Inter-ViOUS ET MURAT- N° 14 : Mathis et Antonin Lasseur

Publié le 7 Janvier 2014



     

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     Malgré l’activité de niche de ce  blog,  je suis quelques fois sollicité par des jeunes artistes (rappelez-vous Jeanne Cherhal, Françoise Hardy, Erik Arnaud, Bertrand Louis) et j’hésite parfois à leur ouvrir la porte... Mais en quelques jours, j’ai reçu deux albums de camarades facebookiens, dont j’avais eu d’ailleurs l’occasion de vous parler. Cette simultanéité d’actu autour de la sortie de leur premier album,   et leur goût commun, certes de Murat, mais aussi de la guitare, et de la musique américaine, m’a poussé à leur proposer une inter-ViOUS ET MURAT- croisée comme celle réalisée avec LE VOYAGE DE NOZ, PORCO ROSSO et  Karl-Alex STEFFEN…

 

 

A votre droite:   MATHIS, lyonnais, Il écume les scènes lyonnaises depuis quelques années, il  nous avait proposé sa reprise de JIM en 2011 déjà.  Il sort « CENTRE VILLE », un album pop-rock « varié » (on en reparlera) non dénué de belles envolées rock.    

 

A votre gauche, Antonin Lasseur.  Il est bien connu des muratiens fidèles sur les réseaux, où il avait déjà partagé quelques-unes de ses reprises de Murat. En janvier 2012,  après avoir  lu ici-même  l’annonce d’une rencontre (brunch musical)  à la bibliothèque de St-Denis autour de Murat,  il n’avait pas hésité à prendre sa guitare pour animer  l’événement.       Antonin sort « Made in Détroit », un album aux couleurs blues tranchant, qu’il a enregistré avec des musiciens américains… et ça déménage… si bien qu’on n’a pas à se poser la question « mais qu’allait-il faire au Michigan ? ».  

 

 Et… et .. j’allais presque oublier de le signaler : ils chantent en français… Et c’est bien-sûr décisif pour moi !  

 

  Bonjour, jeunes hommes! 

- Avant qu'on parle de votre musique, j'aimerais que vous vous présentiez d'abord un peu personnellement...  

 

Antonin: J’ai 24 ans et je suis originaire de l’Oise au nord de Paris. J’ai commencé la musique au conservatoire municipal de Creil à 6 ans, j’y ai appris le piano. Puis j’en ai eu marre des auditions de fin d’année (ratées évidemment !), j’ai migré vers l’école de musique actuelles Divine Mélodie. C’est là que j’ai appris la guitare et rencontré d’autres musiciens avec qui j’ai formé mon premier groupe. Evidemment, on jouait beaucoup de reprises de JLM. A tel point que tout le monde m’appelait « Jean-Louis » dans l’école !

 

Avec ce groupe, j’ai commencé la composition de chanson pour pouvoir participer au tremplin lycéen Picardie Mouv en 2006 auquel on a échoué sur la seconde marche du podium.  

Le groupe s’est séparé après le bac et je suis parti faire mes études d’ingénieurs sur Paris et je n’ai plus joué en groupe jusqu’à l’année dernière avant de partir pour ce stage d’un an aux Etats-Unis, où j’en ai profité pour enregistrer 9 chansons originales qui constituent mon premier album studio que j’ai tout naturellement choisi d’appeler « Made in Detroit ».    

 

 

Mathis: Contrairement à Antonin, je ne suis pas un grand voyageur : né à Lyon il y a 36 ans, j’y vis toujours, et c’est là que j’ai enregistré mon album, qui de plus s’appelle « Centre ville » ! La musique était d’abord très présente dans mon entourage familial : on écoutait toujours la radio, le top 50 à la télévision, ma mère achetait des 45 tours. Je baignais dans une ambiance « variétés françaises », et ça a conditionné mes premiers goûts d’auditeur : Goldman, Berger, puis Eicher, Daran, Bashung un peu plus tard. J’ai commencé la  guitare en autodidacte au lycée avec un pote, histoire de se donner du courage pour déchiffrer les tablatures des MTV Unplugged de Clapton et de Nirvana, albums qu’on écoutait en boucle au milieu des années 90 ! Progressivement, l’envie de monter un groupe s’est fait sentir, et j’ai continué comme ça, dans      une optique de reprises de tubes rock, jusqu’en 2007, en parallèle de mes études. Je me suis mis à écouter progressivement beaucoup de blues, puis Bob Dylan, Neil Young, Springsteen….    

