bibliographie

Publié le 27 Juin 2025

                                                                                                                                                 ©Martin Colombet

 

Je connaissais la passion de Grégoire Bouillier pour Muragostang, mais il a fallu sa présence à la Maison de la poésie (la soirée est née d’une discussion entre Olivier Adam, Olivier Chaudenson et lui-même) pour me décider à en savoir plus (et aussi que mes yeux tombent sur son livre Le Syndrome de l’Orangerie dans une librairie quelques jours avant l’événement). Expérience étonnante que de voir cette bouille débouler sur la scène en ouverture de la soirée, et d’entendre ce flow, le même qui s’échappait des pages que je lisais quelques instants auparavant dans le TGV ! Son discours muratien tout à fait réussi, où se nouaient déjà des liens avec son œuvre, a conquis l’assistance. Une petite dédicace plus tard, j’apprenais que Grégoire était un lecteur des blogs muratiens, et le principe d’une interview était accepté. Avec le sérieux, le professionnalisme et l’exigence de certains membres de l’équipe (je n’ai pas dit maniaquerie), il fallait se préparer… et nous étions face à une montagne : les 1800 pages du Dossier M, son masterpiece, Charlot déprime, Rapport sur moi, Le cœur ne cède pas (912 pages), L’Invité mystère… Paulo a réparti le travail équitablement : à lui Le syndrome de l’orangerie (432 pages - passionnantes quand on s'interroge sur ce qu'est un artiste, une œuvre, les questions d'intentions et d'inspiration), à Penny Florence le reste. C’est elle la professionnelle après tout. Très vite, d’ailleurs, elle a été aspirée par cette œuvre foisonnante, conquise (et aussi régulièrement interloquée, agacée, on dialogue avec de tels livres) par la folie douce de Grégoire, sa liberté, sa fantaisie et son humour, ses jeux avec le lecteur et avec la littérature. Dans son enquête sur un fait divers ou sur un tableau, sa tentative d’épuisement d’une immense histoire d’amour, sa participation à une manifestation des Gilets jaunes, son travail d’introspection ou ses analyses d’une réjouissante intelligence, il questionne toujours la littérature, son pouvoir, ses cadres et ses formes qu’il parcourt et se plaît à faire éclater. Ne vous laissez pas intimider par l’épaisseur des volumes, allez-y voir ! Comme il le répète souvent, il n’y a pas de gros livres, il n’y a que des lecteurs pressés. La lecture est addictive, parole de lecteurs, qui ont même transmis le virus à leurs proches. Et dans la perspective muratienne, vous verrez : que d’affinités et de points de rencontre (on vous laisse encore en découvrir au fil des livres -Tarkovski, la figure de Zorro et Don Diego de la Vega et Alceste et Philinte -le reason why-... )!

                                                                                                                                               in situ  (@surjeanlouismurat)

D'abord petit mode d'emploi:  nos petites discussions off me paraissaient si intéressantes, parfois amusantes, que nous avons choisi de les insérer (avec l'accord et relecture de Grégoire).  L'interview sort donc un peu de la forme habituelle, rendant aussi hommage à la liberté de fond et de forme des ouvrages de  celui-ci. Ces off/in apparaissent d'une autre couleur. Enfin, les nombreuses références/allusions aux œuvres de Grégoire sont explicitées par des morceaux choisis en fin d'article.

 

Donc, ça a débuté ainsi :

19/12/24 -  Bonjour Grégoire,

Il nous a fallu un peu de temps pour nous préparer...Plonger dans votre œuvre.. Et tenter de nouer les liens entre tous ces M.… La vôtre (du Dossier M), Monet, M aussi comme Musique dites-vous et Murat (qui a eu sa M. aussi - prière pour M-)  et le nôtre de M/Matthieu que nous a évoqué votre Le Coeur ne cède pas...

On avait hésité à vous proposer de vous voir à Paris ce début décembre, mais je trouvais intéressant de correspondre par écrit avec un écrivain. Si vous en êtes d'accord, nous procéderons question par question de manière à être spontané et voir où vous allez nous emmener. Nous n'avons pas de contraintes de bouclage, et vous pouvez répondre à vos heures perdues. J'espère que cela vous convient.

G. Bouillier:  Hello Pierrot,  Bien reçu ton mail ! (oui, je te tutoie...). Tu préfères donc qu'on fasse ça par mail.  Pas sûr que cela m'arrange (j'ai plein de trucs à faire...), mais bon. Il faut tout de même qu'on se mette d'accord sur un certain nombre de questions, faute de quoi on peut encore y être en 2030 🙂. Disons 10 questions ? Ça te va comme ça ? Je t'enverrai ma première réponse dès que possible.

 

1 - Le principe de l' "Inter-ViOUS et Murat" est de tisser des liens avec Murat, mais vous avez écrit : "Je m'intéresse plus à la musique qu'aux musiciens”. Est-ce que c'est une explication au fait que vous ayez été un muratien discret?  (Les discrètes évocations de Murat dans Le dossier M vous auraient déjà permis de rentrer dans le cercle... Même intime). 

G. Bouillier: Depuis toujours, je fais une différence entre vouloir écrire des livres ou vouloir devenir écrivain. Je n’ai jamais voulu devenir écrivain. Certainement pas ! Car il s’agit d’une posture sociale. Alors que la littérature, c’est au-delà de la société. Cela concerne l’être humain, la liberté, les sentiments, l’infini... Et cela vaut évidemment pour la musique, la peinture, tous les arts. C’est pour ça que je m’intéresse plus à la musique qu’aux musiciens. Ou plutôt, c’est la musique qui, parfois, me fait m’intéresser à un musicien et non l’inverse ! C’est façon de prolonger le mystère. D’augmenter le goût. Plus j’en sais sur une pomme, plus j’aime en manger. Ce que je préfère chez Murat, c’est donc sa musique. Cela fait-il de moi un muratien discret ? Je ne sais pas. Aimer (le mot est faible) Hot Rats (de Frank Zappa), Big Fun (de Miles Davis), les Variations Goldberg par Glenn Gould ou Muragostang (de Murat, donc), c’est finalement super intime. Pour vivre heureux vivons caché, non ?

 

2 - Cette première question était inspirée de l'histoire d’Éric Reinhardt... Vous n'avez pas cherché à rencontrer Jean-Louis Murat (avec lequel, comme on le verra, on peut trouver des nombreux liens avec vous, biographiques notamment)?  L'avez-vous vu en concert, vous qui justement aimez particulièrement Muragostang, la captation d'un concert qui se voulait chaque soir différent ? (on fera le lien avec Santana ou le jazz).

G. Bouillier:  Cela fait longtemps que je ne vais plus voir de concerts. A 65 ans : ce n’est plus vraiment de mon âge. Alors que j’ai vu tous les concerts de Zappa entre 1971 et 1978, lorsqu’il venait à Paris. Sauf exception choisie (New York Dolls, Kid Creole, Iggy Pop…). Murat, c'était prévu, j'avais très envie, mais cela ne s'est pas fait. Mais tu as raison (oui, je te tutoie...) : j'affectionne particulièrement les live, où le temps se dilate davantage qu'en studio. Je préfère Muragostang à Mustango. Quant à rencontrer JLM, bon, il aurait fallu qu'on se croise, qu'on boive des coups ensemble, que ce soit imprévu... Il est rare qu'une rencontre ait lieu lorsqu'elle est préméditée.

- Je pense que Jean-Louis vous aurait sans doute invité à un concert si vous lui aviez transmis le livre ou parlé de lui à l'occasion du Dossier M (vous faites 4 références à lui dans le livre tout de même). Vous avez vu que sur les réseaux sociaux, Laure Desbruères avait écrit qu'elle aurait aimé discuter avec Jean-Louis du Syndrome de l'orangerie ? J'ai supposé hier que le « dossier Sophie Calle » n'était peut-être étranger à l'envie/le besoin de rester à l'extérieur de ce cercle (L. Masson a fait collaborer Murat - via deux extraits de chanson - au projet "Prenez soin de vous")... J'insiste un peu là-dessus (c'est lié à mon côté fan sans doute) parce que, finalement, à la Maison de la poésie, vous étiez le seul à ne pas avoir rencontré JL, et vous avez donné l'impression d'en être le plus proche.

G. Bouillier:  Cela m'aurait bien plu qu'il lise Le Dossier M, que le livre lui plaise, qu'on entame une petite camaraderie…  Olivier Nuc m'a dit qu'il pouvait embarquer un ami pour des discussions jusqu'à plus d'heure ; cela m'aurait bien plu.

Bref.

Tu as raison : les diners respounchous, où j’ai pu croiser le gratin de la culture, ont laissé des traces... Je pensais que discuter avec des artistes serait passionnant, vivant, intense – pas du tout ! Ce fut tout le contraire. Une vraie déception... Mais j'ignorais (il est vrai que je n'ai pas épluché tous les participant(e)s au projet de S. C.) que L. Masson avait embarqué Murat dans cette piteuse (et cependant flamboyante) exposition artistique consistant à dézinguer un pauvre type dont le seul tort avait été de plaquer Sophie. Et j’ignorais que Murat y avait répondu favorablement, donc. Comme quoi, on fait tous des erreurs...🙂

Où trouver des gens avec qui le temps devient un tout petit peu intense et personnel ?

Je cherche encore...

Mais bon, cela vient aussi de moi, je suppose.

Rebref.

C'est gentil de me dire qu'à la Maison de la poésie, tu as eu l'impression que j'étais le plus proche de JLM. Sans doute un effet de la distance, justement.

Mais c'est parce que j'aime vraiment sa musique, j'aime le gars (du moins le peu que j’en sais). Il me touche à un endroit qui est inconditionnel chez moi. Ce n'est pas tous les jours qu'on aime de façon intérieure (j'insiste) un artiste. Je veux dire : où on se reconnait soi-même, là où on ignorait pourtant qu'on était. Je ne sais pas si je suis clair... Sachant qu’il n’y a pas que Murat. J’aime pareillement Zappa, Miles Davis, même Véronique Sanson… Cela en dit peut-être davantage sur moi que sur eux.

Rererebref.

Tu persistes à me vouvoisser. C'est pour l'article ? En tout cas, je te tutoie. Et vu que j'ai un peu de temps, je me prends au jeu, comme tu peux voir...

 

3 - Reprenons : Dans les éléments biographiques communs, on trouve les errances de jeunesse, le caractère autodidacte, la peinture, la confrontation au suicide, la sexualité - mais arrêtons-nous au divorce : voyez-vous aussi chez Murat l’enfant de divorcés, comme vous le voyez chez Kurt Cobain et Nirvana ? Vous parlez dans Le Dossier M de leur façon de mêler, dans un même morceau, le désir mélodique et la rage qui conduit à son saccage, et vous dites y reconnaître ce qu'il y a de "psychotique" en vous, et plus largement, les sentiments de toute une génération d'enfants de divorcés, écartelés entre leurs contradictions liées la guerre que se mènent leurs parents. Plus largement, ces liens ont-ils pu jouer dans votre attachement à Murat ?

G. Bouillier:  Je me suis rendu compte que la plupart des artistes que j'aime sont des autodidactes. Ce n'est sûrement pas un hasard. Les autodidactes, ils savent leurs immenses lacunes, ils savent qu'ils marchent sur du sable, ce qui fait qu'ils souffrent d'un défaut de légitimité qui les rend fragiles et, de ce fait, les oblige à donner tout le temps le meilleur d'eux-mêmes. Rien de moins paresseux qu'un autodidacte ! D'un autre côté, les autodidactes savent qu'ils ne doivent rien à personne. Ils ont suivi leur voix intérieure et ils ont inventé leur façon de faire envers et contre tout, faisant les choses à leur idée. C'est important de faire les choses à son idée ! Donc il y a de l’orgueil aussi. C'est important aussi l'orgueil. C'est un autre mot pour se sentir libre. Personne ne peut vous la faire à l'intimidation. En fait, c'est très social cette histoire. Les autodidactes, en général, ils ne viennent pas des couches aisées de la société. Ils savent donc le fossé qui les sépare non seulement de leur milieu d'origine qu’ils ont quitté, mais aussi du milieu de la culture qu’ils ont intégré et qui est largement celui des classes dominantes. Je comprends que JLM ait pu déplorer que les paysans du coin n'en avaient rien à foutre de sa musique... Et je comprends aussi son dédain pour les artistes installés qui, eux, sont des paresseux qui méprisent le public car ils vivent la musique comme une rente. Tout ça, ce sont des rapports de classes. Et impossible d'y échapper. Il faut relire Martin Eden, de Jack London. Il a tout dit des immenses espoirs et des terribles désillusions de réussir dans un monde bourgeois qui n’est pas le sien.

 J'ignorais que les parents de Murat avaient divorcé. Il avait quel âge ? En tout cas, Nirvana est arrivé au moment où, dans les années 1990, sociologiquement, les enfants de parents divorcés sont devenus une génération à part entière, et la première du genre. Et je crois, en effet, que cela s'entend dans leur musique. Dans ses carnets, Cobain raconte que, quand il était gosse, il avait écrit sur un mur de sa chambre : "Je hais maman, je hais papa, papa hait maman, maman hait papa, ça me rend tellement triste." C'est à ce moment-là qu'il a vrillé, c'est-à-dire qu'il est devenu Kurt Cobain : un être en miette, balloté de droite et gauche, sans domicile fixe, dont la musique prend en charge toute cette détresse, ce pourquoi elle a touché au cœur cette nouvelle jeunesse que leurs père et mère avait psychiquement écartelée. Sauf que lui a réussi à faire entendre dans sa musique, au sein d'un même morceau, et la douleur et la rage, comme une réconciliation impossible entre maman (les Beatles ?) et papa (le punk ?). Je connais très bien cet écartèlement de l'enfant, dont l'unité a été mise en pièce. Je ne suis pas surpris que Murat fasse partie du club. Lui aussi oscille sans cesse entre papa rock et maman folk, à la recherche d'une synthèse idéalisée, sauf qu’il est trop tard. Ce n’est pas seulement musical, c’est existentiel aussi. C’est même à ça qu’on reconnait les vrais artistes : ils sont psychiquement dans leur art et non seulement esthétiquement. Chez Murat, il me semble toutefois que la rage a, musicalement, pris la forme d'une infinie nostalgie, d'une tristesse impardonnable. Juste après Nirvana, il y a eu le spleen Portishead, n’est-ce pas ?… Et je ne parle de la dualité entre le docteur Jean-Louis (le musicien tout en vulnérabilité) et mister Murat (l’homme public cognant sur tout ce qui bouge). En tout cas, les parents de Neil Young ont divorcé lorsqu’il avait 14 ans... Tout se tient !

                             

- Murat avait 14 ans au divorce des parents.

 -G. Bouillier: Divorce à 14 ans, donc. Et mariage à 17. Assez fou quand on y songe...

 

4 - Murat et toi construisez une œuvre à partir de l'intime, avec un impératif vital (une pratique quotidienne de l'écriture, les œuvres, les carnets), avec un questionnement de soi (on entend la voix de Freud dans “Aimer n’est pas querelle”, chanson dans laquelle il dialogue avec lui-même…), et on peut retrouver certains mécanismes communs comme la série/la répétition, le zoom/face caméra. Par contre, là où Murat va écrire une chanson ou un album, tu peux écrire 1000 pages si elles sont nécessaires pour aller au bout de ta recherche. Le dépressif Murat condense et métaphorise : ce lâcher-prise te fait-il du bien, toi qui te dis plutôt névrosé ? 

G. Bouillier:  Qui n’est pas névrosé ? (rires !) Qui dit né dit né-vrosé, non ? C’est le propre de l’être humain et mettre en scène ses névroses, c’est juste établir un rapport de franchise avec qui on est et ce qu’on fait. Les gens dangereux sont ceux qui sont agis par leurs névroses mais qui ne veulent surtout pas le savoir. Murat, il parle à hauteur d’homme. D’intériorité à intériorité. Entre force et faiblesse. Dans une espèce de nudité aux antipodes de ceux qui tissent des rapports marchands avec autrui. C’est pour ça qu’il me touche. Je n’en ai rien à fiche de la Dordogne, je vis à Paris depuis que j’ai l’âge de 2 ans, ma campagne, c’est la ville, c’est le ciel barré par les immeubles, ce sont les rues, les cafés, le métro, les voitures et les caniveaux, les néons la nuit ; mais quand Murat chante « Dordogne, ma femme Joconde, mon unique au monde », je comprends tout. Je sais ce qu’il veut dire. Je le ressens au plus profond de moi. Sa Dordogne devient universelle précisément parce qu’elle exprime chez lui quelque chose d’absolument intime. C’est tout le paradoxe. Maintenant, gare au malentendu. On m’a beaucoup rangé dans l’autofiction, mais c’est une bêtise. On croit que je parle de moi dans mes livres mais, au vrai, je pars de moi. Je pars de moi pour aller vers les autres, vers la littérature, vers je ne sais quoi qui n’a pas de nom et que l’écrire me permet justement de découvrir. Ce n’est pas moi le sujet. Je m’en fous de mézigue. Je ne me pose pas la question de savoir qui je suis, d’où je viens, etc. : je suis ce que je fais (et ce que je refuse de faire, qui est tout aussi important !). Moi, je ne suis que le point de départ, l’émetteur. La question de savoir d’où on parle est cruciale car elle permet de faire le tri dans qui dit quoi exactement. Et ce qui me plait chez Murat, c’est que j’entends d’où il parle. Là-dessus, il ne triche pas. Ce n’est pas narcissique, c’est juste qu’il part de lui, de ses expériences et de ses émotions, de ce qu’il connait et de ce qu’il ignore, ce qui s’appelle la générosité. Le cadeau que nous offre Murat avec ses chansons, il ne l’achète pas dans un magasin, il le fabrique de ses mains. Qui peut-dire d’où chante Julien Doré? Alors que Véronique Sanson, par exemple dans « Le Maudit » ou « Vancouver », je sais d’où elle chante. Cela s’entend. J’aimerais d’ailleurs savoir ce que Murat pensait de Sanson, s’il en pensait quelque chose… Je pense à ça parce que, dans le concert donné à La Maison de la poésie pour l’anniversaire de la mort de Murat, Jeanne Cherhal a un phrasé percussif au piano très Véronique Sanson. Bref.

