Murat via la promo du recueil, Dominique A, Frank Loriou et le con de la semaine
Publié le 31 Octobre 2026
Bonjour,
Après avoir consacré mon temps à des recherches laborieuses pour un prochain article, et pris quelques jours de repos, voilà que l'actualité s'accumule. Je vais en garder encore sous le coude. Et on se retrouve très vite.
1) Le recueil "L'orgie de sainteté" chez Seghers continue d'être évoqué de ci de là.
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JEAN-LOUIS MURAT : VOUS L'ÉCOUTIEZ? EH BIEN, LISEZ-LE, MAINTENANT !
On l'écoutait, on peut désormais le lire. L'intégrale des chansons de Jean-Louis Murat vient de paraître chez Seghers. On doit à cet éditeur historique de poésie la riche idée de défricher l'oeuvre des auteurs-compositeurs et interprètes pour les inscrire dans ce genre. En l'espèce, la lyre de Jean-Louis Murat est « éminemment poétique », rappelle l'éditeur d' Une orgie de sainteté. Yannick Haenel, qui préface l'ouvrage, enfonce le clou. « La poésie est une manière de vivre, et les vers de Murat ne s'arrêtent jamais. Il a raison : il faudrait que ça ne s'arrête plus, il faudrait écrire du matin au soir, treize heures par jour, et laisser les phrases rythmer de leurs cabrioles, notre respiration, nos envies, nos projets » , écrit le romancier, qui a découvert le chanteur devant sa télé en 1989 lors d'une interview.
« Voix douce et regard bleu ; charme étrange au bord du malaise : il semble à la fois gêné et insolent », se souvient-il. Gêné ? Disons mélancolique : huit ans avant, l'Auvergnat s'est fait (un peu) connaître avec Suicidez-vous le peuple est mort.
Troubadour
À l'heure où le découvre Haenel, il sort Cheyenne Autumn dans lequel il chante l'amour comme il le fera jusqu'à sa mort en 2023 : « Si je devais manquer de toi/ Autant me priver pour toujours/ des bords de Loire au point du jour/ De la douceur de ton amour. »
Deux ans plus tard, il se fait troubadour pour sa chère Auvergne et la convoque mieux que tous les offices de tourisme réunis. « Quand montent des vallées/ Les animaux brisés/ Par le désir transhumant/ Je te prie de sauver/ Mon âme de berger/ Je suis innocent. » On découvre l'existence du Col de la CroixMorand et on apprend dans la foulée que Chamablanc, Tuilière et Sanadoire sont dans le Massif central et que les deux derniers sont des volcans.
Faire cracher le feu de la langue française : cet homme atrabilaire, intranquille et féroce reste l'un des auteurs de chansons les plus doués des dernières décennies. Il le faisait à sa manière, soufflant sur les braises à coups de fines métaphores et d'une séduisante étrangeté.
Second admirateur convoqué dans ce livre : l'écrivain Éric Reinhardt en a écrit la postface. « J'ai tout de suite admiré la façon dont miroitaient, dans ses textes à l'écriture ciselée, à l'inspiration presque parnassienne parfois, images ou notations dont je sentais qu'elles provenaient de sa vie quotidienne, de la région et des paysages où il vivait. Par là même, il témoignait du désir que chaque journée soit portée à incandescence par une aspiration à la plus grande intensité possible, pour faire de soi un grand feu poétique. » Chacun trouvera dans ce recueil ardent une chanson à soi.
« Une orgie de sainteté, l'intégrale des chansons de Jean-Louis Murat » , Seghers, 510 p., 25 euros.
- En Belgique, Moustique (site web) 29/10/2026
"Jean-Louis Murat revient avec "Une orgie de sainteté": un livre dans lequel il compile les paroles de 400 chansons
De son premier 45 tours, “Suicidez-vous le peuple est mort” (1981), où Jean-Louis Bergheaud, de son vrai nom, faisait rimer “Matador” avec “Trésor”, à La vraie vie de Buck John,son ultime album sorti deux ans avant sa disparition, le 25 mai 2023, à l’âge de 71 ans, l’auteur de Cheyenne Automne a signé près de 400 chansons. Tous ces textes sont réunis dans Une orgie de sainteté.
Cette précieuse intégrale est enrichie d’une préface de Yannick Haenel et d’une postface d’Eric Reinhardt. Prix Renaudot pour son roman L’amour des forêts en 2014, ce dernier dit de Jean-Louis Murat qu’il avait “ l’irrévérence des rêveurs et la violence des vrais idéalistes. Il était de ceux que l’époque ou la réalité ne peuvent trahir ou décevoir impunément. ” Joli et juste.
