Cherhal, Benabar, Delerm... et l'invité surprise!

Publié le 24 Novembre 2012

Voici donc offerte à vos yeux et votre espace de cerveau disponible la dernière PARTICIPATION amicale et désintéressée de MATTHIEU à l'alimentation de ce blog. Aujourd'hui, il vous propose un retour en arrière autour de représentants de l'ancienne nouvelle nouvelle nouvelle chanson française... que Biolay d'ailleurs évoquait dans son interview à Télérama il y a deux ou trois semaines : Bénabar, Jeanne Cherhal et Delerm... regrettant d'avoir trop tapé à droite et à gauche... Héhé... ce n'est pas sans rapport avec ce qui est évoqué ci-dessous. Merci Matthieu! ET bonne lecture!     
Perso, cela ne m'a pas beaucoup plus : en effet, je suis un peu vert d'avoir interviewé Jeanne Cherhal et de ne pas avoir retrouvé cette interview pour lui en parler...  (oh, un smiley!)

 

 

 

Devine qui vient dîner ?

ou

Murat, le refoulé de la chanson française ?

 

     La récente disparition du journaliste Jean Théfaine nous fournit un prétexte facile pour nous souvenir de la défunte revue Chorus, dont il fut l'un des valeureux animateurs. L'occasion nous est ainsi donnée d'aller rechercher dans ses archives une apparition semi-clandestine de Jean-Louis Murat, invité perturbateur d'une réunion à laquelle il n'était pourtant pas convié. Et, plus largement, de nous interroger sur la place de celui-ci au sein de la chanson française.

 

 

     Tout le monde garde en mémoire la fameuse rencontre entre les trois monstres sacrés de la chanson qu'étaient G. Brassens, J. Brel et L Ferré, rencontre organisée en janvier 1969, rue Saint-Placide, à Paris, à l'initiative de François-René Cristiani (sur une idée de son épouse, Claudette) et publiée le mois suivant dans Rock & Folk. S'inscrivant dans la lignée de cette prestigieuse table ronde, Chorus invita à trois reprises, dans les années 1990, quatre auteurs-compositeurs-interprètes à venir discuter de leur métier. Il s'agissait alors de F. Cabrel, J.J Goldman, Y. Simon et A. Souchon. En 2004, à l'occasion de son cinquantième anniversaire, la revue renouvela l'expérience, cette fois avec trois représentants de la nouvelle génération, Bénabar, J. Cherhal et V. Delerm. Retour sur leur échange et sur la manière dont l'un de leurs collègues s'invita dans la discussion...

 PORTRAIT MOUTON

Acte I : Cherhal fait son coming out muratien, Delerm retourne dans le placard

 

     La rencontre entre les trois artistes a lieu le 27 septembre, dans l'après-midi, au siège de l'Adami, à Paris. Les trois vedettes naissantes sont interrogées par trois membres de la rédaction de Chorus, Fred Hidalgo, Michel Troadec et Jean Théfaine. Leurs propos sont enregistrés par la directrice de la publication de Chorus, Mauricette Hidalgo. La conversation commence par l'évocation des débuts des uns et des autres dans des petites salles, puis après un détour obligé par la Star Academy, jugée sans excès de sévérité, il est question du rapport de chacun à la scène et aux médias. Le ton est décontracté, Bénabar et Delerm plaisantent volontiers et c'est finalement le premier nommé qui résume le mieux les choses : « On est du genre gentils, quoi. »

     Pourtant, un nom lâché innocemment va créer un début de discorde dans cette atmosphère conviviale. Extrait :

 

CHORUS : Grosso modo, vous avez sorti chacun un album tous les deux ans. Pensez-vous pouvoir continuer à ce rythme-là ? Entre un Murat, qui publie cinquante chansons nouvelles en un an, et un Voulzy qui, le moins qu'on puisse dire, prend son temps, où vous situez-vous ? Dites-vous aussi, comme vos aînés, que la création exige un certain délai pour se renouveler ?

CHERHAL : Sûrement, oui.

DELERM : J'avais essayé de négocier avec Vincent Frèrebeau [le patron du label Tôt ou Tard], par contrat, le fait que je puisse sortir un album tous les dix-huit mois. Aujourd'hui, je suis ravi qu'il m'en ait empêché ! Cela dit, sur Murat, sa production a longtemps été sur un rythme plus normal qu'aujourd'hui... Jusqu'à Mustango, qui marque la fin de sa période normale. [petit sourire en coin] Depuis, c'est autre chose.