Sur la pratique de l’écriture, je ne suis pas du tout graphomane. C’est seulement lorsque je me lance dans l’écriture d’un livre que mon quotidien devient le livre que j’écris et que le livre que j’écris devient mon quotidien. Rien d’autre n’existe à ce moment-là, quinze heures par jour, sept jours sur sept. Ce qui est une euphorie sans nom, assez proche de l’hystérie ! Mais j’ai alors le sentiment que mon existence sur Terre se trouve enfin justifiée. C’est existentiel, avant d’être littéraire. C’est comme tomber amoureux, mais pour de vrai, pour la vie… (rires) Rien à voir avec un flirt ou un coup d’un soir. À ce moment-là, j’entre dans un espace-temps qui n’a plus rien à voir avec l’espace et avec le temps de la vie ordinaire. Je continue de payer mes factures de gaz et de râler contre la malfaisance de l’époque, mais cela n’a plus aucune espèce d’importance car j’ai mieux à faire. J’ai à vivre ma « vraie vie ». Celle dont Proust dit qu’elle est « absolument vécue » et je vis cette intensité de l’écriture à fond, car écrire est pour moi une façon de voyager le plus loin possible, de lâcher prise, comme tu dis, d’exister enfin, tout simplement. Mon modèle, c’est Ulysse et son Odyssée qui dure dix ans. Tout s’improvise dans le temps de l’écriture. Mon rythme, c’est l’épopée. Tout ça pour dire que je suis incapable d’écrire des chansons. Dans cet exercice, il y a un côté « 5 minutes douche comprise » qui ne me convient pas (rires). J’ai essayé une fois : Stephan Eicher voulait s’émanciper de l’univers de Djian et, via Sophie Calle, le hasard a fait qu’il m’a demandé quelques chansons. Comme il est très gentil, il s’est excusé, en tant que Suisse allemand, de ne rien comprendre à mes textes, ils étaient trop compliqués pour lui, il n’était pas Bashung... Il avait raison. Mes textes étaient des exercices de style, des jeux sur les mots, des facilités langagières. L’émotion était factice. C’est là où Murat m’impressionne ! J’aurais adoré le voir travailler, écrire, composer. Le travail, on n’en parle jamais. On ne le montre jamais alors que c’est le plus intéressant. Ce qui m’intrigue, c’est que Murat a pu dire qu’il aurait aimé être écrivain, qu’il avait un livre en projet… Je ne sais pas ce qui l’en empêchait. Sinon le format qui, dans le cas d’un livre ou d’une chanson, impose justement des modalités techniques et psychiques, dans lesquelles on se retrouve ou pas. Puisque tu ne me poses pas la question (🙂), je me souviens d’une chanson que j’avais écrite qui s’appelait « Nitouche ma sainte ». Je pensais à M à ce moment-là… Ça disait des trucs comme : « Si toi aussi tu nages la brasse indienne / colportes des tonnes de sel / effrayes les chouettes / la nuit le jour / sans demander ton reste / sans demander ma main / C'est bien la peine c'est pas la joie / Si toi aussi tu prends l’argent comptant / la monnaie des singes / caresses la frange des forêts / l’orée des mouches / le jour la nuit / sans lâcher un soupir / sans fâcher mes ballons / C'est bien la peine c'est pas la joie », etc. Pfff. Tu vois le genre…

G. Bouillier:  Bon, tu m'obliges à bosser avec tes questions qui en contiennent plusieurs à chaque fois ! (c'est pas du jeu car on avait dit 10 questions...). Tu fais plus simple avec les prochaines ?

- Ahhh? Ça s'est vu? ....

-G. Bouillier: Filou, va !

- Pour répondre à ton interrogation sur V. Sanson, voici  l'avis du jeune Bergheaud en 78  Il a écrit beaucoup plus tard une chanson pour son fiston Stills.

G. Bouillier:  Génial son article sur Sanson ! Un vrai article de musicien sur une musicienne.  "Elle traite les syllabes comme des notes" : voilà une clé !  Rigolo qu'il dise qu'elle "cède à une tendance actuelle de la chanson autobiographique intimiste et introspective". CQFD dans son cas, non ?... Merci en tout cas d'éclairer si bien ma lanterne.  J'ai croisé avant-hier J. Cherhal et elle sort un nouveau disque. Je lui avais dit pour son jeu au piano très VS et elle m'a confirmé son amour pour elle. (j'adore cette histoire où VS a révélé qu'elle avait cherché à engager un tueur à gages pour assassiner Stills tellement elle n'en pouvait plus qu'il la batte et la terrorise. Cela ne coûtait pas très cher, a-t-elle dit en rigolant. Mais elle a renoncé, non pour des raisons morales, mais parce que, dixit, avec la chance qu'elle a, elle se serait fait toper à tous les coups.

© Bertrand Gaudillere   ©Carole Epinette

 

5 - Sur la forme, on peut aussi évoquer dans ce qui vous rapproche, toi et JL Murat, les tentatives de sortir du cadre, des formes (tu apprécies Travaux sur la N89 ?), l'improvisation (en musique, peinture), la difficulté avec la promo, comme le fait de ne pas avoir peur de sortir du bon goût, de dégueulasser l'ouvrage ("saboter les fins de ses chansons" par exemple as-tu dit), parfois par l'expression d'une pure fantaisie (tes textes sont ponctués d'humour). Murat est néanmoins resté dans un système et un marché du disque, dans lequel il se sentait peut-être un peu prisonnier. Avec la littérature, la liberté est beaucoup plus grande, même si les lecteurs ou les libraires veulent te brimer sur la longueur des livres?  

G. Bouillier:  Murat, il n’a pas beaucoup d’humour, non ? La mélancolie est rarement drôle et la joie que dispense sa musique, elle ne rigole pas vraiment. C’est sûr que je suis bien plus fantaisiste que lui ! C’est peut-être lié au format des chansons : on ne peut pas faire exister plusieurs registres en si peu de temps. Quand j’écris, l’humour vient en contrepoint. Il faut l’installer, ce qui prend du temps. Pour moi, l’humour n’est pas cette soi-disant politesse du désespoir, non, c’est une preuve de vitalité. C’est la joie qui s’oppose aux pulsions de mort. Chez Murat, je pense que la vitalité, elle n’est pas dans ses textes mais dans sa musique. Maintenant, sur la prise de risque artistique, d’aller sans cesse voir ailleurs si on y est, ça me parle énormément. Je n’avais pas vraiment accroché à Travaux sur la N89 (rien de plus conservateur qu’un fan !), mais j’avais aimé que Murat veuille se frotter à l’électro. L’idée, c’est bien sûr de se réinventer en permanence. D’ailleurs, il n’y a pas un seul Murat. À la Maison de la poésie, on a pu entendre son côté variété ("Regrets"), son côté pop ("Papillon"), son côté rock ("Nu dans la crevasse"), son côté intimiste dépressif ("Le cafard"), son côté country-folk ("Le troupeau"), son côté engagé ("Gilet#4"), etc. Sortir du cadre : c’est juste une nécessité. Un principe de survie. Je suis allé voir l’expo Rothko et ça me trouble beaucoup qu’après avoir trouvé sa formule picturale, Rothko ait peint pendant 40 ans, jusqu’à la fin de sa vie, le même tableau, en faisant juste varier les couleurs. Cela me fascine ; mais très peu pour moi ! Je ne sais pas si j’aimerais trouver ma formule, mais ce n’est pas le cas, donc l’aventure continue. Cette insatisfaction, je la retrouve chez Murat. Comme une façon de broyer le mors qui nous scie la bouche et le cœur. Une intranquillité qui, pour être fatale, est aussi un moteur. Chez lui, cela confine à l’autodestruction lorsqu’il sabote en live la fin de ses chansons. Cela m’émeut humainement à chaque fois, alors que c’est musicalement assez nul… Cela étant, je ne sais pas jusqu’où Murat est resté prisonnier du marché du disque, mais il se peut qu’il y ait moins de pression dans l’édition. Peut-être parce que, du moins en France, la littérature jouit (pour combien de temps encore ?) d’une espèce de prestige que n’a pas la chanson. Je ne sais pas. Je sais seulement que l’internet, les Spotify et autres Deezer, etc. ont, en plus d’éparpiller façon puzzle l’écoute de la musique, changé économiquement la donne et je connais pas mal de musiciens qui rament… Pour ma part, je pensais que les 2000 pages du Dossier M (sans oublier le site internet !) serait trop gros, trop déjanté, trop tout - hé bien non. Il faut dire que mon éditrice chez Flammarion, Alix Penent, est une véritable éditrice. C’est-à-dire qu’elle considère que son boulot n’est pas de faire en sorte que les livres soient commercialement compatibles mais, au contraire, de faire en sorte que le marché accepte des livres tels que les miens. Pour cela, elle met en place des stratégies pour que le livre existe et qu’il ait le maximum de chances d’être lu, même par les journalistes...

 

6 -  Dans Un rêve de Charlot, tu chroniques comme Murat l'épisode Gilets jaunes (avec la même idée d'aller y voir). On y trouve un discours de ta part sur la marchandisation de la culture, la fin de l'intelligence, la disparition de la mémoire, l'absence d'artistes engagés, très convergents avec certains propos de Murat, mais tu ne fais pas référence à la chronique muratienne. Cela t'avait-il échappé à l'époque ? (Murat a regretté le peu d’écho que cela avait suscité). 

G. Bouillier:  Ce qui m’avait frappé au moment des gilets jaunes, surtout au début du mouvement, lorsqu’il s’agissait d’une révolte spontanée, épidermique et venant de très loin, c’est le silence des élites artistiques. Okay, ce n’était pas une surprise si on songe à leur fuite rocambolesque dans leurs super maisons de campagne lors de l’épidémie de Covid (quelle farce !). N’empêche, j’ai eu honte de faire partie de ce silence. Cela a été une sensation très physique, très sanguine. Je préfère largement avoir des problèmes avec mon environnement qu’avec ma conscience. Donc, je suis allé voir le bordel sur les Champs-Élysées, histoire de me faire ma propre idée et de raconter ce qui s’y passait. Comme disait l’autre, c’est l’émeute qui fait le peuple et non l’inverse. D’où ce petit livre, qui n’est pas le meilleur de ce que j’ai écrit, mais il a le mérite d’exister. On peut rigoler mais, pour moi, si l’art a une fonction sociale, c’est celle de défendre l’individu, quel que soit son sexe, sa religion, sa position sociale, etc. Ce peut être moi ou n’importe qui. Ma compagne m’a dit un jour qu’en lisant Bukowski, elle s’était sentie défendue. J’aimerais qu’on puisse dire la même chose de mes livres. C’est cela qui est politique. Tous mes livres prennent la défense d’individus et c’est aussi ce que je ressens quand j’écoute Murat. Je me sens défendu en tant qu’être humain. Concernant sa chronique musicale des Gilets jaunes, je l’ai découverte bien plus tard. Elle m’avait totalement échappé à l’époque. J’imagine qu’on n’en a pas beaucoup parlé à ce moment-là et faut-il s’en étonner ! Pas plus qu’on a parlé de mon Charlot déprime  (qui est l’anagramme de « l’Arc de triomphe »)... Bon, on aura au moins été deux à ce moment-là. Youpi ! (rires) J’ai aimé que JP Nataf et Jeanne Cherhal aient fait le choix de chanter Gilet#4 à la Maison de la poésie. Si j’avais entendu cette chanson quand j’écrivais mon petit Charlot, j’aurais peut-être fait signe à JLM, je lui aurais peut-être envoyé mon bouquin. En tout cas, j’aurais sûrement mis ce passage en exergue : « Dis donc c’est toi / Qui m’as dit loser / Toi le puceau / Au moins je connais / Le plaisir à perdre / Pauvre idiot ».

           

                    G. Bouillier: 16/02/25  Hello Pierre,

                      Juste te dire que je pense toujours à toi, mais je n'ai pas trouvé le temps de répondre aux questions 7 & 8.   Mais ça va venir...

 

7 - Tu as cité Rothko, à propos de la dernière exposition parisienne, et je tombe sur un article à ce sujet intitulé "un marais sans nymphéas" !!.... Non, ce n'est pas une question cachée, juste un petit clin d'œil pour lancer le thème de l'eau. Dans Le Syndrome de l'orangerie, c'est un thème important, elle y est morbide, dormante, mais c'était déjà présent dans d'autres livres (Laurence / l'eau rance, le Rêve de Charlot qui se déroule partiellement dans un univers liquide, la rencontre avec M. racontée dans les carnets avec l'image de l'eau vive..)  Chez Murat le montagnard, la res-source poétique, l'eau (le grand O comme dirait Pascal Torrin) est aussi centrale mais elle y est généralement vive et féminine (à quelques exceptions près : - "Dans quel marigot allez-vous nous jeter", "Nous venions fouiller la nuit la vase des marais", "l'étang noir de nos songes", Ophélie - dont il est question dans le livre). 

Ne trouverait-on pas dans ce motif de l'eau un point commun avec Murat, une fascination commune peut-être ? Est-ce que c'est une récurrence qui te frappe en l'écoutant, qui te parle ?

 

G. Bouillier:  L’eau, oui. Il y a les eaux vives, les eaux mortes… Je peux aller à la campagne ou à la montagne, mais c’est à la mer que je me sens le mieux. Quand j’arrive en Bretagne, c’est immédiat : mes cellules vibrionnent, je me sens vivifié, plein d’iode, c’est comme s’il y avait des endorphines dans l’air. En Bretagne, la lumière est d’une franchise totale. Je regrette de ne pas mieux connaitre la montagne car les rares fois où j’y suis allé, la beauté m’a saisi. Mais bon, la mer, l’océan, ce sentiment de l’infini à perte de vue… Rien qui bouche la vue ! Sur un bateau, on sent que la mer est totalement indifférente au sort des êtres humains. C’est une expérience assez ontologique. L’été, je vais dans une toute petite ile en Grèce et, bon, j’aime bien nager mais je m’ennuie vite. Je n’aime pas les efforts solitaires, courir, tout ça. Je sais que Murat adorait le vélo mais très peu pour moi. Se faire mal dans les côtes : pffff ! Alors que je peux jouer au foot ou au badminton pendant des heures. Ce que j’aime dans le sport, c’est le jeu, l’émulation collective, le match contre un adversaire et non contre soi-même. Alors que je suis seul quand j’écris et j’adore ça. Tout le contraire de Murat qui joue de la musique à plusieurs et fait du sport en solitaire… Pour en revenir à l’eau, j’ai trouvé un truc génial pour ne pas m’ennuyer : je nage avec des écouteurs de nage. Et le bonheur ultime, c’est de nager en écoutant Muragostang. C’est absolument euphorisant. J’ai alors l’impression de devenir parfaitement liquide. Je pourrais nager jusqu’aux côtes anglaises… En revanche, les étangs, les mares, les trous d’eau, je n’aime pas du tout. Je trouve ça dégueulasse. Cela me fait peur. J’imagine tout de suite des monstres. Une eau qui ne donne pas envie de se baigner : beurk ! Il m’est arrivé de me baigner dans des lacs et c’était comme affronter l’obscurité. La densité de l’eau est trop bizarre. Elle ne porte pas du tout. On dirait qu’elle veut vous entrainer par le fond... C’est Monet qui avait un truc avec les eaux dormantes, les eaux stagnantes, Ophélie, les âmes mortes... Lamartine disait que « l’eau est la matière du désespoir » et, en ce sens, Monet était romantique. Comme Murat, à sa manière.

 

8 - Le terme de vitalité t'est cher, et tu nous as dit comme pour toi, Murat est la vitalité même, mais dans le livre, j'ai été frappé par ta description de Monet en Charon (le passeur des enfers), qui m'a immédiatement évoqué les mots de Bayon à l'enterrement de JL Murat, le décrivant comme un aède (ça nous ramènerait à Homère... mais non, pas de question cachée... fini), qui lui aussi descend pour nous en enfer.  Voici comment j'avais restitué son propos :

Il dit qu'il est celui qui descend, "ramasse l'esprit", et fait les allers-retours entre les deux mondes, il relie Murat à Nerval (citant "El desdichado" : "Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron / Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée / Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée."), Baudelaire ("c'est la mort qui console hélas et qui fait vivre"), cite encore un vers de Poe. C'est la charge du poète de parler de la mort, "il la prend sur son dos"... Il évoque ensuite les vierges noires qui sont importantes en Auvergne, bien que dans la basilique d'Orcival elle ne soit pas ainsi, souvenir d'une discussion avec Jean-Louis, et dans la tradition, c'est Isis. Il indique qu'on ne trouve pas de référence à l'Egypte* dans l'œuvre de Murat* (il cite alors l'Abyssinie, l'empire du nord, Taormina)  mais que finalement, à Douharesse, entre les roches, on est dans une sorte de vallée des rois, où tel un Alceste, il a voulu  "chercher sur la terre un endroit écarté / où d'être homme d'honneur on ait la liberté", il a construit, creusé une nécropole pharaonique, il cite sa chanson "ma demeure, c'est le feu".  Et à travers les mots que maîtrisaient si bien Jean-Louis, avec la thématique du sacré qui traversait aussi son œuvre, s'accomplissait un miracle. Même si Jean-Louis pouvait "être cruel envers lui-même, comme avec les autres, beaucoup avec les autres", il avait fait don de soi, et nous aidait à être épargné :"Toute cette mort paradoxalement traversée par ses mots devient consolation". Murat a accompli "sa mission qui n'est pas donnée à tout le monde", il a transformé la mort en quelque chose d'autre... "la perpétuation".

Alors quand pour tout le monde, Monet est le symbole de la féérie, tu l'associes à la mort, et pour Murat, dont toutes les chansons parlent de mort selon Bayon, tu l'associes toi à la vie ?

 

G. Bouillier:  Je ne connaissais pas le texte de Bayon. Il est très beau. Il est surtout très juste lorsqu’il relie Murat à Nerval et Baudelaire. Murat, il n’arrête pas de parler de la mort du point de vue de la vie et de la vie du point de vue de la mort. C’est cela qui me touche le plus chez lui. Il est des deux rives. Celui qui fait passer les âmes. Et il est aussi d’hier et de maintenant, du passé le plus mythique et du quotidien le plus trivial. Il n’arrête pas de faire des allers-retours dans le temps, à travers les limbes de ses émotions, comme un fantôme qui aurait un corps. Dans Nu dans la crevasse, toute la première partie de la chanson est dans la veine de la poésie symboliste et, tout à coup, la chanson ramène à la vie quotidienne, avec des phrases très terre-à-terre du style « si Marlène Passe / Dites-lui que son homme traîne à Chamonix » ou, « l’autre jour à la Poste / J’avais une mine atroce ». Quand j’entends ça, je jubile. Je suis transporté. Je suis à la fois aux anges et sur terre. C’est tout simplement magnifique. Il y a un art de l’évasion, de l’élévation chez Murat. Ses chansons ne cessent de prendre leur élan pour nous emmener au plus haut des cieux et, en même temps, elles n’oublient jamais la matérialité des choses. C’est comme si elles n’étaient jamais dupes de leur beauté. Qu’elles s’en méfiaient et refusaient de se prendre au jeu de la poésie avec un grand P. Et c’est en cela qu’elles deviennent réellement Poésie ! C’est ce va-et-vient entre le rêve et la réalité, sans choisir ni renoncer à l’un comme à l’autre qui, pour moi, est le grand art de Murat. Ce qui le rend absolument unique. Ce n’est pas donné à tout le monde d’être à la fois mort et vivant. C’est quantique, finalement. Murat, c’est le chat de Schrödinger (rires).