En interview, Murat pouvait se montrer intarissable
Que ce soit sur un bootleg de Neil Young déniché chez un disque bruxellois de la rue du Midi, sur les coureurs du Tour de France ou encore sur Calexico, le groupe de Tucson qui l’avait influencé pour son chef-d’œuvre Mustango en 1999. Par contre, comme Bob Dylan, il refusait obstinément de livrer la moindre clef pour pénétrer au cœur de sa poésie.
“ Car, justement, c’est de la poésie. La poésie, ça ne s’analyse pas. Les mots parlent d’eux-mêmes et ils résonnent différemment chez les autres. C’est ce qui les rend beaux.”
Dans ce recueil, les textes de Murat apparaissent nus
Sans la voix de l'Auvergnat ni les arrangements organiques. Ils prennent une autre dimension et gagnent en puissance. On y trouve aussi les chansons coécrites pour d’autres artistes, notamment Indochine (”Un singe en hiver”, “Karma Girls”), Françoise Hardy (”Memory Divine”), Sylvie Vartan (“Il pense à son corps”, “Jour d’hiver”) ou encore Nolwenn Leroy (”Sur mes lèvres”).
Jean-Louis Murat, Une orgie de sainteté – L’intégrale des chansons. Editions Seghers, collection Poésie et chanson, 560 p.
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et les autres journaux du groupe comme La Montagne: 24/10/2026
4. Une orgie de Sainteté de Jean-Louis Murat
L’intégrale des textes de Jean-Louis Murat, Une orgie de sainteté , c’est un écrin qui renferme du précieux. A lire bien sûr, puis à relire. Pour affirmer, encore, que Jean-Louis Murat était tellement à part, tellement différent, magnifique de talent. Poète. Maradona des mots. Près de 400 textes, incluant l’intégrale des chansons enregistrées sous son nom (du fameux Suicidez-vous le peuple est mort en 1981 jusqu’à ses derniers textes en 2023) ainsi qu’une sélection de paroles écrites pour d’autres.
Le recueil a aussi été mentionné sur Radio Classique, avec la diffusion d'un titre.
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Patrice Blanc pour Ouest-France
2) En point deux, faisons un double passage par la promo de Dominique A qui n'a pourtant pas vraiment l'intention de parler de Murat sur cette promo :
a- D'abord, grâce à Patrice Blanc, le luthier auquel Murat a acheté des guitares, le mentionnant sur son site internet (ils se sont connus à l'occasion d'un dépannage lors d'un concert en Savoie ou dans la région, avant que Patrice ne parte à Nantes, du côté de Dominique A). Dominique A a raconté à Rolling Stone que "la couleur du disque" était née d'une guitare fabriquée par Patrice. Cela a évoqué à ce dernier ce que Jean-Louis lui avait dit... Cela m'évoque aussi Baby Love dont Murat avait expliqué que le son et l'inspiration venait d'une guitare fender "pistachio" (coup de foudre chez Denis)
Article sur les guitares de Patrice en 2010
https://www.patrice-blanc.com/
Je me souviens que jean-Louis Murat m’avait dit un jour, que lorsqu’il achetait une nouvelle guitare, qu’ il achetait les chansons qui étaient en elle et qui attendaient la rencontre pour en sortir. Il m’avait également raconté cette anecdote avec Marc Ribot (guitariste américain qui a joué entre autre avec Tom Waits): alors que JLM montrait à Marc la ligne de guitare qu’il aimerait qu’il enregistre, Marc lui a répondu « mais tu sais bien la jouer, pourquoi veux-tu que je la joue à ta place » .
On retrouve sur le site de Patrice des articles parlant de Murat. A sa mort, il racontait déjà certains propos (j'avais raté cette mention à l'époque et je viens de l'ajouter dans l'article de mai 2023 listant les hommages).
Et en mars 2023, il écrivait ceci:
Je suis d'une ingratitude sans fond, et alors que je cherche à combler le vide médiatique qui entoure mon travail -une censure des plus organisée par la profession, j'y reviendrai- j'en oublie un évènement qui eut lieu il y a une quinzaine, voire une vingtaine d'années et qui fait, entre les mains d'un artiste majeur de la chanson française, la part belle à une guitare très inspirée et que j'avais construite en toute liberté (entendez par là: "hors commande" ) dans mon atelier de St Jeoire-Prieuré à proximité de Chambéry. Cette guitare avait marqué quelques esprits dont le directeur de l'import Gibson de l'époque qui m'avait confié n'avoir jamais vu une guitare aussi belle (!) lors d'un salon de la musique de Paris.
Une autre vedette était passé devant sans même jeter un oeil, mais elle n'a pas échappé à celui de Jean-Louis Murat qui me la réserva d'après photos que je lui faisais parvenir un jour. J'aimais énormément cet artiste, j'espérais qu'une guitare dans laquelle j'avais mis tant d'âme pourrait peut-être provoquer un tour de magie créatif entre les mains de ce Monsieur, et je n'en attendais pas tant que de la voir un jour sur les affiches dans le métro parisien et dans tant de morceaux de ce DVD "Parfum d'acacia au jardin" . C'en était presque trop, mais avec le recul et la distance, je me dit que c'était une belle histoire.
