Bon, il est quand même temps de publier le numéro de Libération du 26 mai 2023. Je ne l'avais pas lu encore, mais je le trouve plutôt réussi pour un numéro fait naturellement dans l'urgence. Le début est très beau sur les relations avec le journal, et c'est finalement assez émouvant qu'ils lui consacrent à nouveau cette une et cette place... Et ce sont les seuls à le faire en France... en attendant peut-être les hebdo demain... Le choix de photo pour la une a fait un peu discuter. On ne peut pas dire que ça ne lui ressemble pas, le côté "dégueulasse" dont on a souvent parlé, mais ça renvoie aussi à une image un peu attendue de ceux qui ont des a priori. J'ai de mon côté trouvé cocasse que la presse qui a tellement râlé quand Murat ne leur transmettait que des autoportraits choisisse finalement l'un d'entre eux... Surtout Libé qui a un stock de photos de JL conséquent.
Pas à la Bourboule assurément.
(4 enfants... comme l'indique Paris-Match)
2e référence à une collaboration avec PJ Harvey... euh...
Dommage de parler d'homophobie: on peut citer des éléments concrets allant dans un sens inverse : comme le lien avec son prof de collège, la chanson "les gonzesses et les pd"...
article ci-dessus en ligne:«J’ai un souvenir délicieux de nos rencontres lorsqu’il imaginait ce disque si singulier qu’il voulait parlé-chanté avec les poèmes de madame Deshoulières. Il avait découvert l’œuvre de cette libertine féministe qu’admirait Voltaire totalement par hasard sur un marché je crois. Nous étions vraiment très proches à l’époque. On avait fait connaissance sur la Vengeance d’une femme (1990) que tournait Jacques Doillon avec Béatrice Dalle et où il avait un second rôle. Je garde un bon souvenir de ce tournage. Jacques disait qu’il préférait les actrices aux acteurs, Jean-Louis n’en prenait pas ombrage. Pourtant il était toujours très en colère, et de plus en plus. Il ne se gênait pas pour s’en prendre à beaucoup et à l’ère du temps. C’était un poète, un grand révolté, sans concession, brut mais pas brutal. Il y avait de la douceur en lui. Son alacrité était salutaire. Sa sauvagerie aussi. Il était solitaire. La dernière fois où j’ai joué près de chez lui, à Clermont-Ferrand, je n’ai pas osé le déranger.»
vue générale ci-dessous, puis l'article en plus gros: aussi en ligne ici
Avec Jean-Louis Murat,Libération aura ouvert beaucoup de guillemets. Parce que le chanteur était particulièrement prolixe : musicalement d’abord, mais aussi en interview. Des rencontres régulières (au moins une vingtaine depuis la fin des années 80) qui donnent lieu à des ping-pongs verbaux parfois étonnants. En tout cas loin des habituels exercices de promotion. Plongée sélective dans les archives.
1988 : Murat a déjà sorti deux albums confidentiels et Bayon signe dans Libération un papier fondateur après avoir entendu Si je devais manquer de toi. Truffé de citations du chanteur, il dépeint Murat en aimable névrosé, qui confie avoir touché le fond et propose des œufs durs («Ils sont un peu mous, ça ne te dérange pas ?») avant de faire la vaisselle. «Ma copine dit : “Si tu fais des chansons quand tu vas mal, en arrêtant d’en faire ça ira peut-être mieux ?” J’ai essayé, la vie est invivable sans.» Et cette angoisse : «J’ai peur de ce que je pourrais devenir : une sorte de chanteur de charme. Crooner français à la manque.»
En 1993, à la sortie de Venus, Murat répondait à Gilles Renault, qui lui soumet sa réputation de «mauvais coucheur» : «Je ne me sens ni musicien, ni chanteur, ni artiste. […] J’espère qu’un jour j’aurais le courage de passer à autre chose.» Pourtant, deux ans plus tard, il est encore là, à la sortie d’un album live, tentant de définir pour Eric Dahan ce que serait la chanson parfaite : «Comme une maison réussie. Tournée au sud, grandes fenêtres. Des fois c’est une masure couverte de genêts, le public le voit et il refuse d’habiter pendant 3 minutes 35 une baraque qui prend l’eau. Moi, avec mes chansons, j’ai pas mal donné dans l’Algeco, avec un toit en tôle ondulée… Ma hantise, ce serait de l’écrire justement la chanson réussie. Parce qu’après c’est fini.»
Avec Jean-Louis Murat,Libération aura ouvert beaucoup de guillemets. Parce que le chanteur était particulièrement prolixe : musicalement d’abord, mais aussi en interview. Des rencontres régulières (au moins une vingtaine depuis la fin des années 80) qui donnent lieu à des ping-pongs verbaux parfois étonnants. En tout cas loin des habituels exercices de promotion. Plongée sélective dans les archives.
1988 : Murat a déjà sorti deux albums confidentiels et Bayon signe dans Libération un papier fondateur après avoir entendu Si je devais manquer de toi. Truffé de citations du chanteur, il dépeint Murat en aimable névrosé, qui confie avoir touché le fond et propose des œufs durs («Ils sont un peu mous, ça ne te dérange pas ?») avant de faire la vaisselle. «Ma copine dit : “Si tu fais des chansons quand tu vas mal, en arrêtant d’en faire ça ira peut-être mieux ?” J’ai essayé, la vie est invivable sans.» Et cette angoisse : «J’ai peur de ce que je pourrais devenir : une sorte de chanteur de charme. Crooner français à la manque.»
1999, l’Auvergnat revient de New York et Tucson où il est allé pêcher des idées et des musiciens pour son nouvel album Mustango. Il détaille les coulisses de l’enregistrement à Didier Péron : «Les musiciens ne comprenaient pas le français, pour moi c’était extra. Ils voulaient que je leur explique les textes mais je leur disais : “Vous inquiétez pas, c’est n’importe quoi.” “Naked in the crevasse”, “the proud lover of earth”, les mecs se fendaient la gueule !» Et explique sa passion pour l’autoportrait : «Quand je suis parti pour New York, j’ai loué un loft à un artiste japonais et j’ai peint sans arrêt. […] Je suis tombé dans une sorte de dinguerie de l’autoportrait, j’en ai peint 120 ou 130 ! […] J’ai lu quelque part que l’écriture ne fait fonctionner qu’un seul côté du cerveau, la peinture fait fonctionner l’autre. […]. J’ai l’impression d’être devenu bicéphale.»
En retrouvant Bayon, en 2002, le chanteur oscille entre mélancolie et fantaisie. Il chipote sa brandade de morue, traite ses migraines avec une douzaine de Doliprane par jour et l’interview vire à la discussion : «Comment va Murat ? — Ça dépend du temps. S’il fait beau, je vais bien. […] — Le “procédé Murat” s’apparente-t-il au “raisonné dérèglement rimbaldien” ? — Je suis déréglé de nature, un bonbon à la menthe me donne des visions. […] — Ton attitude pendant l’enregistrement ? La vache qui rumine. Zen à ma façon. Ne jamais carburer à plus de 70 %, privilégier le premier jet, faire sans y penser. […] — Si tu avais vécu à une autre époque ? — Préhistoire, ou ménestrel.»
Mais c’est l’année suivante, à la sortie de Lilith, qu’il se livrera le plus longuement, cuisiné par Antoine de Baecque et Ludovic Perrin. «Le rythme de création augmente-t-il avec les années ? – Je pense beaucoup à mon deuxième cerveau : le ventre. […] Vous savez comment se nomme le nerf qui relie les deux cerveaux ? Le nerf vague. C’est lui, quand l’énergie remonte, qui déclenche le sperme spirituel. Je ne peux pas passer une journée sans me faire deux ou trois giclées de sperme spirituel. J’ai toujours Proust et Montaigne à portée de main. J’ai fait tout Lilith en lisant la Recherche. — La poésie est morte ? — C’est un risque. La puissance poétique est saturée. Je ne pourrais pas écrire une chanson sur Paris aujourd’hui. Ça a été vidé, comme le coucher de soleil, de sa puissance poétique. Depuis la photographie, plus personne ne regarde les couchers de soleil, si ce n’est avec des pensées de carte postale. […] — L’image poétique n’est-elle pas galvaudée ? — Chaque fois que tu demandes un prêt de 4,5 % au Crédit agricole, ils te balancent Imagine. C’est pour ça que je n’ai jamais pu saquer John Lennon. En plus d’avoir fait spliter les Beatles, ce type a fait des chansons qui peuvent servir au Crédit agricole ! Je déteste Imagine. Elle porte le poison du temps, c’est une chanson de Jean Paul II. Je déteste les gens qui imaginent, les gens qui parlent d’un autre monde, qui te font chier avec un autre monde. Le monde est ce qu’il est. Un oiseau qui pisse, c’est un oiseau qui pisse. Alors, si tu veux un autre monde, prends-toi en charge, défonce-toi, fais de la musique, de la poésie mais ne dis pas que c’est la politique qui va faire un autre monde.» Et économiquement, s’inquiète-t-on ? «Je suis ric-rac. Mes disques ne passent pas la barre des 100 000. Autant dire zéro. J’ai gagné deux fois plus d’argent avec ma chanson pour Indochine qu’avec mes deux derniers albums. Très énervant : une chanson écrite en cinq minutes m’a rapporté deux fois plus que trois années de travail.»
Quand sort Toboggan en 2013 («un disque supportable pour les enfants»),nouveau ping-pong avec Bayon : «Ces insanités de dieu (ciel, vaudou…) que tu invoques en litanie, c’est quoi ? Toi ? — Dieu est le mot le plus commode pour parler de l’inconnu et de l’inexplicable, c’est une facilité de langage, comme “zut”, comme “flûte”. — Toboggan, c’est-à-dire ? — Rien, c’est un joli mot algonquin, les deux “o” et les deux “g” me plaisent beaucoup. — On comprend mal le sens des mots que tu psalmodies. On peut parler de poésie lettriste ? — C’est le latin des âmes perdues, mon public comprend très bien ce langage. — Tout ce que tu fais et chantes vibre de peur. Peur de quoi au fond ? — La peur d’y passer, la peur de vivre pour moins que rien.»
Sa dernière interview pour Libé, l’année suivante, commençait à dresser des bilans. A Philippe Brochen qui lui demandait s’il était navré par son «relatif déficit de succès en dépit d’une reconnaissance avérée de la critique et de [ses] pairs», Murat répondait, faussement fataliste : «Le succès, c’est le pire truc qui pourrait m’arriver. Je ne suis pas fait pour lui, même humainement.»
L'HOMMAGE EN PLUS
Après la version "Jennifer -Matt Low", à Marseille, voici la version Garciaphone-Jennifer, pendant la tournée des Elysian Fields
2 ) J'ai publié cette photo sur les réseaux sociaux, gens de raison qui en êtes absents, qui ne vivez pas en gastéropode, en gentiane, en Poulidor, je ne vous oublie pas! La photo du regretté Danyel Massacrier est d'avant 1979 je pense car c'est François Saillard que l'on voit derrière, membre du premier Clara.
J'ai aussi publié cette petite mention du Dauphiné Libéré qui cause du Dauphiné (le critérium) qui est passé au pied de la Croix Morand (1ere étape). Il aurait sans doute été en bord de route... avant le passage du tour cet été, de retour sur le Puy-De-Dôme.
En passant, vu les réseaux sociaux, à Clermont :
Et Richard Claret a fait son petit autel (on a parlé ici du Phidias la discothèque du Puy De Dôme):
L'HOMMAGE EN PLUS
Après la version "Jennifer -Matt Low", à Marseille, voici la version Garciaphone-Jennifer, pendant la tournée des Elysian Fields. Et encore une autre vidéo à Monaco...
Charlie Hebdo n’a pas toujours été tendre avec Jean-Louis Murat, cible privilégiée notamment de Luz dans les années 90. Mais ce mercredi (31/05) Yannick Haenel rend hommage à celui qui, nous apprend-il, l’a longtemps accompagné… Magali Brenon [inter-ViOUS et Murat en 2014] les avait réunis en plaçant Yannick Haenel en épigraphe de Jamais par une telle nuit, roman hanté par les mots de Murat, et en effet entre ces deux-là on peut aisément imaginer une fraternité secrète. Dans leur évocation toujours frémissante du désir et de la quête amoureuse et érotique, dans leur immense exigence vis-à-vis de l’écriture, de la littérature, lieu d’un dévoilement. Dans le feu qui traverse leurs œuvres. Leur curiosité de lecteur insatiable aussi. Pour qui fréquente Murat, Tiens ferme ta couronne semblait bruisser d’échos – Isabelle Huppert, Proust, Rimbaud, une autre histoire américaine, et jusqu’au décor d’une partie du roman, le Mont-Dore, le col de la Croix-Morand – col de Diane – ou le lac du Guéry.
Dans cette chronique du 31/05 émaillée de citations, de phrases aimées, de souvenirs, il est beau de voir comment les mots des poètes, les mots de Murat nous accompagnent, nous habitent, et continuent à nous bouleverser.
Florence
Sur téléphone, c est un peu petit.. mais vous pouvez agrandir....
2) Merci M. HAENEL, c'est vraiment un bel hommage, et j'avais envie de lui réserver cet article... mais puisqu' ON EST CHARLIE (et tant le terrorisme a été un sujet pour Jean-Louis), et pour rester fidèle à la ligne du blog, à Matthieu, voici quelques dessins sur lesquels je suis tombé...
Et non, la musique de Jean-Louis Murat ne nous a jamais déprimés... mais réconfortés! C'est ce qu'il nous a fait il y a 12 jours qui nous plonge dans le désarroi.
