vieilleries -archives-disques

Publié le 14 Janvier 2026

Et voilà... Le gros du travail envisagé depuis plus de trois ans, celui pour lequel j'ai décidé notamment d'arrêter l'organisation des Week-ends Murat, est fait (NB: Je suis fada de consacrer autant de boulot pour si peu de lecteurs). C'est ici le dernier épisode de cette série consacrée aux années bourbouliennes.  Je vais maintenant pouvoir prendre des vacances, et me plonger sérieusement dans Le roman de Murat, de Yann Bergeaud et Marc Besse qui sort aujourd'hui. Je l'ai reçu par service de presse, je l'ai juste parcouru après avoir mis la dernière main à cet article. De ce que j'en ai lu pour l'instant, l'ouvrage m'a semblé intéressant dans ce qu'il permet d'apprendre sur les années avant Murat, notamment celles avec Michelle. A ce stade, je n'ai pas constaté d'écarts phénoménaux entre ce que j'ai écrit et ce qu'il y est dit, mais ça méritera qu'on y revienne et mon travail sera donc sans doute amendé.  Bonne lecture ci-dessous, et bonne lecture du Yann Bergheaud/Marc Besse (edit: ou pas!)! ps: Pour ceux qui découvrent cette série, il est recommandé de  commencer par le premier article 

 

A tous les aventuriers du rock, notamment les trois membres survivants de Clara!

 

Partie 3- Episode 2 - première partie ici et pour tout reprendre à zéro: Partie 1 "Dans le décor 

 

Michel Jonasz a chanté "les années 1980 commencent" (avec Georges Rodi qui jouera sur le LP Murat), et on arrive donc à :

 

- Février 80 (date fixée par José Pereira) :  concert dans la campagne à Jassy (cf partie 2). En plus de Plexiglass et Clara, un groupe éphémère de jeunes gens du plateau du Cezallier fait le nombre, ils s’appellent Chrysanthème et jouent du Téléphone. Pour certains, ils n’avaient même pas gardé en mémoire d’avoir assuré un jour la première partie de Jean-Louis Murat. Saluons donc Joël Cubizoles, Michel Chandeze et Marie Jo Genêt, que leur nom soit gravé à jamais sur le Hall of fame du rock cézallien, au côté de Joël Rivet qui gît dans le grand Ouest américain du cimetière de Saint-Alyre (Bouleversant hommage avec Alain, Christophe, Jacques... et un peu saisissant par rapport à  la cérémonie pour Jean-Louis, qui pourtant  rêvait d'un détecteur au cimetière pour que "Gimme Shelter" se déclenche à chaque visite!)

C'est devenu un gite. La salle était à l'étage (c'était certainement très secure!)

 

- En 80 toujours, un autre concert aux Cezeaux, après celui de 79, cette fois avec Plexiglas dont on ne connaît pas la date (cf Partie 2)

 

- 27/02 : première partie de  Lili Drop. On ne sait pas si Lili Drop a transformé l’essai au pays jaune et pas non plus si la copine Clara était bien de la partie et s’ils ont été payés rugby sur l’ongle... mais ils étaient annoncés tous les deux ! Oliv ne mena pas la carrière du fait de son addiction, sa bio est écrite par le muratien Jean-François JACQ.   Hebdo numéro 375:

JP Alarcen, le talentueux guitariste de Renaud notamment, que Zacha aurait voulu employer pour le LP Murat était dans la place.  

 

 

- 29 Mars 80 : première partie d’Edith Nylon. On en parlait déjà là dans cet article « Clara file du Nylon et met à bas Edith »

José Pereira:  « Ils avaient fait un concert à la maison du peuple à Clermont. On y était avec le matos, et tout, pour leur donner un coup de main. Et il y avait ces Parisiens. Ils ont failli se taper sur la gueule d’ailleurs. J’étais là. Ils avaient je ne sais pas combien de guitares, et aux balances, des boys pour les leur accorder… sans tenir compte de Clara qui patientait. C’était vraiment les Parisiens… Ils ont disparu du paysage et Jean-Louis était encore là ! Ils nous ont pris pour les paysans qui faisaient de la musique, c’était tendu. Lors du ramassage du matériel à la fin, ce n’était pas la joie ».

 

Christophe Pie [qui n’était donc pas encore dans Clara] a raconté :"je me rappelle de la première partie d'Edith Nylon à la Maison du peuple, et là ça a failli finir en baston avec les Nylon, j'ai même cravaté le gratteux et j'ai fini par cracher sur cette connasse de chanteuse ! ». Ce souvenir fait bien rire Jean-Pierre Gougnot : « j’ai dû calmer Christophe qui voulait casser du nylon du haut de son mètre 65, je confirme pour le crachat… et je me souviens de projectiles (des tomates peut-être) et des noms d’oiseaux. Je me demande encore comment ça n’a pas fini en bagarre générale. Les garçons d’Edith Nylon étaient chauds bouillants ». Quant à Marco, il nous raconte : « Pendant que Clara jouait, ils passaient au derrière la scène avec des cartons, Jean-Louis s'en est aperçu et a dit : dis-donc le colis postal, si tu dégages pas, je vais t'expédier ! Et moi, là, j'étais prêt à tout lâcher si jamais ils s'amusaient à recommencer, ça aurait été la dernière fois qu'ils portaient un carton... Les gens étaient déjà avec nous, avec Clara, il y avait déjà des groupies". 

 

Tout ceci a été relayé par la presse montagnarde… qui n’est pas très élogieuse. Le 31/03:

 

 

 

 

Et ce jour-là… José est témoin d’une scène aux Ecuries : Jean-Louis a pris son téléphone pour incendier le journaliste de La Montagne !

« Nul n’est prophète en son pays et c’était bien le cas. Il avait fait un concert et ça avait été écrit, et il y avait eu un article qui n’était pas terrible. Il avait le journal dans la main et il a décroché le téléphone pour appeler le journaliste de la Montagne : il lui a passé une charge monumentale ! Quand il se mettait en colère, il se mettait en colère. C’est des images que j’ai. Et après il avait dû remonter dans son studio».

 

- Dans ces eaux-ci, peut-être rincé, J.F. Alos quitte le bateau, pas forcement fâché, il restera encore quelques temps «le beau-frère » (non officialisé) de Jean-Louis : les forts caractères Bergheaud ne lui ont donc pas fait peur. Et il continuera de fréquenter Jean-Louis. Ici, en 1989, chez la sœur de Jean-François (photo de sa collection privée). 

A sa mort, Jean-Louis lui dédicacera Taormina.

 

Jean Esnault quitte lui aussi le groupe. Roger évoque le fait que Michelle serait devenue sa compagne, mais aussi les perspectives plus professionnelles qui s’ouvraient pour le groupe, qui ont pu lui faire peur ou le mettre face à certaines limites. Ce groupe, "Clara 2", est parti à Londres (la sœur de J.F. assure que son frère était de la partie) pour enregistrer avec Sheller des jingles pour Europe 1 (pour l’émission de Michèle Abraham ou l’ensemble de la radio). Bernard des Plexiglass a dit à José que l’expérience n’avait pas été terrible, et c’est vrai qu’ils n’ont pas souvent parlé de ce séjour alors que cela aurait pu être fondateur. Dans Platine d’octobre 2006, Murat, qui a un peu mauvaise conscience envers Sheller, affirme quand même que cela leur a permis tenir financièrement pendant 6 mois ! Dominique Cartier, le remplaçant de JF à la basse ne se rappelle ni de Jassy, ni d’Edith Nylon... et même d’aucun autre concert. Par contre, il se rappelle d’avoir roulé dans la neige avec le camion Ford. Il a donc forcément connu l’hiver 80. Christophe Pie prend la place pour l'été, il est en vacances (il  a dit  à deux kolokistes n'avoir jamais été vraiment un membre de Clara - en 2012!).


 

Mais revenons en arrière… sur ce qui amena la signature de Jean-Louis Murat chez Pathé.

Faut-il rappeler ce qui est le plus souvent dit ? Une cassette a été envoyée par un pote taulard, elle arrive sur le bureau de Hebey qui lance un message sur les ondes, et Murat monte à Paris pour trouver Hebey (Marie dans Les jours du jaguar dit qu’ils ont appelé)… Jean-Louis a aussi raconté à Platine que c’était lui qui avait remis à Sheller la cassette à la sortie d’une émission d’Inter, il précise que le numéro de téléphone était sur la cassette. [On prendra peut-être le temps de lister toutes les versions disponibles de l’histoire un de ces quatre... pour le fun ?]

José Pereira a un souvenir qui épaissit le mystère, voici notre échange :  

"J’ai quand même assisté à des points d’histoire. Je ne sais plus si c’était RTL ou Europe 1 mais il y avait eu une cassette qui avait été envoyée, j’étais au courant de ça, puisqu’on y allait tous les jours, on était informé des nouvelles. Et je me souviens d’attendre tard dans la soirée avec mon poste pour écouter Clara. Je me souviens".

- Donc tu as écouté l’émission de Hebey dans laquelle Clara a été diffusé ? Ce n’est pas tout à fait ce qu’on sait, puisque Hebey aurait lancé un appel sur les ondes pour retrouver le groupe…

- Absolument, je suis resté pour attendre que ça passe. On savait qu’ils allaient passer. Si, si. Certain. Je me souviens, J’ai des images d’avoir mis mon poste, j’étais tout seul chez moi. Et je me rappelle qu’il y avait eu une confusion avec le chanteur avec lequel on le compare… [son nom ne lui revient pas]"

- Manset ?

- Oui. Et Jean-Louis ça l’agaçait. Par la voix et cette façon de chanter. Il n’était pas content : "Moi, je suis moi !" Il était cash" [Jean-Pierre : "Perso, j’ai été le premier à la Bourboule à faire le rapprochement, j’écoutais Manset notamment "y a une route" en boucle, avant de découvrir Clara. J’ai encore en mémoire les chansons de Clara, et pour moi le rapprochement était clair. Le même timbre de voix et la même dégaine à l’époque. Oui, pour moi, JLM s’est fortement inspiré de Manset"].

- [je reprécise ce que Murat avait dit, l’appel sur les ondes pour retrouver Clara]

- Non, j’étais au courant que la cassette allait passer".

 

Voilà une information étonnante, même si on peut en minimiser la portée : il est possible qu’il y ait eu une diffusion ultérieure à la première. Serge Pantel nous rappelle qu'Hebey avait l’habitude de diffuser des groupes locaux le dimanche après-midi  dans Poste Restante (ses High School avaient été diffusé deux fois)… Mais Marco nous réoriente vers un indice qu’avait lui-même donné Jean-Louis : son copain Charly (Georges B.) bien qu’installé à La Bourboule (il était originaire du Cantal – Condat) aurait été « un des plus gros dealers français » (Marco dit "le dealer du département, voire de la région, mais un mec extra, le cœur sur la main")… Et Sheller a avoué avoir consommé de la poudre de nombreuses années (On ne sait pas pour Hebey, on peut jouer au Pablo Escobar sans la panoplie complète ! D’ailleurs, il faut se méfier des gentils chanteurs : Yves Bigot dans son livre de souvenirs, dans ces années-là, raconte voir débarquer Balavoine dans le bureau d’Abraham d’Europe 1 pour immédiatement se faire un rail devant les deux animateurs, médusés. On peut aussi citer Dassin, Mort Shuman ou Julien Clerc...)

 

 Il se pourrait donc que Charly, qui "allait jusqu'à Paris avec des gens de la variété" dit Marco, ait pu intervenir plus directement que par un courrier qui n’aurait pas précisé le nom et les coordonnées du groupe, comme il avait offert une première scène à Clara avec le festival de La Bourboule, et pour payer du matériel… On rappelle que les Sales Gosses se demandaient comment Clara pouvait avoir eu l’ensemble du matériel en leur possession. Marco indique même que Charly a pu venir régler le loyer dans les fins de mois difficiles ! On peut avoir une image idyllique de La Bourboule... Mais on l'a déjà écornée dans le première partie, et en plus de Charly, on me rapporte qu’un fils de commerçant est arrêté pour une affaire de cocaïne dans cette période, que tel autre a eu également des soucis, ou encore qu’à Ussel, c'était deux Boubouliens qui venaient commercer le mercredi après midi avec les lycéens, se rappelle Jean-Pierre. Guerre des sources, trafics, commerçants avisés ou avides, sans parler de la période vichyste, la cité nouvelle est aussi un far-west (une ruée vers l'eau pour un âge d'or, de courte durée). On n’ira pas jusqu’à dire que Murat aimait les westerns à cause de cela… 

 

Comme on l’a raconté, Charly semblait déjà surveillé par les forces de l’ordre en août 78, il est vite arrêté et est condamné à une peine de prison - assez courte mais Clara n'en perd pas moins un bienfaiteur. C’est de Charly que Murat parlera plus tard dans « A la dérive » (et non des Plexiglass, cf la partie 2) quand il évoque un copain qui serait mort en ramenant de la marchandise de Colombie sur un bateau (avec deux autres potes). Cela tient peut-être de la rumeur ou d'un racontar cachant un exil à l’étranger… Mais ceci ne nous regarde pas, même si une imagination débridée (on est bien dans le domaine de l’imagination) s’amuserait à relier tout ça à la mésaventure du commissaire clermontois arrêté au moment de récupérer des statues précolombiennes… remplies de cocaïne. C’était en 1986.   PS:  Thierry Soustre indique pour rajouter une couche que JB Hebey avait une maison en Corrèze ou pas trop loin, et il se demande s’il n’avait pas pu avoir une connexion de ce côté-là… sans parler que Jean-Louis était copain avec Faran de RTL, collègue de Hebey dans les années 70… Ardisson avait l’info dans ses fiches, même s'il parle de RMC au lieu de RTL ! (Marco cite aussi le nom de Hervé Muller, l'ami de Jim Morrison).

 

Quand on évoque cela avec les Plexiglass (qui fréquentent les Ecuries à un moment où Charly est peut-être déjà en taule), ils tombent un peu des nues (comme Dominique Cartier) : José «ah ben tu vois, j’étais vraiment loin de tout ça. Je ne suis pas rentré là dedans, et on ne m’a pas fait rentrer non plus. Et je ne voyais pas un environnement trop malsain, même aux Ecuries. On a entendu des histoires de prison mais pour moi, c’était des petits. Ce n’était pas méchant. Je me rappelle de Bernard et Christophe avant le concert au Casino qui m’ont proposé d’aller fumer avec les gens de Clara, mais j’ai dit que je n’avais pas besoin de cette merde pour avoir la pêche sur scène ». Petits larcins, petits trafics, concerts… C’est surtout la débrouille, les membres de Clara et leurs compagnes travaillent… et l’ensemble est loin de pouvoir les faire rouler sur l’or. Les témoignages sont unanimes. 

 

En tout cas, les choses sérieuses ont été lancées :

Marco : "Ca a été laborieux pour avoir le théâtre, mais on a réussi et gratuitement. Une salle plutôt pas mal avec une bonne acoustique, j'étais à la console".

José : « Après, voilà, ça a été rapide. Donc très rapidement, j’ai assisté à la venue de Hebey avec William Sheller à la salle des fêtes de la mairie. J’étais présent. A l’entrée, côté gauche. Je revois Sheller entrer et passer par la latérale côté droit. Habillé de noir, un petit bonhomme. Il était accompagné de sa manageuse, ou... une femme.  Ils étaient là tous les trois. Personne ne le savait, sauf nous, ceux des Ecuries, même si le concert avait été organisé exprès. Si ça s’était su, il y aurait eu plus de curieux car Sheller était au sommet de sa carrière. C’était assez intimiste, les gens assis, peu de monde. C’était un moment un peu solennel, important et nous les petits ados punks, on est resté calmes et bien sages. Il n’y a pas eu d’autres concerts là-bas, c’était occupé par la troupe de Marie-Jo Weldon [cf partie 1] et la mairie avait dû accepter exceptionnellement ».

Jean-Pierre lui se remémore quand même une affluence correcte - et d'une camarade de la Bourboule qui se tourne vers lui pour lui dire ironiquement: « Ecoute, ça, c’est de la musique !". "Sheller and co étaient arrivés en retard, ils se sont tenus un peu à l’écart à droite. Effectivement et ce n’était pas très rock and roll, quelques applaudissements de politesse ». Murat dans Platine ne raconte pas un concert mais une journée entière de répétitions à laquelle les deux Parisiens auraient assisté.

Le fait est que cela a fini par convaincre Hebey et Sheller, qui a gardé des décennies la cassette, avant de la renvoyer à Jean-Louis selon ce dernier dans les années 2000… Sur ce rendez-vous bourboulien, on n’a pas de date précise, malgré les tentatives de trouver des indices dans les mémoires (faisait-il chaud/froid ?, les vêtements etc.). On situera donc l’événement dans le deuxième semestre 79. Il faut ensuite que Sheller embarque la troupe (Clara 2 -avec Alos -  pour Londres).

 

Mais où en étions-nous avant ce flashback embrumé ?  

Printemps 80 ? Dominique Cartier est dans le studio précédemment occupé par JF… et il est venu avec son amie qui deviendra sa femme : Fabienne Assaleix (avec leur rencontre assez récente, elle peut situer l’arrivée à la Bourboule début 1980, mais « il faisait beau », elle s’entend bien avec la sœur de Jean-Louis qui lui trouve un job dans un magasin de sport). Dominique indique que Jean-Louis avait déjà dû lui dire qu’il était un bon bassiste avec les Sales Gosses, et que, de toute évidence, « cela pouvait aller plus loin » qu’avec son groupe punk adolescent, lui qui était déjà décidé à consacrer sa vie à la musique (ce qu’il a réussi : il a joué puis il a occupé des fonctions techniques, parfois sur des tournées mondiales). Jean-Louis l’impressionnait : « Il s’enfermait là-haut, dans son studio avec son grand poster de Marvin Gaye, et il pouvait ressortir avec un album entier. Il nous faisait écouter, Alain faisait des solos, je travaillais les lignes de basse et voilà ». Ca représentait quand même un saut dans le vide pour lui et il avait vu comment Clara fonctionnait : « Quand on est monté les premières fois, j’ai vu comme c’était dur pour les membres du groupe. Jean-Louis, il se débrouillait, il était du coin, il avait de la famille, mais les autres… c’était la débrouille. Et voilà, ce n’était pas un groupe, c’était le projet perso de Jean-Louis, on le savait». Par la suite, il ne se rappelle pas avoir reçu de l’argent pour des concerts : « on m’emmenait, on me ramenait. Je me rappelle de Marco qui vivait là aussi, le frère de Jean Esnault, Henri, qui venait souvent, Sergio Brut, le propriétaire. Je n’ai pas de souvenir d’ados, à part Christophe Pie qui venait écouter, il ne laissait pas entrer tant de monde que ça. Jeannot, je n’avais pas l’impression que ça le branchait plus que ça. Il avait ses activités à côté, je le revois avec son grand imper, et son cocker, très clean ».

Cette arrivée suscite la création de Madame Atomos, un groupe de filles pour « faire le support », peut-être plus en adéquation avec Clara que les ados vociférants de Plexiglass. Marie Audigier est au clavier, sa sœur Agnès à la batterie, et Fabienne à la basse. Comme d’habitude, les ados sont témoins : José « Un groupe de filles, oui, je me souviens que j’étais là quand elles avaient démarré le groupe, je me souviens de la nouvelle qu’elles montaient le groupe. Après je n’ai pas trop de souvenir de concerts. Il y avait un synthé. Marie était très dynamique, Jean-Louis, s’il a pu tenir le choc, c’est qu’elle était là ». Dominique : « j’avais appris quelques lignes de basse à Fabienne, mais trois fois rien. Ca n’allait pas trop loin. Ca a été sa seule expérience, même si elle joue encore un peu de temps en temps". 

Agnès, quelques temps plus tard, représentante de la team Education nationale bien fournie dans la famille rock clermontoise

Un petit cadeau de Dominique : un aperçu du jeune trio qui était bien dans l'air du temps:

- 12/07/80 : Serge Pantel : « Je crois me rappeler d'un concert en Corrèze organisé par Mickey "La Graula" avec High School, Fromage ou Dessert - le premier groupe de Papelard qui connaissait bien l’organisateur- et ... Madame Atomos ». Un autre membre des High School, Thierry Soustre, a un souvenir plus précis : il allait être papa, le groupe était aussi programmé le lendemain en Haute-Loire, et il a passé une nuit blanche pour passer un moment avec sa femme avant de repartir. C’est lui qui fixe la date au 12/07. « Il y avait dix groupes, car ça devait durer de l’après-midi jusqu’à minuit. Ils n’en avaient pas trouvé assez, et c’est moi qui ait rappelé Clara pour leur proposer de jouer, et ils sont venus avec le groupe de filles ».

L’organisateur « Mickey La Graula » tenait un bar que les locaux appelaient « la Graula » et la discothèque «L’écureuil» dans le même lieu, au bord du lac de la ville de Marcillac La Croisille, charmant lieu de villégiature, près d’Egletons. Il organisait donc des concerts, High School était déjà venu souvent et ils avaient même enregistré leur disque dans le village et fréquenté la discothèque. « Mickey était fou de musique, aimait chanter, il a repris une affaire sur Clermont et a eu un grave accident de voiture » me raconte JP Haddou. Les Madame Atomos n’ont pas beaucoup de souvenirs, sauf du lieu magnifique et pour Fabienne, de sa peur qui faisait tambouriner son cœur sous son tee-shirt (elle nous raconte elle-même ce souvenir qui avait été raconté chez Didier Le Bras par Dominique)Thierry Soustre lui dit que la météo est épouvantable, ce qui  oblige à quitter le charmant espace de loisirs de Marcillac, qui a été tout clôturé de palissades, pour une salle des fêtes. Thierry donne le chiffre de 1500 personnes qui se seraient déplacées. Dans nos critères actuels, l'affluence peut être jugé excellente pour un festival sans têtes d’affiche nationales, mais le double était attendu, et Madame Atomos et Clara jouant l’après-midi, l’ensemble des spectateurs n’était peut-être pas encore là. On me confirme l’anecdote racontée par Dominique Cartier chez D. Le Bras : « L’auditoire, comme souvent pour les premières parties, n’était pas très attentif. Jean-Louis monta sur scène pour apostropher le public et leur rappeler le respect dû aux musiciennes! ». Comme Serge, Thierry a beaucoup aimé Passions privées et était là à Clermont pour le concert, avec Jérôme Pietri, Christophe Pie, et « c’était vraiment excellent », mais il n’a plus eu l’occasion de rencontrer Jean-Louis. Thierry, qui était prof, a continué les groupes de bal et depuis 30 ans est avec des compos avec les Doc Martine. Il a un studio et se consacre toujours, à l’heure de la retraite, à la musique.

 

 

- C’est bien tôt la fin de notre histoire… Laissons parler Jacky Stadler  (cf l'article précédent)  pour lancer le dernier épisode : 

"Je vais essayer de fouiller dans ma mémoire pour parler de ma relation avec Jean-Louis.

Je l’ai connu dans les années 70, en 75/76 je pense,  à vérifier. C’était un proche copain d’un de mes amis auvergnats venus s’installer à Thonon les Bains, Gérard Guillaume, malheureusement décédé également. Ils étaient tous les deux de La Bourboule et donc on a fait connaissance. Il me semble, mais à vérifier, que l’on s’est rencontré la première fois à Thonon avec Gérard.

Si mes souvenirs sont bons, il était avec sa première femme, (Martine ?? [Michelle] pas sûr que je ne confonde pas avec celle de Gérard !!), son fils et le fils de Gérard également.

On a bien flashé et finalement on s’est retrouvé à aller régulièrement, pendant les vacances, planter la tente à la Bourboule.

A l’époque, Jean-Louis Bergheaud habitait avec des potes dans une maison, je crois familiale, où on a pu participer aux débuts de Clara.

[épisode du concert vers Annemasse racontée plus haut]

Ensuite j’ai déménagé à Reignier (7 kms plus loin !) en mai 80 et j’ai eu l’idée d’organiser un festival dans un lieu super, La Plaine Des Rocailles, un endroit truffé de blocs erratiques datant du glacier qui se trouvait dans le lit de l’Arve actuel (il y a quand même quelques milliers d’années !), bordé de pins parasols et surtout avec un bloc plus gros que les autres (le Crêt Pelé) au pied duquel on a installé notre scène pour le premier numéro du Festival des Rocailles le 5 septembre 1980 avec en vedette : Ultime Atome, évidemment.

Tout s’est bien passé, donc on a remis ça l’année d’après avec Wapassou, Clara et Madame Atomos. Une partie de Clara, avec Jean-Louis évidemment, a dormi chez moi comme lors du premier concert et une autre partie sous la tente. Je ne me souviens les avoir payés, défrayés oui, mais on s’entendait tous bien donc c’était beaucoup pour le fun. Jean-Louis était beaucoup plus cool, même si son mauvais caractère était déjà là ! Le festival a toujours été autofinancé, et pour pouvoir l’organiser l’année suivante, on organisait des bals tous les samedis, des réveillons du 31 etc.. En gros on ne roulait pas sur l’or.

On a quand même réussi des magnifiques programmations (Catherine Lara, Les Rita Mitsouko, Jacques Higelin, Les Béruriers Noirs ou Noir Désir) et ça a duré pendant près de 20 ans ! (En 1989, j’ai programmé MANIACS, le groupe de Stéphane Reynaud [qui avec The Needles de Fred Jimenez étaient les deux groupes qui marchaient forts dans le bassin lémanique]

- Quoi ? Septembre 1981 ? Mais c’est une information totalement étonnante ! Après son premier 45 T !!

- Je suis sûr à 100 %"

Cette certitude - assez représentative des difficultés de la récolte de ces témoignages - qui constituait un scoop a été transmise notamment à Dominique Cartier qui est prêt à admettre cette date… Mais en retombant sur le travail de Matthieu sur ces événements, et notamment des articles sur l’édition de 1981, les certitudes de Jacky se craquellent et il parle alors de l’édition de 1982 avec Bill Deraime ! Or là, c’est totalement exclu ! C’est donc bien en 1980, même si la presse ne parle pas de Clara, que le groupe atteint la Haute-Savoie, face caméra / coupez (il semble toutefois que "Le cafard" n’évoque pas cet épisode, mais des souvenirs plus anciens).

Un article sur 1981, les recherches sur 1980 faites par Matthieu n'ont rien donné. Le festival a bien évolué ensuite, et une nouvelle équipe a essayé encore il y a peu de reprendre le flambeau. 

Le lieu :  avant/après  et pendant 

 

 

Malgré ce site bucolique et paisible, un violent crêpage de chignons va survenir entre Clara et Madame A. 

Ce qui s'est passé là a été raconté dans le texte promo du LP Murat de 82 par un autre Haut-Savoyard, Gérard Bar-David (le gig avec Les Dogs était mentionné, mais on n'avait pas de date-cf article précédent...)

« Clara partageait la scène et la vie avec Madame Atomos, composé des nanas des musiciens. […] Clara monte à Paris pour un concert aux studios [RTL]. Mais un soir de festival dans les Alpes, les deux groupes splittent simultanément : le bassiste et la bassiste se sont esquivés de concert."

Que s’est-il passé ? Dominique nous raconte que ça a été violent avec Jean-Louis. « Il m’a engueulé et je l’ai envoyé chier. Je suis un peu plus grande gueule qu’Alain. On m’a dit que ça avait peut-être été suite à un truc avec ma femme [ils sont toujours mariés et elle est partie avec lui], mais il m’a bien frappé. Il a failli me casser le bras. Quand j’étais à ma voiture, j’ai pris un grand coup de pied de Charley. Ca, je m’en rappellerai toujours. Il était violent quand même un petit peu. On m’a raconté qu’Alain avait pris la basse, et Clara a pu jouer [premier concert en trio!!?]… mais pas Madame Atomos, puisque Fabienne s’est enfuie avec moi, c’est elle qui conduisait ». Fabienne se rappelle, quant à elle, de Marie et Agnès qui étaient bien remontées contre elle également, et finalement qu'elle était soulagée de ne plus être dans cette ambiance. « On était très jeunes, on était un jeune couple, ça faisait beaucoup, on vivait tous ensemble, c’était dense en émotions diverses et variées ». Le tout bien sûr avec un peu de fumettes pour embrouiller tout ça (mais rien d'autre, précise Dominique).

