Publié le 30 Décembre 2025

PLEXIGLASS – Printemps 79 - Fin d'été 80  (Partie  2: Le rock Bourboulien)

Les médias nous ressortent régulièrement le « phénomène des bébés rockers » (période Zéro de conduite, puis BB Brunes et Plasticine…) mais à Clermont, les Sales gosses et Plexiglass avec leur leader de 16 ans enthousiasmaient déjà leurs congénères…

Manque Roger (histoire de retardateur!). JP "sur cette guitare, je m'amusais à jouer les arpèges de "is there anybody out there?" des Pink Floyd (the wall venait de sortir). Cela impressionnait Christophe et Bernard, tout en se demandant si mon style était vraiment adapté à celui de Plexiglass!"

Episode précédent à retrouver ici. (Les remarques faites en préambule de la partie 1 restent valables pour cette suite, comme l'espèce de profession de foi récente qui figurait ). 

On retrouve donc nos ados qui squattent aux Écuries, après l’école, le travail, ou pendant les vacances. Et...

Roger : « Plexiglass, c’est né parce qu’on traînait aux écuries pour les écouter, et puis, après, ils nous laissaient prendre leurs instruments ». Marco (Lespinasse) se rappelle de Christophe qui s’amusait avec un minimoog qui se trouvait là.

 

José : "Ceux qui ont vraiment insufflé le groupe, c’était Christophe Pie qui était le plus jeune et Bernard Hebrard. Roger s’est collé au même moment, et moi je suis arrivé parce que je connaissais Bernard. Il était plâtrier peintre, et moi je faisais électricien, on se croisait sur les chantiers et on discutait, et puis il a dû me dire : tu ne veux pas faire partie d’un groupe avec nous ? Je vois encore le moment. Nous étions chez un copain commun. Il savait que j’aimais la musique. Et vu que j’étais inséparable avec Jean-Pierre Gougnot, j’ai dit qu’il fallait qu’il vienne. On était vraiment un duo avec Jean-Pierre, inséparables, on faisait tous à deux, le sport… et il fallait qu’il vienne dans le groupe. On s’est réuni et vu qu’on était dans la période de Hygiaphone de Téléphone [sorti en 1977], le nom est venu. Et on squattait les Ecuries. D’ailleurs, je crois que c’est Jean-Louis qui nous a donné l’idée de fonder notre groupe".

 

Jean-Pierre : « J'étais ami avec José depuis nos 13/14 ans (première rencontre en 1973); moi je suis d’août 1962, José de décembre 1961. Je gratouillais depuis mes 15 ans et je connaissais quelques accords. De 1977 à 1980, j'étais interne au lycée à Ussel. De 1980 à 1982, je suis allé au Lycée de Montferrand à Clermont, car j'avais été admis au Centre de formation de l'ASM Rugby. J’avais cette activité sportive prenante, et aussi les études en internat. Musicalement, le post-punk gratiné new-wave ne m'emballait plus vraiment (j'étais plus Neil Young, Bob Dylan et J.J Cale). Au final, je ne suis pas resté longtemps dans le groupe". 

 

L’impulsion de Jean-Louis sur le projet est clairement attestée par le souvenir de José et Roger :

José : "C'est avec lui qu’on a écrit notre première chanson, puis qu’on a eu des échanges là-dessus. Il a pris sa guitare, deux-trois accords de rock classique, allez, quelques mots, il a démarré le truc, je me suis mis à écrire le reste. Et après, c’était parti.. Voilà il nous avait composé le premier morceau. Faut voir la vitesse à laquelle ça allait. Quand il nous a écrit notre chanson, il s’est mis dans un coin, et ce n’était pas prévu, c’était spontané, et ça lui est venu tout de suite, tac tac. Il ne s’est pas mis à réfléchir 170 ans. Il avait une facilité. Ça lui sortait tout seul".

Roger: "Jean-Louis a un peu poussé pour qu'on lui serve de première partie. A l'époque, il fallait toujours des gens pas très bons pour démarrer, histoire de te mettre en valeur derrière!". Il faut se rappeler qu'à l'époque, les premières parties servaient plus à s’entraîner au championnat du monde de lancer de canettes qu'à découvrir des artistes, et Clara en a été victime aussi. Les charmants côtés du punk: les Lou's racontent: "Celui qui a le mieux joué, c'est celui qui est le plus couvert de crachats. Si tu veux leur répondre et que tu leur glaviottes dessus, ils ouvrent la bouche ! C'est dégueulasse !". Elles furent accueillis plus calmement à La Bourboule en août 78. 

Voici donc cette première chanson: PLEXIGLASS dans Plexiglas, reconstitué avec l’IA à partir des paroles, accords et mélodie d'époque, beaucoup mieux orchestré, léché et "en place" que l’original, mais l’esprit et l’énergie étaient les mêmes... 

 

 

 

José : "Bon, tout se faisait de mémoire et à l’oreille, mais la mélodie c’est lui. Car il faut savoir que les cinq gars de Plexiglass, on est parti comme les Sex pistols, de rien, personne ne savait jouer de la musique, c’était à l’oreille. Mais le plus doué de tous, c’était Christophe. Il était très assidu, il a commencé à taper sur la batterie. Il écoutait. On voyait bien que lui il s’accrochait, il avait ça dans la peau. Alors que nous, bon... Moi, j’écrivais les textes, ça m’est venu naturellement. Il fallait bien que quelqu’un le fasse, je ne jouais pas d’instrument, et puisque j’avais un peu de voix, on m’a dit : "toi, tu chantes"".

 

Roger et José ne sont effectivement pas musiciens, dans leur souvenir Bernard ne l’était pas non plus, mais Christophe a dit avoir usé la guitare sèche de sa sœur jusqu’à ce qu'elle n'ait plus que deux cordes, et il a raconté :

« J’ai commencé à la fanfare de Messeix sans grande conviction, je jouais du clairon et du tambour [avant ses 14 ans]. Quand je suis arrivé à La Bourboule, il y avait la maison des jeunes où on écoutait les seuls disques qu’il y avait, Hendrix, Beatles, Cohen et un Who. C’était en 74. Le déclic est venu en voyant Clara répéter. On a monté Plexiglass avec des copains. On s’est fait prêter du matos par des anciens balluchards. [Ca ne rappelle rien à José et Roger]. C’est venu un peu par hasard. Les gens de Clara nous faisaient kiffer, et on est allé les voir avec mes potes. Je n’étais pas intéressé spécialement par la batterie, c’est en essayant que j’ai vu que ça me plaisait, parce que ça me défoulait ».

 

De l’idée à la réalisation, comment faire ? Ils n’ont pas d’argent. Christophe raconte :  "J’ai tanné mes parents pour avoir une batterie, une Morris achetée chez Connen Elle valait deux mille francs. Pas question de changer de peau, je n’avais pas les moyens. Je jouais avec des baguettes cassées. J’avais même essayé de m’en fabriquer avec l’aide d’un menuisier. Il a pris du chêne en pensant que ça serait suffisamment dur. Au premier coup de cymbale, la baguette a explosé". 

Christophe a peut-être tanné ses parents quelques temps… mais deux membres de Plexiglass indiquent qu’ils n’ont pas cédé, même s’ils étaient assez libéraux ! Il a fallu se débrouiller. Et c’est donc toute l’équipe qui prend le train pour se procurer la batterie… à crédit, le souvenir est assez clair pour tous, et le seul majeur, c’est Roger, qui indique par ailleurs avoir été un peu le financeur du groupe (même si dans sa mémoire, c’est Bernard qui avait pris le crédit de la batterie). Connen est depuis les années 60 un des repères des rockeurs clermontois, Place de Jaude. Jean-Marc Millanvoye, une des premières personnalités rocks d’Auvergne le racontait ici, à une époque  où «Jérôme Pietri avait une guitare électrique chez lui, il était considéré comme le diable en personne».( Si Jean-Louis Murat -avant qu'il ne soit totalement libéré de ses complexes guitaristiques, embauchera par la suite ce Jérôme, ce n’est pas un hasard. On a raconté ça en détail).      [Réserve: JP finalement se demande si Christophe n'aurait pas eu une première batterie d'occasion achetée par ses parents avant celle que le groupe lui achète]

 

Peut-être que Christophe se débrouille pour payer les traites avec ses parents par la suite mais pour Roger : «  j’étais le seul à bosser et un poil plus âgé. Donc j’étais plutôt le financeur. Christophe était encore mineur et Bernard avait acheté la batterie, il avait fait le crédit. Le peu d’argent de concerts servait pour le rembourser. Moi, j’avais acheté ma basse avec son ampli. Bernard avait payé sa guitare et n’avait pas d’ampli et j’avais donc financé le sien, un Marshall, et à côté, je payais un peu tout."

 

Jean-Pierre : "Le plus acharné était Christophe, qui passait des heures et des heures dans la cave de la maison de ses parents à s’entraîner sur sa batterie, casque sur la tête, en écoutant notamment AC/DC et en reproduisant le jeu de batterie de Phil Rudd. Ce qui ne l'empéchait  pas littéralement fasciné par le rythme de la batterie de l'émission "La séquence du spectateur", qui pour le coup, n'avait rien à voir avec le hard rock". Cette dernière information n'est pas si étonnante. Christophe n'était pas du tout dans la démonstration, revendiquant d'oser faire juste le nécessaire, il prenait comme exemple cette chanson des The Delano Orchestra. Si des lecteurs de moins de 40 ans lisent cet article, vous pouvez vous référer à l'INA pour découvrir ce générique culte. 

Quelques années plus tard avec Jean-Louis, et bien avant que ce dernier lui écrive KIDS en hommage

 

La maman de Christophe est institutrice et la famille a un logement de fonction dans l’école.

Roger : "On avait fait un truc de répétitions dans les sous-sols, le son remontait par les canalisations, et au dessus, le gars qu était aux toilettes, il avait de la musique".

José : "Je me souviens des premières répéts dans la cave de Christophe c’était l’été certainement 79 pour terminer en 80 par des répéts aux Ecuries. On avait squatté là, on avait installé des cartons d’œufs pour le bruit, et c’était notre studio de répétition. Christophe avait une famille qui était très libre, permissive. Il avait une liberté totale. Son père était un artiste peintre, qui avait sans doute vécu 68. Christophe était en chaudronnerie mais il ne foutait rien. On allait chez lui, et lui il n’avait pas de règles en fait. Il était libre comme le vent. Peut-être qu’à ce moment-là, il aurait fallu le cadrer…

Pour un ado, c’était le rêve, des parents comme ça. Il découchait, il faisait ce qu’il voulait. Une année, ses parents sont partis en vacances, et il est resté chez lui avec sa sœur pendant tout l’été ou au mois d’août au moins. Sa sœur était ultra sympa. On répétait dans la cave et derrière un rideau, il y avait un stock de champagne… et on a tout sifflé. C’est Jean-Pierre qui avait pris la première bouteille je crois me souvenir. Je crois que ça nous a valu quand même de perdre notre local de répét... et on est encore alléplus souvent aux Ecuries". 

Christophe était hyper doué pour la musique, il avait l’oreille musicale. Il reproduisait rapidement ce qu’il avait écouté : il mettait des disques et il jouait dessus, et il jouait super bien dès le départ. Et c’est bien sûr un des trucs qui mettait la pêche à Plexiglass. Bernard avec les pédales faisait vibrer les cordes [en plus de l'ampli Marshall qui faisait un gros son saturé" dit Roger] : on sortait des sons. Jean-Pierre avait fait un peu de guitare, c’était le seul qui avait des notions »

Jean-Pierre: "Bernard devait avoir une Les Paul Black (une copie), il jouait sur deux cordes -les power chords- qui, via un max de distorsion, sonnait du tonnerre de dieu. Il n'était pas un grand technicien, mais avait un sacré son énergique. Moi, j'avais une copie de Stratocaster branchée sur la 2e entrée de l'ampli... autant dire que mon son était bien étouffé par celui de Bernard!".


Avec l’internat, les apprentissages, les répéts étaient donc surtout pendant les vacances. « Quelques fois, plutôt l'hiver, c’était dans le studio de Clara » dit José.

 

José : "Moi, je me prenais pas la tête. On faisait de la musique, on était content. J’étais un peu révolté à l’époque, à l’âge de l’adolescence, et on s’exprimait. Ça faisait du bien, et on avait du monde qui venait nous voir. A La Bourboule, on avait la côte, nous. L’été, pendant les cures, on laissait les portes bien ouvertes, comme ça tous les ados qui passaient venaient s’agglutiner dans la cour pour nous écouter répéter. Fallait qu’on fasse le show ». Marco nous a raconté qu’il les a découverts ainsi.

 

Et c’était important de laisser ouvert : Roger avoue que pour lui, tout ça, c’était avant tout pour les filles ! Le local servait aussi pour ramener des conquêtes, et leur proposer du champagne !

