Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

Publié le 8 Novembre 2014

Comme toujours, c'est avec fierté que nous vous proposons une nouvelle interview exclusive. Après avoir pu parler de littérature avec Magali Brénon et évoquer le petit monde des médias avec l'ami Olivier Nuc, le blog (grâce à Matthieu qui, depuis sa causerie poiscaille avec Jérôme "No Kill" PIETRI, semble s'être ouvert au plaisir simple de la discussion avec ses semblables...) vous propose cette fois d'aller à la rencontre d'un journaliste-éditeur, BENOIT LAUDIER, l'un des participants à l'ouvrage culte "Le Dictionnaire du ROCK" de Michka Assayas (auquel a également collaboré Sébastien Bataille, futur biographe de qui vous savez...). L'occasion de visiter les coulisses de ce genre d'ouvrages... mais surtout, Benoit Laudier nous livre un avis parfois surprenant sur l'oeuvre de Murat.

 - Merci Matthieu pour ce travail.  Et tu éteindras bien en sortant, ok?

 - Yes Sir !

 

 

Initials B.L.

 

     Le point de départ de cette Inter-Vious et Murat, dix-septième du nom, fut une rencontre avec Michka Assayas, en visite au festival Europavox pour promouvoir la nouvelle édition de son Dictionnaire du rock. De cet échange (à écouter ici) découla l'envie d'aller débusquer, derrière les initiales B.L. inscrites au bas de la page 1793, l'auteur de la notice sur Jean-Louis Murat. Moins pour lui chercher des noises en jouant les fans tatillons (mais non, enfin, Murat n'est pas né en 1954 !) que pour mieux faire sa connaissance et lui fournir l'opportunité de réduire un peu de l'inévitable distance requise par un ouvrage à ambition encyclopédique. Nous voici donc en ce morne mois d'août 2014 à questionner (harceler ?) B.L., alias Benoît Laudier, quadragénaire discret, vieux routard du journalisme et directeur de Vagabonde, maison d'édition catégorie poids plume (vingt-deux livres publiés en douze ans), actuellement basée à Senouillac – depuis Saint-Germain-des-Prés, prendre l'autoroute du Soleil, direction Toulouse...
     C'est Laudier qui a fondé Vagabonde, en compagnie de son frère et de deux vieux amis, tous les quatre formant selon lui une
"sorte d'association de saltimbanques, pour ne pas dire de malfaiteurs ou de pirates". Feuilleter le catalogue de Vagabonde – ou mieux : lire les livres qui le composent – suppose d'accepter de transgresser les frontières linguistiques, temporelles et de genres pour un voyage dont le sens (s'il doit y en avoir un) se révélera à la fin (s'il doit y en avoir une). Sur une carte du Tendre esquissée pour tenter de baliser le territoire parcouru figureraient sans doute, entre autres, une bourgade nommée Curiosité (celle qui pousse à combler des lacunes en allant dénicher ce texte adoré devenu introuvable, ou cet autre dont aucune traduction ne nous a jamais pleinement satisfaits, ou encore celui-ci, écrit par un auteur qu'on n'attendait pas dans ce registre...), un lieu-dit Enthousiasme (dans l'élan originel vers un style et/ou un projet, puis à chaque étape du processus éditorial, mené avec application), ainsi qu'une rivière baptisée Fidélité (à une poignée d'auteurs mécontemporains comme au désir d'indépendance initial).
     Alors que la maison publie ces jours-ci un bref récit joliment illustré de Nick Tosches, son directeur fait étape un instant Chez Pierrot, modeste routier fréquenté par une poignée d'adorateurs de JLM jamais rassasiés, histoire de nous narrer ses pérégrinations éditoriales, ses allers-retours en terres muratiennes ou ses flâneries entre musique et littérature.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Bonjour Benoît. Pour commencer, pouvez-vous retracer en quelques mots votre trajectoire professionnelle ?

- Si vous souhaitez quelques faits "marquants", cette "trajectoire" s'inscrit surtout entre l'édition et le journalisme (reporter, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef de Chronic'art de 1997 à 2001), des éditions Gallimard à Larousse, des Inrocks au Figaro magazine et à Mouvement.

- Vu de loin, Les Inrocks et Le Fig mag semblent deux journaux assez hermétiques l'un à l'autre au niveau idéologique. Un tel transfert est-il mieux admis lorsqu'on est journaliste culturel ? Et implique-t-il nécessairement un sévère virage à droite, politiquement parlant ?

- Aucunement en ce qui me concerne. En ce sens, je ne pense pas être un "animal" politique : on rencontre des femmes et des hommes qui proposent du travail – ou pas – et on est libre de l'accepter – ou pas. Somme toute, effectivement, dans le domaine "culturel", on n'est moins exposé et déterminé à commenter l'actualité politique...

- Votre rapport au politique passerait donc avant tout par l'esthétique... Vous pouvez nous en dire un mot ? Y a-t-il des figures dans la littérature ou l'histoire qui le résumeraient ?