CHERHAL : Murat, c'est mon idole du moment.

DELERM : Pas moi.

CHERHAL : Je n'écoute que lui depuis quelque temps. Je découvre un peu tout ce qu'il a fait, globalement. J'ai détesté, maintenant j'adore.

DELERM : Moi aussi j'ai adoré ses chansons, mais...

BÉNABAR : Je ne connais pas bien...

CHORUS : Revenons au rythme de la production phonographique...

    

      Les positions sont bien dessinées : d'un côté, Cherhal déclare son amour pour Murat, une passion qui succède à une période initiale de rejet ; de l'autre côté, Delerm avoue à demi-mots qu'il a beaucoup aimé Murat, mais que ce n'est plus le cas. Les raisons de ce désamour sont floues : on croit comprendre qu'il a cessé de suivre JLM au moment de son tournant moujik des années 2000, pourtant, on sent comme une gêne. Ce « mais... » laissé en suspens semble indiquer un malaise que le chanteur-pianiste ne formule pas clairement pour l'instant. Mais on sait, au moins depuis Freud, que le refoulé finit toujours par ressortir, généralement de façon violente...

 

Acte II : Chacun campe sur ses positions

 

     La conversation reprend. Les trois artistes sont interrogés sur leur rythme de travail, leur désir d'écrire pour d'autres, la notion de bande et sur leurs influences. On apprend ainsi que Cherhal rêve d'écrire pour l'actrice Natacha Régnier et, plus surprenant, que Bénabar a pour modèle... Tom Waits. C'est Delerm qui se montre cette fois le plus lucide, remarquant que « L'étonnant, c'est que le terme de "nouvelle chanson" réapparaisse à notre propos, alors qu'historiquement c'est la première fois que la chanson française ne va pas de l'avant. » Un jugement qu'aurait pu tenir JLM, lequel déclarait en 2005 : « J'ai l'impression que pour Delerm ou Bénabar, la musique s'est arrêtée en 1955 et qu'elle reprend en 2005. […] Cette nouvelle chanson française parle d'un pays qui n'existe plus, de rapports humains qui n'existent plus. Une espèce de nostalgie faite par de jeunes vieux qui n'ont aucune insolence. » [1]

     Delerm, justement, réintroduit peu après le nom de son confrère auvergnat dans la discussion, pour charrier Cherhal. Il se réjouit d'abord d'avoir pu travailler avec Dominique A : « Ça me conforte dans l'idée qu'on vit une période assez ouverte, où il n'y a pas de rejets systématiques, de dégoûts immédiats. » Ouverte, ouverte... Bénabar semble avoir une vision moins optimiste : « C'est le discours officiel mais, pour ne parler que de moi, même si je m'efforce d'être ouvert... [moue éloquente]. » Delerm précise alors sa pensée :

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DELERM : Je pense qu'il y a peu de chanteurs à qui on irait serrer la main et qui te diraient : attends, toi, ce que tu fais, je ne veux pas en entendre parler. À part Murat, mais... [rires] L'idole de Jeanne !

CHERHAL : Ma nouvelle idole. Mon idole du moment...

DELERM : C'est pas bien, Jeanne, de l'encourager ! [rires]

 

     On commence à comprendre que c'est peut-être l'attitude relativement peu confraternelle de Murat qui indispose Delerm. Son fameux côté « bourboulien ». Pourtant, Cherhal, qui n'apprécie pas forcément cet aspect de la personnalité de JLM [2], maintient son admiration pour celui-ci. Delerm, lui, réussit encore à en rire. Pour l'instant.

 

Acte III : « À chacun sa vile manière de faire des chansons »

 

     L'échange se poursuit sur des thèmes importants, quoique convenus : la chanson est-elle un art mineur ? Est-il difficile d'être une femme dans un univers encore majoritairement masculin ? Les sujets bateau se succèdent : les Victoires de la Musique, la crise du disque, l'attention portée aux pochettes... Arrive enfin l'un des passages les plus intéressants de cette table ronde, concernant l'écriture. Bénabar explique sa démarche : « J'accorde plus d'importance à ce que je veux dire qu'à la façon dont c'est raconté... Je peux même utiliser des mots un peu moches, parce que je trouve ça plus efficace. » Un propos qui a au moins le mérite de la franchise... Cherhal, à l'inverse, revendique son souci de la forme, de la métrique, des rimes, etc. Delerm nuance et clarifie le débat : « L'écriture, en général, c'est important, mais je rejoins assez Bruno sur cette primauté qu'il y a, d'abord, à faire passer une idée, un sentiment... C'est vraiment l'école Souchon par rapport à l'école Gainsbourg. » À l'intérieur de ce panorama esquissé grossièrement, mais non sans pertinence, Cherhal choisit son camp, d'une manière timide, mais assumée :

