"Mademoiselle PERSONNE" le film que personne n'a vu... ou presque

Publié le 7 Novembre 2010

 

  ARTICLE Complété  en 2012  :http://www.surjeanlouismurat.com/article-mlle-personne-le-film-que-personne-n-a-vu-ou-presque-suite-115548877.html 

 

 

Voila quelques mois que Matthieu, sur un trottoir de Clermont, à l'heure où il serait temps d'aller se coucher, me parlait de "mlle personne" et me confiait la mission d'enquêter... 

 

 

Ce film, on en connait la bande originale (  http://www.deezer.com/fr/music/jean-louis-murat/live-mademoiselle-personne-338579)  et quelques images (cf les deux vidéos), mais je n'ai pas de connaissance qu'il ait un jour circulé (ni officiellement, ni sous le manteau -de pluie).    Pourtant, il existe et on trouve quelques traces:

 

http://www.imdb.com/title/tt0116955/

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=30738.html

  (le site indique même une date de sortie :

Date de sortie cinéma : 21 février 1996
Réalisé par Pascale Bailly
Avec Elodie Bouchez,  Denis Clavaizolle,   Romain Duris....

 Long-métrage français . Genre : Divers
Durée : 01h28min Année de production : 1996 )

 

 

J'ai cherché quelques temps à contacter Elodie Bouchez, Pascale Bailly,   Romain Duris... mais sans succès.

 

 

 

 

 

 

Voici donc ce qu'on trouve dans quelques archives (mais je n'ai pas tout épuché):

 

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L'image reste votre péché mignon ?

Ça m'intéresse autant que la musique. Pour la tournée que je vais faire cet hiver, j'ai demandé à une jeune réalisatrice, Pascale Bailly (qui a déjà mis en scène un premier long métrage, Comment font les gens), de faire un film, une fiction. C'était d'ailleurs la condition que j'avais posée à ma maison de disques : s'il n'y a pas de film, il n'y a pas de tournée. En ce moment, avec Pascale, on réf1échit, on écrit ensemble, c'est un vrai travail en commun.

 

Chorus 93 

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As-tu peur d'une certaine accoutumance ?

MURAT : L'érosion ne peut pas venir de là. Ce qui me rend fort c'est d'écrire continuellement des chansons. J'ai déjà quelques maquettes pour le prochain album, je prépare aussi ma première tournée. C'est un vaste projet assez compliqué. Dans un premier temps, j'ai cherché des musiciens, dans un deuxième temps, je répète tout en préparant le film, c'est-à-dire une fiction qui se déroulera en même temps que les concerts. Le film sera globalement réalisé par Pascale Bailly, auteur du film, "Comment vont les gens ?", présenté l'an passé au Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand et diffusé en salle avec succès. D'ailleurs, il sort ces jours-ci à New-York dans quelques salles. Le projet "Murat en plein air" avec des moyens moins importants, évidemment, avait déjà été très excitant. Comme en prémices.

Joueras-tu ton propre rôle ?

MURAT : Oui et non, je serai Murat. Enfin Murat ne reste que la moitié de moi-même.

Dans l'élaboration de "Vénus", as-tu composé en intégrant l'idée du film ?

MURAT : Non, j'ai évité de mélanger l'idée du disque et l'idée du film. Quant aux concerts, je n'y crois pas trop. Il s'agit, je pense, d'une forme plutôt démodée pour écouter de la musique. On en sort souvent les oreilles assourdies. Trop de nouveaux groupes jouent une guerre de décibels. Pour moi, c'est une véritable régression. Mais il est vrai qu'en pensant à la tournée, ma seule vraie motivation, c'est le film. Je me répète sans cesse, je monte sur scène pour aider à réaliser le film.

Avec un mélange fiction/réalité, est-ce que cela va être un "Hard day's night" à la française ?

MURAT : Non, je ne pense pas. J'espère en tout cas. Ça sera une première dans le cinéma français. Sachant que peu de films musicaux sont réussis - on peut penser à "Renaldo et Clara" de Dylan mais c'est un peu aride - Mon préféré, je croîs, est "Under the cherry moon" de Prince.

Dans le cinéma es-tu intéressé par le montage ?

MURAT : Plus encore que le mixage dans la musique, le montage au cinéma est réellement un moment exaltant. Celui où les choix se font. Tu te sens alors le maître du monde. C'est là que se situe la véritable jouissance.

Est-il vrai que, dans le projet de ta tournée et du film, se dessine l'enregistrement d'un album live composé uniquement de titres inédits joués à cette occasion ?

