Interview in the "NORD ECLAIR"

Publié le 25 Septembre 2011

 

 

Excellente interview... avec un Murat égal à lui -même... Il ne change pas... 

 

 

PROPOS RECUEILLIS PAR PATRICE DEMAILLY > patrice.demailly@nordeclair.fr
http://www.nordeclair.fr/Loisirs/Musique/sorties_disques_-_rencontres/2011/09/25/jean-louis-murat-l-indomptable.shtml

Jean-Louis Murat, l'indomptable

Jean-Louis Murat enregistre ses albums en six jours avec interdiction de toucher aux prises. Photo Carole Epinette Jean-Louis Murat enregistre ses albums en six jours avec interdiction de toucher aux prises. Photo Carole Epinette

 

RENCONTRE « Grand Lièvre », 19e opus de l'Auvergnat, fait la part belle à la guitare acoustique et aux choeurs. Un grand cru.


Savez-vous toujours à l'avance quelle direction vos albums vont prendre ?
>> Je rebondis d'album à album. J'imagine ça comme une sorte de grand espace à occuper. Et chaque disque est la pièce d'un puzzle.

Pourquoi avez-vous appelé le disque « Grand Lièvre » ?
>> C'était un titre provisoire. Qui est devenu définitif.
On ne sait jamais comment les appeler. Le lièvre, c'est aussi une espèce en voie de disparition.

Comme vous ?

>> En tant que chanteur, absolument. La chanson française est, elle aussi, une spécialité en voie de disparition. Ce n'est pas une extinction mais une lente transformation. Elle devient du folklore. C'est son grand danger. Tous les nouveaux groupes chantent en anglais.

Vous le déplorez ?
>> Dans le fond, je m'en fous. C'est rigolo, ils ont des accents à coucher dehors.
J'ai des amis musiciens américains qui ont eu des crises de fou rire en écoutant ça. Ils ont trouvé les textes complètement tartes ! L'inverse est aussi de mise. Quand Bowie chante Amsterdam, c'est un sommet (Il l'imite). Mais qu'est-ce qu'il raconte ? (Rires)
Dans la création, connaissez-vous des périodes d'angoisse ou d'incertitude ?
>> Le prochain disque est déjà écrit donc je m'en fiche. Ma seule angoisse, c'est de ne plus avoir envie, de perdre la motivation. Comme je ne crois pas à l'imagination, cela ne me dérange pas. L'imagination, c'est le produit d'un travail, ce n'est pas le Saint-Esprit. Parfois, je me dis que ça ne sert à rien. Je ne suis pas idiot, je vois que mes ventes baissent à chaque album. Je vais finir par jouer devant 50 personnes...

Pourquoi continuez-vous alors ?
>> Parce que je ne sais faire que ça. Je sais que je serais très à l'aise sur les grandes scènes. J'en ai ras le bol de jouer devant 250 personnes. Une fois, j'ai joué devant 10 000 personnes et là j'étais comme un poisson dans l'eau. Mais sinon, je n'ai jamais fait un Zénith de ma vie. Je suis condamné à me produire dans les petites salles, c'est ça qui me déprime le plus.

Sur ce disque, vous donnez l'impres
sion
d'être en paix avec votre voix...
>> Peut-être qu'avec le temps, je commence à chanter comme il faut... Mais c'est vrai que je me suis libéré avec le chant. Avant j'étais dans des stratégies de dissimulation.

Les choeurs omniprésents, c'est une nouveauté chez vous ?
>> Je n'avais jamais fait ça. L'intérêt, c'était de se retrouver avec des potes. On a fait un week-end de garçons à quatre. On buvait, on fumait et puis de temps en temps on faisait les choeurs autour d'un micro. Un peu à l'ancienne. Les voix très aiguës de nanas, c'est moi qui les fais. Cela énerve mes potes que j'aille beaucoup plus haut qu'eux.

Vous n'arrêtez jamais d'écrire ?
>> Je me fais ch(...) sinon. Déjà que pour moi, la vie c'est sacrément ennuyeux.
En plus, si je n'écris pas, je me suicide.

Ennuyeuse la vie, vraiment ?
>> Je me supporte beaucoup mieux si je sais qu'à la fin de la journée j'ai écrit une chanson. Je suis plus « léger » comme dirait Strauss-Kahn...

D'où le morceau « Je voudrais me perdre de vue » ?
>> J'ai beaucoup de mal avec moi-même. Je me connais tellement bien qu'il y en a marre de ressentir le soi-même stéréotypé et génétique. J'ai tout essayé, j'ai changé de nom (son véritable patronyme est Jean-Louis Bergheaud, ndlr).

Vous sentez-vous inadapté à la société ?
>> La société est une folle. Je ne vois pas pourquoi il faudrait qu'on s'adapte à une folle. Elle est égocentrique, maniaque, dépressive mais folle d'elle-même surtout.

Vous restez donc cantonné chez vous ?
>> Cela m'évite les problèmes. Je suis finalement un mec assez asocial. Tout me met hors de moi. Dans la ville, on voit toujours des choses très choquantes. Ma limite, c'est le village en dessous de 500 habitants.

