Derniers articles sur le disque "le TOUR DE FRANCE de Jean-Louis Murat"

Publié le 27 Juillet 2026

Pas des tonnes d'article sur le disque live "tour de France de Jean-Louis Murat" mais j'ai quand même un peu de stock à partager. Bonjour quand même!

Pour commencer, la masterpiece, sur le style et le fond,  et on ne s'étonnera pas que ce soit signé Clément Chevrier pour Section26,  l'ancien musicien des The Delano Orchestra et de Matt Low ou Garciaphone. On avait déjà lu son hommage pour Christophe Pie (dont il sera question), ses mots sur Les travaux sur la n89, ou pour le décès de Jean-Louis.

Je vous invite à lire sa chronique publiée le 5/06/2026 dans les meilleurs conditions sur le site: https://section-26.fr/jean-louis-murat-tour-de-france-2022-scarlett-wagram-cinq7/ et de revenir pour la suite...

« As-tu aimé poser ton cœur à l’intérieur d’un être heureux ? »

C’est une vieille question qui revient à l’écoute de Tour de France 2022, l’ultime album – à date – de Jean-Louis Murat, et le premier posthume de ce que les fans les plus insatiables espèrent voir devenir une série – une nouvelle carrière, peut-être.

Le rêve d’un coffre aux merveilles, d’un vault comparable à celui de Prince à Paisley Park, a été entretenu par l’Auvergnat lors de ses interviews. Il aimait gloser sur la discipline de l’artisan, sur l’écriture quotidienne, et les comptes montent vite : malgré le rythme effréné de publication adopté à partir des années 2000, des montagnes de chansons inconnues dorment quelque part – peut-être.

Mais – toustes les auteurices de chanson issu·es de cette Terre vous le diront : à moins d’un état de grâce particulier, il faut écrire beaucoup pour ensuite trier le bon grain de l’ivraie, et savoir jeter, jeter et jeter – et semer. Ce que Murat a su et dû faire, en se plantant parfois – comme tout le monde. Aussi, quiconque l’a vu en concert sait qu’il y a toujours eu des inédits, que certains ont fini sur les albums, d’autres non, et que parfois les merveilles restaient sur le carreau, sans autre trace que les mémoires. Et que nul disque n’est parfait – hors la période qui s’étend de Live in Dolores à Le Moujik et sa femme et presque Lilith – l’état de grâce. Avant, des choses ont vieilli, des intentions ont pesé sur les chansons. Après, il y a eu deux tentations entre lesquelles naviguer : celle de la zone de confort musicale, parfois combattue, parfois non, et celle d’obsessions dans les paroles qui ont pu être redondantes – ce n’est pas un reproche, mais un constat inévitable dans l’art difficile de faire carrière.

Un sommet s’élève dans cet après, l’inusable Taormina, parce qu’un disque qui abrite « Accueille-moi paysage » est aussi existentiel que possible, et que c’est peut-être la meilleure veine de Murat – la métaphysique du quotidien, non dénuée d’humour. Babel est juste derrière – tout juste.

*Hors vault, on se retrouve donc en 2026 avec ce live d’une tournée réputée excellente – que j’ai loupée, et – spoiler – je m’en mords les doigts, parce que le groupe fonctionne comme il n’a pas fonctionné depuis longtemps – le Delano Orchestra de Babel ? Les débuts du trio avec Stéphane Reynaud et Fred Jimenez ? Tout n’est pas parfait – heureusement – ce n’est pas le propos – jamais. Il ne s’agit que de sentir le temps ne plus s’écouler de la même façon, parfois même de le voir étal, tel qu’il est – on n’est pas à l’abri d’un coup de pot.

