Le rock bourboulien (Clara, Plexiglass en 1977/1981) - PARTIE 1 "DANS LE DECOR"
Publié le 24 Décembre 2025
Récolter des témoignages sur des événements datant de 45 ans est un exercice qui pousse à l’humilité, au contraire de l’écriture et du jeu (puzzle et memory ici avec des pièces et des cartes manquantes). Chacun peut avoir une version différente d’un événement, voire raconter des souvenirs contradictoires. Voici donc un recueil de bribes surgissant des limbes de la mémoire de quelques Dom Juan Bourbouliens. L’avantage du blogging est que cet article pourra être complété, corrigé, et possiblement réfuté, par d’éventuels autres témoignages ou sources. Et j’espère que certaines archives existent quelque part afin qu’on ait un jour des éléments fiables – ça sera le seul JE de ce texte, quel effort !-.
Nos principaux intervenants sont des seconds rôles de la grande histoire, on peut les effacer, les têtes d’affiche peuvent les avoir ignorés, mais Jean-Louis Bergheaud avant Murat a traversé leur vie, parfois comme un éclair, pourtant en laissant une empreinte évidente, profonde et émouvante. Et puisqu'ils vivaient déjà les événements comme extraordinaires, des souvenirs se sont ancrés (A l'heure de finaliser ces recherches de témoignages, il parait assez juste de penser que des personnes plus proches de Jean-Louis étaient à la fois brinquebalées dans une vie agitée et à la fois dans un quotidien, une routine dont il est plus difficile de se rappeler). Comme le disait Matthieu Guillaumond à qui je dédie cet article (ainsi qu’à Bernard Hebrard et à sa famille), Au cours d'une vie, il me semble qu'on ne compte, dans le meilleur des cas, qu'une toute petite poignée d'amis, une autre petite poignée d'histoires d'amour fortes et, si tu ajoutes à cela quelques membres de la famille qui vont véritablement compter (en gros, ceux qu'on aurait envie de fréquenter même s'ils n'en faisaient pas partie), tu te retrouves avec un nombre de gens avec qui tu auras entretenu des relations profondes et intimes très réduit. Alors, à côté de ces relations-là, autant essayer de faire en sorte que les autres soient aussi enrichissantes que possible, sans chercher à tous prix à y plaquer de grandes étiquettes du type "Amour" ou "Amitié".
Quelques balises biographiques sur la décennie 1970 :
- Expo Picasso "dans le sud" (possiblement celle qui s'est tenu à Avignon de mai à septembre 70)- chez Laure Adler. Il dit avoir été puni un trimestre, mais cela ne l'empêche pas d' autres escapades:
- 1/2/3 Août 1970: Festival d'Aix en Provence avec Family, Deep Purple, Magma, et Cohen (Jean-Louis se rappelle de son entrée sur scéne sur un cheval blanc et des militants politiques insultant Cohen, même si dans l'interview de 2009 figurant dans Les jours du jaguar, tout cela est évoqué en parlant de Wight).
- 26 au 31/08/1970 : Au Festival de l'île de Wight
- 12/09/70: Concert hommage à Al Wilson à Hide Park (dans Top bab)
-24/10/71 : Naissance de Yann Bergheaud
- Fac de lettres avec un appartement clermontois avec femme et enfant, son pote Marco (Marc Lespinasse) en profite pour passer les nuits du dimanche là-bas au lieu d’aller à l’internat. Jean-Louis aurait emballé du poisson la nuit.
- Réformé du service militaire, pour tendances suicidaires, avoir un enfant ne dispensait pas forcement de l'exercice même si ça a pu être pris en compte (on croisera une autre personne dans la même situation.
- 04/07/1972: Grateful Dead à Wembley
- 1973 : Virée pour voir les Rolling Stones à l’étranger (pendant les ennuis policiers de Keith en France), avec sa femme, Marco (rencontré justement à la Bourboule grâce à la musique des Rolling Stones qui s’échappait de sa fenêtre, Jean-Louis l'a interpelé de la rue) et Jean-François Morange (autre poète et chanteur originaire de la Bourboule, c’est la première fois qu’on établit clairement un lien entre eux. Matthieu l'avait supposé notamment avec la vidéo où il apparaît avec Lucien Nicolas de la revue Chanson - Jean-Louis fut membre du comité de rédaction).
- Montée à Paris : passage chez son oncle Edmond, ponte de France Soir, puis du Figaro. Sa jeune cousine a gardé en mémoire l’arrivée de la petite troupe dans l’appartement (elle se rappelle de "l'adorable bambin blond au grand sourire âgé de 2 ou 3 ans")
- Essai de journalisme (Chanson de janvier à juillet 1976, piges non attestées à La Montagne mais affirmé par Drucker, et d’autres fanzines amateurs : cinéma, tentative de se faire publier dans les courriers des lecteurs, lien avec Dominique Faran de RTL). On en parlait là.
- 6 mois au Maroc – Agadir
- Saisons : St-Tropez, plusieurs hivers à Avoriaz -skiman chez Vuarnet Sports- (jusqu’en 1976 avec Marco, où il fait des folies sur deux planches avec l’élite locale – les moniteurs de ski chevronnés dont le futur directeur de l’ESF de Miribel. -S.Bataille liste quelques autres métiers dans Coups de tête.
- « Alentours de 1975 : Hervé Bréal rencontre Bergheaud, lors d'un séjour à La Bourboule. Il deviennent "très potes", principalement pour "une question de feeling". Lorsque l'Auvergnat monte à Paris, les deux jeunes gens se fréquentent souvent, notamment pendant l'édition 76 du Tour de France, que ces deux passionnés de cyclisme suivent avec assiduité » (Matthieu nous avait rapporté ses échanges avec l’auteur, manager de Ange que Jean-Louis lui avait fait découvrir, et qui termina rédacteur de « Questions pour un champion ». On retrouve la trace d'un autre auvergnat dans l'entourage d'ANGE : Jean-Pierre Martin, qui faisait du bal avec l'orchestre Concorde 73 dans les années 70, c'est par lui qu' Eric Toury fut lui aussi un collaborateur de ce groupe).