 

A côté de ça, je bossais des chansons « personnelles », en français, un peu dans la tradition de mes références initiales, choses qui n’étaient pas vraiment compatibles avec le répertoire scénique que je développais en groupe au même moment (Beatles, Stones, Led Zeppelin, Radiohead, Pearl Jam…). Après quelques années d’hésitation, et beaucoup de maquettes solitaires, ça a fini par donner la trame de mon 1er album studio, après 12 ans de musique : « Centre ville », enregistré l’hiver dernier.  


   

- Mathis, tu as donc une assez grosse expérience de la scène… des bars… ce qui a d’ailleurs inspiré une chanson de l’album… et tu jouais parfois du Murat également (Tu nous as partagé ta version de « Jim » sur le blog)… Murat, pas un choix évident pour capter l’attention ?  Cela fonctionnait bien ?  


Mathis:  Oui, plus de 120 concerts, dont une bonne moitié en tant que « chanteur de bar », comme je le décris dans une de mes chansons, en effet, accompagné en groupe, mais aussi parfois tout seul à la guitare. C’est dans cette configuration que cela m’arrivait de placer quelques chansons françaises au milieu de mon répertoire anglo-saxon, et je dois bien dire…que cela ne marchait pas du tout ! ..Murat comme le reste. J’en ai de fait très peu interprété, je reprenais quand même pour me faire plaisir « Jim » donc, mais aussi « les jours du Jaguar » alors que le public de café-concert venait surtout pour écouter des trucs festifs on me demandait « femme libérée » par exemple….un autre monde, de l’animation en fait. Pas vraiment de la musique. C’est aussi pour ça que j’ai eu envie d’arrêter et que je me suis consacré à un projet plus « artistique », afin de changer de catégorie et de jouer dans des lieux où les gens viennent volontairement écouter de la musique.








- J’entendais encore ce week-end, c’est un classique, une artiste raconter que c’était une formation unique, de jouer dans les bars… Pour en revenir au « jaguar », Antonin, c’est aussi le surnom que tu t’étais choisi dans la « murosphère »… et tu avais partagé aussi une ou deux reprises (« qu’est-ce que ça veut dire »  plus récemment)… Est-ce que tu peux nous en dire plus sur ton histoire avec Murat ?  Tu le connais je crois…
 



Antonin:
Un beau jour de 1996, mon père se baladait au Virgin Megastore des Champs (RIP…) et ils y diffusaient une chanson de Dolorès, ça devait être Le train bleu je crois. Mon père a tout de suite été happé et il a commencé à acheter tous ses disques, à aller aux concerts, et à discuter un peu avec lui en after (c’est suite à ça que j’ai eu la chance de le rencontrer). Pour moi à l’époque, Murat, c’était « le chanteur de papa ». Je ne m’y intéressais pas plus que ça même si je me souviens que j’étais fan de « Jim » (comme Mathis !). Puis un jour mon père m’a convaincu d’aller le voir en concert pour la tournée Moujik. Manque de bol, le concert a été annulé pour la raison que l’on connait maintenant…  

Le grand basculement s’est fait avec Lilith. Comme tout le monde, j’ai pris une grosse claque avec Les jours du jaguar (d’où mon pseudo sur le forum). Je me souviens avoir passé des mercredis matins entiers à jouer à la console avec Lilith en boucle à la maison !

C’est à Murat que je dois mon apprentissage de la guitare, de l’harmonica, mais aussi mes découvertes musicales : Ferré, Neil Young, Cohen, Dylan, entres autres. Je ne peux pas en être sûr mais, je pense que sans lui, je n’aurais pas commencé à jouer en groupe et à écrire des chansons.

Bien sûr, j’ai tous les disques, un paquet de bootlegs de concerts et d’inédits grâce à quelques personnes bienfaitrices rencontrées notamment sur le forum. J’ai longtemps été très fanatique mais j’ai aujourd’hui pris un peu de recul par rapport à tout ça. J’ai mis du temps mais j’ai retrouvé un esprit critique et c’est beaucoup mieux comme ça !  

