1) En attendant dimanche prochain "le Grand atelier" de Yannick HAENEL (j'ai fait sa connaissance mercredi dernier et la fraternité muratienne m'a valu une bise et une belle dédicace), ce vendredi 16/10, Leïla Kaddour Boudadi a terminé son journal de 13 heures sur France 2 en parlant du recueil "une Orgie de sainteté":
La veille, Aline Afanoukoé faisait sa chronique matinale Musicaline sur l'ouvrage:
Dans Musicaline : trois chansons pour entrer dans l’univers Murat, de grandes portes d’entrée entre chanson, poésie et littérature à l’occasion de la sortie de « Jean-Louis Murat, une orgie de sainteté, l’intégrale des chansons », éditions Seghers, préface de Yannick Haenel.
De Cheyenne Autumn à Mustango, de Dolorès à Taormina, il n’a cessé de déplacer les lignes, de changer de sonorités. Jean-Louis Murat était imprévisible. Et cette liberté-là est sans doute ce qui manque le plus aujourd’hui. « Une orgie de sainteté » est une invitation à retourner dans ses textes, à s’y perdre, à y retrouver des phrases, des images, des désirs et des colères. Au mont Sans-Souci, très révélateur de son rapport aux paysages, à la nature et à cette poésie étrange qui lui appartenait. Jean-Louis Murat est décédé en 2023, à 71 ans. Trois ans plus tard, ces 400 textes donnent l’impression de rouvrir une porte mystérieuse où le chanteur disparaît derrière l’écrivain.
Yannick Haenel, dans sa préface, insiste d’ailleurs sur cette dimension littéraire en présentant Murat avant tout comme un poète. Auteur-compositeur et poète sans hésiter. Il signait ses textes Jean-Louis Bergheaud et c’est Jean-Louis Murat qui chantait ces poèmes, parfois tendres, parfois sauvages, souvent drôles, toujours libres. Mi ange mi ronchon.
Jean-Louis Murat, devenu l’une des voix les plus singulières de la musique française, donnait l’impression de ne jamais chercher à plaire ; il avançait volontairement à contretemps. Intemporel. Derrière toutes ses métamorphoses, il y a la matière vivante d’un homme qui n’a jamais vraiment cessé d’écrire pour lui ou d’autres : Sylvie Vartan, Indochine, Isabelle Boulay, Nolwenn Leroy, Julien Clerc, Françoise Hardy… Dans « L’Au-delà », Murat dialogue avec la mort et le temps, au-delà du réel.
Jean-Louis Murat, une orgie de sainteté, L’intégrale des chansons, préface de Yannick Haenel disponible aux éditions Seghers.
- On a beaucoup partagé les chroniques de disque de JL Murat écrites par Marc de Belgique depuis la création du blog... Voici celle sur l'album de Marchet...
On devine que le François de Voir La Nuit Venir est un peu mort. Mais comme pour exorciser cette fin inéluctable, on termine par un magnifique hommage à Jean-Louis Murat, morceau à tiroirs truffé de références qui rappelleront trop de choses à ceux qui sachent. Des émotions présentes qui évoquent des émotions passées d’auditeur
- Dans Sud-Ouest sur le web ce jeudi 15 octobre 2026, et ce dimanche, dans l'édition papier, dans le cadre d'un article sur les sorties du moment:
Marchet chante son ado avec amour et inquiétude, son amour avec ferveur et tendresse, une travailleuse des plus précaires avec la force des Dardenne, la montée à Paris version drama queen avec acuité et justesse, le masculinisme poisseux avec contexte et combat, la mort d’un ami avec sobriété décalée, Jean-Louis Murat, dans un titre final avec frisson. Dès ses débuts en 2004, on sentait le romancier dans « Gargilesse ». Deux livres aujourd’hui à son actif, Marchet reste un magnifique auteur de formats courts.
Yannick Delneste
- Et dans la Gruyère, jeudi 15:
- sur Radio Aligre, Florent Marchet a été interrogé sur Murat: podcast de Chacun Son Tempo par Edmond Sadaka
Si vous suivez attentivement le blog, vous aurez l'impression de déjà entendu, Florent Marchet est assez méthodique pour répondre en plusieurs points:
- Et avant cela, il y avait eu une interview croisée le 9/10 dans Libération avec Dominique A qui vient de sortir le beau disque "Spirales". J'ai toujours un problème avec sa voix mais je le reverrai volontiers en concert, d'autant plus après le petit shitstorm qu'il traverse venant d'une certaine gauche (quelques semaines après celui venant de l'extrême droite bolloriste). Cela fait forcement penser aux aventures médiatiques de Murat: c'est le titre choisi par Paris Match pour une interview sur le web qui a entraîné ce déferlement... La même chose est arrivée à Murat... qui pour le coup méritait lui peut-être la volée de bois vert ou en tout cas la cherchait).
La mort de gens admirés, c'est aussi l'un des thèmes communs.
F.M. : Nous sommes à des âges où le deuil arrive. Les artistes ou les proches qui disparaissent nous confrontent à notre propre histoire. Elliott Smith, par exemple, a tant compté pour moi que sa mort m'a dévasté. Pendant des semaines, je ne pouvais plus écouter ses chansons. Murat, c'est la même chose, la façon dont il faisait résonner les mots a été très importante dans mon apprentissage de l'écriture.
D.A. : Il a compté pour moi aussi. J'ai été complètement «muratisé» pendant quelques années. Il y avait chez lui un rapport à la province, à la campagne, qui me touchait, car il parvenait à réinjecter du minéral et du végétal dans les chansons, ce que plus personne ne faisait. Avec Mark Long, le chanteur de The Opposition, c'est différent. C'est un groupe que j'écoutais énormément étant jeune, et j'ai eu la chance de partager la scène avec lui. Notre rencontre avait quelque chose de très humain. Une histoire commençait à s'écrire et elle a été interrompue net. C'est pour ça que la chanson est aussi narrative. Sa mort soudaine était pour moi le deuil de la jeunesse : j'avais l'impression d'être passé de l'autre côté du miroir avec lui, et tout s'arrêtait subitement.
NB: Je m'en veux de ne pas m'être rappelé que le camarade Julien avait déjà intitulé une chanson "ORCIVAL", avec un très joli texte... et quelques notes de The Cure dans la chanson m'amène à un lien en plus.
THE CURE EN CURE A LA BOURBOULE
Jarvis Platini* avait déjà imaginé Robert Smith en cure à la Bourboule mais voilà un nouveau lien : Pierre Andrieu a consacré un livre au groupe anglais, sur le même modèle que celui écrit sur Jean-Louis (en puisant beaucoup dans les ressources auvergnates). L'ami Christophe l'a interviewé et parlé de Murat: A LIRE EN INTEGRALITE LA
𝐀𝐏𝐃 — Après ton livre sur Jean-Louis Murat en 2024, pourquoi t’attaquer à la montagne Robert Smith aujourd'hui ?
𝐏𝐀 : J’ai adoré l’expérience de l’écriture d’un livre sur un artiste qui me passionnait, et qui me passionne toujours d’ailleurs. S’immerger dans la musique de Jean-Louis Murat pendant les 9 mois de l’écriture du bouquin, tout en rencontrant ses musiciens et ses proches pour des entretiens, ça m’a beaucoup plu. Et ça n’a fait que renforcer ma passion pour son œuvre, je ne me suis pas du tout lassé de ses albums… J’aurais aimé qu’il vive encore longtemps et poursuive sa carrière jusqu’à un âge avancé comme ses idoles Neil Young, Leonard Cohen, John Lee Hooker et les Rolling Stones. Malheureusement, ça ne s’est pas passé ainsi. Quand le livre Jean-Louis Murat – Les Jours du Jaguar est sorti, j’ai eu très envie d’en écrire un autre, cette fois sur un des artistes qui m’accompagne à chaque étape de ma vie depuis mon adolescence, Robert Smith. J’ai voulu reprendre le principe du livre sur Murat, à savoir proposer une biographie subjective avec un best of personnel des disques et concerts de The Cure que je trouve les plus importants. Le tout agrémenté de nombreuses interviews, afin de croiser les témoignages et de montrer qu’on peut aimer ce groupe dont la musique est intemporelle quel que soit son âge… Dans les 23 interviews présentes dans le livre, la pyramide des âges est parfaitement représentée : on va d’une fan nommée Justine Bergheaud, qui a un peu plus de 20 ans, au journaliste Bernard Lenoir, qui en a 80, en passant par de jeunes groupes inspirés par The Cure comme Sinaïve, Foxhole, JoyCut, Par-Sek ou Garciaphone et de « vieux briscards » comme And Also The Trees, Anton Newcombe de The Brian Jonestown Massacre, Nicolas Godin du groupe Air, Dominique A ou Frédéric Lo. Tous sont fascinés par l’œuvre et le personnage de Robert Smith, qui figure lui aussi dans le livre via une interview de Christophe Basterra datant de 2000 (merci à lui !) et de nombreux extraits de ses interventions au fil des années. Il y a aussi des fans anonymes ou connus – Lydie Barbarian, Richard Bellia, qui ont été séduits par la musique de The Cure très tôt avant de devenir journaliste et photographe – qui évoquent leur histoire avec The Cure. Un peu comme moi via ce livre : c’est un livre de fan pour les fans, et ce même si j’ai effectué un travail de journaliste pendant deux ans pour le réaliser.
𝐀𝐏𝐃 — Tu as écrit des livres sur Robert Smith et sur Jean-Louis Murat… Quels sont les vrais points communs entre les deux à ton avis ?
𝐏𝐀 : On m’a dit que Jean-Louis Murat avait quelques disques de The Cure chez lui, dont Pornography et le live The Cure in Orange. Et l’un de ses meilleurs amis, le regretté musicien Christophe Pie, était un grand fan de Cure, on en avait parlé tous les deux. Il y a beaucoup de points communs entre The Cure et Jean-Louis Murat et l’on peut très bien être fan des deux, j’en suis la preuve vivante ! Les discographies de Murat et de Robert Smith sont toutes les deux foisonnantes et très variées : ce sont deux artistes qui essayaient, ou essaient encore pour Smith, d’éviter les redites. On retrouve dans les disques des deux beaucoup de poésie et de mélancolie, des emprunts à la littérature, et un savoir-faire manifeste pour créer des pop songs qui restent en tête et de longues chevauchées très prenantes. Smith et Murat ont des personnalités complexes et doubles : à la fois timides et extravertis, très francs et drôles en interview, avec une sorte de génie pour trouver des formules percutantes et vachardes reprises par les journalistes dans leurs papiers. Comme elle m’avait dit être fan et avoir vu The Cure au Madison Square Garden de New York, ça m’a fait plaisir d’interviewer pour le livre Justine Bergheaud, la fille de Jean-Louis Murat et Laure Desbruères. Et ça m’a permis de faire un lien entre les deux bouquins et les deux artistes.
𝐀𝐏𝐃 — Murat allait souvent au clash en interview, alors que Smith joue plutôt la carte de l'ironie, du second degré et des histoires inventées lors des entretiens qu’il accorde. Quel est leur but derrière tout cela ?
𝐏𝐀 : Faire parler d’eux et vendre des disques ? Ce qui paraît être le but de la promotion… Les deux artistes étaient (Smith l’est toujours) des maîtres en termes de communication : ils savaient emmener les journalistes là où ils voulaient aller pour leur promo, et leurs traits d’esprit étaient brillants et souvent hilarants. Avec dans les interventions des deux, des saillies bien senties sur la politique, le métier du disque ou leurs camarades musiciens (Morrissey, Renaud, etc.). Et puis une mine d’informations sur leurs coups de cœur musicaux, cinématographiques et littéraires, ce qui est très important pour moi.
"The Cure - Just Like Heaven" (Le Boulon) de Pierre Andrieu
*Jarvis a sorti un nouveau disque disponible en numérique et K7: ici "chonteur (il a déposé ce néologisme) & agitateur, poète & provocateur, musicien & obsédé, amoureux & mysogyne, misanthrope, ce génie du langage mêle références ultra populaires, vocabulaires de spécialistes, contrepèterie, anagrammes, un véritable almanach humain, bourré de vannes, de double sens, ses chansons provoquent un tournis par leur débit inarrêtable, joie et malaise" .