Comme le disait Jeetoo hier, "la transmission était son credo", et il était loin de l'image du dépressif notamment quand il avait l'occasion de nous parler des choses qu'il aimait : lors de la rencontre à la médiathèque à Rosny, au toboggan à Décines pour parler de cinéma, avec Lang à la radio... Et cela m'amène à notre lien en plus.
3) L'HOMMAGE EN PLUS PAR JEAN-LOUIS MURAT
JACQUES ROZIER est mort à 96 ans le 2/06. le monde
Jean-Louis nous avait conseillé son film Du côté d'Orouët (1973) dans le Télérama du 14/07/2005.
Là encore, un film bien français. Rozier est le plus vraisemblable de nos cinéastes, d'autant qu'il porte le nom de la marchande de friandises de mon enfance. J'y retrouve mon côté province, mes années 70 à La Bourboule. Un monde de gens simples, pleins de bonne volonté, qui se coltinent les problèmes de la vie. Un univers que l'on trouve aussi chez le cinéaste Pascal Thomas, ou chez Emile Couzinet, un réalisateur qui avait construit son propre petit Hollywood du côté de Royan, au début des années 50. J'aime ces ambiances parce qu'elles sont l'étoffe de nos vies. En comparaison, le cinéma français d'aujourd'hui me paraît putassier. L'ensemble des recommandations : ici
4) De fil-m en aiguille, partons à la Bourboule.
Jean-Louis évoque ci-dessus la Maison Rozier art déco, qui fait partie du patrimoine bourboulien, mais il parle aussi de ses "années 70 à La Bourboule". Je veux vous partager un témoignage, reçu sur facebook :
Jean-Louis Murat était le chef de bande, mais aussi un grand frère pour les plus jeunes, dont le groupe des PLEXIGLAS... dont faisait partie Christophe PIE. Ils ne rataient rien des concerts, des répétitions (quand Les sales gosses, le groupe de Christophe ADAM était monté de Clermont, le concert pour Sheller qui sera décisif pour la suite...).
Voici une anecdote de Jean-Pierre :
Une chose dont je me souviens, et qui caractérisait (selon moi) JL à l'époque c'était sa bienveillance et gentillesse. Lors d'un concert Plexiglas à la MJC de La Bourboule, ma sangle de guitare s'était accidentellement détachée, laissant entrevoir un grand moment de solitude scénique. JL, présent sur place (faisions-nous leur 1ere partie, je ne sais plus) a de suite réagi et a été le premier à monter sur scène pour remettre ma sangle en place... La "gainsbarrisation" plus tard de JLM n'étant à mon sens qu'une vaste fumisterie (orchestrée très certainement) visant à "casser" l'image d'un artiste gentil et mièvre en interview (ex. Ardisson 89 ou Dechavanne 93). Bienveillance, gentillesse... et aussi timidité et manque de confiance malgré les apparences (il le reconnaîtra en interview)... bref un bon gars, sensible et somme-toute fragile... Tout le reste n'est que protection et carapace...
Sur La Bourboule, j'avais déjà utilisé de propos de Jean-Pierre dans cet article.
Plexiglas: de Gauche à droite: "1 Christophe 2 Bernard* 3 José 4 Jean-Pierre, photo prise au comptoir du Lous Fadas où parfois Jean Louis faisait le serveur. Roger, boulanger, était certainement déjà au boulot". José : "Bernard (1961-2011), ouvrier plâtrier que je fréquente à l’époque sur les chantiers de La Bourboule, nous partageons la passion de la new wave . Il m’invite à rejoindre un groupe en formation, je demande à mon inséparable Jean Pierre de venir aussi. Malheureusement Bernard part en live quand vient l’heure du service militaire. Cache-cache avec les gendarmes, il finit par être pris. Je l’ai revu bien des années plus tard sur un chantier, revenu à la case départ. S’attaquer à la grande muette avait laissé des traces."
José, à propos des premières parties compliquées de Clara sur Clermont (insultes, jets divers...) : "Le public clermontois était sans pitié pour le style Clara. Il fallait une bonne dose d’abnégation pour continuer. J’ai toujours dit que si Jean-Louis devait finir mendiant, il le serait avec la guitare à la main. Quand je vois aujourd’hui la presse clermontoise faire son éloge... A l’époque elle n'en avait que pour d’autres groupes clermontois tous éphémères. Je me souviens d’un article ravageur paru dans La Montagne à la suite d’une première partie d’importance de Clara. J’étais présent aux écuries quand Jean-Louis a pris le téléphone pour incendier la rédaction". Jean-Pierre : "les citadins de Clermont traitaient à l'époque péjorativement JLM, au mieux de paysan, au pire de bouseux".... On comprendra mieux le ressentiment de Murat envers Clermont, et peut-être la presse....
PS: - On retrouvera les hommages à Jean-Louis de José et Roger, deux autres membres de Plexiglas, dans l'article consacré aux hommages.
-Babel a failli s'appeler La Bourboule, Signe de cet attachement, il semble que Jean-Louis préparait un livre sur la commune de son enfance. .
Pour conclure, voici le bel article du SEMEUR HEBDO, encore disponible en Auvergne. Outre le photographe Denis Pourcher, un ami d'enfance de Jean-Louis (de la Fanfare) Yves Audigier (personnalité locale) y est interrogé. Dernier clin d'oeil à La Bourboule pour ce jour. Et surtout n'oublions pas "soignez vos bourres, soignez vos boules, soignez-vous à la Bourboule"...
Epilogue:
Il parait qu'il y a du tennis à la télé... Je ne sais pas... Elle n'est plus allumée depuis....
Pensées pour la demi-finaliste de l'open de la Bourboule. Il parait que les spectateurs de Rolland sont ingérables cette année...
Au cours de ces jours agités, dans les sollicitations, témoignages, souvenirs qui me sont parvenus, le message de ["Ah, tiens, si je m'attendais..."!] Jeetoo, écrit de Rochefort-Montagne, va sans doute rester comme le plus émouvant pour ce qu'il disait d'elle, de Jean-Louis et... un peu de moi. Ce nom Jeetoo figure dans tous les articles récents dans les crédits photos, et même dans Buck John (le portrait de la pochette). J'en avais tiré la conclusion qu'il s'agissait du dernier amour de Jean-Louis Murat, la "princess of the cool". Une relation de deux ans, dont le confinement, qui s'est poursuivie dans l'amitié (elle devait manger avec lui dans la semaine). On s'est rencontré après les obsèques, et elle a passé l'après-midi avec nous, au côté de Marco, le vieil ami de Jean-Louis.
Elle a voulu nous transmettre des photos (prises avec son téléphone, comme celles de la promo, prises sur le vif)... et un texte. Inutile d'en dire plus. (Je garde pour l'instant deux photos pour vous les présenter le 23 et 24 juin).
Le contraste infini...
Jean-Louis était la quintessence de l’humain. Le pire et le meilleur. La gentillesse et la mauvaise foi. La finesse extrême, la pesanteur la plus profonde. La force la plus martiale et la fragilité la plus désarmante... Un gosse sous une carapace de guerre.
Je me suis attachée à lui comme on s’attache à soi-même.
Murat/Bergheaud ne faisaient parfois pas bon ménage.
Murat était parfois beau parleur, vantard, paternaliste ou donneur de leçon.
Bergheaud était toujours tendre, attentionné, fissuré par une fragilité qu’il tentait de cacher avec Murat.
Quand Murat donnait des leçons à qui voulait les entendre, c’était à Bergheaud qu’il s’adressait.
Il était trop vivant pour n’être qu’un.
La somme Bergheaud+Murat donnait un homme entier, trop parfois, dans des excès et des contrastes qu’il avait du mal à dompter.
Bergheaud m’a déjà dit en avoir marre de Murat. Mais il me disait aussi que Murat avait sauvé Bergheaud.
Murat le cavalier, le frondeur, le sniper...
Bergheaud l’homme simple, généreux, timide, le père aimant et attentif.
La transmission était son credo.
À tous les gens qui l’ont connu, de loin ou de près, il a transmis l’élan. Cet élan, il en avait tant qu’il ne pouvait faire autrement que de le partager. Il coursait la vie et nous a appris à courir presque aussi vite que lui.
Comme un résumé de l’humanité, du sol terreux il tentait de d’effleurer le divin. Et il y parvenait.
V. Jeetoo
(je me demande si une photo -ci-dessus- de ce type n'avait pas été mise sur instagram, mais ce n'est plus consultable - il n'y figure plus qu'une photo)
" c’est la roche Sanadoire vue de chez lui. Elle m’a toujours fait penser à son profil. Lui l’appelait ”L’Indien”.
Ci-dessous, "le genre de chose qu’il m’envoyait régulièrement, des images au gré de son humeur. Là, il était joyeux, Il me semble aussi qu’il avait pensé à ce genre de titre (Ooh Rooh ba doo) pour l’album Baby Love"
Merci Barbara! Désolé pour ceux qui ne sont pas sur facebook. Des vidéos seront sans doute visionnables demain sur youtube... Il s'agit de la projection du clip "regrets" en entame du concert de Mylène Farmer au Stade de Lille devant 40 000 (?) spectateurs... Ca secoue...
Nevermore: comment Mylène Farmer a rendu hommage à Jean-Louis Murat sur scène
Samedi soir, Mylène Farmer a lancé à Lille sa spectaculaire tournée « Nevermore » au stade Pierre-Mauroy. Dix jours après la mort de Jean-Louis Murat, elle ne pouvait pas passer sous silence cette disparition alors qu’elle a partagé avec lui un duo emblématique des années 90.
En 1989, Jean-Louis Murat sort son troisième album Cheyenne Autumn, sur lequel se trouve son premier titre qui marche en radio : Si je devais manquer de toi. Ses chansons arrivent aux oreilles de Mylène Farmer qui voit en lui son double poétique. « J’aime l’auteur, j’aime l’interprète. (…) J’ai souhaité lui envoyer un mot pour lui dire que j’aimais ce qu’il faisait, mais j’ai du mal à le faire. Je le formulerai d’une autre façon un autre jour » déclare-t-elle en interview. Ils s’écrivent, se rencontrent… Et Mylène Farmer invite Murat dans son univers, avec la chanson Regrets. Un duo sombre, très beau, où un couple s’appelle au-delà de la mort. La voix très haute de Farmer et celle grave et lancinante de Murat se marient parfaitement. La chanson sort en 1991, sur l’album L’Autre, qui s’écoulera à 1,8 million d’exemplaires. Regrets, que Les Inrocks qualifie à l’époque de « collaboration douteuse », est un tube. Jean-Louis Murat est mort, à 71 ans, il y a dix jours. Mylène Farmer ne pouvait pas ne pas rendre hommage à cet artiste et à cette chanson partagée. Pour autant elle n’intègre pas Regrets dans la setlist de la tournée Nevermore. Elle aurait pu pourtant profiter de la présence d’AaRON pour revisiter le duo, qu’elle n’a mis dans son tour de chant qu’une seule fois sur scène (seule, lors du Mylenium Tour). Aucun hommage n’est intégré au spectacle. C’est avant le début du show que ça se passe. Alors que le public du stade Pierre-Mauroy patiente et qu’il est déjà 21h10, l’écran géant sur scène, sur lequel était jusqu’alors écrit « Nevermore » en lettres rouges, s’allume. Dès la première image, les fans comprennent : en guise d’hommage, Mylène Farmer a décidé de diffuser le clip. Applaudissements, émotion… Le public écoute, chante et redécouvre ce clip en noir et blanc, réalisé par Laurent Boutonnat et tourné dans le cimetière juif de Salgótarjáni de Budapest.
Jean-Louis Murat est mort, à 71 ans, il y a dix jours. Mylène Farmer ne pouvait pas ne pas rendre hommage à cet artiste et à cette chanson partagée. Pour autant elle n’intègre pas Regrets dans la setlist de la tournée Nevermore. Elle aurait pu pourtant profiter de la présence d’AaRON pour revisiter le duo, qu’elle n’a mis dans son tour de chant qu’une seule fois sur scène (seule, lors du Mylenium Tour). Aucun hommage n’est intégré au spectacle. C’est avant le début du show que ça se passe. Alors que le public du stade Pierre-Mauroy patiente et qu’il est déjà 21h10, l’écran géant sur scène, sur lequel était jusqu’alors écrit « Nevermore » en lettres rouges, s’allume. Dès la première image, les fans comprennent : en guise d’hommage, Mylène Farmer a décidé de diffuser le clip. Applaudissements, émotion… Le public écoute, chante et redécouvre ce clip en noir et blanc, réalisé par Laurent Boutonnat et tourné dans le cimetière juif de Salgótarjáni de Budapest.
Et pendant ce temps-là à la BOUCHE D'air, salle Paul fort, où Jlmurat avait ses habitudes, Florent Marchet, Belin, Albin de la Simone, Clarika, Ignatus chantaient aussi... Fort alamo
bonjour, déjà 9 jours dans notre monde sans Jean-Louis... 9 déjà. Pourtant, il semble partout dans ce que je vois... même si les hebdo parus en fin de semaine sont un peu décevants (on se contentera de Paris -Match, Nlle Obs, Télérama, Charlie, on verra ça un de ces jours, rien dans le point, l'express, Marianne...).
Merci encore pour votre aide, les commentaires sur le blog, tout ça! et Ps: des textes et hommages ont encore été rajoutés ici).
Je renonce à éditorialiser les articles prochains, ou à chercher à y mettre un peu d'ordre, car le temps me manque. Il faut que j'accorde la priorité à la préparation de notre rencontre du 23/24 juin à Clermont-Ferrand. Peut-être que c'est la première d'une longue série, le Fotomat m'a déjà proposé de ritualiser... à cette date symbolique déjà chargée de souvenirs (week-end dolos, koloko). Il reste encore quelques pass deux jours...
