J/Murat parle de J/Lennon

Publié le 8 Décembre 2010

 

  Une icone à dézinguer?  Une statue à déboulonner? un scarabé à éliminer?   

"Murat à tout faire" à votre service!

 

 

Voici donc que l'on célèbre la mort de John Lennon. On l'enterre même deux fois puisque Yoko a demandé à Cali de lui rendre hommage!    (oui, au niveau des tacles, tenir un blog sur Jean-Louis Murat, c'est formateur!)

 

Cela m'a donné l'idée d'aller  voir du côté des archives...  Voici donc une petite revue de presse, sans doute nettement plus facile à réaliser pour Lennon que pour les Rolling stones! En effet, c'est vers ceux-ci que le coeur de Murat balance.   Et pourtant, Lennon partagent leur même passion pour la musique américaine  (Lennon  a d'ailleurs fait un album de reprises en 1975 - rock and roll- dont Jean-Louis ne rejetterait pas tous les titres... )

 

cow-boy-pochette.jpg

 

 

Fais-tu un complexe vis-à-vis des Anglo-Saxons ?

Dans Johnny Frenchman, sur Passions privées, je dis "Attends que la crinière pousse au lionceau", je parlais pour moi. Cette chanson était au départ une lettre ouverte à Costello, car j'avais lu une interview où il nous traitait de minables. C'était à l'époque des Pale Fountains : d'un seul coup, je sentais quelque chose de neuf, que je pourrais aller dans cette direction. Je voyais les Anglais comme des voyageurs modernes, avec une langue invincible mais je leur disais "Attends que la crinière pousse au lionceau", je sentais qu'il faudrait du temps. Ça peut s'apprendre, il faut avoir des connaissances en art poétique, aimer la grammaire, le vocabulaire, écouter beaucoup de musique, trouver son rythme à soi, ne pas se précipiter. J'avais conscience de partir de très loin. Un peu comme le retard de la renaissance française sur la renaissance italienne.

On pourrait penser qu'en vingt ans, le tour de ce genre musical a été fait. On peut soit baisser les bras, soit penser que le genre musical est acquis et que les territoires sont maintenant personnels, intérieurs. Et c'est encourageant, on peut croire que c'est un progrès de civilisation. Plutôt que de juger si le type est bon explorateur, s'il fait du nouveau, il s'agit de savoir s'il fait du vrai. Ici, on est assez fort pour l'exploration intérieure, pour avancer dans sa forêt vierge. On est plus introverti, on a plus le sens du sacrifice. A part quelques exceptions, des gens comme Lennon, eux ont assez peu le sens de la culpabilité. Dans cette espèce de far-west intérieur, on peut être les champions.

 Les inrocks 91

 

 

O. NuC: Vos chansons ont un côté plus brut que par le passé.

J'ai préféré revenir au cœur des choses. L'impasse, ç'a été l'album Dolorès. J'ai passé six mois en studio avec trois logiciels Pro-Tools. J'en avais marre d'intellectualiser. Le rock est devenu chiant à partir du moment où il a eu des prétentions intellos. Le point de non-retour, c'est le jour où Lennon rencontre Yoko Ono et commence à vouloir faire de l'avant-garde. Il est temps de remettre la sauvagerie et l'innocence au cœur de la musique, d'en faire à nouveau un art premier. Et puis, on n'a rien trouvé de mieux qu'un larsen pour représenter le monde dans lequel on vit, n'est-ce pas ?

  Le monde 2003



 

Comment montrer que Jean-Louis Murat est insupportable? Du côté du Monde, on le sait : on place vite fait un bout de citation tronquée contre Lennon:

 

Il faut dire que Murat sait se rendre insupportable. Tout en écrivant Les Gonzesses et les pédés, un rock incisif contre le leader du Mouvement national républicain (MNR) Bruno Mégret, il dit du mal de John Lennon : "De la musique pour le Crédit agricole." Il s'en prend aussi à José Bové, au réalisateur américain Michael Moore, pourfendeur de George Bush : "Des showbizziers à trois balles, qui font du bien aux bourgeois blancs et desservent une juste cause."

Le monde 2004

  Murat s'emballe toujours en parlant, il fait loupe : prend un point précis et le grossit (exemple : " Imagine, de John Lennon, c'est une musique pour le Crédit agricole").

Le monde 2006

 

Il semble que la citation exacte soit :

 

  Chaque fois que tu demandes un prêt de 4,5 % au Crédit agricole, ils te balancent Imagine. C'est pour ça que je n'ai jamais pu saquer John Lennon. En plus d'avoir fait splitter les Beatles à cause d'une biche il a quand même trouvé la plus conne à New York , ce type a fait des chansons qui peuvent servir au Crédit agricole ! Je déteste Imagine. Elle porte le poison du temps, c'est une chanson de Jean Paul II. Je déteste les gens qui imaginent, les gens qui parlent d'un autre monde, qui te font chier avec un autre monde. Le monde est ce qu'il est. Un oiseau qui pisse, c'est un oiseau qui pisse. Alors, si tu veux un autre monde, prends-toi en charge, défonce-toi, fais de la musique, de la poésie mais ne dis pas que c'est la politique qui va faire un autre monde.

 
Mais là, je n'ai pas la source (j'ai trouvé la citation dans un forum)

 

 

 

"Une chanson sert à séduire une femme ou bien à faire la révolution" : c'est toujours votre avis ?

