3) Une première chronique belge dans DH La Libre Belgique par Charles Van Dievort (27/05/2026)
Le dernier “Tour de France” de Jean-Louis Murat : voici ce que nous avons pensé de son album live posthume qui vient de paraître
À l’occasion des trois ans de la mort du chanteur est sorti un album live retraçant les moments les plus forts de sa dernière tournée. Un disque épique, à la Neil Young, qui rappelle combien l’artiste occupait une place unique dans le paysage musical.
Le 25 mai 2023, la nouvelle tombait comme une douche froide, on apprenait la mort de Jean-Louis Murat à l’âge de 71 ans. Rien ne laissait présager une disparition aussi brutale, le chanteur ayant tout juste terminé sa première tournée post-Covid quelques jours plus tôt.
Ironie du sort, le lendemain était commercialisé le premier best of de l’artiste. Lui qui avait toujours manifesté une hostilité totale à toute compilation regroupant ses plus grands succès, avait fini par céder.
Depuis, en dehors de concerts hommage et de livres – plutôt nombreux -, aucun disque de l’Auvergnat, posthume ou autre, n’était venu caresser les oreilles des fans et du public… jusqu’à ce vendredi 22 mai, date de sortie d’un live immortalisant la dernière tournée du plus bougon des orfèvres de la chanson française.
Une relecture à la Neil Young de son œuvre
Intitulé Tour de France 2022, il propose 14 titres captés lors de différentes dates de la tournée qu’il a clôturée juste avant de mourir. Des chansons choisies par ses soins après une sélection effectuée par son comparse de (presque) toujours, Denis Clavaizole. “Tous les concerts de l’année 2022 ont été enregistrés. Absolument tous, explique ce dernier dans les notes du livret qui accompagne le CD et le double vinyle. Et Jean-Louis m’a désigné comme personne de confiance pour effectuer un premier tri, choisir les quatre ou cinq meilleures versions de chaque titre. Ensuite, c’est bien sûr lui qui tranchait […] Deux mois avant sa disparition, ça ne faisait aucun doute pour lui : 'C’est bon, on a tous les morceaux !'.”
Sur ce live, Jean-Louis Murat est plus “neilyoungesque” que jamais, avec notamment de longues chevauchées comme il les aimait tant. Comment résister aux somptueuses revisites du “Chemin des poneys” et de “Taormina”, deux des rares chansons plus anciennes figurant sur cet album.
Les aficonados du gars de Douharesse le savent, Murat se projetait toujours vers l’avant, regardait rarement en arrière. Ses succès gravés sur disque, il passait à autre chose. Dans ce cas-ci, C’est son dernier album La vraie vie de Buck John qui est à l’honneur, avec quelques titres de son prédécesseur, Baby Love.
Des chevauchées endiablées
Pour ceux que ces deux disques ont déroutés par leur approche musicale orientée électro-funk pour le second et inclassable pour le premier, voici l’occasion de redécouvrir les chansons sous de nouveaux atours. Car ce n’est pas là le moindre des talents de Jean-Louis Murat que d’emmener ses créations vers des contrées insoupçonnées lorsqu’il les présente sur scène. Les précédents l’attestent : Live in Dolorès en 1998, qui revisitait Dolorès en mode “acoustique”, et Muragostang en 2000, formidable déclinaison 100 % électronique du très organique Mustango sorti l’année précédente.
Comment ne pas succomber aux chevauchés, souvent endiablées, que proposent les interprétations de “Jean Bizarre”, “Ma Babe”, Montboudif” et “Battlefield”. Sans oublier l’épique “Où Geronimo rêvait” !
Et que dire de ces moments où le temps semble suspendu quand Murat se fait doux comme du velours avec “La princesse of the cool”, le jazzy “Frankie” et la pièce maîtresse de cet album live, “La pharmacienne d’Yvetot”.
Un inédit somptueux
Un titre que cette dernière chanson se dispute avec le seul inédit gravé sur ce disque : “Hello You”. Comme à son habitude, Jean-Louis Murat gratifiait son publique de quelques-unes de ses plus belles perles exclusivement interprétées sur scène. Voilà qui n’est pas sans rappeler d’autres morceaux du même acabit : “Ami, Amour, Amant”, “Michigan”, etc.
