Sa voice dans "la Voix du NORD"

Publié le 22 Avril 2013

 

 

"Jean-Louis Murat, à Lille : « Le nihilisme de l'époque ne me convient pas du tout »

 

Publié le 22/04/2013

 

Par

La Voix Du Nord

 

PAR FABIEN BIDAUD

metro@lavoixdunord.fr

Avez-vous jamais connu le syndrome de la page blanche ?

« Non. J'ai l'impression d'être une source intarissable. Je ne vois pas ce qui pourrait m'assécher, à part le jour de ma mort... J'ai du mal à imaginer l'idée d'être sec. C'est de notre responsabilité d'homme de ne pas être sec. Il faut enfoncer ses racines et aller chercher de la sève, il y en a partout à prendre. Si on devient sec, c'est qu'on l'a bien cherché, me semble-t-il. » Êtes-vous un laborieux ?

« Non, j'essaie de ne jamais me mettre dans l'idée de labeur. C'est un plaisir infini. Je ne sais pas comment je pourrais vivre autrement. Je m'y suis mis assez tard, j'ai tout essayé, j'ai fait des dizaines de boulots... Et j'ai trouvé mon équilibre en sortant des choses, en étant en état d'extraction. J'extrais de la matière que je fabrique moi-même. C'est une discipline quotidienne : il faut écouter, regarder, ressentir, rêver et apprécier de rêver, de marcher, de prendre la pluie sur la gueule, de voir des gens agréables et désagréables... Tout. » Une extraction quotidienne ?

« Oui, si je ne fais pas ça, j'ai mal au ventre, je dors mal... J'ai le souci d'avoir une vie saine. J'aime bien dormir avec une saine fatigue.

J'aime me sentir en forme. Travailler y participe énormément. » Vous avez envisagé de faire ce disque avec John McEntire, du groupe américain Tortoise...

« Oui, ça fait longtemps que j'ai envie de me frotter au post-rock. Plus les gens sont post-rock, plus ça m'intéresse, parce que c'est novateur. Le rock, y'en a marre ! C'est beaucoup une affaire de moyens, sinon, ce serait déjà fait. En ventes, je suis un artiste qui est ridiculement petit. Quand je dis : "Je voudrais faire ça", on me répond "Ouh là ! T'as vu tes ventes, ce ne sera pas possible". Ce qui, souvent, m'énerve. »

Ce disque, qui prône le dénuement, semble découler justement d'un manque de moyens...

« Ça, c'est tout à fait mon caractère. Il n'y a pas de pognon, je me dis : "Chic, on va faire avec peu." J'ai toujours pensé que l'art vit de contraintes. On le voit bien, sinon les films à plus gros budget seraient les meilleurs. Il faut savoir être dans l'excellence en ayant un tout petit budget. Donc j'en fais pas non plus des jérémiades... Même si quand on fait de la musique, il faut un peu de pognon. Et aujourd'hui, avec la crise... Moi, c'est pas une maison de disques qu'il me faut, c'est des mécènes. Et il n'y en a pas dans notre métier. »

La sobriété de « Toboggan », c'est aussi un exercice de style ?

« Oui, je sais bien que c'est le triomphe de la forme et qu'il faut se positionner différemment pour la faire évoluer, sinon ce n'est pas intéressant. Le rock est mort parce que c'est devenu le triomphe d'une forme que tout le monde pratique, en oubliant le fond. Alors que si le fond bouge, la forme bouge aussi. » Ce virage a-t-il été rendu plus facile par le fait que vous avez quitté Universal ?

« Tout à fait. Les gens de PIAS (son nouveau label) me font confiance. Je savais qu'ils comprenaient ma démarche. Chez Universal, on m'aurait dit : "Tu cherches la merde !" Avec PIAS, on parle le même langage. »

Vos liens avec la pétillante scène auvergnate, qui gravite notamment autour du label Kütu Folk ?

« Je les connais, bien sûr, on essaie de se rendre service... Mais j'évite de me poser en patriarche ou en donneur de leçons. Donc s'ils sont un peu trop déférents, je leur rentre dedans. Ils savent qu'il ne faut pas me parler de ce que je fais, et moi, j'évite de leur parler de ce qu'ils font aussi. On reste plutôt sur des idées générales de savoir quel genre d'individus ils sont et moi quel genre d'individu j'essaie de devenir. C'est ça que j'essaie de leur dire : "Si tu vis comme un con, tu feras une musique à la con." »

Quelques mots sur le titre « J'ai tué parce que je m'ennuyais » ?

« C'est lié au nihilisme de l'époque qui ne me convient pas du tout. Cette époque qui cherche des noises à l'innocent et trouve des excuses au coupable. Et puis je trouve que les gens s'ennuient et tuent beaucoup. Les espèces végétales, animales... Plus l'homme s'ennuie, plus il détruit. Je tenais à terminer le disque avec une chanson comme ça. » Sur scène ?

« Nous sommes deux, un batteur et moi avec une guitare. On est pris dans une sorte de « U » de projecteurs et de tissus et on projette des images que j'ai tournées. Elles sont là pour poser un univers sensuel, venir titiller les sens pour que les chansons passent plus facilement. »

Suprême contre-pied que de faire un disque sans batterie et de ne le jouer sur scène qu'avec un batteur !

« Oui, ceux qui me connaissent savent que c'est tout moi. Je ne vais me laisser enfermer dans aucun schéma. » •  

Jeudi 2 mai, à 20 h (+ Titan Parano), à l'Aéronef, avenue Willy-Brandt à Lille. 19/14 E. Tél :  03 20 13 50 00.

 

 

 

Rédigé par Pierrot

Publié dans #Actu-promo sept 2012 à...

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KingArthur 22/04/2013 22:44


Ce Murat parle comme une source ...


...Une source intarissable (quelle chance de ne jamais se sentir "à sec") qui oppose le labeur au plaisir infini,  pour autant que " le travail participe énormément à sa forme",qui parle de
vie saine et de discipline...qui refuse aussi d'être payé à ne rien faire (!)


sa parole est une musique et ces mots donnent un sens à notre vie ...