- Passage à Thonon chez des amis (Gérard Guillaume, ami d'enfance de la Bourboule, né le 1er mai 52, rencontre avec Jacky Stadler, futur organisateur du festival des Rockailles).
- 23 Mars 76 : Au premier concert français de Neil Young. On the beach (sorti en 74) est "peut-être le titre qui m'a donné envie d'écrire des chansons"
- Avril 76 : sortie à Paris du film de John Cassavetes, Une femme sous influence. Lequel, à en croire Murat, aurait provoqué "un déclic" (un premier) en lui et déterminé sa décision de ne plus travailler et de ne jamais avoir de patron. "J’avais 23 ans, j’étais monté à Paris, je faisais du porte-à-porte pour vendre des encyclopédies littéraires et, la nuit, je fouillais les poubelles du seizième arrondissement avec un pote pour gagner un peu d’argent aux puces à Montreuil. Je suis allé voir Une femme sous influence de Cassavetes, et ça a provoqué un déclic en moi. Du jour au lendemain, j’ai donné ma « dém », je suis parti en province et j’ai acheté une guitare. Depuis, je n’ai plus jamais travaillé".
- 24 mai 1976 : Au concert de Nils Lofgren à l’Elysee Montmartre. Première rencontre avec Marie et Alain
- 11 octobre 76 : Marvin GAYE au « Palais des Sports » de Paris
- - Mai 77 : Au concert de Bob Marley à Paris
- 14 juin 1977 : Genesis le 14 juin 1977 à la porte de Pantin. Il emmène sa nièce Anne-Françoise.
-28/11/77: Aretha Franklin au Palais des Sports: "je me rappelle d'Aretha seule au piano" (filmé par JC Averty)
- Renaldo et Clara, film de Bob Dylan sort en janvier 78
Tout ceci indique une vie bien remplie… d'errance... mais pas forcément d'autant de déshérence que ce que Jean-Louis a pu décrire. Une vie dont la conclusion aurait été une tentative de suicide : "Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste" (à Richard Robert en 1996).
Il a 25 ans (1977). Plus le temps de tergiverser. Ecouter de la musique, en parler, ça ne suffit pas. Première guitare… premier investissement d’une longue série, et retour à La Bourboule.
"Quand Jean-Louis parlait de "monter un groupe de rock à La Bourboule", on n'imagine pas le côté surréaliste que pouvait avoir cette formule..." (Anne-Françoise, sa nièce)
Il crée donc le groupe Clara. Rapidement ? Il a parlé de « petite annonce », mais ce n’est pas démontré. A Philippe Manoeuvre, il indique que ça a pris du temps (possiblement sans doute le temps de bien déterminer qui serait le "chef", ce n'était pas aussi clair au début pour lui comme il l'a parfois dit). La nuit de la première répétition, il fait un rêve qui cheville en lui son ambition : celui de se consacrer à la musique. Il rêve qu’il rencontre dans une forêt – peut-être s’était-il promené à Charlannes le jour même?- le groupe FAMILY et son leader Georges Chapman (band anglais de rock progressif). Il relate la même anecdote, ce souvenir prégnant, « qui affleure tout le temps », à G. LANG, en 2009.
Jean-Louis connaît déjà Jean Esnault, le futur batteur1. Celui-ci militait à Rouge, comme sa petite amie durant deux ans : Marie Audigier. Il lui a déjà souvent parlé de Jean-Louis Bergheaud, « un véritable mentor. Il m’en parlait tout le temps, il avait beaucoup d’admiration pour lui ». Pourtant, Jean et Marie sont déjà des personnages : Christophe Adam, 14 ans et lui aussi déjà peu impressionnable (il bourlingue beaucoup) parle d’égéries politiques. « Tous fringués en cuir. Ils étaient internes, en première ou terminale. On les voyait mener des foules, faire des AG sur les escaliers ». Ce Christophe Adam avec son groupe les Sales Gosses, futur sparring partner de Clara, assure la première partie de Status Quo en Février 77 (il n’a pas 16 ans dit-il).
Un essai avec Marie Audigier à la basse est réalisé (elle a déjà participé à quelques groupes) et François Saillard dit qu’il est recruté pour la remplacer mais ce n'est pas que l'essai n'a pas été concluant. C'est elle qui prend la décision de partir faire une saison : elle est amoureuse mais Jean-Louis n’est pas encore séparé de sa première femme. Christophe Adam se rappelle d'un voyage en train avec Marie et sa soeur Agnès, Marie avait laissé entendre à demi-mots qu'il s'était passé quelque chose avec Jean-Louis.
Francois Saillard : "je jouais un peu de guitare. Je me suis mis à la musique avec les gars de Clara en 78 qui m’ont demandé de remplacer Marie Audigier. J’étais au lycée avec eux. Ils avaient une basse et un petit ampli. J’avais 17 ans et je me suis installé à la Bourboule, j’y suis resté six mois. J’étais tout seul là haut, j’ai complètement craqué. Je suis redescendu à Clermont".
Alain est le plus vieil ami de Marie (depuis la troisième et les jobs d’été dans les champs de maïs où il épate sa copine en jouant du Genesis à la guitare). En 77/78, le fan d’Ange et de Jethro Tull portant redingote, maquillé, est en première année d’Ecole normale, et joue déjà dans le groupe Ambulance avec Joel Rivet (qui lui n’abandonnera pas l’enseignement, sans jamais pour autant lâcher la musique). On m’indique même qu’Alain a peut-être continué à jouer avec lui durant un moment -mais c'est très incertain - jusqu’à ce que Joël fasse son service militaire, et divers séjours à l’étranger. Alain indique qu’il croise Jean-Louis plusieurs fois à son retour et l’idée du groupe prend forme. Il faudra un certain temps avant que Jean-Louis oublie son complexe quand il faut prendre la guitare... et qu'il devienne un "guitar héro" sur les jours du jaguar.
