Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

Publié le 22 Janvier 2015

Nous avions déjà parlé à Bertrand en novembre 2013 (interview à lire ici) à l'occasion de la sortie de son excellent disque "sans moi", la mise en musique de textes de P. Muray, projet que Murat avait entrepris. Le disque a été honoré par un "coup de coeur" de l'académie Charles Cros. On peut encore l'écouter "en live" le 3 FEVRIER à la maison de la poésie à Paris.

Quand Pierre Krause m'a demandé quel artiste pourrait reprendre Murat lors de la soirée LIVRE UNPLUGGED (21 février à la Bellevilloise), le nom de Bertrand Louis est sorti rapidement... aussi rapidement que sa réponse, favorable. Mal (ou bien?) lui en a pris: "Et quand même vous m'emmerdez parce que je crois que je suis en train de retomber amoureux de Murat à cause de vous..." m'a-t-il écrit.  Il a accepté d'actualiser son "inter-ViOUS ET MURAT"... et de nous parler des deux soirées parisiennes qui s'annoncent!

 

 

 

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

 

- Je voulais d'abord faire le point sur "sans moi"... On n'est pas tout à fait à la phase de bilan puisque vous avez encore au moins une date mais...

Bertrand Louis : Je n’aime pas trop faire le point ou le bilan car j’ai l’impression d’être toujours en mouvement. On peut tout du moins dire que la phase « disque » est terminée d’autant plus que ma maison de disque a déposé le bilan ; pour le coup ce sont eux qui ont fait le point ! Pour ce qui est du « spectacle » en revanche, cela continue avec une date importante à la Maison de la Poésie à Paris le mardi 3 février et quelques dates aux printemps. Finalement la « renommée » de Philippe Muray ne me sert pas vraiment car les programmateurs soit ne le connaissent pas, soit sont réticents. J’ai vraiment envie de continuer à développer ce spectacle dans lequel je me sens bien, même si je travaille déjà sur d’autres choses. Dans une optique plutôt « théâtre » je suis moins assujetti à l’actualité du disque. D’autant plus que Muray va en avoir, de l’actualité, puisque son journal va être publié à raison d’un tome tous les 6 mois pendant 3 ans.

 

- Donc vous continuez Muray mais en ajoutant des lectures, c’est cela ? Qu’est-ce que vous pourriez nous dire de cet exercice par rapport à l’interprétation d’une chanson ?

Bertrand Louis : Oui il y a quelques lectures en plus mais pas trop car je ne veux pas que cela devienne trop « intello ». J'aime de plus en plus l'alternance entre la lecture et le chant, même si ce n'est pas du tout évident de passer de l'un à l'autre. Pour la lecture, il faut être beaucoup plus froid et précis à mon avis, si on interprète trop cela devient ridicule. Il y a comme une tension dans la lecture qui peut se résoudre ensuite dans la chanson, ou l'inverse d'ailleurs. En fait, comme je ne parle pas au public, cela permet de remplacer. Et puis je trouve qu'avec une légère mise en scène cela donne un côté un peu moins « frontal » qu'un pur concert chanson. Nous avons aussi rajouté quelques « voix off ».

 

- Tiens, sur le thème du rapport avec le public, vous disiez dans notre précédente interview :

Je me souviens avoir adoré cette attitude du mec [Murat] qui chante ses chansons et n’a pas besoin d’en faire des tonnes à côté. C’était une époque où il y avait pleins de connards autour de moi qui pensaient que si j’étais plus sympa sur scène ou que si je me faisais « coacher », cela marcherait mieux pour moi ; son état d’esprit m’avait rassuré.

Le fait est que certains ressortent d’un concert de Murat en pensant qu’il faisait la gueule… et celui-ci souvent se résout à parler (c’est une consigne de sa manager je pense)… alors qu’il a aussi expliqué que cela le faisait « sortir » de son concert*… Monter sur scène implique forcément un compromis, celui d’être là si on n’a pas envie, d’être dans une mise en scène, une communication… Qu’est-ce que vous en pensez en tant qu’artiste et spectateur ?

*il arrive aussi qu’il se lance dans du blabla… pour gagner du temps, avant une chanson dans laquelle il a dû mal à se lancer…

Bertrand Louis : Question délicate que le rapport au public. Je pense que chacun doit faire comme il le sent, qu'il n'y a pas de règles. Ne pas parler et/ou « faire la gueule » ne veut pas forcément dire que l'on est absent. Si l'on va sur scène sans en avoir envie, il vaut mieux changer de métier. D'un autre côté, les chanteurs qui parlent plutôt bien et beaucoup au public peuvent ensuite leur balancer n'importe quelle merde, et ça passe ! Je pense que l'important est de gérer la conduite du concert, peu importe de quelle manière. Bon, c'est un peu flou ce que je suis en train de raconter, là.

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

- Alors, venons-en à cette soirée du 21 Février. Chanter des chansons des autres, est-ce que c’est un exercice que vous affectionnez ? Et chanter du Murat, est-ce un exercice particulier ?