Quatorze titres qui font revivre tout le talent de l’Auvergnat, bien entouré pour ce dernier Tour de France. Le bassiste Fred Jimenez, rencontré pour l’enregistrement du triple album Lilith en 2003, est à l’œuvre, avec le claviériste Denis Clavaizole qui accompagne le chanteur depuis Cheyenne Autumn, en 1989. Et, comme pour boucler la boucle, c’est le fils de ce dernier, Yann, qui est à la batterie. C’est lui qu’on entend, alors qu’il était bébé, sur “Déjà deux siècles 89”, titre extrait de Cheyenne Autumn !
Le point final de l’histoire ?
La seule déception à l’horizon nous vient du livret du disque. Ou plutôt de ces phrases qui le clôturent, signée Laure Desbruères, l’ex-femme du chanteur qui fut productrice pour Scarlett à partir de 2004, la structure qui réalisait les disques de Jean-Louis Murat à partir de 2006. “Scarlett, ce furent quelque vingt années intenses et exigeantes, et la moitié de la production phonographique de cet immense artiste-auteur-compositeur”, note-t-elle. “Scarlett, ce fut une très belle aventure. Une très belle aventure qui s’achève ici et vous laisse une œuvre intemporelle signée Jean-Louis Murat, une œuvre qui n’en finira pas d’être redécouverte.”
Si Scarlett termine son existence avec ce Tour de France 2022, en référence bien sûr à la passion qu’éprouvait le chanteur pour le cyclisme, notamment Wout Van Aert, faut-il comprendre qu’il n’y aura plus d’autre sortie signée Jean-Louis Murat ? N’avait-il pas dit, régulièrement, qu’il avait des “tonnes” d’inédits et même des albums prêts à paraître après sa mort ? Les entendra-t-on un jour. Pas sûr…
Du même auteur, du côté de MOUSTIQUE:
Moustique (site web) - Moustique
Monday, June 1, 2026
Un album anniversaire de Jean-Louis Murat, un disque enregistré en live pour Dua Lipa et le retour du groupe Inferno pour débuter la semaine
Trois ans après sa disparition, le 25 mai 2023, à l’âge de 71 ans de Jean-Louis Murat, “Tour de France 2022” propose 14 titres captés lors de différentes dates de sa dernière tournée.
Sur ce live, le chanteur et guitariste est plus “ neilyoungesque” que jamais, avec notamment de longues chevauchées comme il les aimait tant. Impossible ainsi de résister aux somptueuses relectures du Chemin des poneys et de Taormina , deux des rares chansons plus anciennes figurant sur cet album.
Nostalgie quand tu nous tiens
Pour le reste, c’est son dernier album “La vraie vie de Buck John” qui est à l’honneur, avec quelques titres de son prédécesseur, “Baby Love”. Si les chansons de ces deux disques avaient dérouté par leur approche musicale -orientée électro-funk pour le second et inclassable pour le premier-, Murat en propose ici des versions complètement remaniées.
Jean Bizarre, Ma Babe, Montboudif, Battlefield ou encore l’épique Où Geronimo rêvait! Plus loin, Murat se fait doux comme du velours avec La princesse of the cool, le jazzy Frankie et la pièce maîtresse de cet album live, La pharmacienne d’Yvetot. Cerise sur le gâteau: l’inédit Hello You. L’Auvergnat était particulièrement bien entouré pour ce dernier Tour de France. Le bassiste Fred Jimenez, rencontré pour l’enregistrement du triple album “Lilith” en 2003, est à l’œuvre, avec le claviériste Denis Clavaizole qui accompagne le chanteur depuis “Cheyenne Autumn”, en 1989. Et, comme pour boucler la boucle, c’est le fils de ce dernier, Yann, qui est à la batterie.