 

Mathis : C’est très touchant ce que tu racontes Antonin : c’est vrai que les rencontres artistiques sont souvent liées à nos entourages, à des souvenirs marquants. Pour ma part, ça ne s’est pourtant pas du tout passé comme ça vis-à-vis de Murat : je ne connaissais pas vraiment, ou du moins pas vraiment bien. Je n’avais que deux références éloignées qui, vers 20 ans ne m’avaient pourtant pas forcé à sauter le pas : un ami de fac qui ne jurait que par « Nu dans la crevasse », le titre m’intriguait, sans plus, et un papier dans Rock’n’folk je crois où Murat disait qu’il aimerait faire avec l’Auvergne ce que Springsteen avait fait dans ses chansons avec le New-jersey : une     sorte de territoire « à la marge » ou pourtant des choses significatives se passent. J’avais trouvé ça séduisant.  

C’est bien plus tard, 5 ou 6 ans après, que je suis tombé par hasard, sur…. « A bird on a Poire » : Antonin, tu disais que Murat t’avais fait remonter à la source du folk et des songwriters américains, moi ce fut le contraire : à force de le voir citer mes références préférées, j’ai fini par m’intéresser au personnage : cette allusion à Léonard Cohen m’a fait acheter…Lilith, presque par hasard, parce que j’avais entendu quelques chansons lentes qui me plaisaient beaucoup. Mais en mettant le cd, grosse claque : «les jours du Jaguar », chanson définitive pour moi aussi.

 

Après, et bien c’est le chemin traditionnel d’un amateur de musique, on se renseigne, on écoute les autres albums, on cherche de l’inédit. Je ne peux pas dire que je suis réellement « fan », j’aime surtout l’époque allant de Mustango à Taormina, puis aussi « Le cours ordinaire des choses » enregistré à Nashville, je crois : bel album, splendide chanson titre. Ce que j’aime surtout, c’est son côté impliqué, le type ne plaisante pas avec la musique, il ne fait pas semblant. Ce côté puriste se retrouve surtout dans ses textes, évidemment. J’aime assez cette sorte d’intégrité, qu’il revendique beaucoup d’ailleurs dans ses interviews.

 

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Mathis: j'écoute de la musique principalement dans ma voiture : le lieu où je peux mettre les disques à fond, où je me concentre sur les arrangements, où je vérifie les mixs de mes maquettes aussi ! ....photo prise dans les rues de Lyon au petit matin, "les jours du Jaguar" à haut volume !

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-  Alain Klingler, chanteur de mes amis sur FB, a aussi une passion, je crois qu’on peut utiliser le terme, pour les « jours du jaguar » : « la chanson la plus belle qui puisse exister, je me la chante tous les jours depuis 11 ans (12 ans ?) ! J'ai l'impression que jamais je n'en percerai le mystère » m'a-t-il écrit un jour !!! 

On passe du coup aux questions rituelles de l’interview… même si on devine certaines réponses :

  • Votre album préféré? Disons vos 2 ou 3 et pourquoi bien-sûr…   

  • Et s'il fallait retenir 3 titres?  … en enlevant le jaguar (hors classe)

  • Un concert en mémoire en particulier, une anecdote de concert  de Murat ? 

  •  Est-ce qu’il y a dans votre répertoire une chanson qui vous évoque Murat, ou dont Murat aurait participé à l’inspiration ?



   

Antonin:
Pour les albums, je dirais Mustango pour l’histoire spéciale de sa confection et puis parce que laprod est fabuleuse. En plus, c’est l’album qui a contribué à révéler le guitare-héro Murat de la période d’après. Ensuite je dirais Le moujik, parce que justement, Murat était galvanisé par son expérience américaine et que pour seulement 12 heures d’enregistrement, le résultat est bluffant ! Et malgré des textes plus « faciles » qu’à l’accoutumée, les chansons sont bonnes et assez entrainantes, c’est un album festif. Et puis enfin, je suis obligé de dire Lilith. Quand on y réfléchit, c’est quand même un triple vinyle, 23 chansons avec très peu de faiblesses et beaucoup de chefs-d’œuvre (Le jaguar,Se mettre aux anges,…)! Ces 3 albums, c’est pour moi l’âge d’or de Murat, un peu comme la période 64-66 pour Dylan avec la trilogie Bringingit all back home, Highway 61 et Blonde on Blonde.  