Selon le crédit d'une photo de Marco, les premières répétitions ont lieu dans la buanderie de la villa « Françoise et Jean » à Quaire, chez sa maman. Alain Bonnefont situe cela pendant les vacances de Pâques 78 (premières répétitions sur des compos). Jean-Louis s’installera plus tard aux Écuries, un vieux bâtiment en pierre, coincé entre la voie de chemin de fer et le cimetière… là même où il sera inhumé. Le futur Jean-Louis Murat travaille comme un acharné sur son objectif, écrivant des centaines de chansons, nous en connaissons seulement quelques-unes. Il est souvent dit que Murat a galéré pour y arriver, mais en seulement deux ans d’activités musicales, il va quand même signer un premier contrat…
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Photo : Marco Lespinasse (Tout droits réservés)
Certains membres du groupe, en 2013, se souvenaient avec émotion de cette période en en interprétant quelques titres lors du concert pour Clermauvergne (Koloko, des photos utilisées ici figuraient dans une petite projection avant le concert). On parlait même de la sortie d’un disque (mais la qualité de bandes aurait empêché ce projet)… Mais cette période n’a pas seulement marqué Jean-Louis et les 5/6 membres officielles du groupe : c’est ce que l’on va aussi raconter aujourd’hui. Voici après ce long préambule, une partie de la vie de Roger, José et Jean-Pierre, Christophe et Bernard, des ados qui ont vécu, plus que par procuration, la vie de rockers/ musiciens. Pour certains, c’est une parenthèse héroïque, d’autres poursuivront sur leur lancée, pour le meilleur et peut-être le pire. Et c’est très largement une histoire inédite… tout comme la chanson signée Jean-Louis Bergheaud dont il sera question - il faudra attendre la 2e partie du dossier- et que seuls les spectateurs du Week-End Murat 2025 connaissent déjà (précisons que c'est les trois années consacrées à l'organisation de cet événement qui ont empêché l'aboutissement de ce travail avant aujourd'hui).
Voici ce que disait Jean-Louis dans « A la dérive » (Radio nova) à propos de nos personnages (l’audio était nécessaire pour le « ouh la » délicieux de Jean-Louis qu’il faut absolument garder en tête pour la suite).
Dans l’article de ce blog sur l’émission, il était reporté que les anciens amis de Plexiglass, groupe punk, était tous morts, c’est ce qu’on comprend des propos de Murat… Quant au fondateur du groupe, il disait à radio Campus que c’est une histoire de deux mois. Ca ne prendra donc pas trop longtemps de vous la raconter… Mais voici José d'abord, revenu de l'au delà... du NOOOORRDDDD... et tout-à-fait bien portant!
José: Tout ça c'est "La fin de mon adolescence, une période très courte mais il y a des passages qui sont restés, c’est exceptionnel, le fruit d’un hasard. J’ai pu vivre le début de la carrière de Jean-Louis".
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José et Jean-Pierre derrière
Plantons le décor. La Bourboule. Ville nouvelle (ville à l'époque car aujourd'hui, elle compte moins de 2000 habitants), 102 ans d’existence en 1977. Le décor servira bien sûr à certaines chansons de Jean-Louis, et jusqu’au bout, et plus que jamais, il ressentait le besoin et l’envie d’en parler : projet autour de cartes postales avec son ami Marco, un livre qui m’a-t-on rapporté, avait fait l’objet d’un contrat d’édition. Peut-être aurait-il même fini par se réinstaller dans la commune, plus près de sa mère et des amis? Il en parlait.
La Bourboule dans les années 70 est encore dynamique, même si le temps de la Reine de Roumanie, de Buster Keaton, du Roi Farouk, de Sacha Guitry était déjà passé. José se souvient de ce que disait l’institutrice : la ville passe de 2500 habitants à 25 000 l’été. « Quand tu penses que les week-ends du 14/07 ou du 15/08, la Bourboule était saturée de monde, le grand hôtel vers le parc Fenestre, j’y ai travaillé… et ben, ils faisaient dormir des gens dans des couloirs ! Les gens acceptaient parce qu’il n’y avait pas d’autre solution. C’est fou. J’ai vu le grand hôtel qui a brûlé, j’ai connu cet hôtel, c’était rempli et ils louaient les chambres qui étaient sous les toits, les chambres de bonnes qui dataient de Mathusalem… qui n'étaient vraiment pas confortables. J’y ai travaillé aussi.
La Bourboule, ça marchait tellement, ça marchait tout seul. Je pense qu’ils n’ont pas investi, et ça a périclité. Oui, aujourd’hui, il y a encore du tourisme mais ça n’a rien à voir avec l’époque. Quand je suis passé en 2019 ou l’année dernière, j'ai trouvé les soirées tristounes. Le Mont-Dore, c’est plus dynamique, j’ai l’impression. On sent moins la rupture économique, on a l’environnement plus montagne. On voit moins ce déclin. Pour moi, c’est une ville fantôme. J’ai connu le casino, c’était plein. Il y avait pleins de jeunes, on passait l’après midi là-bas, avec les baby-foots et les flippers. La maison des jeunes, c’était plein, j’organisais des soirées dansantes, on faisait rentrer 200 personnes l’été, 200 ados. J’avais fait venir un groupe de jazz amateur de Clermont que je connaissais…"
Roger - vendeur de confitures délicieuses à retrouver sur le marché (on recommande la "Remonte-pente") - raconte que chez lui, comme dans beaucoup de familles, on louait les chambres, et que les enfants étaient relayés au grenier. On pouvait ainsi résider chez Renée Bergheaud la maman jusqu’à il y a quelques années.
Roger, : "On avait besoin d’eux (les touristes). Mes parents bossaient et j’ai été élevé par ma grand-mère et dès qu’on avait une maison, on cherchait toujours à aménager quelque chose à louer, quitte à ce que les gamins déménagent dans le grenier ! Mais il y avait un monde, de la folie à la Bourboule. Les médecins recommandaient de faire des cures et la Sécurité sociale remboursait. Les gens avaient un carnet à tamponner, à la cure, il fallait faire ses 18 jours, mais au bout du 15ème, ils pouvaient se faire rembourser en espèce dans un immeuble qui appartenait à la Sécu, et avec cette espèce, ils payaient leur loueur. Ça fonctionnait bien comme ça, parce que bon, les 3/4 des gens qu’on avait, c’était une clientèle d’ouvriers. Les bourgeois des années 20 et 30 c’était terminé… Il y avait encore 2/3 hôtels plus huppés qui traînaient mais ça se passait à la bonne franquette, tout le monde buvait le canon, ça sortait le Ricard le soir"
La demande de main d’œuvre dans le bâtiment est forte et une grosse colonie portugaise s’installe. Le papa de José est déjà là depuis quelques années quand il fait venir sa femme et son jeune fils en 1970. Il a 9 ans.