LE LIEN EN PLUS
Je ne connaissais pas Hélène HAZERA avant l'annonce de son décès le 5 octobre (j'imagine Matthieu Guillaumond se moquant de mon inculture, lui le fidèle auditeur de France Culture, et j'en suis tout penaud au vu de la vie et l'activisme pour la chanson française à Libération comme sur France Culture -elle avait participé à Pollen avec Jean-Louis Foulquier également). Le fait est que son nom ne s'est jamais affiché sur mes tablettes au côté de celui de Jean-Louis Murat, même si Daho, Eicher, Burger, Marchet et même Vanot et de nombreux collègues de bureau de JLM ont été invités dans son émission Chanson Boum! de France Culture (les camarades Philippe Barbot et Yves Bigot également: Philippe cite JLM vers les 11 minutes: "ton premier album, c'est très bien mais le vrai test, c'est le 2e, alors au boulot" - dans notre interview, il précisait que JL lui avait un mail).
Malgré tout, je voulais quand même rendre hommage ici à ce grand personnage qu'est Hélène Hazera. Après avoir l'avoir écoutée dans plusieurs émissions, on peut vraiment regretter qu'il n'y ait pas eu d'échanges entre elle et Jean-Louis autour de la chanson traditionnelle et régionale, les musiques d'ailleurs qu'elle affectionnait ou sur le rôle de l'accent tonique... On peut se demander si une des "tâches" dans le parcours médiatique de Jean-Louis (qu'on a peut-être lavée trop vite ici, avec argumentation enzimique sérieuse néanmoins) n'explique pas que cela n'ait pas eu lieu: Hélène s'est engagé à Act Up à partir de la fin des années 90 et Murat a été pris pour cible par l'association en 2013. Bayon qu'elle a connu à Libération ou Didier Varrod pourraient peut-être répondre, même si on peut tout-à-fait se dire qu'elle n'aimait pas la musique de JL trop marquée par la musique américaine.
J'ai fouillé dans les archives (après que l'IA de google m'ait encore une fois prouvée ses capacités à dire n'importe quoi), et on trouve quand même une ou deux mentions de Murat par Hazera:
Libération
CULTURE, jeudi 22 mai 1997
Six auteurs en quête de Clerc. Le chanteur a commandé les textes de son album, champion des ventes, à six paroliers. Anciens ou novices, ils expliquent leur rapport à "Julien". Julien Clerc, album: "Julien", Virgin.
HAZERA Hélène
Jean-Louis Murat:
"Je lui avais envoyé trois textes: un, assez long, sur la mort de Mitterrand, assez explicite, ça a dû lui faire peur; un sur l'idée de l'Europe; et puis le troisième, du normal, ce qu'attendent les chanteurs.
Il m'en a joué deux, assis au piano, j'ai redécouvert des textes de rien du tout, ça prend un lyrisme romantique, des fois malgré lui, ce qui est la marque des plus grands, ce sens poétique insoupçonné.
Il pourrait refaire l'Homme de la Mancha ou les Tragiques d'Aubigné, je me fais une idée de lui plus haute qu'il ne se la fait lui-même.
Avec lui c'est étrange, on pense forcément à Roda-Gil, une forteresse. Comme s'il fallait faire du Roda-Gil sans en faire, comme s'il ne pouvait chanter que ça.
Quand femme rêve. J'ai taillé dans un texte déjà écrit en pensant à lui: c'est du "sur mesure". Le mot "prince de Clèves" lui allait bien: on parle toujours de "la princesse", le prince reste dans l'ombre, celui qu'on ne connaît pas."
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Envoyée spéciale au Québec pour les Franco, elle relate les concerts:
Libération
CULTURE, mardi 22 juillet 1997
Festival de Québec: la francophonie de l'Algérie à la Louisiane. Raï, chansons à texte, chansons d'amour, spectacle avec mimes et marionnettes... Retour sur la 30e édition.
HAZERA Hélène
Québec envoyée spéciale
"La presse était divisée quand au concert de Jean-Louis Murat. Ici son univers fascinait jusqu'à certains journalistes américains, là un certain je m'en foutisme affiché était jugé rédhibitoire. A l'exact opposé de l'Auvergnat, Dany Brillant a fait danser son monde avec un orchestre cubain; Les Têtes raides, eux, dont les derniers albums ne sont pas distribués là-bas, se sont vus qualifiés de "crypto-brechtiens"!
(NDLR: Elle a contribué à faire connaître les Têtes raides)
A noter qu'elle a joué, comme Jean-Louis Murat, avec Isabelle Huppert au cinéma! C'était dans Sauve qui peut de GODARD en 1980:
En Suisse, Eric Reinhardt a été invité pour parler du recueil "Orgie de sainteté" chez Seghers. C'est avec Éric Grosjean dans "le grand soir" sur la RTS.
Il raconte son histoire avec l'oeuvre de JL Murat, notamment Taormina. La deuxième partie est plus inédite. Il commence à parler de l'importance de la musique, de l'art de la chanson (avec ses boutsd e phrase que l'on capte au vol) puis, malgré tout, indique que JL Murat est un vrai poète, un écrivain et que la lecture des textes apporte autre chose que l'écoute des disques.
Au gré d'une petite recherche, je prends une déviation vers la Russie, et vous propose un petit détail de l'histoire (pour le coup, véritable). Lors de la promo du Moujik et sa femme, Murat a évoqué que le titre de l'album était celui d'une chanson qui aurait pu figurer en 2e position, écrite très tôt et que tout le monde avait pris le pli d'appeler le disque ainsi au cours de la conception, même si la chanson a été vite écartée. Dans La libre belgique, sur RTL, il a parlé de l'origine de cette chanson, mais Cédric Barré dans sa monographie du disque évoque des articles de VSD et du Soir:
« C’est un peu un titre à la con. C’est venu par hasard d’une lecture. Et puis après, j’ai fait une chanson. Mais y a pas de raison. Bien souvent, y a pas de raison, vraiment, très probante. Il faut en inventer, mais là y en n’a pas. » (VSD – 21 mars 2002)
On en saura plus dans le quotidien belge, Le soir, en mars 2002 où il explique que c’était le titre d’une chanson qui aurait pu être en deuxième sur le disque mais qui fut rapidement mise de côté. Il aurait conservé ce titre par commodité l’utilisant comme nom générique pour la préparation de l’enregistrement des autres morceaux.
« Je n’avais pas envie de chercher un autre titre, c’est tout. Le moujik et sa femme était une chanson un peu coquine je crois. J’ai le souvenir d’un conte érotique populaire russe du XIXème siècle qui s’appelle : « Le moujik, sa femme et le diable » et ça m’est revenu »
Pour être complètiste (et parler d'"un titre à la con", mais néanmoins bien vue pour l'univers de Bergheaud et qui permettra aussi de développer tout un visuel sur les disques), voici donc le conte qui pourrait avoir été dans la mémoire de Murat. Le titre n'est toutefois pas exactement celui proposé par Jean-Louis mais il parle d'un souvenir vague et il ne doit pas y avoir un grand nombre de recueils de contes russes érotiques du 19e! Cela ajoute en tout cas une petite référence au Diable, très utilisée par Jean-Louis influencé par les racontards de sa grand mère ("en rentrant d’une veillée, la grand-mère de Murat aurait porté dans son panier le diable sous la forme d’un chat noir" a raconté Murat à Laure Adler...). J'ose émettre l'assertion que le conte ne nous apparaîtra plus guère érotique, même s'il est question d' insertion à base de carotène (pour avoir les fesses roses, préférez un autre mode d'ingestion - sauf Donald Trump qui devrait préférer ça à l'autobronzant). Si Murat en avait fait une chanson un peu érotique, il a peut-être été influencé par d'autres récits du livre mais on sait qu'il est difficile de détecter ses "points de départ" de chansons. On l'a vu pour Reclus ou Naipaul dont il dit avoir tiré de nombreuses chansons.
On trouve le conte dans un livre Contes secrets Russes (Rousskiia Zavetnia Skazki, attribué à Aleksandr Nikolaevich Afanasʹev) dont l'édition originale est en vente là pour 600 euros. Isidore Liseux, (p.46-47). On peut aller aussi le consulter au Trinity Collège à Oxford (où il figure bien dans une collection de livres "érotiques")... Une réédition de 2002 existe en format poche (la date de parution est tout juste postérieure au moujik)
LE PAYSAN ET LE DIABLE
Un paysan avait semé des navets. Quand il jugea venu le moment de les arracher, il se rendit dans son champ, mais les navets n’étaient pas encore levés. «Que le diable vous emporte!» s’écria dans sa colère le moujik, et il retourna chez lui. Un mois après, sa femme lui dit: «Va donc voir s’il s’est pas temps de tirer les navets.» Le paysan alla de nouveau visiter son terrain, qu’il trouva cette fois couvert de navets superbes; mais, au moment où il se disposait à les arracher, un petit vieillard s’élança tout à coup vers lui en criant: «Pourquoi voles-tu mes navets? — Comment, tes navets? — Mais sans doute! Est-ce que tu ne me les as pas donnés avant qu’ils fussent levés? J’en ai eu soin, je les ai arrosés. — Et moi je les ai semés. — Soit,» reprit le diable, «tu les as semés, je ne dis pas le contraire, mais c’est moi qui les ai arrosés. Tiens, voici ce que nous allons faire: rendons-nous ici, toi et moi, chacun en tel équipage qu’ils nous plaira. Si tu devines quelle est ma monture, les navets seront à toi, et ils m’appartiendront si je reconnais sur quoi tu es monté.» Le moujik accepta cet arrangement.
Le lendemain, il prit sa femme avec lui; quand il fut près du champ, il la fit mettre à quatre pattes, releva ses jupons, lui fourra une carotte dans le κυλ et lui cacha le visage avec ses cheveux dénoués. Pour ce qui est du diable, il attrapa un lièvre, monta dessus et, en arrivant, demanda au moujik: «Sur quoi suis-je venu? — Qu’est-ce qu’il mange?» interrogea le paysan. — «Des pousses de tremble. — Alors, c’est un lièvre.» De son côté, le diable essaya de reconnaître la monture du paysan et se mit à tourner autour. «Ces crins,» observa-t-il, «c’est la queue, et voici la tête, mais elle mange une carotte!» Ce détail dérouta complètement le diable, et il s’avoua vaincu. Le paysan tira les navets, les vendit et commença dès lors à prospérer.
Je vous invite à lire un autre conte, très moderne sur le partage des tâches LE PAYSAN QUI FAIT LA BESOGNE DE SA FEMME (et pas : "qui la besogne", comme j'avais cru comprendre) : là
NB: Le conte « Le moujik Pakhom » (souvent intitulé « Faut-il beaucoup de terre pour un homme ? ») est une nouvelle morale écrite par Léon Tolstoï et a des similitudes. Il date de 1886.
C'est tout pour cette saison des prix littéraires.
- On commence par la promo d' "Une orgie de sainteté". Les fidèles sont là: Sam Olivier dans Francofans. PS : Francofans a failli périr, soutenez-les pour faire vivre un magazine important pour la musique française. C'est par ici: https://www.accfa.fr/
Début septembre, c'était Yannick HAENEL qui était dans la même émission. Il est question de la séquence du film de Tarkovski dont il parle dans son livre et dans la préface du recueil. IL cite Jean-Louis à 10 minutes à propos des phrases qu'il peut murmurer, comme des mantras, puis, un peu plus loin, Murat fait partie de ses choix musicaux.
2) Florent Marchet, et son titre "ORCIVAL" (ce n'est pas systématiquement évoqué dans les interviews et articles) mais:
Dans Ouest-France (27/09), Michel Troadec, le très fidèle, parle en premier lieu de la dernière chanson du disque "MOBIL HOME":
Quoi de mieux qu’une chanson pour rendre hommage à un chanteur disparu… Comme une surprise, à la fin d’un disque. « Dans la mélancolie / Et les mots qui détonnent / Dans les herbes jaunies / De nos Cheyennes automnes / Dans la roche pelée / Col de la Croix-Morand / Les prairies de genêts / Les yeux de tes enfants… » interprète ainsi Florent Marchet.
