2021 aura aime murat

Publié le 23 Juillet 2021

Allez, avant le déferlement médiatique que va susciter son nouveau disque en novembre... je vous prépare!

 

Via l'attaché de presse, j'avais découvert DA CAPO en 2017, qui m'avait conduit à proposer une interview d'Alexandre Paugam, qui a gardé le vaisseau, seul maître à bord du groupe (on le retrouvera aussi sur "Aura aime Murat" dans un magnifique instrumentale de "GENGIS". Nicolas PAUGAM, le grand frère, avait pris une voie en solo quelques temps plus tôt (même si "les frère Paugam à meustaches", side project tzigane, les réunit encore).  Je n'avais livré qu'une oreille trop rapide à cet artiste, même si la lecture de chroniques (télérama 4f) me le laissait en haut de la liste des "à écouter" (liste que je ne tiens pas, ce qui complique les choses il faut l'avouer). Ce n'est qu'en recherchant des artistes pour "AURA aime Murat" que je finis par lui accorder toute ma considération...  juste avant que Burgalat dans Rock and Folk s'étonnasse de ne découvrir "qu'en 2021 ce chanteur de la trempe de Annegarn, Vassiliu, Ricet Barrier, pas loin de Ferré, période "les souvenirs" ou de "nous deux" avec Caussimon".   Il cite la chanson "L'homme heureux"  qui "jette par dessus bord toutes les fadaises sur les migrants". Elle fera partie de son prochain opus à sortir en novembre: "PADRE PADRONE",  la petite assistance du concert de jeudi 15/07  a pu l'entendre, ainsi que la chanson titre qui fera l'objet d'un duo avec, excusé du peu: JP NATAF. Ils s'étaient croisés dans Paris, avaient discuté, Nicolas lui a glissé ce jour-là le nom d'un artiste à découvrir... Le contactant pour le duo quelques années plus tard, JP ne l'avait pas oublié: "mais oui, je me rappelle, c'est  toi qui m'a fait  écouter le chanteur éthiopien Mahmoud Ahmed!"... artiste depuis qu'il a dit "adorer" en interview. JP et Nicolas feront une scène commune le 3/12/21 à Esquelbecq, village culturel des flandres. On retrouvera aussi NICOLAS au WALRUS, à PARIS Le 29/09.

 

Le concert du soir est organisé par une adorable bouquinerie LE RAFIOT LIVRES sur la place du village de Saint-Geoire en Valdaine, au pied de la Chartreuse, et le temps exécrable a coulé le marché nocturne de producteurs qui doit normalement se tenir, et il y a donc repli parmi les milliers de livres. Quelques acteurs culturels du village, une petite diaspora auvergnate dont un touriste de Montluçon, on tient tous, sans servir de serre-livres pour autant. J'ai découvert quelques jours plus tôt que j'avais déjà croisé il y a dix ans sur le net le patron du lieu, qui exécrait Murat. Je lui pardonne... d'autant que non seulement la soirée est gratuite, mais qu'il nous offre aussi à boire (une bière artisanale produite au village La Dauphine)... 

Tout cela est donc bien sympathique. Avant le concert, j'ai le temps d'interroger Nicolas sur sa rencontre téléphonique tout récente avec un certain Gérard Manset (filiation revendiquée plutôt qu'à la grammaire: "je mourirai" chante-t-il dans une de ses chansons)... Bien-sûr moment inoubliable pour un fan comme lui de l'oeuvre de Gégé , notamment pour ses compositions, ses mélodies,  "plus riches que Murat". 

On évoque aussi sa reprise pour "Aura aime Murat". Il aimait beaucoup "baby carny bird", il l'a travaillé mais n'a pas trouvé comment l'adapter à sa façon, d'autant que Murat jouant plutôt de sa voix basse, Nicolas est sur un registre beaucoup plus haut.  Son repli vers "le reason why" est plutôt heureux selon moi. On a ainsi un titre très récent, et qui va bien au côté fantasque (il figurait dans le numéro spécial des Inrocks "les excentriques de la chanson française")  et au flow de Nicolas, une très belle adaptation. Il me demande si quelqu'un a osé se frotter à "nu dans la crevasse"...  La réponse est non (on re-saluera du coup le courage de Lionel Fondeville qui avait produit un bel ouvrage pour le tribute to Mustango-chez A.D.A.). 

 

Ce jeudi,  c'était concert en solo, à la guitare électrique, mais Nicolas tourne aussi avec des musiciens, ce qui lui permet de partir plus à l'aventure avec la guitare.  En solo, la virtuosité guitaristique est tout de même visible, et la part d'improvisation aussi, ce qui le rapproche de Jean-Louis Murat, comme les quelques cris d'oiseaux ou d'animaux qui vont conclure certains morceaux ("les barbus" par exemple). On est mis à contribution sur certains morceaux et c'est toujours bien sympathique. On est en droit de se sentir privilégié  d'assister à ce concert quasi-privé, même si Paugam nous évoque les ambiances plus électriques et en suées des concerts en groupe.  

Paugam pioche dans ses différents albums... "les sablons", "les ablettes", "mon agitation" (il me semble) et notamment le single du dernier album sur le Titanic, sur une mélodie remarquable : 

 

Il faut vraiment faire l'effort de se familiariser avec ce timbre de voix qui peut être perturbant, et on se rend compte ensuite du talent mélodique du Monsieur.  Passionné par  les arrangements, la production, il sait aussi enluminer ses compositions sur disque, inspirées parfois par le jazz,  la musique brésilienne, mais moins la bossa nova que le tropicalisme plus expérimental et pop et moins marqué par la "saudade", ou carrément la variété ("tu savais, tu savais" digne d'un Mike Brandt dans le refrain (S'il était apparu dans les années 60/70, j'imagine qu'un éditeur aurait proposé ses créations à des interprètes).

 

A la fin du concert, pendant le petit verre de l'amitié, Nicolas Paugam raconte le passage chez LITHIUM de DA CAPO (disque minor swing), et le travail de D.A. de Vincent Chauvier.  Malgré le bon succès du disque, notamment au Japon, le groupe se sent laissé tomber, avec leur refus de passer au français. On entend aussi que, autant que LOVE, The Pale Fountains ont été une référence pour lui et Da Capo... autre point commun avec Murat. 

"C'était à l'époque des Pale Fountains : d'un seul coup, je sentais quelque chose de neuf, que je pourrais aller dans cette direction."
Ainsi les Pale Fountains auraient été une des influences majeures qui expliqueraient la transition de la musique de "Passions privées" à celle de "Cheyenne Autumn". C'est fort probable quand on sait que Marie Audigier a déclaré de son côté que "Pacific Street" des Pale Fountains était "le disque fondateur de ma culture". Mon groupe préféré". (site SANADOIRE.COM).  Murat parlait lui d'"album parfait".


J'ai randonné mercredi et jeudi, et j'ai eu "rendez-vous au sommet" dans la tête pendant les deux jours... et j'avoue que... c'était pénible. Alors attention, je vous aurais prévenu.

 

Retrouvez NICOLAS PAUGAM:

BANDCAMP

https://www.nicolaspaugam.com/

youtube

https://www.facebook.com/nicolas.paugam6

et bientôt sur le disque "AurA Aime MurAt"...

 

Pour en savoir plus, deux interviews:

http://www.mandor.fr/archive/2019/05/09/nicolas-paugam-interview-pour-le-ventre-et-l-estomac-6149837.html

https://www.youtube.com/watch?v=H_974M04zrs

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 16 Juillet 2021

Merci au camarade Bertrand DICALE (et fidèle) de préparer la population à "AUR.A. AIME MURAT" en nous proposant un voyage au pays de Jean-Louis Murat ce vendredi sur France Info. Une jolie chronique!

 

Mon article d'il y a quelques semaines sera un bon complément pour les retardataires! : http://www.surjeanlouismurat.com/2021/01/aura-cartes-territoire-muratien-murat-tribute.html

Ces chansons qui font la France. "Col de la Croix Morand" de Jean-Louis Murat (1991)

Tout cet été, nous visitons en chansons la France, ses régions, ses villes, ses villages. Vendredi, l'Auvergne de Jean-Louis Murat, autour de la station thermale de la Bourboule, terroir rural célébré par le rock. 

En 1991, beaucoup de gens découvrent à la fois Jean-Louis Murat et le col de la Croix-Morand. Jean-Louis Murat a été entendu en duo avec Mylène Farmer, mais aussi sur des albums aux couleurs singulières, quelque part entre rock indépendant et chanson poétique. Et ce Col de la Croix-Morand devient un lieu de la géographie rock française. Un lieu paradoxal parce que le rock français aime les terrains vagues, les villes délabrées et les no man’s land goudronnés, certainement pas les cols de moyenne montagne du Puy-de-Dôme. Et quand on tend l’oreille de la chanson, on entend les cloches du bétail, un chien, des oiseaux, un ruisseau…

 

Dans cet épisode de notre chronique Ces chansons qui font la France, vous entendez des extraits de :

Jean-Louis Murat, Col de la Croix-Morand, 1991

Jean-Louis Murat, L'Au-delà, 2002

Jean-Louis Murat, Le Voleur de rhubarde, 2003

Jean-Louis Murat, Au Mont Sans-Souci, 1999

Jean-Louis Murat, Dordogne, 1991

Jean-Louis Murat, Le Voleur de rhubarde, 2003

Jean-Louis Murat, L'Au-delà, 2002

Jean-Louis Murat, Le Voleur de rhubarde, 2003

Jean-Louis Murat, Le jour se lève sur Chamablanc, 2014

Jean-Louis Murat, Au Mont Sans-Souci, 1999

Jean-Louis Murat, Nu dans la crevasse, 1999

Jean Bergheaud, La Rapide, vers 1972

Jean-Louis Murat, Col de la Croix-Morand, 1991

 

LE LIEN EN PLUS

"Les livres, chansons, albums, films, séries, expos, sites…à haut indice sensuel qui nous accompagnent à la rédac" des INROCKS.

Franck Vergeade a sélectionné: Le Corridor humide de Jean-Louis Murat

https://www.lesinrocks.com/actu/un-ete-sexy-vu-par-la-redac-des-inrocks-391300-10-07-2021/

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat, #Baby Love

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Publié le 4 Juillet 2021

40 ans de carrière discographique pour Jean-Louis Murat!

Le 7 juillet 1981, en effet, sortait le disque "suicidez-vous le peuple est mort"!

Il y a 10 ans, je vais vous dire, c'était les 30 ans même! Et 40, c'est mieux!  

En 2011, j'avais  lancé une pétition qui avait été signée par des centaines de milliers de personnes (environ, presque, mais les chiffres précis ne sont plus disponibles) pour que les médias se saisissent de cette occasion pour que des émissions soient enfin consacrées à Jean-Louis Murat (Tout jeune, tout frais, tout naïf (1,5 ans d'existence), le blog cherchait encore à faire le buzz). Laure B., à l'époque, l'avait même signée.  Et c'est elle qui m'avait fourni, après recherche, la date exacte de sortie du 45 Tours (un objet physique en dur, enfin, un petit peu souple, qui contenait deux ou trois chansons, mais qui nécessitait d'être retourné, pas comme une crêpe, mais un peu comme la page d'un livre qu'on tourne, oui, bon, un vinyle quoi, mais format réduit).

J'avais également produit cette petite vidéo:

 

Finalement, après m'être plongé dans le blog de 2011, on voit que 10 ans plus tard, la situation n'a pas vraiment changé (sauf qu'il y avait myspace et que Jean-Louis nous offrait des inédits pour passer le temps) :  le petit peuple muratien attend le retour de JLM, un nouvel album,  une tournée,  les annonces de date s'égrainent  en 2011 comme en 2021... et  il faut s'en réjouir... JLM qui n'aime toujours pas les anniversaires est toujours tourné vers l'avant... Et on espère qu'il va rattraper le temps perdu avec le covid en 2022/2023.

http://www.surjeanlouismurat.com/article-30-ans-de-carriere-c-est-fait-le-6-juillet-78763248.html

Ci-dessous le titre live d'époque que Matthieu m'avait fait découvrir après des après-midis passés à l'INAthèque à Clermont:

1981/2021, c'est aussi pour cet anniversaire que j'ai accepté de soutenir le tribute "AURA AIME MURAT", pour qu'il y ait au moins un truc qui marque le coup!!   40 ans de disques, ça commence à faire, surtout pour un groupe!!! A géométrie variable, certes, mais avec des membres souvent en conflit entre eux:  Jean-Louis Bergheaud qui conteste le leadership et le côté factice de Jean-Louis Murat, alors que Gengis revendique de jouer plus rock alors que Mornac et quelques autres tirent eux aussi à hue et à dia, mais qui ont toujours réussi  au bout du compte à se supporter, et à un rythme souvent effréné de production.

Je cause, je cause... c'est pour me laisser le temps de trouver quoi vous dire  ou un moyen de fêter ça, mais je sèche un peu...  Alors, on va se tourner un peu vers les archives (d'ici le 6, une autre idée me viendra peut-être).

A propos de "suicidez-vous le peuple est mort",  je vous invite à relire le reportage d'avant le street art, de Matthieu... qui avait réussi à nous retrouver le tag clermontois qui peut être était à l'origine de la chanson:

http://www.surjeanlouismurat.com/2015/12/cliches-n-26-au-commencement-etait-un-graff.html

Quelques jours après la parution de l'article, le tag est réapparu - je crois me souvenir que M. m'avait laissé penser que c'est l'auteur initial qui l'aurait reproduit- :

http://www.surjeanlouismurat.com/2016/01/le-present-et-le-passe-au-present-en-4-photos.html

On pourra aussi relire l'article sur Claude Dejacques qui après Barbara et Gainsbourg,  s'occupa de Murat chez PATHE.

 

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Allez, je vous mets une petite archive: SPLIFF le fanzine culte de Clermont avec un article signé par Jacques Moiroud, toujours actif, et Agnès Audigier, ex-Madame Atomos (groupe cotoyant de près Clara), soeur de Marie, décédée en 2014.

 

 

40 ans de carrière pour Jean-Louis Murat le 06/07/21! Retours sur 1981!

Saluons au passage Marie Audigier, femme/manager, qui a sans doute joué un rôle important à l'époque, et pas seulement du côté de LA BEAUTE. Elle vient de finir sa mission en Afrique (4 ans semble-t-il très réussi à l'Institut Français du Congo). Bon retour en France!

fanzine "new wave" 9 (mai 1981)

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La version de 1995 disponible en cd : 

 

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Un titre toujours d'actualité :

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Le 16/09/81, sur TF1, c'est "la débâcle" qui est présentée:

J'ai contacté hier François Diwo présentateur de l'émission... qui n'a aucun souvenir de cette séquence.

LES ANNIVERSAIRES EN PLUS

 

Il y a 10 ans, c'était aussi le KOLOKO 9, concert pour Clermauvergne, excellent, avec Jean-Louis très disponible devant la coopérative de Mai:   http://www.surjeanlouismurat.com/article-koloko-9-concert-clermauvergne-humanitaire-10-juin-2011-76428959.html

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IL y a 10 ans, en mars, Jean-Louis nous offrait aussi un bel hommage à Bashung, et j'avais la charge de vous le communiquer:

http://www.surjeanlouismurat.com/article-alcaline-jean-louis-murat-rend-hommage-a-bashung-68631428.html

On se rajoute encore quelques covers: 

Bertrand Louis/Olivier Nuc

Voilà... je sais c'est nul comme anniversaire... mais moi non plus, je n'aime pas vraiment les anniversaires, ni les nouvels ans... vivement l'automne...

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 13 Juin 2021

Il faudrait peut-être que je pense à créer une catégorie spéciale d'articles pour rassembler tout ceux consacrés au VOYAGE DE NOZ... et aux interviews de Stéphane Pétrier, leur chanteur-auteur-leader-rarement à l'heure (mais pas si râleur). Voici je pense la 5e que je vous propose... 5 pour 35 ans de carrière (since 1986), je ne vous inonde pas non plus... Il faut dire que le groupe prend généralement son temps en chaque album. Généralement car cette fois, c'est assez rapidement que "le début-la fin-le début" voit sa suite arriver (à l'échelle des Noz, pas de Murat)... et qui plus est un double album!

"IL SEMBLERAIT QUE L'AMOUR FUT" est une nouvelle fois à ranger du côté des albums "concepts" ou opéra rock, la marque de fabrique du groupe, surtout après le sublime "Bonne Espérance" (conte fantas-celti-mystique).... ou "L'homme le plus heureux du monde" dans lequel Stéphane Pétrier devenait Esther appertine, chanteur à succès dans la tourmente. Et finalement, 10 et 20 ans plus tard, on retrouve de ses deux albums dans cette dernière production, et pas de doute, on est bien chez les NOZ. Parfois habitué à une production dans la douleur et la tension, il semble que le disque malgré la période, a été réalisé dans une ambiance sereine et facile... si bien que le groupe n'a pas peur d'affirmer qu'ils ont fait là leur meilleur album.  L'arrivée d'un nouveau guitariste Marc Baujard n'y est peut-être pas pour rien, lui qui a su se fondre dans le groupe dont il était fan tout en apportant son énergie.  Et pourtant, Stéphane Pétrier s'était lancé à nouveau dans un sacré défi: traiter du mystère du couple.

Après deux ou trois écoutes, j'ai fini par être complètement addict du disque, malgré tant de choses qui auraient tendance à m'agacer, mais voilà, les Noz  et Stéphane Pétrier assument, osent (par exemple chanter "Quitter les sentiers minés de l’amour"),  avec encore quelques hymnes que l'on est  impatient de découvrir sur scène, des belles chansons pop, et à l'instar du "bagdad disco club" sur le dernier disque, ou encore "eash uisge" (sur Bonne espérance),  le titre Nazca (en deux parties), un titre hors-norme dont je ne me suis pas remis.

Je ne m'éternise pas: on a été bavard, comme d'habitude... 

                                                        https://www.levoyagedenoz.com/  CD/vinyle

 

Bonjour Stéphane!

- 3,5 ans seulement nous séparent du dernier album!!! Votre record de rapidité (non, on ne se moque pas, M. Murat)  et dans le même temps, vous avez été très présents aussi ! Donc, on peut dire que si la période précédent "Le début la fin le début" a été laborieuse et compliquée (7 ans), celui-ci arrive je dirais "de manière fluide". Où est-ce que vous étiez après ce "début, la fin, le début"?  Et quel bilan tu dressais de la situation après celui-ci?

S. PETRIER : Je vais commencer par la deuxième partie de ta question. Comme je te l’avais dit dans notre précédent échange, "le début - la fin - le début" a été un album éprouvant et compliqué à accoucher. Après le départ d’Eric [Clapot], on était épuisé physiquement et moralement mais l’album était là et il n’était pas question qu’on lâche l’affaire. Il fallait tourner, faire des dates pour le défendre ce putain de disque… On a pas mal réfléchi avec Alex, Pierre et David notre manager. Il nous semblait déjà évident que Nath (qui intervenait jusque là en «additionnelle») allait intégrer le groupe à part entière. Il fallait donc trouver un guitariste capable de remplacer Eric, chose ô combien compliquée. On avait prévu d’auditionner un certain nombre de personnes, mais nous n’en avons pas eu besoin. Marc est arrivé.

Marc, c’est quelqu’un que je connaissais depuis l’époque «Exit» Il venait nous voir en répétition. Je savais que c’était un très bon guitariste. Je savais qu’il aimait beaucoup le groupe. Je savais aussi et surtout que c’était humainement un mec super. Au moment de commencer nos recherches, son nom trottait dans un coin de ma tête… et là Alex, m’appelle en me disant « Et pourquoi pas Marc ?». Là-dessus je vais voir son profil facebook et je me rends compte qu’il connaît très bien Pierre [Granjean, bassiste] avec qui il a déjà joué… et qu’il était en classe avec David! Je l’ai appelé. Il est venu une fois en répétition en ayant bossé quelques vieux titres… Deux heures après c’était évident pour tout le monde qu’il était le nouveau guitariste du groupe.

Il est clair que l’arrivée de Marc et de Nath a apporté un sacré souffle à l’histoire. On s’est remis à répéter comme des ados. A rire et à aller boire des coups ensemble aussi… Choses qu’on avait un peu oublié les derniers temps… Bref, le voyage était reparti.

 

- Le bilan de ce disque‌ "ld-lf-ld":  les fans toujours là qui répondent présents et contents de retrouver les VDN ? 

S. PETRIER : Personnellement je considère «le début - la fin - le début» comme un album de transition. Sans doute pas notre meilleur mais avec quand même quelques putains de bonnes chansons dedans je crois. Il y avait un petit goût d’inachevé. Il manque sans doute un ou deux titres pour que le truc se tienne vraiment et ressemble à ce qu’on avait dans la tête mais bon, par moment il faut savoir avancer. Quant au bilan humain, il était carrément bon. On avait retrouvé le goût de jouer, l’énergie, la foi… On a fait pas mal de date pour roder Marc (et nous roder aussi). Le public répondait présent. Et puis il y a eu notre participation au projet hommage à Hubert Mounier qui a permis de tester le nouveau line-up sur un travail de studio. C’était vraiment une chouette expérience. Un beau projet mené par Stardust avec des gens bien, des belles rencontres... et tout ça s’est terminé par un concert sur la grande scène du Transbordeur. Pour moi, c’est ce soir-là qui marque le début des choses, vraiment.

C’était un concert un peu particulier. On ne jouait que deux titres. C’est le genre d’expérience plutôt casse-gueule. On a pas le temps de se chauffer que c’est déjà terminé. Là, en plus, on a eu des problèmes techniques. La basse de Pedro pas branchée au début. La caisse claire d’Alex sans timbre… Je me souviens que l’on s’est regardé avec Marc et qu’on s’est dit «Putain c’est la merde, mais on y va…». Et on y est allé… Et je crois que nous n’avons jamais été aussi bons que ce soir-là. Ou en tout cas, je n’ai jamais ressenti une tel force dégagée par le groupe. Tous les cinq. Je nous sentais invincibles. Après un truc comme ça, tout devient plus facile.

"le capitaine" live à revoir ici.

‌- Oui, prestation intéressante, avec une affirmation rock qui détonnait... Quand tu te faisais tirer un peu l'oreille pour participer à "aura aime Murat", tu ne m'avais pas dit que Place Hubert Mounier avait eu un tel impact interne au Voyage de Noz! Sur la période, il y a eu ensuite la sortie en vinyle de la "cassette bleue" («les chants de l'aurore») qui circulait sous le manteau dans les lycées lyonnais autour de 1990, avec Simplex Records cette maison qui a pour objet de sortir en vinyle des raretés et inédits de la scène lyonnaise... Ses deux dernières sorties (notamment Ganafoul et Fooflash) ont fait l'objet d'une belle presse nationale… Bon, vous ne courrez plus après ça? Ce regard sur le passé, ça a joué un rôle aussi?

S. PETRIER : Oui, ça a été une période assez chargée. D’abord on a été très flattés que Christophe Simplex souhaite que l’on soit sa première référence sur son très beau label Simplex Records qui depuis marche très fort - plus grâce à Ganafoul qu’à nous faut l'avouer :)). La sortie des «Chants de l’Aurore» en vinyle c’était l’occasion de ressortir du placard ces enregistrements de nos débuts qui avaient eu leur petit succès à l’époque (on avait vendu 1000 cassettes je crois). Et puis on en a profité pour rééditer notre premier album «Opéra» qui fêtait ses trente ans… Ça nous a permis de nous retrouver «entre vieux», avec Eric, Manu, Alex et Thierry pour un concert où on a rejoué uniquement les titres de cette époque. En plus, on partageait la scène avec nos potes d’Aurélia Kreit (deuxième référence de Simplex Records) qui rejouaient ensemble pour la première fois depuis les années 80... Même si je ne suis pas vraiment du genre nostalgique et que j’ai plus envie de regarder devant que derrière, c’était un joli moment, avec le public, mais aussi entre nous.

 

- Dernier élément de cet entre-deux: l'édition à ton compte de ton livre, un petit délice pour ceux qui suivent "l'histoire" depuis un moment même si ça amenait aussi ailleurs. Tu avais parlé de tes doutes, de tes pannes d'inspiration, est-ce que le bon accueil de tes lecteurs a pu te libérer un peu? peut-être aussi simplement en libérant ce tiroir?... d'autant qu'on n'est pas très loin de la thématique du dernier disque...