Bertrand Louis : J'avais déjà fait quelques reprises par le passé (Ferré, Gamine, Dréjac-Constantin...) et c'est effectivement quelque chose que j'aime. Je vous avoue, qu'au départ, même si j'étais très flatté qu'on me propose de chanter Murat, j'étais un peu impressionné par l'ampleur de la tâche (une dizaine de reprises !). J'ai mis un peu de temps à trouver mon truc car la plupart de ses chansons sont basées sur un groove plutôt guitare et je voulais les jouer au piano. Mais je pense que j'ai trouvé petit à petit ma manière de les jouer et de les chanter et c'est devenu un vrai plaisir. J'ai en plus découvert de vraies pépites à côté desquelles j'étais un peu passé. Effectivement ce qui est particulier avec Murat, c'est que le texte, le groove et la voix sont très intimement liés et que parfois, enlever un ingrédient fait chanceler l'ensemble.

 

- Ah, oui, j’aime beaucoup la chanson de Gamine. Sans dévoiler la set-liste, qu’est-ce qui a guidé votre choix avec Olivier ?

Bertrand Louis : Nous en avons parlé simplement et nous sommes assez vite tombés d'accord. J'avais envie que cela tourne pas mal autour de Mustango (vous savez pourquoi...) et cela ne l'a pas dérangé. Ensuite, nous avons aussi essayé de reprendre des chansons sur toute la période, des tous débuts à aujourd'hui.

 

- Qu’avez-vous pensé de Babel ?

Bertrand Louis : Pour être franc, je l'ai trouvé un peu touffu à première écoute, mais ce n'est pas forcément un défaut. Et puis j'apprends petit à petit à apprivoiser la bête, titre par titre, surtout que j'ai vraiment envie d'en chanter une chanson le 21 février. Il faudrait que je pousse un peu l'écoute et la réflexion, mais on a comme l'impression d'un nouveau départ (encore!) dans sa discographie.

 

- Un petit mot sur vos dernières collaborations. On parlait du rap la dernière fois, et vous venez de réaliser l’album de NEGROTRIP? Et ANDONI ITURRIOZ ?

Bertrand Louis : Oui effectivement j'ai travaillé sur un EP avec un jeune groupe de rap de mon quartier (enfin du quartier d'à côté), ils en sont à leurs débuts mais je les trouve talentueux. J'ai découvert un univers que je ne connaissais que très peu, finalement. Ils sont marrants car ils m'ont dit qu'ils faisaient une pause dans le rap (déjà!) pour passer leur bac, c'est très sérieux, mais finalement assez réaliste. Un jour, je leur ai fait écouter ma chanson « Lâche-moi tout » pour leur dire que le rap m'influençait également et ils m'ont dit « Ah mais Monsieur vous êtes un bandit ! »...j'étais très flatté. Avec Andoni Iturrioz, c'est déjà le deuxième album que je réalise et l'on s'entend à merveille. J'aime beaucoup travailler avec lui car il n'a aucun code et aucune barrière. Il me dit par exemple : « Là, il faut que ce soit la fin du monde pendant 8 mesures... » et je dois faire avec.

 

- Pour finir, vous avez semble-t-il choisi le silence ces derniers jours, mais avez partagé sur fb le titre FUTUR ÉTERNEL DE SUBSTITUTION. Est-ce que vous souhaitez exprimer vos sentiments sur les événements (ou sur cette chanson)?

Bertrand Louis : Oui le silence est aussi une façon de s'exprimer, de porter le deuil. Je suis effaré par tout ce vacarme. J'ai eu le malheur de traîner un peu trop sur internet et sur les réseaux sociaux ces derniers jours et je suis vraiment lessivé. Je n'ai qu'une envie : dormir pendant 2 mois...et je ne peux pas malheureusement. Il y a quelque chose qui sonne faux dans tout ça.

« Futur éternel de substitution » est une chanson qui peut exprimer ce qui s'est passé dimanche « Nous aurons des journées nationales et mondiales... » et je ne sais pas, je trouve qu'il y a quelque chose d'apaisant à la fin « N'aie pas peur mon amour il restera le jour ». Mais j'ai surtout envie de relire le terrible « Chers djihadistes » écrit par Philippe Muray en 2002 où il conclut par ce retentissant « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus morts. »

Inter-ViOUS ET MURAT- n°17: Bertrand LOUIS, soirée Murat du 21 Février

RAPPEL:

- Maison de la poésie, Mardi 3 Février, 20 heures. Récital autour de SANS MOI

Les infos sur le site officiel: http://www.bertrandlouis.com/ Il reste encore de la place.

- Soirée LIVRE UNPLUGGED, avec www.surjeanlouismurat.com (oui, c'est moi):

Samedi 21 Février

On a eu de la chance: pas de concert de Murat ce soir-là, on ne lui fait pas de concurrence! Avec Bertrand Louis et Olivier Nuc, et avec la participation amicale de Marjolaine Piémont et Antonin Lasseur. Deux duos inédits...au prix de zéro, puisque l'entrée est gratuite... même si vous pouvez consommer au bar, ça nous arrange!

Il est possible de commander des tirages de photos à P. Gressien, qui sera présent. Il les a réalisé lors de l'émission LE RING. Visibles ici (notamment la photo qui figure sur l'affiche).

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Didier Le Bras 25/01/2015 06:41

Très belle ITW Pierrot. Beaucoup de sensibilité dans les propos de l'artiste ...

pierre K 23/01/2015 22:43

Excellent entretien ! Vivement le 21 février ;) \o/