OPHELIA

Publié le 12 Janvier 2011

 

Un petit titre paru sur une compilation "DIGNITY" en 2002  (vendue pour Reporters sans frontières)  ressorti du placard par Omblemor sur youtube.

 

(http://www.priceminister.com/offer/buy/61916440/Dignity-Reporters-Sans-Frontieres---Inclus-Indochine-Road-To-Nowhere-Jean-Louis-Murat-Ophelia-15-Titres-Cassettes-Mini-disques-Laser-disques.html)

 

 

Sur Wikipédia, je vois que c'est un titre issu des sessions de Mustango.  La fin est assez intéressante...  et rappelle son chant en concert.

 

Ophélia http://murattextes.chez.com/participations.htm#ophelia

 

On dit que s'en vont
les rires et les je t'aime
que c'est naturel
que ceux qui vivront
d'amour et de pardon
auront toujours raison

Si le temps nous sépare
éloigne le fruit gâté
le citron de la rhubarbe
qui peut bien décider ?

Route pavée de pluie
noyée comme est le lit
le lit de la rivière
Que la mélodie
d'un frisson nous emporte
au loin nous déporte

Que le fond des choses est doux
est doux comme un satin
quand la rosée y dépose
ton odeur de jasmin

Que la mélodie
creuse creuse son lit
comme creuse la rivière
Redonne vie
à l'étoile sanguine
au grand mystère

Dans le grand funiculaire
sous terre, je descends
pour voir au fond des choses
si ressurgit le temps

 

Les références à la rivière et à l'eau peuvent faire penser à l'
Ophélie de Rimbaud...

 

 

RIMBAUD

Ophélie

I

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles ...
- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

I

O pâle Ophélia! belle comme la neige!
Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
- C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
- Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu!

III

- Et le Poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

 

Arthur Rimbaud (1854 - 1891), Poésies (1895), Ophélie (1870).

Rédigé par Pierrot

Publié dans #vieilleries -archives-disques

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Muse 14/11/2012 12:59


Bryan Ferry a repris partiellement le poème de Rimbaud avec une jeune femme qui murmure quelques strophes emblématiques sur la chanson I'm In The Mood For Love de l'album As Time Goes By qu'il
avait sorti il y a quelques années autour de différentes chansons de Cole Porter mais aussi d'autres artistes (j'adore cet album de reprises que m'avait fait découvrir un ami peintre et qui
change complètement de ce que faisait habituellement Bryan Ferry):


http://www.youtube.com/watch?v=vuzUudkapEs


Le thème de la mort d'Ophélie reste une source d'inspiration artistique, d'interrogation mais aussi sans doute de fantasmes...Réunion d'Eros et Thanatos et des paradoxes de tout être humain.

lew 14/01/2011 18:22



dans l'article précédent il était question des Sioux. la chanson (surtout l'espèce de scat de voyelles liquides rimbaldiennes ou non) évoquerait presque un chant rituel de ces native americans
là. juste au sortir d'une petite heure passée dans la hutte à sueur quand on est encore tout humide...(à un moment je crois entendre : "_ Take good care..." (illusion auditive?). le rapprochement
entre le poème de Rimbaud et le texte du titre Ophélia est très convaincant, surtout dans la mesure où Murat, s'il s'en est inspiré (ce qui paraît clair), dépasse le mythe créé par la jeune et
noble pucelle et les commentaires artistiques qu'il a suscité. Murat prend un chemin de perspective bien à lui : il ne s'attache à aucune anecdote (d'ailleurs à part dans le titre - muet - le nom
d'Ophélie n'apparaît pas dans la chanson), il fait le pari que le cours de la rivière (malgré le tragique féminin qu'il suppose et même supporte) donnera naissance à de nouveaux développements
dans la connaissance mutuelle que l'homme et la femme peuvent éprouver dans l'amour.


Rimbaud lui, (excusez-moi si j'adore faire le cuistre au nez rouge, lol) décrit au plus près le drame Ophélien (il y a des mots qui reviennent dans les deux textes comme "frisson", bien vu
Pierrot!)...et là je ne peux m'empêcher de me souvenir d'une célèbre et belle chanson de Bobby Gentry "Ode to Billie Joe", qu'avait reprise et magistralement adaptée Joe Dassin sous le titre
"Marie-Jeanne" (je suis presque sûr que JLM l'a chantée un jour, mais il se pourrait que ma mémoire débloque donc je n'insiste pas)...paradoxalement Rimbaud et Bobby Gentry ont quasiment les
mêmes images et quelquefois des termes en commun, impression très étrange. c'est une histoire de suicide, racontée avec la même sorte de recul dans les deux cas mais avec un siècle qui les
sépare.



Pierrot 14/01/2011 18:26



oui oui il a bien chanté marie jeanne... sur la "compil à jojo"...



Ton Pire Ennemi 13/01/2011 14:22



L'une de ses plus belles raretés, je trouve... C'est dingue d'abandonner des titres pareils sur des compiles... Ca montre l'état de grâce où il se trouvait, à cette époque. Il pouvait se le
permettre, vue la réserve qu'il avait.



Armelle 12/01/2011 23:53



ça alors! elle était passée inaperçue? Personne n'en connaissait l'existence avant?


c'est surprenant d'entendre Jean-Louis jouer de sa voix comme d'un instrument à la fin... 


il nous surprendra toujours!



Pierrot 13/01/2011 07:38



Un peu fatiguée à minuit  Armelle? ou je me suis mal exprimé?


Bien sûr qu'il était connu ce titre! D'ailleurs, j'ai la compilation qui est trouvable...


Je pense que j'l'ai d'ailleurs rapidement évoqué déjà dans l'interview de NUC à propos de l'engagement de Murat dans certaines causes. A+