Publié le 6 Novembre 2024

Voilà quelques années que nous croisons Richard Beaune ici. Journaliste de France3, à Clermont, c'est un des acteurs médiatiques de la vie musicale en Auvergne.   Il était avec son équipe à la soirée "Te garder près de nous" à la Coopérative de mai le 25 mai 2024. Nous attendions donc un petit reportage dans le journal télévisé régional... en vain... et c'est là qu'il nous a appris qu'il préparait une émission plus longue (surprise: nous pensions que c'est Lætitia Masson qui bénéficierait en exclusivité de la captation de la soirée par les équipes de Biscuit Productions).   

L'émission est  annoncée  :  mercredi 27/11 à 23 heures sur F3 Auvergne-Rhône-Alpes et france.tv. Et Richard en assure sa promotion lui-même, en activant des réseaux sociaux... et en acceptant de répondre à quelques questions pour Surjeanlouismurat.com. C'est le signe que ce travail lui tient à cœur, et qu'il espère que cette émission rencontrera l'adhésion des "muratiens" même si son objectif est plus ambitieux : présenter Jean-Louis Murat à un public qui peut le méconnaître... à travers des interviews mais en laissant une très  bonne place à de la musique live. Il s'agit donc d'un portrait, plus qu'un reportage sur la soirée, les coulisses, les émotions du public.. même si on revisite avec plaisir de nombreux coins de la Coopé. L'émotion est quand même rendez-vous... pour certaines interviews et pour moi, sur une petite séquence du final pendant lequel les artistes chantaient "le lien défait". Une interview un peu promo, promo...mais j'ai fait ce que j'ai pu!

bonjour Richard!

 

 

- Quel est votre parcours et votre histoire avec la musique en général ? 

R. Beaune : J’ai commencé ma carrière de journaliste à Saint-Etienne dans la télévision locale TL 7. J’ai ensuite rejoint les équipes du réseau France 3 et j’ai travaillé quelques années en tant que « pigiste » dans plusieurs stations de France. J’ai rejoint la rédaction de France 3 Auvergne à la fin de la décennie 2000 et c’est là que je travaille toujours comme journaliste et présentateur. 

 La musique a toujours fait partie de ma vie, non pas en tant que musicien mais plutôt en tant qu’auditeur boulimique. J’ai une collection de plusieurs milliers de vinyles où se côtoient des artistes français et des groupes de rock psyché, du blues, du folk, de l'électro mais aussi du rap et du RnB. Je suis un passionné de culture en général : gros lecteur, gros amateur d’expos d’art… Très vite, ces passions ont déteint sur mon métier et j’ai bien été obligé de défendre la culture dans nos éditions. Je suis à l’origine d’un agenda culturel à France 3 Auvergne qui est devenu une « petite » institution : chaque vendredi, dans « PILS » (Par Ici Les Sorties), avec ma consœur Valérie Mathieu, on s’amuse comme des petits fous à écumer les grands rendez-vous culturels de la région. Je m’occupe également à Clermont-Ferrand d’un rendez-vous musical régional intitulé « Studio Trois » où nous invitons à se produire en live un artiste ou groupe de la région. 

 

- Est-ce que vous avez ressenti comme Didier Veillault une certaine difficulté à vous intégrer en Auvergne ? *

R. Beaune : C'est drôle cette question parce qu'à la base je suis Auvergnat. Je suis né à Montluçon et j'ai passé mon enfance dans les Combrailles, à Saint-Eloy-Les-Mines. Mais je sais que beaucoup d'Auvergnats ne considèrent pas le Bourbonnais comme faisant partie de l'Auvergne ! Néanmoins, j'ai fait mes études à Clermont-Ferrand avant de migrer vers Saint-Etienne. 

Pour autant, lorsque je suis revenu dans la région, je me suis pris la froideur auvergnate de plein fouet. J'ai mis un temps fou à m'intégrer dans la rédaction de France 3 Auvergne. Au début, j'avais le sentiment que mes collègues me jaugeaient et cherchaient à savoir à qui ils avaient affaire. Aujourd'hui, je suis un vrai Auvergnat, peut-être pas très avenant au début mais d'une fidélité à toute épreuve. 

*Dans "une histoire du rock à Clermont", il indiquait n'avoir jamais été invité le soir par des relations... et qu'en réunion, dix ans après son arrivée, un collaborateur lui avait sorti au détour d'une conversation : "toi, qui n'est pas d'ici...".

 

 

- Sur le parcours, j avais prévu de parler de quelque chose qui se rapproche du "militantisme" ou d’un engagement pour la musique, notamment via le blog Pil's, qui ne me paraît pas une " commande" de votre direction ?


R. Beaune : Il se trouve que le blog de PILS était non pas une commande mais plutôt une proposition de la direction. Quand France 3 a commencé son tournant vers le numérique, ils ont donné la possibilité à certains journalistes désireux de le faire de créer leur propre blog et de laisser le journaliste y exprimer ses idées. J'avais une liberté totale quant au contenu que je publiais. 

Et c'est évidemment la culture que j'avais envie de défendre. Alors oui, il y avait une part de militantisme dans l'affaire mais lorsqu'on est journaliste et qu'on souhaite parler de culture, tout particulièrement à la télévision et sur les chaînes généralistes, il faut forcément être un peu militant. Les reportages culturels sont généralement confinés à la fin du "canard" et il faut parfois se battre pour convaincre son rédacteur en chef de l'intérêt du sujet. Même pour réaliser ce magazine en hommage à Jean-Louis, j'ai dû faire face à des inquiétudes. Certains craignaient que Murat soit trop triste, que le personnage soit un peu trop à la marge... Heureusement, quand ils ont vu le résultat, ils ont tous changé d'avis et je soupçonne même certains d'écouter du Murat en boucle à l'heure qu'il est. Pas peu fier... Mais ici, à France 3 Auvergne Rhône-Alpes, tout le monde me fait confiance et me donne la possibilité de mettre en avant beaucoup d’événements culturels.

La culture, que ce soit la musique, l'art ou la littérature, peut être plombante pour celui qui ne fait pas l’effort de s'y intéresser! Et je comprends que certaines personnes, prises dans leur quotidien, n'aient pas le temps de donner un coup de pouce à leur curiosité et attendent qu'on leur dise "ça c'est bien" pour y aller. C'est donc ce que je voulais faire dans ce blog, c'est ce que je fais dans n'importe lequel de mes reportages et ce que je veux faire encore longtemps. Heureusement pour moi, je travaille dans le service public et dans la tête de beaucoup à France 3, parler de culture dans nos journaux fait partie de nos missions. 

 

- La première télé de Murat tend à montrer que France 3 Auvergne a malgré tout toujours joué un rôle... (Plus en Auvergne qu' à Lyon? Je me rappelle plus de la chaîne TLM sur le rock - concerts du Globe...)..

R. Beaune : Je ne pense pas que France 3 ait joué un rôle dans la carrière de Jean-Louis Murat. Moins que Mylène Farmer en tout cas. Mais c'est vrai qu'il a fait ses premiers pas à France 3 Auvergne (l'archive est d'ailleurs présente dans le magazine). Pendant les premiers temps de sa carrière, l'artiste a été régulièrement suivi par France 3 Auvergne. Et puis je ne sais pas ce qui s'est passé mais il a disparu de nos archives. Sans doute plusieurs raisons à cela : il est arrivé un moment où il n'avait plus besoin de venir faire de promo sur les antennes locales pour vendre des disques. Il se peut donc qu'il ait décliné pas mal de nos sollicitations. Et puis je pense que le personnage n'étant pas facile, les journalistes n'ont pas vraiment eu envie de s'y frotter. 

Pour ma part, j'ai eu l'opportunité de l'interviewer pour la première fois à l'époque de Babel. Je connaissais bien Alexandre Delano pour avoir déjà fait quelques reportages sur le Delano Orchestra. C'est ce dernier qui m'a proposé une interview à deux, lui-même et Jean-Louis au bord du lac du Guéry. Il faisait froid et les deux avaient en horreur l'exercice. Autant vous dire que cet épisode n'a pas été mémorable. A partir de ce moment-là, je n'ai eu qu'un objectif : réussir une interview de Jean-Louis Murat. C'est-à-dire, l'ennuyer le moins possible.  Après néanmoins, il a accepté de refaire des interviews avec moi, j'ose imaginer que ça n'a pas été un si grand calvaire pour lui!

 

 

- En fait, sur la question 4, je parlais de Murat pour donner un exemple des artistes locaux qui ont la possibilité d’avoir un peu de visibilité grâce à l’antenne régionale... Depuis longtemps et de plus en plus avec Studio 3... (les camarades comme le Voyage de Noz, Delayre, Stan Mathis... [Même si Aura aime Murat avait été refusé  m a t'on dit 😉]). On en profite pour saluer Christian Lamorelle qui vous a précédé et figure dans le "hall of fame" du livre "50 ans de rock à Clermont-Ferrand". Comment se passe la programmation de Studio 3 ? 

R. Beaune : Effectivement, France 3 Auvergne a toujours soutenu la scène musicale auvergnate. Bien avant Studio Trois, Christian Lamorelle organisait déjà des sessions d'enregistrements de groupes locaux, on n’a donc rien inventé. A l'époque, l'antenne de France 3 Auvergne proposait beaucoup de programmes en dehors du journal régional. Quant à Studio Trois, ça a d'abord été Backstage, une émission réalisée dans les sous-sols de Lyon. En Auvergne, le studio a été réalisé bien plus tard sous l'impulsion d'Alexandre Jais, un ingénieur du son touche-à-tout de notre équipe. France 3 Alpes a ensuite créé le sien et la direction régionale a décidé de tout réunir sous la même bannière, à savoir Studio Trois. Depuis, je suis davantage force de proposition dans les artistes présentés. Le final cut, c'est Franck Giroud, responsable d’édition culture à France 3 Auvergne-Rhône-Alpes qui le détient, à Lyon. 

 

 

- Puisqu'on y est, profitons-en aussi pour penser aussi à Pierre Ostian (décédé trop vite), créateur de l’émission « Montagne » et à son "successeur" Laurent Petit-Guillaume (« chroniques d’en haut ») qui ont mis à l’honneur Murat sur les antennes de la 3 (c’est suffisamment rare pour le signaler)... 

R. Beaune : C’est vrai ce que vous dites. Honnêtement, j’avais oublié ces émissions. Mais cela prouve comme vous dites que France 3 et le service public ont toujours suivi le chanteur et vice versa. Jean-Louis, malgré tout ce qu’on a pu dire sur son côté un peu rustre, n’a jamais boudé la presse régionale malgré son envergure nationale. Il aurait pu comme beaucoup n’accorder des interviews qu’à Pascale Clark et aux Inrocks! Regardez toutes les longues interviews qu’il a données à Pierre Andrieu et qu’on peut aujourd’hui retrouver dans son magnifique livre “Les jours du Jaguar”... 

                                                                                      Pierre Ostian

- Sur la première rencontre (ici), vous écriviez : « Je me dis qu’il a quelque chose d’une bête sauvage, celle qu’on rencontre au détour d’un chemin et dont la présence incroyable pourrait s’évaporer en un clin d’œil si on en fait trop. »

Joli... Pour la deuxième (« Je me situe à égale distance entre le sérieux et la blague, je suis équidistant, appelez-moi Equidistant"), c'est vous qui proposez le terrain, le musée ?

R. Beaune :  C'est vrai et c'était vraiment ma première impression du bonhomme. Contrairement aux autres artistes que j'ai pu rencontrer, Jean-Louis Murat, malgré sa dégaine un peu négligée - ce jour-là, il était venu avec un sweat à capuches informe et un jean - m'a semblé insaisissable. Mais encore une fois, c'était l'exercice de l'interview qui le mettait mal à l'aise. D'ailleurs, il me l'a dit juste après : pour lui, exiger de quelqu'un qu'il formule une pensée, une idée, a fortiori quand cette personne a déjà tout exprimé dans son art, c'était vraiment contre-nature. 