J'en profite pour vous dire que le camarade Michel KARTON rejoint la soirée tribute (à la place d'ARCWEST). L'auvergnat est un vrai fan de Murat: il disait ceci à Pierre ANDRIEU:"Voilà un mec qui a réussi dans l'adversité : Murat au début ; c'était pas évident à écouter, les thèmes étaient un peu difficiles ! Il se fout de son image : il s'est fait connaître avec Si je devais manquer de toi mais il n'a pas refait indéfiniment la même chanson, comme Goldman par exemple ! J'aime bien son cheminement, je suis assez inconditionnel : j'ai tout ce qu'il a sorti ! Sur la tournée Mustango, il a osé surprendre en réinterprétant ses chansons avec des machines : il prend des risques. Ce n'est pas parce qu'il est d'ici mais il faut reconnaître qu'il sait écrire et qu'il a un univers ! C'est le seul d'ici à avoir réussi !". C'est à ce jour la seule modification au programme du week-end.
Par contre, le musicien dijonnais Michael DeFleur qui s'illustre notamment dans deux combos (rock et un cover band des Stones) avait prévu depuis plusieurs semaines de proposer un programme OFF : celui-ci qui a assisté à 5 concerts de la dernière tournée chantera du Murat au caveau du Puy de la lune (petit lieu jazz et chanson de Clermont) de 16 à 17h, et c'est gratuit, le samedi 24. (1,8 km du Fotomat à pied, ou ligne A jusqu'au jardin lecoq). Petite info: Nous devrions pouvoir vous proposer un peu de restauration au Fotomat.
Un petit mot de Michael DeFleur :
Haiku pour Jean-Louis
"Remonter le fleuve Amour
Atteindre le Coeur
Nous priver du Poète." Michael DeFleur
PS: Ayant eu la joie de suivre la dernière tournée,
voici quelques retours sur La Grande Boucle 2022-2023 :
Etapes "de route" :
AUXERRE (89) Le Silex vendredi 7 octobre 2022
Où jean-louis brille à la guitare
Vainqueur d'etape : JL MURAT MAILLOT JAUNE
DIJON (21) La Vapeur jeudi 27 octobre 2022
Ou jean-louis est en voix
Vainqueur d'etape : JL MURAT MAILLOT JAUNE
Etape "contre la montre" :
MONTLUCON (03) L'Embarcadere samedi 3 decembre 2022
Où jean-louis dépasse le mur du son
Vainqueur d'etape : JL MURAT MAILLOT VERT
Etape "de montagne" :
MEYMAC (19) Le Soubise cinema vendredi 3 fevrier 2023
Où jean-louis nous fait voir du pays
Vainqueur d'etape : JL MURAT MAILLOT BLANC A POIS ROUGES
Etape "arrivée du Tour" :
ROYAT (63) L'Avan.C vendredi 31 mars 2023
Où jean-louis salue le public (et sa mere) sur les Champs Elysées
Vainqueur du Tour : JL MURAT MAILLOT JAUNE.
(Criterium post-Tour : TULLE (19) Des Lendemains Qui Chantent vendredi 19 mai 2023)
Sur ce, partons sur un peu sur Europe 1:
On a commencé à parler de l'émission Libre Antenne sur Europe 1 ici avec la jolie intervention de Oomiaq (Régis Pulisciano, musicien du Mustango-tour). Cela a décidé en direct Y. MOIX de faire une émission spéciale le lendemain. Depuis, on a beaucoup échangé avec Régis, et à part Muragostang, il faut aussi le créditer de la rencontre Murat/Camille, via une reprise réalisée ensemble... et même peut-être celle avec Fred (un soir à Benicassim, rencontre avec As Dragon par sa connexion). Il est très ami avec le frère de cette dernière également (Simon Dalmais).
Le lendemain, dimanche, Régis me contacte à 17h30: Il me demande de l'aider à trouver des invités et fournir des mp3 pour le soir même... J'arrive à mobiliser Marie-Jeanne Serero, Franck Loriou, et Stéphane Prin (ingé son sur Dolorés jusqu'à Moscou/1829...) et appelle au secours l'archiviste en chef Five pour la musique (Oomiaq n'a plus le morceau de Washington que lui même avait mis en ligne jadis)... Hélas, Stéphane Prin ne sera pas appelé... et Régis et moi, pas en ligne pour aider Marie-Jeanne à répondre aux questions de MOIX dans la première partie qui est un peu flottante. Marie-Jeanne peut avoir un discours sensible et émouvant sur des brèves rencontres avec Jean-Louis Murat, mais ne le connaît pas en détail.
Petite prise de note avec l'aide de FLORENCE :
Ca commence avec JLM chantant "Memory Divine" écrite pour Françoise Hardy, je n'avais pas un bon souvenir de cette prestation, mais ce n'est pas si catastrophique. Marie-Jeanne évoque Murat de façon très sensible: « Je trouvais qu’il était juste », « Il avait envie de rêver et de nous faire rêver », il avait « un humour qui pouvait être cruel, mais avec un cœur tellement tendre… ». "L'almanach amoureux", dont elle a fait les arrangements, est diffusé, suivi de quelques questions sur leur façon de travailler ensemble. « On parlait composition avec lui… et parfum ». Elle évoque aussi son« rapport au temps et au mouvement »... On peut regretter que la question suivante soit plus générale et n'aille pas plus avant dans les secrets de l'atelier des artistes. Marie-Jeanne conclut néanmoins joliment en disant : « Ce qu’il m’a appris, c’est sa délicatesse ». Elle retient « sa fluidité dans le travail », « son sens de l’amitié », « une forme d’élégance », définit sa façon de chanter en disant : « Il se rapproche de l’oreille de l’auditeur et il nous parle au cœur. C’est très doux »
Franck LORIOU intervient ensuite (il avait déjà parlé sur France Inter), et j'ai trouvé ça plutôt intéressant:
Il parle des fans qui doivent être zélés pour suivre tout ce qu'il fait... mais pas aussi nombreux qu'il le méritait. Il est ensuite question de leur travail commun sur les 7 pochettes: "une approche assez poétique des choses, il me racontait des histoires, et ensuite, lui laissait proposer, sauf sur la dernière, où c'est Jean-Louis qui avait eu l'idée de se costumer en général d'empire. Il parle de leurs rencontres là-haut, "avec tout un protocole : regarder le tour de France, manger de la charcuterie, parler de tout et de rien, et à un moment, on faisait des photos, mais on avait installé quelque chose d'intime. Il était un des hommes les plus cultivés que je connaisse, intelligent, et donc drôle, il aimait tous les arts, s'intéressait à tous, était très curieux et ne vivait pas dans le passé". Il est aussi question de la critique. MOIX fait une remarque plutôt juste sur sa retenue, qui lui permet d'être intemporel, parle de raffinement [mais c'est aussi sa capacité à être "dégueulasse" qui est forte (comme nous le disait la Féline]. Ca se termine par une remarque assez juste de Moix encore: "30 albums c'est vertigineux, les fans doivent m'envier, il a tout à découvrir".
Avant le passage sur les ondes d'un certain Pierre, il y a une jolie archive avec Nikos A... Puis, il est demandé à Pierre de parler des débuts de Murat, de ses concerts, Moix improvise sur le peuple après "suicidez-vous.." et il est donc abordé sa série sur les gilets jaunes, et les titres restant à découvrir, les artistes dont il est une référence, le wokisme, le cinéma...
Dans le podcast sur le lien ci-dessous , il manque un bout de l'émission (Oomiaq est un peu mis à l'honneur, et ça fait plaisir pour lui, quelques propos de Régis et la diffusion d'une version live inédite de Washington.... Le certain Pierre qui a fini par m'agacer y citait Grégoire Bouillier, l'auteur en lice pour le Prix France Inter (il avait été dit sur FIP qu'il était un grand fan de Muragostang)... MOIX déclare être rentré dans l'oeuvre de Murat grâce à ce titre, "je m'en veux de ne pas m'être intéressé", "il y a un génie". "vous m'avez donné envie de rentrer dans son oeuvre"
Je vois que le bout manquant (mais pas la chanson Washington) est disponible dans la version complète de l'émission : ici à 1h06'58. Je vois que le vendredi, il avait été question de phlébite (liée aux avions).
En consultant le lendemain, le groupe fb de l'émission (18000 mb), je découvre qu'elle a une vraie communauté... et certains messages font plaisir notamment Anne qui remercie l'émission et dit "je ne connaissais pas et j'ai eu un coup de coeur". Bon, ça valait le coup... et c'est la seule émission consacrée à Murat depuis une semaine à ma connaissance.
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Pour rester sur EUROPE 1, Taddéi a rediffusé ce vendredi 2/06, une interview datant de 2009. Il reprend la parole avec une certaine émotion, "il va me manquer". Il avait déjà diffusé la même interview le 27/05. J'ai un peu scruté le reste de l'antenne, je n'ai rien vu d'autres.
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J'ai enfin trouvé un petit moment consacré à Jean-Louis dans l'émission Musique! diffusé le week-end par Stéphanie Loire. C'était le 28/05. Les louanges sont nombreuses, mais où a-t-elle pioché que Sheller l'avait découvert à 17 ans... Mystère.
Dans la nuit, deux diffusions du Col de la croix morand (le 26), fort Alamo le 27, mais rien entendu dans les journaux du midi; le soir du 25, ils préfèrent consacrer du temps aux tacos... et le décès fait l'objet d'une brève en musique:
Le journal du dimanche matin (28) diffuse le Mont Sans souci.
TROP DE LIENS EN PLUS POUR FAIRE UN LIEN EN PLUS
Et j'ai piscine (et c'est vrai...), et... je découvre un mail dans ma boite qui m'empêche de penser à autre chose... Il vous est aussi adressé... A très vite
J'ai besoin de souffler. Voici pour ce soir... enfin.... finalement, c'est ce matin... la mise à jour du site officiel avec la "bio discographique" signée par Franck Vergeade. Définitive... ou pas... mais en tout cas authentique. On verra si cet article figure dans les Inrocks de la semaine.
- Petite brève en passant: Jean-Louis est numéro 2 des ventes, pour la première semaine, alors qu' il était difficile de trouver le Best of dans le week-end, Pias n'avait naturellement pas prévu... Un disquaire a signalé sur fb des nombreuses ventes sur les autres disques, avec des trentenaires, quarantenaires, qui viennent de le découvrir...-
Jean-Louis Murat
1952 – 2023
Crédit : Julien Mignot
Du 45 tours mythique Suicidez-vous le peuple est mort (1981) au premier Best of (2023) de sa carrière, paru au lendemain de sa disparition brutale à l’âge de 71 ans, Jean-Louis Murat aura bâti, quatre décennies durant, une œuvre à la fois singulière, copieuse et incomparable dans l’Hexagone. Mémorables et inspirés, définitifs et surprenants, variés et complémentaires, ses enregistrements forment une discographie imposante et pléthorique dont voici les principales têtes de chapitres, entre vingt et un albums officiels et une quinzaine de projets parallèles (concerts, adaptations littéraires, bandes originales de films, DVD).
Né à Chamalières (Puy-de-Dôme) le 28 janvier 1952, Jean-Louis Bergheaud débute sa carrière de musicien puis chanteur dans Clara, un groupe d’obédience rock à la Dogs formé en 1977 avec trois musiciens locaux recrutés sur petite annonce, dont le guitariste Alain Bonnefont. Après quelques concerts remarqués, Clara joue à Paris dans un studio de RTL et tape dans l’oreille de William Sheller – une petite consécration, mais l’expérience tourne court. En 1980, Jean-Louis signe chez Pathé Marconi/EMI et devient Murat, un pseudonyme choisi d’après le nom du village grand-parental (Murat-le-Quaire) et du roi de Naples au XIXe siècle (Joachim Murat, évoqué dans Je me souviens). En 1981, paraît le premier 45 tours de Jean-Louis Murat, Suicidez-vous le peuple est mort. Sous couvert d’une pochette en noir et blanc signée Jean-Baptiste Mondino, ce titre minimal et synthétique révèle déjà la langue bien pendue de son auteur, inspiré par l’arrivée prochaine de Mitterrand au pouvoir. Hors format (six minutes) et mal compris (interdit d’antenne sur Europe 1), le single fait flop, mais deviendra culte. L’année suivante, il publie un mini-album éponyme, Murat (1982), mixé par Dominique Blanc-Francard. Dans la chanson qui porte son pseudo, l’Auvergnat esquisse un autoportrait en creux : “Murat/C’est l’âme d’un cinéma/Où la caissière se bat/Personne n’entrera”. 1984 sonne l’heure du premier album, Passions privées, encore mixé par DBF et illustré par une photo de Bettina Rheims. En dix plages, le style Murat se fait jour : voix caressante, écriture soignée, mélodies entêtantes, arrangements sophistiqués (on l’entend, comme chez Clara, jouer du saxophone). Certains morceaux (Petite beauté, Pourquoi n’as-tu pas dit je t’aime, L’Étrangère, La Louve) portent en germe le futur Cheyenne Autumn. Sans oublier le tubesque Johnny Frenchman, qui sera souvent interprété en concert. Le disque, seulement écoulé à un millier d’exemplaires, lui vaut une rupture de contrat chez EMI, mais une chronique dans Télérama témoigne d’un certain intérêt critique. Murat part en tournée estivale avec Charlélie Couture. Avant un silence discographique imposé de trois ans.