MURAT : Normalement, je devrais enregistrer un live composé exclusivement d'inédits mais rien n'est sûr en fait. J'aimerais beaucoup tous les soirs, changer de répertoire. Le choix des musiciens s'est déjà fait dans la difficulté. J'ai mis du temps à les trouver. J'ai auditionné des dizaines et des dizaines de mecs. J'attends de ce melting-pot mais je ne suis sûr de rien. Je désire un groupe, j'essaie de mélanger des gens qui viennent d'horizons divers.. Mais l'idée initiale de travailler soixante chansons et d'en jouer une vingtaine de différentes tous les soirs, je ne sais pas si j'arriverai à tenir ce pari.

Pourquoi n'avoir pas choisi les musiciens de tes albums ?

MURAT : Tout simplement parce que, déjà, ils font chacun des choses de leur côté. Aussi bien Alain Bonnefont que Christophe Pie, que Marie et que Denis qui composent aussi et sortent des disques. Et puis, on se connaît trop, autant faire une expérience nouvelle.

Tu prépares une tournée, pourtant on ne te voit pas aux concerts...

MURAT : C'est vrai que les groupes noisy m'ont un peu coupé l'envie d'aller aux concerts. Après, pendant trois jours, tu n'entends plus rien. C'est quand même une de mes phobies: me retrouver avec un audiogramme nase. J'ai pourtant quelques bons souvenirs de concerts... Jimmy Hendrix et Jim Morrison... Un de mes derniers bons concerts fut celui de Ride, Lush, Blur, des gens comme ça. Ride. très bon, très fort.

Pour en revenir au disque, "Vénus", pensais-tu déjà au film lorsque tu l'a abordé ?

MURAT : D'une certaine façon oui. Pour chaque alblum j'ai ma petite méthode. Je raisonne par analogie. Souvent, il se fait avec le cinéma. Pour le "Manteau de pluie", je voulais faire du 35 mm technicolor. "Cheyenne autumn" était plutôt 16 noir et blanc. Quand mon PDG m'a demandé quelle allait être la couleur du prochain album, j'ai dit du super 8 tremblé huit pistes en huit jours. Avec Denis Clavaizolle, on a été assez d'accord sur les principes-là pour retrouver cette simplicité qui à mon avis fait défaut dans le "Manteau.."

 

 

ROCKSOUND, novembre 1993

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L'Express du 26/09/1996
Jean-Louis Murat
En route pour le mythe

par Sophie Grassin

Après un an de gestation, Jean-Louis Murat nous offre Dolorès. 12 titres faits de spleen, d'images familières et d'amours ensevelies. 12 chansons dédiées aux femmes, qui «incarnent le seul lien entre le surnaturel et nous».

«Les cyniques croient que le désespoir me sert de système. Je me construis contre lui»

 

 

Du pire il a extrait le meilleur. Dolorès (Virgin), album adulte et acéré, a l'abîme en abscisse et le chagrin en ordonnée. «Je voulais un prénom de fille. Dolorès sonnait comme désirable. Douleurs, l'autre sens du mot, commence seulement à m'apparaître.» Jean-Louis Murat (Le Manteau de pluie, Cheyenne Autumn, etc.), l'œil gauche à moitié fermé par la fumée d'une cigarette, porte le dégoût chic et les cheveux longs. Dolorès est son antidote au poison de l'abandon.

 

Le disque prend sa source dans la seule tournée que Murat ait jamais faite, la seule, dit-il, qu'il fera jamais. «Un piège. J'ai répété sept semaines avec les musiciens, assis sur un tabouret. Puis je me suis emmerdé six mois, sur le même tabouret, à me répéter, moi.» Pascale Bailly (Comment font les gens) filme la scène, les mecs un peu flambards quand les filles rôdent le soir. «On se la donne. On la joue Rolling Stones. Je tenais à ce qu'une femme pose son regard sur la vulgarité de ce monde-là.»

 

Mademoiselle Personne n'est jamais sorti. Murat, lui, pressent déjà la catastrophe. «Lorsque je visionne la cassette, c'est patent, je me comporte comme si...» Comme s'il savait que Marie, sa compagne de toujours, allait le quitter au retour.

