après, ça devenait un peu pénible quand même de vivre là bas… l’éloignement...

Je suis toujours à la recherche du collectif : je me suis beaucoup investi dans mon syndicat, avec la Chambre de métiers, pour les métiers de l’artisanat et pour les jeunes… Je continue toujours! »

Et il s’amuse toujours à écrire des textes qu’il met en musique avec l’IA sur tiktok… et il nous permet d’ajouter le nom de sa fille Ellie Meriz aux nombreux fils et filles de ces musiciens auvergnats des années 70 et 80 qui ont repris le flambeau - très sérieusement-, au piano, à la guitare et avec une voix charmante.

On l'entend sur un texte de son père, pour parler de la Révolution des Œillets, avec son berger de grand-père (lui aussi!), c'est très émouvant, mais on pourra écouter Ellie Meriz dans son répertoire habituel avec plaisir dans une session live là.

C’était une bonne idée de finir cette partie avec la belle voix de José et sur un peu de SAUDADE… car même les punks se font rattraper par la nostalgie et la mémoire… mémoire qu’on n’a pas encore fini d’explorer… 

Mais il faut quand même finir sur le héro disparu :

Christophe Pie arriva à vivre de la musique, après une période difficile. Il est présent sur plusieurs disques de Murat et devint une personnalité de la musique à Clermont, arrivant à s’intégrer à la génération Kütü Folk qui fit de Clermont la capitale de la pop durant quelques années, notamment avec The Delano Orchestra. Toutefois, son soundcloud révèle qu’il aurait pu sans doute avoir une autre carrière : Il est l’auteur de Sky lumina, un album magnifique, qu’il serait nécessaire de rééditer, avec un texte de Jean-Louis (les morceaux uploadés sur myspace ont été perdus, son soundcloud pourrait un jour connaître le même sort), et il a composé d’autres très belles chansons (notamment pour Marie Audigier qu’on a aperçue seulement subrepticement dans l’histoire, femme de l'ombre, rouage et oreille essentielles). Sky Lumina, c’est peut-être un des disques qui me touchent le plus mais dont de ce fait je me tiens éloigné… C’est encore plus émouvant de l’écouter après avoir travaillé sur ces années de basculement. Lui aussi portait dans sa musique une mélancolie certaine. Il s’était énervé quelques mois ou années contre moi pour une raison que j’ignore ou simplement parce qu’il n’aimait pas « les fans » qui le renvoyaient à Murat, alors qu’il avait inauguré les inter-ViOUS ET MURAT- (en ne disant rien, certes). J’aurais voulu qu’il sache que j’aimais vraiment beaucoup sa musique, même sans Murat, tout comme Alain Bonnefont, dont le set au Week-end Murat reste un moment inoubliable. On se quitte donc avec des belles chansons de Christophe PIE  avec une dernière pensée à Bernard Hebrard... 

[A SUIVRE :    COUP DE CLARTE SUR CLARA..]

Christophe, musicien un mode de vie,  dans Une histoire du rock
 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

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P
Excellent article une fois de plus. Très intéressant de se replonger dans l’atmosphère musicale bourboulienne des années 70-80 et d’approfondir nos connaissances sur le groupe Clara
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P
Salut! <br /> Sur le site de la FNAC, l'on peut lire quelques pages du "Roman de Murat".<br /> Peut-être, les avez -vous déjà parcourues ?<br /> Belle année muratienne !
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P
je viens de voir que le livre m'attendait dans la boite aux lettres
H
Toujours aussi passionnant. Merci, merci, merci!
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