Sur scène en 2022 avec Murat, le fidèle Jimenez à la basse – cf. Benicassim 2000, coup de pot 3000 – et les Clavaizolle père et fils, Denis et Yann aux claviers et à la batterie. Advient ce que l’on n’osait espérer : la sortie des petits sentiers qui tournaient de plus en plus en rond, de plus en plus près de la maison – ce qui faisait que les derniers disques et les obsessions devenues patrimoniales pouvaient laisser au loin, à la porte – fermée de l’intérieur, un riff et un ciné vox de plus et cætera, un peu rock, un peu soul, un peu ça – des rêves barricadés de maréchaux d’empire, loin des quasars et des prairies.  On sent Murat heureux d’avoir un groupe aussi bon – capable de trouver de nouvelles directions, de le surprendre – pas seulement solide – comme s’il fallait à la fois se connaître et ne pas se connaître, parce qu’il s’agit bien là de l’opposé du « se connaître par cœur », il s’agit d’attention à la chanson et il s’agit d’inspiration, et de surprise, et de je-ne-sais-pas – de relations renouvelées, et de moment.  Les claviers varient les timbres et sortent la guitare de Murat de la tentation du discours, autant qu’ils la soulagent de la charge harmonique – et ainsi peut-il en faire moins, choisir, et en faire moins au chant pour faire mieux, autre – la façon dont il arrive à « la mort est dégueulasse » sur Taormina redit en une entame de couplet sa dette infinie envers Véronique Sanson. Denis Clavaizolle applique une discrète Leslie à un piano acoustique glissé parmi les nappes, et on entend soudain les échos des encablures qui séparent Taormina de Pompei, l’Etna du Vésuve.  Une autre dette, envers Léo Ferré, sur le duo piano-voix de « La Pharmacienne d’Yvetot » : même étirement dans le koan paroles et musique, même fond de colère anarchiste, sans le cœur à gauche. Issue de Morituri, il y a également « Frankie », aussi inspirée en mélodie – la marque de cet album post-Babel – sauf que les paroles posent question à l’auditeur.ice qui n’éprouve pas la peine de Murat pour la fin de certains mondes.

Parmi les chansons récentes, qui composent en majorité le reste de la set-list, ce sont les plus éloignées du terreau ciné vox, celles qui vont voir du côté de l’amour – venu, parti – qui enchantent – La Princesse of the Cool, Battlefield – de même celles qui rigolent – évidemment il y a Poulidor et Anquetil sur Montboudif, sur un disque intitulé Tour de France 2022, et les anquetilistes savent – on peut toujours crier « allez Poupou », un slogan ne suffit pas à gagner – et sans humour il n’y a pas de vie. En retrait, Où Géronimo rêvait ou Marilyn et Marianne se tiennent droit dans leurs bottes, beaucoup d’art au service d’un propos moins fin – Bitter Tears de Johnny Cash a plus de cinquante ans. Je songe avec regret que Murat n’a jamais rencontré son Rubin – son maïeuticien des adieux – il n’en a pas eu le temps.  Et j’écoute Sonny Rollins qui vient de quitter le navire à son tour, et je regrette aussi que Murat n’ait pas pu ou su mener le même genre de retraites musicales, comme disparaître pour jouer trois ans sous un pont. Ça supposait sans doute de retrouver certains démons de certaines décennies, de déranger leur sieste pour leur marcher sur les sabots dans des gigues sans fin – on ne peut pas lui en vouloir, depuis l’autre côté de disques que nul ne nous force à écouter, d’avoir continué à publier et publier sans pause ni repos. Le long silence subi à l’orée de la carrière était un traumatisme, semble-t-il.

Et je ne regrette pas ces regrets – humains.

On rencontre un inédit à deux faces, Hello You, qui fait penser à la tendance pépère géniale de Leonard Cohen et son orchestre, une ambiance de bal dans laquelle le groupe excelle aussi – c’est un compliment – et c’est la troisième dette du disque. Pour la dette envers Neil Young, Parfum d’acacia au jardin avait déjà conclu il y a longtemps – avec la rythmique du grand trio, Stéphane Reynaud et Fred Jimenez, et Christophe Pie en Poncho Sampedro. Pie, dit l’homme qui faisait mieux jouer, qui tenait le disque à la force de sa guitare rythmique imperturbable et discrète – on peut fermer les yeux et n’écouter que lui sur Parfum… comme sa batterie sur Babel, une leçon pour les bavards et pour les silencieux. Et une piste : sur Tour de France 2022 comme sur Parfum d’acacia… ou Muragostang, le format du quartet, par ses contraintes différentes de celles du trio – ne pas marcher sur les pieds des autres, avoir une conscience d’une direction générale même en cas de digression – convient d’une étrange façon au Jean-Louis Murat de concert, celui qui voulait qu’il se passe quelque chose. Clavaizolle fils marche ainsi dans les pas de Pie : il fait mieux jouer qui a la chance de jouer avec lui, il tient sans bavardage, sans se retenir, fluidité et cailloux, la barre ferme sous les vents pendant que Murat désigne au loin différentes îles, différents caps, et que ça se débrouille, ça tire des boulets de canons un peu dans tous les sens parfois – cf. Paul Bley pour la théorie des divergences fécondes –, sur la même cible à d’autres, ça scrute le lointain sans même un murmure à d’autres moments – ça surprend.