 

9 - Une  petite dernière question : as-tu commencé à travailler à un prochain livre? 

G. Bouillier:   Pour répondre à ta dernière ( !) question : non, rien en vue, je vis le désœuvrement, je le vis à fond ! C'est la période pendant laquelle je recharge mes batteries (mon inconscient). Preuve que celui-ci a beaucoup donné dans Le Syndrome (ceux qui enchaînent tout de suite (comme JLM !), je me dis que, finalement, ils ne doivent pas donner tant que ça pour repartir tout de suite, ils ne sont pas allés au bout...)

Bref.

Des bises.

À bientôt.

Grégoire 

 

Interview réalisée par mails du 19/12/2024 au 18/05/2025 (relecture).

Un grand merci, Grégoire ! Amitiés

Cette interview, comme précisée dans l'introduction, ne serait pas ce qu'elle est sans le travail de Florence D., notamment sur les notes. 

NOTES

 

1 (Les discrètes évocations de Murat dans Le dossier M vous auraient déjà permis de rentrer dans le cercle... Même intime)

·    Murat apparaît en effet à plusieurs reprises dans Le Dossier M.

“Bang Bang” fait partie de la longue liste des morceaux préférés de Grégoire : « Me rappelle de M comme musique. C’est-à-dire que je me rappelle qu’elle était ma Lonely Woman, ma Favorite Thing et mon A Love supreme. (…une page plus loin…) mon Bang Bang (He shot me down now / I hit the ground) et mon Bang Bang (Tous vos désirs me dominent / Tous vos rires tous vos enchantements / Chaque geste / Même inutile / Mêle au désir un affolement)

(…)

Car ce ne sont pas juste mes morceaux préférés. Tous ensemble, ils racontent une histoire, ils dessinent une constellation, ils expriment des choix, ils témoignent d’un désir, d’une aspiration, d’une approbation, de refus aussi (souligné) et on croit penser à tout, mais on oublie ses play-lists préférées. On croit qu’elles accompagnent notre existence (pour faire la fête, quand on est triste, etc.) mais c’est notre existence qui les accompagne. C’est nous le bruit de fond de la musique. Notre être est d’abord musical et ma collection de CD et de vinyles : elle est mon lien immatériel avec l’univers, mon lien le plus chaleureux et le plus historique. Elle constitue mon message au monde, à l’image du Voyager Golden Record que la NASA embarqua à bord des deux sondes Voyager qui, en 1977, furent envoyées à travers l’espace, avec l’espoir que des extraterrestres les repèrent et reçoivent le message dont elles étaient porteuses -  sauf que ce “disque d’or de l’humanité” contient une majorité de musique allemande, ce qui n’est pas mon cas. Les extraterrestres n’écouteront jamais mes playlists et ce dont elles sont porteuses. Tant pis pour eux.

 

Plus loin, Grégoire Bouillier rêve d’amour courtois et convoque les troubadours du Moyen-Âge chers à Murat… et Murat lui-même.

« Je voulais la réciprocité des désirs ! L’amour courtois, au sens le plus médiéval du terme. C’est-à-dire que je voulais qu’à « la guerre des sexes elle mette fin en m’accordant sa chair et son anneau », comme le chantait au XIème siècle un poète du fin’amor (Guillaume d’Aquitaine). Je voulais follement qu’elle m’aime et l’amour ne se force pas. Je voulais qu’elle soit ma femelle au jardin d’acacia et qu’elle soit en même temps ma dame de cœur et, par-dessus tout, je ne voulais pas qu’elle dise non en me laissant le soin d’entendre oui, comme si elle s’en remettait à moi de ses propres désirs et refusait d’y prendre la moindre part, refusait toute responsabilité et s’arrangeait pour se disculper de ce qui pouvait arriver, préférant à la vérité qui était la sienne le confort que je la lui extorque et pas de ça avec moi ! Pas elle ! »

 

On retrouve Jean-Louis Murat dans le livre 2 où, M perdue, il multiplie les aventures, et s’attaque au cliché de la misère sexuelle de notre époque.

« Les femmes n’ont jamais été aussi avenantes, aussi sexuellement autonomes que de nos jours. Ce n’était pas le cas il y a cinquante ans, où les jeunes gens et spécialement les jeunes filles étaient entretenus dans une ignorance des choses du sexe confinant à la terreur. A la superstition. Je ne dis pas que chacun rigole tous les jours et s’envoie en l’air comme on claque des doigts ; mais personne n’a rigolé tous les jours, que je sache. L’homme est un animal frustré par définition. Ne serait-ce que parce qu’il lui est interdit de baiser sa mère (ou son père, ou ses enfants). Même au glorieux temps de la décadence de Rome, nombreux devaient être ceux et celles qui se les mordaient sévère. En attendant, jamais je n’avais « vu autant de colombines à minuit / de femmes au monde incertain / faire autant fi des lois de l’hymen / jamais autant vu le paradis avec dames / de nomades à bigoudis / autant de chamades finalement / de femmes nous trouver si sots ». Comme chante joliment l’autre (Jean-Louis Murat) et je suis bien d’accord.

 

L’une des conquêtes de Grégoire glisse subrepticement des petits cailloux dans la poche des garçons qui lui plaisent.

« C’était sa façon de créer des situations imaginaires. De fabriquer du trouble. De s’inventer des histoires. De tisser des liens hors des sentiers épuisés de la séduction, afin de susciter quelque chose dans la réalité, d’où il pouvait peut-être sortir un miracle. Pourquoi ne pas s’en remettre à un caillou, quand rien ne marche véritablement entre les êtres ? Quand les relations humaines sont triviales et sans mystère ? Un fois le garçon (ou la fille) parti sans savoir qu’il emportait avec lui son secret subrepticement glissé dans sa poche, elle se demandait combien de temps le petit caillou allait rester enfoui sans que personne ne le remarque. Combien de temps avant qu’il soit découvert ? Que deviendrait-il alors ? Et s’il restait indéfiniment dans la poche  de la veste ou du manteau, que ce soit dans une penderie ou parce qu’un trou au fond de la poche l’aurait fait glisser dans la doublure ? Si, pour toute la vie, il avait trouvé son destinataire ? Si elle ne s’était pas trompée ? L’idée lui plaisait infiniment. Il faisait sa joie, tout intérieure. C’était comme dans la chanson : « Je voulais te dire / Ne pleure pas Caillou / Je t’aime ».

 

Enfin, vous souvenez-vous de cette métaphore du vin à la maison de la poésie (voir ci-dessous)? Elle était déjà présente dans Le Dossier M, pour parler d’une rencontre amoureuse comme une révélation…

“M.

La lettre M.

M comme quoi ? 

Comme le vin qui fait découvrir le vin. 

Je ne peux pas mieux dire.

Un jour, on boit un vin qui fait découvrir le vin.

On avait déjà bu du vin; on en appréciait certains et moins d’autres; on n’avait rien bu.

On le découvre ce jour-là. 

Ce jour-là, un vin nous fait découvrir le vin et c’est inoubliable. C’est une révélation pour la vie. On se rappelle de ce vin toute sa vie; On garde son goût intact. Il devient notre goût. Son nom et son millésime sont maintenant les nôtres. C’est une expérience fondamentale à notre niveau individuel des choses. Ce vin nous a ouvert les portes d’un monde que nous ne soupçonnions pas. Il nous a ouvert les portes d’un paradis sur terre. Ce vin n’est pas seulement du vin : il est le vin qui fait découvrir le vin. Il est l’éternité allée, avec sa robe, sa longueur en bouche, ses arômes, ses notes, son corps, son âme. Il est désormais notre étalon. Notre barre la plus haute. Un secret nous a été révélé et nous mourrons en emportant avec nous la saveur de ce vin qui nous fit découvrir le vin. Ou ne mourrons jamais.

(...)

Un jour, on lit un livre qui fait découvrir la littérature. On entend une musique qui fait découvrir la musique. On voit un tableau qui fait découvrir la peinture. On assiste à une corrida qui fait découvrir la corrida. On aime un être qui nous fait découvrir l’amour et, dans mon cas, ce fut M.

J’avais aimé auparavant; mais c’était auparavant. je n’avais rien vu de l’amour. Je n’imaginais même pas. Je parlais sans savoir.

D’où vient ce vin qui nous fait découvrir le vin ?

Pourquoi celui-ci et pas un autre ?

Qu’a-t-il d’unique ? 

Qu’exige-t-il de nous ? 

M comme - quoi ?”

 

5. (Sur la forme, on peut aussi évoquer dans ce qui vous rapproche, les tentatives de sortir du cadre, des formes (tu apprécies Travaux sur la N89 ?), l'improvisation (en musique, peinture), la difficulté avec la promo…)

Dans Le Dossier M se manifeste en effet la plus grande liberté. Il s’ouvre d’ailleurs par une épigraphe de John Coltrane : 

“Je pars d’un point et je vais jusqu’au bout”

(la lecture des épigraphes au début de chaque chapitre est d’ailleurs un des nombreux plaisirs que réserve le livre !)

Pour dire cette histoire, il faut inventer un genre littéraire. Le dossier : 

“Signifiant ici genre littéraire à part entière, au même titre que le roman, le conte ou l’essai. Car s’il nous manque une case, il nous faut l’inventer de toute pièce. Pas le choix. Qui marche dans les pas qui ne sont pas les siens ne va jamais bien loin. Il ne trace pas son chemin. Le Dossier M, donc.”

Le livre est aussi complété par des pièces mises à disposition sur un site.

“Il s’agit de ne plus me sentir à l’étroit. De repousser les murs, de ne plus être contraint par l'objet livre. de faire ce que j’ai à faire, comme je dois le faire, comme j’en ai envie.”

“Et qui sait, ai-je pensé dans mon lit. Voilà qui pourrait relancer la littérature. Voilà qu’elle pourrait profiter d’Internet au lieu d’en pâtir, ai-je souri dans le noir. D’autres pourraient d’ailleurs reprendre l’idée. L’améliorer. C’était peut-être le début de quelque chose.

En attendant, je ne veux pas écrire comme on prend le TGV : en filant tout droit, comme on dit “filer droit”; en traversant les paysages sans les voir, sans y aller voir, sans possibilité d’ouvrir la fenêtre, comme si tout ne faisait que défiler, saisi par la vitesse, l’auteur dans son fauteuil, sur des rails, dans une ambiance climatisée, jamais ivre.

Littérature de TGV.

Comme disait l’autre (Angus MacLise, batteur du Velvet Underground) : "Je refuse qu’on me dise à quel moment commencer et quand arrêter". Raison pour laquelle il quitta le Velvet juste après un concert où le groupe avait été payé pour jouer un temps que d’autres avaient défini à l’avance, selon des impératifs qui n’étaient pas les siens et qui n’avaient même rien à voir avec la musique.”

 La difficulté avec la promotion est longuement formulée dans le livre 2.

 « Dans les premiers temps, la curiosité l’emportait. Monter sur une estrade ? Parler dans le micro ? Passer à la télé ? Cela ne se refusait pas. C’était comme passer l’épreuve de je ne sais quel feu. Comment allais-je me débrouiller ? Parviendrais-je à supporter la pression ? Croirais-je que j’étais devenu quelqu’un parce que je passais à la télé ? Il s’agissait de me connaître moi-même. Il faut se voir dans certaines situations pour en avoir le cœur net.

J’ai vu. Je ne me suis pas senti devenir quelqu’un d’important ou de spécial. D’un côté, cela m’a rassuré sur mon compte ; d’un autre côté, je n’ai pas dépareillé. Je me suis comporté comme si la télé n’était pas le temple du pouvoir, avec tout ce que cela implique. Une fois l’émission terminée, j’étais plutôt amer. Soulagé aussi. Je transpirais sous les bras, mais je m’étais bien gardé de le dire à l’antenne.

Si je m’étais vu à la télé en même temps que j’y passais, je sais que j’aurais fait la grimace. Je me serais tiré la langue. J’aurais jugé ma complaisance avec la plus extrême sévérité et, ne voyant rien d’autre qu’un pitre de plus, je me serais envoyé mentalement des tartes à la crème en pleine poire.

Que faire ?

Faire du scandale ? Mais le scandale profite au spectacle. Il le renforce. La séquence finit par alimenter le zapping et les réseaux soi-disant sociaux.

Rester calme et posé ? Mais personne ne vous écoute, vous passez totalement inaperçu, vous êtes complètement balayé.

Chercher à développer un propos ? Mais vous êtes tout de suite ennuyeux, pontifiant et, de toute manière, il n’y a pas le temps.

Tout est prévu, tout est verrouillé. Les dés sont pipés au départ et à l’arrivée.

Vous êtes forcé de parler dans la langue de l’ennemi. »

 

 

6. (On y trouve un discours de ta part sur la marchandisation de la culture, la fin de l'intelligence, la disparition de la mémoire, l'absence d'artistes engagés, très convergents avec certains propos de Murat.)

Dans Charlot déprime, Grégoire Bouillier se rend à une manifestation des gilets jaunes à Paris. A l'origine de cette décision, son petit diable intérieur qui s’agite alors que depuis trois semaines les manifestations s’enchaînent.

“T’es écrivain oui ou non ? qu’il m’a jeté au visage. Car ils sont où, les écrivains ? qu’il s’est mis à fulminer dans tout l’appartement. Eux qui se passionnent tellement pour les individus, décrivent si bien leurs drames, tentent follement de réparer le réel, biopiquent à tout-va, auto-fictionnent à cent à l’heure… Ils sont où ? Ils sont morts ? Ils ont peur ? Ca ne les intéresse pas ? Pourquoi ? Ils sont du côté de la domination ? C’est donc vrai ? Serait-ce possible alors ? Ils ont des doutes ? mais j’en ai moi aussi ! N’empêche ! Aucune solidarité envers des Français qui ont osé répudier dans les urnes un néofascisme partout à la hausse et qui en sont si mal récompensés, d’où leur jaune cocu ? Ces messieurs-dames préfèrent s’offusquer à la télé de la montée des populismes plutôt que de soutenir le populo dans la rue, comme si ce n’était pas lié ? Ils n’ont pas le sentiment que le marché les nie aussi ? Les appauvrit financièrement et intellectuellement ? Réduit les œuvres de l’esprit à des produits interchangeables tous les six mois et la critique à un simple contrôle qualité ? Tu veux que je te dise (il pointe à cet instant un index accusateur vers moi), ces gens dans la rue, ils font le boulot à ta place, alors qu’ils en ont moins les moyens que toi (et je ne parle pas seulement d’argent). Ils prennent des risques - financiers, mais aussi physiques, psychologiques et juridiques - tandis que toi ? Muet tu restes ? Bien au chaud et à l’abri ? Le regard perdu sur la ligne bleue de la création ? Soucieux de vanter le meilleur des êtres confrontés à la dureté de la vie pourvu que cela reste de la littérature ? Merde alors ! Il n’est pas possible que le courage de s’élever contre l’ordre économique vienne uniquement de ceux qui en souffrent. Il n’est pas tolérable que le sentiment de sa propre dignité et de la dignité envers autrui vienne uniquement de ceux qui sont les plus méprisés. Ce n’est juste pas possible. Ce serait une honte intellectuelle de trop. Ces gens, ils se dressent contre ceux qui nient leur existence, mais aussi contre le primat de l’économie sur toutes les activités humaines - celles artistiques comprises - et l’incroyable censure qu’elle exerce sur les corps, sur les imaginaires, sur la vie des individus, sur leurs sentiments, sur leur psyché et leurs relations aux autres.”

 

Un rêve de Charlot, qui suit Charlot déprime, reprend le propos. C’est ici tout le cynisme d’un dirigeant qui s’exprime.

“Parce que nous portons des costumes-cravates, vous pensez que nous sommes des gens responsables, raisonnables, hypercultivés et soucieux d’idées supérieures. Mais nous sommes des punks, monsieur Charlot ! Nous avons détruit la culture en la réduisant à un marché; nous avons aboli la mémoire à force d’images et de paroles; nous avons annihilé a conscience en infantilisant tout le monde; nous avons remplacé l'intelligence par la morale; nous avons sapé la dignité humaine avec les people; nous avons anéanti le sens des mots grâce à la communication; nous avons même rendu les causes inutiles aux effets. En un mot comme en cent, nous avons tout APPAUVRI : les gens, la planète, les relations humaines, les idées, les plaisirs, l’usage du monde… Parce que cet appauvrissement est la condition de notre enrichissement. Ce que nous appelons “restructurer”. Ah ah ah.”

 

Que faire ? Y aller voir. C’est la décision qui ouvre Charlot déprime.

“Ecrire consiste à sortir, ce coup-ci. A aller dehors voir ce qu’il en est réellement. Si j’y suis ou pas. Constater de visu la teneur du récit qui, depuis trois semaines (et ce n’est apparemment qu’un début), fait effraction dans l’ordre fictif des choses. Ne pas être écrivain juste en pensée. Pas seulement sur la page. Aller sur le terrain. Raconter et non m’exprimer. Raconter ! Seule façon de me faire ma propre idée. De ne pas rester dans le flou, le vague, le confort des images télévisées. Le spectacle de l’émeute. Les commentaires patentés. Mes idées toutes faites aussi. Ma tendance à intellectualiser et à déplorer ensuite que la réalité contredise mes illusions. Seule façon d’apporter mon soutien, pour ce que cela vaut (pas cher assurément, mais pas moins que celui d’une majorité de Français, d’après les sondages). Ou plutôt, préciser la nature de mon soutien. Me le préciser à moi-même. Le confronter à ce qui se passe. A ce qui est. Il y a des rendez-vous qu’il ne faut pas manquer avec son époque. Même si je sais, pour l’éprouver dans mes fibres, la répugnance qu’il y a à rallier la foule quand on pense depuis le début que son salut passe par la solitude du travail. Sans parler de détestation de porter un uniforme, fût-il un gilet jaune. Et puis, à bientôt soixante ans, ce n’est pas très raisonnable (...)”

7. (Dans Le syndrome de l'orangerie, l’eau est un thème important, elle y est morbide, dormante, mais c' était déjà présent dans d'autres livres (Laurence / l'eau rance, le rêve de Charlot qui se déroule partiellement dans un univers liquide, la rencontre avec M. racontée dans les carnets avec l'image de l'eau vive..)) 