- Oui, sans aucun doute pour ce qui nous concerne ici, le rock, la pop, etc. participent aussi de liens entre personnes vivant dans la cité, parfois très vivaces et "solidaires" en termes d’échanges ou via les "réseaux sociaux" : quoi de mieux que s’enthousiasmer pour un disque, par exemple, et le faire savoir à d’autres ? En ce sens je suis bien sûr "politisé", aimant retrouver certains lieux (salles de concert, bars, etc.). Qui ne le serait pas ? Pour l'esthétique, incontestablement des poètes comme Baudelaire, Ducasse, mais aussi des essayistes et écrivains comme Greil Marcus ou Nick Tosches développent dans leurs écrits une esthétique pas franchement désagréable... puisque allant à rebours des poncifs et même parfois provocante. Ces modèles sont toujours utiles.

- Comment êtes-vous devenu l'un des contributeurs du Dictionnaire du rock ? Et au cours de ce travail, quels sont les articles que vous avez pris le plus de plaisir à écrire, ceux dont vous êtes le plus fier ?

- C'est Michka Assayas qui me l'a demandé. Les articles ? David Bowie, Scott Walker, U2, des artistes et groupes africains, Aphex Twin et d'autres...

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Venons-en à Murat : était-ce un choix de votre part d'écrire l'article sur lui ou cela faisait-il partie des devoirs imposés dans le cadre d'un tel ouvrage et pour lesquels il faut bien que quelqu'un se dévoue (sur le mode : "Bon Yves, t'es puni, tu écriras la notice sur Manset. Et toi Benoît, te marre pas, parce que tu me feras celle sur Murat...") ?

- Oui, c'était un choix de ma part. Alors que je travaillais chez un disquaire (boulot d'été) à l'âge de seize ans et demi, j'avais passé l'un de ses disques sur la platine... et il a retenu mon attention. Je crois même avoir ramené le disque à la maison. Il fait partie des très rares auteurs-compositeurs contemporains français que j'ai écoutés, écoute encore (moins régulièrement) et écouterai sans doute encore. Et si j'aime aussi certaines choses chez Manset, il y avait incontestablement plus compétent que moi sur cet artiste pour l’écriture de l’article qui lui est consacré. [NDLR : rédigé au final par Yves Bigot]

- Donc, vous avez seize ans, on doit être grosso modo en 1986, vous travaillez chez un disquaire (lequel ? dans quel coin ?) et vous tombez sur un disque de JLM (lequel ? S'agissait-il de Passions privées ?) : que ressent l'adolescent que vous êtes, au milieu des 80's, en découvrant Murat ?

- Si ma mémoire ne me trahit pas (ni mes papiers d’identité), j'avais bien seize ans (et demi) l’été 86. Ce disquaire s'appelait Monsieur Cotte (est-ce la bonne orthographe ?) à Saint-Raphaël (Var). Oui : Passions privées. Ce que j'ai pu "ressentir"... Impossible précisément de le détailler : ce serait une usurpation d'identité que de me "rappeler" le jeune homme que j'ai été et ce que j'ai bien pu penser de cette première, même deuxième écoute... Mais oui, sans aucun doute, quelque chose m'a accroché : sa voix, les mots, leur organisation, le sens véhiculé par ses chansons...

- Quel était votre environnement culturel de l'époque ? Vers quatorze-quinze-seize ans, vous écoutiez, lisiez, regardiez quoi ?

- J'écoutais les Rolling Stones, les Stranglers, les Jam, mais aussi Prefab Sprout, les Smiths, les Housemartins, et beaucoup de jazz (Coltrane, Davis, Powell, Monk, etc.). Je lisais peu (il y avait quand même le programme scolaire), mais j'ai le souvenir (comme tout le monde) d'avoir été très impressionné par Les chants de Maldoror, Nerval, Baudelaire, les Trois contes de Flaubert, Villiers de l'Isle-Adam, et deux ou trois romans de Balzac, dont Le Cousin Pons et Les Illusions perdues. Rien de plus classique.

- Avant d'entamer cet entretien, vous me confiiez avoir "un peu perdu le fil concernant ses derniers disques". Pouvez-vous nous retracer les grandes phases de votre relation avec JLM ? Après la découverte (que l'on vient d'évoquer), jusqu'à quand continuez-vous à le suivre régulièrement ? Vers quelle(s) période(s) décrochez-vous et pourquoi ?

- Ah, il me semble que j'enchaîne avec Cheyenne autumn puis Le manteau... (qui me plaît moins), puis je "décroche" jusqu'à Mustango, puis Le Moujik..., puis "décroche" de nouveau ces dernières années, vers 2007-2008.

- Reprenons. Vous me dites que Le manteau de pluie vous plaît moins, mais cet album est l'un des deux qui sont cités comme références à la fin de votre article de 2014, l'autre étant Mustango. Je suppose donc que ce choix est celui d'Assayas...

- Je pense que c'est le cas... Ou alors, c'est parce que cet article ayant été écrit pour la première édition, sans doute vers 1998 ou 1999, j'ai tout simplement oublié de demander à Michka s'il pouvait changer de titre d'album comme "album référence".

- Mais ensuite, vous m'indiquez avoir décroché jusqu'à Mustango. Or, dans l'édition de 2001, vous écriviez que Dolorès (qui précède Mustango) était "sans doute son meilleur album à ce jour".

- Je n’ai pas le souvenir d’avoir écrit que Dolorès est "sans doute son meilleur album à ce jour". Ce dictionnaire, comme tout ouvrage collectif, fut légitimement relu et visé (et donc "corrigé-affiné") par Michka Assayas et d’autres personnes. Et c’est très bien ainsi.

- Qu'en est-il alors de Dolorès ? L'avez-vous aimé ? Sans bien vous connaître, j'ai tout de même tendance à penser que certains textes de cet album n'ont pu vous laisser insensible (par exemple, "Perce-neige" ou "Réversibilité", mise en musique du poème de Baudelaire).

- J'ai aimé, à l’époque, la reprise "Réversibilité" effectivement (mais plus pour l'interprétation que pour le "fond sonore"). Et aussi (mais j'étais je crois plutôt "amusé" par cette chanson, comme on peut l’être en écoutant de temps à autre un titre à la radio avec plaisir) "je vis dans la crasse, je suis dégueulasse, et alors je m'en fous..." [NDLR : "Fort Alamo"].

- Étant donné ce que vous nous avez dit sur votre éloignement depuis 2007-2008, je présume que le jugement sur les derniers albums qui clôt votre article ("parmi ses plus belles réussites depuis Mustango") vient d'Assayas. Et vous, rien, vraiment rien ? Votre décrochage est-il dû à un manque de temps ou a-t-il des raisons esthétiques ?

- Avant tout à un manque de temps et sans aucun doute aussi au fait de parcourir bien d'autres univers musicaux-esthétiques. Je veux dire par là qu'incontestablement :
1. Je n'ai pas écouté Grand Lièvre et Toboggan.
2. Le cours ordinaire des choses contient de belles choses (comme c'est souvent le cas pour nombre d'albums : on est vraiment retenu et on se replonge au fil du temps dans quelques titres, pas forcément tout l’album).
3. Vous me rappelez qu'entre Lilith et Le cours..., je me suis bel et bien "absenté". Je les ai écoutés, mais vraisemblablement pas avec la même attention que durant les deux-trois années qui ont précédé,
c’est incontestable.

- Je vais donc être un peu vicieux en vous posant deux questions sur deux disques de cette période. D'abord sur Mockba. Je crois qu'il y a une forme de consensus parmi les amateurs de Murat pour considérer que Mustango et Lilith représentent deux sommets de sa discographie. Les plus tordus d'entre nous s'amusent même à distinguer les Mustanguistes et les Lilithiens. Vous me semblez appartenir nettement au premier de ces deux groupes, puisque j'ai cru comprendre que vous trouviez Lilith un peu trop touffu. Mais le plus surprenant pour moi fut de lire que vous préfériez presque Mockba à Lilith. Comme cet album est souvent négligé, voire déprécié (notamment par ceux qui sont allergiques à Camille et/ou Carla Bruni), pouvez-vous vous arrêter un instant sur lui ?

- Vu comme cela, c'est bien le cas : je suis plus "mustanguien". Mais est-ce à dire/penser que je devrais réécouter avec plus d’attention Lilith ? Sans doute. Oui, je peux m'arrêter sur Mockba si vous le souhaitez : intimité qui lui sied bien / qualité du chant / arrangements souvent très dépouillés. Je dois être "sensible" à cette simplicité/évidence, la distinction par les mots, presque en retrait. Non, je n’ai pas d'allergie particulière à ces dames a priori, même pas d’allergie du tout déclarée à qui que ce soit (un médecin m’en aurait parlé, non ?). Et puis il y a beaucoup d’humour sur "Foulard rouge". Très bon cocktail musique/mots/provocation. J'en garde un bon souvenir.

- Puisque par deux fois déjà vous avez cité Baudelaire comme une lecture importante de votre adolescence, j'aimerais bien vous entendre sur Charles et Léo. Et, plus largement, sur une éventuelle parenté entre Baudelaire et JLM (maniement de la langue, dandysme, antimodernité, etc.).

- Quel adolescent n’a pas été retenu, ne serait-ce qu’un peu, par Baudelaire… Vous voulez dire un effet mimétique chez Murat ? Possible... "Parenté" ? Je ne vois pas : autre temps, autre mœurs, etc. En revanche il est rare, très rare, qu'un contemporain puisse adapter/chanter de tels auteurs, et Murat y arrive : ce n'est pas rien. C'est "dire" (mais à sa place ?) qu'il aime cette chose qui porte le nom de "langue" (française en l'occurrence). "L'examen de minuit", il fallait oser : ce type de récitatif, cet orgue... Idem des plus de dix-douze minutes de "Il est des nuits..." (pour Ferré). Il me semble qu’il n’y a pas grand-monde sur la place pour s’attaquer à cela sans (trop) tomber dans le ridicule.

"L'examen de minuit" : de la maquette (Ferré) à la scène (Murat)...

- Nous parlons là d'albums que vous m'avez dit avoir écoutés avec une moindre "attention". J'imagine qu'on ne réécoute pas toute la discographie d'un artiste avant d'écrire sur lui, qu'on fait confiance à sa mémoire et qu'on utilise ses acquis...

- Personnellement si : je pense m'être toujours astreint (sauf quelques cas de disques "rares" ou introuvables) pour ce Dictionnaire à "tout" écouter. Quasi tout en tout cas. Mais je dois aussi avoir des enthousiasmes réfrénés par la suite, comme il m’arrive de réévaluer d’autres choses.

- Et je présume que la recherche du bon équilibre entre subjectivité et objectivité peut parfois vous amener à écrire qu'un disque est remarquable, même si vous n'y êtes pas très attaché personnellement, non ?

- Non, ça ne m'est jamais arrivé. En revanche, j’ai pu me demander plus d’une fois, rétrospectivement, pourquoi j'ai aimé telle chose (je veux dire vraiment) à un moment et plus vraiment le même titre ou album des mois ou des années après, ce qui doit être aussi le cas pour quelques-uns d’entre nous tout de même.

- Je vous posais cette question en raison de vos écrits passés sur Dolorès. "ces douze petites chroniques cinglantes et éphémères, traversées de fulgurances poétiques, constituent sans doute son meilleur album à ce jour", notiez-vous en 2001... À vous lire aujourd'hui, j'ai le sentiment que non seulement vous vous demandez pourquoi vous avez aimé ce disque à ce point, mais que vous ne vous souvenez même plus l'avoir autant apprécié. C'est amusant – mais il est vrai que l'on parle d'un album paru il y a près de vingt ans. Est-ce que ce genre d'étonnement rétrospectif sur soi et ses propres goûts arrive à tout le monde, comme vous le suggérez ? Oui, sans doute... Plus ou moins... Votre question, au fond, c'est un peu "Que reste-t-il de nos amours ?" Ça ferait un bon sujet de chanson...

- C'est sans doute vrai (et bien vu de votre part). Mais il y aussi le fait que j'apprécie plus et donc "mémorise mieux" (et déjà à l'époque de leur sortie) des titres sur des albums comme Madame Deshoulières ou 1829. L'amour des mots ? Le défi que se lance sur ces disques JLM ? Oui : cela correspond plus à mes attentes et humeurs. Et j'aime sincèrement JLM pour cela : le bon mot à la bonne place et parfois/souvent une belle "humeur/trame" musicale (y compris en duo) suffisent à mes yeux à faire de lui quelqu'un tout de même d'assez singulier.

- Quoi ?! Vous aimez 1829 ?? Dans votre article, je lis pourtant : "1829 (2005), adaptation des poèmes de Béranger, gloire oubliée du XIXème siècle, est décevant." Il faut que vous m'expliquiez...

- Là, je suis formel : cette phrase n'est pas de moi ! Cela arrive…

- Dans ce cas, faisons simple et parlons de cet album. D'autant qu'au-delà de celui-ci, je crois remarquer que vous êtes souvent sensible à ces projets poétiques et parallèles sur lesquels Murat chante d'autres mots que les siens : Madame Deshoulières, Charles et Léo, 1829... C'est un hasard ou vous y voyez quelque chose de plus profond ?

- Vous avez raison : il est tout à fait vraisemblable que j'y voie quelque chose de "profond", JLM doit être un très bon lecteur et un amoureux de la langue française – contrairement à pas mal des "zèbres" qui inondent les ondes. Il est l'un des rares selon moi à tout de même se préoccuper du sens de ce qu'il chante. 1829 ? "fraîcheur" des textes (mon intérêt toujours vif pour des poètes tels que Corbières ou Laforgue par exemple – plus tardifs, c'est vrai), mélodies très dépouillées (simplissimes même), juste ce qu'il faut dans une voix qui ne porte pas, très en retrait. En somme, je l'ai toujours bien aimé dans ce type de registre : le récitatif.

- Tout à l'heure, vous disiez "parcourir bien d'autres univers musicaux-esthétiques". Je crois que vous aimez les voyages. Pouvez-vous nous dire un mot de la place qu'ils occupent dans votre vie ? Ces "autres univers musicaux-esthétiques" que vous arpentez sont-ils liés à vos vagabondages ?

- Cela m'est arrivé, oui, de "partir" de ce territoire : quoi de plus normal quand on travaille pour partie comme journaliste-reporter plus de quinze ans ? Et c'est toujours le cas, quand cela m'est possible – certes : je ne reste jamais douze mois d'affilée en France. En fait j'ai notamment eu l'occasion d’effectuer des reportages dans des pays africains (Mauritanie, Niger, Mali), au Maroc, ou en Asie (Japon, Vietnam, Cambodge), Madagascar plus récemment... Et ce fut l'occasion (ces voyages laissant un peu de "temps libre") de connaître des lieux, d’entendre des musiciens/groupes, etc. Ils participent d'une culture universelle mais ont souvent, du fait de leur propre culture, des pratiques plus directes, voire enthousiastes du chant et de la musique, plus ancrées dans le quotidien en tout cas et se passant de tout "commentaire" : on joue, on chante parce que cela est en lien direct avec la vie, une de ses composantes. Et puis il est souvent remarquable d'entendre/voir un tel degré de technicité chez la plupart, y compris les plus jeunes, comme si la musique était inscrite en eux dès le plus jeune âge, corps et âme.

- Avez-vous un souvenir qui vous vient à l'esprit, là, spontanément, d'un moment de découverte musicale qui vous aurait particulièrement marqué lors d'un de ces voyages : un lieu, une atmosphère, un groupe... Histoire d'avoir un petit instantané...

- Un souvenir ? En bas de la crête du pays dogon, d'où je revenais, avant qu'ils ne partent pour un festival itinérant couvrant plusieurs pays, la découverte de Tinariwen. Au Cambodge, un joueur de vielle dont j'ai oublié le nom, dans un bar de Sihanoukville : avec son seul instrument (et un peu de voix) il sonnait comme un orchestre à lui seul !

- Rapprochons-nous de votre activité d'éditeur en évoquant vos travaux pour d'autres maisons, sans perdre le lien avec Murat. À la fin des années 90, vous avez contribué pour Larousse à la conception d'une anthologie de poésie populaire française. Dans la partie consacrée à la poésie d'après 1945, on trouve sans surprise des pièces de Char, Prévert, Aragon ou Jaccottet, mais aussi des textes de chansons : deux de Gainsbourg, un de Brel, un de Ferré et... un de Murat, "L'ange déchu". On aurait pu s'attendre à trouver, du côté des classiques, Brassens ou Barbara, du côté des plus modernes, Roda-Gil, Bergman ou Manset. Mais non, Murat. Étonnant, non ?

- Cela a été le cas, en termes de propositions : Brassens sûr, Manset sûr, Barbara et Ferré sûr... Mais la pagination du livre, la décision du directeur de collection (on enlève quelque chose ; on rajoute autre chose) en ont décidé autrement. Et je n'étais pas là pour le "final cut" – mon travail ayant été terminé avant.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Maintenant que vous êtes éditeur à part entière, que vous publiez de la littérature, vous semble-t-il toujours que Murat puisse être qualifié de poète ?

- Il me semble que la meilleure réponse à cette question est toujours celle de Bob Dylan : non, les auteurs-compositeurs ne sont pas à proprement parler des poètes – c'est un ensemble musique/paroles qui fait que, parfois, des éléments poétiques se dégagent, ou que l'on peut (mais trop vite ?) assimiler un texte à un poème. Maintenant, dans de très rares cas, ces frontières n’étant pas vraiment hermétiques... il est vraisemblable que quelques textes "tiennent tout seul" et qu’on puisse les considérer comme des poèmes à part entière. À chacun d’en décider.

- Toujours pour Larousse, vous avez participé à un dictionnaire de la contestation intitulé Le siècle rebelle. Ce qui m'inspire cette question bête : à vos yeux, Murat peut-il être qualifié de rebelle ?

- À mon sens, non. Mais c'est à lui qu'il faudrait poser la question. C'est quelqu'un de beaucoup plus simple et direct que cela, il me semble, et peu sensible aux dogmes et aux idéologies.

- Vous qui saluez dans cet ouvrage l'indépendance d'esprit d'un Dominique de Roux, que pensez-vous du Murat médiatique : celui qui critique politiciens et journalistes, qui égratigne régulièrement ses collègues de travail et les maisons de disques, qui n'hésite pas à provoquer et à aller contre l'air du temps, au risque du dérapage ? Au-delà de telle ou telle déclaration ponctuelle qui fait le buzz sur le net – et fait fuir dans le même temps une partie de son public potentiel –, quel regard portez-vous sur sa manière, cette façon d'ériger la contradiction/provocation en geste esthético-politique ?

- Je ne connais que trop peu le "Murat médiatique". J'ai ceci dit le souvenir d'une "sortie" de sa part sur l'amateurisme de sa "profession" qui m'avait fait jubiler [NDLR : cf notamment dans Magic] Il a mille fois raisons : trop d'amateurs, partout, quel que soit le métier. Vous m'écrivez "cette façon d'ériger la contradiction/provocation en geste esthético-politique", mais je ne sais pas s'il n'est pas tout simplement comme il aime être, instinctif avec les mots qui lui viennent (et donc parfois les énervements), et non quelqu'un qui "érige" quoi que ce soit... Là aussi, je crois que lui seul peut répondre.

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- Oui, vous êtes sans doute dans le vrai. Les fans ont parfois la mauvaise habitude de s'exprimer à la place de l'artiste qu'ils chérissent... Prenons un peu de recul en parlant de Vagabonde. Comment naît cette maison ?

- Vagabonde publie un premier livre en 2002, puis un autre en 2003. Elle naît de manière assez fortuite, comme ça, et parce que à peu près tout le monde dans notre entourage nous disait de ne pas faire d'édition.

- "Comme ça" ? Vraiment ?

- Oui, car nous ne savions pas forcément comment faire (au mieux), sans trop de moyens ni de "livres à venir", et si d'autres projets pourraient voir le jour : mais finalement tout s'est bien enchaîné, et assez vite.

- Interrogé en 2010 par Le Matricule des Anges, vous reveniez sur vos premiers élans éditoriaux en déclarant : "À ce jour, je n'ai pas trouvé d'explication à mon geste." Quatre ans plus tard, avez-vous enfin trouvé ? Et quel regard portez-vous sur cette dimension quasiment inconsciente de votre travail d'éditeur – ici presque pulsionnelle ?

- Non, au risque de vous décevoir, je n’ai toujours pas compris ce qui a pu me traverser l’esprit (et je n’y pense jamais – maintenant, c’est là !) pour ce qui est du "allons-y !". Ce n'est pas faux : pour nous, en tout cas pour moi, il doit y avoir un rapport plutôt physique à ce qu'écrivent les auteurs... D'où sans doute cette construction "aléatoire" du catalogue.

- Pouvez-vous nous décrire dans les grandes lignes votre travail d'éditeur depuis le choix d'un texte jusqu'à son lancement dans le public. En gros, le boulot quotidien d'un "petit" éditeur qui a les mains dans le cambouis, ça ressemble à quoi ?

- Le boulot : des personnes écrivent, vous les lisez, vous leur posez des questions, ils se corrigent ou pas eux-mêmes, et on décide ou pas de les publier, alors on décide de travailler ensemble : questions-réponses, questions-réponses… pour mener le texte à son maximum d'intensité, puis on coordonne tout l'aspect technique, plus la partie administrative, etc, etc, etc. Comme toute maison d’édition.

- Et dans le cas des retraductions, est-ce vous et vos associés qui passez commande, parce que vous estimez que tel texte important a été mal traduit par exemple, ou bien des traducteurs insatisfaits vous sollicitent-ils ?

- Je ne peux vous parler que de ce qui est "arrivé". Pour Büchner par exemple, mon frère [NDLR: le comédien et metteur en scène Stéphane Laudier] travaillait avec Claude Régy et un week end, Régy a demandé à son ami Goldschmidt de lui retraduire Lenz pour un atelier avec des élèves comédiens. Mon frère a lu cette version, me l'a transmise et j'ai pris contact avec Goldschmidt. Pour Cavalcanti, c'est Vagabonde qui l'a proposé à Danièle Robert, suite à un certain nombre de lectures annexes et consécutivement, cette interrogation : cette œuvre immense n'a toujours pas été traduite comme il se doit (en rimes !) en France. Alors, faisons-le !

- Pour présenter Vagabonde, vous vous êtes souvent référés à cette phrase : "tous les siècles sont contemporains" (ou à une formule voisine de Pound, "toutes les époques sont contemporaines"). De fait, vous publiez aussi bien des auteurs (biologiquement) vivants que des écrivains (biologiquement) morts, parfois depuis des siècles. Au-delà de la formule qui sonne bien, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette vision, paradoxale au premier abord, du "contemporain" ?

- Les "contemporains" ? Finalement assez peu de choses "contemporaines" me plaisent – c’est comme ça –, surtout en langue française (c’est vous dire aussi mon degré d’ignorance). Comme la "formule" le dit (nous l’espérons) : Cavalcanti est plus contemporain, lisible et stimulant que beaucoup de nos "contemporains" : c'est notre sentiment en tout cas. Ce qui n’empêche pas (bis) la publication de contemporains... C’est même plus de la moitié de notre catalogue jusqu’à présent...

- Il vous arrive de vous sentir plus d'affinités avec un écrivain du Moyen Âge qu'avec des auteurs actuels, je comprends. Mais il me semble que cette phrase implique aussi l'idée que l'on n'écrit pas nécessairement pour son époque, qu'un texte peut ne trouver ses destinataires que bien après sa date de parution. Je pense à ce propos de Murat : "les mots ne crachent pas tout leur sens dans l'époque où ils se meuvent." Ça vous parle ?

- Oui : il me semble aussi que quand un livre est vraiment "bon", donc stimulant et novateur, il peut sans trop de difficultés traverser les âges (faute d’écoute lorsqu’ils paraissent pour certains ?), et même parfois les frontières. Sur le fait qu’il ne soit pas (ou pas suffisamment) entendu à son époque, seuls les lecteurs en décident.

- Avant de devenir vous-même pleinement éditeur, vous aviez décrit l'édition comme une "corporation généralement satisfaite d'elle-même". Vous confirmez ? Et de votre côté, vous êtes satisfait du travail effectué par Vagabonde jusqu'ici ?

- Oui, je confirme... et à la fois c’est moins vrai de nos jours, du fait des difficultés rencontrées par nombre d’entre eux. Ont-ils pour autant regagné un peu plus d'humilité, allez savoir. Si nous sommes "éditeurs" chez Vagabonde, comme beaucoup d’autres amis ou personnes faisant ce métier, c'est que nous avons choisi d'être indépendants et d'assumer pleinement nos choix. Il s’agit d’un métier, pas d’une fonction.

- Vos choix, justement, parlons-en. Y a-t-il un ou deux auteurs de votre catalogue qu'à titre personnel vous aimeriez mettre en avant et éventuellement faire découvrir aux lecteurs du blog ?

- Sans aucun doute Carl Watson, Laszlo Krasznahorkai et Pierre Lafargue. Trois contemporains férocement talentueux et stimulants. Et comme ils savent écrire…

Inter-ViOUS ET MURAT N°17 : BENOIT LAUDIER

- À présent, la question traditionnelle de ces entretiens autour de JLM. Elle est double, basique, mais parfois difficile pour celui qui doit répondre : quel est votre album préféré de Murat ? Et quelles sont vos trois chansons préférées ?

- Album : Mustango. Chansons : "Fort Alamo", "L’almanach amoureux", "Nu dans la crevasse".

- Pour finir, si vous avez eu du mal à vous replacer dans la peau de l'adolescent que vous étiez en 1986, au moment de la découverte de Passions privées, j'espère que vous en aurez moins dans un exercice comparable, mais inverse. Cette fois, nous sommes en 2030 et Michka Assayas a décidé de s'atteler à une troisième édition de son encyclopédie. Il vous a demandé de vous y coller, vous avez hésité, parce que depuis le double rachat par Vagabonde de Gallimard et Grasset, vous êtes très occupé, mais comme Assayas est votre ami depuis quarante ans, vous avez fini par vous laisser convaincre. Vous voici donc parti pour rédiger la notice sur Murat. Pouvez-vous, en exclusivité pour le blog, nous résumer à gros traits ce que vous allez écrire sur les quinze dernières années de sa carrière, entre 2014 et 2030 ? Trouvez-vous que la musique de Murat ait bien vieilli ?

- À condition que JLM ne joue que du jazz et devienne pianiste ! Quelque chose comme ça ? "En s’attelant depuis près de vingt ans à la reprise des plus grands thèmes du jazz du siècle passé, JLM, laissant de plus en plus la part belle aux silences entre deux notes, confirme son statut de classique indémodable : soit la 'grâce efficace'."

*****

     Cet entretien fut réalisé par mail durant l'été 2014 (plus une partie de l'automne 2030 pour la question finale), puis relu et validé par la victime (et son tortionnaire).
     Un très grand merci à Benoît Laudier pour sa disponibilité, son endurance et sa participation active à ces séances bihebdomadaires d'anamnèse sauvage, malgré un emploi du temps très chargé.
     Vagabonde a publié le 7 novembre La première cigarette de Johnny de Nick Tosches, en édition bilingue illustrée par Lise-Marie Moyen (traduction de Héloïse Esquié ; 64 pages ; 14 euros). Pour plus d'informations sur ce livre comme sur le reste du catalogue de l'éditeur, vous êtes invités à voyager sur son site : www.vagabonde.net, ainsi qu'à aller vagabonder sur sa toute jeune page Facebook pour commenter, liker, faire ami-ami et plus si affinités. Les amateurs d'illustrations et curieux de toutes obédiences se rendront également sur le blog de
Lise-Marie Moyen : http://lise-mariemoyen.blogspot.fr/

     Un salut chaleureux au Matricule des Anges et en particulier à Pascal Jourdana, auteur dans le numéro 113 (mai 2010) d'un excellent entretien avec Benoît Laudier qui nous fut d'une aide précieuse pour la préparation du nôtre (la citation de l'introduction en est issue).
     Enfin, un merci spécial à celui qui, en jardinier bienveillant, me laisse semer mes graines ici et là sur son blog, à la manière de ces plantes vagabondes chères à Laudier, j'ai nommé mon éditeur à moi, Pierrot, sans qui rien (me concernant) ne serait possible – ni même envisagé.
   

Rédigé par M

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Rhiannon 08/11/2014 16:22

Interview très intéressante et les questions sont très pertinentes...je suis d'accord avec Mr Benoit Laudier concernant "Mme Deshoulières" et "1829" ainsi que de "Charles et Léo" pour moi des albums uniques (j'ai un faible pour la poésie ) et que j'adore avec "Tristan" ..."Lilith" et "Mustango" à mettre aussi dans mes préférences ....on parle peu du "Moujik et sa femme" ...j'ai un faible pour cet album avec des titres comme "Foule romaine" "Baby carny bird"" pas très certaine de l'orthographe et "Molly" ...sans compter "Vaison la Romaine"...je l'ai écouté dernièrement et j'avoue que j'aimerais retrouver ce "Murat" là....

Rhiannon 12/11/2014 16:40

Tu sais très bien faire le papillon Matthieu ;)

Matthieu 10/11/2014 19:29

Et "L'au-delà", Rhiannon, n'oublie pas "L'au-delà" ! L'un des rares titres que le public pouvait reprendre en chœur lors des concerts de JLM, l'autre étant "Papillon". Et il est où le papillon ? Il est où ?

Aaaaaaaahhhhh !
Ooooouuuuuuuuhhhh !
Papilloooonnnnn !!!

Merci pour le compliment, Rhiannon, et pour répondre à ton interrogation, voici ce qu'on peut lire dans le dictionnaire d'Assayas au sujet du "Moujik" :

"Dans 'Le Moujik et sa femme' (2002), Murat renoue avec une musique plus concise, enjouée et sensuelle, et des paroles ironiques."

Remarque concise, elle aussi, et pour le coup assez juste.

Herbain Pierre-Emmanuel 08/11/2014 14:16

Merci pour cet entretien très intéressant. Je n'ai pas encore acheté la nouvelle édition du Dictionnaire du Rock mais je me souviens bien de l'article sur JLM dans la première, et notamment de cet avis sur Dolorès. Je préfère aussi Mustango et Lilith.
Quant à Mockba que j'ai réécouté récemment, c'est à mon avis un très grand album, inégal mais sans les deux duos avec Carla Bruni et Camille, il gagne en cohérence. La production, le son des guitares et les arrangements de cordes sont magnifiques. Et c'est pour moi le disque sur lequel JL Murat chante le mieux.

Muse 14/11/2014 20:00

Non non, je te rassure ;-) même si j'aime beaucoup la chanson.

Matthieu 14/11/2014 14:27

Pas "À la morte fontaine", j'espère ?

Muse 14/11/2014 14:20

Et si je te réponds fontaine, ça t'éclaire un peu plus? ;-)
Plus sérieusement quoique, je suis plutôt Lilith que Mustango.

Matthieu 14/11/2014 14:04

Oui, c'est intéressant, mais souviens-toi, Muse, que l'on parle ici d'un article de dictionnaire et non d'un papier publié dans un magazine, dont on serait en droit d'espérer que son signataire l'ait vraiment écrit. D'ailleurs, dans l'entretien complémentaire, Assayas laisse entendre qu'il passe derrière ses auteurs pour réécrire les articles de son encyclopédie. S'est-il permis de le faire également pour la notice sur Neil Young signée d'un certain Michel Houellebecq ? Mystère...
Mais Muse, j'y pense, tu nous parles de quasiment toute la discographie de JLM, sauf du pourtant incontournable "Mustango"... Alors, tu es mustanguiste ou plutôt clitori..., je veux dire, lilithienne ?

Muse 13/11/2014 08:30

Perso, j'ai adoré la fille du fossoyeur, encore plus que Jeanne la Rousse. Et j'ai aimé davantage 1829 et 1451 que Mme Deshoulières. Je pense que ça vient essentiellement du manque de voix d'Isabelle Huppert (de type sifflet poussif sur le disque) qui m'agace (alors que je l'adore en actrice) que des textes et des mélodies qui se tiennent à peu près. Charles et Léo m'a laissé assez hermétique. Sauf le "petite" que j'ai trouvé magistral à la fin du disque et encore plus vénéneux que la version de Ferré. Et Tristan idem: un ennui assez profond et j'ai trouvé le travail musical et textuel souvent bancal, même si la démarche est louable. Par contre l'album Taormina, Lilith, Dolores et Bird on a poire, sont quatre albums de JLM que je me réécoute régulièrement, avec de temps en temps, le Moujik, Murat en Plein Air et un Live de 95. Les autres, même si Mockba reste attachant, j'ai tendance à moins les écouter. Grand Lièvre et Toboggan ne m'ont pas plu (trop connotés crises de la soixantaine et déprimants) et le CODC, même si l'orchestration apporte une couleur intéressante, n'arrive pas à sortir JLM par le haut, contrairement à Babel.
Benoît Laudier finalement, rend compte que certaines de ses critiques ont été écrites à plusieurs personnes et que donc, ce n'est pas son approche personnelle la plupart du temps qui est publiée. C'est intéressant à apprendre car l'image que nous avons souvent du journaliste qui signe tel ou tel papier sur tel album, c'est que c'est son avis à lui. Alors qu'en réalité, c'est l'avis d'un collectif qui travaille sur la partie culture musicale du journal...Ce qui permet de relativiser les compliments comme les critiques journalistiques.

Matthieu 10/11/2014 19:20

Je te suis aussi Pierrot, sauf sur un point : je trouve que "Jeanne la Rousse" est la plus belle adaptation de Béranger par JLM et que ce titre mérite donc largement sa place sur l'album.

Matthieu 10/11/2014 19:15

Bonsoir Pierre-Emmanuel et merci de votre intérêt pour cet interview.
Oui, je suis d'accord avec vous, les arrangements de cordes de "Mockba" sont un des points forts de l'album (qu'ils soient signés Dickon Hinchliffe, déjà remarqué sur "Se mettre aux anges" ou Marie-Jeanne Séréo). Et je vous suis également à propos du chant de JLM, remarquable, notamment sur le très, très gainsbourien "Colin-maillard".

pierrot 08/11/2014 21:35

oui, moi aussi, j'ai réécouté Mokcba ces derniers jours, et je partage ton avis sur la voix... Le titre 1 est tellement fort que le reste en pâtit... Un album sans 1829 et avec les titres encore inédits enregistrés à ce moment là(qui auraient pu être dans un lp "faubourg de Mockba") , ça aurait été fort...