S. PETRIER : Mon roman, «Kill the dog», c’était une petite récréation plutôt sympa et vraiment sans la prétention de devenir un "auteur". Au départ, c’était surtout un challenge : savoir si moi, qui ai l’habitude du format court de la chanson - j’allais être capable de me tenir à un tel projet, d’aller au bout. Quand j’ai tapé le mot "fin", j’étais vraiment heureux. Ensuite, je l’ai laissé au fond d’un tiroir pendant plusieurs années. Ce sont des amis à qui je l’avais fait lire et qui l’avaient aimé qui m’ont poussé à le sortir. Et je ne le regrette pas. Les retours ont été assez positifs et je suis plutôt content du résultat. Je suis en train d’écrire la suite «Kiss the monkey», qui me semble plus maîtrisé et surtout, je crois, plus drôle. Tiens, voilà un truc que je ne connais pas trop avec Noz :) et qui me procure un vrai plaisir : réussir à faire rire. Quand j’ai des retours de gens qui me disent qui se sont poilés en me lisant, ça fait un bien fou au mec qui a la réputation d’écrire des chansons déprimantes depuis 35 ans.

Après est-ce que cela m’a «libéré» au niveau de l’écriture, je ne sais pas. Ce qui est sûr, c’est que - même si la forme et l’esprit sont bien différents - mes livres racontent plus ou moins la même chose que mes textes, ou en tout cas, ils complètent le puzzle. Il y a des passages secrets de l’un à l’autre. Dans Nazca, à la fin du dernier album, je dis "C’est toujours la même chanson depuis le début»… Voilà...

 

- A propos de ta dernière phrase, est ce que tu ne nous aurais pas donné une des clefs du disque?

S. PETRIER : Oui, sans doute, cette phrase est une des clés. J’ai vraiment eu l’impression, quand j’écrivais, quand on a composé, qu’il y avait comme l’âme de tous les autres albums ("Bonne-Espérance" et "L’homme le plus heureux du monde" en particulier) qui transpirait dans ce que nous faisions. Mais pas comme une redite. Plutôt comme un aboutissement. Vraiment avec la sensation qu’on arrivait à l’essence des choses. Ça me fait un peu penser - toutes proportions gardées - à un peintre qui passe sa vie à faire le même tableau et qui un jour, trace juste deux traits et se dit «Oui, c’est ça.» C’est drôle, moi qui doute tout le temps, ce coup-là je n’ai pas peur de dire que je pense que c’est notre meilleur album. Je nous sens vraiment plus forts qu’avant. Je pense que j’ai écrit là mes meilleurs textes aussi. Et bizarrement, ça n’a jamais été aussi facile. Je suis bien incapable de dire pourquoi… juste l’impression que cette année 2020, les planètes étaient bien alignées.

 

- A propos de libération, j'avais exposé ma théorie dans une interview précédente d'un VDN -tout en cultivant son univers singulier- qui s'imprégnait un peu de l'univers musical du moment: new wave, noisy etc... Depuis le précédent, j'ai l'impression que vous devenez votre propre catégorie, et surtout un peu plus en déconnexion des modes ( même si le parlé chanté est plus présent maintenant par exemple et que finalement, l’album est très «générationnel» et séculier). Est-ce que vous vous sentez finalement libéré de vos influences éventuelles? Et au delà de ça, malgré le groupe qui évolue, avec le départ des guitaristes historiques, on a plus que jamais votre identité qui s'affirme...


S. PETRIER : Je crois qu’on ne se libère jamais de ses influences. Mais elles évoluent. Le fait que - cédant à la pression insistante de mes garçons - je me sois mis à écouter (et à aimer!!!) pas mal de rap ces dernières années a forcément eu une influence sur ma façon d’appréhender les textes, dans ma façon de faire sonner ou groover les mots. J’ai aussi l’impression que ça a élargi mon champ lexical, que je me suis autorisé de nouvelles choses, que j’ai exploré d’autres lieux. Marc est arrivé lui aussi avec ses influences qui ont apporté de nouvelles choses à l’ensemble. Sa culture musicale, c’est avant tout le rock 90’s/2000, des groupes qui envoient du bois comme Placebo, Linkin Park, Soundgarden… C’est aussi un grand fan de Jeff Buckley. Tout ça a joué dans cet album, forcément. Le fait d’utiliser beaucoup plus la voix de Nath est aussi une nouvelle couleur sur notre palette. Mais en effet, ça reste du Noz. Je crois qu’on a notre pâte. Le truc qui fait qu’on nous aime ou pas. La grosse différence avec avant c’est surtout qu’aujourd’hui on est très tranquilles avec ça. On assume. Sans complexe.  Et puis aujourd’hui la « mode » musicale part tellement dans tous les sens qu’on serait bien con d’essayer de se raccrocher à un wagon, quel qu’il soit.

 

- Tes garçons, ce sont les deux geeks que tu cites sur le disque? La question des enfants est peu abordée sur le disque, les chansons «le pont» et «quelque chose bouge» avaient traité le sujet dans la thématique?

S. PETRIER : Ah non… les deux geeks du «Café de Paris»… Je n’y avais pas pensé… Mais peut-être qu’inconsciemment je pensais à eux en effet. La chanson cite aussi 2Pac que j’ai découvert grâce à un de mes fils. J’avais envie de placer le personnage dans un monde un peu décalé par rapport à sa culture et à son âge. Et c’est en effet un peu ce qui se passent avec mes garçons. Je sens que grâce à eux je me confronte à des univers que je ne serais pas aller explorer de moi-même. Alors oui, les kids sont sans doute un peu dans ce «Café de Paris»...

Quant au thème des enfants, c’est vrai qu’à part «Quelque chose bouge» qui était une chanson sur la peur de la paternité, je n’ai jamais abordé le sujet. Je dois avoir peur d’écrire des niaiseries un peu trop sucrées… Après, ce n’est que moi… Mon copain Jean-Philippe Fayet (du groupe Dory4 qui participe aussi au projet d’album hommage à Murat) a écrit deux magnifiques textes sur ses fils dans leur dernier album. Mais je ne me vois pas faire ça. Et puis j’ai une pudeur à géométrie variable: ça ne me gêne pas de montrer mon cul sur scène mais par contre ça ne me viendrait pas à l’idée d’étaler mon intimité familiale sur facebook ou de chanter mes enfants.

 

- Musicalement, du coup, est-ce qu'il y avait quand même un axe particulier sur cet album? Et est-ce que vous êtes partie de zéro? (d'après nos précédents contacts, je pense qu'il y avait encore des musiques dans les cartons peut-être depuis bonne espérance)

S. PETRIER : Non. En général sauf cas de force majeur, perso je n’aime pas trop aller piocher dans la collection de l’année précédente. Y’a toujours un côté réchauffé qui me dérange. Et puis là, on était tous à fond, on avait plein d’idées, on arrivait plus à s’arrêter. Limite, cette fois-ci, c’est moi qui ai du freiner pour que ça ne se transforme pas en triple album.

Quant à la direction artistique, musicalement, au départ, on n’a pas trop réfléchi. Nous avions 5 ou 6 titres à l’automne 2019, dont trois qui ont fini sur l’album (Le plan B, Mathématiques modernes, Cache-cache) mais on naviguait un peu à vue. En revanche on avait une petite idée de «charte sonore», que l’on avait déjà un peu testé sur la reprise du « Capitaine ». Celle-ci reposait bien sûr sur le son de guitare de Marc, l’utilisation de la voix de Nath, l’envie d’avoir des rythmiques assez puissantes, et puis côté claviers, l’utilisation d’un petit joujou dont nous avions fait l’acquisition : le Microfreak, de chez Arturia. Un petit synthé/groovebox, avec des filtres analogique qui permet de bidouiller des trucs bizarres et qui a vraiment coloré le son sur certains titres.

Au niveau du concept et des textes, j’avais ma petite idée depuis un moment. Mais les événements extérieurs, le confinement, ont donné une autre dimension à l’histoire. Je ne me suis mis à écrire qu’en mars dernier.

 

- Tu nous ramènes à mars dernier, et donc la Covid… Évidemment, la référence est assez évidente, même si je me disais aussi que le thème est déjà présent depuis longtemps via le Sida "que la fête commence" et "hôtel terminus", la situation de crise du dernier album aussi. Comment toi et le groupe avez vécu les événements? IL y a dans le disque mention d'interdictions, de choix politiques (premier titre) et la référence à la résistance... Est-ce qu'il y a un message politique?

S. PETRIER : Un message politique, ah non. Je m’en sens bien incapable. Ça reste un album sur l’amour hein… Mais il se trouve que quand j’ai commencé à écrire les textes je lisais des bouquins sur la débâcle de 1940. C’était au moment du premier confinement où personne n'en menait bien large et - on l’a un peu oublié - on avait l’impression de vivre quand même un truc de dingue. Nous, nous avions fui dans notre campagne bourguignonne. Et plus je lisais des trucs sur 1940, plus je voyais des parallèles avec notre situation. La panique face à l’inconnu, l’impression que ça ne pouvait pas nous arriver à nous, le caractère des gens qui se révèle dans les moments critiques… Ça résonnait aussi, évidemment avec ce dont je voulais parler en priorité : l’amour, le désamour, les couples qui se défont et qui souvent n’ont « rien vu venir », se croyant bien à l’abri derrière leur petite ligne Maginot… Ça a donné « Rejoindre la zone libre »… et un peu le ton de l’album…

Quant au groupe, plus globalement, je crois que ce confinement a été pour nous une bénédiction. On était frustrés de ne plus pouvoir faire de musique alors on se parlait beaucoup par vidéo, par whattsap, tous les 5 mais aussi avec David et Patricia (nos papa et maman-managers)… Des échanges à n’en plus finir et des grosse poilades surtout… On commençait à avoir des idées de titres. Un jour on s’est dit «Et si on créait un morceau uniquement en s’envoyant des fichiers, comme ça, pour voir…». Alex a dit «Ok je vous envoie une batterie"… Quelques jours plus tard Marc revenait avec une instrumentation et une structure qui avaient une sacrée gueule. Ça sonnait super bien. Je crois que dans la journée même j’ai fait le texte de «il semblerait que l’amour fut». Là, on s’est dit qu’on tenait quelque chose…

 

Bon, on sait qu'il y a de nombreuses lunes, un des tes textes avait plu à quelques lyonnais extrémistes (sculture lente, je pense qu'on en avait parlé, les chansons doivent faire leur route, mais c'est bien de les guider quand même)... alors c'était bien de repréciser.

S'il n'y a pas de message politique, est-ce que la société actuelle est néanmoins présente et influe sur les relations amoureuses? Murat a parfois un peu ce discours sur les nouvelles relations hommes/femmes. Tu me parlais pendant la pub de la chanson "Christine"..

 

S. PETRIER : Là je vais enfoncer des portes ouvertes. Mais c’est évident qu’entre nos vies par procuration sur les réseaux sociaux et la crise sanitaire, l’amour a pris un sacré coup dans la gueule. C’est compliqué aujourd’hui de «rencontrer quelqu’un». «Christine» c’est en effet une chanson qui parle un peu de tout ça. De la distanciation sociale. De la peur de l’autre. De la contagion. Et puis, plus profondément, j’avais envie de parler des filles de 40-50 ans (d’où ce choix de prénom «vintage») qui ont - en tout cas pour un certain nombre que je vois autour de moi - un vrai problème avec l’amour. J’ai pas mal de copains célibataires qui voudraient refaire leurs vies. Les garçons, en général, sont plutôt open, prêts à retenter quelque chose, à s’ouvrir, à faire confiance, au moins à essayer… En revanche, les filles gardent une sorte de carapace, un blindage… quelque chose qui semble dire « on m’a bien niquée par le passé, cette fois, on ne m’aura pas… ». Et quand tu gardes cette carapace, c’est forcément compliqué de reconstruire quelque chose de sain… C’est un peu «genrée» comme conversation ça, non ? On va pas se faire taper sur les doigts ?

 

- Mais non, mais non, sur un blog sur Murat, on ne va pas se choquer pour si peu... tant qu'on ne parle pas du physique, ou que je ne t'interroge pas sur l'incongruité de sortir un album hétéro en 2021! Pas intéressé par un bon bad buzz? Plus sérieusement j'en profite: autour de de la sortie du disque, pas de stratégie de communication ou coup prévu? Quand tu disais qu'il n'y avait pas de calcul chez les noz, c'est aussi parce que selon moi, du fait de votre statut, vous auriez pu capitaliser sur «Lyon", écrire deux, trois titres à la Biolay sur le crayon, un ou deux hymnes... j'ai un peu en tête ce qui peut se faire en Allemagne, par exemple à Cologne, avec des chanteurs et groupes qui incarnent la ville(dans un pays si différent par son absence de centralisme), il n'y a jamais eu cette tentation de faire ces concessions-là?

S. PETRIER : C’est drôle que tu me poses cette question parce qu’elle m’a été posée il y a peu par des gens qui suivent le groupe. C’était juste avant la sortie du titre «il semblerait que l’amour fut» où je cite à peu près la moitié des villes de la planète… mais pas Lyon. En effet, je n’ai jamais écrit sur Lyon, ni même évoqué cette ville, que pourtant j’adore, dans une chanson. Peut-être justement parce que je l’adore. Je crois que j’ai trop peur de faire «carte postale» et office du tourisme. Parler du crayon et des traboules, très peu pour moi… En même temps, je me dis que ce n’est pas un hasard si le groupe s’appelle «Le voyage de Noz». Il y a cette envie de raconter un ailleurs. Parler de Lyon, c’est peut-être pour moi revenir au banal, au quotidien… Et paradoxalement j’adore quand Murat me fait la visite touristique de son Auvergne et évoque des lieux qui lui sont chers. Ça a un charme fou. et quelque chose de très mystérieux aussi… peut-être parce que je ne suis pas Auvergnat.

Pour parler plus largement stratégie de communication, c’est un domaine où nous n’avons pas beaucoup progressé. Comme toujours, on navigue un peu à vue, avec nos petits moyens. Par contre, on a plein d’idées  de vidéos, pour les chansons de l’album. Si on trouve des réalisateurs motivés et si on arrive à débloquer un peu de budget, on fera des images, c’est sûr… Pour le reste, on espère surtout pouvoir refaire des concerts...

 

- Pour moi, on avait quelques évocations de Lyon quand même : 30 avril sur les quais (bon un instru, Devant la cathédrale sur le dernier album)... (Pour les fans : quand j‘écoute « retour vers la case départ », je vois toujours le roadtrip vidéo diffusé lors des concerts de l’époque).

Pour rester dans la géographie, l’album nous envoie en Allemagne, peut-être le Danemark... Plus sérieusement, une raison particulière pour avoir choisi cette direction ?  Mes questions sont de plus en cons mais vu que tu trouves toujours des choses intéressantes à nous dire…

S. PETRIER : Sur ce coup-là, je suis pas sûr d’être intéressant… Il n’y a pas de vraie raison. Le truc s’est fait à l’instinct. J’ai mis mes personnages dans un van et il fallait partir. Instinctivement vers le nord (le nord c’est une direction souvent citée par les héros de notre premier album « Opéra », j’ai sûrement dû penser à ça). Pour la suite, on en revient un peu à la question d’avant. Peut-être que j’ai choisi cette direction parce que ce sont des endroits que je ne connais pas. Je n’ai jamais foutu les pieds à Lubeck ou à Rostock. Encore moins en Scandinavie. Ce sont des coins qui m’attirent. J’ai beaucoup travaillé avec Google map. Je me suis baladé dans des villes, dans rues de villages, sur des plages de la mer baltique… J’ai regardé des itinéraires aussi en partant de Lyon. Pour savoir par où pouvaient passer mes personnages… J’adore faire ça… Et puis peut-être que s’il faut chercher une explication plus « psy », il y a sans doute dans un coin cette idée qu’avec le réchauffement climatique, la violence de notre monde, le salut se trouve plutôt par là-haut, dans des grands espaces encore un peu vierges… en tout cas dans des endroits où il y a moins d’être humains...

                                                                            road-trip sur le canapé (Berlin 2015)

- J ai la chance que ça m évoque des choses concrètes : j’ai pris le bateau à Lubeck, ou rouler en Allemagne en m’interrogeant sur l’amour… Parle moi, après le contexte et les lieux, du casting... Pour la première fois, tu prêtes ton micro! Et le disque m a évoqué "un film chorale"...

S. PETRIER : Chorale, oui sans doute, car au-delà des héros, il y a une galerie de personnages et d’histoires d’amour (ou de désamour) parallèles. C’est vrai que j’ai pensé moi aussi aux films d’Inarritu (Babel en particulier). Je crois aussi avoir pensé à des films de zombies, «World war Z», des films coréens du même genre… Ne me demande pas pourquoi… Le côté fuite... Le privilège de faire partie d’un petit groupe de rescapés… Je fais souvent des rêves comme ça où on est plus très nombreux et poursuivis par les méchants… Quelque part entre Jean Moulin et Walking Dead.

Mais là je m’éloigne… Pour en revenir au casting, c’est vrai, pour la première fois il y a deux chansons où ce n’est pas moi qui chante. Je crois vraiment que c’est dû à l’ambiance qu’il y a dans le groupe depuis quelques temps. On se sent tous assez libérés. Prêts à tenter des trucs. Quant à moi, j’ai l’impression que le fait de me sentir encore plus en confiance, mais aussi d’être plus sûr de moi, m’a paradoxalement donner l’envie de lâcher le micro.

Pour Nath, ça me semblait assez évident qu’elle devait chanter. Pierre avait composé un truc à la guitare (ça aussi c’est une première chez nous) un petit thème avec une super ambiance, quelque chose que j’ai trouvé très féminin, je ne sais pas pourquoi. Je lui ai piqué et j’ai développé l’histoire, avec un refrain, pour en faire quelque chose pour Nath. Ça a collé tout de suite. Et le texte est venu très vite aussi… Je te l’ai déjà dit, tout a été assez facile dans cet album. Le titre chanté par Marc, c’est très différent. Un jour Marc m’envoie une démo qu’il avait faite. Il chantait en yaourt dessus. Sa mélodie de voix était vachement bien. Et sa voix aussi d’ailleurs. Quand on faisait des chansons avec Eric ou Manu, ils m’apportaient des thèmes, plus ou moins développés, mais c’est toujours moi qui écrivais les mélodies de voix. Non pas qu’ils n’en soient pas capables mais je pense qu’ils n’ont jamais trop osé. Les mélodies de voix c’était mon truc. Marc lui, jeune béotien, ne connaissais pas cette règle tacite. Et puis il a beaucoup travaillé tout seul avant. Il a cette capacité à apporter un titre pratiquement fini. C’était le cas de ce morceau. C’était tellement bien avec sa voix que j’ai fait le texte en français et je lui ai dit «C’est toi qui va la chanter celle-là». Il a fallu un peu le violer au début mais en fait je crois qu’il aime bien ça (chanter hein… pas qu’on le viole…). J’aime beaucoup ces deux titres. Je trouve qu'ils amènent une autre couleur tout en restant «Noz». Par contre, il faut que je fasse attention à pas trop lâcher les rênes quand même parce qu’un jour, si je ne suis plus indispensable, ils vont finir par me virer.

 

- Quand tu parles de mélodie de voix, dans l’élaboration des chansons, ça passe toujours par une phase de yaourt ?

S. PETRIER : On va dire 9 fois sur 10. Il y a de temps en temps un texte qui s’impose au départ et autour duquel je vais chercher une mélodie. Ça m’est arrivé pour «J’empire» par exemple ou pour «J’aimerais bien que tu sois morte». Ou dans «Nazca – part 2» pour cet album. Le reste du temps il y a toujours un petit passage par le yaourt que j’essaye de rendre de plus en plus court. Je crois qu’on en avais déjà parlé. Quand on reste trop longtemps avec une mélodie en yaourt, c’est dur de s’en sortir.

- On pense du coup aussi à un groupe en tournée, avec la thématique musique, et ça représente bien ce renouveau du groupe. Au delà des voix,  toi même tu interprètes plusieurs "personnages"?

S. PETRIER : Le groupe en tournée… Je t’avoue, mais tu le répètes pas, que ma toute première idée pour cet album, c’était en effet de raconter en gros la même histoire mais dont les 5 personnages (dans le van du «Plan B») auraient été les vrais membres du groupe : Alex, Pedro, Marc, Nath et Stef… Mais je n’ai pas eu les couilles d’aller au bout… Ça demandait de mettre dans la bouche des gens, sous leur nom, des choses par moment un peu difficiles à assumer. Dans «Le patient zéro», j’enfile, sous mon nom, le costume d’un personnage incapable d’aimer, un peu comme je l’avais fait dans "Kill the dog". Perso, ça ne me gêne pas, au contraire, je trouve ça plutôt rigolo. Par contre, c’était compliqué de faire assumer aux autres des trucs de ce genre avec mes textes… J’ai donc renoncé à l’autofiction sur ce coup-là.

Résultat, j’endosse donc le rôle d’un certain nombre de personnage, dans des histoires plus ou moins glorieuses… Il y a ceux qui vont «rejoindre la zone libre» et d’autres qui vont rester sur le quai.

 

                                       Aldo Perrin, Marc, Stéphane, Nathalie, Pedro (Pierre)   

- Est-ce que tu peux caractériser et différencier le jeu des différents guitaristes de Noz : Manu, Erik et maintenant Marc? Éventuellement distinguer leur apport respectif...

 

S. PETRIER : D’abord ce sont 3 excellents guitaristes. A force d’être avec les gens tous les jours, on peut parfois l’oublier, finir par trouver ça normal. Mais non. C’est une sacré chance de pouvoir jouer avec des musiciens comme ça.

Manu, c’est un jeu un peu inclassable, avec des doigtés très particuliers. Avec Alex et Eric on se foutait souvent de sa gueule quand on essayait de refaire ses plans. Souvent, on cherchait des positions super compliquées et on se rendait compte qu’en fait Manu faisait un truc tout simple avec deux doigts… C’est une sacrée feignasse. :) Mais surtout quel talent pour trouver des riffs ! C’est un des musiciens les plus originaux que je connaisse.

Au premier abord Eric a un jeu plus classique, plus rock’n roll, mais il a aussi été capable de sortir un paquet de bons riffs et de beaux thèmes pour Noz. C’est comme Manu un musicien très complet, capable de faire de la production, et qui a beaucoup d’idées d’arrangements. Et puis surtout c’est quelqu’un avec qui j’ai toujours adoré travailler en binôme. Quand on bosse à deux, il se met vraiment au service de la chanson, il me fait confiance, tout en sachant défendre ses idées.

Marc c’est quelqu’un qui est capable de pratiquement tout jouer. Il s’est adapté au groupe à une vitesse vertigineuse. Le fait qu’il connaissait et aimait le groupe depuis longtemps a sans doute joué, mais ça nous a quand même bluffé. Dès les premières répètes il réussissait à reprendre parfaitement tous les plans, que ce soit ceux de Manu ou ceux d’Eric. Depuis il a pris sa place à lui et apporté sa personnalité mais tout en sachant garder l’ADN du groupe. C’est un perfectionniste. Il a des idées très précises de ce qu’il veut au niveau son. Il est capable de bidouiller des heures ses pédales et ses amplis pour obtenir ce qu’il veut. En studio, il peut être très chiant parce qu’il n’est jamais satisfait et qu’à certains moment on est obligé de lui dire « C’est bon Marc, elle est nickel ta prise, on arrête maintenant, il faut aller se coucher… ». Mais on lui pardonne parce qu’il a vraiment apporté un vent de fraîcheur dans notre musique. C’est aussi un très bon compositeur. Et un très bon arrangeur. Alex m’a dit une fois que c’était comme si Marc avait toujours fait partie du groupe. C’est très vrai.

On est super content de voir que Manu développe son beau projet « Tilda & Dad » avec sa fille Mathilde. Ce sont des personnes que l’on aime beaucoup, qui ont beaucoup de talent et dont nous sommes très proches, et pas seulement parce que Manu est le frère d’Alex (Mathilde travaille son chant avec Nath). Un jour ou l’autre, je suis sûr que ça va cartonner.