 

CHERHAL : Je peux ajouter un truc ? Même si je me situe vraiment dans une forme de concret – j'ai toujours envie de parler de choses qui m'entourent et que je connais –, je suis attirée par des gens qui sont en plein dans l'abstraction. Comme JP Nataf par exemple. C'est quelqu'un qui écrit super bien et, par rapport à nous, il est beaucoup plus dans une espèce de nimbe irréelle. Sa façon très musicale d'écrire me fait vraiment fantasmer... Murat est un peu comme ça aussi.

BÉNABAR : Tu vas nous lâcher avec Murat, bordel !

DELERM : Arrête un peu avec lui... [rires]

 

     Alors les garçons, jaloux ? Ce n'est pas indiqué dans la retranscription de l'entretien, mais on sent que les sourires se crispent...

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  Photos prises à l'occasion de cette rencontre: au dessus, chère Jeanne s'épanouissant en parlant de Murat sous le regard désapprobateur des deux jouvenceaux, et en dessous, avec l'équipe de Chorus: Jean à gauche, assis, Hidalgo. Pierrot


Acte IV : Le retour du refoulé

 

     Puisque Cherhal évoque de nouveau JLM, les journalistes de Chorus saisissent l'occasion pour utiliser une déclaration du chanteur comme base de la question suivante. Sauf que Delerm, lui, n'a plus du tout envie de parler de Murat et il le fait savoir. Cette fois-ci, de façon très explicite :

 

CHORUS : À propos de Murat, c'est lui qui, en substance, nous déclarait dans un précédent numéro : « Si je ne peux plus faire un album à 150 000 balles, je le ferai pour 100 000 et même beaucoup moins. Parce que c'est mon boulot, ce que j'ai envie de faire. » On vous renvoie la question...

DELERM : Il raconte tellement de conneries que c'est facile de rebondir sur les trucs qu'il dit. Je n'ai plus envie de le commenter une seule fois. Pour en finir sur ce chapitre : tirer sur tout ce qui bouge, c'est un truc que l'on peut se permettre quand on fait des choses parfaites, ce qui n'est pas son cas.

BÉNABAR : Pour une fois que ce n'est pas moi qui dis du mal des collègues !

 

     Fermez le ban. On constate que le « mais... » suspendu du premier acte dissimulait en fait une forte irritation et que le désamour de Delerm est à la fois artistique et humain. Cela n'empêche pas la discussion de se poursuivre dans la bonne humeur sur des sujets variés – les sources d'inspiration de chacun, l'humour sur scène, les reprises, les chansons préférées – avant de se conclure sur l'avenir tel que le perçoivent les trois protagonistes. Cherhal veille toutefois à ne plus prononcer le nom de son « idole du moment ».

 

So what ?

 

     Quels enseignements peut-on tirer de ces apparitions fugaces mais électriques de JLM dans le cours de cette conversation ? À mon sens, il y en a au moins deux. Le premier, superficiel, est douloureux, mais compréhensible : les déclarations à l'emporte-pièce de Murat sur ses collègues peuvent finir par lasser, même ceux qui apprécient plutôt son travail. C'est le cas de Delerm, mais sans doute aussi de quelques autres, professionnels ou non. A contrario, on peut supposer que ces dézingages répétés le font pénétrer dans la catégorie, tellement prisée par certains, de personnalité « politiquement incorrect » et qu'ils lui amènent ainsi un nouveau public. Les idées politiques d'une partie de ces nouveaux admirateurs peuvent toutefois laisser songeur... [3]