Dominique : « Je n’ai jamais récupéré tout mon matos, j’avais laissé une basse toute neuve sur laquelle je n’ai jamais joué (bon, maintenant, j’en ai une trentaine, ça va)… Il était comme ça, le Jean-Louis. Un bon voleur »...  Pour finir sur une blague, quoi que... Cela ne pouvait pas marcher de toute façon entre Jean-Louis et Dominique, ce dernier  n'était pas un auvergnat, ni même un montagnard... mais un chti! 

Après, Dominique rejoint Nuit Blanche avec JF Alos à la guitare, qui finit là aussi par en avoir marre, et c’est la création de FOLAMOUR qui fut une belle aventure durant 15 ans – découverte du Printemps de Bourges et tournées européennes. Spliff évoque « Un chanteur hors du commun [entre] Jim Morrison et Graham Parker ». Le couple Cartier reste proche un moment de JF et de sa campagne d’alors, Françoise Bergheaud. La hache de guerre est enterrée pour un seul soir de 83, : Murat vient jouer avec Nuit Blanche, Armée Rouge lors de la soirée de lancement d’un disque de Tachycardie de Patrice Papelard au Club 3000… On a déjà évoqué les bœufs, certains soirs avec Murat, qui avaient lieu là bas avec Jack Daumail. Dominique est resté longtemps en colère contre Jean-Louis, coupable aussi à ses yeux de lui voler sa ligne de basse sur « La débâcle » dont la musique était bien esquissée dans une chanson de Clara « Balle de ficelle ». Murat, par contre, lui adressait par ami interposé - Eric Toury- des mots doux teintés de sa nostalgie bourboulienne : « Dominique est le meilleur bassiste avec lequel j’ai joué ». Ce n’est pas pour autant qu’il l’a invité lors du concert Clara pour les koloko, Dominique y serait allé avec plaisir. Ces petits mots doux m’évoquent ceux que Murat prononçait aux oreilles des journalistes leur attribuant, les uns après les autres, le talent et le mérite d’être un jour son biographe officiel. D'ailleurs, pour Marco, c'est clair : "il n'aimait aucun journaliste!". 

       EN 2017 -    site internet de Dominique avec   des morceaux de Clara dont "balle de ficelle"

Sur cet épisode, terminons sur un souvenir plus gai du encore tout jeune Christophe Pie. Tout en indiquant qu’il avait dû faire 2/3 concerts seulement avec Clara - on en a donc trouvé deux -, dans le petit lait musical, celui qui était un peu complexé par sa taille, racontait que ce soir-là, un très grand gaillard, barbu, cheveux longs, impressionnant, l’avait comparé à John Bonham… et il n’avait pas osé lui demander qui c’était ! Il est allé demandé quelques minutes plus tard à Jean-Louis et Alain. "Le batteur de Led Zeppelin"... ah ok… et il est devenu par la suite, comme pour nombre de batteurs bien sûr, l’une de ses références. Mais en ce mois de septembre, il va reprendre le chemin du lycée...  Ce sera de courte durée.


 

Et Jean-Louis disparaît de La Bourboule. Alain y reste encore un peu.. D’après José Pereira, même lui n’a pas de nouvelle….

C'est la fin du début.... 

Epilogue 1 : Si quelques actes de filouterie sont à mettre sur le compte de la bande, la revente du camion Ford a été une très bonne affaire… pour l’acheteur ! Il nous l'avait raconté il y a plusieurs années:  "J'avais été voir le fourgon dans une grand bâtisse vers Issoire, à Sugères, tout le groupe "Clara" était là, ils répétaient et "fumaient" mais ils vendaient le camion car ils arrêtaient le groupe et Murat commençait sa carrière solo ! C'était une grande maison avec une longue allée de platanes pour y arriver. Marie nous avait offert de la liqueur de mûres ou framboises qu'elle faisait elle-même. C’était l’été. J'avais acheté ce fourgon 7500 francs, je l'ai aménagé en "camping car" : isolation, lit pliant, table, et déco, j'ai fait les bords de mer de la moitié de la France avec, ensuite un copain me l'a racheté 12000 francs 2 ans plus tard ! c'était une bonne affaire ! ». Fred retrouva Jean-Louis quelques temps plus tard. Ils étaient presque voisins quand Jean-Louis habitait rue Jean-L’Olagne. « On se trouvait souvent aux puces " brocantes " place du 1er Mai à l'époque puis aux Salins ». Vu que des répétitions à Sugères ne disent à rien à Dominique Cartier, il est possible que cette épisode date de l’été 1981, et que Murat répétait non pas avec Clara, mais avec Alain et d’autres amis.


 

Epilogue 2 : 7 Juillet 1981, le 45 Tours « Suicidez-vous le peuple est mort » sort.

Alain Bonnefont a participé à l’enregistrement mais Jean-Louis juge bon de faire table rase du passé dans un article signé par Jacques Moiroux et Agnès Audigier, paru dans le fanzine local lu par les musiciens du coin  : « j’en avais marre de bosser avec des gens qui foutaient mes morceaux en l’air »… même s’il dit "vouloir être entouré de musiciens, forger une bonne condition de vie de groupe ».

Voilà, le Jean-Louis devenu Murat plein de contradictions est déjà là…

Le rock Bourboulien (Partie 3- Episode 2) : clarté sur Clara

PROLONGATION CROCHET DEBORDEMENT sur 1982- "C'EST LES SOLDES SUR L'INEDIT" CAR VOUS AVEZ ETE SAGES-  -  pas gentils en revanche car je n'ai pas eu beaucoup de commentaires.

Avec la sortie d'un disque, le plus dur  n'est pas fait... On a déjà parlé d'un certain nombre de choses ici mais un document supplémentaire mérite d'être rajouté concernant JB Hebey.

Voici ce que François Ravard raconte dans son livre de 2021 écrit avec P. Manoeuvre (qu'Hebey ne porte pas dans son coeur; il le mentionne défavorablement dans Coups de tête en 2015)

 

Il est donc indiqué que Hebey propose au manager de Téléphone de rentrer dans les affaires du groupe et en échange de diffuser plus souvent leurs morceaux ! Une petite recherche sur internet vous permettra de voir rapidement que la sous-édition n'est pas vraiment faite pour cela (cette petite page me semble intéressante) et qu'il s'agit d'une filouterie. Que certains deals se fassent entre radio et labels, certes, mais qu'un animateur essaye de se sucrer, c'est autre chose! Il est mal tombé, Ravard est un malin, on a eu l'occasion de le souligner dans notre article sur les années Virgin : Téléphone est l'un des premiers groupes à conserver ses droits d'édition et Ravard s'installe dans le même bureau que Philippe Constantin, le célèbre éditeur, en 1979 (et il s'est aussi formé auprès du célèbre Jacques Wolfsohn, éditeur de Johnny - notre article sur lui-, Françoise Hardy, et Dutronc !). 

Je pense qu'il est utile de reciter ce qu'on disait en  février 2015 sur le blog (cet article reprenait déjà une interview de 2012) : 

"Concernant HEBEY, dont une retranscription d'interview téléphonique de près de 10 pages figure dans Coups de tête, on avait peu d'informations. Mais pourquoi doit-on prendre ses déclarations avec recul? (Bataille ne fait, lui, aucune enquête journalistique pour mettre en perspective ce portrait peu flatteur humainement dressé par Hebey). 

MICHEL ZACHA nous avait déjà éclairés et je lui ai demandé de réagir. Il ne fait pas partie du "cercle rouge" des amis de Murat, selon l'expression de Sébastien Bataille, donc pas d'intérêt dans l'histoire.

Voici donc ce qu'il nous disait en mars 2012 (il est curieux que Bataille ne l'évoque pas, puisque ça se trouvait facilement sur google) : 

Concernant Murat, un flot de questions : je n'avais pas tilté sur ce label "sumo"... un label mais qui ne faisait ni production, ni distribution? donc à peu près rien?

ZAC: C'était justement le label qu'avait créé J.B. Hebey pour coincer Murat (contrat de cinq ans, édition et tout le bazar... sans aucune structure conséquente). En effet, il avait été l'un des premiers à avoir entre les mains le 45 tours "Suicidez-vous le peuple est mort ". Murat à l'époque ne connaissait rien au showbiz et mettra plusieurs années à s'en débarrasser.


- Constantin n'a pas joué de rôle à ce moment là ? Où bien était-il le supérieur de Dejacques?

ZAC: Dejacques qui était un free-lance arrivant en fin d'une longue carrière, et déjà malade, avait accepté la sécurité d'un poste de directeur de la production française salarié chez EMI. Constantin, lui, gérait les éditions. Ils faisaient partie de ces quelques rares personnes infiltrées dans les structures rigides du "métier" de la variété qui avaient de l'oreille, un véritable amour pour les créateurs et défendant véritablement les artistes sur le long terme.

Des alliés et des amis : en 1976 le directeur artistique était Michel Poulain (Michel Bonnet directeur général) qui, intelligemment, nous laissaient faire. EMI avait du blé à l'époque, car l'argent gagné avec les Beatles... ou Tino Rossi restait dans le secteur du disque et servait à produire de nouveaux talents et pas à engraisser des trust mondiaux. C'est justement grâce à ce système qu'ont pu exister chez Pathé de gens aussi différents que Manset et Yves Duteil. l'intégralité de l'interview de ce grand personnage de la musique, ami de Desproges, Choron, Kent, Higelin....

Voici ce qu'il m'a écrit après la lecture des propos d'HEBEY, avec une anecdote sur Julien Clerc (ils ont joué Hair ensemble).... :

"Décidément Jean-Bernard Hebey est un... !! Son interview pue. Ce mec n'a jamais rien compris au rock'n roll. C'est le show bizz dans toute son horreur, celui que j'ai fui toute ma vie, celui qui a tué mon ami Constantin. Ses critères de "réussite" sont d'une bêtise insondable. Du fric, un "arrangeur", des requins de studio payés à la séance, avec quart d'heure syndical et tout le toutim. Puisque Hebey parle de Julien Clerc, je me souviens d'une conversation, à la table du resto où allaient dîner les ingé-sons et les musiciens quand ils travaillaient aux studios d'EMI, Pont de Sèvre. Julien était en train d'enregistrer et son arrangeur, le célèbre Jean-Claude Petit a eu cette aparté qui résume tout : si seulement Julien ne jouait pas du piano dans ses chansons… Beuurrk ! disais-je.

Un monde de "professionnels" dont le seul but est de se faire le plus de fric possible en pressant le citron, pardon les "artistes". J'n'ai pas trop envie d'en rajouter.

La seule VÉRITÉ puisque moi, j'y étais, c'est que, pendant toute la durée de l'enregistrement des fameux 6 titres (Murat - Sévices amoureux - Cassis mouillé - Les hanches de daim - Les militaires - Le cuivre) au studio de Flexanville en 1982 avec Vincent Chambraud, et pendant les mixages au studio 2 d'EMI avec Claude Wagner, je n'ai JAMAIS VU Jean Bernard Hebey. Point barre.

Qui était mon directeur artistique avant de diriger l'artistique d'EMI ? Claude Dejacques.

Qui était mon éditeur chez Pathé Marconi, avant de devenir mon ami et complice pendant des années ? Philippe Constantin. Et c'est donc Claude Dejacques et Philippe Constantin qui ont tout fait pour que Bergheaud se débarrasse de Hebey et de SUMO (même le nom du label est révélateur).

Qui était allé enregistrer en 1973 son deuxième album dans un nouveau studio complètement inconnu à l'époque, "The Manor" que venait d'ouvrir un autre inconnu: Richard Branson ? Ma pomme ! Qui est-ce qui a créé, rue de Belleville, "Clouseau Music" en 1978, financé par… Richard Branson, dans le but de créer la première tête de pont "Virgin" à Paris ? Philippe Constantin.

Ce n'est donc pas par hasard que Murat, avec son caractère de cochon et la réputation qui le précédait ait été reçu et signé par Virgin, qui lui a laissé TOUTE SA LIBERTÉ ARTISTIQUE et ce, pendant des années et sans parler "fric". 

La boucle est bouclée non ? et Hebey ferait bien lui aussi de la boucler. :-)

Le seul jugement impartial que porte Mr SUMO sur un de ses confrères, c'est quand il parle de ce faux...  Philippe Manoeuvre ! Il faut dire que Jean Bernard Hebey est un connaisseur en la matière".

Hop, on renvoie tout le monde à dos ! Salutations à Michel Z. qui coule une retraite heureuse! 

Encore une précision inédite : depuis 2012, depuis que le rôle de  C. Dejacques a été mis en lumière ici, je m'interrogeais :  pourquoi Murat ne parlait pas de ce passage et de l'intervention de ce grand personnage dans sa carrière, celui qui a travaillé avec Barbara, Gainsbourg, Bardot, Yves Simon et tant d'autres (Boby Lapointe que Murat aimait) ?  Une hypothèse assez évidente : ça a été peu couronné de succès et il ne voulait pas de cette affiliation à la chanson française des années 50 et 60 (même si Claude s'est occupé d'Higelin également) ?  Jean-Claude Pietrocola, qui s'occupait de Murat à Lyon lors d'une journée promo en 1982 dans le cadre de son rôle de délégué pour le quart sud-est de la maison de disque me confirme mon hypothèse (il était également manager de Nilda Fernandez, après s'être occupé du rock givordain-super reportag en lien) : 

- Ils ont signé pratiquement en même temps chez Pathé-Emi, et c’est Claude Dejacques qui les a fait signer. Il avait fait un appel à l’intérieur de la marque EMI FRANCE pour créer « l’atelier du coq » pour réunir ses jeunes talents. Et on peut dire qu’il ne s’est pas trop gouré. Nilda F., Jean-Louis,  Sapho, Jacquin...  Et donc moi j’ai rencontré Jean-Louis Murat 3 ou 4 fois, je l’ai rencontré sur Lyon, sur Paris. C’était au début des années 80. C. Dejacques, c’était un grand producteur. C’était un personnage, un écrivain, il avait fait l’Indochine, je ne sais pas s’il n’avait pas été pris à Dien Bien Phu… Et il s’était évadé en restant 3/4 jours sur une montagne de cadavres, et il est rentré à pied en France, en passant par le Tibet ou je ne sais où, mais il en imposait..

- Il apparaît dans le film sur Gainsbourg, en personnage assez sage, et dans son livre sur la  chanson, assez sobre… Enfin, ce n’était pas Delon...  En tout cas, il a disparu des biographies officielles de Murat

- Et oui, on l'a oublié vite, Claude, il a écrit 5/6 bouquins notamment La nasse où il parlait de sa guerre, de cette bande de cinglés. C’était un personnage qui était connu, reconnu et apprécié. Et JLM,  il était comme on l’a toujours connu, il avait ce phrasé,  ses idées. Ca détonnait. Et Fernandez et lui, ils avaient un peu le même concept dans la tête, les idées, leur façon de voir les choses, de penser et de s’adresser aux gens, il y avait zéro concession.

- Qui était ce Jacquin?

- Un Auteur compositeur interprète du Gers, qui faisait du fois gras et vu qu’il crevait de faim, il montait à Noël et tout le personne lui achetait des foies gras ! Ah le show-business de l’époque , c’était quelque chose!

- Jean-Louis aurait dû faire un trafic de Saint-Nectaire ! On parle plus d'Hebey que de Dejacques dans le parcours de Murat… Qu’est-ce que vous pensez ?

- Oui, mais celui qui a fait signer son premier disque à Murat, c’est Claude Dejacques. Il y avait "Suicidez-vous le peuple est mort", et il avait deux autres disques dans mon souvenir.  Bon, après il n’y a pas trop eu de succès pour lui et Nilda, il y a eu plutôt une reconnaissance dans le milieu de la presse. Et c’est après qu’ils ont quitté EMI qu’ils ont eu du succès, et c’était souvent le cas pour pas mal de gens avec EMI.

Avec Pathé, ils en ont tous chié, parce que personne n’en voulait en fait. On avait des attachés de presse très parisiens d’un côté, et puis il leur a fallu du temps pour s’affiner, et être dans le mouv au bon moment, et ils étaient aussi très en avance. Mais Jean-Louis, il a été vachement opiniâtre. Et encore lui, c’était une espèce d’icône d’une beauté incroyable ce garçon, petit à petit les gens ont commencé à s’attacher à lui, et il a eu le succès, il a fait du cinéma. Et il a envoyé chier tout le monde, clairement. Et puis, les gens en ont eu marre aussi, au bout d’un moment, « calme-toi un peu mon garçon ». Mais ça m’a scotché quand j ai appris son décès. On avait pratiquement le même âge, moi, je suis né le 24/01/1950. 

Je me rappelle qu’il avait une chanson qui s’appelait Murat. On était sur Lyon, il devait faire un show case ou un truc comme ça, ça devait être avec Xavier Dubuc, à l’époque, toutes les filles étaient amoureuses de lui, et  on était sorti sur Lyon faire un tour, et ce titre Murat, ça m’avait plu et moi, je lui chantais à tue-tête dans la rue, [de manière martiale] comme si c’était le Maréchal de Napoleon, il me regardait, il était étonné.  Il parlait de son village et moi je lui chantais comme si c’était le maréchal qui partait à l’assaut avec sa cavalerie!  [Jean-Claude fait une petite confusion dans le thème de la chanson]

 JC Pietrocola et Factory, et un autre musicien du coin qui à la retraite du côté de Pocé-sur-Cisse. article progrès

Je pense qu'on s’est vu pendant 2/3 ans. On a eu des discussions. Il était toujours très critique sur les gens. Il pensait que Claude Dejacques était vieux, c’était en partie vrai… en retard sur tout ce qui se modernisait et lui était très en avance. Mais ce n’était jamais péjoratif, méchant. il avait une analyse qui était plutôt bonne du milieu".

 

Il faut s'arrêter un jour, mais encore un petit bout d'article pour charger la barque d'Hebey, qui  dit dans le Bataille que le couple Murat/Marie se l'est coulé douce à ses frais un certain temps. Dans Platine déjà cité, c'est  Michelle Abraham que Murat remercie pour lui avoir permis de manger!

Saluons aussi Yves Bigot : 


That's all folks!

 

SOURCES

Interviews:

- Roger et Marie-Louise Giraud, entretien le 23 mai 2024 à la Bourboule + phoner en décembre 2025
- José Pereira, phoner en novembre  2025 et messenger durant plusieurs semaines
- Jean-Pierre Gougnot, échanges sur messenger entre 2022 et 3/01/2026 (dont échanges avec José)
- Dominique et Fabienne Cartier, phoner en décembre 2025
- Marc Lespinasse, entretien en juillet 2025 pendant l'étape du Tourmalet ! (merci d'avoir raté ça pour moi)    - Jean-Claude Pietrocola : phoner le 15/05/2024

Un grand merci pour votre disponibilité, notamment José qui a accepté d'exercer longuement sa mémoire. Ca a été agréable et émouvant de se sentir presque membre de la bande de La Bourboule durant quelques jours !

Merci pour les échanges via messenger, téléphone ou whatsapp, et la confiance accordée depuis plusieurs années pour certains : Christophe Adam, Serge Pantel, Jean-Paul Haddou, Jacques Moiroud, Thierry Soustre, Patrice Papelard. Et aussi Caroline Fournier (Alos), Christine Blanc, PJ Fontfrede, Anne-Françoise Sarger (une grande pensée pour vous), Fred Cohendy, Patrick Vacheron, Eric Morata (Les Sucquets), Eric Romera, Eric Toury, Christophe Rivet, Christian Lacroix (merci pour les Calexico!), et ceux qui prennent le temps de répondre comme Vincent Lamy (Eddick Ritchell d'Au Bonheur des dames), Philippe Manœuvre, JW Thoury de Bijou, Francis Zegut.

Merci Malika pour les infos médicales.

Merci particulier à Florence D. pour le soutien constant et les relectures.

Special thanks à ne jamais oublier : Pascal Loyer, sans qui tout aurait été différent et  Matthieu Guillaumond, encore totalement partie prenante, 10 ans après. Son travail (les articles publiés, les documents et l'amour des musiciens auvergnats qu'il m'a transmis) m'aide toujours aujourd'hui, et son esprit de liberté et d'intégrité absolue est une lanterne toujours vive pour me guider dans les tempêtes. 

 

Archives: 

  • Une histoire du rock - Clermont à Ferrand, 50 ans de bruits défendus à Bib City,  Patrick Foulhoux, 2013, un, deux...quatre Editions culturelles,   et les articles de Patrick pour 7 jours à Clermont
  • Les jours du jaguar, Pierre Andrieu, Le boulon (entretien avec Marie Audigier, Alain Bonnefont)
  • Jean-Louis Murat : coups de tête, Sébastien Bataille, Ed carpentier, 5 février 2015
  • « Sorti de l'auberge » : Interview sur Dolores", Richard Robert,  Les Inrockuptibles, no 71,‎ septembre 96 (une grande pensée pour lui également, notre chanteur de Terres de France sur Aura aime Murat
  • Emission "Top Bab",  Canal Jimmy avec P. Manœuvre (Mars 2000)
  • Emission radio "les Nocturnes" RTL, avec G. Lang (2009) 
  • Le Ramasseur de myrtilles, sélection d'interviews radio et télé, Patrick Ducher
  • Un autre monde, Yves Bigot, Don Quichotte édition, Avril 2017
  • "Couleurs Murat",  Bayon, article de Libération, 15/02/88
  • Revue JIM, journal intime du massif Central, N°4 -printemps 2003
  • Revue Platine, octobre 2006
  • Le petit Lait Musical de Christophe Pie (radio campus). Merci "p'tit Varrod" Thibaud Dechance (j'attends toujours ton petit mot sur Matthieu si ça te dit). 
  •  Rappels : mémoires d’un manager, François Ravard avec Philippe Manœuvre, Harper Collins,  2021
  • Les archives de La Montagne, Le Semeur hebdo qui ont été scrutés par Matthieu.
  • Merci à la Fanzinothèque de Tours, le groupe facebook "les irréductibles" , le site 45vinylvidivici.netRock Made in France,  et les sources disséminées via liens hypertextes dans les articles
  • ... et le contenu du blog de Pierrot [google et "surjeanlouismurat + mots clef" est mon principal outil], souvent utilisé et pas toujours cité!  A relire l'interview exclusive de Françoise Hardy : https://www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-numero-4-francoise-hardy-jean-louis-murat-2024-deces.html

 

[Merci à ma famille pour sa tolérance extrême, et à mon talon d'achille droit]

Un petit commentaire, ça fait toujours plaisir! A vot' bon coeur!

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 13 Janvier 2026

L’objectif de départ de ce travail était plus réduit mais comme j'ai glané quelques éléments, voici donc une troisième partie sur Clara, avec un travail d’archives, et des témoignages inédits (certains éléments figurent dans les épisodes précédents 1 et 2).  Poursuivre la constitution d’une chronologie, débutée dans la première partie, était aussi intéressant. Quelques trouvailles sont encore au programme,  mais je renouvelle l'avertissement : la majorité des témoignages  reviennent du diable vauvert, d'un temps sans appareil photo toujours dispo, sans internet. Ceci reste un "work in progress" sur une matière molle, vaporeuse, légère et... incertaine.  J'ai laissé d'ailleurs quelques éléments pour le montrer clairement, et dans l'espoir que cela puisse raviver des mémoires, d'autant plus que j'ai aimé me perdre dans certaines impasses qui amènent à découvrir d'autres aspects de ces années-là (les bals, les discothèques, les groupes).  Sur certains points, je m'adresse autant aux musiciens clermontois et amateurs d'histoire du rock qu'aux fans de Murat. 

PS : la liste des concerts des Clara est sans doute loin d'être  complète (Crous Dolet? Yenne?...). PS2 :  Merci de laisser des commentaires!

 

Jean-Louis Murat :

« Je sortais des groupes punk. Dope, overdose, j'étais pris là-dedans. J'étais déjà une sorte de rescapé. Les séjours à l'hosto, les trucs extrêmes, j'ai donné. Théoriquement, je n'aurais pas dû m'en sortir… Et je m'en suis sorti avec ce "Suicidez-vous le peuple est mort", qui était une façon de dire : à quoi bon chanter, le public n'existe plus. Il n'y a plus d'oreilles pour toi. Trente ans après, c'est encore pire » (Télérama 2014).   

 

Voilà comme précédemment une citation alléchante pour entamer un article sur cette période, mais les lecteurs attentifs de la partie 2 auront constaté que les propos de Murat, tout comme la mémoire de chacun, sont des éléments à manier avec délicatesse… si bien qu’on pouvait croire que Jean-Louis avait rendu impossible toute biographie qui s’appuierait sur ses interviews. En tout cas, on l’a pensé ici, même si au bout du compte, avec certaines récurrences et en retirant un peu de l'esbroufe et de la poudre aux yeux pour journalistes, le syndrome de la mythomanie n’est clairement pas attesté - la tentative de le démontrer de Sébastien Bataille était vaine (ou peu convaincante). Cela n'empêche pas quelques arrangements avec la vérité, avec le côté grande gueule médiatique en sus... Pour autant, on ne revendique pas, loin de là,  d'avoir établi toute la vérité. Aucune âme d'archiviste n'a été trouvée dans les personnes interrogées et  certaines fumées semblent avoir nui de leur propre aveu à la mémoire de celles-ci...

 

On débutera par une première date tout à fait fiable : 11 mars 1978. Ce jour-là a eu lieu, et ce n'est pas au doigt mouillé, c'est avéré, le décès de Claude François. Pour le reste, c'est à voir : à La Bourboule, on aurait fait une « Grosse java » pour fêter ça. C’est aussi pour ce genre de remarques que Jean-Louis doit être classé dans les rockers… (Deux Plexiglass feront hurler leurs amis en 1980 le jour de la mort de Joe Dassin en criant « Joe Dassin est mort, vive les Rolling Stones », les chats ne font pas des chiens).

 

Quelques rappels sur des choses déjà évoquées :

- Printemps 78 : premières répétitions durant les vacances de Pâques (selon Alain Bonnefont).

- Concert pour se tester avant le grand événement (à la MJC selon Marco, mais il est possible qu'il ait eu lieu en-dessous du casino selon J.P. Haddou).

- Eté : Clara profite du buron des Pardons (Lieu-dit à la Bourboule), qui appartient à son ami Jean-Pierre Tatry. Il le citait en sa présence lors du concert "Clara" du KOLOKO 2013! Sa sœur Christine, qui a assisté à quelques concerts de Clara, confirme l’année. A propos de son frère et de Jean-Louis, elle dit : « des amis d'enfance, deux forts caractères, avec les mêmes valeurs, qui s'amusaient à se contredire. Ils se tenaient tête, souvent fâchés mais jamais très longtemps. Ils se connaissaient par cœur ». Christine se rappelle de Jean-Louis en supporter de la course cycliste.

Petite digression.... ou pas  :  des courses ouvertes aux professionnels avaient lieu jusqu'en 1954, avant 18 ans d'arrêt de la pédale dans la haute vallée de la Dordogne. En 1972, l'Union Cycliste La Bourboule-Le Mont-Dore est créée ainsi qu’un événement, «La nocturne des commerçants». Jean-Louis a donc sans doute soutenu Joël Bernard de l’équipe CR4C qui l’emporte le 06/08/1978, Jean Tiberghien (de l'UCBMD) victorieux le 04/08/1979 ou Jacky Portejoie (ACVSY) le 02/08/1980. Mais cette création tardive de clubs a peut-être joué un rôle décisif dans l’histoire que nous contons : da, ns les années 1960le jeune Bergheaud qui discute  musique et du cyclisme avec son pote Marco, « mises à part quelques petites courses » n’a pas pu se lancer dans la compétition sportive  faute de club à La Bourboule. Il l’indiquait devant Pierre Chany, son journaliste sportif préféré, à Nulle Part Ailleurs ! L’existence d’un club cycliste dans les années 60 à La Bourboule aurait-il pu changé l’histoire de la Française Pop ? L’ investissement dans le sport licencié en club aurait-il changé la vie de Jean-Louis ? Aurait-il  développé des capacités de grand rouleur (au vu de son physique) et pas celle de rouleur de...,  ou franchi en tête de peloton le très anonyme Col de la Croix-Morand ? Ou encore, acculé par les médias, aurait-il fini par avouer, devenant un héros des Guignols de l'info :  « Les hasards d’une fatalité malveillante voulurent que, privé de toute connaissance et de toute volonté propre, je fusse amené à user d’artifices étrangers à ma nature, lesquels vinrent troubler l’authenticité de mes forces»... On peut en douter… Pour en revenir aux faits, au début des années 90, une jeune femme qui faisait le catering, juste avant  la montée sur scène, se voit confier par le chanteur qui n'avait daigné parler à personne avant ça, un objet porte bonheur : "une figurine cycliste.  Je l'ai gardée précieusement pendant plus d'une heure."