Et on est tout aussi heureux de voir qu’Eric, après avoir mis sa guitare au placard pendant un an, a ressorti le matos. Il est en train d’enregistrer un album-concept qu’il a composé pendant le confinement et dans lequel il y a une multitudes d’invités. On retrouve Carol Le Blanc, bien sûr, sa chérie (et ex bassiste de Noz) et plein de copains. J’ai écrit quelques textes pour le projet et j’ai même poussé la chansonnette sur deux morceaux. Les titres que j’ai entendu sont vraiment tops. Ça va faire un très bel album.

[le morceau acoustique Erik/Manu live:  "un 30 avril sur les quais"]

 

- Revenons à l’album : il y a ce titre "le passeur" sur une très jolie mélodie, où tu t'amuses avec des noms d'albums, jouant sans doute aussi du terme "passeur" ("prescripteur")... Tu as choisi d'évoquer des "gros" (rolling stones, beatles, radiohead...) et pas forcement, tes goûts plus personnels…

S. PETRIER : Oui, dans l’histoire celui qui est censé aider les héros à passer en zone libre tient un magasin de disques. J’aimais surtout la symbolique du fait que ce soit la musique qui puisse aider à "passer du bon côté »... à être plus libre. Et c’est vrai que les albums cités ne sont pas forcément mes disques préférés (Quoi que « Ok Computer… »), ce sont plutôt des « classiques », des disques et des artistes « importants » ou en tout cas que j’estime importants, qui ont marqué mon adolescence pour la plupart, et aussi dont le titre avait du sens dans l’histoire (Achtung baby, Let it be, Exile on main Street, Closer…). C’est une chanson assez old school, plutôt nostalgique. Je me souviens l’avoir écrite après avoir fait un rangement de mes vieux vinyles. Ça a fait remonter des souvenirs, la sortie du mercredi avec un billet de 50 francs pour aller s’acheter le 33 tours qu’on attend depuis des mois… C’était une époque où acheter un disque était un moment important et merveilleux, avoir l’objet dans les mains, passer l’après-midi sur la pochette à lire les paroles, tout ça… Ça y est, je suis en train de faire le vieux con...

 

 

- Tiens d’ailleurs, à ce propos… Avec tout ça (l album), et aussi dans mon contexte muratien Babylove, à l écoute, on a quand même tendance à se demander comment ça va dans ton couple?! (rires).

Je me rappelle de bout de discussion au moment de bonne Espérance déjà, tu as vécu un peu des choses par procuration ? 

 

S. PETRIER : Procuration, je ne sais pas… ça dépend des chansons :)) En tout cas, je raconte des choses qui me touchent ou qui touchent des proches, des choses que j’ai vues autour de moi… Je crois surtout que si, dans la vie, en vieillissant et en prenant de la bouteille, on arrive à y voir plus clair et à gagner en expérience sur plein de sujets, dans le domaine de l’amour, les choses restent toujours compliquées. L’amour c’est un combat permanent. Tout peut s’écrouler ou devenir merveilleux à tout moment. Il n’y a pas de formule magique. Pas de règles. Pas de répit.

 

- mince, c’est donc l album de la maturité (running gag)… Tu parlais de chansons tristes, sur une chanson où on perçoit une sortie positive… ton héro dit «je me dirais presque heureux». Chanter le bonheur, c’est impossible?

 

S. PETRIER : Ah non, ça a l’air d’être tout à fait possible parce qu’il y a plein de gens qui font ça merveilleusement bien. Moi, j’ai beaucoup plus de mal… Mais je me soigne…et je progresse un peu… par moment… «Le train» est en effet le morceau de l’album qui ouvre vers une issue positive. La phrase «je me dirais presque heureux»… c’était justement cette impression d’avoir écrit quelque chose de pas trop désespéré… Ce mot «heureux» qui arrive à la fin de la chanson, pour moi c’est déjà un exploit. Ça fait du bien. Franchement j’aimerais bien réussir à écrire les moments ensoleillés de nos vies. On va dire que c’est mon challenge pour les 10 prochains albums.

 

- Pour parler d amour, vous avez choisi de faire entendre un extrait de Jules et Jim. On retrouve aussi une séquence en anglais qui me dit quelque chose mais je n ai pas identifié...

S. PETRIER : Oui. l’extrait de Jules et Jim (la scène de la course où c’est Jeanne Moreau qui gagne…) ça faisait bien le lien entre la chanson de Marc qui est une histoire de triangle amoureux et "Cache-cache", le titre d’Alex, qui raconte l’histoire d’un garçon incapable d’échapper à une fille. Et puis un petit extrait de Truffaut entre deux chansons, ça fait tout de suite un peu bobo intello-chic non ?

 

- Y a encore du taf avant de ressembler à Delerm…

S. PETRIER :  Les autres extraits sonores, c’est sur le final de «La Chambre d’hôtes», la chanson de Nath. J’imaginais les deux personnages, dans le lit, en train de zapper devant leur télé. Ça commence par un passage de Star Wars (dont parle la chanson), ensuite, il y a des petites choses qui me tenaient à cœur : Greta Thunberg (citée également dans une autre chanson), un reportage animalier sur les loutres, le professeur Choron et Pollac qui s’engueulent dans un vieux «Droit de réponse», le monologue d’Edouard Baer dans Astérix Mission Cléopâtre… J’anticipe un peu : oui, j’aime beaucoup les loutres.

 

 

Ah, ce petit flow est rempli de loutres? (censuré par le comité de lecture).

Sur le vers sur le jedi, j’avoue que je demandais ce qu il venait faire là...Tu peux nous expliquer ?

 

S. PETRIER :  Ça parle de ces films qu’on revoit 100 fois à la télé. Et on reste devant au lieu d’éteindre et de faire quelque chose de plus intelligent. Parfois on pique un peu du nez. Comme les vieux. C’est un peu déjà ce que racontait «Empêche-moi de dormir». Notre fainéantise quotidienne, notre propension à aller vers la facilité. C’est contre ça que se révolte l’héroïne de «La chambre d’hôtes». Le choix du film... ben ce soir-là y’avait que ça ou Columbo. Plus sérieusement, Star Wars c’est la rébellion face à l’Empire. On va dire que c’est pas déconnant par rapport au thème de l’album. Quant au jedi, il se fait dégommer pendant que nous on bulle devant la télé, au lieu d’aller se battre… Pas collabos, mais pas résistants non plus… On en revient là aussi à des thèmes déjà explorés. Et puis Star Wars c’est quand même une belle mythologie. Chez les Pétrier en tout cas, ça parle... 

 

- Tu me disais il y a quelques années : Je ressens les personnages de nos histoires comme des amis que l’on quitte et qui reviennent dans l’album suivant.   Est-ce que tu as glissé beaucoup de clins d’œils volontairement ? glenmorengie, je ne suis pas encore mort, je sais qu’un fantôme me suit… Il y a même chez moi des mots qui sont connotés : mots/ mains sales, (la fête) s’achève, « combien de nuits » me renvoie à « chaque nuit »….

S. PETRIER :  Non, très peu cette fois-ci. Le nouveau line-up, cette impression d’être des ados qui montent un nouveau groupe, ça ne m’a pas donné forcément envie de coller des références anciennes de partout. Les petits clins d’œil, ils sont plutôt sur la pochette. C’est quand l’enregistrement a été terminé qu’on s’est rendu compte que cet album n’aurait pas existé sans les précédents. Il y a des liens évidents, narratifs mais aussi musicaux avec ce que nous avons fait avant.

 

- Sur le titre "patient zéro?" (« musique militaire »...), je pense beaucoup à Florent Marchet: le talk-over, la partie instrumentale cosmique proche de son dernier album, et certains vers qui colleraient bien à sa chanson "les cachets" (sur Rio baril), est-ce que tu connais?


S. PETRIER :  Je n’ai pas pensé à Florent Marchet en écrivant ce texte mais c’est quelqu’un que j’aime bien, et en particulier l’album Rio Baril. Alors il est fort possible que ça m’ait influencé à l’insu de mon plein gré. Marc avait ce titre qui envoyait, très rock 90’s, et je trouvais intéressant de la casser avec un break halluciné et très 70’s pour le coup… Je crois que j’ai plutôt pensé à Ange et à certains délires de Christian Descamps en le faisant. J’aime bien le résultat, et le redémarrage derrière qui envoie vraiment. Ça fait partie des trucs que j’ai hâte de faire sur scène.

 

‌- Pour parler des trucs qui envoient... Parlons du gros morceau NAZCA. Dans la partie 1, avant l'envol, on quitte le nord pour un rêve un peu étrange. Tu as essayé le peyotl ou bien?

S. PETRIER :   Non, je n’ai pas essayé le peyotl mais, en revanche, j’ai vraiment marché sur les lignes de Nazca… Et je me suis fait engueuler par le guide parce que c’est strictement interdit.

Je ne suis pas particulièrement mystique mais il faut avouer que se retrouver sur ces dessins immenses plantés au milieu du désert et de la poussière depuis des centaines voire des milliers d'années, c’est une expérience qui m’a marqué. Après, la chanson raconte en effet le rêve amoureux que fait l’un des personnages de l’histoire. Et comme tout les rêves, c’est assez difficile à expliquer…

 

- Sur le texte, ses échecs ? ou encore un hymne à nos compromissions? une suite à "j'empire" (single 2006)…

S. PETRIER : Oui, un peu tout ça. Mais par rapport à « J’empire » il y a une phrase à la fin change la donne : «J’en ai fait des dégâts, avant toi ».

C’est l’idée qu’il peut y avoir une rédemption. Que l’on peut changer. Ou tout du moins s’améliorer. Que certaines personnes, ou l’amour, peuvent te tirer vers le haut.
C’était déjà le thème du "Mont Saint-Esther » et plus globalement de l’album « L’homme le plus heureux du monde ». Toujours la même chanson…

Globalement je suis quelqu’un qui croit profondément à l’idée que l’on peut changer, évoluer, dans nos vies. J‘ai beaucoup de mal avec les gens qui disent « Je suis comme ça et je ne changerai pas ». Cette sorte de pseudo-romantisme à vouloir se complaire dans ses défauts, et à graver des choses dans le marbre, pour l’éternité, je trouve ça d’une tristesse infini. Nous sommes des êtres perfectibles. Enfin j’espère.



- Tu avais déjà l'idée de relier les deux textes ? Comment s’est construit le morceau avec cette rythmique de folie?

S. PETRIER : Non, ça s’est plutôt construit façon «A day in a life»… toute proportion gardée… Nazca 1, c’est une musique de Marc. On a commencé à travailler le titre avec le groupe et on ne savait pas trop comment le finir. Moi j’avais composé la deuxième partie dans mon coin et je me suis dit que les deux enchaînés, ça ferait un beau final d’album. Quant au texte, la deuxième partie était pour moi comme une sorte de réveil brutal du héros après son rêve de Nazca. Le catalogue de tous ses échecs. Nazca, mais avec les lignes qui auraient été effacées...

Rythmiquement, Alex et Pedro avaient trouvé cette rythmique bien groovy. Et l’idée c’était de faire monter le truc le plus possible jusqu’au bout. Avec Nath on voulait un final avec les voix presque «comédie musicale». Et je tenais aussi que ça sonne comme une sorte de pendant à «Il semblerait que l’amour fut» qui ouvre l’album. Henri Dolino (qui a travaillé sur la prod additionnelle aux côté de Xavier Desprat) a alors eu l’idée de réutiliser les samples et les percus qu’il avait utilisé sur « l’amour fut ». C’est ce qui donne ce son assez énorme à l’ensemble je crois.

 

-  Est-ce que cela renvoie aussi au vers un peu étrange "Je ne commets jamais les crimes que j’avoue"?  (dans le Patient zéro)

S. PETRIER : Oui. Autant parfois on peut avoir envie de cacher nos crimes, autant, à d’autres moments, on est tenté de jouer les bad boys et d’avoir l’air plus horrible qu’on ne l’est en réalité. C’est peut-être un petit complexe que je traîne depuis l’adolescence où j’étais plutôt un garçon sage, bon élève et obéissant. Au fond de moi j’enviais les vilains garçons. Ceux qui faisaient des conneries et qui faisaient l’admiration des filles. La musique m’a permis d’être au moins en apparence un peu « à la marge »  mais au fond de moi je suis toujours quelqu’un de plutôt banalement « mainstream » à plein de niveaux. Et il m’arrive parfois de regretter d’être aussi raisonnable, de ne pas être un vrai « écorché », de ne pas être capable d’aller « à la limite »… 

 

- Comme sur Bagdad disco club, le petit regret devant ces titres hors-normes et tubesques, c'est que tu n’aies pas posé un vrai chant dessus. Je ne sais pas si c'était possible....

S. PETRIER : Ah si c’était possible. Au départ j’avais une mélodie sur Nazca 2. C’était pas mal. Mais je reste persuadé que le phrasé "parlé" de la première partie était le bon choix. C’est peut-être mon goût pour le rap, mais dans nos chansons en tout cas, le talk-over n’est jamais un choix par défaut. Quand je l’utilise c’est vraiment parce que je pense que c’est ce qu’il faut faire à ce moment-là. C’est vrai que sur cet album, il y a plusieurs morceaux traités ainsi (le planb B, l’Amour fut, Nazca…) et je crois que j’aime de plus en plus ça. C’est passionnant à faire. Ça a quelque chose d’organique. Et ce n’est pas une solution de facilité. Ça demande une grande exigence au niveau du flow et je trouve que ça met en valeur les parties chantées. Il ne faut pas, bien sûr que ça devienne systématique mais maintenant, ça fait partie des options que j’ai quand on commence un titre.

                             Presque heureux on vous dit!!!

 

- Tu as parlé d'Henri Dolino, qui a été un bassiste de la formation durant un moment et qui a aussi un petit gars du new Jersey dans son cv pour compléter (il était derrière la console lors du concert du boss à l’auditorium de Lyon)... Pourquoi avez- vous voulu sa participation? (ps: il n'est plus au Canada?)


S. PETRIER : Si, il vit toujours à Montréal. C’est le parrain d’un de mes fils et surtout un immense ami. Il a toujours continué à faire de la musique, et du son, au Canada et il y a trois ans, il a sorti un album avec une chanteuse québecoise dont il était le réalisateur et que j’avais trouvé vraiment intéressant.


Quand on a réfléchi à la prod de l’album, au printemps 2020, il nous a rapidement semblé évident que nous allions travailler avec Xavier Desprat, notre ingé son concert depuis plus de 15 ans, qui avait déjà mixé "Le début-la fin - le début » et qui fait lui aussi partie de la famille. Mais ça nous titillait quand même quelque part d’inclure Henri dans la réalisation. On a commencé à en parler et comme on savait qu’humainement ça se passerait bien et qu’il n’y aurait pas de problème d’ego entre eux, on leur a proposé de collaborer. En gros, Xav gardait la main sur le mix mais Henri était là pour, selon les morceaux et selon son inspiration, apporter des idées de prod. A l’automne dernier, une fois les enregistrements terminés, on a donc commencé à s’envoyer des fichiers d’un bout à l’autre de l’Atlantique… Et on est vraiment très content du résultat. Non seulement parce qu’Henri a eu de super idées sur certains titres mais aussi parce qu’il nous a par moment secoué dans nos certitudes. Xav a fait un boulot énorme. 18 titres, tant au niveau des prises que des mix, avec des casse-couilles comme nous, c’est plus qu’un exploit, c’est un sacerdoce. Et à l’arrivée, il nous a donné le meilleur son que nous n’avons jamais eu. Mais je reste persuadé que la présence d’Henri l’a poussé dans ses retranchements et forcé à se dépasser.

 

 

- Encore un petit mot à nous dire sur le disque, je te sens bien lancé…

S. PETRIER :  Sur l’enregistrement, on a passé le mois d’août 2021 dans notre maison dans le Brionnais. Ça faisait longtemps que je rêvais de pouvoir enregistrer comme ça, à la campagne, en prenant le temps, en mettant des micros dans des endroits pas possibles, en cherchant l’endroit qui a le bon « mojo »… et puis, au-delà de la musique, de partager des vrais moments, les petits déjeuners, les soirées un peu arrosées, jouer de la guitare dans la jardin… bref avoir du temps ensemble. Il y avait vraiment une ambiance incroyable, entourés de gens qu’on aime : Xav, Floriane qui l’assistait aux prises de son, Dav et Patricia, Stéphane Thabouret (qui a fait les photos de la pochette), Eric Martin (du Radiant-Bellevue)…

C’est un album particulier aussi dans l’investissement de chacun. Par le passé, Noz a souvent été un groupe à deux (voire trois) vitesses. Avec des leaders qui prenaient beaucoup de place et des gens plus effacés qui suivaient. Cette fois, que ce soit Nath, Alex, Marc, Pedro… tout le monde a vraiment apporté sa pierre à l’édifice. Les idées fusaient de toutes parts, c’était même parfois un peu le bordel à gérer mais c’était vraiment jouissif.

 

- Pour finir, tu peux nous parler du titre (ou des titres?) que tu as choisi de reprendre pour le projet Aura aime Murat?  Pourquoi ce choix? Qu'est-ce que cette chanson t'évoque?

 

S. PETRIER : Pour "AURA aime Murat", d’abord j’ai beaucoup hésité à dire oui parce que je ne voyais pas trop comment apporter une valeur ajoutée à l’œuvre du bougon auvergnat. Quand on a participé au projet d’hommage à Hubert Mounier l’année dernière, je n’avais pas ce genre d’hésitation. L’univers de Louis Trio était quand même loin du nôtre et je sentais qu’on pouvait faire quelque chose de personnel et qui nous ressemblerait sans trop trahir - j’espère - l’œuvre originelle.

Avec Murat, c’était plus compliqué parce que j’aime déjà les chansons telles quelles, et que je trouve que Murat chante beaucoup mieux que moi. Déjà on a décidé de ne pas impliquer Le voyage de Noz dans l’histoire. Nous savons par expérience que ce genre de projet est quand même chronophage et nous avions besoin de nous consacrer vraiment à notre nouvel album. J’ai donc plongé tout seul, sans vraiment savoir artistiquement ce que ça pouvait donner, mais juste parce que j’aime bien Murat, que ça fait partie des trucs que je prends plaisir à jouer chez moi les longues soirées d’hiver, aussi parce que le courant passe bien avec Stan Mathis et Stardust qui organisent le bouzin … et surtout parce que j’avais envie de rejouer avec mon ami Jérôme Anguenot, le guitariste de Nellie Olson, que j’ai embarqué dans l’aventure.

 

Pour le choix des titres on a pas mal hésité. On a failli s’embarquer dans des trucs ambitieux ("Royal Cadet" notamment…) et puis on est revenu à du plus basique. Il y a d’abord « Petite luge », qui n’est pas un titre 100% Murat puisque composé par Fred Jimenez pour l’album « A bird on a poire » mais qui reste incontestablement mon titre préféré. Et puis un classique « Perce-Neige », que j’adore dans sa simplicité.

« Petite luge » c’est une chanson très érotique, un hymne à l’amour physique, tout du moins je l’envisage ainsi. L’enchaînement d’accords et la mélodie sont d’une finesse que j'adore. Quant aux mots… il y a ces phrases venues de nulle part, où l’on ne comprend pas forcément tout, mais très évocatrices. Erasme, « L’origine du monde", de Courbet, le petit grain d’encens sur le cochon… c’est un peu le bordel, mais j’imagine très bien la pièce où la scène se déroule….

 

"Perce-Neige" on est chez un Murat qu’on connaît mieux, le terroir, les origines, tout ça… Et aussi les questions que se pose l’artiste sur son travail « Je fais des chansons comme on purgerait des vipères… ». C’est magnifique. C’est aussi une sorte d’éloge de la lenteur. C’est quelque chose chez Murat dont je suis très admiratif. Cette façon de maîtriser les rythmes très lents, de savoir jouer avec le silence… Je crois que depuis que je commence à délaisser la ville pour la campagne, que je passe des heures à regarder les vaches, je suis de plus en plus sensible à ce genre de choses.

 

Merci Stéphane Pétrier!

Interview réalisée par mails du 17/04 au 10/06/21

Double vinyle 
Edition limitée à 300 exemplaires
40 Euros (+ 7,35€ frais de port)

Digipack 2 CD / Livret 24 pages
22 Euros (+ 6,35€ frais de port)

https://www.levoyagedenoz.com/

https://www.facebook.com/Le-Voyage-De-NoZ-Officiel-874977172545874

Sortie 18 juin en numérique et plateforme (En attendant 4 titres en écoute sur le site internet)

Concerts:

9/07 : Fête de la musique, jardin de l'institut Lumière

24/07: Concert au Vieux Moulin, Lieu-dit Le Vieux Moulin - 71220 Marizy - Coordonnées GPS : 46.5454/4.4006

Dates à venir (automne 2021)

LE VOYAGE DE NOZ- INTERVIEW 2021 pour "Il semblerait que l'amour fut" (nouvel album)

Je suis dans le cadre! Ci-dessous aussi, avec Nathalie et Marc au premier rang...

LE VOYAGE DE NOZ- INTERVIEW 2021 pour "Il semblerait que l'amour fut" (nouvel album)

Tilda and Dad ont été évoqués dans l'interview:

LA MUSIQUE EN PLUS

Je vous remets le single du moment, avant quelques morceaux plus anciens

et on termine par la fin de Bonne Espérance...  Pour moi, un sommet...

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 9 Juin 2021

Alors comment vais-je procéder pour ce scoop:    L'annonce des titres qui figurera sur le tribute "AURA AIME MURAT" (Stardust/inouie distribution), CD principal et CD bonus?

Je prends le temps de réflexion habituel pour un article... 1,2,3,4,5 secondes... voyons, voyons.... Partons de la chanson  la plus ancienne à la plus récente dans la discographie de Jean-Louis.

Aucun titre de 82/84...  pas de choix surprise de ce côté-là!

- LE TROUPEAU par Gontard (Valence)! (Cheyenne autumn)

Va je déteste la vie
De ces bâtisseurs d'empires
De ces voleurs de prairie
Où tu trouveras ta place
Je partirai cette nuit
Sous un ciel peuplé d'étoiles
Je ne connais qu'une envie
Je veux retrouver mon âme
D'avoir mené les chevaux
D'avoir traversé les glaces
Pour me bâtir mon troupeau
N'apaise pas mon angoisse
 

- Murat en Plein air... est en suite bien représenté et toujours Murat en berger:

*LE BERGER DE CHAMABLANC  a été choisi par Chevalrex (Drôme)... et nous emmènera dans les prés de la jeunesse de Jean-Louis  (Chamablanc au dessus de Vendeix-la Bourboule)

La voie du chagrin m'exaspère
Les mauvaises nuits, je m'enterre
Je dors dans la boue, je ronge les pierres
Je voudrais mourir et pourtant
L'amour

 

* TERRES DE FRANCE sera interprété par Richard Robert (Lyon). On imagine une version "désynthétisée" et "dés-ambienté" pour un spécialiste de reprises acoustiques. 

je marche au matin
loin des embruns
sur les terres de France
gorgées d'innocence
je jette aux orties

- On passe à Vénus pour un premier "single" plus populaire. C'est Adèle Coyo qui s'est risqué à reprendre "TOUT EST DIT" (après le groupe Aline, Bertrand Betsch...), mais la folkeuse cantalienne y a sans aucun doute trouvé à redire, avec sa belle guitare et le travail en studio avec Louis Fayolle.

Pour un simple mot de toi
J'aurais fait n'importe quoi
Le pire le meilleur
Mais s'éloigne déjà
L'amoureuse voix
Qui m'apprivoisait le coeur
Oh tout est dit...
Les pierres les peupliers
Du pays où je vivais
Il faudra les oublier
 
* Evidence: Un de nos parrains prestigieux Silvain Vanot lui a annoncé "ROUGE EST MON SOMMEIL", un titre de l'époque où Jean-Louis Murat l'aidait à lancer sa carrière et issu d'un album avec l'ombre de Neil Young.
 
Rouge est mon sommeil
D'un rouge vermeil
Rouge est mon sommeil amour
Comme rouge est la charrette
Que le grands bœufs traînent
Entre la nuit et le jour

                                                                    Silvain par l'ami Franck Courtès

- J'appelle l'élève DOLORES!  - Présente! - Présente  - Présente!  Ah, 3 jeunes filles représentantes!