" Je suis né en décembre 61. J’avais donc 9 ans de moins que Jean-Louis. La Bourboule était fort dynamique à ce moment-là et la main d’œuvre venait du Portugal. Et il y avait énormément de Portugais. Voilà, j’ai appris la langue tout ça".
"J’étais à l’école privée, primaire qui est fermée maintenant, la moitié de la classe, c’était des Portugais, peut-être plus de la moitié. Incroyable. Il fallait de la main d’œuvre, les femmes faisaient les ménages dans les hôtels, les meublés, travaillaient dans les cuisines et les hommes dans le bâtiment. Il y avait trois ou quatre entreprises de maçonnerie… et puis tous les artisans. Et les Français, pour certains, travaillaient à la commune. Les gens un peu plus modestes qui n’étaient pas commerçants, ou médecins, ils occupaient ces postes-là. Il y en avait beaucoup puisque c’était bien dynamique, il y avait les jardiniers... La Mairie de La Bourboule, c’était un employeur très important. Le père de Bernard, c’était ça. La première femme de Jean-Louis, son père était pompier mais aussi employé communal. Ils avaient même des logements de fonction".
"Ma mère, dès juillet 70, un mois après son arrivée, elle travaillait sans parler français, chez la tante de Marco Lespinasse je pense. Mais je n’ai pas vraiment de souvenir de lui".
Pour Roger, il n’existait pas grand-chose pour les jeunes, mais l’été, la vie changeait. "On allait draguer au parc Fenestre [là où Jean-Louis connait sa première fois lui aussi sous un arbre qui a disparu suite à un orage], il y avait cette faune qui arrivait de la région parisienne, qui écoutait la radio, qui avait accès aux disques, aux concerts c’était un peu des extraterrestres, ils s’habillaient à la mode… Nous on portait les mêmes fringues toute la semaine. On changeait le dimanche. Dire qu’on sentait la bouse ? pas trop ! Mais c’est vrai qu'on faisait un peu ruraux, on n’avait pas la culture des gens de la ville, on allait aux champignons… un peu comme on voit les bobos, tu vois, qui s’extasient sur une fleur. Mais c’est vrai qu’on avait un rapport à la nature encore, on allait à la pêche à la truite, ramasser les noisettes".
Et pour Roger, l’été, c’était aussi le travail : "Mon arrière grand-mère on l’appelait la Mère pissette, une célébrité encore pour les vieux Bourbouliens. Parce qu’elle louait des petits ânes, et quand les gens ne rendaient pas leur âne à l’heure, elle disait faut payer 10, 15 minutes de plus. Et parfois, les clients disaient ; oui, mais ils se sont arrêtés pour faire leurs besoins, et elle disait ; et bien, il faut bien qu’ils fassent pissette ! Et ça a traîné toute sa vie".
Il aide à cette activité assez typique de la ville dès son plus jeune âge : "J’ai dû faire ça 5/6 ans, j’ai aidé ma grand-mère avec les ânes. On se faisait une pièce et on allait dépenser nos sous à « chez nous les gosses » et la grand-mère Rozier. [Note : Jean-Louis parle de cette marchande de bonbons dans "A la dérive"]
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(extrait de Teaser Taormina PS: ce n'est pas la mère Pissette)
Ces activités saisonnières, c’est ce que vivront aussi les membres de Clara. Marie et Jean sont moniteurs d’enfants (les parents de ce dernier tiennent une maison d'enfants -pour des curistes-), Jean-François Alos, qui remplace François, travaille chez la mère de Marie-Laure (la future femme de Roger). Jean-Louis et les autres s’occupent un été du bar Lous Fadas. Roger se rappelle que la musique du groupe enregistrée sur cassette retentissait certains soirs. José croit se souvenir qu’ils faisaient des crêpes.
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Lous fadas de nos jours après une période de fermeture
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José : "Ce qui était bien à l’époque, c'est qu'il y avait énormément de jeunes qui venaient, et on se mélangeait à eux. D’ailleurs, durant toute la période d’été, à part tous les copains proches comme Bernard, Roger, tous les autres jeunes, je ne les voyais qu’à la rentrée, car on ne faisait rien ensemble, je me faisais des nouveaux copains. Je me rappelle qu’il y avait Alain Bonnefont qui était là, on avait toute une équipe qui venait à la maison des jeunes. Et Alain venait avec nous. Et toutes les trois semaines, on changeait de copains, parce que c’était les cures. Je dis qu’on partait [en vacances] tout en restant. On voyageait par les personnes qui venaient nous voir.
C’est l’étranger qui venait vers nous, quoi. C’est d’ailleurs comme ça que j’ai connu ma femme, elle est venue en cure. Et c’est pour ça que je suis dans le Nord aujourd’hui".
Les jours ensoleillés, les monitrices, les amours de courte haleine (et certains en eurent beaucoup...), on devinera que leur chanson favorite de Jean-Louis, c’est Le Mont Sans Souci. José : "l’histoire qui est décrite, ça nous rappelle des souvenirs, c’est notre histoire… à moi, à Jean-Pierre, à tous les gars de la bande". Et José sait de quoi il parle : il est le ou un des grands animateurs des étés, à la MJC.
Roger : "La belle Ozo, dans "Fort Alamo", c’était le nom d’un demi poney rouquin du club hippique « Le mont sans souci ». A côté, il y avait un ancien zoo, et on se retrouvait souvent par là-bas, par derrière le Lous Fadas, et tu pouvais fumer ton pét tranquille. Moi, j’étais plus alcool, la seule fois où j’ai essayé, ça m’a donné tellement mal au crâne que ça m’a suffit. Christophe était un gros amateur déjà à l’époque. Il y avait un commissariat et les gars, les trois quart du temps, ils étaient bien saouls. Les flics avaient deux grammes et tout se passait bien".