Pour finir sur le cyclisme et un clin d’œil, l’histoire entre le vélo et La Bourboule est ancienne : elle a été l'une des toutes premières villes d'Auvergne à posséder un vélodrome (exploité par la Société des Casinos). Il était en terre battue et se trouvait sur l'emplacement du centre équestre actuel, le Mont Sans Souci. Une enseigne "Café du Vélodrome" est toujours visible de nos jours (ci-dessous). Selon les archives départementales, il aurait été entièrement réaménagé par la Ville, agrandi et couvert entre 1932 et 1938, le conseil municipal jugeant cette investissement « absolument indispensable à notre station ».

Cette petite étape n’a pas été inutile Elle permet de dénicher une photo de l’abri qui servait de scène pour le Festival de la Bourboule (en vidéo là, sous la neige), et donc de tourner la page, ou la roue vers...

- 28/08/1978 :  le Festival "New Wave Rock" de la Bourboule On ne revient pas là-dessus car un article complet existe. Contentons-nous d'indiquer que le festival est organisé pour offrir à Clara une première scène par un "gros dealer français" (a dit Jean-Louis), qui circulait en voiture pour ne pas se faire arrêter par les gendarmes. Le batteur des Asphalt Jungle en overdose est incapable de jouer. 

P.J. Fontfrède qui a joué ce jour-là m’indique qu’un enregistrement sur bande magnétique aurait été fait… Pour lui, Sergio Brut, le propriétaire des Écuries, était dans l’organisation, mais il ne s’agissait pas du grand ordonnateur. Rappelons que l'article de presse relatant l'événement parle de cent personnes dans le public : le festival "ne paraît pas avoir autant marqué l'histoire de la musique locale que Murat aimerait le laisser penser" et "ne rassembla pas une foule immense" nous disait Matthieu dans l'article. A part les souvenirs des locaux de Plexiglass, aucun autre acteur clermontois interrogé n'a semble-t-il été présent. A noter que La Tour d'Auvergne connaît également son festival en 1982 avec les groupes de Christophe Pie et Christophe Adam notamment et que de nos jours, le Festival L'Arsenik qui a lieu dans le théâtre de La Bourboule se pérennise. On y verra les amis BELFOUR cette année du 17 au 21/02/26 (9e édition).  

 

 

- Automne 1978 : les Écuries (cf partie 2). L’installation du studio avec cabine sera sans doute finie au printemps 79, car Roger Giraud de Plexiglass raconte avoir participé au collage des plaques d’œufs.

 

- Date imprécise : Jean-Louis a une vieille Simca qui les lâche (souvenir de Christine Blanc). Ils achètent une camionnette Ford Transit MK1 d’occasion. On en reparle ensuite.

                            Le modèle exact

- Rapidement, les Écuries ont des visiteurs :

Plexiglass a eu l’honneur de faire l’objet d’un article entier (le précédent), l’histoire était très méconnue. Le lien avec les Sales Gosses est plus documenté mais assez comparable dans la relation avec Jean-Louis, même si eux existaient avant Clara. Christophe Adam (on en a souvent parlé ici) et Dominique Cartier nous apportent quelques éléments nouveaux.

Dominique qui est de 1960 raconte que le groupe se forme au lycée, Jean-François Alos est leur pion, ils sont en classe avec Agnès Audigier, sœur de Marie et Christophe est « très pote avec François Saillard (nous étions ensemble en 4ème), la connexion se fait d’abord par rapport à lui sans doute ». Le tour du petit monde des rockeurs de Clermont est vite fait, tout le monde se connaît. Christophe a rencontré via le club de ski (comme Annie Clavaizolle d’ailleurs) P.Y. Denizot, le fondateur d'Arachnée. Les groupes étant peu nombreux , ils vont vite être programmés sur des gros concerts dont Status Quo. Ils ont 16 ans. Sur cette époque, Serge Pantel (figure clermontoise figurant dans le livre Une histoire du rock à Clermont à Ferrand pour sa participation à High School, Tachycardie et Real Cool Killers) indique qu’en 1977, il ne savait pas s’il existait d’autres groupes à Clermont et que c’était une vraie chance d’avoir connu cette période. On a raconté qu’il était un peu surréaliste de vouloir faire du rock à La Bourboule en 1977, mais Serge relativise : il n’y avait pas beaucoup de concurrence et le public était curieux, les gens venaient voir des concerts. (Le contraste est cruel avec la période que nous vivons, où il faut presque payer pour jouer dans des bars et offrir une musique de fond à des gens en terrasse).

Christophe Adam : « Nous avions dix ans de moins [ou presque] et le premier matériel que nous ayons acheté était deux amplis Ampeg à transistor et un Teisco pour la basse. Auparavant nous répétions dans ma chambre avec des radios bricolées par le frère de Dominique Cartier. Clara était le premier groupe, en dehors des groupes de bals, qui avait du matériel professionnel. La première stratocaster que j'ai vue était celle de JLM, le premier vox celui d'Alain sans parler de l'Ampeg en plexiglass de JF Alos.… La première fois que je suis passé aux Écuries, Jean-Louis était encore avec Michelle, la maman de Yann et Marie était avec Jeannot. Je me souviens très bien ensuite d'un voyage en train avec Agnès et Marie Audigier où Marie nous laissait entendre à demi-mots qu'il s’était passé quelque chose avec Jean-Louis. Je pense qu'à l'époque Agnès était avec notre guitariste Christian Isoard. » Christian Isoard dit Kiki a poursuivi sa route avec Christophe dans Fafafa. Dominique Cartier se rappelle encore avec émotion de lui : « il me manque terriblement, pour moi, il n’y avait pas meilleur guitariste ». Il est mort à 55 ans (on le retrouvait aux côtés de Murat lors du concert pour la Roumanie avec le groupe Steve Mac Queen composé d’Alain Bonnefont, Stéphane Mikaelian, Jérôme Pietri). Son talentueux fils Sam a pris le relais à la cinq cordes.

 

Il y a eu donc plusieurs visites des Sales Gosses aux Ecuries, notamment quand un véritable studio a été aménagé. Il reste une trace de cette fréquentation puisqu'on peut entendre le saxo de Jean-Louis Murat sur un titre des Sales Gosses. Du côté des Plexiglass, Roger se rappelle du temps passé avec eux et de bons moments de rigolade (ils avaient le même âge, les gens de Clara étaient plus vieux), mais Jean-Pierre se rappelle d’un Christophe Adam « d'une suffisance et d'une arrogance extrêmes », un sale gosse, quoi!

 

La relation entre Christophe et  Jean-Louis s'avéra compliquée. On le devine  avec ce que Christophe disait dans Une histoire du Rock... de P. Foulhoux : «  On est devenu super potes avec la bande de La Bourboule. Tout le monde s’est embringué dans la secte de JL Bergheaud. On découvrait une espèce de gourou qui écrivait des chansons non stop sur rouleaux de PQ. Écrire, c’était sa seule obsession. Je découvrais un poète barré qui ne pensait qu’à ça. On s’est retrouvé à faire des maquettes chez lui. Et là, il s’est mis à intellectualiser le truc. Il avait à redire sur mes textes, et gnagnangna gnagnagna». (Rappelons que les Sales Gosses se réclamaient du punk et chantaient « T’en fais pas, bébé, tu as déjà ta place au cimetière!"). Le côté prof de Murat pouvait ne pas bien passer avec des jeunes punks un peu morveux, même si Christophe reconnaît qu’il a participé à sa culture musicale.

 

En tout cas, les Sales Gosses sont contents de pouvoir profiter des installations, de pouvoir avoir des enregistrements permettant peut-être d’assurer leur promotion. Et ce coup de main, Jean-Louis devenu Murat va continuer à le donner. Christophe indique que son nouveau groupe, Armée Rouge, se retrouve à enregistrer au  studio de Flexanville (dans le livre, c'est marqué Herouville, mais c'est une erreur puisque Murat a enregistré le disque LP Murat dans le premier) par son intermédiaire puis qu’il les emmène au MIDEM où ils rencontrent Nino Ferrer dont ils feront le backing band lors d’une prestation à la radio chez Foulquier.  Se faire appeler Armée rouge dans les années de plomb n’étant pas forcement une bonne idée quand on n’a pas une vocation de révolutionnaire, ils deviendront Fafafa, plus tourné reggae. Le groupe emploiera Alain Bonnefont et Christophe Pie et n’aura pas la carrière qu'on aurait pu attendre. Plus tard, Marie Audigier  amènera à Christophe la collaboration avec l’arrangeuse Marie-Jeanne Serero (de A bird on a poire, interviewée ici)  avant de devenir un acteur de la grande époque de Clermont Capitale du Rock, période Kutu Folk, puis fondateur de la chaîne youtube French Kiss, l'occasion de bœufs comme au temps des Écuries avec Alain B. ou des invitations aux Vinzelles, sans parler de son disque célébré par Didier Varrod. 

Christophe Adam est donc resté ami de nombreux camarades de Murat, mais avec Jean-Louis beaucoup moins... Sa participation aux chœurs dans Babel sur « Chacun vendait des grives » nous a surpris à l’époque (avec Alain et Christophe).

Cela ne l’empêchera pas par la suite de revendiquer auprès de moi sa religion au credo étonnant : l’interdiction d’écouter du Murat, un credo qui résonnera avec certains propos de José Pereira en partie 2… Brûler l’idole ? accepter sa protection ? devenir son apôtre ? devenir agnostique ? A un certain moment, être musicien à Clermont, c’était devoir faire ces choix, être pour ou être contre… avec cette particularité détectée par Didier Veillault,  le directeur de la Coopé, dans le livre de P. Foulhoux :« C'est une caractéristique du milieu rock clermontois. On n'aime pas leus meilleurs. Pierre-Yves Denizot, Jean-Louis Murat, Marc Daumail, Jean Felzine ».

Deux derniers mots de Christophe Adam : 

- « Sur les photos au buron [en plein air, potentiellement en 78], on voit la console Cerwin-Vega que Clara avait achetée a Clermont music, on s’étonnait à l’époque, on se demandait d’où ils tenaient le fric; connaissant bien JF, François et Alain on savait que cela ne venait pas d'eux ni de leurs familles ». [Cerwin-Vega était une marque innovante à partir des années 50 notamment sur les amplis, les hauts-parleurs (utilisés par Fender). A l’époque, ils ont utilisé le slogan "Loud is beautiful… if it's clean"]

- "sur une autre photo, on voit des bouteille de jaune. Ça me fait penser à l'Hepatoum dont il  [Jean-Louis] était friand!".  Roger nous l'avait déjà raconté : "Jean-Louis avait constamment le foie malade de stress, et il tournait à l’hépatoum. C’est un truc pharmaceutique pour se libérer de la bile et il se gavait de ça. Je lui disais : « mais arrête de boire !" Je ne me rappelle pas des migraines, mais l’hépatoum, ça m’avait marqué".  Une consommation (en vente libre) peut-être marquée par le sceau du régionalisme puisque le macéré de curcuma est fait avec de l'eau de Vichy... et de l’éthanol (à la limite maximum de certaines  posologies, d'après mes calculs peu savants, ça pouvait représenter  l'équivalent 10 cl de vin. Dans les années 80, il passa à la codéine d'après ses aveux chez Ardisson).  

Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!

On retrouve trace de deux concerts communs entre Clara et les Sales Gosses, à Riom en avril 79 - attesté - et - selon un témoignage cette fois-ci - au Casino de La Bourboule (mais ni Christophe, ni Dominique Cartier n’ont de souvenirs de concerts). Roger Giraud des Plexiglass raconte : "Clara et eux se tiraient la bourre. Une rivalité. Je me rappelle de Jean-Louis qui disait, quand Clara faisait leur première partie, ou que c’était les Sales Gosses qui jouaient avant : « il faut qu’on mette le max ! ». Les Sales Gosses étaient un peu plus rock. Il y avait deux trois musiques qui envoyaient chez Clara mais c’était un peu plus cool et plus élaboré au niveau des textes ».

- 17/11/78 : première partie de Lavilliers : Voici ce qu’a rapporté La Montagne : « En faisant la première d'un « grand », c'est clair tu joues ton joker : pour le groupe « Clara », hier soir à la Maison des Sports, ça s'est terminé par décision du public avec jet de l'éponge. Dommage. À bientôt, certainement." Et ce qu’en a dit Jean-Louis : « Pour Lavilliers, idem, dès la première note le public nous hue, on enchaîne, je les traite de tous les noms, de culs-de-plomb, de public de merde dans une ville de merde, et on part sous les quolibets et les canettes de bière ! Pierre-Yves Denizot avait du courage !". On peut peut-être ranger la citation dans les exagérations de Mister Murat (comme ce qu’il avait raconté du festival d’août 78), d’autant que Roger comme José des Plexiglass se rappelle d’un Jean-Louis assez timide, voire effacé, peut-être totalement concentré sur sa création. (José et Jean-Pierre ne l’imaginent d’ailleurs pas du tout en séducteur, « c’est plutôt les femmes qui s’approchaient »).

Le photographe clermontois Danyel Massacrier immortalise le moment :  (on a présenté la série de 5 photos lors du deuxième week-end Murat)

Murat a parlé une fois d’une première partie pour Motörhead, mais c’était peut-être une erreur ou une blague ! Programmer Clara en première partie d’un groupe de hard aurait été somme toute dangereux. Christophe Pie avait auprès d’un internaute tout-à-fait écarté cette possibilité (en sachant que Matthieu avait lu l’ensemble de la presse locale de l’époque sans en trouver aucune trace).

 

- Départ de François Saillard - arrivée de Jean-François Alos (avec un seul L!). Ce dernier est plutôt guitariste mais il accepte de prendre la place de bassiste.

 

 

 

 

 

 

Jean-François dit Nonoss (image tirée d'un teaser de l'album Taormina) et François lors du concert Lavilliers (par D. Massacryer).

 

Tirer un fil en amène un autre, et de fil en aiguillage, et n’ayant de maille à partir avec personne, il se trouve qu’un camarade courant historique punk, Eric Romera, activiste clermontois et toulousain, cofondateur de Spliff (on retrouve ses fanzines archivés) et qui devint journaliste, nous apprend que le «petit François» a eu un court projet - comme on ne disait pas à l’époque - "Général Sinse" (et un autre  "Rocco Flamengo"  tirant sur le reggae, figurant sur la cassette Bibendum vol 1)… et que Jean-Louis aurait participé à des chœurs sur le titre "French Sinsemilla". Ce serait sorti là encore sous forme de cassette avec Spliff.  Il faut faire confiance à Eric sur ce coup-là - mais il est sûr de lui, la "deuxième voix est celle de Murat" affirme-t-il - car à l'écoute de ce préquel rancheriste, hymne locavore et écoresponsable avant l'heure, difficile de le dire, à part peut-être un "mmm" (un peu effacé sur cette version mixée avec un son plus fort : à 49 sec).  François qui répondait à Jean-Louis avec humour sur le blog de Didier  (« Comment ça : pas une dans le panier? Je débutais, mais j’inventais une nouvelle manière de jouer de la basse : pas dans le temps, mais pas à contre-temps non plus ») est parti sans revendiquer sa place dans l’ombre de Jean-Louis (qui répéta également dans un local qui appartenait à François  au cours des années 80).  Article lors de sa mort en septembre 2025

 

(La branche reggae était très active sur Clermont avec Fafafa et les Sinsemilla, à ne pas confondre avec les grenoblois de Sinsemilia.  Un de ses plus fameux représentants, Guillaume Metenier (Sales Gosses, Armée rouge et Fafafa) évolua ensuite avec les Babylone Fighters et les Satellites, et proposa un feat à Murat sur "La ballade de Melody Nelson" avec son groupe Seven Dub (il en parle ici vers la 13e minute en donnant des précisions inédites).  « J'ai découvert Al Green chez Jean-Louis Murat»  a-t-il témoigné. 

"French sinsemilla" en écoute (on attend vos commentaires!) :

                                                                             Le Petit François, en 2010  (par Y. LOUDIER, TDR)

 

 - 1978 : un autre souvenir de rockeurs clermontois nous permet de trouver la trace d’un concert supplémentaire avec Ambulance, le groupe de Joël Rivet, en première partie de Clara (il y avait déjà Jean-François selon J. Moiroux). C’était au Cinéma L'Essai à Clermont. (Après, Joël est parti en Angleterre, un an, puis a fait deux ans de service militaire en Jordanie, et est revenu en 81, où il a eu l'autorisation des parents de Christophe Pie de le sortir du lycée le mercredi après midi pour répéter avec les Guêpes). Le cinéma est aujourd'hui détruit. Il se trouvait rue Antoine Menat ou rue Jean Baptiste Torilhon juste après le lycée Amedée Gasquet. Il a été rasé pour créer le parc Torilhon. Il servait au ciné-club local ainsi que pour les examens du permis de conduire.

 

- Date indéterminée : Ville Le Grand  (74). Jacky Stadler qui a rencontré à Thonon Jean-Louis grâce à Gérard Guillaume, copain d’enfance de la Bourboule, raconte  : «J’avais de mon côté un groupe aussi, Ultime Atome, et une association, ARC (Art, Recherche et Créations). On organisait des concerts sur Annemasse et alentours, et bien évidemment on a programmé Clara dans une salle à Ville Le Grand, en 78 ou 79 je pense  - à vérifier, mais c’est difficile maintenant de trouver une trace de ce concert. De mémoire, il avait bien marché, avec un autre groupe aussi. Enfin ce n’était pas des milliers de spectateurs, en plus la salle ne le permettait pas, mais 200 ou 300 personnes c’est sûr! » (Matthieu qui avait été particulièrement bien inspiré, avait contacté Jacky il y a dix ans, un très court échange avait eu lieu confirmant la bonne pioche… mais Jacky n’avait plus répondu à nos sollicitations avant une ultime tentative cette année. Il est un symbole des difficultés que l’on avait de récolter des témoignages du vivant de Jean-Louis, c’est  moins difficile désormais).

 

- On fait un saut jusqu’au mois d’avril 1979 qui se révèle chargé ! Les membres de Clara ont-ils profité de la saison d’hiver pour bosser? (Il semble qu’elle n’offre pas beaucoup de perspectives autres pour les musiciens ; aujourd’hui encore, c’est l’été que l’on retrouve Adèle Coyo, Matt Low, Denis, Coco Macé - pour parler de l’été 2025 - et beaucoup de camarades au Parc Fenestre ou dans le square, ou différents autres événements à La Bourboule comme au Mont-Dore).

- Date indéterminée (Avril?)  : un concert commun, dont Serge Pantel est le premier à nous  parler, à la fac des Cezeaux, amphi 4 (ou 6 ; on parlait du lieu en partie deux, Ferré y a joué en 76) avec Hard Trip (Clara en première partie, avec High School). Thierry Soustre de High School qui gérait l’aspect « commercial » du groupe se rappelle avoir été contacté par Jean-Louis pour jouer : « On ne s’était pas encore croisé, ils ne tournaient plus là-haut et ils cherchaient à se montrer plus à Clermont. Jean-Louis m’avait demandé de faire la première partie ». Thierry lui a donné le contact des étudiants qui organisaient le concert. Pour lui, c’était en avril. Serge se rappelle à quel point Jean-Louis impressionnait : « On se sentait un peu comme des gamins  par rapport à lui, on le voyait pour la première fois et d’emblée, on sentait la maturité qu’il avait, à la fois dans la façon d’appréhender la musique, les concerts, et la maitrise de la façon de composer les chansons, les arrangements. Et j’ai préféré cette époque à ce qu’il a fait par la suite ». Thierry Soustre se rappelle avoir bien échangé avec les gens de Clara ce soir-là, mais sur un sujet un peu inattendu : leurs expériences de bals (en tant que musiciens). High School était aussi sur cette activité lucrative, cela leur permettait de jouer beaucoup, ils sont allés plus tard l’exploiter dans le sud, fuyant le secteur clermontois (comme SOS, le groupe de J. Pietri) qui était trop synonyme de bagarres très violentes : les bandes s’affrontaient en « match aller et retour », dans le bassin minier, à Issoire surtout dit-il, et les municipalités interdisaient les bals. Il me nomme l’orchestre Concorde dans lequel certains Clara auraient joué mais après recherche, cela semble une info erronée. Un groupe assez professionnel, « Concorde 70 » avec grosse camionnette peinte au nom du groupe avec Eric Morata (de la discothèque Les Sucquets à Orcines, futur Phidias), Mike Lehman - Jacques Jouffre dit  « le phoque » - qui aura lui aussi son groupe de bal Alfa, Marc Bourguet  (Gâtec Jazz band actuellement), le bassiste Alain Garaud... le tout dirigé par Jean-Pierre Martin qui aura le studio Probam, utilisé par Murat quelques années plus tard (Jean-Pierre Martin est crédité sur plusieurs disques dont Murat en plein air!).  En plus de nous permettre de détecter un collaborateur de Murat, il n'est pas tout à fait inutile de citer tout cela, car comme on l’a déjà dit, ces groupes de bal, parfois très rocks comme SOS, et ces lieux de danse (Les Sucquets remportent un grand succès avec leur soirée rock du vendredi) étaient importants pour la diffusion de la musique… et Jean-Louis en a profité  (il a chanté "le Bal à Giat" et "le Phidias" et  ce n’est pas un hasard si, comme nous l'a appris Roger Giraud,  une peinture qui ornait le Café des Négociants à La Bourboule le représentait en train de danser avec sa première femme…). Tous les jeunes de l'époque avaient donc sans doute de nombreuses anecdotes de bal à évoquer... et encore plus si on porte le même nom que le roi de la cabrette, ce qui vaut quelques confusions sur les internet!). 

Aux manettes ce soir-là, aux Cezeaux : Jean-Paul Haddou (qui est interviewé lui aussi dans le livre Une histoire du rock...) Il a commencé dans le domaine de la musique par sonoriser ses amis de High School (qui faisait en 77 la première partie de Renaud, puis de Starshooter, et a gagné un concours au Golf Drouot). Il a fait l’acquisition d’une des rares sonos sur Clermont (avec celle de Félix Louvel me dit-il, qui faisait des concerts avec le surnommé « Ripolin » à la fac de lettres et devint directeur des services techniques de Thiers), et se retrouvait donc à l’utiliser à droite et à gauche. Jean-Paul a poursuivi ainsi tout en faisant des études d’ingénieur et a créé une entreprise qui est devenue une société importante de sonorisation et matériels pour la musique (STS. Son successeur Eric Potte est décédé en décembre 2025). Et Jean-Paul nous fait une surprise : des photos de ce concert ! On les a publiées ici.

Il avait en sa possession des bandes de concerts… mais ses archives ont été attaquées par les moisissures il y a déjà bien longtemps, l’obligeant à jeter ces trésors à la poubelle ! Il se souvient avoir rencontré avant la bande de Jean-Louis pendant l'été pour un concert au Casino de la Bourboule (en réalité : en dessous, « une salle désaffectée » qui devint une discothèque). Il dit que c’était avec les Sales Gosses, mais là encore, les souvenirs sont vagues : « ça planait dans tous les sens, c’était compliqué ». On retrouvera un peu plus tard Jean-Paul.

Le troisième groupe qui était présent ce jour-là faisait du "hard" comme l'indique leur nom, Hard Trip. Spliff raconte qu'un ingénieur du son a menacé, lors d'un concert à La Bourboule (peut-être avec Clara donc), de se barrer s'ils ne jouaient pas moins fort ! Jean-Paul ne peut pas certifier qu'il était cet ingénieur du son mais reconnaît bien son "style" : "Oui, j'aurais été capable de le dire et de le faire! J'ai viré les Washington Dead Cats de la maison du peuple!".  L'interview ci-dessous dans Spliff numéro 1 donne une bonne image des loulous de Hard Trip, et fait surgir une autre réminiscence chez Jean-Paul: "Ils avaient osé taguer leur nom sur un garage le long du boulevard Léon Jouhaux face au cimetière... alors qu'à la même époque, Clara avait tagué en ville vers la place de la treille et sur le mur du CROUS à Dolet ! Le tag était resté très longtemps à Dolet. Il était là (mais l'escalier latéral n'existait pas à l'époque) :

 

 

 

 

Voilà une information qui me ravit mais me rend triste pour Matthieu Guillaumond qui avait produit ce beau travail de recherche sur les graffitis clermontois... et le fameux "suicidez-vous le peuple est mort" du 8 place Michel de l'Hospital. Personne ne nous avait évoqué de graffs "Clara" à l'époque. Il aurait adoré!

 

Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!

 

- 07/04/79 :  première partie de Téléphone au Palais des Sports. Jean-Louis essaye de taxer Jean-Louis mais sans succès. Matthieu a évoqué tout ça ici  [Murat a parlé de plusieurs premières parties de Téléphone, mais il est impossible de l’affirmer. Montlucon?]

Cette première partie comme celle de Lavilliers ne laisse pas un souvenir impérissable (Le semeur Hebdo parle de deux mauvais accueils - ci-dessous à droite -, La Montagne, elle, excuse le groupe : ces deux prestations de Clara "se sont déroulées dans de mauvaises conditions (mixage défectueux, etc.)". 

 

- -21 avril 1979, Festival « Rock d’ici »:

 L'événement rassemble dix groupes auvergnats dans la   salle des fêtes de Riom. Pour 20 francs, le public peut     entendre : «ATTILA ET LES AUTRES», «JUDAËX», «LARSEN»   et«CLARA» notamment. C’est organisé par Jean-Paul Haddou et l’association Rock Culture. Ce dernier se remémore quelques bribes… et ça a été encore   mouvementé  pour Clara ! « On avait essayé de faire un truc   assez exhaustif de ce qui se faisait sur Clermont et dans la   région (le Cantal)», une grosse organisation donc mais « Pour Jean-Louis, ça ne s’était pas bien passé. Jean-Louis avait engueulé un peu le public, et le répertoire depuis l’été, ou les Cezeaux, avait complètement changé. Il n’y avait aucune chanson qu’on connaissait. Il avait peut-être débarqué en voulant faire vingt chansons, mais le temps imparti ne le permettait pas. Et c’était que des chansons nouvelles. Il avait engueulé tout le monde… à cause d’un aigle royal qui avait été tué à La Bourboule ou dans ces coins-là, et il y avait consacré une chanson [on fera le lien avec le rapace de la pochette de Passions privées].  Le festival en lui-même s’était bien passé, on avait dû faire un petit bénéfice de 1700 Francs. On offrait juste la bière et des sandwichs aux musiciens». A toutes ces occasions, Jean-Paul a pu constater le caractère bien trempé et difficile de Jean-Louis et avoue avoir plus discuté avec Marie qu’avec lui, mais il est parti quand même plus tard en mini-tournée avec lui, en 1984. Il se rappelle des répéts intensives dans la Maison de la Culture où ils se gelaient (un autre participant avait évoqué le froid semble-t-il),  et d'un concert au Teil, vers la centrale nucléaire, dans une salle pourrie et… bien vide (on ne connaissait pas ce concert!). "Je me rappelle d'avoir acheté un compresseur SCV audio d'occasion à Dominique Guerré (de STS, puis Mix et Mousse, puis Railcoop). C'était la première utilisation.  Au son, c'est possible qu'il y ait eu Jean-François Alos, j'ai beaucoup bossé avec lui à  cette époque notamment sur "St Amant Rock ça vibre", le concert du groupe Indochine à Royere-De-Vassivière...".  Après avoir revu les images du concert de Lyon, il se rappelle de la salle Rameau, compliquée en terme de son et pour se garer :  «Il me semble reconnaître le matériel JPH Sound, via le sticker du micro, les wedges 3 voies de Jean-Louis et la colonne batteur". Les anecdotes des ingénieurs du son ne sont pas les plus croustillantes, il faut l'avouer, mais c'est amusant de  constater les sujets de prédilection de chacun (en comparaison, exactement au même moment, j'interroge un musicien sur un festival commun avec Bashung et les Suisses de Maniacs de Stéphane Reynaud, à St Amant Rock justement,  et lui, ce dont il se souvient:  c'est d'une bouteille de Vodka! "Si elle avait été descendue après être passé sur scène, ça aurait pu le faire"!).  Jean-Paul conclut sur Jean-Louis :  "On ne savait jamais trop dans quel sens il allait partir, mais disons que c’était rarement des grands éclats de rire. J’ai eu du mal à l’aborder ». 