 * Excellent choix avec BRULE-MOI pour les Dory4, et ils auront sans doute réussi à mettre leur joie et énergie dans cette chanson heureuse!

Ton babil de nourrisson
Et tes lèvres obstinées
Me font heureux avec toi
Prêt à faire n'importe quoi au fond

Dieu par quel effet papillon
Un coeur hérissé de tessons
Est fiévreux dans tes bras
Prêt à faire n'importe quoi au fond

                                                                                                   erik  en 2010

* Et un autre tube...  FORT ALAMO...   Après s'être frotté à Manset et à "tous les cris, les Sos", c'est ERIK ARNAUD, autre parrain du projet,  qui s'est lancé ce défi... et il me semble déjà l'entendre:

Je suis dans l'espace
Un temple de glace
Je n'aime plus rien du tout
Malgré les menaces
Comme tout me lasse
Je m'en fous, je m'en fous...
Si dans tes bontés
Internationales
Je ne vaux plus le coup
C'est l'adieu aux armes
L'oublie est en place
Et alors? Je m'en fous...
 
Allez, je ne résiste pas à partager sa reprise de "Vies monotones" avec cette magnifique progression musicale:

"Tout comme la comparaison avec Neil Young, celle avec Manset confirme le statut un peu à part de Murat dans la chanson française. A mon sens, ce n'est pas tant les points communs qu'il faut chercher entre ces artistes mais plutôt ce qui les différencie des autres. Leur seul point commun c'est justement d'être différents ! Du coup, hormis un univers très personnel, je cherche encore la connection Murat/Manset... Musicalement peut-être (Murat pré-99) : une instrumentation/production propre sur elle (gros studios...) avant tout au service de la voix et des textes. Pour les deux, le studio n'est pas un lieu d'expérimentation, de recherches sonores. Il faut y travailler vite et bien. Chez l'un comme chez l'autre, j'aimerais bien entendre un jour un disque avec un peu plus de prise de risques à ce niveau-là (un Murat produit comme le dernier Grizzly Bear par ex.).  Sinon pour les textes, hormis une certaine poésie commune, et c'est là une impression très personnelle, je ne vois pas trop de ressemblance entre un Murat séducteur, romantique et exalté, et un Manset plus clinique et exotique. Quand même : en utilisant des mots et des expressions pas facilement « chantables », ils ont tous les deux un rapport au français chanté totalement décomplexé qui fait qu'ils débordent largement du cadre de la chanson française classique (chansonnier ?).  J'aime bien le Murat sur scène qui chante le français comme un vrai rocker, c'est-à-dire sans la grandiloquence et le maniérisme (la gestuelle surlignant la parole) que l'on rencontre parfois chez le chanteur français à texte". Erik arnaud dans son inter-ViOUS ET MURAT-

 

* Et après avoir longtemps hésité, Stéphane Pétrier (Lyon) interprétera PERCE NEIGE.  J'apprécie ce choix pour cette chanson ancrée sur le territoire qui nous amène  " de la Godivelle à Compains". 

Alors
On me jure que c'est sortilège.
Que si Belzébuth habite mes reins,
Je peux dire adieu à perce-neige.
Peine perdue pour aimer mon prochain,
Je ne suis plus que congère.
Mon âme triste s'étire au loin

(à paraître semaine prochaine: son interview dans laquelle il nous parlera de son choix)

 

- Du côté de Mustango, un seul titre... et quel titre: AU MONT SANS SOUCI, au texte "explicite" et limpide, mais tout aussi poétique que les autres. Et c'est un de notre représentant  "chanson française" qui le mettra en valeur: Frederic Bobin.

Herbe têtue, rouge calèche
Toboggans rentrés
Le temps est long qui nous ramène
Les filles avec l'été
Quand l'éclat mauve délétère
N'éclaire plus ma vie
Je vais dormir dans la bruyère
Au Mont Sans-Souci
 

- Le Moujik et sa femme:  LE MONDE INTERIEUR ira comme un gant à Hiverpool qui aime explorer l'intimité.

On voudrait être poussière
Poussière pour savoir ce qu'il en est
Ce qu'il en sera misère
On veut anticiper
Quitter frégates et pique-niques
Quitter tout
Quitter l'âme et voyager.
 
- Lilith sera bien représentée (ouf! Et j'avoue que je n'y suis pas pour rien...)
 
* Le représentant alsacien Pierre SCHOTT livrera "LA NATURE DU GENRE". Je pense que c'est là aussi un titre qui lui va comme un gant (parce qu'il est question de POULIDOR mais aussi pour cette guitare,  la musique un peu Americana, et qui m'évoque aussi le reggae)
 
C'est la nature du genre, abandonner
Jeter toutes souffrances dedans l'évier
C'est la nature du genre, en rigoler
Se faire des avances, ne plus se gerber
Vivre en gastéropode, en gentiane, en Poulidor
 
Allez, je ne résiste pas à partager sa reprise de "ROUTE MANSET":
(ça m'amuse de faire écouter du Manset sur un article réservée aux chansons de Murat... Ça en agace certains?).
 
* Et on retrouvera le trio DRAGON RAPIDE (63) en battle à distance avec le power trio JLM/Fred et Stéphane sur "C'EST L'AME QU'ON NOUS ARRACHE"... avec son fameux "CORRINA CORRINA", hommage à Taj Mahal et Dylan.
 
Le mal que fait le bon
Le mal que fait le beau
Et voilà pour les amants
Tout un art du chaos

Corina...
C'est plus le coeur que je sache
Non, c'est l'âme
Qu'on nous arrache
 
* Et encore nous pourrons entendre "LES JOURS DU JAGUAR"... par Alain Klingler (38), ce qui n'est pas une surprise: J'ai déjà raconté comme il était absolument dingue de ce titre...  Il l'a  enregistré en condition  "live" (sur la scène de la MK2 de Grenoble), et même si Murat en a déjà livré des centaines de version, je suis sûr que celle-ci sera unique. Dans son disque "j'étais là/avant", figurait déjà "L'examen de minuit" et "Sépulture".
 
Le tourment et le désespoir
Remplissent Les Jours Du Jaguar
Tout juste bon à garder des oies
Papillotes flottant dans le vent
Sillons et fossés dans son âme
Tout juste bon à garder des oies
Dieu comment capturer un coq
Dans cette trop grande forêt
Me chuchote un bébé féroce
Dis saurons- nous un jour aimer
 
 
- On continue sans saut dans le temps: A BIRD ON A POIRE. Le duo western électro-pop (masculin) Fahro (69) nous donnera sa version de "ELLE ETAIT VENUE DE CALIFORNIE".
 
Où est le Mont-Dore ?
Aussitôt de toutes mes fontaines
A coulé de l'or
Tout le bonheur est tombé sur moi
En langue étrangère, je me souviens de tout
 
 
- Point de Mockba, ni de Parfum d'acacia, ni de Ferré/Beaudelaire (et de Manteau de pluie, vous l'aviez peut-être remarqué)... mais pour rester dans une ambiance peut-être  "piano":  GENGIS de TAORMINA sera interprété par DA CAPO -Alexandre Paugam-(43).  Une immense chanson intitulé d'un des nombreux "alias" que Jean-Louis a peu interprété (il a peu ou pas joué de piano sur scène depuis lilith...).
 
Mon nom de scène est Gengis, je suis né à Valparaiso.
Reconnaissez-vous Gengis qui enchante les maux?
Assise au bord de l'eau, vous jouez à la marelle.
Ohé hissez haut amour! Que le ciel est haut!
Prisonnière au bord des lèvres, longtemps, vous fûtes l'enfant de trop
Pataugeant dans la nacelle, vous ne fûtes qu'idéaux.
 
 
- Et voilà un choix qui vous surprendra peut-être, avec un titre plus "rare", bien qu'il ait fait l'objet d'un single: dans les nombreuses "MARLENE" en chansons, je demande celle  de TRISTAN signée Bergheaud, et c'est La FILLE DE LA COTE (63) qui bossanovera peut-être ce titre, peu flamboyant mais un modèle de compo muratienne (avec la règle des 3T: tempo, tonalité, tructure). 
 
Dans les cieux sans lumière
Que fais-tu là précédée d’une croix ?
Dieu quelle est la sentence
Voudrais-tu dire que tu ne m’aimes pas ?
Voilà la faux du temps,
Cuisses entrouvertes,
Dis comme tu y vas

Plus prompte que l’éclair
Tout ça pour dire que tu ne m’aimes pas
Ouh ouh ouh Marlène
 
- On ne pouvait pas passer à côté du COURS ORDINAIRE DES CHOSES... et on aura droit au titre rock "COMME UN INCENDIE" par le très Springsteenien Stan Mathis (Lyon).  Osera-t-il l'affronter de face, guitare contre guitare, ou optera pour une stratégie de contournement de l'obstacle? Je promets le feu...
 
Je t'informe de ma présence
C'est un besoin d'infini
J'invoque ta substance
Dans ce purin d'idéaux
Où tout fabrique des sots
Par la chose immuable
Je n'ai plus confiance
En vous
Le cours ordinaire des choses me va
Comme un
Incendie
 

                                                      Stan Mathis et Stéphane Pétrier en 2016

- Et on file direct à BABEL (pas de Grand Lièvre), Sébastien POLLONI (63)  s'est déjà peut-être promené, couru ou pêché,  du côté de LA  BEAUTE (coin où vivait Marie)... "J'AI FREQUENTE LA BEAUTE".  C'est le seul titre dont j'ai écouté une version préliminaire... et je suis emballé alors que je n'ai guère envie d'écouter l'original désormais. 
 
Tout le mois de juillet
Pauvre cœur je manquais d'amour
J'ai fréquenté la beauté
Chaque jour abreuvé
à |'illusion des toujours
L'amour qui sait dévorer
Qui nous jette au panier
Pleurnichant route
De Latour
L'amour qui sait nous tromper
Jamais sûr d'être aimé
Par l' hirondelle
Des faubourgs
 
- Passons par dessus Morituri et Travaux sur la N89:
 Eryk E. (63) s'est souvenu de  "JE ME SOUVIENS", joyau d'EL FRANCESE,  Benjamin Biolay l'avait repris au Médoc (médocs?) dans la cuisine, Le DOC lui devrait apporter à cette chanson les meilleurs soins:  de quoi faire ressusciter  un mort? Il en est capable, parole de Murat.

 

Sur ta robe blanche la nuit est surnaturelle

Je m’souviens d’une voile tendue au fond de la nuit

Je me souviens de deux mondes dans l’univers

Je me  souviens de l’appel de la lumière

D’une dame en noir qui gifle le loup des mers

 

- Et on ira jusqu'au dernier album en date avec NICOLAS PAUGAM (07) qui a choisi "le REASON WHY" de Baby love pour tester sa virtuosité, sur un texte parfois mystérieux et donc représentatif d'une certaine partie de la production de JLM ("de la chair à psychanalyse" comme il l'indiquait lui-même).
 
Pas besoin de mettre la gomme
On est encore à la Bourboule
D'accord a dit la fille à l'heure
Alors c'est quand Bâton rouge
Poupée, shampouine
Pas besoin de mettre la gomme
On est encore à la Bourboule
Ce matin j'ai vu le rayon mauve
(Merci je sais vous dites le vert)
Je sais pas de quoi c'est le signe
Il m'a tapé direct sur l'os
 
--------------------------------------------

 

Ça vous donne envie j'espère?
 
Évidemment, impossible de satisfaire toutes vos désirs...  Chaque artiste a pu choisir ce qu'il souhaitait mais au final, je pense qu'on a un très beau panel! Quelques titres  "populaires" ("tout est dit", "au mont sans souci", "fort alamo"), sans que ça fasse "best of",  certains plus cultes pour les fans ("les jours du jaguar", "terres de France"...), quelques chansons qui évoquent son territoire, le nôtre, aussi la "ruralité", parfait pour "AURA AIME MURAT",   et une bel aperçu de tout l'univers musical du Monsieur (des titres plutôt pianos -pas mal même-, d'autres électriques), et bien sûr des  grands textes, que j'ai choisi de mettre en valeur aujourd'hui, dans lesquels il est bien sûr souvent d'amour mais on retrouve aussi ses introspections et le thème important du "dur d'être soi" comme il l'écrit dans "la nature du genre","Gengis" -c'est lui-...  Avec tout ceci, il y a de quoi se faire plaisir  et peut-être faire découvrir l’œuvre de Jean-Louis Murat à certains... On l'espère fort!
 
Il n'y a plus qu'à attendre...
Attendre..
Comme Jean-Louis se fait attendre lui aussi.
 
Allez, on écoute quand même quelques originaux:

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat

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Publié le 6 Juin 2021

bonjour,

On arrive sur la fin de la 2e étape du projet "AURA AIME MURAT" : les artistes renvoyent en ce moment leur production... et attention, Messieurs-Dames, je vous annoncerai l'ensemble des morceaux qui figureront sur le projet MERCREDI 9/06  à midi en exclusivité locale, régionale, nationale, mondiale et universelle!!!

En attendant, d'autres  infos que je n'avais pas encore données ici vous attendent ce jour! Petit -?- tour des effectifs et des actus de chacun:

1)  Adèle Coyo: Elle ouvrira pour Coeur de Pirate le 19/11 à Royat.

 

Le talk  back Music est le studio de Louis Fayolle avec lequel Adèle collabore. Il est connu pour ses groupes ULtraViolet et Superamas.

2)  Autre participation "en coulisse", celle de François Serin. Le lyonnais a connu le succès critique de la presse nationale au tant de "DEJA VU" (2004/2014), avec notamment un disque réalisé avec Christian Quermalet. Fred Jimenez les soutient et les apprécie. Après une période avec les MILK, il fonde "COVER CLUB", un groupe de reprises.  On peut parfois voir avec eux un certain David Forgione... bassiste chez Murat (et As Dragon) comme sur cette reprise de Queen:

 

 

Mais revenons à nous! François Serin a surtout désormais créé Apples and orangesrecordings, studio mobile.  

Et Stéphane Pétrier et les Dory4 l'ont choisi pour enregistrer chacun dans leur campagne (Saône et Loire et Puy-De Dôme, versant Forez-Livradois)...

 

Stéphane Pétrier a choisi Jérôme Anguenot (AURELIA KREIT)  pour l'accompagner, c'est-à-dire l'un de ses acolytes de son side projet: Nellie Olson... tandis que Dory4, eux, choisissait de faire participer Madame Nathalie Pétrier à leur titre. Stéphane nous parlera de sa reprise lors de son interview à paraître ici dans les prochains jours (Le VOYAGE DE NOZ sort un excellent album dans deux semaines).

Toutes ces belles équipes n'ont pas eu peur d'expérimenter... et même de faire des cascades. La preuve:

3)  Pour continuer avec les guests, je suis ravi : Avec LA FILLE DE LA COTE, Matthieu LOPEZ et GARCIAPHONE ont été de la partie, la classe !

4)  On passe aux autres surprises:

- Du côté de Clermont,  feront aussi partie du projet :  Sébastien POLLONI et Eryk E. 

Sébastien avait un peu mis de côté la musique depuis son disque "la Ravine" produit avec Guillaume Cantillon (Kaolin). On le retrouvera sur une reprise d'une chanson de... BABEL. 

Retrouvez l'inter-ViOUS ET MURAT de Sébastien:

http://www.surjeanlouismurat.com/2016/03/inter-vious-et-murat-sebastien-polloni.html

Eryk e. :  par Matthieu:

http://www.surjeanlouismurat.com/2016/02/eryk-e-en-interview.html

Sur un texte original de Murat sur son premier album:

Enfin, les lyonnais de FAHRO sont également de la partie.  Le duo formé de Théophile ARDY et Romain LATELTIN, deux artistes présents depuis au moins 15 ans sur la région.   Je les avais découverts tous deux (ainsi que Dory4, François Serin, un soir de juin 2010... tous les 4 rendant hommage ... au Voyage de NOZ... tout cela est sur youtube-tribute-to-noz).

Enfin, DERNIER PARTICIPANT supplémentaire: DA CAPO, avec Alexandre PAUGAM. Lui aussi a été  interviewé par bibi:

http://www.surjeanlouismurat.com/2017/09/inter-vious-et-murat-n-da-capo-alexandre-paugam.html

Son dernier album a été salué par Magic!, Rock and Folk:

Une des belles histoires de ce projet est déjà d'avoir réuni sur un même disque les frère PAUGAM et PONCET (Gontard et Chevalrex):

J'ai vu sur facebook récemment  accompagné par cette belle chanson ceci:

Gontard:   En ce lundi matin doux bien que brumeux, loin de l'usine, je découvre cette vidéo faite à priori il y 10 ans tout juste. Cette belle chanson devait figurer sur un album des Frères Nubuck (groupe que j'avais monté avec mon frangin et quelques amis entre 2002 et 2011). Je crois pouvoir écrire que je n'ai pas revu mon frère ou si peu depuis cette bagarre devant les phares d'une bagnole en pleine nuit sur le parking de la crêperie de Crussol (07). Pas une tragédie. Retour au réel, toujours. Bisous.

J'en profite pour signaler un duo de prestige pour Gontard: il chante en duo avec Arnaud Fleurent-Didier(!!). sur sa MAUSOLEE TAPE (hommage à JL LE TENIA). Un indice de plus de la place de Gontard dans le paysage musicale français... le chanteur de Fontaine Wallace (ex-superflu) l'indiquait également comme une référence cette semaine.

 

 

 

 

5) Merci à La MONTAGNE qui a parlé du projet (et des Dragon Rapide qui livreront un titre de l'album LILITH):

6)  Après Gontard, il y a quelques semaines qui a interviewé pour ses reprises de Jean-Luc Le TENIA, c'est NICOLAS PAUGAM qui sera invité sur FRANCE INTER sur COTE CLUB (invité à l'initiative de Bertrand Burgalat qui l'avait déjà salué dans sa chronique de Rock and Folk.), mercredi 9/06.

 

7)  Les concerts reprennent!

CHEVALREX En JUILLET:

et aussi:

 
Nicolas PAUGAM sera au 180 à Nice le 2 JUILLET
Le VOyage de NOZ au Parc Lumière pour la fête de la Musique,
les dory4 à St Bonnet le Chastel samedi 10/07
 
Fred BOBIN a toujours un programme chargé:

11/06  TARARE (69) – Théâtre / spectacle KENT + BOBIN (+ Martin Luminet) – 20h / infos, réservations : ici

12/06  VENELLES (13) – Salle Fernand Charpin / spectacle KENT + BOBIN – 20h30 / infos, réservations : 04 42 43 71 70 ou 06 85 39 89 34

14/06  VILLEFRANCHE SUR SAONE (69) – Auditorium / spectacle Balades Croisées MICHELE BERNARD + BOBIN – 18h30 et 21h / infos, réservations : ici

18/06  RUFFEY SUR SEILLE (39) – Chants d’Etoile – Salle polyvalente – 20h / infos, réservations : 06 72 51 80 37

19/06  CONFLANS EN JARNISY (54) – Salle des fêtes de l’Espace Paquis – 20h / infos, réservations : 03 82 33 06 46

22/06  ST MARTIN DE BROMES (04) – Festival Poésie et Chanson au Pays des Lavandes – Salle polyvalente – 21h / infos, réservations : contact@poetedeshautesterres ou 06 86 47 13 12

25/06  et 26  PARIS (75) – Les salons d’Ima Rose (+ Lise Martin) / infos, réservations : ici

 

 
Quant à Stan Mathis, il est allé se faire conter des belles anecdotes par M. DOminique Blanc-Francart...Et se faire enregistrer  son nouvel album. On peut le réécouter là:  RADIO CANUT (samedi 6/06 10h, Musik etc). Il nous parle du projet AURA  aime Murat, de Lilith. Avant une reprise de "la coupe aux lèvres",  il nous indique que la date de concert n'a toujours pas pu être bouclé, ni la date de sortie du disque officiel, mais il y travaille. Il prévoit l'annonce en septembre.! patience!
 
On attend des nouvelles des albums les prochains mois: de Gontard, Alain Klingler, Adèle Coyo, Dragon rapide (sortie 15/09). Silvain Vanot sortira lui son vinyle "On peut apporter son réel"....
 
Dans le rayon fierté, on est ravi je ne me lasse pas de le dire de pouvoir vous faire écouter du Erik Arnaud mais lui aussi  annonce qu'il travaille à un nouveau disque.

8)  On se quitte avec un peu de musique:

les Hiver Pool avec leur projet Karmayoga, sur du Beaudelaire:

Les seuls artistes participants que je n'ai pas cité: Pierre Schott et Richard Robert: http://www.pierreschott.com/   Attention AU Cycliste sur les flancs des Vosges ou des Alpes cet été!

Richard Robert... avec "le clermontois" Zacharie Boisseau (Zac laughed):

Richard Robert s'occupe désormais de la programmation de la 2e salle de l'Opéra de Lyon: https://www.facebook.com/operaundergound/     Festival du péristyle tout l'été: https://www.opera-underground.com/le-festival-du-peristyle/?fbclid=IwAR1_8-TZonZG91b3YhNFg1jHGwKCE491ti2dOubChLgvLYoE-9i9DRyKgbM

 

Allez, rendez-vous au sommet!

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat

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Publié le 25 Février 2021

Sur Facebook, le projet "AURA aime Murat" continue jour après jour de présenter  les participants du "tribute". Je n'ai pas pris le temps de republier quelque chose occupé que j'étais  à faire le VRP, porte après porte (facebookienne), pour vendre cet excellent produit (ça facilite les choses). Ça m'a permis (pour parler des choses heureuses)  de retomber sur des amis oubliés, ou des anecdotes... celui-ci qui a racheté la camionnette ford du groupe Clara stationnée à La Beauté, un autre qui assistait à leur répét dans les caves de la Bourboule... ou me rendre compte que j'étais ami avec ce chanteur inconnu de moi nommé aux victoires...

Ce 25/12 à 17h, nous sommes à 88% de la somme espérée sur le crowdfunding  (50% du budget global), mais avec seulement  97 contributeurs... ce qui fait peu si on prend le public muratien.  Alors, pour ceux qui peuvent investir 10 euros au minimum: une adresse!! Ci-dessous: 

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat/tabs/backers

Merci de participer afin de réserver notre futur collector!  (et pensez au pack avec le CD bonus...  les artistes se bagarrent  pour en faire partie et il devrait être chouette aussi!). 10% en 7 jours, c'est peu, mais c'est aussi beaucoup, alors, on ne lâche rien!! Et chaque euro récolté supplémentaire aidera à une meilleure production (sessions studios) ou à l'organisation d'un concert!

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Après cette page de publicité, revenons-en à ma phrase : présentation des artistes participant... patin-couffin... et ce jour, c'était RICHARD ROBERT, avec cette bio officielle:

Ancien journaliste aux Inrockuptibles, Richard Robert est avant tout un amoureux de la chose musicale – et la diversité des reprises interprétées dans le cadre des Morning Dews sur sa page Facebook[et sur youtube] en est sans doute l'une des plus belles illustrations. Auteur de fanzines, créateur du site L'Oreille Absolue, fondateur avec Marguerite Martin de Whatevershebringswesing, collectif à géométrie variable spécialisé dans les reprises tous azimuts et les concerts en appartement et chez l’habitant, il a été pendant huit ans le conseiller artistique des Nuits de Fourvière et est désormais responsable de la direction et de la programmation de l’Opéra Underground, laboratoire musical de l’Opéra de Lyon.

 

Voici deux reprises sur un air célèbre (on rappelle qu'ils se sont lancés le défi de publier un titre chaque jour,  des versions "à brûle-pourpoint"...  souvent down tempo et bossa, laissant leur chance aux textes et aux mélodies nues.

 

Mais ça m'a donné envie de revenir à l'histoire MURAT/inrocks/Robert.... Bonne lecture!

Sortant des archives, voici une première rencontre de 1996: après une longue introduction présentation/chronique absolument formidable -et qui n'a pas pris une ride?-, une interview passionnante...  dans laquelle Murat parle d'un événement fondateur à 26 ans, par exemple... PS: à noter que JL cite à côté de Dominique A,  SILVAIN VANOT, participant du tribute!