José : "Après les répéts dans la cave, on descendait vers le Lous Fadas, il y avait Jean Louis et/ou Alain qui bossaient. Un soir, on faisait tellement de foin en y allant que des curistes nous ont jeté des seaux d’eau. Il me semble qu’on avait descendu le pantalon pour se retrouver en slip. Une autre fois, on avait mis Christophe dans une poubelle".   Il faut bien que jeunesse se passe...  mais un peu de sérieux : 

Une chanson avec l’aide de Jean-Louis, une reprise des Sex Pistols… Il fallait quand même étoffer :

José : "Pour la petite histoire, on avait donc la chanson faite avec Jean-Louis et il nous fallait donc une deuxième chanson. C’est Roger qui a eu une idée. Il était un grand fan de Coluche jusqu’à s’habiller comme lui, avec la salopette. Il avait la même dégaine ! C’est l'image que j’ai. Et donc il me dit : il y a un sketch de Coluche, qui parle d’une femme qui a été ultraviolée par des rayons X… [cf Sketch "Le belge"], et on est parti là dessus : « Avec ma femme, nous avons été à St Tropez pour se faire bronzer, ma femme s’est allongé sur la plage, moi n’aimant pas la mer… quand je suis arrivé dans la chambre, ma femme était sur le lit, ses yeux montraient qu’elle avait pleuré, je lui ai demandé ce qu’elle avait. Je suis fait ultravioler par des rayons X…."

Voilà : c’était Roger qui avait donné le fil de cette chanson. Je l’ai encore dans une vieille cassette un peu inaudible aujourd’hui, c’était enregistré avec un magnéto que j’avais mis au centre de la cave où on répétait.

Je me rappelle d’une autre chanson, c’était le moment où il avait opposition entre rock et disco : «Sur les rythmes de Pistols dans cette discothèque, caca boite à fils à papa». Ça déménageait ! Jean-Louis se rappelait bien de cette énergie quand je l’ai revu.

Christophe en avait composé d’autres. J’avais un cahier d’écolier avec mes paroles. Christophe et Bernard composaient la musique, je mettais des paroles dessus sans aucun sens pour garder en tête la mélodie, et après, j’essayais de raconter une histoire. Sur la fin, il y a eu aussi un curiste qui était venu composer un morceau avec nous; ça faisait : « petite fille insouciante je t’aimais et toi tu t’amusais » .

Quand José a été interrogé sur le racisme, il a dit ne pas en avoir été victime, mais il a écrit en réaction à une remarque faite à sa mère par un employeur une chanson qui faisait : « Vous qui n’aimez pas les étrangers, ayez honte et aussi pitié, eux, qui ont quitté tout ce qu’ils aimaient, pour vivre et travailler. Mais que peut-on dans ce monde plein de haine et de trahison ? Mais que peut-on ? En prendre plein les oreilles et passer pour des couillons».  

 

 

José :  "Aux concerts de Clara, il y avait du monde, oui, mais il y avait quand même des critiques. C’était la période punk, il fallait que ça bouge, et Jean-Louis, il n’était pas dans le style. C’était un ressenti, les jeunes étaient plus attirés par notre musique, nous étions plus dans la vague du moment, le punk contestataire. Pour moi, Clara, c’était un peu mou pour mes goûts d’ado. Je n’étais pas emballé par la musique même si j’étais admiratif de la personnalité artistique de Jean-Louis, son charisme [On verra par la suite que Roger, lui, accrochait plus]. D’ailleurs, je n’ai pas de souvenirs de chansons de Clara. Moi, à l’époque, je préférais les chansons d’Alain Bonnefont, c’est marrant. On trouvait que ça collait plus mais c’était peut-être parce que c'était moins original ?  Mais oui, il chantait aussi de temps en temps, une ou deux chansons. Pas beaucoup".

Jean-Pierre confirme : "C'est pour beaucoup le jeu de guitare d'Alain qui m'avait donné envie de me mettre sérieusement à la guitare... son feeling de guitariste gaucher (sur, si mes souvenirs sont bons, une Gibson SG) me fascinait..." Rappelons qu'il a la particularité de jouer en gaucher avec une guitare pour droitier comme Hendrix.

José : "Il n’y avait pas de jalousie, Jean-Louis avait une confiance débordante dans sa musique. Si tu n’aimais pas, tu étais idiot. Il était conscient que nous avions notre propre style. Nous avons pu faire des concerts uniquement grâce à lui et à son matériel, il nous faisait le son, et il nous coachait un peu. C'était sa volonté à lui, et pas la volonté des autres membres du groupe. C’était lui qui gérait le truc. Alain, il se coulait douce."

Si on a fait de la musique, c’est parce que Jean-Louis voulait bien qu’on le fasse et que ça lui faisait plaisir qu’on le fasse. Même s’il faisait un peu bourru comme ça... "je vous aime bien mais je ne le montre pas trop… mais je vous aime quand même, c’est évident". Il nous accueillait et jamais il ne nous a dit "dégagez", on venait quand on voulait, il ne nous mettait pas à la porte, on allait répéter dans son studio. Jamais on n'a senti qu’on était de trop et que ça l'emmerdait que les petits jeunes soient collés à eux. Au contraire, je pense que ça lui faisait plaisir qu’on soit là. C’est même possible qu’il ait été plus proche de nous que de son propre groupe, à part peut-être Alain. Je ne sentais pas une grande proximité. Le groupe Clara n’existait que par lui".

Jean-Pierre:  "Une chose dont je me souviens, et qui caractérisait (selon moi), Jean-Louis à l'époque c'était sa BIENVEILLANCE et Gentillesse. Lors d'un concert Plexiglas à la MJC de La Bourboule, ma sangle de guitare s'était accidentellement détachée laissant entrevoir un grand moment de solitude scénique JL, présent sur place (faisions-nous leur 1ere partie, je ne sais plus) a de suite réagi et a été le premier à monter sur scène pour remettre ma sangle en place..."

 

Il faut peut-être relativiser un peu les impressions de José par le fait que Jean-Louis restera quand même proche d'Alain, et de JF Alos, mais sa volonté de réussite  était prégnante, et sa création artistique déjà très solitaire apparemment. 

 

Souvenirs de concerts :

On en a identifié au moins cinq mais José estime qu’ils ont peut-être joué une petite dizaine de fois.

- Au Casino de La Bourboule:

José : "On avait monté le groupe et on faisait les intros [les premières parties], ça permettait de faire un concert plus étoffé. On n’avait pas de matériel, mais Clara, ils avaient tout, la sono… Ils étaient capable de monter un concert, ils avaient tout le matos, la table de mixage, Jean-Louis il avait mis tous ses ronds là-dedans. Et donc, on a fait quelques concerts avec eux. Je pense qu’on aurait continué le groupe si Clara avait continué comme ça. On était un peu satellite.

Un des premiers concerts qu’on a faits, c’était au Casino de La Bourboule. Il devait y avoir plusieurs groupes, Clara, et peut-être un autre… peut-être les Sales gosses qui étaient des copains à eux [Christophe Adam réfute leur présence, indiquant qu'il n'y a joué qu'avec FAFAFA plus tard]. Et je me rappelle de Yann, le fils de Jean-Louis, qui était venu voir son père jouer. Sa mère nous l’avait laissé, à nous, les jeunes de Plexiglass, et on le surveillait le temps du concert. Je me rappelle, il gambadait devant. C’est impressionnant. »

La salle de concert actuelle du Casino

 

- A la Maison des Jeunes pour au moins deux concerts (peut-être plus, notamment dans l’été 80). L'un deux est organisé par José pour Clara.

Roger : "Avec Plexiglass, on a fait un ou deux concerts là-bas, peut-être le premier d’ailleurs. On n’avait que trois chansons, mais bon. Bernard avait cassé une corde, et pendant le changement, on s'était retrouvé à devoir meubler".

 

José : "J’avais même organisé un concert à la maison des jeunes de La Bourboule (j’ai vu des photos [signées Marco]). C’est moi qui ai fait en sorte qu’ils puissent jouer pour avoir un peu de ronds, parce qu’ils crevaient la dalle, même si ça bossait un peu de gauche et de droite. Quand ils faisaient des concerts, ils étaient content quand ils avaient 500 Francs [avec des francs de 1980, ça représente 249 euros d’aujourd’hui, d'après l'Insee]. C’était dur. Et vu que j'allais tout le temps à la Maison des Jeunes et que j’avais de très bons contacts avec le directeur (il était frileux et peu enclin à faire confiance aux types de Clara),  j’avais demandé qu’on puisse organiser un concert payant. On avait mis le tarif à 10 francs et les bénéfices étaient pour eux.

Sur la photo, on reconnaît les lambris qu’on avait posés avec d’autres bénévoles.

J’étais tout le temps à la Maison des Jeunes. On y a fait des concerts aussi avec Plexiglass. On y faisait nos tee-shirts avec le nom Plexiglass imprimé. On a fait des photos du groupe développées au labo de la MJC (mais je n'en ai gardé aucune). C’était quand même une période assez intense".

Le tee-shirt de Roger conservé précieusement 40 ans

José se revoit à la MJC : "Je suis habillé d’un pantalon de ski KWay jaune. Musique à fond. On vient m’annoncer à l’oreille que la voisine a appelé les flics. Je crie dans le micro : "les flics, on s’en fout !" Je lève la tête : la maréchaussée est devant moi ! Il sont restés avec nous un peu, en disant les gars, il faut baisser le son pour la voisine. Je crois qu’ils avaient apprécié la musique. Dans cette ville, tout le monde se connaissait, même les flics. Ils avaient certainement entendu parler par leurs fils de la vague musicale en cours !" Ce concert a eu lieu dans la salle du haut. La voisine qui tenait un magasin se plaignait du bruit, et il a été décidé alors de changer : ping-pong en haut, et concerts en bas. Un autre concert a eu lieu en bas. Il n'y avait pas de scène. 

Roger avait une bonne dégaine sur scène. Même si le son de la basse était ce qu’il était, les gens ne s’en rendaient pas vraiment compte, on avait une belle allure. On collait à l’image que les jeunes attendaient à ce moment-là, même plus que Clara. On n’était pas bons musicalement, ça c’est clair, mais au niveau scène, les jeunes, ils nous préféraient, parce que ça faisait du bruit, on se défonçait sur scène, ça bougeait, il y avait une dégaine, Bernard aimait bien Kiss et il voulait un peu faire ça., Christophe ressemblait déjà à un punk, avec son collant violet qu’il avait.

Roger s'amuse quand même du fait  qu'on puisse dire que les jeunes préféraient Plexiglass. Pour lui, c'est très exagéré, et les gens venaient pour Clara! 

 

- A Jassy : février 80 (selon José, mais Roger et un participant ont un doute sur la période : novembre?)

 

José : "Je me rappelle d’un festival à Jassy [hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne], dans le Cézallier. Il faut se lever de bonne heure pour organiser un festival là-bas en plein hiver [oui, héroïque : encore aujourd’hui, France Bleu parle des quelques maisons « quasiment isolées par la neige et les congères »]… C’est plus accessible en passant par Issoire, mais nous, ça faisait quand même une expédition. Jean-Pierre ne jouait plus avec nous, mais il nous avait accompagnés. Roger avait trouvé un copain qui avait la voiture, on n’avait pas encore l’âge de conduire. C’était un break pour pouvoir mettre le matos. Et Jean-Louis était à la table de mixage, donc je pense que c’était lui (et Marie bien sûr) qui était organisateur. Nous on avait notre show là-bas, on était contents. Bon, musicalement, on n’était pas l’élite, mais ça plaisait bien aux gens car ça déménageait. On ne s’attardait pas trop sur la qualité de la musique, c’était plutôt le show et le public a bien aimé : c’était une vieille grange et c’était plein [Christophe Rivet, le frère de Joël, personnage du Cézallier, se rappelle avoir été présent mais pas plus]. J’étais un peu surpris qu’il y ait autant de monde en hiver. Je me rappelle qu’on avait demandé à un paysan car on n’arrivait pas à trouver !"

Roger se rappelle qu'ils ont joué sur les instruments de Clara.

José: "Quand on est repartis, il y avait un brouillard pas possible. On est passé par la Croix-Morand ou le Saint-Robert, on voyait que dalle. Le chauffeur était obligé d’ouvrir la portière pour essayer de repérer la ligne blanche au milieu de la route, pour revenir à La Bourboule.

Quelques jours plus tard, on a fait le point chez Jean-Louis de ce truc-là. Je ne sais pas si Roger s’en souvient, mais moi, oui. Ça a été un moment important. Nous, on était contents et Jean-Louis, toujours avec sa diplomatie, il balance une vanne à Roger : "heureusement que je t’ai coupé parce que tu étais complètement faux !" Roger, il ne s’était pas rendu compte qu’il avait été débranché ! Jean-Louis lui a balancé ça comme ça. Le lendemain ou surlendemain, Roger repart avec son matériel, et il dit : "je quitte le groupe". Et vu que c’était le seul bailleur, le seul qui bossait, tout lui appartenait…                              

Il est possible que ce soit Marco qui ait fait une remarque à Roger. Il s'occupait du son généralement à cette époque, et José se rappelle qu'il y a eu peut-être une remarque tout de suite après le concert. Roger reconnaît bien volontiers ces lacunes : « je faisais du bruit ». On peut aussi rappeler que François Saillard a été sévèrement taclé par Murat alors qu'il a fait le job dans de nombreux groupes par la suite.