En 1987, Jean-Louis Murat signe chez Virgin, le label français le plus en vogue de l’époque, et sort le 45 tours Si je devais manquer de toi, imparable ritournelle électronique au parfum de saudade. Pour la première fois, le succès est au rendez-vous : 60 000 singles vendus. Et l’accueil médiatique au diapason. C’est Libération qui, sous la plume de Bayon, lui tresse les plus beaux lauriers sur une double page parue en février 1988 : “Profil rock de Bashung reprenant Chasseur d’ivoire (avec un soupçon d’accent Cabrel) ou de Manset chantant Bijou bijou”. Jean-Louis enchaîne avec un autre simple, Le Garçon qui maudit les filles, à la mélodie et au refrain instantanés. Annoncé par un troisième extrait, L’Ange déchu, Cheyenne Autumn paraît au printemps 1989. Posant devant l’objectif de Jean loup-Sieff, Murat se joue de l’analogie avec l’anniversaire de 1789 (Déjà deux siècles… 89…) et cite John Ford et Andreï Tarkovski (dont on entend la voix dans le titre Cheyenne Autumn) parmi ses cinéastes majeurs. Pour ce deuxième LP produit avec Christophe Dupouy, Jean-Louis a privilégié les nappes de clavier et une boîte à rythmes, ce qui confère à l’ensemble cette ambiance vaporeuse et quasi amniotique. Disque d’or l’année de sa sortie (100 000 copies), Cheyenne Autumn va marquer durablement la chanson française et influencer nombre d’artistes à travers des ballades spleenétiques qui font le grand pont entre Leonard Cohen et Léo Ferré, Robert Wyatt et The Pale Fountains, Jean Ferrat et Antônio Carlos Jobim. Dans le paysage musical d’ici, il y a véritablement un avant et un après-Cheyenne Autumn.
1991 est un autre tournant dans la carrière de Jean-Louis Murat. Propulsé au Top 50 pour son duo inattendu avec Mylène Farmer, Regrets, il publie à l’automne Le Manteau de pluie, un troisième album qui creuse le sillon de Cheyenne Autumn avec un casting comprenant, entre autres, Neil Conti, le batteur de Prefab Sprout. Avec les singles Col de la Croix-Morand (les références géographiques à l’Arverne sont un fil rouge de son répertoire) et Sentiment nouveau, Murat poursuit son escalade sur les cimes du succès (150 000 ventes pour Le Manteau de pluie, première couverture nationale dans Les Inrockuptibles). Pourtant, le disque est d’une mélancolie tenace (Le Lien défait), d’une beauté minérale (L’Éphémère) et d’une sexualité revendiquée (Le Parcours de la peine, Gorge profonde). Musicalement, derrière la production de la paire Murat/Dupouy, on entend des accointances avec les plages planantes de David Sylvian et autres pièces atmosphériques de Talk Talk. Il y livre aussi une adaptation en français d’un vieux titre de Michael Franks (Down In Brazil, rebaptisé Le Mendiant à Rio). De la même manière, pour un tribute en hommage à Leonard Cohen (I’m Your Fan, édité par Les Inrockuptibles), il propose sa version proverbiale d’Avalanche. En fin d’année, le quotidien Libération offre à ses lecteurs un CD hors commerce de cinq inédits de Murat, inspirés par le monde paysan (Le Berger de Chamablanc, Terres de France, Dordogne) et enregistrés dans la chapelle romane de Notre-Dame de Roche-Charles (Puy-de-Dôme). Immense disque sans batterie et au souffle rare, Murat en plein air est l’un des trésors les mieux cachés de sa discographie.
Changement de décor et de couleur en 1993 pour Vénus, où Jean-Louis Murat n’apparaît plus sur la pochette, laissant place à une orchidée en floraison. Fini le crooner synthétique, place au ménestrel guitariste, comme sur les ballades étirées La Fin du parcours, La Momie mentalement et Montagne. Entre pop songs limpides (Tout est dit, Le Monde caressant, Par mégarde) et chanson politique (Rouge est mon sommeil, à l’adresse de Salman Rushdie), Vénus maintient brillamment l’équilibre. Sur sa lancée, le chanteur décide enfin de (re)partir en tournée, dont il ressortira l’enregistrement public Murat Live (1995). À noter que la version limitée du disque inclut la bande originale du film (jamais sorti à ce jour) Mademoiselle personne, réalisé par Pascale Bailly, où il joue notamment aux côtés d’Élodie Bouchez (les rares images figurent dans le clip du Monde caressant). Changement de ton, encore une fois, en 1996 pour le cinquième Murat, fruit de six mois de séances au studio Davout (Paris) dont il déplorera, à maintes reprises, son élaboration fastidieuse. Et pourtant, Dolorès est un authentique chef-d’œuvre, voire même pour certains le sommet intouchable de sa discographie. Album de rupture amoureuse et artistique, Dolorès s’inscrit dans le son de l’époque au mitan des années 90. Le trip hop de Bristol et le sampler sont à la mode ; Jean-Louis envisage d’abord de collaborer avec l’insigne producteur Nellee Hooper (Soul II Soul, Massive Attack, Björk), avant d’y renoncer et de s’appuyer sur ses acolytes Denis Clavaizolle et Christophe Dupouy. Brillants de bout en en bout, ces douze morceaux forment un bloc qui s’écoute d’une seule traite, où Jean-Louis courbe l’échine (Fort Alamo), chante le désamour (Le Train bleu) et l’amour retrouvé (Aimer) comme personne. “Rien n’est important, j’écris des chansons comme on purgerait des vipères”, confesse-t-il au détour de Perce-neige.
Direction New York et Tucson (Arizona) en 1999 pour Mustango, le premier disque américain du songwriter français, qui s’est entouré de Calexico (le contrebassiste Joey Burns, le batteur John Convertino) et d’Elysian Fields (la chanteuse Jennifer Charles, le guitariste Oren Bloedow), ainsi que du guitariste courtisé Marc Ribot. Cela faisait longtemps que l’idée lui trottait dans la tête – Murat ne manquant jamais une occasion de tacler l’étroitesse de la chanson française. Avec cet album transatlantique, ouvert à tous les genres (des chœurs gospel de Nu dans la crevasse à la country folk pneumatique du single Jim), le Berger de Chamablanc touche au but. Et sillonne à nouveau les salles de concert avec trois musiciens, dont les fidèles Alain Bonnefont et Denis Clavaizolle (le live Muragostang, 2000). Au tournant des années 2000 et son passage chez Labels, la division indépendante de Virgin, Jean-Louis Murat compte publier (au moins) un disque par an, une cadence infernale comme disent les suiveurs du Tour de France qu’il affectionne tant (cf. Le Champion espagnol sur Grand lièvre). En 2001, avec Madame Deshoulières, il s’offre un pas de côté avec la complicité d’Isabelle Huppert en interprétant les textes libertins de cette poétesse du XVIIe siècle sur de la musique baroque. Ce disque symbolise les retrouvailles entre le chanteur et l’actrice, qui partageaient avec Béatrice Dalle l’affiche du film La Vengeance d’une femme (1990) de Jacques Doillon.
Pour son septième album, Murat souhaite prolonger l’expérience américaine, cette fois du côté de Memphis, mais doit y renoncer après les attentats du 11 septembre. Il se rabat donc sur une formule en trio, privilégiant la spontanéité à la sophistication. D’abord envisagé comme un nom de groupe improbable et porté par quelques singles à l’entrain immédiat (L’Amour qui passe, L’Au-delà, Foule romaine), Le Moujik et sa femme (2002) séduit par son évidence mélodique, sa souplesse rythmique et sa simplicité organique. Amoureux et faussement insouciant, Murat chante d’une voix aussi limpide que familière. L’année d’après, il triple la mise avec Lilith (2003), son premier triple vinyle. Écrit à la va-vite (de son propre aveu), enregistré en quatre jours, JLM marque les esprits avec vingt-trois chansons qui oscillent entre envolée électrique (Les Jours du jaguar) et accalmie acoustique (Emotion), single basique (Le Cri du papillon, avec Camille parmi les choristes) et escapade cuivrée (Le Mou du chat). En 2004, il s’accorde une pause récréative avec la complicité de son bassiste attitré Fred Jimenez, qui a composé les douze titres, et de la chanteuse new-yorkaise Jennifer Charles. En clin d’œil à Leonard Cohen (Bird On The Wire), A Bird On A Poire est un disque pop et coloré qui fait battre la chamade (Le Temps qu’il ferait) et du pied (Mashpotétisés). Décidément infatigable, Murat enchaîne la même année avec la parution du DVD Parfum d’acacia au jardin, qui comprend treize chansons inédites filmées par Don Kent au studio Guillaume Tell (Suresnes).
En 2005, Jean-Louis Murat apparaît étrangement les yeux bandés sur la pochette de Mockba/Moscou. Caché mais hésitant, il opte pour plusieurs directions, ayant déjà à l’esprit de mettre en musique les textes de Pierre-Jean de Béranger, le plus grand chansonnier du XIXe siècle auquel il consacrera un disque entier (1829, 2005). Au final, Mockba rassemble des morceaux imaginés pour un mini-album (Les Faubourgs de Moscou), trois adaptations de Béranger et des ballades arrangées par Dickon Hinchliffe (Tindersticks). Ces deux références parues en 2005 sont les ultimes pour la maison EMI et ses labels affiliés. Désormais en licence chez V2, Murat choisit un titre sicilien pour son dixième album (hors projet annexe ou bande-son), illustré par l’atelier M/M (Paris) avec lequel il entame une collaboration graphique. Dédié à l’ancien bassiste de Clara et perpétuant le jeu en triumvirat, l’étincelant Taormina (2006) renferme des chansons d’inspiration blues, où la mort environnante rôde et où les envolées électriques sont rares (mémorable Accueille-moi paysage). Observateur de son Auvergne natale, il chante L’Heure du berger ou Le Chemin des poneys. Avant d’entreprendre un ambitieux projet musico-littéraire autour des poèmes des Fleurs du mal de Baudelaire autrefois mis en musique par Léo Ferré. Logiquement titré Charles et Léo (2007), Murat se retrouve pour la première fois simple interprète, parfois secondé par la voix de Morgane Imbeaud (Cocoon). Jamais mieux servi que par soi-même, Jean-Louis joue tous les instruments sur Tristan (2008), suivant le fil d’Ariane de l’amour entre Tristan et Yseult. Un disque en solitaire à la fois intimiste (L’Amour en fuite) et limpide (Les Voyageurs perdus), magnifié par son aisance vocale.
Dix ans après sa première expérience américaine (Mustango, 1999), Murat remet le couvert, cette fois à Nashville (Tennessee). Enregistré avec des musiciens au CV prestigieux (Roy Orbinson, Al Green, Dusty Springfield), Le Cours ordinaire des choses (2009) est aussi une façon pour son auteur d’échapper à une réalité française qui lui pèse indéniablement. Parfaitement à son aise, l’Auvergnat brûle d’un feu ardent, comme sur les singles Comme un incendie et Comme un cowboy à l’âme fresh. “Chanter est ma façon d’errer”, comme il le dit lui-même. Accompagnant la version limitée de l’album qui paraît via V2/Universal, un documentaire réalisé par Laetitia Masson donne à voir les dessous de l’enregistrement en cinémascope dans les contrées de la country. Retour en France, et plus précisément à Saint-Rémy-de-Provence, pour Grand lièvre (2011), où le trio habituel est épaulé par le pianiste et organiste Slim Batteux (Percy Sledge, Ray Charles, Michel Jonasz) pour dix chansons contemplatives en mode folk laid-back et ralenti. Il y est question de ses terres natales (Haut Averne), d’exode rural (Vendre les prés) et de son hypocondrie légendaire (Je voudrais me perdre de vue). 2013 est un nouveau départ pour Jean-Louis Murat, qui tourne définitivement le dos aux majors et rejoint le label indépendant [PIAS]. Avec la régularité d’un album annuel, cet artisan de la chanson française continue son rythme discographique effréné qui lui sied tant. À l’image d’une pochette le montrant sur un vélo, Toboggan (2013) est le disque du recentrage : pas de musiciens ou presque (son ami Christophe Pie à la batterie sur le single Over And Over), un enregistrement à la maison pour des haïkus apaisés (Amour n’est pas querelle), des comptines acoustiques (Belle), des confidences introspectives (Extraordinaire voodoo). Rien n’augure du grand œuvre qui illumine l’automne 2014. Comme Dylan, son modèle transatlantique, Murat aime dire, faire tout et son contraire.
Enregistré avec le groupe clermontois américanophile The Delano Orchestra, Babel est un triple 33 tours de haute volée, qui faillit s’intituler La Bourboule pour situer l’inspiration géographique et lexicale (Chamablanc, Sancy, col de Diane, Chambon…). En vingt morceaux à la fois légers (La Chèvre alpestre, Camping à la ferme) et profonds (J’ai fréquenté la beauté, Frelons d’Asie), le “môme éternel” s’amuse comme jamais avec ses coéquipiers, lui rappelant le plaisir du jeu collectif, comme à l’époque de Clara. Comment rebondir après un quinzième album en forme de millésime qui a fait l’unanimité, même de la part des critiques les plus réfractaires à son stakhanovisme ? En empruntant évidemment une nouvelle direction artistique. Murat embauche ainsi deux musiciens de jazz – le claviériste Gaël Rakotondrabe et le bassiste américain Christopher James Thomas. Marquées dans leur propos par les attentats de janvier 2015, les chansons sont enregistrées dans une capitale meurtrie par la soirée tragique du 13 novembre sur les terrasses et au Bataclan. Par la force des choses, Morituri (mot latin signifiant “ceux qui vont mourir”) reflète par instants cette France endeuillée de 2015, renfermant même des textes tristement visionnaires (Interroge la jument). Et Le Cafard final ne peut être que partagé par l’auditeur. Prenant, encore une fois, les médias comme son public à rebours, Murat revient en 2017 avec un album électronique pensé comme un seul bloc, fait de collages sonores et de bruitages animaliers. Expérimental mais mélodique, libre mais construit, Travaux sur la N89 est un fascinant dédale entre Scott Walker et Robert Wyatt, Oneohtrix Point Never et Matthew Herbert. Les plus attentifs remarquent l’analogie thématique entre Cheyenn Autumn (1989), inspiré par la Révolution française de 1789, et Travaux sur la N89 (2017), qui célèbre l’anniversaire de la Révolution russe de 1917.