 

 

LES INROCKUPTIBLES - hebdo n° 71 - sept. 1996

"Sorti de l'auberge"

Laissé pour moribond dans la pataugeoire de son album live, Murat refait surface avec Dolorès, album scintillant, vif, cinglant. Un disque qui débarasse l'Auvergnat de ses oripeaux de chanteur "profond" et le fait apparaître enfin tel qu'en lui-même : en chroniqueur des seuls états d'âme, des sensations, de ce qui passe, éphémère, à la surface des émotions. De tout ce qu'une vie peut compter comme écume.

Interview: Richard Robert
Photos : Patrick Messina

La phrase est lâchée par Murat. Elle coupe soudain le fil d'une conversation tranquille et sinueuse, engagée depuis plusieurs minutes sur un terrain plutôt intime "Tu vois comment tourne la discussion, là ? C'est le problème de ma petite carrière. Je m'étonne qu'on ne me juge qu'en fonction de ce que je vis ou de ce que je dis. La remarque reviendra une ou deux fois dans la conversation sur un ton vaguement faux-cul. "Je ne devrais pas autant parler", lâche-t-il un peu plus tard, sans trop de conviction. "L'idéal serait de ne jamais donner d'interviews". Oui, oui, bien sûr. Le problème, c'est que cette petite flambée de scrupules, assortie d'une mini-ruée dans les brancards, surgit après deux bonnes heures de parlote. On peut même dire qu'elle intervient après huit ans d'une carrière peut-être pas sur-médiatisée, mais quand même pas passée à l'écart des journalistes et des entretiens confessions. On a donc un peu de mal à prendre ce commentaire au sérieux. Murat abandonnera d'ailleurs ces états d'âme aussi vite qu'il les aura déballés.

On ne verrait là qu'une anecdote sans épaisseur si elle n'était symptomatique d'un discours qui marche volontiers à coups de paradoxes, de tête-à-queue, de ruptures d'adhérence. Le chanteur, plusieurs fois, dira le zig pour affirmer plus loin le zag avec la même bonne foi, la même assurance. Les exemples pullulent. Murat assène que l'expérience est une plaisanterie, que ça n'avance à rien, qu'on reste toujours planté dans sa propre boue. Une heure avant, il aura pourtant longuement exposé ses rêves de progression musicale, de conquêtes, de changements. Murat prétend avoir circonscrit tous ses problèmes. Mais au détour d'une phrase, il dit toute son impuissance à ne pouvoir faire le tour de lui-même. Et ainsi va sa parole, rétive aux lignes droites, au courant continu. Jusqu'à ce que ce migraineux chronique - hôte irréprochable, homme disponible et chaleureux mais interlocuteur redoutable - en arrive presque à vous filer à vous aussi la barre au front. D'abord, on y perd un peu son auvergnat. Qu'est-ce que c'est que ce magma confus ? Et puis à force de l'écouter, cette voix tortueuse, cette voix difficile à suivre, on commence à la comprendre, à la situer. Ce n'est pas la voix du doute - Murat serait plutôt du genre à affirmer, à planter des clous, à proclamer qu'au fond tout est déjà joué et rejoué depuis longtemps et que plus rien ne l'étonne. Ce n'est pas non plus la voix d'un manipulateur pervers, adepte des jeux de dupe et des rideaux de fumée. Ce n'est pas une voix qui sonne trafiquée, maquillée. C'est une voix qui parle une langue qu'elle a toujours parlée. C'est la voix et la langue des chansons de Murat. Des chansons qui, quand on y réfléchit bien, n'ont jamais cherché à creuser très profond.

 

Là, certains trouveront peut-être à s'étonner. Parce que pour eux, Murat, sur ses trois premiers albums, avait tout du type visitant lentement les tréfonds de son âme, avec lampe frontale et outillage d'explorateur. Pour eux, cet homme qui semblait fouiller à mots nus, cet animal fouisseur était bien "Jean-Louis Bergheaud, dit Murat, chanteur français, chantre de la mélancolie amoureuse, chroniqueur du désenchantement et des séismes intimes" - définition officielle, bientôt dans votre Larousse. Tout ça collait bien avec ses disques, chacun taillé dans une seule matière, une seule terre, de l'aridité glacée de Cheyenne autumn aux sols féconds du Manteau de pluie, confortant cette image de chanteur profondément enraciné dans les vraies choses de la vie des hommes, touchant à l'essentiel, à l'authentique. C'est Murat le poète et paysan. Le Murat qui a du velours aux yeux, du miel et du poison sur la langue, des coups au coeur, du vague à l'âme et des bottes au pied.

Aujourd'hui, si on aime tant Dolorès, c'est sûrement parce que son auteur, sciemment ou pas, y écorne enfin - à défaut de la déchirer complètement - cette carte d'identité glacée, cette fiche signalétique. Resserrées, travaillées pour aller à l'essentiel, moins dissimulées derrière une monochromie de façade, ces chansons sont du coup moins évidentes, moins attendues, plus accidentées. Ici, ça pleurniche et ça gambade, ça caresse et ça rudoie. C'est très épidermique, très changeant. Il n'y a là que du sensoriel - et si peu de raisonné.

Murat est ici au sommet de son art, comme on dit dans les dossiers de presse. Un art pas du tout enraciné dans les profondeurs de l'être. Un art de plus en plus abouti, accompli, mais un art de surface, d'états d'âme, à fleur de peau, au jour le jour. Un art d'un incurable adolescent de 42 ans qui ne se soucie guère de perspective ou de recul. Un art d'un type qu'on peut trouver agaçant, lui qui ne veut pas voir plus loin que le bout de ses explorations, des ses illusions de plaisir et de ses flambées de désespoir. Un art qui chante "Tout est éphémère", qui prône la seule vérité de l'instant et des sens. Une vérité sans lendemain, à laquelle le passé n'enseigne rien. La vérité sera dans ce jour radieux où le coeur cogne à se rompre et monte au ciel. Puis dans ce jour de neige, ce jour de deuil où le corps est moribond et où la corde est à portée de cou. Rien d'autre. La vie est ainsi faite, de ce défilement, et de chagrins et de courtes gaietés. Ne pas chercher de soubassement, de fond commun. Il n'y en a pas.

Qu'est-ce que dit, alors, la voix de Murat, avec ses contre-pieds, ses contresens ? Elle dit que Murat s'inspire de ce qu'il vit, de ce qu'il éprouve. Pas de ce qu'il est. C'est un type qui s'étudie beaucoup, qui se scrute, se prend le pouls, la température. Pas du tout un type qui s'analyse, se sonde, se perfore au plus profond. Pour s'amuser deux secondes avec cette imagerie rustique, cette imagerie de publicité pour camembert qui le poursuit, disons qu'il ratisse son champ ; mais il ne le retourne pas, il ne le met pas sens dessus dessous, il n'y cherche pas une source. Murat dit d'ailleurs qu'il ne changera plus, qu'il est ainsi, déjà achevé, immuable. Il répète "On se refait pas." Cette lucidité qui fixe tout, qui pétrifie tout, qui n'ébranle plus rien de ses fondations, lui suffit. Rien n'a donc plus d'importance, que les péripéties dont il est le héros.

Dans ces conditions, on a l'impression qu'aimer, avoir recours aux autres, à leur coeur, à leurs désirs, n'est qu'un moyen de se relire soi-même. Murat peut dresser le portrait de Pouchkine ou de Bijou, la vache à laquelle il confiait ses secrets d'enfant : peu à peu, ses mots, précis et travailleurs, ne façonnent plus que l'image de son propre visage. Plus on l'écoute, plus on comprend cette complicité qui l'unit à la nature et aux femmes pendant l'amour - autant de miroirs muets, fidèles, sans failles, sans fissures, sans déformations. Quand, se prenant pour Flaubert, il s'exclame "Dolorès, c'est moi!", on le sait sincère et touchant une vérité sans filtre, pour une fois peut-être plus souterraine.

On dirait que, derrière une glace sans tain, Bergheaud regarde Murat qui, à son tour, regarde comment le regarde Bergheaud qui, à son tour, etc. Dans ces reflets sans fin, Murat à la fois se perd, se fuit et se trouve, se crée, se régénère. Et cet homme qui nous parle aujourd'hui en ne se proclamant qu'amour apparaît ainsi : seul avec lui-même, depuis le début, irrémédiablement, indécrottablement seul, ne souffrant, n'appréciant que la compagnie de sa propre ombre. Engeôlé volontaire dans une prison où il ne partagera jamais de cellule qu'avec lui-même, purgeant sa peine, comptant les jours à coups de chansons.

A la sortie de Murat Live il a y a un an et demi, tu faisais état d'un manque d'inspiration, comment en es-tu sorti?

Peut-être qu'on a un temps biologique entre chaque album qu'il faut respecter. A l'époque, je pense que j'avais déjà assez bien en tête la matière de Dolorès, mais je n'arrivais pas à cracher certains trucs. Alors après, savoir comment j'ai recollé au peloton... Disons qu'il n'y a rien de mieux qu'un chagrin d'amour pour travailler. Le travail, c'est l'antidote absolu.

Tu as mis beaucoup plus de temps que d'habitude pour enregistrer cet album.

Ça a pris un an, je n'en reviens toujours pas. Normalement c'est quinze jours, un mois - six jours pour Vénus. Ce matin je me suis dit que c'était parce que Dolorès était un album de transition et que j'avais déjà hâte de passer au suivant. Si je m'écoutais, je commencerais aujourd’hui. Si j'avais été milliardaire, je crois que c'est typiquement le genre de disque que j'aurais enregistré sans le sortir. Pendant l'enregistrement, ça m'a paru évident : il y avait des chansons que j'avais un mal fou à supporter. A part deux ou trois plus légères comme Saint-Amand ou Brûle-moi. Je les portais parce que je m'étais juré de ne rien faire d'autre tant que ce travail n'aurait pas été accompli. Mais ça ne tenait pas à grand chose que je reparte sur du neuf. Les étapes de transition, il faut vite les passer, c'est bon pour avancer mais ce n'est pas encore très significatif. Aujourd'hui, j'aimerais me lancer dans un album qui finirait par la montée de l'Alpe d'Huez...J'ai beaucoup de mal à parler de Dolorès. D'autant que les premiers qui l'ont écouté n'ont pas tellement su quoi en penser. Pourtant je le vois comme une transition, j'ai la conviction très intime que c'est mon meilleur album. Ca on ne me l'ôtera pas de l'esprit.

Est-ce la première fois que tu te sens dans cette situation transitoire ?

Avant, je savais où j'allais. Cette fois, je voulais déjà me pousser un peu plus loin. Ca ferait quand même chier d'enregistrer toujours le même disque – ou alors je refais l'orchestre de Paul Mauriat, et en avant la musique... Je connais certains artistes français : je suis toujours étonné du fossé qui existe entre ce qu'ils aiment et ce qu'ils font. Certains ont vraiment fait avancer le schmilblick comme Bashung avec Play blessures, mais ça rentrait plutôt dans le domaine du rock. Et moi, le rock, ça n'a jamais été mon truc, je m'en fous un peu. Je préfère de loin le rhym'n'blues, la soul ou la chanson française traditionnelle. Alors, ce que j'ai essayé de faire - ça va paraître prétentieux -,c'est ouvrir une brèche. Mettre à l'épreuve ce que je sais faire comme chanson française, la concilier avec ce que j'aime écouter : pendant l'enregistrement, j'écoutais beaucoup de rap, des remixes de Nine Inch Nails... Ca m'a incité, par exemple sur une chanson aussi basique qu'Aimer, à voir jusqu'où le travail sur la forme, le son, la production, peut faire bouger - voire éclater les choses. Sans être putassier, sans tomber dans la facilité. C'est encore très timide, mais Dolorès n'est qu'une base. J'ai été encouragé à aller dans ce sens par Nellee Hooper ou Tim Simenon, qui ont écouté mes démos. On aurait pu faire l'album ensemble, mais ça n'aurait pas été bon d'avoir des chaperons. Avec Denis (Clavaizolle, avec qui il a composé les chansons de Dolorès), il fallait se taper le boulot seuls.

Musicalement, Dolorès irait plutôt dans le sens d'un dépouillement, avec une nouvelle place donnée aux claviers.

Il va vers l'évidence, oui. Et la meilleure amie de l'évidence, c'est la sincérité. Même dans la production, il faut que ça aille dans ce sens là : que ça ait du caractère, de la franchise. C'est comme au théâtre. Le moindre son, le moindre instrument qui apparaît au détour d'une chanson, s'il n'a pas ça, s'il n'amène rien, c'est pas la peine. C'est pour ça que j'ai abandonné tout ce côté grouillant sur mes disques. C'est quelque chose que le rap a su ramener : il ne reste plus que l'os, la voix, les mots. Quelque chose d'évident, qui gratte. J'espère simplement qu'on aura évité au maximum les écueils de la mode, du son ambiant. Notamment cette manie actuelle de vouloir passer la chanson française au moule trip-hop, ce triste chewing-gum, sans caractère, vaguement baba. J'avais comrnencé à travailler avec Tim Simenon, mais j'ai abandonné. Il semblait penser que je voulais un disque du genre Gainsbourg-et-Cohen-produits-par-Tricky.

Dolorès marque un retour à la concision : les chansons vont à l'essentiel, sans s'étaler. Mais les climats y sont beaucoup plus variés que dans tes albums précédents.

Je dis toujours que pour Cheyenne autumn, je voulais du noir et blanc, pour Le Manteau de pluie de la couleur avec grand écran, et pour Vénus du super 8. Des choix très simples, mais qui facilitaient beaucoup le travail. Sur Dolorès, j'ai pris les chansons séparément. je voulais que chaque titre ait un climat assez fort pour qu'on ait l'impression de changer à chaque fois de pays. Il y a des contrées plus chaleureuses, des latitudes légèrement tropicales, d'autres plus tempérées, voire carrément froides. Je me donne toujours des repères visuels, climatiques, pour ne pas me perdre. J'ai un cahier plein de notes qui décrit comme ça, dans le détail, les chansons de Dolorès. J'ai passé sur chacune d'entre elles autant de temps que sur un album entier. Je ne me suis jamais autant investi.

Est-ce à dire que désormais tu polariseras davantage ton attention sur ces questions-là que sur le fond ?

Le fond, je ne m'en fous pas. Mais je sais ce qui est moi, ça peut pas bouger cette affaire-là, je vais pas me refaire maintenant. Je sais comment je suis, ce que je peux cracher de moi-même. Si j'étais en panne il y a un an et demi, c'est justement que je me barrais trop sur le fond. Ce qui est intéressant, maintenant, c'est de le mettre en forme différemment. C'est un putain de boulot, parce que les mots français sont un sacré piège et que la porte est de plus en plus étroite pour ceux qui veulent faire bouger les choses ici.

Avec le succès de Cheyenne autumn il y a huit ans, pensais-tu avoir trouvé l'équilibre entre musique personnelle et grand public ?

Oui, mais je me suis vite aperçu que ça marchait pas, cette affaire. Et puis Cheyenne autumn, ça fait très années 80, fin du mitterrandisme, disque un peu glacé, prétentieux, qui se croit dans une sorte d'exception culturelle. Peut-être bien qu'il se dégonfle avec le temps. Pour moi, en tout cas, ça n'a ouvert aucune porte, à tout point de vue. Je voulais qu'on me donne mon blason, être adoubé. Après, il faut savoir sortir de ce genre d'exercice. De toute façon, après toutes les années de galère, de refus, que j'avais endurées, je n'étais pas complètement dupe. Je savais aussi que je n'avais pas été signé chez Virgin pour des raisons artistiques : le type qui m'avait fait signer le contrat avait voulu faire plaisir à sa femme, qui m'aimait bien. Partant de là...

Aujourdhui, tu navigues un peu entre deux eaux - ni grand public, ni confidentiel. Comment le vis-tu ?

Culturellement, je suis quand même plus habitué à l'underground. Maintenant, il faudrait pouvoir quitter les habits de collabo pour entrer franchement dans la résistance. Là, je me sens quand même entre les deux, comme Mitterrand. La maison de disques a failli me rendre mon contrat - ça n'aurait peut-être pas été mal. je serais revenu à l'autoproduction, à la distribution sauvage. J'aime à penser qu'internet révolutionnera pas mal de choses, quand on pourra y acheter directement nos disques, sans le filtre des maisons de disques, des FM et des médias. C'est comme l'équipe de France. Le sélectionneur national, logiquement, c'est la quintessence de l'esprit tactique, c'est Vercingétorix, le Grand Condé, Turenne et Napoléon réunis. Mais voilà, on filtre, on filtre les entraîneurs, et résultat : on se retrouve avec Aimé Jacquet. Il y a beaucoup de Jacquet dans les maisons de disques. Et beaucoup de Cantona dans la chanson française.

Avec cet album, as-tu eu envie de te démarquer de l'image que les gens se font de toi ?

J'espère. J'ai l'impression qu'on me voit dans un tout petit volume, dont je ne sortirai jamais. Mais moi, je sais que depuis Cheyenne autumn, je n'ai pas occupé le dixième de l'espace que je compte explorer. On me voit petit comme ça alors que j'ai encore du mal à faire le tour de moi-même... C'est terrible, cette image restrictive. Ma propre maison de disques m'a envoyé une cassette avec des groupes actuels, comme pour m'éduquer, m'ouvrir les oreilles. Des trucs que je connaissais par coeur... Ils devaient croire que j'écoutais Ferré et Brassens à longueur de journée. J'étais scié, c'était une sacrée gifle. Je ne sais pas si ça arrive à Vanot ou à Dominique A. Parce qu'on n'est pas dans le recyclage, les gens nous prennent pour des neuneus, des analphabètes ou des autistes. L'idée de Dolorès, c'était de dire à quelqu'un "Je ne suis pas si mauvais que ça, je ne suis pas du tout celui que tu crois". Ça aurait pu être le titre de l'album, ça... J'ai toujours écrit pour quelqu'un. Cheyenne autumn, déjà, c'était pour un ami. Une personne qui croyait beaucoup en moi : j'ai voulu lui montrer qu'elle ne se trompait pas. A chaque phase de travail, de l'écriture au mixage, je me demandais ce qu'elle en penserait. Pour le prochain album, j'ai aussi pensé à quelqu'un à qui je pourrais dire "Je suis un peu mieux que ce que tu crois."

Quand tu dis "je ne suis pas si mauvais que ça", tu y mets aussi une connotation artistique, ou c'est surtout une affaire de morale ?

Un peu les deux. Enfin quand même, c'est surtout moral. Je suis très immoral dans la vie quotidienne mais, au fond, comme les libertins, je suis très moral. Moi je m'accorde toutes les licences, mais aux autres je demande une morale irréprochable. Je rigole pas avec ça, je peux vraiment être très chiant. Je suis très à cheval sur certains principes : tous les trucs d'honneur, de parole donnée. Dans certains cas, j'aimerais bien être John Wayne ou un Pierrafeu. Régler des comptes, donner un gros coup de gourdin sur la tronche, tuer. Je pourrais déclencher une guerre mondiale pour un retard de cinq minutes à un rendez-vous.

Et si c'est toi qui es en retard ?

je préfère encore annuler, ne pas y aller, je ne supporterais pas. Le mec désagréable, quoi... je sais que je me permets un peu tout, pas de quoi faire le malin. De toute façon, en faisant Dolorès, je ne voulais pas non plus prouver que j'étais irréprochable, un saint. C'est une autre pureté que je revendiquais. Montrer que mes sources d'amour, à leur point le plus originel, sont comme au premier jour. Là, j'ai une eau d'une pureté totale. Voilà à quoi je pensais en faisant Dolorès : je suis intact.
Je pourrais dire comme le Christ 'Je suis amour' .. Alors c'est pas la peine de venir me chercher des poux dans la tête. Je pense toujours à une phrase de Neil Young : "I will never lose a will of love." J'ai toujours en moi une promesse d'amour. C'est en ça que je peux dire que je ne suis pas si mauvais. Con, peut-être. Mauvais, non.

Tu n'as pas peur, là, d'être en pleine illusion ?

Non, j'en suis sûr. J'ai toujours été vachement franc avec ça dans mes disques. J'ai toujours dit que j'étais un amoureux, que j'aimais être un amant. J'ai pu dire aussi que j'étais un pourri, que je pouvais faire beaucoup de mal. Et que je réclamais un droit à l'innocence - mais bon, ça, c'était déjà plus faux-cul. Seulement, pour un mec, tout ça, ça entraîne des problèmes inédits. Des problèmes fin de siècle, peut-être. Parce que je suis tellement amour qu'on pourrait me considérer comme un homme facile - comme on dit "femme facile". C'est ma qualité et mon défaut. Bon, chacun a ses petites misères. Actuellement, je vis dans une simplicité absolue, je suis heureux. C'est La Petite maison dans la prairie. Alors qu'avant, c'était plutôt Le Château de Kafka.

La gravité, ça reste important pour toi ?

C'est fondamental. je n'aspire qu'à ça. Le sérieux léger, c'est de la connerie, ça n'existe pas. D'ailleurs, la musique d'aujourd'hui, c'est le rap : même si c'est pas toujours maîtrisé, historiquement c'est d'une gravité intense, totale, fondamentalement désespérée. Il faut toujours un fond de gravité. C'est pour ça que j'aime les voix graves, Leonard Cohen, Lou Reed. Maintenant, ce qui est bien, c'est que Dolorès n'est pas un disque triste. C'est ce que je voulais éviter à tout prix. Encore qu'il y a bien de sombres crétins pour me dire "Qu'est-ce que c'est triste, qu'est-ce que c'est triste... ". Jean-Pierre Pernaud leur annonce que quarante gamins ont été violés, que soixante-dix femmes ont été écartelées, qu'une bombe atomique a tué quatre milliards de personnes, et quand toi tu chantes "Qu'il est dur de défaire, j'en reste KO", ils te disent que c'est trop noir, trop déprimant. Quand tu exprimes ton malheur, les gens changent d'un seul coup de regard. Tu les déçois, tu leur gâches le plaisir. Tu es comme Bernard Hinault le jour où il a abandonné le Tour à cause de son genou. Il faudrait toujours rester dans l'image du champion.

Tu n'as jamais l'impression de t'être un peu complu dans la noirceur ?

J'ai pu avoir un poil de complaisance. Des chansons où je voulais déguster la liqueur noire de la mélancolie. Mais le problème, c'est que j'étais vraiment dans le noir. Les gens ne veulent pas comprendre que plus tu es dans le trou, plus tu peux être gai dans la vie de tous les jours. Avoir ce côté désinvolte, "n'ayons l'air de rien". Alors certains disent "Qu'est-ce que c'est que ce cirque, vous avez vu comme il était détendu et rigolo l'autre soir ? Et aprés, les chansons qu'il nous fait ? Quelle comédie. En plus, j'ai parfois l'impression qu'avoir un fond de tristesse, c'est une tare. Autant être une vache folle... Ce qui est quand même formidable, c'est que je me suis souvent retrouvé accusé de tristesse par des gens parfaitement sinistres - tu passerais pas deux jours avec eux, tu jouerais pas au foot avec... Ceux-là, qu'ils aillent se faire foutre avec la noirceur. Surtout qu'elle n'est pas toujours où on croit. Par exemple, en ce moment, il y en a une qui me sidère, c'est Ophélie Winter. Moi, à côté, je suis Louis de Funès, et Mylène Farmer c'est Jacqueline Maillan. Cette nana, c'est la mort qui avance! Tu l'entends chanter ou parler, tu la vois : elle est déjà morte. C'est très angoissant, elle va obligatoirement se suicider, ça va très mal se finir. Moi, j'aurais envie de l'appeler, de lui dire arrête, tout le monde voit que t'es noire, que tu as un destin tragique, que tu vas vite parce que tu vas mourir. C'est une héroïne de roman, elle ressent les choses avec une intensité qui me glace le sang. Avec cette volonté acharnée, du genre à vouloir tout se faire refaire et passer à tout prix en couve de Télé 7 jours ou Paris-Match. Elle s'est engagée dans un truc de folie, une course contre la mort. Après, les gens achètent ça comme si c'était un truc hyper-gai. Mais moi ça me fout le bourdon. Alors il faut se calmer avec les appréciations sur ce qui est rose, sur ce qui est noir.