     Le second enseignement me semble plus riche et plus intéressant. La distinction opérée par Delerm entre Souchon et Gainsbourg est évidemment abusive : il serait idiot – et ce n'est d'ailleurs pas ce que dit Delerm – d'affirmer que Souchon ne cherche qu'à faire passer des idées sans se soucier de la forme de ses textes, tout autant que de voir dans les chansons de Gainsbourg de simples jeux formels sans contenu. Pourtant, il y a effectivement des A.C.I. qui privilégient le propos, quitte à parfois négliger l'emballage de celui-ci et d'autres qui accordent la première place à la forme, au risque de sacrifier le fond. Pour formuler autrement la même idée, on pourrait distinguer dans la chanson française un courant plutôt tourné vers la narration et un autre vers la suggestion. JLM se situerait alors nettement dans ce second courant. Même lorsqu'il lui prend l'envie d'aborder un sujet précis, comme ce fut le cas sur plusieurs titres de Grand lièvre, il le fait moins en racontant une histoire solidement construite – selon le fameux modèle de la chanson-qui-est-comme-un-petit-scénario-de-film – qu'en agençant des sensations plus ou moins évocatrices. Or, il faut bien constater que, dans notre pays, ce sont très majoritairement les chansons narratives qui deviennent des succès auprès du public. La plupart du temps, le récit est platement naturaliste, mais il arrive qu'il puisse atteindre une dimension poétique. La fantaisie et/ou le surréalisme sont une autre piste – empruntée notamment par Trénet ou Higelin –, mais même dans ce cas de figure, la narration est généralement maintenue. Il me semble qu'à l'exception remarquable de Bashung, peu d'artistes ont réussi à faire des tubes avec des titres purement suggestifs [4]. Le succès récent de Dominique A – futur lauréat d'une Victoire de la Musique ? –, artiste qui a la réputation d'être quelque peu hermétique, confirme la règle : il a en effet reposé sur deux chansons qui ont beaucoup tourné en radio et qui racontent toutes les deux une histoire, pas sur des morceaux difficiles.

     Cette « espèce de nimbe irréelle » joliment évoquée par Jeanne Cherhal au sujet des chansons de JP Nataf et Jean-Louis Murat contribue sans doute à la valeur et à la rareté de ces deux artistes. Mais c'est peut-être aussi elle qui les condamne, par une sorte de fatalité, à une relative confidentialité. Les hermétiques mélancoliques ne semblent pas, dans notre cher pays, au bout de leur (parcours de la) peine. « Seuls sont les indomptés ».

 

                                                                                                                                                                                           Matthieu

 

 

1. Polystyrène n°85 (avril 2005). Merci à Didier Le Bras pour la citation.

2. Elle déclarait en effet, en 2003, sur ce blog : « En général, vous voyez, je ne déteste pas les grandes gueules mais taper systématiquement sur les chanteurs d'à-côté, j'ai tendance à trouver ça un peu vain. » Pour connaître les raisons de l'admiration de Jeanne Cherhal pour JLM, on pourra relire l'« Inter-Vious et Murat » n°3, réalisée par Pierrot, à cette adresse :

www.surjeanlouismurat.com/article-inter-vious-et-murat-n-3-jeanne-cherhal-44390670.html

3. On a ainsi vu récemment une publication « anarcho-royaliste » censée représenter « l'extrême droite contre-mutée » (sic) afficher sa passion pour celui qu'elle considère comme un « prophète » luttant contre l'« Empire du Bien »...

4. Je ne demande qu'à être contredit, la rubrique « Commentaires » est là, ci-dessous: il suffit de cliquer pour voir toute la clique des commentateurs... 

 

PHOTOS DE JEANNE : by TANIA ET VINCENT

Photos de la rencontre : by Francis Vernhet 

 

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Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Muse 29/11/2012 20:57


Bien d'accord avec ton message. Maintenant, la solution est entre ses mains. Soit il affronte les problèmes en thérapie même si ça n'est pas évident et gagne en sérénité en interview et en
sérénité dans sa vie. Soit il choisit de faire sa tête de bois comme disait ma mémé auvergnate et après, qu'il ne vienne pas se plaindre s'il récolte moins qu'il n'espérait. Je ne prendrais pas
les paris pour l'avenir. J'ose encore espérer qu'il affrontera ses soucis et saura les traiter pour en finir avec cette agressivité. Peut-être que je suis trop optimiste et que c'est pas à 60
piges qu'il va entamer une thérapie...Mais c'est sûr que plus il sera agressif, plus ça lui portera préjudice à lui en tant que personne mais aussi à son travail.

KingArthur 29/11/2012 16:42


Oui, Muse, d'accord avec ton analyse ( psychanalyse, devrais-je dire ) en même temps, je vais être très philosophe, on
récolte ce qu'on sème ... au moins, comme ça, pas de surprise !! et ainsi on se sent responsable du flux (positif ou négatif ) que l'on émet et que l'on reçoit en retour . C'est sans doute plus
fort que lui, ce besoin de détruire et de provoquer sans cesse son entourage avec un aspect jusqu'au boutiste ...