Dans L’Invité mystère, le narrateur raconte sa rencontre avec Laurence... où il retrouve le récit fait par ses parents des circonstances de son infection par des staphylocoques dorés, contractée lorsqu’il était enfant, et qui lui a fait perdre le goût.

“La vérité, c’est que je n’ai conservé aucun souvenir de mes staphylocoques dorés. Ou plutôt, je n’ai d'autres souvenirs que ceux que fabriquèrent mes parents en évoquant très souvent ce haut fait de mon enfance comme l’une des grandes peurs de leur vie. Leur version n’a jamais varié. A savoir qu’on les attrape en buvant de l’eau croupie et que j’avais dû les contracter en léchant la vitre du train qu’il fallait prendre, chaque dimanche soir, pour revenir de chez mes grands-parents. “Tu portais toujours tout à ta bouche”, affirme ma mère.

Quelque vingt-cinq ans plus tard je rencontrai une jeune fille dans un train qui me ramenait de Berlin; elle dormait, rencognée contre la vitre du compartiment; lorsque je passai dans le couloir, elle ouvrit les yeux et ce fut comme si elle m’amalgamait à son rêve : l’instant d’après, elle était derrière moi, s’accrochait à chacun de mes gestes et m’aimait pour les sept années à venir d’un amour virulent qui me prit à la gorge dès qu’elle me sauta au cou. Elle s’appelait Laurence, faute peut-être que “l’eau croupie” soit un prénom. Souffrait aussi d’une maladie de peau.

Lorsque je réalisai que cette rencontre reconstituait dans les moindres détails ce que mes parents m’avaient dit sur la manière dont j’avais attrapé des staphylocoques dorés, j’éclatai de rire. Et cessai aussitôt de désespérer d’un amour qui m’était apparu jusque-là invincible et funeste. Le choc amoureux qu’avait constitué notre rencontre était en réalité un choc toxique.”

Une partie du Rêve de Charlot se déroule aussi dans un univers liquide (et à la Eyes Wide shut) : 

"Un couloir. Au sol un épais tapis rouge. Des appliques en acier chromé, fixées au mur, diffusent une lumière trouble et ouatée. Entre elles, des zones d’ombre, comme de brusques baisses de tension, de fugitives plongées stroboscopiques dans l’abîme. J’avance avec la sensation de marcher sur l’eau. J’arrive dans une grande pièce, sorte d’immense rotonde aux murs dorés et mouvants, ou bien liquides, je ne sais pas, une sensation d’équivoque en tout cas. Seuls ou par petits groupes, des hommes se tiennent debout, un verre de cognac ou un cigare à la main. Des femmes sont assises sur de grands canapés couleur fauve, la plupart dans des postures étudiées et buvant une coupe de champagne. Tous les invités portent un luxueux masque vénitien ou de commedia dell’arte, parfois assorti de grandes plumes, de dentelle noire, d’un tricorne. Certains hommes ont, comme moi, un gilet jaune passé sur leur habit. On les remarque d’autant mieux que les autres, bien lus nombreux, sont vêtus de grandes toges à capuche, le plus souvent noires, à la façon de maléfiques Pénitents. Les femmes, elles, sont toutes habillées de manière sophistiquée, avec des robes longues largement échancrées devant ou dans le dos, même celles dont la silhouette trahit un âge plus ou moins avancé. Personne ne parle ni ne bouge, ou très lentement. On dirait des automates attendant qu’on actionne le mécanisme qui les animera. Ou des algues dans un aquarium."

L’eau vive est, elle, multiple et amoureuse. Dans Le Dossier M, Grégoire reprend une réflexion notée dans ses carnets après sa rencontre avec M. 

“Je te rencontre et il n’y a pas besoin d’explication. Liquide, l’eau ne s’explique pas. Elle n’en a pas besoin. Il lui suffit de s’écouler, fraîche et vive, par mille petits ruisseaux dévalant les montagnes, depuis les cimes enneigées jusqu’aux fleuves et enfin l’océan, avant de s’évaporer quelque part au large, de monter au ciel et, au sein des nuées, de cristalliser, de se ressourcer elle-même, d’enfler et de se gorger de nouveau, jusqu’à ce qu’entraînée par son poids et l’attraction terrestre, elle retombe sous forme de flocons et enneige les mêmes cimes et ainsi de suite. (...) Depuis toi, tous mes états d’esprit sont ceux de l’eau : à la fois liquide et gazeux et solide. Je suis son cycle tout en un. (...) Je voudrais que la volonté considérable que tu mets à me résister, tu la mettes considérablement à m’approuver.”

8. (Le terme de vitalité t'est cher, et tu nous as dit comme pour toi, Murat est la vitalité même, mais dans le livre, j'ai été frappé par ta description de Monet en Charon (le passeur des enfers), qui m'a immédiatement évoqué les mots de Bayon à l'enterrement de JL Murat, le décrivant comme un aède (ça nous ramènerait à Homère... mais non, pas de question cachée... fini), qui lui aussi descend pour nous en enfer.) 

Dans Rapport sur moi, après une rupture amoureuse et quelques mois d'errance pendant lesquels il se laisse guider par des voix qui lui parlent, Grégoire Bouillier découvre L'Odyssée : un "miracle", lu "en une seule nuit transfigurée".

"Jamais auparavant je n'avais connu semblable expérience avec un livre, et par la suite non plus. C'était comme si j'offrais mon visage au soleil. Chaque vers semblait écrit à mon intention et s'infusait en moi, s'écoulant par mes yeux et mes oreilles. J'étais la lecture même. 

Ou plutôt, c'était L'Odyssée qui me déchiffrait. Car tout s'éclairait soudain à sa lumière. D'inouîes coïncidences surgissaient entre ce que je lisais et ce que je vivais, les frontières étaient abolies et je pouvais voir entre les lignes par où moi-même j'étais passé. En filigrane des aventures d'Ulysse se révélaient les miennes, non pas identiques, mais reprises. Charybde et Scylla, les boeufs du Soleil, le cyclope... J'avais à ma manière vécu tout cela. Je pouvais citer les lieux et les dates. Renouer les fils. Les voix que j'entendais n'étaient pas celles des morts qui accaparent Ulysse descendu aux enfers ? A moi aussi les âmes des héros avaient cherché à raconter leur histoire. j'étais donc descendu en enfer ? Alors L'Odyssée était l'oracle qui m'enseignait mon avenir... Il me fallait parfois poser le livre pour reprendre ma respiration."

 

Bibliographie

Rapport sur moi, éditions Allia, 2002. Prix de Flore 2002.

L'Invité mystère, Allia, 2004

Cap Canaveral, Allia, 2008

Le Dossier M, Flammarion, 2017. Prix décembre 2017

Le Dossier M, Livre 2, Flammarion, 2018

Le Dossier M, édition augmentée ( !), 4 volumes chez J’ai lu

Charlot déprime suivi de Un rêve de Charlot, Flammarion, 2019

Le Cœur ne cède pas, Flammarion, 2022. Prix André Malraux 2022, choix Goncourt de la Pologne 2022, prix Balzac 2023

Le Syndrome de l'Orangerie, Flammarion, 2024

 

 

- L'interview de Grégoire à la maison de la poésie en début de soirée: (mon compte-rendu ici : " Et finalement Grégoire Bouillier et Eric Reinhardt s'agitent en gogo danseurs sur "Le cri du papillon" au deuxième rappel" )
 

 

Pour aller plus loin:

"Ecrire, c'est de l'ébénisterie" 

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Rédigé par Pierrot et Florence

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #bibliographie

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Publié le 14 Mai 2025

Faut-il que je présente Frank Loriou ? 

Il a travaillé avec Jean-Louis Murat depuis Mustango (9 pochettes comme celle de Polly Jean, Muragostang) puis à nouveau à partir de Grand LièvreIl a également collaboré avec  - liste loin d'être exhaustive - Yann Tiersen, Manu  Chao (clandestino), Olivia Ruiz, Thomas Fersen, Arthur H, JP Nataf, Luke, Miossec, Holden, Juliette, Louis Bertignac, Brigitte Fontaine, et aussi avec le magazine Rock and Folk, tout en poursuivant un travail photographique plus personnel (le livre ​​​​Tout est calme en 2009).  Une belle chronique vient d'être consacrée à son travail avec Dominique A, à écouter ici.

On a bien sûr régulièrement parlé de lui ici au fil des promos, mais aussi de ses expositions (où il choisit toujours de faire figurer Jean-Louis Murat), d'interviews, de la promotion de Robi dont il était coproducteur du disque et qui participa à Toboggan,  ou de rencontres (il était à la Maison de la poésie en décembre, et on a exposé des tirages originaux lors des deux précédentes éditions  du Week-end Murat, yes sir!). Encore récemment, je l'ai invité à parler de Carole Epinette, notre invitée  (le 20 et 21 juin 2025 à Clermont). Je garde un souvenir amusé de notre première rencontre à la soirée "Murat- Livre Unplugged" de 2015 au cours de laquelle j'eus l'honneur de me faire tirer le portrait subrepticement à l'aide d'un petit appareil de poche ! Souvenir amusé et... avec le recul, émouvant car je m'aperçois que son regard était déjà attentif et sensible à notre petite communauté et au lien unissant ceux qui aiment Jean-Louis Murat (ce dont parlait Grégoire Bouillier à la maison de la poésie).

 

Il m'a fait l'amitié d'échanger sur la sortie du livre il y a quelques semaines et l'honneur de me laisser vous l'annoncer aujourd'hui en avant-première, ce qui est avant tout pour lui une façon d'offrir  la primeur de la nouvelle aux "fans". Ainsi, il m'a indiqué qu'il avait envie avec ce livre de "partager son trésor d'images" , rendre public l'ensemble des clichés pris avec Jean-Louis  (certains inédits mais aussi "les variantes" de ceux qui ont été diffusés. C'est ainsi que le livre en contient 150 !).  Au-delà du cadeau pour nous,  il s'agit aussi pour lui de  faire vivre la mémoire de Jean-Louis Murat, le maintenir dans l'actualité, et que "les gens l'écoutent", la promo donnant lieu sans doute à des événements.   A noter que le livre est publié par le BOULON, la maison d'édition qui a déjà sorti ceux d'Antoine Couder et de Pierre Andrieu (le livre de Frank en reprend le même format - 21×21 cm - afin qu'ils puissent se rejoindre dans nos bibliothèques, d'autant que  la couverture de celui d'Andrieu était déjà une photo signée Loriou).

Frank, lui, a choisi la photo prise dans la maison d'EMILE, le voisin. Un très beau moment qu'il a immortalisé ("de grâce" selon ses mots de 2014), avec un Jean-Louis plus fragile qu'en cow-boy à chapeau de paille, aux prises avec ses fantômes (il s'est assis pour la première fois à la place attitrée d'Emile). Ses mains, plus celles d'un paysan que d'un pianiste, me renvoient à celles - les mêmes - photographiées par Jean-Lou Sieff en 86/87

Vous pourrez vous procurer cette photo pour un coût réduit par rapport aux prix habituels de tirages, en choisissant l'option DELUXE  :  le livre + tirage d'art, numérotés et signés,  vous sont proposés en précommande à partir de la semaine prochaine (le 21 mai) sur le site du Boulon (120 euros).  Le livre seul sera lui à 38 euros et n'est pas concerné par cette précommande. Sortie le 9/10/2025.

Il sera possible d’avoir une dédicace personnalisée pour ceux qui le souhaitent, "notamment pour les participants du week-end Murat" m'indique Frank (Nous organiserons cela le 20 et 21 juin à Clermont).

 

Le livre n'est pas exclusivement photographique, Frank a pris la plume pour la première fois pour nous raconter en détail leur collaboration et les moments vécus à Orcival. J'ai lu les premières pages qui nous réservent déjà anecdotes amusantes et petites révélations, c'est donc très prometteur. On avait eu quelques bribes via des interviews, notamment en 2014.  

La préface est également alléchante : celle du philosophe et écrivain Charles Pépin, bien connu des auditeurs de France Inter mais bien au delà (ses livres sont traduits dans 30 pays).  Je ne l'avais pas identifié comme muratien, mais Alex Baupain avait repris "Si je devais manquer de toi"  dans son émission "Sous le soleil de Platon"  (en août 2023) et il avait également partagé sur son facebook la soirée de la Maison de la poésie. Il ne connaissait pas personnellement Murat, mais j'ai envie de tisser un lien : Jean-Louis, autodidacte de la philosophie, lecteur de Nietzsche, Günther Anders, chérissait Michel Onfray, non pas en iconoclaste penseur, mais pour son rôle de passeur et de professeur (université populaire), et Charles Pépin est un des grands "vulgarisateurs" actuels (sur Inter mais aussi via des conférences dans les cinémas Mk2).

Voici le texte promo de... PHOTORAMA, puisqu'il s'agit du titre choisi.

 

 

 

A suivre donc !  Rendez-vous le 21 mai sur le site du Boulon pour la précommande de l'édition DELUXE: https://leboulon.net/murat-photorama/

  le boulon LA maison d'édition radicalement rock    

 
 
 
 
 
 NB:
La date de sortie du livre de Frank ne lui permet pas de nous le présenter au Week-end Murat, mais en plus de Carole Epinette pour la photo (il est possible de lui réserver des tirages je le rappelle. info ici), cette année, au rayon livres, nous compterons pour les dédicaces sur Cédric Barré avec Le moujik et sa femme (édition densité) et Patrick Ducher et Florence Couté et leur Entre Prince et Spring. Pierre Andrieu sera également présent samedi.
 
Frank Loriou a travaillé récemment  pour la pochette de Nicolas Driot, qui sera un des participants du week-end! Cartographie du Coeur vient de sortir et est disponible partout. Release party le 16/05 dans la belle salle du fotomat à Clermont!

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après, #bibliographie

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Publié le 27 Décembre 2024

Les apparences sont trompeuses: non, je ne vous ai pas oublié! Et je vous fais donc un petit cadeau de Noël.... mais vu que je suis un sale gosse... Il est possible que ça ne vous plaise pas...

 

1) BIBLIOGRAPHIE

Le décès de Jean-Louis Murat  nous a globalement fait sombrer dans un unanimisme de bon aloi...  mais relatif: on aurait pu penser qu'il soit un brin plus panthéonisé, olympiacisé, documentarisé,  hall-offamehiser, hyperWeekendisé -aie, je vais encore sombrer dans le GrégoireBouillierisme-. De l'autre côté, les proches n'ont pas non plus caché certains aspects it's complicated de la personnalité de Jean-Louis (témoignages du livre de P. Andrieu, discours de Bayon aux obsèques),  aspects qu'il continue peut-être de payer (en étant mis dans un purgatoire médiatique, au minimum parce que sa renommée aurait été supérieure s'il ne s'était pas mis à dos certains hommes de gauche, de droite, des féministes, des masculinistes, certains communs de la LGBTP+, des anticorridas, les fans de Jojo et de Citroën, des amateurs de rap -dont il était-, et quelques autres... et je pense qu'il y a une parenthèse à fermer, donc).  On l'a je pense toujours regretté ici, tout en aimant la complexité du personnage... et quand on aime râler et railler ses icônes, c'est parfait (et dire que certains m'accusent d'être un horrible fan... j'ai le nom).  Trouver un connecteur logique patati et excès tes rats- sans digression supplémentaire   et aujourd'hui,  voilà une pièce à verser dans le dossier à charge [Pour l'instant, le magnifique article pour masoschistes de Matthieu de 2016 en était la masterpièce non peace and love].

C'est un petit article dans Libération qui m'a alerté. Alexis Bernier recommandait le livre d'Emmanuel Plane, ancien attaché de presse de la maison de disque LABELS, que Murat avait rejoint après Virgin (maison mère).  Des contacts m'avaient fournis ce nom l'année dernière mais sans que j'en sache plus (les Week-end Murat me prennent trop de temps pour mener toutes les interviews que je souhaiterais). 

 

Renaud Sachet nous apprend (après que le Dit Emmanuel l'ait divulgué lui-même  sur Radio Nova) qu'Emmanuel était aussi chroniqueur/auteur sous le nom de Philippe Dumez (dernière apparition dans Section 26... au côté de Renaud... La Blogothèque, les inrocks et  autres blogs personnels... mais aussi auteur d'un livre chez Le mot et le reste, c'est notamment à lui que Bernard Lenoir indiquait attendre un concert de son ami Murat à Biarritz. interview par Vincent Theval (label pop/radio France) en 2014   et sur GOnzaï en 2013).

"j'ai promené le chien de Guy-Man" est un livre sec, court, assez resserré sur des anecdotes, et on n'a pas l'impression de toujours lire un livre d'un chroniqueur de musique inspiré, mais c'est lié au fait qu' Emmanuel avait déjà écrit un livre de souvenirs musicaux:  Il lui restait juste à raconter le côté plus professionnel... Il est quand même question de sa passion pour la musique, toujours gérée de manière altruiste (il profite de sa position pour faire des cadeaux  -cd promos- à des fans ou à Robert Wyatt, ou de délivrer des invitations à des concerts) mais pas exempt de plaisirs solitaires (assister au répét de Black sessions de Lenoir).  C'est donc surtout un témoignage sur le travail des attachés de presse, dans un label, autour des années 2000, le début de la fin des heures glorieuses (c'est très intéressant après le témoignage de F. Delmotte sur Virgin sur la décennie précédente).  Emmanuel le fait sans chercher à faire du sensationnalisme, cachant parfois quelques noms... mais pour Jean-Louis Murat, il n'a pas cette réserve, et veut afficher sa rancœur.

Tout avait pourtant bien commencé! Jean-Louis adoube celui avec lequel il peut parler musique. Il partage des repas passionnant avec lui, des caprices (il refuse de jouer avec les Calexico en concert à Paris quand il apprend qu'il n'est pas le seul invité)... avant que le côté insupportable de Jean-Louis ne survienne... Aux yeux d'Emmanuel, des propos inexcusables sur un répondeur; et il décide de ne plus jamais avoir à faire avec ce dernier, jusqu'à le bannir de ses algorythmes. Entre temps, Emmanuel aura failli perdre en gare de Clermont les échantillons du vinyle de Lilith..  J'ai consulté Alain Artaud, le boss, dont il est un peu question dans le livre,  qui m'indique rapidement;:  "tout ce que Emmanuel dit est vrai. Ce qu’il a ressenti aussi".

A noter la page consacrée à Renaud Monfourny très élogieuse (il fait cadeau de tirage photo aux membres du label), et à Morvan (Boury), avec lequel Emmanuel travaille et qui a aussi travaillé avec JLM, la mention de Philippe Barbot (en vrai journaliste intègre) et de Bayon ("on met des cierges pour ne pas que ce soit Bayon qui s'en entiche: même dythérambique, un article peut sortir n'importe quand, y compris deux mois avant la sortie du disque. Autant Bayon en tant que responsable du service musique est imprévisible, autant l'homme est disponible et généréux. Bayon m'a souvent consolé quand j'avais le coeur gros").