Toi, tu ne te sens pas engagé dans ce genre de course contre la mort ?

Moi, mais tu plaisantes, c'est tout le temps! Tout le monde est là-dedans jusqu'au cou. Et à ceux qui se prétendraient à l'abri de ça, la biologie se chargera bien de remettre les idées en place : le corps n'est pas dingue, l'esprit non plus. Ceux-là, tu vas vite les voir s'inscrire au Gymnase Club.

Tu crois que ton voisin, l'Emile, il galope contre la mort ?

L'Emile ? Euh... non, pas du tout. Mais bon, moi, je ne suis pas paysan. Lui, sans doute qu'il prend les choses comme elles viennent, au jour le jour, avec ses propres angoisses, son propre inconfort. Mais nous, en tant que petits modernes... Encore que moi, j'ai vite vu le temps passer. J'ai eu un fils très tôt, j'étais encore enfant que j'étais déjà papa. J'ai été mieux préparé que d'autres personnes de mon âge.

Tu as toujours vécu avec la mort en ligne de mire ?

Pour moi, la course contre la mort a commencé quand j'avais 26 ans. Sur un lit d'hôpital, après avoir lamentablement loupé un suicide qui, cette fois, devait être définitif. J'avais fait ça en écoutant Tim Buckley, je voulais quitter cette vallée de larmes avec cette cassette à donf qui n'arrêtait pas de tourner. Je me suis senti partir, j'étais très content, apaisé. Quand je suis revenu à la conscience, je me suis dit "Putain, que t'es con." Comme je m'étais raté, j'ai senti que je n'avais pas d'autre choix que de me mettre dans la course et commencer à fond. La première chose que j'ai faite, c'est d'aller brûler un cierge. C'était pourtant pas dans mes habitudes. J'avais vu la mort de tellement près. J'ai mis longtemps à repenser que j'étais vivant. J'étais dans le fossé, j'ai commencé à remonter, comme un coureur cycliste. J'ai acheté une guitare, passé une petite annonce et monté un groupe.

Qu'a représenté l'écriture pour toi à ce moment-là ?

Au départ, je ne voulais pas écrire dans le groupe. Ça n'est venu qu'après. J'ai mis du temps à me décider, parce que je me disais que ça ne servait à rien, que ça ne sauverait pas ma peau, j'en avais fait l'expérience. Je continue d'ailleurs à penser qu' écrire, au fond, ne sert à rien.

Même pour "écrire des chansons comme on purge des vipères", comme tu le dis dans Perce-neige ?

Oui, ça a purgé des vipères. Mais il n'y a de vrai et d'utile que l'amour. Entre dix volumes de la Pléiade et une heure de baise totale avec un amour intense, je n'hésite pas une seconde. Tu vas en trouver, toi, des écrivains qui se sont calmés en écrivant ? La vraie réponse, elle est dans la tempête hormonale, la fusion totale de l'amour. Il n'y a que quand je baise que je me sens bien. Là, je tutoie les anges, je serre la paluche de Dieu. Lui, quand tu es amoureux d'une fille, il est ton meilleur ami. De toute façon, il aime ceux qui aiment, qui baisent. C'est pour ça que j'ai écrit Le Baiser sur le nouvel album : pour faire une rencontre avec Dieu. Mais attention : Dieu ayant la frimousse d'une pépette.

Comment expliques-tu, alors, que tu aies toujours écrit ?

Ça a commencé, gamin, à l'école. Je sais très bien pourquoi et pour qui : j'étais toujours amoureux des filles, je rédigeais des poèmes pour elles. C'est devenu une habitude d'écrire comme ça, pour l'autre, en fonction de l'autre. Pour plaire, flatter, comme un troubadour. J'ai jamais vraiment quitté ça. C'est souvent sentimental, cette façon de vouloir convaincre, charmer, draguer sur un album entier. Si je continue à écrire, c'est avec cette idée-là - la seule. Chacun sa petite stratégie pour tenir debout. Moi, c'est celle-là. Faire le dragueur, comme il y a des dragueurs sur les fleuves, qui grattent, creusent. Faire tomber, fondre l'autre. Même si ça passe par la violence. Bon, après, on peut toujours dire que l'autre, c'est soi, un miroir de soi, et vice versa. Certains me demandent "Mais Dolorès, c'est qui ?". J'ose pas trop répondre - on va dire "Il se moque" -, mais Dolorès, c'est moi. Je ne le dis pas trop, surtout que ceux qui me connaissent savent qu'à la base ce n'est pas moi. Mais arrive toujours un moment où c'est ça, évidemment. En même temps que l'autre, on essaie de se faire tomber soi, de faire tomber une part irréductible de soi. On fait tout pour essayer de la réduire, c'est comme une équation. Après, on peut toujours trouver des alibis, dire "C'est pour Machin ou pour Pépette." Au bout du compte, c'est toujours pour soi.

As-tu toujours le sentiment que ta personnalité est double, partagée entre Bergheaud et Murat?

Hou là là, plus que jamais... Pas plus tard que ce matin, en allant chercher le journal, je me suis passé un savon dans la voiture. "Faut que je te dise un truc : j'en ai plein le cul de toi ! Tu es en train de me prendre la tête, parce que tu te demandes comment ton disque va être accueilli, t'es là à penser que c'est de la daube et que personne ne t'aime... Alors tu te calmes ! Il y a autre chose dans la vie." Je m'entends plutôt bien avec moi-même, mais de temps en temps je suis obligé de me parler comme ça. Heureusement, j'ai toujours autant de facilité à sortir de mon corps. Je pars. Par exemple, je suis ce mur, je me fixe et là, je me vois assis sur cette chaise. Je trouve ça très sain. Parce que vivre avec moi tout le temps... Murat, il me fait chier, surtout quand il a un album qui sort. Il me file la migraine, mal au ventre, il me fait gerber. Hier encore, il m'a rendu malade. Tout ça pour son disque de merde. S'il le vend bien, il va me lâcher. Il est très terre à terre, arriviste, très vente de disques, pognon, auvergnat. Enfin, il me dérange pas tant que ça, sinon...

Tu n'as jamais pensé t'en séparer ?

Là, un problème se pose. Si Murat se pend, qu'est-ce que je fais ? je suis mort. C'est là que je commence à comprendre Ophélie Winter... Le foutre à la porte autrement ? Ça passe par la suppression de la matrice qui a fait Murat. Et comme c'est Bergheaud qui l'a fait, je suis mal.

Il a toujours été là, Murat, ou il n'est apparu que quand tu en as créé le nom ?

Il a toujours été là, depuis que je suis tout petit. Simplement, il s'exprimait différemment. En étant malade, trois cent soixante-cinq jours par an. Ça devait être impressionnant. C'est le souvenir qu'il m'en reste, en tout cas. Toujours à part, malade, jamais dans le temps présent. A l'aise qu'avec les animaux, les vaches. Tout ça, je sais d'où ça vient, j'ai cerné tous les problèmes. Mais ça, c'est trop personnel. Disons que c'est comme dans La Mouche : il y a eu des interférences dans la fabrication de l'objet... Elles me feront chier à vie. Enfin, on a tous ça.

Tu penses vraiment que rien ne se délie, rien ne se dénoue ?

Non, l'expérience, ça sert à rien, on n'apprend jamais rien. C'est terrifiant de se rendre compte de ça. On est toujours aussi con que quand on a 7-8 ans. Moi, j'ai RIEN appris, jamais, rien, rien, rien. On te dit : l'expérience, machin, les erreurs, on les fait pas deux fois, tu parles ! Moi, c'est pas deux fois, c'est mille fois que je refais la même connerie... Et pourtant Dieu sait combien j'en ai pris plein la tronche ces derniers temps. Mais je suis prêt à recommencer, sans problème. Une fois qu'on a compris ça, finalement, ça va mieux. Quand on sait qu'on a été programmé comme ça, qu'on va les enchaîner et les enchaîner... je sais quels sont mes défauts, je ne vais plus aller contre ça.

Si tu ne t'appuies pas sur l'expérience, à quoi te réfères-tu ?

Je n'en ai aucune idée. C'est pour ça que je noircis des petits cahiers. Pour faire le point, très régulièrement. Là, ça fait longtemps que je n'ai pas écrit de chanson, il faut absolument que j'évacue des choses. Seulement, ça va faire comme à chaque fois : je pars pour faire le point et je m'aperçois qu'il n'y a pas de point. C'est comme un marin qui sortirait la boussole et se rendrait compte qu'iil n'y a pas de pôle magnétique. Moi, j'en vois pas. Sauf une femme, l'amour qu'elle me donne et celui que je lui donne. J'ai l'impression d'avoir été programmé pour ça. Et j'ai bien peur de l'avoir senti très tôt... Ça n'est pas sans inconvénients, parce que j'ai un fonctionnement exclusif. Y'en a que pour moi, je suis toujours en manque - d'attention, de regards, de caresses, de tout. Chiant comme un gamin de 4 ans. Pour une fille, je suis pas du repos, c'est du travail.

Quand tu étais enfant, il n'y avait personne pour te guider ?

Si : la nature, les animaux. C'est toujours vrai aujourd'hui. Dans l'amour, d'ailleurs, j'aime beaucoup me comporter comme un animal. Pas dans l'action, évidemment... Je ne parle pas, je grogne. Je peux faire le mouton, la vache alanguie, le chien, la colombe. Je suis un grand amateur d'imitation de cris d'animaux, dans ce qu'ils ont de tendre. Les imiter dans leurs moments de satisfaction, quand ils se frottent le dos... Quand j'étais tout petit, il y avait une vache à laquelle je racontais ma vie : elle s'appelait Bijou. Elle écoutait très attentivement, les oreilles en avant, me fixait du regard. Je me couchais sur elle, c'était parfait. J'aimais la traire dans le seau, boire son lait tout chaud. C'est pour ça qu'aujourd'hui j'ai chez moi plein d'objets en forme de vache.

Les autres enfants ou les adultes ne t'apportaient rien de comparable ?

Rien de commun avec Bijou. Je crois quIl faut tomber sur quelqu'un d'exceptionnel pour qu'il t'apporte autant qu'un animal. Après, ce qui m'a le plus apporté, c'est la lecture. Mais là, j'ai été très mal guidé. Un prof qui m'avait pris en sympathie m'a conseillé Gide. J'ai plongé très fort là-dedans. De 14 à I8 ans, j'ai passé mon temps avec les livres de ce gros con. Les meilleures années de ma vie avec ce type complètement bidon... Six mois pour lire Les Nourritures terrestres, tout ça pour ensuite aller courir dans la nature, me balader à poil, me branler sur les fougères, sortir dès qu'il y avait de l'orage... Cette espèce d'hédonisme à la con. Ça m'a déformé, intellectualisé, incité à blablater. Beaucoup de mes problèmes viennent de là. J'ai perdu quelque chose.

Tu penses sincèrement que des lectures peuvent avoir autant de poids sur une vie ?

Dans mon cas, oui. Je regrette d'être aussi sensible, aussi primaire. Dans ces affaires-là, quand il y a à pleurer, je pleure. Je me souviens d'une scène pas possible quand j'étais petit, qui m'a profondément marqué. Quand j'avais 4-5 ans, on m'a offert un livre. Ça se passait au Mexique : un petit garçon, tombé amoureux d'un taureau qu'on emmenait à l'abattoir, entreprenait tout pour le sauver. On m'a lu cette histoire et ça a été affreux, j'ai pleuré pendant des jours. Le docteur est venu parce que je disais que j'étais malade. En fait, c'est cette histoire qui m'avait fendu le coeur. Voilà le genre de camarade que j'étais. Rien que d'en parler, ça pourrait encore me fendre le coeur aujourdhui. Et ça, c'est pas bon.

Pourquoi lis-tu autant si tu prends tout ça à coeur, sans recul ?

Parce que ça peut me repêcher, me reprendre par le col avec la même force. Là, je viens de passer une année Pouchkine. Quand il m'est arrivé, comment dire, cet accident terrifiant qui a failli m'enlever la vie, c'est avec ça que je suis reparti. Je me suis ressourcé, rassuré, reconnu à fond là-dedans. Tiens, écoute, j'adore ça (Il ouvre le journal secret, à une page déjà marquée) : "Il est remarquable de constater qu'une motte a une valeur en elle-même, dont la beauté ne dépend pas du corps auquel elle appartient. Même un visage et un corps répugnants ne peuvent pas détruire son pouvoir d'attraction. Si on couchait deux femmes côte à côte, l'une avec un joli minois et l'autre laide, et que vous dissimuliez leur visage sous d'épais voiles, vous ne prendriez pas moins de plaisir à besogner le laideron que la beauté. Je dirais même que si vous ne savez pas laquelle est la vilaine, il se pourrait que vous la préfériez à la belle. L'âme se cache dans le con, pas dans le corps. "J'adhère à fond à ça. J'ai d'ailleurs écrit Le Baiser en pensant à une description de Pouchkine. Et Tatiana, dans Eugène Onéguine ! Un personnage extraordinaire... Une paysanne, une femme simple, qui comprend tout mais ne perd jamais sa naïveté, sa pureté. Pouchkine, lui, n'a jamais trouvé sa Tatiana : sa propre pureté n'est jamais passée par une femme pure. Il a baisé des meufs comme un dingue... Encore, il a eu du pot, lui : il est vraiment mort d'amour, en duel. A son époque, c' était peut-être plus simple d'être un homme. Comment se fait-il que ce soit devenu cet enfer entre les hommes et les femmes ? C'est ça aussi que j'ai essayé de raconter avec ce putain de Dolorès. Je n'ai toujours pas compris ce qu'une fille peut attendre de moi. J'ai toujours été entouré de femmes, vachement aimé, mais au fond j'ai toujours été leur jouet... Enfin, je les aime, je les côtoie beaucoup. Comme l'écrivait Gace Brulé, "D'autres peuvent manquer à l'amour, mais moi je ne l'ai jamais trahi. "

 

Quelques temps avant en 1995... post-venus et pré-Dolores... Et on croise encore Silvain Vanot:

LES INROCKUPTIBLES hebdo n°4, avril 1995

Le mouton enragé

Suspendu entre la sortie d'un album live et son entrée imminente en studio, Jean-Louis Murat fait un état des lieux sans concessions des rapports vie d'artiste - vie privée.

 

Jean-Louis Murat : Je savais qu'en montant sur scène ma vie - professionnelle et privée - allait basculer. Ça a été pénible, intimement. J'en suis sorti un peu exsangue, autre. Plus d'un an après, je n'ai toujours pas digéré.

Enregistrer des disques, c'était comme publier les textes d'un journal intime, mais avec une certaine distance, presque à titre posthume. Lorsque je me suis mis à interpréter mes chansons sur scène, j'ai eu l'impression de relire des pages entières de ce journal et j'ai trouvé ça profondément dégoûtant, faux, un mensonge adressé aux autres et à moi-même. Je crois que ma vie privée était arrivée à un tel point de sophistication que mes chansons elles-mêmes étaient devenues de plus en plus brouillées. Je parle de "mensonge", qui est un mot moral, terrifiant, ça couine, ça gratte. Disons que je commençais à voir le bonheur comme une somme, un écran d'habitudes. Ma façon de concevoir des albums et ma vie privée sont arrivées à une sorte d'impasse de façon quasi simultanée. Je me retrouve aujourd'hui avec les handicaps cumulés, un travail de deuil à mener dans les deux cas. Si je veux sauver ma peau, il faudrait sans doute que j'éprouve un sentiment de honte, de remords. Ça ne m'effleure pas le moins du monde. Dans des conditions pareilles, les applaudissements, les appréciations des critiques ne me servaient à rien. Je n'y puisais aucune énergie, c'est à côté, au-delà. J'en étais même davantage troublé, parce que tout ce que je faisais était systématiquement remis dans le droit fil de ce que les gens pensaient déjà de moi auparavant. Et cette distorsion-là me démobilise.

Souvent, pendant la tournée, des gens venaient me voir avec la conviction de rencontrer un loser. La plupart du temps, ça les confortait dans l'idée qu'ils étaient eux-mêmes des losers. J'étais désespéré : s'il y a bien un type qui ne se sent pas perdant pour deux ronds, c'est bien moi. J'en suis vite arrivé à me dire : est-ce que dans mon métier de chanteur je suis vrai, est-ce que je ne suis pas un poil extérieur à moi ? J'ai joué avec mon vrai nom et mon faux nom. Parfois, je me dis "Là, tu fais ton Murat." Avec le film et la tournée, ça a empiré. Je me suis rendu compte que ce n'était pas de la rigolade, que ça se payait même très cher. Un troisième homme, un type moral, qui osait se poser le problème du mensonge, est venu s'intercaler entre Bergheaud - sa revanche sociale, son souci de réussite - et Murat - son problème d'image et de crédibilité. Mais ce problème moral, je n'ai pas voulu le prendre à bras-le-corps...

Une semaine après le concert de Lyon, ma vie privée, sentimentale, a complètement basculé. C'était nécessaire, mais je croyais avoir plus de ressources. Depuis, j'ai tenu une chronique de ce que j'ai vécu. Instinctivement, j'ai appelé cela "les jours sévères". La vie est sévère avec moi. Elle me redresse, peut-être. J'ai énormément perdu. J'étais couvert d'affection, d'amour, je pensais que ça durerait toujours, ça s'est arrêté d'un coup. Je n'écrivais que pour une seule personne, pour la séduire. J'ai toujours eu 10 ans d'âge mental lorsque je finissais une chanson et que je la lui soumettais. Maintenant que cette personne n'est plus présente, je ne sais plus pour qui écrire des chansons. Normalement, je rentre en studio en avril, je n'ai rien écrit. C'est la première fois que je reste sec aussi longtemps. Je m'emmerde, je pleurniche, je vais au restau, au cinoche, je bouquine. Un jour, je me dis que je vais déménager, ou que je vais m'installer en Afrique du Sud, ou devenir paysan, ou acheter un deltaplane. Pas un jour je me dis que je vais composer une chanson. "Un coup de latte, un baiser, un coup de latte, un baiser", c'est tout ce que j'ai dans la tête.

Il m'est venu deux idées pour le prochain album. D'abord, que l'excès de vice, c'est l'excès de vertu, kif-kif. Ensuite, que le mensonge est plus douloureux pour celui qui ment que pour celui qui subit. Voilà. de la morale, toujours de la morale. Tout ça, c'est bon pour Sardou.

On ne peut pas se refaire, comme disent les gens. Je n'éprouve pas le besoin de lutter contre mes contradictions. Je rejoins cette idée chez Pouchkine, que j'ai relu ces temps-ci. Il a une virilité, une sexualité, un caractère contradictoire dans lesquels je me reconnais. Il pense par exemple que la baise est rédemptrice, qu'elle assure le salut de l'âme. Que Dieu, c'est le sexe d'une femme. Je suis très guidé par l'instinct sexuel dans mes rencontres. C'est l'un de mes problèmes, cet atavisme barbare, animal. Cette manière de renifler, de lécher. La gloire de l'amour, c'est sûrement la fidélité. Mais l'infidélité m'est toujours apparue comme une vertu et les sacrifices que suppose la fidélité comme une insulte à la Création. Mais une telle pensée, ça se paye. Pouchkine le décrit avec une sincérité et un talent incroyables. Peut-être son époque laissait-elle davantage de chances à de tels caractères. Quand on était jaloux, on pouvait tuer, provoquer en duel. Ou bien fuir, disparaître. Embarquer pour le Tonkin, ou aller faire l'apothicaire à Salt Lake City avec sa mule, c'est quand même devenu difficile, tout est cadenassé... Ça me ferait sûrement du bien d'être armé, de régler des comptes. Je me dis que je ne suis pas fait pour avoir l'âme contemplative, mélancolique, j'aime beaucoup trop la bagarre. Mais aujourd'hui on ne fait plus de duels, on fait de la dépression et il y a encore trop d'inhibition dans l'action chez moi. Je repense à l'agression de Cantona contre ce supporter anglais qui l'insultait. J'ai beau avoir un avis mitigé sur le personnage, je pense que Cantona aurait dû lui fracasser la tronche. Que ça puisse ensuite avoir valeur d'exemple sur les gamins, c'est de la foutaise. Toute cette hypocrisie nous paralyse drôlement. S'il n'y avait que des Cantona, je ne doute pas que la vie soit un enfer. Mais j'ai envie de ce monde-là, de ce Far West d'avant la loi, avant l'arrivée de John Wayne. Etre un type comme Liberty Valance me calmerait pas mal.

 

J'en suis arrivé à me dire qu'on ne chante pas impunément. Voilà sans doute la différence entre le show-business et ce que je peux espérer faire : il y a des chansons qui ne mangent pas de pain et d'autres où l'on jongle avec des poignards - en courant le risque d'en prendre un en plein front. Ça peut faire mal. Et où est le public qui aime ce qui fait mal ? Pendant toute la tournée, c'était criant: quand je chantais La Momie mentalement, où je me traite d'ordure, le public n'appréciait pas. Ça a contribué à me refroidir. Chaque soir, des dizaines de personnes réclamaient en chœur Sentiment nouveau. Pour moi, c'est une chanson gag, l'envers parfait de ce que je voulais faire. Mais c'est ce que les gens attendaient: que je chante "La vie, c'est les vacances" Je ne veux pas faire du Kieslowski à outrance, mais tout est lié: le balladurisme, la popularité d'un type qui ose parler de la grandeur de la France et promet de ne rien changer, et l'état d'esprit dans la chanson ici. J'en ai un peu plein le cul. Parce que le complexe va se renforcer. Si on doit se cantonner à vie à notre rôle de perroquet, à écrire du sous-Warren G, du sous-Morrissey, du sous-Cure, du sous-Stones, quel désespoir... J'ai l'impression d'être dans un bain qui va nous submerger, parce que tout le monde adore ça - se laisser porter. Les maisons de disques, qui forment le microcosme le plus rétrograde du monde artistique, avec un des QI les plus faibles, suivent le mouvement sans broncher. On n'a pas fini de compiler, de jouer la sécurité, de sortir des disques pour la génération Sarkozy-Léotard, pour les quadras. J'ai passé mille fois plus de temps à signer des photos de Podium avec Mylène Farmer qu'à discuter avec des lecteurs des Inrocks. Il me semble pourtant qu'on peut tous - les artistes, les médias, les lecteurs - se sentir investis d'une sorte de responsabilité, pour changer les choses, même insensiblement. Pendant la tournée, avec Silvain Vanot, nous en parlions souvent. Idolâtrer Morrissey, ou je ne sais quel groupe anglais à la mords-moi-le-noeud, on n'a rien contre. Mais nous, Dieu sait qu'on ne nous aide pas... On ne demande pas énormément : un simple glissement, progressif, dans la qualité, dans la différence. Pour éviter que l'actualité soit squattée par l'éternel retour de Sylvie Vartan ou le dixième contrepied d'Etienne Daho. Je n'ai que des questions et ça m'empoisonne la vie. J'ai été déçu par les résultats de Vénus, ma maison de disques a été déconcertée. Moi, je trouve que c'est ce que j'ai fait de mieux. Je crains maintenant de naviguer en pleine illusion, de croire que je suis dans une baise normale, alors qu'en fait je ne serais que dans la masturbation. Avec la tournée, j'ai voulu faire le point, comme un voyageur fait un point géographique.

Quand ça allait vraiment mal, il m'arrivait de rêver que j'étais un œuf. Pas comme un symbole de vie, non. Un œuf mort, de dinosaure, un œuf dur. Au réveil, je me disais : c'est donc ça, l'eau est imbuvable, l'air est irrespirable et les hommes sont des œufs.

Propos recueillis par Richard Robert Photo Renaud Monfourny

 

ET on termine par MUSTANGO: Richard participe au "supplément" "Murat en amérique" à l'occasion de la sortie du disque et signe une belle chronique.  (Ah, tiens, encore Silvain Vanot, associé cette fois à Bashung ou Manset!).

 

La conquête de l'ouest

Ou comment Murat, tout au long de sa discographie, a peu à peu sorti sa musique de sa simple condition de décor, pour en faire finalement sur Mustango un espace vivant, cultivable : son Amérique à lui.