Les photos signées Guy Forgeois qu’avaient dénichées Didier Le Bras datent de cette soirée, et non pas d’octobre 79 comme il l’avait indiqué sur son blog.

 

 

- Avril 1979 : le groupe Clara et son leader Jean-Louis Bergheaud enregistre une maquette aux studios « Magic Productions » à Riom selon la coupure de presse donnant l'adresse des Ecuries et le téléphone (on ne sait pas où cela a été diffusé). La mention de  deux premières parties seulement (Téléphone et Lavilliers) fait penser qu'elles ont été les seules pou Clara.  Sur cette session, Patrick Vacheron que Jean-Louis emploiera pour quelques sessions ultérieures n’a pas de souvenir.[EDIT: Erreur:  C'est de leur rencontre lors d'un concert à la Bourboule dont il ne se rappelle pas précisément. Sur le blog  de Didier: "il m’arrivait également d’être sollicité pour sonoriser des concerts « live » sur des évènements particuliers. C’est lors de l’un de ces festivals, auquel je participais à la Bourboule, que je me suis retrouvé derrière les « manettes » du groupe CLARA et que j’ai rencontré Jean-Louis BERGHEAUD, qui était déjà, une figure de la scène Clermontoise. Nous avons sympathisé et tout naturellement, lorsqu’il a décidé d’enregistrer des maquettes pour promouvoir CLARA, c’est vers « Magic-Productions » qu’il s’est tourné. Jean-Louis était déjà très charismatique et très exigeant dans sa démarche musicale et sonore. Son caractère bien trempé, sa détermination, sa soif de réussir, son besoin de bousculer, de déranger, d’innover, de rechercher en permanence, son éternelle insatisfaction (même lorsque tout semblait lui plaire quelques instant auparavant ) et cette faculté incroyable de nous emmener là ou il voulait aller, de nous enfermer dans son monde, son regard bleu profond, transperçant, sa culture d’une richesse incroyable et sa voix monocorde et envoutante, j’avoue que ce fut très déstabilisant, mais certainement l’une de mes plus belles rencontres artistiques". Dans le Roman de Murat, il est ajouté à cette citation  à propos de son regard "transperçant comme un Husky]]. On peut penser que Jean-Louis veut tester le passage à l’enregistrement avec des professionnels. C’est une étape complexe qu’il ne maîtrisera sans doute qu’à partir de Cheyenne Autumn, le LP Murat piloté par Zacha qui reconnait ses erreurs, avec des «musiciens de studio» aux dents bien blanches mais limées restant sans doute un moment malheureux pour lui. Les références musicales de cette coupure sont intéressantes, peut-être un peu à visée commerciale, plus porteuses que le "continental rock" dont ils s'affublent : de Roxy à Julien Clerc (Matthieu me parlait de son "Yann et les dauphins" datant de 69). 

 

- 30/06 ou 1/07/79 :  Fête de l'Huma, Pont du Château. Des photos de Marco existent, et cela a été chroniqué rapidement en BD par un ami d’Alain Bonnefont, Thiriet, dans Histoire de la Musique, en 2010 (chez Fluide Glacial). On y apprend que Jean-Louis « fait un scandale » (à dire en imitant Georges Marchais?) pour avoir une charrette plus grande. La photo ne détermine pas s’il a eu gain de cause. La célèbre photo contre le mur de cimetière est signée Marco (faussement légendée dans le Chorus de 2002 et dans la BD)

 

 

 

Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!
Le Rock Bourboulien (partie 3- épisode1) :  Coup de clarté sur CLARA!

- Juillet 79 : concert au Casino (date fixée par Marc-André dans un commentaire sur le blog : « J'ai fait quelques cures à La Bourboule (via une colonie de vacances). En Juillet 1979, j'ai eu le batteur de Clara comme moniteur [la famille Esnault a une maison d'enfants, qui a aussi employé Marie]. J'ai pu dater parce qu'il m'a fait découvrir le premier LP de Joe Jackson et le le deuxième de Police. Bref, pendant ce mois de juillet, j'ai vu Clara en live au grand Casino de la Bourboule (un samedi, en matinée forcément) ». Avec Plexiglass sans doute.

 

- 28/10/79 :  Encore un événement que l’on ne connaissait pas, un Festival à Fontevraud, au Logis Bourbon. Roger Giraud  nous raconte :

« On donnait aussi des coups de main, pour transporter le matos quand il y avait des petits concerts de droite et de gauche. Je me rappelle qu’avec Bernard, Christophe, on était parti dans un festival à Fontevraux. Il y avait tout un tas de groupes, une dizaine, et Clara était passé dans les premiers. En tête d’affiche, c’était Au bonheur des dames. Je me rappelle de la réaction des gars quand on est arrivé, ils étaient surpris, Clara, ils croyaient que c’était des filles! Du fait du nom et parce que c’était écrit en rose ! Mais la seule fille qui était là, c’était Marie qui avait organisé ça. On était parti à deux voitures, avec le matos, la camionnette Ford et une bagnole de Marco, on a traversé la Creuse… et on s’est réparti dans les chambres louées pour le groupe. C’était une bonne expédition ». On découvrira un jour des photos de Marco qui permettront de lever certains doutes : dans son souvenir, c’était Clara 3e version mais il faut en douter au vu de la date. Marco se rappelle d’une pause sur la route, du convoi bloqué par un troupeau de vaches et de Christophe Pie qui pour une fois transportait du matériel ("il était tire-au-flanc" dit-il). En ce qui concerne le concert, plus qu’Au Bonheur des dames (le chanteur Vincent Lamy - Eddick Ritchell - n’en a pas de souvenir), c’est la présence des Dogs qui est remarquable ! C’est la trace de la première rencontre avec Dominique Laboubée, auquel Murat dédiera une chanson dans Lilith (après avoir repris « Tomber sous le charme », chanson qu’il avait composée). Jean-Louis a également pu voir un bluesman français : Paul Personne avec son groupe de l’époque, et la formation Diesel qui venait d’enregistrer avec Michel Zacha leur album, dans un style déjà proche de la musique de Téléphone juste avant qu'Oliv ne quitte le groupe [Zacha produira "Sur ma mob" de Lili Drop avec Bertignac, rencontrera Enzo-enzo, Kent : il était lancé] … Étaient également programmés des jamaïcains-anglais, The Cimarrons, groupe du mouvement reggae skinhead.  La veille, un beau programme était aussi prévu (les Givordains de Ganafoul, qu'on peut encore écouter en live de nos jours -leur manager de l'époque a travaillé avec Murat en 82 en tant que représentant local de Pathé-,  et encore Bijou). L'affiche révèle une organisation un peu amateur : Clara y apparaît comme tête d’affiche laissant Au bonheur des dames ainsi que Dr. Feelgood (finalement absent) peu visibles. On apprend grâce à un article que les organisateurs attendaient 5000 personnes, ils ne furent que la moitié (il faudrait estimer le nombre de fois que  Murat s'est produit devant autant de monde, 15, 20 concerts?). 

Petite curiosité : le premier article est signé Michel Embareck, qui a le même âge que Jean-Louis, journaliste à Best (pour lequel il a interviewé Neil Young dans un troquet près de la Gare de l’Est) à côté de son emploi en PQR… et qui fut comme Murat, chroniqueur d’une coupe de monde pour Libération (il s’agit pour lui de rugby). Il a écrit plusieurs livres.

 

 

Et je vous propose d'en rester là pour aujourd'hui pour ne pas risquer l'indigestion, avec ce savoureux menu (j'espère).  On se retrouve pour "Fromage et dessert"(hé hé... ouf, on a évité Michel Fucca et ses dragées, Edith Vagin et ses pertes blanches, Euthanasie,  Solution finale, Raoul et ses dégueulis, et Bitocul*)...    On se revoit dans les années 80 très vite.

*Avec cette énumération de noms de groupes clermontois (petite provocation de ma part -la fréquentation assidue de sales gosses, de punks et de rockers finit par déteindre sur moi-), on comprend que Jean-Louis a fini par penser que le nom Clara était un peu sage, et réfléchi à prendre l’appellation "L'homme qui tua John Lennon"...  Spécial dédicace à Christophe Pie qui nous a dit en 2013 au Koloko, que le "seul impératif était juste de faire chier le bourgeois Bourboulien!". 

la suite là

Pour rappel: les sources seront dans le prochain article

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques, #inter-ViOUS et MURAT

Repost0

Publié le 9 Janvier 2026

Pour vous faire patienter avant l'épisode 3, voici des photos dénichées via une prise de contact avec Jean-Paul Haddou, personnalité du rock clermontois.  Il a été à la console lors de plusieurs prestations de Clara avant de devenir un des grands prestataires techniques sur la musique avec sa société STS.  Il avait tout enregistré... mais tout a moisi il y a 20 ans... 

On en profite pour dédicacer cet article à Eric Potte, son successeur à la tête de l'entreprise mort récemment.

Il s'agit de photos prises lors d'un concert à l'université du campus des CEZEAUX en 79... On en parle prochainement plus en détail!  Jean-François Alos venait d'arriver, Alain Bonnefont et Jean Esnault à la batterie.  

Photos "CLARA" et jean-Louis Bergheaud en 1979
Photos "CLARA" et jean-Louis Bergheaud en 1979
Photos "CLARA" et jean-Louis Bergheaud en 1979
Photos "CLARA" et jean-Louis Bergheaud en 1979

 

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 30 Décembre 2025

PLEXIGLASS – Printemps 79 - Fin d'été 80  (Partie  2: Le rock Bourboulien)

Les médias nous ressortent régulièrement le « phénomène des bébés rockers » (période Zéro de conduite, puis BB Brunes et Plasticine…) mais à Clermont, les Sales gosses et Plexiglass avec leur leader de 16 ans enthousiasmaient déjà leurs congénères…

Manque Roger (histoire de retardateur!). JP "sur cette guitare, je m'amusais à jouer les arpèges de "is there anybody out there?" des Pink Floyd (the wall venait de sortir). Cela impressionnait Christophe et Bernard, tout en se demandant si mon style était vraiment adapté à celui de Plexiglass!"

Episode précédent à retrouver ici. (Les remarques faites en préambule de la partie 1 restent valables pour cette suite, comme l'espèce de profession de foi récente qui figurait ). 

On retrouve donc nos ados qui squattent aux Écuries, après l’école, le travail, ou pendant les vacances. Et...

Roger : « Plexiglass, c’est né parce qu’on traînait aux écuries pour les écouter, et puis, après, ils nous laissaient prendre leurs instruments ». Marco (Lespinasse) se rappelle de Christophe qui s’amusait avec un minimoog qui se trouvait là.

 

José : "Ceux qui ont vraiment insufflé le groupe, c’était Christophe Pie qui était le plus jeune et Bernard Hebrard. Roger s’est collé au même moment, et moi je suis arrivé parce que je connaissais Bernard. Il était plâtrier peintre, et moi je faisais électricien, on se croisait sur les chantiers et on discutait, et puis il a dû me dire : tu ne veux pas faire partie d’un groupe avec nous ? Je vois encore le moment. Nous étions chez un copain commun. Il savait que j’aimais la musique. Et vu que j’étais inséparable avec Jean-Pierre Gougnot, j’ai dit qu’il fallait qu’il vienne. On était vraiment un duo avec Jean-Pierre, inséparables, on faisait tous à deux, le sport… et il fallait qu’il vienne dans le groupe. On s’est réuni et vu qu’on était dans la période de Hygiaphone de Téléphone [sorti en 1977], le nom est venu. Et on squattait les Ecuries. D’ailleurs, je crois que c’est Jean-Louis qui nous a donné l’idée de fonder notre groupe".

 

Jean-Pierre : « J'étais ami avec José depuis nos 13/14 ans (première rencontre en 1973); moi je suis d’août 1962, José de décembre 1961. Je gratouillais depuis mes 15 ans et je connaissais quelques accords. De 1977 à 1980, j'étais interne au lycée à Ussel. De 1980 à 1982, je suis allé au Lycée de Montferrand à Clermont, car j'avais été admis au Centre de formation de l'ASM Rugby. J’avais cette activité sportive prenante, et aussi les études en internat. Musicalement, le post-punk gratiné new-wave ne m'emballait plus vraiment (j'étais plus Neil Young, Bob Dylan et J.J Cale). Au final, je ne suis pas resté longtemps dans le groupe". 

 

L’impulsion de Jean-Louis sur le projet est clairement attestée par le souvenir de José et Roger :

José : "C'est avec lui qu’on a écrit notre première chanson, puis qu’on a eu des échanges là-dessus. Il a pris sa guitare, deux-trois accords de rock classique, allez, quelques mots, il a démarré le truc, je me suis mis à écrire le reste. Et après, c’était parti.. Voilà il nous avait composé le premier morceau. Faut voir la vitesse à laquelle ça allait. Quand il nous a écrit notre chanson, il s’est mis dans un coin, et ce n’était pas prévu, c’était spontané, et ça lui est venu tout de suite, tac tac. Il ne s’est pas mis à réfléchir 170 ans. Il avait une facilité. Ça lui sortait tout seul".

Roger: "Jean-Louis a un peu poussé pour qu'on lui serve de première partie. A l'époque, il fallait toujours des gens pas très bons pour démarrer, histoire de te mettre en valeur derrière!". Il faut se rappeler qu'à l'époque, les premières parties servaient plus à s’entraîner au championnat du monde de lancer de canettes qu'à découvrir des artistes, et Clara en a été victime aussi. Les charmants côtés du punk: les Lou's racontent: "Celui qui a le mieux joué, c'est celui qui est le plus couvert de crachats. Si tu veux leur répondre et que tu leur glaviottes dessus, ils ouvrent la bouche ! C'est dégueulasse !". Elles furent accueillis plus calmement à La Bourboule en août 78. 

Voici donc cette première chanson: PLEXIGLASS dans Plexiglas, reconstitué avec l’IA à partir des paroles, accords et mélodie d'époque, beaucoup mieux orchestré, léché et "en place" que l’original, mais l’esprit et l’énergie étaient les mêmes... 

 

 

 

José : "Bon, tout se faisait de mémoire et à l’oreille, mais la mélodie c’est lui. Car il faut savoir que les cinq gars de Plexiglass, on est parti comme les Sex pistols, de rien, personne ne savait jouer de la musique, c’était à l’oreille. Mais le plus doué de tous, c’était Christophe. Il était très assidu, il a commencé à taper sur la batterie. Il écoutait. On voyait bien que lui il s’accrochait, il avait ça dans la peau. Alors que nous, bon... Moi, j’écrivais les textes, ça m’est venu naturellement. Il fallait bien que quelqu’un le fasse, je ne jouais pas d’instrument, et puisque j’avais un peu de voix, on m’a dit : "toi, tu chantes"".

 

Roger et José ne sont effectivement pas musiciens, dans leur souvenir Bernard ne l’était pas non plus, mais Christophe a dit avoir usé la guitare sèche de sa sœur jusqu’à ce qu'elle n'ait plus que deux cordes, et il a raconté :

« J’ai commencé à la fanfare de Messeix sans grande conviction, je jouais du clairon et du tambour [avant ses 14 ans]. Quand je suis arrivé à La Bourboule, il y avait la maison des jeunes où on écoutait les seuls disques qu’il y avait, Hendrix, Beatles, Cohen et un Who. C’était en 74. Le déclic est venu en voyant Clara répéter. On a monté Plexiglass avec des copains. On s’est fait prêter du matos par des anciens balluchards. [Ca ne rappelle rien à José et Roger]. C’est venu un peu par hasard. Les gens de Clara nous faisaient kiffer, et on est allé les voir avec mes potes. Je n’étais pas intéressé spécialement par la batterie, c’est en essayant que j’ai vu que ça me plaisait, parce que ça me défoulait ».

 

De l’idée à la réalisation, comment faire ? Ils n’ont pas d’argent. Christophe raconte :  "J’ai tanné mes parents pour avoir une batterie, une Morris achetée chez Connen Elle valait deux mille francs. Pas question de changer de peau, je n’avais pas les moyens. Je jouais avec des baguettes cassées. J’avais même essayé de m’en fabriquer avec l’aide d’un menuisier. Il a pris du chêne en pensant que ça serait suffisamment dur. Au premier coup de cymbale, la baguette a explosé". 

Christophe a peut-être tanné ses parents quelques temps… mais deux membres de Plexiglass indiquent qu’ils n’ont pas cédé, même s’ils étaient assez libéraux ! Il a fallu se débrouiller. Et c’est donc toute l’équipe qui prend le train pour se procurer la batterie… à crédit, le souvenir est assez clair pour tous, et le seul majeur, c’est Roger, qui indique par ailleurs avoir été un peu le financeur du groupe (même si dans sa mémoire, c’est Bernard qui avait pris le crédit de la batterie). Connen est depuis les années 60 un des repères des rockeurs clermontois, Place de Jaude. Jean-Marc Millanvoye, une des premières personnalités rocks d’Auvergne le racontait ici, à une époque  où «Jérôme Pietri avait une guitare électrique chez lui, il était considéré comme le diable en personne».( Si Jean-Louis Murat -avant qu'il ne soit totalement libéré de ses complexes guitaristiques, embauchera par la suite ce Jérôme, ce n’est pas un hasard. On a raconté ça en détail).      [Réserve: JP finalement se demande si Christophe n'aurait pas eu une première batterie d'occasion achetée par ses parents avant celle que le groupe lui achète]

 

Peut-être que Christophe se débrouille pour payer les traites avec ses parents par la suite mais pour Roger : «  j’étais le seul à bosser et un poil plus âgé. Donc j’étais plutôt le financeur. Christophe était encore mineur et Bernard avait acheté la batterie, il avait fait le crédit. Le peu d’argent de concerts servait pour le rembourser. Moi, j’avais acheté ma basse avec son ampli. Bernard avait payé sa guitare et n’avait pas d’ampli et j’avais donc financé le sien, un Marshall, et à côté, je payais un peu tout."

 

Jean-Pierre : "Le plus acharné était Christophe, qui passait des heures et des heures dans la cave de la maison de ses parents à s’entraîner sur sa batterie, casque sur la tête, en écoutant notamment AC/DC et en reproduisant le jeu de batterie de Phil Rudd. Ce qui ne l'empéchait  pas littéralement fasciné par le rythme de la batterie de l'émission "La séquence du spectateur", qui pour le coup, n'avait rien à voir avec le hard rock". Cette dernière information n'est pas si étonnante. Christophe n'était pas du tout dans la démonstration, revendiquant d'oser faire juste le nécessaire, il prenait comme exemple cette chanson des The Delano Orchestra. Si des lecteurs de moins de 40 ans lisent cet article, vous pouvez vous référer à l'INA pour découvrir ce générique culte. 

Quelques années plus tard avec Jean-Louis, et bien avant que ce dernier lui écrive KIDS en hommage

 

La maman de Christophe est institutrice et la famille a un logement de fonction dans l’école.

Roger : "On avait fait un truc de répétitions dans les sous-sols, le son remontait par les canalisations, et au dessus, le gars qu était aux toilettes, il avait de la musique".

José : "Je me souviens des premières répéts dans la cave de Christophe c’était l’été certainement 79 pour terminer en 80 par des répéts aux Ecuries. On avait squatté là, on avait installé des cartons d’œufs pour le bruit, et c’était notre studio de répétition. Christophe avait une famille qui était très libre, permissive. Il avait une liberté totale. Son père était un artiste peintre, qui avait sans doute vécu 68. Christophe était en chaudronnerie mais il ne foutait rien. On allait chez lui, et lui il n’avait pas de règles en fait. Il était libre comme le vent. Peut-être qu’à ce moment-là, il aurait fallu le cadrer…

Pour un ado, c’était le rêve, des parents comme ça. Il découchait, il faisait ce qu’il voulait. Une année, ses parents sont partis en vacances, et il est resté chez lui avec sa sœur pendant tout l’été ou au mois d’août au moins. Sa sœur était ultra sympa. On répétait dans la cave et derrière un rideau, il y avait un stock de champagne… et on a tout sifflé. C’est Jean-Pierre qui avait pris la première bouteille je crois me souvenir. Je crois que ça nous a valu quand même de perdre notre local de répét... et on est encore alléplus souvent aux Ecuries". 

Christophe était hyper doué pour la musique, il avait l’oreille musicale. Il reproduisait rapidement ce qu’il avait écouté : il mettait des disques et il jouait dessus, et il jouait super bien dès le départ. Et c’est bien sûr un des trucs qui mettait la pêche à Plexiglass. Bernard avec les pédales faisait vibrer les cordes [en plus de l'ampli Marshall qui faisait un gros son saturé" dit Roger] : on sortait des sons. Jean-Pierre avait fait un peu de guitare, c’était le seul qui avait des notions »

Jean-Pierre: "Bernard devait avoir une Les Paul Black (une copie), il jouait sur deux cordes -les power chords- qui, via un max de distorsion, sonnait du tonnerre de dieu. Il n'était pas un grand technicien, mais avait un sacré son énergique. Moi, j'avais une copie de Stratocaster branchée sur la 2e entrée de l'ampli... autant dire que mon son était bien étouffé par celui de Bernard!".


Avec l’internat, les apprentissages, les répéts étaient donc surtout pendant les vacances. « Quelques fois, plutôt l'hiver, c’était dans le studio de Clara » dit José.

 

José : "Moi, je me prenais pas la tête. On faisait de la musique, on était content. J’étais un peu révolté à l’époque, à l’âge de l’adolescence, et on s’exprimait. Ça faisait du bien, et on avait du monde qui venait nous voir. A La Bourboule, on avait la côte, nous. L’été, pendant les cures, on laissait les portes bien ouvertes, comme ça tous les ados qui passaient venaient s’agglutiner dans la cour pour nous écouter répéter. Fallait qu’on fasse le show ». Marco nous a raconté qu’il les a découverts ainsi.

 

Et c’était important de laisser ouvert : Roger avoue que pour lui, tout ça, c’était avant tout pour les filles ! Le local servait aussi pour ramener des conquêtes, et leur proposer du champagne !

José : "Après les répéts dans la cave, on descendait vers le Lous Fadas, il y avait Jean Louis et/ou Alain qui bossaient. Un soir, on faisait tellement de foin en y allant que des curistes nous ont jeté des seaux d’eau. Il me semble qu’on avait descendu le pantalon pour se retrouver en slip. Une autre fois, on avait mis Christophe dans une poubelle".   Il faut bien que jeunesse se passe...  mais un peu de sérieux : 

Une chanson avec l’aide de Jean-Louis, une reprise des Sex Pistols… Il fallait quand même étoffer :

José : "Pour la petite histoire, on avait donc la chanson faite avec Jean-Louis et il nous fallait donc une deuxième chanson. C’est Roger qui a eu une idée. Il était un grand fan de Coluche jusqu’à s’habiller comme lui, avec la salopette. Il avait la même dégaine ! C’est l'image que j’ai. Et donc il me dit : il y a un sketch de Coluche, qui parle d’une femme qui a été ultraviolée par des rayons X… [cf Sketch "Le belge"], et on est parti là dessus : « Avec ma femme, nous avons été à St Tropez pour se faire bronzer, ma femme s’est allongé sur la plage, moi n’aimant pas la mer… quand je suis arrivé dans la chambre, ma femme était sur le lit, ses yeux montraient qu’elle avait pleuré, je lui ai demandé ce qu’elle avait. Je suis fait ultravioler par des rayons X…."

Voilà : c’était Roger qui avait donné le fil de cette chanson. Je l’ai encore dans une vieille cassette un peu inaudible aujourd’hui, c’était enregistré avec un magnéto que j’avais mis au centre de la cave où on répétait.

Je me rappelle d’une autre chanson, c’était le moment où il avait opposition entre rock et disco : «Sur les rythmes de Pistols dans cette discothèque, caca boite à fils à papa». Ça déménageait ! Jean-Louis se rappelait bien de cette énergie quand je l’ai revu.

Christophe en avait composé d’autres. J’avais un cahier d’écolier avec mes paroles. Christophe et Bernard composaient la musique, je mettais des paroles dessus sans aucun sens pour garder en tête la mélodie, et après, j’essayais de raconter une histoire. Sur la fin, il y a eu aussi un curiste qui était venu composer un morceau avec nous; ça faisait : « petite fille insouciante je t’aimais et toi tu t’amusais » .

Quand José a été interrogé sur le racisme, il a dit ne pas en avoir été victime, mais il a écrit en réaction à une remarque faite à sa mère par un employeur une chanson qui faisait : « Vous qui n’aimez pas les étrangers, ayez honte et aussi pitié, eux, qui ont quitté tout ce qu’ils aimaient, pour vivre et travailler. Mais que peut-on dans ce monde plein de haine et de trahison ? Mais que peut-on ? En prendre plein les oreilles et passer pour des couillons».  

 

 

José :  "Aux concerts de Clara, il y avait du monde, oui, mais il y avait quand même des critiques. C’était la période punk, il fallait que ça bouge, et Jean-Louis, il n’était pas dans le style. C’était un ressenti, les jeunes étaient plus attirés par notre musique, nous étions plus dans la vague du moment, le punk contestataire. Pour moi, Clara, c’était un peu mou pour mes goûts d’ado. Je n’étais pas emballé par la musique même si j’étais admiratif de la personnalité artistique de Jean-Louis, son charisme [On verra par la suite que Roger, lui, accrochait plus]. D’ailleurs, je n’ai pas de souvenirs de chansons de Clara. Moi, à l’époque, je préférais les chansons d’Alain Bonnefont, c’est marrant. On trouvait que ça collait plus mais c’était peut-être parce que c'était moins original ?  Mais oui, il chantait aussi de temps en temps, une ou deux chansons. Pas beaucoup".

Jean-Pierre confirme : "C'est pour beaucoup le jeu de guitare d'Alain qui m'avait donné envie de me mettre sérieusement à la guitare... son feeling de guitariste gaucher (sur, si mes souvenirs sont bons, une Gibson SG) me fascinait..." Rappelons qu'il a la particularité de jouer en gaucher avec une guitare pour droitier comme Hendrix.

José : "Il n’y avait pas de jalousie, Jean-Louis avait une confiance débordante dans sa musique. Si tu n’aimais pas, tu étais idiot. Il était conscient que nous avions notre propre style. Nous avons pu faire des concerts uniquement grâce à lui et à son matériel, il nous faisait le son, et il nous coachait un peu. C'était sa volonté à lui, et pas la volonté des autres membres du groupe. C’était lui qui gérait le truc. Alain, il se coulait douce."

Si on a fait de la musique, c’est parce que Jean-Louis voulait bien qu’on le fasse et que ça lui faisait plaisir qu’on le fasse. Même s’il faisait un peu bourru comme ça... "je vous aime bien mais je ne le montre pas trop… mais je vous aime quand même, c’est évident". Il nous accueillait et jamais il ne nous a dit "dégagez", on venait quand on voulait, il ne nous mettait pas à la porte, on allait répéter dans son studio. Jamais on n'a senti qu’on était de trop et que ça l'emmerdait que les petits jeunes soient collés à eux. Au contraire, je pense que ça lui faisait plaisir qu’on soit là. C’est même possible qu’il ait été plus proche de nous que de son propre groupe, à part peut-être Alain. Je ne sentais pas une grande proximité. Le groupe Clara n’existait que par lui".

Jean-Pierre:  "Une chose dont je me souviens, et qui caractérisait (selon moi), Jean-Louis à l'époque c'était sa BIENVEILLANCE et Gentillesse. Lors d'un concert Plexiglas à la MJC de La Bourboule, ma sangle de guitare s'était accidentellement détachée laissant entrevoir un grand moment de solitude scénique JL, présent sur place (faisions-nous leur 1ere partie, je ne sais plus) a de suite réagi et a été le premier à monter sur scène pour remettre ma sangle en place..."