José: "Outre le fait qu’il était débutant, il est vrai aussi qu’il n’avait pas trop le temps de venir répéter. Il bossait la nuit, il était pâtissier. (Pendant des vacances, nous allions dans une boîte au Mont Dore « La grange aux belles », danser sur Police qui était encore peu connu, et après, je me rappelle qu’on frappait derrière sa boutique, il nous ouvrait et on terminait la nuit en mangeant des croissants chauds). Et on n’avait pas forcement répété suffisamment avec lui. Et alors que nous, on était très contents du concert, que Jean-Louis balance ça, c’était rude. Mais c’était Jean-Louis tout craché, de lui balancer ça dans la gueule".

Roger : "Ca m’a saoulé un peu. Je trouvais que les autres ne faisaient pas les efforts. C’est pour ça que je suis parti. J’étais un peu con, je leur ai laissé l’ampli. Et puis, je bossais la nuit… et c’était compliqué, même si je me démerdais. Cette histoire, ça a été de courte durée pour moi. J’avais besoin de thunes, je bossais en saisonnier après mon apprentissage, mes parents ne me finançaient pas, j’étais autonome. Je suis parti de La Bourboule une petite dizaine d’années, c’était aussi un besoin. Je suis revenu dans les années 80. Je revoyais Christophe, puis Jean-Louis … » [Cela fera l’objet d’un prochain article].

 

José : «Je ne crois pas avoir revu Roger et voilà, on s’est retrouvés un peu sans matos. Ça a commencé à être le début de la fin…mais pas si vite. On a tenu la barre avec Christophe et Bernard. Alain nous aidait peut-être ».

 

- Au Campus des Cezeaux  (sans Roger):

José: « On a fait aussi un concert à la fac des Cezeaux. Vraiment marquant. Je me rappelle du repas à la cafet. On jouait les rockstars… et on a fait une bataille de petits pois ! On y était allé avec Jean-Louis. Il y avait un groupe qui s’appelait VGE [comme : les Vingts Guerriers de l’Enfer, classé parmi les « jeunes gens modernes » dans le répertoire des groupes Clermontois], et Jean-Louis était à la table de mixage. Je pense que Clara avait joué. Des photos existaient, Christophe me les avaient envoyées mais je les ai perdues en changeant mon matériel. J’étais monté dans l’amphi avec le micro au milieu du public. Je me revois aussi debout dans l’évier ou sur une table de laboratoire qui devait être sur scène. Il y avait un évier, je me souviens d’un évier, certainement une paillasse de labo, je me souviens d’être dedans debout, c’est sûr. Je vois Christophe habillé d’un pantalon fuseau collant fluo, lui qui n’était pas très grand et un peu potelé. Imagine la dégaine !». Jacques Moiroux, bientôt 50 ans d'activisme musical, confirme : « cet amphi de sciences où l'on jouait entre becs bunsen et lavabos à dissection de grenouilles ». Un groupe de rock squattait même un amphi la nuit pour répéter au début des années 80.

Jean-Pierre confirme ce qu'on découvre de  José dans ces souvenirs, c'était un vrai "frontman". Jean-Pierre : "Il y était pour beaucoup dans nos prestations scéniques, avec sa gestuelle unique, et sa façon de sauter dans tous les sens. Par pour rien qu'on le surnommait Karaté à 14 ans! Les plus jeunes comme mon frère Didier était fasciné!".  

Patrice Papelard du groupe Tachycardie qui marchait bien à l’époque (il fera venir Jean-Louis Murat à Villeurbanne quelques années plus tard en 2015) raconte dans une interview du fanzine Spliff : « Les relations entre les groupes, c’est affreux. J’en sais quelque chose, car j’avais présenté le festival des Cezeaux en 80 : quand tu vois que des membres d’un groupe n’arrêtent pas de jeter des canettes sur un autre groupe ! Je ne veux pas citer de nom, mais tu connais bien, ça m’a révolté ». José assure qu’il a jeté des petits pois à la cafét mais pas de canettes sur scène! D'ailleurs,  on ne sait pas si P. Papelard parle bien du même événement  et lui-même n’en a gardé aucun souvenir… et on n’a pas trouvé de clermontois qui se rappelle de Plexiglass non plus. Ce n’est pas grave car c’est incontestable pour le groupe que : « ça avait été marquant, et c’est peut-être là que Jean-Louis a décidé de nous enregistrer. Nous avions les quatre morceaux les plus aboutis, un style commençait à naître » (José).

 


 José: "Il avait vraiment un super studio avec cabine aux Ecuries [S’ils galéraient, c’est sans doute aussi qu’ils investissaient beaucoup, camionnette Ford pour le transport, sono...]. Il nous avait fait ça bien. Les copains avaient fait la musique et j’avais enregistré la voix sur la bande. C’était impressionnant. Et donc, on avait un enregistrement qui était de qualité. On avait enregistré quatre ou cinq morceaux dans un style qui évoluait, avec la technique de Bernard et Christophe qui se perfectionnait. C'était pas mal. Et ils avaient prévu qu’on fasse une première partie d’un groupe… sur Clermont, une tête d’affiche nationale Peut-être Bernard Lavilliers [sans doute donc avec le soutien de P.Y. Denizot]… et malheureusement Jean-Louis est parti et tout s’est arrêté net.».

 

Ces bandes, Christophe Pie avait demandé à Jean-Louis de les conserver. Elles sont pour l’instant un dommage collatéral des problèmes de succession (collateral car on peut penser qu’elles ne concernent Murat qu’en tant qu’ingénieur du son et parce qu'elles étaient en dépôt là à la demande de Christophe). On espère qu’elles sont remises aux trois membres survivants et que chacun pourra se prononcer sur cette question : est-ce qu’il y avait là le vrai début de quelque chose ?

Pour le groupe, on ne sait pas mais Christophe signa un hymne punk, qui marqua Clermont-Ferrand un peu moins de deux ans plus tard : Centre Jaude avec son groupe Chaos, avec le bassiste qu’on entend bien, Doum. C'est enregistré par Jean-François Alos.


 

 

José : « C’est bien le départ de Jean-Louis qui a mis vraiment un terme à l’histoire pour moi, tant qu’il était là le trio, Christophe, Bernard, moi, on tenait la barre. C’est aussi pendant à cette période que nous trois on squattait les Ecuries, plus que jamais, c’est pour ça que je pense que le groupe a duré plus que 8 mois. Et Christophe nous reliait vraiment à Jean-Louis, ça passait beaucoup par lui l’organisation des concerts, tout ça.

En septembre 80, j’étais encore avec la bande mais je me suis détaché progressivement ensuite. Je venais d’avoir mon permis et pas encore de voiture, je me rappelle que nous avons emprunté la 2 CV  de la femme de Bernard [Annie, maître-nageuse à La Bourboule] pour aller faire une virée pour se promener à Bort-les-Orgues. J’étais jeune conducteur. Bien sûr sa copine ignorait qu’il était dans le coup. Je revois Bernard et Christophe assis sur le toit de la décapotable,  avec Jean Pierre sur le frein à main pour éviter de reculer à chaque passage de vitesse dans la côte. Et... les gendarmes qui nous attendaient là-haut! Et qui obligent les lascars à rentrer illico dans l’habitacle.    Tu sais que l’amour du Lac de Servières date de Plexiglass. Christophe et Bernard adoraient aller se baigner. Quand j’ai eu mon permis, je les amenais ».

Pour Roger, le groupe avait trouvé un bassiste de remplacement au Mont-Dore dans un petit groupe né de l'émulation de l'époque. Ce bassiste est décédé il y a deux ou trois ans. C'était après le départ de José pense-t-il mais Roger avoue qu'il avait fait une croix sur tout ça au moment de son départ.

 

L’été 80 a été un moment de bascule pour Bernard, il quitte son boulot et sa copine qui a un jeune enfant. 

José : "Ils étaient inséparables avec Christophe et Alain qui venait aussi parfois traîner avec nous. Après, j’avoue que j’étais hors course. C’était des ados qui se cherchaient. Bernard avait pris une mauvaise trajectoire. Roger, il était un peu à part, car il avait son boulot. Et Jean-Pierre était au lycée… Christophe, il était à fond dans la musique. Mais Bernard, il déconnait. Il y a une période où il s’était teint les cheveux en jaune ou décoloré. Et le premier truc a été qu’il a déserté quand il a été appelé. Il était recherché partout. Je me rappelle que les gendarmes étaient venus me voir, mais moi je ne savais pas où il était. Christophe savait peut-être lui… Jean-Louis peut-être, peut-être même qu’il était aux Ecuries, j’en sais rien. C’est Bernard qui m’avait dit que Jean-Louis avait signé pour son 45 tours. Il m’avait dit aussi que l’expérience avec Sheller n’était pas terrible".  

Mais la réalité le rattrape, arrestation le 01/07/1981 pour outrages, rebellions, coups et blessures volontaires à agent de la force publique… Choc frontal : c’est le moment précis où sort le 45 T « suicidez-vous... ». Une carrière qui se lance et une vie qui se fissure.

 

José : "Je suis persuadé que cette expérience punk qu’il avait prise au sérieux lui a fait perdre pied. Il est parti en live, soutenu par Christophe dans sa folle aventure de vivre en marge et de faire de la musique. Il a souffert le martyre d’après lui à l’armée. Il a fini par être réformé pour raisons psychiatriques. Du gâchis, car c’était un garçon sensible, beaucoup plus que Christophe [Roger ajoute, pour faire tomber le masque du punk, qu'il  : "Il tombait amoureux sans arrêt"]. Je l’ai retrouvé quelques temps après sur les chantiers. Il avait eu un enfant avec la maître-nageuse de la piscine, mais il a fait quand même une période de prison. Mais je l’avais revu encore au début des années 90, ou 1988 et il avait réussi à reprendre pied, il était avec sa famille. Après, il a eu d’autres problèmes de santé et il a divorcé mais c’était un gars qui était très bien, vachement sympa. A un moment peut-être qu’il aurait fallu qu’il soit pris en main, et il est parti en live. Ils s’étaient monté un peu le chou, lui et Christophe, autour de la musique, ils voulaient réussir dans la musique, et ils ont tout lâché. Christophe a réussi quand même à s’accrocher, en continuant sa période punk [avec Chaos, et une période SDF, avant que Jean-Louis ne le reprenne sous son aile] mais Bernard... ».  Il est décédé en 2011 à 50 ans à Saint-Julien Puy-Lavèze. Trois ans plus tôt, il avait dû fermer son entreprise à Saint-Sauves (« C’était un très bon plâtrier » selon José). Une pensée pour Annie, son ex-femme, également décédée en 2013, et son fils Cédric qu'il est compliqué de retrouver (le nom Hebrard est commun).

 

Sur la fin, quand Jean-Louis lâche les Ecuries, Christophe Pie propose à José de reprendre la location ensemble. Mais José semble ne l’avoir jamais imaginé : « J’avais dit à Christophe, qui voulait qu’on se lance dans la musique, que je ne voulais pas de la vie que menait Jean-Louis, de la dèche, ne pouvoir manger que des pâtes. J’avais beau avoir 17-18 ans, je voyais bien que c’était difficile pour eux. Peut-être que Christophe le lui avait répété ensuite, car quand je l’ai revu lors d’une des premières fêtes de la musique à Clermont, par hasard, le contact a été assez rapide, détaché. J’ai eu l’impression qu’il voulait un peu se séparer de La Bourboule. J’ai aussi pensé qu’il avait pris la grosse tête".

"La scène j’aimais bien. On avait la pêche, mais je pense que la raison a pris le dessus pour moi".

Il faut dire que José a d'autres engagements qui lui apportent satisfaction : "L'été 80, nous avons réaménagé la salle du bas de la MJC, avec des fauteuils d'automobiles récupérés à la casse, des tables et des bancs avec le bois venu de la scierie du Père Croizat. Le 14 juillet, on a organisé une soirée déguisée, on est descendu au moment du feu d'artifice dans nos tenues faire de la pub. On a explosé le record d'entrées. Ceci a fait réagir Nicole de la discothèque La Niche, la première discothèque de La Bourboule, qui parlait de concurrence déloyale! Je me rappelle d'Alain qui était avec nous."

Et deux ans plus tard: 

" J’ai continué à mes heures perdues en devenant disc-jockey. Les jeunes du coin avaient répandu la rumeur que le patron de la discothèque avait fait venir un disc-jockey de Paris… J’ai fait connaître U2 en primeur aux jeunes des montagnes. J’ai fait deux saisons à la Niche. Certains jeunes venaient car ils savait qu’en fin de soirée, je passais un peu du rock : les Rolling-Stones, Billy idol, U2... La patronne avait accepté que je déroge un peu à la programmation disco de l’époque. J’ai dû passer un ou deux morceaux de Clara d’ailleurs. J’avais une cassette. Quand j’étais à la MJC, on organisait aussi des boums, et j’essayais de passer un morceau au milieu des autres. On était toujours prêts à faire de la promo. Il y avait quand même un morceau que j’aimais particulièrement mais je ne me souviens plus du titre. En 2019, le destin a fait que j’ai rencontré Jean-Louis mais aussi aussi la patronne de la discothèque, et tous les deux sont décédés depuis… C’était comme un adieu".