Cela s’appelle « Orcival », comme la commune d’Auvergne où vivait… Jean-Louis Murat. Avec, en écho, la jolie voix de la Clermontoise Morgane Imbeaud. Un bel hommage.
En chanson, les plumes littéraires se font rares, surtout quand elles savent aussi bien faire sonner notre langue. Florent Marchet est de ceux-là. Et ce n’est même pas parce que, depuis 2020, le natif de Bourges est aussi écrivain. Tous ses albums, depuis « Gargilesse » en 2004, ont cette fibre. Dans le précédent, « Garden Party » (2022), en partant de situations vécues de près ou de loin, il racontait avec précision des histoires de famille, de couples…
JustMusic.fr : Peux-tu me présenter « Orcival », ton duo avec Morgane Imbeaud ?
Florent Marchet : Morgane et moi, on se connaît depuis longtemps, depuis l’époque de Cocoon, et on avait aussi des amis en commun. On s’est malheureusement retrouvés lors des obsèques de Jean-Louis Murat, à Orcival. C’est quelqu’un que j’appréciais déjà beaucoup, je savais qu’elle avait un talent fou, mais je ne la connaissais pas encore très bien humainement. Depuis, elle est vraiment devenue une amie.
Avant d’enregistrer un disque, j’ai pris l’habitude de jouer les morceaux devant un petit public. C’est la deuxième fois que je fais ça. Je cherche des endroits assez confidentiels, où les gens ne vont pas forcément filmer. J’ai notamment organisé des concerts chez l’habitant.
Lors de l’une de ces soirées près de Clermont-Ferrand, j’ai joué tous les morceaux du disque devant une centaine de personnes. J’ai demandé à Morgane : « J’ai une chanson sur Jean-Louis, est-ce que ça te dirait qu’on la chante ensemble ce soir ? » Tout était permis, c’était vraiment une sorte de laboratoire.
Elle a écouté la chanson, elle lui a beaucoup plu et on l’a interprétée ensemble. Là, ça a été une évidence. Nos deux voix fonctionnaient très bien et je me suis dit qu’il fallait qu’elle soit sur le disque.
Je me méfie toujours un peu des duos avec des chanteuses parce que ma tessiture n’est pas très facile à associer. Je n’ai pas une voix extrêmement grave ni extrêmement aiguë, donc il faut quelqu’un avec une grande étendue vocale pour pouvoir s’adapter. Morgane peut le faire, comme P.R2B avec qui j’avais déjà chanté. Ce sont de grandes chanteuses.
Parfois, j’aimerais chanter avec certaines artistes que j’adore, mais les deux voix ne fonctionnent tout simplement pas ensemble : soit je dois chanter à la cave, soit au grenier ! Avec Morgane, en revanche, tout a été très naturel.
Et puis, j’étais heureux de partager cette chanson avec elle parce qu’elle a aussi une longue histoire avec Jean-Louis Murat, auprès duquel elle a chanté pendant des années. Tout faisait sens.
Je n’avais pas décidé qu’il fallait absolument un duo sur ce disque. Au contraire, je n’en voulais pas forcément. Mais là, ça s’est imposé comme une évidence. C’est notre histoire, et je trouve que c’est bien comme ça.
Il reste de la place pour le premier concert de la tournée à Grenoble, avec Matt Low en première partie. J'y serai!
UN MURATIEN EN PLUS
Alerté par une mention de JLM dans un article, je vois qu'un muratien ("il a vu Murat 172 fois sur scène" peut-on lire quelque part) sort un recueil de poésie. Il s'agit de Christophe Esnault (sans rapport avec les Esnault de la Bourboule a priori). Et je lis chez l'éditeur qu'on croise bien Jean-Louis Murat dans le livre:
Le concept du recueil est simple : chaque poème s’ouvre comme une bouteille — étiquette, millésime, lieu — puis dévie. Ce qui se verse alors, ce sont des fragments de vie : amitiés, amours, corps, lectures, deuils, désirs, ratages. Une existence traversée par l’obsession de vivre, et par la conscience aiguë de ce qui échappe. Entre ivresse et lucidité, le texte avance par éclats : scènes, adresses, souvenirs, visions. La langue est directe, heurtée, traversée de poésie et de brutalité, capable d’embrasser aussi bien la joie que l’effondrement. On croise Philippe Léotard, Marguerite Duras, Nan Goldin, Malcolm Lowry, Iggy Pop, Bukowski, Toulouse-Lautrec, Villon, Jean-Louis Murat et beaucoup d’autres. Si le vin ne te rend pas génial, essaye une autre bouteille est un livre sur l’intensité — celle que l’on cherche, que l’on rate, que l’on recommence. Un livre sur ce qui reste, malgré tout, quand on continue d’écrire, d’aimer, et de tenir debout.
72 pages | Broché | ISBN : 978-2-491517-77-9|
Æthalidès | Collection « Le Zeste bleu»| Parution 24/9/26
Chronique (et une autre sur actualitte: "Sa bibliothèque accompagne ce mouvement. Bukowski, Duras, Jean-Pierre Martinet, Iggy Pop, Jean-Louis Murat, Allain Leprest, Thomas Vinterberg ou Leonard Cohen passent dans les pages moins comme références savantes que comme convives supplémentaires." ) et un touchant portrait en reportage vidéo
LA CHRONIQUE ANACHRONIQUE EN PLUS
ou pas... puisque DOLORES a 30 ans tout juste... (et le manteau de pluie 35 ans).
Dolorès le chef-d'oeuvre de Jean-Louis Murat a eu 30 ans ces jours-ci.
C’est en 1996 à l’âge de 44 ans que Jean-Louis Murat fait paraître Dolorès.
L’album diffère de ce qu’il a pu produire jusqu’à présent. Les sonorités électroniques qui ont pris le dessus regorgent d’harmonies soignées. Les textes semblent faire le point. Le môme éternel, magnifique évocation d’une incapacité à faire fi de ses rêves est à ce titre le pivot central du disque : “si vivre est un métier, alors je n’ai aucun don”. De l’introductif Fort Alamo, replié dans un for intérieur intraitable à Dieu n’a pas trouvé mieux, ode élégiaque à la beauté de l’être aimé jusqu'au Train Bleu, incantation à la douleur d’une rupture en passant par Brûle moi et Le Baiser, variations sur ce que procure le désir, chaque morceau est une parcelle du sentiment amoureux et de ses affres.
Pris au piège de ses amours désarçonnés, Jean-Louis Murat n’a jamais été aussi proche de ce qui le ronge. Son irascibilité sous ses dehors misanthropiques ne semble plus qu’une façon de protéger une hyper sensibilité.
Toutes les chansons qui traversent Dolorès (faut-il rappeler sa racine latine dolor pour douleur), transpirent d’une profonde mélancolie, de celle qui paralyse et vous donne envie de disparaître.
30 ans après sa sortie, il faut entendre l’élégance avec laquelle Jean-Louis Murat exprime ce qui nous poursuit tout le long de notre existence, une soif inextinguible d’amour.
L'apaisement que lui aura procuré l’accouchement de cet album lui offrira avec le suivant Mustango, tout autant réussi, un air revigorant sous les auspices de l’Ouest américain
UN ARTICLE EN PLUS DANS UN JOURNAL QU'IL EST BON Y A MEME LA NAUSEE ET LES MAINS SALES
Valeurs Actuelles (site web)
Culture, vendredi 28 août 2026 596 mots
Culture : Gérard Manset et Jean-Louis Murat, deux albums comme deux invitations à la mélancolie
Parus en même temps, les deux derniers albums de Gérard Manset et Jean-Louis Murat négocient avec le temps qui passe.
Au seuil du grand âge, Gérard Manset avance sur sa « route de terre » devant un public plutôt nombreux pour quelqu'un qui n'a jamais fait de concerts et n'est pas revenu à la télévision depuis quelques play-back à la fin des années 1970. Son cadet, Jean-Louis Murat, passé brutalement de l'autre côté en mai 2023, était, lui, une bête de scène.
La coïncidence de parution de leurs derniers CD, un album studio et un live posthume, suggère un rapprochement entre deux artistes complets qui ne se fréquentaient pas, s'observaient de loin comme deux jaguars autour de la même proie, la chanson pop-rock-folk, chacun nourri à la musique anglo-saxonne et cependant fidèles à la langue française. Parce qu'ils ont pas mal de choses en commun, au-delà de la reprise d'Entrez dans le rêve de l'aîné par le cadet : une mise à distance de la mode, une manière d'exiger des paroles et musiques autre chose que le pur divertissement, et des fans qui sont souvent les mêmes.
Manset fait tout. Il compose beaucoup pour lui et un peu pour les autres, dont l'ultime Bashung. Il écrit, des bouquins aussi, il a commencé par la peinture, il a beaucoup photographié « le reflet d'un monde qui a disparu ». Il enregistre avec les mêmes complices, il orchestre, bricole à la console comme un artisan de l'époque psychédélique des Beatles. Il a bien eu autrefois un ou deux succès de variétés, Il voyage en solitaire, le Marin'bar, mais l'essentiel est ailleurs. Dans l'espace noir de la Mort d'Orion (1970), dans les « voyages solitaires » au Royaume de Siam (1979), sur la Voie royale dans le Cambodge de Malraux et « dans la jungle pire encore » de l'Enfant soldat (2006).
Photo méditative sur la pochette, signée Manset évidemment, l'album Je ne veux pas serait son 25 ou 26e, on se perd dans les rééditions. C'est son meilleur depuis Manitoba ne répond plus, il y a presque vingt ans. Alternant des prises plus ou moins récentes, il ne maquille pas la voix terriblement usée, ni les angoisses du deuil dans le flot pathétique de la chanson-titre, ni la nostalgie mélancolique de celui qui se retourne et se souvient qu'Il suffit parfois… Car, au XXIe siècle, Manset parle d'amour comme à la Renaissance.
Ce qui nous ramène à Murat dont l'amour était la source toujours, l'énergie électrique et le fruit inaltérable de sa terre d'Auvergne. Sélectionnées avec soin, ses dernières chansons en concert du Tour de France 2022 gravissent les sommets sans passer par les tubes. Elles se révèlent à la hauteur du « chagrin plus fort qu'une armée » de Dolorès (1996), des tentations américaines de Mustango (1999) et du Cours ordinaire des choses (2009)?; ainsi que des enregistrements live, dont un en studio, Parfum d'acacia au jardin (2004), qui nous rappellent combien Murat, son phrasé énigmatique et sa guitare de feu, savait y faire en matière de transe musicale.
Deux chants à écouter donc, sans s'interdire le droit d'inventaire, pour franchir nos propres seuils, existentiels ou dérisoires, définitifs ou saisonniers. Et passer du hiératisme désespéré de Manset, « Si tu connaissais le monde/Sa force, son ignominie », au clin d'œil lumineux de Murat, « C'en est bien fini de l'éternel retour du blues/Je te présente mon chat/La nouvelle princesse of the cool ».
« Je ne veux pas », de Gérard Manset, 1 CD Verycords (2026).
« Tour de France 2022 », de Jean-Louis-Murat, 1 CD Cinq7 (2026).
V2, un des nombreux labels de JLM revient. Il y avait suivi Alain Artaud.
News Tank Culture (site web)
mardi 15 septembre 2026
Musique enregistrée : le label V2 Records relancé en France, signature de Madam et Klone
V2 Records annonce relancer son activité en France, « avec de nouvelles ambitions et de nouvelles signatures », le 15/09/2026.
Le label est dirigé par Charlotte Decroix, arrivée en mai 2026, aux côtés de Caroline Shadday, qui assure la promotion des artistes du label en France.