Par Richard Robert

 

Le parcours discographique de Jean-Louis Murat ? Celui d'un trouvère. Des allées et venues de chanteur itinérant, pas franchement fixé - ni sur son art ni sur son sort. D'album en album, Murat donne l'impression de flotter : son ancre chasse. Des disques comme Le Manteau de pluie et Dolorès, où certains l'ont cru sédentarisé, n'ont été finalement que des étapes. Des passages plus sûrs, des gués où il a eu un peu plus pied. Plus tard, on l'a croisé ailleurs, un peu plus avancé, mais toujours pas arrivé. Car la vocation du trouvère n'est pas de trouver - un point d'attache, un toit à soi - mais bien de chercher sans fin, de quêter une étoile inaccessible, de battre infatigablement le pays, jusqu'à s'égarer parfois.
Dans l'arbre généalogique de la chanson française, Murat appartient à une sorte de rameau brisé, ou à une souche séparée dont les rejets disparates pourraient s'appeler Alain Bashung, Dick Annegarn, Gérard Manset, Rodolphe Burger ou Silvain Vanot. Autant de cousins lointains, trop occupés à se dégager des voies personnelles pour s'enclore dans un lieu commun et qui forment comme une diaspora musicale au sein même de l'Hexagone.

S'il est une exception française dans le domaine de la chanson populaire, c'est sans doute à cette cohorte d'exilés de l'intérieur qu'on la doit. Et à cet inconfort particulier que tous ont pu éprouver, dans un pays où les ressources poétiques sont intactes mais où le sous-sol musical s'est irrévocablement appauvri : un pays même pas fichu de sauver son blues à lui, de maintenir ses traditions autrement que dans la gangue sèche et puante du folklore.

Nomades forcés, ces chercheurs d'or sonore, de souffle et d'espace ont, un jour ou l'autre, fatalement lorgné du côté de l'Amérique. Une Amérique non littérale, recomposée, dont ils se sont abstenus de singer les codes. Une Amérique intérieure, même, ralliée en creusant des tunnels imaginaires, dont ils ont voulu atteindre les grandes prairies par des trajets clandestins et les hautes plaines par des défilés tordus. "
Comme des exilés s'en vont d'un pas traînard / Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres ", écrivait Baudelaire dans Réversibilité. Des phrases que Murat reprendra à son compte dans son album Dolorès.

La conquête de son Far West personnel, le Français l'a ainsi engagée bien avant d'enregistrer Mustango entre New York et Tucson. Mais il l'a souvent entreprise de manière plus ambiguë et désordonnée. Pendant longtemps, Murat n'a paru accorder à la musique qu'un simple rôle de support, décor plus ou moins chiadé devant lequel sa voix, ses textes et ses innombrables états d'âme occupaient sans partage les premiers rôles. Dans Cheyenne autumn (89) et Le Manteau de pluie (91), les climats sonores sont ainsi calqués sur la météo intime du bonhomme, les chansons habillées en fonction de sa température interne - basse, en général.

Certaines parties de Cheyenne autumn, avec leurs arrangements synthétiques sous-vitaminés, ont aujourd'hui l'air de vieilles barquettes oubliées au fond du congel new-wave. Plus léché, l'impressionniste Manteau de pluie propose une collection de chansons fumigènes, devant lesquelles se découpe mieux que jamais la gueule d'atmosphère de Murat. Voix déposée au creux de l'oreille, usage lancinant du mid-tempo, songwriting simplissime et à la limite du chichiteux, arsenic mélancolique : le genre de disque à l'écoute duquel on se laisse volontiers engourdir et envoûter, en sachant pertinemment qu'il soulève peu d'enjeux esthétiques.

C'est par la suite que Murat semble réellement placer son identité musicale au premier rang de ses préoccupations. Son problème, alors, est simple : que faire lorsqu'on est chanteur et français, qu'on s'est toujours senti proche de Neil Young, Leonard Cohen, John Lee Hooker ou Bob Dylan et qu'on ne peut plus le cacher ? Se sommant de répondre vite fait à cette question, l'Auvergnat enregistre Vénus (93) en huit jours : traduction française plutôt convaincante du country-rock, l'album entraîne la musique hier frigide de Murat dans les sous-bois et la dénude sans ménagement, esquisse des parallèles entre les chants de la terre américaine et ses complaintes frustes de bougnat boudeur.

A la suite d'une tournée où l'on entend beaucoup couiner la pedal-steel, Murat envisage de chevaucher le Crazy Horse de Neil Young, puis recule, pris par la pétoche : trop tôt, trop évident peut-être.


peinture JLM

Revenu à ses machines et à sa solitude, il monte Dolorès (96). Plus qu'une simple parenthèse dictée par le dépit amoureux, c'est un joli chantier désenchanté où il agrège mieux que jamais la forme musicale et le fond de son âme. Au meilleur de son écriture fille de joie et sœur de chagrin, Murat signe un album qui grogne de plaisir et de douleur, sanguinaire et mielleux comme une saison des amours. La musique, extirpée de l'arrière-plan, est devenue chez lui terreau porteur, cultivable : un enjeu territorial, aiguisant ses appétits de pionnier, son désir de trouver un paradis qui lui ressemble. Mustango n'a donc pas surgi par hasard, mais à un moment où Murat a pu enfin faire son baluchon, traverser l'Atlantique, se mesurer à ses obsessions de façon moins naïve et rassembler tout ce qu'il avait exprimé jusqu'alors sous forme de pièces détachées. L'Amérique n'est plus là pour lui tendre un miroir fidèle, mais pour lui amener des analogies, des complicités, des outils. Ici, la présence de Calexico, Marc Ribot ou Elysian Fields n'est pas innocente : avec ces voyageurs qui aiment à arpenter et habiter chaque recoin de musique, Murat est parvenu à faire de Mustango un champ sonore bien concret autant qu'un espace mental et affectif. C'est un disque à la fois enrichi et aéré où les mots, moins en vedette et moins lourds de sens, se consacrent davantage à une sorte de phrasé ornemental, traits de couleur accordés à la pâte musicale.

Mustango n'est pas forcément l'album définitif de Jean-Louis Murat. Mais c'est certainement celui où il a su le mieux faire le point, où il a semblé enfin y voir plus clair et plus loin : c'est un premier vrai surplomb, d'où il peut enfin mesurer le chemin accompli, embrasser du regard les plaines déjà traversées et entrevoir sans doute quelques-unes de ses prochaines destinations.

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 15 Février 2021

Hello les loulous,

Bon, il commence à y avoir de quoi faire un gros journal muratien. Alors, générique, et on se retrouve à table devant mon prompteur! Il est 20 heures sur votre canal de la TNTJLM... et après je pourrais m'allonger sur mon lit...

Bonsoir!

 

1) Au cas où ça vous a échappé,  que votre daltonisme vous empêche de remarquer  la belle couleur bleue claire du blog, je soutiens le projet "Aura aime Murat".

Nous venons d'atteindre les 50% sur le crowdfunding! Et les 50 contributeurs!  On va y arriver alors inutile d'attendre pour réserver votre disque:  https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat/tabs/backers    Il n'y en aura pas pour tout le monde!

En tête d'affiche, avec Silvain Vanot et Pierre Schott, je suis ravi d'avoir le rare Erik ARNAUD. Sur disque, il avait déjà osé se confronter à  MANSET et à "tous les cris, les sos" de Balavoine, deux très beaux hommages à deux immenses chansons! J'apprécie particulièrement sa version de "vies monotones".

 

 

Dans le casting, nous comptons également sur Chevalrex. IL parle de Jean-Louis Murat dans une interview récente:

https://piste1.com/2021/02/01/interview-%f0%9f%94%a5-chevalrex-mes-chansons-mechappent-toujours-un-peu-je-fais-en-sorte-quelles-gardent-une-forme-de-mystere-pour-moi/

Je pense à une chanson comme “La Tombe de Jim” : on peut lui faire raconter beaucoup de choses. Pour moi, c’est une chanson de deuil et de reconstruction, c’est ce qui m’a guidé dans l’écriture. Mais ça reste très ouvert au niveau du sens. J’ai d’ailleurs eu pas mal de retours de gens qui m’ont écrit des choses très touchantes à son sujet. J’ai l’impression que le prénom “Jim” invite à pas mal de projections. Moi-même, je n’ai pas exactement tranché sur qui est ce Jim, et à vrai dire ça ne m’intéresse pas tant que ça de savoir. Beaucoup y projettent leur histoire, leur imaginaire, et je trouve ça très bien. Si j’avais décidé que Jim était une personne réellement identifiée, Jim Morrison par exemple, l’imagination suscitée par la chanson serait bloquée aussi net.

Quand on a entendu “La Tombe de Jim” pour la première fois, on a de notre côté pensé à “La Ballade de Jim” de Souchon. Jim serait mort d’amour après son séjour à l’hôpital, et on pourrait alors venir se recueillir sur sa tombe …

C’est ça que je trouve intéressant, que chacun connecte ce prénom à un Jim en particulier. On m’a aussi parlé d’un héros de BD des années 50. Plein d’autres figures “pop”. En l’occurrence j’aime bien Alain Souchon, la “Ballade de Jim”, je l’ai entendu à la radio enfant, mais je ne me suis jamais réellement arrêté dessus. Je n’ai donc pas pensé une seule minute à cette chanson. Je pensais davantage au “Jim” de Jean-Louis Murat, Jim Harrison, je pensais à différentes choses, et ça m’allait bien comme ça.

 

Lui aussi s'est déjà livré à l'exercice de la reprise (Daho, Holden):

2)  Petite brève en passant : Une minute sur France Bleu à l'occasion de son anniversaire.  "un côté rustre, provoc et bougon" mais "capable d'écrire d'excellentes chansons" nous dit-on.

https://www.francebleu.fr/emissions/la-story-du-jour/tout-ce-qu-il-faut-savoir-sur-jean-louis-murat-le-chanteur-de-chamalliere

 

3) On en reste aux clichés, avec les humoristes d'inter... mais l'intérêt si régulier de Tanguy Pastureau commence à être tout-à-fait louche.  Il cite, en une quinzaine de jours, une chanson et un album...

https://www.franceinter.fr/emissions/tanguy-pastureau-maltraite-l-info/tanguy-pastureau-maltraite-l-info-28-janvier-2021

Même moi qui suis habitué à la noirceur, la chanson que je trouve la plus fun au monde c’est "Au Mont Sans Souci" de Jean-Louis Murat (à propos d'un projet de  série télé inspirée par Mylène Farmer)

 https://www.franceinter.fr/emissions/le-billet-de-tanguy-pastureau/le-billet-de-tanguy-pastureau-11-fevrier-2021

Tu le sais, auditeur d’Inter, mon loulou, aujourd’hui sur l’antenne (tiens, expression qui rappelle que je n’ai pas 20 ans), c’est la journée Avoir 20 ans en 2021, et autant moi à 20 ans, je trouvais la vie difficile, j’écoutais l’album Vénus de Jean-Louis Murat en regardant tomber la pluie sur la baie de Saint-Brieuc, j’avais des pensées noires, j’ai été jusqu’à me déguiser en gaufre au sucre afin de me faire dévorer par des goélands, autant avoir 20 ans en 2021, c’est pire, faut être honnête.

 

Ne détestant pas moi-même, à l'occasion, quand ça s'y prête, sans me départir du sérieux qui m'incarne, faire preuve d'humour, même en matière muratienne, je viens de le contacter pour qu'il nous en dise plus.  La baie de St-Brieuc vaut-elle celle de Cabourg? Wait and see...  Le nom de  Pastureau qui signifie Berger ou possesseur de "pâture" l'a-t-il entrainé à écouter le berger de Chamablanc?  

 

4)  Encore 4 points... ne quittez pas, y a du lourd! En attendant une page de publicité:

- Avec Fleur du mal, pas de mal à se faire du bien!  A lire une Chronique du 2e EP des "Fleur du Mal"  (après avoir repris du Jean-Louis Murat sur le premier)   https://addict-culture.com/fleur-du-mal-spleen-ii/   

- Le "tribute Aura aime Murat", parce que Jean-Louis le valons bien! Just do it  :  https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat/tabs/description

- Le blog de Pierrot, le blog qu'il vous faut! Pensez à vous abonner à la newsletter! et à mes internets!

 

5)   Un article nous indique une proximité troublante entre "perce neige" de Murat et un titre des Last shadow puppets. Ce rapprochement me dit quelque chose, ça avait peut-être déjà été remarqué, mais je n'ai pas retrouvé de lien. Il faut rappeler que ce groupe anglais a justement enregistré le disque en France (studio blackbox, fréquenté par Matt Low) et que Gainsbourg et Mélody Nelson est une référence pour eux...

https://lust4live.fr/jean-louis-murat-the-last-shadow-puppets-le-choc-des-titans
extrait:  Nous sommes en 1996 et Jean Louis Murat est au firmament de sa production. Pour preuve ce somptueux sixième album “Dolorès” et une collection de chansons à faire bramer un bucheron en rut. “Fort Alamo” (après “Cheyenne Autumn, l’ami Jean Louis poursuit son évocation de cinéphile…), “Le Train Bleu”, “Le môme éternel” et plus particulièrement ce mystérieux “Perce- neige” sur lequel je vais m’attarder. “Dolorès”, la bien-nommée, est la chapelle où s’abritent les prières d’un amoureux solitaire. A l’écoute répétée de cet opus d’une beauté vertigineuse, la messe est prononcée. Ses poèmes s’inscrivent sinueusement dans notre cortex et les mélodies s’y développent comme autant d’aveux et de désirs. “Perce-neige” est l’incarnation parfaite de ce que l’artiste auvergnat souhaite promulguer en variété française. A savoir une exigence totale. La porte s’entrouvre sur un vocabulaire/ bestiaire faisant la part belle à l’imaginaire et les ballades semblent d’un tout autre temps. Ritournelle insidieuse et aveu d’échec. Clavecin tempéré sur des passions trempées. Murat traite de la séparation à maux cachés mais nous montre la voie. Ainsi, son album concept hurle à chaque morceau la déception d’avoir quitté l’être adoré. Et tutoie des sommets.

 

6)  Est-ce le point 5, mais il semble que Jean-Louis Murat fait la gueule...

https://www.instagram.com/vittoriominighetti/

Mais ce n'est qu'un dessin...   On attend de ses nouvelles!

 

7) Voici venue de Belgique, après celles des Dory4 et de Fred Signac qui attendait Murat, une nouvelle chanson autour de Jean-Louis Murat... Bora Boris s'amuse avec le répertoire :

 

 

8)  Avec un peu de retard, la chronique de Baptiste Vignol sur Baby Love DC est à lire sur son blog et c'est très sobrement intitulé "LA VOIX DU SEIGNEUR". Alors prions saint-amant.

http://delafenetredenhaut.blogspot.com/2020/12/la-voix-du-seigneur.html

Extrait:  Murat est un type qui se donne, s'offre, sans compter.

     La voix de Jean-Louis Murat, elle, suggère la beauté sensuelle des brumes qui trainent en fumées sur les tourbières du Cézallier. D'une clarté mauve, animale, qui semble tomber des étoiles, elle tamise le fond de nos vies.

 

9) Et puisque l'on parle du pays,   il semble que Jean-Louis Murat inspire... si bien qu'au dessus du lac de Servières, sur la colline, on pense à ajouter les lettres : Hollywood!   En effet, deux clips viennent de s'y tourner:

- Matt Low:    La ruée vers l’or de Matt Low sort le 5 mars 2021 chez Microcultures / Kuroneko.

- Belfour:   le groupe qui a joué plusieurs premières parties pour Cantat  sont eux aussi des régionaux de l'étape!! Le clip  est sélectionné pour le Festival du court métrage de Clermont Fd.  https://www.facebook.com/belfourofficiel/

On me dit dans l'oreillette que, cher Matthieu, ce n'est pas la peine d'attendre Aure Atika, elle ne vient plus sur ces berges, elles sont à vous. 

Aure Atika, vous l'aviez?  En été, elle était.

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #Baby Love, #2021 Aura aime Murat

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Publié le 9 Février 2021

(bon, vous aurez noté la référence à Toy Story, un des films de coeur de JLM)...hein? non, il n'y en a pas d'autres...).

Après cette petite ballade introductive, passant par Pessade, Courbanges, Clermont....Revenons autrement sur ce projet de tribute "Au-RA aime MURAT"... 

 

1) HUMOUR

AUvergne-Rhône-Alpes existe depuis 2015 et  cette année 2021 sera l'occasion de renouveler les édiles d'AURA, nos oracles d'un avenir prospère et toujours plein de neige en hiver... En causons-nous pour ça? Non, pas vraiment, même si j'ai pour la démocratie un vieux reste d'attachement coupable.

En six ans,  alors, bien-sûr, nous eûmes des orages... Ça avait mal débuté: Un chanteur auvergnat, en été 2014 à Villeurbanne (Rhône) devant 1500 personnes,  cherchait des noises : "nous sommes les auvergnats de Clermont, votre prochaine capital! Vous irez chercher votre carte grise à Clermont!!".  Et ensuite, épisode: "quand il y a un Auvergnat, ça va, mais quand il y en a plusieurs", vous connaissez le truc, adieu; veaux (qui?), vaches, cochons (hors du feu),  et je  ne vous dis pas les Drômois (private joke à la famille, qui ne la lira pas, c'est vous dire comme c'est private)... 

Mais, bon,  nous avions l'expérience acquise avec les Stéphanois, nous avons donc réussi à gérer, et j'avoue que...  je me sens chez moi dans cette région!   Bon, c'est fou que l'allier soit si loin mais ne lui ôtons pas que le département s'élève jusqu'à 1287 mètres, alors: il est des nôtres!, il a sa montagne comme les autres!, avec même un bout de Combrailles, et même le St-Pourçain qui peut faire la fête avec le vin de Ripaille du 7-4, un Viognier du 0-7, une Clairette du 2-6, et un Gamay du 6-9 ou un côte roannaise du 4-2 entre autres.  Alors, évidemment,  certains persistent à répandre l'idée que c'est les auvergnats qui ont appris à faire le fromage aux savoyards, ou à prendre les Hauts-Savoyards pour des suisses (et en tant que dauphinois d'adoption, j'avoue que les savoyards... mais passons), mais le temps fait son effet. We are family! I I got all my salers with me; W.A.F, Get up Auralpines and sing!

Personnellement, j'ai même parfois l'impression de vivre dans le 6/3... en observant la vie musicale passée et présente de la cité jaune et bleue... et noire,   et parce que je m'ennuie beaucoup (running gag éculé du blog: ici ou là). Et forcement à cause de ce que j'écoute un peu le Jean-Louis Murat.

2)LES LIEUX

Dès ses premiers disques, "rue montlozier",  les légendes personnelles "Ameyrigot"-"Murat", "la montagne est pleine de biches et de gibiers peureux", de la faune et de la flore... et Manille... Toute une géographie, tout est là, et de la carte, on glisse le doigt au détour d'une courbe sur  le corps de la femme, souvent aqueux (si j'ose m'exprimer ainsi), comme un ruisseau, une source, une fontaine... "Quand on me demande des explications sur les textes, la clef est souvent sexuel".

j'envie tes yeux brillants
comme du cassis mouillé
je souffre dans les trous d'air
de ta tanière profonde
ton os souffle une haleine chaude

Cette femme -attention cliché-  qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre, l'ancrage revendiqué de la fidélité, dans l'ancrage du territoire. 

Allez, continuons le fil discographique à travers ce biais (réducteur) des lieux de la téci auvergno-rhône-alpine:

On a beau partir à Cabourg, souvenir vécu, et à Durango, souvenir rêvé, ensuite,  on se  retrouve  au col de la croix morand, et Rio est invité à Ceyrat...

pour ce monde oublié
ce royaume enneigé
j'éprouve un sentiment profond
un sentiment si lourd
qu'il m'enterre mon amour
et je te garderai


quand montent des vallées
les animaux brisés
par le désir transhumant
je te prie de sauver
mon âme de berger
je suis innocent

Sentiment lourd qui ne le quitte pas :

je pense à l'inconvénient d'être né quelque part
entre Tuilière et Sanadoire

Et Pessade sonne comme une Saudade.

Du  Roc de Cuzeau, il attend sa dame... mais elle ne viendra pas:

ça fait des mois que je souffre
tu rejettes la montagne
comprends-moi
je suis montagne
.... oh ! vois j'ai dans les yeux
le bleu de l'eau des montagnes
dans ma voix
l'accent des gens de montagne
....  malheureux ça c'est montagne
tu préfères ta limagne   

Murat s'identifie à son paysage - jusqu'à dans ses yeux où coule la source, célébrée  par une de ses inspirations Elisée Reclus-,  et ne peut y renoncer... (30 ans après, pour  "la princess of the cool", idem?)

Alors de la Godivelle à Compains,

On me jure que c'est sortilège.

... Rien n'est important, j'écris des chansons

Comme  on purgerait des vipères.

Au diable mes rêves de paysan,

Je ne veux plus que cesse la neige.

Cette phrase iconique  "j'écris des chansons comme on purgerait des vipères" ressassée par les journalistes est généralement amputé de son ancrage géographique,  haut plateau, neige et rêve de paysan. 

Une excursion ferroviaire, entre Lyon et Genève, n'apaise pas sa peine du moment et quand il se souvient des moments d'amour, leurs décors sont les champs de son enfance Vendeix (évoqué ailleurs avec Chamablanc).

Nous voilà de passage aux Etats-Unis (Mustango, vous suivez?):  Malgré New-York,  le titre Phare de l'album  éclaire sa région : dans ce texte à trous, à crevasses,  "J'habite aux longes", dent de la rancune de Chaudefour,  et séjour à Tignes-Val d'Isère (Daille, Funival, piste Oreiller killy), et Chamonix ... et pour la première fois, la Haute-Savoie apparaît comme une terre bien menaçante... 

Les autres directions sont interdites: Mezenc, Mustang et il y a un embouteillage au Cannet,  et à l'ouest, il y a un stop à Aygurande (quelques minutes après avoir franchi la frontière de la région).  Dans ce cas, et face aux horreurs de Belgrade, autant se replonger encore dans les doux souvenirs, cette fois, dans le parc à la Bourboule, le Mont sans Souci justement.

"maintenant que je suis un grand garçon, et je me rends compte de ça, cette ombre, cette température,  cette couleur, tout, c'est comme si j'étais à l'intérieur de moi. Je pourrais mourir ici, par exemple, je serais entouré ce qui est essentiel  (Radio nova, 2018) il raconte son souvenir du "mont sans souci, avec une monitrice, sous un séquoia,  magnifique promenade au pays. Il y raconte également comme il a eu un coup de foudre pour le lieu à Douharesse.

Quelques temps plus tard, l'amour est au présent (non, il ne se conjugue pas) même si le doute s'immisce.

direction Vendeix
quand la petite chose
m'a murmuré
mon amour est-il dans son quartier de lune...
La vie en plein air
il n'y a que ça
j'allais au Servière
me rafraîchir le moi

tiens, v'là Vaison la Romaine! Peut-être était-ce en rentrant de Rome?

Si le présent est heureux, alors cette fois, c'est l'enfance qui semble triste (divorce parentale?):  il y a de la neige dans le pré  nommé Veillis, à Vendeix, et l'enfant construit un tremplin pour la  luge :

...en bas claquent Les Portes du Pénitencier
mais bon dieu bon dieu elle va pas tout gâcher...

comment faire entre eux et eux, eux et nous
se faire un tremplin pour partir n'importe où


Dans LILITH se délite les références... à part:

Alors mon esprit prend par Lusclade... La Compissade
entre Rocher de l'aigle et Eau salée     (au dessus de la Bourboule)
Va reste sage n'attise pas
Cendres du passé,      
mais quel est donc ce voleur de rhubarbe?   (lui-même? son ami le Gaulois? le braconneur/pêcheur du Vendeix?)

