Hors-Murat N°1 : LE VOYAGE DE NOZ (Stéphane Pétrier)

Publié le 11 Janvier 2011

 

           Voilà plus d' un an (bien avant que j'ai ce blog)  que j'ai cette épée de Damoclès sur la tête -oui, forcement, sur la tête, l'épée de Damoclès -  et que je la regarde tournoyer...  Je n'aime pas trop le suspens.  Un temps,  j'm'y étais habitué... mais depuis la fin novembre,   je sens un peu trop, à mon goût, le vent de la lame sur mon crâne nu...  En fait, c'est depuis la sortie de " BONNE ESPERANCE"  le 7e   album du Voyage de NOZ que j'ai plus particulièrement la lame à l'oeil..  

         En effet, voilà un an que Stéphane Pétrier, l'âme du voyage, me disait : " à la sortie du disque, je me demandais si tu serais OK pour faire une interview, un truc un peu plus haut de gamme que d'habitude quoi... avec un peu de fond en évitant les questions de journalistes...".  Il est drôle, lui:  une interview du groupe que je suis depuis 20 ans,  haut de gamme,  et sans question con... Bon, ça, c'est sûr, il est très drôle...  surtout que ça implique déjà de ne pas poser la question qui me taraude encore plus surement que cette sacrée lame, "mais pourquoi le voyage de Noz?" (qui n'est finalement pas si con que cela :  je me suis aperçu qu'avec ce nouvel album se déroulant en Ecosse, certains pensent que le groupe fait du "rock  celtique"... ).

          Enfin soit,  comme disait Vladimir, "que faire?" (petit clin d'œil aux séjours à science-po lyon de deux membres du groupe)... Oui, que faire ?…. « que faire »,   Vlad', comme on ne l'appelait pas, entendait par là :   étude théorique, long travail  d'organisation pour éveiller les consciences »...  Pile poil ce qu'il veut, Stéphane!  ... je me saisis de la lame, et avant!   J’ suis un noz’chelvique !

 

  noz inédite

 

 

- Alors, Stéphane, bonjour, tu peux nous faire le pitch de l'album, dis? ... (et non, ce n'est pas une question de journalistes, c'est une question d'Ardisson!)

 


Stéphane Pétrier:   Alors le pitch : En Ecosse, un drame… un frère et une sœur aux prises avec le démon… qui n’est pas celui qu’on croit… enfin, pas seulement. Chacun se fera son idée et ses images... Non merde, ça c'est toi qui l'a fait ce pitch... Cela dit, il me va pas trop mal.


    Pour planter un peu plus le décor, je dirais qu'il s'agit en effet d'une histoire d'amour entre un frère et une sœur. Tout ça se passe dans un environnement forcément assez hostile, que ce soit les paysages (écossais), les gens (nous sommes dans un village où l'on pointe facilement l'autre du doigt) la famille (qui a visiblement quelques casseroles à tirer) sans compter un monstre qui rôde (l'each uisge des légendes écossaises).

    J'ai beaucoup de mal à en dire plus et ce n'est pas de la coquetterie. Depuis que l'album est sorti, j'ai déjà lu plusieurs tentatives d'analyses de cette histoire tordue et j'avoue que chacune d'elle m'a enthousiasmée. Ravi de voir que certaines idées que je voulais faire passer avaient été bien comprises, surpris parfois de découvrir des visions différentes, des choses auxquelles moi-même je n'avais pas forcément pensé... En tout cas, profondément touché qu'au-delà de sa musique, les textes de Bonne-Espérance suscitent un tel intérêt. Ca faisait quelques années que je m'étais plutôt résigné à l'idée que les gens ne font que survoler les disques en zappant sur deezer...