Label indépendant fondé par Richard Branson en 1996, cinq ans après la vente de Virgin Records, V2 Records est « historiquement lié au développement du rock et des musiques alternatives », avec des artistes tels que Stereophonics, Moby ou Bloc Party. Le label a été racheté en 2007 par UMG, à l'exception de la filiale néerlandaise, reprise par le groupe indépendant Artone, qui a redéveloppé la marque et le catalogue. Artone compte dans ses filiales les distributeurs Bertus et Proper Music Distribution, ainsi que la manufacture de vinyles Record Industry.
V2 France souhaite « développer un catalogue d'artistes indépendants locaux à potentiel international, et proposer une offre de label services et de distribution aux labels indépendants ». Deux signatures sont annoncées : Madam, un « power trio rock alternatif 100 % féminin » basé à Toulouse, et Klone, groupe de « metal progressif ». Celles-ci s'ajoutent à Sarāb et Temples, signatures réalisées par Jérôme Riera, resté label manager de V2 en France de décembre 2024 à mars 2026, avant de rejoindre le Hellfest Festival de rock, métal et musiques extrêmes se déroulant à Clisson (Loire-Atlantique)
« L'ambition pour V2 est de signer des artistes en développement, qui sont mûrs pour commencer à faire du marketing et à vendre des disques physiques. C'est vraiment le nerf de la guerre pour nous. Étant donné la structure de notre groupe, nous sommes très axés sur la vente physique. Nous regardons évidemment les données digitales lorsqu'il s'agit de signer, mais ce n'est pas du tout le premier levier. Un artiste qui ne streame pas énormément, ce n'est pas forcément un frein pour nous si d'autres voyants sont au vert », indique Charlotte Decroix à News Tank.
La première version de V2 en France
Le label monté par Richard Branson en 1996 comptait des bureaux dans différentes pays, notamment en France, où les disques étaient distribués par Warner.
La filiale, dirigée successivement par Thierry Chassagne
(1996-1999), Sophie Zannettacci (1999-2003) et Alain Artaud
Directeur @ Manassas (2003-2007), avait développé un catalogue local composé d'artistes tels qu'Anaïs, Passi, Jean-Louis Murat, TTC, Isabelle Boulay, Daphné, Nosfell ou encore Didier Super.
Cette filiale avait disparu après le rachat de V2 par Universal Music Group en août 2007. Le catalogue et les contrats avec les artistes locaux avaient été repris par Universal Music France.
- attention: deux vidéos ci-dessous démarrent automatiquement en même temps-
bonjour,
On commence avec une émission de lundi 21/09.
Sur France 5, étaient invitées Isabelle Huppert et Camille dans C à vous la suite. On pouvait penser que quelqu'un allait souligner qu'elles avaient travaillé toutes les deux avec Jean-Louis Murat... mais Camille quitte le plateau sans que cela se fasse. Par contre, Patrick Cohen qu'on connaissait amateur de l'oeuvre intervient ensuite et Isabelle et lui disent qu'il nous manque beaucoup. https://dai.ly/k3Zvv55aGiZp3hKx96a
[Je suis allé voir Camille au Festival de Fourvière cet été, je ne suis pas vraiment emballé par les nouvelles chansons, mais c'est toujours impressionnant en spectacle, gros coup de coeur renouvelé par les versions de "pale septembre". Au rayon concert, je recommande aussi Bertrand Belin - son whatt en live avec une formation de 7 -il me semble- musiciens est impressionnant, j'ai pris mes places pour une 3e fois, et Stéphane Eicher est toujours en forme.]
Sur Arte, c'est court aussi, et c'est encore une fidèle, Elisabeth Quin qui parle du recueil et du disque live. https://dai.ly/k1cZu1htJkUiguKxbdk
(les vidéos semblent ne pas apparaitre, j'ai rajouté les liens ci-dessus)
https://dai.ly/k6IEmvOFK2TQqPKx96a
- Jeudi 24 Septembre, sur M6, lors de la semaine passée en Auvergne dans l'émission "ma meilleure cuisine régionale", émission ultraformatée et insupportable par la multiple diffusion des mêmes images, les présentateurs étaient de passage au Buron du col de la croix morand. Des belles images du col où les névés sont encore présents, mise en scène de fausse rando pour arriver au resto, et une longue séquence sur la terrasse devant la plaque consacrée à Jean-Louis Murat... sans qu'il en soit question. Yoan Comte, le chef étoilé, met même le doigt sur la plaque... mais c'est pour montrer la photo qui montre le Buron tel qu'il était avant les travaux de restauration. Je voulais faire un montage vidéo mais de multiples tentatives d'extraction (dont captvty) ont été vaines. Voici donc un diaporama:
- A LA RADIO :
L'actu FLORENT MARCHET
Il a parlé assez longuement de Jean-Louis Murat avec Vincent Josse samedi : le besoin ressenti de partir immédiatement à Orcival quand leur manager commun le prévient de sa mort, parce que c'était un besoin, "les poètes font partie de ma famille en définitive", "je trouve ça terrible un auteur qui ne pourra plus écrire", l'influence qu'il a eue à l'adolescence, d'où l'envie de travailler avec Stéphane Prin (interview ici), la belle cérémonie où une petite tribu s'était réunie
PODCAST COMPLET avec une chanson d'amour, inédite (à paraître) et très réussie de Philippe Katerine.
Pour écouter ORCIVAL en live: par ici (Grenoble en novembre, Paris en décembre à la Cigale, et dans de nombreuses salles dans lequel peut rôder le fantome de Jean-Louis: Nantes, Oignies, Sotteville les rouen, Toulouse...)
- C'est un peu plus ancien, mais en Belgique, on n'oublie pas non plus Jean-Louis Murat.
Dans Bagarre dans la discothèque, un animateur parle du Train Bleu pour répondre à la question : Quelle chanson contient dans ses paroles une comparaison complètement disproportionnée (pour parler d'amour, de désir, de chagrin, etc.) ? "on n'écoute pas suffisamment Jean-Louis Murat" dit Sébastien Ministru.
L'émission est à écouter en se connectant sur rtbf auvio
Sort aujourd'hui le nouveau disque de Florent Marchet qui se nomme "Mobil home" et qui contient la chanson "ORCIVAL", en hommage à Jean-Louis Murat, avec la participation de Morgane Imbeaud.
Florent a l'habitude de rôder ses chansons lors de quelques concerts (j'avais ainsi découvert ce qui deviendrait Courchevel et le dernier dont je n'ai plus le nom, même si la soirée avait été particulièrement belle, avec un beau quartet) et je connaissais donc la chanson partagée sous le manteau. Elle est maintenant publique. Elle évoque le jour de 2023 où l'on s'était réuni près de la basilique.
J'ai déjà écrit lors d'une précédente occasion que j'attendais et espérais plutôt des reprises... maintenant qu'on avait un stock important de chansons sur Jean-Louis Murat s'appuyant sur quelques mots du répertoire (répertorié là ici, sans celle de la Maison Tellier). Bon, Florent Marchet a déjà de nombreuses fois chanté Murat, lors des concerts hommages (Clermont, Maison de la poésie), mais avant cela "noël à la maison" sur son Noel'song, ou avec les Frère Animal, "gagner l'aéroport" lors de rappel, et bien plus tôt encore lors d'une conférence chantée avec Olivier Nuc, bientôt 20 ans... C'était en 2008. Il y avait eu aussi sur arte:
Voici sur les réseaux une petite démo (extrait) par Florent, puis une version live piano-voix
S’il rend hommage à Jean-Louis Murat sur un « Orcival » partagé avec Morgane Imbeaud, l’une des voix féminines proche de sieur Murat, c’est parce qu’il a été un modèle pour lui. « C'était une figure importante dans ma construction de musicien et d'auteur. Il y avait sa voix, des mots qui pouvaient être râpeux et dits avec sensualité, des mots étranges, et le fait de s'emparer de sa géographie aussi. Moi qui viens d’un village, de savoir qu'un chanteur pouvait ne pas avoir honte de venir d'un terroir autre que les grandes villes, ça m'a fait du bien », estime Florent Marchet.
Dans Télérama, Florent rend hommage à Sheller et à Brigitte Fontaine, et point question de Murat:
Un musicien qui vous a donné envie de devenir chanteur ?
William Sheller, notamment pour le côté cinématographique de ses œuvres. Quand j’écoute l’album Ailleurs, j’ai l’impression de pénétrer dans une forêt, d’y rester durablement, de ressentir la fraîcheur. Inversement, quand je rentre dans une forêt, des mélodies de ce disque me reviennent. Les musiques, chez moi, sont fortement liées aux lieux. Quand je me promène dans certaines campagnes par exemple, j’entends tout de suite des sons d’ Ennio Morricone.
Un ou une artiste modèle ?
Brigitte Fontaine, qui me fascine à chaque album. Sa musique m’a toujours paru sauvage et peu formatée, comme celle de Moondog. Je trouve rassurant de savoir que des artistes comme ça puissent exister, bien que, de mon côté, je n’aie pas le talent pour faire des choses à la marge… Elle est une immense poétesse, et je regrette qu’elle ne soit pas reconnue davantage comme une des grandes artistes françaises, comme une Barbara. On nous a longtemps bassinés avec Brel, Brassens, Ferré… Mais Brigitte Fontaine mérite aussi le panthéon.
Les inrocks : "Ce constat dressé par Florent Marchet dans Sortir les violons était sans nul doute celui de Jean-Louis Murat, à qui il rend hommage"
L'humanité (interview réservée aux abonnés où il n'est pas question de Murat)
Vous dites aussi que notre époque a du mal à trouver un sens collectif.
On n'est pas à l'écoute, beaucoup de gens parlent et crient dans le vide. On vit dans un monde qui se polarise énormément, où l'on s'éloigne, mine de rien, de ceux qui sont très différents, que ce soit à gauche comme à droite. Pourtant, c'est important de passer du temps avec des gens qui ne pensent pas comme nous. Des chercheurs ont montré que, dans les villages notamment, moins il y avait de bars et de cafés pour échanger, plus l'extrême droite montait. Or, je trouve ça très réjouissant d'avoir des débats d'opinion, c'est ce qui nous a permis d'être un pays progressiste.
J'avais fait part d'une déception causée par Florent Marchet [après vous en avoir parlé sans arrêt, ou fait des nombreux comptes-rendus de concert après une initiale et fondatrice première partie de Murat à Cluses le 7/7/7(2007) avec Erik Arnaud]. C'était à l'occasion du disque BAMBI GALAXY que j'avais pourtant écouté, et écouté. Et en fait, j'ai remis le disque il y a peu, et c'est vraiment un disque aux multiples tubes, et finalement que j'apprécie beaucoup... mais il fallait se résoudre à perdre la voix de mes années de trentenaire, une voix qui portait un socle commun d'enfance. Et aujourd'hui, je n'ai guère envie d'écouter de la sociologie sur notre époque... Une grotte, une grotte, comme dirait quelqu'un que je connais..
- J'avais abordé il y a de longs mois, sans en faire le titre de l'article, la parution du recueil des textes de Jean-Louis Murat.
Il sort le 24/09 sous le titre Une Orgie de sainteté, proposé par il me semble Eric Reinhardt qui a été partie prenante avec Laure Desbrueres de l'élaboration du livre. Cela a fait l'objet d'un peu de débat, peut-être pourrez-vous me dire ce que vous en pensez ou auriez proposé à la place dans l’œuvre de Jean-Louis Bergheaud? Le titre issu d'une chanson de l'album un peu particulier car réalisé avec Fred Jimenez a le mérite d'être beau et original, de renvoyer à deux thématiques importantes (et le côté "dégueulasse" souligné par Agnès Gayraud), et tout choix aurait été de toute façon réducteur. Seghers était le décisionnaire. Après, c'est sans doute un détail... Je m'y attarde car pour le reste, il s'agit d'un recueil des textes des chansons publiées et éditées. Ne vous attendez donc pas à y trouver des surprises, même si certaines collaborations sont moins connues.