Ce disque est, en réalité, le premier volume d’un triptyque, dont le second paraît sous le titre d’Il Francese (2018). Marqué par le deuil de son batteur historique, Christophe Pie (Rendre l’âme, Je me souviens), et confirmant l’inclinaison transalpine de son auteur (le live de la tournée s’intitulera Innamorato, 2019), cet album grandiose voit Murat explorer encore le terrain électronique (Achtung, Ciné Vox), lui qui vante en interview les productions de Frank Ocean, Mykki Blanco ou Kendrick Lamar. À peine le temps de souffler que Jean-Louis Murat est déjà reparti vers d’autres horizons, en l’occurrence son amour pour Earth, Wind & Fire, pour un vingtième album qui groove comme rarement dans sa discographie, à l’image de la pochette d’un rouge disco de Baby Love (2020). Qui, malheureusement, paraît quelques jours avant le confinement historique dans l’Hexagone. Parallèlement au vaste travail de rééditions de son catalogue chez PIAS, l’insatiable songwriter change une dernière fois de label, Cinq7, qui édite La Vraie vie de Buck John (2021), inspiré par le nom d’un cow-boy de bande dessinée qui a bercé sa jeunesse. Une manière pour lui de poursuivre sa vocation romanesque vers l’Amérique qui l’a toujours fasciné. Murat ou le coup d’état discographique permanent.
Franck Vergeade
PS: J'ai un petit point d'interrogation sur : "Clara joue à Paris dans un studio de RTL et tape dans l’oreille de William Sheller". José Pereira de Plexiglas (voir dans les hommages) nous a raconté la venue de Sheller à la Bourboule. C'est Jean-Louis Murat qui a approché Sheller après une émission de radio. JB. Hebey -oublié à juste titre de l'histoire puisque sa société SUMO avait fait signé un contrat "pourri" à Jean-Louis Murat?) lui ne se rappelle pas de ce dit concert à la RTL. Peut-être que Marie précisera tout ça un de ses jours.
Ensuite, et surtout, dommage de ne pas citer Zacha pour le LP MURAT, dont les crédits n'ont jamais été à jour sur le site officiel et ce dernier m'a confirmé que Blanc-Francard n'a pas participé (sur le vinyle seuls Zacha et Wagner sont indiqués) :
Je te confirme bien que c'est bien moi qui l'ait réalisé. Qu'il a été enregistré au Studio de Flexanville par Vincent Chambraud. Pour les crédits, il y avait Bernard Paganotti à la basse et Georges Rodi qui a pu venir plus tard, et ça, c'était du gâteau ! Je ne suis pas sûr du batteur mais ce devait être Jean Paul Prat celui d'Elisabeth Wiener dont je venais de produire l'album "Sauver sa Peau" dans ce même studio. Je l'ai mixé au studio 2 Pathé Marconi avec Claude Wagner. Dominique Blanc-Francard n'est pas intervenu sur cet album référencé: 2C 030-72642 Z 198 (interview de 2012).
La mention du "Murat en plein air" ne mentionne pas qu'il s'agit avant tout d'un film (la fameuse VHS), puis les éditions disques... mais c'est vrai que le cd libé est une rareté.
Edit: Je savais qu'il fallait que je relise attentivement le texte de FV... mais je ne l'ai pas fait... Et Rémi m'indique qu'il y a bien sûr une autre erreur : "vieux titre de Michael Franks (Down In Brazil, rebaptisé Le Mendiant à Rio"... Il s'agit en fait de ANTONIO'S SONG.
Edit2 : Les images de "mlle personne" sont aussi dans le clip "Saint-Ex".
Je ne me rappelle pas de cette belle reprise, avec une voix bien agréable, alors voici (faisons vivre la musique de Jean-Louis Murat!):
Voici le jour d'après d'après. Même si j'ai longtemps hésité presque jusqu'au bout, pour différentes raisons, je me suis rendu aux obsèques de Jean-Louis Murat. J'ai besoin de l'écrire pour me rendre compte. J'ai envie de citer deux raisons à mon hésitation : je ne sais pas comment retirer mes yeux de chroniqueur de la vie et carrière de Jean-Louis et être absent était plus facile. Et il me semble que Jean-Louis était parfois absent aux enterrements (il a été conté une anecdote à ce sujet au cours de la cérémonie), il était commode d'arguer de lui rendre hommage par mon absence, en lui dédiant ce que je pouvais, comme lui dédiait des chansons ou un album (à Anne-Marie Paquotte, Alex, Christophe...). Pour l'enterrement du journaliste Jean Théfaine, il avait fait parvenir un texte. Bon, Jean-Louis, lui, était gêné d'être reconnu, et je n'ai pas ce problème. Enfin soit, j'ai également pu covoiturer. L-C était fan au début des années 90 avec sa cousine, même si elles étaient enfants. A Paris, elles avaient pu rentrer dans la loge (sans doute lors de la première tournée)... et avaient chanté une de ses chansons au chanteur. L-C a gardé le souvenir ému d'un bisou de remerciement de la part d'une personne adorable. Avec nous, Henri qui a découvert Murat à son concert à la route du rock le 14/08/94, concert à 17h30 sur la grande scène, et ce fut leur première discussion, la première d'une longue série... sa collection de dédicaces est impressionnante.
On arrive après 9h30, les voitures sont un peu partout autour du village, mais finalement pas besoin du code secret qui nous est parvenu par plusieurs biais pour entrer dans la basilique, tout le monde trouve de la place, même Isa qui arrive en retard [running gag]. Chants religieux, cérémonie traditionnelle, le prêtre raconte un peu Jean-Louis, chanteur qui raconte et fait du bien, qui suit dans la mort de quelques jours sa maman, puis s'appuie sur "Lady of Orcival" et nous dit le texte. Marie dans la prière universelle évoque le Dieu des grands espaces, et d'autres expressions prises dans les textes. La famille proche prend la parole tour à tour, et chacun adresse un dernier mot à son papa, ou grand-père, insistant sur les valeurs qu'il lui a inculquées et promettant d'y être fidèle.
Un homme prend la parole ensuite, et j'en déduis vite qu'il s'agit de Bruno Bayon ("mon frère de laid" dit-il de JL). Je pense que beaucoup ne le reconnaissent pas. Une relation forte a existé avec Jean-Louis Murat depuis que Bruno est descendu le rencontrer en 1987 (cf ci-dessous), rue Jean l'Olagne, Clermont, dans un petit appartement au rez de chaussée sur cour. L'article sera illustré avec une photo du beau ténébreux... faisant la vaisselle. Le 3e article (un 2e avec plein de confidences est sorti le 15/02/88) avec la photo d'un Jean-Louis au saut du lit date de 89... et pose un oeil critique sur le disque cheyenne autumn en s'adressant à lui ("tout est à côté, il ne se passe rien", "musique débilitante"... en concluant quand même par un "tu me gagnes"). On devine déjà ce qu'est leur relation. Jean-Louis faittout écouter à Bruno (dans son mot à l'église, il évoque les trésors restant à découvrir). Même s'il veut montrer à Marie qu'il veut faire mieux que Manset (prière pour M), c'est aussi vers Bruno, qu'il va se tourner ("qu'entends-tu de moi que je n'entends pas?" dans le Parfum d'acacia et "Bye bye Johnny" qui lui sont directement adressées).
En interview publique à la Fnac, en septembre 2006, Murat parle de Bayon : "C'est le premier journaliste qui se soit intéressé à moi, il m'a accouché… C'est mon ami, mon seul ami. Comme écrivain, personne ne lui arrive à la cheville en France, je ne suis pas le seul à le penser. C'est mon frère de lait. Si j'écrivais des romans, j'écrirais comme Bruno. Je pense que si Bruno faisait des disques, ils ressembleraient vaguement à ce que je peux faire. C'est très gênant de parler d'un ami. Je vous recommande d'acheter les livres de Bayon, si vous aimez mes chansons, en littérature vous serez bouleversés par ce que Bayon peut écrire."
En 2010, Bayon dit : "Murat est ma raison de vivre".. même s'il avoue que ce dernier n'est pas facile à vivre. De son côté, Jean-Louis regrette par moment que certaines infos aient été diffusées (le suicide, le problème de santé )
Je crois qu'il est possible que certains aspects du discours de Bayon aient pu mal à être mal pris si on ne connaissait pas ces éléments.
D'ailleurs, Bruno, avec l'aide d'un seul petit bout de papier, a débuté par le fait qu'on avait insisté pour qu'il parle. "Si ca ne tenait qu'à moi, je me serai contenté d'un long silence de mort". Ce préalable fait, il indique que toutes les chansons de Murat "absolument toutes, parlent de mort", et d'en citer une grande série. Il parle du patrimoine absolument énorme, inimaginable qu'il laisse, et des tonnes d'inédits qu'il reste à découvrir... et que ce patrimoine peut être considéré comme un champ de morts, de ruine... mais que c'est bien là le rôle du poète, l'aède. C'est celui qui descend, "ramasse l'esprit", et fait les allers-retours entre les deux mondes, il relie Murat à Nerval (citant "El desdichado" : "Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron / Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée / Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée."), Baudelaire ("c'est la mort qui console hélas et qui fait vivre"), cite encore un vers de Poe. C'est la charge du poète de parler de la mort, "il la prend sur son dos"... Il évoque ensuite les vierges noires qui sont importantes en Auvergne, bien que dans la basilique, elle ne soit pas ainsi, souvenir d'une discussion avec Jean-Louis, et dans la tradition, c'est Isis. Il indique qu'on ne trouve pas de référence à l'Egypte* dans l'oeuvre de Murat* (il cite alors l'Abyssinie, l'empire du nord, Taormina) mais que finalement, à Douharesse, entre les roches, on est dans une sorte de vallée des rois, où tel un Alceste, il a voulu "chercher sur la terre un endroit écarté / où d'être un homme d'honneur on ait la liberté", il a construit, creusé, une nécropole pharaonique, il cite sa chanson "ma demeure, c'est le feu". Et à travers les mots que maîtrisaient si bien Jean-Louis, avec la thématique du sacré qui traversait aussi son oeuvre, s'accomplissait un miracle. Même si Jean-Louis pouvait "être cruel envers lui-même, comme avec les autres, beaucoup avec les autres", il avait fait don de soi, et nous aidait à être épargné :"Toute cette mort paradoxalement traversée par ses mots devient consolation". Murat a accompli "sa mission qui n'est pas donnée à tout le monde", il a transformé la mort en quelque chose d'autres... "la perpétuation".
Bruno indique qu'il pourrait s'arrêter là, mais il a envie de raconter une anecdote un peu féroce, comme il l'était, "pour le ramener un peu à la vie". Il a "forcé cet animal" à l'accompagner dans le décès de son frère, c'était important pour Bruno, et Jean-Louis a fini par s'exécuter et traverser la France... et finalement, il était fou de rage,"comme je le suis aujourd'hui, contre lui, contre tout ça", il a refusé de rentrer dans l'église, "comme un mécréant qu'il était" prétextant qu'on l'a reconnu, et il a pesté au cimetière.. "Aujourd'hui, je suis là dans son église, je ne fais pas tant de simagrées, et je le remercie pour tout ça".
J'ai trouvé ces propos, que j'espère avoir restitués correctement, consacrés à l'artiste vraiment réconfortants et fidèles au Jean-Louis public, en plus de la mention du côté mécréant (même s'il venait chercher du recueillement dans la basilique, comme au bord du ruisseau). Bruno Bayon a pu donner une raison pour laquelle Jean-Louis comptait autant pour ses auditeurs, en le reliant aux grand poètes, et pour l'artiste qui doutait de son importance, de l'importance de la chanson, c'était un très beau dernier message à lui délivrer. Gageons, je l'espère, que nous aurons une suite (correspondance?) à ce "parce que c'était lui, parce que c'était moi"...
* Jean-Louis a eu un projet de disque enregistré en Egypte si je ne m'abuse.
Voici l'article signée Bayon dans le libé du 27/05:
En entendant le morceau «Si je devais manquer de toi» à la terrasse d’un café un jour de 1988, Bayon, ex-plume de «Libé», est comme foudroyé : toutes affaires cessantes, il part rencontrer le chanteur.
par Bayon
publié le 25 mai 2023 à 21h02
«La scène se passe un jour de 1987 ou 1988, vers midi au pied du journal de la République et des entrepôts briqués Germain-Pilon (du nom même de la rue où je vivais au septième d’un immeuble de passe pour hommes travestis à Pigalle). Il fait beau et doux à la terrasse du café-bar-cantine de circonstance donnant sur le square Béranger et ses canards.
Un air passe dans celui de l’heure, un peu oisif en pause déj songeuse, un timbre, une ombre d’ombre de nostalgie de nostalgie, une aubade inconnue familière, de déjà-vu verlainien – «Dans une rue au cœur d’une ville de rêve / Ce sera comme quand on a déjà vécu / Un instant à la fois très grave et très aigu / Ô ce soleil parmi la brume qui se lève…» Que se passe-t-il ?
Il se passe qu’instantanément, la voix qui fredonne sous l’auvent du lieu, en sourdine d’ambiance, idéale telle la mélopée, les mots vaguement perçus au vol, murmurant des choses comme «autant me priver pour toujours…», immédiatement, profondément, ineffablement, inéluctablement, ces «obscures paroles», ces notes, ces inflexions, me parlent une langue à nulle autre pareille, innée, intime, urgente.