Pour ce qui est des chansons, Nu dans la crevasse, parce qu’il nous tient en haleine pendant 10 minutes avec son histoire,Qu’est-ce que ça veut dire, parce que c’est probablement la chanson que j’ai le plus écouté et qui m’a le plus ému depuis Les jours du jaguar, et Aimer, parce que c’est une ode à l’amour magnifique de quelqu’un que l’amour vient de trahir.

Evidemment mes premiers concerts m’ont marqué, quand il enflammait la Cigale pour la tournée Lilith et Parfum d’Acacia. Je me souviens d’ailleurs que sur cette tournée, il avait rendu un bref hommage à Nougaro qui venait de nous quitter en glissant un « c’est d’quelle côté la Seine » sur l’intro de Se mettre aux anges je crois bien. J’ai longtemps cherché un enregistrement de ce concert mais en vain.  

Il n’y a aucune de mes chansons directement inspirées par Murat puisque le seul fil conducteur, c’est moi-même. Par contre, ma façon d’écrire et de composer est très « muratienne » puisque j’ai tout appris en écoutant ses chansons. Par exemple, Le poète est, je pense, celle qui     « sonne » le plus Murat. D’ailleurs le dernier couplet m’est venu sur l’autoroute Clermont-Lyon (que tu connais bien Pierrot J) après une visite chez JLM justement.


 

    Muratphoto antoninAntonin, le jaguar...



Mathis :
Sans se concerter, on a exactement la même vision des choses avec Antonin ! Je pense aussi que sa période Mustango-Moujik-Lilith est son sommet. Le parallèle avec la période 1964-1966 de Dylan me semble tout à fait pertinent !

 

Mon album préféré est indiscutablement « Lilith » : il y a une atmosphère sombre, mortifère, une cohérence générale très probante. Réussir cela sur un double album, c’est très fort.

Ensuite, « Mustango », évidemment, qui contient quand même de sublimes chansons. Et laprod, en effet…. Ce que j’aime dans cet album c’est le son assez intemporel : ça sonne juste comme il faut. Enfin, je citerai « Le moujik et sa femme » : ces 3 albums comportent la même puissance évocatrice à mon sens. Je trouve les autres, notamment les 2 derniers beaucoup plus disparates…

En ce qui concerne les chansons…..« Nu dans la crevasse », pour la folie : plus de 10mn, un texte infini, trempé dans du venin, des choristes soul derrière : un vrai tour de force.
« Comme un incendie » : morceau puissant, j’aime le propos sans concession. Je n’ai jamais     compris pourquoi cette chanson, et plus globalement cet album, n’avait pas marché.
« Le contentement de la Lady » : j’adore ces ambiances intimes, comme sur le live Muragostang, ou qu’on retrouve aussi dans d’autres  titres de Lilith : on sent vraiment la sensibilité, sans faux semblants, notamment grâce à sa voix, vraiment mise en valeur dans ce genre de registre.

Sur le plan de la scène, ce sera assez rapide pour ma part, car j’aime assez peu aller voir des concerts, même des artistes que j’adore : au bout d’un moment, j’ai toujours envie de jouer à leur place, c’est très étrange et très frustrant ! je prends rarement du plaisir en tant que spectateur.

 
De fait, je n’ai vu Murat….qu’une fois, au Ninkasi Kao à Lyon il y a 2 ans. J’ai apprécié notamment le guitariste assez doué : on ne parle jamais de ça chez lui, mais il a un vrai feeling, un peu « laid-back » à la JJ Cale, saupoudré d’un petit côté Neil Young, tout ça me séduit beaucoup.  

Sur le plan de l’inspiration, non je ne retrouve pas d’influence directe, si ce n’est dans le traitement de ma dernière vidéo « Ca commence aujourd’hui » enregistrée live en studio, et en noir et blanc, comme le dvd « parfum d’acacia au jardin » par Nick Kent (c’est de l’écriture visuelle on va dire !)4

   

  - Ah, je vous ai soumis un peu à la torture avec ces questions, je pense qu’on peut l’avouer aux lecteurs !