Nous avions notre outil informatique pour travailler sur les textes, mais voilà une Bible publiée, déconnectée et non-déconnectable pour l'avenir, c'est une bonne chose. Mais surtout, voilà érigé en grand auteur notre Jean-Louis Bergheaud, par Seghers, spécialisé dans la poésie dans une collection très ancienne (1966) et emblématique qui a réuni un corpus extraordinaire et patrimonial de la chanson française (Ferré, Brassens, Brel, Aznavour, Barbara, Mouloudji, Gainsbourg...). Je lis qu'elle a été relancé en 2025 via Feu Chatterton et Arthur Teboul (le succès de son livre de poésie "le déversoir", 70 000 exemplaires!!, explique peut-être cela).
C'est présenté comme "l'intégrale des chansons", tous les albums y sont, 400 chansons, mais vous pourrez vous amuser à trouver certaines choses manquantes dans la discographie annexe. L'exploitation commerciale de certaines chansons était impossible, comme celle d'éventuels vrais inédits.
Voici ce qu'a dit Laure Desbrueres sur les réseaux :
Demain parait « Une orgie de sainteté », un très beau livre non pas sur mais de Jean-Louis Murat.
On l’attendait ! Ses mots à lui, sa langue, sa poésie.
Cet ouvrage nous tenait à cœur et je remercie infiniment Eric Reinhardt, qui en a permis la réalisation. Si vous connaissez un peu Jean-Louis vous devez savoir qu’il ne tapait jamais lui-même ses textes, qu’il s’amusait des différences entre le texte écrit et chanté, qu’il était intransigeant sur l’orthographe, qu’il aimait jouer avec la ponctuation et surtout les majuscules, qu’il adorait encore plus changer les titres de ses chansons, qu’il était parfois difficile à relire et parfois même qu’il fallait retranscrire …
Un joli bazar... Il fallait bien l’équipe de choc des éditions Seghers sous la direction d’Antoine Caro, la rigueur, le respect, et la ferveur d’Eric Reinhardt ainsi que l’aide précieuse de Wise music et d’autres (qui se reconnaîtront) pour réaliser ce recueil durant l’été ! C’était important de rassembler cette œuvre dispersée dans les livrets d’albums et de la donner à feuilleter à ceux qui ne la connaissent pas.
Et comme si cela n’était suffisant, ces textes sont encadrés merveilleusement par une préface de Yannick Haenel et une postface d' Eric Reinhardt, à lire absolument !
Alors, oui, pour finir, comme souvent avec les livres sur Murat, pour les spécialistes, ce qu'on pourra retenir et qui justifie l'achat, c'est la préface, et ici la postface (même si les propos d'Eric Reinhard sont moins inédits que ceux d'Haenel pour ceux qui l'ont vu à la Maison de la poésie par exemple). On va reparler ici dans quelques temps - a priori c'est acquis- de l'auteur d'un des livres de la rentrée La solitude des professeurs est infini" et je vous laisse donc découvrir son texte d'un peu plus de 8 pages. On avait découvert son admiration pour l'oeuvre de Jean-Louis Murat à l'occasion de l'article qu'il avait signé pour Charlie Hebdo, même si certaines avaient déjà détectés un lien. A relire là. Dans la préface, il précise encore plus comme il a été important pour lui, décisif avec Cheyenne automne et le range à côté des troubadours et de Rimbaud, De Nerval... tout en insistant sur la musicalité des vers.
En promo pour son livre (qu'il dit être né de son émoi après l'assassinat de Samuel Paty, qui inspira aussi Jean-Louis Murat), Laurent Goumarre sur France Inter, lit les dernières lignes de la préface. L'émission est sous-titrée "Le rock a compté pour moi dans ma vie autant que Proust"... peut-être que Jean-Louis aurait pu certains jours inverser cette affirmation, ce n'est pas le seul point pouvant faire référence à Murat de l'émission (Tarkovski...), même si Yannick a été musicalement marqué par la cold wave (The Cure, Joy division, Marc Seberg cite-il). La séquence :
L’intégrale des textes de Jean-Louis Murat, chanteur et poète
Interrogé, en mars 2005, sur sa boulimie créatrice, Jean-Louis Murat confiait au Monde : « Je n’ai pas de temps à perdre. J’ai démarré à 28 ans, un âge où d’autres arrêtent. Je venais d’un milieu social où on devient plus facilement plombier ou paysan que chanteur. J’ai été père très jeune. Aujourd’hui, j’ai l’énergie de quelqu’un qui rattrape ce temps, porté aussi par la peur de disparaître. Peut-être parce que ma véritable ambition, c’est l’écriture, pas le chant. » Trois ans après sa mort brutale, à l’âge de 71 ans, les éditions Seghers publient l’intégrale des chansons enregistrées par le chanteur auvergnat, soit une orgie de 400 textes écrits depuis le 45-tours Suicidez-vous le peuple est mort (1981).
Si cette production prolifique a connu quelques creux et inconstances, difficile de ne pas constater que celui qui disait avoir écrit des poèmes chaque jour depuis l’enfance possédait une plume permettant d’apprécier ses vers hors de l’écoute musicale. Admirateur de Dylan et de Neil Young autant que des troubadours capables d’entrelacer l’amour et les mots, il savait ciseler une sensibilité terrienne, évoquer un bestiaire unique et un ancrage géographique de dandy paysan, parler une langue charnelle, tantôt soyeuse, tantôt brutale, chargée de sensualité comme de dépression. Cette somme non commentée est encadrée par les préface et post-face d’écrivains admirateurs, Yannick Haenel et Eric Reinhardt. Le premier assurant : « Murat chanteur ? Bien sûr, mais avant tout poète. » S. D.
Il est indiqué "non commenté" et c'est effectivement ce que je voulais indiquer. Même si Haenel et Reinhard donnent des pistes, on aurait pu penser l'ouvrage accompagné d'une analyse plus précise de la poésie muratienne, afin peut-être d'aider à la situer dans notre patrimoine artistique, littéraire et musicale, dans ce monde où Bob Dylan est prix Nobel de littérature, même si on espère que le temps permettra de l'élever un peu plus haut. Un tel livre peut favoriser son étude universitaire.
La photo est de Frederic Garcia, "photographe mondain très discret" ai-je déja écrit ici. Je possède quelques tirages promos de cette série de 1989 que j'avais montrés lors du premier week-end Murat. Elles ont été prises dans le cimetière russe de Ste-Geneviève des bois.
Le Plus avec Frank Loriou
A SAINT-QUENTIN (02) ainsi que dans la salle de concert La Manufacture, avec en complément deux événements :
- exposition à la médiathèque à partir du du 19 septembre
- visite commentée le samedi 26 septembre à 15h à la médiathèque, suivie d’un échange avec Cédric Barré autour de son livre de A à Z.
- exposition à La Manufacture du 5 au 10 octobre
- rencontre hommage par JP Nataf et Loriou le 6 octobre à 19h
Je suis en retard pour parler de l'actualité, mais je me colle à l'exercice classique de causer de Catherine Ringer, et des Rita Mitsouko (avec Fred Chichin, mince, 19 ans déjà). Ceci après que mon algorithme m'a donné à lire x témoignages : de ceux qui l' ont croisé au supermarché ou dans le métro jusqu'à des partenaires musicaux ou/et de drogues, un muratien indique même que c'est une copine à lui qui lui a cassé la fameuse dent... J'ouvre mon facebook et je m'attends demain à découvrir les souvenirs d'un de ses partenaires de films pornos, ou de la personne qui a pris dans la tête son tampax usagé au Gibus... sans parler des autres dégueulasseries et polémiques de nos réseaux sociaux (mais je trouve tout autant consternant ceux qui lui "donnent la carte" en retenant comme son plus grand fait d'arme d'avoir mis un vent au Président Macron.) Soit, il faut bien faire avec Les émois et les "et moi", "et moi", "et moi", tant le décès d'une artiste populaire nous touche en nous projetant dans nos passés, et derechef dans un bain moite de nostalgie. Mais vous n'aurez pas d'émois de ma part, je n'ai rien à dire de personnel sur les RITA, même si je kiffais TV6. Ne me remerciez pas.
Bon, lançons nous dans l'essai... Essai, car les liaisons évidentes entre Murat et les Rita ou Ringer sont peu nombreuses, et je vais peut-être laisser plus parler ma subjectivité... et être un peu moins prudent dans mes propos.
DU CONCRET néanmoins
1) CONSOLE
Le lot 92 de la vente aux enchères "Jean-Louis Murat" de 2025, la "Console de mixage de marque CADAC 24 pistes. En partie démontée, non testée. 1 500 / 2 000 €" et vendue près de 8000 euros.
Dans certaines mémoires (Laure, Marco), elle "aurait" appartenu aux Rita Mitsouko, mais dans Télérama, en 1996, Murat raconte : « C’est une américaine des années 70, je l’ai achetée d’occasion juste sous le nez des Rita Mitsouko…" (et c'est le seule mention des RITA par Jean-Louis Murat que j'ai trouvée - dans une petite partie des archives ceci dit). Cette citation peut interroger sur un point : CADAC est un pur produit anglais, et point américain, tropisme atlantiste de Jean-Louis ? (que Fred Chichin ne partageait pas: "les Anglais sont les plus forts"-citation trouvée dans un livre d'Y. Bigot).
J'ai contacté Christophe Dupouy, l'ingé-son des premiers disques de Murat, qui nous indique: " la console Cadac que j’avais installée à Douharesse, elle était au Studio M de Davout dans les années 70-80", et il semble bien qu'elle ait été récupérée là-bas, sans passer par la case RITA... On peut apercevoir leur home studio de 86 dans le film de Godard Soigne ta droite, leur Mademoiselle personne, et la console Cadac est plus volumineuse.
On retrouve mentionnée ailleurs cette console qui est bien "24 pistes": Tony Visconti se rappelle avoir travaillé en 89/90 sur leur "24 pistes" pour le disque "RE". Et Gerard Bar-David racontait dans Best en 91: "Freddy possède sa propre console 24 pistes posée à dix centimètres du sol, indispensable passeport vers I‘indépendance artistique. Sans cet home- studio et ses horaires illimités, jamais il n’aurait pu expérimenter tous ses délires remixés".
J'ai promis du concret, et on n'y est pas encore : la console de Murat n'a pas appartenu semble-t-il aux RITA... mais ils ont travaillé sur celle-ci au Studio Davout... et avec Christophe Dupouy! C'est bien le souvenir que Denis avait également. Christophe nous dit :
"J’ai travaillé une semaine en tant qu’assistant sur Marc et Robert au studio M de Davout avec Toni Visconti, je n’ai pas de souvenirs particuliers, si ce n’est que les journées commençaient vers 18h". C'est laconique, mais voilà quand même un élément tangible.
D'après ce que dit Dominique Blanc-Francard du proprio de Davout Yves Chamberland, il est possible que les négociations pour cet achat n'aient pas été évidentes : il "était prodigieusement radin. Un personnage à la fois détestable et attachant". "Un jour, Chamberland m’a ainsi proposé de cacher une petite boîte qui brouillait les enregistrements sous la console de ses concurrents"! Notons au passage que Dominique Blanc-Francard est un dénominateur commun entre les Rita et Jean-Louis... mais qui dans le paysage musical français n'a pas travaillé avec cet ingénieur du son (qui n'évoque ni Murat, ni les Rita dans son livre)?. On pourrait dire la même chose de JB Mondino qui fit la première pochette de Murat et signa le clip de "C'est comme ça".
Pour clore ce chapitre, cette histoire de console montre que ces artistes partageaient une même volonté d'indépendance et une certaine idée de la création musicale, un travail du quotidien - c'est plus vrai pour Fred qui pouvait reprocher à Catherine de ne pas travailler suffisamment.
Delon à Davout. L'étroitesse de la salle peut laisser penser qu'il s'agit du studio M (sous réserve)
Et une autre photo : les Rita avec Tony en studio. A Davout? avec la console?