La fois d'après, nous nous sommes effectivement rejoints au Musée Lecoq au milieu des animaux sauvages justement. Tout un tas de bêtes empaillées l'entouraient. C'était son idée. Je n'aurais pas la prétention d'imaginer qu'il avait retenu ce que j'avais écrit après notre première rencontre. C'était lors de la sortie de Morituri, peu de temps avant le concert humanitaire à la Coopérative de Mai. J'y voyais moi, un clin d'œil au lynx, aux animaux qui peuplent cet album, le coucou, le taureau, l'âne, la brebis ou le renard fou... Et puis l'ambiance cabinet de curiosités du musée, un peu désuet, va très bien à cet album et à Jean-Louis Murat.  

 

 

- Et puis, il y a ce troisième reportage "mobile", que l'on peut rapprocher de l’émission radio "à la dérive" (sur Nova), avec ce plan magnifique ensoleillé sur fond de feuilles dorées. Quels souvenirs avez-vous de cette promenade?

R. Beaune : Et quel souvenir ! Vous pouvez le rapprocher de l'émission de Nova car c'est en écoutant cette émission que j'ai décidé de le solliciter à nouveau. J'étais persuadé qu'il allait refuser mais non, il est venu. Nous l'avons récupéré seul, sur le bord de la route, à Douharesse ! On a commencé le tournage immédiatement. On l'a armé d'un micro-cravate et d'entrée de jeu, il s'est mis à commenter chaque bout d'arbre, chaque coin de montagne, chaque vue qui défilait sous nos yeux. Il m'a un peu charrié sur ma façon pépère de conduire, raillant qu'à cette allure, on n'arriverait pas à la Bourboule avant la nuit tombée... On a quand même atteint la Bourboule avant le déjeuner et là, il nous a baladés dans les rues et au bord de la Dordogne. Ensuite, nous avons bu un café avec toute l'équipe, éteint nos caméras et, tout en piochant dans mon paquet de cigarette, il nous a raconté toute sa jeunesse dans ce petit coin de paradis. Il avait bien un milliard d'anecdotes à nous raconter. Par moment, je regrettais que la caméra soit en off mais finalement, l'écouter et discuter avec lui était suffisant. Au bout d'une bonne heure, nous l'avons déposé à Douharesse. Il nous a invité à revenir visiter le studio un de ces quatre mais ça ne s'est jamais fait. 

Lors de ce reportage, j'ai eu une vision toute autre du bonhomme. Il était généreux avec une énorme envie de partager ses souvenirs. On n’en revenait pas de toutes les histoires qu'il nous racontait sur la Bourboule. Il était tellement drôle qu'on en aurait presque oublié le créateur génial qu'il était ! 

 

- Trop tentant de vous demander s’il vous reste quelques souvenirs de ce qu’il vous a raconté pendant ce temps off...

R. Beaune : A vrai dire, très peu... Il nous a raconté un tas d'anecdotes croustillantes sur la jeunesse bourboulienne, sa propre jeunesse à la Bourboule et à Clermont mais je vous assure que je serais bien incapable de vous les restituer !

 

 - On va passer à l'émission. Vous avez raconté que France 3 n'a pas été évidente à convaincre.  Est-ce qu’il y a eu d'autres personnes à convaincre ? (Je suis étonné de ne pas voir Scarlett éditions ou le management de Murat au générique... Finalement on ne sait pas bien qui a organisé l'événement... Je mets en parenthèse car ça peut être du off). 

R. Beaune : C'est justement là-dessus que je me suis trouvé injuste. Je ne peux pas dire que France 3 ait été difficile à convaincre puisque c'est mon rédacteur en chef, François Privat, qui a décidé de la faire finalement. Au départ, Hervé Deffontis (directeur de la communication de la Coopé de Mai) m'a demandé si France 3 serait intéressé pour faire quelque chose autour de ce concert. J'ai donc proposé la chose à mes supérieurs et pendant quelques semaines, je n'ai pas eu de retour. Et puis finalement, j'ai eu le feu vert. Comme Biscuit réalisait la captation, il a fallu négocier avec eux et j'imagine, avec les artistes. Mais c'est vrai que j'ai fait face à des inquiétudes à France 3 pour réaliser un magazine de 52 minutes entièrement consacré à Jean-Louis. On ne parle pas d'un simple reportage de 3 minutes mais de toute une émission autour de Jean-Louis Murat et je pense que certaines personnes craignaient qu'on s'y ennuie un peu. 

Pour ma part, mon but était de pousser les téléspectateurs qui le connaissent peu ou pas encore à s'intéresser à sa musique, en faisant parler ses proches et d'autres musiciens. 

Tout le monde a joué le jeu d'ailleurs : que ce soit Laure Desbruères de Scarlett Editions ou Marie Audigier, Denis Clavaizolle et toutes les personnes qui sont intervenues dans l'émission, tous ont été d'une générosité sans borne, avec la même envie de transmettre leur Murat à d'autres. J'aime beaucoup la phrase de Florent Marchet quand il explique qu'il serait profondément blessé si l'œuvre de Murat n'était pas davantage connue ou reconnue. Je crois que je le serai aussi. Alors à petite échelle, j'apporte ma contribution. 

 

- Comme Biscuit faisait la captation, il a fallu négocier avec eux et j'imagine, avec les artistes?   Est-ce que ceci vous a donné des contraintes dans votre sélection des morceaux diffusés? On peut ainsi indiquer qu’on ne verra pas Nikola Sirkis "la star indo-américaine" de la soirée...  

R. Beaune : Au risque de vous décevoir, je ne suis pas du tout intervenu dans les négociations, donc je n'ai pas d'infos. Ce qui est sûr, c'est qu'il nous était impossible de faire rentrer 2 heures de concert dans 52 minutes. D'autant qu'on avait prévu de mélanger les prestations aux interviews. 

 

- On devine que vous saviez qui vous alliez interroger, puisque les interviews se passent au calme, dans différents endroits de la coopérative (ce que j'ai apprécié).  Certains intervenants de la soirée ont refusé ? 

R. Beaune : Pour ce qui est de Nicola Sirkis, il n'a pas souhaité être interviewé mais je n'en sais pas plus. Hervé de la Coopé m’a juste dit que Nicola souhaitait être là pour Jean-Louis et ne pas se mettre en avant. En revanche, j'aurais pu faire d'autres interviews mais ça n'aurait pas tenu. J'ai donc fait des choix. Certains m'ont dit, très gentiment, qu'ils ne se sentaient pas de le faire. Je n'ai pas insisté. On s'est courus après avec Morgane Imbeaud tout le week-end car quand l'un était disponible, l'autre ne l'était pas. Une fois de plus, toutes les personnes présentes lors de ce concert ont été bienveillantes et généreuses vis à vis de nous.

- On apprécie en effet la large place à la musique dans le documentaire! Avec un choix dicté par les interviewés... et votre sélection « best of" ? (avec Par.Sek et Jérôme Caillon, Koum - je suis assez d'accord). D'autres prestations vous ont-elles marqué?

R. Beaune : Au risque de paraître un peu langue de bois, je crois avoir apprécié toutes les prestations de la soirée. J'ai trouvé qu'il y avait un réel engagement des artistes, une extraordinaire envie de transmettre leur amour de Murat, leur passion pour son œuvre et puis une telle communion avec le public. Tout le monde ce soir-là, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la scène, avait envie de l'écouter à nouveau et pour cause, nous étions en juin, quasiment trois ans après la sortie de Buck John et si le destin n'en avait pas fait qu'à sa tête, nous aurions des nouvelles chansons à découvrir, "ça arriverait là" comme le dit Alex Beaupain dans le magazine. 

 

- Donc si tout vous a plu, est-ce que vous avez eu des choix cornéliens ? 

R. Beaune : Pas de choix cornélien. Je pense juste que les chansons choisies offrent un bel aperçu de l'étendue du registre de Murat et donnent envie (je l'espère) aux téléspectateurs d'aller plus loin. Jeanne Cherhal s'empare de façon magistrale de "La maladie d'amour" selon moi, Florent Marchet me souffle chaque fois que je regarde sa prestation du "monde intérieur" et "Fort Alamo" me fait pleurer quoi qu'il arrive. La reprise du "Jaguar" par un Jérôme Caillon tellement "habité" est d'une justesse incroyable. Par.Sek a reconstitué d'une belle manière la fougue du jeune Murat et a rendu à ce titre toute sa modernité. Bref, je ne vais pas tous les citer mais en tout cas, ces reprises s'imposaient.  
Ces chansons, il était selon moi important qu’on les écoute, dans la longueur, qu’on puisse entendre le talent de mélodiste de Murat et ses textes si justes. Je partageais cet avis avec notre monteuse Amélie Després dont le sens du récit nous a bien aidé. Et puis je remercie aussi Xavier Blanot, le réalisateur, pour son sens de l'image et Raphaël Duvernay, l'assistant réalisateur, pour ses choix de cadres incroyables, toute l'équipe de tournage a été d'un professionnalisme et d'une inventivité à toute épreuve. Et puis un magazine sur Murat sur France 3, c'est possible grâce à trois autres personnes : Aline Mortamet, déléguée au programmes, Franck Giroud qui s’occupe des cases culturelles sur notre antenne et François Privat, rédacteur en chef de France 3 Auvergne. 


 

- Quels autres souvenirs de la soirée?

R. Beaune : On ne peut pas le nier, il y a eu des couacs et des fausses notes mais le talent de mélodiste et la poésie de Jean-Louis Murat ont toujours pris le dessus. J'ai également été très ému d'entendre sa voix remplir la salle lors du montage de Biscuit sur "Je me souviens"... 

 

- Je pensais un peu plus aux coulisses, au tournage...

R. Beaune : Par respect pour les personnes interrogées, je ne vais rien vous révéler. Ce que je peux vous dire en revanche, c'est qu'ils et elles étaient tous profondément ému.e.s lors du tournage. Au risque de me répéter, les artistes étaient tous très bienveillants les uns envers les autres et on sentait réellement ce besoin de célébrer Jean-Louis. Je tiens d'ailleurs à tous les remercier de m'avoir accordé du temps alors qu'ils avaient deux jours pour répéter tout un set !

 

- Je crois vous avoir vu interviewer  un peu le public avant le concert. C'est peut-être une dimension qui manque (même si le "public" est néanmoins visible par moment - coucou Barbara, ou Mr Five'r, Noël, qu'on aperçoit) même si je comprends bien qu'en 52 minutes, il faut faire des choix. Ça n'a pas trouvé sa place? (On échappe aux plans sur les nombreuses larmes qui ont coulé dans la salle, c'est plutôt bien je pense).

R. Beaune : Je n'ai pas interviewé le public. C'est un choix, contestable certes mais néanmoins assumé. Mon but n'était pas de raconter la soirée mais de profiter de ces prestations pour faire un portrait de Jean-Louis Murat. L'amour que lui voue le public est, je pense,             très clair en voyant le nombre de personnes venues célébrer sa mémoire ce soir-là. Je voulais profiter de ces 52 minutes pour faire entendre l'œuvre de Murat, la faire découvrir à ceux qui la connaissent peu et montrer l'influence qu'il a pu avoir sur d'autres artistes. J'ai montré le magazine à de nombreuses personnes qui, de Murat, n'ont en tête que les grands tubes des années 80 et 90 et tous m'ont fait part de leur agréable surprise en redécouvrant ce personnage. 

Évidemment, avec Amélie Després, monteuse, et Xavier Blanot, réalisateur, on s'est demandé comme vous si la parole du public ne manquait pas. Mais il fallait aussi raconter une histoire avec ses personnages récurrents, combler l'absence du personnage principal avec la parole de ses proches. Les interviews étaient longues, pendant lesquelles chacun avait le temps de la réflexion. Si j'avais interviewé le public, vu le temps que j'aurais eu pour le faire, en micro-trottoir sur le parvis de la Coopérative de Mai, je n'aurais obtenu des personnes interrogées qu'un ressenti à l'instant T et sans doute pas à la hauteur de l'admiration qu'elles vouent à Jean-Louis Murat et de leur connaissance du personnage. 