José se rappelle lui des moments passés à refaire le monde avec la bande, parler de musique, dans la pièce, sous le kiosque à musique sur la place. La porte qui permet d’accéder à cet espace est désormais bien verrouillée (C'est assez symbolique de nos époques : ils ont connu des portes plus ouvertes -école, faculté, les maisons-comme on le verra-, la possibilité de trouver des recoins... mais cela n'empêchait pas la société d'être plus fermée peut-être.. "la musique, avec le sport était le dernier ascenseur de secours" a dit Jlm à PPDA).
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Est-ce un hasard qu'en écrivant pour Christophe Pie, la chanson Kids, Murat chante aussi les étés? Good night, Le mois d’été est doux,
Toutes les fleurs écloses Dansent en souvenir de vous
En hiver, une fois les toboggans rentrés, par contre…
José : "Mais quand on arrive du Portugal, bon, l’été, c’est super. Je suis arrivé en pleine saison. Il y avait plein de monde, plein d’enfants...Mais l’hiver… bah bah… C’était rude. Les hivers des années 70, c’était dur, juste avec un poêle à charbon. J’étais glacé. J’ai le souvenir des deux premières années, j’ai souffert du déracinement. C’était très très dur. Et on était mal logés. Il n’y avait pas assez de logements de toute façon. Tout était utilisé pour la location, les meublés. Pour les gens modestes, il n’y avait que des taudis. C’est pour ça que les Ecuries, avant que ce soit Jean-Louis, c’était des Portugais, parce que ce n’était pas le grand confort. C’était des amis, je venais jouer là-bas avec les enfants de mon âge. Après, ça avait peut-être été un peu réparé, mais au temps de la famille portugaise, une famille nombreuse… ce n’était pas le confort.
Il restait le ski de fond, une activité accessible à Charlannes. :
José : "J’ai fait du ski de fond, je n’avais pas les moyens pour le ski de piste. Je faisais partie de l’équipe. C’était le ski des jeunes du coin. Je faisais pas mal de sport, j’étais dans l’équipe de foot minime et cadet. Ski de fond en cadet… et au collège. .. mais c’était quand même la musique qui m’intéressait le plus".
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José quelques années plus tard.
Roger : "Il fallait être riche pour faire du ski de descente, avoir une voiture pour monter au Mont Dore, mais il y avait un club de ski de fond, et vu que le président du club était le patron de mon père, j’étais inscrit automatiquement. Donc, j’ai commencé par le ski de fond à Charlannes, et puis après, j’ai fait de la descente. D’ailleurs, c’est les gamins du club qui ont tracé les premières pistes de ski de fond.
Quand on montait faire du ski au Sancy, c’était le père de Christophe Pie qui nous montait et on s’arrangeait pour redescendre en stop, on louait le matériel. On grugeait un peu parce qu’on achetait des tickets pour les montées, et on tombait du tire-fesse, afin qu’un autre puisse récupérer la perche plus loin, et vu que toi, tu étais tombé, tu avais droit de remonter sans redonner un ticket. Ou on essayait de monter à deux…"
N’oublions pas que les jeunes sont souvent internes (c’est le cas de Christophe qui est en chaudronnerie), la vie à La Bourboule, c’est les week-ends et les vacances. Les apprentis eux cherchent à occuper leurs soirées, mais Roger, pâtissier, travaille aussi en décalé.
José : "Sur la période Clara, moi, j’étais apprenti sur la Bourboule. L’hiver il n’y avait pas un chat. Et le fait d’aller chez Jean-Louis, ça me passait les soirées, j’écoutais de la musique. On était là, ça a été un moment fort appréciable. Jean-Pierre lui était interne et il ne rentrait que le week-end. Je voyais Roger, Bernard, Christophe était presque moins là, il était encore à l’école je pense au début.
Rien que pour ça les Ecuries, c’était appréciable et j’en suis reconnaissant d’avoir pu vivre ça".
Avant Clara, un certain Jean Dussoleil (il est décédé en 2024) faisait carrière à Paris, dans les cabarets, enregistrant un premier disque en 73 avec Gabriel Yared mais il n’est pas une référence connue ou un modèle pour les jeunes. A part ça, un disquaire existait en face des thermes, Dent Blanc, avec un local en dessous où il était possible d’écouter se rappelle Roger. Le train2 ralliait Clermont, les jeunes scolarisés dans la grande ville, comme Christophe, allaient place de Jaude. A part ça, c’était la fanfare, le Réveil bourboulien, sinon rien.
José : "J’avais fait une tentative avec le Réveil Bourboulien. Gosse, je voulait faire du tambour. Mais il fallait faire du solfège, et au début, taper sur un bout de caoutchouc qu’on mettait entre ses jambes, et, gamin, je trouvais que c’était trop long. J’aurais voulu démarrer le tambour tout de suite et défiler tout de suite. Jean-Louis lui avait fait partie de la fanfare par contre".3- 4
Roger : "Moi, je suis resté une heure au Réveil bourboulien, ça ne m’a pas plu. Et il y avait mon oncle avec lequel je ne m’entendais pas. Jean-Louis disait que « je faisais du bruit »".
La parenthèse estivale refermée, le contexte était donc un peu morne pour ces jeunes et La Bourboule ne faisait donc pas exception dans le décor français de la crise pétrolière. Par ailleurs, la commune semblait peu offrir d’offres de socialisation politique (JAC, MRJC, mouvements ouvriers, même si des grands rassemblements scouts avaient lieu dans la commune) au contraire de Clermont-Ferrand…
Jean-Pierre : "J’avais 16 ans, j’avais eu écho de divers problèmes de drogue, de dépression voire de suicides chez mes aînés, la génération de Jean-Louis. Un ami de mon frère, fils de commerçant, est tombé pour trafic de coke en 79/80. La Bourboule, c’était un peu le trou du cul du monde, très jolie ville thermale, certes, qui n’offre que peu de perspectives d’avenir à ceux qui n’ont pas les moyens ou capacités de partir".
José : « la Maison des jeunes en 74 était fréquentée par les adeptes de Woodstock, poussière et fumette. Vers 76, un nouveau directeur est arrivé avec un grand nettoyage ».