 

Murat touche le fond, se survit, trempe sa plume dans le sang des amours ensevelies. Il écrit 50 chansons, en enregistre 25, en garde 12. Pour l'accompagner, des photos de baisers, dont celle de Sharon Stone dans Basic Instinct, des figurines de vierges, entières ou amputées, plusieurs éditions d'Eugène Onéguine. D'un rire, il désamorce ce que l'émotion, parfois, peut avoir d'indécent: «J'ai eu une année Pouchkine. Eugène représente mon double, mon vrai-semblant. Nous ratons tous deux nos rendez-vous.» Certains morceaux, Le Môme éternel, Margot, enfoncent encore le clou: «Chhht chhht pas de bruit/Sur la mort de Jean-Louis

 

L'optimisme, selon Cioran, est un tic d'agonisant. Le spleen, selon Murat, une seconde nature. «L'autre, en s'en allant, tue ta meilleure part. Les cyniques croient que le désespoir me sert de système. Je me construis contre lui. Je rappelle que je viens d'une famille de dépressifs, de suicidés... et que je m'en passerais.» A chaque texte il accroche un pays, une image, quelque chose qui, au fond, lui serve d'échafaudage. Dieu n'a pas trouvé mieux est anglais, Perce-Neige, auvergnat, A quoi tu rêves, italien. Sur Aimer glisse l'ombre de Jeanne Moreau, pour laquelle il a composé un album. Tandis que Sharon Stone veille sur Le Baiser, où tombe une «pluie sacrée» qui évoque Corridor humide: «Le Baiser se réfère au sexe, et uniquement à cela», confirme bien Murat.

 

Le reste relève de sa mystique habituelle. Pendant l'écriture du Môme éternel, Murat regardait une photo de lui, maigre comme un stylo, en premier communiant. Car ce mécréant collectionne les crucifix, achète des chasubles et passe des heures au fond des chapelles. «Pendant mon adolescence, je me suis complu dans Gide, que je tiens aujourd'hui pour néfaste. Il m'a appris le cynisme.» Murat reprend donc plutôt Baudelaire (cf. Réversibilité, une ode aux anges, «apparence que nous tentons tous de revêtir dès que nous sommes amoureux») et se souvient de Jean de la Croix: «Si on ne sait pas que ses poèmes s'adressent à Dieu, on peut imaginer qu'ils célèbrent une femme. Or je chante pour les femmes. Elles incarnent le seul lien entre le surnaturel et nous. J'ignore ce qu'elles ont de si divin. Mais je le leur envie beaucoup.»

 

Des femmes à demi nues hantent la pochette de Dolorès. «Ma maison de disques entendait me rendre mon contrat. Il paraît que je suis un garçon difficile... Je n'approuvais pas, mais j'ai cédé.» Sincérité fielleuse, vague à l'âme, lucidité... Murat nous a tellement manqué

 

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Cet article pourrait faire croire effectivement que c'est  Murat qui aurait bloqué la sortie du film du fait de cette rupture en préparation...  Mais tout cela reste à creuser. 

 

Concernant Marie, et comme en écho à  l'article du blog  précédent, j'ai trouvé cela :  

  

 

Où trouves-tu ton plaisir ?

Il n'y a que dans l'amour que tu peux prendre de la hauteur. Etre avec la fille que j'aime. Il n'y a que dans mon histoire avec Marie que je prends de la hauteur. Bien que ce soit extrêmement compliqué, qu'on ait chacun un caractère de cochon... Moi, je ne me sens vraiment bien que si je peux donner du plaisir à la fille que j'aime. C'est le seul moment où tu ne te poses pas de question, où tu ne te sens pas archi-déglingué. Ce sont des moments à saisir rapidement, parce que tu as toujours l'impression que le plaisir et le chagrin sont cousins germains, que tu prends toujours le plus grand plaisir dans l'antichambre de la mort. Tu es dans le plus grand bonheur, mais tu frôles le plus grand malheur. Parler du chagrin ou du plaisir, c'est un peu la même chose. Le Manteau, ce sont toutes des chansons de sexe, quand même (rires)...



PS :  A Lyon, le 23 décembre 1993, le dernier jour du tournage du film "Mademoiselle Personne" se trouva être celui de l'enregistrement public Murat Live.  Quelques mois plus tard, les musiciens se retrouvèrent pour enregistrer en quelques jours, ci-jointe, la bande-son du film.