 

Il faut peut-être relativiser un peu les impressions de José par le fait que Jean-Louis restera quand même proche d'Alain, et de JF Alos, mais sa volonté de réussite  était prégnante, et sa création artistique déjà très solitaire apparemment. 

 

Souvenirs de concerts :

On en a identifié au moins cinq mais José estime qu’ils ont peut-être joué une petite dizaine de fois.

- Au Casino de La Bourboule:

José : "On avait monté le groupe et on faisait les intros [les premières parties], ça permettait de faire un concert plus étoffé. On n’avait pas de matériel, mais Clara, ils avaient tout, la sono… Ils étaient capable de monter un concert, ils avaient tout le matos, la table de mixage, Jean-Louis il avait mis tous ses ronds là-dedans. Et donc, on a fait quelques concerts avec eux. Je pense qu’on aurait continué le groupe si Clara avait continué comme ça. On était un peu satellite.

Un des premiers concerts qu’on a faits, c’était au Casino de La Bourboule. Il devait y avoir plusieurs groupes, Clara, et peut-être un autre… peut-être les Sales gosses qui étaient des copains à eux [Christophe Adam réfute leur présence, indiquant qu'il n'y a joué qu'avec FAFAFA plus tard]. Et je me rappelle de Yann, le fils de Jean-Louis, qui était venu voir son père jouer. Sa mère nous l’avait laissé, à nous, les jeunes de Plexiglass, et on le surveillait le temps du concert. Je me rappelle, il gambadait devant. C’est impressionnant. »

La salle de concert actuelle du Casino

 

- A la Maison des Jeunes pour au moins deux concerts (peut-être plus, notamment dans l’été 80). L'un deux est organisé par José pour Clara.

Roger : "Avec Plexiglass, on a fait un ou deux concerts là-bas, peut-être le premier d’ailleurs. On n’avait que trois chansons, mais bon. Bernard avait cassé une corde, et pendant le changement, on s'était retrouvé à devoir meubler".

 

José : "J’avais même organisé un concert à la maison des jeunes de La Bourboule (j’ai vu des photos [signées Marco]). C’est moi qui ai fait en sorte qu’ils puissent jouer pour avoir un peu de ronds, parce qu’ils crevaient la dalle, même si ça bossait un peu de gauche et de droite. Quand ils faisaient des concerts, ils étaient content quand ils avaient 500 Francs [avec des francs de 1980, ça représente 249 euros d’aujourd’hui, d'après l'Insee]. C’était dur. Et vu que j'allais tout le temps à la Maison des Jeunes et que j’avais de très bons contacts avec le directeur (il était frileux et peu enclin à faire confiance aux types de Clara),  j’avais demandé qu’on puisse organiser un concert payant. On avait mis le tarif à 10 francs et les bénéfices étaient pour eux.

Sur la photo, on reconnaît les lambris qu’on avait posés avec d’autres bénévoles.

J’étais tout le temps à la Maison des Jeunes. On y a fait des concerts aussi avec Plexiglass. On y faisait nos tee-shirts avec le nom Plexiglass imprimé. On a fait des photos du groupe développées au labo de la MJC (mais je n'en ai gardé aucune). C’était quand même une période assez intense".

Le tee-shirt de Roger conservé précieusement 40 ans

José se revoit à la MJC : "Je suis habillé d’un pantalon de ski KWay jaune. Musique à fond. On vient m’annoncer à l’oreille que la voisine a appelé les flics. Je crie dans le micro : "les flics, on s’en fout !" Je lève la tête : la maréchaussée est devant moi ! Il sont restés avec nous un peu, en disant les gars, il faut baisser le son pour la voisine. Je crois qu’ils avaient apprécié la musique. Dans cette ville, tout le monde se connaissait, même les flics. Ils avaient certainement entendu parler par leurs fils de la vague musicale en cours !" Ce concert a eu lieu dans la salle du haut. La voisine qui tenait un magasin se plaignait du bruit, et il a été décidé alors de changer : ping-pong en haut, et concerts en bas. Un autre concert a eu lieu en bas. Il n'y avait pas de scène. 

Roger avait une bonne dégaine sur scène. Même si le son de la basse était ce qu’il était, les gens ne s’en rendaient pas vraiment compte, on avait une belle allure. On collait à l’image que les jeunes attendaient à ce moment-là, même plus que Clara. On n’était pas bons musicalement, ça c’est clair, mais au niveau scène, les jeunes, ils nous préféraient, parce que ça faisait du bruit, on se défonçait sur scène, ça bougeait, il y avait une dégaine, Bernard aimait bien Kiss et il voulait un peu faire ça., Christophe ressemblait déjà à un punk, avec son collant violet qu’il avait.

Roger s'amuse quand même du fait  qu'on puisse dire que les jeunes préféraient Plexiglass. Pour lui, c'est très exagéré, et les gens venaient pour Clara! 

 

- A Jassy : février 80 (selon José, mais Roger et un participant ont un doute sur la période : novembre?)

 

José : "Je me rappelle d’un festival à Jassy [hameau de Saint-Alyre-ès-Montagne], dans le Cézallier. Il faut se lever de bonne heure pour organiser un festival là-bas en plein hiver [oui, héroïque : encore aujourd’hui, France Bleu parle des quelques maisons « quasiment isolées par la neige et les congères »]… C’est plus accessible en passant par Issoire, mais nous, ça faisait quand même une expédition. Jean-Pierre ne jouait plus avec nous, mais il nous avait accompagnés. Roger avait trouvé un copain qui avait la voiture, on n’avait pas encore l’âge de conduire. C’était un break pour pouvoir mettre le matos. Et Jean-Louis était à la table de mixage, donc je pense que c’était lui (et Marie bien sûr) qui était organisateur. Nous on avait notre show là-bas, on était contents. Bon, musicalement, on n’était pas l’élite, mais ça plaisait bien aux gens car ça déménageait. On ne s’attardait pas trop sur la qualité de la musique, c’était plutôt le show et le public a bien aimé : c’était une vieille grange et c’était plein [Christophe Rivet, le frère de Joël, personnage du Cézallier, se rappelle avoir été présent mais pas plus]. J’étais un peu surpris qu’il y ait autant de monde en hiver. Je me rappelle qu’on avait demandé à un paysan car on n’arrivait pas à trouver !"

Roger se rappelle qu'ils ont joué sur les instruments de Clara.

José: "Quand on est repartis, il y avait un brouillard pas possible. On est passé par la Croix-Morand ou le Saint-Robert, on voyait que dalle. Le chauffeur était obligé d’ouvrir la portière pour essayer de repérer la ligne blanche au milieu de la route, pour revenir à La Bourboule.

Quelques jours plus tard, on a fait le point chez Jean-Louis de ce truc-là. Je ne sais pas si Roger s’en souvient, mais moi, oui. Ça a été un moment important. Nous, on était contents et Jean-Louis, toujours avec sa diplomatie, il balance une vanne à Roger : "heureusement que je t’ai coupé parce que tu étais complètement faux !" Roger, il ne s’était pas rendu compte qu’il avait été débranché ! Jean-Louis lui a balancé ça comme ça. Le lendemain ou surlendemain, Roger repart avec son matériel, et il dit : "je quitte le groupe". Et vu que c’était le seul bailleur, le seul qui bossait, tout lui appartenait…                              

Il est possible que ce soit Marco qui ait fait une remarque à Roger. Il s'occupait du son généralement à cette époque, et José se rappelle qu'il y a eu peut-être une remarque tout de suite après le concert. Roger reconnaît bien volontiers ces lacunes : « je faisais du bruit ». On peut aussi rappeler que François Saillard a été sévèrement taclé par Murat alors qu'il a fait le job dans de nombreux groupes par la suite.

José: "Outre le fait qu’il était débutant, il est vrai aussi qu’il n’avait pas trop le temps de venir répéter. Il bossait la nuit, il était pâtissier. (Pendant des vacances, nous allions dans une boîte au Mont Dore « La grange aux belles », danser sur Police qui était encore peu connu, et après, je me rappelle qu’on frappait derrière sa boutique, il nous ouvrait et on terminait la nuit en mangeant des croissants chauds). Et on n’avait pas forcement répété suffisamment avec lui. Et alors que nous, on était très contents du concert, que Jean-Louis balance ça, c’était rude. Mais c’était Jean-Louis tout craché, de lui balancer ça dans la gueule".

Roger : "Ca m’a saoulé un peu. Je trouvais que les autres ne faisaient pas les efforts. C’est pour ça que je suis parti. J’étais un peu con, je leur ai laissé l’ampli. Et puis, je bossais la nuit… et c’était compliqué, même si je me démerdais. Cette histoire, ça a été de courte durée pour moi. J’avais besoin de thunes, je bossais en saisonnier après mon apprentissage, mes parents ne me finançaient pas, j’étais autonome. Je suis parti de La Bourboule une petite dizaine d’années, c’était aussi un besoin. Je suis revenu dans les années 80. Je revoyais Christophe, puis Jean-Louis … » [Cela fera l’objet d’un prochain article].

 

José : «Je ne crois pas avoir revu Roger et voilà, on s’est retrouvés un peu sans matos. Ça a commencé à être le début de la fin…mais pas si vite. On a tenu la barre avec Christophe et Bernard. Alain nous aidait peut-être ».

 

- Au Campus des Cezeaux  (sans Roger):

José: « On a fait aussi un concert à la fac des Cezeaux. Vraiment marquant. Je me rappelle du repas à la cafet. On jouait les rockstars… et on a fait une bataille de petits pois ! On y était allé avec Jean-Louis. Il y avait un groupe qui s’appelait VGE [comme : les Vingts Guerriers de l’Enfer, classé parmi les « jeunes gens modernes » dans le répertoire des groupes Clermontois], et Jean-Louis était à la table de mixage. Je pense que Clara avait joué. Des photos existaient, Christophe me les avaient envoyées mais je les ai perdues en changeant mon matériel. J’étais monté dans l’amphi avec le micro au milieu du public. Je me revois aussi debout dans l’évier ou sur une table de laboratoire qui devait être sur scène. Il y avait un évier, je me souviens d’un évier, certainement une paillasse de labo, je me souviens d’être dedans debout, c’est sûr. Je vois Christophe habillé d’un pantalon fuseau collant fluo, lui qui n’était pas très grand et un peu potelé. Imagine la dégaine !». Jacques Moiroux, bientôt 50 ans d'activisme musical, confirme : « cet amphi de sciences où l'on jouait entre becs bunsen et lavabos à dissection de grenouilles ». Un groupe de rock squattait même un amphi la nuit pour répéter au début des années 80.

Jean-Pierre confirme ce qu'on découvre de  José dans ces souvenirs, c'était un vrai "frontman". Jean-Pierre : "Il y était pour beaucoup dans nos prestations scéniques, avec sa gestuelle unique, et sa façon de sauter dans tous les sens. Par pour rien qu'on le surnommait Karaté à 14 ans! Les plus jeunes comme mon frère Didier était fasciné!".  

Patrice Papelard du groupe Tachycardie qui marchait bien à l’époque (il fera venir Jean-Louis Murat à Villeurbanne quelques années plus tard en 2015) raconte dans une interview du fanzine Spliff : « Les relations entre les groupes, c’est affreux. J’en sais quelque chose, car j’avais présenté le festival des Cezeaux en 80 : quand tu vois que des membres d’un groupe n’arrêtent pas de jeter des canettes sur un autre groupe ! Je ne veux pas citer de nom, mais tu connais bien, ça m’a révolté ». José assure qu’il a jeté des petits pois à la cafét mais pas de canettes sur scène! D'ailleurs,  on ne sait pas si P. Papelard parle bien du même événement  et lui-même n’en a gardé aucun souvenir… et on n’a pas trouvé de clermontois qui se rappelle de Plexiglass non plus. Ce n’est pas grave car c’est incontestable pour le groupe que : « ça avait été marquant, et c’est peut-être là que Jean-Louis a décidé de nous enregistrer. Nous avions les quatre morceaux les plus aboutis, un style commençait à naître » (José).

 


 José: "Il avait vraiment un super studio avec cabine aux Ecuries [S’ils galéraient, c’est sans doute aussi qu’ils investissaient beaucoup, camionnette Ford pour le transport, sono...]. Il nous avait fait ça bien. Les copains avaient fait la musique et j’avais enregistré la voix sur la bande. C’était impressionnant. Et donc, on avait un enregistrement qui était de qualité. On avait enregistré quatre ou cinq morceaux dans un style qui évoluait, avec la technique de Bernard et Christophe qui se perfectionnait. C'était pas mal. Et ils avaient prévu qu’on fasse une première partie d’un groupe… sur Clermont, une tête d’affiche nationale Peut-être Bernard Lavilliers [sans doute donc avec le soutien de P.Y. Denizot]… et malheureusement Jean-Louis est parti et tout s’est arrêté net.».

 

Ces bandes, Christophe Pie avait demandé à Jean-Louis de les conserver. Elles sont pour l’instant un dommage collatéral des problèmes de succession (collateral car on peut penser qu’elles ne concernent Murat qu’en tant qu’ingénieur du son et parce qu'elles étaient en dépôt là à la demande de Christophe). On espère qu’elles sont remises aux trois membres survivants et que chacun pourra se prononcer sur cette question : est-ce qu’il y avait là le vrai début de quelque chose ?

Pour le groupe, on ne sait pas mais Christophe signa un hymne punk, qui marqua Clermont-Ferrand un peu moins de deux ans plus tard : Centre Jaude avec son groupe Chaos, avec le bassiste qu’on entend bien, Doum. C'est enregistré par Jean-François Alos.


 

 

José : « C’est bien le départ de Jean-Louis qui a mis vraiment un terme à l’histoire pour moi, tant qu’il était là le trio, Christophe, Bernard, moi, on tenait la barre. C’est aussi pendant à cette période que nous trois on squattait les Ecuries, plus que jamais, c’est pour ça que je pense que le groupe a duré plus que 8 mois. Et Christophe nous reliait vraiment à Jean-Louis, ça passait beaucoup par lui l’organisation des concerts, tout ça.

En septembre 80, j’étais encore avec la bande mais je me suis détaché progressivement ensuite. Je venais d’avoir mon permis et pas encore de voiture, je me rappelle que nous avons emprunté la 2 CV  de la femme de Bernard [Annie, maître-nageuse à La Bourboule] pour aller faire une virée pour se promener à Bort-les-Orgues. J’étais jeune conducteur. Bien sûr sa copine ignorait qu’il était dans le coup. Je revois Bernard et Christophe assis sur le toit de la décapotable,  avec Jean Pierre sur le frein à main pour éviter de reculer à chaque passage de vitesse dans la côte. Et... les gendarmes qui nous attendaient là-haut! Et qui obligent les lascars à rentrer illico dans l’habitacle.    Tu sais que l’amour du Lac de Servières date de Plexiglass. Christophe et Bernard adoraient aller se baigner. Quand j’ai eu mon permis, je les amenais ».

Pour Roger, le groupe avait trouvé un bassiste de remplacement au Mont-Dore dans un petit groupe né de l'émulation de l'époque. Ce bassiste est décédé il y a deux ou trois ans. C'était après le départ de José pense-t-il mais Roger avoue qu'il avait fait une croix sur tout ça au moment de son départ.

 

L’été 80 a été un moment de bascule pour Bernard, il quitte son boulot et sa copine qui a un jeune enfant. 

José : "Ils étaient inséparables avec Christophe et Alain qui venait aussi parfois traîner avec nous. Après, j’avoue que j’étais hors course. C’était des ados qui se cherchaient. Bernard avait pris une mauvaise trajectoire. Roger, il était un peu à part, car il avait son boulot. Et Jean-Pierre était au lycée… Christophe, il était à fond dans la musique. Mais Bernard, il déconnait. Il y a une période où il s’était teint les cheveux en jaune ou décoloré. Et le premier truc a été qu’il a déserté quand il a été appelé. Il était recherché partout. Je me rappelle que les gendarmes étaient venus me voir, mais moi je ne savais pas où il était. Christophe savait peut-être lui… Jean-Louis peut-être, peut-être même qu’il était aux Ecuries, j’en sais rien. C’est Bernard qui m’avait dit que Jean-Louis avait signé pour son 45 tours. Il m’avait dit aussi que l’expérience avec Sheller n’était pas terrible".  

Mais la réalité le rattrape, arrestation le 01/07/1981 pour outrages, rebellions, coups et blessures volontaires à agent de la force publique… Choc frontal : c’est le moment précis où sort le 45 T « suicidez-vous... ». Une carrière qui se lance et une vie qui se fissure.

 

José : "Je suis persuadé que cette expérience punk qu’il avait prise au sérieux lui a fait perdre pied. Il est parti en live, soutenu par Christophe dans sa folle aventure de vivre en marge et de faire de la musique. Il a souffert le martyre d’après lui à l’armée. Il a fini par être réformé pour raisons psychiatriques. Du gâchis, car c’était un garçon sensible, beaucoup plus que Christophe [Roger ajoute, pour faire tomber le masque du punk, qu'il  : "Il tombait amoureux sans arrêt"]. Je l’ai retrouvé quelques temps après sur les chantiers. Il avait eu un enfant avec la maître-nageuse de la piscine, mais il a fait quand même une période de prison. Mais je l’avais revu encore au début des années 90, ou 1988 et il avait réussi à reprendre pied, il était avec sa famille. Après, il a eu d’autres problèmes de santé et il a divorcé mais c’était un gars qui était très bien, vachement sympa. A un moment peut-être qu’il aurait fallu qu’il soit pris en main, et il est parti en live. Ils s’étaient monté un peu le chou, lui et Christophe, autour de la musique, ils voulaient réussir dans la musique, et ils ont tout lâché. Christophe a réussi quand même à s’accrocher, en continuant sa période punk [avec Chaos, et une période SDF, avant que Jean-Louis ne le reprenne sous son aile] mais Bernard... ».  Il est décédé en 2011 à 50 ans à Saint-Julien Puy-Lavèze. Trois ans plus tôt, il avait dû fermer son entreprise à Saint-Sauves (« C’était un très bon plâtrier » selon José). Une pensée pour Annie, son ex-femme, également décédée en 2013, et son fils Cédric qu'il est compliqué de retrouver (le nom Hebrard est commun).

 

Sur la fin, quand Jean-Louis lâche les Ecuries, Christophe Pie propose à José de reprendre la location ensemble. Mais José semble ne l’avoir jamais imaginé : « J’avais dit à Christophe, qui voulait qu’on se lance dans la musique, que je ne voulais pas de la vie que menait Jean-Louis, de la dèche, ne pouvoir manger que des pâtes. J’avais beau avoir 17-18 ans, je voyais bien que c’était difficile pour eux. Peut-être que Christophe le lui avait répété ensuite, car quand je l’ai revu lors d’une des premières fêtes de la musique à Clermont, par hasard, le contact a été assez rapide, détaché. J’ai eu l’impression qu’il voulait un peu se séparer de La Bourboule. J’ai aussi pensé qu’il avait pris la grosse tête".

"La scène j’aimais bien. On avait la pêche, mais je pense que la raison a pris le dessus pour moi".

Il faut dire que José a d'autres engagements qui lui apportent satisfaction : "L'été 80, nous avons réaménagé la salle du bas de la MJC, avec des fauteuils d'automobiles récupérés à la casse, des tables et des bancs avec le bois venu de la scierie du Père Croizat. Le 14 juillet, on a organisé une soirée déguisée, on est descendu au moment du feu d'artifice dans nos tenues faire de la pub. On a explosé le record d'entrées. Ceci a fait réagir Nicole de la discothèque La Niche, la première discothèque de La Bourboule, qui parlait de concurrence déloyale! Je me rappelle d'Alain qui était avec nous."

Et deux ans plus tard: 

" J’ai continué à mes heures perdues en devenant disc-jockey. Les jeunes du coin avaient répandu la rumeur que le patron de la discothèque avait fait venir un disc-jockey de Paris… J’ai fait connaître U2 en primeur aux jeunes des montagnes. J’ai fait deux saisons à la Niche. Certains jeunes venaient car ils savait qu’en fin de soirée, je passais un peu du rock : les Rolling-Stones, Billy idol, U2... La patronne avait accepté que je déroge un peu à la programmation disco de l’époque. J’ai dû passer un ou deux morceaux de Clara d’ailleurs. J’avais une cassette. Quand j’étais à la MJC, on organisait aussi des boums, et j’essayais de passer un morceau au milieu des autres. On était toujours prêts à faire de la promo. Il y avait quand même un morceau que j’aimais particulièrement mais je ne me souviens plus du titre. En 2019, le destin a fait que j’ai rencontré Jean-Louis mais aussi aussi la patronne de la discothèque, et tous les deux sont décédés depuis… C’était comme un adieu".

 

José a un constat un peu dur sur ceux qui n’ont pas pu se détacher de Jean-Louis Murat, qui sont restés peut-être des éternels adolescents « dans son ombre ». Ainsi, sur Christophe : « dans le fait de demander à Jean-Louis de garder la bande de Plexiglass, il y avait un brin de nostalgie. Car son rêve avait commencé là-bas. Alors que pour nous c’était un souvenir d’adolescence. C’est émouvant de l’écouter [émission Petit lait musical qui lui a été transmise]. Il avait choisi de vivre une vie hors norme et il l’a vécue ».

 

José : « La fin de Clara  a fait quand même une cassure. On allait aux concerts, on vivait un peu par procuration par le groupe. Après, ça faisait bizarre de passer par les Ecuries, que ce soit vide. Moi, ça me faisait drôle. Oui, oui, c’est évident : cette effervescence musicale bourboulienne n’a pu avoir lieu que grâce au retour de Jean-Louis au pays. Il en était l’incarnation. Son départ de La Bourboule a fait voler en éclats cette dynamique. Nous sommes revenus à une vie plus normalisée, excepté pour Christophe, Bernard et Alain, qui erraient aux Ecuries comme des canards sans tête. Ils étaient dans le déni de la réalité. Leur tentative pour que Plexiglass occupe Les Ecuries à la place de Clara en était l’illustration. En désaccord avec cette idée, ce qui restait de Plexiglass s’est dissous. Pour moi, ça a été aussi une perte de contact totale avec Jean-Louis. Le trio, lui, ne s’était pas résigné. J’avais appris par eux que Jean-Louis avait signé pour un 45 tours, qu’il était revenu sous les monts et restait invisible à La Bourboule. Son titre avait été censuré". 

 

 

EPILOGUE 1 : José : « J’étais encore électricien dans les années 80, et on installait des antennes spéciales pour avoir les chaînes 5 et 6 sur La Bourboule. J’étais à Saint-Sauves, seul chez un client, je lui réglais les canaux. Je ne faisais pas gaffe à l’image, mais là, j’entends une voix que je connaissais. Merde… J’ai reconnu son timbre, ça m’a fait un choc. Dans les premiers réglages de télé que je fais, je tombe sur un clip de Jean-Louis ! Je ne peux pas te dire le morceau, mais sa voix était familière, je ressentais les émotions passées en sa compagnie.

Ce que j’aimais chez Jean-Louis, c’est son timbre particulier, mélancolique, même si à des moments, on ne comprends pas ce qu’il dit. Et c’est je pense ce qui a tout de suite fait tilt à JB Hebey, son phrasé, du Jean-Louis tout craché. C’est ce que j’aimais bien et c’est ce que j’ai tout de suite reconnu quand je l’ai entendu à la télé… et pourtant ça faisait presque dix ans que je ne l’avais pas entendu. »

Cette proximité, ils l’ont toujours gardée : Roger n’aime pas les interviews figurant dans le livre Les jours du jaguar: il n’y retrouve pas dans la retranscription le Jean-Louis Bergheaud qu’il connaît!

 

EPILOGUE 2 :

José:  "J’étais allé voir Jean-Louis au moment de Mustango au Splendid à Lille. J’avais emmené ma fille qui était adolescente. En première partie, il y avait un groupe, des Clermontois qui sortaient leur premier disque. C’était Rogojine. J’étais au fond, il y avait des lumières, j’ai juste remarqué que le batteur me semblait plus vieux… Bon, je me suis dit c’est bizarre... mais à la fin à la soirée, quand ils ont quitté la scène, j’ai reconnu Christophe… à sa démarche ! Je ne l’ai pas reconnu physiquement car quand je l’ai connu, il avait 15 ou 16 ans, et là , il avait une quarantaine d’années, mais à son allure, je me suis dit : c’est Christophe !

A la fin, Rogogine vendait son CD. Christophe n’était pas là, mais je parle aux deux musiciens [dont Jérôme Caillon, Ranchero] qui signaient : "Je peux vous poser une question : votre batteur, il ne s’appelle pas Christophe ?" Ils me disent : "si. - Christophe Pie ? - Ben oui ! - Ecoutez j’ai fait de la musique avec lui, quand on était ados. - Ah, mais vous étiez dans le groupe Plexiglass ?" Je pense : "Ah ben merde alors !…" - "Mais il n’arrête pas de nous en parler, de son groupe Plexiglass !! - Ah, alors vous lui direz bien le bonjour..." Et ils m’ont retenu : "Non, non, restez, on va chercher Christophe." Il est sorti des loges, et on s’est embrassé. Puis on a un peu repris contact, mais il n’y avait pas encore les réseaux sociaux, on n’avait que les mails. Il m’avait envoyé les photos que la femme de Bernard Hebrard avait pris. Elles n’étaient pas très nettes mais on me voyait chanter, je montais dans l’amphi avec mon micro pour aller voir les spectateurs. Je ne l’ai plus jamais revu. Voilà mais c’est bien, il est resté fidèle à cette route-là.  cf le premier article du blog  réalisé à sa mort 

 

EPILOGUE 3 :

José : "J’ai revu Jean-Louis un peu avant le covid, en été 2019, ça faisait des années que je n’étais pas revenu à La Bourboule. Il buvait une bière au café du Cyrano, avec une jeune femme [Véro Jeetoo]. Ça a été instantané, je suis allé vers Jean-Louis, et je lui ai dit : "Jean-Louis, comment tu vas ?" Bon, il m’avait connu, j’avais 17 ans, et là, j’en avais un peu plus. Mais lorsque j’ai commencé à parler de Plexiglass, là il s’est tout de suite souvenu. Et il m’a dit qu’il avait encore en sa possession des bandes de Plexiglass, avec quelques extraits enregistrés aux Ecuries. Il m’a dit : "ben, écoute, quand je viens dans le nord en concert, tu viens au concert, tu insistes pour venir dans les loges et on se voit…", mais l’occasion ne s’est pas présentée. Bon, au début des années 2000 j’avais déjà essayé de le voir, et ça n’avait pas été possible, je le lui ai raconté et il m’a dit : "si, si, tu insistes, je veux absolument te voir quand je viens dans le nord." Voilà, ça a été la dernière fois. J’ai senti qu’il n’avait pas oublié ce passage là.

Il a rigolé de me voir promener un bichon! Il a dit à mon fils « il fallait voir ton père comment il déménageait ! ». 

Ça m’a amusé : il m’a aussi dit qu’Alain venait d’acheter un ampli [comme si leur préoccupation n’avait pas changé depuis 40 ans]. Et pour clôturer ce voyage, comme par hasard, je rencontre Alain vers le marché Saint-Pierre à Clermont-Ferrand, tel un éternel ado". 

 

EPILOGUE 4 : Jean-Pierre : "Pour info, je bosse en freelance pour une galerie d'art à St-Etienne, galerie qui expose Charlélie Couture. J'ai eu l'occasion d'échanger avec lui (brièvement car il est très sollicité) lors du vernissage le week-end dernier; je n'ai pas manqué d'évoquer avec lui la mémoire de Murat, sa carrière, etc... J'ai senti beaucoup d'affection et d'estime artistique pour lui (ce que je savais déjà), la tournée de 1984 restant notamment pour lui un très bon souvenir. (Seul point d'achoppement, il avait adoré "Suicidez vous le peuple..." et moi détesté à l'époque) En tout cas Charlélie est un amour de gentillesse et de disponibilité (en plus d'être un grand artiste)"

 

 

La musique au cœur :

Jean-Pierre Gougnot a continué à suivre avec attention le parcours de Jean-Louis à travers sa discographie (sa préférence va pour les années 2000, notamment Lilith). Il continue de jouer sur scène en amateur, en duo, trio, pour se faire plaisir, et en reprenant du Murat. On peut l'écouter sur "la nuit je mens" ici.  C'est grâce à nos échanges commencées en 2021 que l'idée de ce dossier est venu. Merci !