 

 

On est donc clairement plongé dans une histoire d'inceste "adelphique"... thème romantique (présent aussi dans les contes: Peau d'âne, Hansel et Grethel ou en mythologie)  qui nous replonge aux premières heures du "voyage"...  quand un chanteur aux long cheveux noirs chantait "les chants de Maldoror"  (on peut aussi citer "les mains sales",    "Dorian Gray"... ).   Est-ce que l'intention était de retourner un peu aux sources du Voyage, après l'intrusion de thèmes plus séculiers, voir bobo (histoire de dire que ce n'est pas une interview cire-pompe!), dans les derniers albums?


Stéphane Pétrier: La réponse est clairement oui.

    Notre période "bobo", comme tu dis, correspondait à plusieurs envie : celle bien sûr d'évoluer, de reprendre des "risques" artistiques (même si ce mot m'énerve un peu), d'être un peu plus dans notre époque mais aussi - je m'en rends compte aujourd'hui - à un besoin de se défaire d'une image "romantique" qui nous collait à la peau et que j'avais, je pense, de plus en plus de mal à assumer.

    D'où la suppression du "Le voyage de"...Après, si "Tout doit disparaître" est en effet un album très (trop?) ancré dans l'époque, l'exercice qu'a constitué "L'homme le plus heureux du monde" est pour moi une vraie réussite : c'était du vrai "Voyage de Noz" mais dépoussiéré et débarrassé de ses oripeaux romantiques. Je continue à penser qu'il s'agit là de notre meilleur album avec Bonne-Espérance, même si la pochette 3ème degré n'a pas joué en sa faveur. Je suis sûr que "L'homme..." avec une pochette bien torturée comme on aime, aurait été vu ou plutôt écouté de façon totalement différente. Mais bon, c'est une autre histoire et je ne regrette pas là non plus d'être allé au bout du délire.



    Après le concert anniversaire des 20 ans du groupe, je pense qu'on a jeté un coup d'œil dans le rétroviseur et qu'on s'est dit "c'était quand même pas mal aussi ce qu'on faisait au début". D'où l'idée de repartir dans un nouveau projet où l'on assumerait à 100% ce que l'on est, où l'on ferait du "Voyage de Noz" pur sucre, avec bien sûr nos nouvelles influences, notre expérience, mais sans jamais se poser la question "comment cette chose va être perçue?". Un truc très typé, sans aucune contrainte... bref, faire le mieux possible ce que nous savons faire le mieux.



Je parlais de thèmes bobos (notamment écologiques traités façon "maldives" ou "la valse aux idiots"...),  mais c'est exagéré de parler de "période bobo"... ou bien?   En tout cas, ça ne m'empêche pas d'aimer tous ces albums, et je les estampille tous "100%  voyage de noz"... notamment « l’homme le plus heureux du monde » par sa volonté de nous raconter une histoire. D’ailleurs, tu fais un clin d’œil à Esther Appertine, ton double de « l’homme »,  dans Bonne espérance… il y avait un message particulier ? 

De manière plus large,  faut-il chercher dans « Bonne espérance »,  des  clins d’œil ou des liens vers les autres histoires que tu nous a contés en 20 ans (des aventures d’Aurélia, ou de Manifesto,  en passant par Esther Appertine, jusqu’ aux ados du « signe »).

 

 

Stéphane Pétrier: Non, "période bobo", c'était pour te faire plaisir, mais bon, si on est un tout petit peu lucide, y'a sûrement de ça quand même. J'habite dans un grand centre urbain, je lis Télérama, j'écoute France Inter, je vote à gauche, parfois même j'achète des produits bio... alors ça va être difficile d'échapper à l'étiquette. Et puis ça aussi j'assume, je préfère toujours les bobos aux bos tout courts. Et puis y'a des pas bos qui ne me font pas rêver...



    En ce qui concerne le clin d'œil à "Esther Appertine" au début de "Bonne-Espérance", déjà, je pensais pas que quelqu'un le remarquerait... C'était plus pour me faire plaisir et puis c'était histoire de dire qu'il y avait une filiation entre les deux personnages. Même si le costume change, mes héros sont toujours un peu les mêmes je crois. Toujours avec une face lumineuse et une autre obscure, toujours en quête de rédemption, toujours seul contre tous... et puis toujours en fin de compte l'amour, le grand, qui tire vers le haut. Parfois, j'ai l'impression que ça fait 25 ans que je raconte la même histoire. Alors oui, il y a forcément d'autres clins d'œil disséminés par-ci par-là de façon plus ou moins inconsciente. Les deux personnages d'Arcadia par exemple, auraient très bien pu grandir à Orville.