C’est, autrement dit, la grande forme, et c’est un bonheur de pouvoir enfin l’écouter avec un son aussi beau. Merci à qui de droit.

*  Reste qu’il m’est impossible d’imaginer une personne découvrir la musique de Jean-Louis Murat avec ce disque, d’imaginer sa réaction privée des passions et des mémoires dans lesquelles nous baignons. On songe à Tom Petty, chez lequel la porte d’entrée de ce côté de l’océan est le plus souvent Wildflowers – le vernis rock-quoi réduit au minimum, comme le vernis indie-comme-il-faut première façon de Murat a disparu de Mustango à Lilith, avant que ne s’applique un autre vernis en couches répétées – l’artisan folk-rock parfois imprévisible, inventeur du Facebook de 2026 à la télévision de 2006 – pas son meilleur geste.

Tour de France 2022 n’est pas Wildflowers, mais il est peut-être son Live at Leeds sans la démesure – un live qui tape, qui transfigure des chansons pas les plus courues de son répertoire pour en faire un geste artistique nouveau, riche et subtil – plus subtil que les riffs qui entament certaines chansons – et tant pis pour moi s’il y en a que j’aime un peu moins, parce qu’il y en a que j’aime follement, et que ça suffit à faire follement aimer un disque. Et puis, la dernière piste, Le Chemin des poneys, issue de Taormina, arrive en cadeau inespéré. Même le solo de guitare bourrin est finement posé comme un juron au détour d’un vers – dérangement et beauté. Tout est dans cette chanson, même ce que l’on n’entend pas. Ce que peu de gens gens ont su faire advenir.

 

Un grand merci à Clément et à l'équipe de Section26.  

Sur cette chronique, on aura très rapidement l'occasion de revenir sur le terme "redondance" des paroles, ce qui sera évident à la lecture de l'intégral des textes à paraitre chez Seghers, ce qui n'empêche pas cette "métaphysique du quotidien" bien trouvée. J'aime beaucoup cette référence à Véronique Sanson sur "la mort est dégueulasse". 

-  Note 5/5 pour le Télégramme  

Par Gérard Classe

Ce sixième album - live, qui s’ajoute aux… vingt-deux enregistrés en studio, ponctue le parcours exceptionnel de Jean-Louis Murat, disparu subitement en 2023, tel un clin d’œil affectif à son « épais » public multigénérations. Celui-ci peut donc enfin apprécier « Tour de France 2022 » comme le présent testamentaire d’une chanson à jamais vivante de l’artiste. Forcément « collect’Or », en double vinyle ou CD, il reprend une quinzaine de morceaux, captés à chaque séance d’une tournée française de 40 dates, sélectionnés par Jean-Louis parmi les meilleures prises… juste avant de s’en aller. Réalisé par son complice pianiste de toujours Denis Clavaizolle, « ‘Tour de France » (titre de la tournée choisi par l’auteur du « col de la Croix Morand », fan de cyclisme), est tout simplement somptueux.

On y savoure dans un son haute couture plusieurs œuvres du dernier opus « La vraie vie de Buck John » arrangés façon scène parmi lesquels « Jean Bizarre », « Marylin et Marianne » et quelques autres, ainsi que l’inédit « Hello You » en titre porteur de cet ultime bijou.

Jean-Louis Murat. « Tour de France 2022 ». Scarlett Wagram.

 

- On passe au fidèle Michel Troadec de Ouest france: 

Le concert posthume

Chanson. Jean-Louis Murat nous a quittés le 25 mai 2023, six jours seulement après la fin de la tournée qui accompagnait son dernier album, « La vraie vie de Buck John ». Cet enregistrement lui rend donc hommage, avec une majorité de titres de cet ultime opus. Le chanteur-guitariste y est particulièrement à l’aise, entouré d’une équipe de fidèles et excellents musiciens, les Clavaizolle père et fils (claviers, batterie) et le bassiste Fred Jimenez. Concert intense d’où se détachent « Taormina » (« La mort est dégueulasse », y fredonne-t-il…) tout en progression sur plus de six minutes. Mais aussi la très pop « Chacun sa façon » ou encore la perle inédite « Hello You »… Un disque qui nous rappelle combien le talent de Jean-Louis Murat nous manque, son chant magnétique, ses inspirations, sa vision du monde. On peut compléter l’écoute par la lecture du « Roman de Murat », signé Yann Bergheaud (Albin Michel, 22,90 €), où le regard d’un fils sur son artiste de père. Michel Troadec