- Comment sera visible le film?

R. Beaune : La première diffusion est prévue le 27 novembre sur notre antenne. Il est trop tôt pour que je vous donne l’horaire exac]. Il sera en ligne sur France.tv dans la foulée je pense, ce qui permettra aux fans qui ne vivent pas en Auvergne de venir le voir à n’importe quelle heure de la journée, même si aujourd'hui sur toutes les box, on a accès à toutes les antennes régionales de France 3. 

 

- Les questions rituelles enfin:   Votre album préféré de Murat?
R. Beaune : Chaque fois que j'écoute un album de Murat, je le redécouvre. S'il faut en choisir un seul, ce sera Le cours ordinaire des choses

- 3 chansons de cœur ?

R. Beaune : Il n'y en a pas que trois.  « Accueille-moi paysage », « Fort alamo », « Chanter est ma façon d'errer »

Mais j'adore aussi "Que dois-je en penser?", "j'ai fréquenté la beauté", "Dordogne"... 

- Et si vous l'avez vu en concert, un souvenir?

R. Beaune : Pas de souvenir précis excepté le fait d'avoir toujours été surpris par sa créativité et de ce qu'il faisait de ses propres chansons. Et un gros regret, celui de ne pas être allé le voir lors de sa dernière tournée. Je le croyais sans doute éternel. 

 

- Enfin, quels sont les autres artistes auvergnats (dans la grande décennie à F3 Auvergne) qui sont pour vous les plus marquants ?  Et d’un point de vue personnel, selon votre sensibilité ?

R. Beaune : Chaque fois que Morgane Imbeaud sort un album, elle me touche. Je suis très fan de la période folk de Clermont qui a fait émerger le Delano, Garciaphone ou Pain Noir. En ce moment, j'écoute beaucoup le dernier disque d'Alexandre Delano et celui de Matt Low. 

 

Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"
Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"Inter-ViOUS ET MURAT- N°33 :  Richard Beaune (France 3 Auvergne), "Le garder près de nous"

Merci Richard Beaune!

Interview réalisé par mails du 26/09 au 30/09 (pour l'essentiel)

Et tous à vos postes le 27/11!   Le numéro de la chaîne France 3 Auvergne sur les différentes box des opérateurs :
ORANGE : 304  - FREE HD : 304 - CANAL SAT : 353 - BOUYGUES BBOX : 473 - NUMERICÂBLE LA BOX : 913 -  FRANSAT : 305 - TNT SAT : 304

et sur internet: https://www.france.tv/france-3/auvergne/direct.html

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Publié le 2 Novembre 2024

- Allo, Florence? La tuile! J'ai beau avoir précommandé le livre de Chloé Mons depuis des semaines, on m'annonce une livraison pas avant mi-novembre! Je ne veux pas te forcer la main, et ne te tire aucun coup de C. Mons, mais vu qu'elle est en showcase (avec Yan Péchin!) en bas de chez toi, ... ou presque... tu pourrais te charger de la chronique! C'est vraiment pas du plein gré de mon insu. Et en plus, si j'en crois le ministre, tu es sans doute en arrêt maladie, ça t'occupera!  Ah, tu n'es pas malade? En vacances? Ah,  c'est soit l'un soit l'autre! Allez, ne râle pas! En plus,  tu trouveras le moyen de parler d'Alain Klingler! Bon, non, si tu veux, je te fais l'intro soignée, avec des italiques et des points virgules.

 

- A Avignon, en juillet dernier, Chloé Mons, croisée au spectacle d'Alain Klingler qui l'a mise en scène à deux occasions (et ce n'est peut-être pas fini),  nous parlait de son prochain livre dans lequel il serait question de Jean-Louis Murat (ils chantaient ensemble  un duo sur l'album Hôtel de l'univers en 2018). Le livre s'appelle Spacing, Date de sortie : 18/10 (éd. Mediapop). Chloé sera le 18/11 à la librairie L'écume des pages, boulevard Saint-Germain à Paris, et exposera ses photos au Séchoir à Mulhouse, du 8/11 au 8/12 (9/11 rencontre dédicace). 

A toi, Florence!

Alain Bashung, Daniel Darc, Claude Rich, Jean-Louis Murat… A feuilleter ce livre, ce qui vient d’abord peut être la mélancolie, tant il est peuplé d’absents. Pourtant il y a une façon de les porter en soi, et de les donner à voir, pleinement vivants, vibrants. Dans ce livre tout en mouvement, les images du passé sont définies comme un « point de fuite » : un lieu où retourner, où s’animent ces instants fixés. Chloé Mons, avec de nombreuses photos et de courts textes qui les situent, les prolongent, les déplient, fait surgir, bien présents, des moments denses, pleins, des situations, des êtres aimés. Une anecdote, un bref récit, une simple légende, et nous apparaissent Doudou le garde du corps, ancien du gang des postiches ; les tournées avec Yan Péchin ; Margaret, une ancêtre roumaine morte à 104 ans qui « commençait ses journées avec un tout petit verre d’eau de vie et une cigarette fumée à toute vitesse » ; la tante Betty, sa déclaration dans un livre de bibliothèque à celui qu’elle aimait, les séjours émerveillés de la jeune Chloé avec elle à Paris ; les parents, la maison en Bretagne ; Poppée sa fille, bébé, adolescente, jeune adulte ; et évidemment, Alain Bashung, les tournées, les chambres de l’hôtel Blakes à Chelsea, « les moments amoureux » ou le mariage en Bretagne.

(Portraits, photos de groupe, maisons, paysages, lits défaits dans des chambres d’hôtel, témoins précieux de moments de vie, et ferments de la mémoire. Lisant parallèlement Spacing et Archipels d’Hélène Gaudy, enquête de l’autrice sur son père pour faire resurgir des souvenirs des objets accumulés et des paysages traversés, je suis frappée malgré tout ce qui les sépare - projet, écriture - des échos entre ces deux ouvrages, qui tissent un lien si serré entre la géographie et l’intime, qui ont choisi la forme fragmentaire pour travailler sur la mémoire, des « archipels » d’Hélène Gaudy aux « bulles » de Chloé Mons ; frappée de lire dans Archipels cette réflexion qui me semble résonner avec la géographie de Spacing : « La plupart des lieux traversés disparaissent, mais il y en a qui surnagent. Rien d’extraordinaire. Un album intérieur constitué d’images fixes qui font notre mémoire.

Je crois que ces paysages de passage, de vacances, ces jardins tranchés en deux par la lumière, ces morceaux de mur face au lit où l’on dort ou ce fatras d’objets tout au fond d’un tiroir, profondément nous constituent. Je crois que c’est à cela que tout le reste s’accroche, qu’il n’y a pas de souvenir de l’amour sans celui du drap où la joue repose, rien de l’enfance sans la fenêtre d’où l’on a regardé passer les voitures, aboyer un chien, et rien de ceux qui manquent sans le lieu qu’a marqué leur absence. »)

Bien sûr qu’il est chargé d’émotions ce livre, avec ces instants d’intimité heureuse, ces jalons sur les routes et chemins, photos prises sur le vif, pour, dit Chloé Mons, « ne jamais oublier », « essayer de capturer » un moment, une sensation. Bien sûr qu’il dit, avec une très grande simplicité et beaucoup de pudeur le chagrin des départs et des déchirures. Mais reste de ceux qui sont partis un lien jamais défait, et tout ce dont ils nourrissent les vivants, évoqué avec une infinie tendresse. « J’aime penser à elle » dit Chloé Mons, à propos de l’aïeule roumaine centenaire. Alors, une photo de fête dans le jardin de la maison familiale rappelle le jour où les cendres du grand-père Pop, tant aimé, ont été dispersées au cap Gris-Nez. La photo de la main de Chloé sur celle de son mari qui vient de s’éteindre est suivie du récit amusé des tribulations de sa tombe. Le « dernier voyage » de la tante Betty est l’occasion de la peindre par petites touches, de dire ce qu’elle aimait écouter, le dernier livre qu’elle a lu.

Reste surtout le mouvement de la vie, son élan. « Désirant », s’intitule le dernier chapitre. Dans ce livre qui travaille l’espace plus que le temps et fait fi de la chronologie, il n’y a de fixe que les images photographiques – et encore, tant elles sont aimantées par un ailleurs, un hors-champ. Grands ciels, vastes perspectives, routes et voies ferrées s’étirant au loin. Photos de gares, de tarmacs ; sur des quais, des bords de routes, en voiture. Instantanés d’avant ou après concert, souvenirs de famille, les deux mêlés au cours des deux dernières tournées d’Alain Bashung, dans les bus, les avions, les restaurants, les chambres d’hôtels. En Inde, aux Etats-Unis, Argentine, Italie, en Roumanie sur les traces de ses origines, seule ou en famille, Chloé Mons dit ses rencontres, ses découvertes et ses rituels, glane des détails, camion, pieds d’un vendeur en Inde, magasin de disques près du marché de Mysore. Et tout ceci se dépose, au retour, dans un foyer qui rayonne de cet ailleurs. Chloé montre la maison de ses parents, remplie d’œuvres d’art et d’objets du monde entier, témoins d’une inlassable curiosité, fondatrice pour les enfants qui grandi dans cette « merveilleuse accumulation ». Elle décrit la sienne comme le lieu où se modèle, se façonne, se transforme ce qui s’est vécu au loin.

 

Partir, dit en effet Chloé Mons, c’est toujours vivre une initiation, pouvoir être tout émotion et sensations, s’ouvrir à l’imprévu. C’est se ressaisir de sa propre existence, et le livre montre comment ce décentrement, cette liberté, ces rencontres nourrissent une quête de soi, et une quête artistique. Mais le voyage est aussi métaphorique, aventure et désir, image de la vie amoureuse, de la vie d’artiste ; image de ce que produit en nous une œuvre.

Ces instantanés autobiographiques, ces portraits éclatés, cet art de vivre et cet art poétique intimement mêlés, sont à la fois très émouvants et toniques : le livre entraîne dans son élan, son allant. A l’image de la dernière photo, Chloé avançant avec sa valise, un inconnu semblant venir à sa rencontre. Ou du dialogue avec l’artiste Myriam Mechita, rencontrée peu de temps avant : « “on part à Vegas et on va dans le pays des Indiens ?” Et on est parties. »

 

Chloé fait resurgir le souvenir de déambulations - bien moins lointaines :

Bibliographie :   Chloé par MONS et par vaux dans "Spacing"Bibliographie :   Chloé par MONS et par vaux dans "Spacing"

 Pochoir (cliquez pour le voir entièrement) de Miss Tic, rue de Pixérécourt, Paris 20ème, 1999

 

Et Jean-Louis Murat, alors ?

Il est, dit Chloé Mons, « l’image manquante » de ce livre : ne reste que la trace sonore de la chanson partagée. Alors elle lui écrit une longue lettre. Elle raconte quelques rencontres, sa présence, sa chaleur, et son apparition providentielle au hasard d'une terrasse parisienne : à un moment de doute dans son engagement artistique, Chloé y voit le signe qu'elle attendait... Et comme à chaque fois, elle est repartie « heureuse ». A elle aussi, il manque.

"Cher Jean-Louis,

Il n'y a pas d'image de nous. C'est l'image manquante de ce livre. Pourtant, vous y avez votre place, votre moment, sur cette drôle de route qui est la mienne.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, c'était à la sortie d'un festival, sur un parking. J'étais avec Alain et le staff de la tournée et vous aussi vous étiez avec votre staff. Nous avons échangé quelques mots et vous avez été d'emblée chaleureux avec moi...." 

La suite à lire dans Spacing...     [...]

Mais notre image est ici noir et blanc et le temps d'une chanson, "3 minutes".

Merci Florence!

Petite remarque finale: nous ajoutons donc le livre Spacing au dossier "Murat/Bashung" comme une pièce à conviction,  à décharge dans le "petit" procès intenté parfois à Murat concernant Alain B, même s'il devrait y avoir  non lieu depuis :

(faut peut-être que j'arrête de lire du Connelly moi).