On parlait des concerts… et il y a deux jours, Antonin, tu jouais à Paris… Comment cela s’est passé ? Tu as trouvé les musiciens pour t’accompagner ?      Et puis, puisque Mathis parlait du COURS ORDINAIRE des choses, on va parler de ton album : il m’a fait penser en effet à cet album de Murat… parce que derrière,  il me semble qu’on entend clairement  le « made in » States ! … ce qui nous fait revenir à la première partie de la question sur  la mise en « scène »  de cet album ?

 

Antonin:  Malgré quelques problèmes techniques et un manque de préparation, on va dire que pour un premier concert c’est encourageant. En rentrant de Détroit en mai dernier, je me suis mis à chercher des musiciens pour m’accompagner. Malgré internet et la multiplicité des annonces, c’est très difficile de trouver des musiciens fiables et dont le niveau, la motivation, et la disponibilité correspondent Sans compter qu’il faut aussi que le courant passe ! Et puis tant qu’à faire, j’ai pris quelques potes aussi: il y a Thomas, le guitariste soliste, qui est un peu mon Fred Jimenez à moi (sparingpartner) et puis Raphaël aux claviers. Lui, on est amis depuis la première année de maternelle et on a toujours fait de la musique ensemble.

Pour l’histoire de l’album, il se trouve que je suis parti faire un stage ingénieur d’un an à Détroit. J’avais dans l’idée de revenir avec 2,3 maquettes enregistrées sur place. Il se trouve que pendant cette année d’immersion, je me suis retrouvé à écrire pas mal de chansons et je me suis dit qu’il fallait en profiter pour aller jusqu’au bout et faire un album. J’avais un prof de guitare, Joe Mazzola, autour de qui le projet s’est articulé. Il m’a aidé pour les arrangements et il connaissait un studio pas trop cher avec de bons musiciens (ceux du groupe Wasabidream). A l’origine, je voulais que l’album soit produit par Matthew Smith qui est assez reconnu sur la scène de Détroit. Je l’avais rencontré dans un Record Store et il a été emballé par le projet. Il a fait la première séance d’enregistrement avec nous puis il a été appelé pour accompagner Rodriguez (Sugar man) à la guitare. J’ai donc du continuer sans lui et me débrouiller avec les autres musiciens mais ils ont été supers et je ne regrette absolument pas.

 

Ca sonne effectivement américain mais pas Nashville comme Le cours ordinaire des choses. J’aurais aimé avoir plus d’instruments comme du pedal-steel ou un vrai orgue Hammond B3 mais j’avais des contraintes de coût et de temps. C’est un album réalisé avec une paye de stagiaire mais je pense que j’ai bien réussi mon coup.  


Mathis :
Franchement, j’en profite pour te féliciter, Antonin, pour la qualité et la cohérence sonore de l’album : un vrai disque de puriste, comme j’aime !

Antonin: Effectivement, je vois qu'on partage beaucoup de goûts. J'ai notamment pu voir à travers tes vidéos lives ton goût pour la Telecaster et la Gibson J 45...Et puis ta reprise de Cortez the killer, chanson que j'aime beaucoup.

Mathis: merci ! …mais j’ai remarqué que les guitares sur ton disque sonnaient super bien aussi !




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- Effectivement, ça sonne d’enfer… Très blues (j’ai pensé un peu à Bill Deraime)… alors que toi, Mathis, ton album est peut-être un peu plus pop,  disons pop-rock, avec des inclinaisons sprinsteenniennes. Tu évoquais aussi Eicher plus haut, j’y ai pensé à l’écoute… ainsi qu’à… bon, allons-y… Pascal Obispo par moment dans la voix…  parle –nous de ton album !

Mathis: Oui, mon orientation n’a pas été vraiment la même que celle choisie par Antonin. Disons qu’après 10 années de reprises blues-rock, j’avais aussi un peu envie d’autre chose, même si ces chansons étaient nouvelles. On me cite beaucoup Eicher, Saez même parfois, Obispo, c’est la deuxième fois !