 

José a un constat un peu dur sur ceux qui n’ont pas pu se détacher de Jean-Louis Murat, qui sont restés peut-être des éternels adolescents « dans son ombre ». Ainsi, sur Christophe : « dans le fait de demander à Jean-Louis de garder la bande de Plexiglass, il y avait un brin de nostalgie. Car son rêve avait commencé là-bas. Alors que pour nous c’était un souvenir d’adolescence. C’est émouvant de l’écouter [émission Petit lait musical qui lui a été transmise]. Il avait choisi de vivre une vie hors norme et il l’a vécue ».

 

José : « La fin de Clara  a fait quand même une cassure. On allait aux concerts, on vivait un peu par procuration par le groupe. Après, ça faisait bizarre de passer par les Ecuries, que ce soit vide. Moi, ça me faisait drôle. Oui, oui, c’est évident : cette effervescence musicale bourboulienne n’a pu avoir lieu que grâce au retour de Jean-Louis au pays. Il en était l’incarnation. Son départ de La Bourboule a fait voler en éclats cette dynamique. Nous sommes revenus à une vie plus normalisée, excepté pour Christophe, Bernard et Alain, qui erraient aux Ecuries comme des canards sans tête. Ils étaient dans le déni de la réalité. Leur tentative pour que Plexiglass occupe Les Ecuries à la place de Clara en était l’illustration. En désaccord avec cette idée, ce qui restait de Plexiglass s’est dissous. Pour moi, ça a été aussi une perte de contact totale avec Jean-Louis. Le trio, lui, ne s’était pas résigné. J’avais appris par eux que Jean-Louis avait signé pour un 45 tours, qu’il était revenu sous les monts et restait invisible à La Bourboule. Son titre avait été censuré". 

 

 

EPILOGUE 1 : José : « J’étais encore électricien dans les années 80, et on installait des antennes spéciales pour avoir les chaînes 5 et 6 sur La Bourboule. J’étais à Saint-Sauves, seul chez un client, je lui réglais les canaux. Je ne faisais pas gaffe à l’image, mais là, j’entends une voix que je connaissais. Merde… J’ai reconnu son timbre, ça m’a fait un choc. Dans les premiers réglages de télé que je fais, je tombe sur un clip de Jean-Louis ! Je ne peux pas te dire le morceau, mais sa voix était familière, je ressentais les émotions passées en sa compagnie.

Ce que j’aimais chez Jean-Louis, c’est son timbre particulier, mélancolique, même si à des moments, on ne comprends pas ce qu’il dit. Et c’est je pense ce qui a tout de suite fait tilt à JB Hebey, son phrasé, du Jean-Louis tout craché. C’est ce que j’aimais bien et c’est ce que j’ai tout de suite reconnu quand je l’ai entendu à la télé… et pourtant ça faisait presque dix ans que je ne l’avais pas entendu. »

Cette proximité, ils l’ont toujours gardée : Roger n’aime pas les interviews figurant dans le livre Les jours du jaguar: il n’y retrouve pas dans la retranscription le Jean-Louis Bergheaud qu’il connaît!

 

EPILOGUE 2 :

José:  "J’étais allé voir Jean-Louis au moment de Mustango au Splendid à Lille. J’avais emmené ma fille qui était adolescente. En première partie, il y avait un groupe, des Clermontois qui sortaient leur premier disque. C’était Rogojine. J’étais au fond, il y avait des lumières, j’ai juste remarqué que le batteur me semblait plus vieux… Bon, je me suis dit c’est bizarre... mais à la fin à la soirée, quand ils ont quitté la scène, j’ai reconnu Christophe… à sa démarche ! Je ne l’ai pas reconnu physiquement car quand je l’ai connu, il avait 15 ou 16 ans, et là , il avait une quarantaine d’années, mais à son allure, je me suis dit : c’est Christophe !

A la fin, Rogogine vendait son CD. Christophe n’était pas là, mais je parle aux deux musiciens [dont Jérôme Caillon, Ranchero] qui signaient : "Je peux vous poser une question : votre batteur, il ne s’appelle pas Christophe ?" Ils me disent : "si. - Christophe Pie ? - Ben oui ! - Ecoutez j’ai fait de la musique avec lui, quand on était ados. - Ah, mais vous étiez dans le groupe Plexiglass ?" Je pense : "Ah ben merde alors !…" - "Mais il n’arrête pas de nous en parler, de son groupe Plexiglass !! - Ah, alors vous lui direz bien le bonjour..." Et ils m’ont retenu : "Non, non, restez, on va chercher Christophe." Il est sorti des loges, et on s’est embrassé. Puis on a un peu repris contact, mais il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, on n’avait que les mails. Il m’avait envoyé les photos que la femme de Bernard Hebrard avait pris. Elles n’étaient pas très nettes mais on me voyait chanter, je montais dans l’amphi avec mon micro pour aller voir les spectateurs. Je ne l’ai plus jamais revu. Voilà mais c’est bien, il est resté fidèle à cette route-là.  cf le premier article du blog  réalisé à sa mort 

 

EPILOGUE 3 :

José : "J’ai revu Jean-Louis un peu avant le covid, en été 2019, ça faisait des années que je n’étais pas revenu à La Bourboule. Il buvait une bière au café du Cyrano, avec une jeune femme [Véro Jeetoo]. Ça a été instantané, je suis allé vers Jean-Louis, et je lui ai dit : "Jean-Louis, comment tu vas ?" Bon, il m’avait connu, j’avais 17 ans, et là, j’en avais un peu plus. Mais lorsque j’ai commencé à parler de Plexiglass, là il s’est tout de suite souvenu. Et il m’a dit qu’il avait encore en sa possession des bandes de Plexiglass, avec quelques extraits enregistrés aux Ecuries. Il m’a dit : "ben, écoute, quand je viens dans le nord en concert, tu viens au concert, tu insistes pour venir dans les loges et on se voit…", mais l’occasion ne s’est pas présentée. Bon, au début des années 2000 j’avais déjà essayé de le voir, et ça n’avait pas été possible, je le lui ai raconté et il m’a dit : "si, si, tu insistes, je veux absolument te voir quand je viens dans le nord." Voilà, ça a été la dernière fois. J’ai senti qu’il n’avait pas oublié ce passage là.

Il a rigolé de me voir promener un bichon! Il a dit à mon fils « il fallait voir ton père comment il déménageait ! ». 

Ça m’a amusé : il m’a aussi dit qu’Alain venait d’acheter un ampli [comme si leur préoccupation n’avait pas changé depuis 40 ans]. Et pour clôturer ce voyage, comme par hasard, je rencontre Alain vers le marché Saint-Pierre à Clermont-Ferrand, tel un éternel ado". 

 

EPILOGUE 4 : Jean-Pierre : "Pour info, je bosse en freelance pour une galerie d'art à St-Etienne, galerie qui expose Charlélie Couture. J'ai eu l'occasion d'échanger avec lui (brièvement car il est très sollicité) lors du vernissage le week-end dernier; je n'ai pas manqué d'évoquer avec lui la mémoire de Murat, sa carrière, etc... J'ai senti beaucoup d'affection et d'estime artistique pour lui (ce que je savais déjà), la tournée de 1984 restant notamment pour lui un très bon souvenir. (Seul point d'achoppement, il avait adoré "Suicidez vous le peuple..." et moi détesté à l'époque) En tout cas Charlélie est un amour de gentillesse et de disponibilité (en plus d'être un grand artiste)"

 

 

La musique au cœur :

Jean-Pierre Gougnot a continué à suivre avec attention le parcours de Jean-Louis à travers sa discographie (sa préférence va pour les années 2000, notamment Lilith). Il continue de jouer sur scène en amateur, en duo, trio, pour se faire plaisir, et en reprenant du Murat. On peut l'écouter sur "la nuit je mens" ici.  C'est grâce à nos échanges commencées en 2021 que l'idée de ce dossier est venu. Merci !

 

José Pereira : "Je suis parti dans le nord parce que j’ai rencontré ma femme, c’était difficile pour elle d’avoir du travail ici, mais à l’époque, j’étais associé avec mon patron. Ça allait. J’ai vécu quelques moments à Royat, je faisais la route, et à un moment donné, j’en ai eu marre. Tant qu’on était ados, qu’on avait tous ces échanges, c’était super... mais après, ça devenait un peu pénible quand même de vivre là bas… l’éloignement...

Je suis toujours à la recherche du collectif : je me suis beaucoup investi dans mon syndicat, avec la Chambre de métiers, pour les métiers de l’artisanat et pour les jeunes… Je continue toujours! »

Et il s’amuse toujours à écrire des textes qu’il met en musique avec l’IA sur tiktok… et il nous permet d’ajouter le nom de sa fille Ellie Meriz aux nombreux fils et filles de ces musiciens auvergnats des années 70 et 80 qui ont repris le flambeau - très sérieusement-, au piano, à la guitare et avec une voix charmante.

On l'entend sur un texte de son père, pour parler de la Révolution des Œillets, avec son berger de grand-père (lui aussi!), c'est très émouvant, mais on pourra écouter Ellie Meriz dans son répertoire habituel avec plaisir dans une session live là.

C’était une bonne idée de finir cette partie avec la belle voix de José et sur un peu de SAUDADE… car même les punks se font rattraper par la nostalgie et la mémoire… mémoire qu’on n’a pas encore fini d’explorer… 

Mais il faut quand même finir sur le héro disparu :

Christophe Pie arriva à vivre de la musique, après une période difficile. Il est présent sur plusieurs disques de Murat et devint une personnalité de la musique à Clermont, arrivant à s’intégrer à la génération Kütü Folk qui fit de Clermont la capitale de la pop durant quelques années, notamment avec The Delano Orchestra. Toutefois, son soundcloud révèle qu’il aurait pu sans doute avoir une autre carrière : Il est l’auteur de Sky lumina, un album magnifique, qu’il serait nécessaire de rééditer, avec un texte de Jean-Louis (les morceaux uploadés sur myspace ont été perdus, son soundcloud pourrait un jour connaître le même sort), et il a composé d’autres très belles chansons (notamment pour Marie Audigier qu’on a aperçue seulement subrepticement dans l’histoire, femme de l'ombre, rouage et oreille essentielles). Sky Lumina, c’est peut-être un des disques qui me touchent le plus mais dont de ce fait je me tiens éloigné… C’est encore plus émouvant de l’écouter après avoir travaillé sur ces années de basculement. Lui aussi portait dans sa musique une mélancolie certaine. Il s’était énervé quelques mois ou années contre moi pour une raison que j’ignore ou simplement parce qu’il n’aimait pas « les fans » qui le renvoyaient à Murat, alors qu’il avait inauguré les inter-ViOUS ET MURAT- (en ne disant rien, certes). J’aurais voulu qu’il sache que j’aimais vraiment beaucoup sa musique, même sans Murat, tout comme Alain Bonnefont, dont le set au Week-end Murat reste un moment inoubliable. On se quitte donc avec des belles chansons de Christophe PIE  avec une dernière pensée à Bernard Hebrard... 

[A SUIVRE :    COUP DE CLARTE SUR CLARA..]

Christophe, musicien un mode de vie,  dans Une histoire du rock
 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 24 Décembre 2025

Récolter des témoignages sur des événements datant de 45 ans est un exercice qui pousse à l’humilité, au contraire de l’écriture et du jeu (puzzle et memory ici avec des pièces et des cartes manquantes). Chacun peut avoir une version différente d’un événement, voire raconter des souvenirs contradictoires.  Voici donc un recueil  de bribes surgissant des limbes de la mémoire de quelques Dom Juan Bourbouliens.  L’avantage du blogging est que cet article pourra être complété, corrigé, et possiblement réfuté, par d’éventuels autres témoignages ou sources. Et j’espère que certaines archives existent quelque part afin qu’on ait un jour des éléments fiables – ça sera le seul JE de ce texte, quel effort !-.  

Nos principaux intervenants sont des seconds rôles de la grande histoire, on peut les effacer, les têtes d’affiche peuvent les avoir ignorés, mais Jean-Louis Bergheaud avant Murat a traversé leur vie, parfois comme un éclair, pourtant en laissant une empreinte évidente, profonde et émouvante. Et puisqu'ils vivaient déjà les événements comme extraordinaires, des souvenirs se sont ancrés (A l'heure de finaliser ces recherches de témoignages, il parait assez juste de penser que des personnes plus proches de Jean-Louis  étaient à la fois brinquebalées dans une vie agitée et à la fois dans un quotidien, une routine dont il est plus difficile de se rappeler). Comme le disait Matthieu Guillaumond à qui je dédie cet article (ainsi qu’à Bernard Hebrard et à sa famille), Au cours d'une vie, il me semble qu'on ne compte, dans le meilleur des cas, qu'une toute petite poignée d'amis, une autre petite poignée d'histoires d'amour fortes et, si tu ajoutes à cela quelques membres de la famille qui vont véritablement compter (en gros, ceux qu'on aurait envie de fréquenter même s'ils n'en faisaient pas partie), tu te retrouves avec un nombre de gens avec qui tu auras entretenu des relations profondes et intimes très réduit. Alors, à côté de ces relations-là, autant essayer de faire en sorte que les autres soient aussi enrichissantes que possible, sans chercher à tous prix à y plaquer de grandes étiquettes du type "Amour" ou "Amitié".  