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Rédigé par Florence

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Publié le 29 Octobre 2024

Bonsoir,

Billeterie ouverte, puis fermée (car prise d’assaut?) et finalement rouverte lundi... la soirée du vendredi a été complète rapidement... Rappelons que la jauge de la maison de la poésie est toute petite.

Cet après-midi, nous apprenions qu'une 2e date est programmée le jeudi soir. 14 Novembre. Le site de la Maison de la poésie n'est pas mis à jour, mais l'information est donnée par Florent Marchet et il indique que les billets seront en vente jeudi à 15 heures!

 

 

 

 

 

On a parlé de ces soirées du côté de Sunburnsout... et nulle part ailleurs...

https://www.sunburnsout.com/timeline/paris-en-toutes-lettres-rend-hommage-a-jean-louis-murat/

 

2)  Un doux chant vient de nous parvenir de Suisse : avec MILLA, dont on avait déjà parlé ici et dont on reparlera! Sa version de "LE MONDE INTERIEUR"

 

3)  Et un peu plus anecdotique mais amusant, mais la Montagne nous apprend qu'il serait question de Murat dans un hymne...  non pas national, mais écrit pour le club de rugby de Brives: ... Il semblerait que ce soit plutôt une vanne adressée aux auvergnats...

 

"Fidèle à sa réputation, Vlad, qui sortira un nouvel album le 11 janvier 2025, a créé un hymne qui ne se prend pas trop au sérieux.

Un exemple de « sa poésie » : « Le Stadium a 100 ans, mais il a toutes ses dents. Même si sur le terrain, il doit en rester plein. » Ou encore : « On a gagné la Coupe d'Europe en fumant des clopes, on va gagner le Brennus, en mangeant des Dragibus » Autre extrait : « Un jour le stade Michelin (l'antre des rugbymen de l'ASM Clermont Auvergne, NDLR) , nous a chanté du [Patrick] Sébastien; c'est sûr on se vengera en chantant du Jean-Louis Murat (chanteur auvergnat, NDLR). »

 

En tout cas pour l'instant, les auvergnats, ça ne les gêne pas de chanter du Murat! La preuve, le fidèle Sébastien Polloni qui était présent aux 2 week-end Murat, yes sir!

 

 

LE LIEN EN PLUS à L'OUEST

samedi 26 octobre 2024 dans Ouest France : Jennifer Charles:

Vous êtes sans doute plus connus en France que dans votre pays, les États-Unis. Vous avez signé plusieurs albums sous des labels français et travaillé avec Jean-Louis Murat. Qu’est-ce qui explique cela selon vous ?

Je suis vraiment reconnaissante que la France nous ait accueillis pendant toutes ces années. Je pense que nous partageons un romantisme, une sensibilité ainsi qu’une juste dose de sérieux et d’humour.

Votre section rythmique est également française avec Matthieu Lopez à la basse et Olivier Pérez à la batterie. Qu’apportent-ils au groupe ?

Ils nous apportent une cohésion naturelle. Ce sont de grands musiciens, généreux et beaux. On a surtout l’impression de faire partie d’une famille et la musique est notre langage universel.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après

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Publié le 22 Octobre 2024

Dominique A le disait dans la vidéo partagée dans l'article précédent, il avait préparé sa reprise du "mont sans-souci" pour une émission radio. 

Cela a été diffusé: une version plus aboutie, avec un accompagnement.

 

 

Et Dominique A.  parle joliment de Jean-Louis, même s'il revient sur les piques qu'il lui a infligés (pas si méchantes) une vraie blessure pour celui qui cherchait la reconnaissance d'un "maître".

Pour inaugurer son Music & Co, Dominique A a décidé de reprendre « Au Mont Sans Souci » du plus auvergnat des chanteurs français, Jean-Louis Murat.
Dominique A a découvert Jean-Louis Murat avec Cheyenne Automne, son deuxième album sorti en 1989 et qui l'a révélé au grand public. C'est un copain de lycée qui lui avait fait découvrir l'artiste auvergnat : « Il a passé le vinyle sur sa chaîne. Je revois encore la scène dans un appartement au 10ᵉ étage d'une tour en banlieue de Nantes, avec toutes ses chansons qui parlaient de nature. »
Avec ce seul disque, Murat est soudainement devenu le référent de celles et ceux de la génération de Dominique A : « Avant, on ne jurait que par la scène indépendante anglo-saxonne. À lui tout seul, Murat nous a vengé du reste de la variété hexagonale. Avec quelques copains musiciens, on parlait de lui sans arrêt, il nous obsédait. Quand j'ai enregistré les chansons de mon premier disque, j'étais clairement sous son influence, même si je l'ai nié à l'époque. »

Dominique a choisi de reprendre Au mont Sans-souci, une chanson sortie sur l'album Mustang en 1999, une comptine immémoriale doublée d'une petite merveille d'écriture classique.

PS: Une autre vidéo du show case chez Gibert est disponible : là  et dans l'article précédent.

On peut aussi l'écouter avec Vincent Josse dans "la ballade". 

 

2) Autre histoire compliquée : celle avec Mustang et Jean Felzine que ce dernier nous explique dans Libération d'hier. 

Il avait chanté du Murat avec les amis de Belfour récemment (à revoir en fin d'article) et voilà qu'il trouve que ce qu'il connaît de Murat est "magnifique". Pas encore suffisamment pour accepter de venir à un week-end Murat (l'an dernier), mais il m'avait gentiment répondu (lui!). 

Merci Pierre M.

Histoires contrariées: Dominique A (version radio) et Mustang.

Je ne rediffuse pas leurs derniers clips déjà montrés mais bien à propos  ce titre : Un petit message que Murat aurait pu signer. L'histoire contrariée, elle est aussi avec la chanson française ! 

Sur ce thème, petit -gros- clin d'oeil, Erik Arnaud lui a reçu les félicitations et encouragements de Murat, notamment pour:

(Il faut que jeunesse se passe)

Cet article a été rédigé sur mon téléphone sur un lieu de villégiature. Il n'y aura donc pas de lien en plus, mais c'est quand même agréable de passer un moment avec 3 artistes qu'on a envie d'aimer, au contraire d'autres qu'on aime mais qu'on pourrait détester. Enfin, je me comprends...

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après

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Publié le 20 Octobre 2024

 

bonsoir,

Ah, revoilà Dominique A sur le blog! Ça faisait longtemps, lui qui nous a permis de l'alimenter souvent (et sans que je parle de ses albums...).

Voici une nouvelle reprise. Il n'est pas indiqué où ce show case avait lieu, mais en tout cas, ça nous amène à la Bourboule ("Au mont  Sans-Souci"). Sa "muratisation" (indiqué aux Inrocks en 2020) a l'air d'aller mieux malgré tout car il a décidé de faire du recyclage pour son dernier disque ("quelques lumières" qui revisite d'anciens titres).

Édit: C'était un showcase le samedi 19 octobre chez Gibert Disc Paris 

NB:  C'est avec cette même chanson que la  route du rock à St-Malo où Murat avait ses habitudes qu'un hommage lui a été rendu là-bas. C'est Pierre Andrieu qui nous l'indique : https://www.concertandco.com/critique/concert-la-route-du-rock-slowdive-kae-tempest-the-kills/fort-de-saint-pere-saint-malo/55240.htm   "Signalons également un touchant hommage à Jean-Louis Murat, grand fan du festival et auteur de prestations remarquées ici-même, avec la diffusion dans les enceintes de son titre le plus connu, "Au Mont sans-Souci", en version live lors de la tournée Mustango. Un très émouvant extrait du live Muragostang."

 

Pour en revenir à A,  précédemment il y avait eu ça.... (et oui, je sais il en manque un bout... il faudrait que j'en occupe!)

Ou (entre autres choses) encore ça : en 2018 (livre C. Gassian)

 

 

NB:  C'est avec cette même chanson que la  route du rock à St-Malo où Murat avait ses habitudes qu'un hommage lui a été rendu là-bas. C'est Pierre Andrieu qui nous l'indique : https://www.concertandco.com/critique/concert-la-route-du-rock-slowdive-kae-tempest-the-kills/fort-de-saint-pere-saint-malo/55240.htm   Signalons également un touchant hommage à Jean-Louis Murat, grand fan du festival et auteur de prestations remarquées ici-même, avec la diffusion dans les enceintes de son titre le plus connu, "Au Mont sans-Souci", en version live lors de la tournée Mustango. Un très émouvant extrait du live Muragostang.

 

 - Encore un dimanche soir qui ne sera pas le grand soir  : UNIVERSAL rachète PIAS (après avoir acquis 49% de la société il y a déjà quelques temps - ça m'avait échappé).  La plus grande (?) des Maisons indépendantes qui dispose du catalogue "Jean-Louis Murat" (acheté en partie à Universal me semble-t-il) intègre donc la word compagnie... et l'oeuvre muratienne retourne ainsi dans la maison "Emi-Virgin-Labels..." de ses débuts.  Ce n'est pas pour autant la fin de Pias qui devrait poursuivre ses activités... Notamment dans l'immédiat, la sortie en cd du "parfum d'acacias au jardin".

 

LE LIEN EN PLUS IL NE NOUS RESTE PLUS QU'A CHANTER

 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après

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Publié le 10 Octobre 2024

vendredi 15 novembre 2024

20h30

Hommage à Jean-Louis Murat

Avec Grégoire Bouillier, Jeanne Cherhal, Morgane Imbeaud, Florent Marchet, JP Nataf & Éric Reinhardt

Festival Paris en toutes lettres 2024

https://maisondelapoesieparis.com/programme/hommage-a-jean-louis-murat/

édit: après avoir fait cet article en me brossant les dents, d'où l'absence de saillies drolatiques, de commentaires spirituels, je suis allé vaquer à mes occupations secondaires... Mais prenantes... Non sans avoir prévu un billet pour cet événement. Il se trouve que lien ci-dessus a disparu ensuite. Le site ne fait plus apparaître l'événement... Mais il n'y a pas eu de message aux titulaires de billets... Rappelons que c'est un petit lieu qui réunit moins de 200 personnes. Donc, wait and see !  Notons également que les soirées sont souvent filmées.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après

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Publié le 9 Octobre 2024

bonjour,

Je crois qu'il est temps à nouveau, oh, temps à nouveau.... oui, bienvenue sur SURJEANLOUISAUBERT.COM ! Oui, il a de l'actu lui...

-Euh... non... merci! On va en rester à Murat si vous voulez bien.

Bon, ok, alors reprenons... temps à nouveau de reprendre le clavier car me voilà avec quelques actualités dont il faut bien causer, et d'autres dont j'ai envie de causer.

 

1) Je ne me suis pas précipité pour en parler, ça me replongeait juste dans le passé je crois :  Mylène Farmer vient de donner ces jours-ci ses concerts du 30 juin et 1 juillet 2023! Cause ils avaient été annulés en raison d'émeutes. Et le show a donc commencé, comme les autres, par la diffusion du clip de Regrets, en hommage à Jean-Louis. Le Parisien a cette sentence : "On ne change pas un show millimètre qui gagne. À 20h40, il débute toujours avec un bel hommage à Jean-Louis Murat et le clip de leur duo « Regrets »"...  C'est donc du win/win... Passons...

Bon, en y réfléchissant un peu, je me dis qu'il y avait peut-être de quoi être ému... Paris, le Stade de France, 240 000 spectateurs, plus de 600 000 spectateurs, les mois qui passent... et c'est peut-être pour ça que je n'ai pas regardé.

C'était donc le 27/28 septembre et le 1/10.