Dans « Vendre les prés », vous évoquez le dépeuplement des campagnes. Cela vous navre ?
>> C'est un constat à l'échelon mondial. En France, c'est plié depuis longtemps. La fin de l'agriculture était déjà scellée vers les années 60. Cela commence après 14-18. On est passé de 35 millions de Français paysans à 7 millions en 1945. Aujourd'hui, ils sont 200 000. Dans 30 ans, 85 % de la population mondiale sera dans les villes. Une folie douce !

« Le champion espagnol », un hommage au cyclisme ?
>> J'ai toujours voulu être champion cycliste. C'est beaucoup mieux de gagner le Tour de France qu'être numéro 1 au Top 50.

Malgré le dopage ?
>> Je suis complètement étanche à ça. Pour moi, le dopage n'existe pas. C'est comme la drogue, cela tue les cons ! Les gens qui n'aiment pas le sport n'arrêtent pas de parler de dopage. C'est le cas notamment du journal L'Équipe .
Zidane ou Noah chargés comme des mules, ça ne les a jamais dérangés.

Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire une chanson pour le prochain album d'Isabelle Boulay ?
>> Elle a une superbe voix. J'écris pour n'importe qui, il suffit qu'on me demande. C'est alimentaire. Tous les ringards de la chanson réclament à Miossec, Dominique A, Beaupain ou moi d'écrire une chanson. On est une grosse dizaine dans la boucle. Il y a une sorte de pédophilie artistique.

Votre « grande » chanson est-elle encore à écrire ?
>> J'espère bien ne jamais tomber dessus.
Parfois, j'ai senti que j'écrivais « THE » chanson mais je me suis toujours démerdé pour la saborder. D'avoir un tube, ça me tuerait.

N'est-ce pas paradoxal avec votre envie de jouer dans des grandes salles ?
>> Mais la vérité est dans les paradoxes. Il ne faut pas avoir peur d'eux. Je suis constamment dans la contradiction. Je pense une chose et une heure après son contraire. Avec la même conviction. Ma femme, ça la rend dingue ! (Rires)w « Grand Lièvre ». Disque Polydor. Sortie le 26 septembre. 14,99 E.
En concert le 26 octobre à 20 h au Splendid à Lille. 30 E.

 

 

...Oui, je le pense depuis longtemps... Sa femme mérite sans doute une palme pour supporter ses contradictions et ses doutes!

 

 

 

LE LIEN EN PLUS :

 

Du côté du Nlle Obs, minimal syndical avec la reprise de l'AFP:

 http://teleobs.nouvelobs.com/articles/jean-louis-murat-un-nouvel-album-entre-legerete-et-noirceur-absolue

 

A noter tout de même dans l'édition de la semaine, un article sur le nouveau Manset... nouveau.... livre... hélas.... (Manset a son Bayon dans ce journal : c'est Armanet... )

Rédigé par Pierrot

Publié dans #actu-promo- 2010-aout 2011

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lew 25/09/2011 18:23



le Bahamontès de JLM, c'est comme le Lola Montès d'Ophuls, c'est du sublime qui percole dans le tragique, du merveilleux nidicole au coeur même de l'aire de repos
prosaïque d'un grand aigle de Tolède.


Jean-Louis Murat, en chanson française, est celui qui arrive le premier en haut du studio montserra et qui attend les autres chanteurs et musicos largués dans la
pampa du rythme des textes et déposés dans le tempo de la montée mélodique.


il les attend en haut du col de la Croix-Morand en train de sucer un cornet de glace au sorbet myrtille.


tranquille comme Baptiste.


sa position concernant le dopage est connu de ceux qui le suivent de près (sans lui sucer la roue).


je la trouve originale, forte, et finalement très chevaleresque (son point de vue est d'ailleurs partagé par Sloterdjik, grand amateur de vélo, et par un écrivain
français dont le nom m'échappe aujourd'hui mais qui s'est rendu l'auteur d'un texte récent, sur le même sujet ; pour lui la chasse au dopage serait le fait de médecins perclus dans la morale, le
moralisme, la moraline, et viendrait, paradoxalement, d'une "scientifisation" de la recherche en matière de récupération chez les coureurs cyclistes, et d'un soupçon de restes de religion
protestante, également.


pour lui, ces médecins auraient eu bonne presse aux yeux des jeunes coureurs à partir des années quatre-vingt , celles qui virent un profond changement sociologique
des sportifs professionnels de la petite reine.


ceux-ci, bacheliers pour la plupart, étant très intéresssés par les techniques type EPO, hormone de croissance, etc..


c'est leur rencontre avec ces médecins qui les empêchèrent de se charger la mule comme le faisait Anquetil à coups d'amphètes et d'alcool, qui les orienta vers des
moyens plus scientifiques.


ps, qui n'a rien à voir :


j'aime bien quand Murat voit le sport comme un moyen de connaisance du monde, de développement de soi, de plaisir, les enseignants ont tendance à jeter tout ça par
la fenêtre, bien souvent.


je préfère le grand lièvre au petit Lièvremont, l'entraîneur des Bleus en Néo-Z.


il s'énerve moins face aux journalistes, et il est digne sans être obséquieux, lui.