 

Quelques balises biographiques sur la décennie 1970  :

- Expo Picasso "dans le sud" (possiblement celle qui s'est tenu à Avignon de mai à septembre 70)- chez Laure Adler. Il dit avoir été puni un trimestre, mais cela ne l'empêche pas d' autres escapades:

- 1/2/3 Août 1970: Festival d'Aix en Provence avec Family, Deep Purple, Magma, et Cohen (Jean-Louis se rappelle de son entrée sur scéne sur un  cheval blanc et des militants politiques insultant Cohen, même si dans l'interview de 2009 figurant dans Les jours du jaguar, tout cela est évoqué en parlant de Wight).

- 26 au 31/08/1970 : Au Festival de l'île de Wight

- 12/09/70: Concert hommage à Al Wilson à Hide Park (dans Top bab)

-24/10/71 : Naissance de Yann Bergheaud

- Fac de lettres avec un appartement clermontois avec femme et enfant, son pote Marco (Marc Lespinasse) en profite pour passer les nuits du dimanche là-bas au lieu d’aller à l’internat. Jean-Louis aurait emballé du poisson la nuit.

- Réformé du service militaire, pour tendances suicidaires, avoir un enfant ne dispensait pas forcement de l'exercice même si ça a pu être pris en compte (on croisera une autre personne dans la même situation. 

- 04/07/1972: Grateful Dead à Wembley 

- 1973 : Virée pour voir les Rolling Stones à l’étranger (pendant les ennuis policiers de Keith en France), avec sa femme, Marco (rencontré justement à la Bourboule grâce à la musique des Rolling Stones qui s’échappait de sa fenêtre, Jean-Louis l'a interpelé de la rue) et  Jean-François Morange (autre poète et chanteur originaire de la Bourboule, c’est la première fois qu’on établit clairement un lien  entre eux. Matthieu l'avait supposé notamment avec  la vidéo  où il apparaît avec Lucien Nicolas de la revue Chanson - Jean-Louis fut membre du comité de rédaction).

- Montée à Paris : passage chez son oncle Edmond, ponte de France Soir, puis du Figaro. Sa jeune cousine a gardé en mémoire l’arrivée de la petite troupe dans l’appartement (elle se rappelle de "l'adorable bambin blond au grand sourire âgé de 2 ou 3 ans")

- Essai de journalisme (Chanson de janvier à juillet 1976, piges non attestées à La Montagne mais affirmé par Drucker, et d’autres fanzines amateurs : cinéma, tentative de se faire publier dans les courriers des lecteurs, lien avec Dominique Faran de RTL). On en  parlait .

- 6 mois au Maroc – Agadir

- Saisons : St-Tropez, plusieurs hivers à Avoriaz -skiman chez Vuarnet Sports- (jusqu’en 1976 avec Marco, où il fait des folies sur deux planches avec l’élite locale – les moniteurs de ski chevronnés dont le futur directeur de l’ESF de Miribel. -S.Bataille liste quelques autres métiers dans Coups de tête. 

« Alentours de 1975 : Hervé Bréal rencontre Bergheaud, lors d'un séjour à La Bourboule. Il deviennent "très potes", principalement pour "une question de feeling". Lorsque l'Auvergnat monte à Paris, les deux jeunes gens se fréquentent souvent, notamment pendant l'édition 76 du Tour de France, que ces deux passionnés de cyclisme suivent avec assiduité » (Matthieu nous avait rapporté ses échanges avec l’auteur, manager de Ange que Jean-Louis lui avait fait découvrir, et qui termina rédacteur de « Questions pour un champion ». On retrouve la trace d'un autre auvergnat dans l'entourage d'ANGE : Jean-Pierre Martin, qui faisait du bal avec l'orchestre Concorde 73 dans les années 70, c'est par lui qu' Eric Toury fut lui aussi un collaborateur de ce groupe).

- Passage à Thonon chez des amis (Gérard Guillaume, ami d'enfance de la Bourboule, né le 1er mai 52, rencontre avec Jacky Stadler, futur organisateur du festival des Rockailles). 

- 23 Mars 76 : Au premier concert français de Neil Young. On the beach  (sorti en 74) est "peut-être le titre qui  m'a donné envie d'écrire des chansons"

- Avril 76 : sortie à Paris du film de John Cassavetes, Une femme sous influence. Lequel, à en croire Murat, aurait provoqué "un déclic" (un premier) en lui et déterminé sa décision de ne plus travailler et de ne jamais avoir de patron. "J’avais 23 ans, j’étais monté à Paris, je faisais du porte-à-porte pour vendre des encyclopédies littéraires et, la nuit, je fouillais les poubelles du seizième arrondissement avec un pote pour gagner un peu d’argent aux puces à Montreuil. Je suis allé voir Une femme sous influence de Cassavetes, et ça a provoqué un déclic en moi. Du jour au lendemain, j’ai donné ma « dém », je suis parti en province et j’ai acheté une guitare. Depuis, je n’ai plus jamais travaillé".

- 24 mai 1976 : Au  concert de Nils Lofgren à l’Elysee Montmartre. Première rencontre avec Marie et Alain

- 11 octobre 76 :  Marvin GAYE  au « Palais des Sports » de Paris 

- - Mai 77 : Au  concert de Bob Marley à Paris

-  14 juin 1977 :  Genesis le 14 juin 1977  à la porte de Pantin. Il emmène sa nièce Anne-Françoise.

-28/11/77: Aretha Franklin au Palais des Sports: "je me rappelle d'Aretha seule au piano" (filmé par JC Averty)

- Renaldo et Clara, film de Bob Dylan sort en janvier 78

 

Tout ceci indique une vie bien remplie…  d'errance...  mais pas forcément d'autant de déshérence que ce que Jean-Louis a pu décrire. Une vie dont la conclusion aurait  été une tentative de suicide :  "Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste" (à Richard Robert en 1996).

Il a 25 ans (1977). Plus le temps de tergiverser. Ecouter de la musique, en parler, ça ne suffit pas.  Première guitare… premier investissement d’une longue série, et retour à La Bourboule.

"Quand Jean-Louis parlait de "monter un groupe de rock à La Bourboule", on n'imagine pas le côté surréaliste que pouvait avoir cette formule..." (Anne-Françoise, sa nièce)

Il crée donc le groupe Clara. Rapidement ? Il a parlé de « petite annonce », mais ce n’est pas démontré. A Philippe Manoeuvre, il indique que ça a pris du temps (possiblement sans doute le temps de bien déterminer qui serait le "chef",  ce n'était pas aussi clair au début pour lui comme il l'a parfois dit). La nuit de la première répétition, il fait un rêve qui cheville en lui son ambition : celui de se consacrer à la musique. Il rêve qu’il rencontre dans une forêt – peut-être s’était-il promené à Charlannes le jour même?- le groupe FAMILY et son leader Georges Chapman (band anglais de rock progressif). Il relate la même anecdote, ce souvenir prégnant, « qui affleure tout le temps », à G. LANG, en 2009.

 

Jean-Louis connaît déjà Jean Esnault, le futur batteur1.  Celui-ci militait à Rouge, comme sa petite amie durant deux ans : Marie Audigier. Il lui a déjà souvent parlé de Jean-Louis Bergheaud, « un véritable mentor.  Il m’en parlait tout le temps, il avait beaucoup d’admiration pour lui ». Pourtant, Jean et Marie sont déjà des personnages : Christophe Adam, 14 ans et lui aussi déjà peu impressionnable (il bourlingue beaucoup) parle d’égéries politiques. « Tous fringués en cuir. Ils étaient internes, en première ou terminale. On les voyait mener des foules, faire des AG sur les escaliers ». Ce Christophe Adam avec son groupe les Sales Gosses, futur sparring partner de Clara, assure la première partie de Status Quo en Février 77 (il n’a pas 16 ans dit-il).

Un essai avec Marie Audigier à la basse est réalisé (elle a déjà participé à quelques groupes) et François Saillard dit qu’il est recruté pour la remplacer mais ce n'est pas que l'essai n'a pas été concluant. C'est elle qui prend la décision de partir faire une saison : elle est amoureuse mais Jean-Louis n’est pas encore séparé de sa première femme. Christophe Adam se rappelle d'un voyage en train avec Marie et sa soeur Agnès, Marie avait laissé entendre à demi-mots qu'il s'était passé quelque chose avec Jean-Louis.

 

Francois Saillard : "je jouais un peu de guitare. Je me suis mis à la musique avec les gars de Clara en 78 qui m’ont demandé de remplacer Marie Audigier. J’étais au lycée avec eux. Ils avaient une basse et un petit ampli. J’avais 17 ans et je me suis installé à la Bourboule, j’y suis resté six mois. J’étais tout seul là haut, j’ai complètement craqué. Je suis redescendu à Clermont".

 

Alain est le plus vieil ami de Marie (depuis la  troisième et les jobs d’été dans les champs de maïs où il épate sa copine en jouant du Genesis à la guitare). En 77/78, le fan d’Ange et de Jethro Tull portant redingote, maquillé, est en première année d’Ecole normale, et joue déjà dans le groupe Ambulance avec Joel Rivet (qui lui n’abandonnera pas l’enseignement, sans jamais pour autant lâcher la musique). On m’indique même qu’Alain a peut-être  continué à jouer avec lui durant un moment -mais c'est très incertain - jusqu’à ce que Joël fasse son service militaire, et divers séjours à l’étranger.  Alain indique qu’il  croise Jean-Louis plusieurs fois à son retour  et l’idée du groupe prend forme.  Il faudra un certain temps avant que Jean-Louis oublie son complexe quand il faut prendre la guitare... et qu'il devienne un "guitar héro" sur les jours du jaguar

 

Selon le crédit d'une photo de Marco, les premières répétitions ont lieu dans la buanderie de la villa « Françoise et Jean » à Quaire, chez sa maman. Alain Bonnefont situe cela pendant les vacances de Pâques 78 (premières répétitions sur des compos). Jean-Louis s’installera plus tard aux Écuries, un vieux bâtiment en pierre, coincé entre la voie de chemin de fer et le cimetière… là même où il sera inhumé. Le futur Jean-Louis Murat travaille comme un acharné sur son objectif, écrivant des centaines de chansons, nous en connaissons seulement quelques-unes. Il est souvent dit que Murat a galéré pour y arriver, mais en seulement deux ans d’activités musicales, il va quand même signer un premier contrat… 

Photo : Marco Lespinasse (Tout droits réservés)
 

 

Certains membres du groupe, en 2013, se souvenaient avec émotion de cette période en en interprétant quelques titres lors du concert pour Clermauvergne (Koloko, des photos utilisées ici figuraient dans une petite projection avant le concert). On parlait  même de la sortie d’un disque (mais la qualité de bandes aurait empêché ce projet)… Mais cette période n’a pas seulement marqué Jean-Louis et les 5/6 membres officielles du groupe : c’est ce que l’on va aussi raconter aujourd’hui. Voici après ce long préambule, une partie de la vie de Roger, José et Jean-Pierre, Christophe et Bernard, des ados qui ont vécu, plus que par procuration, la vie de rockers/ musiciens. Pour certains, c’est une parenthèse héroïque, d’autres poursuivront sur leur lancée, pour le meilleur et peut-être le pire. Et c’est très largement une histoire inédite… tout comme la chanson signée Jean-Louis Bergheaud dont il sera question - il faudra attendre la 2e partie du dossier- et que seuls les spectateurs du Week-End Murat 2025 connaissent déjà (précisons que c'est les trois années consacrées à l'organisation de cet événement qui ont empêché l'aboutissement de  ce travail avant aujourd'hui).

 

Voici ce que disait Jean-Louis dans « A la dérive » (Radio nova) à propos de nos personnages (l’audio était nécessaire pour le « ouh la » délicieux de Jean-Louis qu’il faut absolument garder en tête pour la suite). 

 

Dans l’article de ce blog sur l’émission, il était reporté que les anciens amis de Plexiglass, groupe punk, était tous morts, c’est ce qu’on comprend des propos de Murat… Quant au fondateur du groupe, il disait à radio Campus que c’est une histoire de deux mois. Ca ne prendra donc pas trop longtemps de vous la raconter… Mais voici José d'abord, revenu de l'au delà... du NOOOORRDDDD... et tout-à-fait bien portant!  

 

José:  Tout ça c'est "La fin de mon adolescence, une période très courte mais il y a des passages qui sont restés, c’est exceptionnel, le fruit d’un hasard. J’ai pu vivre le début de la carrière de Jean-Louis".

                                                                                      José et Jean-Pierre  derrière

 

Plantons le décor. La Bourboule. Ville nouvelle (ville à l'époque car aujourd'hui, elle compte moins de 2000 habitants), 102 ans d’existence en 1977. Le décor servira bien sûr à certaines chansons de Jean-Louis, et jusqu’au bout, et plus que jamais, il ressentait le besoin et l’envie d’en parler : projet autour de cartes postales avec son ami Marco, un livre qui m’a-t-on rapporté, avait fait l’objet d’un contrat d’édition. Peut-être aurait-il même fini par se réinstaller dans la commune, plus près de sa mère et des amis? Il en parlait.