2) VIRGIN
Jean-Louis et les Rita étaient signés chez Virgin de la grande époque. Les Rita l'avaient précédés de quelques années. Quand Fabrice Nataf arrive à son poste, le 45 T de Marcia Baila est sur son bureau, et il signe Murat deux ou trois ans plus tard. Il est possible que Murat les ait croisés rue de Belleville ou à des événements corporate qu'aimait Fabrice Nataf (mais on m'a raconté que JLM avait fait son maximum une fois pour rater le bus qui devait emmener tout le monde). Mais voici ce que nous disait François Delmotte:
F. Delmotte : Honnêtement non. Mais (Murat) est un des artistes avec lequel je m’entendais le mieux. Je me rappelle de Julien Clerc, très gentil mais qui était un peu distant, il était déjà un artiste établi, Renaud, qui n’avait pas un contact facile, je ne parle même pas des Rita Mitsouko. Aubert était plutôt sympa. Mais Murat avait ce côté plus cultivé, que n’avaient pas les autres artistes, la plupart en tout cas, et une culture cinématographique qui s’exprimait d’ailleurs déjà dans le titre de l’album, une référence peu relevée à un film de John Ford. Souvent les artistes étaient très centrés sur eux-mêmes, enfin, c’est la réflexion que je me faisais, ils pensaient surtout à eux, à leur carrière et ça les déconnectait du monde et de l’actualité, même de l’actualité culturelle.
Il ressort effectivement que le duo n'était pas toujours facile : Laurence Kent écrit, dans une nécro par ailleurs élogieuse, que Catherine "n'a pas toujours brillé par sa bienveillance". Nicole Bouchard, qui travaillait avec Virgin, et eut l'honneur d'être mentionné par Jean-Louis dans l'inédit "Québec" (en version live là) suite à un voyage marquant pour lui, le reconnaît bien volontiers. Elle les a rencontrés à deux occasions mais retient : "Les deux, des gens intelligents, originaux, décents et d’une authenticité enviable".
Dans ce cadre Virgin, on retrouve ainsi les œuvres de Jean-Louis et des Rita dans le projet "Diversion" qui voit Murat chanter Louise Feron, Julien Clerc chanter Murat, et les Rita repris par Daho et Jean-Louis Aubert (les Rita ne participant pas eux-mêmes). Louise Feron, la compagne de Dominique Laboubé indique avoir été très amie avec Catherine après l'avoir rencontrée lors d'une fête Virgin.
On retrouve enfin les deux noms sur le disque promo "Virgin- Eté 2000":
Enfin, c'est via Virgin qu'est sans doute embauché Philippe Gautier pour réaliser des clips pour Jean-Louis Murat, le même qui participa à l'émergence des RITA en réalisant Marcia Baila et Andy... puis réalisant leur tout dernier clip. On en a parlé tout récemment lors d'une très belle interview du vidéaste qui revient longuement sur son travail avec les RITA.
Concernant les maisons de disque, notons que les RITA ont très vite créé leur société Six sarl en 1986, optant ensuite pour le fonctionnement "sous licence" pour leurs disques, ce que fit ensuite Jean-Louis, plus tardivement.
DU MOINS CONCRET
1) INFLUENCE
J'entends Christophe Conte dire qu'ils ne faut pas résumer les RITA à leurs tubes, mais j'ai le souvenir de nombreux débats sur la qualité de leurs disques à chaque sortie, si bien que j'ai quand même l'impression que Jean-Louis a eu une influence plus marquée chez ses congénères tandis que c'est l'impact de leurs tubes et ce qu'ils véhiculaient qui définit plus les Rita. A mes yeux, ils incarnent "la movida" française.
Dans le livre de Baptiste Vignol qui a interrogé 276 chanteurs, le titre Marcia Baila ressort 14e du classement des chansons les plus citées, C'est comme ça est aussi cité à quelques reprises... mais Murat est dans la liste des chanteurs dont le plus de chansons différentes ont été citées (loin derrière Gainsbourg, Ferré, Bashung mais ex-aequo avec Daho, Manset ou F. Hardy). Dans les classements des meilleurs disques français, "The no comprendo" ou leur premier disque côtoie Mustango, Cheyenne automne ou Lilith. Il faut dire que la discographie muratienne est nettement plus imposante que celle des Rita+ Ringer réunis.
Le fait qu'on ait peu interrogé Murat sur les RITA est aussi un signe, alors que les références à Dominique A, Manset, Souchon sont nombreuses. Qu'on ne retrouve pas de coup de griffe de Murat sur le duo en est un autre. Indifférence? On sait qu'il était peu enclin à féliciter ses collègues, et n'a pas daigné donner un satisfecit au Rita (je pourrais mettre une citation où il ne peut donner le nom d'aucun bon instrumentiste, ou compositeur en France -enfin : il n'en existe presque pas dit-il).
Le fait est que Murat comme les Rita ont rapidement connu un déclassement : Yves Bigot parle de la triste programmation des Rita en 2007 sur une scène annexe de Rock en Seine "comme s'ils ne comptaient plus décisivement".
2) Différences/points communs en vrac et vite fait, j'ai trop d'actus à traiter, hop, hop...
- Il semble que Murat qui n'était pas beaucoup plus âgé que Fred Chichin a été marqué par des références plus américaines et classiques : Dylan, Cohen, le blues, les groupes rocks des années 70 comme Eagles, America ou Family, même si bien sûr il s'intéressait à tout. Fred était plus marqué par les anglais, par Bowie (peu marquant pour Jean-Louis), les Sparks (le duo a failli prendre un nom faisant référence à ce groupe) mais aussi par Ferré, le travail de Pierre Henry, avant de se tester au funk, pendant que Catherine aimait Brassens, Piaf, le tango et la musique classique.
- Bernard Lavilliers a raconté qu'il a passé des nuits avec Fred Chichin à essayer de mettre en musique des poèmes de certains auteurs. Que Clara ait fait sa première partie, ou que Murat l'ait encore croisé en télé dans les années 80, n'ont pas rapproché les deux hommes.
- Fred Chichin avait certains côtés réactionnaires et s'était construit un peu en opposition à son père militant communiste. Murat a dit: "j'aime plutôt les gens qui sont ni de droite, ni de gauche mais plutôt d'un sorte d'anarchisme classique. Ils ne sont enfermés dans rien, se remettent toujours en question et sont toujours contre". Une citation qui pourrait coller à ce que j'ai appris des Rita, qui ont été proche de Nabe, un profil qui a intéressé JL Murat: "des sortes d’anarchistes de droite qui sont à la fois chrétiens et à gauche des communistes. Ils voient la foi comme un super communisme. C’est une façon de penser qui me plaît et qui a quasiment disparu. J’essaie de la retrouver chez des moralistes, chez des écrivains, mais ils se font laminer : Houellebecq, Dantec, Nabe… Je ne suis pas toujours d’accord avec eux, mais j’aime bien ces gars-là et leur état d’esprit combatif".
- Comme avec certains propos de Murat, la diatribe contre le rap de la part de Fred Chichin a été largement récupéré par la réac-osphère (Naulleau) : « Le discours d’un Doc Gynéco peut se résumer ainsi :« Si j’étais riche, je m’achèterais une Porsche et je t’emmerderais, bâtard. » Je les connais bien ces types, j’ai travaillé avec eux. Je suis resté deux mois avec une quarantaine de rappeurs. C’est édifiant sur le niveau et la mentalité… Le rap a fait énormément de mal à la scène musicale française. C’est une véritable catastrophe, un gouffre culturel. La pauvreté de l’idéologie que ça véhicule : la violence, le racisme anti-blancs, anti-occidental, anti-femmes… C’est affreux. », mais comme chez Murat, c'est à relativiser : une vanne sur PNL n'empêche pas qu'il aimait le rap, a repris I AM, ou érigeait K. Lamar au rang d'icône.
- Paris/province : Fred avait un grand-parent maternel d'origine auvergnate.. et qui tenait un débit de boisson à Paris, et son père s'appelait Jean-Louis, mais à part ça.. Les Rita étaient parisiens, enfants d'intellectuels et pour Murat, "la chanson française est très citadine, centralisée, par des Parisiens pour des Parisiens". On n'envisage pas Fred Chichin au cul des vaches mais Jean-Louis a lui aussi vécu des épisodes de vie alternative, dopes et overdoses des copains. Auraient-ils pu se croiser dans les années 70?
Fred a seulement deux ans de plus que Jean-Louis, mais débute sa vie alternative dès 14 ans, mais rien n'indique qu'avant Clara, Murat ait fréquenté le milieu dans lequel Fred traîne, d'autant que le jeune Bergheaud a des connexions avec un milieu plus folk et hippies (la revue chanson, le groupe Ange, via Hervé Bréal...je n'explique pas, utilisez la fonction recherche du blog). Les fréquentations et le mode de vie de Fred lui valent de passer un moment en prison et d'attraper son hépatite : les Taxi Girl - Mirwais parle de Fred dans son livre-, Olive, Alain Kan, Jean Neplin, Patrick Eudeline (qui a livré des souvenirs gonzo des Rita, publiés par Causeur) et Rikky Darling. Ces deux derniers croisent la route de Murat à la Bourboule en 78 , le festival organisé par le pote dealer de Jean-Louis. Cela peut faire penser à la relation d'amitié des Rita avec Frank Henry (Frankus sur les réseaux):
J'ai connu Fred Chichin au placard, à Fresnes. C'était avant les Rita Mitsouko. Il était tombé pour une histoire de came bidon. Pas un voyou du tout, le mec... Il était sur Mars. Complètement terrorisé par cet univers glauque. Moi-même musicien, à mes heures, j'ai immédiatement sympathisé avec lui et aussitôt tenté de le rassurer. En lui expliquant qu'il ne resterait pas enfermé très longtemps. Ce fut le cas. Quelques semaines à peine... Après quelques années d'enfermement, pour ma part, je l'ai retrouvé à Paris. Il était pote avec Olive, du groupe Lili Drop, dont je fus un temps, plus ou moins... manager. Une couverture, bien sûr... Entre-temps, Fred était devenu une rock star. Au firmament du rock francais. Avec Catherine donc, dont j'ai fait l'heureuse connaissance, à cette époque. J'ai alors assisté à pas mal de sessions au studio "Le Garage" , dans le 20 ème, lors de l'enregistrement de l'album "Marc et Robert". J'étais alors dans une phase aiguë de grand banditisme. Les Rita's le savaient mais ne m'ont jamais évité, pour autant. Au contraire, je crois que mes histoires de fou les amusaient... Nous avons passé ensemble quelques soirées et moments mémorables. Ces deux personnes étaient simplement délicieuses et leur compagnie était aussi précieuse que bonifiante. A l'époque, je passais mon temps sur les routes de France, avec mes complices, à repérer mes futures cibles et victimes : Les banques... Que nous braquions sans vergogne. Nous avons ainsi sillonné quasiment toutes les autoroutes de France. Et fréquenté, de fait, beaucoup de stations essence. Et je me faisais un devoir d'acheter toutes les cassettes VHS pornographiques, dans lesquelles avait œuvré Catherine, et ce malgré le fait que la maison de disques Virgin avait tout fait pour essayer de retirer toutes ces vidéos du marché. Mais il en restait quelques unes, par ci, par là... Je me faisais alors un honneur de les remettre ensuite à Catherine, qui les recevait avec une vraie émotion. Me proposant même de me les rembourser. Ce que je refusais, évidemment. Je crois qu'ensuite elle les brûlait, ces cassettes. Voilà, c'était mon histoire en rapport avec cette belle et bonne dame, au talent immense et rare. Hier, j'ai eu les larmes aux yeux. Elle a, j'espère... retrouvé Fred. Que les cieux leur soient doux à vivre, dans une belle éternité rock n roll.
Dois-je conclure sur le fait qu'on n'est pas chez les buveurs d'eau? On fera donc le lien par le joint, même si chez Murat, la création artistique est aussi associée au sport et à une pratique plus ascétique, et pas systématiquement "chargé", même si Jean-Louis a dit clairement que l'histoire de la musique rock est aussi celle des drogues ou défendait le cycliste Lance Amstrong en s'énervant comme la lutte antidopage... Au moment de Grand Lièvre, notamment, il faisait ainsi ce qu'on pourrait qualifier de grand écart entre "le bon père qui veut protéger ses enfants" (discours commençant à être fort sur Grand lièvre) et "le rocker éternel qui doit brûler sa vie (j'ai déjà écrit ça quelque part, je me copie sans vergogne pour aller plus vite).