 

 
A Bird, l'oiseau de Californie se pose sur la poire, mais aussi au Sancy:
 
Si je t'attends,   ... Tour Eiffel,...  A Babylone,...  Pont de Sèvres
si  je t'attends, A Brooklyn,  Sur un fil…
Si je t'attends, Au Sancy, Sur le fil…
 
Elle finit par  arriver:
 
Bonjour moi, c'est Jean-Louis, Sont-ce vos parents ? Où est le Mont-Dore ?...
Aussitôt de toutes mes fontaines A coulé de l'or
Un bal à Champeix Un bal à Herment Puis bal à Giat
 

Du "Jardin", l'auteur Bergheaud contemple son territoire, rêvant de fille d'or, ou ressassant une idée noire:

Hier aux Essarts, m'ont dit les Vallebeleix...
Hier aux Essarts, la belle s'est levée
Dans le brouillard qui noyait la vallée
Fille d'or sur le chemin...
Chaque saison, chaque jour au lever
Près du ruisseau, au fond de la vallée

Sancy...Place Gaillard... Allant Pessade Courbanges à pied, je marchais pourtant sans répit
La p'tite idée derrière la tête m'aura suivi
Murmurant "saut de la pucelle"   
   
(alias la dent du Marais surplombant le lac du chambon, propice à une envolée définitive).

 

Décollage vers Moscou, les États-Unis, et c'est dans les mots de Béranger que Murat replonge dans la description du monde de peu, de la ruralité, complétés d'un  calendrier amoureux au bon sens paysan.

Malgré un voyage à Taormina,  caillou, le chemin des poneys, embrasse moi paysage nous évoquent la vue de sa fenêtre  sans données gps (à part Dernier nuage Aperçu sur l 'Aiguiller Derniers feux, "Dernière étoile,  S'enfuyant vers le Fohet"),   mais Gengis, c'est lui, et il avoue, il n'est pas d'ici: il est "né à Valparaiso".

             Le puy de l'aiguillier

En suivant le Cours, malgré un voyage à Nashville,  les dames auvergnates s'invitent: toujours Margot, Madame D (Ginette Ramade), la Lady of Orcival et même la compagne dont il a envie de faire son quatre heures... Il erre bien pourtant, mais en chantant. 

Grand Lièvre: Murat nous donne rendez-vous avec des fantômes: son papa malade, des soldats de la grande guerre passant par Le Puy, La Loire, et l'ami Alexandra... De quoi  vouloir se perdre un peu de vue... mais sa géographie le rattrape:

Voilà monde moderne
Et son cul plein de boue
Accusant la montagne
D’être obstacle à la joie.. il faut vendre les près

et Haut-Arverne  est" un hommage mélancolique au terroir de l’auteur" nous dit le dossier de presse.

Toboggan:     Il neige     Déjà nos roches recouvertes     [Tuilière et Sanadoire]

Fin et aboutissement de la période marquée par la "transmission": Babel, et avalanches de lieux:

La beauté,  Derrière la Banne au Fohet,  dans la direction du Crest,  Rivière d'or Saint-Léger,  Le brouillard s'est levé déjà il noie les Grands Moulins,   Quand nous partions l'hiver pour notre sabbat aux Veillis,  Le Sioulot le Vendeix les vergnes quelques ennemis allemands,  Dans le Mont-Dore la fille court, court dans la rue Ramond,    Toute mouillée l'aube est levée il gronde au Chavanon,  Mujade ribe vers la Védrine,  Le jour se lève sur Chamablanc,  C'matin Bozat est encore blanc, Le foin coupé vers le Vendeix,  Il a pris par la Dordogne-Il pleuvait sur le Guéry-Neige et pluie au Sancy,  On a retrouvé les corps, Laure Sur la route du Mont Dore, col de Diane,  Une fille et un garçon s'embrassaient au bal au Chambon-Je n'ai jamais, jamais jamais su leur nom-Les deux s'embrassaient au Chambon,   Le maquis tenait Bozat-Tenait le château des Croizats,  Quand tant de rancune fait La dent, dent, dent- Enfants mis au chagrin des grands,  Chagrin de violette Au parquet salon Creusé dedans ma chair Jusqu'à Clermont...

Les enfants dorment c'est l'été

Dans le pays où je suis né

Là-haut surveille un Jean-le-Blanc

Le vieux ruisseau part en chantant

A la recherche de rien vraiment

Symbole de cette transmission, une chanson avec ses enfants pour conclure : 

Gare de Clermont retard compris nous attendons le bus qui doit nous conduire au Sancy   Vers La Bourboule, enfin les environs c'est là-haut que nous d'vons passer not'première nuit, Camping à la ferme.

 

Le disque de deuil?    A Paris...  Morituri n'épargne pas le Sancy:  

ils sont tous mourus:  Dans le purin qu'il devrait épandre aux Veillis,  le gars de Bagnols,   Le garde chasse qui s'est pendu   Vers Chambourguet

Et  même si Bergheaud fait le tour du monde, c'est à partir de la cuisine:

Corée du Nord,  Bengladesh,  Açores, Danemark, Tahiti, Epsom, concert Mayol, Dantzig, Aux Dardanelles, à Mayerling, Sarajevo, Bengale, yvetot, Arkhangelsk... et tout de même, le plateau de :

 Charlanne, déjà la grippe bleue

Sont-ce bien là   Raisons ma mie     Pour chialer dans la cuisine

C'est déjà une bonne raison d'avoir le cafard, et pour Murat, d'autant plus si l'esprit vagabonde jusqu'en Haute-Savoie:

Mon regard d'un noir
Regard meurtrier
En Haute-Savoie
Face caméra
Coupez
  
           

(d'autres lieux sont évoqués: Roissy, Angers, l'Etna, Bréhat...ne fâchons pas nos suisses)

Heureusement, il reste encore la nature:

vers Fontsalade...    

Et moi nature    Je reste fidèle     À ton amour

Murat se réinvente et se met en travaux sur la N89...    Dans son Puzzle, il  convoque tout de même Montluçon, Veyre-Monton et sa vierge à la con, le château de Cordes à Orcival, deux stations de métro parisiens... et  Besse: 

Il a quitté tôt Besse à l'heure de la messe il s'en va dans le hasard pourtant la neige est là.

 

Il francese le transporte dans d'autres jean-Louis,  mais le Ciné Vox de la Bourboule est là, et Margot aussi.

Ce qu'il voit par la fenêtre ou lors de ses courses ou sorties vélo, il l'avoue ensuite:

Entomologiste banal  Je vois l'un dévorer l'autre- Accordéoniste brutal Je leur lance une galoche- Autant en faire quelque chose Plutôt que rien... Le nom du papillon noir Autant en faire quelque chose- Du champ de neige tout ruisselle J'y plonge mon regard -La chose est sottise nostalgique Ressemble à un entonnoir S'élance la couleuvre chimérique Elle traverse mon regard Autant en faire quelque chose Plutôt que rien.

 

Rupture sentimentale. Cela peut pousser vers l'imaginaire: Xanadu, Balbec, mais rien à faire "on est encore à La Bourboule"... et"Montboudif" est convoqué pour la sonorité,  et la source de la loue, la barre des Ecrins orangée au matin,  comme décors d'un amour naissant.

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3)BLABLA sans plan:  DU LOCAL A L'INTIME

Le travail a été laborieux et l'est s'est doute à la lecture, mais j'ai aimé me replonger pour une fois dans les textes nus. Bien sûr, je voulais mettre en évidence l'ancrage territorial. Ce n'est pas nouveau certes : les sites de fans reprennent ses lieux depuis Dolores et Murat en a parfois exprimé sa fierté : sanadoire.com (des 6 ou 7 sites qui existaient à l'époque de Mustango, le seul site encore visible de nos jours, avec Le Lien Défait qui a également sa carte). (cela nécessitait une mise à jour que je publie ci-dessous).

Murat se glisse dans le paysage, et en retour, nous le projette dans le monde:

"Murat est un juste,
ses chansons ont
la beauté minérale,
la splendeur éteinte
des volcans endormis de son pays."

Serge Kagansky

Alors, bien-sûr, l'étiquette de l'auvergnat, du chanteur régional va lui être accolé. Le projet "AuRA aime Murat" contribuerait-il à le cantonner à ce cadre ? Ce n’est pas notre intention.


 

En 1996, Lolo Boyer part dans l'hiver auvergnat rencontrer Murat du haut du Sancy au cave de St-Nectaire, sans oublier  la Lady of Orcival. Avant de descendre les pistes, il répond:

"j'ai la crainte de passer pour un chanteur régional, et strictement français. Je trouve qu'un véritable artiste se doit de trouver des points d'appuis dans d'autres cultures... Les références locales? oui, c'est la volonté d'être universel, de parler du monde entièrement, bien parler de chez soi, des quelques hectares qui t'entourent, c'est parler de la terre entière" .

En 2002, aux inrocks, après avoir indiqué que le retour en Auvergne était un choix économique:

 

La référence à Springsteen a souvent été donnée : 

 

« Mais on ne fait pas chier Springsteen avec le New Jersey ou Calexico avec l’Arizona ! C’est ahurissant quand même ! C’est comme si Springsteen était de la Nièvre et qu’il faisait des chansons sur la Nièvre. On dirait quoi. Ce que j’aime dans la culture américaine, c’est l’utilisation des lieux et des origines. En Amérique, parler de ton pays n’est pas du tout un problème. Si tu fais une chanson sur Toronto, personne n’y fera attention. En France, si tu écris une chanson sur Vénissieux, t’es mal. Tu parles de Vénissieux en interview pendant dix ans. Et moi, c’est un peu mon cas. Je suis Auvergnat, je n’y peux rien. Il y en a qui sont du Nord Michigan. Et alors ? J’en profite pour le dire franchement, une bonne fois pour toutes : “L’Auvergne, je m’en fous complètement”. (magic 99)


 

On est comme toujours avec Murat dans la complexité (« à chaque moment, on pense toujours des choses différentes, on en choisit une, mais on est toujours agité par des sentiments, des réflexions contradictoires », sentiments associés à une volonté farouche de conserver sa liberté, en opposition à une «sincérité» de façade). Au moment de Babel, il a pu rejeter le caractère et le terme "ethnocentré", tout en disant ailleurs qu'il chantait l''Auvergne" ou se réclamer "chanteur AOC".

En 2018, encore au micro de Mme Sfez, êtes-vous à la dérive, Jean-Louis Murat?

"Non, j'ai un gouvernail". "J'ai un nomadisme organisé".... et "je voyage entre les identités du vrai Murat et quelques autres, les époques". Pourtant, on vous présente toujours comme le chanteur du terroir, reclus dans son Auvergne... "c'est des conneries tout ça, ce n'est parce que je chante ce qui est autour de moi que... je suis là euheuh... (il reprend:) L'enfer d'être de quelque part, dans mon fort intérieur,  je ne me sens pas du tout d'ici".


 

Ce n’est donc pas forcement un choix, mais voilà, au dedans de lui, et devant, il y a ce cadre… qu’il peint... et cet ancrage donne une force considérable à son discours, si bien que Jean-Louis pourrait chanter les misères causés à Emile par les rats taupiers que ça serait encore plus émouvant qu'un village englouti par un lac chanté par un ménestrel de Versailles. Il a conduit tant de monde à faire le voyage, doit-on dire le pèlerinage sur les terres muratiennes, inspiré des livres, des émissions, que bien sûr, on touche bien à l'universel.... [je crois même que Matthieu avait choisi Clermont attiré par les filets poétiques de JL Bergheaud],

Il est quand même bien aidé par les caractéristiques de sa région, et les forces qui s'y exercent. Le discours poétique de Murat tient donc du naturel, du naturaliste et du SURNATUREL (approché via sa grand-mère. A Laure Adler, il parle d'ancrage "non pas seulement dans une réalité strictement auvergnate, c'est un sorte de monde disparu où l'on pouvait croire à un monde qui nous dépasse", "je me sens surinvesti de la responsabilité par rapport  à tous les ancêtres", de la transmission de ce monde-là. Sa région est donc aussi fantasmée, rêvée, ou hantée des souvenirs d'enfance... Et habitée de ses représentations sur un monde qui change. Ainsi, chanter les ronds-points des gilets jaunes était aussi pour lui chanter les lieux de mémoire de ce monde qui disparaît.


Son œuvre incite au dépassement de soi et des petites idées d’apparence du monde pour nous aider à comprendre ce qui est structurel, ce qui relie les espaces et les temps des sociétés. C’est en Auvergne, c’est en Poitou, c’est partout et tout le temps à la fois. Personne n’avait jamais écrit une telle géographie musicale…Il y a du plaisir pour longtemps.               (Samuel, maître de conférence en géographie, correspondance privée.. avec moi)

Ce caractère universel fait que les chansons de Murat peuvent aussi vivre leur vie à côté de leur interprète. On veut le démontrer !   Murat ne serait pas une influence de tant d'artistes si ce n'était pas le cas,  mais pour des artistes vivant aussi "en région", c'est forcement aussi un modèle, et forcement, ses textes peuvent aussi les toucher de manière plus intime... Jean-Louis ne chante pas les embruns, et les bateaux échoués, que l'on croise rarement en AuRA, ni les plaines céréalières du Berry mais les montagnes, les petites exploitations, un pays de lieux-dits...    Enfin, il montre qu'on peut mener sa carrière en affirmant son identité, certes multiple, changeante, en ne pliant pas le genou devant Paris.

 

. #Aimonslesartistesdeleurvivant!

@auraaimeMurat

soutenez-le projet :   https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat

 

4)LES CARTES

Bon, à part ça (qu’est-ce qui m’a pris de partir sur un truc aussi ambitieux), au départ, très terre à terre, je voulais juste vous dire que Jean-Louis a chanté tout notre territoire AuRA, d'un bout à l'autre... et curieusement, ses zones frontières: à l’ouest, puisque c’est là où son regard se porte plus facilement de chez lui, là où sonne l'orage… ou à l’est, là où le cafard rode mais aussi l’amour (la barre des écrins)... Il n'aura pas expressément chanté Lyon (malgré des Monts d'or?, et "Comme Rhône à la Saône Tu te mêles à moi) mais c'est aussi la ville de la famille, de Jocelyne. Alors, voyons ça en carte (cliquez dessus pour agrandir)… Du plus grand au plus petit :

 

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

Quel est ton rapport à la géographie, aux lieux où tu vis, d'où tu viens ? (Chronic'art 2002)

Les paysages sur lesquels on ouvre les yeux, quels qu'ils soient, laissent une marque indélébile. Quand je vois les paysages d'Auvergne, je retourne en enfance, je retrouve mes racines. Mais les paysages sont aussi importants quand ils te manquent. J'aime bien voyager, bouger, jusqu'à ce que ces paysages me manquent, jusqu'à ce que j'en rêve. Ensuite, lorsque je retourne chez moi, la première heure, je regarde tout, et puis je me réhabitue. Après, je suis à nouveau obligé de me désintoxiquer de ce qui me paraît naturel, et je repars... Mais on n'échappe pas aux paysages de son enfance. J'habite dans la montagne, en Auvergne, et j'ai été élevé dans une ferme au milieu des animaux, des fleurs, etc. Les animaux, les fleurs, les arbres, les nuages, l'eau, la neige, c'est mon quotidien. Et mes voisins sont des paysans, avec qui on ne parle que de ça : si l'orage est passé, s'il a neigé, si les frênes poussent, s'il y a des perces neiges cette année…

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!

1-Roches Tuilière et Sanadoire

2- puy de l'aiguillier (accueille-moi paysage)

3-L'ouire est blanc (peu me chaut)

4-Ruisseau de Fontsalade (le chant du coucou)

5-Guery (Neige et pluie au Sancy)

6-La Compissade (moulin de) (le voleur de rhubarbe)

7-Lusclade (le voleur de rhubarbe)

8- Les vergnes (les ronces)

9- Eau salée (le voleur de rhubarbe)

10- Fohet (j'ai fréquenté la beauté et "accueille moi paysage"

11-Charlannes(plateau) (la pharmacienne d'Yvetot)

12- Rocher de l'aigle (le voleur de rhubarbe)

13-Les grands moulins (les ronces)

14-Chambourguet (tous mourus)

15-Vendeix (multiples citations)

16-Roche Vendeix... (le ruisseau Vendeix 17 coule au dessus puis en direction de la Bourboule)

18- Veillis (le tremplin) pré sous la Roche Vendeix et depuis gagné par la végétation

19-Bozat (montagne de) (noyage au Chambon)

20-Chamablanc

21-Village des LONGES (Nu sous la crevasse)

22-Roc de Cuzeau (le matelot)

23- Dent de la rancune (nu dans la crevasse,  "chagrin violette")

24-Courbanges (la petite idée derrière la tête

25-Chambon (lac) noyade au Chambon

26- Saut de la pucelle (dent du marais) (la petite idée derrière la tête)

27- Les essarts (cascade)  (filles d'or sur le chemin)

28-Bagnols (tous mourus)

29-Besse (les pensées de Pascal)

 

Merci à https://alainfecourt.wixsite.com/muratextes/

 photos de @surjeanlouismurat.com

 

Commentaires: (Voici ce que Florence m'a adressé en mail après la lecture, je vous le transmets également car j'ai trouvé que c'était nettement mieux écrit que moi,  il est souligné la beauté des NOMS que je n'ai pas abordé, ou juste avec Montboudif, et elle évoque  le moine  François Cassingena-Trévedy  dont on avait parlé ici):

 

Bonsoir Pierrot,

 
Comment ça, "laborieux" ?? Il y a tout ce que j"aime dans ton dernier article ! Des cartes, des pistes et des parcours, des noms de lieu, et puis les mots de Murat... Merci !
C'est beau les textes ancrés. Qui se déploient dans un espace et le rendent sensible au lecteur / auditeur. Imprégnés  de lumières et de couleurs, de climats, de gestes, d'un rapport au monde, hommes, bêtes et paysages, d'un rapport au temps et aux saisons.
C'est beau aussi les noms propres quand ils lestent de tout leur poids ces paysages qu'on nous donne à imaginer, quand ils résonnent de toute leur charge poétique et leur mystère (ou leur comique : Montboudif lui dit plus trop, quelle trouvaille !)
Et puis chez Murat le trait net du paysage s'estompe régulièrement pour nous conduire vers des régions tout intérieures, entre souvenirs et identités rêvées, où le Bartleby de Melville sort de la rue Ramond, Joachim Murat côtoie le ruisseau où l'on se désaltère à deux, la guerre s'invite au Chambon, et Rimbaud dans la chanson du cavalier... Et les cavaliers eux-mêmes un peu partout, mais comment ne pas rêver de grandes chevauchées quand on descend vers Courbanges depuis le puy de l'Angle ou qu'on musarde dans les prés devant le puy de Chambourguet ?
 
(C'est pour cela que les pèlerinages et les visites guidées ne m'ont jamais tentée. Murat comme tous les auteurs que j'adore m'incite davantage à la déambulation rêveuse - humer l'air, partager des sensations plutôt que suivre une piste... Et lorsqu'au hasard de la route je me retrouve aux Grands Moulins ou que je passe devant le puy de la Védrine, c'est comme une heureuse rencontre.  Et quand tout se rejoint, et que soudain la balade résonne de tous ces échos, quelle joie ! Comme quand Angélique dans son restaurant à Brion nous dit qu'il faut qu'on lise François Cassingena-Trévedy parce sans le connaître nous mettons nos pas dans les siens, que plongée dans le livre j'y retrouve Murat avec ses propres itinéraires, et passant du livre au blog toi derrière eux deux !
 
Ouh la, un peu longuette cette parenthèse autobiographique... Je la referme derechef).
 
Bref, pour en revenir à Murat, son oeuvre n'a pas grand-chose à voir avec le régionalisme : c'est large, ça respire, ça ouvre, ça parle à tous. Ton blog, et tous les témoignages d'artistes que tu as recueillis le montrent tellement bien. Ce qu'il touche en chacun, et les chemins divers qu'il inspire, depuis son univers si singulier.
Et si ton beau projet peut permettre de discuter de l'étiquette tellement paresseuse de chanteur du terroir, ce sera une de ses vertus supplémentaires ! Ton article lance toutes les pistes.
 
Merci encore de m'avoir fait voyager ce soir, et pardon pour ce mail un peu long et sans doute bien redondant par rapport à ce que tu as écrit. Mais j'ai la reconnaissance bavarde...
 
Merci Florence!

 

Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l'infini et au delà!
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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat, #vieilleries -archives-disques

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Publié le 2 Février 2021

 

La campagne de crowdfunding est lancée avec Kisskissbankbank le partenaire du porteur Stardust !

Je l'ai découverte hier, et j'ai constaté que Stardust pratiquait des prix très raisonnables pour un futur objet collector CD et VINYLE, avec le port inclus.  N'attendez pas!!!

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/auraaimemurat?fbclid=IwAR0nDS0kXa7tMBa0iTwQJxGTR1vYczfLaVYLWGmU8sIaF3ikghJ32hiM6Dk

Les détails du financement se trouvent sur la page de kisskiss.

"Plus nous dépasserons l'objectif initial de 5500 euros, plus nous pourrons préparer des contreparties substantielles (nombre d'artistes participant, double vinyle envisagé, concert dans une belle salle auvergnate...?, organisation d'une convention spéciale JLM sur 2 jours) On compte sur vous !"

 

POUR 10 EUROS

Pack Numérique :

remerciements sur les réseaux sociaux

album en version numérique

 

POUR 25 EUROS  (envoi inclus)

Pack CD

album en version CD

album en version numérique

remerciements sur les réseaux sociaux

 

POUR 35 EUROS

Pack Vintage

album en version vinyle

album en version numérique

remerciements sur les réseaux sociaux

 

Pack Bonus 40 €

* Un EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* L'album en version CD
* L'album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux

 

Pack Global 70 €

* Remerciements nominatifs dans le livret du CD et du Vinyle
* L'album en version Vinyle
* L'album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* L'album en version numérique
* Un grand merci sur les réseaux sociaux

 

Pack Concert 90 €

*1 place offerte pour le concert spécial
* Remerciements nominatifs dans les livrets CD et Vinyle
* Album en version vinyle
* Album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* Album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux
 

 

Pack Concert Augmenté 110 €

2 places offertes pour le concert spécial
* Remerciements nominatifs dans les livrets CD et Vinyle
* Album en version Vinyle
* Album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* Album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux

 

Pack Artistes 140 €

* CD ou Vinyle dédicacé par 3 artistes participant au projet
* 2 places offertes pour le concert spécial
* Remerciements nominatifs dans les livrets CD et Vinyles
* Album en version Vinyle
* Album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* Album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux

Pack Artistes Augmenté 170 €

* 3 CD des artistes participant au projet offerts
* CD ou Vynile dédicacé par 3 artistes participant au projet
* 2 places offertes pour le concert spécial
* Remerciements nominatifs dans les livrets CD et Vinyle
* Album en version Vinyle
* Album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* Album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux

Pack VIP  220 €

* Accès VIP aux balances du concert le jour du spectacle : arrivée à partir de 17h et rencontre avec les artistes
* 3 CD des artistes participant au projet offerts
* CD ou Vinyle dédicacé par 3 artistes participant au projet
* 2 places offertes pour le concert spécial
* Remerciements nominatifs dans les livrets CD et Vinyles
* Album en version Vinyle
* Album en version CD
* EP bonus de 5 reprises supplémentaires inédites
* Album en version numérique
* Remerciements sur les réseaux sociaux
 

On est parti pour un mois de campagne!  Pour d'autres modes de règlements (chèques, virements...), il est possible de joindre Stardust  https://stardust-acp.com/

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Alors quand même, puisque je vous dis tout, et même que je ne cache rien, à part ce que je ne peux vous dire...  je voulais quand même signaler que toutes mes propositions de contrepartie ont été refusées:  invitations à différents meetings pour la campagne des élections régionales, un livret des meilleurs jeux de mots avec les termes  "AuRA" et Murat,   CD dédicacés par Laurent Wauquiez et Brice Hortefeux,    photos dédicacées  des participants dénudés façon affiche de la tournée de Lilith (il fait trop froid m'a-t-on dit),  Safari photo  sur le  45° 41' 00'' de latitude Nord et 02° 50' 30'' de longitude, à la recherche du lynx français à 6 cordes (1000 euros) et des rats taupiers, .. J'étais prêt à donner l'exemple et offrir  à 1000 euros à une nuit d'amour vec Pierrot dans une froide isba... entièrement consacrée aux caresses des inédits complets de Jean-Louis Murat... 500 alors?  200?    Non plus... Alors, on est resté dans le classique...  

Par contre, j'offre le pack numérique aux 5 meilleurs  selfies  publiables reproduisant la photo ci-dessus!! 

pierrotjlm (at) hotmail.  fr

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #2021 Aura aime Murat

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