Publié le 20 Janvier 2013
Même si le titre évoque une émission de TF1 présentée par Dechavanne, on retrouve la fine plume érudite et acérée de Baptiste telle qu'on la lit sur son blog "qu'est-ce qu'on nous chante?". Le principe était simple... mais sans doute bien difficile et long à réaliser : demander à des artistes francophones de donner leurs 10 chansons de chevet.
- L'affiche rouge : Ferré-Aragon.
- Le passage au titre suivant va être un peu brutale, même si ça parle aussi d'exécution :
- On en revient à une chanson moins originale pour ce genre de classement... La seule chanson de ce classement qu'il a reprise.
- Et petit pied de nez à la Murat... il insère dans son classement aussi la version de COHEN...
J'ai trouvé une petite vidéo avec introduction par Joe Dassin...qui aurait peut-être pu figurer dans ce classement...
- On trouve encore deux grands classiques : LES FEUILLES MORTES (Yves Montand), et LE TEMPS DES CERISES... Après le chant des partisans et l'affiche rouge, voici encore une chanson à haute valeur historique, hymne du peuple de gauche...
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_des_cerises_(chanson)
J'ai beaucoup aimé la version de Noir Désir:
La Folle complainte est d'ailleurs classée 12e.
La bonne n'est pas sage
Mais on la garde encore.
On l'a trouvée hier soir,
Derrière la porte de bois,
Avec une passoire
Je n'ai pas aimé mon sort.
Je n'ai pas aimé la guerre.
Je n'ai pas aimé la mort.
Et les trains électriques,
Les larmes dans les gares,
Guignol et les coups de triques,
Les becs d'acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d'Hélène
Par un beau soir d'été.
- Le dixième titre nous permet de finir sur un peu d'humour... avec le grand Boby... dont on aurait aimé qu'il nous laisse un peu plus de chansons... Murat l'avait déjà cité, notamment à côté de Dassin et Caussimon dans une interview avec RAPHAEL (de 2006). On ne sera donc pas étonné de ces choix peu modernes faits par Murat. Ce classement illustre bien les propos qu'il tenait au Nouvel-Obs en 2002:
A noter tout de même la présence de Prévert qu'il a déclaré "détesté" et d'Aragon qualifié de "sous Baudelaire" (L'express, 2007).
"II me semble que dans la chanson française on s'est de plus en plus éloigné de la musique de la langue, jusqu'à arriver à une sorte d'impasse. Gainsbourg, Bashung, évidemment que c'est sensas. Mais si tu les mets sur l'arbre de la langue, c'est une branche morte. Tu ne vois pas quelle descendance ils peuvent avoir. Moi, j'essaie plutôt de rester dans le tronc, dans la montée de sève. Quand tu travailles sur des textes comme ça, tu t'aperçois que ce qu'on appelle la chanson française, c'est la langue classique, celle qui a été posée au XVIIe siècle et qui possède sa musique intérieure. Et on y revient toujours, quels que soient les détours. Je pense par exemple à Carlos Jobim qui explique qu'il a inventé la bossa en jouant du Debussy. Il jouait du Debussy au piano, les fenêtres ouvertes, et c'est en entendant les rythmes provenant de la rue mélangés à Debussy qu'il a inventé la bossa. Et aujourd'hui, par un détour fulgurant, Salvador cartonne, en chanson française, avec un album bossa ! C'est pourquoi, à l'arrivée, je trouve pathétique la manière de Gainsbourg de jouer avec les mots. S'il parlait de la chanson comme d'un art mineur, c'est finalement qu'il ne s'en sortait pas ! Il aurait bien aimé faire toujours Je suis venu te dire que je m'en vais, faire du Verlaine, mais ça ne marchait pas. Comme le Gainsbourg avait un esprit de synthèse fort, qu'il voyait bien quelles musiques marchaient et qu'il ne voulait pas ronronner, il dynamitait les mots. Mais après quoi, c'est l'horreur. Parce que tu te retrouves dans un langage publicitaire, parce que tu fais du publicitaire. Arrivent alors des mecs élevés au Gainsbourg qui font du publicitaire, et comble de l'horreur, qui arrivent à te le faire passer pour de la littérature : Frédéric Beigbeder, par exemple. La langue est alors finie.
La version studio : http://www.youtube.com/watch?v=SgTnwn7Xu-w