Plus récemment, il parlait de Dominique A et de Jean-Louis. A lire ici
b- Dans Marianne (site web) samedi 24 octobre 2026 , Stéphane Koechlin cite deux fois Murat dans une interview de Dominique:
Originaire de Nantes, évoluant aux côtés de Miossec, Philippe Katerine et Jean-Louis Murat, le chanteur aura connu en trente ans succès, déceptions, renaissances. Son 16ème album, « Spirales », est très réussi.
Avec Miossec, Philippe Katerine , Jean-Louis Murat, qu'avez-vous apporté à la scène hexagonale ?
Il existait une place entre la variétoche et la chanson rive-gauche. Le sentiment de faire partie d'un petit mouvement nous rendait joyeux. Nous avons apporté des sons et des codes différents. Nous étions aussi indépendants et méfiants à l'égard du métier et du show business. J'enregistrais et supervisais tout moi-même, attaché à une forme de rigorisme. Je ne voulais pas que des producteurs dénaturent une matière fragile dont je revendiquais la fragilité.
Le lien avec Murat semble assez évident.
3) Interview radio de Frank Loriou et Cédric Barré lors de leur passage à St-Quentin (ce dernier évoque un projet de tribute): à écouter sur Effervescence
Prochaine occasion pour voir F. Loriou et JP NATAF à Yssingeaux au Festival du chant du suc le 21/11.
Allez, puisqu'on en est au radio locale, j'en profite pour citer (à cause de son nom, pas pour le contenu) la radio AlterNantes (pour plaire à Jacques Demy) qui a consacré une émission d'une heure à Jean-Louis Murat il y a déjà quelques temps.
4) Quand une connerie est dite, et que ça mériterait que la merde reste bien où elle est, on peut compter sur la presse à scandale pour qu'on en entende parler... Donc, j'apprends via Closer que Laurent Ruquier a accordé une interview sur le web, et qu'il a cru bon de parler de Murat, qu'il a pourtant invité de nombreuses fois (sans c'est vrai qu'on ressente un grand intérêt de sa part) :
Au micro de Déborah Grunwald, l'animateur relie cette soirée lilloise à une histoire plus large de mépris culturel. Il cite la une de Libération à la mort de Claude François, titrée A volte-face, et le contraste avec les quatre pages consacrées des années plus tard à Jean-Louis Murat, bien moins vendeur. "Ce que je raconte là sur ce qui s'est passé ce jour-là au théâtre à Lille [NDLR: Frederic François invité de dernière minute dans son émission sur Inter se fait siffler par le public], ben c'est le reflet de la situation actuelle", estime-t-il. Pour lui, cette hiérarchie des goûts alimente un ressentiment durable chez ceux qui se sentent moqués. la vidéo à 30 minutes
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Les bras m'en tombent... mais il ne faut peut-être pas s'en étonner de la part du type qui a servi la soupe à Nolleau et Zemmour. J'ai envie de dire que ceux qui aiment Murat ne sont pas tous des professeurs de l'éducation nationale et des bobos parisiens. Moi, je vois du mépris pour les gens de peu dans les propos de Ruquier, qui seraient juste bons à se faire abrutir par de la soupe, du vaudeville. Et le rôle d'un journal, c'est naturellement d'être prescripteur et de faire découvrir ce qui parait honorable d'être écouté. Pourquoi sucer la... roue... des gens qui ont déjà du succès? On ne peut pas se résoudre à que ce soit les algorithmes et le marché qui socialisent ou façonnent les individus qui sont de plus en plus enfermés dans des chapelles. De plus, comparer le Libération de 1979 et celui de 2023 est complètement idiot, d'autant plus à une époque dans laquelle tout le monde célèbre Céline Dion et n'importe quel chanteur de variété devient une icône à sa mort - au moins pour une journée- (ça m'avait frappé pour Michel Delpech). Reste le "problème Murat" que cette histoire met en lumière: Olivier Nuc place le chanteur au côté de Brassens et de Brel, Y. Haenel aux côtés des plus grands poètes (dans la préface du recueil)... mais il est très loin d'avoir la renommée que ce rang devrait lui donner.
LA COVER EN PLUS
On n'a pas reparlé de la Maison Tellier qui continue de chanter Murat sur scène cette automne, souvent à guichet fermé... mais une publication instagram offre une occasion. La toute jeune artiste Louise D sur instagram (qui a un duo Ashes to Ashes) offre une belle version de Fort Alamo, avec la Maison Tellier en featuring. C'est la fille de Matthieu Pigné...