 

José Pereira : "Je suis parti dans le nord parce que j’ai rencontré ma femme, c’était difficile pour elle d’avoir du travail ici, mais à l’époque, j’étais associé avec mon patron. Ça allait. J’ai vécu quelques moments à Royat, je faisais la route, et à un moment donné, j’en ai eu marre. Tant qu’on était ados, qu’on avait tous ces échanges, c’était super... mais après, ça devenait un peu pénible quand même de vivre là bas… l’éloignement...

Je suis toujours à la recherche du collectif : je me suis beaucoup investi dans mon syndicat, avec la Chambre de métiers, pour les métiers de l’artisanat et pour les jeunes… Je continue toujours! »

Et il s’amuse toujours à écrire des textes qu’il met en musique avec l’IA sur tiktok… et il nous permet d’ajouter le nom de sa fille Ellie Meriz aux nombreux fils et filles de ces musiciens auvergnats des années 70 et 80 qui ont repris le flambeau - très sérieusement-, au piano, à la guitare et avec une voix charmante.

On l'entend sur un texte de son père, pour parler de la Révolution des Œillets, avec son berger de grand-père (lui aussi!), c'est très émouvant, mais on pourra écouter Ellie Meriz dans son répertoire habituel avec plaisir dans une session live là.

C’était une bonne idée de finir cette partie avec la belle voix de José et sur un peu de SAUDADE… car même les punks se font rattraper par la nostalgie et la mémoire… mémoire qu’on n’a pas encore fini d’explorer… 

Mais il faut quand même finir sur le héro disparu :

Christophe Pie arriva à vivre de la musique, après une période difficile. Il est présent sur plusieurs disques de Murat et devint une personnalité de la musique à Clermont, arrivant à s’intégrer à la génération Kütü Folk qui fit de Clermont la capitale de la pop durant quelques années, notamment avec The Delano Orchestra. Toutefois, son soundcloud révèle qu’il aurait pu sans doute avoir une autre carrière : Il est l’auteur de Sky lumina, un album magnifique, qu’il serait nécessaire de rééditer, avec un texte de Jean-Louis (les morceaux uploadés sur myspace ont été perdus, son soundcloud pourrait un jour connaître le même sort), et il a composé d’autres très belles chansons (notamment pour Marie Audigier qu’on a aperçue seulement subrepticement dans l’histoire, femme de l'ombre, rouage et oreille essentielles). Sky Lumina, c’est peut-être un des disques qui me touchent le plus mais dont de ce fait je me tiens éloigné… C’est encore plus émouvant de l’écouter après avoir travaillé sur ces années de basculement. Lui aussi portait dans sa musique une mélancolie certaine. Il s’était énervé quelques mois ou années contre moi pour une raison que j’ignore ou simplement parce qu’il n’aimait pas « les fans » qui le renvoyaient à Murat, alors qu’il avait inauguré les inter-ViOUS ET MURAT- (en ne disant rien, certes). J’aurais voulu qu’il sache que j’aimais vraiment beaucoup sa musique, même sans Murat, tout comme Alain Bonnefont, dont le set au Week-end Murat reste un moment inoubliable. On se quitte donc avec des belles chansons de Christophe PIE  avec une dernière pensée à Bernard Hebrard... 

[A SUIVRE :    COUP DE CLARTE SUR CLARA..]

Christophe, musicien un mode de vie,  dans Une histoire du rock
 

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 24 Décembre 2025

Récolter des témoignages sur des événements datant de 45 ans est un exercice qui pousse à l’humilité, au contraire de l’écriture et du jeu (puzzle et memory ici avec des pièces et des cartes manquantes). Chacun peut avoir une version différente d’un événement, voire raconter des souvenirs contradictoires.  Voici donc un recueil  de bribes surgissant des limbes de la mémoire de quelques Dom Juan Bourbouliens.  L’avantage du blogging est que cet article pourra être complété, corrigé, et possiblement réfuté, par d’éventuels autres témoignages ou sources. Et j’espère que certaines archives existent quelque part afin qu’on ait un jour des éléments fiables – ça sera le seul JE de ce texte, quel effort !-.  

Nos principaux intervenants sont des seconds rôles de la grande histoire, on peut les effacer, les têtes d’affiche peuvent les avoir ignorés, mais Jean-Louis Bergheaud avant Murat a traversé leur vie, parfois comme un éclair, pourtant en laissant une empreinte évidente, profonde et émouvante. Et puisqu'ils vivaient déjà les événements comme extraordinaires, des souvenirs se sont ancrés (A l'heure de finaliser ces recherches de témoignages, il parait assez juste de penser que des personnes plus proches de Jean-Louis  étaient à la fois brinquebalées dans une vie agitée et à la fois dans un quotidien, une routine dont il est plus difficile de se rappeler). Comme le disait Matthieu Guillaumond à qui je dédie cet article (ainsi qu’à Bernard Hebrard et à sa famille), Au cours d'une vie, il me semble qu'on ne compte, dans le meilleur des cas, qu'une toute petite poignée d'amis, une autre petite poignée d'histoires d'amour fortes et, si tu ajoutes à cela quelques membres de la famille qui vont véritablement compter (en gros, ceux qu'on aurait envie de fréquenter même s'ils n'en faisaient pas partie), tu te retrouves avec un nombre de gens avec qui tu auras entretenu des relations profondes et intimes très réduit. Alors, à côté de ces relations-là, autant essayer de faire en sorte que les autres soient aussi enrichissantes que possible, sans chercher à tous prix à y plaquer de grandes étiquettes du type "Amour" ou "Amitié".  

 

Quelques balises biographiques sur la décennie 1970  :

- Expo Picasso "dans le sud" (possiblement celle qui s'est tenu à Avignon de mai à septembre 70)- chez Laure Adler. Il dit avoir été puni un trimestre, mais cela ne l'empêche pas d' autres escapades:

- 1/2/3 Août 1970: Festival d'Aix en Provence avec Family, Deep Purple, Magma, et Cohen (Jean-Louis se rappelle de son entrée sur scéne sur un  cheval blanc et des militants politiques insultant Cohen, même si dans l'interview de 2009 figurant dans Les jours du jaguar, tout cela est évoqué en parlant de Wight).

- 26 au 31/08/1970 : Au Festival de l'île de Wight

- 12/09/70: Concert hommage à Al Wilson à Hide Park (dans Top bab)

-24/10/71 : Naissance de Yann Bergheaud

- Fac de lettres avec un appartement clermontois avec femme et enfant, son pote Marco (Marc Lespinasse) en profite pour passer les nuits du dimanche là-bas au lieu d’aller à l’internat. Jean-Louis aurait emballé du poisson la nuit.

- Réformé du service militaire, pour tendances suicidaires, avoir un enfant ne dispensait pas forcement de l'exercice même si ça a pu être pris en compte (on croisera une autre personne dans la même situation. 

- 04/07/1972: Grateful Dead à Wembley 

- 1973 : Virée pour voir les Rolling Stones à l’étranger (pendant les ennuis policiers de Keith en France), avec sa femme, Marco (rencontré justement à la Bourboule grâce à la musique des Rolling Stones qui s’échappait de sa fenêtre, Jean-Louis l'a interpelé de la rue) et  Jean-François Morange (autre poète et chanteur originaire de la Bourboule, c’est la première fois qu’on établit clairement un lien  entre eux. Matthieu l'avait supposé notamment avec  la vidéo  où il apparaît avec Lucien Nicolas de la revue Chanson - Jean-Louis fut membre du comité de rédaction).

- Montée à Paris : passage chez son oncle Edmond, ponte de France Soir, puis du Figaro. Sa jeune cousine a gardé en mémoire l’arrivée de la petite troupe dans l’appartement (elle se rappelle de "l'adorable bambin blond au grand sourire âgé de 2 ou 3 ans")

- Essai de journalisme (Chanson de janvier à juillet 1976, piges non attestées à La Montagne mais affirmé par Drucker, et d’autres fanzines amateurs : cinéma, tentative de se faire publier dans les courriers des lecteurs, lien avec Dominique Faran de RTL). On en  parlait .

- 6 mois au Maroc – Agadir

- Saisons : St-Tropez, plusieurs hivers à Avoriaz -skiman chez Vuarnet Sports- (jusqu’en 1976 avec Marco, où il fait des folies sur deux planches avec l’élite locale – les moniteurs de ski chevronnés dont le futur directeur de l’ESF de Miribel. -S.Bataille liste quelques autres métiers dans Coups de tête. 

« Alentours de 1975 : Hervé Bréal rencontre Bergheaud, lors d'un séjour à La Bourboule. Il deviennent "très potes", principalement pour "une question de feeling". Lorsque l'Auvergnat monte à Paris, les deux jeunes gens se fréquentent souvent, notamment pendant l'édition 76 du Tour de France, que ces deux passionnés de cyclisme suivent avec assiduité » (Matthieu nous avait rapporté ses échanges avec l’auteur, manager de Ange que Jean-Louis lui avait fait découvrir, et qui termina rédacteur de « Questions pour un champion ». On retrouve la trace d'un autre auvergnat dans l'entourage d'ANGE : Jean-Pierre Martin, qui faisait du bal avec l'orchestre Concorde 73 dans les années 70, c'est par lui qu' Eric Toury fut lui aussi un collaborateur de ce groupe).

- Passage à Thonon chez des amis (Gérard Guillaume, ami d'enfance de la Bourboule, né le 1er mai 52, rencontre avec Jacky Stadler, futur organisateur du festival des Rockailles). 

- 23 Mars 76 : Au premier concert français de Neil Young. On the beach  (sorti en 74) est "peut-être le titre qui  m'a donné envie d'écrire des chansons"

- Avril 76 : sortie à Paris du film de John Cassavetes, Une femme sous influence. Lequel, à en croire Murat, aurait provoqué "un déclic" (un premier) en lui et déterminé sa décision de ne plus travailler et de ne jamais avoir de patron. "J’avais 23 ans, j’étais monté à Paris, je faisais du porte-à-porte pour vendre des encyclopédies littéraires et, la nuit, je fouillais les poubelles du seizième arrondissement avec un pote pour gagner un peu d’argent aux puces à Montreuil. Je suis allé voir Une femme sous influence de Cassavetes, et ça a provoqué un déclic en moi. Du jour au lendemain, j’ai donné ma « dém », je suis parti en province et j’ai acheté une guitare. Depuis, je n’ai plus jamais travaillé".

- 24 mai 1976 : Au  concert de Nils Lofgren à l’Elysee Montmartre. Première rencontre avec Marie et Alain

- 11 octobre 76 :  Marvin GAYE  au « Palais des Sports » de Paris 

- - Mai 77 : Au  concert de Bob Marley à Paris

-  14 juin 1977 :  Genesis le 14 juin 1977  à la porte de Pantin. Il emmène sa nièce Anne-Françoise.

-28/11/77: Aretha Franklin au Palais des Sports: "je me rappelle d'Aretha seule au piano" (filmé par JC Averty)

- Renaldo et Clara, film de Bob Dylan sort en janvier 78

 

Tout ceci indique une vie bien remplie…  d'errance...  mais pas forcément d'autant de déshérence que ce que Jean-Louis a pu décrire. Une vie dont la conclusion aurait  été une tentative de suicide :  "Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste" (à Richard Robert en 1996).

Il a 25 ans (1977). Plus le temps de tergiverser. Ecouter de la musique, en parler, ça ne suffit pas.  Première guitare… premier investissement d’une longue série, et retour à La Bourboule.

"Quand Jean-Louis parlait de "monter un groupe de rock à La Bourboule", on n'imagine pas le côté surréaliste que pouvait avoir cette formule..." (Anne-Françoise, sa nièce)

Il crée donc le groupe Clara. Rapidement ? Il a parlé de « petite annonce », mais ce n’est pas démontré. A Philippe Manoeuvre, il indique que ça a pris du temps (possiblement sans doute le temps de bien déterminer qui serait le "chef",  ce n'était pas aussi clair au début pour lui comme il l'a parfois dit). La nuit de la première répétition, il fait un rêve qui cheville en lui son ambition : celui de se consacrer à la musique. Il rêve qu’il rencontre dans une forêt – peut-être s’était-il promené à Charlannes le jour même?- le groupe FAMILY et son leader Georges Chapman (band anglais de rock progressif). Il relate la même anecdote, ce souvenir prégnant, « qui affleure tout le temps », à G. LANG, en 2009.

 

Jean-Louis connaît déjà Jean Esnault, le futur batteur1.  Celui-ci militait à Rouge, comme sa petite amie durant deux ans : Marie Audigier. Il lui a déjà souvent parlé de Jean-Louis Bergheaud, « un véritable mentor.  Il m’en parlait tout le temps, il avait beaucoup d’admiration pour lui ». Pourtant, Jean et Marie sont déjà des personnages : Christophe Adam, 14 ans et lui aussi déjà peu impressionnable (il bourlingue beaucoup) parle d’égéries politiques. « Tous fringués en cuir. Ils étaient internes, en première ou terminale. On les voyait mener des foules, faire des AG sur les escaliers ». Ce Christophe Adam avec son groupe les Sales Gosses, futur sparring partner de Clara, assure la première partie de Status Quo en Février 77 (il n’a pas 16 ans dit-il).

Un essai avec Marie Audigier à la basse est réalisé (elle a déjà participé à quelques groupes) et François Saillard dit qu’il est recruté pour la remplacer mais ce n'est pas que l'essai n'a pas été concluant. C'est elle qui prend la décision de partir faire une saison : elle est amoureuse mais Jean-Louis n’est pas encore séparé de sa première femme. Christophe Adam se rappelle d'un voyage en train avec Marie et sa soeur Agnès, Marie avait laissé entendre à demi-mots qu'il s'était passé quelque chose avec Jean-Louis.

 

Francois Saillard : "je jouais un peu de guitare. Je me suis mis à la musique avec les gars de Clara en 78 qui m’ont demandé de remplacer Marie Audigier. J’étais au lycée avec eux. Ils avaient une basse et un petit ampli. J’avais 17 ans et je me suis installé à la Bourboule, j’y suis resté six mois. J’étais tout seul là haut, j’ai complètement craqué. Je suis redescendu à Clermont".

 

Alain est le plus vieil ami de Marie (depuis la  troisième et les jobs d’été dans les champs de maïs où il épate sa copine en jouant du Genesis à la guitare). En 77/78, le fan d’Ange et de Jethro Tull portant redingote, maquillé, est en première année d’Ecole normale, et joue déjà dans le groupe Ambulance avec Joel Rivet (qui lui n’abandonnera pas l’enseignement, sans jamais pour autant lâcher la musique). On m’indique même qu’Alain a peut-être  continué à jouer avec lui durant un moment -mais c'est très incertain - jusqu’à ce que Joël fasse son service militaire, et divers séjours à l’étranger.  Alain indique qu’il  croise Jean-Louis plusieurs fois à son retour  et l’idée du groupe prend forme.  Il faudra un certain temps avant que Jean-Louis oublie son complexe quand il faut prendre la guitare... et qu'il devienne un "guitar héro" sur les jours du jaguar

 

Selon le crédit d'une photo de Marco, les premières répétitions ont lieu dans la buanderie de la villa « Françoise et Jean » à Quaire, chez sa maman. Alain Bonnefont situe cela pendant les vacances de Pâques 78 (premières répétitions sur des compos). Jean-Louis s’installera plus tard aux Écuries, un vieux bâtiment en pierre, coincé entre la voie de chemin de fer et le cimetière… là même où il sera inhumé. Le futur Jean-Louis Murat travaille comme un acharné sur son objectif, écrivant des centaines de chansons, nous en connaissons seulement quelques-unes. Il est souvent dit que Murat a galéré pour y arriver, mais en seulement deux ans d’activités musicales, il va quand même signer un premier contrat… 

Photo : Marco Lespinasse (Tout droits réservés)
 

 

Certains membres du groupe, en 2013, se souvenaient avec émotion de cette période en en interprétant quelques titres lors du concert pour Clermauvergne (Koloko, des photos utilisées ici figuraient dans une petite projection avant le concert). On parlait  même de la sortie d’un disque (mais la qualité de bandes aurait empêché ce projet)… Mais cette période n’a pas seulement marqué Jean-Louis et les 5/6 membres officielles du groupe : c’est ce que l’on va aussi raconter aujourd’hui. Voici après ce long préambule, une partie de la vie de Roger, José et Jean-Pierre, Christophe et Bernard, des ados qui ont vécu, plus que par procuration, la vie de rockers/ musiciens. Pour certains, c’est une parenthèse héroïque, d’autres poursuivront sur leur lancée, pour le meilleur et peut-être le pire. Et c’est très largement une histoire inédite… tout comme la chanson signée Jean-Louis Bergheaud dont il sera question - il faudra attendre la 2e partie du dossier- et que seuls les spectateurs du Week-End Murat 2025 connaissent déjà (précisons que c'est les trois années consacrées à l'organisation de cet événement qui ont empêché l'aboutissement de  ce travail avant aujourd'hui).

 

Voici ce que disait Jean-Louis dans « A la dérive » (Radio nova) à propos de nos personnages (l’audio était nécessaire pour le « ouh la » délicieux de Jean-Louis qu’il faut absolument garder en tête pour la suite). 

 

Dans l’article de ce blog sur l’émission, il était reporté que les anciens amis de Plexiglass, groupe punk, était tous morts, c’est ce qu’on comprend des propos de Murat… Quant au fondateur du groupe, il disait à radio Campus que c’est une histoire de deux mois. Ca ne prendra donc pas trop longtemps de vous la raconter… Mais voici José d'abord, revenu de l'au delà... du NOOOORRDDDD... et tout-à-fait bien portant!  

 

José:  Tout ça c'est "La fin de mon adolescence, une période très courte mais il y a des passages qui sont restés, c’est exceptionnel, le fruit d’un hasard. J’ai pu vivre le début de la carrière de Jean-Louis".

                                                                                      José et Jean-Pierre  derrière

 

Plantons le décor. La Bourboule. Ville nouvelle (ville à l'époque car aujourd'hui, elle compte moins de 2000 habitants), 102 ans d’existence en 1977. Le décor servira bien sûr à certaines chansons de Jean-Louis, et jusqu’au bout, et plus que jamais, il ressentait le besoin et l’envie d’en parler : projet autour de cartes postales avec son ami Marco, un livre qui m’a-t-on rapporté, avait fait l’objet d’un contrat d’édition. Peut-être aurait-il même fini par se réinstaller dans la commune, plus près de sa mère et des amis? Il en parlait.

 

La Bourboule dans les années 70 est encore dynamique, même si le temps de la Reine de Roumanie, de Buster Keaton, du Roi Farouk, de Sacha Guitry était déjà passé. José se souvient de ce que disait l’institutrice : la ville passe de 2500 habitants à 25 000 l’été. « Quand tu penses que les week-ends du 14/07 ou du 15/08, la Bourboule était saturée de monde, le grand hôtel vers le parc Fenestre, j’y ai travaillé… et ben, ils faisaient dormir des gens dans des couloirs ! Les gens acceptaient parce qu’il n’y avait pas d’autre solution. C’est fou. J’ai vu le grand hôtel qui a brûlé, j’ai connu cet hôtel, c’était rempli et ils louaient les chambres qui étaient sous les toits, les chambres de bonnes qui dataient de Mathusalem… qui n'étaient vraiment pas confortables. J’y ai travaillé aussi.

La Bourboule, ça marchait tellement, ça marchait tout seul. Je pense qu’ils n’ont pas investi, et ça a périclité. Oui, aujourd’hui, il y a encore du tourisme mais ça n’a rien à voir avec l’époque. Quand je suis passé en 2019 ou l’année dernière, j'ai trouvé les soirées tristounes. Le Mont-Dore, c’est plus dynamique, j’ai l’impression. On sent moins la rupture économique, on a l’environnement plus montagne. On voit moins ce déclin. Pour moi, c’est une ville fantôme. J’ai connu le casino, c’était plein. Il y avait pleins de jeunes, on passait l’après midi là-bas, avec les baby-foots et les flippers. La maison des jeunes, c’était plein, j’organisais des soirées dansantes, on faisait rentrer 200 personnes l’été, 200 ados. J’avais fait venir un groupe de jazz amateur de Clermont que je connaissais…"

Roger - vendeur de confitures délicieuses à retrouver sur le marché (on recommande la "Remonte-pente") -  raconte que chez lui, comme dans beaucoup de familles, on louait les chambres, et que les enfants étaient relayés au grenier. On pouvait ainsi résider chez Renée Bergheaud la maman jusqu’à il y a quelques années.

 

Roger, : "On avait besoin d’eux (les touristes).  Mes parents bossaient et j’ai été élevé par ma grand-mère et dès qu’on avait une maison, on cherchait toujours à aménager quelque chose à louer, quitte à ce que les gamins déménagent dans le grenier ! Mais il y avait un monde, de la folie à la Bourboule. Les médecins recommandaient de faire des cures et la Sécurité sociale remboursait. Les gens avaient un carnet à tamponner, à la cure, il fallait faire ses 18 jours, mais au bout du 15ème, ils pouvaient se faire rembourser en espèce dans un immeuble qui appartenait à la Sécu, et avec cette espèce, ils payaient leur loueur. Ça fonctionnait bien comme ça, parce que bon, les 3/4 des gens qu’on avait, c’était une clientèle d’ouvriers. Les bourgeois des années 20 et 30 c’était terminé… Il y avait encore 2/3 hôtels plus huppés qui traînaient mais ça se passait à la bonne franquette, tout le monde buvait le canon, ça sortait le Ricard le soir"

 

La demande de main d’œuvre dans le bâtiment est forte et une grosse colonie portugaise s’installe. Le papa de José est déjà là depuis quelques années quand il fait venir sa femme et son jeune fils en 1970. Il a 9 ans.

" Je suis né en décembre 61. J’avais donc 9 ans de moins que Jean-Louis. La Bourboule était fort dynamique à ce moment-là et la main d’œuvre venait du Portugal. Et il y avait énormément de Portugais. Voilà, j’ai appris la langue tout ça".

"J’étais à l’école privée, primaire qui est fermée maintenant, la moitié de la classe, c’était des Portugais, peut-être plus de la moitié. Incroyable. Il fallait de la main d’œuvre, les femmes faisaient les ménages dans les hôtels, les meublés, travaillaient dans les cuisines et les hommes dans le bâtiment. Il y avait trois ou quatre entreprises de maçonnerie… et puis tous les artisans. Et les Français, pour certains, travaillaient à la commune. Les gens un peu plus modestes qui n’étaient pas commerçants, ou médecins, ils occupaient ces postes-là. Il y en avait beaucoup puisque c’était bien dynamique, il y avait les jardiniers... La Mairie de La Bourboule, c’était un employeur très important. Le père de Bernard, c’était ça. La première femme de Jean-Louis, son père était pompier mais aussi employé communal. Ils avaient même des logements de fonction".

"Ma mère, dès juillet 70, un mois après son arrivée, elle travaillait sans parler français, chez la tante de Marco Lespinasse je pense. Mais je n’ai pas vraiment de souvenir de lui".

 

Pour Roger, il n’existait pas grand-chose pour les jeunes, mais l’été, la vie changeait.  "On allait draguer au parc Fenestre [là où Jean-Louis connait sa première fois lui aussi sous un arbre qui a disparu suite à un orage], il y avait cette faune qui arrivait de la région parisienne, qui écoutait la radio, qui avait accès aux disques, aux concerts c’était un peu des extraterrestres, ils s’habillaient à la mode… Nous on portait les mêmes fringues toute la semaine. On changeait le dimanche. Dire qu’on sentait la bouse ?  pas trop ! Mais c’est vrai qu'on faisait un peu ruraux, on n’avait pas la culture des gens de la ville, on allait aux champignons… un peu comme on voit les bobos, tu vois, qui s’extasient sur une fleur. Mais c’est vrai qu’on avait un rapport à la nature encore, on allait à la pêche à la truite, ramasser les noisettes".

Et pour Roger, l’été, c’était aussi le travail : "Mon arrière grand-mère on l’appelait la Mère pissette, une célébrité encore pour les vieux Bourbouliens. Parce qu’elle louait des petits ânes, et quand les gens ne rendaient pas leur âne à l’heure, elle disait faut payer 10, 15 minutes de plus. Et parfois, les clients disaient ; oui, mais ils se sont arrêtés pour faire leurs besoins, et elle disait ; et bien, il faut bien qu’ils fassent pissette ! Et ça a traîné toute sa vie".

Il aide à cette activité assez typique de la ville dès son plus jeune âge :   "J’ai dû faire ça 5/6 ans, j’ai aidé ma grand-mère avec les ânes. On se faisait une pièce et on allait dépenser nos sous à « chez nous les gosses » et la grand-mère Rozier. [Note : Jean-Louis parle de cette marchande de bonbons dans "A la dérive"]

(extrait de Teaser Taormina PS: ce n'est pas la mère Pissette)

Ces activités saisonnières, c’est ce que vivront aussi les membres de Clara. Marie et Jean sont moniteurs d’enfants (les parents de ce dernier tiennent une maison d'enfants -pour des curistes-), Jean-François Alos, qui remplace François, travaille chez la mère de Marie-Laure (la future femme de Roger). Jean-Louis et les autres s’occupent un été du bar Lous Fadas. Roger se rappelle que la musique du groupe enregistrée sur cassette retentissait certains soirs. José croit se souvenir qu’ils faisaient des crêpes.

Lous fadas de nos jours après une période de fermeture

José : "Ce qui était bien à l’époque, c'est qu'il y avait énormément de jeunes qui venaient, et on se mélangeait à eux. D’ailleurs, durant toute la période d’été, à part tous les copains proches comme Bernard, Roger, tous les autres jeunes, je ne les voyais qu’à la rentrée, car on ne faisait rien ensemble, je me faisais des nouveaux copains. Je me rappelle qu’il y avait Alain Bonnefont qui était là, on avait toute une équipe qui venait à la maison des jeunes. Et Alain venait avec nous. Et toutes les trois semaines, on changeait de copains, parce que c’était les cures. Je dis qu’on partait [en vacances] tout en restant. On voyageait par les personnes qui venaient nous voir.

C’est l’étranger qui venait vers nous, quoi. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai connu ma femme, elle est venue en cure. Et c’est pour ça que je suis dans le Nord aujourd’hui".

 

Les jours ensoleillés, les monitrices, les amours de courte haleine (et certains en eurent beaucoup...), on devinera que leur chanson favorite de Jean-Louis, c’est Le Mont Sans Souci.  José : "l’histoire qui est décrite, ça nous rappelle des souvenirs, c’est notre histoire… à moi, à Jean-Pierre, à tous les gars de la bande". Et José sait de quoi il parle : il est le ou un des grands animateurs des étés, à la MJC.

 

Roger : "La belle Ozo, dans "Fort Alamo",  c’était le nom d’un demi poney rouquin du club hippique « Le mont sans souci ». A côté, il y avait un ancien zoo, et on se retrouvait souvent par là-bas, par derrière le Lous Fadas, et tu pouvais fumer ton pét tranquille. Moi, j’étais plus alcool, la seule fois où j’ai essayé, ça m’a donné tellement mal au crâne que ça m’a suffit. Christophe était un gros amateur déjà à l’époque. Il y avait un commissariat  et les gars, les trois quart du temps, ils étaient bien saouls. Les flics avaient deux grammes et tout se passait bien".

José se rappelle lui des moments passés à refaire le monde avec la bande, parler de musique, dans la pièce, sous le kiosque à musique sur la place. La porte qui permet d’accéder à cet espace est désormais bien verrouillée (C'est assez symbolique de nos époques : ils ont connu des portes plus ouvertes -école, faculté, les maisons-comme on le verra-, la possibilité de trouver des recoins... mais cela n'empêchait pas la société d'être plus fermée peut-être.. "la musique, avec le sport était le dernier ascenseur de secours" a dit Jlm à PPDA).