4) Toujours chez les belges, dans les sorties de la semaine, VIF indique:
3. Jean-Louis Murat – Jean-Louis Murat en concert – Tour de France
Il aura donc fallu que Murat casse sa pipe (en 2023, à 71 ans) pour que s'interrompe l'une des discographies les plus aventureuses (et les plus foisonnantes) de la scène française. "Ce n'est pas une excuse", aurait pu répliquer le poète retors. Pardonnez la boutade: il y a des disparus qui manquent plus que d'autres… Trois ans quasi jour pour jour après son décès, Jean-Louis Murat a droit à un premier album posthume : un live capté lors de son ultime tournée, en 2022.
A l'époque, le chanteur vient tout juste de sortir La Vraie Vie de Buck John, qu'il décide d'emmener sur la route en formation resserrée: Fred Jimenez à la basse, Yann Clavaizolle à la batterie et Denis Clavaizolle aux claviers. Au programme, une tournée de plus de 50 villes. Un véritable tour de France pour ce fan de vélo (auquel la course a d'ailleurs rendu hommage l'an dernier, lors de son passage dans le col de la Croix-Morand). Enthousiaste, Murat décide d'enregistrer chaque concert, imaginant un album live qui ne garderait que les meilleures versions de chaque chanson –un parcours du combattant quand on connaît la manie de l'intéressé de ne jamais jouer deux fois le même titre de la même manière.
C'est Denis Clavaizolle qui va s'y coller, proposant une sélection finale à Murat, deux mois avant sa disparition. Par la force des choses, elle se concentre sur ses derniers disques –de Buck John à Morituri (2016), avec l'une ou l'autre incartade dans Taormina (2006)–, augmentée d'un inédit (Hello You). Soit quatorze chansons au total, où l'on retrouve un Murat presque jovial –au point de vouloir faire chanter le public sur Battlefield–, labourant son blues-rock auvergnat (Où Geronimo rêvait) avec ce mélange toujours aussi savoureux de roublardise (Marilyn et Marianne) et de magnétisme troublant (La Pharmacienne d'Yvetot).● L.H.
Distribué par Cinq7/Wagram. La cote de Focus : 3,5/5
5) Et chez les amis de Sunburnsout (vous pouvez aller sur le site pour lire: je termine l'article du jour, ici!, pas envie de lien en plus aujourd'hui, n'insistez pas)
“Bon sang ! Qu’est-ce qu’il était vivant !” Comme tous les disparus, Murat respirait, chantait, blasphémait et swinguait du tonnerre… avant de ne plus pouvoir le faire du tout, pour cause de mort. “Qu’est-ce qu’il vivait !” C’est ce qu’on se dit dans ces cas là mais on sait qu’il y en a qui sont un peu plus vivants que d’autres et le Murat que l’on entend à l’entame de ce live des trois ans… qui date de quatre ans, et qu’on écoutera sûrement encore dans cinq ou dix, l’était bel et bien… vivant.
On n’entend que ça sur Jean Bizarre qui était aussi l’un des morceaux de son dernier album, La Vraie Vie de Buck John, sorti en 2021, la vie qui bruisse sur cette chanson et explose dans des allitérations, des échos de mots et de sonorités, visiblement choisies pour la manière dont elles s’entrechoquent et se combinent avec la rythmique mi-jazz, mi-folk rock du morceau. C’est un beau morceau pour entamer un disque live, un morceau amusant, sûrement pas facile à chanter mais qui met en confiance et donne la patate. Ce n’est pas négligeable : il arrivait qu’on aille à un concert de Murat avec une boule au ventre ou du moins un peu d’appréhension. Parce qu’il n’était pas toujours tendre avec son public et parfois de mauvais poil. Ce n’est pas le cas cette fois. Murat, même mort, nous accueille avec l’oeil jubilatoire et la langue agile. On en avait bien profité lorsqu’on l’avait admiré pour la dernière fois de notre vie de supporteur, c’était à Allonnes en mai 2022.