- La seule amitié commune que j'ai pu détecter entre Murat et les Rita était Rachid Taha. On en parlé là, même s'il y en a sans doute d'autres. Et peut-être Bayon... qui convoquait le duo lors du grand article fondateur "Couleur Murat" de 1988:
"Regrets, remords, rancoeur
Il a morflé ? Et Rita Mitsouko, alors ? Gainsbourg ? Bergen Bas(c)hung ? Quand Murat dit : «C'est du rabe», on sent là certaine saveur d'amertume et de gâchis à remâcher. A douter de tout pour toujours. Comme on dit : «C'est trop tard.» Fastoche."
Le "frère de laid" de Jean-Louis aurait aussi qualifié les Rita Mitsouko de groupe "inégal et inégalable", et avait proposé à Catherine d'écrire pour Libé, l'article hommage à Jean Neplin lors de mort.
En passant, j'ai retrouvé ce propos de Bernard Lenoir :
« Il semble qu’on se souvienne plus volontiers de moi comme un des «passeurs» de la musique pop anglo-saxonne la plus pointue. Pourtant bien avant Feed-back, l’Inrockuptible ou C’est Lenoir, des années de programmation des soirées de France Inter pour le Pop Club de José Artur, Pas de Panique ou Marche ou Rêve m’ont amené à porter tout autant d’intérêt à la chanson française la plus novatrice. Cette compilation réunit les artistes emblématiques de mes choix musicaux pendant tout ce temps passé aux aguets d’une expression artistique sortant de l’ordinaire. Certains étaient déjà des icônes vénérées (Serge Gainsbourg / Françoise Hardy / Christophe / Brigitte Fontaine) d’autres le deviendraient plus ou moins vite (AlainBashung / Les Rita Mitsouko / Étienne Daho / Noir Désir) mais combien allaient devoir longuement batailler pour imposer un talent qui me semblait évident ? Cette quête fût à l’origine de découvertes épatantes et de liens désormais indéfectibles : Gérard Manset, Alain Bashung et Jean-Louis Murat bientôt rejoints par Dominique A, Rodolphe Burger, Rachid Taha, Katerine, Camille, Mendelson, Florent Marchet, etc…
Tous resteront pour moi un bel exemple de détermination et d’intégrité. Le plaisir fût grand de relayer sur les ondes pareil talent en partageant cette mélancolie qui nous habite. »
- Salle commune : Rita Mitsouko a inauguré la Coopérative de Mai, à Clermont-Ferrand, en mai 2000... alors que Murat viendra la fréquenter en décembre pour la première fois, antépénultième concert de la tournée Mustango. Et je vois que Raoul Chichin a joué en première partie de Neil Young/Crazy horse... avec les Backstage Romeo, à Vienne...
- Ah, j'étais assez persuadé de trouver une programmation commune dans une émission télé dans les années 80... et je vois du beau monde, même du Céline Dion, à Stars 90, annoncée après Jean-Louis en 1992... mais de Rita, point.
- Du côté de Reignier (Haute-Savoie), on se rappelle du passage des Rita Mitsouko, lors de l'édition 1985 du festival des Rocailles (avec Francis L, lui aussi décédé cérébralement trop tôt). Clara et Mme Atomos avaient joué lors de la première édition en 1980. Il faudra me rappeler que j'ai des archives inédites à diffuser à ce propos!
Si vous avez d'autres idées, n'hésitez pas à commenter!
PATRICK ZELNIK
Et comme le veut la loi des séries, peu de temps après Catherine Ringer, on apprenait le décès de Patrick Zelnik, premier président de Virgin France, en 1980, aux côtés de Thierry Haupais et Philippe Constantin. Il fonde ensuite NAIVE, et Marie Audigier deviendra sa collaboratrice, avant de prendre la direction du label, une fois que celui-ci a été racheté par Believe.
Quelques archives de ces années folles:
Extrait de Showmag en 1987 (avec des nombreux noms ayant travaillé avec JLM à l'époque, comme Marc Maréchal, A. Artaud, Olivier Bas, mais à peu près tous...). Désolé, je n'ai pas l'intégralité du document.
Voici un article du Monde de Véronique Mortaigne de 2008 où il est beaucoup question de l'amie Carla, et les Rita: Patrick Zelnik, label sensible
Sa maison de production, Naïve, commercialise les chansons de Carla Bruni, l'épouse du président. Cette mission délicate n'effraie pas l'ancien patron de Virgin, un hypertimide qui s'est soigné par la réussite.
Par Véronique Mortaigne Le 12 février 2008
Il a l'air gêné, mais chez lui, c'est naturel. Avec ses lunettes arrondies, ses allures de gaffeur professionnel, sa propension à rêver en marchant, Patrick Zelnik a souvent été comparé à Woody Allen. Parfois irrité, le président de Naïve, le label qui distribue Radiohead et Pierre Perret, n'élève jamais la voix. Elle est naturellement persuasive. Lui, est hypnotiquement bavard. Non qu'il soit un orateur-né, mais il ne perd jamais le fil d'une pensée souvent en rupture.
Les dossiers délicats, Patrick Zelnik connaît. Certains, brûlants, ont fait la "une" des journaux. Patron du groupe Virgin pour la France de 1988 à 1997, il menait - déjà - la bataille politique pour l'ouverture des mégastores le dimanche. Le voici, vingt ans plus tard, devenu artisan du disque et président du Syndicat européen des sociétés phonographiques indépendantes (Impala), faisant plier la Commission européenne, l'obligeant à annuler pour un temps la fusion entre deux géants du disque, l'allemand BMG et le japonais Sony.
En 2008, l'ami de Richard Branson est placé devant un hic : produire le prochain album de l'épouse du président de la République, Carla Bruni. Le cas est embarrassant. Un vrai test de personnalité. A qui pareil accident discographique pouvait-il arriver, si ce n'est à lui ? "J'ai beau chercher, je ne vois pas", dit Marie Audigier, manageuse de Jean-Louis Murat et ex-cadre de Naïve. C'est cette "PME culturelle" que Zelnik a fondée en 1998 avec Eric Tong Cuong, créateur de l'agence de publicité BETC Euro RSCG et Gilles Paire, ancien PDG d'Universal France.
Patrick Zelnik veut croire à la version du Journal de Carla B. tenu chaque semaine par Le Canard enchaîné : "Alors, la gauche, on dit merci qui ?" La fiancée de Nic', "mon Etalonnette", se targue d'avoir assoupli les positions de son amoureux sur les 35 heures, sur les OGM... Devenue première dame de France, pur produit de la gauche jet-set, elle a l'oreille du président, son mari. Comme elle est impliquée dans le business de la musique, qu'elle répète que sa maison de disques, Naïve, est la meilleure qui soit, Patrick Zelnik peut nourrir l'espoir d'être entendu par le pouvoir sur des sujets qui lui tiennent à coeur : la baisse de la TVA sur le disque (19,6 % quand le livre est à 5,5 %), la défense de la diversité culturelle...
Naïve est une maison informelle, parfois brouillonne et toute en circonvolutions, à l'image de son patron. On y produit des disques, des livres, du multimédia. Elle est installée dans le 9e arrondissement de Paris, dans la Nouvelle Athènes. Lieu de rendez-vous obligatoire, l'Hôtel Amour, un dérivé rock des Hôtels Costes, dénommé "le jardin" chez Naïve.
Sentimental, Zelnik ? Oui. Des yeux facilement mouillés, un sourire de garçon, un polo de bonne qualité, un jean, faux naïf éberlué et homme d'affaires astucieux. Positionné à gauche, sans être encarté, il avoue sa participation à un meeting de Lionel Jospin et déclare son aversion pour l'utilisation des artistes à des fins politiques. Quand Carla Bruni arrive chez lui en 2002, grâce au patron d'Art Media, l'agent artistique Bertrand de Labbey, on se dit que la chanteuse et le PDG appartiennent à la même famille. Carla Bruni vendra 2 millions de Quelqu'un m'a dit, dont plus d'un tiers à l'étranger, puis, en 2007, 200 000 exemplaires du deuxième album, No Promises, dont une majorité à l'exportation.
Après avoir, il y a cinq ans, sauvé l'économie fragile de Naïve, Carla Bruni-Sarkozy devrait entrer en studio en mars pour enregistrer un troisième album. "Ce passage-là ne sera pas plus difficile que celui qu'elle a opéré de top modèle à chanteuse, car la France n'aime pas le mélange des genres. Ce sera le premier cas d'une femme de président qui continuera à exercer son métier sans dépendre de son mari et ce n'est pas parce que cela ne s'est jamais produit que c'est impossible", démontre en souriant Patrick Zelnik.
Etait-il au réveillon à la Lanterne, à l'anniversaire de l'amie Carla, à son mariage ? Nicolas téléphone-t-il vraiment chez Naïve pour vérifier le plan marketing du futur album de son épouse ? Zelnik le pourfendeur du loisir abrutissant est-il gêné d'entendre Carla Bruni chanter Bon anniversaire avec Didier Barbelivien, copain du président et symbole de la "grosse variet" ? Patrick Zelnik esquive, répète que Carla Bruni est "infiniment cultivée, extrêmement travailleuse" et que, pour le reste, "tout dépendra de la qualité du disque qu'elle est en train de composer. Je n'ai jamais accepté la rationalisation du choix artistique. Je crois à l'accélération du pouls, au frisson". Et il nous prie de ne pas résumer Naïve à la Bruni.
Naïve est, avec Wagram, en tête des labels indépendants français. C'est la maison de Mariane Faithfull, de Raul Paz, de Pink Martini et, fortement présente dans le répertoire classique, celle de la violoncelliste Anne Gastinel, de l'Ensemble Accentus ou du violoniste Laurent Korcia. "Un éditeur est celui qui n'a jamais écrit un seul livre, mais les a tous signés", cite encore cet ex-timide maladif, dont le nom est indissociable de l'aventure Virgin - et inversement.
Le destin de ce fils d'un patron de société de confection - des origines russes par sa mère, polonaises par son père - passe par Londres, Carnaby Street et le Marquee Club. Etudiant à Dauphine, il lit Billboard, la bible des professionnels de la musique. "Je voyais des types à cheveux longs et sans cravate qui étaient directeurs du marketing", le rêve. En 1973, il entre "en maison de disques", chez Polydor, "assistant au département import-export, j'étais hypertimide. On m'avait demandé d'expédier quatre affiches de Moustaki en Amérique latine, j'avais mis quatre heures à les plier".
Patrick Zelnik, cependant doué, devient directeur international et marketing de Polydor. En 1977, il repère à Londres le premier magasin Virgin, une jeune boîte créée par Richard Branson. En 1980, il crée Virgin France, avec Philippe Constantin et Thierry Haupais, tous deux prématurément décédés. Ce sera les Rita Mitsouko, Bashung, Téléphone, Souchon, Daho, Renaud, Peter Gabriel... "Avec eux, je n'ai jamais été PDG, mais toujours Patrick Zelnik."
Merci qui ? "Merci Nina Malolentenkoff, celle qui a commencé à m'enseigner le piano classique à l'âge de 15 ans. Grande lectrice, elle m'a donné à lire toute la littérature allemande, puis toute la littérature russe, etc." Patrick Zelnik aurait pu être un artiste : il avait composé des musiques sur des textes d'un poète ami de ses parents et de Georges Brassens, René Fallet. Brassens avait aimé le résultat, mais conseillé de "travailler sa voix" au jeune homme, qui prit la mouche et devint ainsi un PDG sensible.
Véronique Mortaigne
Paulo était tout excité. Pourrait-il enfin disposer d'une correspondante parisienne enthousiaste et disponible pour relater quelques événements parisiens? Allo Corina?
- ah, tu sais que j'existe?
- euh oui, bien sûr... mais tu sais bien que je dois faire des sacrifices pour remplir mon sacerdoce...
- Oui, et qu'est-ce que tu veux?