Et je me dis aussi que plus l'aspect "raisonnable" dans sa vie deviendra prégnant ( la nécessité de nourrir sa famille, d'accepter qq compromis, y compris son âge ...) plus le besoin de se
révolter risque de s'accentuer ... A quoi peut-on s'attendre ces prochaines années en terme de réactions ? sera-t-il plus capricieux ou rentrera t-il dans le moule ?? question interressante ...

Muse 28/11/2012 21:44


Hello King


Les rares fois où j'ai vu JLM en concert (ça doit remonter environ à 4-5 ans la dernière fois), il avait le sourire et les yeux qui brillent d'un gosse le soir de Noël et presque la larme à
l'oeil, donc l'aspect mufle comme tu dis, je n'ai pu l'observer qu'en interview. Je suis d'accord avec toi qu'il y a chez lui de l'aigreur vis à vis d'une reconnaissance public pas assez
importante à son goût alors qu'il sait pertinemment qu'il produit de la chanson de qualité.


Pour autant, cette petite insatisfaction (il pourrait être encore moins connu et reconnu médiatiquement et artistiquement) ne devrait pas générer des agressions aussi régulières de journalistes
femmes, des agressions de collègues qui ne sont pas du genre à dire du mal de lui, bref cette insatisfaction ne devrait pas générer autant de moments médiatiques où il ne fait que se défouler
gratuitement via des victimes expiatoires faciles...


Je veux bien qu'on soit double dans l'existence (quand on est fatigué, on est pas toujours de bonne composition et quand on est sans arrêt en représentation, il peut y avoir des impatiences, des
moments d'irritation) mais y a quand même des limites. Quand vraiment l'écart entre les deux personnes (publique et privée) est aussi radical, tu sais qu'il y a un problème, un malaise ou alors
des abus d'alcool, de drogue qui dérèglent le comportement. Personnellement, je vois plutôt chez JLM un malaise intérieur, lié à son enfance (des trucs qu'il n'a jamais digéré ni dépassé et qui
ressortent cycliquement) et un malaise lié à l'âge qu'il a aujourd'hui et qui n'est sans doute pas évident à vivre sous certains angles. (d'où le discours machiste, homophobe, sexiste en
interview ces deux dernières années...). Et je ne perds pas de vue que cette violence est aussi mise en place dans un but stratégique commercial (ce qui est encore plus lamentable et cynique
étant donnés les procédés employés). La critique à son égard devient donc dès lors facile. Et ce comportement déteint sur l'oeuvre assimilée aux débordements agressifs de son auteur.


Côté tarifs, faudrait revoir à la baisse ;-)) Même un psy non conventionné ne doit pas dépasser 40 euros la demie-heure. ;-))

KingArthur 28/11/2012 15:46


Muse, je ne crois pas que JLM soit "gentil" , il est comme la plupart des gens, double, capable de gentillesse comme de muflerie. Je l'ai vu en 2007 sur la tournée Taormina, en concert dans une
petite salle, il n'a pas dit bonjour, pas dit au revoir, pas dit merci et a presque tourné le dos au public pendant la prestation ( un peu choquant tout de même ! ) Pour l'avoir vu 2 fois cette
année, à la Boule Noire le 31 mars et à Clermont le 16 juin, il a donné une séance d'autographes et s'est prêté à serrer les mains et à embrasser les filles avec beaucoup de gentillesse. ça aussi
c'est l'évolution Murat de ces dernières années !... alors, est-il gentil ou est-il mufle ? sans doute un peu des deux, mon général, d'ailleurs, qui n'est pas double dans la vie ?


On peut adorer le succès et s'en méfier, on peut l'appeler comme le détester, il y a sans doute de la jalousie, de l'aigreur et de l'envie dans son rapport avec la célébrité et le succès...( il
répète à l'envi qu'il aimerait jouer devant 10000 personnes ! ) c'est peut-être cette épine dans le pied qui lui fait jouer un jeu mal ajusté en interview car d'un côté il se prête au jeu du
marketing (obligé!) d'un autre, il le déteste ... d'où sa mauvaise humeur ! CQFD.