Oui, clair qu'Arcadia est le titre qui évoque le plus passé du Voyage de Noz (période le signe)... Pour en revenir sur l'histoire, le dossier de presse évoque le film "festen" comme une référence...  c'est un film qui évoque l'inceste et les secrets de famille...  Ce film a-t-il eu une importance dans l'émergence de cette histoire?

 

 

Stéphane Pétrier:  Non, pas particulièrement, même si j'ai beaucoup aimé ce film. On s'est plutôt demandé, une fois l'album fini, quelles œuvres cinématographique où littéraire cela nous évoquait et Festen est sorti tout de suite. Mais on aurait pu citer beaucoup d'autres choses. Le début de l'histoire par exemple me fait penser au début du Sweeney Todd de Tim Burton.


    En ce qui concerne la genèse de l'histoire, je suis bien incapable de dire comment tout cela est sorti. Je me souviens que j'avais envie d'un retour au bercail, un truc à la Edmond Dantès (on avait déjà esquissé ça dans la chanson "Mascarade" sur "L'homme..." et je m'étais dis à l'époque que ce truc là méritait d'être développé), je voulais une histoire de famille aussi... Quant à l'histoire d'amour entre Bonne-espérance et sa sœur, je l'avais en tête depuis longtemps. Ensuite, tout s'est imbriqué petit à petit. J'avais un canevas avec quelques moments clés mais aucun scénario précis n'a été écrit à l'avance. Certains éléments de l'histoire sont même nés avec l'arrivée de certaines chansons. Le personnage de Maureen Mc Kenzie, par exemple, m'a été soufflé par  Eric qui avait apporté la grille du morceau.

 

 

Intéressant… car  effectivement, on voit que tu traites ce personnage comme « inutile »,  comme un rajout… mais ce personnage, c’était  la porte de salut de Bonne Espérance, la possibilité de se ranger…


En parlant de famille, tu as donné combien de prénoms à chacun de tes enfants?

 

Stéphane Pétrier:  Deux (soit 6 au total).

Tu noteras je n'ai jamais fait une réponse aussi courte à une question en interview.

 

Et oh, ça va! Pas la peine de faire remarquer que mes questions sont nulles ! En fait, j’avais une intuition… mais elle s’avère fausse :  je me demandais  si tu n'avais pas un goût certain pour les prénoms (je crois que j'ai parlé de pre-name dropping ailleurs).... Evidemment, je pense à  la chanson qui ouvre le CD2 « photo de famille », mais j'avais déjà eu cette impression sur "l'homme le plus heureux"...   C'est une chose à laquelle tu as déjà pensé?

 

 

Stéphane Pétrier: Non, je n'y avais pas vraiment pensé. Mais c'est vrai que j'ai toujours aimé évoqué des gens comme ça... un prénom et juste quelques mots qui peuvent permettre d'esquisser un portrait... et puis parfois le prénom qui revient dans une autre chanson et le portrait s'affine.


    Ce qui est sûr, c'est que les prénoms choisis ne le sont jamais par hasard. Ca peut être un clin d'œil à quelqu'un que je connais, un personnage qui m'a marqué, une petite référence à une œuvre que j'ai aimé ou un joke à la con. Thelma, c'est le personnage de "Thelma et Louise", "Milo qui n'avait jamais vu la neige", c'est le fils de Manu qui est effectivement sur la photo [grande photo de format A4 présent dans le coffret de l’album] et qui faisait des grands yeux étonnés... sur l'arbre généalogique [au verso de la photo], il y a une Maragaret Landa, qui est le nom du Colonel nazi joué par l'immense Christoph Waltz dans Unglorious Bastard de Tarantino. Tu vois, ça part vraiment dans tous les sens...