 

La Bourboule dans les années 70 est encore dynamique, même si le temps de la Reine de Roumanie, de Buster Keaton, du Roi Farouk, de Sacha Guitry était déjà passé. José se souvient de ce que disait l’institutrice : la ville passe de 2500 habitants à 25 000 l’été. « Quand tu penses que les week-ends du 14/07 ou du 15/08, la Bourboule était saturée de monde, le grand hôtel vers le parc Fenestre, j’y ai travaillé… et ben, ils faisaient dormir des gens dans des couloirs ! Les gens acceptaient parce qu’il n’y avait pas d’autre solution. C’est fou. J’ai vu le grand hôtel qui a brûlé, j’ai connu cet hôtel, c’était rempli et ils louaient les chambres qui étaient sous les toits, les chambres de bonnes qui dataient de Mathusalem… qui n'étaient vraiment pas confortables. J’y ai travaillé aussi.

La Bourboule, ça marchait tellement, ça marchait tout seul. Je pense qu’ils n’ont pas investi, et ça a périclité. Oui, aujourd’hui, il y a encore du tourisme mais ça n’a rien à voir avec l’époque. Quand je suis passé en 2019 ou l’année dernière, j'ai trouvé les soirées tristounes. Le Mont-Dore, c’est plus dynamique, j’ai l’impression. On sent moins la rupture économique, on a l’environnement plus montagne. On voit moins ce déclin. Pour moi, c’est une ville fantôme. J’ai connu le casino, c’était plein. Il y avait pleins de jeunes, on passait l’après midi là-bas, avec les baby-foots et les flippers. La maison des jeunes, c’était plein, j’organisais des soirées dansantes, on faisait rentrer 200 personnes l’été, 200 ados. J’avais fait venir un groupe de jazz amateur de Clermont que je connaissais…"

Roger - vendeur de confitures délicieuses à retrouver sur le marché (on recommande la "Remonte-pente") -  raconte que chez lui, comme dans beaucoup de familles, on louait les chambres, et que les enfants étaient relayés au grenier. On pouvait ainsi résider chez Renée Bergheaud la maman jusqu’à il y a quelques années.

 

Roger, : "On avait besoin d’eux (les touristes).  Mes parents bossaient et j’ai été élevé par ma grand-mère et dès qu’on avait une maison, on cherchait toujours à aménager quelque chose à louer, quitte à ce que les gamins déménagent dans le grenier ! Mais il y avait un monde, de la folie à la Bourboule. Les médecins recommandaient de faire des cures et la Sécurité sociale remboursait. Les gens avaient un carnet à tamponner, à la cure, il fallait faire ses 18 jours, mais au bout du 15ème, ils pouvaient se faire rembourser en espèce dans un immeuble qui appartenait à la Sécu, et avec cette espèce, ils payaient leur loueur. Ça fonctionnait bien comme ça, parce que bon, les 3/4 des gens qu’on avait, c’était une clientèle d’ouvriers. Les bourgeois des années 20 et 30 c’était terminé… Il y avait encore 2/3 hôtels plus huppés qui traînaient mais ça se passait à la bonne franquette, tout le monde buvait le canon, ça sortait le Ricard le soir"

 

La demande de main d’œuvre dans le bâtiment est forte et une grosse colonie portugaise s’installe. Le papa de José est déjà là depuis quelques années quand il fait venir sa femme et son jeune fils en 1970. Il a 9 ans.

" Je suis né en décembre 61. J’avais donc 9 ans de moins que Jean-Louis. La Bourboule était fort dynamique à ce moment-là et la main d’œuvre venait du Portugal. Et il y avait énormément de Portugais. Voilà, j’ai appris la langue tout ça".

"J’étais à l’école privée, primaire qui est fermée maintenant, la moitié de la classe, c’était des Portugais, peut-être plus de la moitié. Incroyable. Il fallait de la main d’œuvre, les femmes faisaient les ménages dans les hôtels, les meublés, travaillaient dans les cuisines et les hommes dans le bâtiment. Il y avait trois ou quatre entreprises de maçonnerie… et puis tous les artisans. Et les Français, pour certains, travaillaient à la commune. Les gens un peu plus modestes qui n’étaient pas commerçants, ou médecins, ils occupaient ces postes-là. Il y en avait beaucoup puisque c’était bien dynamique, il y avait les jardiniers... La Mairie de La Bourboule, c’était un employeur très important. Le père de Bernard, c’était ça. La première femme de Jean-Louis, son père était pompier mais aussi employé communal. Ils avaient même des logements de fonction".

"Ma mère, dès juillet 70, un mois après son arrivée, elle travaillait sans parler français, chez la tante de Marco Lespinasse je pense. Mais je n’ai pas vraiment de souvenir de lui".

 

Pour Roger, il n’existait pas grand-chose pour les jeunes, mais l’été, la vie changeait.  "On allait draguer au parc Fenestre [là où Jean-Louis connait sa première fois lui aussi sous un arbre qui a disparu suite à un orage], il y avait cette faune qui arrivait de la région parisienne, qui écoutait la radio, qui avait accès aux disques, aux concerts c’était un peu des extraterrestres, ils s’habillaient à la mode… Nous on portait les mêmes fringues toute la semaine. On changeait le dimanche. Dire qu’on sentait la bouse ?  pas trop ! Mais c’est vrai qu'on faisait un peu ruraux, on n’avait pas la culture des gens de la ville, on allait aux champignons… un peu comme on voit les bobos, tu vois, qui s’extasient sur une fleur. Mais c’est vrai qu’on avait un rapport à la nature encore, on allait à la pêche à la truite, ramasser les noisettes".

Et pour Roger, l’été, c’était aussi le travail : "Mon arrière grand-mère on l’appelait la Mère pissette, une célébrité encore pour les vieux Bourbouliens. Parce qu’elle louait des petits ânes, et quand les gens ne rendaient pas leur âne à l’heure, elle disait faut payer 10, 15 minutes de plus. Et parfois, les clients disaient ; oui, mais ils se sont arrêtés pour faire leurs besoins, et elle disait ; et bien, il faut bien qu’ils fassent pissette ! Et ça a traîné toute sa vie".

Il aide à cette activité assez typique de la ville dès son plus jeune âge :   "J’ai dû faire ça 5/6 ans, j’ai aidé ma grand-mère avec les ânes. On se faisait une pièce et on allait dépenser nos sous à « chez nous les gosses » et la grand-mère Rozier. [Note : Jean-Louis parle de cette marchande de bonbons dans "A la dérive"]

(extrait de Teaser Taormina PS: ce n'est pas la mère Pissette)

Ces activités saisonnières, c’est ce que vivront aussi les membres de Clara. Marie et Jean sont moniteurs d’enfants (les parents de ce dernier tiennent une maison d'enfants -pour des curistes-), Jean-François Alos, qui remplace François, travaille chez la mère de Marie-Laure (la future femme de Roger). Jean-Louis et les autres s’occupent un été du bar Lous Fadas. Roger se rappelle que la musique du groupe enregistrée sur cassette retentissait certains soirs. José croit se souvenir qu’ils faisaient des crêpes.

Lous fadas de nos jours après une période de fermeture

José : "Ce qui était bien à l’époque, c'est qu'il y avait énormément de jeunes qui venaient, et on se mélangeait à eux. D’ailleurs, durant toute la période d’été, à part tous les copains proches comme Bernard, Roger, tous les autres jeunes, je ne les voyais qu’à la rentrée, car on ne faisait rien ensemble, je me faisais des nouveaux copains. Je me rappelle qu’il y avait Alain Bonnefont qui était là, on avait toute une équipe qui venait à la maison des jeunes. Et Alain venait avec nous. Et toutes les trois semaines, on changeait de copains, parce que c’était les cures. Je dis qu’on partait [en vacances] tout en restant. On voyageait par les personnes qui venaient nous voir.

C’est l’étranger qui venait vers nous, quoi. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai connu ma femme, elle est venue en cure. Et c’est pour ça que je suis dans le Nord aujourd’hui".

 

Les jours ensoleillés, les monitrices, les amours de courte haleine (et certains en eurent beaucoup...), on devinera que leur chanson favorite de Jean-Louis, c’est Le Mont Sans Souci.  José : "l’histoire qui est décrite, ça nous rappelle des souvenirs, c’est notre histoire… à moi, à Jean-Pierre, à tous les gars de la bande". Et José sait de quoi il parle : il est le ou un des grands animateurs des étés, à la MJC.

 

Roger : "La belle Ozo, dans "Fort Alamo",  c’était le nom d’un demi poney rouquin du club hippique « Le mont sans souci ». A côté, il y avait un ancien zoo, et on se retrouvait souvent par là-bas, par derrière le Lous Fadas, et tu pouvais fumer ton pét tranquille. Moi, j’étais plus alcool, la seule fois où j’ai essayé, ça m’a donné tellement mal au crâne que ça m’a suffit. Christophe était un gros amateur déjà à l’époque. Il y avait un commissariat  et les gars, les trois quart du temps, ils étaient bien saouls. Les flics avaient deux grammes et tout se passait bien".

José se rappelle lui des moments passés à refaire le monde avec la bande, parler de musique, dans la pièce, sous le kiosque à musique sur la place. La porte qui permet d’accéder à cet espace est désormais bien verrouillée (C'est assez symbolique de nos époques : ils ont connu des portes plus ouvertes -école, faculté, les maisons-comme on le verra-, la possibilité de trouver des recoins... mais cela n'empêchait pas la société d'être plus fermée peut-être.. "la musique, avec le sport était le dernier ascenseur de secours" a dit Jlm à PPDA).

Est-ce un hasard qu'en écrivant pour Christophe Pie, la chanson  Kids, Murat chante aussi les étés?  Good night, Le mois d’été est doux,

 Toutes les fleurs écloses  Dansent en souvenir de vous

 

En hiver, une fois les toboggans rentrés, par contre…

José : "Mais quand on arrive du Portugal, bon, l’été, c’est super. Je suis arrivé en pleine saison. Il y avait plein de monde, plein d’enfants...Mais l’hiver… bah bah… C’était rude. Les hivers des années 70, c’était dur, juste avec un poêle à charbon. J’étais glacé. J’ai le souvenir des deux premières années, j’ai souffert du déracinement. C’était très très dur. Et on était mal logés. Il n’y avait pas assez de logements de toute façon. Tout était utilisé pour la location, les meublés. Pour les gens modestes, il n’y avait que des taudis. C’est pour ça que les Ecuries, avant que ce soit Jean-Louis, c’était des Portugais, parce que ce n’était pas le grand confort. C’était des amis, je venais jouer là-bas avec les enfants de mon âge. Après, ça avait peut-être été un peu réparé, mais au temps de la famille portugaise, une famille nombreuse… ce n’était pas le confort.

Il restait le ski de fond, une activité accessible à Charlannes. :

José : "J’ai fait du ski de fond, je n’avais pas les moyens pour le ski de piste. Je faisais partie de l’équipe. C’était le ski des jeunes du coin. Je faisais pas mal de sport, j’étais dans l’équipe de foot minime et cadet. Ski de fond en cadet… et au collège. .. mais c’était quand même la musique qui m’intéressait le plus".

José quelques années plus tard.

Roger : "Il fallait être riche pour faire du ski de descente, avoir une voiture pour monter au Mont Dore, mais il y avait un club de ski de fond, et vu que le président du club était le patron de mon père, j’étais inscrit automatiquement. Donc, j’ai commencé par le ski de fond à Charlannes, et puis après, j’ai fait de la descente. D’ailleurs, c’est les gamins du club qui ont tracé les premières pistes de ski de fond. 

Quand on montait faire du ski au Sancy, c’était le père de Christophe Pie qui nous montait et on s’arrangeait pour redescendre en stop, on louait le matériel. On grugeait un peu parce qu’on achetait des tickets pour les montées, et on tombait du tire-fesse, afin qu’un autre puisse récupérer la perche plus loin, et vu que toi, tu étais tombé, tu avais droit de remonter sans redonner un ticket. Ou on essayait de monter à deux…"

 

N’oublions pas que les jeunes sont souvent internes (c’est le cas de Christophe qui est en chaudronnerie), la vie à La Bourboule, c’est les week-ends et les vacances. Les apprentis eux cherchent à occuper leurs soirées, mais Roger, pâtissier, travaille aussi en décalé.

José : "Sur la période Clara, moi, j’étais apprenti sur la Bourboule. L’hiver il n’y avait pas un chat. Et le fait d’aller chez Jean-Louis, ça me passait les soirées, j’écoutais de la musique. On était là, ça a été un moment fort appréciable. Jean-Pierre lui était interne et il ne rentrait que le week-end. Je voyais Roger, Bernard, Christophe était presque moins là, il était encore à l’école je pense au début.

Rien que pour ça les Ecuries, c’était appréciable et j’en suis reconnaissant d’avoir pu vivre ça".