Emmanuel Plane,  j'ai promené le chien de Guy-Man (et autres histoires édifiantes), 5e étage sans ascenseur Edition, 123 pages (par correspondance ici)

Le père Noël est... :  Murat prend cher et Enchères
Le père Noël est... :  Murat prend cher et Enchères
Le père Noël est... :  Murat prend cher et Enchères
Le père Noël est... :  Murat prend cher et Enchères

 

 

2)   Le 20 décembre, un petit lien est arrivé et je n'y ai pas pris garde au milieu des offres du  Bon Coin et autres sites de vente... mais c'était tout autre chose:  il est mis en vente des instruments et matériel du studio ayant appartenu à Jean-Louis Murat.  Peut-être pas des pièces iconiques pour les fans,  comme des guitares de Patrice Blanc... mais tout de même des très belles pièces, vintage :  des fender électrique et acoustique, du Höfner, Rickenbacker ou Gibson

Le détail:  https://vichy-encheres.com/2024/10/10/jean-louis-murat-1952-2023/

Vente en février par une maison qui est spécialisée dans les instruments de musique depuis 83 (il semble qu'il y ait une erreur par rapport à la date de novembre qui est indiqué). 

Vu le petit émoi que cela a suscité sur les réseaux sociaux (le fait de disperser la collection) , j'ai sollicité Laure Desbruères qui nous fait passer ce message: 

 

Il faut savoir que Jean-Louis voulait avant tout que les instruments soient joués. Nous avons tout au long de sa carrière choisi d’investir dans l’achat de matériel et d’instruments, par souci d’améliorer la qualité des albums produits par Scarlett, et ce dans le but de servir l’oeuvre avant tout. C’était notre priorité absolue. Jean-Louis disait aussi que les instruments prenaient de la valeur, que c’était par ailleurs un investissement pour la famille, et que les enfants auraient ça plus tard. En 2021 ou 2022, il m’avait d’ailleurs raconté en détails sa conversation sur le nouveau métier de notre ancien luthier: Jérôme Casanova, et l’expertise qu’il avait sur l’estimation des instruments. Le matériel va désormais être utilisé dans d’autres studios. Par d’autres musiciens. Les guitares vont être jouées, et servir d’autres créations. Beaucoup mieux que de finir dans une vitrine. Ainsi, comme il a été décidé en AG, le matériel et les instruments de Scarlett seront vendus aux enchères, et chaque enfant gardera une autre partie des instruments qui appartenaient à leur père.

Édit : Y. Bergheaud a souhaité m'indiquer qu'il participait à l'AG, mais juste avec le droit de faire des observations. Je complète par un commentaire.

A très vite!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #bibliographie, #2023 après

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Publié le 2 Décembre 2024

bonjour,

Merci de votre fidélité, vous êtes plus nombreux, depuis..., mais nous essayons toujours d'assurer un service de qualité.

En formule Brasserie, ce jour, menu unique:

- Poisson du lac : de Genève, le Sirkis amer

 

 
A Geneve, Interrogé par le muratien Yann Zitouni, Nikola se plaint toujours du traitement que certains lui infligent... au contraire de Murat, qui aurait aimé Indochine... Cela reste peut-être à démontrer, il a plutôt dit qu'il avait de l'estime pour Sirkis.
 
Le Matin Dimanche, no. 23741
Cultura, dimanche 24 novembre 2024

Dédié à Jean-Louis Murat

Il est aussi dédié à Jean-Louis Murat, chanteur disparu en mai de la même année et avec lequel Sirkis avait déjà collaboré. « On avait prévu de travailler ensemble sur une nouvelle chanson. » Il se rappelle ce concert collectif organisé en hommage à Murat, auquel il a participé. Il se rappelle aussi la façon dont le magazine « Les Inrockuptibles » a couvert l'événement. « Selon eux, je ne pouvais pas aimer Murat et Murat ne pouvait pas m'aimer. Donc ils ont effacé mon nom, comme si je n'avais pas été là. On a toujours rangé Murat dans une niche, c'était l'artiste d'une intelligentsia. Eh ben, non! Il aimait Mylène Farmer et il aimait Indochine. C'est ça que j'aimais bien chez ce mec-là, il n'avait pas d'œillères. Et il disait beaucoup de choses dont j'appréciais la justesse. »

Murat et Erwin Olaf sont partis, le propre père de Nicola Sirkis s'en est allé il y a trois ans et il a récemment perdu sa belle-mère. Une chanson sur cet album (« Annabel Lee ») salue sa mémoire et, curieusement, c'est une chanson dont le texte est très clair, très direct, alors que Sirkis reconnaît lui-même que son écriture est souvent opaque.

 

- Plat léger ou pesant selon les estomacs:   un morceau de Jaguar, froid (Cold wave).

Varsovie est un groupe de Grenoble formé en 2005, je ne crois pas en avoir jamais entendu parler mais il bénéficie semble-t-il d'un réseau européen underground et punk rock, avec des labels et des salles. Ils jouent ainsi dans toute l'Europe, récemment à Turin... en chantant la plupart du temps en français . On trouve ainsi une chronique du disque sur un site polonais, et leur page fb affiche plus de 5000 likes.

Et ils nous proposent donc la chanson la plus punk du répertoire de Murat... pour rendre hommage à ce morceau de bravoure. C'est repris assez sagement (fidèlement mélodiquement), avec la voix un peu en retrait,  mais le final apporte de belles variations, notamment par l'apport de plusieurs guitares me semble-t-il (c'était toujours chouette quand Murat était accompagné de Pie ou d'Alex Delano avec une 2e six-cordes).

Disponible en CD avec cette belle photo de nos montagnes. On trouve aussi une reprise de Joy Division et là encore, choix peu surprenant dans le répertoire de Bashung: "Légère éclaircie", tant ses morceaux peuvent coller à l'univers dark et punk du groupe.  Les 5 compositions du disque m'évoquent Noir Désir, notamment par le chant.

Vu que nous garantissons l'origine de nos produits, voici la traçabilité, un petit mot du producteur spécialement pour vous, confirmant l'humilité de la démarche:

Jean-Louis Murat n’a jamais été une influence directe pour Varsovie, mais nous accompagne depuis longtemps, notamment sur la route à travers l’Europe, avec sa capacité à produire des images marquantes, hors des sentiers, et à fixer des saisons mentales particulières. Le lien entre Murat et Varsovie est plus à chercher dans l’atmosphère et l’impact de la langue française dans un style où elle n’est pas la norme. Aussi, plus généralement, pour le côté « périphérique », à différents niveaux. 

Personnellement, je l’avais découvert ado, comme beaucoup de gens, via son duo avec Mylène Farmer pour « Regrets », puis j’ai commencé à suivre sa musique, de loin, à partir de l’album « Mustango », surtout les chansons « Nu dans la crevasse » et « Au Mont Sans-Souci ». Le véritable coup de foudre est venu plus tard, avec « Lilith ». À partir de là, j’ai commencé à creuser sa discographie et à attendre ses nouvelles sorties. Bref, selon nous, Murat est l’un des plus grands musiciens français contemporains avec Bashung, Manset et quelques autres. 

À la suite de l’enregistrement de notre 5ème album « Pression à froid », nous avons eu l’idée de faire des reprises pour un EP futur. Le disque « Déviation » est finalement sorti le 28 novembre 2024, avec quelques bonus. Nous avons choisi « Les Jours du jaguar », car la chanson nous semblait évidente. Son groove crépusculaire, son texte, son côté déjà quasi post-punk, le défi de chanter « bébé féroce » ou « petite guêpe personnelle »… Nous ne voulions pas nous éloigner de l’originale, mais simplement la jouer à notre manière, de façon un peu plus frontale, à peine moins détachée. 

En soi, elle est inutile, dans le sens où elle n’apporte pas grand-chose par rapport à celle de Murat, mais nous tenions à l’intégrer à cette poignée de reprises aux côtés de Bauhaus, Joy Division, Bashung et Siekiera qui nous ont accompagné tout autant ces 20 dernières années, et ce, bien avant d’apprendre sa mort, puisque la décision avait été prise deux mois avant. D’une évidence strictement artistique, c’est devenu une sorte d’hommage accidentel. 

Pour l’anecdote, Greg l’avait brièvement croisé à la sortie de l’un de ses concerts, il y a plus d’une dizaine d’années et lui avait donné un de nos albums. « J’écouterai ça dans la bagnole ! » avait-il lancé, avant de partir. Nous n’avons jamais su s’il l’avait écouté ou non, s’il l’avait détesté ou non, pas plus que nous ne saurons ce qu’il aurait pensé de ces « Jours du jaguar » affectueusement défigurés. 

Arnault Destal / VARSOVIE

Merci Arnault!

 

 

Sucré:

Le reportage de Fr3 est en ligne depuis une semaine, après sa diffusion mercredi (jeudi à la première heure plutôt).

Je n'ai pas vu grand chose dans la presse: Une petite annonce  dans LYON POCHE , un autre dans 7 jours à Clermont   et sur le site de France 3, une interview du journaliste Richard Beaune (mais il ne dit rien de plus que dans celle qu'il nous a accordé).

Replay

LA MIGNARDISE PERRIMEE EN PLUS 

 

Il n'y aura pas de réouverture pour cette autre Notre-Dame:  Françoise. Hardy. 

Je suis tombé sur ça par F. Demailly (RFI, 11/06/2024)

« J'adore son caractère d'ado chiante », nous avait confessé Jean-Louis Murat. On avait alors joué les messagers. « C'est mon côté saturnien ça. On sait que les gens qui sont nés à la culmination ou à la levée de Saturne ont une fixation au stade de l'adolescence ». L'écouter répondre ça un après-midi de mars 2010, allongée sur le canapé de son appartement du XVIe arrondissement parisien, ce n'était pas rien.

Et puisque j' y suis: une petite Bibliographie: 

 

Au menu du jour:   Sirkis amer,  Jaguar secoué façon Varsovie, et  dessert
Au menu du jour:   Sirkis amer,  Jaguar secoué façon Varsovie, et  dessert

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après, #bibliographie

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Publié le 2 Novembre 2024

- Allo, Florence? La tuile! J'ai beau avoir précommandé le livre de Chloé Mons depuis des semaines, on m'annonce une livraison pas avant mi-novembre! Je ne veux pas te forcer la main, et ne te tire aucun coup de C. Mons, mais vu qu'elle est en showcase (avec Yan Péchin!) en bas de chez toi, ... ou presque... tu pourrais te charger de la chronique! C'est vraiment pas du plein gré de mon insu. Et en plus, si j'en crois le ministre, tu es sans doute en arrêt maladie, ça t'occupera!  Ah, tu n'es pas malade? En vacances? Ah,  c'est soit l'un soit l'autre! Allez, ne râle pas! En plus,  tu trouveras le moyen de parler d'Alain Klingler! Bon, non, si tu veux, je te fais l'intro soignée, avec des italiques et des points virgules.

 

- A Avignon, en juillet dernier, Chloé Mons, croisée au spectacle d'Alain Klingler qui l'a mise en scène à deux occasions (et ce n'est peut-être pas fini),  nous parlait de son prochain livre dans lequel il serait question de Jean-Louis Murat (ils chantaient ensemble  un duo sur l'album Hôtel de l'univers en 2018). Le livre s'appelle Spacing, Date de sortie : 18/10 (éd. Mediapop). Chloé sera le 18/11 à la librairie L'écume des pages, boulevard Saint-Germain à Paris, et exposera ses photos au Séchoir à Mulhouse, du 8/11 au 8/12 (9/11 rencontre dédicace). 

A toi, Florence!

Alain Bashung, Daniel Darc, Claude Rich, Jean-Louis Murat… A feuilleter ce livre, ce qui vient d’abord peut être la mélancolie, tant il est peuplé d’absents. Pourtant il y a une façon de les porter en soi, et de les donner à voir, pleinement vivants, vibrants. Dans ce livre tout en mouvement, les images du passé sont définies comme un « point de fuite » : un lieu où retourner, où s’animent ces instants fixés. Chloé Mons, avec de nombreuses photos et de courts textes qui les situent, les prolongent, les déplient, fait surgir, bien présents, des moments denses, pleins, des situations, des êtres aimés. Une anecdote, un bref récit, une simple légende, et nous apparaissent Doudou le garde du corps, ancien du gang des postiches ; les tournées avec Yan Péchin ; Margaret, une ancêtre roumaine morte à 104 ans qui « commençait ses journées avec un tout petit verre d’eau de vie et une cigarette fumée à toute vitesse » ; la tante Betty, sa déclaration dans un livre de bibliothèque à celui qu’elle aimait, les séjours émerveillés de la jeune Chloé avec elle à Paris ; les parents, la maison en Bretagne ; Poppée sa fille, bébé, adolescente, jeune adulte ; et évidemment, Alain Bashung, les tournées, les chambres de l’hôtel Blakes à Chelsea, « les moments amoureux » ou le mariage en Bretagne.

(Portraits, photos de groupe, maisons, paysages, lits défaits dans des chambres d’hôtel, témoins précieux de moments de vie, et ferments de la mémoire. Lisant parallèlement Spacing et Archipels d’Hélène Gaudy, enquête de l’autrice sur son père pour faire resurgir des souvenirs des objets accumulés et des paysages traversés, je suis frappée malgré tout ce qui les sépare - projet, écriture - des échos entre ces deux ouvrages, qui tissent un lien si serré entre la géographie et l’intime, qui ont choisi la forme fragmentaire pour travailler sur la mémoire, des « archipels » d’Hélène Gaudy aux « bulles » de Chloé Mons ; frappée de lire dans Archipels cette réflexion qui me semble résonner avec la géographie de Spacing : « La plupart des lieux traversés disparaissent, mais il y en a qui surnagent. Rien d’extraordinaire. Un album intérieur constitué d’images fixes qui font notre mémoire.

Je crois que ces paysages de passage, de vacances, ces jardins tranchés en deux par la lumière, ces morceaux de mur face au lit où l’on dort ou ce fatras d’objets tout au fond d’un tiroir, profondément nous constituent. Je crois que c’est à cela que tout le reste s’accroche, qu’il n’y a pas de souvenir de l’amour sans celui du drap où la joue repose, rien de l’enfance sans la fenêtre d’où l’on a regardé passer les voitures, aboyer un chien, et rien de ceux qui manquent sans le lieu qu’a marqué leur absence. »)

Bien sûr qu’il est chargé d’émotions ce livre, avec ces instants d’intimité heureuse, ces jalons sur les routes et chemins, photos prises sur le vif, pour, dit Chloé Mons, « ne jamais oublier », « essayer de capturer » un moment, une sensation. Bien sûr qu’il dit, avec une très grande simplicité et beaucoup de pudeur le chagrin des départs et des déchirures. Mais reste de ceux qui sont partis un lien jamais défait, et tout ce dont ils nourrissent les vivants, évoqué avec une infinie tendresse. « J’aime penser à elle » dit Chloé Mons, à propos de l’aïeule roumaine centenaire. Alors, une photo de fête dans le jardin de la maison familiale rappelle le jour où les cendres du grand-père Pop, tant aimé, ont été dispersées au cap Gris-Nez. La photo de la main de Chloé sur celle de son mari qui vient de s’éteindre est suivie du récit amusé des tribulations de sa tombe. Le « dernier voyage » de la tante Betty est l’occasion de la peindre par petites touches, de dire ce qu’elle aimait écouter, le dernier livre qu’elle a lu.

Reste surtout le mouvement de la vie, son élan. « Désirant », s’intitule le dernier chapitre. Dans ce livre qui travaille l’espace plus que le temps et fait fi de la chronologie, il n’y a de fixe que les images photographiques – et encore, tant elles sont aimantées par un ailleurs, un hors-champ. Grands ciels, vastes perspectives, routes et voies ferrées s’étirant au loin. Photos de gares, de tarmacs ; sur des quais, des bords de routes, en voiture. Instantanés d’avant ou après concert, souvenirs de famille, les deux mêlés au cours des deux dernières tournées d’Alain Bashung, dans les bus, les avions, les restaurants, les chambres d’hôtels. En Inde, aux Etats-Unis, Argentine, Italie, en Roumanie sur les traces de ses origines, seule ou en famille, Chloé Mons dit ses rencontres, ses découvertes et ses rituels, glane des détails, camion, pieds d’un vendeur en Inde, magasin de disques près du marché de Mysore. Et tout ceci se dépose, au retour, dans un foyer qui rayonne de cet ailleurs. Chloé montre la maison de ses parents, remplie d’œuvres d’art et d’objets du monde entier, témoins d’une inlassable curiosité, fondatrice pour les enfants qui grandi dans cette « merveilleuse accumulation ». Elle décrit la sienne comme le lieu où se modèle, se façonne, se transforme ce qui s’est vécu au loin.

 

Partir, dit en effet Chloé Mons, c’est toujours vivre une initiation, pouvoir être tout émotion et sensations, s’ouvrir à l’imprévu. C’est se ressaisir de sa propre existence, et le livre montre comment ce décentrement, cette liberté, ces rencontres nourrissent une quête de soi, et une quête artistique. Mais le voyage est aussi métaphorique, aventure et désir, image de la vie amoureuse, de la vie d’artiste ; image de ce que produit en nous une œuvre.

Ces instantanés autobiographiques, ces portraits éclatés, cet art de vivre et cet art poétique intimement mêlés, sont à la fois très émouvants et toniques : le livre entraîne dans son élan, son allant. A l’image de la dernière photo, Chloé avançant avec sa valise, un inconnu semblant venir à sa rencontre. Ou du dialogue avec l’artiste Myriam Mechita, rencontrée peu de temps avant : « “on part à Vegas et on va dans le pays des Indiens ?” Et on est parties. »

 

Chloé fait resurgir le souvenir de déambulations - bien moins lointaines :

Bibliographie :   Chloé par MONS et par vaux dans "Spacing"Bibliographie :   Chloé par MONS et par vaux dans "Spacing"

 Pochoir (cliquez pour le voir entièrement) de Miss Tic, rue de Pixérécourt, Paris 20ème, 1999

 

Et Jean-Louis Murat, alors ?

Il est, dit Chloé Mons, « l’image manquante » de ce livre : ne reste que la trace sonore de la chanson partagée. Alors elle lui écrit une longue lettre. Elle raconte quelques rencontres, sa présence, sa chaleur, et son apparition providentielle au hasard d'une terrasse parisienne : à un moment de doute dans son engagement artistique, Chloé y voit le signe qu'elle attendait... Et comme à chaque fois, elle est repartie « heureuse ». A elle aussi, il manque.