Au risque de faire bondir tes lecteurs, voir Antonin, ou même Murat lui-même, je vais te dire que cette dernière référence ne me gêne pas plus que ça ! D’abord parce que les chansons appartiennent aussi aux auditeurs, et qu’ils pensent ce qu’ils veulent (c’est ce que je pense en tous cas !) et aussi parce qu’au-delà de toutes les critiques qu’on peut éventuellement émettre, faut pas oublier que ces artistes estampillés « Variétés françaises » sont aussi des gens qui connaissent très bien leur métier.
Obispo a par exemple racheté le studio plus XXX dans les années 2000 : ces mecs-là sont des passionnés de musique, même si on peut toujours critiquer certaines facilités.  

Pour en revenir à mon album, je sais qu’il est reçu parfois avec étonnement dans mon entourage, par rapport à mon passé, mais j’assume complètement l’étiquette « chanson » : j’avais envie de confronter mes réflexes de musicien à un univers plus épuré, où le texte prendrait de l’importance. J’avais aussi l’idée de faire intervenir beaucoup de gens : il y a 14 musiciens en tout dans l’album, une dizaine d’instruments différents : ce qu’on appelle au sens strict de la variété, en fait ! Sortant de 10 années de groupes, je voulais organiser ce projet différemment, ce qui produit forcément une impression moins « compacte » qu’une série de chansons enregistrée par les mêmes musiciens. On y perd en unicité mais on y gagne en variations. Ca me semblait approprié à la thématique que je voulais exprimer : un type solitaire au milieu de la grande métropole, ses inquiétudes et ses espérances face à un monde qui le dépasse et qui le nourrit intrinsèquement.

 

   


 -  Un « premier album » en somme… où l’on peut discerner les différentes voies qui te sont ouvertes.   Pour évoquer les textes, est-ce que vous vous voyez  comme des véritables « ACI », ou c’est la musique, et le besoin de passer par des chansons, qui vous a conduit à écrire ? (je ne sais pas si je suis clair).  Pouvez-vous nous en dire plus sur cette partie ?  

 

Mathis: Pendant longtemps, mon rapport à la musique ne passait que par la guitare : j’aimais tout ce qui se rapportait à ça : le blues, mais guitaristique, le rock, mais avec des solistes, etc. Et puis évidemment, progressivement, ça s’est rationnalisé ! Donc au départ, c’est la musique, et plus que ça, l’instrument lui-même. Maintenant que je défends mes propres chansons et plus des reprises, mon rapport à la musique a changé : c’est devenu un ensemble. Récemment dans une interview radio on me demandait si j’étais prêt à m’inscrire à « The voice » pour réussir plus vite (ou pour réussir tout court d’ailleurs !) : spontanément, j’ai dit « non, non » car vraiment, cela me couperait de ce que j’aime le plus : écrire des chansons. L’interprétation est presque devenue secondaire pour moi aujourd’hui. Ce qui me plait le plus désormais, c’est l’élaboration d’un texte et d’une musique qui, associés ensemble pourront transmettre quelque chose, dans le message, comme dans le feeling.
Cette construction particulière me plait vraiment.


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Antonin:
En écoutant Mathis, c’est vrai qu’on pense à Obispo mais j’ai aussi tout de suite pensé à Saez. J’ai été très ému par sa chanson sur le chanteur de bar car je sais bien ce qu’il ressent. Pour moi, il n’y a rien de pire que chanter devant des gens qui n’en ont rien à foutre que tu sois là.

Pour en revenir à ta question Pierrot, textes et musiques sont pour moi des couples indissociables. Je rejoins Ferré là-dessus, je pense que la musique sert la poésie, elle la révèle. Je peux être aussi ému par un solo de Danny Whitten que par un vers de Baudelaire, pourvu qu’il soit chanté.  

Tout ceci vient je pense de la volonté de privilégier la musicalité au sens (oui, ça vous rappelle quelqu’un, je sais !). C’est ce que j’essaie de faire, trouver le bon couple paroles-musique. Mais dans « paroles » il faut y voir en fait « ligne de chant » et « rythme du phrasé ». Ce sont toujours ces deux paramètres qui m’attirent en premier l’oreille avant que je ne me penche sur le sens des mots.