 

Avant Clara, un certain Jean Dussoleil (il est décédé en 2024) faisait carrière à Paris, dans les cabarets, enregistrant un premier disque en 73 avec Gabriel Yared mais il n’est pas une référence connue ou un modèle pour les jeunes. A part ça, un disquaire existait en face des thermes, Dent Blanc, avec un local en dessous où il était possible d’écouter se rappelle Roger. Le train2 ralliait Clermont, les jeunes scolarisés dans la grande ville, comme Christophe, allaient place de Jaude.  A part ça, c’était la fanfare, le Réveil bourboulien, sinon rien.

 

José : "J’avais fait une tentative avec le Réveil Bourboulien. Gosse, je voulait faire du tambour. Mais il fallait faire du solfège, et au début, taper sur un bout de caoutchouc qu’on mettait entre ses jambes, et, gamin, je trouvais que c’était trop long. J’aurais voulu démarrer le tambour tout de suite et défiler tout de suite. Jean-Louis lui avait fait partie de la fanfare par contre".3- 4

Roger : "Moi, je suis resté une heure au Réveil bourboulien, ça ne m’a pas plu. Et il y avait mon oncle avec lequel je ne m’entendais pas. Jean-Louis disait que « je faisais du bruit »".

 

La parenthèse estivale refermée, le contexte était donc un peu morne pour ces jeunes et La Bourboule ne faisait donc pas exception dans le décor français de la crise pétrolière. Par ailleurs, la commune semblait peu offrir d’offres de socialisation politique (JAC, MRJC, mouvements ouvriers, même si des grands rassemblements scouts avaient lieu dans la commune) au contraire de Clermont-Ferrand…

 

Jean-Pierre : "J’avais 16 ans, j’avais eu écho de divers problèmes de drogue, de dépression voire de suicides chez mes aînés, la génération de Jean-Louis. Un ami de mon frère, fils de commerçant, est tombé pour trafic de coke en 79/80. La Bourboule, c’était un peu le trou du cul du monde, très jolie ville thermale, certes, qui n’offre que peu de perspectives d’avenir à ceux qui n’ont pas les moyens ou capacités de partir".

José : « la Maison des jeunes en 74 était fréquentée par les adeptes de Woodstock, poussière et fumette. Vers 76, un nouveau directeur est arrivé avec un grand nettoyage ».

Jean-Louis (dans Télérama 2005) retrouvait dans un film de Rozier Du côté d’Orouet  : « mon côté province, mes années 70 à la Bourboule. Un monde de gens simples, pleins de bonnes volontés qui se coltinent les problèmes de la vie » Il précise : « d’autant que Rozier porte le nom de la marchande de friandises de mon enfance » [Encore cette mention!!].  On pourrait aussi penser à l'univers d'Olivier Adam (notamment Peine perdue)

L’arrivée de Clara est donc une fenêtre vers un autre monde, un peu plus excitant. Pour certains, ça sera un court épisode marquant, les trajectoires de Christophe et Bernard, elles, vont dévier…

Alain Bonnefont raconte dans le livre Les jours du jaguar qu’il a rencontré Christophe dans le train l’hiver 78/79, qu’il l’a invité aux répétitions et que dès le lendemain, celui-ci a trouvé une batterie. La première proposition est possible et probable, absolument pas la deuxième.  Marco (qui est mentionné parfois comme le 5e membre de Clara -il est chargé de la console, et autres branchements-)  raconte autre chose: il les avait entendus jouer de la musique en passant dans la rue et serait allé voir. « Et je me rappelle avoir discuté avec Jean-Louis de cette bande de jeunes assez sympa »… Un homme, une version et les souvenirs sont vagues (« c’était tellement intense par moment » dit José), de plus, comme le dit Jean-Pierre : « à La Bourboule, tout le monde se connaît plus ou moins de vue ». 

José : « Par rapport à ce que dit Alain ou Marco : non, ce n’est pas comme ça. Au moment du festival d’août 78, on connaissait la bande, c’est par eux que j’avais pris connaissance du festival. Je connaissais Christophe (Pie) et Bernard (Hebrard). Roger, j’ai du mal à m’en souvenir. Il faut dire qu’on le voyait peu. Et par rapport à ce que dit Alain, non, ça n’a pas été aussi rapide. Je peux situer un peu car je me rappelle à la salle des fêtes, d'une fête d'anniversaire, celui de Dominique Dabert, qui est devenu une personnalité du Sancy [directeur du service des sports de La Bourboule, mais surtout un grand champion de Karaté, qui forma une triple championne du monde Lolita Dona]. On sautait comme des punks, j’étais tombé en glissant avec mes camarguaises, Bernard et la bande se sont jetés sur moi, les cons, résultat une entorse et une semaine immobilisé, début d’année 79. J'étais chez Jean-Pierre, pendant que ma mère faisait un séjour au Portugal jusqu'au 1er mars. C'est à cette période qu'on a formé le groupe".

Quant à Roger, il connaissait Jean-Louis depuis son enfance. Roger était voisin de son "oncle Toinot" (un oncle par alliance Antoine Roulet, épouse de Marie-Jeanne Bergheaud).  Jean-Louis se trouvait aussi être ami avec le cousin de Roger, Bernard Boyer qui jouait du saxo avec lui dans la fanfare. Dans l'été 78, Roger qui est né en 1956 faisait son service militaire et vivait déjà des expériences de rock'n roll :

«  Eté 78, je n’étais pas là, j’étais à l’armée, sur Lyon, et j’en ai bien profité pour la musique, festival de Fourvière. J’ai fait la nuit du rock [fameuse où il a pu voir Bijou avant leur venue à la Bourboule, et où il aurait pu croiser Michel Zacha qui était à la console]. On se retrouvait chez la mère  Vittet  qui était le resto qui était ouvert toute la nuit. Je m’étais fait quelques contacts, j’étais parfois embauché pour la sécu dans des trucs. Après pour les rencontres avec Clara, ça pouvait certainement  s'être passé aux Négociants, chez Brut. Toute la faune y allait. On s'est sans doute rapproché de Punky, il était génial ce type » [François Saillard qui fut plus connu sous le pseudo du Petit François] et d'Alain qui était de mon âge. Je suis rentré début avril 79 et on m'a rapidement proposé de faire le groupe". 

La photo certainement faite par Marco Lespinasse parue dans Chorus en 2002 montre Clara avec la légende « premier concert à la MJC à l’automne 77 ».  Cela sera transformé par la suite chez certains en « répétitions » à la MJC. Le fait est que les propos de Murat qui sont retranscrits dans l'article sont truffés d’erreurs (Jean-François à la basse, concert dans une salle avec Bijou, dont il dit que c’est le premier concert, malgré la légende de la photo). Marco, l’auteur de la photo, indique que Jean-Louis a voulu jouer une première fois pour se tester avant le festival organisé en août 78 . Marco était là par hasard, entre deux saisons… sauf que pour lui, Plexiglass assurait la première partie, ce qui n’est pas possible. Si le concert a eu lieu, José y a certainement joué un rôle : « J’étais le passeur de mémoire lorsque chaque été les nouveaux animateurs arrivaient. Je traînais là-bas tous les jours. Les lambris que l’on voit sur la photo, j’ai participé à les installer. Je me rappelle avoir convaincu le directeur de faire jouer Clara, déjà cette fois là ou une autre…».  La présence de François Saillard indique par contre qu’il s’agit des tout débuts de Clara. Autre élément : D'après José, à ce moment-là, les concerts avaient lieu dans une autre salle (en haut; celle-ci servait pour le ping pong). Sur cette photo, on distingue un assemblage curieux derrière Jean-Louis : construction maison d'un pied de micro ou pour tenir le saxo de jean-Louis ?

 

Les souvenirs avec Jean-Louis de nos principaux témoins de l’article remonte donc au Festival du 26/08/1978 dont nous étions les premiers, grâce à Matthieu Guillaumond,  à parler en détail. Si on peut admettre qu’ils connaissaient déjà Jean-Louis, ils n’ont pas vécu l’été passé au buron du copain d’enfance Jean-Pierre Tatry (décédé lui aussi en 2023), du côté du ruisseau de Cliergue et que Jean-Louis a raconté de manière sans doute un peu enjolivée:  «  On répétait dans un buron avec un groupe électrogène, c’était sensationnel ! Quand il y avait la pleine lune on répétait dehors, sous le ciel étoilé. Les mecs, raides défoncés montaient de La Bourboule pour nous voir ! Il n’y avait même pas de chemin, tu traversais un ruisseau et tu montais dans les prés. Ils se couchaient dans l’herbe … Tout le monde partait vers 9 heures du mat’, on arrêtait quand il n’y avait plus de jus dans le groupe électrogène. Six mois après, il y avait quatre groupes à La Bourboule [sic !!], pour 1500 habitants ! On avait une foi pas poss’ ! On faisait des concerts destroy, je branchais le public, c’était tout nouveau, tout neuf, on ne faisait aucune concession. C‘étaient les débuts du rock’n roll en Auvergne [sic !!]! ». 

 

Photo prise là-haut par Marco Espinasse (tous droits réservés) mais la guitare en plexiglas (Ampeg) sur la photo nous questionne pour l'année 78 car elle appartenait à JF Alos, Jean-Louis aurait fait des pieds et des mains pour lui récupérer (selon la sœur de JF). Deux possibilités : Jean-Louis essayait la guitare de JF (qui se trouvait-là mais sans Les Sales gosses,  Christophe Adam ne se rappelle pas de ce lieu).  ou bien Clara a utilisé le Buron d’autres fois..  Le prêt du buron était un échange de bons procédés: le groupe avait aidé à la remise en état du lieu. 

 

Sur le festival, José: « Je me souviens qu’on avait croisé le groupe Bijou, ils étaient habillés en noir, avaient leurs lunettes noires complètement dégénérés, c’était spectaculaire pour nous. Je me souviens parfaitement de ce concert. Asphalt jungle aussi. On y était avec Christophe et Bernard. J’avais 16 ans et c’est possible que ce premier concert ait été un déclencheur ».

 

A l’automne, la troupe arrive aux Ecuries. Bayon résume : « sadisme communautaire expérimentaloide ». Cela a été bien rénové depuis:

Jean-Pierre : "En rentrant dans la pièce principale, le souvenir que j'en ai (et qui est resté) : une photo (ou la pochette d'un album) accrochée au mur d'Otis Redding.…

Roger : "Jean-Louis venait de se mettre avec Marie, mais la maman de Yann traînait encore un peu par là de temps en temps. Ils vivaient aux Ecuries. Quand tu passes devant au cimetière, ça fait une espèce de voûte, Les chambres étaient au dessus. En dessous, la cuisine. Et sur le côté derrière, c’est là qu’on avait foutu tout un tas de plaque d’œuf, de polystyrène pour ne pas gêner les autres locataires. C’était un peu tout ce qui était marginal qui vivait là. Je ne dirais pas que c’était un squat, mais ça faisait un peu ça. Ca appartenait à la famille Brut5, qui avait le Café des Négociants et un des  frères  avait la discothèque La Grange au Mont-Dore, puis quand ils ont vendu, ils ont repris le Casino, et ont fait la boite de nuit le Black Jack. Ils ont tenu la salle de spectacle au-dessus  un moment, et Jean-Louis a fait des concerts là bas. C’était ouvert, Les Ecuries, mais quand même pas tout le monde, il y avait une petite sélection. Ils ne laissaient pas rentrer tout le monde non plus. Déjà, c’était pas commode pour rentrer, il fallait se baisser, les murs étaient tellement étroits avec les isolants. 

Photo: Danyel Massacrier. 1979 (1er partie Lavilliers)  François de face est décédé en 2025. notre article

On voit l’exiguïté du lieu  (Clara 2e, période avec JF. Alos)

 

José : "Ils n'avaient pas toute la bâtisse. Au niveau de la porte d’entrée (un peu en dessous de l'escalier extérieur qui n'existait pas à l'époque),  il y avait une pièce de vie, dans le coin droit il y avait un escalier pour accéder au studio de Jean Louis sous les mansardes. Y avait une grande pièce avec une hauteur de plafond. Un canapé, on squattait là. Mais voilà, nous on était adolescents, on était là, on s’incrustait un petit peu en fait, on n’était pas si intégrés à la bande que par exemple les autres membres du groupe Clara. Je me rappelle vaguement des autres mais on n’était pas trop liés.  C’était un peu des marginaux quand même. C’était normal, ils étaient beaucoup plus âgés. Mais ça ne gênait pas qu’on soit là".

A un moment donné, il y a eu des changements dans le groupe, mais ça ne me dit pas grand-chose. Je me rappelle un peu de  François.  Ils s’en foutaient un peu des gamins. [JP se rappelle de JF Alos  prompte à embêter les plus jeunes aux flippers dans la salle de jeux du Casino]. 

Je ne me considérais pas comme faisant partie de la bande. On était les petits jeunes qui étaient bien contents d’être là. Le seul avec lequel on était un peu plus proche, c’était Alain, il était un peu plus jeune. C’était notre guitariste préféré. Il était plus ouvert que Jean-Louis qui était un solitaire. Il ne parlait pas beaucoup. Il faisait sa musique. Il s’isolait. Pour moi, ça a toujours été comme ça, même avec ses proches. S’il devait nous envoyer paître, il nous envoyait paître. Il n’y mettait pas la forme, mais le lendemain, ça allait.