Jean-Louis (dans Télérama 2005) retrouvait dans un film de Rozier Du côté d’Orouet : « mon côté province, mes années 70 à la Bourboule. Un monde de gens simples, pleins de bonnes volontés qui se coltinent les problèmes de la vie » Il précise : « d’autant que Rozier porte le nom de la marchande de friandises de mon enfance » [Encore cette mention!!]. On pourrait aussi penser à l'univers d'Olivier Adam (notamment Peine perdue)
L’arrivée de Clara est donc une fenêtre vers un autre monde, un peu plus excitant. Pour certains, ça sera un court épisode marquant, les trajectoires de Christophe et Bernard, elles, vont dévier…
Alain Bonnefont raconte dans le livre Les jours du jaguar qu’il a rencontré Christophe dans le train l’hiver 78/79, qu’il l’a invité aux répétitions et que dès le lendemain, celui-ci a trouvé une batterie. La première proposition est possible et probable, absolument pas la deuxième. Marco (qui est mentionné parfois comme le 5e membre de Clara -il est chargé de la console, et autres branchements-) raconte autre chose: il les avait entendus jouer de la musique en passant dans la rue et serait allé voir. « Et je me rappelle avoir discuté avec Jean-Louis de cette bande de jeunes assez sympa »… Un homme, une version et les souvenirs sont vagues (« c’était tellement intense par moment » dit José), de plus, comme le dit Jean-Pierre : « à La Bourboule, tout le monde se connaît plus ou moins de vue ».
José : « Par rapport à ce que dit Alain ou Marco : non, ce n’est pas comme ça. Au moment du festival d’août 78, on connaissait la bande, c’est par eux que j’avais pris connaissance du festival. Je connaissais Christophe (Pie) et Bernard (Hebrard). Roger, j’ai du mal à m’en souvenir. Il faut dire qu’on le voyait peu. Et par rapport à ce que dit Alain, non, ça n’a pas été aussi rapide. Je peux situer un peu car je me rappelle à la salle des fêtes, d'une fête d'anniversaire, celui de Dominique Dabert, qui est devenu une personnalité du Sancy [directeur du service des sports de La Bourboule, mais surtout un grand champion de Karaté, qui forma une triple championne du monde Lolita Dona]. On sautait comme des punks, j’étais tombé en glissant avec mes camarguaises, Bernard et la bande se sont jetés sur moi, les cons, résultat une entorse et une semaine immobilisé, début d’année 79. J'étais chez Jean-Pierre, pendant que ma mère faisait un séjour au Portugal jusqu'au 1er mars. C'est à cette période qu'on a formé le groupe".
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Quant à Roger, il connaissait Jean-Louis depuis son enfance. Roger était voisin de son "oncle Toinot" (un oncle par alliance Antoine Roulet, épouse de Marie-Jeanne Bergheaud). Jean-Louis se trouvait aussi être ami avec le cousin de Roger, Bernard Boyer qui jouait du saxo avec lui dans la fanfare. Dans l'été 78, Roger qui est né en 1956 faisait son service militaire et vivait déjà des expériences de rock'n roll :
« Eté 78, je n’étais pas là, j’étais à l’armée, sur Lyon, et j’en ai bien profité pour la musique, festival de Fourvière. J’ai fait la nuit du rock [fameuse où il a pu voir Bijou avant leur venue à la Bourboule, et où il aurait pu croiser Michel Zacha qui était à la console]. On se retrouvait chez la mère Vittet qui était le resto qui était ouvert toute la nuit. Je m’étais fait quelques contacts, j’étais parfois embauché pour la sécu dans des trucs. Après pour les rencontres avec Clara, ça pouvait certainement s'être passé aux Négociants, chez Brut. Toute la faune y allait. On s'est sans doute rapproché de Punky, il était génial ce type » [François Saillard qui fut plus connu sous le pseudo du Petit François] et d'Alain qui était de mon âge. Je suis rentré début avril 79 et on m'a rapidement proposé de faire le groupe".
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La photo certainement faite par Marco Lespinasse parue dans Chorus en 2002 montre Clara avec la légende « premier concert à la MJC à l’automne 77 ». Cela sera transformé par la suite chez certains en « répétitions » à la MJC. Le fait est que les propos de Murat qui sont retranscrits dans l'article sont truffés d’erreurs (Jean-François à la basse, concert dans une salle avec Bijou, dont il dit que c’est le premier concert, malgré la légende de la photo). Marco, l’auteur de la photo, indique que Jean-Louis a voulu jouer une première fois pour se tester avant le festival organisé en août 78 . Marco était là par hasard, entre deux saisons… sauf que pour lui, Plexiglass assurait la première partie, ce qui n’est pas possible. Si le concert a eu lieu, José y a certainement joué un rôle : « J’étais le passeur de mémoire lorsque chaque été les nouveaux animateurs arrivaient. Je traînais là-bas tous les jours. Les lambris que l’on voit sur la photo, j’ai participé à les installer. Je me rappelle avoir convaincu le directeur de faire jouer Clara, déjà cette fois là ou une autre…». La présence de François Saillard indique par contre qu’il s’agit des tout débuts de Clara. Autre élément : D'après José, à ce moment-là, les concerts avaient lieu dans une autre salle (en haut; celle-ci servait pour le ping pong). Sur cette photo, on distingue un assemblage curieux derrière Jean-Louis : construction maison d'un pied de micro ou pour tenir le saxo de jean-Louis ?
Les souvenirs avec Jean-Louis de nos principaux témoins de l’article remonte donc au Festival du 26/08/1978 dont nous étions les premiers, grâce à Matthieu Guillaumond, à parler en détail. Si on peut admettre qu’ils connaissaient déjà Jean-Louis, ils n’ont pas vécu l’été passé au buron du copain d’enfance Jean-Pierre Tatry (décédé lui aussi en 2023), du côté du ruisseau de Cliergue et que Jean-Louis a raconté de manière sans doute un peu enjolivée: « On répétait dans un buron avec un groupe électrogène, c’était sensationnel ! Quand il y avait la pleine lune on répétait dehors, sous le ciel étoilé. Les mecs, raides défoncés montaient de La Bourboule pour nous voir ! Il n’y avait même pas de chemin, tu traversais un ruisseau et tu montais dans les prés. Ils se couchaient dans l’herbe … Tout le monde partait vers 9 heures du mat’, on arrêtait quand il n’y avait plus de jus dans le groupe électrogène. Six mois après, il y avait quatre groupes à La Bourboule [sic !!], pour 1500 habitants ! On avait une foi pas poss’ ! On faisait des concerts destroy, je branchais le public, c’était tout nouveau, tout neuf, on ne faisait aucune concession. C‘étaient les débuts du rock’n roll en Auvergne [sic !!]! ».