 

 

 

Cela a fait l'objet de mentions dans la presse.  "Entre l'hommage émouvant rendu à Jean-Louis Murat" (nostalgie.fr, purepeople et Femina), "Hommage bouleversant à Jean-Louis Murat" (gala), "un hommage à Jean-Louis Murat décédé en mai 2023, avec qui elle avait sorti Regrets en 1991 sur une musique de son producteur historique, Laurent Boutonnat" (les inrocks), "Dans un premier temps, l’interprète de Libertine a tenu à rendre hommage à son ami disparu en mai 2023, Jean-Louis Murat. L’occasion pour elle de diffuser le clip de Regrets, leur inoubliable duo sorti en 1997" (officielles.fr).   Et encore : "En 1991, Mylène Farmer donnait la réplique à Jean-Louis Murat dans une chanson restée célèbre, Regrets. Aujourd'hui, plus d'un an après la disparition de celui-ci, elle lui rend un bel hommage en diffusant le clip du titre en préambule de son show" (le figaro),  "L'écran diffuse le clip en noir et blanc de Regrets (1997), que Mylène Farmer avait enregistré avec feu Jean-Louis Murat, décédé en mai 2023 (Télérama)

Mylene.net :  Diffusion du clip Regrets en hommage à Jean-Louis Murat.
Un hommage diffusé avant chaque concert durant plus d'une année.
On "n'oublie pas". Avant même que ne débute le spectacle, Mylène a rallumé une étoile.

 

2)  De Jean-Louis Murat, il en sera vraiment question sur France 3 Auvergne, le 27 novembre avec la diffusion d'un documentaire filmé à l'occasion de la soirée "Te garder près de nous". On vous l'avait annoncé.  Une première date avait été indiquée et finalement changée, et on attend encore l'heure de diffusion. Mais on en reparle très très très vite.... en inter-ViOUS et MURAT-.

Richard Beaune en est le présentateur. Et il y aura du Jérome Caillon dedans.

Petit clin d'oeil avec l'interview  dans le JT de R. Beaune cette semaine de Michel Bussi ... qui exprime que pour lui, l'Auvergne, c'est l'eau qui coule... et  pour nous, c'est aussi Murat (à relire /elisee-reclus-jeanlouismurat-eau-source-riviere-theme).  L'auteur à succès ( et très sympathique) nous annonce également que le Sancy sera de nouveau à l'honneur dans un téléfilm: l'adaptation de son roman qui se déroule en Auvergne a été tourné par TF1 (je croyais en avoir parlé sur le blog pour sa faute de goût de choisir un titre de chanson de JJ Gargamelle sur un livre se déroulant dans le Sancy, mais je ne retrouve pas, c'est peut-être que ça ne m'avait pas enthousiasmé à la lecture... ).  C'était un message de touttouttoutsurlesancy.com

 

3)  J'avais un rendez-vous... Rendez-vous avec vous... Bienvenue sur suralainchamfort.com....    Euh, non? Non plus? Pourtant, je suis vraiment très admirateur d'Alain... et j'espère le revoir.... mais passons... Le rendez-vous, il sera avec les photos de Carole Epinette. Au  Café Caumartin, 13 rue Caumartin 75009 Paris.

La photographe qui a eu plusieurs sessions chez Jean-Louis Murat y expose ses photos rock (de live) du 5 octobre au 3 janvier 2025. Et au moins une photo de Jean-Louis Murat y est visible....

Pas celle-ci...

4)  surerikarnaud.com

C'est un rendez-vous que je ne peux pas honorer, mais le très rare ERIK ARNAUD sera de concert à Paris lors d'un festival organisé par nos amis muratiens de Sunburnsout! Le 16/10 festival Outsiders (avec les amis Gontard, M. Malon et  Pauline Drand également).

Et on ne peut pas enlever à Benjamin Berton qu'il nous vend bien son événement ! (prends en de la graine, le minus Pierrot)... Faut dire qu'il a des solides arguments, comme de parler de "AURA AIME MURAT"... mais surtout il peut être fier d'avoir réussi à lui faire accepter cette invitation (même si il semble qu'il a de nouvelles chansons!). Ce n'est pas donné à tout le monde!

https://www.sunburnsout.com/pourquoi-le-concert-d-erik-arnaud-le-16-octobre-est-un-evenement-independant-national/

Le Ouh-Ouh le plus casse-gueule de la chanson française? (N'est-ce pas Messieurs Beaupain et Lo?)

 

DEUX LIENS EN PLUS ERIK ARNAUD

Deux interviews sur le blog:

http://www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-erik-arnaud-2e-partie-57674350.html

http://www.surjeanlouismurat.com/2017/02/inter-vious-et-murat-erik-arnaud-matthieu-malon-et-orso-jesenska.html

C'est tout pour aujourd'hui. A bientôt (si  mon envie de faire surlaparesse.com me quitte)!

 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 20 Septembre 2024

Je commence à avoir une petite collection de livres de souvenirs de journalistes (Barbot, Bigot...) et c'est bien parce que c'est vous - chers lecteurs - que j'en fais l'acquisition... même si je garde quelques bons souvenirs (notamment de celui de Manoeuvre - mais qui pour le coup ne parlait pas de Murat).

                                      LA JOLIE COUV EN DOUBLE PAGE

Et en cette rentrée littéraire, c'est François Armanet qui y va du sien, après avoir épuisé (en film et en livres) le sujet de la bande du drugstore dont il a fait partie...  Epuisé ?  Pas tout-à-fait car il en est encore question plusieurs fois dans ce nouvel ouvrage (pour Dutronc avec une anecdote amusante,  Gainsbourg - les deux chanteurs ont cité "les minets" ou le drugstore dans des chansons - ou encore à propos de Godard). Cela révèle que l'exercice est comme prévu un peu nombriliste.

Passé par Libération et le Nouvel-Observateur, F. Armanet n'était pas un journaliste spécialisé "musique".  D'ailleurs, il l'indique en démarrage, c'était les "rencontres" qui l'intéressaient, et ses fonctions lui ont permis de s'en réserver de très belles... lui qui  est proche de Manset.  D'ailleurs, ce dernier, Bashung, Christophe, Murat c'est ses "4 mousquetaires".  Et c'est pour ça notamment que le blog a déjà eu l'occasion de parler du journaliste, avec la rencontre (à relire ici) qu'il a organisée avec Raphaël (lui aussi proche de Manset).

C'est d'ailleurs ceci qui lui permet de nous raconter sur deux pages une anecdote particulièrement savoureuse sur les 4 1/2 consacrées à Murat (un des chapitres le plus court). Où on le retrouve dans son rôle favori de duelliste... mais au sens propre ! François avait convié Jean-Marie Périer (un autre copain de la bande des années 60) pour immortaliser la rencontre avec Raphaël pour le Nlle-Obs. Clic-clac, c'est dans la boite... mais le lendemain, l'attachée de presse, puis le directeur du label l'appellent pour lui demander de ne pas publier la photo qui ne plaît pas à Murat... quitte à renoncer aux quatre pages dans le grand hebdomadaire ! François décide d'appeler lui-même Jean-Louis Murat qui ne veut rien entendre ("j'ai le droit de ne pas aimer ma gueule", "j'envoie des autoportraits à la place"...) mais Armanet ne veut pas faire d'affront à son pote photographe et ne cède pas... pas plus que Murat. Le journaliste imagine le chanteur jubilant de ce petit clash... François clôt le discussion en provoquant en duel le Maréchal Murat ! "- Ok, tu choisis les armes, nous aurons un même témoin Bayon, cela simplifiera les choses"... (Bayon qui a écrit un livre avec lui - tout comme E. Quin, on est entre muratiens  - et mari et femme -je le découvre-). 

Armanet publiera la photo...  Plus tard,  ils se retrouveront en loge, grâce à Bayon... et s'enlaceront chaleureusement.

La photo du courroux :

Air fatigué effectivement... même si on peut aussi penser que s'afficher avec le jeune premier dans son dos prêt à faire son Ravaillac ne lui plaisait pas non plus.

 

Le reste des quatre pages évoque joliment Murat, mais sans grande surprise. Extrait :

 

 

 

Armanet nous annonce le roman d'un journaliste, un titre accrocheur, mais on n'échappe pas à quelques  longues reprises d'interview sur plusieurs pages, sans parfois de réelle valeur ajoutée, même si les propos sont souvent de qualité  et on une dimension patrimoniale (Elli Medeiros et sa rencontre avec le punk anglais...). Les autres chapitres sont plus faits de souvenirs et de propos (biographie ) sur les artistes ou des mouvements / tendances (punk par exemple). Un peu inégal, même si on retrouvera bien-sûr quelques  anecdotes.

Le livre ne parle pas seulement de musiciens, il est aussi question d'une rencontre entre Déon et Jim Harrison, de Jackie Chan, Crumb, Godard, Le Carré, Tournier...

Côté musique, on retrouvera le récit de F. Hardy sur son amoureux éperdu : Bob Dylan.. mais aussi Cohen via D. Issermann, des rencontres avec Jagger, Rotten, Madonna...  On pouvait s'attendre à des pages intéressantes sur Manset, mais c'est un peu décevant (la rencontre avec Bashung avait déjà été contée  il me semble). Il est question du Route Manset (avec Murat) dont Armanet est un des acteurs avec Bayon et Bigot. Je retiens la mention : " de quoi parle-t-on? [...] jamais de "sexe" (tabou)"*. 

Pas sûr que les spécialistes y apprennent grand -chose, mais peut y prendre plaisir, comme on en prend à la lecture d'un magazine ou d'un mook, plus exactement.

 

*A mettre en parallèle avec l'évocation d'un fameux chanteur culte par Franck Maubert dans Les uns contre les autres (chez Fayard)... mais là, c'est un vrai roman...

Vous savez quoi? le Roman d'un journaliste: 

Date de parution

05/09/2024

Editeur

Table ronde

Collection

Vermillon

Nombre de pages

368

 

 

LE LIEN EN PLUS EN TROIS MOUVEMENTS

- A Avignon, Chloé Mons croisée au spectacle d'Alain Klingler nous parlait de son prochain livre dans lequel il sera question de Jean-Louis Murat (il avait accepté de chanter un duo sur son album Hôtel de l'univers en 2018). Le livre s'appelle Spacing, c'est pré-commandable. Date de sortie : 18/10 (éd. Mediapop).

Les souvenirs sont des bulles.
Des mondes indépendants irisés, évoluant dans la mémoire sans loi ni ordre.
Spacing, c’est cet espacement, quand le temps et l’espace se dilatent, quand les visions du passé s’étirent comme les nuages, en perpétuelle mutation.
Ainsi, ce livre est un voyage dans l’espace et dans le temps, un voyage dans les voyages de ma vie, quelle que soit leur forme : intérieurs ou extérieurs, intimes ou géographiques,
artistiques ou amoureux. Parfois carte du tendre,...

 

- Frederic Couderc, auteur de Hors d'atteinte, roman, qui vient de sortir en poche (POCKET) nous signale que Jean-Louis Murat est en épigraphe du livre ("je me souviens")... ce dernier étant son "idole absolu".

 

Merci à Pierre Krause... qui nous propose dans le même temps un sujet de dissertation:  Voici ce qu'il affirme sur babelio  "J'aime tous les gens qui aiment passionnément Calvin & Hobbes comme j'aime tous ceux qui aiment Bob Dylan ou Jean-Louis Murat dans la musique ; Audrey Hepburn au cinéma ou Peter Falk à la télévision. Il existe quelques communautés informelles et invisibles qui ont plus de sens que les relations physiques, amoureuses ou amicales".

Même si j'évoque régulièrement la communauté muratienne, c'est au fond "plus que de raison",  mais l'affirmation de Pierre Krause tend à expliquer peut-être ce qui s'est vécu aux "Week-end Murat"... 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #bibliographie

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Publié le 18 Septembre 2024

Revenons-en à l'ordinaire de l'actualité... en 5 points et quelques sous-parties.

 

1) INDOCHINE (suite)

Voici un bout de pochette qui indique la dédicace à Jean-Louis Murat sur le dernier album.

 

Ils ont par ailleurs indiqué sur RTL (après la trentième minute) qu'ils n'étaient pas responsable du titre généré par IA qui aurait été fait par des fans, mais je les trouve  un peu mal à l'aise devant Flavie Flament (qui clame son amour pour Jean-Louis, "mon idole absolue").  J'ai un peu pensé au clip "Comme un cow-boy à l'âme fresh" qui a été mis sur un compte bidon, pour éviter sans doute des problèmes de droits sur les images. 