Oui. Je crois que les grandes chansons sont ou des chansons révolutionnaires ou des chansons d'amour. L'amour ou la révolte, c'est la fonction de la chanson. La seule autre, très présente il est vrai d'ans le show-business français [rires] : c'est de payer ses impôts. Mais ça n'est pas nouveau : John Lennon, déjà, disait des artistes anglais qu'ils avaient deux motivations, la première c'était de gagner beaucoup d'argent, la seconde de payer le moins possible d'impôts ! C'était l'époque où tous les chanteurs anglais, à part McCartney, partaient aux Etats-Unis, Lennon y compris...

Chorus,N°6,   automne 93

 

 

 

 

  A propos de "les gonzesses et les PD":Les inrocks 99 :

Ca rappelle carrément Clara, le premier groupe que j'ai fondé en 76, quand j'ai abandonné mon travail dans l'import/export et que j'ai cru devenir punk ! sur mes disques, il y a toujours comme ça une chanson limite ringarde, une sorte de bémol. C'est ma façon à moi de désamorcer les choses, de dire que finalement tout ça n'est pas si grave, que je ne suis pas aussi triste sire que j'en ai l'air (rires)... Tous les disques que j'aime bien comportent ainsi un moment un peu kitsch, même ceux des Beatles ou des Stones. Même ceux de Neil Young. J'assume tout à fait mon côté ringard. Je ne le cultive pas, mais je n'essaie pas non plus de le maquiller. Je dis toujours aux musiciens avec lesquels je travaille : "Attention les gars, avec moi on peut passer en une fraction de seconde du sublime au ringard, donc je vous demande un peu de tenue" (rires)...

 

 

A propos de Clara:

Pour l'anecdote, on retiendra que le groupe faillit s'appeler « L'homme qui a tué John Lennon » : « Trois ans avant que Lennon soit abattu, en décembre 1980! Incroyable, non ? Tout simplement parce qu'on avait au répertoire une chanson de 1977 qui portait ce titre ! Ça n'avait pas fait l'unanimité et on avait laisse tomber.

Chorus 41, 2002

 

  

Du côté de labels, on n'hésite pas à comparer l'alliance Murat/Jimenez au duo créateur des Beatles.

  Guitare, basse, batterie, en avant l’intro, on passe le pont et par ici la sortie. Du rock, légèrement folk, mais franchement concis. Murat qui envie depuis toujours Neil Young avec son Crazy Horse en stand-by permanent, toujours prêt à bondir, à chevaucher à ses côtés, rêvait d’un tel groupe pour lui, d’une véritable complicité. Marre de sa vie de loner auvergnat. Car la musique, la meilleure, comme l’amour, ça se crée au moins à deux. Allez demander à Lennon-McCartney, Jagger-Richards, Stills-Young et aux autres tandems de légende. Murat le solitaire s’est donc enfin trouvé un partenaire, un petit frère de son, le Suisse Fred Jimenez

Labels 2003

 

 

La plus prolifique des personnalités du rock en France ne se prive pas de parler de «la douleur» qu'il y a à travailler à la fois sur ces deux héritages, l'histoire touffue de la poésie française et «la chanson populaire des États-Unis au XX e siècle». Il insiste: «Le sommet, c'est le jazz, le blues et le rock, Robert Johnson, Bob Dylan et les Rolling Stones je considère les Stones comme étant un groupe américain. La chanson française au XXe siècle est coincée sur Berlioz et Baudelaire. En 1914, elle est morte: il faut les orchestres de jazz venus de la Nouvelle-Orléans avec l'armée américaine pour qu'elle se régénère. Ensuite c'est Charles Trenet qui met Charles Cros sur du Fats Waller, ce qui est quand même beaucoup plus difficile que de mettre du Jacques Prévert sur du John Lennon» Et pan sur sa propre génération!

Le figaro 2008

 

Il en parle quand même assez souvent de John finalement!, et il le cite:

 

 

Constat peu brillant donc pour notre musique hexagonale : « Le rock n’a jamais pris. Comme disait John Lennon : “Le rock français c’est comme le vin anglais”. » Bref, on ne peut pas faire du bon rock dans des charentaises ».

France Soir 2009

 

  

 

Et puis tiens, Murat convoquait les Beatles à Vaison la Romaine... mais plutôt pour se foutre de leur gueule :

«Je veux bien te chanter le Yellow Submarine, alors plutôt façon Jenifer/Je peux aussi te faire Philippe Lavil, mais ça, ça va te coûter plus cher»   (Yellow submarine est plutôt une chanson de Paul)

 

 

J’aime beaucoup Galliano, j’ai porté, pour une séance photos, des vêtements dessinés par lui et inspirés de l’époque napoléonienne. J’adore la dinguerie du mec, c’est assez musical, un fantasme de tenues des Beatles ou des Stones.

elle, 2006

 

 

 

 

 

 

 Oui, un fantasme d'un âge d'or... et,  je n'ai pas  reproduit les extraits, mais dans les archives, quand Murat évoque les Beatles, c'est bien pour évoquer cette période si riche  et   répondre aux sempiternelles interrogations sur sa productivité!  Il ne manque donc jamais une occasion de rappeler que les Beatles, les stones, Dylan, sortaient des albums tous les 6 mois ou un an (d'ailleurs, Lennon a sorti un album par an de 1970 à 1975).

 

 

 

 

A+

 

 

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #divers- liens-autres

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Armelle 08/12/2010 23:04



hasard ?(pas tout à fait vu la date), je viens de regarder une vidéo youtube postée par mon fils aîné sur facebook; il s'agit de la traduction en français et en belles images de IMAGINE! c'est
donc marrant de lire juste après ce que Jean-Louis pense de cette chanson...