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Photo prise là-haut par Marco Espinasse (tous droits réservés) mais la guitare en plexiglas (Ampeg) sur la photo nous questionne pour l'année 78 car elle appartenait à JF Alos, Jean-Louis aurait fait des pieds et des mains pour lui récupérer (selon la sœur de JF). Deux possibilités : Jean-Louis essayait la guitare de JF (qui se trouvait-là mais sans Les Sales gosses, Christophe Adam ne se rappelle pas de ce lieu). ou bien Clara a utilisé le Buron d’autres fois.. Le prêt du buron était un échange de bons procédés: le groupe avait aidé à la remise en état du lieu.
Sur le festival, José: « Je me souviens qu’on avait croisé le groupe Bijou, ils étaient habillés en noir, avaient leurs lunettes noires complètement dégénérés, c’était spectaculaire pour nous. Je me souviens parfaitement de ce concert. Asphalt jungle aussi. On y était avec Christophe et Bernard. J’avais 16 ans et c’est possible que ce premier concert ait été un déclencheur ».
A l’automne, la troupe arrive aux Ecuries. Bayon résume : « sadisme communautaire expérimentaloide ». Cela a été bien rénové depuis:
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Jean-Pierre : "En rentrant dans la pièce principale, le souvenir que j'en ai (et qui est resté) : une photo (ou la pochette d'un album) accrochée au mur d'Otis Redding.…
Roger : "Jean-Louis venait de se mettre avec Marie, mais la maman de Yann traînait encore un peu par là de temps en temps. Ils vivaient aux Ecuries. Quand tu passes devant au cimetière, ça fait une espèce de voûte, Les chambres étaient au dessus. En dessous, la cuisine. Et sur le côté derrière, c’est là qu’on avait foutu tout un tas de plaque d’œuf, de polystyrène pour ne pas gêner les autres locataires. C’était un peu tout ce qui était marginal qui vivait là. Je ne dirais pas que c’était un squat, mais ça faisait un peu ça. Ca appartenait à la famille Brut5, qui avait le Café des Négociants et un des frères avait la discothèque La Grange au Mont-Dore, puis quand ils ont vendu, ils ont repris le Casino, et ont fait la boite de nuit le Black Jack. Ils ont tenu la salle de spectacle au-dessus un moment, et Jean-Louis a fait des concerts là bas. C’était ouvert, Les Ecuries, mais quand même pas tout le monde, il y avait une petite sélection. Ils ne laissaient pas rentrer tout le monde non plus. Déjà, c’était pas commode pour rentrer, il fallait se baisser, les murs étaient tellement étroits avec les isolants.
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Photo: Danyel Massacrier. 1979 (1er partie Lavilliers) François de face est décédé en 2025. notre article
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On voit l’exiguïté du lieu (Clara 2e, période avec JF. Alos)
José : "Ils n'avaient pas toute la bâtisse. Au niveau de la porte d’entrée (un peu en dessous de l'escalier extérieur qui n'existait pas à l'époque), il y avait une pièce de vie, dans le coin droit il y avait un escalier pour accéder au studio de Jean Louis sous les mansardes. Y avait une grande pièce avec une hauteur de plafond. Un canapé, on squattait là. Mais voilà, nous on était adolescents, on était là, on s’incrustait un petit peu en fait, on n’était pas si intégrés à la bande que par exemple les autres membres du groupe Clara. Je me rappelle vaguement des autres mais on n’était pas trop liés. C’était un peu des marginaux quand même. C’était normal, ils étaient beaucoup plus âgés. Mais ça ne gênait pas qu’on soit là".
A un moment donné, il y a eu des changements dans le groupe, mais ça ne me dit pas grand-chose. Je me rappelle un peu de François. Ils s’en foutaient un peu des gamins. [JP se rappelle de JF Alos prompte à embêter les plus jeunes aux flippers dans la salle de jeux du Casino].
Je ne me considérais pas comme faisant partie de la bande. On était les petits jeunes qui étaient bien contents d’être là. Le seul avec lequel on était un peu plus proche, c’était Alain, il était un peu plus jeune. C’était notre guitariste préféré. Il était plus ouvert que Jean-Louis qui était un solitaire. Il ne parlait pas beaucoup. Il faisait sa musique. Il s’isolait. Pour moi, ça a toujours été comme ça, même avec ses proches. S’il devait nous envoyer paître, il nous envoyait paître. Il n’y mettait pas la forme, mais le lendemain, ça allait.
Voilà, on allait aux Ecuries. Et dire qu’il est enterré tout à côté. C’était un peu l’auberge espagnole. Ca rentrait, ça sortait, les copains. Et nous les ados on allait là bas. Et puis Jean-Louis, il était plus effacé, il restait très peu. Je vois un escalier et il avait son petit studio là haut et il allait se réfugier là-bas. [Dominique cartier raconte qu’il n’y est peut-être jamais monté : "c’était plus une échelle qu’un escalier pour accéder à un pigeonnier"] Et on ne le voyait pas. Il restait beaucoup moins avec la bande. Il était vraiment complètement à part. Celle qu’on voyait toujours, c’était Marie, une pile électrique, toujours de bonne humeur. Frisée comme je ne sais pas quoi, qui courait de partout, très dynamique. Je pense que si Jean-Louis n’a jamais raccroché, c'est qu’elle a été sa muse, qu'elle le motivait et ce n’est pas un hasard si elle est devenue sa manageuse après. C'est mon ressenti. Mais j’ai aussi la certitude qu’il n’aurait pas fait autre chose. Elle s’occupait de beaucoup de choses, elle avait la gagne, pour lui, plus que lui-même. Lui, il faisait sa musique, c’était un troubadour. C’est ce que j’ai toujours dit, il a réussi à faire carrière, à être connu, à vivre de sa musique. Mais il n’aurait rien fait d’autre même s’il avait fallu qu’il fasse la manche. Pour moi, c’était ça Jean-Louis. Il ne voulait rien faire d’autre. Lui c’était que la musique, que la musique.