J'ai un peu constaté dans les commentaires autour d'Indochine qu'un certain nombre de personnes leur en voulaient de faire trop de politique dans leur disque et d'avoir refusé de jouer à Perpignan. Cela a contribué à me les rendre sympathique... Et cela me permet de rappeler l'engagement de Jean-Louis Murat en faveur du Sous-marin, salle rock de Vitrolles fermée par B. Megret.

 

2) Une étape

  On n'a pas eu énormément d'infos sur les questions posées par la "succession" de Jean-Louis Murat, si ce n'est la volonté de Yann Bergheaud de jouer pleinement son rôle d'ayant-droit (avec les autres enfants). Mais voici un élément qui indique que cela est en train d'avancer, même si c'est un peu triste... moi qui utilisais le terme "Scarlett" pour parler de la petite entreprise muratienne, et de ses quelques acteurs...  Donc, voilà : Scarlett s'est fini, au moins pour la partie éditions... La société créée avec Marie Audigier, puis gérée par Laure, a vendu son fond de commerce à une maison d'édition "indépendante", Premier music Group (qui fait néanmoins partie d'un groupe international : Wise).

Cela m'a fait penser à l'article suivant de 2010 où je m'étais risqué à faire de l'économie, et à l'un de mes premiers articles qui indiquait que Jean-Louis Murat ne touchait pas ses droits d'auteur  aux Etats-Unis... comme JJ Gargamelle et Jojo V.  Ça nous rajeunit pas...

Pendant ce temps-là, dans la nouvelle et belle maison de Laure, on n'oublie pas Jean-Louis... Voici la 3e version live de Jeanne Cherhal sur "La maladie d'amour" (après celle at-home  il y a plus de 10 ans et celle donnée en mai dernier à la Coopé).

 

3) Petit tour au Québec

  Karkwa étaient en France pour quelque dates... et Louis-Jean Cormier s'est rebaptisé "Jean-Louis Murat" au moment de se présenter (à Paris, comme à Orléans).

merci à Antonin pour l'info. Et hop, on en profite pour partager son montage des différentes vidéos sur sa prestation du week-end Murat, yes sir en juin dernier:

 

 

 

4)  On reste sur le thème "Murat - influence" :

- Toujours au Québec avec un article sur le duo  Gustafson’s : "Il y a quelque chose de très « français » dans cet album, que ce soit dans la manière de chanter d’Adrien Bletton, qui rappelle un peu Jean-Louis Murat, une référence au cinéaste Gaspar Noé ou l’ambiance qui évoque parfois un vieux film de Claude Lelouch" (Vos étincelles).

Et avec deux noms déjà croisés :  

- les alsaciens de SINAIVE qui avaient repris "Perce-neige". Gonzai en fait "les dignes héritiers de Phil Spector, de Jean-Louis Murat et de Neu!" et Les Inrocks les décrivent "s'inspirant d'un mélange entre le son de Broadcast et The Telescopes, avec une touche à la Jean-Louis Murat".

- La Suissesse Mila (découvert ici avec une reprise de "L'au delà"). Un article de La Tribune de Genève nous permet de lire le nom de JLM :  "Aujourd’hui, la playlist Spotify de Milla confirme que les Beatles ne font plus la loi. Presque exclusivement de la chanson française, Jean-Louis Murat, Alain Souchon, Yves Duteil (!), Delpech et Cabrel..."

 

5) Collaboration avec l'animal et les animaux

Vous avez lu l'article précédent signé Florence?  Ce n'est pas trop tard... Je fais le lien (avec aussi son article sur les animaux) avec l'univers d'un artiste qui a croisé la route de Jean-Louis en réalisant le clip "French lynx" Jean-François Spricigo, "grand nom de la photographie contemporaine"... qui célèbre le vivant.

Ses sujets de prédilection sont la nature et les animaux. Selon le photographe, ils "ont participé à [le] réconcilier" avec l’humain. "Les animaux ont particulièrement participé à m’apaiser face à ce que je percevais comme des injustices, l’évidence de leur présence et leur ancrage spontané m’ont donné accès à une respiration plus sereine" (France info avec une vidéo pour voir les oeuvres)

Exposition Toujours l’aurore – Palais synodal, 135 rue des Déportés et de la Résistance à Sens Jusqu’au 30 septembre – Tous les jours de 10h00 à 12h30 et de 14h00 à 18h30 – Entrée gratuite  

 

 

THE LIEN INTER EN PLUS UN RIEN RÉCURENT


Récurrent car on a déjà parlé de la mention de Jean-Louis Murat dans des billets de Tanguy Pastureau... dans lesquels Murat est convoqué pour incarner le spleen absolu. La preuve, cette fois, c'est pour parler de notre premier ministre.

"Lors de la passation de pouvoirs avec Gabriel Attal, il a été cassant, c’était un octogone verbal, j’ai cru que le petit allait fondre en larmes. J’ai failli ouvrir une cagnotte en ligne, « Des sous pour Gabou », pour qu’Attal puisse acheter une palette de Xanax, parce que c’est ce qu’il faut quand tu croises Barnier. Sur son visage, on lit l’état de la France, ce mec est l’antithèse de David Guetta. Vous le foutez à Ibiza, il mixe tout l’album Mustango de Jean-Louis Murat avec Les Roses blanches de Berthe Sylva, et les clubbers chialent".

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-du-lundi-09-septembre-2024-7098288

Bon, comme le pensait Jean-Louis, l'important, c'est de faire parler de soi...

 

Je fais comme France 2, je rallonge mon journal... Mais on se retrouve néanmoins très vite... 

 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après

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Publié le 13 Septembre 2024

 Au printemps dernier, en haut de la Puy de la vache, nous avions pour mission de parler de l'ancrage de Jean-Louis Murat avec une journaliste. De cette cogitation est née l'envie chez Florence d'aller plus loin. Son amour pour l'Auvergne est plus ancien que celui pour Murat, mais les deux sont désormais intimement liés. On le devinera aisément à la lecture de ce texte, qui nous permettra de patienter en attendant la thèse universitaire promise sur le sujet.

                                                                               Photo : V. Jeetoo

Jean-Louis Murat en sa contrée

            D’une œuvre aussi ancrée dans un territoire, il est tentant de faire un but de visite, de promenade. Monter à la roche Vendeix, regarder couler la Dordogne, saluer la Dent de la rancune, passer le Col de la Croix-Morand, découvrir la Tuilière et la Sanadoire depuis le puy de l’Ouire, et désormais déposer un bouquet de fleurs des champs sur un portail fermé à Douharesse…

                                                                  Puy de l’aiguillier

    A les écouter chantés, ces lieux nous semblaient familiers, et pourtant, alors que leurs formes s’offrent au regard, on les découvre. Ils étaient un nom, un horizon, un espace ouvert : on avait fait le reste. Pas d’image précise, de tableau à mettre en regard avec la réalité, comme on en trouverait sur les chemins d’Etretat ou de Saint-Rémy de Provence. On en avait rêvé comme on rêve sur une carte. Ils se dévoilent, tout neufs. Mais on les reconnaît. Les lumières, le climat. La façon dont ils sont habités, par les hommes et les bêtes. Le rapport à cette terre, ce ciel grand ouvert, ou enserré dans le brouillard et les nuages.

            Et si, comme le dit Julien Gracq, « tout grand paysage est une invitation à le posséder par la marche », très vite le parcours balisé devient flânerie, au gré des chemins de traverse, des perspectives qui s’ouvrent à chaque virage, derrière chaque col, après chaque sommet. Alors arrive la joie de découvrir par hasard d’autres lieux-dits, hameaux, sources dont le nom résonne, d’avoir mis sans le savoir ses pas sur des chemins familiers. De faire connaissance avec un paysage déjà tant de fois arpenté en imagination.

            « L’Auvergne, je m’en fous complètement !» avait pourtant lancé Murat, jamais avare de paradoxes et de provocations, et fatigué sans doute de lire les éternelles périphrases l’enfermant dans cette spécificité du chanteur régional. « Le barde auvergnat », « le troubadour arverne »… Nous voilà sur un terrain déjà largement labouré. Au-delà du relevé patient des lieux qui émaillent les chansons, de leur cartographie minutieuse, reste toutefois à essayer d’examiner comment dans cette petite forme de la chanson, Murat dessine tout un monde, comment il rend à ce point sensible son territoire familier, et ce qu’il y a en effet d’injuste ou paresseux à le réduire à l’artiste du terroir, « le chanteur AOC » souriait-il.

Les travaux et les jours

            Le paysage auvergnat chez Murat, c’est d’abord celui du quotidien, un territoire façonné par ceux qui y vivent, y travaillent, y aiment. Leurs gestes et leurs préoccupations le dessinent, au rythme du temps et des saisons : dans les chansons de Murat, « il fait grand beau partout on fane », « d’estive rentrent les troupeaux », on soigne le veau dans l’étable, il faut couper les genêts, on s’inquiète du bois pour l’hiver ou du manque d’eau… On va pêcher dans le ruisseau des grands moulins, dormir dans la bruyère, fêter la Saint-Jean, ou regarder le taureau bander. « L’almanach amoureux » égrène de dicton en dicton l’année des paysans, avertit, enjoint, s’exclame : « mieux vaut chien enragé que chaud soleil en janvier », « Si tu veux bien moissonner, voilà l’heure de semer », « Nom de Dieu déjà septembre, fainéants peuvent s’aller pendre »… Cet almanach amoureux, Murat le file dans bien d’autres chansons, où l’amour se vit lui aussi dans la succession des saisons : dans « Sévices amoureux » par exemple : « L’hiver vient contrarier nos jeux Dès novembre et décembre tu retrouves tes collants bleus… L’automne passe la main, mets au chaud le bout de tes seins… Vive le printemps prochain ces jupes libèreront tes reins », ou encore « J’ai fréquenté la beauté », « tout un mois de juillet », et « tout un mois de janvier, Nuit et jour il neigeait autour ». Dans « Pluie d’automne », il promène sa mélancolie « en forêt... peine vaine, bois mort et genêts », dans le souvenir de l’amour passé « jachère brûlée, terre fière, nature de juillet ». L’hiver donne lieu dans plusieurs chansons à des peintures mélancoliques ou inquiètes. « L’Ouire est blanc il a neigé… tous les skieurs sont enchantés… Mais peu me chaut » chante Murat. La sagesse populaire de l’almanach amoureux a beau signaler que « An de neige sera toujours un an de bien », cet hiver interminable est, Murat l’a dit en interview, un des inconvénients « d’être né quelque part, entre Tuilière et Sanadoire ». « Il neige », répète inexorablement la chanson éponyme, qui peint un cadre familier recouvert peu à peu d’un manteau uniforme, comme soumis à une divinité cruelle, enterrant toute vie et refermant tout horizon. Tableau en blanc, noir et rouge, la chanson isole des silhouettes et des ombres inquiétantes, « chasseur accroupi dans la neige, gorge de loup dans la ténèbre », et fait pressentir la violence qui couve dans ce grand ennui de l’hiver : « il n’y a place que pour le silence, au couteau sur ta chair blanche ». Alors, le printemps même devient une perspective fragile et incertaine. « Dis Valentin, est-ce que le printemps revient » s’inquiète « L’almanach amoureux ». Même souhait dans « Le chat noir » : « Que l’espoir laisse au printemps, chanter la grive passer le givre, Que l’espoir laisse au printemps passer la neige en tourbillonnant ».