"Cher Jean-Louis,

Il n'y a pas d'image de nous. C'est l'image manquante de ce livre. Pourtant, vous y avez votre place, votre moment, sur cette drôle de route qui est la mienne.

La première fois que nous nous sommes rencontrés, c'était à la sortie d'un festival, sur un parking. J'étais avec Alain et le staff de la tournée et vous aussi vous étiez avec votre staff. Nous avons échangé quelques mots et vous avez été d'emblée chaleureux avec moi...." 

La suite à lire dans Spacing...     [...]

Mais notre image est ici noir et blanc et le temps d'une chanson, "3 minutes".

Merci Florence!

Petite remarque finale: nous ajoutons donc le livre Spacing au dossier "Murat/Bashung" comme une pièce à conviction,  à décharge dans le "petit" procès intenté parfois à Murat concernant Alain B, même s'il devrait y avoir  non lieu depuis :

(faut peut-être que j'arrête de lire du Connelly moi).

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Rédigé par Florence

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Publié le 20 Septembre 2024

Je commence à avoir une petite collection de livres de souvenirs de journalistes (Barbot, Bigot...) et c'est bien parce que c'est vous - chers lecteurs - que j'en fais l'acquisition... même si je garde quelques bons souvenirs (notamment de celui de Manoeuvre - mais qui pour le coup ne parlait pas de Murat).

                                      LA JOLIE COUV EN DOUBLE PAGE

Et en cette rentrée littéraire, c'est François Armanet qui y va du sien, après avoir épuisé (en film et en livres) le sujet de la bande du drugstore dont il a fait partie...  Epuisé ?  Pas tout-à-fait car il en est encore question plusieurs fois dans ce nouvel ouvrage (pour Dutronc avec une anecdote amusante,  Gainsbourg - les deux chanteurs ont cité "les minets" ou le drugstore dans des chansons - ou encore à propos de Godard). Cela révèle que l'exercice est comme prévu un peu nombriliste.

Passé par Libération et le Nouvel-Observateur, F. Armanet n'était pas un journaliste spécialisé "musique".  D'ailleurs, il l'indique en démarrage, c'était les "rencontres" qui l'intéressaient, et ses fonctions lui ont permis de s'en réserver de très belles... lui qui  est proche de Manset.  D'ailleurs, ce dernier, Bashung, Christophe, Murat c'est ses "4 mousquetaires".  Et c'est pour ça notamment que le blog a déjà eu l'occasion de parler du journaliste, avec la rencontre (à relire ici) qu'il a organisée avec Raphaël (lui aussi proche de Manset).

C'est d'ailleurs ceci qui lui permet de nous raconter sur deux pages une anecdote particulièrement savoureuse sur les 4 1/2 consacrées à Murat (un des chapitres le plus court). Où on le retrouve dans son rôle favori de duelliste... mais au sens propre ! François avait convié Jean-Marie Périer (un autre copain de la bande des années 60) pour immortaliser la rencontre avec Raphaël pour le Nlle-Obs. Clic-clac, c'est dans la boite... mais le lendemain, l'attachée de presse, puis le directeur du label l'appellent pour lui demander de ne pas publier la photo qui ne plaît pas à Murat... quitte à renoncer aux quatre pages dans le grand hebdomadaire ! François décide d'appeler lui-même Jean-Louis Murat qui ne veut rien entendre ("j'ai le droit de ne pas aimer ma gueule", "j'envoie des autoportraits à la place"...) mais Armanet ne veut pas faire d'affront à son pote photographe et ne cède pas... pas plus que Murat. Le journaliste imagine le chanteur jubilant de ce petit clash... François clôt le discussion en provoquant en duel le Maréchal Murat ! "- Ok, tu choisis les armes, nous aurons un même témoin Bayon, cela simplifiera les choses"... (Bayon qui a écrit un livre avec lui - tout comme E. Quin, on est entre muratiens  - et mari et femme -je le découvre-). 

Armanet publiera la photo...  Plus tard,  ils se retrouveront en loge, grâce à Bayon... et s'enlaceront chaleureusement.

La photo du courroux :

Air fatigué effectivement... même si on peut aussi penser que s'afficher avec le jeune premier dans son dos prêt à faire son Ravaillac ne lui plaisait pas non plus.

 

Le reste des quatre pages évoque joliment Murat, mais sans grande surprise. Extrait :

 

 

 

Armanet nous annonce le roman d'un journaliste, un titre accrocheur, mais on n'échappe pas à quelques  longues reprises d'interview sur plusieurs pages, sans parfois de réelle valeur ajoutée, même si les propos sont souvent de qualité  et on une dimension patrimoniale (Elli Medeiros et sa rencontre avec le punk anglais...). Les autres chapitres sont plus faits de souvenirs et de propos (biographie ) sur les artistes ou des mouvements / tendances (punk par exemple). Un peu inégal, même si on retrouvera bien-sûr quelques  anecdotes.

Le livre ne parle pas seulement de musiciens, il est aussi question d'une rencontre entre Déon et Jim Harrison, de Jackie Chan, Crumb, Godard, Le Carré, Tournier...

Côté musique, on retrouvera le récit de F. Hardy sur son amoureux éperdu : Bob Dylan.. mais aussi Cohen via D. Issermann, des rencontres avec Jagger, Rotten, Madonna...  On pouvait s'attendre à des pages intéressantes sur Manset, mais c'est un peu décevant (la rencontre avec Bashung avait déjà été contée  il me semble). Il est question du Route Manset (avec Murat) dont Armanet est un des acteurs avec Bayon et Bigot. Je retiens la mention : " de quoi parle-t-on? [...] jamais de "sexe" (tabou)"*. 

Pas sûr que les spécialistes y apprennent grand -chose, mais peut y prendre plaisir, comme on en prend à la lecture d'un magazine ou d'un mook, plus exactement.

 

*A mettre en parallèle avec l'évocation d'un fameux chanteur culte par Franck Maubert dans Les uns contre les autres (chez Fayard)... mais là, c'est un vrai roman...

Vous savez quoi? le Roman d'un journaliste: 

Date de parution

05/09/2024

Editeur

Table ronde

Collection

Vermillon

Nombre de pages

368

 

 

LE LIEN EN PLUS EN TROIS MOUVEMENTS

- A Avignon, Chloé Mons croisée au spectacle d'Alain Klingler nous parlait de son prochain livre dans lequel il sera question de Jean-Louis Murat (il avait accepté de chanter un duo sur son album Hôtel de l'univers en 2018). Le livre s'appelle Spacing, c'est pré-commandable. Date de sortie : 18/10 (éd. Mediapop).

Les souvenirs sont des bulles.
Des mondes indépendants irisés, évoluant dans la mémoire sans loi ni ordre.
Spacing, c’est cet espacement, quand le temps et l’espace se dilatent, quand les visions du passé s’étirent comme les nuages, en perpétuelle mutation.
Ainsi, ce livre est un voyage dans l’espace et dans le temps, un voyage dans les voyages de ma vie, quelle que soit leur forme : intérieurs ou extérieurs, intimes ou géographiques,
artistiques ou amoureux. Parfois carte du tendre,...

 

- Frederic Couderc, auteur de Hors d'atteinte, roman, qui vient de sortir en poche (POCKET) nous signale que Jean-Louis Murat est en épigraphe du livre ("je me souviens")... ce dernier étant son "idole absolu".

 

Merci à Pierre Krause... qui nous propose dans le même temps un sujet de dissertation:  Voici ce qu'il affirme sur babelio  "J'aime tous les gens qui aiment passionnément Calvin & Hobbes comme j'aime tous ceux qui aiment Bob Dylan ou Jean-Louis Murat dans la musique ; Audrey Hepburn au cinéma ou Peter Falk à la télévision. Il existe quelques communautés informelles et invisibles qui ont plus de sens que les relations physiques, amoureuses ou amicales".

Même si j'évoque régulièrement la communauté muratienne, c'est au fond "plus que de raison",  mais l'affirmation de Pierre Krause tend à expliquer peut-être ce qui s'est vécu aux "Week-end Murat"... 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 28 Mai 2024

bonjour,

je joue parfois au Patron de presse en revêtant mon costume en velours élimé de Paulo mais je reste assez mauvais :  alors que l'événement de  la décennie future se déroule peut-être, offrir en une  uniquement un article tout pourri (suite à un couac de "cache" et une incompétence crasse)... et de découvrir que vous étiez venu en nombre chercher des infos le samedi, et le dimanche.  Mais à vrai dire, c'est tout moi! Et on ne va pas me refaire!  A la fois, dans mon affirmation de blog ranchero - j'ai souvent utilisé ce terme- (5 minutes pour penser, 5 minutes pour écrire?), et aussi parce qu'il est -normalement*-  hors de question de me gâcher la vraie vie pour ça.  C'est pour ça que je me suis retrouvé à crapahuter à Roches-Charles plutôt que d'assister à une table ronde qui de toute façon n'allait pas apporter grand chose, et que c'est hors de question de me gâcher le concert en étant sur les réseaux sociaux.  Et ça me permet peut-être de lutter contre cette idée qui semble répandue que je serais le plus grand fan de France, ou spécialiste.. Je refuse totalement ce titre! Merci quand même aux quelques personnes que j'ai croisées (merci Frank L, Julien...) et qui m'ont parlé du blog.  Je suis toujours touché, et ça permet de repartir.  

*normalement parce que ça déborde  en flyant devant la coopé ou me consacrant beaucoup au Week-end.

 

1)  Ca a tendance à me filer le bourdon, à me rappeler le "bon vieux temps" des sorties d'albums, et surtout en voyant les chiffres, mais la réédition du PARFUM D'ACACIA en vinyle permet à Jean-Louis de se classer dans le top album (vente physique). 46e  avec 192 ventes. Il reste donc après 3 jours, 308 exemplaires à trouver. 

 

2) 

Allez, on continue sur une  autre série d'articles après celle d'hier...  mais avant, vous pouvez télécharger le dossier de presse de la soirée. 

 

- Priorité à M. Varrod, - merci, Didier! selon la tradition - 

En 2014, à la coopé, me et Matthieu, M. et... Didier. 

Tout le monde n’est pas sur la photo mais quoiqu’il en soit ce fut une merveilleuse photo de famille. Celle d’un soir, tous réunis pour @jeanlouismurat. Une succession de symphonies pastorales qui ont cette grandeur de souffler sur nos coeurs d’humbles mendiants qui cherchent désespérément, sur ses traces paysannes à fréquenter la beauté. Des moments partagés, des matins seuls, des nuits sans sommeil à chialer sur nos vies intérieures dérangées, des châteaux en espagne, des mammifères déchus, montagne(s), gardien de troupeau, Babel & Delano orchestra à 11 h du matin en direct pour les 50 ans de @franceinter, Calexico, regrets, Mylène, Camille, Jennifer, Marie, Isabelle, Morgane et d’autres encore, Clermont Ferrand le 25 mai 2025, le goût du désespoir que donne les chansons parfois, pas de manteau de pluie hier soir dans son pays d’Auvergne, et tout simplement beaucoup de vie et d’intensité à le faire vivre, venus en bouquets de mémoire, cette voix a capella, un ange en vadrouille dans les cintres de @lacooperativedemai, Denis Clavaizolle, une vie, mille vies plus exactement, c’était bien d’être là j’en suis persuadé et puis de repartir. Se souvenir alors de ma clé d’entrée dans son univers « suicidez vous le peuple est mort », 1981 retaillé hier avec une incroyable vitalité, visionnaire et moderne, par les délicieux @par.sek qui m’ont offert de revivre la virginité de cette passion dévorante et naissante… La possibilité ultime toujours du silence dans la musique. Photos Thierry Nicolas @lamontagne.fr Clfd_capture pour @par.sek et moi même pour le reste…

 

- LE PARISIEN,  chronique du concert, 26/05/2024

Sirkis est arrivé juste avant le concert et n'a pas fait de balance, ce qui explique le petit souci de démarrage peut-être... Pas facile pour lui de passer après la séquence "je me souviens" a capela de Jean-Louis Murat. C'était presque incongru, en tout cas, c'était glissant (savonner la planche, on dit?). On ne reviendra pas sur l'histoire des Salingers...

Nicola Sirkis, Jeanne Cherhal, JP Nataf... Ils ont rendu un magnifique hommage musical à Jean-Louis Murat

Genevieve Colonna D'Istria

« Te garder près de nous. » Telle était la promesse des nombreux artistes venus saluer la mémoire de Jean-Louis Murat, samedi 25 mai, à la Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). À l'occasion du premier anniversaire de la disparition du chanteur, mort d'une embolie pulmonaire le 25 mai 2023, à l'âge de 71 ans, ils s'étaient donné rendez-vous en Auvergne, terre natale chérie du poète aux yeux azur. Sous la houlette musicale de Denis Clavaizolle, ami fidèle et historique collaborateur de Murat pendant trente ans, artistes et musiciens de toutes générations se sont succédé sur scène pour honorer l'artiste.

Dans une salle pleine à craquer (« On aurait pu la remplir dix fois », assure la Coopé), les fans de Murat ont répondu massivement à l'appel. « On pourra se dire, le 25 mai 2024, on était là », se réjouit Pascale Clark, venue prêter sa voix pour quelques interludes entre les chansons. « On m'a proposé de participer d'une façon ou d'une autre, confie l'ex-journaliste de France Inter en marge du concert. Je l'ai beaucoup interviewé dans ma carrière. C'était un peu un running gag entre nous. Avec lui, il fallait s'apprivoiser. Ce n'était pas un ami, mais chaque rencontre était intense. Rien à voir avec des artistes en promo au ton monocorde qui rabâchent toujours la même chose. »

« Je me cache pour chialer »

Durant trois heures, tous les meilleurs morceaux du chanteur iconoclaste ont connu une nouvelle vie, dans une atmosphère de communion et de gravité. Loin d'une triste oraison funèbre, pourtant. « Cette soirée n'a rien de fabriqué, rien d'artificiel. C'est une chance d'être tous là, le jour anniversaire, pour dire à quel point Jean-Louis Murat nous manque », nous confiait Jeanne Cherhal avant de monter sur scène pour interpréter « La Maladie d'amour ».

Même émotion chez Alex Beaupain, appelé pour une reprise de « Fort Alamo » et « Le Train bleu ». « Quand Murat est mort il y a un an, j'ai ressenti une immense tristesse que je n'avais pas ressentie depuis la mort de Bashung. Je ne l'avais jamais rencontré pourtant. J'aurais été trop impressionné, je pense. Mais il est l'un des artistes les plus importants de mon patrimoine, qui m'a donné envie de faire ce métier. Ses chansons pouvaient être lentes, longues et tristes, mais il restait un modèle. »

« Perce-neige », interprétée par Alain Bonnefont, « Col de la Croix Morand », par Morgane Imbeaud, « Le Troupeau » ou encore « Foule Romaine » par JP Nataf, le chanteur des Innocents... Au total une vingtaine de reprises ont plongé le public dans l'univers si complexe de Jean-Louis Murat. Des textes ciselés, des mélodies léchées où transpire souvent la part sombre du poète mais aussi la lumière de ses mots. « Certaines chansons me fracassent à chaque fois. Dans ces cas-là, je me cache pour aller chialer un peu, et alors les autres n'y voient que du feu », susurre Pascale Clark entre deux chansons.

Nicola Sirkis atteint

De tous les artistes à l'affiche, Nicola Sirkisétait peut-être le plus attendu au tournant. Le chanteur star d'Indochine aux 13 millions d'albums vendus, qui remplit habituellement les Zéniths et les stades, s'est astreint à une ascète médiatique totale.

Arrivé une heure avant le concert, il n'a pas participé aux répétitions et n'a souhaité donner aucune interview pour ne pas éclipser l'hommage à son ami de toujours. « Il tenait absolument à être présent mais uniquement pour Jean-Louis. Il ne veut pas détourner la lumière », avait prévenu la Coopérative de Mai. Monté sur scène en toute fin de spectacle pour une interprétation émouvante de « J'ai fréquenté la beauté », Nicola Sirkis est reparti sans faire aucun commentaire, comme atteint en plein coeur.

Dans un dernier élan, tous les artistes sont remontés sur scène pour reprendre collégialement « Le Lien défait ». Reste à savoir si Jean-Louis Murat aurait apprécié cette soirée hommage, lui, l'artiste sauvage au caractère ombrageux. « Je ne sais pas, sourit Jeanne Cherhal. Sur le principe, je ne pense pas, mais sur le résultat, j'ose croire que oui. » Celui qui disait toujours « j'aime qu'on ne m'aime pas », aurait été bien contrarié samedi.

 

- Interview radio de JP Nataf, Florent Marchet et Morgane Imbeaud sur Radio Totem:

Vraiment touchant JP, qui a fait la surprise de nous sortir une chanson de la série Gilets Jaunes, autour de moi, on voyait les gens s'étonner: mais ça sort d'où ce truc?  Florent Marchet aussi qui révèle pourquoi il a fait "le monde intérieur" un peu relevé: Pour ne pas être envahi par l'émotion. On peut rappeler qu'il était le seul des artistes parisiens à être venue à l'enterrement.     Salutations à Hiver Pool dont la version du monde intérieur était tout aussi, si ce n'est plus, réussi et à l'ami Gontard. J'aurais aimé entendre en live sa version du Troupeau.

https://www.radiototem.net/rencontre-avec-trois-des-artistes-du-concert-hommage-a-jean-louis-murat

 

-  FOCUS, le magazine belge qui avait fait de Murat son rédacteur en chef en 2014 (ici et ). Double page au 23/05

 

 

- Interview de Pierre Andrieu, dans l' Echo républicain et Eveil de la Haute-Loire, dimanche 26 mai

ON RAPPELLE QU'IL SERA PRESENT AU WEEK-END MURAT, Yes sir! et vous pourrez acheter livres, et disques grâce aux VOLCANS qui seront là ! Il sera également possible de se procurer le livret de la conférence de l'an dernier (de Pascal Torrin), et un livret retranscrivant une foule d'interviews télé et radio de Jean-Louis Murat.  Prévoyez de l'espèce.

Pierre Andrieu : « Jean-Louis Murat était un génie »

« Murat était un génie. Malheureusement, pour ses coups de gueule et une productivité trop importante, il a été pris en grippe par certains journalistes et professionnels du milieu [] Je pense que ses chansons sont là pour rester. On l'a souvent dit ou imaginé ultra torturé, il était également marrant, attachant, sympa, etc. Je voulais raconter cela ». Pierre Andrieu, chroniqueur pour Plugged et pour le site Concert & co.com a écrit Les jours du jaguar, 200 pages autour de JLM; une plongée choisie, avec celles et ceux qui ont côtoyé au plus près l'artiste auvergnat.

Pourquoi écrire Murat ?