PS : je précise mes tarifs de psy à celles et ceux qui souhaiteraient entreprendre une analyse avec moi = 200 euros la 1/2 heure, avis aux amateurs (LOL) 

Muse 27/11/2012 22:31


Coucou Matthieu


Peut-être que ma perception diffère de ta perception? ;-)) La brutalité reste de mon point de vue féminin très douce dans les chansons de JLM comparativement aux propos réellement violents du
golem qu'il a créé comme personnage public ces dernières années.


Le côté imbuvable en privé, je n'ai pas de mal à l'imaginer non plus. Pour autant, j'y vois personnellement plus l'expression d'un mal-être intérieur persistant (puisant ses racines dans une peur
de l'abandon et un manque de repères parentaux) que d'une réelle nature violente. Mais je peux tout à fait me tromper, n'ayant ces ressentis analytiques qu'au travers de l'observation des textes
de chansons et des évolutions des propos du personnage public.


Je suis d'accord avec toi que sa vie privée avec une influence féminine assez importante et sans doute charismatique au quotidien, lui a fait peut-être adopter ce comportement et une orientation
différente de ses chansons (une sorte de pacte de fidélité déguisé?). Mais sur bien des points, notamment l'abandon des machines et des synthés, personnellement, je trouve que JLM a gagné encore
en qualité d'interprétation. Et le contenu écrit des chansons n'en a pas souffert au plan qualité, au contraire l'aspect impressionniste de ses chansons s'est affiné. Par contre, c'est le
personnage public qui s'est comme défiguré, a déteint progressivement sur ses oeuvres, et je note aussi que peu à peu, au fil des ans, juste après Lilith pour être exacte, on a assisté à une
sorte de ronron au plan musical, un peu rompu par l'album A Bird on A Poire qui changeait des accords et mélodies habituels. Mais le ronron est assez vite retombé, d'album en album, comme un
piège fatal. Peut-être cela vient-il avec une double paternité récente, d'un petit désintérêt passager lié à une plus grande implication éducative et parentale? Auquel cas, cet abandon serait
bien pardonnable d'autant que cet investissement durable masculin éducatif est encore trop rare, malheureusement.

Matthieu 27/11/2012 20:37


  Merci Lew et KingArthur pour ces compliments et merci à tous pour les commentaires.


  Cela ne te surprendra pas, Muse, mais je ne suis pas d'accord avec toi : je ne crois pas qu'il y ait une rupture aussi nette entre une oeuvre muratienne sensible et un Murat-en-interview
beauf. Une part de la brutalité de JLM passe dans ses chansons et son personnage en interview n'est pas que beauf, c'est cela qui le rend intéressant. Quant au Bergheaud du quotidien, je ne doute
pas qu'il soit capable d'être adorable et odieux ("imbuvable" pour reprendre l'un de ses termes).


  Pour ajouter un simple mot sur ce que dit Delerm, je ne pense pas que son désamour ne provienne que du comportement de JLM. Il serait intéressant de se pencher un jour avec attention
(Pierrot, je te charge du boulot...) sur l'évolution prise à la fin des 90's par l'oeuvre muratienne : abandon des synthés et adoption en la sacralisant de la formule en trio ; arrêt de la
collaboration avec Denis ; relâchement dans l'écriture ; supériorité accordée à l'instinct sur la raison, que ce soit dans les textes, sur scène ou en interview, etc. Ces différentes options
n'étant peut-être pas sans rapport avec les changements survenus dans sa vie privée et, notamment, avec un accès à la philosophie sans doute favorisé par son mariage avec Laure. On se souviendra
que l'un des premiers à avoir noté (pour la regretter) cette évolution amorcée par JLM est Arnaud Viviant, dans l'un des rares articles négatifs sur JLM publiés par Les Inrocks. Delerm
n'a donc pas complètement tort de voir en Mustango une rupture...

Muse 27/11/2012 19:44


Coucou King


J'ai bien conscience que ce personnage n'est construit que par pudeur et volonté de protection. Pour autant, ce personnage est une telle caricature réac que ce golem (car c'en est un) tend à
prendre la place du sensible et sensitif que JLM pose en chansons mais aussi déteint sur son créateur, ce qui est plutôt dommage. Et comme ce golem prend de plus en plus de place, il écrase les
créations de JLM comme de gros sabots écraseraient consciencieusement des fleurs sauvages. D'où le désamour d'une partie du public et des professionnels. Plus jeune, JLM avait moins peur
d'assumer sa part sensible y compris en interview. L'âge venant, on dirait qu'il l'assume moin bien, il semble au contraire la vivre comme un complexe, un amoindrissement de virilité...Est-ce une
posture liée à l'âge? En tout cas très déroutante pour bien des gens qui apprécient son travail textuel et musical et l'humain trop humain qui se cache derrière. Souvent il m'arrive d'éprouver
l'envie de lui dire: mais pourquoi tu as besoin d'être aussi désagréable et détestable alors qu'au fond du fond, le vrai Jean-Louis est quelqu'un de gentil? Il me fait souvent penser à la dualité
du fiancé animal décrite dans les contes puis par Bettelheim...L'homme à la peau d'ours des frères Grimm me fait beaucoup penser à JLM, un JLM qui aurait fait le choix de la peau d'ours sans
malheureusement se donner le choix de la quitter hors des chansons:


http://feeclochette.chez.com/Grimm/ours.htm

KingArthur 27/11/2012 18:18


Je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qu'écrit Muse sur le comportement "brutal, agressif en interview" et ce qu'elle décrit comme une "dualité lassante, agaçante" de son personnage. Je
pense que c'est par pudeur que Murat agit comme ça, comme s'il estimait qu'il se livre trop dans ses chansons (>> le voir sur scène, les yeux fermés, quasi en transe, habité par ses
chansons ...) sa façon de se protéger est peut être de démolir en interview ce qu'il livre sur scène ou sur disque ... je ressens cette alternance dans son comportement comme nécessaire pour
protéger son intimité voire son équilibre mental... En fait il cherche à désarçonner, à dérouter, en un mot il veut qu'on l'aime ... et qu'on ne l'aime pas !! c'est assez simple,
finalement.

Muse 27/11/2012 13:07


Nimbe irréelle, abstraction dans l'écriture?Je ne trouve pas...L'écriture muratienne est au contraire très concrète et figurative mais sans doute plus faite d'impressions, d'odeurs, de saveurs,
de visions, de gestes, de touchers, de bruits...C'est une convocation des 5 sens. L'habituel récit narratif des chansons aborde moins ce domaine impressionniste et sensuel, absorbé qu'il est par
le message à faire passer.


Les grandes chansons françaises ne sont plus des chansons narratives à message mais des chansons impressionnistes. Certains chanteurs comme Christophe, Higelin, Reggiani, Barbara, Sanson ont bien
compris cela et ont fait assez naturellement la bascule au moins pour partie. D'autres, encore attachés à une forme plus classique et traditionnelle, s'accrochent au narratif comme à une recette
infaillible.


Je remarque qu'aujourd'hui, des chanteuses comme Jeanne Cherhal, Daphné, L, ont adopté le mode d'écriture impressionniste. Les garçons de cette génération ont plus de mal...peur peut-être de
livrer quelque chose de trop intime, d'y perdre une certaine virilité? Le récit narratif protège, met à distance, théâtralise. Alors que la chanson impressionniste implique beaucoup plus son
auteur et forcément l'auditeur sur un registre intime.


Pour ce qui est des critiques de Delerm sur JLM, je pense qu'elles ne se situent pas forcément sur le plan musical (il est le mieux placé pour apprécier ce style sensuel et impressionniste
puisque c'est le parti d'écriture choisi par son papa Philippe Delerm), mais plutôt comportementales. A remarquer que Benabar est très neutre puisqu'il ne connaît pas bien l'oeuvre de JLM.


Je ne pense donc pas qu'il s'agisse de jalousie masculine vis à vis de JLM mais plus qu'il s'agit de désaccord sur l'attitude médiatique que JLM a adoptée, qui forcément rejaillit négativement
sur l'oeuvre qu'il produit. Comme si JLM avait besoin de reconstruire une espèce de personnage détestable à l'opposé de ses oeuvres, un personnage caricatural qui pourrait le protéger
suffisamment du monde après avoir livré son intimité. Je crois que Vincent Delerm aimerait davantage un JLM cohérent avec l'oeuvre qu'il produit. Et pas d'un côté quelqu'un qui fait des chansons
ultra sensibles, sensitives et de l'autre, une espèce de Polichinelle insupportable. Cette dualité permanente de JLM est agaçante, lassante dans la mesure où elle casse tout l'élan spontané que
l'on peut avoir pour ses chansons et pour l'intimité qu'il livre. La perfection serait qu'il assume médiatiquement pleinement cette sensibilité d'écriture et de personne sans avoir besoin de la
dissimuler en interview sous un fatras de propos détestables. C'est peut-être cela qui fait dire à Delerm que JLM a changé depuis Mustango, période où JLM assumait pleinement son parti-pris
sensible...puis par la suite, il s'est peu à peu construit en parallèle d'une oeuvre toujours sensible, un personnage médiatique agressif, brutal, à l'opposé de son oeuvre. Ce torpillage parait
assez inexplicable et triste tant aux professionnels qu'aux auditeurs. Je pense que c'est ce que sous-entend Delerm.