- Bin, écoute, tu débarques à Paris, et je t'ai trouvé une invitation pour voir Albin de la Simone...
- qui? Tu ne m'avais pas promis The CURE déjà? Et je préférerais Zimmer 90 (le 17/11 à l'Elysee Montmartre, je te rappelle).
- Euh... bon, écoute, qui se ruine pour ta vie parisienne? Alors, tu fais la pige pour Bibi, sinon, c'est régime sec, tu piges? Et tu verras, au niveau pop minimaliste, Albin, ce n'est pas si loin de ton groupe {même si je pourrais te balancer ce que disait Murat du groupe "Air", une de leur influence évidente).
Hi Daddy, tu m'avais emmené voir le Soldat rose quand j'étais petite au Théâtre de la Porte Saint Martin, je me rappelle un peu du lieu, mais le spectacle d'Albin ne se déroule pas là : Le petit saint Martin est un peu plus loin. C'est l'ancienne école du mime Marceau, tu connais?
- Mais oui, bien sûr! Michael Jackson était fan et allait le voir en spectacle!
Capacité de 200 personnes. C'est bien rempli pour cette 3e représentation d'une série de 8 spectacles (les jeudi et vendredi, jusqu'au 25/09. EDIT : C'est prolongé en octobre, dont une représentation un samedi!
« Même le passé est imprévisible », nous confie Albin de la Simone lors de son spectacle Mes Battements, une phrase qui m’a bien fait réfléchir. Bien plus qu’un simple concert agrémenté de dessins projetés, cette prestation est une invitation à plonger dans son enfance. Il nous y emmène, alternant entre moments marquants et tous petits détails, tantôt avec humour, tantôt avec gravité.
Cette rétrospective, il dit ne pas vouloir la partager dans un but nostalgique mais évoque la métaphore du rétroviseur : regarder derrière soi, que ce que l'on voit soit beau ou laid, est indispensable pour avancer. Le mélange entre ses récits, les dessins qu’il réalise lui même assez simples (naifs?) mais allant parfaitement de pair avec ses chansons, variés, légères mais profondes, crée une transmission précise de l’essence et de l’émotion des mélodies au public. On a l'impression de se retrouver avec un ami, un soir où il est d'humeur à se confier. C'est tendre, drôle, et un vrai moment de théâtre conçu et mis en scène par Albin lui-même.
Si la salle ne comptait pas beaucoup de personnes de mon âge, le fait de n’avoir pas encore traversé la « crise de la quarantaine » n’a pas gaché mon plaisir. Je recommande vivement !
Merci Corina!
Tu m'as parlé du moment où il raconte que ses amoureuses d'enfance l'accompagnent encore. Tu es peut-être encore trop jeune pour le comprendre, mais Murat l'a lui aussi si bien chanté dans "le mont sans souci". Quant à la quarantaine, c'est bien ce qui m'a tant touché dans son disque "un homme" chroniqué en 2015 ! J'espère que tu vas faire encore de nombreux spectacles pleins de vieux! PS: On rappelle qu'Albin a accompagné sur scène Murat au café de la danse en 2004.
Mes Battements est aussi un livre paru en 2025 avec un volume 2 à paraître le 7/10/26: "En quittant mon collège de campagne pour le lycée de ville, puis en changeant de pays pour la Belgique à 15 ans, entrant dans une école d'art entouré d'adolescents tourmentés comme moi, j'ai cru que j'abandonnais enfin, comme la mue d'un serpent, cette peau de garçon incompris et harcelé."
Le disque Toi là bas est sortie lui le 7/03/2025 (dans la série Mieux vaut que jamais)
Merci à Marie qui me transmet l'article qui n'était pas encore apparu dans mes différentes alertes.
C'est une longue interview dont est spécialiste Gonzaï qui nous permet d'en apprendre plus sur trois clips des années 90, avec le réalisateur Philippe Gautier, et surprise, l'interview est menée par la roi de la biographie (il a écrit un livre pour le dire, où il est question de celle qu'il a commise sur Jean-Louis Murat, c'est dans la liste des TO DO de vous en parler) Sébastien Bataille. On le reconnaît bien quand il assure son autopromotion en fin d'article: "Pour aller plus loin : Philippe Gautier a accordé une longue interview à votre serviteur au sujet de ses clips pour Stephan Eicher (Déjeuner en paix, Des hauts, des bas, Hemmige, Ni remords, ni regrets) dans la première biographie consacrée au chanteur, parue en 2025 aux éditions L’Archipel (préface de Rodolphe Burger)".
Je ne pense pas qu'on avait le nom du réalisateur pour ces trois clips (le site officiel ne cite que les plus récents). On avait parlé des réalisateurs des derniers clips : Christophe Acker (over and over et le blues du cygne), les Biscuit Production, Alexandre Rochon (j'ai fréquenté la beauté), Temple caché pour le double clip de baby love, Jean-François Spricigo (french lynx) et Edouard Deluc (au dedans de moi, le cri du papillon) et qui a réalisé des films depuis... Il me semble qu'on a dû parler d'un autre.
Cela commence par ses travaux avec les RITA MITSOUKO . C'est à lire ici:
Philippe Gautier fait le récit d'une collaboration paisible et enrichissante, et d'un Jean-Louis Murat très drôle.
(la photo d'illustration est taguée chatgpt...)
Extrait:
Vous avez aussi clippé Jean-Louis Murat trois fois dans les années 90 : Par mégarde, Le Matelot et Le Train bleu. Il n’était pas encore le bougon médiatique que l’on connaîtra plus tard. Connaissiez-vous son œuvre ?
Philippe Gautier : Je ne savais pas grand-chose de lui, j’ai été très impressionné quand je l’ai vu en concert, le son des guitares était très puissant. Je ne connaissais pas très bien son travail. Il y avait une force incroyable chez lui, tout un monde. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui, il avait un humour très incisif, très anglais. Il était très drôle.
Finalement, comment se sont déroulés les tournages avec l’Auvergnat, lui qui a toujours eu un rapport complexe à son image ? Était-il facile à diriger, patient ? Était-il impliqué ?
Philippe Gautier : Oui, plutôt patient, très ouvert. C’est bien lui qui, par exemple, dans le clip de Par mégarde, a suggéré les œufs dans un nid dans la paille car ils étaient un symbole de fertilité. Une fois qu’il avait lu le synopsis et qu’il acceptait de le faire, ça suivait son cours sans problème, il ajoutait des petites touches au cours du tournage.
Justement, on imagine qu’il est à l’origine du scénario de Par mégarde, une adaptation de la scène du balcon de Cyrano de Bergerac ? Comment est venue l’idée du mélange entre musique et dialogues théâtraux ?
Philippe Gautier : C’est une proposition que je lui avais faite. Je cherchais un personnage fort. J’ai pensé à Cyrano de Bergerac et surtout à la scène du balcon où Cyrano aide Christian à séduire Roxane. Dans le clip Par Mégarde, Jean-Louis (Cyrano) souffle les paroles de la chanson à Christian qui chante alors en play-back. Roxane écoute et répond avec les mots d’Edmond Rostand.
L’idée était de faire dire à l’écran les paroles par l’auteur et de les faire chanter par un autre, une sorte de pied de nez au play-back. C’était aussi retrouver l’importance de l’auteur, de l’écrit, et de souligner le caractère mimé du play-back. La dimension humaine de Cyrano, un personnage désespéré, généreux et drôle, me semblait aussi un personnage que Jean-Louis Murat incarnerait avec plaisir, lui qui était direct et poétique. Ambre Fernandez, la chef décoratrice, a construit un balcon caché dans le lierre. Le clip fut tourné en une journée et en une nuit avec le chef opérateur Éric Gautier, avec un traitement d’image très cinématographique. La nuit fut fraîche, longue et la pluie fut aussi au rendez-vous.
Le clip Le Matelot paraît avoir été réalisé à l’arrache. Avec le recul, cristallise-t-il l’essence du personnage Murat comme un polaroid sur le vif (le dandy romantique aussi flamboyant que tourmenté) ? Quelle a été la part d’improvisation de ce tournage qui allait changer la vie de Murat ?
Philippe Gautier : Le décor d’une chambre avait été construit en studio. Une histoire d’insomnie. Peut-être y avait-il eu une dispute, elle dort, lui non. Le personnage joué par Jean-Louis Murat était dans ses pensées. Il était assailli par des visions, des sentiments divers. Il y a eu une part d’improvisation, une fois le principe lancé, la liberté pour interpréter était totale. La chambre était devenue le lieu d’une tempête dans un crâne. Des effets de lumière, de vent, éclairés par la lumière de la lune, se succédaient dans la pièce.
Une tempête de plumes soufflait, une pluie tombait à torrent sur le lit et trempait entièrement la pièce, l’actrice continuait à dormir. Ils ne se connaissaient pas. Ils se sont rapprochés l’un contre l’autre pour se protéger de la pluie glacée et ne sont plus quittés par la suite. La chambre était comme un bateau dans la tempête et un homme se battait contre la violence des éléments. C’était un monde entre rêve et réalité, le décor était unique, mais à chaque fois, habillé de lumière avec une accessoirisation différente. L’idée était de faire voler en éclats une situation réaliste et de faire entrer le personnage dans un monde onirique. Dans une des séquences, l’artiste se redressait d’ailleurs avec, au pied de son lit, une équipe de tournage, comme une intrusion de la caméra dans son intimité, une sorte de cauchemar expressionniste. Au pied du lit étaient disposés, les Kino Flos, la machine à éclair, les ventilateurs, les volets avec la volonté de montrer le matériel comme le faisait Godard (Le Matelot… la Nouvelle Vague… private joke).
Dans Le Train bleu, Jean-Louis et l’actrice Leonor Varela survolent en amoureux – et en parachute – une sorte de Carte de Tendre « inversée » (rochers de la soumission, forêt des infidèles, marais de la vierge perfide, etc.). Qui en a eu l’idée ? Racontez-nous les coulisses de cette aventure de haute voltige.
Philippe Gautier : Je crois que j’ai entraîné Jean-Louis dans ces thèmes liés à la littérature, certainement inspiré par le côté littéraire de ses textes. Après avoir exploré l’univers de Cyrano de Bergerac, je me suis souvenu de la carte du Tendre. Au XVIIe siècle, Madeleine de Scudéry avait tracé l’itinéraire symbolique que les amants doivent suivre, sous la forme d’une carte géographique, nommée la Carte du Tendre. A partir de cette idée d’une représentation de l’amour comme d’un parcours, nous avons fabriqué une carte du tendre à l’ère des photos satellites, des survols par avion radar, des avions espions. Vue du ciel, cette carte vivante était composée de photographies et de vues aériennes. Chaque montagne, chaque vallée, chaque fleuve prenait le nom d’un sentiment propre à l’amour dont le nom était inscrit à l’aide d’une typographie flottant au-dessus du sol. La caméra en plan plus serré survolait en travelling des paysages, sur lesquels on lisait le nom du sentiment, alternant avec le survol d’un couple qui faisait l’amour, filmé en gros plan avec beaucoup de contraste.
Des parachutistes en vol ont prolongé le point de vue aérien avec des enchaînements de mouvements. La chute libre apportait cet élément de vertige propre à l’amour, cette impression de flottement, cette sensation d’envol provoquée par le train bleu des rèves. Le parachute s’ouvrait et nous retrouvions Jean Louis Murat et Leonor, accrochés l’un à l’autre sous la même voile. Unis, planant dans les airs, regardant l’atlas de la carte du tendre qui défilait sous leurs pieds à travers les nuages.
Après le matelot de l’amour, le « para » de l’amour ! Quel souvenir gardez-vous de lui ?
Philippe Gautier : Je garde le souvenir d’un homme intègre, droit, qui ne mâche pas ses mots, je l’ai trouvé bienveillant. Quand il était bougon à la télévision, c’est souvent qu’il avait de bonnes raisons de l’être. Et je dois dire que ses interventions à la télé me réjouissaient.
PS QUI AURAIT PU ETRE UN LIEN EN PLUS MAIS NON
On a justement parlé de la carte du tendre dans un article récent. POur les retardataires: