Inter-ViOUS et MURAT N°16: Jérôme PIETRI, au coeur de "passions privées"

Publié le 15 Juin 2014

Voilà la deuxième partie de l'interview-fleuve de Jérôme Pietri par Matthieu. Dans l'épisode précédent, il était question notamment de son parcours musical, ses différents groupes, projets comme on dit maintenant. Vous pourrez lire tout ça ici et ( on  vous a dit). 

 Ce volet 2 remplit  parfaitement les critères de "l'inter-ViOUS ET MURAT", inter-ViOUS type historique, comme  celles de Christophe Pie,  de Stéphane Prin, l'ingénieur du son... et de Michel Zacha, producteur du LP "Murat", ce genre d'interview qui nous glisse dans les coulisses des créations de Jean-Louis Murat. Comme dans celle de Zacha,  nous nous retrouvons à une époque dans laquelle  Jean-Louis n'avait pas encore confiance en son jeu de guitare... 

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 COOPE 2014

Jérôme Pietri,
Comme un loup sous la voie lactée...


Il fut le guitariste de Passions privées, accompagna Jean-Louis Murat en tournée, joua pour Marie Audigier, côtoya Christophe Pie dans Too Bad et Denis Clavaizolle dans l'Hommage à Pink Floyd. Dès les années 1970, il suscitait l'admiration de ce même Denis Clavaizolle et celle d'Alain Bonnefont, tous deux fans de SOS. Autant dire que sans être un muratien du premier cercle, Jérôme Pietri a quelques souvenirs liés à JLM – dont certains qu'il a eu la gentillesse de bien vouloir partager avec www.surjeanlouismurat.com. Qu'il en soit sincèrement remercié.



- Pietri se souvient avoir brièvement fréquenté Murat à l'époque où, après avoir fui la fac de droit, il était allé tenter sa chance en lettres.


"On s'est croisés, on était en fac. Moi, j'avais entendu dire qu'il faisait des trucs à La Bourboule et tout ça. Mais cela dit, on se connaissait très peu. Après, on s'est pas vus pendant pratiquement dix ans".

- La véritable rencontre, humaine et artistique, a donc lieu pendant l'enregistrement du premier album de JLM.

"Le contact s'est fait juste avant Passions privées. Il m'a contacté ou m'a fait contacter par les copains, peut-être Alain Bonnefont, parce qu'il voulait produire son album. Il en avait déjà ras-le-bol des producteurs parisiens et il était arrivé à convaincre les mecs de sa maison de disques de le laisser produire – au sens producer – son prochain album".

- C'est donc Alain Bonnefont, ancien de Clara et bassiste sur ce nouveau projet, qui aurait servi d'intermédiaire.

"Moi, je connaissais Alain Bonnefont depuis très longtemps. J'aime beaucoup Alain, humainement je trouve que c'est un mec d'une gentillesse rare, quelqu'un que j'ai toujours apprécié, que j'apprécie toujours d'ailleurs – même si on se voit pas souvent, parce que c'est la vie, chacun suit son chemin".

Bonnefont


- Le projet intéresse d'emblée Pietri qui voit là une occasion d'élargir son horizon.


"Quand tu dois enregistrer un album pour un artiste qui a une vision déjà déterminée des choses, ce qui était son cas, c'est vachement bien de trouver quelqu'un qui sait ce qu'il veut. Il avait des opinions bien arrêtées qui différaient de celles du commun des mortels et pour pas mal de choses, ça m'a obligé à prendre le contre-pied de certaines idées que j'avais. J'ai trouvé ça vachement enrichissant et j'ai eu envie de faire cet effort. Il m'a semblé intéressant de pénétrer dans sa planète et de comprendre ce qu'il ressentait, ce qu'il voulait entendre lui".

- Pietri considère que JLM l'a amené à se recentrer sur les chansons, à voir plus loin que les seules parties de guitares.

"Jean-Louis a oublié d'être bête, c'est quelqu'un d'extrêmement cultivé et je pense qu'il a fait évoluer ma vision des choses, parce que si je l'avais pas rencontré, je pense que je serais resté... enfin peut-être, je ne sais pas, on ne sait jamais, c'est toujours difficile, mais je me dis que peut-être, j'aurais eu plus de chance d'être guitare, guitare, guitare. Quoique, finalement, je réfléchis, j'ai jamais fait de « masturbation de manche » [expression qu'il utilisait dans Une histoire du rock à Clermont, NDLR], j'ai toujours travaillé beaucoup, parce que je suis convaincu des vertus du travail. Jean-Louis aussi".

- Le goût du travail paraît effectivement rapprocher les deux hommes.

"Le travail, ça c'est un point commun, évidemment. Quand je l'ai rencontré, à l'époque, il avait déjà 800 chansons dans la musette. Pour enregistrer un album, il considérait qu'il fallait qu'il écrive 50 chansons. Il en gardait une dizaine, le reste, poubelle".

- Une production au-dessus de la moyenne facilitée par une certaine discipline de vie, dont Pietri se souvient bien.

"Il bossait comme un malade. Je sais qu'il se levait très tôt, surtout l'hiver, il se levait à 7 ou 6 du mat', parce qu'il se faisait chier l'hiver, et comme ça il prenait de l'avance pour pouvoir profiter un peu du beau temps et de la cambrousse l'été. Donc, il se levait à 6 du mat', il travaillait sur les textes jusqu'à midi-13h00, après il faisait un break une heure pour manger et l'après-midi, de 13h00-13h30 à 19h00-20h00, il bossait sur les textes".


Jerome et pochette



- Les deux musiciens partagent également une même conception de la fabrication d'une chanson.


"Dans sa façon de bosser, il considérait que les arrangements, ça venait en dernier. Je suis d'accord avec lui, parce qu'une bonne chanson, logiquement, elle doit se suffire à elle-même avec voix-guitare, voix-piano, ça doit le faire. Tout le reste, les arrangements – d'ailleurs, c'est une expression que je tiens de lui, il avait des mots comme ça, très poétiques, pour définir les choses – c'est « les fleurs au balcon ». Moi j'adore les fleurs au balcon, ça m'éclate toujours, mais c'est vrai que si y a pas les bases, ça sert à rien. À Riom, il aurait voulu avoir plus de temps, il disait « Ce que je veux, c'est qu'on ait des squelettes, mais des beaux squelettes. » Je suis toujours d'accord avec ça, le plus important c'est d'avoir des bons squelettes, le reste c'est de la branlette. Après, oui, tu habilles le squelette, mais si le squelette est pas bon, c'est mort. Tu peux prendre non seulement un très bon producteur, mais même d'excellents musiciens, si la chanson est mauvaise, si y a pas une bonne mélodie, avec une bonne harmonie – ça peut être très simple – et un truc qui groove, ça sera de la merde".

- De beaux squelettes que Pietri contribue ensuite à habiller. Ou à fleurir, c'est selon. Avec ses aiguilles, son sécateur, mais surtout sa guitare...

"J'étais qu'une seule guitare – il y avait Pascal Mikaelian qui faisait de l'harmo, ça accompagne pas trop – alors c'est vrai qu'à la guitare, quand on faisait tourner les trucs, je pouvais pas trop faire les fleurs au balcon, sinon il aurait manqué les bases, basse-batterie-guitare. Mais les fleurs au bacon, je les ai mises après. Je lui proposais des idées, je lui disais « Tiens, sur tel titre, je verrais bien ça. »

- Le travail en studio doit toutefois s'effectuer dans des limites de temps étroites, ce qui contraint parfois Pietri à puiser dans ses réserves.

"Les arrangements, on aurait eu plus de temps, ça aurait été génial. Moi, je me rappelle, comme il m'honorait de sa confiance en tant qu'instrumentiste, j'étais très touché et les deux semaines d'enregistrement chez Pathé, il m'honorait tellement que je me suis retrouvé avec toutes les parties de guitares à faire le dernier jour. Donc, j'ai fait pratiquement 24 heures de guitares non-stop".


Pietri repetitions


- Ce rythme soutenu n'empêche pourtant pas de travailler dans la bonne humeur.


"L'après-midi, on commençait à bosser vers 13-13h30 à peu près, puis après, jusqu'à minuit, 2-3 du mat', suivant les jours. Et la nuit, il bossait, je sais pas comment il faisait, il arrivait le lendemain et il avait dit « J'ai fait ci, j'ai fait ça ». Il avait une ou deux chansons, mais de base, squelette, avec un couplet, un refrain. Et donc, les après-midi, il était dans une cabine et on essayait tous les rythmes possibles et imaginables, binaires, ternaires et toutes les tonalités. C'était à pisser dans sa culotte, des fois on a hurlé de rire, on s'est roulés sous la console en chialant, parce qu'il était là, il avait un micro dehors, il disait « Do ! », alors on jouait par exemple un truc en do, on faisait tourner. Il faisait « OK, les mecs. Do # ! » et puis on monte en do #. Après, « Ré ! » et on passait les douze notes. Oui, pour voir comment ça sonnait. Parce qu'il y a une magie des tonalités aussi".

- Une manière de faire que Pietri n'a pas oublié dans son propre travail sur Gone fishin'.

"Les titres de l'album, je les ai tous passés dans toutes les tonalités, presque, à un poil près. Et les tempos – ça je l'avais vu avec Murat aussi".

- Les tempos ? Après l'importance d'avoir un bon squelette et celle des tonalités, on retrouve donc la fameuse règle muratienne dite des 3 T – tempo, tonalité, tructure – que Pietri paraît avoir faite sienne.

"Autre truc qu'on a partagé avec Murat, moi je suis persuadé : le tempo, c'est dé-ter-mi-nant ! À un poil près, à un, deux numéros près, c'est déterminant. Parce que ça change non seulement le groove, mais ça change le son. Bizarrement, ça ne sonne plus de la même façon".

- De la tournée qui suit Passions privées, Pietri ne semble conserver que de vagues souvenirs, évoquant néanmoins des « grosses dates ». Seul guitariste, ses possibilités d'improvisation sont limitées. « Si j'arrêtais, il restait basse-batterie. » Il se met alors à fantasmer la présence d'un clavier.

"C'est moi qui lui parlais de Denis, à l'époque de la première tournée, on le connaissait pas, je disais « Putain, ce serait d'enfer... » Moi, c'était très égoïste, je me disais « Si y avait Denis, je pourrais rigoler un peu plus, au lieu de me faire chier à faire tout le temps des pompes ou des arpèges. » J'avais trente balais, j'ai changé".

- Et de fait, Denis entre dans la carrière de Murat dès l'album suivant – Cheyenne Autumn – apportant ses machines avec lui.

"À mon avis, au niveau de la démarche, je pense qu'il a utilisé les machines parce que c'était tellement pratique, il a pas envie de se faire chier avec 12000 trucs, c'est quelqu'un qui aime l'efficacité, Jean-Louis. Il a pas envie d'enculer les mouches, il a envie de faire des chansons. Denis est un excellent musicien, qui maîtrisait très bien les machines, donc il aurait eu tort de s'en priver".

Photo HPF


- On retrouve Jérôme Pietri sur un titre de ce nouvel album, mais entre-temps, l'aventure El Diablo prend fin dans la douleur et Pietri envisage sérieusement de se reconvertir.

"Après El Diablo, je voulais plus entendre parler de blues, j'ai même failli arrêter la musique complètement. Parce qu'on n'était que 3, on s'entendait vachement bien musicalement, humainement, malgré tout ça, ça foire, j'ai dit « J'arrête tout, je laisse tomber, c'est pas la peine ». Et c'est Jean-Louis qui m'a dit « Arrête tes conneries, arrête de te regarder le nombril, tu te bouges le cul ». Sinon, je voulais faire de la lutherie. Murat m'a remonté les bretelles, m'a dit « Viens courir », il m'a amené courir, je lui suis redevable. La course, ça te remet d'aplomb mentalement. Parce que le moral dépend du physique, contrairement à ce qu'on pourrait supposer, et c'est vachement vrai, mais quand t'es jeune, t'en as pas conscience. Jean-Louis était un adepte du footing. On y allait avec Alain régulièrement".

- À peu près à la même époque, il joue donc de la guitare sur un titre de Cheyenne Autumn.

"Il m'a appelé pour faire de la slide sur « L'ange déchu ». J'en avais chié d'ailleurs, parce que je jouais pas beaucoup de slide à l'époque et jouer sur cette harmonie-là, c'était pas facile, donc je m'étais bien fait chier. Mais c'est pas du tout péjoratif, au contraire, j'aime bien me faire chier, parce que ça t'oblige à te dépasser et à découvrir des horizons que t'aurais pas découverts sinon. Il a gardé 3 gouzis à la fin, alors que j'avais joué sur tout le titre. Mais c'est un choix, là il a fait producer : c'est lui qui décide, c'est sa chanson, il produit, c'est lui le patron. C'est normal. Moi je fais mes trucs, c'est moi le patron, c'est comme ça que ça marche".

- S'ensuit assez naturellement une participation aux enregistrements de Marie Audigier, la compagne de Murat à l'époque.

"Marie m'a branché pour faire un truc. J'étais content de le faire, Marie est quelqu'un d'extrêmement gentille et elle m'avait dit « J'veux plein, plein de guitares ». Elle était barrée sur ce groupe anglais, je me rappelle plus, sur lequel il y avait plein de guitares. Alors j'ai bossé plein, plein de guitares".


Les 4 pochettes


- Choix de production oblige, une petite partie seulement de ce travail est retenue. Ce qui n'empêche pas Pietri d'intervenir une nouvelle fois sur Vénus, le temps du « Matelot ». Dans le rôle, qui peut parfois s'avérer ingrat, d'instrumentiste au service de l'artiste
.

"Il m'a appelé à la fin. Là, j'étais allé à Douharesse, je me rappelle. J'étais barré à fond retour blues-rock et donc Denis lui en avait parlé, parce que Denis avait cette idée de moi où, sur la fin de certains trucs, je me barrais dans ce qu'on appelait un solo-fleuve, sans filet, où il se passait plein de trucs. Des fois, j'étais touché par la grâce, des fois pas. Ça arrive. Et il voyait un truc dans cet esprit. J'ai fait ce qui me passait par la tête. Maintenant, je sais pas, ça lui a peut-être pas convenu, parce qu'il m'a gardé quelques petits bouts de trucs à la fin".

- C'est à ce jour la dernière collaboration de Pietri avec Murat. Les années qui suivent sont faites d'un éloignement progressif, pour des raisons difficiles à déterminer. Quelques rencontres occasionnelles, près du Servières ou le temps d'une fondue partagée à Douharesse, des rendez-vous manqués, faute de temps, d'audace ou d'envie, des nouvelles qu'on se transmet, malgré tout, par l'intermédiaire des proches, Christophe Pie ou Sarah Julien, la compagne de Jérôme depuis près de 20 ans, ancienne guitariste de Subway avec qui JLM s'est produit quelquefois. La célébration de l'anniversaire de Passions privées lors de l'édition 2012 de Koloko aurait pu constituer une opportunité pour des retrouvailles.

"Je crois pas qu'il m'ait contacté. S'il l'a fait, c'est peut-être par personne interposée... Je pense pas qu'il m'ait appelé, non... Non, non... Non, je m'en serais souvenu a priori".


Pie et Pietri


- Et le concert annuel donné par Murat au profit de Clermauvargne étant habituellement programmé le samedi, jour où Pietri est souvent sur scène, il regrette de n'avoir jamais pu s'y rendre.  Cette distance avec « Jean-Louis », l'ami, ne l'empêche pas d'avoir un point de vue sur Murat, l'artiste. Sur l'auteur, d'abord, pour lequel Pietri éprouve le plus grand respect.

"Jean-Louis, pour moi, est un vrai poète (sans lui passer de pommade) ce que je ne serai jamais. D'ailleurs, il m'avait branché à un moment, il m'avait dit « Bosse les textes », je lui avais dit « Jean-Louis, arrête, déconne pas ». Je pense que je n'aurai aucun talent dans l'écriture, je peux travailler 150 ans – en supposant que j'arrive à vivre 150 ans – en travaillant tous les jours, je serai jamais bon, parce que ce qui m'intéresse, c'est d'avoir la magie, c'est qu'il y ait l'étincelle. Si je lis un texte de Murat, tu vois, je vais te le dire, « Le col de la Croix-Morand », hein, «comme un lichen gris / sur un flanc de rocher / comme un loup sous la voie lactée / je sens monter en moi / un sentiment profond / d'abandon », tu vois, je m'en souviens, ça fait 25 ans que j'ai pas lu. Quand on a bossé ensemble, il me l'avait fait écouter en premier, je lui avais dit « J'aime vachement, ça sonne assez blues finalement ton truc ». C'était à Pessade, je m'en souviens, qu'il me l'a fait écouter. Jean-Louis est un vrai poète, il a l'étincelle quand il écrit. Ses vers, je m'en souviens, sans musique, je les lis, ça me met les poils. Je lis ses vers, le début de « La Croix-Morand », ça me met les poils. Ça me les a mis il y a 25 ans ou 30 ans, ça me les met aujourd'hui".

- Ses louanges sont logiquement plus tempérées pour le musicien, Pietri ayant à ce niveau quelques compétences à faire valoir...

"Je pense que la différence de perception, c'est que je suis quand même beaucoup, beaucoup guitariste... Il a passé beaucoup plus de temps à écrire que moi et j'ai passé beaucoup plus de temps à travailler la guitare que lui. Pour moi, la musique passe avant le texte et pour lui, je pense que c'est le contraire quand même, ou alors il a changé peut-être".

- On lui parle du retour aux guitares de Murat à la fin des années 90, notamment sous l'influence de Marc Ribot, de la mise en avant par le chanteur de son travail de musicien, lui qui déclarait en 2006 « aimer de plus en plus jouer de la guitare », au point d'affirmer en souriant : « Maintenant, j'ai une vie de guitariste, cela me plaît beaucoup ». Pietri reconnaît qu'il n'a pas suivi en détail le parcours de son vieux camarade.

"Ça fait des années que j'écoute plus que du blues, du rock n' roll et du jazz, ce sont mes trois mamelles. Donc, en toute objectivité, je dois dire que j'ai pas suivi en détail ce qu'il a fait".

- Il n'en a pas moins un regard de professionnel sur les ambitions d'instrumentiste de JLM.

"Il a bien fait de s'accompagner à la guitare, y a des tas de blaireaux qui s'accompagnent à la guitare, il fait le truc largement aussi bien qu'eux, voire mieux. Il est suffisamment musicien pour s'accompagner, il faut quand même bien reconnaître, me semble-t-il, qu'il brille plus par ses talents de songwriter – compositeur aussi, pas seulement poète – que d'instrumentiste. Faut pas déconner, c'est quand même pas Derek Trucks..."

- Certes, et Murat n'a sans doute jamais eu la prétention de rivaliser avec celui que le magazine Rolling Stone classait en 2011 parmi les 20 meilleurs guitaristes de tous les temps, juste entre Neil Young (admiré par Murat) et Freddie King (à qui Pietri rendait hommage sur son premier album, avec le très revigorant « Apologies to Freddie »). Cette évaluation exigeante d'un musicien expérimenté s'achève d'ailleurs avec le sourire, puisque Pietri relève, pour s'en amuser, ce qui pourrait s'apparenter à un croisement.

"Le truc rigolo, c'est que lui, donc, il est devenu plus guitariste à un moment et moi, sur le dernier album, je suis plus songwriter que guitariste paradoxalement, même si je joue de la guitare".

 

(à suivre)

 

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Doit-on dès lors s'attendre à voir Murat crédité comme guitariste sur le prochain disque de Pietri ? Hypothèse évidemment fantaisiste, ce dernier étant suffisamment maître de son instrument pour ne pas avoir besoin de le confier à quelqu'un d'autre. Il n'est en revanche pas interdit de rêver à des retrouvailles entre les deux hommes, guitare en main. Concluons donc cette rencontre par un vœu, précédé d'un souvenir.
« L'ange déchu », on l'aura compris, se termine par quelques accords de slide guitar joués par Pietri, qui ajoute ainsi à ce morceau une couleur blues peu présente à l'époque dans la musique de Murat. Sur le même album, Cheyenne autumn, on peut entendre, en ouverture et en clôture de la plage 11, les pleurs d'un bébé. Le livret nous apprend que ce nourrisson se nomme Yann C. Nous sommes alors à la fin des années 80.
Transportons-nous à présent fin 2013, lors de la soirée de célébration des 50 ans du rock à Clermont. À son arrivée sur la scène de la Coopérative de Mai, Pietri remercie les organisateurs et confie : « Je suis ravi de jouer avec le fils de mon pote Denis, ça me fait drôle. » Il est en effet accompagné ce soir-là, comme tous les participants, par The Elderberries et leur batteur, Yann Clavaizolle. Autrement dit : Yann C. À un quart de siècle de distance, voici donc le vieux bluesman Pietri et le désormais jeune adulte, Yann C., réunis une deuxième fois. Lorsqu'on mentionne ce détail à Pietri, il en rit : « Elle est très bonne. »
Puisque le temps, dans sa souplesse, s'autorise ce genre d'acrobaties, demandons-lui une faveur : qu'il offre un de ces quatre (lors d'un prochain Koloko par exemple, cette soirée se prêtant à toutes les audaces) à Pietri et Murat l'occasion de se retrouver ensemble sur une scène, guitare à la main, ne serait-ce que l'espace d'un titre. Et pourquoi ne pas imaginer derrière eux, pour les booster, le jeune Yann C ? Quant au répertoire, il ne devrait pas être trop difficile à déterminer, puisque les deux hommes ont un certain nombre de goûts musicaux en commun. Le blues, bien sûr, qu'il s'agisse du plus ancien, celui du Delta, pratiqué par John Lee Hooker notamment, ou du blues blanc façon Tony Joe White, mais aussi le blues-rock à la manière d'un groupe comme ZZ Top – le « péché mignon » de Murat – qu'ils ont tous les deux repris chacun de leur côté. ZZ Top, qui avait signé au début des seventies la chanson « Beer Drinkers & Hell Raisers », titre qui, certaines années, résumerait assez bien l'état d'esprit des participants à Koloko, qu'ils se trouvent dans la salle ou sur scène. À bon entendeur... Santé !

M.

 

La suite : partie 3 à lire là

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Merci à M. pour ce gros travail (retranscription, mise en ordre...et la qualité du questionnement), et bien entendu à M. Pietri de nous avoir accordé un peu de temps. Je remercie encore les auteurs des photos ayant été utilisés dans la partie 1 de cette interview.  On se quitte en écoutant un peu de sa guitare sur Passions Privées, avant que vous alliez faire un tour sur  le site officiel de Jérôme Pietri.     Nouvel album: Gone fishin'

 

 une vidéo de la commentatrice Rhiannon:

 

ma vidéo:

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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Matthieu 20/10/2014 17:43

Conformément à ce qui est écrit dans l'article, Davy Sladek (ici en photo aux côtés de Jérôme Pietri et du couple Clavaizolle) est bien présent sur "Babel", mais à la flûte et non au saxophone. Il intervient notamment sur le premier single, "J'ai fréquenté la beauté", dont il renforce grâce à son instrument le côté ritournelle.

Pierre K 10/07/2014 17:22


Hello Pierrot.

Honte à moi, je n'avais jamais lu cette interview. Elle est très intéressante. !

Muse 21/06/2014 07:16


Merci à Jérôme Pietri pour avoir répondu à ces questions, Matthieu. Je suis surprise et chagrinée que JLM ne l'ait jamais recontacté (d'autant plus surprise pour la réalisation de la tournée du
Cours Ordinaire des Choses qui s'y prêtait à merveille) sachant la valeur musicale et instrumentale de Jérôme. Quand on a près de chez soi quelqu'un d'aussi doué, d'aussi talentueux, on ne s'en
prive pas...Mais bon, peut-être qu'aussi les deux hommes préfèrent travailler chacun de leur côté...
En tout cas, ça me ferait très plaisir que JLM l'invite pour une tournée et un album. Jérôme Pietri y apporterait sa touche inimitable et ce serait l'occasion pour JLM de faire découvrir ou
redécouvrir cette grande pointure de la guitare blues française...

Matthieu 18/06/2014 16:20


   Merci à vous, Rhiannon et Flo... J'espère que ce sont surtout ses mots à lui que vous avez lus, plus que les miens. Je dois avouer que j'ai eu "les poils"
moi aussi pendant l'entretien, lorsqu'il s'est mis à me réciter par coeur un bout du "Col de la Croix-Morand".


   Quant aux voeux, Pierrot, je te signale que je n'en ai conçus que deux dans ma vie concernant JLM : le premier, c'était de voir Murat faire appel à des jeunes musiciens du coin pour
casser un peu la routine ; le second, de rencontrer ce mystérieux individu qu'on appelle dans toutes les salles de France Pierrot le Blogueur. Et ils ont tous les deux été réalisés... Alors je
fais ce que je vOeux !!

Rhiannon 16/06/2014 18:24


Quel plaisir de te lire Matthieu...grandes admiration pour Mr Jérome Piétri...un grand monsieur...mon souhait est aussi de les voir sur scène lors d'un Koloko avec Mr Alain Bonnefont...ce serait
vraiment le pied..la transe totale...rien que d'y penser .."j'ai les poils" comme dirait Mr Jérome Piétri...;)

Flo Réal 15/06/2014 22:57


Bravo Matthieu c'est un vrai plaisir de te lire ...! et merci à tous les deux. Interessant.

pierrot 15/06/2014 14:08


ah, Matthieu tu fais des voeux... Koloko y est propice... moi même j'avais suggéré une fête pour les 10 ans de Lilith (tiens, j'en ai croisé une hier, de Lilith)... Les interviews aussi : j'avais
demandé que Michel Zacha soit enfin crédité sur le site officiel sur le LP murat (les crédits indiqués sont faux)... mais cela n'a jamais été fait.