 

 

- Une question sur votre vie d'artiste: comment vous voyez la suite (statut d'intermittence : graal ou pas un objectif pour toi Mathis), si vous vous voyez comme des "jobs à côté" (comme dirait Murat)... 
J'aimerais aussi en savoir plus sur ta gestion de la promo, ton automanagement Mathis... : diffusion du cd, deezer, booking... et Antonin, voir tes perspectives de ce côté là... 

 

 Mathis: Mon ambition est d'essayer de pousser le projet au maximum de ses possibilités : c'est à dire jouer en 1ère partie d'artistes, diffuser ma musique afin qu'elle puisse plaire au plus grand nombre puis aux professionnels.  

Je laisse les choses évoluer et me donne le temps de voir.

J'essaie pour l'instant de gérer ces choses-là pour m'aguerrir à ce milieu, et démontrer ma capacité à faire évoluer les choses à partir de ma "petite structure". C'est pour cette raison que j'ai beaucoup démarché les médias locaux (Lyon et alentours); tout passe par moi pour l'instant (booking, presse, diffusion numérique, etc).



Antonin:
Cela fait 2 mois que mon album est sorti, j’avais pas mal d’illusions et de fierté au début mais j’ai vite remis les pieds sur terre. J’ai compris qu’il faut ne rien attendre de personne et ne compter que sur soi-même. Il y a une maxime de JLM que j’aime me rappeler : « Prévoir le pire pour ne jamais être surpris ! ». Je fais tout tout seul depuis le début de ce projet et je fais ça en parallèle de mon boulot d’ingénieur, ce qui ne me laisse pas tout le temps que je voudrais. Je prends le temps qu’il faut et comme Mathis, je construis ma petite structure pierre par pierre, à mon rythme, pour ne pas en être dégoûté. Mais il ne faut pas se mentir, ce métier n’est pas un métier d’avenir et de toute façon, je sais que la musique que je fais est et restera confidentielle.

J’aimerais trouver un manager car je suis plutôt quelqu’un qui déteste se mettre en avant et qui attend qu’on vienne le chercher. Or, c’est exactement l’inverse qu’il faut faire si on veut se faire connaître. Pour l’instant, je m’occupe moi-même de distribuer l’album. Amis, famille, amis d’amis, le plus dur est de commencer à toucher des gens en dehors de ce cercle. Le problème, c’est que j’ai un peu de mal avec tout ce qui est plateforme de diffusion style iTunes, Deezer. Je suis un peu réfractaire à ce genre de choses mais je changerai peut-être bientôt d’avis.

Mon objectif à court terme est de faire le maximum de concerts, prendre de la bouteille de ce côté-là et avoir une formation stable avec une bonne ambiance pour que tout ça reste un plaisir.

 

- Mathis, une petite question lyonnaise : Tu as joué au Radiant à Caluire, quelques jours après Murat… Qu’est-ce que tu penses de cette nouvelle salle qu’a investie M. Bosch… avec une programmation particulièrement riche… Et bien que tu nous ais dit que tu allais peu aux concerts,  un ami me disait que l’autre soir qu’il y avait pas loin de 8 concerts sur Lyon…  Difficile d’émerger dans ces conditions, non ?

 

Mathis : Le Radiant est (re)devenu une superbe salle en effet, grâce à Victor Bosch, et à toute son équipe, avec la volonté de mettre la musique française en avant. Je crois que son ambition affichée est d’en faire « l’Olympia Lyonnais » . J’ai eu l’occasion d’y jouer en première partie de Laurent Lamarca (artiste que je vous conseille, qui vient de sortir son premier album « Nouvelle fraîche » chez Sony) en Octobre dernier, et j’ai pu savourer la qualité des conditions techniques.
Plus globalement, Lyon reste une ville de taille suffisamment importante pour qu’il y ait de l’animation musicale, des spectacles, des concerts, mais on ne peut pas dire qu’il soit facile d’y percer. D’une part car les musiques programmées sont essentiellement l’electro et le rock indépendant, c'est-à-dire la musique à la mode (ce qui est assez compréhensible quelque part) et la musique rock « de base » que font tous les groupes : guitares à fond, batteries tonitruantes….