 

- Dans le SOIR de Belgique:

Le Soir  - Wallonie
 mercredi 24 juin 2026 164 mots, 

Un live d’outre-tombe

Cela fait déjà trois ans que Jean-Louis Murat est mort et il nous manque. De là où il est, il nous envoie cette carte postale… Oh, c’est peu de choses, un disque live, témoignage de son ultime tournée en 2022, mais c’est aussi beaucoup. Point d’extraits des grands albums ici (Mustango, Dolorès, Le Moujik et sa femme), mais une version hantée de Taormina, une autre pas moins hallucinée de ce blues de l’Auvergne qu’est Le chemin des poneys et le plaisir de retrouver pour un moment furtif cette figure essentielle de la chanson. Paysan et poète, Murat était quelque chose comme un Neil Young à la française, son rock était aussi fiévreux que sa voix était douce et apaisante, ses mots convoquaient les grands espaces, la terre, l’intime et la grande histoire. Ne l’oublions pas. Où que tu sois, salut à toi, l’Auvergnat ! D.Z.

 

- Et un petit mot dans TELEPOCKET:

Télé Pocket - Télé Pocket
Thursday, June 4, 2026 63 mots, p. 90

Jean-Louis Murat

Trois ans après la disparition, le 25 mai 2023, de Jean-Louis Murat, “Tour de France 2022” propose 14 titres captés lors de diverses dates de sa dernière tournée. Sur ce live, le chanteur et guitariste est plus “neilyoungesque” que jamais. Impossible ainsi de résister aux somptueuses relectures du Chemin des poneys et de Taormina , deux chansons plus anciennes. C.V.D.

- Enfin, la chronique d'Hubert:   https://lamouetterouge.blogspot.com/2026/07/murat-live-2022.html

un très court extrait : "Au total une heure  quinze de bonheur. C'est beaucoup trop court! Encore! Merci à ceux qui ont fait ce disque possible. Je pense que c'est le meilleur disque live de Murat. Muragostang traumatise trop les chansons (j'étais au concert c'était fou, d'une puissance sonore inégalée, mais trop loin des chansons pour moi). Le Murat live de 1993 souffre de la comparaison au niveau de la sonorité groupe rock. Les autres enregistrement live (Parfum d'acacia par exemple) sont des expériences certes superbes mais ne rendent pas la notion de concert. Murat était un très grand, ce disque le prouve une fois de plus. Répertoire, jeu de guitare, chant. Et les musiciens sont excellent"

 

L'ARCHIVE EN PLUS

Après avoir eu un échange avec Marie Audigier ce matin, j'ai vaqué à mes occupations, dont regarder au moins une étape de l'édition du Tour de France, le faux, pas celui de 2022, puis retourner à mon grand ménage d'été, au fond de mon grenier, qui n'est pas occupé par une malle à secret... quoique... hier, j'ai retrouvé une belle affiche d'un Koloko... Bon, là, en l'occurrence, je me plongeais dans un carton non ouvert depuis 2005 provenant directement d'Allemagne.  Sur la pile à jeter, je pose directement un livre de 1987 destiné aux étudiants en Français Langue étrangère...

et je me dis, tiens, il y a peut-être un truc sur l'Auvergne... Le sommaire aurait dû me faire faire demi-tour: Est mentionné pour  "la France du Centre":  terre d'exil, puis le Pays... mais je persiste... Et voilà que je tombe sur un article sur Clermont en 1982... Je me délecte car il est abordé le sempiternelle sujet qui a fait l'objet d'un glorieux débat ici : on "traine et on s'ennuie" à Clermont-Ferrand... et sur la deuxième page... oh, mais quoi? what?... Voilà un témoignage d'une jeune vendeuse de la FNAC, habitant SUGERES (et pas Sauxillanges) ... et oui, il s'agit bien de Marie Audigier, qui nous raconte ses rêves de musique, avec sa soeur Agnès!  Et le tout est tiré d'un magazine féminin JACINTE, de novembre 1982. 

C'est peu de choses, mais c'est quand même un peu rigolo, non?

 

A la demande générale, et pour mettre à l'honneur Nathalie de Radio Riom et cette jeunesse clermontoise rencontrée,  je vous mets l'article entier: 

C'est tout pour aujourd'hui.

Rédigé par Pierrot

Publié dans #2026 Tour de France 2022

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