KingArthur 27/11/2012 10:01


Ouf je suis rassuré ! ce ne sera pas le dernier, vos deux styles de narrateurs sont amplement appréciés par ma modeste personne ( lol ) !! merci Pierrot, merci Matthieu

KingArthur 26/11/2012 22:03


Très bel article de Matthieu, merci à lui !!! mais pourquoi le dernier ???

Pierrot 26/11/2012 22:19



le dernier en date... le dernier en date... Je lui ai commandé un compte-rendu "muratien" du prochain match de l'ASM, un topoguide de la randonnée Clermont-Orcival, un compte rendu de la soirée
de Noel à la coopé, une monographie des articles sur JLM dans la Montagne... entre autres



pierrot 26/11/2012 09:56


merci Matthieu de citer Didier lebras, que je cite si je l'utilise également... Lui, par contre, vient de reprendre ma transcription de "sur mes lèvres" avec mes erreurs...


Je t'informe également que ton texte a été repris sur un forum des fans de Bénabar ce qui a valu quelques visites ici. Sur FB, peu de réactions, si ce n'est Olivier  qui exprime sa totale
allergie à Delerm père et fils..

Solange 26/11/2012 00:10


"La forme, c'est le fond qui remonte à la surface" Victor Hugo

Solange 25/11/2012 22:53


A quoi ça sert l'art si c'est pas pour aller au septième ??? C'est le seul problème avec ces chanteurs à la con. Ce n'est pas narration ou ou ou ...


C'est avec ou sans la Beauté.


Sans, ils nous ennuient au mieux, au pire nous anesthésient. J'suis comme Murat, pas de quartier pour les beaufs de la chanson, ceux qui ne mettent même pas en branle l'ascenseur. Heureusement,
il y a celui de 22H43 ...


 

lew 24/11/2012 14:52


ouii on sent bien que Jeanne Cherhal à l'époque voulait faire des bébés avec Jean-Louis Murat. j'y vois pour ma part l'unique ressort de la jalousie fort maladive
mais un peu fumeuse, car peu argumentée, de Bruno Bonibards et Marion Delerme.


kudos to Mathieu pour nous avoir instruits et divertis, avec lui, quand on le lit, on passe du sérieux au roulage sous la table de son ordi sans même s'en
apercevoir, dans la maîtrise qu'il a du maniement du style journalistique, lol. 


sa proposition de distinguer entre "narration" et "suggestion", dans le répertoire, est bien posée. mais elle ne résout pas forcément la question du pourquoi
ressent-on tout un flot d'émotions dans trente secondes de musique et qu'on s'ennuie à mourir dans quatre autres minutes d'une chanson, avec un solo de guitatre au milieu ?


dans la littérature, les critiques, toujours facilement cuistres, parlent de "poétique de l'énonciation" plus que d'esthétique. je trouve cela dommage, moi je m'y
retrouvais pourtant bien dans "l'esthétique" muratienne (je prends souvent "Tristan" comme exemple, qui semble répondre naturellement à beaucoup d'interrogations quand on s'intéresse à la
création de chansons).


alors oké pour narration, suggestion, auto-suggestion, autocommentaire, pourquoi pas en ajouter d'autres ?.. à une époque, Manset -- un grand oublié de l'article de
Mat, si je puis me permettre la familiarité --, avec Jean-Louis Aubert ) voulait faire exploser le train-train
couplet, refrain, pont, couplet, de la chanson française.


il cherchait une piste. je pense que lui a toujours péféré pencher pour parler "d'attention". nous rendre attentif, c'est peut-être en effet l'autre facette qu'offre
une bonne musique, ou de belles paroles.


"animal on est mal, les animaux d'interviews vont toujours aussi mal."


je crois qu'on apprend jamais vraiment rien d'important dans les entretiens d'artistes.



Pierrot 25/11/2012 11:27



oulALA... lui parle pas de Manset, ça va l'agacer... Et surtout pas de Marchet!  Qui d'ailleurs a déclaré s'inspirer de la mathématique quantique... pour ses futures chansons...
 narration? suggestion?