En un appel comme sans âge si pressant que, séance tenante, je vais trouver le garçon, gérant quelconque de l’endroit, pour m’enquérir de la source des morceaux diffusés dans la sono maison. Qu’on me répond sur ce point. Que je contacte dans la foulée la radio concernée (d’ailleurs oubliée comme le nom de la brasserie), pour connaître le titre et l’interprète de l’air mystérieux, aux inflexions envoûtantes, médiumniques… (le nom du chanteur oraculaire, illustrement anonyme : Jean-Louis Murat ; le nom du refrain : Si je devais manquer de toi). Que j’appelle sans délai le label discographique de référence. Que je pars le lendemain matin, toutes affaires cessantes, pour Clermont-Ferrand, rencontrer le phénomène. Que double page de lancement à la clef, pour une fois concrètement efficace, notamment grâce à une photo d’illustration particulièrement charmante du héros angélique au lit, ramenant semble-t-il à la vie, le chanteur au bord de l’abandon – en fait revenant d’un faux départ en fanfare déjà ancien, 1981, scié net par un très mauvais accueil radio, sur l’air il est vrai délicat de Suicidez-vous le peuple est mort.
Trêve de mouron. Vive Murat.»
L'assistance a donné un dernier signe d'amitié à Jean-Louis, alors que sa musique sonnait dans l'église. Sachez que vous étiez derrière moi, en moi, à ce moment-là, avec tous les messages que vous m'avez envoyés, tous les mots que j'ai lus... et l'immense gerbe organisée par Amparo vous représentait également "au berger de chamablanc, tes fans de toujours". En touchant le bois du cercueil, j' ai envie de lui renvoyer sa petite tappe amicale sur le ventre qu'il m'avait fait un matin en Belgique.
A la sortie du cercueil, il faut un courageux pour lancer les applaudissements... ils montent rapidement et ça dure longtemps... comme un rappel, et Phiphi n'a pas besoin de lampe torche, pour nous signaler que c'est bel et bien fini.
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Je salue quelques camarades, quelques personnalités (Olivier Nuc m'indique qu'il est sans doute le seul journaliste parisien, C. Basterra, est là, Alain Artaud lui me dit que ses anciennes maisons de disque sont présentes sauf Cinq7, Florent Marchet est entouré d'autres fans comme lui, Nicolas Comment venu avec son épouse, discret, Laetitia Masson, Eryk e., je fais une grosse bise à Stéphane Reynaud). Il y a bien sûr quelques anciens de la scène clermontoise (Jacques Moiroud...), et les fidèles (Denis, Morgane...).
On s'installe au bar, avec une dizaine de camarades... avant de basculer au Cantou pour une truffade. Un bout de Jean-Louis Murat est avec nous, avec la présence de Marco, son vieil ami du Sancy... Les anecdotes et souvenirs se succèdent... et Jean-Louis nous a réunis, et ce n'est pas la dernière fois. non.
J'ai ajouté le communiqué du ministre de la Culture à l'article précédent en disant que c'était bien de parler d'amour aussi (à aller voir), encore des hommages à l'article 1, mais soit... Pour rappel, voici ce qu'en avait dit Florence sur le sujet du jour...
Portez vous bien... Après avoir été presque à 100% depuis jeudi, je dois reprendre le cours ordinaire demain... On va continuer d'archiver les articles mais doucement...
Je continue de naviguer à vue... et au hasard. Après avoir tenté de couper, avec un succès relatif, dès mon retour, j'ai été à nouveau emporté dans le courant...
Je ne sais pas toujours comment ordonner ça... mais commençons par le communiqué de l'Elysée. Ca a été important pour la famille.
droits réservés: Philippe Bordas
Décès de Jean-Louis Murat.
Publié le 26 mai 2023
Artiste exigeant, figure de la chanson française, Jean-Louis Murat s’est éteint hier à l’âge de 71 ans, dans ce pays auvergnat dont il était resté l’enfant. Son œuvre, singulièrement poétique et originale, sa parole, profondément libre, comme sa présence sur scène lui avaient permis de s’affirmer comme un artiste complet.
Celui qui était né Jean-Louis Bergheaud en 1952 avait fait d’un village de sa région natale, Murat-le-Quaire, un nom de scène, autant que la griffe d’un timbre inimitable, le sien, dont la gravité et la sensualité étaient reconnaissables entre mille. Issu d’un milieu modeste, il fut initié dès l’enfance à la musique par son père, charpentier-menuisier et membre régulier de l’Harmonie locale, où il démontra un talent certain qui l’encouragea à s’inscrire au Conservatoire. Lui, dont l’apprentissage de la musique scanda l’adolescence, fut également le premier de sa famille à obtenir son baccalauréat, puis à s’inscrire à l’université.
« La chanson française, c’est de la poésie mise en musique. » Ainsi Jean-Louis Murat définissait la passion de sa vie. Entièrement voué à son art, il délaissa rapidement la faculté pour se consacrer à ses premières créations. Après une première expérience manquée avec son premier groupe « Clara », il parvint, repéré par William Scheller, à enregistrer un premier 45 tours solo en 1981. Son « Suicidez-vous, le peuple est mort », au parfum de scandale, suffit à le faire remarquer par la critique.
Six années plus tard, c’est avec la chanson « Si je devais manquer de toi » qu’il obtint à 35 ans une première gloire, avant la sortie de l’album « Cheyenne Autumn », comportant un tube, « L’Ange déchu », qui lui valurent, en 1989, les faveurs du public. « Regrets », interprété en duo avec Mylène Farmer en 1991 connut également un vrai succès populaire. Le chanteur-poète accéda ainsi à une solide notoriété nationale, entretenue par une création prolifique. Ses chansons « Sentiment Nouveau » ou « Fort Alamo », figurèrent parmi ses plus grands succès, comme « Col de la Croix-Morand », où, en amoureux de cyclisme, il rendit un vibrant hommage à la discipline. Mais chacun de ses titres était inséparable d’une cohérence d’ensemble, portée par des albums à l’exigence remarquée et des couleurs inspirées par sa campagne auvergnate.
Il sortit ainsi, en près de trois décennies de carrière, plus de 24 disques, qui l’amenèrent du mélancolique « Dolorès », en 1996, à « Mustango », aux accents rock, quelques années plus tard, puis à des expérimentations électroniques, avec « Travaux sur la N89 », en 2017. Dans son dernier opus, « La vraie vie de Buck John », paru en 2021, porté par des intonations blues, il renoua avec des thèmes majeurs de son œuvre : l’introspection amoureuse, les voyages, la transmission.
Tout au long de son riche parcours, Jean-Louis Murat mit ses talents au service de ses pairs, comme Françoise Hardy, Isabelle Boulay ou Indochine, pour qui il écrivit et composa. On le vit également au cinéma, dans les années 1990, où il apparut dans des longs-métrages de Jacques Doillon et Claire Denis.
Le Président de la République et son épouse rendent hommage au parcours d’un chanteur qui fit souffler un vent de liberté sur la création française, et sut sublimer ses vague-à-l’âme par des mots et des notes entrés dans nos coeurs. Ils adressent leurs condoléances sincères à sa famille, à ses proches, et à tous ceux qu’il émut et inspira.
La qualité du texte avec beaucoup d'éléments biographiques peut être jugée un peu décevante. Outre l'influence qu'il a été pour des nombreux artistes, je trouve que dans ce cadre institutionnel, il aurait possible par exemple d'évoquer les préoccupations qui ont été les siennes dans de nombreuses chansons: le terrorisme... de Salman Rushdie à Samuel Paty, en passant par les attentats de Paris. De passage en concert à St-Etienne du Rouvray, il avait eu du mal à chanter en pensant au prêtre... avait-il avoué.
Je me suis étonné qu'il ne soit pas mentionné l'ordre du mérite. C'est Bayon qui nous avait permis d'apprendre qu'il avait été fait chevalier en juillet 2011. Je ne sais pas s'il est possible qu'il l'ait refusé.
Ils sont quelques uns, notamment sur Twitter, à rappeler des propos peu amènes contre le Président de la République de la part de JL (jusqu'à son dernier concert). NB : je n'ai rien vu du côté du Ministère de la Culture. (Cf ci dessous: j'ai raté des éléments sur Twitter, mes excuses)
Avec son cœur de lave au pays des volcans, Jean-Louis Murat s’en est allé. Nous perdons un poète, un homme libre, un musicien génial au groove poignant et aux mots qui percutent. Voilà que nous manquons de lui. pic.twitter.com/AXDj4X0W0A
« Quand l'éclat mauve délétère
N'éclaire plus ma vie
[…]
J'aurais passé ma vie entière
Au Mont Sans-Souci »
Poète d’un réel qui coupe et caresse, Jean-Louis Murat nous a quittés.
Pour lui, tout commence à Murat-le-Quaire, terre auvergnate dont il prendra le nom et gardera l’empreinte. Poète d’à peine plus de sept ans, les mots se mêlent chez lui naturellement à la musique. Il joue du cornet à pistons dans l’harmonie de son village puis découvre le jazz à l’adolescence et se passionne pour tout ce qui fait sens et son. Et, quand il ne compose pas, il explore la région avec son vélo bleu. De l’Auvergne, il connaît tout : des repères incontournables aux recoins inconnus, comme un écho géographique au léger décalage qu’il entretiendra toujours avec le show business et tous les bruits de la ville.
Étudiant d’un jour à Clermont-Ferrand, il troque vite son cartable pour un sac à dos : direction l’Île de Wight, où il assiste tout feu tout flamme à la grande messe rock de 1970, puis les petits boulots pour gagner sa vie entre mer et montagne. Mais, jeune père à 19 ans, Jean-Louis Bergheaud qui n’est pas encore Murat a toujours la musique dans le sang.
Quand il rentre à 25 ans dans son village qu’il ne quittera plus – allant, pendant ses séjours parisiens jusqu’à loger rue de la Tour d’Auvergne – il se consacre à nouveau à la musique en créant le groupe de rock Clara. Malgré des tournées en première partie de William Sheller et un premier EP qui le fait reconnaitre dès 1981 avec un morceau au titre fort et noir « Suicidez-vous le peuple est mort », il faut attendre 1987 pour un premier grand succès public : « Si je devais manquer de toi ». Peu importe, Jean-Louis Murat accorde peu d’importance aux trompettes de la renommée, également fier de toutes ses compositions dont les musiques envoûtent et les textes percutent.
Inclassable artisan d’art de la chanson, amoureux du bel ouvrage, Jean-Louis Murat met du blues dans le rock, de l’incisif dans la variété, un peu d’Amérique en France et beaucoup d’Auvergne à New York. Il faut dire que ses amours musicales – Franck Ocean, Adriano Celentano, Camille, Kendrick Lamar – sont aussi variées que ses collaborations. Propulsé dans le panthéon d’une génération désenchantée par des « Regrets » au romantisme sombre qu’il partage avec Mylène Farmer, il provoque volontiers, crève l’écran avec Isabelle Huppert et Béatrice Dalle chez un Jacques Doillon des années 90… mais n’oublie pas de nous rappeler que pour lui, la vie est ailleurs : dans le secret des montagnes, du flot naissant de la Dordogne et des femmes de sa vie.
Avec son cœur de lave au pays des volcans, Jean-Louis Murat reprend en effet dans ses albums le flambeau des écrivains qu’il aime tant depuis l’adolescence – Proust, Gide, Baudelaire… – en mêlant une recherche formelle continue à un motif obsessionnel : l’amour. Des années 80 à ce jour, chaque chanson le passe au kaléidoscope puisque, d’une rupture sentimentale à l’autre, l’auvergnat qui « de [sa] vie vulgaire […] garde l’amour, c’est tout » ne saurait puiser son inspiration ailleurs.
Avec près de 30 albums composés et interprétés, Jean-Louis Murat est d’abord un musicien-poète, immortel troubadour de sa terre de France. Hypersensible à tout sauf, peut-être, au passage du temps qui n’a jamais tari sa source créative. Tombé de Vénus dans son Manteau de pluie, il nous aura fait explorer les sentiments nouveaux d’un éternel Baby love[r], propulsé sur le toboggand’une vie en plein air dont la source et la destination se rejoignent au Col de la Croix-Morand où rien, pas même la mort, ne pourra défaire son lien avec le public.
J’adresse à sa famille, ses proches, ses musiciens, ses fans, sa région, mes plus sincères condoléances.
On va préférer les mots des gens qui le connaissaient (A noter que je continue de compléter l'article avec les hommages des artistes et personnalités diverses
2) Et une belle histoire pour commencer.
Régis (Oomiaq), musicien de la tournée MUSTANGO, a décidé d'appeler la libre antenne d'Europe 1 avec Yann MOIX le 28 mai. Il parle très joliment de Jean-Louis (le travail sur la tournée, son côté joyeux, sa liberté, un roman qu'il devait faire avec Bayon, les chefs d’œuvre de la malle...). Moix ne le coupe pas trop, mais il bifurque un peu sur Oomiaq ensuite... Ce dernier a encore le temps de placer quel "génie" était Jean-Louis, de dire qu'en tant qu'auteur et amateur de littérature, Moix ne pouvait qu'aimer Murat... et Yann MOIX décide de faire une spéciale murat le jour d'après, en confiant à Régis le soin d'organiser.
lien Europe 1J'ai mis le player (html) en dessous, mais il semble qu'il ne fonctionne pas.
On reviendra plus tard sur la suite car ce n'est pas encore en podcast.
Pour en rester à "les fans font l'actu", un camarade sur les réseaux a lancé l'idée d'un rassemblement Place de Jaude. J'ai eu l'occasion d'en parler à France 3 qui s'est déplacé... Une occasion de vous écouter...
On en reste sur France 3 auvergne, avec le journal du soir du jeudi... capté à l'arrache... avec le directeur de la communication de la Coopé et Richard Beaune.