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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pierrot 01/01/2015 20:45

inrocks 95: Jean-Louis Murat : Je savais qu'en montant sur scène ma vie - professionnelle et privée - allait basculer. Ça a été pénible, intimement. J'en suis sorti un peu exsangue, autre. Plus d'un an après, je n'ai toujours pas digéré.
Enregistrer des disques, c'était comme publier les textes d'un journal intime, mais avec une certaine distance, presque à titre posthume. Lorsque je me suis mis à interpréter mes chansons sur scène, j'ai eu l'impression de relire des pages entières de ce journal et j'ai trouvé ça profondément dégoûtant, faux, un mensonge adressé aux autres et à moi-même. Je crois que ma vie privée était arrivée à un tel point de sophistication que mes chansons elles-mêmes étaient devenues de plus en plus brouillées. Je parle de "mensonge", qui est un mot moral, terrifiant, ça couine, ça gratte. Disons que je commençais à voir le bonheur comme une somme, un écran d'habitudes. Ma façon de concevoir des albums et ma vie privée sont arrivées à une sorte d'impasse de façon quasi simultanée. Je me retrouve aujourd'hui avec les handicaps cumulés, un travail de deuil à mener dans les deux cas. Si je veux sauver ma peau, il faudrait sans doute que j'éprouve un sentiment de honte, de remords. Ça ne m'effleure pas le moins du monde. Dans des conditions pareilles, les applaudissements, les appréciations des critiques ne me servaient à rien. Je n'y puisais aucune énergie, c'est à côté, au-delà. J'en étais même davantage troublé, parce que tout ce que je faisais était systématiquement remis dans le droit fil de ce que les gens pensaient déjà de moi auparavant. Et cette distorsion-là me démobilise.
Souvent, pendant la tournée, des gens venaient me voir avec la conviction de rencontrer un loser. La plupart du temps, ça les confortait dans l'idée qu'ils étaient eux-mêmes des losers. J'étais désespéré : s'il y a bien un type qui ne se sent pas perdant pour deux ronds, c'est bien moi. J'en suis vite arrivé à me dire : est-ce que dans mon métier de chanteur je suis vrai, est-ce que je ne suis pas un poil extérieur à moi ? J'ai joué avec mon vrai nom et mon faux nom. Parfois, je me dis "Là, tu fais ton Murat." Avec le film et la tournée, ça a empiré. Je me suis rendu compte que ce n'était pas de la rigolade, que ça se payait même très cher. Un troisième homme, un type moral, qui osait se poser le problème du mensonge, est venu s'intercaler entre Bergheaud - sa revanche sociale, son souci de réussite - et Murat - son problème d'image et de crédibilité. Mais ce problème moral, je n'ai pas voulu le prendre à bras-le-corps...
Une semaine après le concert de Lyon, ma vie privée, sentimentale, a complètement basculé. C'était nécessaire, mais je croyais avoir plus de ressources. Depuis, j'ai tenu une chronique de ce que j'ai vécu. Instinctivement, j'ai appelé cela "les jours sévères". La vie est sévère avec moi. Elle me redresse, peut-être. J'ai énormément perdu. J'étais couvert d'affection, d'amour, je pensais que ça durerait toujours, ça s'est arrêté d'un coup. Je n'écrivais que pour une seule personne, pour la séduire. J'ai toujours eu 10 ans d'âge mental lorsque je finissais une chanson et que je la lui soumettais. Maintenant que cette personne n'est plus présente, je ne sais plus pour qui écrire des chansons. Normalement, je rentre en studio en avril, je n'ai rien écrit. C'est la première fois que je reste sec aussi longtemps. Je m'emmerde, je pleurniche, je vais au restau, au cinoche, je bouquine. Un jour, je me dis que je vais déménager, ou que je vais m'installer en Afrique du Sud, ou devenir paysan, ou acheter un deltaplane. Pas un jour je me dis que je vais composer une chanson. "Un coup de latte, un baiser, un coup de latte, un baiser", c'est tout ce que j'ai dans la tête.

cachard.l 16/01/2011 20:32



Pas de sortie en salles. Je l'ai guetté en 93, fasciné par le "Amour zéro" que Murat chantait sur scène avec Elodie Bouchez, au Transbo, notamment. Bon, disons qu'il aura vécu une semaine de
moins en salles que "Pauline et François"! :))



Pierrot 16/01/2011 20:43



ah, il est mauvaise langue!! Pauline et François est encore en salle! : j'ai encore une alerte et j'ai été averti qu'il était à l'affiche du foyer rural de Mourioux-Vieilleville et du cinéma
itinérant de Lozère  jeudi en matinée à Recoules-Prévinquières


Par contre, pas eu d'info sur un éventuel bootleg de ce duo...