Est-ce un hasard qu'en écrivant pour Christophe Pie, la chanson  Kids, Murat chante aussi les étés?  Good night, Le mois d’été est doux,

 Toutes les fleurs écloses  Dansent en souvenir de vous

 

En hiver, une fois les toboggans rentrés, par contre…

José : "Mais quand on arrive du Portugal, bon, l’été, c’est super. Je suis arrivé en pleine saison. Il y avait plein de monde, plein d’enfants...Mais l’hiver… bah bah… C’était rude. Les hivers des années 70, c’était dur, juste avec un poêle à charbon. J’étais glacé. J’ai le souvenir des deux premières années, j’ai souffert du déracinement. C’était très très dur. Et on était mal logés. Il n’y avait pas assez de logements de toute façon. Tout était utilisé pour la location, les meublés. Pour les gens modestes, il n’y avait que des taudis. C’est pour ça que les Ecuries, avant que ce soit Jean-Louis, c’était des Portugais, parce que ce n’était pas le grand confort. C’était des amis, je venais jouer là-bas avec les enfants de mon âge. Après, ça avait peut-être été un peu réparé, mais au temps de la famille portugaise, une famille nombreuse… ce n’était pas le confort.

Il restait le ski de fond, une activité accessible à Charlannes. :

José : "J’ai fait du ski de fond, je n’avais pas les moyens pour le ski de piste. Je faisais partie de l’équipe. C’était le ski des jeunes du coin. Je faisais pas mal de sport, j’étais dans l’équipe de foot minime et cadet. Ski de fond en cadet… et au collège. .. mais c’était quand même la musique qui m’intéressait le plus".

José quelques années plus tard.

Roger : "Il fallait être riche pour faire du ski de descente, avoir une voiture pour monter au Mont Dore, mais il y avait un club de ski de fond, et vu que le président du club était le patron de mon père, j’étais inscrit automatiquement. Donc, j’ai commencé par le ski de fond à Charlannes, et puis après, j’ai fait de la descente. D’ailleurs, c’est les gamins du club qui ont tracé les premières pistes de ski de fond. 

Quand on montait faire du ski au Sancy, c’était le père de Christophe Pie qui nous montait et on s’arrangeait pour redescendre en stop, on louait le matériel. On grugeait un peu parce qu’on achetait des tickets pour les montées, et on tombait du tire-fesse, afin qu’un autre puisse récupérer la perche plus loin, et vu que toi, tu étais tombé, tu avais droit de remonter sans redonner un ticket. Ou on essayait de monter à deux…"

 

N’oublions pas que les jeunes sont souvent internes (c’est le cas de Christophe qui est en chaudronnerie), la vie à La Bourboule, c’est les week-ends et les vacances. Les apprentis eux cherchent à occuper leurs soirées, mais Roger, pâtissier, travaille aussi en décalé.

José : "Sur la période Clara, moi, j’étais apprenti sur la Bourboule. L’hiver il n’y avait pas un chat. Et le fait d’aller chez Jean-Louis, ça me passait les soirées, j’écoutais de la musique. On était là, ça a été un moment fort appréciable. Jean-Pierre lui était interne et il ne rentrait que le week-end. Je voyais Roger, Bernard, Christophe était presque moins là, il était encore à l’école je pense au début.

Rien que pour ça les Ecuries, c’était appréciable et j’en suis reconnaissant d’avoir pu vivre ça".

 

Avant Clara, un certain Jean Dussoleil (il est décédé en 2024) faisait carrière à Paris, dans les cabarets, enregistrant un premier disque en 73 avec Gabriel Yared mais il n’est pas une référence connue ou un modèle pour les jeunes. A part ça, un disquaire existait en face des thermes, Dent Blanc, avec un local en dessous où il était possible d’écouter se rappelle Roger. Le train2 ralliait Clermont, les jeunes scolarisés dans la grande ville, comme Christophe, allaient place de Jaude.  A part ça, c’était la fanfare, le Réveil bourboulien, sinon rien.

 

José : "J’avais fait une tentative avec le Réveil Bourboulien. Gosse, je voulait faire du tambour. Mais il fallait faire du solfège, et au début, taper sur un bout de caoutchouc qu’on mettait entre ses jambes, et, gamin, je trouvais que c’était trop long. J’aurais voulu démarrer le tambour tout de suite et défiler tout de suite. Jean-Louis lui avait fait partie de la fanfare par contre".3- 4

Roger : "Moi, je suis resté une heure au Réveil bourboulien, ça ne m’a pas plu. Et il y avait mon oncle avec lequel je ne m’entendais pas. Jean-Louis disait que « je faisais du bruit »".

 

La parenthèse estivale refermée, le contexte était donc un peu morne pour ces jeunes et La Bourboule ne faisait donc pas exception dans le décor français de la crise pétrolière. Par ailleurs, la commune semblait peu offrir d’offres de socialisation politique (JAC, MRJC, mouvements ouvriers, même si des grands rassemblements scouts avaient lieu dans la commune) au contraire de Clermont-Ferrand…

 

Jean-Pierre : "J’avais 16 ans, j’avais eu écho de divers problèmes de drogue, de dépression voire de suicides chez mes aînés, la génération de Jean-Louis. Un ami de mon frère, fils de commerçant, est tombé pour trafic de coke en 79/80. La Bourboule, c’était un peu le trou du cul du monde, très jolie ville thermale, certes, qui n’offre que peu de perspectives d’avenir à ceux qui n’ont pas les moyens ou capacités de partir".

José : « la Maison des jeunes en 74 était fréquentée par les adeptes de Woodstock, poussière et fumette. Vers 76, un nouveau directeur est arrivé avec un grand nettoyage ».

Jean-Louis (dans Télérama 2005) retrouvait dans un film de Rozier Du côté d’Orouet  : « mon côté province, mes années 70 à la Bourboule. Un monde de gens simples, pleins de bonnes volontés qui se coltinent les problèmes de la vie » Il précise : « d’autant que Rozier porte le nom de la marchande de friandises de mon enfance » [Encore cette mention!!].  On pourrait aussi penser à l'univers d'Olivier Adam (notamment Peine perdue)

L’arrivée de Clara est donc une fenêtre vers un autre monde, un peu plus excitant. Pour certains, ça sera un court épisode marquant, les trajectoires de Christophe et Bernard, elles, vont dévier…

Alain Bonnefont raconte dans le livre Les jours du jaguar qu’il a rencontré Christophe dans le train l’hiver 78/79, qu’il l’a invité aux répétitions et que dès le lendemain, celui-ci a trouvé une batterie. La première proposition est possible et probable, absolument pas la deuxième.  Marco (qui est mentionné parfois comme le 5e membre de Clara -il est chargé de la console, et autres branchements-)  raconte autre chose: il les avait entendus jouer de la musique en passant dans la rue et serait allé voir. « Et je me rappelle avoir discuté avec Jean-Louis de cette bande de jeunes assez sympa »… Un homme, une version et les souvenirs sont vagues (« c’était tellement intense par moment » dit José), de plus, comme le dit Jean-Pierre : « à La Bourboule, tout le monde se connaît plus ou moins de vue ». 

José : « Par rapport à ce que dit Alain ou Marco : non, ce n’est pas comme ça. Au moment du festival d’août 78, on connaissait la bande, c’est par eux que j’avais pris connaissance du festival. Je connaissais Christophe (Pie) et Bernard (Hebrard). Roger, j’ai du mal à m’en souvenir. Il faut dire qu’on le voyait peu. Et par rapport à ce que dit Alain, non, ça n’a pas été aussi rapide. Je peux situer un peu car je me rappelle à la salle des fêtes, d'une fête d'anniversaire, celui de Dominique Dabert, qui est devenu une personnalité du Sancy [directeur du service des sports de La Bourboule, mais surtout un grand champion de Karaté, qui forma une triple championne du monde Lolita Dona]. On sautait comme des punks, j’étais tombé en glissant avec mes camarguaises, Bernard et la bande se sont jetés sur moi, les cons, résultat une entorse et une semaine immobilisé, début d’année 79. J'étais chez Jean-Pierre, pendant que ma mère faisait un séjour au Portugal jusqu'au 1er mars. C'est à cette période qu'on a formé le groupe".

Quant à Roger, il connaissait Jean-Louis depuis son enfance. Roger était voisin de son "oncle Toinot" (un oncle par alliance Antoine Roulet, épouse de Marie-Jeanne Bergheaud).  Jean-Louis se trouvait aussi être ami avec le cousin de Roger, Bernard Boyer qui jouait du saxo avec lui dans la fanfare. Dans l'été 78, Roger qui est né en 1956 faisait son service militaire et vivait déjà des expériences de rock'n roll :

«  Eté 78, je n’étais pas là, j’étais à l’armée, sur Lyon, et j’en ai bien profité pour la musique, festival de Fourvière. J’ai fait la nuit du rock [fameuse où il a pu voir Bijou avant leur venue à la Bourboule, et où il aurait pu croiser Michel Zacha qui était à la console]. On se retrouvait chez la mère  Vittet  qui était le resto qui était ouvert toute la nuit. Je m’étais fait quelques contacts, j’étais parfois embauché pour la sécu dans des trucs. Après pour les rencontres avec Clara, ça pouvait certainement  s'être passé aux Négociants, chez Brut. Toute la faune y allait. On s'est sans doute rapproché de Punky, il était génial ce type » [François Saillard qui fut plus connu sous le pseudo du Petit François] et d'Alain qui était de mon âge. Je suis rentré début avril 79 et on m'a rapidement proposé de faire le groupe". 

La photo certainement faite par Marco Lespinasse parue dans Chorus en 2002 montre Clara avec la légende « premier concert à la MJC à l’automne 77 ».  Cela sera transformé par la suite chez certains en « répétitions » à la MJC. Le fait est que les propos de Murat qui sont retranscrits dans l'article sont truffés d’erreurs (Jean-François à la basse, concert dans une salle avec Bijou, dont il dit que c’est le premier concert, malgré la légende de la photo). Marco, l’auteur de la photo, indique que Jean-Louis a voulu jouer une première fois pour se tester avant le festival organisé en août 78 . Marco était là par hasard, entre deux saisons… sauf que pour lui, Plexiglass assurait la première partie, ce qui n’est pas possible. Si le concert a eu lieu, José y a certainement joué un rôle : « J’étais le passeur de mémoire lorsque chaque été les nouveaux animateurs arrivaient. Je traînais là-bas tous les jours. Les lambris que l’on voit sur la photo, j’ai participé à les installer. Je me rappelle avoir convaincu le directeur de faire jouer Clara, déjà cette fois là ou une autre…».  La présence de François Saillard indique par contre qu’il s’agit des tout débuts de Clara. Autre élément : D'après José, à ce moment-là, les concerts avaient lieu dans une autre salle (en haut; celle-ci servait pour le ping pong). Sur cette photo, on distingue un assemblage curieux derrière Jean-Louis : construction maison d'un pied de micro ou pour tenir le saxo de jean-Louis ?

 

Les souvenirs avec Jean-Louis de nos principaux témoins de l’article remonte donc au Festival du 26/08/1978 dont nous étions les premiers, grâce à Matthieu Guillaumond,  à parler en détail. Si on peut admettre qu’ils connaissaient déjà Jean-Louis, ils n’ont pas vécu l’été passé au buron du copain d’enfance Jean-Pierre Tatry (décédé lui aussi en 2023), du côté du ruisseau de Cliergue et que Jean-Louis a raconté de manière sans doute un peu enjolivée:  «  On répétait dans un buron avec un groupe électrogène, c’était sensationnel ! Quand il y avait la pleine lune on répétait dehors, sous le ciel étoilé. Les mecs, raides défoncés montaient de La Bourboule pour nous voir ! Il n’y avait même pas de chemin, tu traversais un ruisseau et tu montais dans les prés. Ils se couchaient dans l’herbe … Tout le monde partait vers 9 heures du mat’, on arrêtait quand il n’y avait plus de jus dans le groupe électrogène. Six mois après, il y avait quatre groupes à La Bourboule [sic !!], pour 1500 habitants ! On avait une foi pas poss’ ! On faisait des concerts destroy, je branchais le public, c’était tout nouveau, tout neuf, on ne faisait aucune concession. C‘étaient les débuts du rock’n roll en Auvergne [sic !!]! ». 

 

Photo prise là-haut par Marco Espinasse (tous droits réservés) mais la guitare en plexiglas (Ampeg) sur la photo nous questionne pour l'année 78 car elle appartenait à JF Alos, Jean-Louis aurait fait des pieds et des mains pour lui récupérer (selon la sœur de JF). Deux possibilités : Jean-Louis essayait la guitare de JF (qui se trouvait-là mais sans Les Sales gosses,  Christophe Adam ne se rappelle pas de ce lieu).  ou bien Clara a utilisé le Buron d’autres fois..  Le prêt du buron était un échange de bons procédés: le groupe avait aidé à la remise en état du lieu. 

 

Sur le festival, José: « Je me souviens qu’on avait croisé le groupe Bijou, ils étaient habillés en noir, avaient leurs lunettes noires complètement dégénérés, c’était spectaculaire pour nous. Je me souviens parfaitement de ce concert. Asphalt jungle aussi. On y était avec Christophe et Bernard. J’avais 16 ans et c’est possible que ce premier concert ait été un déclencheur ».

 

A l’automne, la troupe arrive aux Ecuries. Bayon résume : « sadisme communautaire expérimentaloide ». Cela a été bien rénové depuis:

Jean-Pierre : "En rentrant dans la pièce principale, le souvenir que j'en ai (et qui est resté) : une photo (ou la pochette d'un album) accrochée au mur d'Otis Redding.…

Roger : "Jean-Louis venait de se mettre avec Marie, mais la maman de Yann traînait encore un peu par là de temps en temps. Ils vivaient aux Ecuries. Quand tu passes devant au cimetière, ça fait une espèce de voûte, Les chambres étaient au dessus. En dessous, la cuisine. Et sur le côté derrière, c’est là qu’on avait foutu tout un tas de plaque d’œuf, de polystyrène pour ne pas gêner les autres locataires. C’était un peu tout ce qui était marginal qui vivait là. Je ne dirais pas que c’était un squat, mais ça faisait un peu ça. Ca appartenait à la famille Brut5, qui avait le Café des Négociants et un des  frères  avait la discothèque La Grange au Mont-Dore, puis quand ils ont vendu, ils ont repris le Casino, et ont fait la boite de nuit le Black Jack. Ils ont tenu la salle de spectacle au-dessus  un moment, et Jean-Louis a fait des concerts là bas. C’était ouvert, Les Ecuries, mais quand même pas tout le monde, il y avait une petite sélection. Ils ne laissaient pas rentrer tout le monde non plus. Déjà, c’était pas commode pour rentrer, il fallait se baisser, les murs étaient tellement étroits avec les isolants. 

Photo: Danyel Massacrier. 1979 (1er partie Lavilliers)  François de face est décédé en 2025. notre article

On voit l’exiguïté du lieu  (Clara 2e, période avec JF. Alos)

 

José : "Ils n'avaient pas toute la bâtisse. Au niveau de la porte d’entrée (un peu en dessous de l'escalier extérieur qui n'existait pas à l'époque),  il y avait une pièce de vie, dans le coin droit il y avait un escalier pour accéder au studio de Jean Louis sous les mansardes. Y avait une grande pièce avec une hauteur de plafond. Un canapé, on squattait là. Mais voilà, nous on était adolescents, on était là, on s’incrustait un petit peu en fait, on n’était pas si intégrés à la bande que par exemple les autres membres du groupe Clara. Je me rappelle vaguement des autres mais on n’était pas trop liés.  C’était un peu des marginaux quand même. C’était normal, ils étaient beaucoup plus âgés. Mais ça ne gênait pas qu’on soit là".

A un moment donné, il y a eu des changements dans le groupe, mais ça ne me dit pas grand-chose. Je me rappelle un peu de  François.  Ils s’en foutaient un peu des gamins. [JP se rappelle de JF Alos  prompte à embêter les plus jeunes aux flippers dans la salle de jeux du Casino]. 

Je ne me considérais pas comme faisant partie de la bande. On était les petits jeunes qui étaient bien contents d’être là. Le seul avec lequel on était un peu plus proche, c’était Alain, il était un peu plus jeune. C’était notre guitariste préféré. Il était plus ouvert que Jean-Louis qui était un solitaire. Il ne parlait pas beaucoup. Il faisait sa musique. Il s’isolait. Pour moi, ça a toujours été comme ça, même avec ses proches. S’il devait nous envoyer paître, il nous envoyait paître. Il n’y mettait pas la forme, mais le lendemain, ça allait.

Voilà, on allait aux Ecuries. Et dire qu’il est enterré tout à côté. C’était un peu l’auberge espagnole. Ca rentrait, ça sortait, les copains. Et nous les ados on allait là bas. Et puis Jean-Louis, il était plus effacé, il restait très peu. Je vois un escalier et il avait son petit studio là haut et il allait se réfugier là-bas. [Dominique cartier raconte qu’il n’y est peut-être jamais monté : "c’était plus une échelle qu’un escalier pour accéder à un pigeonnier"] Et on ne le voyait pas. Il restait beaucoup moins avec la bande. Il était vraiment complètement à part. Celle qu’on voyait toujours, c’était Marie, une pile électrique, toujours de bonne humeur. Frisée comme je ne sais pas quoi, qui courait de partout, très dynamique. Je pense que si Jean-Louis n’a jamais raccroché, c'est qu’elle a été sa muse, qu'elle le motivait et ce n’est pas un hasard si elle est devenue sa manageuse après. C'est mon ressenti. Mais j’ai aussi la certitude qu’il n’aurait pas fait autre chose. Elle s’occupait de beaucoup de choses, elle avait la gagne, pour lui, plus que lui-même. Lui, il faisait sa musique, c’était un troubadour. C’est ce que j’ai toujours dit, il a réussi à faire carrière, à être connu, à vivre de sa musique. Mais il n’aurait rien fait d’autre même s’il avait fallu qu’il fasse la manche. Pour moi, c’était ça Jean-Louis. Il ne voulait rien faire d’autre. Lui c’était que la musique, que la musique.

Clara, c’était lui. Je n'ai pas senti vraiment un groupe ». 

Le compte-rendu de Jean-Louis du set du festival ne respire pas par exemple la saine camaraderie : un bassiste qui n'en met "pas une dans le panier", un batteur incapable de tenir le tempo, le deuxième chanteur-guitariste du groupe cassant une corde et chougnant... On retrouvera plus tard trace de sa rancœur (feinte? surjouée ? médiatique ? Il avait pris le costume de Murat) envers ses accompagnants locaux.   

 

José : "Ils n'avaient que dalle, il fallait qu’ils se nourrissent. Ils bossaient à la petite semaine. Bon, on ne nous en parlait pas mais c’est ce que j’entendais là-bas, et puis, après on en parlait entre nous aussi, Christophe et Bernard qui y étaient plus [sur la fin] nous en parlaient aussi. C’est sûr que pour les bien-pensants de la Bourboule de l’époque, ce n’était pas forcément les gens qu’il fallait fréquenter. Moi, j’étais assez libre et j’étais sérieux au boulot. Mes parents n’étaient pas trop au courant de tout ça. Mais les notables de la Bourboule… bon, peut-être que quand il est devenu célèbre, ils ont tenté de se rapprocher un peu de lui mais à ce moment-là*… quand ils vivaient tous ensemble aux Ecuries, ils passaient vraiment pour les marginaux pour les gens de là-bas. Mais Jean-Louis dénotait aussi par rapport aux autres, lui, il y croyait à son projet je pense. Il ne faisait que ça".  ( *Roger est bien d'accord: il portait un regard acerbe et amer quand la municipalité a financé un bus pour se rendre à  la soirée hommage "Te garder près de nous" en 2024). 

 

Dans Magic, Christophe Pie disait: « ils avaient des dégaines pas imaginables. C’était les stars du coin".

 

José : "Caractère un peu spécial Jean-Louis. En même temps, il s’occupait de nous. Et tout a commencé parce qu’on pouvait prendre le studio, quand ils avaient fini ».

 

A suivre!  Christophe « J’avais un groupe avec des potes qui s’appelait PlexiglaSS, très original, qui a duré deux mois [sic]. Punk primaire. J’avais tapé dans l’oeil de certains alors que j’étais encore au lycée»   ICI

 

NOTES 

Note 1-
L’engagement de Jean se traduira par l’animation du cinéma le Roxy, et aussi un fanzine culturel me dit-on. On trouvait toujours en 2024 au bar du Roxy des photos discrètes de Jean-Louis,  le vinyle Travaux sur la N89 (et aussi un portrait de Joël Rivet,) signe de l'estime que Jean a dû conserver à Jean-Louis malgré les orages violents entre Murat et celle qui était devenue sa compagne : la maman de Yann. Nous l'avons croisé en mai 2024 au moment de l'interview de Roger et lui avons donné des tirages de photos d’époque. Il semblait touché.  Il a toujours été très discret nous indique Roger, peut-être du fait du rôle de beau-père qu’il a eu pour Yann Bergheaud. retour au texte

Note 2:   Dans les racontars de La Bourboule,  "c'est bien connu que La Bourboule et le Mont Dore ont toujours fait beaucoup plus de cocus que de guéris !  C'est pour cette raison que l'on appelle le train du vendredi soir, qui amène les maris dans nos stations pour passer le week-end avec leur femme en cure " le train jaune". retour au texte     Pour le plaisir, quelques autres anecdotes tirées d'un site internet qui a disparu :

 

Note 3: On récupérera peut-être un jour des photos de Jean-Louis à la fanfare, on a cherché sans succès, mais sans frapper à la porte du Réveil. Une Mademoiselle Queyron a marqué Jean-Louis (cf "A la dérive"). En 65, elle recevait une médaille pour 57 années au service de la musique à La Bourboule ! Dans des numéros de cette revue, il est mentionné quelques élèves du Réveil ayant obtenu un prix… mais pas de Bergheaud.   retour au texte

Note 4: A côté du Réveil, autre activité culturelle saine proposée à la jeunesse à partir de  1975, la chorégraphe Marie-Jo Weldon arrive sur la commune. Elle crée un groupe de majorettes (le GALB: Groupe artistique de la Bourboule) avant de proposer avec le soutien de la municipalité des spectacles de comédies musicales, opérettes... dont une création nationale, avec des costumes de l'opéra de Paris,  Hourra papa qui fut ensuite jouée à Paris par Guétary qui vint sur la commune voir le spectacle et J. Ballutin. Le compositeur est Jo Moutet qui faisait une belle carrière de musicien... et a trouvé sur La Bourboule, une jeune femme pour se marier, presque de la génération de Jean-Louis... et qui se trouvait être la tante de Roger!   Bon,  ce n'est pas pour autant que cette activité artistique  plaisait beaucoup à nos ados.  Une expo sur le GALB a eu lieu en ce mois de décembre 2025, avec la participation de Jean Esnault. On le voit dans ce reportage.        retour au texte 

Note 5:   Certains pensaient que le propriétaire Sergio (Serge Brut) était le fameux et principal organisateur du festival, mais Marco réfute : il ne fallait pas être en retard pour le loyer… Il était là dès le lendemain à réclamer son argent, et c’est justement le fameux pote Charlie (de son vrai nom Georges B. de Condat-en-Féniers) qui pouvait arriver pour régler la note, il payait aussi pour du matériel : Clara s’est équipé rapidement d’une sono, de matériel d’enregistrement, d’une camionnette Ford. Jean-Louis n'avait donc pas forcement tort quand il disait : "c'est l'argent de la dope qui finançait tout". On en reparlera dans la 3e partie de ce dossier. retour au texte

 

Sources et Interviews seront indiquées dans la dernière partie   PARTIE 2 ici

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 13 Novembre 2025

 

Le vieux -20 ans- PC familial,  le seul ordi de la maisonnée capable de lire le CD-Rom "Morceaux choisis",  ayant été ressorti du grenier, je saisis l'occasion de vous parler enfin de cette pièce de collection... et pour le coup, ça fait un peu voyager dans le temps. Si les vinyles, et les cassettes, ont encore un peu de vitalité (un jeune label clermontois les disques bleus utilise ce support), le "CD-rom" culturel lui fait bien partie du passé...  

Si par le plus grand des hasards, des gens nées après 1990 lisent cet article :  Le cédérom (en français) est né du disque compact (laser) en 1985... et a remplacé la disquette (8 pouces -souples-, 5,5 puis 3.5 pouces) comme support de stockage. La commercialisation grand public arrive en 1988 pour des jeux et une encyclopédie. Quelques CD se substituaient à 20 kg de livres volumineux. L'interactivité et la possibilité de jouer entre images, sons, animations suscitent  la création d'objets culturels. On visite par exemple Le Louvre dans son salon. 

En 1995, ce n'est pas encore très grand public, comme on le voit dans cet article de Libération : 

Vous êtes installé devant votre ordinateur, un whisky dans la main  gauche, une souris dans la main droite. Vous venez de choisir un CD-Rom et le sujet vous passionne. Le prix, 315 francs (une moyenne, le prix des CD-Rom varie de 100 à 500 francs, voire davantage), vous a fait hésiter, mais la pochette alléchante a emporté votre décision. Vous lancez le disque. Musique? Non, un message «veuillez vérifier la configuration de votre ordinateur». Vous passez alors quelques minutes à vous débattre avec la notice du CD-Rom, jonglant entre icones et tableaux de bord.

Enfin, vous voici devant un choix: écouter un commentaire, lire un historique, voir des photos, visionner un film. Le commentaire? Plat, inintéressant. Vous faites la moue. La vidéo? Hélas, elle est réduite à la dimension d'une carte de visite, couleurs douteuses et images saccadées. Le texte? Mal présenté, incomplet, et truffé de fautes d'orthographe. Reste les photos. Une quinzaine de clichés s'enchaînent, archiconnus, avec en fond sonore une explication pontifiante. Mais impossible d'interrompre ce diaporama indigeste. Un peu excité, vous finissez par «planter» votre ordinateur. Vous vous dites alors que rien ne vaut un vrai livre ou une vraie cassette vidéo.

On peut parler d'un phénomène commercial, avec une offre pas toujours au niveau... Et Libération sur la période 1995-2021  consacre 1 757 articles au CD-Rom et aux nouveautés.... mais dès 1997, on trouve un premier article qui s'interroge sur l'avenir... et en 2001, un autre titré "Le CD rom perd connaissance".  Ceci explique que j'ai trouvé dans les bacs d'un GIFI à deux euros cet objet quelques années plus tard. Pour mémoire,  Jean-Louis Murat est un des premiers à créer son site jlmurat.com début 1998 sur  internet, qui rendra caduc le CD-Rom. 

Ressources: Regard rétrospectif sur les CD Rom culturels et https://hal.science/hal-03181146/documen  https://rotek.fr/cd-rom-40-ans/

Cette parenthèse historique n'est pas inintéressante car le Cd rom "Morceaux choisis" fait bien partie de cette histoire: il est présenté par le journal comme la première compilation musicale interactive. Il est indiqué "volume 1" sur le côté de la boite... mais je ne trouve aucune trace d'un volume 2. Rappelons que Libération est à l'origine de plusieurs pièces de collection "muratienne": cd "Murat en plein air", cd 2 titres "Murat live" et  Cd "vendre les près"... sans parler des UNE qui seront consacrées à Jean-Louis. 

Voici un article qui  parlait du Cd-Rom:  Libération19/01/96     Balade et ballades interactives

"Bashung, Cesaria Evora, Jimmy Scott, Lobi Traore, Manset, Portishead et Soul Coughing ensemble sur un même CD, ce n'est pas pour un concert exceptionnel au profit d'une cause quelconque. C'est Morceaux choisis, la première compilation "interactive" réalisée par Virgin et Libération, à partir d'une sélection de groupes et de chanteurs représentatifs des grandes tendances musicales du moment.

Morceaux choisis est un CD hybride, à la fois CD-Rom et CD audio. On peut le passer sur une platine laser, pour entendre les morceaux in extenso. A condition toutefois de ne pas lire la première piste où sont placées les données informatiques (risque réel d'endommagement du matériel hi-fi). C'est quand même avant tout un CD-Rom, à condition de ne pas vouloir écouter trop de musique. Morceaux choisis propose une balade dans l'univers des musiciens, grâce à la collaboration graphique d'une douzaine d'illustrateurs comme Carlotta, Cathy Millet, ou Makeit. On peut aussi voir des minividéos mettant en scène des critiques musicaux de Libération, ou lire certains de leurs articles. C'est assez beau, mais un peu lent.

"Morceaux choisis", éditeurs Virgin et "Libération", compatibilité PC et Mac, 250 F."