Ils sont rares sont les chanteurs qui ont aussi bien évoqué l’Auvergne. Jean-Louis Murat etait un enfant du pays, pays d’altitude qu’il n’a jamais quitté. Tout dans sa musique raconte la douceur des courbes, la mélancolie des paysages, et la dureté du climat de ces montagnes auvergnates.C’est donc avec un casque sur les oreilles, et ses musiques dans la tête que Laurent Guillaume vous propose de partir à la découverte du Sancy pour une balade sur les traces de l’auteur compositeur dont le nom, à lui seul, évoque un de ces petits villages nichés à flanc de volcan…
Le samedi soir, Nikos pendant the Voice, a dit un petit mot:
la vidéo a été bloquée: (sur fond de Tina Turner), "pensées émues à "jean-louis Murat, auteur compositeur interprète de grand talent qui nous a aussi quitté cette semaine, un poète, un esthète de la parole et de la mélodie qui va profondément manquer au public".
PS: je travaille doucement, avec des tonnes de chose à publier... Merci à tous ceux qui m'apportent de l'aide...
Petit cadeau pour eux, un petit mot de Françoise Hardy (28 et 29 mai)-Aimons les artistes vivant, avant qu'il ne soit trop tard!-:
En tout cas, je garde un très bon souvenir de la séance de Memory divine et j’adore toujours cette chanson que j’avais reçue alors que mon album (Rendez-vous sous la pluie, je crois) était quasiment terminé. Mais j’aimais trop cette chanson pour ne pas l’enregistrer in extremis. Dommage que vous ne me l’ayez pas demandé plus tôt [de participer à l'émission de Moix].
Après avoir dit qu'OOMIAQ était un de ses grands fans, et qu'il avait fait découvrir Camille à Jean-Louis:
Camille : qu’est-elle donc devenue, on ne l’entend plus ? J’adorais ses chansons et elle le sait bien. J’aurais aimé chanter un duo avec elle dans mon album de duos (commandé par ma maison de disques), mais je n'arrive pas à chanter correctement ce qui est très rythmique alors j’y avais renoncé. Vous savez ce qu’elle devient ? Je sais juste qu'elle a eu un enfant. (Dans cet album, il y a un duo génial avec un chanteur auteur-compositeur anglais Ben Christophers : My beautiful demon.)
Après lui avoir parlé de "Babi Carni bird" et de ce que Camille en disait:
Sans son pygmalion Serge, Jane n’aurait jamais chanté, l’idée ne l’aurait sans doute pas effleurée. Mais Camille c’est très différent, elle est et a en tout cas été une géniale mélodiste et parolière, une géniale chanteuse aussi bien sûr. Pas besoin de pygmalion ! On m’a transmis que Serge aurait regretté que je ne lui demande pas de faire tout un album avec lui et j’ai répondu que si j’avais fait un album avec lui les chansons auraient été les siennes alors que je préférais que ce soit les miennes même si elles n’étaient pas aussi bonnes que les siennes.
-Au grand journal ( ouétait-ce pas dans On n'est pas couché de Ruquier ?), vous avez dit qu'il vous était difficile d'envisager de donner à quelqu'un la charge entière d'un de vos albums. Même à Murat, malgré cette "perfection absolue"?
F. HARDY: La production et la réalisation sont deux choses différentes. Il est impossible dans l'absolu qu'un artiste, si talentueux qu'il soit, fût-il Gainsbourg, ponde douze très bonnes chansons pour un même album.
D'ici, on peut évoquer un article de Moustique sur 5 collaborations de Murat... Sur Fip, il parlait aussi du verrou pour Julien Clerc et de la version de Delpech de Cartier-Bresson qui supplanterait la version de Jean-Louis... Pas d'accord (ah, cette voix féminine... pas touche à mon "cartier-bresson", qui a été ma première pièce de collection, grâce à un concours organisé par Télérama. Je me rappelle même d'une des deux questions : quel est le vrai nom de Jean-Louis Murat? ... IL y a des médias qui font des concours faciles...
"Je sortirai cette nuit sous un ciel peuplé d’étoiles Je ne connais qu’une envie Je veux retrouver mon âme. Ce sont sur ses paroles du Troupeau de Jean-Louis Murat que s’achèvent dans le train qui me ramène à Paris les dix jours de cinéma, de fêtes, de rêveries, d’errances nocturnes et amicales de cette 76ème édition cannoise. La mort à 71 ans du prodigieux barde auvergnat (dont l’œuvre n’aura pas eu la reconnaissance qu’elle méritait) aura obscurci une Compétition d’un bon niveau général comme d’un Palmarès qui ne correspond ni à mon goût ni à ma sensibilité mais cohérent et témoignant une vraie hauteur de vue. Au fond comme il arrive souvent, ce Palmarès me parait réussi mais dans le désordre".
On continue avec les "classiques" du blog, les fidèles... Avant une pause pour le week-end... Après tout, pas de raison de se presser....
Je vous informe juste que le Week-end Murat, yes sir! est maintenu le 23 et 24 juin. Attention, beaucoup de places sont parties dans la nuit d'avant-hier... On devait sortir les cotillons, cela sera plutôt les mouchoirs.... mais tout le monde a trouvé que ce se serait bien de se réunir. Même si on aura un ou deux invités différents sans doute et peut-être un programme différent et supplémentaire. infos
1) Commençons par l'ami Baptiste Vignol, l'auteur de nombreux livres sur la chanson, a beaucoup fait pour ce blog à son lancement (en jugeant bon après avoir lui-même répondu, de conseiller à Jeanne Cherhal et Françoise Hardy de répondre à des inter-ViOUS ET MURAT-). C'était bien-sûr par passion par Jean-Louis Murat. Il nous partage son émotion:
Murat est mort. Mort est Murat. Comment l’écrire sans se pincer? Mort, Murat, cané. Parti sans crier gare, tel un voleur de rhubarbe… Nous laissant inconsolables, comme si nous, qui l'avons tant aimé, avions perdu un ami. Tant aimé le suivre depuis trente-cinq ans. D’albums en albums. Dont deux ou trois figurent indéniablement parmi les cent plus beaux disques de la chanson française. Cette chanson française qu’il méprisait (peu d’artistes trouvèrent grâce à ses yeux, Véronique Sanson, Manset, Anne Sylvestre, Bashung, Camille), qu’il détestait aussi fort que nous adorions nous glisser dans l’encolure de ses chansons comme dans des manteaux de pluie que sa voix, sensuelle, voluptueuse et racée (la plus belle, et de loin, des crooners du cru), tropicalisait en averses caressantes, ombrageuses ou traversières. Tant aimé qu’on montait, comme des chenapans, l’espionner, chez lui, à Douharesse, au-dessus d'Orcival. Nous nous garions à l’entrée du hameau et prenions à pied, l’air de rien, le chemin creux qui, en contrebas, longe sa ferme. Alors, parfois, nous l’apercevions! L’été, allongé sur un transat, une guitare à portée de main, contemplatif, face aux roches Tuillère et Sanadoire. Ou bien l’automne revenu, vêtu d'un bleu de travail, en train de bêcher son lopin de terre. Tant aimé sa franchise et son intégrité, tant aimé son intelligence, son humour aussi, sa culture encyclopédique et son goût pour la joute oratoire, la castagne, à mots nus. Pourtant, au sein de son foyer, sous son toit d’ardoises, il était, dit-on, un personnage exquis. Jeanne Cherhal s’y rendit quelques jours au milieu des années 2010, pour un projet d’album qui, hélas, la faute à des embrouilles de labels, ne put se concrétiser. Il en reste quelques ébauches de maquettes. Et ce constat, délivré par texto après que son hôte l’avait déposée à la gare de Clermont-Ferrand : « Je n’avais jamais rencontré un tel gentleman. » L’élégance faite homme. Nous l’avons tant aimé, oui. Comment le dire autrement? Et nous avons aimé faire partie du dernier carré, orgueilleux et sûrs d’avoir raison contre les autres, la masse des endormis. Tant aimé son regard de loup, sa gueule de « gitan aux yeux bleus » (bien vu Olivier Nuc, Le Figaro du 26 mai). Tant aimé l'adorer, parce qu’il était intimidant, et que c’est souvent la marque des très grands. Ceux qui savent savent que Murat était un géant. Nous l’écouterons encore mille ans puisqu'il laisse une œuvre colossale de vingt-cinq albums studio dont même les plus pointus de ses aficionados n’ont pas encore décelé toutes les profondeurs poétiques. En septembre 2018, à l'occasion de la sortie du superbe IL FRANCESE (qui contient Je me souviens, ce chef-d'œuvre), une journaliste lui demanda si l’on pouvait le classer parmi les poètes: « Non, j’ai beaucoup de mal avec ça. La poésie, c’est niet. J’écris des paroles de chansons. Faut pas exagérer non plus! » Les seuls poètes, les vrais, sont ceux qui réfutent cette appellation. Par élégance d'abord. Et modestie ensuite. Comme Trenet, Brassens, Gainsbourg et Barbara avant lui. Une question demeure néanmoins: qui, désormais, emmènera Cathy regarder le taureau bander?
Baptiste Vignol
* À choisir parmi LE MANTEAU DE PLUIE, VÉNUS, DOLORES, MUSTANGO et LILITH.
2) Passage de relais de Baptiste à Olivier Nuc (cité dans son texte) qui m'indique qu'il est peut-être le journaliste à l'avoir le plus souvent interviewé (inter-ViOUS d' Olivier). On l'a déjà entendu avant-hier moins institutionnel, dans l'émission spéciale de France inter. Dans le figaro, il est cantonné à la "bio nécrologique" frustrante pour nous. Voici l'article paru hier (Première photo globale et deux autres pour lire (sur internet, réservé aux abonnés)).
Ah, tiens, Pour Olivier, c'est la Bourboule... (cf article précédent)... Mais j'apprécie la mention d'Anne-Marie Paquotte, Claude DEJACQUES (à voir ici., PS: Michel Zacha, qui lui était lié est une de mes plus belles rencontres grâce à ce blog, a été l'un des premiers à me faire un petit message dans l'après-midi d'hier).
4) On aurait pu citer la CROIX... mais pour l'instant, c'est décevant avec un article basé sur l'afp
5) On termine par un peu de Radio France encore:
- Je croyais que France Inter faisait ondes communes hier avec FIP... mais non, il y avait bien deux émissions différentes. C'est beaucoup plus apaisant immédiatement sur FIP... A noter le choix du "le mendiant à Rio" pour débuter... Il y a beaucoup de chansons par série de 3.
Didier Varrod parle de l'idée de la mort qui parcourt toute l'oeuvre de Murat, de l'importance de la musique et de ne pas se contenter de parler de poète, et de sa voix, de sa sensualité, "un vrai chanteur", sexuel... "un fantasme" dit Charlotte Bibring.
Matthieu Durand, programmateur, choisit de parler Baudelaire et la façon naturelle de Murat de chanter la poésie. Il raconte sa rencontre passionnante avec Murat pour les Inrocks. IL est aussi question du soutien qu'il accordait à la scène locale (on aurait pu citer Garciaphone qu'il avait cité, les filles de Subway (aujourd'hui FUCK IT qui vient de sortir un EP.. et oui, on continue de soutenir!), les projets avec la Coopé).
Didier évoque Marie rapidement, puis de l'enracinement de JLM et de son regard tourné vers les Etats-Unis, cet écartèlement... d'où le choix musical "l'amour et les États-Unis"... suivi d'une chanson de Marie... puis Washington (muragostang) qu'on nous indique que c'était un choix de l'écrivain Grégoire Bouillier.
Didier et Matthieu parlent de Travaux sur la N89 qu'ils trouvent dingue, et Didier indique la faculté de JLM de faire intervenir un silence "proprement musical" dans ses chansons.
Propos ensuite sur sa voix qui n'aura pas vieilli, jamais, et de sa qualité d'interprétation, dans des chansons pas toujours faciles. Très jolie phrase sur la voix qui accompagne les bruits de la nature...
Paradoxe cité par Didier encore: la recherche du tube... et peut-être son refus... dont il explique que c'était peut-être aussi une raison de sa production si riche... avec ce besoin de reconnaissance, je peux résumer "et si jamais il y avait un succès?". Et cette phrase que JLM avait cité: "tu serais américain, tu aurais ta maison sur Beverly Hills".
Didier s'en va, mais il y a encore quelques propos ensuite...
C'est vraiment une belle émission, peut-être un peu courte sur les temps de parole, mais ce qui est dit est très chouette, et bons choix musicaux.
- Sur France Culture, l'humeur du matin de Guillaume Erner (sur le duo Pascale Clarc/Murat)
- Pour finir : j'ai écouté made in Auvergne, l 'émission spéciale de la radio LE CHANTIER, une radio qui oeuvre dans le champ de l'insertion, et des jeunes. C'est très bien avec la participation du directeur de la salle Des Lendemains qui chantent.... Je suis touché d'avoir pu faire participer des personnes à ce dernier concert grâce à un concours, et triste de ne pas avoir cédé à l'idée de prendre la route pour les rejoindre... https://lechantier.radio/infos/magic-bolide-58-speciale-jean-louis-murat
Il y a aussi Gontard qui participe et il est question du disque AURA aime Murat. J'ai vu encore plusieurs témoignages sur ce disque hier... Là, encore, direct au coeur...