Difficile d’être identifié avec un projet différent dans ce contexte. Il y a encore quelques années, une vraie scène « pop » existait pourtant : le Voyage de Noz (que tu connais bien, Pierre !), Fake Oddity, les Dejà vu, etc. Mais, pour sortir de l’ornière c’est autre chose….


Et puis, sur un plan plus pragmatique, j’ai vu la scène lyonnaise beaucoup changer en 10 ans : jusqu’en 2005 ou 2006, tu pouvais encore sortir avec ta guitare, et jammer entre musiciens un peu partout (j’ai d’ailleurs fait mon apprentissage comme ça, sur les pentes de la Croix-Rousse notamment, au Phoebus, au bec de Jazz, dans les pubs Irlandais…). Maintenant, c’est devenu difficile : la plupart des bars ont des limitations en termes de bruit ou d’horaires : beaucoup de lieux organisent des concerts de 20h à 23h, avant de virer fissa les musiciens pour laisser place à la soirée Clubbing ! ….et on est à Lyon, 2e ville de France !

 

- Pour se procurer vos albums, on fait comment?

Mathis : Pour se procurer mon album :
iTunes :  https://itunes.apple.com/fr/album/centre-ville/id771014353

Deezer :  http://www.deezer.com/album/721220
En achat physique : chez Gibert-Joseph à Lyon, ou par correspondance à mathis.officiel@yahoo.fr

   
Je fais la 1ere partie des BB Brunes le 9 janvier au Ninkasi Kao.
Sinon, 4 dates à l'agenda:
 

18 janvier : émission Chansomania sur Déclic radio 101.1 FM  

19 janvier : live radio au Ninkasi Tarare (Oxygène Radio - web radio)
25 janvier : showcase-dédicace chez Gibert-Joseph Carré de soie (Vaulx en Velin)
12 février  : concert au Sirius (Lyon)

et d'autres choses plus tard....    

 

 

Antonin:  Pour se procurer mon album, on peut maintenant le commander et le payer via paypal sur ce site https://antoninlasseur.bandcamp.com/    Version digitale ou version physique. Vous pouvez retrouver des vidéos de mon concert ici sur ma chaine: http://www.youtube.com/channel/UCtfiBbpYiRu_aRbXUpzdjeg . On peut également me retrouver sur FB: https://www.facebook.com/antoninchanteur
 




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Merci à vous Messieurs! Bonne continuation dans le monde de la musique! Merci d'avoir joué le jeu des photos originales et du partage des covers!

Inter-ViOUS ET MURAT réalisé par mails du 8 au 21/12/2013. Il n'y était pas question de quenelles et ça repose. On se quitte avec le cadeau d'ANTONIN :

   

           

 

LES LIENS EN PLUS:

Vu que je n'arrive plus à insérer des liens hypertextes actuellement, voici ceux que vous auriez pu retrouver dans le texte:

Retrouvez l'intégralité des inter-ViOUS ET MURAT: http://www.surjeanlouismurat.com/categorie-11422242.html

Notamment l'avant-dernière avec Bertrand Louis: un des disques de l'année:

http://www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-n-13-bertrand-louis-121088096.html

Et celles des autres petits "jeunes":

http://www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-voyage-de-noz-karl-alex-steffen-porco-rosso-61125576.html

J'évoque dans mes questions Alain Klinger:

http://alainklingler.net/

Voici le site de MATHIS: http://www.mathisweb.fr/    

Vous trouverez bien sûr d'autres éléments sur internet pour poursuivre votre découverte de ces deux artistes... avant de passer commande de leur disque.

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Armelle G.R. 07/01/2014 23:28


Enfin voila de quoi en connaître un peu plus sur le jeune Jaguar croisé à la sortie d'un concert de JLM  à Paris en 2010! J'avais lu sur le forum qu'Antonin effectuait un séjour au
Michigan... aussi, quand Jean-Louis nous a interprété cet inédit où il scandait "qu'allais-tu faire au Michigan?" je me suis dis "quel curieux hasard" puis ai imaginé aussitôt que ces deux là
étaient sans doute amis. Le lien est visible : même guitare, chemise écossaise, même musicalité sur "Je rentre à la maison"...  
C'est un bonheur de voir des jeunes aduler notre JLM!