Clara, c’était lui. Je n'ai pas senti vraiment un groupe ».
Le compte-rendu de Jean-Louis du set du festival ne respire pas par exemple la saine camaraderie : un bassiste qui n'en met "pas une dans le panier", un batteur incapable de tenir le tempo, le deuxième chanteur-guitariste du groupe cassant une corde et chougnant... On retrouvera plus tard trace de sa rancœur (feinte? surjouée ? médiatique ? Il avait pris le costume de Murat) envers ses accompagnants locaux.
José : "Ils n'avaient que dalle, il fallait qu’ils se nourrissent. Ils bossaient à la petite semaine. Bon, on ne nous en parlait pas mais c’est ce que j’entendais là-bas, et puis, après on en parlait entre nous aussi, Christophe et Bernard qui y étaient plus [sur la fin] nous en parlaient aussi. C’est sûr que pour les bien-pensants de la Bourboule de l’époque, ce n’était pas forcément les gens qu’il fallait fréquenter. Moi, j’étais assez libre et j’étais sérieux au boulot. Mes parents n’étaient pas trop au courant de tout ça. Mais les notables de la Bourboule… bon, peut-être que quand il est devenu célèbre, ils ont tenté de se rapprocher un peu de lui mais à ce moment-là*… quand ils vivaient tous ensemble aux Ecuries, ils passaient vraiment pour les marginaux pour les gens de là-bas. Mais Jean-Louis dénotait aussi par rapport aux autres, lui, il y croyait à son projet je pense. Il ne faisait que ça". ( *Roger est bien d'accord: il portait un regard acerbe et amer quand la municipalité a financé un bus pour se rendre à la soirée hommage "Te garder près de nous" en 2024).
Dans Magic, Christophe Pie disait: « ils avaient des dégaines pas imaginables. C’était les stars du coin".
José : "Caractère un peu spécial Jean-Louis. En même temps, il s’occupait de nous. Et tout a commencé parce qu’on pouvait prendre le studio, quand ils avaient fini ».
A suivre! Christophe « J’avais un groupe avec des potes qui s’appelait PlexiglaSS, très original, qui a duré deux mois [sic]. Punk primaire. J’avais tapé dans l’oeil de certains alors que j’étais encore au lycée» ICI
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NOTES
Note 1-
L’engagement de Jean se traduira par l’animation du cinéma le Roxy, et aussi un fanzine culturel me dit-on. On trouvait toujours en 2024 au bar du Roxy des photos discrètes de Jean-Louis, le vinyle Travaux sur la N89 (et aussi un portrait de Joël Rivet,) signe de l'estime que Jean a dû conserver à Jean-Louis malgré les orages violents entre Murat et celle qui était devenue sa compagne : la maman de Yann. Nous l'avons croisé en mai 2024 au moment de l'interview de Roger et lui avons donné des tirages de photos d’époque. Il semblait touché. Il a toujours été très discret nous indique Roger, peut-être du fait du rôle de beau-père qu’il a eu pour Yann Bergheaud. retour au texte
Note 2: Dans les racontars de La Bourboule, "c'est bien connu que La Bourboule et le Mont Dore ont toujours fait beaucoup plus de cocus que de guéris ! C'est pour cette raison que l'on appelle le train du vendredi soir, qui amène les maris dans nos stations pour passer le week-end avec leur femme en cure " le train jaune". retour au texte Pour le plaisir, quelques autres anecdotes tirées d'un site internet qui a disparu :
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Note 3: On récupérera peut-être un jour des photos de Jean-Louis à la fanfare, on a cherché sans succès, mais sans frapper à la porte du Réveil. Une Mademoiselle Queyron a marqué Jean-Louis (cf "A la dérive"). En 65, elle recevait une médaille pour 57 années au service de la musique à La Bourboule ! Dans des numéros de cette revue, il est mentionné quelques élèves du Réveil ayant obtenu un prix… mais pas de Bergheaud. retour au texte
Note 4: A côté du Réveil, autre activité culturelle saine proposée à la jeunesse à partir de 1975, la chorégraphe Marie-Jo Weldon arrive sur la commune. Elle crée un groupe de majorettes (le GALB: Groupe artistique de la Bourboule) avant de proposer avec le soutien de la municipalité des spectacles de comédies musicales, opérettes... dont une création nationale, avec des costumes de l'opéra de Paris, Hourra papa qui fut ensuite jouée à Paris par Guétary qui vint sur la commune voir le spectacle et J. Ballutin. Le compositeur est Jo Moutet qui faisait une belle carrière de musicien... et a trouvé sur La Bourboule, une jeune femme pour se marier, presque de la génération de Jean-Louis... et qui se trouvait être la tante de Roger! Bon, ce n'est pas pour autant que cette activité artistique plaisait beaucoup à nos ados. Une expo sur le GALB a eu lieu en ce mois de décembre 2025, avec la participation de Jean Esnault. On le voit dans ce reportage. retour au texte
Note 5: Certains pensaient que le propriétaire Sergio (Serge Brut) était le fameux et principal organisateur du festival, mais Marco réfute : il ne fallait pas être en retard pour le loyer… Il était là dès le lendemain à réclamer son argent, et c’est justement le fameux pote Charlie (de son vrai nom Georges B. de Condat-en-Féniers) qui pouvait arriver pour régler la note, il payait aussi pour du matériel : Clara s’est équipé rapidement d’une sono, de matériel d’enregistrement, d’une camionnette Ford. Jean-Louis n'avait donc pas forcement tort quand il disait : "c'est l'argent de la dope qui finançait tout". On en reparlera dans la 3e partie de ce dossier. retour au texte
Sources et Interviews seront indiquées dans la dernière partie PARTIE 2 ici