Justement, après une première chanson hier, Richard Robert, participant du disque, a enregistré le Berger de Chamablanc... Il ne fait pas peut-être partie des plus fidèles, il n'avait pas tout suivi... mais en lien avec ce que je disais hier, c'est aussi ce qu'on réalise aujourd'hui: ils sont nombreux à avoir un, deux, trois disques de Jean-Louis... et y être attaché... viscéralement. Ne leur refusons pas naturellement le droit de pleurer, nous qui avons été des suiveurs attentifs. Ils vont découvrir maintenant toute l'oeuvre de Jean-Louis.
il partage également une reprise plus ancienne avec le mot : Il faut chanter les vies éteintes, pour moins pleurer sur les nôtres qui, après tout, après elles, brûlent encore.
Allez, on termine par un peu de musique... Je ne pense pas que j'ai envie de l'écouter mais cette chanson de coeur pour moi, un grand moment live:
Et pour ce week-end, tentez d'être un peu malade :
J'ai perdu un peu le fil, il y a trop de choses... la télé, la radio, la presse... C'est l'avalanche... et qui sont ces gens qui aimaient tant Jean-Louis Murat? Je le répète suffisamment : il faut aimer les artistes Vivant! Jean-Louis lui même avait dit que les artistes morts ne l'intéressaient plus, mais arrêtons les citations... On peut faire dire tant de choses à Jean-Louis Murat... Là, on voit souvent qu'il n'aimait pas le rap! mais il est possible de trouver des louanges sur Orelsan, PNL, Lamar of course et rappeler qu'il a chanté I AM.
PS: émission Spéciale sur le chantier (radio de Clermont) : Christophe Crénel et Benoît Bouscarel. Ce soir à 19h, émission Magic Bolide spéciale Jean-Louis Murat d'une durée d'une heure, sur le Chantier, 98 Fm à Clermont et sur le web ici = https://lechantier.radio/titresdiffuses
Enfin soit... Du côté de F. Vergeade, on peut souhaiter qu'il n'y ait pas de fautes de goûts:
Mort brutalement jeudi 25 mai, à l’âge de 71 ans, l’auteur-compositeur-interprète laisse une œuvre considérable et un vide immense dans le paysage musical français. Murat ou le génie auvergnat.
Pour l’interviewer et bien le connaître depuis un quart de siècle, Jean-Louis Murat était un homme d’une intelligence rare, avec la langue bien pendue, dont il a fait une partie de sa réputation – pour beaucoup de journalistes, il était même le client idéal, ne ratant jamais un bon mot sur ses cibles préférées, de Johnny Hallyday à l’industrie musicale. Ses modèles musicaux étaient principalement de l’autre côté de l’Atlantique, de John Lee Hooker à Bob Dylan, de Neil Young à Robert Johnson. Véritable artisan de la chanson française, il n’envisageait sa discographie qu’imposante, passant à une cadence effrénée à partir des années 1990.
Il fallait être un expert muratien pour s’y retrouver dans les vingt-et-un albums studio et une dizaine de disques parallèles (enregistrements live, projets littéraires, musiques de films, DVD) depuis le 45 tours mythique Suicidez-vous le peuple est mort (1981). Lors de notre dernière interview, à l’automne 2021, pour la sortie de La Vraie Vie de Buck John, Murat nous confiait que l’on découvrirait ultérieurement une partie de son grand œuvre. “J’enregistre des disques posthumes, nous disait-il le sourire aux lèvres. Rien que sur La Vraie Vie de Buck John, j’ai enregistré vingt-quatre titres – il y a donc un autre album de douze chansons déjà prêt, qui paraîtra après ma mort. Car ce ne sont que des chansons polémiques d’actualité, comme sur l’incendie de Notre-Dame. J’ai déjà vu à travers la méchanceté d’internet combien cela m’avait coûté de documenter en six chansons le mouvement des Gilets jaunes. J’ai donc prévenu les enfants : quand papa ne sera plus là, ils auront plein de disques inédits à sortir. Je suis retenu par l’époque. Je reste donc dans le domaine strict de la variété et je ne suis plus un chanteur engagé – ce qui a pourtant fait le sens du rock qu’on affectionne tant. L’énergie de Joe Strummer nous a tous transcendés. Si Strummer n’est pas engagé, il n’est pas chanteur. J’aurai désormais une carrière en deux temps : de mon vivant et post mortem. Je vais ainsi enregistrer vingt albums inédits pour vivre vingt ans de plus que ce que j’ai vécu !”
Un avant et un après-Murat
Malheureusement, au matin de ce jeudi 25 mai, Jean-Louis Murat est parti depuis son Auvergne natale. Et les mots éplorés nous manquent pour dire à quel point le jeune septuagénaire était doué, franc, sincère, fidèle, cultivé, instinctif, comme sa voix, à la fois familière et caressante, ses chansons nous ont transporté·es depuis les années 1980. Car, dans la chanson française, il y a un avant et un après-Murat. Son influence est considérable, de Dominique A à Benjamin Biolay, deux de ses plus brillants descendants.
Né le 28 janvier 1952 à Chamalières (Puy-de-Dôme) d’un père charpentier et d’une mère couturière, Jean-Louis Bergheaud grandit dans la ferme familiale à Murat-le-Quaire. Passionné de littérature et de poésie (les références à Proust ne manquant pas dans son répertoire, il adaptera Baudelaire en chansons), il devient même le premier à obtenir le bac dans sa famille, avant de multiplier les petits boulots et de vivre quelques expériences mémorables avec un certain Jack Nicholson. “J’ai vu le moment où j’allais connaître une vie difficile, nous racontait-il en 2020 à la sortie de Baby Love. Dans la France profonde de ces années-là, j’ai bien cru que j’allais finir larbin. Surtout que j’étais issu d’un milieu où l’on ne faisait pas d’études. Alors je suis parti bosser vers 1971, 1972 comme plagiste à Saint-Tropez, là où se trouvait l’argent, et où j’ai rencontré puis sympathisé avec Jack Nicholson, qui me proposait de m’emmener à Hollywood tous frais payés. J’ai évidemment hésité, mais j’étais déjà jeune père de famille et je devais m’occuper de mon jeune fiston. J’ai perdu beaucoup de temps, mais je suis devenu le larbin de personne.”
Le style Murat
À la fin des années 1970, Jean-Louis Bergheaud débute sa carrière de musicien et de chanteur dans Clara, un groupe auvergnat d’obédience rock, qui s’attire notamment les faveurs de William Sheller. Avant de se lancer en solo, d’adopter le pseudo de Murat (d’après le nom du village auvergnat et du roi de Naples au XIXe siècle) et de signer chez Pathé-Marconi avec un premier 45 tours, Suicidez-vous le peuple est mort (1981), mal reçu à sa sortie et boycotté par la radio, avant de devenir mythique. Le quotidien Libération faillit même l’utiliser pour le titre de sa une après le suicide du Premier ministre Pierre Bérégovoy, le 1er mai 1993. Sous couvert d’une pochette en noir et blanc signée Jean-Baptiste Mondino, cette ballade synthétique révèle déjà l’univers muratien.
L’année suivante et déjà trentenaire, il publie un mini-album, Murat (1982). 1984 sonne l’heure du premier album, Passions privées, illustré par une photo de Bettina Rheims. En dix plages, le style Murat se fait jour.
En 1987, Jean-Louis Murat signe chez Virgin, le label français le plus en vogue de l’époque, et sort le 45 tours Si je devais manquer de toi. Pour la première fois dans sa carrière tardive, le succès est au rendez-vous : 60 000 singles vendus. Jean-Louis enchaîne avec un autre single, Le Garçon qui maudit les filles, à la mélodie et au refrain instantanés.
Annoncé par L’Ange déchu,Cheyenne Autumn paraît au printemps 1989. Disque d’or l’année de sa sortie et premier chef-d’œuvre, Cheyenne Autumn va marquer durablement le paysage musical d’ici. De Libération aux Inrockuptibles, Jean-Louis Murat devient une référence, aux côtés de Christophe, Manset ou Bashung. Et le disque suivant, Le Manteau de pluie (1991), où il fait entendre des sons de son Arverne natale, va définitivement le consacrer.
Car parallèlement à Sentiment nouveau,Le Col de la Croix-Morand ou Le Lien défait, l’une des plus grandes chansons de rupture jamais écrites, Murat duettise avec la star Mylène Farmer sur le single Regrets, qui lui vaut des passages télévisés et une belle rotation radiophonique. Ne faisant décidément rien comme personne, Murat enregistre des morceaux inédits sans batterie et au souffle rare, le maxi Murat en plein air, où il fait entendre encore et toujours sa Terre de France. Pour Les Inrockuptibles, dont il fait la couverture du bimestriel en septembre 1991, il offre une compilation rare aux abonné·es au titre montagnard, Face Nord (1993).
Singularité
Au mitan des années 1990, sous l’impulsion de Didier Varrod, aujourd’hui directeur musical des antennes de Radio France, Murat écrit et compose un disque pour Jeanne Moreau, qui ne verra jamais le jour. Il rêve de collaborer avec Nellee Hooper, Brian Eno ou Bomb the Bass pour Dolorès (1996), un monument de la chanson française écrit en pleine rupture amoureuse(en témoigne Fort Alamo)et élaboré pendant six longs mois en studio, ce qui va définitivement le vacciner et l’inciter à accélérer sa cadence discographique dans les années 2000, dans une formule en trio qui lui sied à merveille (Le Moujik et sa femme, Lilith, son premier triple album vinyle).
Car, comme Murat le chante dans Perce-Neige,“rien n’est important, j’écris des chansons comme on purgerait des vipères”. Chez lui, la musique est vitale, il écrit et compose tous les jours dans sa maison située près du lac de Guéry, entre Tuilière et Sanadoire. Entre deux maquettes, il peint inlassablement (Le dragon a cent visages, 2003). Les yeux toujours tournés vers l’Amérique, il collabore avec quelques figures du rock indépendant comme Marc Ribot, Elysian Fields (retrouvant ensuite sa chanteuse Jennifer Charles sur la récréation A Bird on a Poire) et Calexico, pour un disque d’abord imaginé avec le Crazy Horse, Mustango (1999).
Dans un autre genre, il invite l’actrice Isabelle Huppert à interpréter les textes libertins de Madame Deshoulières, une poétesse du XVIIe siècle, sur de la musique baroque. Il poursuivra son obsession littéraire avec deux autres chantiers, autour de Pierre-Jean de Béranger, le plus grand chansonnier du XIXe (1829, 2005), et des poèmes des Fleurs du mal de Baudelaire autrefois mis en musique par Léo Ferré (Charles et Léo, 2007).
“La France reste le pays de la revanche des médiocres.”
Vingt ans après ses débuts, Murat creuse le sillon de sa singularité, attirant de plus en plus d’adeptes parmi ses confrères et consœurs admiratif·ves. En 2005, changement de label chez Naïve, Jean-Louis Murat apparaît étrangement les yeux bandés sur la pochette de Mockba/Moscou, au générique duquel figurent sa complice Camille et, plus étonnant, Carla Bruni, qui n’est pas encore devenue madame Sarkozy. Disque de deuil dédié à François Saillard, l’ancien bassiste de Clara, le bouleversant Taormina (2006) atteste de l’obsession transalpine de son auteur, qui se conclura avec le brillantissime Il Francese en 2018.
Repartant encore une fois aux États-Unis, dans le berceau de la country à Nashville, pour travailler avec des musiciens américains prestigieux, Le Cours ordinaire des choses (2009) est aussi une manière pour son auteur d’échapper à une réalité française qui lui pèse indéniablement et dont il ne manque jamais de se plaindre en interview. Avec cette belle sortie dans Les Inrockuptibles au printemps 2019, où nous étions partis l’interroger à domicile : “J’ai toujours été un outsider, et c’est ce qui m’importe encore aujourd’hui. Je n’aurai jamais la popularité de Mylène Farmer, et alors ? Je rentre en studio avec le même peps que la première fois. C’est la seule et meilleure façon de rester motivé. Depuis le temps que j’exerce ce métier, j’ai vu trop d’artistes victimes de l’effet négatif du succès. Je ne dirais évidemment pas que j’ai recherché l’insuccès, mais être adoubé par un peuple qui ne voit que par Johnny Hallyday ou Patrick Bruel m’aurait sacrément embêté. La France reste le pays de la revanche des médiocres. Comme dans les courses cyclistes, c’est toujours frustrant de se faire dépasser par des dopés ou, pire, des tocards. Je suis quand même rentré dans le lard de tout le monde, mais je ne me plains de rien. Pour tout dire, j’ai l’impression de démarrer comme au premier jour. Et je ne me sens toujours pas un chanteur français.”
Merci Franck!
Ca me fait un drôle d'effet de voir "né à Chamalières" et 1952 partout... qui atteste que tout le monde se fie à Wikipédia (dont les sources sont par ailleurs discutables sur le sujet). En fait, c'est Matthieu qui avait attesté de cela alors qu'on voyait La Bourboule et 1954 souvent... en fouillant dans les carnets du jour de la Montagne (tiens, il n'y a que RFI avec sa bio a longtemps fait foi qui reste sur La Bourboule et 1954.... )
2) La Montagne, saluons-là pour cette une du jour avec Murat (On y reviendra), mais pour l'instant: Voici ce qui est en ligne avec les mots de DIDIER VEILLAULT, et Stéphane MIKAELIAN:
Petit cadeau de Rudy: la reprise de Jean-Louis d'une chanson de son groupe "La Variété", "c'est dans ma nature" ( "j'aime toujours sourire pour m'enfuir loin de la tristesse, des remords qui me blessent")
4) Michel Troadec du plus journal de la PQR (ouest-France) est toujours fidèle au rendez-vous des sorties... Ca en est bien une... Il ouvre la grande porte! A LIRE ICI
Mort de Jean-Louis Murat : ce « berger dans l’âme » était un grand poète de la chanson française
Décédé à 71 ans, le chanteur Jean-Louis Murat était une des grandes plumes de la chanson, à l’abondante discographie imprégnée de nature et de sentiments amoureux.