Ce Jean Bizarre dit au moins une chose quand on entend scatter l’Auvergnat comme à la parade, c’est qu’il était en forme/vivant et plutôt content d’être là. On se fout un peu qu’il avale les mots sur la Princesse of the cool, comme s’il avait une chaussette dans la bouche, parce que c’est justement de cela dont il est question ici : être cool, se laisser aller et tant pis pour la clarté de la diction. On a les doigts en éventail et on slacke à la France, en charentaises et en poésie. On avait bien aimé Baby Love, disque sur lequel on trouve la chanson. Murat en joue aussi Montboudif sur ce live. Mais c’est surtout Buck John qui est à l’honneur avec des cris d’indiens ou de vieux paysans sur Où Géronimo Rêvait et quatre autres morceaux (en plus du premier). Ce Tour de France 2022 est foutrement rock et foutrement joueur parce que Buck John était un album pétillant et “décomplexé”, pas comme la droite du même nom, un album décomplexé qui, à la façon de Murat, s’en fout royalement d’être rock, blues, jazz ou chanson française et qui passe de l’un à l’autre par la virtuosité des musiciens et la grâce de son chanteur. Murat chante, il hurle, il hulule même. C’est le Jon Spencer Blues à la mode de Riom, Alan Vega 63, habité par le souffle de l’Amérique et la vitalité des monts d’Auvergne.
C’en est presque triste, alors qu’on sait qu’il est mort, quelque part d’avoir choisi un concert aussi généreux et relâché du tubercule. Le groupe est particulièrement agile ici avec Fred Jimenez à la basse, Denis Clavaizolle au clavier, Yann Clavaizolle (le fils de Denis) à la batterie. Les deux premiers ont joué avec Murat depuis ses débuts et le trio propose ici un accompagnement formidablement rythmé qui sied parfaitement aux titres retenus. On adore la liberté et l’espace entre les instruments sur Ciné Vox, l’un des meilleurs morceaux du très bon Il Francese,que Murat ralentit et semble ne pas vouloir terminer. Taormina est bouillant et électrique. Murat mélange les nouveautés du moment avec Ma Babe, Marylin et Marianne, Chacun sa Façon ou Battlefield, et des titres qui viennent d’un peu plus loin comme la Pharmacienne d’Yvetot (2016) ou le sublime Chemin des Poneys (sur Taormina, il y a vingt ans). La performance d’ensemble est généreuse et met en relief la culture rock (des années 50 aux années 70) d’un Murat qui aimait autant les textes bien tournés que les guitares électriques bavardes. C’est cette expressivité des guitares (sur Marylin et Marianne, bien soutenues par un clavier à la Jerry Harrison, fougueux) qui donne à l’ensemble une vitalité extraordinaire. Le groupe négocie à la perfection les changements de tempo, se changeant sur la Pharmacienne en un piano band pourpre et nocturne. On a un petit faible pour la version velvetienne d’un Frankie qui taquine les sept minutes. L’inspiration américaine irrigue le disque et cette période finale d’un Murat splendide dans son minimalisme et ses regains d’électricité. Le Chemin des Poneys est sûrement pensée comme LA grande chanson du set. Elle l’est et nous ouvre les portes électriques d’un ciel encore trop haut pour nous.
Ce disque est un témoignage précieux du “dernier” Murat par la force des choses, un Murat qui, parce qu’il n’y en eut pas d’autre, nous semble avec le recul, une bonne synthèse voire une synthèse presque parfaite de tous les Murat qui sont passés avant, la somme d’héritages accumulés sur cinq décennies au moins, de la chanson française au punk rock américain. Tout est là, niché au creux d’une poésie ancienne. Tour de France 2022 est un beau disque crépusculaire et vibrant d’irrévérence. Un disque qu’on aimera écouter et réécouter, jusqu’à ce que les vers de deux ou trois chansons se mélangent pour en former d’autres. Façon cut-up.
An 1163
L’ordure leva
Le pont-levis
Mon cœur est
Mort de froid
Il n’y a rien ma mie
Qui doit nous faire peur
La portière ouverte
Ressens-tu la chaleur
Berger du néant
Troupeau d’éternité
Viens mon ange
La mort a rarement du bon. Elle est comme le froid et le vent.