Le conte russe à l'origine du "Le Moujik et sa femme"

Publié le 8 Octobre 2026

Bonjour,

Au gré d'une petite recherche, je prends une déviation vers la Russie, et vous propose un petit détail de l'histoire (pour le coup, véritable).  Lors de la promo du Moujik et sa femme,  Murat a évoqué que le titre de l'album était celui d'une chanson qui aurait pu figurer en 2e position, écrite très tôt et que tout le monde avait pris le pli d'appeler le disque ainsi au cours de la conception, même si la chanson a été vite écartée.  Dans La libre belgique, sur RTL, il a parlé de l'origine de cette chanson, mais Cédric Barré dans sa monographie du disque évoque des articles de VSD et du Soir: 

« C’est un peu un titre à la con. C’est venu par hasard d’une lecture. Et puis après, j’ai fait une chanson. Mais y a pas de raison. Bien souvent, y a pas de raison, vraiment, très probante. Il faut en inventer, mais là y en n’a pas. » (VSD – 21 mars 2002)

On en saura plus dans le quotidien belge, Le soir, en mars 2002 où il explique que c’était le titre d’une chanson qui aurait pu être en deuxième sur le disque mais qui fut rapidement mise de côté. Il aurait conservé ce titre par commodité l’utilisant comme nom générique pour la préparation de l’enregistrement des autres morceaux.

« Je n’avais pas envie de chercher un autre titre, c’est tout. Le moujik et sa femme était une chanson un peu coquine je crois. J’ai le souvenir d’un conte érotique populaire russe du XIXème siècle qui s’appelle : « Le moujik, sa femme et le diable » et ça m’est revenu »

                                                                                                    Cédric Barré, Densité, 2025

Pour être complètiste (et parler d'"un titre à la con", mais néanmoins bien vue pour l'univers de Bergheaud et qui permettra aussi de développer tout un visuel sur les disques), voici donc le conte qui pourrait avoir été dans la mémoire de Murat. Le titre n'est toutefois pas exactement celui proposé par Jean-Louis mais il parle d'un souvenir vague et il ne doit pas y avoir un grand nombre de recueils de contes russes érotiques du 19e!  Cela ajoute en tout cas une petite référence au Diable, très utilisée par Jean-Louis influencé par les racontards de sa grand mère ("en rentrant d’une veillée, la grand-mère de Murat aurait porté dans son panier le diable sous la forme d’un chat noir" a raconté Murat à Laure Adler...). J'ose émettre l'assertion que le conte ne nous apparaîtra plus guère érotique, même s'il est question d' insertion à base de carotène (pour avoir les fesses roses, préférez un autre mode d'ingestion - sauf Donald Trump qui devrait préférer ça à l'autobronzant). Si Murat en avait fait une chanson un peu érotique, il a peut-être été influencé par d'autres récits du livre mais on sait qu'il est difficile de détecter ses "points de départ" de chansons. On l'a vu pour Reclus ou Naipaul dont il dit avoir tiré de nombreuses chansons. 

On trouve le conte dans un livre Contes secrets Russes (Rousskiia Zavetnia Skazki, attribué à Aleksandr Nikolaevich Afanasʹev) dont l'édition originale est en vente là pour 600 euros.  Isidore Liseux,  (p. 46-47). On peut aller aussi le consulter au Trinity Collège à Oxford (où il figure bien dans une collection de livres "érotiques")...  Une réédition de 2002 existe en format poche (la date de parution est  tout juste postérieure au moujik)

 

LE PAYSAN ET LE DIABLE


Un paysan avait semé des navets. Quand il jugea venu le moment de les arracher, il se rendit dans son champ, mais les navets n’étaient pas encore levés. « Que le diable vous emporte ! » s’écria dans sa colère le moujik, et il retourna chez lui. Un mois après, sa femme lui dit : « Va donc voir s’il s’est pas temps de tirer les navets. » Le paysan alla de nouveau visiter son terrain, qu’il trouva cette fois couvert de navets superbes ; mais, au moment où il se disposait à les arracher, un petit vieillard s’élança tout à coup vers lui en criant : « Pourquoi voles-tu mes navets ? — Comment, tes navets ? — Mais sans doute ! Est-ce que tu ne me les as pas donnés avant qu’ils fussent levés ? J’en ai eu soin, je les ai arrosés. — Et moi je les ai semés. — Soit, » reprit le diable, « tu les as semés, je ne dis pas le contraire, mais c’est moi qui les ai arrosés. Tiens, voici ce que nous allons faire : rendons-nous ici, toi et moi, chacun en tel équipage qu’ils nous plaira. Si tu devines quelle est ma monture, les navets seront à toi, et ils m’appartiendront si je reconnais sur quoi tu es monté. » Le moujik accepta cet arrangement.

Le lendemain, il prit sa femme avec lui ; quand il fut près du champ, il la fit mettre à quatre pattes, releva ses jupons, lui fourra une carotte dans le κυλ et lui cacha le visage avec ses cheveux dénoués. Pour ce qui est du diable, il attrapa un lièvre, monta dessus et, en arrivant, demanda au moujik : « Sur quoi suis-je venu ? — Qu’est-ce qu’il mange ? » interrogea le paysan. — « Des pousses de tremble. — Alors, c’est un lièvre. » De son côté, le diable essaya de reconnaître la monture du paysan et se mit à tourner autour. « Ces crins, » observa-t-il, « c’est la queue, et voici la tête, mais elle mange une carotte ! » Ce détail dérouta complètement le diable, et il s’avoua vaincu. Le paysan tira les navets, les vendit et commença dès lors à prospérer.

 

Je vous invite à lire un autre conte, très moderne sur le partage des tâches  LE PAYSAN QUI FAIT LA BESOGNE DE SA FEMME (et pas : "qui la besogne", comme j'avais cru comprendre)  : là

NB: Le conte « Le moujik Pakhom » (souvent intitulé « Faut-il beaucoup de terre pour un homme ? ») est une  nouvelle morale écrite par Léon Tolstoï et a des similitudes. Il date de 1886. 

C'est tout pour cette saison des prix littéraires.

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #bibliographie, #divers- liens-autres

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