J'avais eu l'idée voilà déjà une dizaine d'années alors que je l'avais rencontré plusieurs fois. J'avais envie de continuer à faire des interviews et de parler de choses dont il ne voulait pas vraiment parler dans ce cadre, de prendre du temps, d'aller plus loin. Mais sur la fin, comme il voulait de moins en moins parler et particulièrement à moi car il privilégiait les gros médias, j'avais mis ce projet en sommeil. Mais le sujet Murat m'a toujours passionné.

Le livre d'un fan ?

Oui, en quelque sorte. Car j'aime ce qu'il a fait et que je l'ai vu souvent en concert. Mais c'est le bouquin d'un journaliste aussi car, d'une part, il y a des interviews et, comme il le raconte dans le livre, « mes fans aiment toujours ce que je fais »; moi ce n'était pas le cas. J'ai fait le choix, à mon avis, d'évoquer ses meilleurs albums.

Très subjectif tout ça.

Oui, complètement. Mais c'est vraiment en cela que ce n'est pas un livre de fan. Cela dit, comme j'ai bossé neuf mois en réécoutant beaucoup d'albums, je me suis rendu compte qu'il y avait aussi sur des disques que j'avais considérés comme mineurs, des choses très intéressantes.

A côté de quel album étais-tu passé par exemple ?

Passion privée - juste avant Cheyenne Autumn - par exemple. Mais il y a Grand lièvre également qu'aujourd'hui je considère comme un chef-d'oeuvre dans la lignée de Toboggan. Ces albums faits à la maison. Certains trouvent que ça sonne comme des démos mais moi je pense qu'il s'agit presque de ces meilleures productions; on a l'impression qu'il est là à chanter juste à côté de nous, je trouve ça super

Qu'est-ce que tu as découvert à travers l'écriture de ce livre, que tu n'imaginais pas

J'ai toujours cru, par exemple, que le premier groupe, Clara , comme me l'avait expliqué Jean-Louis Murat, était celui fondé par son ami Alain Bonnefont Or non, ça a toujours été le groupe de JLM.

Et l'interprétation de cela ? Timidité ? Forme de fausse modestie ? Quoi ?

Selon Marco l'un de ses meilleurs amis que j'ai également rencontré pour le livre, ça raconte que parfois il décidait de ne dire que des conneries au journaliste qui était face à lui. Par jeu presque. C'était l'humeur du jour, il avait envie, c'est tout. Sur les interviews de Laure et Marie, on apprend beaucoup de ce qu'il était, ses doutes, le soin qu'il prenait pour les enregistrements Il disait également que les chiffres des ventes ne l'intéressait pas, il les suivait quand même d'assez près. Je pensais savoir pas mal de choses, c'est pour cette raison que je me suis permis d'écrire un livre, mais j'ai également appris beaucoup. Les ingés sons, les musiciens disent aussi beaucoup. Ils sont entrés dans le cercle privé, ont bossé à Douharesse, chez lui, et cela permet de se focaliser sur la création, sa musique. Les gens voyaient plus le personnage public, parfois excessif. Or, on se rend compte qu'il était respectueux, ouvert à l'avis des autres, s'adaptait aux musiciens, donnait sa chance aux jeunes, etc.

Interviewer JLM n'était pas chose aisée. Interviewer celles et ceux qui étaient dans la sphère intime a été

Une itw en amenait une autre. La charge de travail a été énorme. J'ai commencé avec Pascal Mondaz, à propos de Babel, j'avais adoré l'album et je n'avais pas pu faire d'interviews à l'époque. Ensuite j'ai rencontré Fred Jimenez, qui a fait beaucoup d'albums et de tournées avec JLM. C'est d'ailleurs Fred qui me donne en quelque sorte le titre Les jours du jaguar car Jean-Louis adorait ce morceau C'était ausi mon cas. Un morceau très torturé dont il est difficile d'identifier le propos réel

JLM disait de toute façon « mes disques sont intimes et il n'y a que moi qui sait réellement de quoi je parle »

«Je pense que les chansons de Jean-Louis Murat sont là pour rester ».

Les jours du jaguar, Le boulon éditions/34 euros, 202 pages

- Petit mot dans OUEST FRANCE du 25 mai:

 

Jean-Louis Murat est toujours un peu là

Philippe MATHÉ.

Musique. Concert, livres, disque… Disparu il y a tout juste un an, le chanteur auvergnat fait l’objet de plusieurs hommages.

Il nous a pris par (mauvaise) surprise le 25 mai 2023. Un an déjà que Jean-Louis Murat est décédé, à 71 ans.

Son souvenir reste intact, entretenu par sa discographie abondante – trente et un albums répartis sur trois décennies – parsemée de chansons éternelles .Un répertoire que de nombreux musiciens (Nicola Sirkis, JP Nataf, Jeanne Cherhal, Florent Marchet…) vont reprendre, ce soir, à la Coopérative de Mai, à Clermont- Ferrand (Puy-de-Dôme). Un concert hommage complet depuis longtemps.

Pour se consoler, les fans de Murat peuvent se précipiter en librairie. Parmi les ouvrages parus, Foule romaine,d’Antoine Couder, producteur radio sur France Culture (Le Boulon, 128 p., 12 €) ; et, consacré à une chanson de l’album Le Moujik et sa femme (2002), Les jours du jaguar(Le Boulon, 200 p., 32 €) du journaliste clermontois Pierre Andrieu.

Enfin, tout récemment, Le lien défait (Séguier, 208 p., 21 €), de FranckVergeade. Le rédacteur en chef musique des Inrockuptibles a puisé dans la discographie de Murat et dans les nombreux entretiens que le chanteur lui avait accordés, pour retracer un parcours hors norme.

À l’automne 2021, Murat lui avait confié : « J’ai prévenu les enfants : quand papa ne sera plus là, ils auront plein de disques inédits à sortir. »

Compositeur prolifique de son vivant, Jean-Louis Murat va-t-il continuer de nous surprendre après sa mort ? En tout cas, ses fans peuvent déjà se réjouir de la sortie de Parfum d’acacia au jardin.Ce triple vinyle en tirage limité (500 exemplaires numérotés), publié vendredi chez Pias , reprend vingt titres enregistrés en 2003 dans un studio près de Paris.

Des chansons inédites sorties jusqu’ici uniquement sur DVD. Avec Murat, tout n’est pas encore dit !

 

 

 

- Petit encart dans MIDI LIBRE sur le Vergeade:  26 mai 2024

Jean-Louis Murat raconté par une plume

Il y a un an et un jour ce dimanche, Jean-Louis Murat pliait bagage, pas sage, pas l'âge, la rage, merde. Aujourd'hui rédacteur en chef musique aux Inrockuptibles , Franck Vergeade l'a suivi d'abord en amateur, ensuite en professionnel, enfin en ami. Cet ouvrage, précis et intime, sûr qu'il aurait préféré ne jamais avoir à l'écrire. Mais il a dû. En chialant sans doute un peu mais pour le meilleur, et pour le lire : le regard lavé, le chagrin accepté, l'admiration chevillée, s'appuyant sur sa propre série d'entretiens pour Magic et Les Inrocks étalée sur une vingtaine d'années, il rend justice et justesse mieux que personne au parcours de cet antihéros solitaire, érudit et rude, lettré et sensible, à la créativité à l'état sauvage et à la parole indomptée.

Jérémy Bernède

- et une autre chronique sur le site Culture 31:   à lire dans son intégralité sur leur site

Un livre pour le week-end : Jean-Louis Murat : le lien défait de Franck Vergeade
écrit par Christian Authier 24 mai 2024
Jean-Louis Murat : le lien défait de Franck Vergeade

Un an après la disparition de Jean-Louis Murat, le 25 mai 2023, à l’âge de 71 ans, un livre de Franck Vergeade, rédacteur en chef musique des Inrockuptibles, ancien directeur de la revue Magic, rend hommage à l’auteur, compositeur et interprète qui occupa une place si précieuse dans le paysage musical hexagonal. Plus qu’une stricte biographie, le livre est un exercice d’admiration retraçant la longue et riche carrière de l’artiste depuis le groupe Clara, qu’il créa en 1977, à son dernier album, La Vraie Vie de Buck John, sorti en 2021. L’auteur ne néglige pas les projets singuliers, à l’instar de Madame Deshoulières, où il faisait interpréter à Isabelle Huppert des textes libertins de cette poétesse du XVIIème siècle sur de la musique baroque, et exhume des titres méconnus comme ceux remarquables du maxi CD Murat en plein air.

Musicalement, Vergeade recense les filiations, influences et modèles de Murat (parmi lesquels « Leonard Cohen, John Lee Hooker, João Gilberto, Frank Sinatra ou encore Robert Wyatt ») ainsi que ses engouements plus récents, de Frank Ocean à Kendrick Lamar. « C’est sans doute ma passion de la littérature qui explique mon besoin de laisser une trace discographique significative », confiait l’auvergnat à l’auteur. On regrette de fait que cette dimension littéraire ne soit qu’évoquée marginalement quand le fervent admirateur de Flaubert, Baudelaire, Bloy ou Bernanos (pour ne citer quelques-uns de ses auteurs de prédilection) exprimait volontiers ses écrivains de cœur.

Antimoderne

De même, on peut regretter que l’extraordinaire liberté d’esprit et d’expression de Jean-Louis Murat ne se réduise dans le livre qu’à quelques saillies, aussi drolatiques que cruelles, sur Johnny Hallyday ou PNL alors que cette manière d’anarchiste sans œillères et furieusement antimoderne dispersa façon puzzle des cibles plus significatives. En dépit de ses limites, l’ouvrage de Frank Vergeade reconstitue de façon scrupuleuse le parcours de celui dont quelques-uns de ses meilleurs albums (Cheyenne Autumn, Le Manteau de pluie, Dolorès) virent le jour au sein d’une major (en l’occurrence Virgin).

Par la profusion et la permanence de ses inspirations (les sentiments amoureux, la mélancolie, la nostalgie…), la dimension cosmique et sensuelle de ses textes souvent liés à la terre, la nature, les animaux ; Jean-Louis Murat – qui considérait sa discographie comme un « journal intime chanté » – a construit une œuvre dont la qualité, l’originalité et l’intégrité forcent l’admiration. Ainsi, sa voix et ses mots continueront d’accompagner des âmes sensibles qui, de paradis perdus en anges déchus, ne cessent de traquer au milieu des ruines des raisons de ne pas désespérer jusqu’au bout.

- La liberté en Suisse, a fait également un article sur les 3 livres, mais je ne l'ai pas dans son intégralité :

https://www.laliberte.ch/news/culture/musique/livres-trois-publications-consacrees-a-jean-louis-murat-731349

 

LE TRUC EN PLUS 

 Pour ceux qui ne sont pas sur les réseaux sociaux, mes deux seuls posts du week-end :

 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 23 Mai 2024

Merdum... En jonglant entre l'ordi et le téléphone, l' article n' a pas été publié avec les informations complètes. Je corrige dès que je peux...

EDIT : j'ai remis les informations...

un peu de Murat sur radio Canada, Olivier Adam qui dédie son dernier livre à JLM...

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-culture/l-edito-culture-du-mercredi-22-mai-2024-1817341

Les fans voient se rapprocher ce fatidique 25 mai où ils se souviendront de ce qu’ils faisaient l’année dernière lorsqu’ils apprirent la mort de Jean-Louis Murat.

C’était sa particularité : Murat n’avait pas un public mais un troupeau – ce mot qu’il affectionnait – de fans. Aujourd’hui, il peut être rassénéré puisque ce ne sont pas moins de trois livres qui paraissent pour évoquer l’œuvre et la mémoire du chanteur. Chacun de ces trois livres a des qualités que les deux autres n’ont pas. Toutefois, ma préférence va au plus court et au moins exhaustif d’entre eux : « Foule romaine » d’Antoine Couder. Il y a en effet un parti pris dans le livre de Couder : se concentrer sur l’album « Le Moujik et sa femme » que Murat a sorti en 2002 et dont le morceau « Foule romaine » était le single, avec son refrain farniente.

Je me souviens qu’à l’époque, en 2002 donc, j’avais écrit une chronique plutôt mitigée sur « Le moujik et sa femme ». Je ne pouvais pas encore savoir qu’il s’agirait d’un album charnière dans la discographie de Murat, comme l’explique fort bien Antoine Couder. Au départ, Murat pensait enregistrer aux Etats-Unis. Oui mais voilà, le 11 septembre 2001 est passé par là, si bien qu’il se retrouve dans les Landes à façonner très vite un disque brut de décoffrage, avec peu de production, en formation réduite, ce qui va devenir sa manière de faire pour les vingt années à venir. Et puis, "Foule romaine" n’est pas ma chanson préférée de Murat.

C’est difficile. J’aurais pu choisir "Le Troupeau" justement, ou bien "La fin du parcours", mais j’ai opté pour cette chanson extraite de l’album Taormina publié en 2006 : "Les Démariés", pour sa simplicité, cette façon d’articuler le français qui fait de "Demariés" une fière descendante de l’ancêtre de toutes les chansons françaises, "A la claire fontaine". Et puis surtout pour cette magnifique diérèse, déma-riées, la séparation des syllabes, comme dans "A la clai-re fontaine". Qui nous donne à penser qu’au fond, la mort n’est peut-être que cela : une diérèse…

- Petite séquence sur radio Canada  où on parle de Antoine Coudé et de l'album Lili...   18h25

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/musique/emissions/tellementcourteau/episodes/801601/rattrapage-mercredi-22-mai-2024

 

- Olivier Adam (je vous laisse chercher par vous même les précédents épisodes - nombreux- en utilisant la fonction recherche du blog, ou simplement google : "surjeanlouismurat.com   mots clefs" (c'est le plus simple pour s'y retrouver dans ce -mal- fichu blog).

Il dédicace son dernier livre à Jean-Louis Murat.

 

Rolling Stones de juin et Paris-Match de cette semaine (avec l'erreur sur le Fake des Salingers).

 Et gros NB:

Sur Radio qui qu'en grogne, demain après midi (promenade en chanson): Fifi (Philippe Le Baron, le fidèle technicien.. qui n'a pas voulu s'exprimer ici) et Yann Bergeaud. https://rqqg.fr/ et en podcast durant 15 jours.

Et samedi 17h, sur France Inter, emission l spéciale Murat. 

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Rédigé par Pierrot

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Publié le 15 Mai 2024

Voici donc  Le lien défait par F. Vergeade chez Séguier, le troisième livre de cette rentrée littéraire singulière dont la deadline est le 25 mai (ce sale "anniversaire"). Après une première lecture mouvementée, une deuxième  m'a apporté un regard plus nuancé. Le fait est qu'il ne s'adresse pas forcement à moi, ou plutôt ne correspondait  pas à mes attentes. Il saura par contre conquérir le "grand public" et donner envie d'écouter Murat.

 

Certains n'ont pas aimé la photo de couverture, avec un chanteur un peu austère, renvoyant trop à l'image que le public en a, mais Richard Dumas a signé un cliché magnifique, avec les yeux perçants et clairs de Murat, malgré le noir et blanc, et le blue-jean qui nous envoie instantanément en Amérique... alors que celle de Les jours du jaguar de Pierre Andrieu l'ancrait en Auvergne (Marylin et Marianne, comment choisir ?). Quant au titre, reconnaissons la fidélité de F. Vergeade : il citait déjà "Le lien défait" dans ses "dix chansons qu'on devrait tous connaître par cœur" (livre de B. Vignol en 2013 - on y retrouve aussi les choix de Murat qui naturellement ne cite aucun de ses contemporains).

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Après une belle citation de Proust, et un "à Jean-Louis Murat", le livre débute par  : "Tu écriras ma bio quand tu seras mort". On voit avec quel poids sur les épaules Franck Vergeade a dû écrire ces pages, lui qui n'est pas habitué à l'exercice (c'est son premier, et il s'est laissé convaincre par un éditeur1)! Il avait déjà  toute la légitimité :  il est un acteur de la sortie de chaque disque ou presque de Murat, dans Magic et les Inrocks (depuis 1999), lui offrant plusieurs "couv". Mais à vrai dire, peu me chaut :  il faut juger  sur pièce.  Et puis - ah , mais j'ai toujours été tellement plein de soupçons envers Murat -  ce dernier usait sans doute de cette "caresse" amicale auprès de quelques journalistes (Jean Théfaine, Olivier Nuc...). D'ailleurs, après cette information, on pourrait s'attendre à ce que l'auteur nous dévoile une relation d'intimité, mais à part quelques propos "off" (visites post-concert, un passage à Douharesse...), il s'appuie essentiellement sur ses différentes interviews, les archives des Inrocks (seules sources citées), donc du matériel déjà à disposition du public averti (et cela limite donc l'intérêt pour moi).  En tout cas, cette ouverture prête à confusion : j'ai eu tendance à lire le livre comme une biographie... ce qu'il n'est pas tout-à-fait.

 

Dans ce livre, avec quelques illustrations,  Vergeade propose un parcours  discographique complet, sur une base chronologique,  sage2, dans un livre qui s'avère très court3.  Une affirmation au début sonne comme un paradigme : il n'est pas possible de dissocier "la plus belle voix caressante de chansons mélancoliques et l'homme à la langue de vipère. JLM était d'un seul bloc, entier et complexe, profond et impénétrable comme le Massif central4 ".   Cela lui permet donc de laisser très largement la parole à Jean-Louis et  les lecteurs seront contents de retrouver Murat, avec toute sa faconde parfois gouailleuse. Par contre, les multiples mentions des "Inrocks" et les "me confiait-il en ", "me racontait-il en", "me dit-il", "m'affirmait-il", "m'assener une salve", "dans un de mes entretiens", "admettait-il dans la même interview", "affirmait-il", "reconnait-il dans les inrocks", "s'énervait-il" - et je m'arrête à la page 63...  - sont un peu lassants à mon goût (De l'intérêt des notes de bas page, j'en abuserai donc ici).