Voilà, on allait aux Ecuries. Et dire qu’il est enterré tout à côté. C’était un peu l’auberge espagnole. Ca rentrait, ça sortait, les copains. Et nous les ados on allait là bas. Et puis Jean-Louis, il était plus effacé, il restait très peu. Je vois un escalier et il avait son petit studio là haut et il allait se réfugier là-bas. [Dominique cartier raconte qu’il n’y est peut-être jamais monté : "c’était plus une échelle qu’un escalier pour accéder à un pigeonnier"] Et on ne le voyait pas. Il restait beaucoup moins avec la bande. Il était vraiment complètement à part. Celle qu’on voyait toujours, c’était Marie, une pile électrique, toujours de bonne humeur. Frisée comme je ne sais pas quoi, qui courait de partout, très dynamique. Je pense que si Jean-Louis n’a jamais raccroché, c'est qu’elle a été sa muse, qu'elle le motivait et ce n’est pas un hasard si elle est devenue sa manageuse après. C'est mon ressenti. Mais j’ai aussi la certitude qu’il n’aurait pas fait autre chose. Elle s’occupait de beaucoup de choses, elle avait la gagne, pour lui, plus que lui-même. Lui, il faisait sa musique, c’était un troubadour. C’est ce que j’ai toujours dit, il a réussi à faire carrière, à être connu, à vivre de sa musique. Mais il n’aurait rien fait d’autre même s’il avait fallu qu’il fasse la manche. Pour moi, c’était ça Jean-Louis. Il ne voulait rien faire d’autre. Lui c’était que la musique, que la musique.

Clara, c’était lui. Je n'ai pas senti vraiment un groupe ». 

Le compte-rendu de Jean-Louis du set du festival ne respire pas par exemple la saine camaraderie : un bassiste qui n'en met "pas une dans le panier", un batteur incapable de tenir le tempo, le deuxième chanteur-guitariste du groupe cassant une corde et chougnant... On retrouvera plus tard trace de sa rancœur (feinte? surjouée ? médiatique ? Il avait pris le costume de Murat) envers ses accompagnants locaux.   

 

José : "Ils n'avaient que dalle, il fallait qu’ils se nourrissent. Ils bossaient à la petite semaine. Bon, on ne nous en parlait pas mais c’est ce que j’entendais là-bas, et puis, après on en parlait entre nous aussi, Christophe et Bernard qui y étaient plus [sur la fin] nous en parlaient aussi. C’est sûr que pour les bien-pensants de la Bourboule de l’époque, ce n’était pas forcément les gens qu’il fallait fréquenter. Moi, j’étais assez libre et j’étais sérieux au boulot. Mes parents n’étaient pas trop au courant de tout ça. Mais les notables de la Bourboule… bon, peut-être que quand il est devenu célèbre, ils ont tenté de se rapprocher un peu de lui mais à ce moment-là*… quand ils vivaient tous ensemble aux Ecuries, ils passaient vraiment pour les marginaux pour les gens de là-bas. Mais Jean-Louis dénotait aussi par rapport aux autres, lui, il y croyait à son projet je pense. Il ne faisait que ça".  ( *Roger est bien d'accord: il portait un regard acerbe et amer quand la municipalité a financé un bus pour se rendre à  la soirée hommage "Te garder près de nous" en 2024). 

 

Dans Magic, Christophe Pie disait: « ils avaient des dégaines pas imaginables. C’était les stars du coin".

 

José : "Caractère un peu spécial Jean-Louis. En même temps, il s’occupait de nous. Et tout a commencé parce qu’on pouvait prendre le studio, quand ils avaient fini ».

 

A suivre!  Christophe « J’avais un groupe avec des potes qui s’appelait PlexiglaSS, très original, qui a duré deux mois [sic]. Punk primaire. J’avais tapé dans l’oeil de certains alors que j’étais encore au lycée»   ICI

 

NOTES 

Note 1-
L’engagement de Jean se traduira par l’animation du cinéma le Roxy, et aussi un fanzine culturel me dit-on. On trouvait toujours en 2024 au bar du Roxy des photos discrètes de Jean-Louis,  le vinyle Travaux sur la N89 (et aussi un portrait de Joël Rivet,) signe de l'estime que Jean a dû conserver à Jean-Louis malgré les orages violents entre Murat et celle qui était devenue sa compagne : la maman de Yann. Nous l'avons croisé en mai 2024 au moment de l'interview de Roger et lui avons donné des tirages de photos d’époque. Il semblait touché.  Il a toujours été très discret nous indique Roger, peut-être du fait du rôle de beau-père qu’il a eu pour Yann Bergheaud. retour au texte

Note 2:   Dans les racontars de La Bourboule,  "c'est bien connu que La Bourboule et le Mont Dore ont toujours fait beaucoup plus de cocus que de guéris !  C'est pour cette raison que l'on appelle le train du vendredi soir, qui amène les maris dans nos stations pour passer le week-end avec leur femme en cure " le train jaune". retour au texte     Pour le plaisir, quelques autres anecdotes tirées d'un site internet qui a disparu :

 

Note 3: On récupérera peut-être un jour des photos de Jean-Louis à la fanfare, on a cherché sans succès, mais sans frapper à la porte du Réveil. Une Mademoiselle Queyron a marqué Jean-Louis (cf "A la dérive"). En 65, elle recevait une médaille pour 57 années au service de la musique à La Bourboule ! Dans des numéros de cette revue, il est mentionné quelques élèves du Réveil ayant obtenu un prix… mais pas de Bergheaud.   retour au texte

Note 4: A côté du Réveil, autre activité culturelle saine proposée à la jeunesse à partir de  1975, la chorégraphe Marie-Jo Weldon arrive sur la commune. Elle crée un groupe de majorettes (le GALB: Groupe artistique de la Bourboule) avant de proposer avec le soutien de la municipalité des spectacles de comédies musicales, opérettes... dont une création nationale, avec des costumes de l'opéra de Paris,  Hourra papa qui fut ensuite jouée à Paris par Guétary qui vint sur la commune voir le spectacle et J. Ballutin. Le compositeur est Jo Moutet qui faisait une belle carrière de musicien... et a trouvé sur La Bourboule, une jeune femme pour se marier, presque de la génération de Jean-Louis... et qui se trouvait être la tante de Roger!   Bon,  ce n'est pas pour autant que cette activité artistique  plaisait beaucoup à nos ados.  Une expo sur le GALB a eu lieu en ce mois de décembre 2025, avec la participation de Jean Esnault. On le voit dans ce reportage.        retour au texte 

Note 5:   Certains pensaient que le propriétaire Sergio (Serge Brut) était le fameux et principal organisateur du festival, mais Marco réfute : il ne fallait pas être en retard pour le loyer… Il était là dès le lendemain à réclamer son argent, et c’est justement le fameux pote Charlie (de son vrai nom Georges B. de Condat-en-Féniers) qui pouvait arriver pour régler la note, il payait aussi pour du matériel : Clara s’est équipé rapidement d’une sono, de matériel d’enregistrement, d’une camionnette Ford. Jean-Louis n'avait donc pas forcement tort quand il disait : "c'est l'argent de la dope qui finançait tout". On en reparlera dans la 3e partie de ce dossier. retour au texte

 

Sources et Interviews seront indiquées dans la dernière partie   PARTIE 2 ici

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 12 Décembre 2025

bonjour, il y aurait bien quelques trucs à vous dire depuis quelques jours mais je bosse dur sur un gros dossier (je précise : non, pas de Week-End Murat 2026). J'ai même laissé passer mon 16e anniversaire sans article.  

Je voulais quand même prendre 5 minutes pour vous saluer, tenez le coup jusqu'aux fêtes,  et... pendant, et faire un petit contenu rapide... 

... et voilà, voilà...  comme souvent, quand je tire un fil avec Jean-Louis, le filou, on trouve un filon.. et ce soir un Philou (ou plutôt un Phiphi) : Philippe Le Baron, le fidèle technicien de Jean-Louis m'a aiguillé.   Impossible de se défiler donc pour ce soir... 

Steve Cropper  est décédé. Homme de l'ombre du label Stax, il participe au succès d' -amen- Otis Redding notamment. En 1996, il est consacré « plus grand guitariste vivant » par le magazine britannique Mojo... et c'est fort possible que Jean-Louis ait été d'accord. On me confirme que c'était bien un modèle, et qui lui a donné le goût pour la  télécaster, goût développé au moment de Mustango.   

Pour le plus grand public, Steve est plus connu comme membre des Blues Brothers...  Et il s'avère qu'à New-York, période Mustango, Jean-Louis l'avait approché...  et  a vécu comme un affront que Steve lui dise que s'il le connaissait, c'était à cause des Blues Brothers!  Lui!! Le fin connaisseur de la stax, d'Otis Redding, de Sam & Dave, Wilson Pickett… et de toute une série de soul et bluesmen blancs (Canned heat, Rolling Stones..). 

Cette première rencontre, je ne pense pas qu'il l'avait raconté dans le détail. Par contre, Sur France Culture dans Radio Vinyle en 2015, il indique l'avoir rencontré plusieurs fois et discuté avec lui... A Cannes, lors d'un festival au Palais, il jouait en co-affiche avec Christophe, le 23 septembre 2010, et le band des Blues Brothers était programmé le 25 (le 22, il y avait Nilda Fernandez, mais c'est une autre histoire.. en lien avec Dejacques).  Steve se trouvait déjà dans les lieux  le 22 profitant de la French Riviera et du catering. 

 

 

Voici ce que Jean-Louis en disait dans l'émission (cette fois, avec la volonté de bien montrer à l'intéressé qu'il était un fin connaisseur!):


 

Dans l'émission (formidable)  avec G. LANG en 2009,  Murat choisisssait d'écouter un des titres dont il est question dans l'audio, Ninety Nine And A Half Won't Do,   mais  reprise par le Creedence (ci-dessous). On retrouve notamment, également, le grand classique "green onions"  dans son juke box imaginaire dans le livre de Pierre Andrieu.

Ce qui n'est pas raconté par Jean-Louis Murat, c'est que ce soir-là, à Cannes, Murat s'était réfugié dans sa loge, ne voulant pas le voir et revivre une mauvaise expérience!  C'est Steve Cropper qui a fait la démarche... Il se trouve que Philippe Lebaron avait travaillé par le passé avec le musicien américain (la soirée Back to Stax est visible sur youtube). 

 

Autres  références:   

Cédric Barré nous en parle dans Le moujik et sa femme indiquant qu'il aurait été question de faire un disque avec Cropper (c'était déjà indiqué chez Didier Lebras) : 

Convaincu d’avoir trouvé son Eldorado musical il envisage cette fois un trip nostalgique à la « Eddy Mitchell » entre Nashville et Memphis. Il est question de travailler avec Steve Cropper sur un album « moitié rhythm’n’blues, moitié country » baigné dans les cuivres et les cordes. Le départ est prévu le 15 septembre 2001 mais les récents attentats du World Trade Center qui ont secoué le monde quelques jours plus tôt l’obligent à changer ses plans. Il attendra pour rejoindre la terre promise (ce sera en 2009 pour Le cours ordinaire des choses) et il faut se résoudre à trouver une solution de remplacement… En France.   note: Steve Cropper est un guitariste, auteur-compositeur et producteur américain de soul, funk et rhythm and blues, connu principalement en tant que musicien de studio pour le label Stax, mais aussi comme membre fondateur des groupes The Mar-Keys et Booker T. and the M.G.'s. Il collabore avec des artistes prestigieux comme Otis Redding, Wilson Pickett, John Lennon, Rod Stewart ou encore avec Eddy Mitchell et Véronique Sanson. 

Didier Varrod sur France Info convoquait Cropper pour le live Innamorato :   Son chant et ses étirements sensuels. Sa guitare pilier et souffle de vie, qui l’aide à toujours trouver le sens de la hauteur : Blaise Pascal, Marvin Gaye, et Steve Cropper dans un même ensemble humain. Et c’est ainsi que ces croisements aboutis dans le destin d’un saltimbanque parfois irascible donnent souvent des chansons exemplaires. 

Et Antoine Couder dans Foule Romaine:   « John Lee Hooker à la sauce Cropper résume à merveille toute l’inspiration de Murat, tantôt funky, tantôt blues »

 

LE LIEN EN PLUS 

Dans ce podcast avec des artistes auvergnats réalisé par François Audigier, on commence avec l'original puis  la démo de la reprise de "suicidez-vous..." par PAR.SEK.  On connaissait la version live (réalisée à la soirée Te garder près de nous") : 

https://www.tsugi.fr/episode/une-heure-avec-francois-audigier/?fbclid=IwY2xjawOVWUdleHRuA2FlbQIxMABicmlkETExNzZMYk11ZHBCSmZUZ1V2c3J0YwZhcHBfaWQQMjIyMDM5MTc4ODIwMDg5MgABHgjQAJfkIcHqYx4l3KfaRKQqVOy5EPhXvwuvjJLJmlGcH2xgKubPiGgfSwrr_aem_pNwX7uX7QeBsyvmERgc0ig

 

Un des membres de Par.Sek est l'ami COCO MACE qui, en solo, est dans un répertoire un peu différent. Il a joué à la Coopé quelques nouvelles chansons il y a peu, c'est charmant:

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #le goût de qui vous savez

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