Ah, oui, effectivement,  là, les exégètes appertiniens ont de quoi se casser les dents! L'évocation d'un colonel nazi me fait penser à l'anachronisme quand tu évoques koh lanta (je crois qu'il y en a un autre mais là, je ne sais plus)...  L'as-tu fait sciemment  pour jouer  avec le temps (qui est  un thème de l'album)  ou bien ?

 

 

Stéphane Pétrier: Oui oui, Koh Lanta (où dans le même genre "une nuit sans étoile" qui fait allusion à notre époque, à facebook, aux ogm...) c'était vraiment histoire de dire "attention, les costumes 1900, la vieille pellicule, ce n'est qu'un décor, mais l'histoire peut se passer aujourd'hui ou demain, tout ça n'a pas d'importance".

    Et puis je tenais à cette idée de réincarnation. Bonne-Espérance et Thelma ont déjà vécu plusieurs vies ensemble et j'ai l'impression qu'eux-mêmes, à certains moments de l'histoire, ne savent plus très bien à quelle époque ils se trouvent. C'est aussi l'idée que l'on voulait faire passer avec notre "photo de famille" et son anachronisme.


 

Malgré le thème de la réincarnation,  la référence littéraire explicite est Edgar POE... et tu  cites sa nouvelle "William Wilson"...  qui est une des inspirations de Godard dans  "Pierrot le fou"... grand titre historique des NOZ....  Décidemment, dis donc....   Tu peux nous en dire plus sur cette inspiration ?

 

 

 Stéphane Pétrier: Je crois me souvenir que c'est Belmondo qui raconte l'histoire de William Wilson dans "Pierrot le fou". Disons que le thème de la double personnalité est quelque chose qui m'a toujours plu. Dans un autre style, il est clair qu'un film comme Mulholland Drive m'a énormément marqué. Et puis j'aime l'idée qu'il puisse y avoir plusieurs portes de sortie dans cette histoire. L'une d'elle, suggérée par la rencontre de Poe avec Bonne-Espérance mais aussi par la chanson "Holyrood Park", serait que Bonne-Espérance soit totalement schizophrène. Attention je ne dis pas que c'est MA version... C'en est une parmi d'autres...


Pour le moment, on est plus "Cahiers du Cinéma" que "Rock'n Folk" hein...



Mais chers Esther/Stefan/Stéphane,  il fallait bien que nous  creusions un peu le sillon de vos plumes... mais je crois que j'ai fait le tour de ce que je voulais évoquer vis à-vis de l'histoire....  Avec tout ça, est-ce vrai que ça aurait pu finir sur un triple album  ? 



Stéphane Pétrier: Le triple-album... ben disons que personnellement ça ne m'aurait pas dérangé mais c'est un domaine où mes camarades ne sont pas vraiment d'accord avec moi. Eux seraient plutôt dans le trip "efficace" : on prend les 10 meilleurs chansons et on fait l'album qui tue...


    Moi, j'ai plutôt du mal à faire court et puis j'ai tendance à ne pas aimer qu'il y ait des chansons qui dorment dans les tiroirs (et pourtant il y en a...). Pareil en concert : j'aurais tendance à faire des set-listes de 40 morceaux... mais on m'a expliqué qu'il était bon parfois de frustrer le public... Le pire dans tout ça, c'est qu'ils ont sans doute raison.


    Concernant Bonne-Espérance, c'est vrai qu'il y avait encore quelques idées qui traînaient mais après l'enregistrement d'Each Uisge nous étions vraiment épuisés physiquement et moralement et j'ai senti qu'il ne fallait pas que je tire plus sur la machine. Et puis ça faisait trois ans que nous étions là-dessus, nous avions hâte que le disque sorte.

 

Est-ce que c’est votre statut de « j’ai un job à côté » (c’est vraiment la meilleure appellation je trouve,  plus qu’indépendant ou  semi-professionnel ou amateur) qui explique ce temps si long de création ? 