Ce procédé pose avant tout un problème crucial : les propos en promo de Murat (l'homme public) sont-ils les mieux à même d'illustrer son œuvre ou de parler de lui ? (Olivier Nuc, confraternel, dans Le Figaro du 11/05/24 esquisse la même remarque sur les livres récents : "Murat n'aura cessé de dire tout et son contraire" et d'ailleurs, Vergeade écrit que Murat n'est "jamais à une contradiction près"). En premier lieu, le chanteur  avait  un "pitch", son storytelling,  pour chaque album5,  un discours un peu fabriqué auquel il se tenait souvent (pour le Cours Ordinaire des choses : les musiciens américains si bons par rapport aux français - ça marchait moins pour Babel). Le livre  mentionne trois fois aussi un projet de déménagement à Naples au moment d'Il Francese qui me parait être assez proche des moments où il affirmait vouloir devenir paysan ou arrêter la musique6.   On sait ensuite  que Jean-Louis aimait bien attendre l'interview importante pour lancer quelques propos polémiques (l'auteur cite quelques saillies), et le faire dans les Inrocks, était sans doute une  délectation pour lui7.  Franck parle à plusieurs occasions de "la franchise"(même "absolue") de Murat (je vois que Pierre Andrieu a aussi utilisé ce terme en interview dans Magic hebdo).  La franchise muratienne, c'était celle de l'instant... qui mixait selon lui une volonté de ne pas s'enfermer, de penser contre soi-même, une oralité flamboyante et sans limite, cette  culture (familiale et  auvergnate a-t-il dit) qui est aussi une volonté, de "parler avant de réfléchir" (comme il l'indique à F. Taddéi en 2012),  et selon moi, une mauvaise foi certaine par moment8.  Dès 1990, dans Fréquenstar, il indique  "chaque fois que je pense quelque chose, je pense presque aussi fort le contraire".  Cela implique de contextualiser au minimum ses propos. Ainsi, dans le livre, on retrouve une citation, "J'ai extraordinairement souffert à cause de Marie", qui n'est pas commentée. L'affirmation est certes vraie, mais le côté victimaire de Murat pourrait être mis en lumière (on peut se référer au témoignage de Marie Audigier dans le livre de Pierre Andrieu et ce qu'on savait de leur relation). Autre exemple, plus évident : ses propos contre le groupe de rap PNL sont cités, mais Murat a dit tout le contraire ensuite  (après les avoir écoutés) : "j'adore PNL, si j'étais jeune, je ferais cette musique"9.   Sur cet aspect "franchise", il est aussi décrit comme "refusant obstinément le moindre compromis".   Quid du best of, de son autocensure sur des titres qu'il ne voulait faire paraître qu'à sa mort, des séances dédicaces -"à quoi tu en es rendu mon fils!"-  pour parler des choses plus récentes ?  Ah, la complexité bergheaudienne, très chère à mes yeux ("le mystère Murat", ça a toujours été le seul credo de ce blog)... Morgane Imbeaud parle, elle, de posture... Je revois Jean-Louis Murat réagir avec véhémence à une question sur ce thème de Matthieu Guillaumond que je découvrais  - à la Fnac, Lyon, octobre 2009) . 

 

 Mais revenons-en au livre... 

F. Vergeade suit un fil chronologique mais en réalisant de nombreux sauts spatio-temporels qui lui permettent d'aborder différentes thématiques ou des sujets transversaux. C'est un attrait du livre et qui lui donne un côté foisonnant, riche et astucieux.  Ainsi, le journaliste relie ainsi Clara (dont la promo affichait la mention  "continental rock") au projet "fusée à trois étages"  : Travaux sur la N89, Il Francese et un troisième disque  qui aurait été enregistré dans des capitales européennes10. Je ne sais pas si on avait eu cette information (Murat avait parlé d'enregistrer avec des orchestres). D'autres "sauts" m'ont un peu perturbé  (l'auteur évoque la période du Moujik, et nous voilà avec une phrase sur Angèle - la phrase gentille, Murat dira ensuite des méchancetés). Un autre intérêt, c'est qu'après Andrieu qui préfère Mustango et Lilith, ici, c'est surtout Dolorès qui  est mis à l'honneur, ainsi que Cheyenne autumn.

Voici quelques autres informations (ou plutôt propos!) qui ont retenu mon attention (inconnues, peu connues ou que j'avais oubliées) : une chanson inédite "Vladivostock Tennessee", son idée de partir en Australie en 1984, mais c'est issu d'une interview de 2020 ("Si je devais manquer de toi" est expliqué comme une "lettre à France"), le fait que pour éviter que  la maison de disque se pointe pour l'enregistrement de Cheyenne autumn il ait dit qu'il serait à Cordes-sur-Ciel dans le Tarn alors qu'en fait, c'était le  château de Cordes à Orcival (Christophe Dupouy confirmerait-il?), le projet de disque de reprise de Sade, un tournage de film en Égypte où on le voit chanter en arabe et jouer du luth, l'histoire du titre "New-Yorker",  l'écriture d'un bouquin "qui ne ressemblera à rien de connu..." (son projet de livre sur la Bourboule ?), ou encore  le lien entre Taormina et Talk Talk, les évocations de Murat affirmant : "rééditer Cheyenne autumn, plutôt mourir", ou sanglotant en évoquant Christophe Pie. Enfin, il y a cette anecdote magnifique déjà racontée  (avec une petite variante) par C. Basterra à propos de la maman de Jean-Louis. J'aime aussi lire, à destination de tous les allergiques aux  reprises des chansons de Murat : "chez lui, c'est la chanson qui comptait indistinctement de son interprète"...  même si cette sentence se discute : il a dit reprendre des chansons pour comprendre le travail et le chant de l'artiste. 

Je ne développe pas pour que vous découvriez tout cela vous-mêmes!

 

Si on ressent naturellement le lien que Franck avait avec l’œuvre de Jean-Louis, avec Jean-Louis lui-même, son émotion (le prologue, le récit de l'enterrement et quelques mentions personnelles - la découverte de Cheyenne autumn à 18 ans, l'écoute du "Lien défait" lors de diverses ruptures),  le livre manque à mon goût un peu de singularité et j'ai envie de dire : de diverses sécrétions humaines - pour reprendre le côté dégueulasse cher à Agnès Gayraud (à la différence du livre d'Antoine Couder par exemple, qui ne manque pas de défauts,  mais très incarné, même si les deux ouvrages n'ont  pas du tout le même objet). Alors que les témoignages du livre de Pierre Andrieu dénouent la parole, et font le deuil,  c'est un peu comme si l'auteur n'avait pas voulu, lui, délier le lien finalement... Certes,   Vergeade ose parfois certaines piques, par exemple en qualifiant de "faute de quart" les chansons pour Indochine ou le duo avec Carla (Mais il y aurait tellement à dire sur ces deux sujets... Les Inrocks en 2005 ont fait la couverture avec ce duo... et le 3e titre pour Sirkis à paraître risque de modifier un peu les appréciations EDIT: ce titre était un FAKE! 🤔). Si c'est un livre de commande,  il a aussi un côté "biographie officielle"11 et qui ne s'appuie que sur les interviews Magic ou des Inrocks. Cédric Rouquette  de Magic (8/05/2024) résume :

"l'impossibilité pour l'heure de proposer une biographie en un bloc, nourrie à toutes les sources, assez complète pour poser un regard synthétique, distancé, définitif. Comme si le travail de deuil n'était pas achevé. Comme si, dans toute son espièglerie, Murat avait trop donné, à trop de gens parfois en totale contradiction, pour nous offrir le luxe de le connaître....".   Je trouve cela assez juste mais on ne pouvait pas s'attendre seulement dix mois après sa mort à avoir un tel livre... sans compter qu'il nous manque une partie de l’œuvre, dont les fameuses chansons que Murat n'a pas voulu sortir de son vivant.

Pour finir,  je dois dire que j'ai été agacé par plusieurs petites erreurs. Sans aucune volonté d'être péremptoire, je ne peux pas faire l'impasse, c'est vraiment le job, comme à l'époque apporter la contradiction à S. Bataille même si avec ce Monsieur, c'était une toute autre histoire.  On  avait déjà indiqué ce qui me semble des erreurs (et pas toutes!) dans son texte publié sur le site officiel à partir de juin dernier, et certaines sont encore encore dans le livre. C'est d'autant plus embêtant  que nombre de ces informations erronées font l'objet d'articles du blog qui ont apporté des éléments inédits... notamment grâce à Matthieu Guillaumond, qui a fait un travail de biographe (je remercie encore Pierre Andrieu de lui avoir dédicacé son livre).

Pour ce que j'ai repéré, Le festival de la Bourboule n'a pas eu lieu en automne 77 mais en août 78. La suite est à l'avenant : le concert à RTL n'a semble-t-il pas eu lieu, mais c'est Sheller et Hebey qui descendent pour un concert organisé pour eux (on reviendra là-dessus dans une prochaine interview), et Clara ne fait pas de première partie pour Sheller mais le groupe enregistre avec lui à Londres des jingles ou génériques pour Europe 1.  Tout ce qui est dit sur Mademoiselle personne me gêne  (le terme "bande-son" pour le disque éponyme car il y a à peine une minute  de celui-ci dans le film et non, il n'est pas invisible puisqu'on va le montrer pour la deuxième fois le 21 juin).  Il n'y a pas deux billets écrits pour Libération à l'occasion de la coupe du monde 1990 par JL Murat mais trois.  Il est indiqué que Marie Audigier serait sa compagne depuis Cheyenne Autumn, or ils sont tombés amoureux bien plus tôt. Enfin, si les Suisses ont envahi la Haute-Savoie, ils n'ont pas annexé pour autant ce département et Stéphane Reynaud est haut-savoyard (très Fier, entrée dans la Dranse,  corne d' abondance et autre Ripaille, je répare l'affront... de neige).

 

Quelques autres remarques et interrogations d'ordre divers que j'ai notées en cours de lecture :

C'est bien Jean-Louis qui a parlé de  la formation de Clara par petite annonce mais  les témoignages de Marie et Alain Bonnefont dans le livre de Pierre Andrieu indiquent une autre histoire. Si Bonnefont est bien mentionné dans le passage à propos de  Clara, il y a un peu plus loin la mention "vieux complice depuis "Suicidez-vous..."". Ensuite,   F. Vergeade parle du seul concert des Rancheros mais n'indique pas que c'était dans le cadre des fameux Koloko (ne pas mentionner cet événement annuel si cher aux fans me chagrine).  Petit oubli : l'inédit "la loi du sport" ("l'effigie de Didier Deschamps") sur une partie consacrée au sport n'est pas mentionné (mais l'auteur cite deux fois "Tourmalet tout va bien, que retombe la gloire", ce qui fait partie des quelques redites du livre). Appréciation : Les Delano Orchestra sont qualifiés de "Crazy Horse auvergnat" (sans monter sur mes grands chevaux : le Sparklehorse plutôt ?). Petit doute également sur "Bayon qui connaît Jean-Louis depuis "Suicidez-vous"". Il est établi la date de la première rencontre  en 1988 (théorie en cours de vérification: via l'entremise  d'une personne de Virgin - Marc Maréchal - dont  Bayon était proche EDIT: Bayon a raconté le choc de la découverte, c'était bien en 88). J'ai aussi relevé qu'à propos du "Venin", l'auteur indique que  "O gué" est "pioché dans le répertoire" de P.J. de Beranger (un exemple de  "saut" évoqué plus haut). Une source indique que Murat n'a découvert le poète qu'en 200012.  C'est donc sans doute plus une réminiscence chez l'amateur de Malicorne de  chansons traditionnelles, peut-être chantées par sa grand-mère  ("O gué vive la rose" immortalisé par Béart ou Dorothée).  La très juste remarque que Murat aura peu repris des chansons écrites par des femmes est à nuancer par les duos avec Mylène Farmer, Rose et Chloé Mons (ces deux dernières ne sont pas citées dans le livre il me semble). Interrogation encore (et je l'ai depuis la publication de cette phrase en 2021, j'avais fait des recherches à ce sujet, hélas infructueuses) : Murat indique qu'il a fait des télés en pays non francophones, qu'il a eu une demi-page dans El Pais. Malgré le travail pointilleux des Dolos à l'époque, on n'en a pas de trace et il faudrait donc vérifier ce propos.  Enfin, c'est un choix de la part de l'auteur  mais il me surprend : la discographie finale distingue "albums studios" et "autres projets" (où il range Madame Deshoulières,  Mademoiselle personne... alors qu'A bird on a poire est dans l'autre catégorie). Une discographie plus complète reste d'ailleurs encore à faire : collaborations, B.O., participations (le disque avec Trintignant...).  Dernier petit chagrin (valable pour le Andrieu aussi, je crois) : pas de mention de Claude Dejacques qui relie Murat à Barbara et Gainsbourg, et à Michel Zacha, même s'il a un peu foiré sur le disque de 1982 comme il le reconnaît.   Et encore un petit truc :  pourquoi utiliser le terme "muratophile" ?  Je trouve ça moche... On est célinien, proustien... et muratien !

 

J'arrête là, mais le livre a au moins le mérite d'ouvrir à de nombreuses discussions. Rendez-vous avec les différents auteurs à la Librairie Les  Volcans à 16h samedi 25/05 à Clermont-Ferrand...

 

Notes :

1- Sur France Inter, 8 mai 2024.

2- Il évite certains sujets polémiques : "peut-être faut-il y voir un aveu de résilience" dit-il à propos des "pharmacopées". Il parle également peu de ce qui a relié Jean-Louis à la "réaction", et ce qui peut l'en éloigner.

3-  208 pages, mais la rédaction du corps du texte prend 115 pages je pense (notamment du fait de pages blanches et des illustrations).

4- L'auteur a peut-être raté quelques cours de géographie... même si Jean-Louis Murat avait peut-être devant ses deux roches des songeries d'Himalaya en pensant à son héros Reinhold MESSNER.   Je suis  sévère me dit-on. Très certainement ! Mais cette expression me fait perdre le fil de la lecture. Comme quand il est écrit : "physiquement, Jean-Louis Murat est déjà reconnaissable entre mille" (à propos du premier passage télé)... mais il a déjà près de 30 ans!!

5-  F. Delmotte nous a raconté comme il préparait ses interviews en 1987/1989 / Concernant le pitch, Bertrand Burgalat a raconté qu'il avait des chansons, mais qu'il ne sortait pas de disque car pour donner de la lumière à un disque, il fallait absolument une histoire à raconter... Et pour Murat, il y avait certes un engagement artistique et des envies particulières, mais selon moi, il a su en jouer, et les médias ont toujours suivi aveuglement le discours (Pour Buck John,  on va ainsi retrouver des phrases comme "Ces BD lui ont inspiré douze titres"... hum...)

6 - Il faut se rappeler comment en 1990, il a fui l'Italie...   Raconté dans Libération en 1991

7 - D'ailleurs, on ne retrouvera pas les sentences peu amènes contre le magazine  que Murat a pu formuler. Trois phrases au moins mentionnées dans Coups de tête (pp.188-189 : extraits "ils ont tout faux", "une couv, ça s'achète", "quand on fait du Topaloff maintenant on se retrouve en couv"). Anecdotique oui, mais  j'aurais été intéressé par des détails de la relation Murat/Inrocks... même si F.V. n'en est un acteur que depuis 6 ans. Bon, ok, ce n'était pas l'objet d'un livre hommage.

8- Formidable entretien avec Frédéric Taddéi sur France Culture en 2012. Son discours sur les maisons de disque illustre tout-à-fait mon propos.   

9- J'y suis  sensible parce que j'ai passé  du temps sur twitter à essayer de répondre aux réactions de jeunes comme des "réacs"  sur cette phrase en indiquant que Murat était en fait un amateur de la scène rap (son goût pour cette musique est  indiqué ailleurs dans le livre). C'est une saillie qui lui a fait du tort, une parmi d'autres.

10- Aaah, et dire que j'avais dans mon souvenir fait un mail à Douharesse pour proposer une session à Cologne dans un studio d'une connaissance... qui est  devenu membre des Kraftwerk depuis (mon mail aurait eu plus de poids avec cette information).

11- Il a écrit le texte figurant sur le site officiel dont le livre est un long développement, auparavant des textes promos pour des disques je pense, cf aussi les remerciements.

12- Interview dans Le Monde 16 mars 2005

PS: V. Jeetoo est un peu l'oubliée. Une relation de 2 ans, un confinement, une chanson, "La princess of the cool". On pense à elle.

Merci à Florence pour ses relectures attentives.

 

LE LIEN DES FEES EN PLUS

Morgane IMBEAUD sort son nouvel album apparemment très réussi (Olivier Nuc très élogieux). Voici son nouveau clip... filmé là-haut... au bord du Guery*, même si c'est le SERVIERE qui l'a inspiré pour l'album intitulé "THE LAKE".   Release party : Vinzelles le 17/05

 

Si elle reste avec ROY Music, elle est il me semble associée avec  Matt Low et Alexandre Rochon dans BLEU NUIT (Matt Low, une vie cool, et le dernier album de Delano en 2021 déjà).  Est-ce un clin d'oeil à Jean-Louis Murat? Il avait écrit le texte  "Hanger Bleu nuit" sur le premier disque de Matt Low.

 

*En replay: Téléfilm sur France 3 diffusé mardi 14/05 entièrement tourné dans le Sancy et à l'auberge du Lac de Guery... C'est assez mauvais, mais les paysages sont là. Et pour parler des replay, sur arte, "Aurore" de L. Masson, avec la chanson "les ronces".

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après, #bibliographie

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Publié le 2 Mai 2024

Les premières pages du livre de F. Vergeade sont à découvrir ici (plongé dans la prépa du week-end Murat... et en vacances aussi... j'avais le lien depuis plusieurs jours mais je ne l'avais pas vu!) 

On devine qu'il prendra une forme plus classique que les deux livres précédents, en s'appuyant sur les nombreux entretiens/rencontres avec le chanteur:

https://actualitte.com/article/116779/avant-parutions/jean-louis-murat-une-traversee-musicale-et-litteraire

 

L'auteur sera à COTE CLUB (france inter)  le mercredi 8 mai, avec Pierre Andrieu, Denis Clavaizolle et Morgane Imbeaud, avant de le retrouver le 25 mai (l'événement est annoncé dans le figaro -via l'afp-. et Libération a également parlé de toute cette actualité, mention aussi dans les inrocks et sur franceinfo). 

La promo de Pierre ANDRIEU:

https://www.unidivers.fr/jean-louis-murat-livre-pierre-andrieu/

https://www.7joursaclermont.fr/pierre-andrieu-dans-la-peau-du-jaguar-jean-louis-murat/

Interview: https://www.7joursaclermont.fr/pierre-andrieu-dans-la-peau-du-jaguar-jean-louis-murat/

 

On vous a chroniqué le livre d'Antoine Couder, voici un autre -petit-article :  https://cult.news/livres/foule-romaine-aimer-jean-louis-murat-par-antoine-couder/

 

LE LIEN EN PLUS 

Sur Télérama.fr, les 100 meilleurs albums des années 1990 (réservé aux abonnés)

"Jean-Louis Murat, “Le Manteau de pluie”

L’album de la confirmation, après le succès tardif à 30 ans passés. Murat enchaîne les classiques (Sentiment nouveau, Col de la croix-morand, Le Lien défait) et installe pour quelques années ses déclarations et chagrins d’amour entre variété poétique et blues verglacé dans le paysage de la chanson. — O.d.Pias.

► Le titre à écouter : Le Lien défait

 

Et voilà, une dizaine de jours rattrapé! A très vite!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2023 après, #bibliographie

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