                                                             Chaudefour

Tous mourus

            Âpre vie dans ces montagnes, et ce paysage est celui d’un mode de vie qui peu à peu s’efface. Certes, vaille que vaille continue à survivre un rapport ancestral au lieu, au temps, à la terre : à Chamablanc, indifférents à l’avion qui les survole, s’accomplissent encore les gestes anciens, « Cuire la rhubarbe pour le petit, qui a toussé toute la nuit », « soigner le veau de l’enragée ». « Nous avons d’un courage constant maintenu notre vie d’avant » chante Murat dans « Entre Tuilière et Sanadoire ». Pourtant le constat parcourt nombre de chansons : chaque jour amène un suicide (« Tous mourus »), « il faut vendre la terre, il faut vendre les prés », « c’est la fin du village », « méconnus les rires d’enfants (...) dans ce pays qui n’est plus qu’un mouroir ». Cette désaffection se lit dans le paysage, lorsque « faudrait nous couper les genêts » qui gagnent sur les champs et les prés, ou que ne restent que « les ronces », puisque les vieux s’endorment, on n’arpente plus la montagne. Les chansons se font alors lieu de mémoire, où se conserve cette « vie d’avant ». Le film En plein air, tourné dans la chapelle de Roche Charles, s’ouvre sur des phrases en patois, la voix de la grand-mère de Murat. Il explique : « Elle raconte une journée type de sa jeunesse : le fenaison, etc. Ces derniers temps, je remplis des cassettes entières avec ces souvenirs. Avec elle, c’est toute une époque de la paysannerie qui disparaîtra ». Soucieux de conserver des traces de ce temps et de cette langue qui s’effacent, Murat a également enregistré « Le pastrassou dien sa tsabano » (Le berger dans sa cabane »), sur un texte de Joseph Canteloube. Dans Babel, il donne à un des sommets de l’album un titre en patois, « Mujade Ribe », et fait entendre le parler et les préoccupations des paysans de Chamablanc : « Martin vient nous aider demain, Il sera tôt si le temps nous tient... Y a si peu d’heures à ramasser ».

“Le pays premier”

            « Dans le pays où je suis né » scande cette chanson. En effet ce territoire est celui de son enfance, les « pays premiers » dit Marie-Hélène Lafon, avec lesquels elle entretient « un rapport nourrissant, charnel, vital ». Dans une passionnante interview croisée avec Jean-Loup Trassard, Murat affirme de son côté : « Le paysage de l'enfance se décalque à l'intérieur, sur l'âme. ». Il qualifie la vallée du Vendeix, où il a vécu petit, de « berceau », et rappelle – il le dit dans « Montagne » - que sa famille était appelée Bercail. Ses souvenirs irriguent ses chansons, la plupart du temps sous forme d’allusions ou d’images, « Le Mont Sans Souci » étant une des rares exceptions qui le voit céder à la tentation du récit. Murat évoque dans au moins  deux chansons le Ciné-Vox de la Bourboule, ou parle dans « Fort Alamo » de « La Belle Ozo », un des poneys qui transportait les enfants des touristes. Les « clarines bleues » de « Chagrin violette » le renvoient à l’enfant malheureux qui s’enivrait de leur chant. Le temps se retourne, les chagrins resurgissent, et avec eux des voix du passé : le petit garçon qui vivait auprès des vaches, qui demande « Dois-je donner aux bêtes » et réclame « Garde-moi la peau du lait », mais aussi des phrases en patois dans « Mujade ribe » et « Le voleur de rhubarbe ».

            Arpenter les lieux, c’est donc remonter le temps, plonger dans les souvenirs. « Le voleur de rhubarbe » déroule, entre Lusclade, la Compissade, le Rocher de l’Aigle et la Fontaine salée les rêveries du « petit Bertzo ». Devant la Dordogne, comme au cours de la promenade avec Aurélie Sfez pour l’émission A la dérive, son « cœur étonné revit ses étés au Vendeix ». L’image de la maison d’enfance dans Babel amène avec avec elle le souvenir du « sang noir », la « viande crue », déjà présents dans « Perce-Neige » et « Accueille-moi paysage ». Les interviews de Murat sont également riches de souvenirs et de réflexions sur le lien entre paysage et mémoire. Dans sa conversation avec Jean-Loup Trassard, elles découlent d’un mot : « Vous ne trouvez pas aussi que le mot de remembrement est drôlement vicieux ? Il y a la remembrance, le "remember" anglais, le souvenir. Donc, la racine de remembrement est le souvenir, alors que le mot dit le contraire. Comme vous le dites, le souvenir et l'émotion passent beaucoup par la reconnaissance intime d'un paysage. Dès l'instant où on y touche, on bouleverse nos souvenirs. »

Epaisseur du temps

Le passé qui persiste, souterrain et têtu, c’est aussi celui des  contes et légendes. Les lieux dans les chansons de Murat sont souvent traversés de récits ou empreints de spiritualité. En 2008, au cours d’une conversation avec les lecteurs de Télérama, il parlait de sa « foi rurale, campagnarde, primaire » : « Je crois en Dieu un peu comme je crois en les cerisiers, les fourmis ou les bêtes à bon Dieu, pas toi ? (rires) ». Jean Théfaine raconte comment, au cours d’une de leurs rencontres, il l’a vu ramasser une croix en granit, de celles qui jalonnent les chemins et les carrefours de sa région, pour la mettre près de sa maison. Lui qui disait admirer chez Bob Dylan sa quête spirituelle, qui affirmait sur FR3 en 1993 : « Je maintiens que la vraie chanson a une vocation de prière », il a chanté la vierge d’Orcival, investi la chapelle de Roche Charles pour l’album En plein air, et revient dans son œuvre vers des pôles qui semblent l’aimanter. Dans « Col de la Croix-Morand », devenue emblématique, il évoque ce point de passage battu par les intempéries, balayé par les tempêtes de neige, et particulièrement dangereux puisqu’« à la Croix-Morand il faut un homme tous les ans » dit le dicton. Il représente un lieu de solitude et de dénuement extrêmes, auquel il s’identifie dans la mort même : « Quand à bride abattue les giboulées se ruent, Je cherche ton nom. Oh je meurs mais je sais que tous les éperviers sur mon âme veilleront… Dans mon âme et mon sang col de la Croix-Morand je te garderai ». 23 ans plus tard, il y consacre une autre chanson dans Babel. Sous son autre nom de « Col de Diane » (Dyane dit la carte) il devient alors le théâtre d’une quête érotique et mystique désabusée : « au col apercevoir la dame », « en forme noire embrasser Diane », « Au pont de la mort trouver son âme »…. « faut pas y compter ». Passant par le col, si on va de Pessade à Courbanges, on descend vers un autre lieu hanté : le lac Chambon, dominé par la Dent du Marais ou Saut de la pucelle. La légende dit que, pour échapper à la poursuite d’un seigneur, une jeune fille a sauté du rocher. Arrivée au bas saine et sauve, elle est allée se vanter du miracle, et a sauté à nouveau – chute mortelle, cette-fois ci, Dieu l’ayant récompensée pour sa foi et sa vertu mais punie pour son orgueil. Le souvenir de ce saut hante le marcheur de « La petite idée derrière la tête », et « Noyade au Chambon » dans Babel en reprend les motifs : elle raconte comment une jeune fille saute dans le lac pour échapper à un jeune Allemand qui voulait lui faire violence. Cette chanson semble d’ailleurs exemplaire de l’épaisseur du temps chez Murat : dans un disque où il arpente son territoire familier, et convoque son passé, il raconte un fait divers qu’il situe pendant la guerre (quand « Le maquis tenait Bozat, tenait le château des Croizat »), et qui semble une réécriture de la légende. La forme même de la chanson, rythme et orchestrations, l’associent à un conte ou une ritournelle populaire.

Magie des noms

            Habité, hanté, parcouru de récits et de souvenirs, ce paysage paraît donc extrêmement sensible, et même charnel à l’auditeur. Et pourtant, on peinerait à trouver de réelles descriptions dans les chansons. Il semble que Murat pourrait souscrire à cette phrase de Philippe Jaccottet dans Les Semaisons : « Je ne veux pas dresser le cadastre de ces contrées, ni rédiger leurs annales : le plus souvent ces entreprises les dénaturent, nous les rendent étrangères ; sous prétexte d’en fixer les contours, d’en embrasser la totalité, on les prive du mouvement et de la vie ; oubliant de faire une place à ce qui, en elle, se dérobe, nous les laissons tout entières s’échapper ». La vue d’ensemble du pays de Murat, on la saisit vraiment sur la carte qui accompagnait la sortie de Babel : au centre, la Bourboule et le Mont-Dore, tout autour des puys et massifs grossièrement griffonnés, des traits et flèches comme pour marquer les chemins ou les points d’arrivée et, principal élément structurant, deux épais traits bleus pour le Vendeix et de la Dordogne.

       Dans ses chansons, pas plus soucieux de topographie ou de peintures précises, Murat procède plutôt par notations ponctuelles, et joue sur les changements de point de vue et de perspectives. Il dessine de vastes espaces, des lignes générales, la terre, le ciel, les horizons : « la prairie », « mille hectares de forêt », « les foins, les genêts », « les champs, les forêts », « les monts », « la large plaine »… Dans ces étendues, il isole des éléments, points de repère, traits saillants, ou silhouettes, ouvrant parfois, de façon métonymique, à tout un espace : « le rocher », « nos roches » « le château », « le cerisier », l’« abreuvoir », « les cornes des bœufs », « un troupeau, un enfant », « cavalier sous la pluie »... Avec la justesse de celui qui le connaît intimement, il dit aussi son paysage par ceux qui le peuplent, animaux et végétaux : narcisses, myosotis, reine-des-prés, camélias, jean-le-blanc, chardonneret, faucon cendré, milan noir, ferrandaises, renards ou mouflons. Finesse du regard de celui qui peut appeler tous les oiseaux par leur prénom, mais aussi belle confiance en la magie de la langue et la puissance d’évocation de ces noms (la reine-des-prés, tout de même !) Et que dire des noms de lieux, constamment présents, Courbanges, Les Longes, Chamablanc, la Dent de la rancune, l’Ouire, l’Aiguillier, Lusclade, le Crest, qui à eux seuls ouvrent tout un monde ? Nommer : faire entrer avec lui, de plain pied, dans son univers familier. Ouvrir grand l’espace de la rêverie. Tout un monde en germe dans cette petite forme de la chanson, qui se déploie dans l’imagination de celui qui écoute.

« Le printemps me sert de lieu » 1

          Faire imaginer, faire sentir : Murat rend aussi sensible le paysage par les sensations qu’il procure, parfois dans une dimension synesthésique, quand il parle du « chant des clarines bleues », la nuit. Un vers, une notation, et voilà posé un climat - y compris au sens météorologique du terme - quand le lieu est d’abord une présence physique : dans la « pluie du matin », le « printemps pluvieux et chaud », le « vent chaud » venu d’Espagne, la nuit qui « nous tient en ciel d’orage »... avec la fièvre qui saisit quand embaument « les senteurs de juillet », le « parfum d’acacia au jardin » ou l’odeur de la femme aimée au verger… les mains trempées dans l’eau à Fonsalade par un mois de mai brûlant, le « ventre nu sur le gazon », la saveur du « lait au goût de réglisse et d’airelle » ou la première framboise à savourer… ou à écouter le « grand silence de printemps », la « drôle de chanson » du coucou en haut d’un hêtre. Parfois d’ailleurs on l’entend, cet univers familier, chants d’oiseaux, clarines, aboiements de chien dans Toboggan, Mockba, Le Manteau de pluie. Morceaux atmosphériques, où la musique, les arrangements, le chant murmuré nous immergent dans des espaces singuliers. « Le lait des narcisses » nous entraîne même sur des pas qui crissent sur un chemin, alors que coule goutte à goutte l’eau de ce que j’ai toujours imaginé comme la neige qui fond au soleil.  Et surtout, Murat porte une attention constante à la lumière, à la qualité de l’air : « pleine lune au mois de mai », « dernière étoile s’enfuyant vers le Fohet », « gorge de loup dans la ténèbre », « les soirs illuminés entre les cornes des bœufs ». Le « ciel rougeoyant en soirée », le soleil qui « se lève ensanglanté », « la pénombre de juillet », « l’ombre épaisse de la tour », « la nuit des forêts ». Le brouillard qui « déjà (...) noie les grands moulins », les Combrailles qui s’embrasent au loin, ou la lumière (sans doute surnaturelle, celle-là) qui s’est posée sur une fille dans « Mujade ribe »...