 

Stéphane Pétrier: Je n'en suis pas sûr. Nous irions peut-être un peu plus vite dans la phase enregistrement mais au niveau de la création je ne pense pas que l'on pondrait plus de chansons (en tout cas des bonnes) si on ne faisait que ça 8 heures par jour. Personnellement, je peux rester de longs mois sans écrire une ligne et ça n'a rien à voir avec le temps d'implication. J'ai l'impression que j'ai besoin de me nourrir des choses qui m'entourent, de les digérer et de les recracher, parfois beaucoup plus tard. Et pour moi, ce temps-là n'est visiblement pas compressible.

 

J'imagine que ce n'est pas facile de concilier l'implication variable (en fonction de la vie de chacun, obligations familiales et professionnelles,  peut-être aussi en fonction de qui est à l'origine d'un titre ou non). Tu peux nous en dire plus?  Peut-être aussi très concrètement : c'est quel temps de travail?  combien de répét? Avez-vous calculé le temps d'enregistrement? Toutes les décisions sont-elles pris collégialement?

 

Stéphane Pétrier:  Dans ma vie, oui, même si je ne suis pas allé jusqu'au bout et ne suis pas musicien professionnel, je pense avoir fait de vrais choix : ma priorité va au groupe, le matin je me lève Noz, je petit-déjeune Noz... et même si j'ai aussi un job "alimentaire", pour moi chaque "minute de cerveau disponible" comme dirait l'autre, va au groupe. Résultat : je n'ai aucune ambition professionnelle autre que Noz, je n'ai pas d'argent de côté, mais je passe plusieurs heures par jour (hors de tout travail purement artistique) à essayer de faire avancer cette machine, fédérer des gens autour de nous etc.

    Pour les autres membres du groupe, c'est un peu différent. Ils ont tous un job très prenant, des responsabilités… Ca n'empêche pas que chacun fait de son mieux et on s'organise pour pouvoir consacrer de toute façon un maximum de temps au Voyage.

     En ce qui concerne la façon de travailler et le leadership, ça découle forcément de ce que je viens de te dire plus haut. C'est Tom Yorke de Radiohead qui disait "le groupe fonctionne comme l'ONU... et moi je suis les Etats-Unis". C'est un peu ça. Certaines décisions sont collégiales mais en général c'est moi qui tranche. Il y a aussi beaucoup de cas où j'avance sans même les consulter parce que je sais qu'ils me font confiance.

    En ce qui concerne la création, il y a deux sortes de chansons : celles que je fais tout seul et que j'apporte pratiquement terminées, et celles qui partent d'une compo d'Eric, de Manu ou parfois d'Alex et que je mets à ma sauce en fonction de ma mélodie de voix. On bouge la structure, on rajoute des parties, on change des accord si besoin. J'aime beaucoup cette façon de travailler : ils ont des idées que je n'aurais jamais, des trucs de guitariste, une vision plus instrumentale alors que moi, mes chansons sont souvent articulées autour de la mélodie de chant, point barre. Le désavantage de cette formule, c'est que ça m'oblige à faire le tri, dégager des chansons qui ne m'inspire pas ou alors les passer tellement à la moulinette que parfois l'auteur ne s'y retrouve plus. D'où le sentiment de frustration que les autres doivent de temps en temps ressentir.

    En ce qui concerne les arrangements, chacun de nous 4 est très impliqué et apporte des idées. C'est vraiment la partie la plus collégiale de notre travail.

    Quant au temps de travail, c'est vraiment très dur à quantifier. On travaille beaucoup chacun chez soi. Pour cet album, on a beaucoup bossé en amont à 2 avec Eric. Manu maquettait aussi ses trucs chez lui. Pendant l'enregistrement, on pouvait bosser tous les soirs et le week-end entier certaines semaines, et juste un soir ou deux la semaine suivante, sans que tout le monde soit forcément là. Par rapport aux autres albums où les chansons étaient jouées pendant de longs mois en répétition avant d'être enregistrées, là, on a essayé d'être beaucoup plus spontanés. Pour Thelma, par exemple, j'ai montré le titre à Eric, on a enregistré la guitare et on a appelé Alex. Le soir même il enregistrait la batterie définitive alors que la veille il ne connaissait pas cette chanson. Beaucoup de choses ont été faites à l'instinct.