Voici donc ma petite vidéo bricolée sur cette curiosité:

 

 

Après avoir fait le Geek du RETROGAMING sur ma chaine twhich, schitwh...euh: twitch!

j'ai vite l'envie de passer à autre chose... et de parler un peu plus de ce que Jean-Louis choisit de chanter... avec la contrainte de durée qu'on avait dû lui donner. Cette vidéo me laisse des impressions mitigées, mais les signaux envoyés sont effectivement contradictoires. Sous cette lumière tamisée et romantique, Jean-Louis, plus "jeune premier" (à 42 ou 43 ans!) que jamais, semble néanmoins un peu sorti du sketch des inconnus ("et vice et versa" de 1992) et minaude, peut-être un peu intimidé de chanter a capela... Et que nous chante, ce jeune Hidalgo -tourmenté du talon de Platini-*? Une chanson sur un nigaud!  A la fin, l'oeil coquin  et ses "mmm mmm" laissent penser qu'il y a là de la malice, en plus de chanter un air traditionnel dans le truc le plus hype et moderne de l'époque. Et si l'illustration dans le cd-rom est clairement inspirée par le petit prince (en étant un peu hors-sujet au vu de ce que chante Murat dans  "St- Ex" -clip en bas de l'article), ce jardin clos verdoyant peut évoquer aussi le jardin du Roman de la rose (œuvre poétique française médiévale de 21 780 vers octosyllabiques)... Murat aurait donc pu y trouver l'idée de cette chanson ancienne.

*bon, j'éclaircis  : Hidalgo, c'était l’entraîneur de l'équipe de france de Football à la coupe du monde au Mexique. Platini que Murat appréciait souffrait du talon durant toute l'épreuve, et ça a donné la chanson "Achille à Mexico" en 1998. 

Le fait est que ce choix ne doit pas nous surprendre: quelques années plus tôt dans "Murat en plein air", il chante déjà Le pastrassou dien sa tsabano, une chanson traditionnelle auvergnate recueillie par J. Canteloube, qui a dit : « Les chants paysans s'élèvent bien souvent au niveau de l'art le plus pur, par le sentiment et l'expression, sinon par la forme».  En 2013, dans ses chansons préférées, il donnera "la complainte de mandrin", "ne pleure pas, jeannette"(que lui chantait sa grand-mère -le monde 1991), et "marions les roses" (chant traditionnel immortalisé par Malicorne, groupe qu'il appréciait - Il en a témoigné à Marie, la chanteuse, qui travaillait à Virgin quand il fréquentait les bureaux de la maison de disque).  Cette perpétuation de la chanson traditionnelle française, on la trouve partout dans l'oeuvre de Jean-Louis où l'on chante les bois et les roses, les fontaines, les mois et les saisons, le coucou et les chats, Colin et Margot, et même les soldats, avec des sous-entendus sexuels qui vont avec ("nous n'irons plus au bois", "le rossignol"...cf ici  ou ). En 2002, il disait:

Moi, j'essaie plutôt de rester dans le tronc, dans la montée de sève. Quand tu travailles sur des textes comme ça, tu t'aperçois que ce qu'on appelle la chanson française, c'est la langue classique, celle qui a été posée au XVIIe siècle et qui possède sa musique intérieure. Et on y revient toujours, quels que soient les détours.

Dernier élément:  il a évoqué à de nombreuses reprises sa grand-mère qui "chantait tout le temps. Elle connaissait des centaines de chansons. Des qu'elle en entendait une, elle essayait de la reprendre. EIle avait une oreille très juste et chantait super bien".    Il pense sans doute à elle avec cette chanson. 

Alors, cette chanson (qui est largement présente dans les compilations de comptines, chez Henri Dés et même le Grand Orchestre du Splendid ), on la connaît chez les muratiens, sous le nom de "et toi de m'encourir"... mais on trouve de nombreuses appellations ce qui complique quand même les recherches!! Voyez plutôt:

Le petit nigaud,  Le coucou, Le bois ou En passant par un petit bois ou même: En passant dans un p'tit bois où les coucous chantaient (tel que dans le recueil des chansons populaires de 1887) ou encore :   et moi, je m'enfoui-foui (en lieu et place de Encourir, par Guy Béart, Chansons éternelles de France 1966 ou 67 -), et même  Peureux, Peureux de tout  ou du « Poltron », et donc quand même "à toi de m'encourir"... verbe qui a l'avantage d'être peu usité et facilite donc les recherches. Il peut signifier ici : "devoir supporter quelque chose de fâcheux". M. Sarkozy ne connaît sans doute pas le terme, cela n'empêche donc pas d'être un nigaud.

En premier lieu, disons que la chanson n'est pas auvergnate, elle a beau exister dans un fond patrimonial du Pilat, on la trouve aussi répertorié dans le Loiret,  le Finistère (recueil des chansons populaires de E. Rolland de 1887).

                                                                                    Réédition de 1987 de livres parus pendant la guerre.. Dessin illustrant la comptine.

 

Dans une source citée dans le paragraphe précédent, elle est classée comme "une chanson de randonnée".

« Le Petit Nigaud » fait partie des ces chansons et contes de « randonnées », un terme très imagé pour décrire les formes littéraires orales qui pourraient se réciter à l’infini. La « randonnée » se déroule comme lors d’une promenade, le personnage principal faisant sur sa route de multiples rencontres : ici, le canard, le coucou, le moulin… L’histoire est simple, tout comme la construction du récit, accessible aux tout-petits qui s’amusent par ailleurs beaucoup des répétitions du texte.

Il y a plusieurs types de « randonnées » (par accumulation – à l’exemple de “Alouette, gentille alouette” ou par élimination, entre autres) et il s’agit vraisemblablement ici d’une « randonnée de succession » c’est-à-dire un récit d’étapes au sein desquelles un problème, une situation, un scénario se répète inlassablement.

Théoriquement, la « randonnée de succession » s’achève lorsqu’une solution apparaît. Dans le cas de notre petit nigaud, nous n’avons mis la main sur aucune fin connue… Peureux il est, peureux il restera !

 

Jean-Louis ne chante que quelques couplets, mais d'autres strophes existent... et deux qui pourraient avoir une connotation anticléricale car l'enfant y a peur du "prieur" (qui chante Alléluia)  et de "moines" (chantant Te Deum)... Cela aurait pû lui évoquer sa grand-mère : "J'avais une grand-mère qui, à vingt ans, a fait six cents kilomètres à pied, dans les bois, parce qu'elle s'était sauvée d'un couvent où l'avaient placée ses parents lorsqu'elle était gamine. Autant dire que dans la famille, il ne fallait pas nous parler des curés et de la religion" (Inrocks 1989, n°18).

Et un autre couplet où une "bonn'femme" lui propose de faire dodo (Il faut avoir l'esprit mal tourné quand on écoute des comptines!). Ceci nous amène à une dernière interprétation qui serait  de dire que "le monde est plein de méfiant" (cf cette chronique suisse)... et cela me donne l'image du petit auvergnat, dans sa vallée enclavée, qui se méfie du monde extérieur et des quolibets des bourgeois, des touristes et versaillais-clermontois...  et qui rêve néanmoins des aventures de l'aviateur Saint-Exupery.  Par la suite,  il a rencontré l'amérique... et c'est une autre histoire...  

En passant près d'un p'tit bois
(Le peureux)

En passant près d'un p'tit bois
Où le coucou chantait,
Où le coucou chantait
Et dans son joli chant disait :
"Coucou coucou ! Coucou coucou !"
Et moi qui croyais qu'il disait :
"Coupe-lui le cou ! Coupe-lui le cou !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant près d'un étang
Où le canard chantait,
Où le canard chantait
Et dans son joli chant disait :
"Can can can can ! Can can can can !"
Et moi qui croyais qu'il disait :
"Jette-le dedans ! Jette-le dedans !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant d'vant une maison
Où la bonn' femm' chantait,
Où la bonn' femm' chantait,
Et dans son joli chant disait :
"Dodo, dodo ! Dodo, dodo  !"
Et moi qui croyais qu'elle disait :
"Cass'-lui les os ! Cass'-lui les os !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant près d'une rivière
Où les pêcheurs pêchaient
Où les pêcheurs pêchaient
Et dans leur joli chant disaient :
"Quel beau poisson ! Quel beau poisson !"
Et moi qui croyais qu'il disait :
"Quel polisson ! Quel polisson !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant devant les blés
Les moissonneurs fauchaient
Les moissonneurs fauchaient,
Et dans leur joli chant disaient :
"Ah! Quelle chaleur! Ah quelle chaleur !"
Et moi je croyais qu'ils disaient :
"Ah! quel voleur ! "Ah! quel voleur !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant devant l'église
Le prieur célébrait,
Le prieur célébrait,
Et dans son joli chant disait :
"Alléluia ! Alléluia !"
Et moi je croyais qu'il disait :
"Faut prend' le gars ! Faut prend' le gars !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

En passant près d'un moulin
Pendant qu' la roue tournait
Pendant qu' la roue tournait,
Et dans son joli chant disait :
"Tic tac, tic tac ! Tic tac, tic tac !"
Et moi je croyais qu'il disait :
"Mets-le dans l' sac ! Mets-le dans l' sac !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

Tout en passant près du couvent
Les moines y priaient,
Les moines y priaient,
Et dans leur joli chant disaient :
"Te Deum Te Deum ! Te Deum Te Deum !"*
Et moi je croyais qu'ils disaient :
"Tuez donc l'homme ! Tuez donc l'homme !"
Et moi de m'encourir
Et moi de m'encourir.

 

 

La version de Béart: 

 

En passant près d'un moulin
Que le moulin tournait (bis)
Et dans son joli chant disait
Ketiketac ketiketak
Et moi je croyais qu'il disait
Attrappe attrappe
Et moi je m'enfoui foui
Et moi je m'enfouiyais (bis)

En passant dans un grand bois
Que les coucous chantaient (bis)
Et dans leur joli chant disaient
Coucou coucou
Et moi je croyais qu'il disaient
Coupons'y l'cou, coupons'y l'cou
Et moi je m'enfoui foui
Et moi je m'enfouiyais (bis)

En passant près d'une église
Que les abbés chantaient (bis)
Et dans leur joli chant disaient
Alleluia alleluia
Et moi je croyais qu'il disaient
Ah le voilà, ah le voilà
Et moi je m'enfoui foui
Et moi je m'enfouiyais (bis)

En passant près d'une prairie
Que les faucheurs fauchaient (bis)
Et dans leur joli chant disaient
Ah l'beau faucheur, Ah l'beau faucheur
Et moi je croyais qu'ils disaient
Ah vl'à l'voleur, ah vl'à l'voleur
Et moi je m'enfoui foui
Et moi je m'enfouiyais (bis)

 

LA NOTE EN PLUS

En 2010, lors d'un "chat" organisé par Télérama, une personne a demandé à Jean-Louis Murat, ce qu'il chantait à ses deux jeunes enfants.   C'est à lire ici:

https://www.surjeanlouismurat.com/article-la-berceuse-de-justine-42764931.html

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #le goût de qui vous savez, #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 20 Septembre 2025

Bonjour,

Allez, quelques petites choses...  

[NB : C'est complet pour la soirée à Volvic pour le lancement du livre de F. LORIOU, avec JP NATAF]

 

On commence par une archive inédite retrouvée au fond d'un disque dur et on distribue des liens en plus:

 

1983. Voilà, appelé à la barre, le sieur Jean-Louis Murat, qui avoue déjà l'âge de 30 ans (on se rappellera qu'il fut longtemps mention d'une naissance en 1954). Au vu de l'invité-l'accusé- principale, les questions tournent autour de l'érotisme, c'était Régine Deforges. 

Et le président (Claude Villers) d'interroger : "vous pensez que la mort est érotique, sensuelle?"... et Jean-Louis d'indiquer que "suicidez-vous le peuple est mort", il trouvait juste ça drôle, ces mots ensemble, et qu'il n'y avait donc pas de message. Il indique ensuite qu'il a des enfants, mais qu'il n'est pas vraiment marié. On l’entraîne ensuite dans une zone marécageuse, qui est aujourd'hui bien datée. 

Murat ne gardera pas un bon souvenir du moment. 

Ce n'est pas si terrible, mais en 2000, à la question sur son pire souvenir, c'est à cette émission qu'il pense, indiquant qu'il avait été complétement désarçonné au moment de chanter... En fait, il ne s'agit pas de l'interview enregistrée en elle-même, mais de séquences à côté (il est probable que l'émission ait été enregistrée, et non diffusé en direct).   A 12'40:  Murat parle de la méchanceté absolue de Pierre Desproges, et il est vrai que les versions des chansons de ce jour-là montrent une certaine fragilité (au niveau du texte,- à écouter ci-dessous).

Ce live est quand même très touchant...et on  remercie encore le regretté Matthieu Guillaumond de nous avoir fourni cette archive.

Dommage pourtant que Murat et Desproges ne se soient pas trouvés  ce jour-là.  Ils avaient des points communs, comme l'amour de la littérature classique (Bloy...), le côté iconoclaste et provocateur, parfois réac, la critique de la démocratie, mais Jean-Louis se revendiquait du peuple, football et gilets jaunes... Certainement pas le cas de Pierre Desproges.  (J'ai gardé le lien suivant plusieurs années dans ma barre de favoris en attendant une occasion  : Pierre Desproges, un humoriste de droite ?  Intéressant).

Ceci, il l'expliquait dans cette même campagne de promotion, en 2000, à propos des Guignols  (sur MCM). 

-----

Petite anecdote dont les plus fidèles et attentifs lecteurs se seront souvenus... Murat vient dans cette émission défendre son LP Murat  enregistré par Michel ZACHA...  Ce dernier était ami de Desproges, et il nous a raconté qu'il était très fier de son travail réalisé pour sortir sur disque  les plaidoiries :

ZAC:   Je vais t’étonner mais l’une des prods dont je suis le plus fier c’est l’intégrale de Pierre Desproges!  C’est l’exemple même de ce que peut être le métier du son :  Pour "La Scène", pas de problème (j’avais enregistré les deux spectacles sur mon Tascam 8 pistes) ; pour "les Chroniques de la haine ordinaires" idem ; mais pour les Réquisitoires :  Imagines-tu la somme de travail qu’il a fallu pour aller récupérer à l’INA les enregistrements sur bandes magnétiques de trois années de tournées dans toute la France du Tribunal des Flagrants Délires : 600  enregistrements qu’il a fallu numériser sur bandes DAT puis transférer dans mon ordinateur ( un Mac du moyen-âge :1992 ! ). Ensuite , avec Hélène Desproges, nous avons TOUT écouté, choisi les meilleures prises et là le véritable travail a commencé : tous les Réquisitoires de Pierre étaient écrits et nous avons décidé de respecter son texte à la virgule près. Cerise sur le gâteau, pendant le déroulement des réquisitoires Luis Rego et surtout Claude Villers faisaient des commentaires et des réflexions qui faisaient rire le public. Si on les avait gardés, non seulement ce n’était plus le texte de Pierre mais en plus notre cher « Massif Central » réclamait des droits exorbitants. Nous avons donc décidé de NE CONSERVER QUE LE TEXTE DE PIERRE !

Ce qui veut dire qu’il a fallu couper toutes les interventions de Villers/Rego, tous les rires, les hésitations, les digressions, pour reconstituer le texte de Pierre, à la virgule près sans que personne n’entende les montages, comme si Pierre avait parlé naturellement sans être interrompu. Accessoirement il fallait que la prise faite à l’hôtel de Ville de Lyon devant 200 personnes, soit "raccord" au niveau du son avec celle enregistrée en plein air sur le port de Dieppe !  Un immense travail pour que, finalement, le public ne se doute de rien !  C’est-ça une bonne réalisation. Et je devais bien ça à mon ami.

 

Le talent de Desproges ce jour-là : 

LE LIEN EN PLUS QUI EST UNE CAPTURE

 

Dans "Réponse PHOTO" (10/09/2025)

LA CHRONIQUE EN PLUS

Sur RFM

UN BRIN DE MUSIQUE EN PLUS

Si ça vous a donné envie de chanter (vu la météo annoncée de toute façon pour ce week-end...):

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques, #2023 après

Repost0

Publié le 16 Mars 2024

Et bein, c'est souvent comme ça, j'avais un truc un stock depuis quelques jours, et voilà que l'actualité arrive pour créer l'occasion de la parution... et ce jour, c'est l'annonce du décès de Franck Darcel, ex-Marquis de Sade, 5 ans après celui du chanteur P.  Pascal, là encore une mort survenue  beaucoup trop tôt (65 ans pour Darcel). 

Ce groupe, même s'il n'a pas eu le grand succès public, a l'étiquette du groupe culte (notamment pour Dominique A.). A priori, aux jeux des 7 familles "pop", c'est bien sûr les cartes  "DAHO" qui seraient à utiliser pour les hommages (« Mon cher Frank, mon ami, toi sans qui…..des milliers de souvenirs affluent et les mots ne me viennent pas pour exprimer ce vide. Merci d’avoir été dans ma vie et de l’avoir changée à jamais », témoigne le chanteur avec lequel il a travaillé longtemps), et même les connexions rennaises de Murat ne sont pas évidentes (cf cette anecdote de Didier sur son blog avec le rennais Tonio Marinescu à propos de P. Pascal).  A part Virgin,  un autre tout petite lien existe avec Jello (Jean Clerc), ex-Starshooter, qui a été régisseur sur une très grande  partie de la tournée Mustango. Jello a joué avec F. Darcel et aussi sur la tournée "la notte, la notte" de Daho.  Franck a écrit plusieurs livres et été engagé dans le Parti Breton...  Être ancré dans un territoire était donc un point commun avec Murat, mais pour JL, il était hors de question de militer et de revendiquer une identité régionale.

Sur Franck : France3    les inrocks

 

Mon archive en "stock" qui permet de retrouver une chanson de MARQUIS DE SADE, est un film pour le moins underground, La brune et moi,  qui permet de partir en safari pour écouter toute une faune de la scène rock en 1980. 

Je voulais vous en parler car en le visionnant, on peut imaginer qu'après Astroflash, The Questions, se soit autour de  Clara, le premier groupe de Jean-Louis, d’apparaître...  En effet, on y retrouve la scène musicale de l'époque et certains qui ont croisé Jean-Louis au moment de Clara: On y voit un membre d'Asphalt Jungle qui était à la Bourboule au festival de 1978 (l'article de Matthieu qui nous  raconte l'événement  ici),   les Edith Nylon (co-affiche avec Clara en 1980, rencontre électrique, on en parlé dans "Clara file le nylon et met à bas Edith", là encore grâce à Matthieu), un membre d'Extraballe dans lequel a joué Olivier Huret (participant du festival de la Bourboule et futur éditeur chez EMI et donc des premiers disques de Murat). Last but not least :  une chanson des DOGS... et ce qui m'a un peu surpris, beaucoup de saxophone, instrument que Jean-Louis utilisait aussi à l'époque.    Évoquer cette période juste après l'interview de F. DELMOTTE où il était question d'un Jean-Louis, sur fond de clavier variété,  chanteur à succès,  invité des plateaux télé,  est je trouve  assez "saisissant".

                                                                         @guy Forgeois

 

Sur cette période et Dominique Laboubée des Dogs  ( Murat a chanté une de ses compositions : "tomber sous le charme" de Louise Ferron)  une citation de Jean-Louis qui indique que je ne me trompe pas en vous proposant ce film :

J’ai branché ma guitare en 76 et j’ai vécu pleinement tout le mouvement musical de cette époque. On jouait dans les festivals (avec Clara, ndlr) et j’ai connu la vraie vie de groupe des années 70 en France. Je me souviens très bien que les Dogs avaient la classe, c’était un modèle. J’étais content de rendre hommage à Dominique Laboubée (avec la chanson Gel et rosée sur Lilith, ndlr) parce que c’est un personnage qui a amené quelque chose de supérieur. Dans la manière de se comporter de Bashung, il a un peu de lui. Il a posé un genre, une espèce de dandysme viril, quelque chose de cochranien. Il avait un sens de la beauté et de l’esthétique qui d’un seul coup donnait une dimension artistique à la chose. J’étais très triste de la fin de tout ça.   Plus d'infos ici

 

Pas de lien direct avec Murat, mais le film se termine sur un titre rare des TAXI GIRL, avec la participation de Pierre Wolfsohn, le batteur qui fera une overdose quelques temps plus tard - hasard: j'ai cité son Papa dans l'article précédent-   (PS: En 2013, à la mort de D. DARC, j'avais commis un article "Daniel Darc/Murat, si loin, si proche").

 

Je vous conseille avant ou pendant le visionnage de consulter l'article de section 26 avec tout le  name dropping, le who's who autour du film. Curiosité : la présence du grand acteur Pierre Clementi ( à la filmographie impressionnante : Visconti pour Le guépard, Bunuel pour Belle de jour, Rivette, Bertolucci, Garrel, Molinaro...).

 

Le film est à voir sur Henri la chaine de la cinémathèque française:

https://www.cinematheque.fr/henri/film/56302-la-brune-et-moi-philippe-puicouyoul-1979/

 

Sorti en 1981, La Brune et moi s'avance comme la version moderne de La Blonde et moi (The Girl Can't Help It). Dans le film réalisé par Frank Tashlin en 1956, une pin-up peroxydée (Jayne Mansfield) aspire à devenir une vedette de rock. Autour d'elle gravitent les plus grands noms du rock'n'roll : The Platters, Little Richard, Gene Vincent, Eddie Cochran... Vingt ans plus tard, Philippe Puicouyoul reprend cette même idée. Le film est construit comme une compilation sur 33 tours de hits post-punk. Onze groupes se partagent la piste musicale, huit se produisent à l'écran : Ici Paris, Marquis de Sade, Edith Nylon, Les Privés, Go-Go Pigalles, The Questions, Astroflash, les Dogs. La comparaison avec La Blonde et moi, production hollywoodienne Fox, s'arrête là : tourné en 16 mm, La Brune et moi a tout d'un film amateur. Monteur sur les Chroniques du temps présent de Pierre Clémenti, Puicouyoul convainc l'acteur-réalisateur d'endosser le costume étriqué du banquier De Royan. Anouschka, sa partenaire aux cheveux crêpés, est recrutée via une petite annonce circulant dans le milieu punk. Deux pionniers du punk français complètent le générique : Ricky Darling, guitar hero d'Asphalt Jungle, et Pierre-Jean Cayatte, neveu du réalisateur André Cayatte et bassiste de Gazoline. Musiciens et figurants seront engagés directement à la sortie des concerts ou dans la rue. Pour la production, Philippe Puicouyoul peut compter sur le soutien de la société Top Films et sa productrice Léone Jaffin. Les trois semaines du tournage s'avèrent chaotiques. L'équipe filme dans les sous-sols de Beaubourg. Aux caprices de l'actrice principale s'ajoutent des problèmes juridiques. À tout moment, producteurs et labels risquent de faire valoir leurs droits sur les groupes sous contrat et, ainsi, de faire capoter le projet. Profitant d'un flou juridique, la production passe en force. Les morceaux gravés sur disques seront tous réenregistrés. L'exploitation du film est rudimentaire. Méprisé par la critique, La Brune et moi ne restera à l'affiche qu'une semaine, pour un total de 570 entrées ! Petite consolation pour son réalisateur, le film obtiendra le Prix du jury du premier Festival international du film musical du Rex en mars 1981.

David Duez

 

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 13 Février 2024

Chaque jour que Dieu fait, il est possible de trouver un petit souvenir ou un anniversaire...  Le 13/02/2013, sortait en ligne l'expérience vidéo de Laetitia Masson  "the end etc..".  Il est désormais impossible de visionner l'ensemble, mais il reste les 5 enregistrements de Jean-Louis Murat de cette enième collaboration avec Laetitia.  (et nouvelle occasion pour elle de le filmer en studio après le Cours ordinaire des choses et grand Lièvre). 

L'occasion assez unique pour Jean-Louis Murat de se confronter à un répertoire politique, même si c'est "l'occasion de se détacher" encore plus : sur l'internationale, "Murat  commente à la fin :  "C'est une chanson qui s'adresse à 18 % de la population, il y a plus de retraités que d'ouvriers en France"... et le bon sens près de chez nous : "Le nombre de paysans a été divisé par 10 mais le nombre de fonctionnaires du ministère est constant".   et sur la Marseillaise, il dira qu'il se sent plus prêt de "la danse des canards " que des hymnes. 

"l'idée" de Charles d'Avray, l'internationale et la Marseillaise, "ni Dieu, ni maitre" (une chanson de 1892, anonyme, avec ajout d'Achille Leroy) et un inédit "l'envers du zébu"...  avec la participation de Jeanne Cherhal au choeurs (avec Fred sur la Marseillaise) qui n'entrainera pas d'autres collaborations.

 Quelques temps plus tard, sortait Toboggan.

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

Repost0

Publié le 31 Janvier 2024

J'étais dimanche en promenade, un peu la flemme de sortir l'appareil à un endroit multiphotographié déjà depuis 24 ans que j'y monte désormais. Et puis, finalement... Et j'ai été happé par le graphisme que le ciel me présentait... et j'ai pensé à Gagner l'aéroport...

D'où ce petit montage qui fait écho au premier clip fait sur cette même chanson   il y a 9 ans (... fait à l'arrache comme d'habitude, j'ai laissé le son de la vidéo d'accompagnement sur la 2e partie du clip...). Pas de quoi avoir droit au festival du court métrage de Clermont-Ferrand (à la différence des oeuvres de Biscuit Productions... on en reparle en fin d'article).

Puisque j'étais sur ma chaine youtube, j'ai profité pour mettre en public quelques vidéos qui n'étaient visibles que sur le blog.  Quelques surprises à aller dénicher...  Je vous en mets juste certaines ici:

- Période BABEL:

Une interview pour se rappeler d' Uriage en voix, avec les copains et copines.

-un Titre live diffusé sur Europe 1 (francos)

- Pour se faire du bien, la critique dythérambique sur IL FRANCESE :

C'était déjà en mode "public" mais voilà l'occasion:

- La Féline!  On la retrouvera  au Week-end Murat, yes sir! le 21 et 22 juin 24, et très prochainement aux VINZELLES (Volvic), avec les Argil (ex - Hiver Pool).   Merci aux nombreuses personnes qui ont déjà réservées leur place (5 mois avant, c'est top pour mon... sommeil)!

 

On retrouvera aussi Denis: CHARCOT, qui m'avait donné sa reprise de TIGE D'OR

- ET puisqu'on en est au Week-end Murat, j'ai envie de vous réinviter aussi à réécouter Eryk.e  live lors de l'édition 2023 (un peu maigre le nombre de vues).  Il sera à nouveau présent.  Sur un texte de Jean-Louis Murat:

Merci au site NOSENCHANTEURS !  Ils ont parlé du Week-end à l'occasion de l'anniversaire de Jean-Louis Murat en partageant la chanson inédite d'ALAIN KLINGLER que ceux qui ont été présents l'année dernière ont découvert en exclusivité.   A VOIR ICI     En 2024, vous aurez encore droit à de l'inédit!

 

Ah profitons-en : COCO MACE qui nous a chanté "montagne" de si joli façon a sorti sa nouvelle chanson il y a deux semaines , et j'aime beaucoup:

 

- Je retrouve pleins de trucs sur cette chaîne que j'avais oublié (dont les vidéos privées, et celles bloquées... faut que je trouve le moyen de vous repartager Nolwenn Leroy chantant Murat a capela... ).  Un petit travail de Matthieu qui était non répertoriée pour se promener dans différentes versions de l'Examen de minuit... mais il n'y pas celle que je préfère....

-  Quant à mes mouflons,  ils ont été bien vues...  et Royat, mon dernier concert, ce fut...

LE LIEN EN PLUS ANNONCE TOUT EN HAUT

 

Le festival du court métrage rendra hommage à Jean-Louis Murat lors de la cérémonie d'ouverture le 2/02 avec la diffusion d'un clip signé Biscuit Production.

 

 

Biscuit Production, c'était aussi "je me souviens" au théâtre de la Bourboule... Ils viennent de s'en servir à nouveau pour le clip de Dionysos qui reste encore à paraitre.

Voir les commentaires

Rédigé par Pierrot

Publié dans #montagne - rando et photos, #vieilleries -archives-disques

Repost0