 « Apprends à trouver le chemin »

            Poète du monde sensible plus que topographe, Murat n’en peint pas moins des espaces orientés, parcourus de lignes de forces, le cours des ruisseaux ou les pas du marcheur. Sans cesse le paysage est saisi dans le mouvement de celui qui l'arpente : il s’agit de partir dans la direction du Crest, prendre par Lusclade, marcher de Courbanges à Pessade, suivre le chemin des poneys, aller au Servières se rafraîchir, fréquenter la beauté par les champs les forêts, marcher dans la montagne en ce joli mois de mai, y courir et siffler le renard, apprendre à savoir s’orienter... Les lignes directrices sont également dessinées par les ruisseaux et rivières, omniprésents : d’abord le Vendeix et la Dordogne, lieux de rêveries de l’enfant, de méditations de l’adulte, mais encore le Chavanon, le ruisseau des grands moulins, le Sioulot… Les cours d’eau matérialisent aussi les forces souterraines qui traversent le territoire : la Dordogne de la chanson éponyme gronde au sein des profondeurs de la terre d’être « crachée sur terre », « du fond de l’enfer » ; des sources jaillit une eau « salée », ou avec laquelle on soigne les enfants malades aux thermes de Choussy; elle sort brûlante de la « Faille » gardée par « la fée des eaux ». Le vent court lui aussi sur les plaines et le long des vallées, comme « le vent d’ecir sur la Limagne » dans « Les hérons »; dans « Mujade ribe », « en souffle d’homme sur la Dordogne qu’il remonte en courant », il annonce l’orage qui déjà « gronde au Chavanon ». Murat dit la violence, le feu qui peut traverser son pays, lui qui évoque souvent l’orage (et disait aimer sortir sous le déchaînement des éclairs). Il rappelle même les puissances géologiques qui l’ont façonné, lorsqu’il parle de « l’empreinte du glacier » dans « Le voleur de rhubarbe ». Prenant à rebours la métaphore convenue attachée à la source et au ruisseau, il qualifie de « vieux » le cours d’eau qui « part en chantant » dans « Le jour se lève sur Chamablanc ». [NDLR : sur le thème de l'eau]

Au dedans de moi

La Dordogne : « Fureur muette au cœur de mon être ». La puissance de cette terre fait écho à une violence intérieure, le paysage est le reflet de celui qui s’y mire, et Murat reprend toute la tradition poétique du paysage état d’âme – à moins que ce ne soit l’inverse. Quelques exemples, mais on pourrait les multiplier : il compare son âme triste à la jachère dans « Perce-neige », peint dans «Démariés » le paysage glacial et inquiétant des adieux : « Jeune fille s’en va dans sa pluie de flocons bleus / Vers le dernier ravin où s’aventurent les loups ». Il souhaite dans « Je voudrais me perdre de vue » « pouvoir regagner la prairie avant la tombée de la nuit », se demande dans « La tige d’or » « Qui a fait ce fond de ravin dans ma verdure ? » ; ou encore, marchant de Douharesse au Guéry, de l’aube au couchant, il se retourne sur sa vie dans « Le chant du coucou ». Après une course vive, qui le voit fouler « d’un pas moderne le chiendent et le mouron », insulter le coucou chanteur, il finit par se « baigner nu, dans l’eau noire des regrets ».

                                    "L'Indien"  -   photo: V. Jeetoo

Mais lorsque les courbes et les reliefs dessinent des visages et des corps, le paysage s’anime et palpite de désir. Véronique Jeetoo raconte que Murat appelait « L’Indien » le profil de la Sanadoire vu depuis Douharesse ; Roger, son ami d’enfance lui montrait depuis le col de la Croix-Morand l’horizon du Guéry comme un corps de femme. Car ces montagnes, ces vallées sont avant tout féminines, et Murat les peint avec une extrême sensualité. On y fait l’amour, sous un séquoia au parc Fenestre, au Mont sans souci, ou « nu parmi les genêts ». Elles sont parcourues d’eaux courantes, sources, ruisseaux et rivières, élément féminin chez Murat comme chez Elisée Reclus qu’il admire. Comme le Rhône et la Saône se mêlent s’étreignent les amants, « ventre contre ventre » dans « Pluie d’automne ». Et c’est au cœur du chemin creux que Murat trouve la fontaine dans « Au dedans de moi » : « Au-dedans de moi ta rivière, Au-dedans de moi ta liqueur, Au-dedans de moi ta fontaine, Au-dedans de moi tes merveilles, Par le chemin creux ta fontaine ». Sexuelles aussi, les fleurs. Murat parle de « se cueillir en narcisse », évoque dans « Colin-maillard » le désir impatient de voir « le grand lys au fond de la vallée », veut « sucer la fleur secrète ». La femme aimée est « reine des bois, des ronces et des genêts », le contentement de la lady est « anémone du soir », ou « rond comme un pommier ». Encore une fois, le jeu avec les noms opère aussi ce  déplacement, parfois avec malice, lorsque Murat chante « Montboudif lui dit plus trop », ou qu’il indique avec un aplomb imperturbable au réalisateur de son clip : « Col de la Croix-Morand ? Col de l’utérus ! » Le Mont-sans-souci, centre équestre sur les hauteurs de la Bourboule où il situe ses amours avec une jolie infirmière, est aussi (d’abord ?) le sexe féminin.

 Au-delà encore de cette projection, il montre un paysage qui le façonne, et avec lequel il finit par se confondre. La Dordogne est « source de (s)a vie » ; il se dit montagne dans Vénus: « Oh ! Vois, j'ai dans les yeux le bleu de l'eau des montagnes, dans ma voix l'accent des gens de montagne ». C’est l’espace de son « âme », mot qui revient de façon obsessionnelle dans « Col de la Croix-Morand ». De cet accord entre l’âme et le paysage, il passe par la suite à une véritable fusion. Dans « Parfum d’acacia au jardin », le mort n’est plus sous la garde des oiseaux, mais emporté avec eux : « j’ai su que mon tombeau serait une hirondelle ». Et dans Babel, l’âme n’est plus cette entité vague, ce mot employé de façon un peu convenue, elle a un lieu, est un lieu : « Le siège de l’âme c’est la forêt, sans les larmes, sans pitié… Le siège de l’âme c’est la forêt, le brouillard, les genêts ». Dès « L’ange déchu », il demandait : « Fais de mon âme une branche, de mon corps un talus » Comme le notait Agnès Gayraud au Fotomat, c’est dans la nature, le paysage que semble finalement se trouver toute transcendance. Le mourant appelle d’ailleurs à s’y fondre : « Accueille-moi paysage, accueille mon vœu, Fais-de moi paysage un nuage aux cieux ».

Rêveries géographiques

Dans cette façon singulière de présenter son paysage, elliptique et précise, rêveuse et puissamment évocatrice, dans son appel constant à l’imagination et la rêverie, Murat compose une œuvre solidement ancrée dans un territoire, et qui simultanément s’ouvre à tous les horizons et les imaginaires, du présent vers le passé, d’ici vers l’ailleurs. Grand voyageur, il reconnaît loin de chez lui des paysages amis, qu’il comprend intimement. Dans Taormina se mêlent et parfois se confondent les paysages siciliens et auvergnats, tous hantés par la mélancolie et l’omniprésence de la mort, à l’ombre des volcans. « Caillou » ouvre l’album : « Tout ce qui mène au tombeau ici bas devient beau, fait la mélancolie des gens de mon pays », et « Taormina » répond en écho : « A Taormina, je mesure ma peine ». Les vastes plaines, les horizons lointains s’élargissent aux deux pôles entre lesquels naviguent son œuvre et ses sources d’inspiration, l’ouest américain et l’est des moujiks. Murat, grand amateur de westerns, donne à un de ses premiers albums le titre d’un film de John Ford, et les grands espaces américains parcourent toute sa discographie, du « Troupeau » à « Géronimo », avec un déplacement notable des cow-boys vers les Indiens auxquels il s’identifie. Dans Cheyenne Autumn, on entend aussi la voix d'Andreï Tarkovski; les grandes étendues, ce sont aussi celles des steppes, pour celui qui se rêve en moujik, ou de l’immense forêt de la taïga chantée dans Le cours ordinaire des choses : dans l’hiver interminable, la neige qui tombe sans cesse, s’élève la plainte du « monde d’en bas », pour implorer le retour de la lumière. Les espaces se chevauchent régulièrement, lorsqu’il voit par exemple « une mêlée d’Indiens » au milieu des narcisses et jasmins dans « La Chanson du cavalier », et l’Histoire s’invite bien souvent au détour des chemins. Dans « Michigan » se mêlent ainsi les massacres des Indiens et l’épopée napoléonienne : « je vois nos os mêlés à la prairie », « est-ce que je vois l’armée de Napoléon ? ». Ouverture enfin, choc fécond, ses références et modèles. « La plus haute tour » de « La chanson du cavalier » convoque Rimbaud, dans la « noire Sibérie » de « La surnage dans les tourbillons d’un steamer » surgit un vers de Louise Labé, « La fille du capitaine » rend hommage à Pouchkine… Même Babel, son « disque AOC » disait-il, est né d’un ailleurs géographique et temporel, la lecture à ses enfants de L’Île au trésor de Stevenson. Enfin c’est sur une musique anglo-saxonne qu’il chante ses territoires intimes : « John Lee Hooker à la sauce Cropper résume à merveille toute l’inspiration de Murat, tantôt funky, tantôt blues », écrit Antoine Couder dans Foule romaine. « Un folk avec des échardes, boueux » nous disait joliment Agnès Gayraud lors de sa conférence au Fotomat. Et en effet, la langue de Murat est volontiers rugueuse, elle saute joyeusement du très littéraire au très trivial, ce qui l’éloigne là encore de la littérature régionaliste telle que la définit Hélène Lafon : « le roman de terroir joue à l’évidence sur la corde nostalgique ; on y subit des épreuves, on les affronte, et on est finalement consolé, caressé, le tout dans une langue bien écrite, pas trop ébouriffée. ». La nostalgie est certes loin d’être étrangère à Murat, elle revient à longueur d’interviews, mais c’est plutôt de la mélancolie qu’expriment ses chansons, avec la conscience aiguë du caractère éphémère de toute chose. Et il me semble bien le retrouver dans ce travail au corps-à-corps que  raconte Marie-Hélène Lafon : « je ne pouvais pas manger de ce pain-là ; il y avait trop d’âpreté première, native et définitive, à étreindre, à affronter, mâchouiller, ruminer... »

 

Puisque les noms donnent un tel élan à l’imaginaire, comment Murat a-t-il rêvé les siens ? Bergheaud-Murat, son âme de berger, enraciné dans son pays d’enfance, son bercail... Murat-Bergeaud, qui se rêve en maréchal d’Empire, et par la magie de cette racine bergh étend les siennes jusque vers le grand nord et la Sibérie...Voilà qui excède décidément toute clôture géographique et temporelle !      

                                                                                                       

1- « Le printemps me sert de lieu »: cité par Martin de la Soudière dans son ouvrage Arpenter le paysage

                                                         photo : F.Loriou

Merci à Didier Le Bras  et  Pierrot, au site Muratextes, à Patrick Ducher et Florence Couté pour leurs précieuses transcriptions d’interviews, Jean-Louis Murat, le ramasseur de myrtilles, à Agnès Gayraud, pour sa conférence au Fotomat le 22 juin, à Arpenter le paysage de Martin de la Soudière, au Pays d’en haut, de Marie-Hélène Lafon et Fabrice Lardreau.

                                                                                                   Florence D.              

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Un grand merci à toi, Florence!  Merci pour ce "corpus" que tu constitues.

Pour aller plus loin:

Les cartes muratiennes (les lieux cités par Jean-Louis Murat)

 

Les articles de Florence déjà parus:

- Les mots de l'eau (Elisée Reclus)

- Les "mots" des animaux

- Les mots de la mort

- Inspiration VS NAIPAUL.

- Compte-rendu "Rencontre Jean-Louis Murat à la médiathèque de Rosny"

 

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Rédigé par Florence

Publié dans #divers- liens-autres, #2023 après

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