 

J'ai repensé au concert de Limonest délivré en 2009 justement où l'on découvrait pour la 1ere fois certains titres de Bonne Espérance...  J'ai relu mon compte-rendu de l'époque pour vérifier... mais  je n'avais pas décelé l'ambiance plus folk (pour "guitares acoustiques") qu'a finalement l'album...    Est-ce que le choix s'est imposé d'emblée?

 

 

Stéphane Pétrier:  Non, tu as raison. Ce n'était pas forcément écrit au départ, même si ça fait pas mal d'année qu'on nous dit souvent que l'on sonne mieux en formule acoustique.


    En fait, nous avions défini une "charte sonore", principalement au niveau des  sons de claviers que nous souhaitions utiliser, un niveau du climat général bien sûr, mais nous n'avions pas prévu  que le truc vire autant guitares acoustiques (tu dis "folk", je ne suis pas bien d'accord...). A Limonest, certains titres étaient orchestrés de façon beaucoup plus électrique. En fait, en studio, il y a beaucoup de titres où nous avions prévus et même enregistrés des guitares électriques et puis nous n'étions pas satisfaits du résultat. En les remplaçant par des guitares sèches, on s'est rendu compte que non seulement le truc gagnait en personnalité, en climat, en clarté... mais  bizarrement que l'ensemble avait également plus la pêche. L'attaque des guitares acoustiques apporte une dynamique que l'on a pas forcément avec de gros amplis qui crachent... Ensuite, on a utilisé les électriques uniquement quand c'était indispensable. Je trouve que cette formule nous va bien et à l'arrivée, je ne  trouve pas que l'album sonne unplugged.

 

 

Oui, oui, j'utilisais le terme folk par paresse...  mais j'ai quand même une théorie... désolé avec une tendance journalistique au classement,  que le groupe s'est toujours inspiré pour chaque disque de certaines ambiances de l'époque... 80 : new wave,  noizy rock avec Exit, puis la chanson avec violon, avec "l'homme"    et que "Bonne espérance" correspond à ce début de siècle très "folk" et "acoustique"... et finalement, tout en faisant toujours du NOZ... et je suis assez d'accord avec l'ami Suisse, quand il définit le côté NOZ...par le rock progressif...


Stéphane Pétrier:  Oui, pas faux. J'ai l'impression qu'on enfile ces tendances comme on enfile nos vêtements, sans vraiment s'en rendre compte, mais en tenant quand même compte de la mode. Même si j'espère que l'enveloppe n'altère pas l'intérieur.

Rock prog... c'est la musique qui m'a fait le plus rêver. Celle qui m'a  emmené le plus loin, alors forcément.. Cela dit, je n'arrive pas trop à savoir  concrètement ce qu'il y a dans notre musique qui peut faire penser cela aux gens. A une époque j'aurais dit nos coupes de cheveux...


 

Je dirais les albums-concepts et plus largement la force narrative  (expressionniste) ou le côté théâtrale,  les ruptures musicales dans  les chansons (musique « libre »  caractérisé chez vous par  l'utilisation des claviers, des parties musicales, des divers instruments). Wikipédia évoque aussi comme critère « la complexité et richesse des textes, utilisant de nombreuses références mythologiques, sociales...).  Pour le coup, Bonne Espérance colle parfaitement…

 

 

 

 (A suivre là  http://www.surjeanlouismurat.com/article-hors-murat-n-1-le-voyage-de-noz-stephane-petrier-part-2-64772961.html )

Rédigé par Pierrot

Publié dans #inter-ViOUS et MURAT

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